Correspondance de Napoléon Ier – Janvier-Février-Mars 1809

Benavente, 1er janvier 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, le Pape est dans l’usage de donner des cierges aux différentes puissances. Vous écrirez à mon agent, à Rome, que je n’en veux pas. Le roi d’Espagne n’en veut pas non plus. Écrivez à Naples et en Hollande pour qu’on les refuse. Il ne faut pas en recevoir, puisqu’on a eu l’insolence de n’en pas donner l’année dernière. Voici comme j’entends que l’on se conduise à cet égard : mon chargé d’affaires fera connaître que, le jour de la Chandeleur, je recois des cierges bénits par mon curé ; que ce n’est ni la pourpre ni la puissance qui donnent de la valeur à ces sortes de choses. Il peut y avoir en enfer des papes comme des curés; ainsi le cierge bénit par mon curé peut être une chose aussi sainte que celui du Pape. Je ne veux pas recevoir ceux que donne le Pape, et tous les princes de ma famille doivent en faire autant.

 

Benavente, 1er janvier 1809.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je recois les états de situation au 15 novembre. Voici mes observations pour l’armée du Rhin. Vous portez au 13e léger 384 hommes, qui arriveront à Hanovre le 6 janvier; vous affectez ces hommes au 4e bataillon. Je suppose que ces 384 hommes sont le détachement du régiment de marche formé à Louvain; mon intention n’est pas qu’il compte au 4e bataillon; il faut qu’il soit réparti dans les trois premiers bataillons, qui sont encore loin du complet. Les cadres de ces détachements doivent retourner à Ostende, y recevoir les conscrits et former le 4e bataillon, qui devra partir quand j’en donnerai l’ordre. Le 17e de ligne a déjà ses quatre bataillons à l’armée du Rhin. Il faut faire partir les grenadiers et voltigeurs de ce corps, qui sont à la réserve de Boulogne, et les incorporer dans les compagnies d’élite de ces bataillons. Les officiers et sous-officiers rentreront au dépôt pour recevoir les conscrits de l’année. Par ce moyen, le 17, aurait donc à l’armée du Rhin 3,000 hommes ; il lui manquerait encore 300 hommes, car mon intention est qu’au mois de mars toute mon armée du Rhin ait 840 hommes par bataillon et quatre bataillons par régiment, hormis le 15e léger, qui n’en aura que trois.

J’ai à l’armée du Rhin vingt et un régiments d’infanterie; cela me fera donc quatre-vingt-trois bataillons, qui produiraient 70,000 hommes. Le corps d’Oudinot doit être composé de douze demi-brigades provisoires, formées de trente-six 4e bataillons des corps qui sont en Espagne et dont les grenadiers et voltigeurs sont déjà à ce corps. Il offrira une force de trente mille hommes. J’aurai donc à l’armée du Rhin 100,000 hommes d’infanterie. La division Legrand et la division Saint-Cyr, hormis les tirailleurs corses et du Pô, qui passeront sous les ordres du général Oudinot, se rendront à Paris à petites journées. Elles seront cantonnées dans un circuit à vingt lieues aux environs de Paris, et par régiment au moins. Les généraux et tous les officiers resteront à leur poste. Cela me ferait vingt nouveaux bataillons et porterait mon armée du Rhin à 120,000 hommes à l’effectif, et, au moins, à 110,000 présents à l’entrée de la campagne. Je vous ai déjà donné mes ordres pour tout cela. Mais, dans un moment où je vous laisse la répartition des 80,000 hommes de 1807, je crois nécessaire de vous remettre sous les yeux qu’il est à propos de donner à chaque corps le nombre d’hommes convenable et un excédant de 100 hommes pour ceux qui ne réussissent pas. Quant à mes quatorze régiments de grosse cavalerie laissés en Allemagne, je désire avoir au mois de mars cinquante-six escadrons de 225 hommes chaque, officiers non compris, c’est-à-dire 900 hommes par régiment à cheval, afin de pouvoir présenter 875 hommes, officiers compris, à l’ennemi, en comptant 50 hommes pour la différence du présent à l’effectif; ce qui me ferait 12,000 hommes de grosse cavalerie présents à l’armée. Les huit régiments de cavalerie légère devront avoir la même organisation et me présenter 7,000 hommes de cavalerie légère, et en totalité 19,000 hommes de cavalerie. Quant aux corps des villes hanséatiques, les deux régiments de ligne et les deux de chasseurs doivent être sur le même pied. Ainsi, par ces dispositions, il aurai à l’armée du Rhin un effectif de 150,000 hommes, artillerie et sapeurs compris; aux corps des villes hanséatiques, un effectif de 10,000 hommes. J’aurai donc, en tout, en Allemagne 160,000 hommes.

Quant à l’armée d’Italie, j’y ai actuellement douze régiments de ligne entiers, faisant quarante-huit bataillons ; seize 3e et 4e bataillons à l’armée de Dalmatie, lesquels formeront des régiments de deux bataillons commandés par leurs majors; quatre bataillons à Corfou, pour lesquels on suivra la même disposition ; six bataillons à Naples, soumis à la même organisation; total, vingt-six bataillons, et total général, soixante et quatorze bataillons, ou plus de 60,000 hommes. Mon intention est que ces soixante et quatorze bataillons soient tous à l’effectif de 840 hommes avant mars. Les divisions Boudet et Molitor, qui doivent être en marche pour se porter sur Lyon et les rives de la Saône, me formeront une réserve qui agira selon les circonstances. Ce corps, étant composé de sept régiments, doit m’offrir vingt-huit bataillons, qui me feront plus de 23,000 hommes. Cela portera donc l’infanterie de mon armée d’Italie à près de 100,000 hommes, y compris l’armée de Dalmatie et un ou deux régiments que je pourrai encore ôter de Naples; ce qui, joint à 20.000 Italiens et à 20,000 hommes de la Confédération, y compris les quatre régiments de Confédérés qui sont à Lyon et les quatre régiments italiens, porterait mon armée d’Italie à près de 150,000 hommes, artillerie et sapeurs compris, ainsi que les auxiliaires. Je pourrai donc avoir, à la fin de mars, 160,000 Francais et 100,000 auxiliaires de la Confédération, de Hollandais et Polonais, c’est-à-dire une armée de 260,000 hommes en Allemagne et 150,000 hommes en Italie, et, an total, au delà de 400,000 hommes à diriger contre la maison d’Autriche, si celle-ci voulait bouger.

Je désire que vous m’envoyiez cette situation; elle indiquera en encre jaune ce qui est en projet, en encre noire ce qui existe, et en encre rouge ce qui doit être envoyé de la souscription de 1809. Entendez-vous avec le général Dejean pour que mes troupes ne manquent pas d’habillements et ma cavalerie de harnachements.

 

Benavente, 1er janvier 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je trouve ridicule que le préfet de Nice ait ordonné qu’à l’avenir il ne sera pas permis au public de faire répéter une ariette. Un peu de tapage an théâtre n’est pas une chose assez importante pour qu’on doive intervenir dans les plaisirs du public. Je veux qu’on jouisse en France d’autant de liberté qu’il est possible. Témoignez mon mécontentement à ce préfet. J’approuve qu’il ait fait arrêter les trois jeunes gens qui ont crié bis pour narguer le maire; mais aussi pourquoi ce magistrat se mêle-t-il dans les querelles de jeunes gens et de coulisses ? Veillez à ce que l’autorité se fasse sentir le moins possible et ne pèse pas inutilement sur les peuples.

 

Benavente, 1er janvier 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 17. Les Anglais ont lâchement et honteusement abandonné les Espagnols. Nous les poursuivons vivement. Les Espagnols qui formaient leur gauche sont écrasés; La Romana avait encore quelques milliers d’hommes, qu’il a perdus. Il paraît que les Anglais avaient fait venir 10,000 chevaux pour se sauver plus vite. Faites relever tout cela dans les journaux; faites faire des caricatures, des chansons, des noëls populaires; faites-les traduire en allemand et en italien, pour les répandre en Italie et en Allemagne.

 

Benavente, ler janvier 1809

A M. Bigot de Préameneu, ministre des cultes

Témoignez mon extrême mécontentement à l’archevêque de Bordeaux sur le sermon qui a été prononcé le 4 décembre, par l’abbé Langlade. Dites-lui que je n’ai reconnu en cela ni les sentiments de l’archevêque, ni ce que j’ai le droit d’attendre du clergé de Bordeaux. Quant au sieur Langlade, j’ai ordonné au ministre de la police de le faire arrêter, et je le punirai de telle manière, que cela serve d’exemple aux autres.

Témoignez également mon mécontentement à l’archevêque sur le mauvais esprit qui a dicté son instruction relative au message par lequel j’ai appelé mes peuples à la défense de la patrrie. Cet esprit s’est particulièrement manifesté par ces expressions : “En faisant cette communication à vos paroissiens, vous ne manquerez pas de les porter avec un zèle prudent à se soumettre aux ordres de la divine Providence, lorsqu’elle exige que nous achetions par des sacrifices pénibles, mais passagers, ce repos qui est l’objet de l’espérance chrétienne. ” L’archevêque de Bordeaux est sans doute un homme de bien; mais il est entouré de mauvais sujets dont il ne sait pas se défier, ou qu’il ne peut contenir. Mandez-les sur-le-champ à Paris.

 

Benavente, 1er janvier 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Vous avez bien fait de faire arrêter l’émigré rentré avec le duc d’Abrantès. Personne en France n’est au-dessus de la loi. Vous n’aviez pas même le droit de ne pas le faire arrêter. Un émigré ne peut rentrer qu’en vertu d’un décret officiel de moi. Quand se fera-t-on des idées justes de ce qui convient, et quand cessera-t-on de gouverner avec des règles de fantaisie ?

 

Benavente, 1er janvier 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à La Florida

Mon Frère, le général la Romana n’a pas 6,000 hommes, nus et mourant de faim, troupes de réquisition, et il n’oserait plus se fier à son armée en campagne, exaspérée au dernier point contre lui. Le maréchal Soult l’a attaqué le 26 décembre à Mansilla avec deux régiments de cavalerie, et lui a pris 1,500 hommes et deux drapeaux. Il est entré à Léon le 30; il y a trouvé 2,000 malades aux hôpitaux. Cette armée de Galice n’existait donc véritablement plus depuis les affaires d’Espinosa. Elle existe encore moins aujourd’hui.

Aujourd’hui, 1er de l’an, le maréchal Soult est à Puente de Orbigo. Le maréchal Bessières a couché à la Baneza et marche sur Astorga, où nous serons aujourd’hui. Les Anglais ont abandonné 1,500 tentes et 4,000 couvertures, tout leur rhum, une quantité immense de chariots sur la route et beaucoup de traînards. Ils n’en sont pas quittes. Nous les poursuivons vivement. Je serai ce soir à Astorga.

Je vous ai mandé que la division Dessolle rentrait à Madrid. La communication par Valladolid, Burgos, Ségovie, Guadarrama sera assurée. Donnez ordre que des postes soient placés sur la route de Villacastin et sur les routes de Madrid à Ségovie, et de Ségovie à Valladolid ; demandez-en l’état, et retirez tout ce qui est inutile, pour fortifier la garnison de Madrid. Par les états que j’ai recus , il résulterait que vous avez 2 ou 3,000 hommes de compagnies de marche arrivés à Madrid, appartenant aux différents corps. La brigade hollandaise, qui est à Aranda, doit se rendre à Madrid. Il en est de l’armée de Castanos comme de l’armée de la Romana; on les disait, il y a huit jours, l’une et l’autre de 15 et 20, 000 hommes ; je suis persuadé qu’elles ne sont pas de 4,000 hommes. Le temps est mauvais, la saison est rigoureuse, mais cela ne nous arrêtera pas; nous tâcherons d’en finir avec les Anglais.

Vous enverrez sans doute des agents à Léon. Tâchez d’établir la correspondance de cette ville avec Madrid; surtout beaucoup d’imprimés.

On s’était emparé à la baïonnette du Monte Torrero devant Saragosse, et les opérations du siège se poursuivent vivement.

Le général Saint-Cyr est arrivé le 19 à Barcelone, a pris et battu ce qui était devant lui. J’ai dans cette place 30,000 hommes qui exercent leur influence à vingt lieues à la ronde. Reding a été battu.

 

Benavente, ler janvier 1809

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde

Je reçois la lettre de Votre Majesté du 6 décembre. J’ai donné ordre qu’il fût fait droit à la juste demande de l’électeur de Trèves. Je suis fort aise d’avoir trouvé cette occasion de faire quelque chose qui soit agrêable à votre famille.

 

Benavente, ler janvier 1809

A Wenceslas, ancien électeur de Trèves, évêque d’Augsbourg

Je reçois la lettre de Votre Altesse du… novembre. Je donne ordre que les 77,500 florins qu’elle demande soient payés par la France. Elle peut, en conséquence, tirer une lettre de change sur le payeur de l’armée du Rhin, à Hanovre. Chargez à Paris le ministre de Saxe, ou tout autre agent, de faire une convention avec mon ministre des relations extérieures. Il paraîtrait naturel que le roi de Westphalie acquittât les dettes des anciens électeurs de Hesse et de Brunswick. La Prusse, rentrant dans ses domaines, pourra acquitter les siennes. Benavente,

 

Benavente, 1er janvier 1809

Au comte Lavalette, Conseiller d’État, directeur général des Postes

Vous pouvez placer ailleurs le directeur de la poste de Bayonne qui a été destitué pour avoir transgressé mon décret sur ls estafettes. Donnez des ordres pour que mes décrets soient ponctuellement exécuté.

 

Astorga, 2 janvier 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à la Florida

Mon Frère, je suis arrivé hier à Astorga. Le maréchal Bessières est maintenant près de Villafranca. Il a pris 2,000 Espagnols et 500 Anglais; une grande quantité de bagages et de magasins a été brûlée par lui. On trouve sur la route plus de 800 chevaux morts, et beaucoup de munitions et de bagages. La terreur est tout entière chez eux. Le duc de Dalmatie les poursuit. La Garde retourne à Benavente; moi-même je me rapproche du centre de mon armée. La correspondance du duc de Danzig est telle que je n’y conçois rien. J’espère que Merlin l’aura rejoint. Il est probable que plus de la moitié de l’armée anglaise sera en notre pouvoir : c’est l’opinion des Anglais eux-mêmes. Quant à la Romana, son corps est presque détruit; 2,000 hommes ont été faits prisonniers à Léon, 2,000 ici. Ils sont sans solde et sans vivres depuis quinze jours, et presque nus.

Le 22, on a pris la position de Monte Torrero, qui couvrait Saragosse, et on a fait 1,000 prisonniers. Je crois vous avoir mandé que le général Gouvion Saint-Cyr était arrivé à Barcelone et réuni au général Duhesme.

Faites tirer le canon en réjouissance de tous ces succès sur les Anglais. Le général Dessolle doit être à mi-chemin de Madrid quand vous aurez reçu cette lettre.

 

Astorga, 2 janvier 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à La Florida

Mon Frère, la brigade hollandaise, forte de 1,600 hommes, doit arriver à Madrid le 6 janvier; elle vient par Aranda, ainsi que les 31e, 32e, 33e, 34e, 35e, 36e compagnies de marche, composées d’anciens soldats du 1er corps.

Les 39e, 40e, 41e compagnies de marche, composées d’anciens soldats du 4e corps formant ensemble 1,800 hommes, doivent être arrivées à Burgos le 2 janvier.

Il y a à Aranda le général Trelliard avec un bataillon du 111e et 2,000 hommes des dépôts de cavalerie, plus les 3e bataillons des 43e et 51e d’infanterie, le bataillon d’Irlandais et Prussiens, le bataillon de Westphalie, le 3e bataillon du 5e d’infanterie légère; tout cela sous les ordres du général Trelliard.

 

Benavente, 4 janvier 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je reçois votre lettre du 18. Je suis dans l’opinion et j’ai des preuves qu’on fait la contrebande dans le royaume de Naples. Les raisonnements du sieur d’Aubusson la Feuillade ne me convainquent pas, car il est accaparé par Saliceti, qui lui-même la favorise. Je désire d’abord que mon consul à Naples soit rappelé (c’est un homme auquel on ne peut pas assez se fier), et que vous me proposiez son remplacement par un homme sûr et de la probité duquel on ne puisse point douter.

Faites mettre dans le Moniteur tout ce qui est relatif aux affaires d’Alger, pour faire voir tout ce que ce gouvernement a de dégoûtant et d’horrible, et ce que vous savez des affaires de Constantinople.

Je ne sais ce que l’on me demande par l’évacuation du Danemark; je l’ai ordonnée cent fois; je ne sais donc pas ce que l’on veut dire. Le ministre écrira directement là-dessus au prince de Poute-Corvo.

Je ne sais pas davantage à quoi se mêle le maréchal Davout en s’immisçant dans l’administration du duché de Varsovie, puisqu’il n’y a plus de troupes françaises dans ce duché. Je lui en écris directement. Le sieur Bourgoing doit encourager le Roi de toutes les manières, et l’assurer que, toutes les fois qu’il m’exposera lui-même simplement et clairement la question, je m’empresserai de le satisfaire.

 

Benavente, 4 janvier 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, vous répondrez à la note du cabinet anglais dans les termes de la note ci-jointe.

NOTE.

Le soussigné, ministre des relations extérieures, a mis sous les yeux de Sa Majesté Impériale et Royale la lettre du cabinet de Londres.

Sa Majesté a distingué deux choses dans cette Note, le style et le fond. Le style paraît être de la même plume que le ministère anglais emploie, contre le respect qu’il se doit à lui-même, pour fabriquer cette nuée de libelles dont il inonde le continent. Sa Majesté ne peut que mépriser de pareils moyens, qu’elle juge indignes de son attention. Le fond, c’est que l’Angleterre désire que les affaires d’Espagne soient traitées en congrès. Sa Majesté y consent. L’Angleterre veut que les ministres des juntes insurgées y interviennent. Les juntes sont sans caractère légal, et, d’ailleurs, elles n’existent plus. Sa Majesté va plus loin, elle propose d’admettre des ministres des différentes parties intéressées dans ces affaires, savoir : 1° les ministres du roi Charles IV; 2° ceux du roi Joseph-Napoléon ; 3° ceux des infants; 4° ceux des provinces représentées par les Cortès. C’est , je crois, ce qui forme les quatre intérêts qui doivent être en Espagne l’objet de l’attention du congrès.

Si cette extrême modération de la France et de la Russie trouve les Ministres anglais sourds à tout sentiment de pacification, il faudra en conclure qu’ils partagent les mêmes maximes qu’ils ont développées sur le continent, celles d’une guerre perpétuelle. Alors il ne restera plus à la France et à la Russie qu’à poursuivre l’exécution des grands plans qu’elles ont formés , et l’issue en sera tout entière à la charge du ministère anglais. Et lorsque la nation britannique, désabusée par les calamités auxquelles elle se trouvera en proie et l’affablissement qu’elle éprouvera par les changements qui auront lien autour d’elle, fera peser sa responsabilité sur un ministère intolérant et passionné, et que des hommes sages et de talent, tels que l’Angleterre en a souvent eu à la tête de ses affaires, viendront prendre les rênes du gouvernement, le soussigné sera prêt à négocier sur la base d’une paix réciproquement honorable et fondée sur 1’uti possidelis ou la situation respective des deux masses belligérantes, proposition faite par l’Angleterre elle-même lors des dernières négociations.

 

Benavente, 4 janvier 1809

A M. Cretet, comte de Champmol, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, je reçois un annuaire portant pour titre, Présenté au Goubernement par le Bureau des Longitudes; ce qui est faux, car il ne m’a pas été présenté. Il faut donc qu’il le soit avant sa publication. Ainsi dorénavant il portera ce litre, Présenté à l’Empereur par le bureau des Longitudes, s’il m’a été présenté en effet; ou Présenté au ministre de l’Intérieur, si l’Empereur est absent.

 

Benavente, 4 janvier 1809

Au comte Gaudin, ministre des finances, à Paris

Monsieur Gaudin, vous trouverez ci-joint un projet de décret sur la suppression de l’Ordre de Saint-Étienne. Envoyez-le à la junte de Toscane, pour qu’elle fasse les observations dont elle le jugera susceptible, et qu’elle le rédige conformément aux connaissances locales qu’elle a acquises.

 

Benavente, 4 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Le maréchal Davout prescrit au roi de Saxe de quelle manière il doit pourvoir à la nourriture de ses troupes dans le duché de Varsovie. Cela est trop ridicule. Écrivez au maréchal de ne se mêler de rien et de laisser le Roi administrer ses troupes comme il veut, sans s’en mêler d’aucune manière.

 

Benavente, 4 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, minsitre de la guerre, à Paris

Le général Colbert a été tué à un petit combat d’arrière-garde contre les Anglais, comme vous le verrez par le bulletin. 3,000 Écossais voulant défendre les gorges de Pieros près Villafranca, en Galice, pour donner le temps à beaucoup de choses de filer, ont été culbutés; mais, le général Colbert pétillant d’impatience de faire avancer sa cavalerie et poussant les tirailleurs d’infanterie pour arriver à une plaine où il pourrait charger, une balle l’a frappé au front et l’a tué.

Prenez les mesures convenables pour que cette nouvelle arrive à sa femme autrement que par les journaux. Témoignez-lui la part que je prends à ses peines et le cas que je faisais de ce bon officier.

 

Benavente, 4 janvier 1809

DÉCISION

Le général Clarke, ministre de la guerre, expose que la milice d’Erfurt qui avait formé la garde d’honneur des deux Empereurs, demande à conserver le titre et les insignes de son Service lors des conférences du mois d’octobre 1808 Accordé. Je désirerais qu’il fût élevé un monument à Erfurt, pour consacrer la réunion des deux Empereurs; j’en ferai les frais. Me donner quelque idée là-dessus.

 

Benavente, 4 janvier 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois vos lettres des 22 et 23. Les renseignements que vous me donnez sur le sieur ……. sont suffisants pour qu’il sorte du Conseil d’état; parlez-en à M. l’archichancelier. Il est sûr qu’il se fait là des affaires d’argent; ce soupçon m’est insupportable.

Je vois, par un de vos bulletins, que vous avez prévenu le duc d’Abrantès que M. Novion avait été mis en liberté. De quel droit vous êtes-vous permis cela ? M. Novion est émigré; il ne peut être rayé que par mon ordre. Croyez-vous que je suis tombé en quenouille ? Vous avez eu tort décrire au duc d’Abrantès. Quand agirez-vous de la manière qui convient à un magistrat ? Vous deviez me proposer la radiation de M. Novion, non le rayer de votre autorité. Quant à la réflexion que cette arrestation n’aurait pas en lieu si le duc d’Abrantès eût fait connaître son opinion, cela est absurde. Le duc d’Abrantès est un militaire ; il n’a rien de commun avec l’administration intérieure. Je ne sais , mais il me semble que vous connaissez bien peu mon caractère et mes principes.

 

Benavente, 4 janvier 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Benavente

Le major général fera mettre à l’ordre de l’armée les nouvelles suivantes :

L’armée est prévenue qu’une armée anglaise de 30,000 hommes, qui s’était avancée dans l’intérieur du pays, jusqu’à Valladolid et Carrion, a été poursuivie pendant l’espace de soixante lieues; obligée d’évacuer la Castille et le royaume de Léon, elle cherchait à regagner le lieu de son embarquement : ses bagages , munitions de guerre et magasins ont été pris. L’Empereur a chargé le duc de Dalmatie de suivre cette armée, réduite à 20,000 hommes, jusqu’à son embarquement. Le duc de Dalmatie était entré le ler janvier en Galice et leur faisait tous les jours un grand nombre de prisonniers.

Après la prise de Rosas, la général Saint-Cyr s’est dirigé sur Barcelone, où il est entré le 17 décembre. Le 15, il a rencontré l’armée insurgée commandée par les généraux Reding et Vivès, l’a complétement battue, lui a pris six pièces de canon et fait 3,000 prisonniers. Par sa jonction avec le général Duhesme, tout le 7e corps est réuni à Barcelone.

 

Benavente, 4 janvier 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Benavente

Mon Cousin, écrivez au commandant de Ségovie de vous faire connaître si la citadelle est approvisionnée pour 2,000 hommes pendant trois mois, principalement en biscuit.

Donnez ordre à Aranda que tout ce qui se trouverait dans cette place appartenant au 43e et au 51e se rende à Madrid. Donnez un ordre général à Burgos pour que tout ce qui s’y trouve soit dirigé sur Valladolid , soit officiers généraux., soit hommes isolés , soit effets d’habillement, etc.

Pourquoi trouvé-je encore, le 28 décembre, des hommes du 51e à Tolosa ?

 

Benavente, 4 janvier 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Benavente

Mon Cousin, écrivez an général Reille que mon intention est d’entreprendre le siège de Girone; que le général Sanson commandera le génie et qu’il nommera des officiers pour commander l’artillerie. Que tous les préparatifs soient faits, et que, s’il a besoin de troupes, il fasse connaître le nombre qui lui est nécessaire, et qu’il vous mande quand la place sera investie et quand commencera la tranchée. Enfin je suppose qui n’y a que Girone qui empêche la communication de Barcelone avec la France. Le fort de Hostalrich, qui paraît appartenir aux ennemis, pourrait être pris par le général Saint-Cyr.

 

Benavente, 4 janvier 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Benavente

Mon Cousin, vous ferez connaître au général Lapisse qu’il est sous les ordres du major général; qu’il doit rester à Benavente, où il formera un corps d’observation; qu’il cantonne ses troupes à Benavente et aux environs, pour se reposer et rétablir l’ordre et la discipline. Qu’il forme un magasin de farine pour 100,000 rations de pain , et qu’il ait toujours 20,000 rations de pain de faites; qu’il réunisse tous ses caissons et fasse faire du biscuit, pour que, suivant les circonstances, il soit prêt à se porter partout. Qu’il fasse réparer ses caissons et prenne les mules qu’ont les soldats pour en renforcer les attelages. Il aura sous ses ordres la brigade de dragons du général d’Avenay qui est à Toro, et celle du général Maupetit qui est à Zamora. Ces deux brigades sont chargées de désarmer ces provinces, de soumettre les villes et d’y faire publier mes proclamations. Elles correspondront avec le major général et avec le général Lapisse, afin qu’en cas de besoin il puisse les soutenir avec de l’infanterie.

Vous ferez connaître au maréchal Ney que mon intention est qu’il reste à Astorga, qu’il organise le pays et les magasins, où il tiendra toujours 100,000 rations de farine et 20,000 rations de pain , et qu’il fasse faire du biscuit pour les caissons; que je donne ordre qu’il soit formé à Astorga un dépôt de cavalerie , pour y réunir les chevaux écloppés qui sont en Galice : qu’il désigne un emplacement pour établir ce dépôt; qu’il se charge de garder les défilés qui joignent la Galice au royaume de Léon, et établisse des postes pour que la correspondance soit rapide; qu’il ait toujours des officiers de son état-major auprès du maréchal Soult, pour être instruit et à même de se porter où il serait nécessaire, si les Anglais, au lieu de se rembarquer, débarquaient de nouvelles troupes.

 

Benavente, 4 janvier 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Benavente

Mon Cousin, écrivez au général Loison qu’il y a une imprimerie à Léon, qu’il fasse imprimer six mille exemplaires de toutes les gazettes qui ont paru à Madrid, depuis notre entrée dans cette ville jusqu’à aujourd’hui et de la proclamation de l’Empereur, qu’il en envoie 3.000 au maréchal Soult, 500 au maréchal Ney, à Astorga, et 500 au général Lapisse, à Benavente. Donnez ordre à Vitoria de faire imprimer à trois mille exemplaires la proclamation de l’Empereur et de la répandre dans tout le pays et dans la Navarre. Donnez ordre au général Darnaud de se rendre à Valladolid pour prendre le commandement de tous les bataillons et compagnies de marche qui passeront.

Donnez ordre au 17e léger de se rendre à Valladolid.

 

Benavente, 4 janvier 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Benavente

Mon Couin, je vous prie de me donner un état des compagnies de marche composées de vieux soldats, des bataillons de marche composés de conscrits et des bataillons des corps restés en arrière avec l’indication des lieux où ces bataillons et ces compagnies se trouvent. Il ne faut jamais appeler, pour bien s’entendre, compagnies de marche que celles qui sont composées de vieux soldats et bataillons de marche que ceux qui sont composés de conscrits et rien que de conscrits.

 

Benavente, 4 janvier 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Benavente

Mon Cousin, envoyez un ingénieur géographe dessiner la route d’Astorga à Lugo et lever les plans des différents puertos et positions qui séparent la Galice du royaume de Léon. Il vous enverra tous les renseignements relatifs à l’entrée en Portugal par la Galice et sur les routes qui conduisent à Oporto. Donnez ordre au colonel Saint-Vincent de se rendre auprès du duc de Dalmatie en Galice pour y servir dans son armée.

 

Benavente, 4 janvier 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je recois vos lettres du 20 décembre. Je trouve ridicule ce que vous me dites du général Chasseloup. Il est jeune, il a encore vingt ans de bons services. Il ne doit pas compter que je le nomme au Sénat avant qu’il ait soixante ans. Vous pouvez lui parler dans, ce sens.

 

Benavente, 4 janvier 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à La Florida

Mon Frère, le major général vous envoie des instructions pour le mouvement à faire par le duc de Bellune sur la rive gauche du Tage. La division Dessolle sera le 7 au plus tard à Guadarrama. Le bataillon polonais qui va à Ségovie doit être arrivé. S’il était encore à Somo-Sierra, vous pourrez lui envoyer l’ordre de venir, en laissant à Somo-Sierra deux compagnies. J’ai donné l’ordre aux 3e bataillons, du 43e et du 51e de se rendre à Madrid. Après huit ou dix jours de repos, la division Dessolle doit avoir 9,000 hommes.

Le général Saint-Cyr est arrivé le 17 à Barcelone. Il a eu le 15 une affaire avec les généraux espagnols Vivès et Reding, qu’il a batttus complètement; il leur a pris six pièces de canon et 1,500 hommes.

J’ai fait occuper Zamora et Toro par deux brigades de cavalerie. Une brigade d’infanterie reste à Léon. Envoyez des intendants dans tous ces pays.

Ayez soin que la Gazette de Madrid soit imprimée à 12 ou 15,000 exemplaires, pour être répandue partout. Il serait bon de faire réomprimer les gazettes qui ont paru depuis notre entrée à Madrid.

Je crois vous avoir mandé que, le 2, on avait pris deux généraux espagnols, deux drapeaux et deux régiments de la Romana qui se disposaient à entrer en Galice. Le 3, la cavalerie n’a pu avancer sur Villafranca, parce que le défilé était occupé par de l’infanterie anglaise. Le 3 au soir, la division Merle, étant arrivée, a chargé l’arrière-garde anglaise qui tenait une belle position sur les hauteurs de Pieros. Les Anglais ont été culbutés; on a fait plusieurs centaines de prisonniers. Nous avons eu 40 hommes tués ou blessés. Le général Colbert, pétillant d’impatience aux avant-postes de faire avancer sa cavalerie pour charger, a reçu dans le front une balle qui l’a tué.

A Villafranca les Anglais ont des magasins immenses; tout est encombré; nous y trouverons la plus grande partie des malades anglais.

Je désire fort avoir des nouvelles du duc de Danzig. Je ne concois rien à l’extravagance de son mouvement, et cela sans ordres. S’il vous est nécessaire, donnez-lui les ordres qui conviendront à votre position ; si vous n’en avez pas besoin, laissez-le où il se trouvera; je le ferai agir en conséquence.

J’irai probablement coucher ce soir à Medina de Rio Seco.

 

Benavente, 5 janvier 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à La Florida

Mon Frère, sept compagnies de marche, formant 1,300 hommes, ont dû arriver le 4 janvier à Madrid ; trois autres compagnies de marche, formant 500 hommes, ont dû y arriver le 5. Le 1er bataillon de marche, fort de 900 conscrits, a dû y arriver le 5 janvier également. Ainsi, du 4 au 5 janvier, près de 3,000 hommes, vieux soldats et conscrits, ont du arriver, partie appartenant aux divisions restées à Madrid , partie devant rester au Retiro. Il faut qu’à Madrid on passe la revue de ces hommes et qu’on laisse reposer, avant de les faire partir, ce qui appartient à la division Villatte.

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P. S. Le 3, il y a en en avant de Villafranca une affaire d’avant-garde contre les Anglais, où nous les avons battus. Depuis huit jours, nous avons pris dix drapeaux, 2 ou 3,000 hommes, plusieurs généraux espagnols du corps de la Romana. Nous avons à peu près 4,500 Anglais prisonniers. Le 4, le duc de Dalmatie avait son quartier général à quatre lieues en avant de Villafranca, sur la route de Lugo. Je pars demain pour Valladolid.

 

Valladolid, 5 janvier 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 26 décembre. J’apprends avec plaisir que le nommé Quintal, brigand de l’Ouest, venant d’Angleterre, a été arrêté. Il faut le traduire à une commission militaire.

1)Lui, le comte de Goyon et Armand de Châteaubriand – le frère de René de Chateaubriand – avaient débarqué sur les côtes de Normandie. Arrêtés ils furent fusillés le 31 mars 1809

 

Benavente, 6 janvier 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à La Florida

Mon Frère, je vous remercie de ce que vous me dites relativement à la bonne année. Je n’espère pas que l’Europe puisse être encore pacifiée cette année. Je l’espère si peu que j’ai signé hier un décret pour lever 100,000 hommes. La haine de l’Angleterre, les événements de Constantinople, tout fait présager que l’heure du repos et de la tranquillité n’est pas encore sonnée.

Quant à vous, il me semble que votre royaume se pacifie. Les provinces de Léon, des Asturies, de la Nouvelle-Castille ne demandent que du repos. J’espère que la Galice sera bientôt pacifiée et que les Anglais abandonneront ces pays. Saragosse ne peut tarder à tomber, et le général Saint-Cyr, qui a 30,000 hommes, doit venir à bout de la Catalogne.

 

Valladolid, 7 janvier 1809

A M. Cretet, compte de Champmol, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, je ne sais pas pourquoi vous ne faites pas travailler à Amiens à la navigation de la Somme. Faites-moi connaître les ouvrages qu’on pourrait y entreprendre, afin de donner du travail aux ouvriers.

 

Valladolid, 7 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je vous ai accordé la permission de recruter les régiments d’Isembourg et de la Tour-d’Auvergne dans les dépôts des prisonniers espagnols. Faites connaître aux généraux portugais que je leur donne la même permission. Je crois aussi qu’il y a bon nombre de soldats espagnols qui sont restés fidèles. Il faudrait voir le duc de Frias et vous entendre pour tâcher de composer un régiment espagnol à ma solde. Le général qui s’est bien comporté dans le Nord pourrait donner des renseignements sur les officiers qui méritent confiance.

 

Valladolid, 7 janvier 1809

Au Vice-Amiral comte Decrès, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Merès, mon intention est qu’à dater du 12 janvier 1809 les vaisseaux russes qui sont à Toulon, leurs officiers et leurs équipages soient entretenus, soldés et traités comme le sont les vaisseaux et équipages français. Vous instruirez de cette disposition le ministre de Russie.

 

Valladolid, 7 janvier 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre état de situation du 15 décembre. Je vois qu’il manque un chef de bataillon du 35e ; faites-moi connaître d’où cela vient. Je vois que les quatre bataillons du 35e forment un effectif de 3,000 hommes, mais qu’il y a 500 hommes au dépôt. Aussitôt qu’il sera possible d’envoyer 300 de ces hommes du dépôt aux bataillons de guerre, ne manquez pas de le faire. Le 53e n’est également que de 3,000 hommes, il n’a que 200 hommes au dépôt. Le 106e n’a que 3,000 hommes, mais il a encore 200 hommes à recevoir. Ainsi je compte qu’au 1er février cette division aura 9,500 hommes présents sous les armes, sans compter les conscrits de 1810 qu’elle va recevoir, c’est-à-dire qu’elle sera de 10,800 hommes présents sous les armes , parce que les 5e bataillons de chaque régiment devant être au complet de 560 hommes, on pourra prendre dans ces 5e bataillons la différence du présent sous les armes à l’effectif, et, de cette manière, réunir au ler mars un présent sous les armes de 1,000 hommes.

La 2e division est composée des 9e, 84e et 92e de ligne ; faites partir également des dépôts de ces régiments tout ce qui est disponible, pour compléter les bataillons de guerre. Cette division sera donc aussi de 10,000 hommes.

La 3e division peut être de la même force. Écrivez au dépôt du ler de ligne de faire partir tout ce qu’il a de disponible. Le dépôt du 13e est en Italie; je vois qu’il a déjà 700 hommes; faites-en partir le plus possible.

Ecrivez au prince Borghese d’envoyer tout ce qu’il a de disponible du 112e, du 29e, du 51e et du 102e. Je compte qu’avant le 1er mars ces quatre divisions auront 40,000 hommes sous les armes.

La division Barbou est composée de seize bataillons. Je suppose que vous avez envoyé ordre aux cadres qui étaient en Dalmatie de rejoindre, et que cette division est actuellement de 6,000 hommes ; mais il y a beaucoup de monde aux dépôts , et je donne des ordres pour que ces hommes rejoignent. Cette division doit être portée, avant mars, à une force de 14,000 hommes. Écrivez également aux généraux de division, dans l’arrondissement desquels se trouvent les dépôts de ces corps, pour avoir l’état de tout ce qui est habillé dans ces dépôts et en état de partir.

La 6e division doit avoir dix bataillons, vu que les 3e et 14e d’infanterie légère et le 6e de ligne partent de Corfou pour revenir à l’armée d’Italie. Cette division doit avoir 8,400 hommes présents sous les armes. Écrivez au prince Borghese de faire partir tout ce qui est disponible de ces régiments.

Les six divisions formeront donc 63,000 hommes d’infanterie présents sous les armes. Je suppose que vous avez pris des mesures pour que les dix à onze bataillons de la division italienne soient complétés et forment au moins 10,000 hommes avant mars ; ce qui, joint à la Garde, fera 75,000 hommes d’infanterie présents sous les armes; et, si je me décide à faire passer en Italie les divisions Boudet et Molitor, qui sont à Lyon et présentent une force de 20,000 hommes, cela fera un total de 95,000 hommes présents; ce qui, joint aux 15,000 hommes de l’armée de Dalmatie, portera à 110,000 hommes l’infanterie de l’armée d’Italie.

Les trois régiments de cavalerie légère ont à leurs escadrons de guerre 2,500 chevaux. Les 4e escadrons me paraissent tous bien faibles, et je ne puis croire que ces régiments n’aient encore que 900 chevaux. Les cinq régiments de dragons doivent avoir chacun 900 chevaux ; il doit en être de même du 25e de chasseurs qui vient de Naples. Les dix régiments doivent faire 9,000 chevaux ; de plus, les 2,000 chevaux italiens et les 1,000 chevaux des dépôts de l’armée de Naples, cela fait 12,000 chevaux.

Je me résous à faire partir de Lyon les quatre régiments qui ont 3,000 chevaux; cela portera donc la force de l’armée d’Italie à 15,000 chevaux et à 125,000 hommes. En y joignant 5,000 hommes de l’artillerie et du génie, cela fera 130,000 hommes présents sous les armes, et indépendamment de l’effectif. Mais je désirerais avoir une seconde division d’infanterie italienne, qui serait composée du 4e bataillon du 1er d’infanterie légère, du 4e bataillon du 2e, du 4e bataillon du 4e de ligne, et du 2e et du 3e bataillon du 7e ; ce qui ferait cinq bataillons. Certes l’armée d’Italie pourrait être ainsi portée jusqu’à 140,000 hommes, y compris l’armée de Dalmatie , c’est-à-dire qu’elle serait trois fois plus forte que n’a jamais été l’armée que j’ai eue sous mes ordres pour la conquête de l’Italie, et quim’a mené jusque sous les murs de Vienne. Indépendamment de cette armée, les 5e bataillons pourraient faire un fond de garnison pour les places fortes.

Quant à l’artillerie, chacune des six divisions d’infanterie a besoin de 12 pièces; ce qui ferait 72 pièces de canon, plus 12 pièces d’artillerie légère pour la cavalerie, et 18 pièces italiennes , total, 102 pièces; ce nombre me paraît suffisant. Il me semble que vous avez du 2e régiment six compagnies, du 4e six autres et du 8e une ; total, treize compagnies , sans compter l’artillerie de l’armée de Dalmatie. Vous avez deux régiments d’artillerie à cheval; vous avez donc plus de personnel qu’il n’en faut. Quant au train, vous avez trois bataillons complets, c’est-à-dire plus de 1,500 hommes pouvant servir plus de 3,000 chevaux.

Vous avez suffisamment de mineurs, de pontonniers et de sapeurs. La conscription de cette année va compléter les trois bataillons du train. Il faut employer les chevaux. Votre parc, composé de 84 pièces de canon, peut se tirer d’affaire avec 400 voitures, surtout dans un pays comme l’Italie ; 400 voitures exigent 2,000 chevaux. Votre parc de 18 bouches à feu italiennes peut faire son service avec 84 ou 85 voitures, c’est-à-dire avec 400 chevaux , et, comme je crois qu’indépendamment de ces bataillons du train il y en a un autre dans le gouvernement du prince Borghese pour la navigation du Pô, il est donc hors de doute que vous n’ayez sous la main tout ce qui vous est nécessaire. Quant au génie, il est indispensable d’avoir 20,000 outils portés dans des caissons. Ainsi la campagne en Italie doit pouvoir s’ouvrir avec 130 à 140,000 hommes et plus de 100 pièces de canon. Tout cela doit être prêt avant la fin d’avril.

Je suppose que vous avez un chiffre avec le général Marmont pour traiter des affaires secrètes. Si vous n’en avez pas, il faut en établir un, et, sitôt qu’il sera convenu, faire connaître au général Marmont que, si la guerre vient à éclater, il est probable que l’armée d’Italie se trouvera portée à une force suffisante pour s’emparer de l’offensive, et qu’il pourra sur-le-champ s’y réunir ; mais qu’à tout événement il doit avoir dans Zara des vivres et des munitions pour nourrir longtemps la guerre sur ce point, que, si Junot avait eu cette précaution dans un camp retranché, il aurait pu y attendre les secours de France; qu’ici le camp retranché se trouve tout naturellement autour de Zara.

 

Valladolid, 7 janvier 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à La Florida

Mon Frère, je suis arrivé hier au soir à Valladolid; les chemins sont horribles. Le maréchal Soult doit être aujourd’hui à Lugo. J’ai trouvé ici un de vos intendants, qui m’a paru fort zélé et fort habile. Il a été très-entravé par les gens du pays; j’en ferai sévère justice.

Faites-moi apporter par une députation de Madrid et des Conseils le procès-verbal du serment prêté. Quand je l’aurai reçu , je donnerai ma décision.

Le duc de Danzig est à Avila. Je ne conçois rien à cette folie. Je ne lui ai envoyé aucun ordre; si de votre côté vous ne lui en avez pas envoyé, mandez-le-moi pour que je lui donne une destination. Toutefois, il n’y a pas d’inconvénient à ce que son corps se repose quelques jours à Avila.

Il faut replier tous les hommes du régiment étranger qui sont à Guadarrama et à Villacastin, puisque la route de l’armée sera désormais par Ségovie. Je pense qu’un bataillon de ce régiment serait très- nécessaire à Avila pour maintenir cette province, et que vous puissiez y envoyer un intendant pour l’administrer.

Il paraît que la division Lasalle et une partie des Polonais n’ont pas pu se replier sur Talavera. Mais la division Dessolle et 3 à 4,000 hommes des compagnies et des régiments de marche, tant conscrits que vieux soldats, doivent à l’heure qu’il est être arrivés à Madrid. Je suppose que le maréchal Victor a commencé son mouvement.

Il est bien nécessaire d’envoyer les journaux de Madrid ici et d’y faire mettre beaucoup de nouvelles de l’armée, des lettres de Lugé, de la Corogne et de tous ces pays-là.

Peut-être serait-ce une bonne mesure que de créer quelques régiments espagnols. On pourrait en former un dans le Nord, à Palencia, un autre à l’Escurial et ailleurs. Il faudra nommer plusieurs officiers espagnols sûrs pour les commander, y mêler quelques officiers français et donner beaucoup de places de sous-lieutenants à d’anciens sergents-majors.

Il n’y a véritablement plus l’ombre d’une armée espagnole. Les 4 à 5,000 hommes pris sur la Bornana étaient horribles à voir; c’est encore pis que ce que le duc de Danzig a vu du côté de l’Estrémadure.

 

Valladolid, 7 janvier 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre des 28 et 29 décembre. La dame Dillon dont il est question dans votre rapport du 28 ne doit pas être relâchée. Quand elle aura été punie d’une année de prison, on pourra la remettre en surveillance, du côté de l’île Sainte-Marguerite.

 

Valladolid, 7 janvier 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 30. Tâchez de faire saisir et traduire devant une commission militaire le nommé Louis Pons.

 

Valladolid, 7 janvier 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

J’ai reçu votre lettre ainsi que celle de M. de Caulaincourt. Vous pouvez répondre que les deux vaisseaux russes qui sont à Toulon seront soldés, payés et entretenus de tout; il n’y aura aucune espèce de difficulté là-dessus.

Relativement à la grande-duchesse, mon intention est que M. Caulaincourt fasse ce qui convient à l’empereur. Mon ambassade ne doit et ne peut céder le pas au prince héréditaire d’Oldenbourg; mais il doit le céder sans difficulté au mari de la soeur de l’empereur de Russie toutes les fois qu’il est reconnu comme tel. M. Caulaincourt peut même déclarer que, si le prince et la princesse venaient à Paris, ils seraient traités comme à Pétersbourg, c’est-à-dire qu’ils seraient assis aux cercles de la cour, etc. Cependant, pour être en règle, il faudrait que l’empereur accordât à son beau-frère le titre d’Altesse Impériale. L’empereur d’Autriche l’a fait pour le prince Albert de Saxe; je l’ai fait pour le grand-duc de Berg. Tout devient simple, le jour où l’empereur fera connaître par une lettre à son maître des cérémonies qu’il a donné cette preuve d’amitié à sa soeur, et dès lors, en quelque cour de l’Europe que son beau-frère vienne à se rendre, il serait traité comme Altesse Impériale sans difficulté.

Pour l’article qui concerne la Suède, il faut laisser la Russie faire ce qu’elle veut. Répondez que peu m’importe ce qu’elle prendra à la Suède; que je suis prêt à faire la paix, que je suis prêt à continuer la guerre, que j’approuve tout ce que fera la Russie.

Quant à l’Autriche, il faut que M. de Caulaincourt prenne le ton convenable; qu’il dise bien que je ne crains pas l’Autriche, même avec la guerre d’Espagne. M. de Caulaincourt doit presser l’empereur de prendre des mesures pour qu’on en finisse à Vienne. Il doit lui faire connaître que je suis avec 150 000 hommes en Italie, non compris mon armée de Naples, avec 150,000 hommes en Allemagne, non compris les forces de la Confédération, avec 400,000 hommes enfin prêts à entrer en Autriche; que je lève encore 80,000 hommes, et cela sans ôter un seul bataillon à mes armées d’Espagne. M. de Caulaincourt doit confier à l’empereur que ma garde rétrograde, qu’elle sera dans peu à Paris pour être prête à se porter sur l’Autriche, si cet état de choses ne finit pas.

Immédiatement après la réception de cette lettre, vous expédierez donc un courrier à Saint-Pétersbourg. Ajoutez que le duc de Dalmatie est à Lugo, que déjà 9,000 prisonniers ont été faits sur l’arrière-garde anglaise, et qu’une partie de son artillerie et de ses équipages est en notre pouvoir.

 

Valladolid, 7 janvier 1809

Au général Cauaincourt, ambassadeur à saint-Pétersbourg

Je reçois votre lettre du 8 décembre. Les bulletins se sont succédé avec rapidité. Les nouvelles de Constantinople, les nouvelles d’Autriche et aussi le besoin de me rapprocher de France m’ont rappelé au centre; car il y a d’ici à Lugo 100 lieues, ce qui en ferait 200 pour le retour des estafettes. J’ai laissé le duc de Dalmatie avec 30,000 hommes pour suivre la retraite des Anglais; le maréchal Ney est en seconde ligne sur les montagnes qui séparent la Galice du royaume de Léon. Le duc de Dalmatie doit être à Lugo. Il est probable que, lorsque vous recevrez cette lettre, je sois de retour à Paris. Dites à l’empereur qu’en Italie et en Dalmatie j’ai 150,000 hommes à opposer à l’Autriche, non compris l’armée de Naples; que j’ai 150,000 hommes sur le Ilhin, et, en outre, 100,000 hommes de la Confédération; qu’enfin, au premier signal, je puis entrer avec 400,000 hommes en Autriche; que ma garde est aujourd’hui à Valladolid, où je la laisse reposer huit jours, que je la dirigerai ensuite sur Bayonne; que je suis prêt à me porter sur l’Autriche, si cette puissance ne change pas de conduite, et que si ce n’eût pas été pour ne rien faire de contraire à une alliance, déjà je me serais mis en guerre avec cette puissance; les affaires d’Espagne, qui m’occupent 200,000 hommes, ne m’empêchent pas de me croire deux fois plus fort que l’Autriche, quand je suis sûr de la Russie; que le seul mal que je voie, c’est que cela coûte beaucoup d’argent; que je viens de lever encore 80,000 hommes; que je désire que nous prenions enfin le ton convenable avec l’Autriche. Je l’ai proposé à Erfurt. Autrement nous ne pourrons terminer rien de bon sur les affaires de Turquie. Nous aurions peut-être eu la paix, sans les espérances que les Anglais fondées sur les dispositions de l’Autriche.

 Quant aux deux vaisseaux russes à Toulon, il n’y a pas de doute qu’ils seront payés. Je viens encore d’écrire à ce sujet.

Vous pouvez assurer qu’il n’y a plus d’armée espagnole. Si tout le pays n’est pas entièrement soumis, c’est qu’il y a beaucoup de boue, et qu’il faut beaucoup de temps; mais tout se termine.

 

Valladolid, 8 janvier 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je reçois vos lettres des 24, 25, 27 et 31 décembre. Je vous remercie de ce que vous me dites relativement à la nouvelle année. J’espère que le même compliment se renouvellera encore une trentaine de fois, mais pour cela il faut être un peu sage.

Il faut désavouer l’idée que l’Autriche veuille nous faire la guerre; vous n’êtes pas cependant, je crois, de ceux qu’il faut convaincre que, si elle la faisait, elle sonnerait sa dernière heure. J’ai en Italie et en Allemagne beaucoup plus de forces qu’il n’en faut contre elle.

 

Valladolid, 8 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez l’ordre au due d’Auerstaedt de retirer de Varsovie, de Danzig et de Stralsund tous les gendarmes qui s’y trouvent. Mon intention est de n’avoir aucunes troupes dans le duché de Varsovie. Réitérez donc les ordres pour que le général en chef de mon armée du Rhin retire insensiblement tout ce que j’ai dans le duché de Varsovie.

 

Valladolid, 8 janvier 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, je reçois votre lettre du 30 décembre. Entretenez souvent le Roi (de Naples) de l’expédition de Sicile; mandez-lui que je compte qu’il a déjà réuni des bâtiments à Scilla. Il serait bien nécessaire qu’il y en eût déjà sur la plage de Scilla une soixantaine. Démontrez-lui que ce ne sera qu’autant que ces bâtiments seront là tout prêts, qu’on pourra compter sur cette expédition. J’ai deux buts, d’abord de voir si cette expédition est réellement praticable, et puis de faire une diversion aux forces anglaises, et de leur donner le change sur une destination plus importante que je suis dans l’intention de donner à mon escadre de Toulon.

 

Valladolid, 8 janvier 1809

DÉCISION.

Le général Clarke, ministre de la guerre, soumet à l’Empereur une lettre du maréchal duc d’Auerstaedt et une demande faite par M. de Golz, ministre d’État du roi de Prusse, d’un cartel pour l’extradition réciproque des déserteurs. Le ministre de la guerre fera connaître que cela est contre les principes de la France, qui ne fait jamais de pareilles stipulations. Le duc d’Auerstaedt doit répondre qu’il attend mes ordres.

 

Valladolid, 8 janvier 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, Battaglia m’arrive et m’apprend qu’Auguste nous a donné une princesse. Faites-lui-en mon compliment. J’espère que la prochaine fois elle vous donnera un garçon.

 

Valladolid, 8 janvier 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je reçois votre lettre du 21 décembre. Je vous ai écrit hier une longue lettre dans laquelle vous aurez vu que non seulement je m’attends que la conscription dernière vous aura rejoint avant le 1er mars, mais même que la conscription que je lève en ce moment vous arrivera.

J’ai écrit au ministre Dejean pour les draps, mais ce ministre marche médiocrement. J’ai lu avec un grand intérêt le rapport qui vous est fait, en date du 10 décembre, sur les dépôts de l’armée d’Italie.

J’attends ce même rapport sur ceux des armées de Dalmatie et de Naples, en conséqunce de ce que vous aurons écrit les majors. Je vois avec intérêt qu’au mois de janvier ce que vous avez en Italie aux 5e bataillons pourra compléter les quatre premiers bataillons de guerre.

 

Valladolid, 8 janvier 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Faîtes exécuter la sentence qui condamne à mort le nommé Brave-la-mort, chouan resté en Hollande. Faîtes traduire devant une commission militaire tous ceux qui viennent d’être arrêtés dans la Bretagne.

 

Valladolid, 8 janvier 1809

DÉCISION

14 décembre 1808

Le ministre-directeur rend compte à Sa Majesté des ordres donnés par M. le duc d’Auerstaedt, commandant en chef l’armée du Rhin à M. l’intendant général :

1° Pour faire dustribuer la viande, à raison de 10 onces la ration aux sous-officiers et soldats de l’armée du Rhin;

2° Pour faire payer par le trésor de France l’excédant de dépenses résultant de cette augmentation de la ratoin de viande pour les troupes stationnées dans le royaume de Westphalie;

3° Pour faire supporter ailleurs cette dépense par les pays où les troupes se trouveront cantonnées.

Je n’approuve point cette disposition. Le soldat ne doit avoir que 8 onces de viande. Le duc d’Auerstaedt n’a point le droit d’y rien ajouter. Donnez ordre à l’intendant et au payeur de n’allouer et de ne payer rien au-delà de 8 onces.

 

Valladolid, 8 janvier 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Je reçois votre lettre du 23, vos deux lettres du 24 et celles du 26 et du 30 décembre. Il n’y a pas de mal à faire mettre dans les petits journaux le mot de la dépêche du sieur Andréossy, en le mettant dans la bouche d’une dame de Vienne. Il paraît que vous n’aviez pas encore reçu de lettres de mon chargé d’affaires à Constantinople, et que cette affaire n’était pas encore claire.

Faites connaître au sieur Otto et à mes différents ministres près les cours de la Confédération du Rhin qü’ils doivent parler avec confiance de mes forces et avec mépris de celles de l’Autriche. Mandez-leur que j’ai en Italie une armée de 160,000 hommes, et qu’il me reste en Allemagne et sur le Rhin une armée de 250,000 hommes, en y comprenant les troupes de la Confédération. Écrivez également au sieur Otto et à mes ministres en Saxe et à Vienne qu’ils doivent parler comme si j’étais déjà de retour à Paris, les affaires d’Espagne n’étant plus dignes de m’occuper après le rembarquement des Anglais.

 

Valladolid, 9 janvier 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, faites connaître au ministre de Bavière et
au sieur Otto que, si l’Autriche continue ses armements, il me parait convenable de réunir à Augsburg et à Ingolstadt le corps d’Oudinot; que ce mouvement donnerait de la confiance au pays et en imposerait à l’Autriche. Vous connaissez la composition de ce corps. Ajoutez que, sur la simple demande de la Bavière, le due d’Auerstaedt ferait entrer mon armée en Bavière; qu’avec les secours que j’y envoie mon armée d’Allemagne est de 150,000 hommes, dont 25,000 de cavalerie; que j’en ai autant en Italie; que je désire que les journaux allemands prennent le ton convenable.

 

Valladolid, 9 janvier 1809

Au contre-amiral Willaumez, commandant l’escadre de Brest

Monsieur le Contre-Amiral Willaumez, vous appareillerez aussitôt que le temps le permettra, et en évitant les forces supérieures ennemies, avec les vaisseaux l’Océan, le Foudroyant et six des sept vaisseaux de 74 qui sont à Brest, que vous désignera mon ministre de la marine; et vous vous rendrez dans le port de Toulon, où vous vous mettrez sous les ordres du vice-amiral Ganteaume.

L’escadre sous votre commandement partira de Brest approvisionnée de six mois de vivres et de quatre mois d’eau, afin que, si le vice-amiral Ganteaume le juge convenable, vous n’ayez aucun besoin de relâcher à Toulon.

Avant d’aborder à Toulon, vous vous assurerez que ce port n’est point bloqué par des forces supérieures. Toutefois les ports d’Ajaccio, de Saint-Florent, de la Spezia, de Gênes, la rade de Vado, le golfe Juan, le port de Villefranche, et, en cas d’événements imprévus, les rades de Baia près Naples, de Gaëte, de Tarente, de Corfou, de Pola en Istrie, de Raguse, les bouches de Cattaro, sont des ports gardés par mes troupes, où vous trouverez sûreté et protection.

Mon ministre de la marine vous donnera des instructions sur la navigation que vous avez à faire. Je me repose sur votre zèle, vos talents et votre fidélité pour mon service.

 

Valladolid, 9 janvier 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Valladolid

Mon Cousin, donnez ordre que la seconde brigade du général Millet reste à Burgos jusqu’à nouvel ordre, et que la première brigade soit placée à Torquemada. Donnez ordre au général Kellermann, qui prendra le commandement de cette division, de placer des escadrons à toutes les postes, depuis Miranda jusqu’à Valladolid, de manière que, sans fatiguer les dragons, mes estafettes puissent voyager nuit et jour. En attendant, ces régiments se reposeront dans cette situation.

 

Valladolid, 9 janvier 1809, midi.

A Joseph Napoléon, roi d’Italie, à Valladolid

Mon Frère, je reçois votre lettre du 6. Je vous ai écrit de Benavente, le 4, pour faire porter le duc de Bellune avec deux divisions à la rencontre de l’Infantado. Je vous ai écrit de Benavente le 5 et le 6. Je vous ai écrit depuis de Valladolid, le 7, par mon ofricier d’ordonnance Germain, et, le 8, par un officier de gendarmerie.

Le duc de Danzig est arrivé le 5 à Avila. Je ne lui ai donné aucun ordre; j’attends de savoir si vous ne lui en avez pas donné. Il n’y a pas d’ailleurs d’inconvénient à ce qu’il se repose quelques jours. Ce maréchal n’a fait que des bêtises; il ne sait pas lire ses instructions. Il est impossible de lui laisser le commandement d’un corps; c’est dommage, parce que c’est un fort brave homme un jour d’affaire.

Je vous ai mandé que j’attendais les adresses pour faire ma proclamation. Prenez toutes vos mesures pour faire votre entrée à Madrid; tâchez qu’elle soit solennelle et que vous soyez bien reçu par les habitants. Convoquez ensuite tous les Conseils, et que vos ministres fassent toutes leurs dispositions pour bien administrer. Je suppose que, dans la journée, Victor aura battu l’Infantado.

Il est nécessaire d’occuper Talavera de la Reina. Vous pouvez y envoyer le général Valence avec un régiment de cavalerie et ses 1,500 Polonais; on réunira cette division là aussitôt que possible.

 

Valladolid, 9 janvier 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à La Florida

Mon Frère, je vous ai écrit ce matin. Je profite du passage de Battaglia pour vous écrire encore un mot.

Le duc de Dalmatie était, le 5, à trois lieues de Lugo. Il a pris aux Anglais sept pièces de canon, 2,000 prisonniers (anglais) , des convois de toute espèce à un point tel, qu’il s’y est trouvé un convoi chargé d’argent que les dragons se sont partagé; on l’évalue à 2 millions. Les Anglais fuient dans le plus épouvantable désordre. Les granges des villages de la Galice sont pleines d’Anglais pendus par les mains des paysans, en vengeance des horribles pillages qu’ils commettent. Quant aux Espagnols de la Romana, on leur a pris 4 à 5,000 hommes, neuf drapeaux et, en différentes occasions, une douzaine de pièces de canon.

Le duc d’Elchingen a porté son quartier général à Villafranca.

Zamora a fermé ses portes à la brigade de dragons du général Maupetit. Dans la journée du 7, ce général, ayant vu deux colonnes d’environ 800 hommes chacune, les a chargées, culbutées, leur a tué une centaine d’hommes, fait 200 prisonniers et pris leurs canons. La division Lapisse marche sur Zamora. Faites répandre ces nouvelles et faites-les mettre dans les journaux.

Une députation d’Astorga, composée de l’évêque et des principaux magistrats de la ville, une députation des principaux magistrats et habitants de Léon, se rendent à Madrid. Mandez également des députations des villes d’Avila et de Ségovie. Préparez votre entrée. J’espère qu’avant le duc de Bellune aura atteint et frotté l’infantado.

 

Valladolid, 9 janvier 1809

Au vice-amirl comte Decrès, minstre de la marine, à Pars

Monsieur le vice-amiral Decrès, je reçois votre lettr du 30 décembre. Entretenez souvent le roi (de Naples) de l’expédition de Sicile; mandez-lui que je comte qu’il a déjà réuni des bâtiments à Scylla. Il serait bien nécessaire qu’il y en eût déja sur la plage de Scylaa une soixantaine, Démontrez-lui que ce ne sera qu’autant que ces bâtiments seront là tout prêts, qu’on pourra compter sur cette expédition. J’ai deux buts d’abord, d’anord de voir si cette expédition est réellement praticable, et puis de faire une diversion aux forces anglaises, et de donner le change sur une destination plus importante que je suis fans l’intention de donner à mon escadr de Toulon.

 

Valladolid, 9 janvier 1809

Au général Savary, duc de Rovigo, commandant la gendarmerie d’élite, à Paris

Faîtes intérroger dns le plus grand détail tous es individus portés sur la liste ci-jointe. Qu’on les mette au secret, qu’on les fasse parler et qu’on obtienne d’eux l’aveu des crimes qu’ils ont commis. Ensuite on me mettra sous les yeux leur interrogatoire, la not de leurs assassinats et toutes les révélations qu’on aura pu tirer d’eux.

 

Valladolid, 9 janvier 1809

Au prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Espagne

Témoignez au général Belliard mon mécontentement de la mollesse de son gouvernement. Tous les jours on assassine des Français à Madrid, et il n’a encore rien ‘fait. Dites-lui qu’il faut faire arrêter 30 des plus mauvais sujets de la ville et les faire fusiller; que c’est ainsi que j’ai fait à Valladolid; que je le rends responsable du premier assassinat qui aura été commis sur un Français, si l’arrestation d’un Espagnol ne s’ensuit pas aussitôt. La conduite qu’on tient à.Madrid est ridicule.

 

Valladolid, 9 janvier 1809

Au prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Espagne

Donnez ordre que le prince de Castelfranco, le duc d’Altamira et le marquis de Santa-Cruz soient dirigés sur la place de Fénestrelle, où ils seront retenus comme prisonniers d’État. Prévenez de cette disposition le ministre de la police.

 

Valladolid, 10 janvier 1809

Au comte Fouché, ministre de la polica générale, à Paris

La Gazette de France du……. dit que j’ai accordé 25.000 francs de gratification au sieur Touron, intendant de la province d’Erfurt. Demandez à ce journal où il a pris cette nouvelle et faîtes-la démentir.

 

 

Valladolid, 10 janvier 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je reçois votre lettre du ler, avec la relation de la révolution de Constantinople. Faites faire une notice sur toutes ces données pour mettre dans les journaux.

 

Valladolid, 10 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Le roi de Naples demande 400 Français pour sa garde, à prendre dans mes régiments. Faites-lui connaître que cela n’est pas possible; que mes régiments peuvent à peine suffire au recrutement de ma Garde; que je l’ai refusé aux rois de Hollande et d’Espagne, mais que je lui accorde, comme à ceux-ci, 400 bons conscrits, qui se formeront à son service. Qu’il vous fasse connaître ses désirs là-dessus et de quels départements il les voudrait de préférence.

 

Valladolid, 10 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

J’ai besoin d’avoir à Toulon, pour une expédition que je projette, six compagnies d’artillerie à pied, quatre compagnies du train, une compagnie d’ouvriers et quatre compagnies de sapeurs. Donnez ordre que tout cela se réunisse à Valence, savoir : la lle compagnie du 2e bataillon du ler régiment d’artillerie, la 5e du 1er bataillon du 3e régiment, la 2e compagnie du ler bataillon du 5e régiment, la 3e du 1er bataillon du 51e régiment, la 11e du 2e bataillon du 5e régiment, la 11e du 1er bataillon du 7e régiment. La première est à Strasbourg, la deuxième à Toulouse, la troisième, la quatrième et la cinquième à Metz, et la sixième à Mayence. Donnez ordre que ces six compagnies se rendent à Valence avec leurs officiers, même leurs capitaines en second, et là soient complétées à 180 hommes présents sous les armes.

Vous dirigerez sur Toulon une compagnie d’ouvriers des trois qui sont à Toulouse, et vous la ferez compléter à 140 hommes.

Quant aux compagnies du train, réunissez à Valence la 1e et la 4e compagnie du 4e bataillon, qui sont aux divisions Molitor et Boudet; la 5e et la 6e du même bataillon, que vous ferez venir de la Grande Armée. Vous ferez venir les chefs de bataillon à ces quatre compagnies, qui seront mises à un tiers au-dessus du complet en hommes; en chevaux, il suffira de 500 chevaux; en harnais, ils en auront 1,500.

Quant aux sapeurs, vous ferez venir deux compagnies de celles qui sont à Alexandrie, complétées à 150 hommes chacune.

Vous dirigerez également sur Valence une compagnie de mineurs, que vous compléterez à 150 hommes.

De sorte que le corps d’artillerie et du génie de l’expédition sera composé de 900 canonniers, 600 soldats du train, 150 ouvriers, 150 armuriers, 300 sapeurs et 150 mineurs, total, 2,250 hommes. Vous y formerez de plus une compagnie de pionniers de 250 hommes, qui se réunira à Toulon; ce qui fera 2,500 hommes pour l’artillerie et le génie de l’expédition.

 

Valladolid, 10 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

J’aurai besoin au ler mars à Toulon, pour l’expédition que je projette, de vingt-quatre pièces de 4 et de quarante-huit affûts, de douze pièces de 12 et de vingt-quatre affûts, de douze obusiers et de vingt-quatre affûts; total, quarante-huit bouches à feu et quatre-vingt-seize affûts ; de vingt-quatre caissons de 4, de douze caissons de 12, de douze caissons d’obusiers, de dix forges et de vingt chariots à munitions; de douze mille cartouches à balles ou à boulets de 4, de six mille cartouches à balles de 12, de six mille cartouches à balles d’obusiers; total, 24,000 cartouches, renfermées dans des coffrets qui puissent être portés à dos de mulet; de fers, de bois de rechange et d’acier pour faire quarante-huit affûts et soixante chariots à munitions; d’un million de cartouches dans des caissons à porter à dos de mulet, d’un million à porter dans des caissons ordinaires ; de 200 milliers de poudre et de 150 milliers de plomb. J’ai également besoin à Toulon de douze pièces de 24 courtes, de six mortiers de 8 pouces, de six mortiers de 12 pouces, avec double crapaud ou affût; de douze mille boulets de 24, de six mille bombes de 8 pouces, de trois mille bombes de 12 pouces, avec plates-formes, armement et approvisionnement ; de 30,000 outils de pionniers, roches à feu , de tourteaux goudronnés, de flambeaux à éclairer les convois et d’artifices propres à une expédition ; de 10,000 fusils d’infanterie, de 3,000 sabres, de 3,000 paires de pistolets, de 10,000 baïonnettes de rechange, et de 10,000 pièces de rechange.

Chargez le général Pernety de se rendre à Toulon pour former cet équipage. Vous y attacherez un garde-magasin particulier; vous y joindrez un artificier, qui vérifie les artifices et soit certain de leur bonne composition. Faites joindre à cet équipage tout ce qui est nécessaire en acier, en fer et en bois pour son entretien pendant deux ans de marche, surtout en acier et en fer. Je crois qu’une partie de ces objets doit se trouver à Toulon, à Marseille ou à Nice. Vous tireriez ce qui manquerait d’Auxonne, de Grenoble et de Toulouse.

Dirigez sur Toulon une compagnie entière d’ouvriers de 100 hommes, qui y sera rendue le plus tôt possible, afin de réparer le matériel de cet équipage.

Il existe beaucoup de ces caisses de montagne à Toulon et à Nice; toutefois il y en a beaucoup à Douai et dans le Nord que vous pourriez faire filer sur Toulon jusqu’à concurrence nécessaire.

 

Camp impérial de Valladolid, 10 janvier 1809

DÉCRET

Article 1er. – L’escadre de l’amiral Ganteaume sera prête à mettre à la voile au ler rnars prochain , composée des vaisseaux ci-après : à Toulon, le Commerce-de-Paris, le Majestueux, l’Austerlitz, de 120 canons, le Robuste, le Donauverth, de 80 canons (en armement), l’Ajax, le Magnanime, le Lion, le Suffren, le Génois, le Borée, le Danube, de 74 canons (en armement), l’Annibal, de 74 canons (en réparation), l’Ulm, de 74 canons (en construction aux 16 vingt-quatrièmes) ; à Gênes, le Breslau, de 74 canons; total, quinze vaisseaux de ligne; des neuf frégates ci-après : à Toulon, la Fée, la Pomone, la Pauline, la Danaé, la Pénélope, l’Incorruptible, la Thémis, la Médée et l’Amélie, cette dernière en armement; des vaisseaux russes ci-après : à Toulon, le Moscou et le Saint-Pierre, de 74 canons ; des corvettes ci-après : à Toulon, le Mohavk et la Fauvette, de 20 canons; à Port-Vendres, la Tactique, de 20 canons; à la Spezia, l’Abeille et l’Endymion, de 16 canons; à Gènes, le Janus, de 12 canons, la Ligurie, de 10, l’Adonis, de 16; à Livourne, la Victorieuse, de 90 canons; total, neuf corvettes ou bricks; des goëlettes, demi-chebecs, tartanes, felouques ci-après : à Barcelone, le Cerf, de 10 caronades , le Neptune, de 8, la Jalouse, la Gentille, la Provençale, de 3, la Julie (prise), la Décidée, l’Aventurière, de 3, la Bretonne, de 1 ; à Toulon, l’Osiris, de 1 (désarmé), la F’lèche (en armement) ; en Corse, la Fortune, de 10, la Gauloise (prise), la Sirène, de 10; à Gênes, la Riche, la Levrette, de 12, la Gazelle, de 1 , l’Éclair, la Sentinelle, de 12; à l’île d’Elbe, le Bamberg, demi-chebec de 4; total, vingt petits bâtiments; et des gabares ou transports ci-après : à Toulon, la Baleine, de 800 tonneaux, la Nourrice, de 600, la Durance, de 400, la Lamproie, de 450, la Champenoise, de 170, la Languedocienne, de la Normande, de 124, employés aux transports du 6e arrondissement, le Castor, de 250 (sert de bagne), le Rhinocéros, de 350 (est désarmé), l’Ami-de-la-Vertu, de 135, la Gasconne, de 98, l’Indien, de 700, le Grandin, de 350, la Bourguignonne, de 50, l’Alsacienne, de 48; en construction : à Marseille, aux 5 vingt-quatrièmes, le Dromadaire, de 800; aux 3 vingt-quatrièmes, le Mérinos, de 800; à La Ciotat, aux 3 vingt-quatrièmes, la Caravane, de 800; aux 5 vingt-quatrièmes, le Girafe, de 800; à Marseille, aux 5 vingt-quatrièmes, la Persane, de 800; soit, 8,725 tonneaux; total, vingt transports, formant 9,000 tonneaux.

ART. 2. – Cette escadre, ainsi composée de soixante et quinze voiles, et pouvant transporter 32,000 hommes et 600 chevaux, sera approvisionnée, 1° pour son équipage, à cinq mois de vivres; 2° pour les troupes de passage qu’elle peut transporter, à deux mois de vivres. Elle sera approvisionnée de deux mois d’eau pour tout le monde, et munie de tout ce qui est nécessaire pour porter 32,000 hommes dans un point quelconque de la Méditerranée.

ART. 3. – Tous les vaisseaux de guerre et frégates qui, de l’Océan, arriveraient à Toulon seront joints à ladite escadre.

ART. 4. – L’embarquement aura lieu à raison de 800 hommes par vaisseau de 120, de 700 par vaisseau de 80, de 550 par vaisseau de 74, de 300 par frégate, de 100 par corvette ou brick, de 50 par goëlette ou aviso, et d’un homme et demi par tonneau pour les transports. Chaque vaisseau de ligne et frégate portera 6 chevaux; chaque corvette, brick ou goëlette portera 3 chevaux; chacune des gabarres ou flûtes portera 4 chevaux; ce qui fera 300 chevaux. Les 300 autres chevaux seront embarqués sur des écuries, en prenant les transports les plus capables de servir à cet usage.

ART. 5. – Notre ministre de la marine donnera les ordres convenables pour l’armement de tous ces bâtiments et leur réunion à Toulon, avec les vivres et tout ce qui est nécessaire.

ART. 6. – Douze mille boulets de 24, six mille bombes de 8 pouces, trois mille bombes de 6 pouces, six mille boulets de 12, six mille boulets de 4, et cent milliers de plomb, seront répartis comme lest entre quatre frégates.

ART. 7. – Notre ministre de la marine est chargé de l’exécution du présent décret.

 

Valladolid, 10 janvier 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le vice-amiral Decrès, je suppose que vous avez envoyé à mes frégates , qui ont été expédiées dans les colonies pour les approvisionner, l’ordre de revenir dans la Méditerranée. S’il en était autrement, vous voudrez bien sur-le-champ donner cet ordre à celles qui sont parties. Donnez ordre que les deux frégates qui sont au Havre soient armées; que la frégate la Néréide soit mise à l’eau à Saint-Malo.

Faites donc partir les escadres de Lorient et de Rochefort.

Faites mettre à l’eau à Lorient le vaisseau l’Eylau.

Faites armer à Nantes la Clorinde et la Renommée.

Faites mettre au Havre 2 vaisseaux en construction.

Faites mettre le Triomphant à l’eau à Rochefort.

 Comment la frégate le Niémen n’est-elle pas encore à l’eau à Bordeaux ? Donnez ordre que les gabarres la Dorade et la Gironde se rendent à Rochefort, et y prennent des membrures pour remplacer le Vénitien et la Couronne.

Faites mettre le Béarnais et le Basque en rade à Bayonne. Faites mettre en rade l’Austerlitz et le Donauwerth, l’Amélie, l’Étourdi et le Coureur, ainsi que l’Annial.

Faites terminer les 4 flûtes qui sont à Marseille et les 4 de la Ciotat. Faites mettre à l’eau le Danube et et l’Ulm. Les affaires de Constantinople doivent assez vous dire qu’il faut que j’aie une grande escadre dans la Méditerranée. Que le Breslaw se rende donc à Toulon. Je ne sais pourquoi il n’y a à Anvers que 7 vaisseaux en construction : il me semble qu’il devrait y en avoir 9. J’ai pris aujourd’hui un décret pour l’escadre de Toulon. Prenez toutes les mesures pour que je puisse embarquer 6oo chevaux et 30 à 32,000 hommes dans la Méditerranée.

 

Valladolid, 10 janvier 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le vice-amiral Decrès, vous reoucerez ci-joint une lettre pour le contre-amiral Willaumez. Vous désignerez le bâtiment qu’il laissera à Brest. L’éqiopage en sera réparti sur les autres bâtiments. Il n’y a de danger que pour l’atterage, car les Anglais ne tiennent plus de forces considérables devant Cadix. Donnez des ordres précis pour que l’on atterre dans une autre.

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Les ordres ont été donnés le 17 par courrier extraordinaire; les 20 et 21, par dépêches chargées à la poste.

 

Valladolid, 10 janvier 1809

Au comte Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice, à Paris

Je reçois votre lettre du 1er janvier dans laquelle vous me rendez compte que dix des prévenus dans l’affaire de l’arrestation de la diligence de Rouen ont été condamnés à mort.

 

Valladolid, 10 janvier 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne

Renvoyez-moi à Valladolid le duc de Dantzick; il ne commandera plus le 4e corps. Le corps peut être conservé en en donnant le commandement au maréchal Jourdan, qui peut rester votre chef d’état-major; il sera, par ce moyen, plus dans votre main. Ce corps sera destiné à la garde du centre. Il est composé de la division Sébastiani, forte de quatre régiments ou seize bataillons, el près de 12,000 hommes; 3,000 sont à Léon, et 4,000 à Bayonne venant de Paris. Cette belle division, composée de nos meilleurs régiments, vous la garderez à Madrid pour la garde de cette ville et de votre personne. Le général de division est excellent; les deux généraux de brigade sont ce qu’il y a de mieux dans l’armée. Comme les dépôts de ces régiments sont à Paris, je les maintiendrai toujours au grand complet.

La 2e division du 4e corps est la division Leval, qui est composée d’un régiment de Bade, d’un régiment de Hesse-Darnistadt, d’un régiment de Nassau, d’un bataillon du prince primat, et d’une brigade hollandaise. Tout cela fait 4,000 hommes. Ayez soin qu’elle ait 10 pièces de canon. Faites-la partir pour Talavera de la Reyina; que le général Lasalle, avec ses quatre régiments de cavalerie, se porte au pont d’Almaraz, et batte la plaine jusqu’au delà de Truxillo. Le général Leval commandera, comme étant le plus ancien général de division; il correspondra avec le général Valence, dont vous réunirez la division à Tolède. Laissez cette division à Madrid deux jours, pour lui donner les effets d’habillement dont elle a besoin. Les lanciers polonais resteront à Tolède, ce qui portera la di vision Valence à 5,000 hommes; ayez soin qu’elle ait 8 pièces de canon.

Les divisions Sébastiani et Milhaud resteront à Madrid. La division Mlilliaud a besoin de se refaire; elle peut avoir des postes à Tolède, à Aranjuez, et être prête à se porter sur tous les points. Cela vous met à même de renvoyer au maréchal Victor le 2e de hussards et ce que vous auriez de la division Latour-Maubourg. La division Dessolles, qui doit être arrivée le 7 à Madrid, doit avoir besoin de repos. Comme elle est du corps du maréchal Ney, qui est en Galice, vous pouvez lui donner des ordres directement.

Ainsi donc, les divisions Sébastiani, Leval et Valence, formant le 4e corps, recevront des ordres directement du maréchal Jourdan, comme commandant ce corps. La division de cavalerie du général Milhaud et la division Dessolles recevront des ordres de vous et et maréchal Jourdan comme votre chef d’état-major. La division Latour-Maubourg, le 26e de chasseurs et le 2e de hussards, ce qui fera huit régiments de cavalerie, et les sept régiments d’infanterie du maréchal Victor, recevront les ordres du maréchal Victor, et du maréchal Jourdan comme chef d’état-major transmettant vos ordres.

Si la division Leval avait besoin d’êtres secourue, vous la feriez soutenir par la division Valence, et vous garderiez les divisions Milhaud, Dessolles et Sébastiani à Madrid, dans votre main. Il faut vous appliquer à compléter l’artillerie de la division Sébastiani à 12 pièces, celle de la division Dessolles à 12 pièces, et celle de la division Milhaud à 6 pièces. J’attache une grande importance à ce que Lasalle soit bien au pont d’Aimaraz, et batte la plaine au delà de Truxillo.

Le maréchal Lannes est parti aujourd’hui pour Saragosse, et faire sa jonction avec le général Saint-Cyr. Le général Lapisse est à Zamora; 4,000 à 5,000 hommes sont nécessaires à Avila pour poursuivre Pignatelli. Ayez-y un intendant, et prêtez main-forte à vos agents. Le duc d’Elchingen est à Villafranca; le duc de Dalrnatie doit être à Lugo depuis longtemps; ma garde est concentrée ici. La division Heudelet, qui est ici, va marcher sur Astorga; la division Loison est à Léon.

Il est désirable qu’en entrant à Madrid vous ayez le plus de troupes possible, en bonne tenue. Je pense que vous devriez créer un bataillon de Royal-irlandais; parmi les prisonniers, il y en a beaucoup qui demandent du service; on pourrait les diriger sur l’Escurial. En y mettant quelques bons officiers irlandais, vous attireriez tous les Irlandais qui étaient au service d’Espagne.

Vous ordonnerez au général Leval de faire travailler à une petite tête de pont à Almaraz, et d’y mettre un bataillon pour appuyer la cavalerie. La saison est fort mauvaise; hormis le maréchal Victor, qui doit être en grand mouvement à l’heure qu’il est, je désire que le reste prenne du repos, autant du moins que les circonstances pourront le permettre.

Je vous ai mandé, je crois, de former un régiment espagnol. Vous avez un colonel de Murcie, qui est un fort brave homme; vous avez des officiers sûrs; vous pouvez donc former ce régiment. Il sera bon au moins pour la police. Le général Valence peut détacher un bataillon pour garder le pont d’Aranjuez.

Je ne suis pas content de la police de Madrid; Belliard est trop faible. Avec les Espagnols il faut être sévère. J’ai fait arrêter ici quinze des plus méchants, et je les fais fusiller. Faites-en arrêter une trentaine.à Madrid. Quand j’en suis parti, on avait fait des enquêtes, et on était sur le point de les saisir. Quand on la traite avec douceur, cette canaille se croit invulnérable; quand on en pend quelques-uns, elle commence à se dégoûter du jeu, et devient soumise et humble comme elle doit être. Je vous envoie une relation de la révolution de Constantinople; faites-la mettre dans gazettes.

 

Valladolid, 11 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, j’ai vu par une de vos dernières lettres que vous m’avez fait connaître que vous réunissiez tous les détachements de dragons disponibles à Tours. Je pense qu’il ne faut pas presser cette mesure, parce que les majors ou les commandants de dépôts envoient alors des hommes et des chevaux mal équipés et mal harnachés, que les besoins actuels de l’armée d’Espagne ne sont pas pressants, et que les différents dépôts de cavalerie à l’armée sont tous considérables. Ceux de Pau, d’Aranda, de la Chartreuse, de la Nava, comprennent près de 5,000 chevaux ; c’est nécessairement la plus grande force que puissent avoir ces dépôts, qui diminueront tous les jours. C’est le résultat des grandes marches qu’a faites la cavalerie. Elle a laissé des dépôts à Versailles. Il est nécessaire que tous les hommes qui ont fait la guerre rejoignent; par ce moyen , il y aura en Espagne plus de cavalerie qu’il n’en faut. Il suffira d’avoir, vers le mois de mai , deux milliers d’hommes montés pour pouvoir renforcer les dragons.

Prévenez les corps qu’on leur demandera dans le mois de mars des hommes pour renforcer les régiments. Que jusque-là ils les gardent aux dépôts ; qu’ils y soient bien exercés et bien tenus. Que chaque régiment me fasse connaître ce qu’il pourra faire partir au 1er mars et ce qu’il pourra faire partir au 1er mai. Vous me mettrez cet état sous les yeux, et vous ne ferez rien partir sans mon ordre. Si cependant il y avait des détachements qui fussent en marche, comme il ne faut jamais faire de mouvements rétrogrades, vous les laisseriez continuer leur marche et vous m’en donneriez avis.

Je vous prie d’écrire au ministre Dejean pour qu’il presse les magasins d’habillement et d’équipement des dépôts des armées de Dalmatie et de Naples, dans les 7e et 8e divisions militaires. J’ai là 6,000 hommes que je désire faire partir du 15 février au 1er mars , afin qu’ils puissent arriver en Italie pour l’ouverture de la campagne; et, par les états que vous m’avez envoyés, je vois qu’il y a beaucoup à faire.

Vous trouverez ci-joint un état que le gouverneur général des départements au delà des Alpes m’envoie tous les quinze jours. Je désire que vous m’en fassiez faire un pareil par les commandants des 1e, 8e, 7e, 10e, 23e, 24e, 25e, 26e et 5e divisions militaires; une fois tous les mois, cela sera suffisant. Chargez ces généraux de passer la revue de tous ces dépôts et de dresser tous un état de situation au 1er février, afin que je connaisse bien la situation de tous ces dépôts, ce qui leur manque et ce qui peut aller aux armées.

Actuellement je vais appeler les nouveaux conscrits. Un grand nombre des corps de Dalmatie et de Naples, qui sont encore faibles, recevront beaucoup de monde. Vous sentez bien que, si les conscrits de la dernière levée sont encore nus quand les nouveaux conscrits arriveront aux dépôts, autant vaudrait que je ne levasse point de conscrits, et que je me trouverais singulièrement contrarié. Prenez toutes les mesures que vous jugerez convenables avec le ministre Dejean, mais il est indispensable que les 80,000 hommes que j’ai levés et ceux que je vais lever se trouvent habillés avant le commencement d’avril.

J’ai formé les 121e et 122e régiments de cinq légions. Il est nécessaire que le ministre Dejean fournisse des habits aux dépôts de ces deux corps, comme il a fait avec deux nouveaux régiments, pour que les dépôts puissent expédier aux régiments des souliers et des habits.

Si les cinq dépôts contiennent trop d’officiers pour former deux 5e bataillons de quatre compagnies chacun, vous pourrez me proposer de former un ou deux cadres de 5e bataillon, pour ceux qui n’en ont que quatre.

Je viens de passer la revue de la division Heudelet. J’ai renvoyé au dépôt un cadre des bataillons du 82e, ainsi qu’un du 6e.

Je désire fort que vous fassiez partir les compagnies du 32e que vous avez gardées à l’île d’Aix. Il faut que vous ordonniez que les 82e, 66e et 26e préparent chacun 800 hommes pour tenir garnison à l’île d’Aix au mois de mai , de manière qu’il y ait à l’île d’Aix une brigade de 2,400 hommes, comme c’est d’usage pendant l’été.

Il y a une légion qui a un bataillon à Belle-Île; ce détachement peut être réuni dans le 47e et faire partie de son bataillon.

Valladolid, 11 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Il me revient des plaintes sérieuses contre le général Monnet, qui commande à Flessingue. Mon intention est de le remplacer et de l’employer à la guerre. Proposez-moi pour ce poste important un homme d’une probité à l’épreuve.

 

Valladolid, 11 janvier 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Il faut faire mettre dans le Moniteur les différents combats suutenus par mes frégates et mes corvettes; ce qui me fera voir ce que je puis espérer un jour de ma marine, lorsqu’elle sera à force égale avec celle des ennemis.

 

Valladolid, 11 janvier 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Valladolid

Mon Cousin, faites connaître au général Saiut-Cyr que deux régiments du grand-duc de Berg, un régiment de Würsburg et un bataillon des contingents des petits princes, formant près de 6,000 hommes, se rendent à Perpignan sous les ordres d’un général de brigade. Ce corps renforcera le général Reille et le mettra à même d’assiéger Girone. Je désire que ce siège soit commencé vers le 1er février. Il sera nécessaire de protéger cette opération par quelques marches pour balayer tout ce qui pourrait se trouver aux environs. Vous lui ferez connaître que le maréchal Lannes se trouve devant Saragosse avec le 5e et le 3e corps; qu’ils doivent tâcher de communiquer ensemble; qu’une des premières choses qu’il y a à faire est de prendre Tarragone , et d’y mettre garnison, et de fortement approvisionner Barcelone. S’il était possible de s’emparer aussi de Tortose, dans ces premiers moments où on n’a pas pu s’y attendre, ce serait un grand pas de fait pour pouvoir combiner ses mouvements sur Valence. Il faudrait envoyer cette dépêche au général Reille, qui a un chiffre avec le général Saint-Cyr, et qui en fera faire trois ou quatre copies, qu’il fera passer en diverses circonstances. Écrivez également au général Reille que les troupes composant la division ci-dessus se rendent à Perpignan.

 

Valladolid, 11 janvier 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Valladolid

Faites connaître au général d’Avenay que vous m’avez mis les yeux sa lettre du 11; qu’il ne faut pas qu’il se laisse faire des contes. Qu’il fasse arrêter une trentaine des individus les plus coupables; qu’il fasse brûler le village où les pièces de ma garde ont été prises; qu’il fasse notifier que tout le monde ait à rentrer sous peine de confiscation des biens; qu’il agisse avec la plus grande activité; qu’il nomme un corrégidor pour la ville de Toro, et qu’il ne garde à Toro qu’un seul bataillon en envoyant les autres à Zamora.

Répondez au général Darricau qu’il a bien fait de s’emparer de Zamora; mais qu’il aurait dû y laisser le 6e; qu’un seul bataillon suffit à Toro et qu’il réunisse tout à Zamora pour marcher sur Salamanque; que j’ai accordé toutes les grâces qu’il a demandées.

Écrivez au général Maupetit qu’il faut qu’il envoie des reconnaissances jusqu’aux frontières du Portugal et à Salamanque, mais en force, de manière à n’éprouver aucun échec. Vous aurez soin de diriger le bataillon de marche de Valladolid, formé ici ce matin, qui appartient à la division Lapisse, sur Toro, et de là sur Zamora. Recommandez aux généraux Maupetit et Darricau de se procurer des capotes et des souliers à Zamora pour leurs corps, et de recueillir des renseignements sur ce qui se passe à Salamanque et du côté Portugal.

Indépendamment des hommes que les généraux d’Avenay Darricau feront pendre à Toro et à Zamora, donnez-leur ordre de prendre des otages et de les envoyer à Ségovie, et d’envoyer des députations nombreuses de ces villes à Madrid. Envoyez-leur ides proclamations de la ville de Valladolid, et des proclamations de Madrid, pour qu’ils les punlient. Mandez-leur d’en faire faire par les principaux magistrats et membre du clergé de ces villes, et de les faire imprimer et afficher partout.

 

Valladolid, 11 janvier 1809

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de cavalerie.

Les chasseurs à cheval et les chevau-légers polonais de notre Garde partiront demain 12 janvier de Valladolid pour se rendre à Duenas , le 13 à Villodrigo, le 14 à Burgos, le 15 à Briviesca, le 16 à Miranda, le 17 à Vitoria, où ils resteront jusqu’à nouvel ordre.

Les dépôts de notre Garde qui sont à Madrid en partiront pour se rendre à Valladolid; ceux qui pourraient être sur la route d’Aranda à Burgos et de Burgos à Vitoria seront réunis à Vitoria, où ils attendront de nouveaux ordres.

 

Valladolid, 11 janvier 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Pardo

Mon Frère, je désire que vous me fassiez donner des renseignements le plus tôt possible sur les routes : 1° de Bilbao à Valmaseda; 2° de Valmaseda à Villarcayo; quelles sont les villes qu’on rencontre, leur population; quelle espèce de hauteurs l’artillerie peut-elle passer ? 3° de Villarcayo à Orduaa; 4° de Villarcayo à Burgos; 5° de Villarcayo à Miranda ou tout autre point longeant l’Ebre ; 6° de Villarcayo à Santander; 7° de Villarcayo à Reinosa. Dans chacune de ces routes, l’artillerie peut-elle passer ? Il faut des détails sur chacune de ces routes. Faites faire ces notes, soit par le ministre de la guerre espagnol, soit par des hommes pratiques du pays, et aussi par des officiers français qui aient vu et qui aient été dans le pays. Faites-moi tracer sur une carte la grande route de Tolosa à Pampelune, la grande route de Pampelune à Vitoria. Ces renseignements me sont nécessaires avant dix heures du matin.

J’ai besoin aussi des renseignements suivants, mais pourvu que je les aie demain, cela est suffisant : décrire la route depuis Pampelune jusqu’à Madrid ; est-ce une chaussée faite ? Connaître quelles villes on trouve sur cette route, quelle est leur population ; quelles rivières, quelles gorges , quels obstacles naturels on rencontre. Je désire avoir les mêmes détails de la route de Saragosse à Madrid par Daroca. Ces notes doivent être faites très en détail ; on peut y mettre le temps, pourvu que je les aie demain dans la journée. Ce que je recommande pour toutes ces cartes, c’est qu’on établisse l’échelle en lieues de France, ou du moins, qu’on fasse bien connaître le tout et partie du nombre de toises qu’elles contiennent.

 

Valladolid, 11 janvier 1809, midi.

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Pardo

Mon Frère, je reçois votre lettre du 8 janvier. J’espère que le maréchal Victor se sera mis en marche le 9. Vous aurez vu , par ma lettre d’hier et par les ordres qui vous ont été envoyés avant-hier, que je désirais que la division Dessolle se reposât à Madrid. Si le maréchal Victor avait besoin d’être soutenu, ce que je ne puis croire, il pourrait être soutenu par le général Valence ; mais, avec l’infanterie qu’il a, la division Latour-Maubourg, le 26e de chasseurs et le 2e de hussards , il a dix fois ce qu’il faut. Cependant un millier d’hommes, placés à Aranjuez pour garder le pont et maintenir les communications, pourraient être utiles. J’y avais destiné la brigade hollandaise, mais elle a eu ordre depuis de se rendre à Talavera de la Reina avec la division Leval. Alors un des régiments du général Valence, qui sont arrivés depuis plusieurs jours à Tolède, étant reposé, peut, avec 3 ou 400 hommes de cavalerie, se porter sur les derrières du maréchal Victor et garder ses communications.

Je pense que vous avez bien fait de ne pas aller au corps d’expédition contre l’Infantado. Cette expédition n’a pas un but certain. L’infantado se retirera sur Valence, et l’issue n’en produira rien. Vous auriez donc mal fait de vous y porter. Puisque vous avez le désir bien naturel d’assister à une expédition , celle où vous devez vous trouver est celle d’Andalousie ; mais elle ne peut pas se faire avant vingt jours d’ici. Alors, avec deux bons corps formant une quarantaine de mille hommes , vous surprendrez l’ennemi par une route inattendue et vous le soumettrez. C’est l’opération qui finira les affaires d’Espagne : je vous en réserve la gloire.

Faites faire une tête de pont à Almaraz. Procurez-vous des mulets ou des boeufs pour atteler un équipage de douze pièces de 24. Écrivez à Somo-Sierra pour faire venir les six pièces qui y sont encore. Faites mettre sur des charrettes les mortiers. Ce petit équipage vous est nécessaire pour prendre Séville.

La copie de la lettre du sieur Fréville serait juste si ces blés devaient être vendus ; mais, puisqu’ils sont d’abord destinés à nourrir l’armée, il faut d’abord les prendre. Je fais écrire dans ce sens à l’intendant. Je verrai avec plaisir que tout ce qui a été pris aux rebelles soit employé aux besoins de l’armée.

Je suis obligé de me tenir à Valladolid pour recevoir les estafettes de Paris en cinq jours. Les événements de Constantinople, la situation actuelle de l’Europe, la nouvelle formation de mes armées d’Italie, de Turquie et du Rhin, veulent que je ne m’éloigne pas davantage. C’est bien à regret que je me suis vu forcé de partir d’Astorga.

Il y a à Madrid un millier d’hommes appartenant à ma Garde : envoyez-les-moi.

Voici les dernières nouvelles de Galice. On n’a eu aucune espèce de nouvelles de la Romana. La plupart des colonels ont licencié leurs troupes; une partie file en Andalousie, les autres s’en vont avec les Anglais. Les canonniers espagnols n’ont pas voulu remettre leurs canons aux Anglais.

Le 8, l’ennemi occupait, par une arrière-garde, Lugo. Le duc de Dalmatie était depuis le 6 en présence. L’infanterie est arrivée le 7. La division Marchand était à mi-chemin de Villafranca à Lugo pour soutenir le duc de Dalmatie.

Vous pouvez faire votre entrée à Madrid quand vous le jugerez convenable. Je suppose qu’aujourd’hui 11 le duc de Danzig est arrivé , que le 13 Talavera de la Reina sera occupé, et que Victor aura éloigné et dissipé les craintes ridicules qu’inspire l’Infantado. Si cela est, vous pouvez faire votre entrée le 14. Que toutes les troupes soient sous les armes et que les habitants viennent vous recevoir dehors , avec les cérémonies d’usage. Allez occuper le palais ; laissez-y un appartement pour moi, dans le cas où cela ne vous gênerait pas trop.

Ne vous exposez à aucun événement militaire, hormis l’expédition d’Andalousie, qui ne peut être faite qu’après les pluies. Que faut-il préparer ? du biscuit et l’équipage de pièces de 24 et de mortiers. Occupez-vous de cela tous les jours. Cette opération aura de l’éclat. Pour le biscuit, il vous faut 300,000 rations ; faites-en faire à Tolède et à Talavera. J’ai 300 caissons des transports militaires qui les porteront. Aussitôt que le général Lapisse aura fini à Zamora, je le ferai marcher sur Salamanque, qui est encore en révolte et où il y a 3 ou 4,000 hommes.

Faites donc pendre une douzaine d’individus à Madrid; il n’y manque point de mauvais sujets ; sans cela il n’y aura rien de fait. Les 3,000 prisonniers espagnols qui sont à Valladolid ont fort dégrisé ce pays-ci par leur présence et par leurs propos. Les prisonniers anglais arrivent par gros convois.

Je vous recommande la province d’Avila. Envoyez-y un intendant. Ce misérable Pignatelli n’a pas dix hommes avec lui. Un bataillon de 400 hommes du régiment de Royal-Étranger sera là à merveille. Cela servira d’ailleurs à établir la correspondance entre Salamanque et Madrid , lorsque la division Lapisse sera arrivée dans cette ville.

Il parait que le chargé d’affaires d’Espagne, qui était à Vienne, a quitté cette ville et s’en est allé par Trieste.

Il serait essentiel que vos ministres ne jetassent pas l’argent pour payer vos agent à l’étranger, hormis celui qui est en Russie, qui se comporte bien.

 

Valladolid, 11 janvier 1809, dix heures du soir.

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Pardo

Mon Frère, Zamora n’a pas voulu se soumettre; il a fallu yentrer de vive force. Le général Darricau s’y est porté, dans la journée du 10, avec quatre bataillons, l’a battu en brèche et l’a enlevé d’assaut. Il a eu dix hommes tués. Le général Darricau s’occupe de désarmer la place, et le général d’Avenay désarme la province de Toro. L’un et l’autre sont chargés de pousser des reconnaissances sur les frontières du Portugal et sur Salamanque.

Aussitôt que vous aurez un intendant à Avila, chargez-le de se mettre en correspondance avec le commandant de mes troupes à Salamanque, dès qu’elles y seront.

 

Valladolid, 11 janvier 1809

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris.

Monsieur Dejean,je trouve ridicule que vous fassiez confectionner à Bordeaux l’habillement du 1er régiment d’infanterie légère et celui du 42e. Ces deux régiments sont à Barcelone et il était bien plus naturel que leur habillement soit confectionné à Monstpellier ou à Perpignan. Mon intention pour remédier à cette bévue est que les habits confectionnés à Bordeauxpour ces deux régiments soient envoyés à Bayonne et que vous ne fassiez confectionner à Perpignan d’autres habillements pour ces corps.

 

Valladolid, 12 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, le roi de Westphalie m’a annoncé une division de 6,000 hommes. Je vous prie de diriger ces troupes sur Lyon, et d’envoyer mon aide de canip pour savoir quand les deux premiers mille hommes se mettront en route. Activez leur départ. Je destine cette division, ainsi que les divisions du grand-duc de Würzbourg, de Berg et de Saxe, à faire le siége de la place de Girone.

 

Valladolid , 12 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je vous renvoie les pièces trouvées chez le général Vedel. Il me semble que ces pièces sont nécessaires au procès. Il faut les remettre au procureur impérial et les faire parafer par le général. Il sera inutile d’imprimer les injures de Morla, qui ne font rien à la question. Le reste est important à connaître par la partie publique et par les juges. Il me semble qu’elles jettent beaucoup de jour sur cette affaire.

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P.S. Les détails de cette malheureuse affaire excitent toujours l’indignation. Vous verrez dans la correspondance du général Vedel que, le 3 août, un chef de bataillon qui était, avec 300 hommes, à Manzanares, c’est-à-dire à mi-chemin d’Andujar à Madrid, a eu la lâche bêtise de s’aller mettre dans la capitulation. Faites des recherches pour savoir le nom de ce misérable, afin qu’à son retour il soit arrêté, traduit à une commission militaire et passé par les armes.

 

Valladolid, 12 janvier 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, donnez l’ordre à la frégate la Caroline de s’approvisionner pour six mois de vivres et quatre mois d’eau, et de partir de Venise pour se rendre à Ancône. Vous ferez partir avec la Caroline un aviso et deux bricks, si vous les avez disponibles. Le capitaine aura sous ses ordres la Princesse-Auguste et 1’Iéna. Cette division, ainsi composée d’une frégate, de deux ou trois bricks et de quelques bâtiements légers, pourra sortir d’Ancône, toutes les fois qu’elle le jugera convenable, contre les bâtiments de Sicile et d’Angleterre qui vont à Trieste. Elle sera d’ailleurs mieux placée à Ancône, d’où elle peut se porter à Raguse et aux bouches de Cattaro, qu’à Venise, d’où elle ne peut jamais sortir.

 

Valladolid, 12 janvier 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai dicté aujourd’hui des notes sur la ligne à prendre en Italie et sur les fortifications à faire cette année. Ces notes ne vous seront envoyées que demain. Elles sont importantes, et contiennent le développement des motifs qui me portent à fortifier la ligne de l’Adige plutôt que celle de la Piave, qui me paraît si ingrate.

 

Valladolid, 12 janvier 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Valladolid

Écrivez au général Maupetit de faire fusiller le chef des insurgés de Zamora, don Henri Spinosa.

Il doit vous faire connaître le nombre des habitants pris les armes à la main. Faîtes fusiller les plus coupables et ceux qui ont été les chefs.

 

Valladolid, 12 janvier 1809.

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Je reçois votre lettre du 10 janvier. Je vous ai mandé hier au soir la prise de Zamora. Je vais faire marcher sur Salamanque. Vous avez très bien fait de dissoudre tous les bataillons de marche, et d’envoyer aux divisions Villatte et Ruffin les détachements qui leur appartiennent. Vous verrez si vous jugez nécessaire d’envoyer le 2e de hussards à  Aranjuez pour battre la plaine. Quant aux hommes isolés des sept régiments d’infanterie qui appartiennent au corps du maréchal Victor, réunissez-les à Madrid, et, après deux jours de repos, envoyez-les à  Aranjuez, du moment qu’ils seront au nombre de 300 hommes.

Je suppose qu’à  l’heure qu’il est la division Leval marche sur la Talavera, et que la division Valence garde Tolède et Aranjuez. Des bataillons de marche de plusieurs miniers d’hommes, apparte­ nant au corps du maréchal Victor et au 4′ corps, partent aujour­ d’hui pour Madrid ..

Je vous ai mandé de faire votre entrée à  Madrid et de prendre le gouvernement de l’État, en mettant à  cela la plus grande pompe possible. Je désire fort que vous puissiez faire votre entrée le 14, le 15 ou le 16. Je pense que votre entrée à  Madrid et la prise de possession entière de votre gouvernement sont nécessaires et importantes. Je n’ai pas encore de nouvelles des Anglais; on était en présence de leur arrière-garde le 8. J’ai donné ordre à  un bataillon de 600 hommes qui est à  Soria, dès qu’il serait relevé, de se rendre à  Madrid, vous pouvez l’incorporer dans votre garde. De nombreux détachements de conscrits sont en marche.

L’opération qu’a faite Belliard est excellente. Il faut faire pendre une vingtaine de mauvais sujets. Demain. j’en fais pendre ici sept, connus pour avoir commis tous les excès, et dont la présence affligeait geait tous les honnêtes gens, qui les ont secrêtement dénoncés, et qui reprennent courage depuis qu’ils s’en voient débarrassés. Il faut faire de même à  Madrid. Si l’on ne se débarrasse pas d’une centaine de boute-feux et brigands, on n’a rien fait. Sur ces cent, faites-en fusiller ou pendre douze ou quinze, et envoyez les autres en France aux galères. Je n’ai eu de tranquillité en France qu’en faisant arrêter 200 boute-feux, assassins de septembre et bandits que j’ai envoyés aux colonies. Depuis ce temps, l’esprit de la capitale a changé comme par un coup de sifflet.

 

Valladolid, 13 janvier 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Chmapagny, je reçois votre lettre du 4 janvier. Je désire que M. de Romanzof reste à Paris jusqu’au ler février.

Tant qu’un traité n’est pas ratifié, il n’y a rien de fait.

Ecrivez au sieur la Rochefoucauld qu’aucun Français ni Italien ne doit passer en Angleterre, ni par conséquent s’embarquer en Hollande; qu’ainsi il doit refuser à tous.

Je suis étonné que l’aide de camp du roi de Wurtemberg, s’il avait une lettre à me remettre, ne soit pas venu me trouver. Toutes les fois qu’un roi allié m’envoie un officier avec une lettre, il n’y a pas obstacle à ce qu’il vienne me joindre.

 

Valladolid, 13 janvier 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, écrivez à mon ministre à Cassel que je désire que le roi de Westphalie mette des hommes habiles et sûrs à la tête de la rédaction de ses gazettes; qu’il les charge de lire avec soin les gazettes de Vienne et de Presbourg, et qu’il s’attache à faire tourner en ridicule les articles que ces gazettes contiendraient contraires à la France et à la Confédération, en faisant sentir les funestes effets qu’a eus, dans tous les temps, l’ambition de la maison d’Autriche. Écrivez au sieur Otto et à mes ministres en Allemagne que je verrai avec plaisir qu’ils s’attachent à détruire, dans les gazettes de Munich et autres, ce que les gazettes de Vienne et de Presbourg disent contre la France ou la Confédération.

 

Valladolid, 13 janvier 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Vous verrez, par le bulletin, que le duc de Dalmatie est entré à Lugo le 9 ; le 10 il a dû être à Betanzos. Les Anglais paraissent vouloir s’embarquer à la Corogne ; ils ont déjà perdu 3,000 hommes faits prisonniers, une vingtaine de pièces de canon, cinq à six cents voitures de bagages et de munitions , une partie de leur trésor et 3,000 chevaux, qu’ils ont eux-mêmes abattus, selon leur bizarre coutume. Tout me porte à espérer qu’ils seront atteints avant leur embarquement et qu’on les battra. J’ai quelquefois regret de n’y avoir pas été moi-même, mais il y a d’ici plus de cent lieues ; ce qui avec les retards que font éprouver aux courriers les brigands qui infestent toujours les derrières d’une armée, m’aurait mis à vingt jours de Paris : cela m’a effrayé, surtout à l’approche de la belle saison qui fait craindre de nouveaux mouvements sur le continent.

Le duc d’Elchingen est en seconde ligne, derrière le duc de Dalmatie. La force des Anglais est de l8,000 hommes. On peut compter qu’en hommes fatigués, malades, prisonniers et pendus par les Espagnols, l’armée anglaise est dimminuée d’un tiers ; et, si à ce tiers on ajoute les chevaux tués qui rendent inutiles les hommes de cavalerie, je ne pense pas que les Anglais puissent présenter 15,000 hommes bien portants et plus de 1,500 chevaux. Cela est bien loin des 30,000 hommes qu’avait cette armée.

Faites envoyer aux journaux des articles qui peignent la folie des plans d’opération de l’armée anglaise, la honte qu’elle est venue recueillir et la destruction dont elle est menacée si elle ne parvient pas à s’échapper, et, si elle s’échappe, l’état déplorable dans lequel elle va rentrer, affaiblie de moitié et privée de tout, et, dans les deux hypothèses, la masse de honte qui attend cette expédition, la plus forte qu’ait faite l’Angleterre.

La Galice montre un bon esprit. Tout se soumet et s’arrange.

 

Valladolid, 13 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, faîtes connaître au duc d’Auerstaedt que le territoire de la Confédération du Rhin est inviolable; que, sous quelque prétexte que ce soit, il ne doit rien laisser passer sur le territoire de Bayreuth; que cette notification est faite par courrier à Vienne.

 

Valladolid, 13 janvier 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Il y avait à Berlin une gazette allemande intitulée le Télégraphe. Elle s’imprime actuellement à Erfurt. Il n’y a pas de difficulté qu’elle s’y imprime encore quelque temps; mais je désire qu’elle vienne ensuite s’établir à Düsseldorf. Écrivez là-dessus au duc d’Auerstaedt et au sieur Beugnot. Cette gazette serait destinée à détruire en Allemagne le mauvais effet qu’y produisent les gazettes de Vienne et de Presbourg. Faites connaître à mon ministre à Cassel qu’il fasse tourner en ridicule, par les gazettes de Westphalie, tous les articles des gazettes de Vienne et de Presbourg dirigés contre la France et la Confédération du Rhin. Donnez des ordres dans ce sens aux gazettes allemandes de Mayence et de Strasbourg.

 

Valladolid, 13 janvier 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Nous sommes en 1809. Je pense qu’il serait utile de faire faire quelques articles, bien faits, qui comparent les malheurs qui ont affligé la France en 1709 avec la situation prospère de l’Empire en 1809. Il faut considérer la question sous le point de vue du territoire et de la population, sous le point de vue de la prospérité intérieure, sous le point de vue de la gloire extérieure, sous le point de vue des finances, etc. Vous avez des hommes capables de faire, sur cette matière fort importante, cinq à six bons articles qui donnent une bonne direction à l’opinion. Louis XIV s’est occupé de faire bâtir Versailles et des maisons de chasse. On s’est occupé d’améliorer Paris, depuis les eaux jusqu’aux palais, depuis les marchés jusqu’au temple de la Victoire, jusqu’à la Bourse. Tout était à faire, tout se fait. On peut partir de là pour parler de la perfection qu’ont acquise nos institutions, leur simplicité et l’heureux cours des idées en 1809. En 1709, on révoquait l’édit de Nantes, on persécutait les protestants; le maréchal de Villars perdait ses talents dans les Cévennes ; le Père Lachaise tyrannisait la conscience du vieux roi. En 1809, on rétablit les autels ; les religions sont tolérées. Par les rapports avec les moeurs, les évêques ne vont ni au . . . . .ni dans les antichambres, mais restent dans leurs diocèses. Il y a là de beaux articles à faire. Mais il ne faut pas entreprendre un long ouvrage qu’on ne finirait pas. On peut faire un article tous les mois , sous les mêmes titres : 1709 et 1809.

 

Valladolid, 13 janvier 1809

Au comte Regnier, Grand-Juge, ministre de la justice, à Paris

Témoignez ma satisfaction aux président et procureur impérial de la cour criminelle de Rouen, pour le courage avec lequel ils ont résisté à l’esprit de parti qui voulait sauver les coupables d’un crime le plus inquiétant pour la société, appartenant à des familles distinguées. La loi est une pour les citoyens, et la considération de la naissance et de la fortune ne peut jamais être, pour Sa Majesté et les magistrats, un motif pour faire fléchir la justice et même pour faire grâce; au contraire, elle rend ceux qui les commettent d’autant plus coupables qu’ils ont un rang distingué dans la société.

 

Camp impérial, Valladolid, 13 janvier 1809

Au cardinal Fesch, Grand-Aumonier de l’Empereur, archevêque de Lyon

Mon Cousin, ayant destiné pour cette année un fonds de 60,000 francs pour soulager les pauvres veuves et enfants de mes soldats et autres pauvres de mon Empire, j’ai ordonné à mon grand maréchal du palais de tenir à votre disposition un crédit de 5,000 francs par mois. Ces 5,000 francs seront distribués sur vos mandats aux personnes que vous désignerez.

 

Valladolid, 13 janvier 1809, au soir

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre, dans laquelle vous m’apprenez que les Autrichiens forment des approvisionnements considérables à Goritz. Je suppose que vous avez fait vérifier ce fait pour savoir à quoi vous en tenir. Il me paraît extraordinaire que les Autrichiens réunissent des approvisionnements si près de nous; ils auraient donc pris une étrange confiance : il est vrai qu’ils ont commis déjà bien des extravagances. Ils me croient occupé loin d’eux; ils seront bien attrapés lorsque, dans quelques jours, ils sauront que je suis à Paris et que mes troupes rétrogradent. Ici, les Anglais battus et acculés à la mer ont achevé de dessiller les yeux. Je suppose que Palmanova est parfaitement approvisionnée, C’est là le principal. Pour peu que des troupes autrichiennes viennent à s’approcher de l’Isonzo, ordonnez sur-le-champ que la place soit réarmée. Je suppose aussi que vous avez réuni à Palmanova une certaine quantité de biscuit, suffisante pour servir d’approvisionnement extraordinaire à l’armée. Faites écrire par les colonels aux majors et vous-même écrivez aux commandants des divisions militaires, pour qu’on presse l’habillement et le départ des hommes disponibles qui sont aux dépôts. Les divisions Boudet et Molitor sont à Lyon, qui se reposent. Du moment que la saison aura fléchi , je les enverrai en Italie; ce sera un renfort de sept régiments d’infanterie et de quatre de cavalerie, et, en outre, de sapeurs et de troupes d’artillerie.

Je suppose que le roi de Naples a renvoyé tout ce qu’il devait renvoyer dans la haute Italie. Je vous ai écrit avant-hier relativement à mon armée italienne; je suppose que vous pourrez disposer de 9,000 hommes d’infanterie de ma Garde, de 16,000 hommes d’infanterie de ligne, tous à l’école de bataillon, ce qui pourra me former deux bonnes divisions , plus 2,000 chevaux, à peu près, et qu’au total mon armée italienne pourra m’offrir une force de 20,000 hommes environ.

Écrivez au général Marmont tout ce que vous apprenez des Autrichiens, mais écrivez-le-lui en chiffre; marquez-lui que, si les hostilités viennent à commencer, il doit centraliser ses forces sur Zara, approvisionner cette ville et manoeuvrer de manière à opérer sa jonction du côté de Laybach.

 

Valladolid, 14 janvier 1809

A Georges, Prince Héréditaire de Mecklembourg-Strélitz

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 20 décembre. Je suis charmé d’avoir fait une chose agréable à votre grand-mère. Vous pouvez compter que je saisirai avec plaisir toutes les occasions de donner des marques d’intérêts à votre famille.

 

Valladolid, 13 janvier 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Pardo

Mon Frère, l’ennemi est resté dans la journée du 8 sur les hauteurs de Castro. Dans la matinée du 9, le duc de Dalmatie se résolut à l’attaquer, son artillerie et son infanterie étant arrivées le 8. La position de Castro n’est attaquable que par la gauche, la droite étant appuyée à la rivière. Le duc de Dalmatie fit faire un mouvement pour tourner la gauche de l’ennemi, qui , s’en étant aperçu, partit à la nuit tombante et continue sa retraite toute la nuit du 8. On a trouvé à Lugo 300 malades anglais et 18 pièces de canon. Les Anglais ont détruit la plus grande partie de leurs munitions. Dans la journée du 9, on a fait 500 prisonniers. Voilà donc déjà 3,000 prisonniers anglais que nous avons. On a compté 700 chevaux abattus par eux dans la ville de Lugo; ce qui fait plus de 2,500 chevaux qu’ils perdent.

Le duc de Dalmatie espérait arriver le 10 à Betanzos, à peu de lieues de la Corogne. Les Anglais ont à la Corogne 400 bâtiments.

Les habitants de la Galice paraissent animés du meilleur esprit. L’évêque de Lugo et le clergé sont restés. La ville de Lugo a été pillée par les Anglais, et a beaucoup souffert à la retraite de ceux-ci, qui se portent à tous les excès imaginables.

Faites mettre ces nouvelles dans les gazettes. Faites aussi que les gazettes de Madrid arrivent à Valladolid, et que vos ministres écrivent à vos intendants.

On m’a assassiné deux gendarmes d’élite à la poste, à l’intersection des chemins de Guadarrama et de l’Escurial. J’avais demandé qu’on y envoyât 25 à 30 hommes du Royal-Étranger.

Je ne vois pas d’incouvénient que vous preniez des prisonniers, dont on pourrait être sûr, pour former vos régiments ; mais il ne faut pas prendre d’officiers.

 

Valladolid, 14 janvier 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, j’envoie Deponthon à Saint-Pétersbourg. Écrivez aux sieurs Otto, Durand et Bourgoing, pour qu’ils aient l’éveil sur les mouvements de l’Autriche. Écrivez-leur qu’il est nécessaire que les troupes de la Confédération du Rhin se tiennent prête, à marcher; que l’Autriche paraît avoir perdu la tête ; que les affaires d’Espagne sont terminées ; que je suis au mieux avec la Russie, mais que les Anglais dominent à Vienne. Vous ajouterez au sieur Otto que je désire que la Bavière arme ses places et surtout les forteresses de Passau et Burghausen. On peut envoyer à Paris un ingénieur avec les plans de ces deux forteresses, pour arrêter les travaux à faire; mais, en attendant, y mettre une garnison et les approvisionner.

 

Valladolid, 14 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, minstre de la guerre, à Paris

Les habitants de Turin se plaignent qu’ils ont, au faubourg de la Dora, beaucoup de poudres qui les alarment. Ne pourrait-on pas placer ces poudres à Fenestrelle et à Alexandrie ?

 

Valladolid, 14 janvier 1809

PROJET DE NOUVELLE ORGANISATION DE LA GENDARMERIE IMPÉRIALE.

On s’arrête au projet suivant :

Former un seul régiment. de grenadiers à deux bataillons, chaque bataillon composé de quatre compagnies de 200 hommes; ce qui fait 1,600 grenadiers; c’est à peu près le même nombre qu’aujourd’hui; et, comme les grenadiers coûtent extrêmement cher, ce serait une grande économie. On pourrait toujours en emmener à la guerre 1,200, et les maintenir à ce nombre pendant le cours de la campagne. Former de même un seul régiment de chasseurs. Ces deux régiments sont en Espagne.

Laisser les deux régiments de fusiliers comme ils sont, et, des cadres du second régiment de grenadiers, former un régiment de grenadiers-conscrits de la Garde, payé comme l’infanterie de ligne, hormis les officiers et sous-officiers, qui seraient de la Garde. Faire de même, avec le cadre du second régiment de chasseurs, un régiment de conscrits-chasseurs.

On aurait donc : un régiment de grenadiers, un régiment de fusiliers-grenadiers, un régiment de conscrits-grenadiers,, un régiment de chasseurs, un régiment de fusiliers-chasseurs, un régiment de conscrits-chasseurs ; total, six régiments, douze bataillons, vingt quatre compagnies, ou 2,600 hommes. Si le mot conscrits était d’un mauvais effet, on pourrait se servir du mot tirailleurs.

On suppose qu’en maintenant constamment à la guerre ces régiments à 1,200 hommes chacun, on aurait toujours en ligne 7,200 hommes présents sous les armes, et à Paris un dépôt de 2,400 hommes pour la garde des palais et pour le repos des hommes fatiguéss. C’est là la meilleure manière. Un bataillon de 800 hommes effectifs, c’est-à-dire de 600 hommes présents sous les armes, est suffisant.

Les fusiliers ont déjà un mauvais pli : c’est d’être, entre la Garde et la ligne, un corps intermédiaire qui coûte le double de la ligne. Il vaut bien mieux former un corps de tirailleurs qui ne coûte pas plus que la ligne. Le pli est déjà : c’est le dépôt des conscrits de la Garde à Paris. Restera donc à former les deux nouveaux régiments dont les cadres doivent être de 3,200 conscrits ; ce nombre existe à peu près au dépôt de la Garde à Paris.

La Garde actuelle n’est, je crois, que de 7,000 hommes ; je vais la porter à 9,000, et il serait possible qu’elle ne me coûtât pas davantage, car 3,200 simples fantassins ne doivent pas coûter beaucoup plus que 800 des anciens soldats que j’ai dans la Garde. En temps de paix, c’est une assez belle récompense pour l’armée que d’avoir 3,200 places dans ma Garde. En temps de guerre, je tirerai toujours plus de profit des fusiliers et des tirailleurs que des grenadiers et des chasseurs, qu’on craint d’exposer parce qu’ils sont trop précieux.

 

Valladolid, 14 janvier 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant l’armée du Rhin, à Erfurt

Mon Cousin , j’ai reçu vos différentes lettres. Il ne faut pas trop chicaner la Saxe sur l’entretien et la nourriture de ses troupes ; laissez le Roi se nourrir et s’approvisionner comme il l’entend.

On demande trop pour mon armée. Songez que je suis obligé à des dépenses énormes. L’Espagne me coûte beaucoup et ne me rend rien. Mes armées viennent d’être augmentées ; ce qui exige de ma part de très-fortes dépenses.

Vous avez recu des ordres du ministre de la guerre qui vous font connaître quelle doit être l’organisation de votre armée à la fin de février ou au commencement de mars. Les 4e bataillons, tant de vos quatre divisions que du corps d’Oudinot, doivent être à l’armée, ce qui portera le corps d’Oudinot à trente-six bataillons ou à trois divisions, et votre corps à quatre-vingt-trois bataillons ce qui ferait cent dix-neuf bataillons. Faites-moi connaître ce qui vous manque pour cela. Mandez-moi si tous vos régiments de cavalerie, soit cavalerie légère, soit grosse cavalerie, sont à 1,000 chevaux présents, et si vos compagnies d’infanterie sont à 140 hommes effectifs. Faites-moi connaître ce qui vous manque pour que vos troupes soient dans cette situation.

 

Valladolid, 14 janvier 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’expédie le décret pour les fonds des travaux du génie; mais le rapport que vous m’envoyez n’est pas suffisant : il aurait fallu me dire ce que j’avais accordé pour l’an 1808, ce qui avait été dépensé, ce qui restait. Mon intention est qu’on travaille sans délai à Saint-Georges; donnez des ordres pour cela. Tout ce qu’on a fait à Pietole est de l’argent perdu si Saint-Georges n’est pas fait, car c’est là qu’on se battra. Comme le général Chasseloup est fort entêté, il faut lui donner des ordres positifs pour qu’il travaille, sans écouter la saison ni aucune raison. Quant à Venise, il faut établir un projet général et finir d’abord quelque chose. C’est particulièrement à Malghera et Brandolo qu’il faut travailler. Mais. comme je ne sais pas ce qui a été fait et que je n’ai point les mémoires ni les plans sous les yeux., je ne puis décider.

Vous trouverez ci-joint le tracé d’Osoppo; faites-le exécuter, c’est ma volonté. Quant à Ancône, je n’ai point arrêté le projet. Je désire savoir les fonds que j’y ai destinés cette année et ce qui a été dépensé. Vous verrez que je désire qu’on finisse Palmanova.

 

Valladolid, 14 janvier 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, la digue de Ca-Zanetti à Mantoue doit partir de la terre ferme, de manière que, Pietole pris, la digue reste intacte. L’ouvrage de Ca-Zanetti ne sera point fait cette année; lorsque la digue sera faite et que l’ouvrage de Saint-Georges sera terminé, on verra s’il convient de mettre un petit ouvrage en avant de la digue. La digue n’a besoin d’aucune défense; on y construira un pont-levis qui suffira pour la défendre, et on pourra la tracer de manière qu’on puisse y placer une batterie; en sorte que, si on établit un ouvrage en avant, ce sera dans le seul but d’avoir une sortie de plus et non d’empêcher l’ennemi de couper la digue. On pense que l’ennemi a peu d’intérêt à la couper; une sortie de plus est peu utile; de sorte qu’un petit ouvrage de 25 à 30,000 francs donnera de ce côté-là un pied suffisant, sans que l’ennemi perde son temps et ses munitions à s’en emparer, on préfère Saint-Georges à tout, parce que c’est la grande commnication qui conduit à l’Adige, parce que Saint-Georges est près de la citadelle, parce que c’est une espèce d’ouvrage avancé qui couvre toute la mauvaise enceinte. Il faut faire travailler à Saint-Georges le plus tôt possible. Il serait malheureux que Mantoue fût assiégée et qu’on n’eût pas là un point de fortification permanente. Qu’arriverait- il ? C’est que le gouverneur y ferait construire un ouvrage de fortification de campagne, qui emploierait un millier d’hommes, qui finirait par être pris, et la chute de ce poste contribuerait à celle de la place. On a perdu un an en projets et contre-projets ; il ne faut plus perdre un moment. Il faut diriger les travaux de manière à avoir un point solide à Saint-Georges, ne fût-ce qu’une partie de ce que l’on projette de faire. On a adopté trois ouvrages ; s’il y en avait un des trois de fait, ce serait suffisant. L’ennemi ne dirigera pas ses attaques de ce côté-là lorsqu’il y aura un ouvrage quelconque.

Résumé : faire la digue là où elle pourra coûter le moins ; mais l’appuyer à la place, afin qu’elle ne dépende pas de Pietole; ne point faire actuellement de fortifications à la tête de la digue, et se ménager une batterie défendue par un pont-levis à un point quelconque de la digue. On pourra, par la suite, établir une flèche ou un petit ouvrage en avant de la digue ; mais, en attendant qu’elle soit faite, il faut travailler sans délai à Saint-Georges, de manière qu’un des trois ouvrages projetés soit terminé et susceptible de toute sa défense.

 

Valladolid, 14 janvier 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, vous enverrez de ma part l’ordre suivant au général Marmont; vous aurez soin de le lui envoyer en chiffre, et de le faire porter par un officier intelligent et sûr; quelques jours après vous lui en enverrez le duplicata. Vous lui enverrez, mais sans les mettre en chiffre, les bulletins des affaires d’Espagne, le détail de nos avantages, et l’avis que je suis sur mon retour, que ma Garde et une partie de mes troupes rétrogradent en ce moment, parce que les affaires d’Espagne sont finies.

Voici ce qu’il faut mettre en chiffre : L’Empereur m’écrit de son quartier général de Valladolid , en date du 14 janvier, et me charge de vous envoyer les instructions suivantes. La maison d’Autriche fait des mouvements ; le parti de l’impératrice parait vouloir la guerre. Nous sommes toujours au mieux avec la Russie, qui probablement ferait cause commune avec nous. Si les Autrichiens portaient des forces considérables sur l’Isonzo et la Dalmatie, l’intention de l’Empereur est que son armée de la Dalmatie soit disposée de la manière suivante : Le quartier général à Zara avec toute l’artillerie de campagne, le 8e, le 18e d’infanterie légère, le 5e, le 11e et le 8le de ligne, les cavaliers et les vélites royaux, s’ils ne sont pas déjà passés en Italie, le 23e, le 60e et le 79e, formant, avec le peu de cavalerie qu’il y a, l’artillerie et les sapeurs, en tout 17,000 hommes. Tous les hôpitaux que l’armée peut avoir en Dalmatie, concentrés à Zara. Une compagnie d’artillerie française aux bouches de Cattaro ; une compagnie d’artillerie française à Raguse. Tous les sapeurs de l’armée, à Zara; un officier supérieur du génie avec deux ingénieurs et une escouade de 15 sapeurs à Zara; autant aux bouches de Cattaro. Une compagnie d’artillerie italienne à Cattaro, une compagnie italienne à Raguse, de sorte qu’il y aura près de 200 hommes d’artillerie dans chacune de ces deux places. Le 3e bataillon du régiment de Dalmatie aux bouches de Cattaro ; le 3e bataillon d’infanterie légère italienne aux bouches de Cattaro; ce qui fera 1,000 hommes qui, avec 200 canonniers et sapeurs, feront une garnison de 1,200 hommes. Le 4e bataillon du régiment de Dalmatie à Raguse; un bataillon français de 600 hommes à Raguse; ce qui fera une garnison de 12 à 1300 hommes à Raguse. Un général de brigade à Raguse, un général de brigade à Cattaro. Une garnison de 200 hommes à Castelnovo, pour la défense du fort, prise sur ce qu’on laisse à Cattaro. On aura soin d’approvisionner ce fort, les bouches de Cattaro et Raguse pour six mois de vivres. Il faudrait réunir également dans ces places des approvisionnements suffisants en poudre, munitions et tout ce qui peut être nécessaire pour leur défense. Dans cette situation de choses, l’armée de Dalmatie, qui a 20,000 hommes présents sous les armes, non compris les hommes qui sont aux hôpitaux, aurait 1,200 hommes à Cattaro, 1,200 hommes à Raguse, 400 hommes de plus, soit à Raguse, soit à Cattaro, et 17,000 hommes réunis sous Zara. Cette dernière place serait aussi approvisionnée pour six mois.

Le général Marmont, avec ses 17,000 hommes, doit prendre position sur la frontière pour obliger les Autrichiens à lui opposer d’égales troupes, et manoeuvrer de manière à opérer sa jonction autant que possible. En cas d’échec, il peut se retirer sur son camp retranché de Zara, derrière lequel on doit pouvoir se défendre un an. Le général qui sera chargé de la défense des bouches de Cattaro doit former un bataillon de Borchèses, des plus fidèles, pour aider à la défense du pays. Le général qui reste en Dalmatie doit de son côté organiser un semblable bataillon, composé de gens du pays. Et si le général Marmont entrait en Allemagne, il laisserait une compagnie de chacun de ses régiments, composée des hommes malingres et écloppés, mais commandés par de bons officiers. Il laisserait en outre un régiment pour la garnison de Zara, et avec le reste il prendrait part aux opérations de la campagne ; bien entendu que ce régiment assisterait aux batailles qui seraient données avant la jonction ; 12 ou 1500 hommes des dépôts suffiront dans ces premiers moments pour garder la Dalmatie ; mais, une fois la jonction opérée, ce régiment rétrograderait pour venir assurer la défense de Zara et de la province. Par cette disposition du général Marmont, l’armée active en Italie se trouverait augmentée de 15,000 hommes des meilleures troupes de France.

L’instruction à donner aux commandants de Cattaro et de Raguse doit être de défendre le pays autant que possible, mais de se restreindre à la défense des places, du moment qu’il y aurait un débarquement et que l’ennemi se présenterait trop en force. Ceci est une instruction générale qui doit servir dans tous les temps, quand le général Marmont ne recevrait plus d’ordres, toutes les fois que ses courriers seraient interceptés, et qu’il verrait les Autrichiens se mettre en hostilité, chose cependant qu’on a encore peine à croire. Dans cette situation, si les bouches de Cattaro et de Raguse étaient bloquées, elles devraient correspondre avec Ancône et Venise par mer, et pourraient être assurées qu’avant huit mois elles seraient dégagées. En conséquence, il est indispensable de munir de poudre et de boulets les bouches de Cattaro et de Castelnovo, et d’approvisionner ces deux places en biscuit, en blé, en bois, qui sont les objets principaux. Il est également nécessaire qu’il y ait une grande quantité de blé, de farine et de biscuit à Raguse, pour le même objet. L’intention de l’Empereur est que ses troupes ne soient point disséminées ; elles ne doivent occuper que les points de Raguse, Cattaro, Castelnovo et Zara. Dans le cas où l’armée de Dalmatie se porterait en Allemagne, il faut préparer des mines pour faire sauter les châteaux fermés qu’il peut y avoir dans le pays, et qui donneraient de la peine à reprendre quand l’armée. Les gardes nationales seraient suffisantes pour garder les côtes pendant tout le temps que l’armée marchera contre rennemi, dont les forces, occupées ailleurs, ne pourraient rien tenter de ce côté. On voit, par le dernier état du 15 décembre, qu’il y a à Raguse et à Cattaro 14,000 quintaux de blé, ce qui fait pour 4,000 hommes pendant plus d’un an; cet approvisionnement est suffisant. L’approvisionnement de Spalatro et Sebenico serait porté sur Zara; ce qui ferait 5,000 quintaux à Zara, c’est-à-dire pour 5,000 hommes pendant cent jours, et de plus le biscuit qui rendrait cet approvisionnement plus que suffisant ; mais il faut avoir soin que ce blé soit converti en farine, afin de n’éprouver aucun embarras ni obstacle dans les derniers moments. A tout événement, ce serait une bonne opération que de réunir sur Zara 10,000 quintaux de blé, en faisant en sorte, cependant, que les fournisseurs soient chargés de 1a conservation, et que cela ne se perde pas.

 

Valladolid, 14 janvier 1809

NOTES SUR LA DÉFENSE DE L’ITALIE.

Palmanova a un rôle défensif et offensif. L’armée française veut-elle se porter sur Laybach dans la Carniole ? Palmanova est son dépôt et la place où se termine sa ligne d’opération; ses parcs, ses malades , ses magasins peuvent s’y réunir et s’y former; en cas d’échec, l’armée peut venir s’y réorganiser. Veut-on , après avoir menacé l’ennemi dans la Carniole et sur l’Isonzo, se porter par une marche de gauche sur Klagenfurt, se réunir à l’armée d’Allemagne qui aurait marché sur Salzburg ? Palmanova est encore important. Les troupes destinées à former sa garnison forment le rideau qui masque , pendant deux jours, ses mouvements à l’ennemi. Les bagages , les malades, les traînards se renferment dans cette place. Dans cette seconde hypothèse , Osoppo joue un rôle inverse de Palmanova; si on veut se porter sur Klagenfurt, il sert de dépôt à sa ligne d’opération; si au contraire l’armée, après avoir menacé de se porter sur Klagenfurt, livre bataille à l’ennemi qui est sur l’Isonzo, tous les hommes laissés du côté de Tarvis pour masquer le mouvement se retirent à Osoppo et en forment la garnison. Ainsi ces deux places sont importantes pour la guerre offensive. Mon intention pour 1809 est qu’on dépense un million à Palmanova et qu’on dépense 200,000 francs à Osoppo.

Si, par des circonstances quelconques, l’armée d’Italie se trouvait trop faible, et qu’elle fût abandonnée à ses propres forces, soit par l’infériorité numérique, soit par suite d’une bataille perdue, la place de Palmanova pourrait demander d’être défendue et occupée par un peu de monde : 1,500 hommes de bonne infanterie et 1,000 sapeurs, mineurs et dépôts seraient plus que suffisants; 4 ou 500 hommes suffiraient à Osoppo. Ainsi, avec 3 ou 4,000 hommes, dont moitié serait de peu de jeu en rase campagne, ces places importantes seraient gardées. C’est cette considération qui a fait préférer l’établissement de simples lunettes au tracé des ouvrages à corne ou à couronne qui avaient été proposés. Les neuf lunettes ne demandent pas un homme de plus pour la défense de Palmanova, au lieu que les ouvrages à corne ou à couronne auraient demandé des forces indépendantes de la place; c’est aussi ce qui a porté à désirer que toutes les demi-lunes fussent revêtiies. Mon opinion est qu’un ouvrage en terre a quelquefois des avantages sur un ouvrage en maçonnerie, parce que les boulets s’y enterrent; mais l’avantage de la maçonnerie, c’est de permettre une économie dans la garnison qui garde une place. Cette considération, dans beaucoup de circonstances, est tellement importante, que je désire voir toutes les lunettes revêtues. Quant à Osoppo, j’ai adopté un camp retranché en terre, avec fossé plein d’eau et chemin couvert, formant une simple couronne soumise à la domination de la montagne. Le chemin couvert , ayant 600 toises de développement, peut contenir douze bataillons, et l’intérieur du camp retranché, ayant 100 toises sur 300, peut contenir plusieurs divisions. Vu la faculté que l’on a de remplir les fossés d’eau, toute maçonnerie devient inutile; il suffit de pratiquer quelques flèches dans le flanc de la montagne, qui auront de la domination sur la tranchée et qui , probablement, ôteront à l’ennemi l’envie d’attaquer ce camp retranché. Un des principaux avantages de ce camp retranché, c’est de n’exiger que peu de monde de plus qu’Osoppo. La montagne et un large fossé plein d’eau le défendent suffisamment; 100 hommes dans chaque bastion suffisant pour rendre toute attaque impraticable. Ainsi donc, avec 3,000 hommes de toutes armes et de toutes espèces de troupes, Palmanova et Osoppo se défendront longtemps , et, dans d’autres circonstances, tous les magasins de l’armée et 12 , 15 ou 20,000 hommes peuvent trouver secours et protection sous le feu de ces places.

Une fois obligé d’abandonner ces places , où doit-on s’arrêter ? Ma première idée fut pour la Piave , ce qui a donné lieu au mémoire que j’ai dicté il y a six mois. Mais la Piave est guéable les trois quarts de l’année, mais la Piave tournée peut donner lieu à de fausses manoeuvres du général français, mais enfin la Piave est fort loin de Mantoue, de Peschiera, où se trouve le centre de la défense de l’Italie; et la crainte qu’on peut avoir, si l’ennemi tournait la ligne de la Piave sur la gauche , de n’arriver qu’après lui devant ces places qui demandent des garnisons si considérables , rendrait nécessairement moins hardi le général français. Ce qui a dû fixer ma première idée sur la Piave, c’est que la Piave couvre Venise, ef qu’il faut perdre une bataille avant d’abandonner ce grand arsenal , cette grande ville, et qu’il est bien malheureux de faire un détachement de plusieurs milliers d’hommes pour laisser une garnison dans Venise. Ces avantages sont majeurs, mais ne serait-il pas possible de donner à la ligne de l’Adige la même propriété ? La ligne de l’Adige ne peut jamais avoir la propriété de couvrir Venise, parce qu’elle n’est pas assez en avant; mais on peut tirer des eaux de la Brenta, de l’Adige et des torrents qui se jettent dans l’une et l’autre de ces rivières, rassembler ces eaux et rendre le terrain tellement impraticable entre l’Adige et la Brenta qu’il soit impossible à l’ennemi de couper Venise de l’Adige , et dès lors il sera obligé de passer l’Adige pour bloquer Venise. Il n’y a guère que deux ou trois lieues de l’embouchure de la Brenta à l’embouchure de l’Adige; le pays est déjà marécageux et impraticable. L’art de l’ingénieur doit être de réunir toutes ces eaux , de s’en couvrir et d’établir un poste de 3 ou 400 toises de développernent défendu par les eaux, qui soit inabordable et qui protége un chemin qui aille sur l’Adige et à Chioggia, de manière qu’il soit impossible à l’ennemi de bloquer Venise sans passer l’Adige; et peut-être trouvera-t-on dans ce système le meilleur moyen de fortifier Brandolo. C’est là le premier travail qu’il faut faire ; il faut que le terrain entre la Brenta et l’Adige, déjà marécageux, le devienne davantage, au point qu’il y ait impossibilité absolue de pénétrer avant de s’emparer du poste défendu par les eaux , et si difficile lui-même à enlever. Cela une fois posé, l’armée française a tous les avantages : un courant d’eau considérable et extrêmement rapide, des digues sur la rive droite qui rendent facile sa défense, une grande proximité de Mantoue et de Peschiera, l’existence d’une place centrale déjà considérable, Legnago. Par cette ligne, Mantoue, Peschiera, Legnago , qui ont été placées par le hasard, qui étaient décousues et sans système entre elles, s’aident, ne font qu’un tout , et réunissent leur sphère d’activité pour la défense de l’Italie.

Dans cette situation , il faut fortifier l’Adige , et la place de Legnago existe. On propose de faire, cette année 1809, à Porto-Legnago , 200,000 francs de dépense pour améliorer cette partie de la place. Le chemin de Legnago à Padoue et de Legnago à Mantoue doit être tenu dans le meilleur état. Les ingénieurs des ponts et chaussées du royaume d’Italie doivent avoir l’ordre de mettre en état cette route, qui doit être celle des opérations de l’armée. En 1809, le vice-roi doit y faire dépenser des sommes importantes. Supposons que l’ennemi, après avoir forcé le Tagliamento et la Piave, se porte sur Padoue et sur Vicence; il peut vouloir se porter sur Vérone, mais il n’a pour cela qu’un seul chemin ; il faut qu’il passe à Villanova. De Villanova à Arcole il n’y a qu’une lieue et demie ; en établissant à Arcole une place forte, en forme de tête de pont, qui rende toujours l’armée française maîtresse de passer à Ronco et de déboucher sur Villanova en une heure de temps, jamais l’ennemi n’osera s’avancer sur Vérone; la cavalerie légère, les hussards et les coureurs pourront seuls s’y hasarder. Mon intention est de destiner 200,000 francs pour la place d’Arcole, dans l’année 1809. J’en ai fait faire sur le plan le tracé tel que je le désire; le tracé du général Chasseloup ne m’a pas paru convenable. Outre l’avantage d’empêcher l’ennemi de se porter sur Vérone, la place d’Arcole a encore celui d’empêcher l’ennemi d’occuper la position de Caldiero, que l’ennemi a déjà occupée deux fois avec succès. Arcole doit être en terre; les eaux doivent en faire la défense. Il ne doit point y avoir de maçonnerie, ou peu; il faudra un pont sur pilotis au point marqué au plan; indépendamment de ce pont, il faudra un chemin qui conduise à Villanova, tant pour la facilité du commerce du pays que pour rendre plus faciles les mouvements de l’armée sur Villanova.

L’Alpone passe près de Villanova; s’il était possible, sans des dépenses trop considérables, d’écluser le pont de l’Alpone, de manière à faire refluer ses eaux jusqu’à Villanova, et qu’il y eût six à sept pieds d’eau, on pourrait alors construire une redoute de 35 toises de côté, en maçonnerie, sur la hauteur, laquelle battrait la route, défendrait les ouvrages en terre qui seraient derrière l’Alpone, et ferait que la garnison d’Arcole appuierait ses postes jusqu’à Villanova et laisserait une centaine d’hommes dans la redoute de gauche. Alors même les troupes légères ne pourront se porter sur Vérone. Cette deuxième partie demande à être étudiée, mais le succès ne fait rien à la chose; ce serait pour la tranquillité de cette grande ville de Vérone; car enfin, quand même l’ennemi s’y présenterait, il serait arrêté devant Peschiera , et, la ligne d’opération de l’armée française étant sur Mantoue, cette crainte d’avoir l’ennemi à Vérone ne pourrait pas sérieusement ébranler la résolution du général francais.

Après Arcole et Legnago , une ou deux autres places paraissent être utiles entre Legnago et Venise; une à peu près dans la direction du grand chemin de Padoue à Ferrare, vers Anguillara, peut-être un poste à Castelbaldo; mais cette place ou ces deux places doivent tirer leur principale force des eaux, doivent être des places de campagne, ayant la propriété de pouvoir contenir l’ennemi sur la rive gauche s’il le fallait, ou de pouvoir être abandonnées à leur propre force avec 400 ou 500 hommes, s’il le fallait, dans une autre hypothèse. J’accorde 100,000 francs pour chacune de ces places. Cette année, les projets en seront faits et me seront présentés dans le mois de février. Arcole, Legnago , Castelbaldo , Anguillara ou tous autres postes étant établis, il faut qu’il y ait sur chacun des points un pont sur pilotis ou de bateaux. Un pont sur pilotis à Anguillara sera d’une grande utilité pour le commerce; un pont de bateaux à Castelbaldo, en temps de guerre, pourra être suffisant.

L’armée ayant quatre débouchés sur l’Adige, appuyant sa droite à Malghera convenablement fortifié, sa gauche à la place d’Arcole, son front couvert par l’inondation existant entre la Brenta et l’Adige, que fera l’ennemi ? S’il se porte sur Vérone, toute l’armée débouche par Arcole, le prend en flagrant délit. S’il masque chacun de ces quatre points, on débouche au moment inattendu par un d’eux, et on culbute successivement les divers corps , comme des capucins de cartes. Enfin, s’il remonte la Brenta pour arriver à Trente et se porter sur Monte-Baldo et Vérone, appuyant sa ligne d’opération dans le Tyrol, il fait alors un détachement de huit à dix jours d’absence; il s’affaiblit d’autant; s’il est peu considérable, il n’est d’aucune considération, peu d’hommes à Rivoli l’arrêteront et le culbuteront ; s’il est considérable, il affaiblit d’autant son armée.

L’ennemi établit-il son quartier général à Padoue et cherche-t-il à passer l’Adige entre Legnago et Arcole ? Mais alors, abandonnant une légère garnison à Arcole et dans les autres places , l’armée peut déboucher au pont d’Anguillara , ou même se jeter dans Venise, et , par Brandolo ou par Malghera, déboucher sur tout ce qui bloque cette place, intercepter les communications dans toutes les directions, et mettre cette armée dans la position la plus dangereuse. Quelque chose que fasse l’ennemi, le terrain est disposé de manière qu’avec la moitié des forces et égalité de talent tout est facile au général français, tout lui présage et lui indique la victoire; tout est difficile et scabreux pour l’ennemi. C’est le seul avantage que les fortifications puissent offrir à la guerre. Comme les canons, les places ne sont que des armes qui ne peuvent remplir seules leur objet, elles demandent à être bien employées et bien rnaniées. On sent que, pour ces opérations, il est nécessaire que les communications depuis Ronco, par la rive droite de l’Adige, jusqu’à Anguillara et Venise, soient soignées ; on doit les faire reconnaître et les tenir en état, afin de pouvoir porter, pendant la nuit et en deux ou trois marches, l’armée sur une de ses extrémités. Aucun général expérimenté et prudent ne se hasardera devant ce grand rentrant de fortifications depuis Ronco jusqu’à Malghera, où l’armée française, manoeuvrant derrière les eaux, rend tout espionnage et communication impossible à l’ennemi, et peut se trouver à tous les levers du soleil à trois marches sur ses derrières , ou sur un de ses flancs, avec toutes ses forces réunies contre ses forces à lui disséminées. Si l’on dit, mais l’ennemi prendra Arcole : Arcole, environné d’eau, n’est pas facile à prendre. Si l’on dit, l’ennemi prendra Legnago, qu’on croit encore plus important pour lui : on a fait le plus bel éloge de la ligne qu’on propose, car, si elle n’est attaquable qu’en prenant une place forte, le but est rempli. On ne peut espérer d’une ligne que les avantages suivants : rendre la position de l’ennemi tellement difficile, qu’il se jette dans de fausses opérations et qu’il soit battu par des forces inférieures, ou, si on a en tête un général prudent et de génie, l’obliger à franchir méthodiquement des obstacles créés à loisir, et ainsi gagner du temps; du côté, au contraire, de l’armée française, aider à la faiblesse du général, rendre sa position tellement indiquée et facile qu’il ne puisse point commettre de grandes fautes, et enfin lui donner le temps d’attendre des secours. Dans l’art de la guerre, comme dans la mécanique, le temps est le grand élément entre le poids et la puissance.

En parlant de la ligne de l’Adige, on pourra dire que l’ennemi viendra par Inspruck (Innsbruck) sur Trente; mais alors l’ennemi se dégarnit devant d’autres forces, et enfin les positions de Monte-Baldo et de Rivoli ne laissent rien à désirer. Est-on maître de Rivoli ? L’ennemi ne peut point se porter sur Vérone. Est-on maître de Monte-Baldo ? Il ne peut pas l’être de Rivoli. La nature a tout fait de ce côté et ne laisse rien à désirer. Tout est fait dans le système où l’ennemi, maître de Vérone, aurait passé l’Adige sans doute, mais sans avoir tourné l’armée française; car, en supposant l’hypothèse la plus exagérée que l’ennemi ait son centre à Vérone, sa droite à Peschiera, sa gauche à Trévise, l’armée française aurait sa droite à Venise , sa gauche à Mantoue, son centre à Legnago, et appuierait Peschiera et Arcole comme vedettes. On sent que, dans cette hypothèse, l’avaintage serait pour l’armée française appuyée dans toutes ses extrémités à des places fortes, manoeuvrant à volonté entre elles contre des ennemis dont la gauche, la droite et le centre seraient également en l’air et également attaquables.

Plus nous réfléchissons sur cette position et plus nous pensons qu’avec 30,000 hommes on ne peut pas en craindre 60,000 de même valeur; ou du moins qu’on doit pouvoir gagner plusieurs mois.

 

Valladolid, 14 janvier 1809

A Georges, prince héditaire de Mecklembourg-Strélitz

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 20 décembre. Je suis charmé d’avoir fait une chose agréable à votre grand-mère. Vous pouvez compter que je saisirai avec plaisir toutes les occasions de donner des marques d’intérêt à votre famille.

 

14 janvier 1809

Au général Caulancourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Je reçois à  l’instant même votre lettre du 20 décembre. Je vous expédie Deponthon, parce qu’il m’a paru qu’il était agréable à  l’empereur. L’empereur peut l’employer comme il lui plaira et autant de temps qu’il voudra.

Nous sommes entrés le 9 à  Lugo. Le duc de Dalmatie était le 9 à  Betanzos, près de la Corogne. Les Anglais ont perdu près de la moitié de leur armée, 600 voitures de munitions et de bagages et 3 ou 4,000 prisonniers. Le corps de La Romana est entièrement détruit et dispersé. Vous pouvez croire exactement les bulletins; ils disent tout. Le roi fait son entrée solennelle dans Madrid dans quatre jours. La nation est bien changée depuis deux mois, elle est lasse de tous ces mouvements populaires et bien désireuse de voir un terme à  tout ceci.

Je vous ai fait connaître que, du moment que l’on voulait considérer le duc d’Oldenbourg comme étant de la famille impériale, il n’y avait pas l’ombre de difficulté. Si l’empereur lui donne le titre d’Altesse Impériale, tout est terminé; même à  Paris il serait traité comme tel. L’empereur de Russie peut faire ce qu’a fait l’empereur d’Autriche et ce que j’ai fait moi-même. Tous les membres d’une famille sont traités dans les cours étrangères de la même manière qu’ils sont traités dans leurs cours respectives. Ce principe détruit tout obstacle. Vous avez eu tort de faire la moindre difficulté là­dessus. Chacun est maîre de faire pour sa farniile les lois qu’il veut du moment qu’elles sont faites à  titre de famille, aucun ambassadeur ne peut se mettre de pair. Vous ne devez pas céder le pas au prince d’Oldenbourg, pas à son père, mais au beau-frère de l’empereur de Russie, s’il lui donne ce rang dans sa cour. Mais en voilà  assez sur cet objet.

Quant à  l’Autriche, ce qui arrive je l’avais pr´rvu. Si l’empereur avait voulu parler ferme à  Erfurt, cela ne serait pas arriv´r. Elle avait promis de fournir des armes aux insurgés et déjà  des convois étaient prês de partir de Trieste. Elle a des engagements secrets avec l’Angleterre et n’attend que l’affaire de la Porte pour se déclarer. L’empereur peut compter là-dessus. La guerre est inévitable sur le continent, si l’empereur ne parle pas haut. L’Autriche tombera à  nos genoux, si nousfaisons une démarche ferme de concert, et menaçons de retirer nos ministres, si l’on n’accorde pas ce que nous demandons. La reconnaissance du roi Joseph n’est rien par elle-même. Elle n’est importante que parce qu’un refus encourage l’Angleterre et fait présager des troubles sur le continent. Le désarmement de l’Autriche, voilà  le principal. L’Autriche ne peut dire que cet armement soit un état militaire permanent. Elle n’a pas les moyens de le soutenir. Elle met l’Europe en crise; elle en payera les pots cassés.

Pour vous seul. – Quand vous lirez ceci, je serai à Paris. Je compte y être de retour le 20 de ce mois. Toute ma garde est réunie à  Valladolid, et 2,000 de mes chasseurs à  cheval sont à  Vitoria. Je viens d’ordonner une levée de 80,000 hommes de la conscription de cette année. Je suis prêt à  tout. Mais notre alliance ne peut maintenir la paix sur le continent qu’avec un ton décidé et une ferme résolution.

Quant aux affaires de Prusse, je ne sais de quoi vous me parlez. Le traité avec la Prusse est antérieur aux conférences d’Erfurt, et on n’y a rien changé depuis. J’ai mandé M. de Romanzoff resté à  Paris jusqu’au 1er février. Je désire le voir à  Paris, et nous verrons s’il convient de faire une nouvelle démarche.

Les affaires ont été ici aussi bien qu’on pouvait le désirer. J’avais mannoeuvré de manière à  enlever l’armée anglaise; deux accidents m’en ont empêché; 1° le passage du Puerto de Guadarrama, qui est une montagne assez haute et tellement impraticable, quand nous l’avons passée, qu’elle a apporté deux jours de retard dans notre marche. J’ai été obligé de me mettre à  la tête de l’infanterie pour la faire passer. L’artillerie n’est passée que dix-huit heures après. Nous avons trouvé des pluies et des boues, qui nous ont encore retardés douze heures. Les Anglais n’ont échappé que d’une marche. Je doute que la moitié s’embarque; s’ils s’embarquent, ce sera sans chevaux, sans munitions, bien harassés, bien démoralisés, et surtout avec bien de la honte. Du moment que je serai à  Paris, je vous écrirai.

 

Valladolid, 14 janvier 1809

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Vous trouverez ci-jointe la lettre que je voulais écrire à  l’empereur; mais j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup trop de choses pour une lettre qui reste. Je vous l’envoie pour que vous vous en serviez comme d’instruction générale. J’écrirai à  l’empereur une lettre moins signifiante.

Projet de lettre à  l’empereur Alexandre, jointe à  la précédente.

Monsieur mon frère, il y bien longtemps que je n’ai écrit à Votre Majesté Impériale. Ce n’est pas cependant que je n’aie souvent pensé, même au milieu du tumulte des armes, aux moments heureux qu’elle m’a procurés à  Erfurt. J’ai espéré pendant un moment annoncer à  Votre Majesté la prise de l’armée anglaise; elle n’a échappé que de douze heures; mais des torrents qui, dans des temps ordinaires, ne sont rien, ont débordé par les pluies, et des contrariétés de saison ont retardé ma marche de vingt-quatre heures. Les Anglais ont été vivement poursuivis. On leur a fait 4,000 prisonniers anglais et tout le reste du corps de La Romana; on leur a pris 18 pièces de canon, 7 à  800 chariots de munitions et de hagages, et même une partie de leur trésor; on les a obligés à  tuer eux-mêmes leurs chevaux, selon leur bizarre coutume. Les chemins et les rues des villes en étaient jonchés. Cette manière cruell de tuer de pauvres animaux a fort indisposé les habitants contre eux. Je les ai poursuivis moi-même jusqu’aux montagnes de la Galice. J’ai laissé ce soin au maréchal Soult. J’ai l’espérance que, si les vents leur sont contraires, ils ne pourront s’embarquer. Ils ne rembarqueront pas de chevaux; il ne leur en reste pas 15 ou 1,800.

Le roi fait après-demain son entrée à  Madrid. La menace de les traiter en pays conquis et la crainte de perdre leur inclépendance à fort agi sur eux. Ils n’ont plus d’armée. Si l’on n’a pas occupé tout le pays, c’est que le pays est grand et qu’il faut du temps.

Quand Votre Majesté lira cette lettre, je serai rendu dans ma capitale. Ma garde, et une partie de mes v:ieux cadres sont en mouvement rétrograde sur Bayonne. Je voulais former mon camp de Boulogne, qui aurait donné beaucoup d’inquiétude aux Anglais; mais les armements de l’Autriche m’en ont empêché. J’avais réuni 20,000 hommes à  Lyon, pour les embarquer sur mon escadre de Toulon et menacer les Anglais de quelque expédition d’Égypte ou de Syrie, qu’ils redoutent beaucoup; les armements de l’Autriche m’en ont encore empêché. Je vais leur faire passer les Alpes et les faire entrer en Italie. J’ai des preuves certaines que l’Autriche a pris l’engagement de ne pas reconnaître le roi Joseph. Son chargé d’affaires a suivi les insurgés. Il a fui de Madrid, et il est à  Cadix. J’ai des preuves certaines que l’Autriche avait promis de fournir 20,000 fusils aux insurgés. L’espérance de l’Angleterre était de soutenir les troubles de l’Espagne, de nous faire rompre avec la Turquie et de faire déclarer l’Autriche, et, avec la Suède, de contre­balancer notre puissance. J’ai regret que Votre Majesté n’ait pas adopté à  Erfurt des mesures énergiques contre l’Autriche. La paix avec l’Angleterre sera impossible, tant qu’il y aura la plus légère probabilité d’exciter des troubles sur le continent. Votre Majesté comprendra aisément que je n’attache. aucune importance à  la reconnaissance du roi Joseph par l’Autriche. J’en attache bien davantage à  ce qu’elle désarme et fasse cesser l’état d’inquiétude où elle tient l’Europe. Je prévois que la guerre est inévitable, si Votre Majesté et moi ne tenons envers l’Autriche un langage ferme et décidé, et si nous n’arrachons son faible monarque du tourbillon d’intrigues anglaises où il est entraîné. Votre Majesté sait le peu de cas que je fais de ses forces et de ses armes. Qui les connait mieux que Votre Maajesté ? Il n’en est pas moins vrai que l’Europe est en crise, el il n’y aura aucune espérance de paix avec l’Angleterre que cette crise ne soit passée. Si l’Autriche veut la paix, Votre Majesté et moi la garantissons. Qu’elle désarme; qu’elle reconnaisse la Valachie, la Moldavie, la Finlande sous la domination de Votre Majesté, et qu’elle cesse de faire un obstacle aux intérêts de nos deux puissances. Si au contraire elle s’y oppose, qu’une démarche soit faite de concert par nos ambassadeurs, et qu’ils quittent à  la fois. L’empereur ne les laissera pas partir, et la paix sera rétablie.

S’il est assez aveugle pour les laisser partir, que vous et moi prenions des arrangements pour en finir avec une puissance qui, depuis quinze ans, toujours vaincue, trouble toujours la tranquillité du continent et flatte en secret le penchant de l’Angleterre. Mon désir est sans aucun doute celui de Votre Majesté, c’est que l’Autriche soit heureuse, tranquille, qu’lle désarme et n’intervienne près de moi que par des moyens conciliants et doux, et non par la force. Si cela est impossible, il faut la contraindre par les armes; c’ est le chemin de la paix. Votre Majesté voit que je lui parle clairement. Des intelligences très directes me font connaître que l’Angleterre était déjà  très alarmée de la marche de mes divisions sur Boulogne. L’Autriche lui a rendu un service essentiel en m’obligeant à  la contrernander. Votre Majesté est sans doute bien persuadée du principe qu’un seul nuage sur le continent empêchera les Anglais de faire la paix ; or il ne doit pas y en avoir, si nous sommes unis de coeut, d’intérêts et d’intentions; mais il faut de la confiance et une ferme volonté.

 

Valladolid, 14 janvier 1809.

A Alexandre Ier, Empereur de Russie

Il y a bien longtemps que je n’ai écrit à  Votre Majesté Impériale, quoique j’aie souvent pensé à  elle. Je la félicite de ses succès en Finlande. De sanglantes révolutions se succèdent à  Constantinople. La contenance de l’Autriche donne des espérances aux Anglais, qui se raccrocheront à  tout, même an roseau; ils seront confondus là  comme en Espagne. Votre Majesté veut-elle me permettre de lui souhaiter une bonne année et un beau petit autocrate de toutes les Russies.

Toutefois que Votre Majesté ne doute jamais de l’intérêt que je lui porte et de tous les sentiments d’estime et de haute considération qu’elle m’a inspirés.

 

Valladolid, 15 janvier 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Le sieur Saint-Simon a été condamné à mort. Son affaire est devant un conseil privé. En attendant, il a dû être réécroué dans les prisons de Bayonne. Faites-le transférer dans le château de Lourdes ou de Joux, puisqu’il est probable que son affaire traînera en longueur et que mon intention est de commuer sa peine en une prison.

 

Valladolid, 15 janvier 1809

Au comte Lacépède, Grand-Chancelier de la Légion d’Honneur, à Paris

Je vous renvoie votre rapport sur la décoration que le roi de Naples a conférée à plusieurs de mes généraux et officiers. Vous ferez connaître au Roi que mon intention est qu’il ne la donne désormais à aucun Français, et qu’aucun Français ne la porte, hormis ceux qui l’ont reçue jusqu’à présent. Si mes soldats se distinguent, je les récompenserai avec l’Ordre français. Toute autre manière me déplairait beaucoup. Quant à vous, je désire que vous ne me proposiez aucune confirmation de ces collations d’ordre : le Roi chamarrerait tous les Français de son Ordre, ce qui ne doit pas être. Dans la lettre que vous écrirez au Roi, faites-1ui sentir, dans le style convenable, quelle est mon intention là-dessus.

 

Valladolid, 15 janvier 1809

A M. Otto, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire, à Munich

Monsieur Otto, vous trouverez ci-jointe une lettre pour le roi de Bavière (voir ci-dessous), que vous cachetterez après l’avoir lue, et que mon officier d’ordonnance remettra. Lorsque vous lirez cette lettre, je serai de retour à Paris. Ma Garde est déjà en marche pour Bayonne.

Vous trouverez ci-joint un ordre pour envoyer le corps du général Oudinot à Augsburg, si cela convient au Roi. Vous insisterez auprès de lui pour obtenir son consentement, en lui faisant sentir l’importance de ce mouvement pour couper court à des murmures et inquiétudes qui font autant de mal que la guerre. Les quatre basses compagnies des régiments de ce corps , qui n’a que les deux premières compagnies de grenadiers et de voltigeurs , vont les joindre ; ce qui le triplera. Ce corps sera censé être à Augsburg pour passer en Italie. Il sera nourri à mes frais. L’arrivée de ce corps à Augsburg, coïncidant avec mon retour à Paris, fera sentir à l’Autriche que ce n’est pas une plaisanterie. Je désire savoir combien il faut de temps au Roi pour mettre ses troupes sur pied, remonter sa cavalerie. Quand l’Autriche fait des efforts, il ne faut pas s’endormir.

Donnez l’assurance au Roi que, quand il le faudra, je serai à Munich avec 150,000 hommes, dont 25,000 de cavalerie, la plus belle du monde ; que je ferai entrer le vice-roi en Carinthie avec une pareille force, et que j’aurai en réserve une armée de 60, 000 hommes tirés de mon armée d’Espagne. Si je joins à ces forces 100,000 hommes des groupes de la Confédération, il me semble que l’Autriche ne doit pas hausser le ton. Vous ajouterez que je suis au mieux avec la Russie, et que cette cour ne comprend rien, aussi bien que moi, à ce vertigo de la cour de Vienne.

 

Valladolid, 15 janvier 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant l’armée du Rhin, à Erfurt

Mon Cousin, mon intention est qu’à la réception du présent ordre vous fassiez partir le corps du général Oudinot , composé de son infanterie et de ses trois régiments de cavalerie et de 18 pièces de canon , pour se rendre à Augsburg. Il agira comme s’il devait se rendre en Italie. A Augsburg, il attendra de nouveaux ordres. Vous ferez partir avec ce corps la division de cuirassiers du général Espagne. Par ce moyen, le général Oudinot aura sept régiments de cavalerie, et, dans le courant de mars, il réunira ses trente-six bataillons d’infanterie.

 

Valladolid, 15 janvier 1809

INSTRUCTIONS POUR LE MAJOR GÉNÉRAL.

Après le départ de l’Empereur, le Roi commandera l’armée.

Le major général restera à Valladolid jusqu’à ce qu’il apprenne que les Anglais sont embarqués. Si, dans huit jours, ils ne l’étaient pas et qu’il n’y eût rien de nouveau, il se rendra à Paris, s’il ne juge pas sa présence nécessaire. Pendant le temps qu’il restera à Valladolid, il continuera à donner des ordres au nom de l’Empereur.

Si le maréchal duc de Dalmatie éprouvait un échec, ce qui n’est pas à présumer, et que cet échec ne pût être réparé par le corps du duc d’Elchingen, le major général pourrait faire marcher la division Lapisse; il tâchera de correspondre avec Santander, en y envoyant 100 hommes d’infanterie, afin de donner des nouvelles au général Bonet, qui depuis longtemps en est privé.

Le major général renouvellera les ordres à Santander et à Burgos, pour faire évacuer sur Bayonne les laines ainsi que les marchandises anglaises.

Le départ de l’Empereur ne sera pas mis à l’ordre ; on le fera connaître directement et particulièrement aux ducs de Dalmatie, d’Elchingen et de Montebello. Le Roi sera prévenu qu’il doit laisser ignorer, autant que possible, le départ de l’Empereur à Madrid, en disant que Sa Majesté a été à Saragosse.

Le général Lecamus restera à Valladolid, comme section détachée de l’état-major général; il correspondra directement avec le Roi et avec le major général à Paris.

L’Empereur laisse le commandement de sa Garde au duc d’Istrie , qui aura son quartier général à Valladolid. La Garde ne fait pas partie de l’armée. Ce ne sera que quand l’Empereur fera venir sa Garde et ses équipages que l’on mettra à l’ordre que Sa Majesté a quitté le commandement de ses armées en Espagne.

Si des circonstances forcées rendaient indispensable de faire marcher la Garde, le major général est autorisé à le faire.

Comme le corps du duc de Dalmatie, tel qu’il est en Galice, et appuyé de deux divisions du duc d’Elchingen , est assez fort pour chasser les Anglais , l’Empereur désire que la division Heudelet ne dépasse pas Villafranca jusqu’à ce que le duc de Dalmatie se soit mis en chemin pour Oporto, et alors il faudrait qu’un régiment du duc d’Elchingen vînt à Astorga pour garder les communications.

Le major général, tant qu’il sera à Valladolid, y fera la parade comme à l’ordinaire, verra les hommes isolés. Il donnera l’ordre de faire partir, le 15, les caissons de la 3e compagnie du 6e bataillon des équipages militaires, chargés des effets des régiments du corps du maréchal duc de Dalmatie; il leur donnera une bonne escorte ; on retardera le départ d’un jour , si on n’avait pas une escorte suffisante.

Pendant le temps que le major général restera à Valladolid, il enverra tous les jours un courrier au Roi.

Immédiatement après le départ de l’Empereur , l’estafette sera établie de la manière suivante. Il y aura à Madrid et à Valladolid un directeur de la poste. Le directeur de Madrid ne fera pas partir l’estafette sans que l’ambassadeur de France lui ait fait remettre directement ses dépêches, lesquelles ne devront être mises dans la valise que par le directeur lui-même, sans être vues de personne ; il recevra aussi le paquet du maître des requêtes Fréville, celui de l’intendant général de l’armée; quant au paquet du Roi, c’est le principal et le premier. A Valladolid, le directeur ne laissera pas partir l’estafette sans avoir pris les paquets du duc d’Istrie; il ordonnera de prendre à Burgos ceux du général Darmagnac et à Vitoria ceux du général Thiébault. Le major général remettra à cet égard une note au directeur de l’estafette et au général Nansouty.

Le major général chargera le général Thiébault de correspondre avec lui à Paris et avec le maréchal duc d’Istrie à Valladolid ; et de même au général Darmagnac à Burgos et au général Bisson, qui commande la Navarre. Le duc de Montebello , qui commande devant Saragosse, recevra aussi le même ordre.

Pendant le temps que le major général restera à Valladolid , il enverra tous les jours un de ses aides de camp au duc de Dalmatie, afin qu’il les lui réexpédie ensuite toutes les fois qu’il y aura quelque chose d’important. Mais, au moins tous les deux jours, ces aides de camp porteront les dépêches du duc de Dalmatie au duc d’Istrie et même au Roi , en passant par Madrid , s’il y avait quelque chose de pressé.

Pendant que le major général sera à Valladolid , il expédiera à Paris successivement ses aides de camp revenus de Galice ; et, après son départ, ils continueront leur route sur Paris, ayant auparavant remis les dépêches adressées au duc d’Istrie.

Le major général expédiera , tous les jours à peu près et lorsque les événements l’exigeront , l’un des aides de camp des généraux attachés à l’Empereur, pour Saragosse, afin que le due de Montebello en expédie un pour Paris au moins tous les trois jours, ou lorsque les circonstances l’exigeront.

Pendant le temps que le major général restera à Valladolid, il expédiera tous les jours à Sa Majesté un de ses officiers d’ordonnance avec les différents rapports.

Le major général partira huit ou dix jours après l’Empereur, en profitant des différents relais de Sa Majesté. Après le passage du major général, tous les relais de l’Ernpereur seront réunis à Vitoria, sous la garde des chasseurs et de la moitié de la gendarmerie d’élite , qui s’y rendra à cet effet.

Le grand maréchal remettra au major général l’état des officiers d’ordonnance et des aides de camp. Le major général pourra dès demain en expédier sur Saragosse.

Le major général recornmandera en partant au duc d’Istrie de faire tous les jours une parade comme le fait Sa Majesté, de visiter les hommes qui passent, de leur donner du repos et de leur faire joindre en règle leurs différents corps.

 

Valladolid, 15 janvier 1809

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de cavalerie, à Valladolid

Mon Cousin, ma Garde reste ici sous vos ordres. Mon intention est que les chevau-légers polonais soient réunis à Tolosa, et mes chasseurs à cheval à Vitoria, hormis les détachements qui seraient de Vitoria à Tolosa, qui resteront à Tolosa avec les Polonais. Mon intention est que tous les détachements qui seraient à Madrid ou à Astorga, ou ici, aussitôt qu’ils seront rétablis, soient dirigés sur ces corps , à Bayonne. Donnez ordre qu’il y ait à Vitoria, avec les chasseurs, douze pièces d’artillerie légère bien attelées et approvisionnées. Le reste doit se tenir prêt à partir au premier ordre. Vous recevrez directement des ordres de moi. Tenez ma Garde sur un bon pied; dirigez les malades plutôt sur Burgos qu’en avant. Il faut que les postes les plus avancés de ma Garde soient à Valladolid. Vous sentez bien que cela doit céder à des circonstances majeures et imprévues dont je vous laisse le maître de juger. Indépendamment des rapports que vous ferez au major général sur le gouvernement des provinces qui sont sous votre autorité, vous m’en ferez sur la Garde, afin que je connaisse bien sa situation et le lieu où elle se trouve. Les chevau-légers polonais et les chasseurs auront avec eux leurs caissons. 150 de mes gendarmes d’élite se rendront également à Vitoria ; le reste demeurera ici pour la police de la ville et de la route ; il n’y en aura plus, huit jours après mon départ de Valladolid, à Ségovie, et de Ségovie à Madrid, ni dans d’autres directions. Tous leurs postes seront repliés de manière que leurs postes avancés soient à Valladolid.

 

Valladolid, 15 janvier 1809

ORDRE POUR LE CAPITAINE CHLAPOWSKI, OFFICIER D’ORDONNANCE DE L’EMPEREUR

Chlapowski se rendra à Mayence. Il remettra une lettre au prince Primat. Si Son Altesse n’était pas à Fraucfort, il la remettrait au gouverneur de Francfort, pour la lui faire passer.

De là, il se rendra à Cassel ; il remettra une lettre au roi de IVestphalie.

Il en remettra une au grand-duc de Hesse-Darmstadt.

De là, il se rendra à Varsovie; il remettra au roi de Saxe une lettre. Si le Roi n’était pas à Varsovie, il passerait par Dresde, où il la lui remettrait, et irait à Varsovie.

Chlapowski restera huit jours à Varsovie ; il verra tout ce qui s’y fait, quel est l’esprit du duché, ce qu’on fait et dit en Gallicie, et reviendra me trouver dans le lieu où je serai.

 

Valladolid, 15 janvier 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan.

Mon Fils, les nouvelles que je reçois de tout côté me disent que l’Autriche remue. La Russie est aussi indignée que moi de toutes ces fanfaronnades. Disposez les choses de manière que, dix jours après le premier ordre, vous puissiez réunir 60,000 hommes dans le Frioul. Si les Autrichiens ont fait des mouvements, armez Palmanova; je suppose que vous y avez réuni les approvisionnements nécessaires. Si des troupes ennemies approchaient de la frontière, placez la division Broussier dans le Frioul, ainsi que la cavalerie légère, de manière à réunir là, d’abord, 18,000 hommes d’infanterie, 3,000 hommes de cavalerie et trente pièces de canon, dont six d’artillerie légère. Placez en seconde ligne la division Barbou, que vous compléterez promptement à 8,000 hommes; vous pourrez la réunir toute à Trévise. Réunissez également la division Severoli, qui doit être aussi forte de 8,000 hommes, et vous pourrez la placer à la hauteur de Vicence et de Bassano. Réunissez les six régiments de dragons, et faites revenir celui qui est à Rome ; cela doit faire un corps de 5,000 hommes. Enfin réunissez à Padoue la division Grenier, que vous composerez de la manière suivante : le 1er, le 52e et le 102e de ligne. Vous aurez par ce moyen 24,000 hommes d’infanterie et 6,000 hommes de cavalerie, c’est-à-dire 30,000 hommes en seconde ligne. La division Lemarois, étant à Ancône et en Toscane, se trouvera composée des 29e, 13e, et 112e régiments; vous la laisserez là, et ne la ferez venir qu’autant que les événements seraient plus pressés. Je désignerai plus tard le général qui devra prendre le commandement de cette division.

Ne faites cependant aucun mouvement inutile, et, dans le cas où ces premiers rapports ne seraient pas confirmés, contentez-vous d’appeler le régiment qui est à Rome et de mettre la division Grenier sur la rive gauche du Pô, afin qu’en dix jours, comme je vous l’ai dit plus haut, vous puissiez être en mesure de réunir 60,000 hommes et cent pièces de canon attelées dans le Frioul.

Quant à ces cent pièces de canon, le matériel, vous l’avez ; le personnel et le nombre nécessaire de canonniers ne vous manquent pas non plus. Je vois que l’artillerie italienne a 400 hommes du train; portez donc le nombre de vos chevaux à 600; ce qui vous mettra à même d’atteler plus de cent voitures, c’est-à-dire vingt-quatre pièces. Je vois aussi que vous avez 400 sapeurs. Vous avez le 6e bataillon principal du train français, le 7e et le 7e bis; je vois que le 6e a près de 500 chevaux, le 7e près de 200, et le 7e bis en a 300. Prenez les mesures nécessaires pour compléter ces bataillons à 800 chevaux chacun; ce qui, avec les 600 chevaux du train italien, vous donnera 3,000 chevaux, indépendamment de ce que pourra vous offrir le Piémont. Enfin quatre-vingts pièces de canon peuvent, surtout dans un commencement de campagne, se servir à la rigueur avec 400 voitures, c’est-à-dire avec 1,600 chevaux. Ne laissez à Rome que six pièces de canon et seulement deux attelées; faites revenir les autres attelages.

 

Valladolid, 15 janvier 1809, au matin

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Pardo

Mon Frère, je n’ai pas de nouvelles de vous depuis le 11. Les circonstances de l’Europe m’obligent à aller passer vingt jours à Paris. Si rien ne s’y oppose, je serai de retour vers la fin de février. Le major général restera encore dix à douze jours, afin d’être bien assuré que vous ayez connaissance de toutes les affaires. J’ai ordonné la réunion de ma Garde à Valladolid. J’en laisse le commandement au maréchal Bessières, qui recevra des ordres directement de moi pour ma Garde. Je lui ai fait connaître que je désirais qu’elle restât en repos, pour être en situation de se porter sur une autre frontière, si les circonstances le rendaient nécessaire. Je vous prie de m’écrire tous les jours en grand détail et de m’envoyer même les rapports des généraux sur les différentes affaires, afin que je connaisse bien la situation des choses.

Le major général vous fera connaître mon projet d’entrer en Portugal à la fois par Oporto et la Galice; ce qui vous mettra à même de réunir ce que vous avez pour l’attaque de l’Andalousie, en donnant les premiers coups sur Séville et Mérida, en ayant la frontière du Portugal.

Il ne faut songer à Valence que lorsqu’on aura Saragosse; ce qui certainement doit être fait dans le courant de février. Quand Saragosse sera pris , il n’en faut rien retirer que je n’en sois instruit, car beaucoup de choses vont dépendre des circonstances.

J’ai laissé le commandement des provinces de Léon, de la Vieille-Castille, de la Biscaye et de Santander au maréchal Bessières, qui restera à Valladolid. Il a, pour contenir ces provinces , la division Lapisse qui marche sur Salamanque, les garnisons qui sont dans ces différents points , et de plus une division de dragons.

Je pense vous avoir écrit de faire votre entrée, le 14, à Madrid. Denon voudrait prendre quelques tableaux. Je préférerais que vous prissiez tous ceux qui se trouvent dans les maisons confisquées et dans les couvents supprimés, et que vous me fissiez présent d’une cinquantaine de chefs-d’oeuvre qui manquent au Muséum de Paris. En temps et lieu, je vous en donnerai d’autres. Faîtes venir Denon et parlez-lui dans ce sens. Il peut vous faire les propositions. Vous sentez qu’il ne faut que de bonnes choses, et l’opinion est que vous êtes immensément riches en ce genre.

Je crois qu’immédiatement après votre entrée et votre installation à Madrid vous devez vous occuper de créer deux ou quatre régiments, dont un dans le nord, en ayant soin de n’en pas laisser approcher un de dix lieues de Madrid. Si vous pouvez former des cadres avec quelques officiers , je crois que vous trouverez beaucoup de monde; ce qui est indispensable pour donner refuge à des gens qui deviendraient des brigands. En même temps , ce sera des corps qui seront bons pour la police.

Je crois que j’ai un chiffre pour correspondre avec vous lorsqu’il y aura quelque chose de très-important à me faire savoir. Vous avez dans tous les cas celui de Laforest.

Je compte être à Paris le 21 janvier. J’irai en grande partie à franc étrier.

Si vous le jugez convenable, vous pouvez garder quinze jours mon absence secrète, en disant que je me suis porté sur Saragosse. Vous ferez, au reste, là-dessus, ce qui vous paraîtra le plus à propos.

Je n’ai pas de nouvelles de Galice depuis les dernières reçues. Le duc d’Elchingen avait déjà passé les montagnes et se réunissait au duc de Dalmatie, qui était à huit lieues de la Corogne.

 

Valladolid, 15 janvier 1809, à midi

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Prado

Mon Frère, je vous ai expédié ce matin Montesquiou, avec une lettre où je vous faisais connaître que je partais demain pour Paris. Le major général vous enverra demain, par un aide de camp, des instructions sur mon armée d’Espagne. Le major général restera ici dix ou douze jours après moi. Je vous écris cette lettre par l’estafette porteur de vos paquets de Paris, que je laisse continuer. Portez votre attention sur vos journaux, et faites faire des articles qui fassent bien comprendre que le peuple espagnol est soumis et se soumet. Le chargé d’affaires espagnol qui était à Vienne a eu la bêtise de partir pour Trieste, sur une lettre de la junte. La cour de Vienne se comporte très-mal ; elle pourrait s’en repentir. N’ayez aucune inquiétude. J’ai assez de forces, même sans toucher à mon armée d’Espagne, pour aller à Vienne dans un mois.

J’ai peu de généraux de cavalerie. Je désire que le général Montbrun, qui est avec Lasalle, soit appelé par vous à Madrid , et que , huit jours après, vous me l’expédiiez avec des lettres à Paris. C’est un général dont j’estime la bravoure et qui me sera utile. Il ne faut point qu’il sache pourquoi je le fais venir. Si j’ai besoin d’autres, je le manderai de même, et vous me les expédierez de même avec vos dépêches. Il faut dire partout et bien accréditer dans l’armée l’idée que je reviendrai dans vingt à vingt-cinq jours. D’ailleurs ma seule présence à Paris fera rentrer dans le néant l’Autriche, et alors, avant la fin d’octobre, je serai de retour. Je serai à Paris en cinq jours. J’irai à franc étrier jusqu’à Bordeaux, jour et nuit. Pendant ce temps, tout ira se calmant en Espagne.

Je laisse ici, sous les ordres du maréchal Bessières, la division de dragons Kellermann, dont j’ai passé la revue aujourd’hui, pour contenir le nord , depuis Burgos jusqu’à la Galice. Elle va prendre position à Tudela de Duero, ce qui assurera les communications avec Valladolid.

Je pense que, du moment que Saragosse sera rendu, vous pourrez faire venir la Reine avec vos enfants.

J’ai écrit au roi de Naples d’envoyer un ambassadeur à Paris, et je lui ai désigné celui que je voulais qu’il envoyât.

Je vous prie de m’écrire longuement et naïvement; vous le devez, et c’est la seule chose qui puisse me donner confiance en vous, et ma correspondance vous sera utile.

Je crois utile, pour les affaires générales d’Europe, que la Reine, après le carnaval, se rende à Marracq. Elle pourrait y être le 25 février. Les préparatifs de son départ peuvent produire un très-bon effet. Écrivez-lui de partir quand je le lui dirai. Saragosse sera pris quand elle partira. Il n’y a aucun inconvénient à ce que la Reine se repose quinze à vingt jours à Marracq. Je pense donc que votre famille peut se rendre à Madrid vers la fin de février.

Les nouvelles de Russie sont bonnes. Pardo se comporte bien à Saint-Pétersbourg. Ne le laissez pas manquer de nouvelles. Écrivez- lui souvent en envoyant vos lettres à Champagny.

Vous trouverez ci-joint des lettres interceptées par le général Lapisse entre Zamora et Salamanque. Vous y verrez que le 20 décembre la junte était à Séville. Vous sentez l’importance d’occuper Talavera de la Reina et le pont d’Almaraz.

 

Valladolid , 15 janvier 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, quand vous lirez cette lettre, je serai arrivé à Paris. Les armées espagnoles sont détruites, l’armée anglaise battue. Les mouvements.de l’Autriche sont inexplicables. Faites-moi connaître la quantité de troupes dont vous pouvez disposer. Votre contingent doit être de 25,000 hommes; il est fort important de le compléter. Vous sentez que, si la guerre se portait sur votre territoire, ou qu’on épronvât un échec, les conséquences en seraient funestes pour votre royaume. Je vous ai demandé deux régiments pour mon armée d’Espagne, ce qui m’en rendrait deux Français disponibles.

Mille choses aimables à la Reine.

 

Valladolid, 15 janvier 1809

A Louis X, Grand-Duc de Hesse, à Darmstadt

Mon Frère, je reçois la lettre de Votre Altesse Royale du 30 décembre 1808. J’ai vu avec peine que vos troupes, qui s’étaient acquis tant de louanges dans la campagne de Pologne, n’aient pas soutenu leur réputation dans celle-ci; la faute en est aux généraux qui les commandent. Le Hessois est brave et bon soldat. Que Votre Altesse leur donne des chefs de mérite, de ceux qui les commandaient dans la campagne passée, et elles reprendront la réputation qu’elles ont méritée depuis plusieurs siècles.

La conduite de l’Autriche fait craindre que cette puissance se porte à des folies qui entraîneraient sa ruine. Il est nécessaire que les troupes de Votre Altesse soient prêtes et que son contingent soit au complet, en comptant, comme de raison , ce qu’elle a à l’armée d’Espagne. Je verrai avec plaisir que Votre Altesse me fasse connatître combien de jours il lui faut pour réunir ses troupes, et sur combien d’hommes je puis compter.

 

Valladolid, 15 janvier 1809

A Maximilien-Joeph, roi de Bavière, à Munich

J’expédie à Votre Majesté un de mes officiers d’ordonnance pour lui faire connaître que je suis instruit que l’Autriche fait des mouvements; ses démarches paraissent dirigées par l’esprit de vertige et de folie, avant-coureur de la perte des États. Ayant détruit les armées espagnoles et battu l’armée anglaise, j’ai jugé convenable de me porter à Paris et de mettre en mouvement rétrograde une partie de mes troupes. Dans cette situation de choses, j’écris directement à Votre Majesté, parce que je désire bien connaître le nombre de jours qu’il lui faudrait pour mettre ses troupes sur pied, infanterie, cavalerie, artillerie, caissons, le nombre d’hommes et de chevaux qu’elle pourrait fournir. La guerre ayant pour but de défendre ses frontières, il serait bien à désirer que Votre Majesté pût mettre 40,000 hommes sous les armes. Quand l’Autriche fait des efforts, il faut en faire pour garantir la Bavière du malheur d’être envahie par ses éternels ennemis. Je prie VotreMajesté de faire armer les forteresses de Passau, de Burghausen et de Kufstein, d’y faire tenir une bonne garnison , de les faire approvisionner pour trois mois de vivres, de munitions de guerre, poudre, etc. J’ai autorisé le duc d’Auerstaedt à marcher sur le Danube avec 80,000 hommes, parmi lesquels mes belles divisions de cuirassiers, et deux cents pièces de canon, si Votre Majesté le demande et si les circonstances devenaient urgentes. Je n’en désire pas moins que le corps du général Oudinot se porte dès à présent à Augsburg, où il sera à mes frais. Des compagnies que j’envoie de France vont porter ce corps à 30,000 hommes. Il peut attendre là que les neiges soient fondues et que le passage soit ouvert pour se rendre en Italie. Ce corps, qui n’est aujourd’hui que de 19,000 hommes, mais qui sera de 30,000 , serait utile à Augsburg pour donner de la confiance à vos sujets, à votre armée, et en imposer un peu à l’Autriche. Si telle est l’o

 

Valladolid, 15 janvier 1809

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde

J’envoie un de mes officiers d’ordonnance à Votre Majesté, pour lui annoncer mes succès coutre les armées espagnoles et anglaises. Ces succès, joints aux mouvements que fait l’Autriche, me ramènent à Paris et me décident à faire rétrograder une partie de mes armées d’Espagne.

Je prie Votre Majesté de me dire ce qu’elle pense de cette folie de la cour de Vienne. La Russie est indignée de cette conduite et ne peut la concevoir. Est-ce que les eaux du Danube auraient acquis la propriété de celles du Léthé ? Toutefois je suis prêt à recevoir le gant, si l’Autriche le jette, et à couvrir la Confédération avec 300,000 hommes, indépendamnient de l’armée de réserve tirée de mes armées d’Espagne. Partie de ces troupes agirait sur la frontière d’Italie. Je prie Votre Majesté de me faire connaître, dans tous les cas, quel est l’état précis de ses troupes, pour savoir sur quoi je puis compter; car, si l’Autriche continue à vouloir la guerre, il vaut mieux qu’elle s’établisse sur son territoire que sur le nôtre.

 

Valladolid, 15 janvier 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, on m’a annoncé de Paris qu’un aide de camp de Votre Majesté devait venir me trouver avec une lettre d’elle; je ne l’ai point encore vu. Les affaires ont marché ici comme je pouvais le désirer. Les armées espagnoles ont été détruites ; l’armée anglaise a été poursuivie l’épée dans les reins, l’espace de cent cinquante lieues. Je l’ai poursuivie moi-même jusqu’aux montagnes de la Galice. Elle a déjà perdu le tiers de son monde, tous ses bagages, et abattu elle-même la plus grande partie de ses chevaux, indépendamment de 10,000 Espagnols, reste des armées du nord de l’Espagne, qui ont été pris ou dispersés, et qui l’avaient suivie. Je verrai avec plaisir que Votre Majesté donne des ordres pour que ses journaux démentent les faux bruits publiés par les gazettes de Presbourg et de Vienne dans l’intention malicieuse d’entraîner l’Allemagne dans une lutte qui doit occasionner la ruine de cet État. La Russie est indignée, comme moi, de cette conduite extravagante de l’Autriche. Nous ne pouvons rien concevoir à cet esprit de vertige qui s’est emparé de la cour de Vienne. Lorsque Votre Majesté lira cette lettre, je serai à Paris. Une partie de mon armée d’Espagne est en mouvement rétrograde pour former une armée de réserve. Mais , indépendamment de cela, je puis envoyer en Allemagne, sans toucher à un seul homme de mon armée d’Espagne, et me porter, à la fin de février, avec 150,000 hommes sur l’Inn , indépendamment des troupes de la Confédération. Je suppose que les troupes de Votre Majesté sont prêtes à marcher au moindre mouvement. Elle sent toute l’importance, s’il faut absolument faire la guerre, de la porter sur le territoire de nos ennemis, plutôt que de la laisser s’établir sur le territoire de. la Confédération. Je prie Votre Majesté de m’écrire à Paris ce qu’elle pense de tout cela. Est-ce que les eaux du Danube auraient acquis la propriété du fleuve Léthé ?

 

Valladolid, 15 janvier 1809

A Charles-Frédéric, Grand-Duc de Bade, à Carlsruhe

Mon Frère, ayant battu et détruit les armées espagnoles, et battu l’armée anglaise, et apprenant que l’Autriche continue ses armements et fait même des mouvements, j’ai jugé à propos de me rendre à Paris.

Je prie Voire Altesse Royale de me faire connaître sans délai la situation de ses troupes. J’ai été satisfait de celles qu’elle m’a envoyées en Espagne. J’espère que Votre Altesse Royale complétera son contingent à 6,000 hommes, car il vaut mieux porter la guerre chez nos ennemis que de la recevoir.

 

Valladolid, 15 janvier 1809

A Charles-Louis, Grand-Duc Héréditaire de Bade, à Manheim

Mon Fils, je me rends à Paris. Prenez des mesures pour que vos troupes soient sur le meilleur pied. Le régiment qui est en Espagne s’est bien comporté et s’est fait honneur.

Si vous voulez venir passer le reste du carnaval à Paris avec la princesse, je le verrai avec plaisir.

Dites bien des choses de ma part à Stéphanie.

 

Valladolid, 15 janvier 1809

A Charles, prince Primat de la Confédération, à Francfort

Les armées d’Espagne ont été détruites; celle d’Angleterre a été jetée à la mer après avoir perdu la moitié de son monde, ses chevaux, qu’elle a abattus elle-même, ses bagages, ses munitions et une partie de son trésor. Ces succès, joints aux mouvements de l’Autriche, me portent à retourner à Paris. Je désire que Votre Altesse me fasse connaître ce qu’elle sait des intentions de l’Autriche; elle a un ministre à Vienne qui doit l’instruire. De quelles eaux boit le cabinet de Vienne ? Est-ce de celles du Danube ou du fleuve Léthé ? Toutefois je désire que Votre Altesse demande aux princes de la Confédération de tenir leur contingent prêt à marcher. La Confédération ne doit avoir aucune inquiétude: je couvrirai ses frontières avec 300,000 hommes. Que chacun tienne son monde prêt. J’entrerai moi,mênie en Autriche avec 400,000 Français, si elle persiste dans le système de folie qu’elle a adopté. Je pense que Votre Altesse doit s’exprimer là-dessus avec ménagement, car il est probable que l’Autriche reviendra à des sentiments plus raisonnables; mais il est indispensable que les princes fournissent leur contingent à la rigueur. J’ai écrit moi-même aux différents rois.

 

Valladolid, 15 janvier 1809

Au comte de Laforest, ambassadeur de l’Empereur près de S. M. C., à Madrid

Monsieur Laforest, j’ai donné ordre au directeur de l’estafette de prendre vos paquets, et de les mettre dans le portemanteau des dépêches, pour qu’ils passent dans d’autres mains. Il faut écrire au ministre des relations extérieures et lui envoyer les gazettes et autres écrits qui s’impriment en Espagne. Ne manquez pas d’instruire de tout. Le sieur Fréville doit envoyer aussi des rapports non seulement sur les affaires, mais encore des rapports journaliers et tous les renseignements qu’il recueille, Je pars demain matin pour me rendre en six jours à Paris. Après la défaite des Anglai et eu égard `la mauvaise saison, l’armée a besoin de qulques jours de epos. Mon départ doit être tenu secret. Vous n’en parlerez que quand le roi le dira. Votre langage constant doit être que je ne resterai que quinze ou vingt jours à Paris. Montez votre maison à Madrid, recevez du monde et écrivez beaucoup; lorsqu’il y aura qulque chose d’important, vous vous servirez de chiffres, bien entendu, mais il faut que toutes les estafettes portent quelquechose de vous.

 

Valladolid, 15 janvier 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, répondez au sieur Durant qu’il y a un moyen plus simple de finir toute dette discussion de cérémonial, c’est de ne pas dîner à la cour. Ou l’on suit l’étiquette royale et dans ce cas les ministres n’y dînent jamais, ou l’on suit l’étiquette électorale et le ministre dîne avec le prince. C’est dans ce sens qu’il faut s’en expliquer, car en ne dînant pas à la cour, cette difficulté d’étoquette est levée.

 

Valladolid, 16 janvier 1809.

Au comte Gaudin, ministre des finances, à Paris

Je n’appronve pas ce que vous me proposez relativement aux 84 millions de la Grande Armée; n’allez pas toucher à ce qni est la ressource de l’État.

Vous trouverez ci-joint un projet de budget pour la Légion d’honneur. Causez-en avec le grand chancelier et le grand trésorier. Mon intention est que les frais de bureau de la grande chancellerie n’exèdent pas 200,000 francs. La maison d’Écouen ne doit pas coûter plus de 200,000 francs; chaque élève ne doit pas coûter plus de 700 francs, entretien, nourriture, directrices, tout compris. Or cette somme de 200,000 francs, à 700 francs par élève, permettra d’en entretenir près de trois cents. Deux cent cinquante élèves seraient même suffisantes.

Les gratifications à la disposition du grand chancelier ne doivent pas excéder 200,000 francs.

Quant au quart de réserve, mon intention est que la moitié soit affectée à 1809, et l’autre moitié à l’arriéré. Il n’y aura plus que 1,500,000 francs d’arriéré.

Mon intention est que vous fassiez liquider entre le trésor et la Légion le produit des mines de l’île d’Elbe. Quant aux années arriérées, vous me ferez connaître les états des recettes et des dépenses de chaque année, et me ferez établir un projet de budget comme celui ci-joint. Il me semble que le revenu de 1,500,000 francs de biens doit se réduire à bien peu de chose, puisqqie je le vois chargé des dépenses ci-après :

Pour entretien et réparation des palais et domaines de la Légion . . . . . . . . . . . . . 200,000
Frais de visites des domaines. . . . . . . . . . . 50,000
Garde-bois, concierges, etc … . . . . . . . . . 25,000
Frais divers .. . . . . . . . . . . . . . . . . . 30,000
Remises à MM. les chanceliers et trésoriers des cohortes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150,000

Voilà donc 4 à 500, 000 francs de dépense à prélever sur à peu près 1,500,000 de revenu. Le fait est qu’il n’y a aucun ordre dans les finances de la Légion, parce qu’il n’a été encore établi aucun budget.

Il faudrait aussi affecter une somme fixe pour l’entretien de l’hôtel de Salm. On pourrait allouer pour cette dépense 8,000 francs par an.

Travaillez, je vous prie, à mettre en ordre cet objet important.

 

Valladolid, 16 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez ordre au 46e régiment que le grenadier qui porte l’urne contenant les cendres de la Tour d’Auvergne se rende à votre ministère, et que l’on cesse un usage qui distingue ce régiment sans raison. Quel est le régiment à la tente duquel un général, un colonel, un brave enfin n’ait été tué ? J’ai toléré suffisamment de temps cette singularité : la Tour dauvergne était un brave homme. Vous prendrez mes ordres sur le lieu où il faudrait déposer son urne.

 

Valladolid, 16 janvier 1809, au soir

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 5 janvier. Vous devez comprendre ce qui me fait désirer d’ôter mon portrait de la plaque de l’ordre de la Couronne de fer. Le projet que vous m’envoyez ne me plait pas; il ressemble trop à l’Ordre de France. Voici ce que je voudrais : que le cordon vert, qui est sur votre projet, fût ciselé comme la couronne de fer qui est à Monza, c’est-à-dire qu’il fit la projection de cette couronne, et qu’il n’y eût pas autour cette espèce de fort étoilé à six côtés. Cette simple couronne en rond, au milieu de laquelle il faudrait mettre l’aigle, aurait quelque chose d’original. Je ne m’oppose pas à l’étoile qui est au-dessus de l’aigle. Les mots Italiani, Italiani, Italiani, je voudrais qu’ils fussent sur une petite couronne, telle que celle placée au milieu de l’aigle. Faites-moi faire ce modèle comme je vous le dis là. Je ne changerai rien à la petite décoration. La couronne de Monza s’y trouve, elle y est projetée; elle est d’autant plus propre à cela que c’est un bandeau; il faut seulement décider les pierres précieuses dont elle sera enrichie. Alors l’Ordre aura quelque chose de particulier qui empêchera de le confondre avec l’Ordre de France et avec les autres. Quand j’ai parlé de second ordre, j’ai entendu parler seulement pour les étrangers, qui ne comptent jamais dans le nombre fixé.

 

Valladolid, 16 janvier 1809, trois heures après midi

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Pardo

Mon Frère, j’ai reçu votre lettre du 13. Je n’ai pas reçu la lettre dans laquelle vous me demandez de renvoyer à Madrid trois prisonniers.

Vous pouvez faire ce que vous voudrez du prince Masserano , pourvu que vous ne l’envoyiez pas à Paris ni auprès des puissances étrangères. Il faut à Paris un homme sûr, et chez les puissances étrangères il faut n’avoir personne ou avoir un homme sur lequel on puisse compter.

J’ai envoyé au major général les pièces relatives au commandant de Vitoria.

Il ne faudrait pas que les douaniers arrêtassent ce qui est pour l’armée.

Je n’ai encore vu arriver aucun membre de la députation. Je suppose qu’elle arrivera dans la journée. Je les recevrai aussitôt.

J’ai ordonné que toutes les villes ayant plus de 2,000 âmes de population vous envoient à Madrid une députation pour vous présenter le procès-verbal des prestations de serment. Les villes plus considérables vous enverront une députation plus nombreuse en proportion. Les évêques feront partie de ces députations; les chapitres et tous les corps religieux vous enverront également des députés.

 

Valladolid, 16 janvier 1809, au soir.

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Pardo

Mon Frère, Carignan arrive à l’heure même avec vos lettres du 11 et du 13; de sorte que j’ai reçu aujourd’hui, d’abord votre lettre du 14, ensuite votre lettre du 13, et enfin votre lettre du 11. Il paraît que Carignan est tombé en route. Je donne l’ordre pour que les officiers que vous demandez vous soient rendus. Il y a dans la province d’Avila un Pignatelli qui nous fait bien du mal.

Des conscrits sont partis de France pour entrer dans votre garde.

J’ai donné ordre au major-général que tous les hussards et chasseurs qui font partie des régiments provisoires en Aragon se rendant à Madrid, et ceux dont les corps ne sont pas en Espagne, puissent également être incorporés dans votre garde, s’ils y consentent. Il y en a, par exemple, du ler et du 2e chasseurs; il y en a du 9e, du 7e, du 8e de hussards. Tous ces détachements, vous les pouvez prendre; le général Belliard doit en avoir l’état.

Je vais donner ordre que des différents dépôts de France on prenne 5 conscrits montés et qu’on les dirige sur l’Espagne; ce qui fera 3 à 400 hommes.

En quelque nombre que soient les Espagnols, il faut marcher droit à eux et d’une résolution ferme. Ils sont incapables de tenir. Il ne faut ni les biaiser, ni les manoeuvrer, mais courir dessus.

Faites incontinent imprimer les discours, que tiendront ces Messieurs, ainsi que le procès-verbal des votes, et, immédiatement après, faites votre entrée dans Madrid.

Je crois vous avoir mandé de me conserver la petite campagne de Chamartin et la maison d’habitation telle que je l’ai laissée, afin que je sache où descendre si un beau matin je reviens à Madrid.

Je crois que la meilleure manière de gouverner l’Espagne, c’est de faire des juntes par province, que l’on appellera juntes royales, et de mettre un gouverneur à leur tête. Des capitaines généraux, je ne crois pas possible d’y penser; ils n’auraient ni crédit ni autorité. Dans ce que je dis là, je n’entends parler que des trois premiers mois. Je vous prie de m’écrire souvent et longuement. Tout ce que l’on imprimera, rapports, états de situation, tout ce que vous m’enverrez me sera agréable.

———

P. S. Dans ce moment, le major général me met sous les yeux des lettres du maréchal Jourdan. Il ne faut pas souffrir que l’ennemi s’établisse à Madridejos. Mais le maréchal Victor pourra faire un à-droite, car il est probable que l’ennemi se retirera sur Valence. D’ailleurs, la division du général Valence serait suffisante. Il paraît que Saragosse avance. Le bataillon polonais qui était à Ségovie doit être arrivé à Madrid; envoyez-le à sa division, à Tolède. Le général Valence doit avoir l’instruction de pousser de forts partis au delà de Madridejos et de balayer tout le pays.

 

Valladolid, 16 janvier 1809, à neuf heures du matin

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne

Je reçois votre lettre du. l4. Je suppose que la députation arrive aujourd’hui; je la recevrai aussitôt.

Votre correspondance est sèche et ne dit jamais rien. Il me semble que vous auriez dû m’écrire aussitôt que la députation est partie et m’envoyer le nom de ceux qui la composent. Je vous envoie des officiers d’ordonnance, et vous m’en renvoyez trois à la fois. Il était plus naturel de ne me les renvoyer que l’un après l’autre, à  vingt-quatre heures de distance. Par ce moyen, je n’aurais pas été soixante heures sans nouvelles, ce qui m’a fait craindre un moment que la communication n’ait été interrompue par quelques brigands.

Il ne faut pas m’écrire que vous avez reçu ma lettre et que tout ce qu’elle prescrit est exécuté. Il faut me répéter le détail de tout ce que vous avez exécuté. Par ce :moyen, je me trouverai avoir présent sous les yeux les ordres donnés, les mesures prises pour les exécuter, et je pourrai juger si ‘ils ont été bien entendus.

Montesquiou a dû vous arriver. Vous recevrez incessamment l’instruction qu’a faite le major général. Les nouvelles de Galice sont que le duc de Dalmatie va tous les jours en avant et ramasse tous les jours des débris anglais.

Il n’y a pas de nouvelles de Saragosse; cependant on ne peut tarder à en recevoir. La place a été investie le 22; ainsi voilà bientôt un mois qu’ils auront eu pour préparer les mines. Un système de mines est une chose fort longue. L’état-major d’artillerie et du génie est parti hier; il y a des mineurs, des sapeurs et des outils.

Le régiment d’Arenberg, qui est le 27e chasseurs, restera à Rio­seco pour s’y reposer quelques jours, et sera ensuite dirigé sur Madrid; ce régiment est fort de 1,000 chevaux et de 1,000 hommes ; il est presque en entier composé de Belges.

La cour des alcades de Madrid a acquitté ou seulement condamné à la prison les 30 coquins que le général Belliard avait fait arrêter. Il faut les faire juger de nouveau par une commission militaire, et faire fusiller les coupables. Donnez ordre sur-le-champ que les membres de l’Inquisition et ceux du conseil de Castille, qui sont détenus au Retiro, soient transférés à Burgos, ainsi que les 100 coquins que Belliard a fait arrêter.

JLes cinq sixièmes de Madrid sont bons; mais les honnêtes gens on besoin d’être encouragés, et ils ne peuvent l’être qu’en maintenant la canaille. Ici ils ont fait l’impossible pour obtenir la grâce des coquins qu’on a condamnés. J’ai refusé, j’ai fait pendre, et j’ai su depuis que, dans le fond du coeur, on a été bien aise de n’avoir pas été écouté. Je crois nécessaire que, surtout dans les premiers moments, votre gouvernement montre un peu de vigueur contre la canaille. La canaille n’aime et n’estime que ceux qu’elle craint, et la crainte de la canaille peut seule vous faire aimer et estimer de toute la nation.

Je vous envoie le duplicata de mes lettres d’hier et différentes lettres interceptées. Recommandez bien qu’aussitôt qu’on entrera à Salamanque, on vous fasse passer les paquets de lettres qu’on y interceptera. Beaucoup de nouvelles disent que Florida-Blanca est mort, et c’est à cela que l’on attibue que les lettres ne soient signées que d’un secrétaire de la prétendue junte.

Aussitôt que je serai parti et que vous aurez reçu les lettres du major général, je crois que vous ferez bien d’envoyer un de vos officiers en Galice auprès du duc de Dalmatie, pour voir ce qui s’y passe. Je ne pense pas que le rnaréchal Victor doive trop s’éloigner du Tage; vous savez que le chemin pour aller à Valence est par Almanza, en faisant un tour sur la droite.

Ordonnez qu’on s’occuppe sur-le-champ des travaux qui doivent fortifier les hauteurs sur la droite du château. C’est une garantie pour le palais, pour les casernes des gardes du corps et pour les autres casernes. Le bon sens et l’expérience du passé prouvent que la populace de Madrid ne sera jamais sage que lorsqu’elle sera bien tenue. Sur les hauteurs du Retiro, des pièces de 24 et des mortiers rendront la ville souple et douce, et cela sera d’un resultat incalculable pour chacun. Il faut au Retiro 12 mortiers de 12 pouces, et autant sur les hauteurs du palais.

Surtout ne vous laissez pas manquer d’argent, et, s’il le faut, exigez des emprunts des villes, des corporations, des provinces. Il y a beaucoup d’argent en Espagne; ils en trouvaient bien pour leur révolte ! Si ma présence devenait nécessaire ici, je suis porté à penser que je pourrais être de retour pour le 20 février, et que je pourrais encore passer ici les mois de mars et d’avril. Vous savez que je n’aime pas habiter dans les villes; donnez ordre qu’on me garde Chamartin pour moi, tant la maison que j’habitais que l’autre qui est en face. Qu’on y mette des gardes et des concierges, afin que je puisse y descendre à mon retour.

 

Valladolid, 16 janvier 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 4 janvier et l’extrait du pamphlet qui y était joint. C’est un des mille et un libelles que l’Angleterre paye pour troubler le continent. Il y a quinze ans qu’elle emploie de pareils moyens, qui ne font plus aucun effet. L’auteur de ce libelle est un inconnu. Toutefois vous ferez bien d’arrêter la circulation de l’ouvrage dans vos États.

Les affaires d’Espagne sont finies. L’Italie non-seulement ne veut pas remuer, mais nous fournit 80,000 hommes, et l’empereur d’Autriche, s’il fait le moindre mouvement hostile, aura bientôt cessé de régner. Voilà ce qui est très-clair. Quant à la Russie, jamais nous n’avons été mieux ensemble.

 

Valladolid, 16 janvier 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Valladolid

Mon Cousin, donnez ordre que l’on confisque en Galice toutes les marchandises prohibées et spécialement celles venues d’Angleterre pendant l’insurrection.

 

Valladolid, 17 janvier 1809, au soir.

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, au Pardo

Mon Frère, la guerre avec l’Autriche paraît imminente et déjà les troupes de cette puissance sont campés sur les frontières. Mes troupes et celles de la Confédération sont aussi en mouvements. Je vous ai demandé le générl Merlin ou le général Lassalle. Renvoyz-moi ausso Bordesoulle. Si absolument vous n’avez pas besoin de Belliard, renvoyez-le à Paris et donnez le commandement de Madrid et donnez le commandement de Madrid à un des deux généraux Putaud ou Pacthod. Cependant, je pense que le général Belliard, ayant une grande habitude de Madrid, c’est une sottise de s’en priver encore. Il n’est pas assez précieux à l’armée pour que je ne puisse pas m#en séparer.

Renvoyez-moi les casres des 3e escadrons des 24 régiements de dragons qui sont en Espagne, en prenant tous les hommes disponibles pour remplacer les deux premiers escadrons. Je désire que vous me renvoyez les généraux de brigade de cavalerie Bron, Lagrange et Davenay et les généraux d’infanterie Gautier, Pouget et Roger; le général de divison Grandjean, qui est devant Saragosse, et les généraux de brigade Brun et Razout. Ces trois derniers étant devant Saragosse, je leur ai donné directement l’ordre de revenir. J’ai également donné l’ordre au duc d’Istrie de revenir. Il sera remplacé par le général de division Kellermann.

2)dans la lettre datée du 18 – et qui ne figure pas dans la Correspondance – Napoléon prévient son frère qu’il va monter à chevl pour quitter l’Espagne, et revient sur un procès et les acquittements prononcés

J’ai tancé les alcades de ce qu’ils n’ont pas condamné à mort les garnements qu’on avait arrêtés. Ils se sont justifiés en me disant qu’il leur fallait je ne sais quelle permission du roi. Il faut dire ce qui est nécessaire pour faire réussir le procès et faire de grands exemples. Du côté de Las Rosas, on commet de grands brigandages. Si près de Madrid, vous ne pouvez le souffrir. Il faut mettre à la poursuite des coupables deux ou trois colonnes de 50 hommes chacune et un détachement de cavalerie. Les villes de Toro et de Zamora ayant été prises les armes à la main, j’ai mis sur ces deux provinces sune contribution de 500,000 francs, sur l’une, et d’1 million, sur l’autre. Cela servira à solder l’armée de Galicie. On a confisqué les marchandises coloniales et toutes celles preovenant dea manufactures anglaises. C’est une mesure générale qu’on a prise à Leipzig, à Hambourg et partout. J’ai ici pour 1 million d’argenterie dans la caisse de ma maison, et pour 1,500,000 dans le couvent de Saint-Dominique que j’ai supprimé. Cet argent servira à payer la solde, et j’ai ordonné qu’il fût converti en espèces; mais il serait convenable qi’il fût frappé de votre coin. Donnez l’ordre que le coin soit fait, et que, sur-le-champ, à la Monnaie e Madrid on batte 1 million à votre compte, etc. Si, par la suite, votre monnaie est aisni mise en circulation, je préférerais envoyer en Espagne des lingots pour solder la solde. Ce sera autant de battu à votre coin, ce qui est toujours d’un bon effet politique.

 

Valladolid, 18 janvier 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne

J’ai reçu hier soir à  neuf heures la députation. Faites mettre dans les journaux les discours qu’ils m’ont tenus, et faites votre entrée à  Madrid. J’ai chargé les députés de vous faire le rapport de ce que je leur ai dit. Le brouillard hier soir était si épais et si humide, que j’ai preféré remettre mon départ à  ce matin. Il est près de six heures, et je vais monter à  cheval. Je laisse ici ma garde, mes équipages et ma maison. Les nouvelles de Galice sont toujours que mes troupes poussent en avant, et ramassent toujours les débris de l’armée anglaise. Parlout où l’ennemi peut se présenter à  six ou sept journées de Madrid, ne le souffrez pas; foncez dessus. J’ai tancé les alcades de ce qu’ils n’ont pas condamné à  mort les garnements qu’on avait arrêtés. Ils se sont justifiés en me disant qu’il leur fallait je ne sais quelle permission du Roi. .II faut faire ce qui est nécessaire pour faire réussir ce procès, et faire de grands exemples. Du côté de Las Rosas, on commet de grands brigandages. Si près de Madricl, vous ne pouvez pas le souffrir. Il faut mettre à la poursuite des coupables deux ou trois colonnes de 50 hommes chacune, et un détachement de cavalerie. Les villes de Toro et de Zamora ayant été prises les armes à la main, j’ai mis sur ces deux provinces sune contribution de 500,000 francs, sur l’une, et d’1 million, sur l’autre. Cela servira à solder l’armée de Galicie. On a confisqué les marchandises coloniales et toutes celles preovenant dea manufactures anglaises. C’est une mesure générale qu’on a prise à Leipzig, à Hambourg et partout. J’ai ici pour 1 million d’argenterie dans la caisse de ma maison, et pour 1,500,000 dans le couvent de Saint-Dominique que j’ai supprimé. Cet argent servira à payer la solde, et j’ai ordonné qu’il fût converti en espèces; mais il serait convenable qi’il fût frappé de votre coin. Donnez l’ordre que le coin soit fait, et que, sur-le-champ, à la Monnaie e Madrid on batte 1 million à votre compte, etc. Si, par la suite, votre monnaie est aisni mise en circulation, je préférerais envoyer en Espagne des lingots pour solder la solde. Ce sera autant de battu à votre coin, ce qui est toujours d’un bon effet politique.

 

Tartas, 19 janvier 1809. (du 18 au 24 janvier 1809, Napoléon est sur la route, se dirigeant vers Paris)

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général.

Mon Cousin, j’ai ordonné au 10e bataillon de marche composé de conscrits que j’ai rencontré à Yrun de se rendre à St-Sébastien pour y rester jusqu’à nouvel ordre. J’ai ordonné au bataillon du 28e, 58e et 32e, fort de 3000 hommes de se rendre à Madrid par Arranda. Vous donnerez l’ordre qu’arrivés à Madrid on égalise les bataillons et que l’on mette dans ce 4e quelques anciens soldats. Les compagnies sont parties exprès fortes de 180 hommes pour verser sur les autres. J’ai ordonné qu’un détachement de 400 hommes du 38e et de pareille force du 12e se rendent à Madrid pour être incorporés dans les 4e bataillons de ces régiments. Si les cadres du 5e bataillon y sont, il faut les renvoyer. Un détachement de même force des 2e et 4e d’infanterie légère iront joindre le duc de Dalmatie. Faites-les séjourner huit jours à Valladolid d’où on les dirigera par la route la plus courte sur le lieu où est le maréchal.

Voici les chagements à faire à la route : arranger les choses de manière que l’on mette un jour de plus de Bordeaux à Bayonne, que l’on mette deux jours pour aller de Bayonne à Yrun, séjour à Tolosa, Vitoria et Burgos, que toutes les fois qu’un détachement sera destiné pour Madrid, il s’y rende directement en passant par Aranda et l’y faisant séjourner. Mais il faut que ces détachements soient au moins de 400 hommes et qu’ils mettent 3 jours pour aller de Burgos à Aranda. Il est indispensable d’éviter aux détachements qui se rendent à Madrid le grand détour qu’ils font en passant par Vallodolid. Il faut pour cela organiser un bureau d’état-major à Burgos où il sera mieux qu’à Valladolid. La route de Vitoria à Yrun m’a paru bien organisée. Il n’en est pas de même de celle de Burgos à Vitoria. J’ai remarqué que dans toutes les villes il est resté un grand nombre d’hommes d’infanterie et de cavalerie.Il serait bon d’envoyer un adhudant-commandant pour faire rejoindre chacun à son corps.

Faîtes connaître au général Thouvenot que je lui ai envoyé un batailon de plus et qu’il doit occuper en force le port de Passage, mais que je désire que les conscrits soient ecercés deux fois par jour. Moyennant ce bataillon et celui qu’il avait, il diot envoyer à leur corps tous les hommes isolés, mais en veillant surtoit qu’il ne lui manque rien en habollement et armement. Il s’adressera au mar´chal Kellermann pour avoir ce qui lui manquerait. Vous donnerez l’ordre au maréchal Kellermann de lui forunit ce ui lui sera nécessaire.

 

Paris, 24 janvier 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, voici les instructions que vous donnerez à M. de Saint-Marsan. Vous lui donnerez connaissance des articles secrets du traité avec la Prusse, et vous lui recommanderez de veiller à ce que le militaire de la Prusse n’augmente pas. Cet objet doit constamment occuper sa sollicitude, et il en serait responsable, car mon intention serait plutôt de recommencer la guerre que de tolérer une infraction de cet article important du traité.

Je ne conçois pas la demande que fait M. Clérambault de permettre aux habitants de Koenigsberg de venir acheter du vin à Bordeaux : tous les habitants des pays en paix avec nous le peuvent.

Vous répondrez au gouvernement russe que j’accorde toutes les facilités qu’on pourra désirer pour avoir des médecins et des chirurgiens.

Vous devez faire connaître à M. de Saint-Marsan et à tous mes agents en Allemagne que le voyage du roi de Prusse à Pétersbourg ne me déplaît point et ne peut donner lieu ni à un mauvais effet ni à aucune conjecture politique.

Je n’entends rien aux plaintes du roi de Saxe relativement à ce quil dit me devoir.

 

Paris, 24 janvier 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Cham,pagny, je reçois votre lettre du 22. Je ne vois pas de difficulté à ce que M. de Strogonoff vienne à Paris et de là retourne à Madrid. En général, on n’a pas eu à se plaindre de lui.

 

Paris, 24 janvier 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, écrivez à mes ministres à Naples, en Hollande et en Westphalie, qu’ils doivent porter la plus grande attention à ce qu’aucun Français ne sorte de mes troupes ou de mon service et n’entre au service étranger sans mon ordre. Ils ne peuvent aussi porter aucunes décorations étrangères sans ma permission; mon ministre leur ordonnera de les quitter.

Le commissaire de police Mogella, employé dans le royaume ditalie, recevra l’ordre de revenir sur-le-champ.

Vous écrirez à M. de Gallo pour lui faire connaître que je suis extrêmement mécontent de ce que le Roi a attiré à son service des Français sans mon ordre. Ils doivent revenir à leur poste sans délai. Le roi de Naples envoie des décorations de l’Ordre des Deux-Siciles à tout le monde sans ma permission : non-seulement cela est souverainement ridicule, mais cela me déplaît infiniment.

Il faut que les rois, et notarniuent celui de Naples, prennent des mesures pour que les biens appartenant aux Espagnols déclarés traîtres, et que j’ai ordonné de confisquer, soient conservés et tenus à ma disposition, afin qu’on ait à m’en rendre compte.

 

Paris, 24 janvier 1809

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien , donnez des ordres pour que les achats de la caisse d’amortissement cessent, et laissez le cours des effets publics à lui-même. Aujourd’hui que les affaires d’Espagne sont à peu près terininées et que je suis arrivé à Paris, je n’attache plus aucune importance au cours des effets. Faites dire aux agents de change que les bruits qu’on fait courir sont faux, que je ne pense point à quitter Paris, et qu’il n’y a aucune présomption de guerre. Faites-moi connaître combien la caisse d’amortissement, la banque de France et la caisse de service ont employé depuis mon départ, et sur quels fonds la caisse d’amortissement pourra effectuer cette dépense. J’avais ordonné : l’achat de sept millions en 5 pour 100 pour donner à différents généraux; que la caisse d’amortissemaent n’achetât rien et avançât ce qu’elle avait. Je suppose qu’elle donnera les 5 pour 100 qu’elle a là-dessus.

 

Paris, 24 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Ministre de la guerre, j’approuve la création d’un régiment d’infanterie espagnol. J’approuve que le général Kindelan en soit colonel. Réunissez ce régiment à Nancy; formez-le de la même manière qu’un régiment français; donnez-lui le nom de Royal-Napoléon, afin que les individus qui y entrent sentent davantage l’engagement qu’ils contractent.

J’ai autorisé également les Portugais à recruter parmi les prisonniers de guerre prussiens et espagnols.

 

Paris, 24 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Ministre de la guerre, je n’approuve point que les 4 sous-officiers et les 100 soldats du 55e régiment se soient dirigés de Dunkerque sur Bayonne, ainsi que vous m’en rendez compte par votre lettre du 10 janvier; cela ne devait point se faire sans mon ordre, et ces hommes organisés en marche, devaient attendre, ou, mieux même, se rendre à leur dépôt dans la 16e division militaire. Mon intention est que les hommes soient toujours groupés sur les lieux de passage et dirigés par mon ordre; car il serait ridicule, par exemple, qu’une compagnie de marche arrivât en Espagne, tandis que le corps serait en Italie.

J’ai vu avec peine qu’un bataillon de marche de 500 hommes, composé de malades appartenant au 5e corps, fût envoyé en Espagne. Le théâtre de la guerre est devenu trop vaste pour que les opérations puissent être dirigées par un autre que par celui qui embrasse tout l’ensemble. Il serait ridicule que 2 ou 3,000 malades de la Grande Armée allassent en Espagne. Réitérez les ordres pour qu’aucun homme de la Grande Armée n’aille à Bayonne, que tous soient envoyés à la division Oudinot et mis en subsistance dans les compagnies de grenadiers ou de voltigeurs de leurs régiments, afin de pouvoir être, de là, dirigés à Bayonne. Tous les hommes des régiments qui n’auraient point de compagnies de grenadiers ou voltigeurs dans la division Oudinot devraient être envoyés à Mayence ou sur leurs dépôts. Je vous prie de vous occuper sérieusement de cette partie, car il est dans l’ordre des choses possibles que des régiments qui sont en Espagne soient appelés ailleurs. Règle générale, tout homme partant de l’hôpital doit retourner à son corps, si son corps est sur la frontière prochaine; il doit retourner à son dépôt , si son dépôt est dans la division ou sur la frontière; il doit se réunir au chef-lieu désigné par le ministre et attendre ses ordres, lorsque les convalescents ont à faire une longue route.

Pour le mouvement de la Grande Armée sur l’Espagne , je crois avoir donné tous les ordres de détail, et je suis sûr qu’aucun homme isolé n’a dû être dirigé sur Perpignan.

Toutes les fois que je vous ordonne un mouvement, vous devez prévoir qu’il y aura deux mois après des hommes isolés à diriger, et ne demander des ordres; en attendant, former un dépôt.

 

Paris, 24 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, minsitre de la guerre, à Paris

Je reçois la copie de la lettre de M. Herman (consul général de France à Lisbonne, puis secrétaire général attaché au commandant de l’armée de Portugal). Je ne sais ce que veulent dire ces mystères. Par conséquent, au lieu de dire dans des conversations ce qu’il n’est pas nécessaire que tout le monde sache, il devrait venir en faire le rapport. Demandez-le lui. Il faut distinguer ce dont il a la preuve et ce qui de sa part n’est que conjecture.

 

Paris, 24 janvier 1809.

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’admiistration de la guerre, à Paris

Monsieur le Ministre, je reçois votre lettre du 10. Je ne crois pas que 68,000 capotes soient arrivées à Bayonne avant le 15 janvier, ni 10,000 à Perpignan. Dans les 6,200 distribuées à différents corps, j’en vois 200 pour le 46e régiment, qui n’a jamais été à Paris; je ne conçois pas bien d’où peut venir cette distribution.

Le commissaire Barbier n’a pas pu dire que 36,000 capotes ont pu être distribuées à Bayonne ; il n’a pas osé me le dire à moi, et ce, par une bonne raison, c’est que le garde-magasin n’avait point de registres. Cet ordonnateur, qui paraît avoir du zèle, s’occupait à y rétablir l’ordre, mais ne savait rien.

Je vois que vous avez 48,000 capotes en confection; elles ne seront pas arrivées à l’armée avant le mois d’août, et je n’en aurai plus besoin. Il ne faut pas moins les faire. Mais, en supposant même que les 134,000 qui sont en route ou en confection arrivent, cela n’aurait point rempli mes intentions, car j’entendais les avoir en novembre et non en avril.

Tous les états que vous m’avez envoyés m’ont paru faux. Jamais les envois de Paris n’arriveront qu’autant qu’ils partiront en convois sous la direction d’un gendarme; alors les ordonnateurs pourront lever les obstacles. Rien ne marche seul; c’est là une des erreurs de l’administration. Les transports militaires ont mal fait leur devoir; j’aurai 20,000 malades de plus, et je n’en dépenserai pas moins d’argent.

 

Paris, 24 janvier 1809.

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’admiistration de la guerre, à Paris

Monsieur le Ministre, je vois, par votre lettre du 11 janvier, que 40,000 livres de quinquina sont arrivées à Bayonne, de Santander. Mais vous ne me faites point connaître la quantité d’un autre envoi qui a dû être fait il y a six mois. Faites-moi connaître ce qu’il est devenu. Il faut en remettre au ministre de l’intérieur la quantité qui lui revient, puisque les Hôpitaux civils font le service militaire; faites venir le surplus à Paris. Il sera important d’en avoir en réserve pour l’ile de Cadzand, Flessingue et la Belgique.

 

Paris, 24 janvier 1809

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Ministre de l’administration de laguerre, je désire que les capotes ne partent pas sans mon ordre, car envoyer des capotes en Espagne, passé les premiers jours de mars, c’est vouloir les perdre. Je préfère avoir mes magasins de Bayonne et de Paris bien garnis, de manière à pouvoir, si cela était nécessaire, en donner au commencement de septembre.

 

Paris, 24 janvier 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Italie, à Paris

Mon Frère, je vous envoie une lettre de M. Champagny, où vous verrez des détails relatifs aux affaires d’Espagne. Je suis arrivé ici bien portant, le 23, à 8 heures du matin. Tout va ici fort bien.

 

Paris, 25 janvier 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures

Je vous renvoie votre portefeuille. Écrivez à mon ministre en Westpahlie qu’il entre dans de grands détails sur l’administration du pays; que ses lettre ne seront point vues. Que ses dépêches parlent de la conduite du roi, de celle des ministres, enfin des opérations du gouvernement, tant pour instruire l’Empereur que pour le mettre à même d’éclairer la marche de ce gouvernement, qui ignorera d’où viennent les renseignements. Indépendamment des rapports signés et en règle qu’il vous adresse, demandez-lui d’y joindre une feuille non signée contenant les bruits vrais ou faux de la ville et une espèce de chronique du pays. Il faut également prescrire à mes ministres dans les différentes jours de suivre cet usage. C’est ainsi que fait M. de Caulaincourt, qui envoie par tons les courriers un petit bulletin des nouvelles de société et des bruits qui tendent à faire connaître l’esprit du moment.

P.S. – J’ai lu avec plaisir le bulletin n° 9 du sieur Reinhard, du 15 janvier. Je n’approuve point sa délicatesse de ne pas vouloir écrire en chiffres. Recommandez-lui, au contraire, de ne pas négliger d’écrire toujours en chiffres, et d’expédier des courriers pour faire connaître les actes du gouvernement. En se servant tous les jours de chiffres, cela paraîtra tout simple. D’ailleurs, j’ai un ambassadenr à Cassel, c’est pour savoir ce qui se passe en Westphalie .

 

Paris, 26 janvier 1809

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, présentez-moi dimanche prochain un travail qui me fasse connaître la situation des finances au ler janvier 1809, avec des états à l’appui, en y comprenant tout ce qui est relatif à la caisse d’amortissement et à la Grande Armée. Je désire voir dans ce mémoire tout ce qui reste à solder et à recouvrer sur les années antérieures. Ainsi vous me présenterez le budget de 1807 tel qu’il a été définitivement arrêté par la loi, en indiquant ce qui en était rentré au 1er janvier 1809, et les payements et recouvrements qui restent à faire, sur ce même budget, ainsi que tout ce qui est relatif aux bons de la caisse d’amortissement. Vous suivrez la même marche pour le budget de 1808. Celui de 1809, vous le mettrez sous mes yeux tel que je l’ai arrêté en recettes et eu dépenses. Vous y joindrez, dans un même cadre, tous les budgets des différents ministères, tels que vous les avez au trésor. La quatrième partie aura pour objet la caisse d’amortissement et la Grande Armée. Vous indiquerez ce qui est rentré à la caisse des fonds provenant de la troisième coalition, ce qui en est sorti , ce qui lui reste à recouvrer. Vous suivrez le même système de travail pour la quatrième coalition. Dans ces derniers états , vous comprendrez ce qui est entré non-seulement dans la caisse, mais aussi dans les comptes des receveurs. Il sera nécessaire de me faire connaître en même temps la situation des recettes et ce qui resterait encore de dépenses à faire au 1er janvier 1809, ainsi que le budget de la Grande Armée dans les années 1806 , 1807, 1808 et 1809 , et de l’armée du Rhin pendant l’aannée 1808, en distinguant ce qui doit être soldé par la Grande Armée et ce qui doit l’être par le trésor. Vous parviendrez plus facilement à franchir les difficultés de ce travail en vous concertant avec M. Daru et M. la Bouillerie. Je désire un tableau exact de ma position au ler janvier 1809 et de l’état où la caisse se trouve placée, afin de juger d’un coup d’oeil quelles sont mes ressources et leurs éléments. Vous joindrez à ce mémoire les différents arrêtés et décisions que j’ai donnés, et qui ont servi à régler les comptes des années 1806 , 1807 et 1808. Vous y comprendrez aussi l’état des sommes que j’ai avancées, soit pour les canaux, soit à différentes villes, pour que je puisse voir ce qui me reste de disponible pour d’autres opérations.

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P. S. Si cela n’était pas possible pour dimanche, que ce soit pour huit jours après.

 

Paris, 26 janvier 1809

Au maréchal Victor, duc de Bellune, en marche sur Tolède

Je reçois votre lettre du 13 janvier d’Alcazar. J’ai vu avec plaisir le beau et heureux résultat de votre manoeuvre contre l’ennemi. J’attends avec impatience d’apprendre quel parti vous avez fait au reste du corps de l’Infantado.

 

Paris, 26 janvier 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, vous avez dû recevoir une lettre que je vous ai écrite de Valladolid et qui vous a été envoyée de Bayonne par un courrier. Comme l’Autriche ne fait pas de mouvements, il ne faut pas en faire, du moins d’ostensibles. Écrivez au général Marmont que je suis arrivé à Paris; que l’Autriche ne fait pas de mouvements, comme on l’avait cru; qu’il faut cependant se tenir alerte, mais ne rien faire de prématuré. De nombreux détachements passent les Alpes pour vous rejoindre; de plus nombreux encore partiront en février pour renforcer vos dépôts, afin que les cadres, comme je vous l’ai plusieurs fois fait connaître, soient complets, et qu’au mois de mai ou de juin les régiments puissent entrer en campagne au grand complet. Il me tarde bien d’apprendre que les cadres des 4e bataillons des régiments de l’armée de Dalmatie et de Corfou soient arrivés en Italie.

 

Paris, 27 janvier 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, vous ferez connaître au ministre du roi de Naples que le Roi a mal fait d’envoyer des consuls dans les États d’Autriche, son ministre n’ayant pas été reçu et la cour de Vienne n’ayant pas envoyé de ministre à Naples; cette démarche est d’autant plus inconsidérée que l’Autriche ne l’a pas encore reconnu ; qu’il doit se conduire avec plus de prudence et ne pas s’exposer à essuyer des affronts gratuits.

Je crois vous avoir déjà mandé que je ne voulais gêner en rien le roi de Saxe pour le remboursement des bons, et que je désirais faire ce qui est agréable à ce prince. Parlez-en à M. de Senft.

 

Paris, 27 janvier 1809

Au comte Gaudin, ministre des finances, à Paris

Je vous prie de me faire relier en un seul volume vos comptes des finances, depuis le 18 brumaire. Vous aurez soin, à la une de chaque compte, de faire joindre les lois de finances pour ledit service. Vous savez qu’il n’y avait pas une loi unique et quelle n’était pas portée dans vos comptes. Vous ferez mettre un onglet à chaque année. Faites prendre une espèce de reliure telle que le volume puisse être d’une grosseur indéterminée.

 

Paris, 27 janvier 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

J’ai lu avec intérêt les deux beaux et grands états que vous m’avez envoyés. Je désire que vous me fassiez connaître quelle marque de ma satisfaction je puis donner à cet employé. Il y a là dedans une grande exactitude. Je n’en ai pu faire qu’une lecture, mais je n’y ai trouvé aucune faute.

 

Paris, 27 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je suis fâché qu’on ait irnprimé le décret relatif à l’organisation de l’armée. Je ne vois pas la nécessité d’instruire l’Europe que mes régiments sont à 140 hommes par compagnie et de 3,000 hommes présents. Il était évident que ce décret n’était pas fait pour être imprimé, mais pour vous servir de base. C’est une gaucherie qui a été faite.

Je lis également dans un journal que 5 hommes par département sont fournis pour les vélites de ma Garde. Faites voir si , dans l’original, on ne se serait pas trompé ; c’est fusiliers que j’ai voulu dire.

 

Paris, 27 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Vous trouverez ci-joint un ordre que vous ferez exécuter. Vous me proposerez un nouveau commandant pour le fort de Bouillon. Donnez des ordres pour qu’il n’y ait aucun espagnol à proximité de ce fort.

ORDRE

L’Empereur ordonne que le commandant du château de Bouillon soit suspendu de ses fonctions, arrêté et conduit à Paris pour rendre compte de sa conduite par devant le ministre de la guerre et des raisons qui l’ont porté à permettre aux prisonniers de l’État de sortir du château, malgré les ordres réitérés qu’il a reçus et à les laisser aisni entretenir des correspondances qu’il importait qu’ils n’eussent pas.

 

Paris, 27 janvier 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je reçois votre lettre du 19. J’y vois que rien n’est prêt pour expédier ce qu’il y a bien du temps que je vous ai demandé de me tenir prêt, une expédition à Toulon. Quand je cesse d’avoir les yeux sur une chose, rien ne marche. Comment ces transports et écuries que j’avais demandés ne sont-ils pas prêts ? Je pense que Willaumez peut mener avec lui deux frégates.

Je vous avais chargé d’envoyer quelqu’un à Alger. Je sais que cela a été fait. Faites-moi connaître ce que cet agent est devenu et le mémoire qu’il a remis.

Je préfère que la frégate le Niemen se rende à l’île de France.

 

Paris, 27 janvier 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le vice-Amiral Decrès, je vous renvoie les pièces relatives à l’escadre russe. Rendez-vous chez M. de Champagny avec l’état des bâtiments russes qui sont à Trieste, à Corfou, à Venise. Vous ferez demander par M. de Champagny une conférence à de Romanzof et Kourakine, et vous leur communiquerez l’état des bâtiments russes, le rapport des visites qu’on en a faites, et la réponse des officiers. L’empereur de Russie a mis ses escadres sous mes ordres et m’a laissé maître de les employer de la manière la plus avantageuse pour lui. Le ministre de la marine russe m’a même fait dire par Caulaoncourt qu’il était convenable qu’ils fussent désarmés. Là-dessus, vous analyserez vaisseau par vaisseau , observant qu’ils sont tout à fait inutiles dans l’Adriatique; vous proposerez d’acheter sur estimation les petits bâtiments bons pour ma marine italienne. Pour les autres, si l’amiral russe veut les conduire à Pola ou à Ancône, vous proposerez de les acheter également. Si enfin l’amiral ne veut les conduire ni à Pola ni à Ancône , vous proposerez de laisser, sur chacun de ces bâtiments et sur ceux qui seraient trop grands pour pouvoir entrer à Venise, une vingtaine d’hommes pour en garder la carcasse. Les munitions et rechanges qui seraient de quelque utilité seraient chargés sur les petits bâtiments et transportés à Venise. Quant aux équipages, on ferait l’inventaire du nombre des marins, et on les enverra à Venise, où l’on attendra de connaître les intentions de l’empereur sur leur destination. Veut-il les avoir en Russie pour les employer sur la Baltique ? On les lui enverra. Veut-il qu’ils soient envoyés à Toulon pour s’exercer sur mon escadre ? Je les emploierai comme il voudra. Par ce moyen , une source considérable de dépenses inutiles pour la Russie, puisque les bâtiments empirent chaque année, sera tarie, et les équipages qui sont inutiles, seront employés. Il en serait de même pour ceux qui sont à Corfou. Je les prendrai sur estimation, et on enverra les équipages à Venise pour en faire ce que voudra l’empereur. Si l’on convient de cela, on en dressera procès-verbal signé de vous et de MM. de Romanzof et Kourakine, et j’enverrai des ordres. M. de Romanzof écrira de son côté pour qu’on s’y conforme et pour faire sentir à l’amiral l’avantage réel qui résultera de cet arrangement pour son maître. Si ces bâtiments gagnent un port italien , je désirerais que ce fût Ancône. Il est bien temps de finir ces trois affaires. Quant aux vaisseaux russes qui sont à Toulon à dater de janvier, ils seront nourris, soldés et entretenus par moi sauf à porter ces dépenses au compte double que nous avons.

 

Paris, 27 janvier 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je vous remercie de ce que vous me dites à l’occasion de la nouvelle année. Ne doutez pas des voeux que je fais pour votre bonheur; ils me sont inspirés par les sentiments que je vous porte et qui me seront toujours chers.

 

Paris, 27 janvier 1809

A Catherine, reine de Westphalie, à Cassel

Ma Soeur, je reçois avec plaisir les voeux que vous faites pour moi au commencement de cette année. L’intérêt que je rends à votre bonheur n’est pas moins sincère.; l’affectionque je vous porte doit vous en convaincre, et il m’est doux de saisir cette occasion de vous en renouveller l’assurance.

 

Paris, 27 janvier 1809

Au prince Borghèse, gouverneur général des départements au delà des Alpes, à Turin

Je reçois votre lettre du ….. Je suis fort aise que le quina que je vous ai fait envoyer vous ait été utile. Je suppose que les détachements de conscrits ne partiront pas de votre gouvernement sans mon ordre. Ayez soin que les recrues qui passent soient bien traitées au mont Cenis, et aient du vin. Vous les passerez en revue à leur arrivée à Turin, et laissez-les, s’il le faut, se reposer un, deux et trois jours, lorsqu’ils seront fatigués. C’est avec ces soins que l’on conserve la santé du soldat; deux ou trois jours de repos à un homme fatigué lui évitent une maladie.

 

Paris, 27 janvier 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mori Frère, je reçois votre lettre du 15 à onze heures du soir, et celle que me porte un aide de camp du maréchal Victor. J’attends d’apprendre les suites du combat d’Alcazar, et qu’il a atteint et dispersé le reste de l’armée de I’Infantado.

L’empereur de Russie vous a écrit une lettre que vous envoie M. de Romanzof. M. de Strogonof a reçu ses lettres de créance; il est arrivé à Vienne, il va se rendre à Paris, d’où il retournera à Madrid. Vous pouvez le faire annoncer dans vos journaux.

J’ai ordonné la formation d’un régiment espagnol, dont j’ai donné le commandement au général Kindelan. Je le fais réunir et former à Nancy.

Laissez venir les prisonniers en France; ne gardez que ceux auxquels vous croyez pouvoir vous fier. Il vaut mieux en former en France des régiments, qui pourront ensuite vous être envoyés ; ce qui ne doit pas empêcher la formation des régiments que je vous ai recommandée.

Ma prompte arrivée à Paris a déjà fait changer le ton de l’Autriche, et la peur a succédé à l’arrogance et à l’extrème confiance. La conscription se lève avec activité. De nombreux détachements sont en marche pour l’Italie et le Rhin.

Faites connaître au maréchal Victor que j’ai accordé les grâces qu’il a demandées pour le général Villatte , pour le colonel Meunier, pour le chef de bataillon Regeau, pour les colonels Mouton et Jamin, et Rouzès, du génie, pour l’adjudant commandant Aymé, et pour les chefs d’escadrons Chateau, Auguste et François Leroy-Duverger, etc.

Dans les 12,000 boulets qui se trouvent parmi les objets d’artillerie trouvés à Zamora et dont l’état est ci-joint, il peut se trouver des boulets de 24 nécessaires pour les pièces qui sont à Madrid. Les quatre mortiers sont bien nécessaires aussi pour armer les fortifications de Madrid.

 

Paris, 27 janvier 1809

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur Bigot Préameneu, fai^tes donner au cardinal-archevêque de Naples, à compter du 1er décembre 1808, 3.000 francs par mois et écrivez à Naples pour que ces fonds vous soient remboursés sur les revenus de l’archevêché; du moment où cet archevêque aura prêté serment, il jouira de tout son revenu et il se trouvera fort à son aise en France.

 

Paris, 27 janvier 1809

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Donnez ordre au payeur qui est à Madrid de faire fondre et convertir en piastres, ou en toute autre monnaie d’Espagne à l’effigie du roi Joseph, toute l’argenterie qu’il a. Concertez-vous avec le ministre des finances pour savoir s’il ne vaudrait pas mieux, et si cela ne serait pas plus tôt fait, de faire venir un coin et de fabriquer cette monnaie ici. Il faudra s’écarter le moins possible du type actuel des monnaies d’Espagne.

Burgos manque d’argent; je ne sais pourquoi le payeur ne tient pas celte caisse au courant. Pour le moment, entendez-vons avec le sieur Estève, pour que l’argent existant dans mon trésor à Valladolid soit versé dans la caisse du payeur de Burgos, et vous en tiendrez compte ici au sieur Estève. Vous donnerez ordre pour qu’une somme de 200,000 francs soit employée à payer le transport des laines à Bayonne, acompte sur les 500,000 francs. Accompagnez votre dépêche d’une lettre d’Estève pour son préposé à Valladolid

 

Paris, 27 janvier 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Vous ne faites point la police de Paris, et vous laissez à la malveillance le champ libre pour faire courir toute espèce de bruits. Faites surveiller les propos qui se tiennent chez le nommé Citerni, traiteur, place du Palais de justice, et au café de Foy. Occupez. vous de la police, et non d’affaires étrangères à votre ministère. Un ministre de la police doit être responsable des bruits qu’on fait courir pour égarer la population. Si vous vous occupiez un peu plus de cette partie de l’administration publique, vous trouveriez les fils des intrigues des agents qui excitent à Paris ce système de malveillance. Faites-moi connaître dans un rapport les parties de la ville où se tiennent les plus sots propos, et prenez des mesures pour les réprimer . Vous devriez me tenir au courant de tout ce qui se dit et se fait à Paris, et je n’apprends cela que par les autres.

P.S. – Les environs de l’Hôtel de ville sont pleins de gens qui sèment de sots bruits. Pourquoi n’avez-vous pas là des hommes qui les démentent et en fassent sentir l’absurdité ? Ce moyen doit marcher de pair avec l’arrestation des propagateurs.

 

Paris, 28 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Genéral Clarke, beaucoup de conscrits passent dans le Mont-Blance, pour se rendre en Italie ; faites régler la route d’étapes, j’ai dans l’idée que la route actuelle est mal distribuée, de sorte qu’il y a de trop fortes journées. Mon intention est qu’il y ait un séjour à Saint-Jean-de-Maurienne, et que le passage du mont Cenis se fasse en deux jours, pour coucher à l’hospice. Il ne faut pas qu’il passe plus de 700 à 800 hommes à la fois, qui doivent pouvoir se loger là. Veillez à ce que chaque homme ait une bouteille de vin et la soupe. Donnez ordre au gouverneur général d’en passer la revue lui-même à Turin et de leur donner deux ou trois jours de repos, si cela est nécessaire. Je suppose qu’ils ont un séjour à Chambéry. Autant il est nécessaire de faire de grandes marches dans d’autres circonstances, autant il est nécessaire de n’en faire aujourd’hui que de petites.

Écrivez au commandant de la 7e division militaire de prendre des mesures et de se concerter avec le maire de Lans-le-Bourg pour que le passage du mont Cenis se fasse avec la prudence convenable, et que je ne perde personne.

 

Paris, 28 janvier 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je suis surpris que les landammans d’Affry et Ruttiman ne m’aient pas écrit, selon l’usage, au sortir de leur magistrature; je ne puis concevoir pourquoi ils ne l’ont pas fait. J’ai lu les lettres du 20 et du 21 de Berne. Les renseignements que donne le sieur Talleyrand  (il s’agit d’Auguste de Talleyrand, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire près la Confédération Helvélique) sont pas suffisants; j’en voudrais de plus précis. Faites venir le ministre de Suisse et parlez-lui de cela. Je désire avoir les pièces originales et un rapport qui m’en aide l’explication. Mon intention n’est pas d’intervenir dans les affaires intérieures de la Suisse, mais celles-ci sont assez graves pour que je désire m’en mêler. Rien n’est moins clair que la lettre du sieur Talleyrand du 21. Cette affaire est donc à examiner. Je suis fàché que mon ministre ait pris couleur dans une affaire comme celle-là. Il me semblait que M. Ruttiman était un homme du parti démocrate , et même M. Mousson. Comment se trouve-t-il arrêté par le parti démocrate de Lucerne ? Je regrette beaucoup d’être aussi mal éclairé. Les dépêches du sieur Talleyrand sont on ne peut plus insignifiantes. Faites-lui connaître que, sur des affaires de cette importance, ce n’est pas son opinion qui peut me décider, mais la mienne ; et je ne forme mon opinion que sur une connaissance approfondie des faits , appuyée des pièces originales.

 

Paris, 28 janvier 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, vous avez dû recevoir le décret par lequel j’ai ordonné la formation de deux régiments de tirailleurs de ma Garde, forts de 1,600 hommes chacun. Mon intention est que, pour la formation de ces régiments, vous donniez l’ordre que les grenadiers et chasseurs choisissent, sur les 4,500 hommes qu’ils vont avoir avec la levée des départements de la Loire-inférieure et des Deux-Sèvres, 100 hommes par compagnie, c’est-à-dire 1,600 hommes, en prenant les meilleurs et les mieux disposés. Il restera donc à peu près 3,000 hommes, que mon intention est de distribuer : d’abord 1,200 hommes pour compléter les compagnies de grenadiers et de voltigeurs de la division Oudinot à 140 hommes par compagnie, présents, en comprenant cependant les hommes détachés, mais non ceux aux hôpitaux; les 1,800 autres seront employés selon les circonstances. Je désire donc que vous fassiez dresser l’état des compagnies du corps d’Oudinot qui ont besoin de renforts , et que vous fassiez choisir des hommes de petite taille pour les voltigeurs et les hommes de la plus grande taille pour les grenadiers; que les hommes destinés à l’infanterie légère soient habillés ici, avec l’uniforme de cette arme et des boutons des régiments auxquels ils seront affectés, des shakos et les autres petites distinctions qu’a le corps d’Oudinot; et qu’ainsi organisés, ces hommes puissent partir vers le 15 février pour joindre ce corps. Les habits qu’auraient déjà ces conscrits pourraient servir pour les conscrits qui vont arriver.

Mon intention est d’appeler cette année 10,000 conscrits à ma Garde, pour les répartir ensuite sur les différents points. Donnez ordre que les trois quarts soient habillées avec l’uniforme d’infanterie de ligne ordinaire, et l’autre quart avec l’uniforme d’infanterie légère. Quant aux boutons, on leur donnera ceux des tirailleurs et des fusiliers de la Garde, sauf, quand ces hommes seront envoyés à des régiments, à ôter leurs boutons et à les remplacer par des boutons de leur régiment. Il faut, pour cela, que la Garde ait des boutons de tous les numéros.

 

Paris, 28 janvier 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, j’ai reçu vos lettres du 15 et du 16. Je vous prie de numéroter désormais vos lettres; ainsi, la première que vous m’écrirez après avoir reçu celle-ci portera le numéro 3. J’ordonne qu’on n fasse autant de mes lettres. Par c moyen, on sera certain qu’il ne s’en perdra point. La suppression de votre apanage est une mesure générale. On en a fait la remarque, et je n’ai as voulu qu’ils parussent dans les comptes. Vous ne devez avoir aucune inquiétude pour cela.

 

Paris, 28 janvier 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois vos lettres relatives au paysan Pesserini. Il faut le faire réclamer par mon consul à Trieste, et, si l’on fait des difficultés, faire arrêter un homme important de Goritzia. Vous ferez demander des explications par le général de division le plus près au générl Zach, pour savoir si les officiers peuvent aller librement à Trieste et que vous envoyez exprès des officiers pour vous en rendr compte. Vous ajouterez qu’étant en paix mes officiers peuvent aller partout, que, s’il en était autrement, j’ordonnerai des représailles pour toute l’Italie et la France

 

Paris, 29 janvier 1809

DÉCISION

Le général Clarke, ministre de la guerre, fait un rapport à l’Empereur concernant le général Beker, récemment mis à la retraite sur sa demande et réclamant de nouveau du service. Le ministre propose de lui confier le commandement de la 25e division militaire. Il faut me représenter la lettre qu’a écrite cet officier général. S’il est vrai qu’il ait demandé un congé et, si on ne lui accorde pas, sa retraite, c’est un acte d’insubordination que je ne puis souffrir. La carrière militaire est trop glorieuse, et je récompense trop bien ceux qui m’y ont servi, pour qu’il soir permis de s’y conduire de la sorte. J’estime cet officier sous plusieurs rapports, et je n’aurais point pris cette décision sans des motifs graves; je ne m’en souviens pas en ce moment. Je n’entends pas accoutumer les officiers à demander leur retraite dans un moment d’humeur, et à redemander du service quand cette humeur est passée. Ces caprices sont indignes d’un honnête homme, et la discipline militaire de les comporte pas.

 

Paris, 29 janvier 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous envoie deux lettres du prince Eugène; vous pourrez les communiquer en original à M. de Metternich. Vous lui demanderez ce qu’il faut conclure de là, si mes officiers n’ont pas le droit d’aller à Trieste, et s’il est défendu à mes sujets d’aller en Autriche. Vous lui ferez connaître que j’attendrai des explications avant d’user de représailles, et que, en cas de refus, les Autrichiens qui pourraient me tomber sous la main me répondront de la vie de ce malheureux paysan.

 

Paris, 29 janvier 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès, mon intention est que vous donniez ordre sur toutes les côtes où il y a des croisières anglaises, et particulièrement sur celles de Boulogne, de tirer trente coups de canon en réjouissance de la victoire qui a été remportée sur les Anglais et de leur expulsion d’Espagne. Vous ordonnerez aussi de faire les démonstrations de pavillons d’usage entre les marins. Vous donnerez les mêmes ordres sur les côtes de la Méditerranée à toutes mes escadres. Vous annoncerez en peu de mots qu’une armée de 36 à 40,000 Anglais , commandée par les généraux Moore et Baird, et à laquelle s’était réunie une armée espagnole, a été poussée l’épée dans les reins pendant cent cinquante lieues ; que nous lui tavons tué 2,000 hommes , que nous lui en avons pris 7,000, ses hôpitaux et ses bagages, qu’elle a coupé les jarrets à plus de 6,000 chevaux , et qu’elle a été contrainte d’abandonner les Espagnols que commandait la Romana, qui ont été entièrement détruits.

 

Paris, 29 janvier 1809

Au comte Fouché, ministre de la police géne´rale, à Paris

Je ne sais pas pourquoi on parle toujours de l’histoire de la Vendée. La Gazette de France ne sait pas ce qu’elle dit. Est-ce pour encourager une nouvelle Vendée qu’on ne cesse de parler de l’ouvrage de M. de Beauchamp ? Faîtes témoigner mon mécontentement sau rédacteur de la Gazette de France.

 

Paris, 29 janvier 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon fils, mes armées d’Espagne ayant remportédes avantages considérablcs sur l’armée anglaise, qu’elles ont poursuivie l’épée dans les reins pendant l’espace de cent cinquante lieues, lui ayant fait 6,500 prisonniers, pris un grand nombre de canons, tous ses magasins et ses bagages, l’ayant forcé à couper elle-même les jarrets àr sa cavalerie forte de 6,000 chevaux, l’ayant, enfin obligée d’abandonner l’Espagne et La Corogne, et de se réfugier en Angleterre, ayant entièrement détruit l’armée commandée par La Romana qui s’était réunie à elle ; mon intention est que vous ordonniez qu’il soit tiré soixante coups de canon, dans tous mes ports et forteresses frontières, en réjouissance de cet événement. Pour faire comprendre l’objet de cette réjouissance, vous ferez faire par votre ministre de la guerre et de la marine une circulaire annonçant ces avantages remportés sur l’armée anglaise, la destruction des débris dc l’armée de La Romana et la soumission du royaume de Léon, de la Galice et des cinq sixièmes de l’Espagne.

 

Paris, 31 janvier 1809

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à La Haye

J’ai reçu à Paris votre lettre du 20 janvier. Il me semble que la marine hollandaise déchoit tous les jours; bientôt vous n’aurez plus rien. On m’assure que vous licenciez vos matelots; cela est un malheur.

Vous aurez vu, par les journaux venus de Paris, les derniers bulletins. De 40,000 hommes qui composaient l’expédition anglaise, plus de la moitié ont été pris, tués ou perdus.Ils ont abandonné ou détruit leurs bagages, chevaux, artillerie. Au combat du 16, le général en chef, John Moore, a eu le bras emporté par un boulet, au défaut de l’épaule; il est mort deux heures après. Sir Baird a eu deux coups de fusil dans le bras ; on lui a fait l’amputation. Il paraît que le général Hope a été trouvé sur le champ de bataille avec cinq ou six colonels et les cadavres d’une centaine d’officiers. La nuit, ils se sont embarqués avec la plus grande confusion.

Je serais bien envieux de savoir ce que les Anglais diront de tout cela. S’il vous arrive des journaux, envoyez-les-moi.

Paris, 31 janvier 1808

DÉCISION.

Le vice-amiral Decrès, ministre de la marine, rend compte à l’Empereur des observations de l’amiral Ganteaume sur la difficulté de protéger les côtes des 6e et 7e arrondissements (Toulon et la Spezia).

Cet amiral pense qu’on pourrait hasarder la sortie d’une division; mais il voudrait qu’elle ne fut pas composée de moins de deux vaisseaux et de deux frégates. Il ajoute qu’il ne croit pas devoir exécuter cette sortie sans une autorisation spéciale.

L’amiral Ganteaume doit avoir l’ordre de faire sortir les bâtiments qu’il veut, et quand il veut. Il n’a pas besoin d’un ordre particulier pour cela. Il est extrêmement ridicule qu’avec une escadre aussi considérable que celle qu’il a à Toulon, mes côtes soient bloquées par des frégates ou des croisières isolées. J’ai donné le droit à l’amiral Ganteaume de faire sortir de petitesdivisions; s’il l’avait fait, il aurait pris plusieurs vaisseaux, et l’ennemi se serait dégoûté de serrer de si près nos côtes. Dans une mer où tous les ports sont à nous, et quand le port de Toulon n’est pas hermétiquement fermé, on devrait prendre tous les jours des bâtiments anglais, et obliger l’ennemi à changer de système, c’est-à-dire à se tenir loin des côtes.

 

Paris, 1er février 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Faîtes-moi un rapport sur Bourmont et sur la manière dont il s’est conduit en Portugal

 

Paris, 5 février 1809

Au comte Romanzoff, ministre des affaires étrangères de Russie

Je vous envoie plusieurs journaux que je viens de recevoir de Saint-Pétersbourg. Les dépêches que je reçois sont du 27. L’empereur se portait très bien, et il paraît qu’on y dansait beaucoup à l’occasion du nouveau mariage et du séjour de belles voyageuses.

 

Paris, 6 février 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je reçois vos lettres des 24, 25 et 26. Mon intention est que les biens des condamnés me restent. Le moyen de m’assurer des familles d’Espagne est qu’il ne soit pas en votre pouvoir de les löeur rendre.

Je suis fâché que le système change à  Madrid et qu’on y devienne complaisant. Je ne trouve rien de plus mauvais que d’y avoir laissé séjourner les prisonniers, de les avoir laissés causer avec le peuple, d’en avoir pris 3,000 pour en former des régiments. O’Farrill a fait un grand tort en laissant dissoudre l’armée espagnole : veut-on recommencer ce qui a été fait, il y a un an, à pareille époque ? Les prisonniers doivent être envoyés en France, et, s’il faut des cadres de régiments en mettant à  la tête des officiers sûrs, on pourra y recevoir, non des prisonniers, mais des déserteurs et ceux qui voudront quitter l’armée des insurgés. Je fais lever en France un régiment composé de prisonniers, surtout de ceux qui y sont depuis plus de temps.

Je crois qu’il est nécessaire que vous montriez un peu de sévérité et que vous ne laissiez personne se livrer à  des espérances fausses et prématurées; sans cela les hommes que vous avez réarmés assassineront les Français et tourneront les armes contre vous, au premier sujet d’espérance. Il est fâcheux, puisque l’on avait arrêté les membres, du conseil de Castille, qu’on ne les ait pas laissés venir en France. Un séjour de deux ou trois ans en France aurait fait changer d’idées à ces gens-là , et on en aurait fait des citoyens utiles.

 

Paris, 6 février 1809

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Je reçois vos lettres des 15 et 17 janvier. Je vois avec peine que votre santé est altérée. Je crois que M. de Rornanzoff reste encore ici quelques jours. Nous venons de recevoir des nouvelles d’Angleterre. Nous voulons voir s’il est possible d’en tirer quelque chose. M. de Romanzoff les envoie à l’empereur.

Ma dernière conscription de 80,000 hommes sera toute sur pied avant quinze jours, de sorte que j’aurai en Allemagne autant de troupes qu’avant que j’en eusse retiré pour mon armée d’Espagne. En Italie, je vais y avoir une armée, la plus forte que j’y aie eue. Je vous ai mandé que la conduite de l’Autriche m’avait empêché de former mes camps de Boulogne, de Brest et de Toulon. Ces trois camps eussent porté l’épouvante en Angleterre, parce que j’aurais menacé toutes ses colonies. L’Autriche devient tous les jours de plus en plus bête, et je suis persuadé qu’il y aura impossibilité de faire du mal à l’Angleterre, sans obliger d’abord cette puissance à désarmer.

 

Paris, 7 février 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne

J’attends d’apprendre la prise de Saragosse pour parler à la reine de son départ. Je tiens à ce que vous conserviez à Belliard le gouvernement de Madrid, et à Fréville la direction des affaires relatives aux biens des condamnés que je me suis attribués. Il est plus important de détruire ces dix familles que de chasser les Bourbons. Mon aide de camp Lacoste a été tué, le 1er février, à Saragosse; on était maître d’une partie de la ville.

L’art de la guerre veut qu’on ne démasque un mouvement sur Merida que lorsque le duc de Dalmatie sera à Oporto, et il ne peut y être avant la fin du mois.

Vous ne devez laisser établir l’ennemi ni à Cuenca, ni dans la plaine du Manzanarès. Gardez la division Sébastiani à Madrid, et soignez bien ce corps. Dans un événement important, ce sont vos meilleures troupes. Si j’avais de l’argent, je vous en enverrais volontiers; mais mes dépenses sont immenses. Je porte ma cavalerie à plus de 100,000 hommes. La nouvelle conscription que je lève me coûte un argent immense.

 

Paris, 7 février 1809

Au comte Gaudin, minsitre des finances, à Paris

Dans le rapport que vous allez me faire cette semaine sur la situation des finances, il me paraît qu’il y a plusieurs choses importantes à règler. A l’exercice de 1807 il manquera 10 millions, tant pour la guerre et l’administration de la guerre que pour les autres ministères; ilen manquera 20 pour 1808; ce qui fait 30 millions. Indépendamment de cela, l’exercice 1808 ne pourra pas atteindre et remplir ce que vous avez espéré; il paraît que ce sera un manque de 20 millions Ce sera donc 50 millions qu’il sera nécessaire de se procurer pour ces deux exercices. Le budget de 1809 doit être, en recette,s, le même qu’en 1808. Vous devez avoir encore assez de ressources en domaines nationaux pour le supplément à ajouter. Un jour ou l’autre, ces crédits se réaliseront, moyennant la caisse d’amortissement.

Il faudrait trouver dans nos domaines en Toscane et en Piémont une ressource d’une vingtaine de millions, et autant dans nos autres domaines de France. Il sera possible ensuite de réaliser tout cela avec le secours de la caisse d’amortissement et en y mettant le temps nécessaire.

 

Paris, 7 février 1809

Au contre.amiral Willaumez, commandant l’escadre de Brest

Monsieur 1e Contre-Amiral Willaumez, nous sommes informé que deux divisions destinées au ravitaillement de nos colonies, l’une sous le commandement du capitaine Troude, à Lorient, l’autre sous le commandement du contre-amiral Lhermitte, à l’île d’Aix, sont retenues sur ces rades par deux divisions ennemies de trois ou quatre vaisseauy chacune, avec des frégates qui croisent sur ces points.

Si, en appareillant de Brest, les vents vous permettent d’aller chasser ces croisières, nous vous faisons savoir que notre intention est que vous executiez cette manoeuvre de manière à faciliter la sortie de nos divisions et à vous emparer, s’il se peut, de cells de l’ennemi. Il est probable que vous en trouverez aux Glenans devant Lorient, ou dans la baie de Quiberon et que vous srprendrez l’autre dans le pertuis d’Antioche, ou au moins à la hauteur de l’île d’Oléron, ou peut-être même dans la rade des Basques.

Si. lorsque vous paraîtrez sur Lorient, la ,arée permet au capitaine Troude d’appareiller, il se joindra à vous, et vous suivra avec sa division. Mais, si cette réunion devait être retardée de plusieurs heures, il faudra ne rien attendre, et vous porter de suite sur l’île d’Aix, afin de ne pas donner le temps à l’ennemi d’être averti de votre approche.

La division Lhermitte étant réunie à vous fera route, sous votre commandement, pour la Martinique et la Guadeloupe, ainsi que la division Troude, si la jonction a eu lieu.

Il est bien entendu que, si, ayant débloqué Lorient, les circonstances empêchaient de poursuivre votre manreuvre jusqu’à i’île d’Aix, vous conduirez la division Troude jusqu’aux Antilles, si elle s’est réunie à vous, ainsi qu’il est dit ci-dessus; et que, si la jonction n’a pas öe temps de s’opérer, vous ferez route pour Toulon, comme il vous a été prescrit par notre dépêche du 9 janvier.

Soit que vous conduisiez aux Antilles les deux divisions de Lorient det de l’île d’Aix, soit que vous n’y en conduisiez qu’une seule, vous ne ferez que paraître devant ces colonies, sans vous y arrêter. Vous y introduirez les bâtiments qui leur sont destinés, vous chercherez à surprendre les croisières ennemies, et vous pousserez aussi loin que vous pourrez l’avantage que vous donneront leur dispersion et la supériorité imprevue de vos forces dans ces mers. Après quoi, et sans avoir mouillé, vous ferez avec tous les bâtiments sous vos ordres votre retour à Toulon, ainsi que le porte notre dépêche du 9 janvier précitée.

Nous chargeons notre ministre de la marine de vous faire connaître la distribution à faire sur nos colonies de la Martinique et de la Guadeloupe des ravitaillements que vous leur conduirez; nous le chargeons aussi d’avertir les commandants de nos divisions du mouvement qui doit s’opérer, afin qu’ils puissent le seconder en tout ce qui dépendra d’eux. Quelque importance que nous attachions à cette opération. nous n’entendons pas qu’elle retarde le départ de notre escadrede Brest, et vous n’en devrrez pas moins appareiller aussitôt que vous en aurez l’occasion favorable; et, si les vents avec lesquels vous mettrez sous voiles ne favorisent pas le mouvement dont il s’agit, vous ne devez point batailler contre eux sur la côte, mais vous vous rendrez immédiatement à Toulon, comme le portent vos instructions que nous vous avons données antérieurement à la présente.

Sur le tout, nous nous reposons sur votre zèle, vos talents et votre dévouement à notre service.

 

Paris, 7 février 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Je reçois votre lettre du 1er février. Il me semble vous avoir déjà écrit de faire partir votre division de 5,600 hommes pour Metz. Je la ferai armer convenablement. Quant à la poudre et aux canons, je lui en fournirai.

La demande d’argent est une demande indiscrète dans un moment où je ne sais comment faire face aux immenses dépenses que j’ai, puisque mes armées d’Espagne ne me rendent rien et me coutent, et que mes autres armées sont à ma charge.

Diminuez la moitié de votre luxe, économisez une partie de votre liste civile pour augmenter votre état militaire.

Si vous pouvez envoyer ces 5,600 hommes, faites-les marcher sur-le-champ, en les dirigeant sur Metz.

 

Paris, 8 février 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, vous écrirez au sieur Talleyrand que vous avez mis sous mes yeux ses lettres; que je trouve qu’il a eu tort de s’immiscer en rien dans les affaires intérieures de la Suisse; qu’i1 a eu tort d’écrire au canton de Lucerne, qui est un souverain; qu’i1 devait s’abstenir de le faire, même par insinuation, sans un ordre du cabinet; que dans tout évèmement il doit se borner à rendre compte de tout ce qui se passe, sans répondre, sans faire préjuger son opinion et encore moins sans faire de démarches.

Si le bâtiment dont parle M. de Romanzof a été pris pendant que nous étions en paix avec la Russie, il n’y a pas de doute qu’il ne faille le payer.

 

Paris, 8 février 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Je désire que vous me présentiez un projet de circulaire aux différents rois de la Confédération du Rhin et au prince primat. Voici dans quel esprit je voudrais qu’elle fût rédigée. Les États de la Confédération du Rhin ne sont point tranquilles; ils sont perpétuellement tourmentés par leurs plus riches propriétaires, qui sont dans les rangs de l’Autriche, qu’on peut regarder comme non ostensiblement offensive et ennemie de la Confédération. Indépendamment de l’inquiétude sourde que l’influence de ces individus laisse dans les États de la Confédération, leur séjour à Vienne est une source de prospérité pour ce pays, parce que le revenu le plus clair de la Confédération se consomme dans cette capitale, et l’intérêt de ces individus, étant opposé à.celui de la Confédération, fomente et excite à Vienne un esprit de guerre contre nous. L’acte de la Confédération est précis; l’intérêt des États confédérés et de la France est également précis. Je désirerais que les princes de la Confédération rendissent une ordonnance pour obliger les individus ayant des propriétés dans le pays et étant au service de puissances autres que la Confédération du Rhin, à quitter le service de ces puissances et à rentrer dans leur patrie dans l’espace de trois mois. Si, trente jours après la publication de cette ordonnance, ils n’ont pas fait connaître qu’ils sont disposés à rentrer, le séquestre sera mis sur leurs biens, et si, après trois mois, ils ne sont pas rentrés, leurs biens seront confisqués au profit de l’État. Par ce moyen, l’Autriche perdra un grand nombre d’officiers et d’administrateurs. Les Fürstenberg et autres maisons les plus riches d’Autriche seront obligés de demeurer dans les États de la Confédération et d’affaiblir l’ennemi nalurel, l’Autriche.

 

Paris, 9 février 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vous envoie un devis et un plan des baraques que j’ai fait faire à Bayonne. Vous verrez qu’avec une somme médiocre on peut loger 6,000 hommes. Vous pourriez en faire faire de semblables dans le Frioul. Si l’on pouvait établir un camp retranché à Osoppo, il serait cependant de quelque utilité. Faites-moi connaître ce qu’il coûterait. Faites prendre copie de ces projets de baraques, et renvoyez-les-moi.

 

Paris, 9 février 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vous ai envoyé le jeune Tascher. C’est un fort bon sujet dont je suis très content. Il a besoin de s’instruire; employez-le à exercer les recrues, à former les dépôts, faîtes-le servir dans l’état-major et faîtes-lui apprendre tout ce qu’il faut pour devenir un excellent offisier. Il faut le faire bien travaille. C’est dans cette intention que je l’envoie passer un an en Italie.

 

Paris, 11 février 1809

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Dejean, il est inutile d’établir des hôpitaux à Bordeaux. Faire traverser les Landes aux malades, c’est leur donner la mort. Il ne manqne point de maisons de campagne aux environs de Mont-de-Marsan, de Bayonne et de Pau. Mon intention est que les malades ne soient pas évacués au delà de Mont-de-Marsan et de Pau. C’est dans ce rayon qu’il faut établir les hôpitaux.

 

Paris, 11 février 1809

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Dejean, donnez ordre qu’il soit envoyé cinq cents couvertures à l’hospice du mont Cenis, afin que les soldats de passage souffrent le moins possible.

 

Paris, 11 février 1809

Au comte Daru, intendant général de la Maison de l’Empereur, à Paris

Monsieur Daru, je vous envoie des états de l’organisation et des dépenses de l’armée du roi de Saxe. Evoyez chercher le général Fischer, conférez avec lui et présentez-moi uu rapport. Faites-moi connaître la situation de cette armée et les réductions qu’elle subirait moyennant cette nouvelle organisation.

 

Paris, 11 février 1809

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant les provinces du nord de l’Espagne, à Valladolid (Le maréchal Bessières avait le commandement supérieur des provinces de Leon, Zamora, Toro , Palencia la Vieille-Castille, Santander, la Biscaye, Soria et Salamanque)

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 2. Je vois avec plaisir que vous ayez pris sur les 250,000 francs de Toro des fonds pour l’hôpital de Burgos. Le plus pressant, c’est de soulager mes soldats et d’avoir soin que les hôpitaux soient bien entretenus. Il faut exiger de l’iintendant de Valladolid et des autres pays que vous commandez qu’ils prennent leurs mesures pour ne point laisser manquer Burgos, qu’on l’approvisionne de fourrages et que 1’on tienne les hôpitaux en bon état.

Je suppose que les différents détachements de ma Garde qui étaient à Madrid et ailleurs sont rentrés. Vous avez reçu l’ordre de renvoyer ici tous mes chevau-légers polonais. Je veux réorganiser ce corps à Paris. Le zèle qu’il a montré en Espagne me fait prendre intérêt à ce corps, qui a besoin de recevoir une organisation definitive. L’escadron de Daumesnil qui était à Mont-de-Marsan a eu l’ordre de se rendre à Paris. J’ai ici un millier d’hommes de cavalerie de ma Garde; j’ai donné ordre qu’on les remonte. Prenez des mesures pour que ma Garde ne manque pas de vivres, ni àVitoria, ni àToloso. Si la gendarmerie qui est à Vitoria en manquait, elle pourrait s’étendre du côté de Logrono et d’Estella, qui sont des pays neufs. Avant de faire rentrer ma Garde, j’attends de voir la tournure que prendront les choses après la prise de Saragosse.

Envoyez des médecins à Saragosse. Ayez soin de réunir à Zamora tout ce qui appartient au duc de Dalmatie; il me semble qu’il devra bientôt y avoir là 2 ou 3,000 hommes appartenant à ce corps; il faut les laisser reposer, et quand le duc de Dalmatie sera entré à Lisbonne, dirigez le tout ensemble pour le rejoindre. En attendant, ce sera une bonne garnison pour Zamora, il faut avoir dans cette place un homme intelligent et lui écrire tous les jours. Ce n’est qu’en les harcelant de lettres qu’on parvient à surmonter l’insouciance qu’ont la plupart des officiers.

Faîtes rentrer les deux millions de la contribution de Zamora.

 

Paris, 11 février 1809

à Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Je suis étonné que vous m’envoyiez le général Morio, qui est une espèce de fou que je méprise; vous trouverez bon que je ne le voie pas.

Quant à la situation de votre trésor et de votre administration, cela ne me regarde pas. Je sais que l’un et l’autre vont fort mal. C’est une suite des mesures que vous avez prises et du luxe qui règne chez vous. Tous vos actes portent l’empreinte de la légèreté. Pourquoi donner des baronnies à des hommes qui n’ont rien fait ? Pourquoi étaler un luxe si peu en harmonie avec le pays, et qui serait seul une calamité pour la Westphalie par le discrédit qu’il jette sur l’administration ? Tenez vos engagements avec moi, et songez qu’on n’en a jamais pris qu’on ne les ait remplis. Ne doutez jamais du reste de tout l’intérêt que je vous porte.

 

Paris, 11 février 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du G, où vous m’annoncez que vous venez de recevoir 6 escadrons et des bataillons de l’armée de Dalmatie. Aussitot qu’ils scront tous arrivés, vous distribuerez les conscritsr qui leur appartiennent entre les 3e et 4e bataillons. Vous compléterez les compagnies dc grenadicrs et de voltigeurs ; vous ferez nommer les officiers manquant; enfin, vous organiserez ces régimcnts dc manière à former 7 régiments avec le 81e, de chacun 2 bataillons et un bataillon du 11e, ce qui doit me faire, avec les bataillons de marche qui passent dans ce moment les Alpes pour vous rejoindre, unc belle division dc 13,000 hommes. Chaque régiment doit être commandé par son Major et porter son nom. Je vous recommandc fort de porter un soin particulier de bien organiser cette belle division, qui, en cas de besoin, pacerait sous les ordres du général Marmont avec les régiments qui sont en Dalmatie; ce qui ferait, avec l’artillerie et la cavalerie, une trentaine de miile hommes.

 

Paris, 12 février 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Faîtes mettre dans les journaux que le roi de Hollande a résolu de ne plus nommer de maréchaux, vu qu’une puissance qui n’a pas un état militaire d’au moins 80,000 hommes ne peut en avoir, et que ce titre ne peut être qu’embarrassant dans les armées alliées; qu’aussi voyons-nous qu’en Saxe, en Bavière, l’usage n’admet pas de maréchaux; que la France, qui a un état militaire si considérable, n’en a que quatorze, et de fait n’en compte que neuf, etc.

 

Paris, 13 février 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsier le Général Clarke, donnez ordre au bataillon d’équipages militaires qui est au corps du prince de Ponte-Corvo d’en partir, sans délai, pour se rendre à Hanovre, où il fera partie de l’armée du Rhin, mon intention n’étant pas d’avoir aucun équipage militaire dans les villes hanséatiques.

Donnez ordre au duc d’Auerstaedt de faire rentrer le régiment de chasseurs qui est à Varsovie, le 8e de hussards et le 105e de ligne, qni sont à Danzig, Ces troupes se dirigeront sur Bayreuth.

 

Paris, 13 février 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’écris au prince Borghèse pour qu’il fasse partir un grand nombre de conscrits des dépôts de Naples pour recruter vos 4e bataillons. De forts convois de conscrits, réunis en régiments de marche, sont déjà partis de la 7e et de la 8e division militaire. Je pense que la division Barbou doit être composée de seize bataillons formés en quatre brigades. Il résulte des états du prince Borghèse, du 15 janvier, que le 6e de ligne peut fournir 300 hommes; le 20e, 100 hommes; le 29e, 100 hommes; le 112e, 200 hommes; le 14e d’infanterie légère, 50 hommes; le 23e, 400 hommes; le 10e, 100 hommes; le 52e, 300 hommes; le 101e, 300 hommes; le 102e, 300 hommes. Je ne sais pas pourquoi ces hommes ne sont pas mis en marche et ne vont pas renforcer la division Miollis, dont les cadres sont bien faibles; par exemple, le23e d’infanterie légère, qui a deux bataillons dans la division Miollis, n’a qu’un présent sous les armes de 350 hommes; les 4 à 500 hommes qu’il a au dépôt seraient donc bien utiles à ces bataillons. Savez-vous si les cadres des 3e bataillons du 14e d’infanterie légère et du 6e de ligne sont de retour en Italie ? Le 22e d’infanterie légère n’a que 428 hommes dans ses bataillons de guerre; il a 1,200 hommes au dépôt à Nice; écrivez au commandant à Nice pour savoir quand ces hommes partiront; ils sont bien nécessaires pour former et donner couleur à ces bataillons .

Je pense que la division Miollis, qui va être considérablement accrue par les conscrits qui partent de la 27e et de la 28e division mililaire, peut désormais occuper Ancône; le 6e et le 14e d’infanterie légère resteraient à Rome; le 22e, à Ancone, et le 23e, à Florence. Alors les 13e, 112e et 29e seraient disponibles et pourraient de suite rejoindre la haute Italie. Vous avez trois divisions de cavalerie, chacune de trois régiments; total, neuf régiments; ce qui, avec le 23e, vous en fera dix. J’ai donné des ordres pour que tous ces régiments fussenl portés à l,100 chevaux et à 1,200 hommes. Il ne faut rien détacher de ces régiments dans les divisions, mais les tenir en entier pour former la réserve de cavalerie. On pourra employer dans les divisions le 4e escadron des chasseurs royaux, porté à 200 chevaux, les 3e et 4e escadrons des chasseurs du Prince-Royal, portés à 400 chevanx, le 4e cscadron des dragons Napoléon, fort de 200 chevaux, l’escadron du 24e de dragons, que l’on complètera à 200 bons chevaux, l’escadron du 4e dc chasseurs et le 4e escadron du 9e de chasseurs, ce qui fera 1,400 ehevaux, qui suffiront pour le service des divisions.

Je ne vois pas pourquoi les 7e, 29e et 30e de dragons ont des 100 et 200 chevaux à leur dépôt, au 4e escadron, ni pourquoi vous n’en augmenteriez pas la force active de ces régiments. Par votre dernière situation, je vois que vous avez 9.000 chevaux.

Je vois, par le dernier état que vous m’avez remis de mon armée, qu’il manquc 13,000 hommes au complet; il serait bien urgent qu’avant avril ces 13,000 hommes fussent appelés, et que l’armée se trouvât au complet de 58,564 hommes. Prenez des mesures pour arriver à ce résultat.

 

Paris, 14 février 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champasny, remettez-moi une note qui me fasse connaître de combien de compagnies se composent les bataillons de l’armée de Bavièrc, et de combien d’hommes est chaque compagnic. Les mêmes renseignements sur l’armée de Hesse-Darmstadt, de Wurtemberg et autres Etats de la Confédération du Rhin.

 

Paris, 14 février 1809

Au général Clarke, comte de Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Les places de Palmanova, d’Osoppo, de Venise, de Legnago, Peschiera, Mantoue sont en état de défense. Comme roi d’Italie, je donne et donnerai les ordres pour l’approvisionnement de ces places à mon ministre de la guerre en Italie. Mais Alexandrie, Turin, la citadelle de Plaisance, Gavi et Gênes appartiennent à la France; faites-moi un rapport sur ces places, afin que une fois pour toutes la garnison, l’approvisionnement et la citadelle de Plaisance et celle de Turin sont des petites places que je crois déjà à l’abri d’un coup de main et susceptibles de toute la défense qu’on doit attendre d’elles.

Le principal but de la citadelle de Plaisance est de mettre l’hôpital, les dépôts du duché de Parme, à l’abri d’un coup de main ; c’est un réduit sur la rive droite du Pô, qui a le degré de force nécessaire, du moment qu’il faut ouvrir la tranchée et ammener du gros cauon pour le prendre.

Le but de la citadelle de Turin est principalement de contenir la capitale du Piémont.

Fenestrelle, adossée aux montagnes et à Briançon, place avec laquelle elle se lie, sera toujours secourue, armée et approvisionnée à temps. Gavi et Gênes sont dans le même cas.

Ce qui est important aujourd’hui, c’est qu’on me fasse connaître la situation d’Alexandrie. Quelle est la situation précise des ouvrages d’Alexandrie au 1er janvier 1809 ? Quelle serait leur situation possible au ler mars 1810 ? En supposant qu’on ait la guerre cette année et qu’Alexandrie soit investie au mois de juillet, quelle est l’artillerie, la garnison, quel est l’approvisionnement de bouche que je dois y laisser ? Quelle sera la situation de cette place au 1er janvier 1810 ? Je vous prie de me remettre la-dessus des plans et mémoires très précis, ainsi qu’un projet de décret.

Il faut à Alexandrie une immense quantité d’artillerie, une grande quantité d’affûts de place, de poudre et de muuitions de toute espèce. Tout cela n’existe pas; si la place est en état, il fau que l’artillerie se mette en mesure.

 

Paris, 14 février 1809

Au général Clarke, comte de Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je ne puis que témoigncr mon mécontentement de voir qu’on veuille toujours me ramener à la route de Briançon à Suze. Je ne veux point de cette route. Je veux une route de Briançon à Fenestrelle et de Fenestrelle dans la plaine, de sorte que la ligne de défense allant de Briançon à Fenestrelle ct la plaine n’ait rien de commun avec la route du mont Cenis et de Suze. C’est une communication garantie par les places de Briançon et de Fenestrelle que je veux avoir directe en Italie, sans que, de la ligne de communication de Suze et du mont Cenis, on puisse l’intercepter ni la gêner. Je désire que vous vous entendiez pour cela avec les ponts et chaussées. Que ma volonté soit faite, et qu’on ne vienne plus me parler d’un embranchement dont je ne vcux pas.

Aujourd’hui, on va déjà de Fenestrelle en Itale, mais cette route a besoin d’être améliorée, de sorte qu’une armée qui serait à Fenestrelle puisse amener ses charrois en Italie sans difficulté. Ce que je désire actuellement, c’est que d’abord on améliore cette route, qui est imparfaite, et qu’ensuite il y ait une communication de Fenestrelle à Brinançon de manière qu’on puisse évacuer les deux places l’une sur l’autre.

 

Paris, 14 février 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai signé le décret pour la formation du sénat, et choisi les membres qui doivent le composer. Il faut donc que l’hotel du sénat se préapre. il sera installé le 1er avril.

J’approuve que vous envoyiez le dépôt du 4e régiment de chasseurs à Rome; par ce moyen il y aura 300 chevaux dans cette ville.

P.S. Vous trouverez ci-joint une ote que m’envoie le prince Borghèse. Je vous ai écrit hier sur différentes destinations à donner pour Florence, et veillez à ce qu’il ne soit point fait de détours inutiles.

 

Paris, 14 février 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Rome

Mon Fils, des forts à 1,200 toises d’une place n’ont de valeur que par 1a force de la garnison; des dès lors ils ne tirent cette valeur que des circonstances. Si la population d’Ancone et des environs était fanatisée, si par des circonstances quelconques un corps considérable s’y trouvait, les quatre positions indiquées, et dont les localités sont favorables, seraient fortifiées en quinze à vingt jours de temps.

Le bombardement d’Ancone est impossible à empêcher; trente chaloupes canonnières, douze à quinze bombardes, malgre tous les efforts des batteries des côtes situées sur le mole et sur la côte, jetteraient des bombes dans le port. Combien de temps les Anglais n’ont­ ils pas bombardé Malte sans y faire aucun mal, malgré le nombre de vaisseaux qui étaient dans le port ? N’ont-ils pas bombardé Alexandrie sans succès ? Les trois, quatre ou cinq vaisseaux qui ponrraient se trouver à Ancone seraient alors mis à l’abri de la bombe par des blindages. Ils seraient acculés au môle, et, sur 20,000 bombes qu’on jetterait, très peu pourraient atteindre, et leur effet serait médiocre. D’ailleurs, on le repète, lorsqu’il y aura 10,000 hommes pour défendre Ancone, on occupera les hauteurs. Il est inutile d’y faire dc la fortification permanente; avec de l’artillerie, des bois ct des bras, en quinze jours tout cela sera fait; ct tout cela existe dans Ancone, puisque c’est un arsenal de marine; et, quand on pourrait contester la vérité de tout ce que nous avançons, il n’en serait pas moins vrai que les mesures contre un bombardement ne sont qu’un objet secondaire, et qu’il faut d’abord mettre la place en sûreté et l’empêchcr d’être prise. Du mont Gardetto au mole, il y a 7 à 800 toises; l’ennemi ne peut donc placer ses batteries qu’à 1,000 ou 1,100 toises du port. Certes, on n’a rien à craindre de la partie du mole où on peut mouiller les vaisseaux; à la corne du camp retranché, il y a la même distance; du môle au lazaret, il y a 600 toises. Ainsi, du côté même du rivage, les batteries ne pourraient être établies qu’à 800 toises; des lors, par l’occupation du mont Gardetto et du camp retranché, on est suffisamment à l’abri du bombardement; sans doute des bombes pourraient arriver, mais il y a loin de recevoir des bombes à être détruit par les bombes.

Les mortiers ne résistent pas longtemps et sont très-incertains quand on tire à plus de 600 toises. Ancône n’a point de rade, et des lors ne peut jamais être un port d’armement. Il pourra y avoir quelques vaisseaux ou frégates, mais cela est d’une importance bien secondaire.

Occupons-nous donc de l’hypothèse la plus naturelle: un soulevement de tout l’Etat romain peut amener 3 à 4,000 Français dans Ancône; quelques divisions qui voudraient conquérir le royaume de Naples peuvent continuer leur marche sur le Pô, et peuvent vouloir arriver à Ancône; dans tous les cas, la résistance que fera Ancône sera au profit général de la guerre. Du côté de la mer, depuis le mont Gardetto jusqu’au môle, il n’y a rien à faire: le rivage est escarpé pendant un espace de 800 toises. Depuis le môle jusqu’au lazaret, dans un autrc espace de 800 toises, il n’y a rien à faire : l’armement du môle, les batteries qui sont sur le quai, sont plus que suffisants. Du lazaret jusqu’à l’extrémité de la corne du camp retranché, il n’y a rien à faire: la citadelle domine d’abord, et, autant que je puis m’en souvenir, il y a une enceinte, où est la porte de la ville, qui est suffisamment respectable. Tout se réduit donc à la position du mont Gardetto, à assurer le camp retranché, et aux 600 toises d’intervalle entre le mont Gardetto et le camp retranché. Le camp retranché n’est pas fort, sans doute, mais il n’est pas loin de la citadelle; ainsi il y a déjà là un degré de force respectable; en relevant la muraille, iI faut le mettre en état et profiter du tracé qui existe. Mais au mont Gardetto il n’y a rien; c’est là qu’il faut d’abord travailler. Quand on occupera le camp retranché et le mont Gardetto, personne n’ osera aborder l’enceinte actuellement existante. Quand on ferait une enceinte bastionnée dans ce rentrant où le terrain est si bas, elle ne serait d’aucune valeur; c’est le camp retranché et le mont Gardetto qu’on attaquera; c’est donc ces deux points qu’il faut fortifier. Faut-il actuellement fortifier l’enceinte existante, ou toute nonvelle eneeinte ? On le fera en établissant deux ou trois redoutes aux Maisons Brûlées, ou sur tout autre point qne les profils du terrain peuvent seuls déterrniner. La question se réduit donc à celle-ci : Que doit-on faire de l’argent qui a été mis à la disposition du génie en 1808 ? Que doit-on faire de l’argent qui sera affecté aux travaux de 1809 ? Voilà la question. En ayant soin de coordonner ces dépenses à un plan général, de manière que les fortilications aillent en augmentant chaque année, 4 millions pour Ancône, en douze ou quinze ans, peuvent très-bien se dépenser; mais, si cette place a soutenu un siège aussi long, il y a quelques années, il faut diriger les travaux de manière que, quand on y aura dépensé, par exemple, 100,000 francs, elle ait acquis uu nouveau degré de force.

En résumé, occuper le mont Gardetto d’une manière séparée, de sorte que ce fort puisse servir de citadelle, si la ville était prise, et qu’il puisse aussi imposer à la ville et au port, voilà le point important où il faut dépenser les trois quarts des fonds de 1808 et 1809 ; réparer la citadelle ct le camp retranché sans vouloir en perfectionner le tracé, mais tirer parti de ce qui existe, voilà où on peut dépenser une partie des fonds; et enfin, si on ne veut point réparer l’enceinte, on la laissera provisoirement comme elle est, et on tracera entre le mont Gardetto et le camp retranché une autre enceinte, telle à peu près que celle proposée par le général Chasseloup dans son projet. Mais comme, autant qu’on puisse s’en souvenir, cette enceinte sera dominée de très près et de peu de valeur, on fera deux lunettes detachées entre le mont Gardetto et le camp, en les plaçant sur des points favorables; ce peut être l’objet d’une partie de la dépense. Supposant actuellement qu’on puisse occuper le mont Gardetto avec 300,000 francs, qu’on répare le camp et la citadelle avec 100,000 francs, et qu’on place sur deux hauteurs deux petites flèches en maçonnerie, fermées, chacune de 100,000 francs, cela donnera une dépense de 600,000 francs, c’est-a-dire les fonds de 1808, 1809 et 1810. L’enceinte actuelle fermera toujours la ville; ce qui n’empêchera point la garnison de se fermer par un fossé, une palissade et un ouvrage de campagne derrière ses quatre forts, si cette place était assiégée avant 1810. Enfin, en 1811, on pourrait songer à employer les 200,000 francs de cette année à l’enceinte. On y attache peu d’importance, parce qu’on la regarde comme trop dominée, et qu’on croît que les bastions qui sont tracés sont dominés à moins de 150 toises. On pourra faire deux saillants sur des points favorables, et les réunir par des crémaillères quelconques; on se gardera bien de démolir l’ancienne enceinte tant que les deux forts et les deux petites flèches ne seront pas terminés. Il faudrait occuper le mont Gardetto, comme l’ingnieur Cretin avait occupé à Alexandrie, en Egypte, le fort qui porte son nom, ou le fort Caffarelli.

 

Paris, 14 février 1809

A Alexandre Ier, Empereur de Russie, à Saint-Pétersbourg

Monsieur mon Frère, le comte de Romanzof retourne auprès de Votre Majesté Impériale. Personne n’était plus propre que ce ministre, par ses talents et par sa prudence consommée, à réaliser ce que nous avions conçu pour le bonheur du monde. Je souhaite qu’il ait la confiance de Votre Majesté, lorsque les circonstances permettront de renouer cette affaire. Depuis mon retour d’Espagne, j’ai causé tous les matins avec M. de Romanzof. J’ espère qu’il aura saisi toute ma pensée. Nous avons eu quelques petites discussions sur la Prusse. Je serai parfaitement bien pour cette puissance, et elle sera satisfaite de moi, si elle se conduit selon les conseils et les bonnes leçons que Votre Majesté a donnés à ses souverains pendant leur voyage, Votre Majeste veut-elle me permettre de m’en rapporter à M. de Romanzof pour tout ce qu’il lui dira sur notre position commune avec l’Autriche et sur la nécessité d’être tranquille de ce côté, pour pouvoir ne s’occuper que de l’Angleterre ? Je me flatte surtout que M. de Romanzof aura su distinguer mes sentiments pour Votre Majesté, et qu’il lui parlera de ma sincère amitié et du zèle qui m’anime pour le succès de notre alliance et pour la prospérité commune.

 

Paris, 14 février 1809

A Frédéric, roi de Wutemberg, à Stuutgart

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté du 2 février. Je me suis décidé à envoyer le corps du général Oudinot à Augsburg. Ce corps n’est que de 8,000 grenadiers; j’ai ordonné la réunion à Strasbourg de 16,000 hommes des basses compagnies des mêmes régiments; ce qui portera le corps, avec l’artillerie et la cavalerie, à 30,000 hommes. Je vais ordonner le retour sur Strasbourg des quatre divisions Legrand , Saint-Cyr, Boudet et Molitor , arrêtés à Lyon et à Metz, et qui étaient destinées pour Toulon et pour le camp de Boulogne. Dans le courant de mars j’aurai 160,000 hommes à Strashourg, à Augsburg et sur Bayreuth; et, si alors cela est nécessaire, je ferai rappel de la Confédération; ce qui, joint à 120,000 hommes que j’ai réunis sur la rive gauche de l’Adige, en Italie, me mettra à même de demander à l’Autriche, d’une manière catégorique, ce qu’elle prétend et ce qu’elle veut. Je désire que Votre Majesté me remette 1’état de situation de ses troupes, régiment par régiment, avec leur composition par bataillon et par compagnie, le nombre et le calibre des pièces de son artillerie, le nom et le grade du général commandant qu’elle compte nommer.

Je suis d’accord avec la Russie, qui est parfaitement indignée de cette diversion que fait l’Autriche pour la cause de l’Angleterre, qui, en m’empêchant de former mes camps, annule une partie de mcs moyens et prolonge la guerre du continent.

 

Paris, 14 février 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale

S’il est vrai que le curé d’Arquata (Arquata-Scrivia, dans la province d’Alexandrie) se soit dans des conférences ecclésiastiques cxprimé en termes repréhensibles et contraires à l’esprit du gouvernement, selon les expressions de votre bulletin, il faut faire arrêter ce curé et le faire conduire à Fenestrelle. Faites vérifier le fait

 

Paris, 15 février 1809

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant les provinces du nord de l’Espagne, à Valladolid

Mon Cousin, je vous ai fait donner l’ordre, par le major général, de faire partir mes grenadiers et chasseurs, hormis un bataillon. Je vous ai également mandé de faire partir tout le régiment de chevau­légers polonais. Je désire que vous fassiez partir aujourd’hui mes grenadiers, dragons et chasseurs à cheval. Chacun de ces trois régiments laissera en Espagne un escadron ou deux compagnies sur les dix qui composent chaque régiment. Chaque escadron sera de 250 hommes ; ce qui fera 750 hommes en tout. Choisissez de bons chevaux, de bonnes selles, de bonnes brides, et laissez ces hommes parfaitement équipés. Un chef d’escadron de chaque régiment restera, et le major Chastel commandera les trois escadrons. Les chirurgiens, l’administration, les fourgons appartenant à la Garde à cheval partiront également, ainsi que douze pièces d’artillerie à cheval, mais n’emportant qu’un simple approvisionnement. Vous dirigerez ces corps sur Tolosa, hormis les chasseurs, qui iront droit à Mont-de-Marsan; vous me ferez connaître le jour où ils arriveront à Tolosa et à Mont-de-Marsan, pour que je leur donne des ordres selon les circonstances. Vous ferez parlir également les gendarmes d’élite, hormis quatre officiers et 50 hommes. Tous les chevau-légers du grand-duché de Berg et tous les chevau-légers polonais partiront, et tous les mameluks.

L’artillerie pourra laisser les munitions, hormis vingt coups par pièce, si cela peut être utile; ces munitions seront emmagasinées à Valladolid, Burgos ou Vitoria, selon le lieu où se trouvent les douze pièces.

Donnez l’ordre au général Lauriston de se rendre à Paris; il laissera le commandement de la Garde au plus ancien major.

 

Paris, 15 février 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 10 février à huit heures du soir. Faites-moi connaître la formation et la force du 3e régiment de ligne, du bataillon de chasseurs-carabiniers, du 1er et du 4e de ligne et du 1er bataillon d’infanterie légère; les noms des généraux, combien de bataillons et de compagnies, combien d’officiers et de soldats par compagnie, en distinguant l’effectif du présent. Gardcz le régiment de cuirassiers. Faîtes-moi connaître la situation de votre armée et ce qui vous reste, après que ces troupes seront en marche, car, si les armees avancent en Allemagne, qu’avez-vous pour vous garder à Cassel ? Tous les princes dc la Confédération envoient l’état de leur armée; vous êtes le seul qui n’ayez pas envoyé le vôtre, de sorte que j’ignore quelle est votre position. Si le bataillon de chasseurs­carabiniers est un bataillon d’élite, peut-être feriez-vous bien de le garder. Au reste, par l’état de situation que vous m’enverrez, je serai à même de jugcr ce que vous devez faire.

 

Paris, 15 février 1809

Aux princes de la Confédération

Monsieur mon Frère, les États de la Confédération du Rhin ne sont point tranquilles. Ils ne cessent d’être agités par leurs plus riches propriétaires, restés dans les rangs de l’Autriche et dévoués à cette puissance, qui, sous quelques dehors qu’elle s’efforce de cacher ses sentiments, n’en peut pas moins être regardée comme l’ennemie de la Confédération, et aujourd’hui sa seule ennemie. Ces hommes, qui ont des intérêts opposés à ceux de la Confédération, lui nuisent de plusieurs manières. Leur influence répand dans son sein une inquiétude sourde, égare ou corrompt l’esprit public, et sème partout des germes de divisions et dc troubles. En second lieu , ils excitent et fomentent à Vienne un esprit de guerre contre nous. Enfin, ils fournissent à l’Autriche des moyens de prospérité enlevés aux Etats de la Confédération dont ils tirent le revenu le plus clair pour le consommer à Vienne. Les États confédérés ont tous un interêt aussi évident que pressant à faire cesser ce mal, et la France, unie à la Confédération par tant de liens, n’y est pas moins intéressée. Je désire donc que Votre Altesse et, à son exemple et sur son invitation, les grands­ducs et princes confédérés rendent une ordonnance pour obliger tous ceux qui ont des propriétés dans leurs États, et qui sont au service de toute puissance étrangère à la Confédération, à rentrer dans leur patrie dans un espace de trois mois. Cette ordonnance peut être motivée par les dispositions de l’Acte de conféderation qui sont précises. Car, outre qu’en vertu de l’article 31 les princes et comtes ayant cessé de régner sont, ainsi que leurs héritiers, astreints à ne résider que dans le territoire de la Conféderation ou de ses alliés, les princes confédérés ne peuvent, d’après l’article 7, prendre du service d’aucun genre chez aucune puissance étrangère à la Confédération, et les sujets ne sauraient avoir à cet égard une liberté que n’ont pas les souverains eux-mêmes. L’ordonnance peut être aussi motivée par l’interêt de l’État, qui est ici manifeste. Si, dans les trente jours qui suivront la publication de l’ordonnance, les individus ainsi rappelés n’ont point fait connaître qu’ils sont dans l’intention de rentrer, le séquestre sera mis sur leurs biens, et ces biens seront confisqués si, à l’expiration des trois mois, ils ne sont point en effet rentrés. Je ne doute point que Votre Altesse et les grands-ducs et princes confédérés ne se portent volontiers, et même avec empressement, à rendre une telle ordonnance, par la considération des salutaires effets qu’elle doit nécessairement produire.

 

Paris, 15 février 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie des pièces relatives à l’affaire du général de brigade L***. Présentez-moi un décret qui destitue ce général, comme ayant battu un officier français, attenté à l’honneur de l’armée française, et étant, comme tel, indigne d’y commander.

Écrivez une lettre au général Baraguey-d”Hilliers pour lui témoigner mon extrême mécontentement de sa conduite dans cette circonstance, de ce qu’il a discrédité l’autorité supérieure en faisant mettre le général L*** à l’ordre de l’armée; que sa conduite est inexplicable et propre à compromettre la dignité du commandement. Enjoignez-lui d’être plus circonspect à l’avenir, de ne point donner lieu à des plaintes, et surtout de se garder de ses entours, que je connais depuis longtemps pour être mal disposés et de mauvaises habitudes.

 

Paris, 15 février 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Donnez ordre que Laviglia, de Final, près de Savone, pris sur un corsaire, soit traduit à une commission militaire, comme ayant pris les armes et comme forban.

 

Paris, 16 février 1809

Au comte Daru, intendant général de la Maison de l’Empereur, à Paris

Monsieur Daru, ma Maison est pleine d’abus, parce que je n’ai jamais eu d’intendant, et que vos occupations à la Grande Armée vous ont empêché de vous livrer à votre place. Il est temps que cela finisse. Mes grands officiers augmentent à volonté les gens employés dans ma Maison, et changent leurs gages; ce qui finit par produire un déficit dans le budget. Il est nécessaire que vous me présentiez uu règlement général, qui établira, à partir du 1er janvier 1809, le nombre d’hommes employés à mon service dans toute ma Maison, ainsi que les gages dont ils jouissent. Cette revue sera nominative. L’écurie coûte 450,000 francs en gages seulement. Qui est-ce qui les a réglés ? Il y aurait un abus véritable que quelqu’un pût augmenter les gages de ma Maison, quand aucun général de mes armées ni aucun de mes ministres n’a ce droit. Vous me remettrez cette revue, afin que mon trésorier ne fasse rien payer désormais qu’aux hommes qui y seront portés, et seulement jusqu’à concurrence des gages que je leur accorderai. Vous me remettrez, après ce travail, la revue de 1808. Vous établirez en principe, dans le règlement, que personne n’a le droit de rien faire relativement aux gages sans mon ordre.

 

Paris, 16 février 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre état de situation au ler février. J’aurais désiré que les divisions Seras et Broussier eussent chacune un millier d’hommes de plus; il me semble que la situation de leurs dépôts le permettrait. .le désirerais également que la division Grenier eût 2,000 hommes de plus; les régiments de cette division doivent avoir des détachements en route; ou de quoi se compléter à leurs dépôts . Je ne sais pourquoi vous ne portez que trois bataillons au 3e de ligne; que faites-vous du 4e ? J’avais pensé que les 3e et 4e bataillons de l’armée de Dalmatie étaient plus forts et devaient former près de 10,000 hommes. Il est nécessaire que vous fassiez ajouter en note les détachements qu’envoient les dépôts, lorsque vous saurez qu’ils sont partis. Quand comptez-vous réunir la division italienne ? Je vois que les bataillons sont encore tous dispersés. Donnez ordre au général Charpentier de parcourir toutes ces divisions, d’inspecter les régiments, de prendre note des emplois d’officiers vacants, des propositions qui seront faites et d’en poursuivre la décision auprès du ministre de la guerre, car il faut qu’à la fin de mars il n’y ait pas une seule place vacante dans ces régiments. Il faut mettre aux trois brigades, de cavalerie quatre escadrons au lieu de trois, et ne laisser qu’un piquet au dépôt. Sans doute qu’en cas de guerre vous ne comptez pas laisser le 6e de hussards à 700 chevaux, le 6e de chasseurs à 730, le 8e à 800, le 25e à 700, etc., ce serait trop peu.

Mettez en ligne le 4e bataillon du ler d’infanterie légère, qui est à Novare; il peut très-bien être complété à 840 hommes; celui du 2e également; ces deux bataillons pourraient être joints, l’un à la division Grenier, l’autre à la division Lemarois; il tiendrait lieu, à cette dernière, du 4e bataillon du 112e, ce régiment n’étant qu’à trois bataillons. Je vois que les dépôts des douze régiments de cavalerie française qui sont en Italie ont 3,000 hommes et 2,000 chevaux. Ils doivent pouvoir mettre en ligne, sur ce nombre-là, au moins 1,200 chevaux. Je ne sais pourquoi vous ne faites pas entrer dans la division Severoli les 3e et 4e bataillons du 3e d’infanterie lègère italien; cela augmenterait cette division de deux bataillons.

Faites passer la revue des 5e bataillons, pour vous assurer qu’il n’y manque pas d’officiers, car il ne faut pas qu’il y ait une place vacante, à la fin de mars, dans ces bataillons.

 

Paris, 17 février 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, j’ai donné ordre aux généraux de brigade Abbé et Huart de se rendre à Milan. Vous les emploierez dans vos divisions actives qui en ont besoin. J’ai donné également l’ordre au 3e régimcnt italien qui est à Tarente, et qui a 3 compagnies en Calabre de se rendre à Ancône. Par ce moycn, il n’y aura plus d’Italiens dans le royaume de Naples. J’ai donné l’ordre au 9e de chasseurs de se rendre à Rome. Le 4e régiment de chasseurs restera seul à Naples. Envoyez-y le 4e escadron et le dépôt; ce dépôt sera Capoue. Il faut que ce régiment cherche à se remonter dans le royaume de Naples, pour se maintenir au complet de 4,000 chevaux. Quand lc 3e régiment italien sera arrivé à Ancône, vous m’en instruirez, afin que je réunisse la division italienne. Le 9e de chasseurs restera à Rome; je le ferai revenir quand il en sera temps. Je n’entends pas parler de l’arrivée des cadres du 14e 1éger; mais je vois que son de 4e bataillon doit être à plus de 1,100 hommes. Le bataillon du 6e de ligne va égalemcnt être à 1,300 hommes. Le 4e bataillon du 62e et celui du 101e vont se trouver complets; ainsi ces 4 bataillons font près dc 4,000 hommes, ce qui sera plus que suffisant pour la garnison dc Rome. Vous avez donné ordre aux 22e et 23e légers, dont 2 bataillons de nombreux détachements de conscrits sc dirigent sur ces régimcnts, qui auront chacun 1,600 hommes, suffisants pour la garnison de ces deux pays. Ccla n’emphêra pas de laisser jusqu’au dernie moment le 112e à Livourne. Mais, à l’exception de ce régiment, vous pouvez réunir le 13e de lignc, le 29e et le 42e, ce qui sera le fond de la division Lemarrois. J’ai donné ordre au général Lamarquc de se rendre en Italie; vous lui donnerez le commandement de cette division. Si lc général Dutruy est celui quc j’ai vu à Stra, il me parait peu capable de commandcr une brigade. Faîtes-lc remplacer par le général Abbé, qui arrive. Lc général Pouchin est-il en état de commander une brigade ? Je le crois très vieux. Le général Ruart cst un très-bon général que vous pourrcz employer dans la division Lamarque. J’ai ordonné que le général italien Pcyri se rendit en Italie. Jc suppose que vous avez retiré de Rome tout ce qui est inutile, c’est-à-dire le train, les chasseurs, les ouvriers d’artillerie.Il suffit d’avoir une compagnie d’artillcrie à Civita-Vecchia et une au château Saint-Angc. Prévenez le général Miollis de préparer sans esclandre, l’approvisionnemcnt du châteu Saint-Ange; il est bon d’avoir là des approvisionnements pour cinq ou six mois. Je vous envoie l’état des bataillons de marche qui sont partis et partiront de la 7e division militaire pour vous rejoindre (Veillez à ce que ces détachements ne fassent pas de fausses routes et se rendent directement à leur destination; rendez-moi compte de leur situation et d l’état de leur habillement et armement). Je ne pense pas qu’il y ait de difficultés à commencer l’amement de Palmanova et d’Osopo; que tout se prépare également pour l’armement de Mantoue et de Venise. Faîtes-moi connaître s’il y a encore des sapeurs et de l#artillerie italienne dans le royaume de Naples; mon intention est que ce qui y serait rentre, et qu’il ne reste dans ce royaume personne de l’armée italienne.

 

Paris, 17 février 1809

NOTE POUR LE COMTE MARET, MINISTRE SECRÉTAIRE D’ÉTAT, A PARIS.

  1. Maret renverra le présent mandement à une commission composée du ministre d’État Regnaud et des conseillers d’État Treilhard et Portalis, pour m’en faire, demain, un rapport au Conseil d’État.

1° Les évêques doivent-ils imprimer des mandements à toute occasion, sans rime ni raison, et, à propos des œufs du carême, scrutiner la politique de l’État ?

2° Les évêques doivent-ils lever des impositions en France, et abuser de la crédulité et de la confiance des peuples pour leur vendre avec de l’argent des dispenses pour faire gras ?

3° Les évêques doivent-ils profiter des scrupules qu’ils font naître dans les consciences pour taxer à leur profit les dispenses, et même faire sortir de l’argent de l’Empire pour l’envoyer à Rome ?

4° Doivent-ils mettre les places dans les églises à l’enchère, de sorte que le peuple ne peut pas y entrer ? Les chaises doivent-elles y être taxées , et les places mises à prix comme dans un spectacle ?

Cette commission rédigera un projet de décret pour réprimer ces abus. Ce projet de décret me sera presenté demain, au Conseil d’État. Mon intention est qu’aucune autorité autre que celle de la loi ne puisse lever d’imposition, et une imposition fondée snr les conciences est aussi réelle qu’une imposition fondée sur une base territoriale. Mon intention est qu’on entre gratis dans les églises: tous mes sujets ont ce droit; que l’on puisse avoir des dispenses pour faire gras ou maigre, sans aucune rétribution; qu’on puisse en avoir pour se marier, sans rien payer; et, pour assurer l’effet de ces mesures, que tout ce que les Français payeront au titre d’aumône soit soumis à une comptabilité réglée, sous la surveillance soit des fabriques, soit des préfets; enfin que des mandements ne puissent avoir lieu que lorsqu’ils seront provoqués par le ministre des cultes, et qu’aucun ne puisse être répandu sans avoir été approuvé par le ministre. On rendra responsables ceux qui contreviendront aux présentes mesures.

 

Paris, 17 février 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à paris

Monsieur le Général Clarke, je reçois vos lettres du l5, dans lesquelles vous me rendez compte de l’exécution de mes ordres pour la formation du corps du général Oudinot et pour compléter les bataillons de guerre des corps de l’armée du Rhin, en me faisant connaître que, dans le courant de mars, ces détachements seront réunis à Mayence et à Strasbourg. Une autre mesure reste à prendre, c’est celle de former les 4e bataillons de l’armée du Rhin. Le plus grand nombre des corps ont déjà leurs compagnies de grenadiers et de voltigeurs des 4e bataillons; il ne s’agit que de leur envoyer les quatre autres compagnies de fusiliers. D’autres n’ont rien du 4e bataillon; il faut donc réunir les compagnies de grenadiers et de voltigeurs de ces corps avec les quatre compagnies de fusiliers, et les diriger sur Mayence, Faites dresser les états, consultez la situation des dépôts et présentez-moi un projet pour former ces 4e bataillons au moins à quatre compagnies.

 

Paris, 19 février 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je suppose que l’évêque Devoisin (François-Amable Dcvoisin, (de Voisins), aumônier de l’empereur, curé de Saint-Etienne-du-Mont, à Paris, évêque de Saint-Flour le 11 mai 1808. Né à Bragairolles (Aude) le 23 septembre 1765, décédé á Paris le 14 février 1803, inhumé au Calvaire., à Montmartre, le 14 février 1809; baron de l’Empire le 21 septembre 1808.) a été enterré comme tous les autres citoyens dans le cimetière et non dans l’église, comme le disent les journaux

 

Paris, 19 février 1809

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des Cultes, à Paris

Monsieur Bigot Préameneu, vous avez reçu le décret qui met à votre disposition une somme de plus de 600,000 francs provenant de la caisse de la police. Mon intention est que sur ces 600,000 francs, 400,000 francs soient dépensés par l’archevêché de Paris et qu’on y travaille le plus tôt possible.

 

Paris, 20 février 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Il faudrait donner pour direction aux journaux ce qui se fait à Varsovie. Il y a là des bals, diétines, des fêtes, etc., qui méritent attention. Au lieu de parler tant de la reine de Prusse, il faut avoir les journanx de Varsovie et en extraire ce qu’il y a d’important.

 

Paris, 20 février 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je vous envoie des lettres interceptées à Munich.

Faites des recherches pour savoir ce que c’est que ces individus du canton d’Appenzell qui disent avoir des agents en Espagne et qui écrivent dans un si mauvais esprit.

 

Paris, 20 février 1809.

Au comte Daru, intendant de la Maison de l’Empereur, à Paris

Je vous envoie les états, que m’a remis M. Maret, des budgets de la Grande Armée. Vous n’y distingué pas les fonds qui ont été payés par le trésor de ceux payés sur l’argent de la Grande Armée. Il faut aussi donner plus de développement au chapitrc Dépenses imprévues; 28 millions ne peuvent point figurer d’un seul mot. La même observation s’applique aux dépenses de l’artillerie et du génie. En général, Il faut mettre 1non-seulement les chapitres, mais aussi les articles. Rapportez-moi, demain, ces états comme je les demande.

 

Paris, 20 février 1809

Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements au-delà des Alpes, à Turin

Je désirerais que vous me remissiez une note de quelques jeunes gens, pris dans les familles les plus riches et les plus considérées du pays, parmi lesquels je pusse choisir deux pages. Présentez-moi également une note de jeunes gens instruits et de bonne famille, susceptibles d’être nommés auditeurs en mon Conseil d’État.

 

Paris, 20 février 1809

A Charles, évêque de Ratisbonne, prince primat de la Confédération du Rhin, à Francfort

Mon Frère, l’état de l’Europe nous a fait penser qu’il était nécesaire à l’intérêt commun de la Confédération et de l’alliance de requérir la mise sur le pied de guerre des contingents des deux duchés de Mecklenburg et du duché d’Oldenburg. Nous avons le désir que les contingents se mettent immédiatement en marche pour aller occuper sans délai la ville de Stralsund et la Poméranie suédoise. Nous nous adressons, en conséquence, à Votre Altesse Éminentissime, pour qu’elle veuille bien transmettre aux ducs de Mecklenburg­Schwerin, Mecklenburg-Strelitz et Oldenburg, la réquisition qu’il est de notre devoir de leur faire. Nous ne doutons nullement de l’empressement de ces princes à remplir, comme confedérés et comme alliés, les obligations sacrées que ce double titre leur impose.

 

Paris, 20 février 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, j’ai reçu vos différentes lettres. Rœderer a demandé, je crois, un congé au Sénat, pour aller près de vous.

J’ai un grand désir d’apprendre que tout ce qui est entre Hadajo et le Tage est culbuté, et que le pays est soumis.

 

Paris, 20 février 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire

Faîtes venir M. R*** et faîtes-lui connaître que sa femme se conduit de la manière la plus inconvenante; qu’elle a un boudoir qui est le scandale de Paris; qu’elle ait sur-le-charnp à le faire changer; car, si elle continue à se comporter ainsi, je serai forcé de lui donner une preuve publique de ma désapprobation.

 

Paris, 20 février 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Si M. Vurmser n’a pas la permission du grand-chancelier de porter la décoration de Bade, il faut la lui faire ôter.

Faites arrêter le sieur Tiran, à Strasbourg, et saisir tous ses papiers.

 

Paris, 20 février 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois vos lettres du 14 février.L’affaire d’Istrie me paraît très extraordinaire. Il faut confisquer les biens des individus qui y sont compromis. Si vous croyez la présence du bataillon Royal-d’Istrie dangereux en Istrie, il faut l’envoyer en Italie, mais non pas en Dalmatie. Il serait préférable de lui donner l’ordre de se rendre d’abord à Venise et de là dans l’Italie.

 

Paris, 21 février 1809

Au comte de Chamapagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, faites mettre dans les journaux de Hollande que, si l’Autriche fait la guerre, l’argent que les capitalistes du continent lui auraient prêté serait perdu et ne serait point remboursé. Faites mettre dans les journaux d’Allemagne et dans ceux de Paris des articles dans ce sens, en faisant sentir à quoi s’exposent les capitalistes des États de la Confédération du Rhin qui font des affaires avec l’Autriche.

 

Paris, 21 février 1809

Au comte de Chamapagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, vous trouverez ci-joint un règlement pour l’organisation de l’armée de la Confédération. Mon intention est que vous écriviez à mon ministrc en Bavière et que vous lui envoyiez un état de la formation que doit avoir l’armée bavaroise, ainsi que de tous les objets et attirails qui doivent l’accompagner. Je désire que la même chose soit faite par les rois de Wurtemberg, de Saxe, de Westphalie, etc.

Vous donnerez des instructions à mon ministre près la maison de Nassau et près les petits princes qui doivent concourir avec elle à la formation des regiments n° 1 et 2, pour que ces princes aient à s’entendre entre eux à ce sujet. La meilleure manière serait un traité pécuniaire, avec la faculté à la maison de Nassau de recruter chez les autres princes. Cette affaire doit être négociée à Francfort , où chacune des maisons intéressées enverra son chargé d’affaires. Le contingent réuni de tous ces princes est de trois mille et tant d’hommes; la nouvelle formation leur en demande 3,600 environ; c’est donc à peu près 600 hommes de plus qu’ils auraont à fournir, et que je ne fais pas difficulté de payer. Si la garnison de Nassau veut y joindre un régiment de plus, ce qui alors lui ferait une belle brigade de trois regiments, je ferais volontiers un traité pour cela. Alors, le régiment qui est en Espagne comptant pour un, ce serait deux régiments que cette maison aurait encore à fournir. En attendant, il faut faire un traité séparé pour que le 2e régiment soit mis sur pied et puisse entrer en campagne en avril.

Vous chargerez mes chargés d’affaires de donner les mêmes commmunications au grand-duc de Würzburg pour le régiment n° 3, aux cinq maisons de Saxe pour le regiment n° 4, aux maisons de Lippe et d’Anhalt pour le régiment n° 5, aux maisons de Schwarzburg, de Reuss et de Waldeck pour le régiment n° 6, en ayant soin que chaque chargé d’affaires n’ait que l’article du règlement qui concerne la communicaton dont il est chargé. Quant aux petits princes qui pnt actuellement des troupes en Espagne, s’ils veulent fournir les nouvelles troupes demandées, il n’y a pas de difficulté à faire un traité pour que les premières soient en sus et à ma charge.

Mon intention étant de lever sans délai les troupes de la réserve de la troisièmc division, vous ferez demander par un acte particulier aux princes de Mecklenburg et d’Oldenburg que leurs troupes se mettent en marche le 10 mars pour occuper la Poméranie suédoise. Il sera nécessaire que mon ministre près ces maisons sc rende à cet effet à Schwerin et puisse par sa présence lever toutes les difficultés. Il fera connaître que cette brigade est destinée à garder la Poméranie suédoise. Mon intention est également de lever sans délai toute la troisième division, qui se composera du 2e régiment de Nassau, puisque le 1er est en Espagne, d’une compagnie de sapeurs de Würzburg, du régiment n° 4 formé par les cinq maisons de Saxe, du régiment n° 5 formé par les maisons de Lippe et d’Anhalt, et du régiment n° 6 formé par les maisons de Schwarzburg, de Heuss et de Waldeck. Cette division, en ôtant ce qui est en Espagne, se trouve donc encore d’une force suffisante; je desire qu’elle se réunisse sans délai à Francfort.

Ainsi il y a quatre choses distinctes à faire :

1° les communications aux différents princes sur la formation des régiments;

2° les arrangements à prendre avec les petits princes pour ce qu’ils peuvent avoir à fournir en sus de leur contingent dans la nouvelle formation;

3° l’autre espèce d’arrangement à conclure pour que la portion de troupes que ces princes ont en Espagne soit en dehors de leur contingent; mais ces deux derniers articles doivent être l’objet de deux traités différents; l’arrangement qui concerne les hommes que la nouvelle formation des régiments emploie au delà des contingents devant être considéré comme permanent, et celui pour les troupes qui sont en Espagne n’étant qu’accidentel;

4° enfin, faire connaître que je demande que le régiment n° 4 des maisons de Saxe soit réuni, le 15 mars prochain, à Gotha, et que les autres régiments de la troisième division soient réunis à la même époque, chacun dans leur chef-lieu, pour, de là, se mettre en marche et former la division.

 

Paris, 21 février 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

M. de Champagny fera une note qu’il mettra sous mes yeux

1° il citera en entier et textuellement l’article qui veut que les princes régnants résident dans le territoire de la Confédération, ou renoncent à leur principauté;

2° il citera l’article qui veut que les membres de l’ancien ordre équestre resident dans le pays;

3° il développera comment cet objet m’intéresse sous le point de vue de la tranquillité intérieure et extérieure de la Confédération. Il faut bien expliquer que mon intention n’est pas qu’un prince puisse empêcher un particulier d’avoir un domicile sur un point du territoire de la Confédération, mais qu’il doit empêcher d’en avoir un en pays étranger; qu’il est possible que dans l’exécution cela donne lieu à quelque frottement, mais que l’intérêt général doit passer avant tout.

 

Paris, 21 février 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, vous donnerez l’ordre que le quartier général de la division Saint-Hilaire se réunisse à Magdeburg. A cet effet, le 10e léger, le 3e de ligne, le 12e et le 16e de chasseurs, qui sont dans la Poméranie suédoise, ainsi que l’artillerie, sapeurs. mineurs, etc. , se mettront en marche pour Magdeburg.

Un général de brigade pour commander, un intendant pour l’administration, un commissaire des guerres, deux officiers d’artillerie resteront seuls dans la Poméranie suédoise. Le général de brigade aura sous ses ordres un régiment de Mecklenburg-Schwerin de 2,000 hommes, un bataillon de Mecklenburg-Strelitz de 400 hommes et le contingent d’Oldenburg de 800 hommes. Ces 3,000 hommes au plus serviront pour garder la province. Le duc d’Auerstaedt enverra un officier pour presser le départ du contingent des ducs de Mecklenburg, en tout ou en partie, afin que les troupes soient disponibles.

Tout ce qui se trouve dans Stettin se rendra également à Magdeburg, hormis un bataillon du 22e régiment d’infanterie de ligne, une compagnie d’artillerie et un commandant français avec un commissaire des guerres, un commandant de place, des officiers du génie et d’état-major, et une escouade de sapeurs. Tout le reste sera dirigé sur Magdeburg. La garnison de Stettin sera de plus composée de 800 Saxons, pris dans la division qui est dans le duché de Varsovie et d’un bataillon de 800 Polonais, pris dans un des régiments qui sont à Danzig, de sorte que la garnison de Stettin se trouvera toujours forte de 8 à 900 hommes et 1,600 auxiliaires; et, au moindre évènement, tout le contingent de Strelitz, qui garde la Poméranie, s’y réfugierait. Il sera donc nécessaire que le général de brigade qui commandera dans la Poméranie soit subordonné au commandant de Stettin.

La garnison de Küstrin sera composée d’un bataillon du 22e, l’autre se rendra à Glogau, d’une compagnie d’artillerie et, de plus, d’un bataillon de Polonais, qui s’y rendra de Posen. La garnison de Glogau sera composée d’un bataillon du 22e, plus d’un régiment saxon de l,200 hommes, pris également parmi les 13,000 hommes qui sont dans le duché de Varsovie. Par ce moyen, il n’y aura de Français employés dans les places de l’Oder que le 22e de ligne, quatre ou cinq compagnies d’artillerie, une compagnie de sapeurs, dix ou douze officiers du génie et dix ou douze officiers d’état-major.

Quant à la cavalerie, vous donnerez ordre au duc d’Auerstaedt de prendre un régiment de cavalerie polonais et de le répartir, l’état­ major à Stettin et le reste dans la Poméranie, à Küstrin et à Glogau, de manière qu’il y ait assez de monde pour servir ces places.

La division Saint-Hilaire se trouvera donc réunie à Magdeburg, composée de quatre régiments d’infanterie et deux régiments de cavalerie. Le 22e restera dans les places de l’Oder; mais il pourra, par la suite, être remplacé par le 105e, qui a ordre de se rendre à Bayreuth.

Tous ces ordres seront exécutés avec la plus grande promptitude et le plus grand secret, de manière qu’on ne les apprenne qu’après l’exécution, et que les Prussiens ne sachent que ces Polonais sont dans leurs places que lorsqu’ils y seront arrivés. Vous me ferez connaître le jour à peu près où ces mouvements pourront être opérés.

 

Paris, 21 février 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, faites appeler le duc de Rivoli, et ayez avec lui une conférence sur la formation d’un corps d’armée qui portera le titre de 4e corps de la Grande Armée, et qui sera composé des divisions Legrand, Carra Saint-Cyr, Boudet et Molitor, et de la brigade de cavalerie légère des quatre régiments qui sont du côté de Lyon.

Mon intention est que ces troupes se réunissent à Strasbourg . Je pourvoirai par la suite à renforcer les divisions des généraux Legrand et Saint-Cyr. Toutes ces divisions doivent avoir leur artillerie, leurs sapeurs, leurs mineurs et leurs pontonniers, et ce corps d’armée son ordonnateur, son chef d’état-major et son commandant d’artillerie et du génie. Vous me ferez un rapport sur le jour où ces seize régimes pourront être réunis à Strasbourg.

Vous pouvez me proposer de rendre disponible le corps d’artillerie qui est à Valence.

Dirigez sur Toulon l’équipage que j’y ai demandé; mais ce mouvement doit se faire lentement et sans aucun moyen extraordinaire. Un jour ou l’autre, je pourrai faire partir de Toulon mon expédition qui aura besoin de 1’artillerie que j’ai demandée.

 

Paris, 21 février 1809

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant les provinces du nord de l’Espagne.

Mon Cousin, je vous ai mandé de faire partir ma Garde à cheval; mon intention est que ma Garde à pied parte également. Vous laisserez en Espagne une colonne composée de deux bataillons, savoir : un bataillon de grenadiers, composé de 200 grenadiers et de 400 fusiliers-grenadiers, et un bataillon de 200 chasseurs et de 400 fusiliers-chasseurs. Ce régiment provisoire sera commandé par un major; chaque bataillon, par un chef de bataillon. Les officiers, sous-officiers et soldats seront pris par piquet; il y aura trois capitaines, trois lieutenants et six sous-lieutenants par bataillon (ce qui fera deux officiers par peloton), douze sergents, vingt-quatre caporaux et tambours. Il restera également huit pièces d’artillerie à pied. Vous laisserez des chirurgiens, des administrateurs et des caissons en proportion du nombre d’hommes qui restera. Tont le reste de l’artillerie, caissons et matériel partira. Comme de raison le biscuit, les vivres, qui seront dans les caissons, ainsi que les souliers, seront laissés; et il en sera dressé procès-verbal pour qu’il en soit tenu compte à la Garde. Les munitions d’artillerie, telles que cartouches d’infanterie et canon, pourront être laissées, si le général la Riboisière le désire et être entreposées à Burgos. Il sera cependant nécessaire que les caissons partent; il y a assez de matériel en Espagne.

Faites-moi connaître si le général Kellermann est à Valladolid.

Faites-lui parcourir les provinces de Léon, de Ségovie, d’Aranda, pour qu’il connaisse le pays et puisse vous remplacer si cela devient nécessaire.

 

Paris, 21 février 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, il parait que l’Autriche veut la guerre; si elle la veut, elle l’aura.

Faites mettre dans les journaux que la ville de Trieste a déjà été deux fois conquise; que, si elle l’est une troisième, elle se repentira des insultes qu’elle commet tous les jours envers des Français. Gênez, autant que possible, le cours des affaires entre Trieste et l’Italie; empêchez tout échange de capitaux, et faites sentir les pertes imminentes auxquelles s’exposent les capitalistes, en escomptant ou en prêtant de l’argent à l’Autriche.

 

Paris, 21 février 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, le major général vous a envoyé ses instructions militaires. Je vois avec peine que vous ayez renvoyé le commissaire général de police de Madrid. J’en avais envoyé un à Lisbonne. J’ai vu avec une extrême surprise la raison que vous me donnez, que la constitution le prohibe, Faites-moi connaître si la constitution prohibe que le roi d’Espagne soit à la tête de 300,000 Français, si la constitution prohibe que le gouverneur de Madrid soit Français, que la garnison soit française; si elle dit que dans Saragosse on fera sauter les maisons l’une après l’autre. Il faut avouer que cette manière de voir est petite et affligeante. Ce n’est point de l’humeur et de petites passions qu’il faut, mais des vues froides et conformes à sa position.

Le régiment qui a été formé à Léon déserte avec armes et bagages. Il en sera de même des autres régiments. Déjà on assassine dans les rues de Madrid. Si l’on avait établi à Madrid un commissaire de police à la manière française, cela n’arriverait point.

Vous ne viendrez à bout de l’Espagne qu’avec de la vigueur et de l’énergie. Cette affiche de clémence et de bonté n’aboutit à rien. On vous applaudira tant que mes armées seront victorieuses; on vous abandonnera quand elles seront vaincues. Des membres du conseil de Castille que vous avez relâchés ont rejoint les rebelles. Vous devez connaître la nation espagnole, depuis que vous êtes en Espagne et depuis les événements que vous avez vus. En fait de police, employez les individus quels qu’ils soient, lorsqu’ils vous sont utiles, et accoutumez-vous à compter votre autorité royale pour bien peu de chose.

 

Paris, 21 février 1809

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à La Haye

L’Autriche me menace de la guerre. Je me moque d’elle, et, aussitôt qu’elle aura jeté le masque, je l’en ferai repentir. Je désire que vous ne lui donniez aucun secours pour ses emprunts; que vous la gêniez, au contraire, le plus possible; que vous fassiez même tomber le cours de ses effets, si cela est en votre pouvoir, et que vous empêchiez toutes ses négociations, Faites courir à la bourse et faites répéter par vos journaux les bruits les plus défavorables à cette Maison, qui est notre ennemie forcenée. Faites-moi connaître cc que vous ferez là-dessus.

 

Paris, 21 février 1809

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde

Monsieur mon Frère, j’envoie à Votre Majesté des observations sur les augmentations projetées dans l’armée du duché de Varsovie. Réduire les bataillons à six compagnies et les compagnies à 95 hommes est une chose contradictoire. Le premier principe militaire est qu’un bataillon doit offrir, en entrant en campagne, un complet de 800 hommes, afin d’avoir, après les premiers événements, un présent sous les armes de 5 ou 600 hommes, Un bataillon organisé au complet de 550 hommes ne présenterait qu’un présent sous les armes de 400 hommes; ce bataillon serait de nulle consistance et évidemment trop faible. Je préférerais donc voir les compagnies à 140 hommes et les régiments à trois bataillons. Mais ici un autre inconvénient se présente; une administration pour trois bataillons ou dix-huit compagnies est trop coûteuse, et il est d’une sage économie de n’établir une administration séparée que pour au moins vingt-cinq ou trente compagnies. Ce sont ces deux principes qui déterminent, l’un la force des compagnies, l’autre le nombre des bataillons qui doivent composer le corps ayant une administration séparée. Mais, dans l’état actuel des choses, des changements peuvent avoir quelque danger; il faut attendre jusqu’à ce que la crise soit passée. Je pense qu’il serait convenable de sc borner à porter, par une ordonnance, les compagnies existantes à 140 hommes, ce qui augmenterait considérablement les forces du duché. Cette augmentation exigerait sans doute de nouvelles dépenses, mais j’autoriserais mon ministre à conclure avec ceux de Votre Majesté une couvention par laquelle je m’engagerais à supporter les frais qu’occasionneront tous les hommes que chaque compagnie aura au-dessus de 100 hommes. Mon opinion est qu’on pourrait proposer à la Diète la formation des régiments à vingt-huit compagnies et à cinq bataillons, et le nombre des régiments à six de ligne et à deux bataillons des gardes. Mais cette organisation devrait être ajournée jusqu’à ce que les événements soient décidés et qu’on soit tout à fait tranquille sur les menaces de l’Autriche.

Je désire qu’un des bataillons polonais qui sont à Danzig se rende à Stettin et qu’un autre de ceux qui sont à Posen se rende à Küstrin ; qu’un des bataillons saxons qui sont dans le duché se rende à Stettin, et un régiment à Glogau, avec un régiment de cavalerie; mais le duc d’Auerstaedt, que j’ai chargé de ces détails, en écrira au ministre de Votre Majesté. Mon but est de composer les garnisons des places de l’Oder de Saxons, de Polonais et de Français, afin de rendre disponible un plus grand nombre de mes troupes. Ce sera une diminution de charges pour le duché de Varsovie, puisque ces troupes seront entretenues et nourries aux frais des places qu’elles occuperont.

Dans les circonstances actuelles, il paraît que l’on entraîne l’Autriche à sa perte. Ses intelligences avec l’Angleterre paraissent de plus en plus prouvées. L’Angleterre a fait la paix avec la Porte par l’intermédiaire de l’Autriche, et les Anglais ont été reçus en triomphe à Constantinople par l’internonce, ce qui a fort indisposé l’empereur de Russie et moi. Ce prince m’écrit qu’il fait marcher des troupes sur les frontières de l’Autriche. Je fais moi-même marcher sur Strasbourg des troupes que je destinais à mon camp de Boulogne et à former une expédition dans la Méditerranée; mais dans peu de mois cela se décidera, ou par le désarmement de l’Autriche et son rétablissement sur le pied de paix, ou par la guerre, qui sera suivie de la ruine de cette ancienne et grande monarchie. Il est impossible de porter les Anglais à la paix tant qu’ils auront des moyens de troubler le continent; et le continent ne sera pas tranquille tant que l’Autriche sera en opposition avec nous et qu’elle fera des fortifications de campagne et des levées de masses extraordinaires que ne peut supporter l’état de ses finances, armements qui supposent des projets hostile, et qui appellent des subsides de l’Angleterre. Dans tout état de choses, il y aura un état d’armement intermédiaire qui précédera la guerre. Je désire donc que 15,000 Polonais, infanterie, cavalerie et artillerie prennent position entre Varsovie et Cracovie, sur le territoire du duché, et que les deux divisions de Saxons qui ne seront pas employées à Stettin, Danzig et Glogau, c’est-à-dire environ 18,000 hommes, prennent position en avant de Dresde. Les autres troupes de la Confédération prendront position sur leurs limites, et mes troupes, au nombre de 200,000 hommes, dont 120,000 hommes en Italie, seront en ligne. Je serai moi-même de ma personne pour diriger tout. Si le cas arrive, Votre Majesté peut être sans inquiétudes; on sera promptement à Prague et à Vienne. Je ne puis rien concevoir à l’esprit de vertige et de folie qui s’est emparé des têtes de ce pays. Tout ceci n’est qu’une suite de la confiance que j’ai en Votre Majesté et ne doit pas être considéré comme avis officiel, car j’attends d’y voir plus clair dans les affaires pour requérir des appels dans la Confédération, réquisitions que je sais être coûteuses et que je ne veux faire que lorsque j’y serai nécessairement obligé. Je me flatte encore que, lorsque l’Autriche verra les armées françaises et russes prêtes à envahir son territoire, elle acceptera la garantie que l’empereur de Russie et moi lui offrons de l’intégrité de son territoire: qu’elle désarmera, se replacera dans une situation tranquille et, par là, rendra le repos à l’Europe.

 

Paris, 20 février 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je vous envoie une note importante. Prenez les mesures nécessaires pour profiter de cette ouverture et découvrir ces relations.

NOTE.

La maison du sieur Rouchort, de Marseille, entretient des relations avec la Sicile et Londres par les soins de la maison Rocco et Cerillo, de SciIla. Les paquets sont envoyés à Naples par les soins des sieurs Menzicoff et Forville. Le sieur Moritz, banquier à Naples, délivre des traites payables à Palerme par les sieurs Pietro et Giacinto Mammana. Les lettres d’envoi sont datées de Trieste et signées: G. Giordan.

 

Paris, 22 février 1809

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à La Haye

Je vous prie de m’envoyer l’état de toutes vos troupes, afin que, dans les arrangements généraux que je prendrai, je voie ce que vous avez à craindre d’un débarquement d’Anglais cet été, et vos moyem pour les repousser.

 

Paris, 22 février 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Faîtes connaître au sieur Beugnot, que mon intention est qu’aucun habitant du duché de Berg ne reçoive de décoration étrangère sans mon ordre.

 

Paris, 23 février 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, vous devez avoir à l’armée d’Italie la 4e compagnie du 1er bataillon de sapeurs, qui était à l’île d’Elbe; j’ai ordonné qu’elle fut envoyée à Livourne. La 2e compagnie du même bataillon est à Rome; je vous ai donné l’ordre de l’appeler à l’armée d’Italie. La 3e est en Dalmatie, la 4e et la 5e sont à Palmanova, ce qui fait à l’armée d’Italie cinq compagnies du 1er bataillon. La 3e et la 5e compagnie du 5e bataillon sont à la Spezzia. Il faut les y laisser, mais en cas de guerre, il faut me faire souvenir de les envoyer à l’armée d’Italie. La 6e est en Dalmatie, la 7e et la 9e sont à Alexandrie. Vous avez donc pour votre armée cinq compagnies du 1er bataillon et cinq compagnies du 3e; c’est-à-dire dix compagnies, ce qui vous fera beaucoup plus d’une compagnie par division, indépendamment des sapeurs italiens.

 

Paris, 23 février 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris.

Monsieur de Champagny, faites connaître au sieur Durand que mon intention est bien que les troupes françaises ne passent pas à Stuttgart ni à Ludwisburg, et que les ministres du Roi soient prévenus pour qu’ils aient le temps de préparer les logements. Écrivez dans ce sens au ministre de la guerre, pour qu’il veille à ce que les ministres de Bade et de Wurtemberg soient prévenus d’avance du passage des troupes, et que les routes soient tracées de manière qu’elles ne passent point par Stuttgart, Ludwisburg et dans le lieu de la résidence de ces princes.

Témoignez au sieur Reinhard ma satisfaction des notes qu’il a envoyées. J’y ai remarqué cependant une inexactitude, c’est que le roi de Westphalie ne touche point de traitement comme prince français. Vous lui ferez connaître qu’il est nécessaire que, dans ses conversations, il tâche d’inspirer, autant qu’il pourra, l’économie au Roi. Faites-lui connaître, de manière que cela ne soit point vu, que ce que le Roi lui a dit n’est qu’une cajolerie pour le gagner; que j’ai écrit au Roi pour lui témoigner mon mécontentement de ce qu’il avait dépensé au delà de sa liste civile, et qu’il m’a répondu que cela n’était pas vrai. Répondez au sieur Reinhard que les Français employés dans le palais au service du Roi et naturalisés Westphaliens, tels que le comte de Fürstenstein, ne sont plus citoyens français, et sont libres d’accepter les décorations qu’ils veulent. Écrivez aussi au sieur Reinhard de voir souvent le sieur Siméon, le général Eblé, pour connaître leur opinion et leur position. Répondez-lui, du reste, que j’ai lu ses lettres avec intérêt.

Écrivez à mes ministres dans les différentes cours pour qu’ils correspondent dans la même forme, et joignent à leurs dépêches un bulletin qui rende compte de ce qui se passe et de la manière dont le pays est gouverné.

 

Paris, 23 février 1809

Au comte Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Faites connaître au sieur Otto que je mets à sa disposition une somme de 10,000 francs par mois pour espionnage; que je désire qu’il monte à cet effet un espionnage à Munich, en mettant à lal ête des hommes sûrs et intelligents et ne laissant rien ignorer au roi pour ne pas donner d’ombrage. Ces espions seront chargés d’éclairer les mouvements des Autrichiens en Styrie, en Carinthie et les routes de Vienne et de Prague. Il sera bon que cet espionnage soit composé d’hommes, du moins pour les chefs, qui puissent suivre l’état­ major général, si cela était nécessaire. Vous ferez passer au sieur Œtto les 10,000 francs par mois, à mesure qu’il en aura usé. Il doit monter un espionnage en grand, pour être vraiment instruit de tous les mouvements des Autrichiens. Mettez à la disposition du sieur Bourgoing 5,000 francs par mois pour le même objet, pour être instruit de ce qui se passe à Cracovie et sur les frontières éloignées de l’Autriche, et en Bohême. Faites connaître aux sieurs Bourgoing et Serra qu’ils organisent cet espionnage, de manière à avoir des hommes qui tiennent bien au courant de ce qui se fait en Bohême et à Cracovie. Les rapports vous seront adressés directement.

 

Paris, 23 février 1809

Au comte Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Avant d’envoyer la note pour obliger la noblesse immédiale à servir dans la Confédération, je désire qu’il soit adressé aux maisons de Saxe-Cobourg, de Lippe el autres petits princes, une réquisition pour que tous les parents de ces maisons régnantes aient à quitter le service d’Autriche. Remettez-moi demain le projet de cette note à faire par le sieur Bacher.

 

Paris, 23 février 1809

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, faites payer quelque à-compte au roi Charles IV : 300,000 francs.

 

Paris, 23 février 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

J’ai accordé de la poudre au Danemark, j’ai ordonné qu’il lui en fût livré 50 milliers; cependant le Danemark en a reçu fort peu. Mettez à la disposition des agents de cette puissance les poudres que j’ai dans la Poméranie suédoise, jusqu’à la concurrence de 50 milliers, qu’ils feront prendre sur les lieux.

 

Paris, 23 février 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je vois que, par mes décrets, il doit y avoir à Alexandrie 130 pièces de 24; il y en a 143 : c’est donc plus qu’il ne faut. Mais il n’y a que 71 affûts; il est donc important de faire partir sans délai de Turin les 58 qui s’y trouvent. Il y en aura alors 129. Il ne manquera donc que 14 affûts pour que chaque pièce ait le sien; ce qui, joint aux 75 pour la moitié en sus, fera une centaines d’affûts à fournir, dont un certain nombre est déjà indispensable. Vous pouvez en tirer 11 de Fenestrelle, que vous dirigerez sur-le-champ sur Alexandrie; ce qui portera le nombre des affûts à 140. Il est nécessaire que vous ordonniez qu’on fasse cette année 20 affûts de place à Turin pour l’armement d’Alexandrie; ce qui portera le nombre à 160.

Il doit y avoir à Alexandrie 130 pièces de 12; il n’y en a que 52: il en manquera donc 68. Il doit y avoir 130 pièces de 6; il n’y en a que 29. Il doit y en avoir 75 de 3; il n’y en a que 29. Je juge donc indispensable de diriger, de la citadelle de Turin sur Alexandrie, les neuf pièces de 12 et les neuf pièces de 6 qui s’y trouvent. Quant aux affûts, il paraît qu’il n’y en a que 49 de 12; il n’y a pas un moment à perdre pour y diriger les trois qui sont à Turin, ainsi que tous les affûts de campagne et de mortiers qui se trouvent dans cette place. Il paraît qu’Alexandrie est en général dépourvue d’affûts de campagne.

Je vous renvoie votre rapport et les états qui y sont joints, pour que vous chargiez une commission d’officiers du génie et de l’artillerie du projet d’armement et d’approvisionnement de cette place; et quand ce travail sera fait, vous m’en soumettrez le résultat avec les états, ouvrage par ouvrage. Il faut que l’approvisionnement de cette année soit moindre que celui de l’année prochaine, et celui de l’anné prochaine moindre que celui de l’annee suivante, parce que la place est plus faible cette année que les années qui suivront. Mais le principal est de l’approvisionner en poudre et en boulets, proportionnellement aux pièces existantes. Ainsi donc je désire que vous me proposiez un projet d’armement de la place d’Alexandrie, ce qu’il conviendrait de faire s’il y avait apparence, dans le mois de mai, qu’elle pût être investie dans le mois de juin, et quel serait le nombre de pièces qu’on mettrait en batterie, si j’ordonnais dans le courant de l’année que la place fût armée. L’année prochaine, on me fera connaître l’augmentation d’approvisionnement qui sera nécessaire, et de même pour les années 1811 et 1812, jusqu’il ce que la place soit susceptible de toute sa défense. Je pense qu’alors Alexandrie doit être encombrée de munitions, tellement que le défaut de boulets, d’affûts, de poudre, ne puisse contribuer à faire rendre la place.

 

Paris, 23 février 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Le corps d’observation de l’armée du Rhin sera commandé par le duc de Rivoli.

L’état-major sera composé du général de division Beker, chef d’état­major, etc. Cet état-major sera réuni le 15 mars à Strasbourg.

Ce corps d’armée sera composé de quatre divisions d’infanterie et d’une division de cavalerie légère.

Vous me présenterez les nominations à faire pour compléter l’organisation de ce corps d’armée, savoir: d’un sous-chef d’état-major, de six adjoints à l’état-major et d’un adjudant commandant par division.

 

Paris, 23 février 1809

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

J’ai reçu vos lettres du 5 février. Les différentes lettres que vous avez reçues depuis mon arrivée à Paris vous auront fait connaître la position des choses. L’Angleterre a fait sa paix avec la Porte. C’est une suite des intelligences de l’Autriche avec l’Angleterre. La mission anglaise a été reçue en triomphe à Constantinople par l’internonce (l’ambassadeur de l’Autriche en Turquie). L’empereur sera aussi indigné que moi de cette violation de la neutralité et des égards que nous doit l’Autriche. Les armements de cette puissance continuent de tous côtés. Mes troupes, qui marchaient sur Boulogne, sur Toulon et sur Brest, où avec une escadre elles devaient menacer l’Angleterre et ses colonies, viennent de rétrograder, et tout est en mouvement pour former un camp d’observation de 80,000 hommes à Strasbourg. Le duc de Rivoli commandera ce camp d’observation. Le général Oudinot s’est porté avec son corps à Augsbourg. Vous savez que ce corps est composé de 12,000 hommes des compagnies de grenadiers el de voltigeurs des 4e bataillons; les quatre basses compagnies de ces bataillons sont en marche pour les rejoindre, ce qui portera ce corps avec la cavalerie à près de 40,000 hommes. J’ai requis les troupes de Mecklembourg-Schwerin pour garder la Poméranie suédoise, et j’ai ordonné la réunion de tous les corps de l’armée du Rhin, composée des anciens corps des maréchaux Davout et Soult, formant 30 régiments d’infanterie. Toutes les troupes de la Confédération sont prêtes. Mon armée d’Italie est au grand complet. Ma conscription se lève ici avec la plus grande activité. Dans cette situation de choses, je puis entrer, s’il le faut, en Autriche au mois d’avril, avec des forces doubles nécessaires pour la soumettre. Néanmoins je n’en ferai rien que mon concert ne soit parfait avec la Russie; mais il est impossible de jamais songer à la paix avec l’Angleterre, si nous ne sommes point sûrs de l’Autriche. Si j’avais dans ce moment 80,000 hommes à Boulogne, 30,000 hommes à.Flessingue, 30,000 hommes à Brest, 30,000 hommes à Toulon, comme je comptais le faire, l’Angleterre serait dans la plus fàcheuse position.

J’ai à Flessingue, à Brest et à Toulon de grands moyens d’embarquement, et quoique ma marine soit inférieure à celle de l’Angleterre, elle n’est pas nulle. J’ai 60 vaisseaux armés dans mes rades et autant de frégates. Une de ces expéditions qui s’échapperait pour les Indes ou pour la Jamaïque, ou deux escadres qui se réuniraient, feraient le plus grand mal à l’Angleterre. Les ridicules armements de l’Autriche ont paralysé tous ces moyens . Voilà ce qu’il faut que vous vous étudiiez à bien faire sentir à l’empereur, qu’un armement de l’Autriche est la même chose qu’un traité d’alliance qu’cllc ferait avec l’Angleterre; il forme même une diversion plus importante que la guerre, parce que la guerre serait bientôt finie; plus coûteuse, parce que l’Autriche en payerait les frais; que je ne me refuse pas à attendre quelques mois, mais qu’il ne serait pas juste que le résultat de mon alliance avec la Russie fût de paralyser mes moyens et de me tenir dans une situation ruineuse, pénible, et n’ayant aucun but. Qu’allègue l’Autriche ? Qu’elle est menacée. Mais l’était-elle davantage quand je tirais d’Allemagne la moitié de mes troupes pour les porter en Espagne, à 500 lieues d’elle, et que j’éloignais le reste de mon armée de la Silésie ?

Pour plaire à la Russie, je me suis dessaisi de ces garants contre l’Autriche. Pour marcher avec la Russie, j’ai laissé hausser le ton à l’Autriche. Il est temps que cela finisse. Notre alliance devient méprisable aux yeux de l’Europe. Elle n’a pas l’avantage de lui procurer le bienfait de la tranquillité. Et les résultats que nous essuyons à Constantinople sont aussi déshonorants que contraires aux intérêts de nos peuples. Il faut donc que l’Autriche désarme réellement; que je puisse dans le courant de l’été faire rétrograder mes troupes; que j’aie la sécurité d’exposer 25 à 30,000 hommes sur la mer, et même à des chances défavorables, sans craindre d’avoir au moment même une guerre continentale. Il faut que le désarmement de l’Autriche soit non simulé, mais réel. Il faut que l’Autriche rappelle son internonce de Constantinople et cesse ce commerce scandaleux qu’elle entretient avec l’Angleterre. A ces conditions, je ne demande pas mieux que de garantir l’intégrité de l’Autriche contre la Russie, et que la Russie la garantisse contre moi. Mais, si ces moyens sont inutiles, il faut alors marcher contre elle, la désarmer, ou en séparer les trois couronnes sur la tête des trois princes de cette maison, ou la laisser entière, mais de manière qu’elle ne puisse mettre sur pied que 100.000 hommes, et, réduite à cet état, l’obliger à faire cause commune avec nous contre la Porte et contre l’Angleterre.

Mon escadre de Brest a mis à la voile; celles de Lorient et de Rochefort également, et j’aurai bientôt quelque évènement maritime à vous annoncer. Si je n’eusse pas appris en Espagne les mouvements de l’Autriche, et si mes troupes n’eussent pas été obligées de rétrograder de Metz el: de Lyon, mes escadres seraient parties avec 20,000 hommes de débarquement.

 

Paris, 23 février 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Où le Publiciste a-t-il pris l’article de Francfort sur le mouvement de l’armée française, qu’il donne aujourd’hui ? Mon intention est que les journaux ne donnent aucune nouvelle du mouvement des troupes, Le Journal de l’Empire parle, sous la rubrique de Manheim, du mouvement, du nombre des troupes qui la composent. Je ne sais qui leur a dit tout cela.

 

Paris, 25 février 1809

Au comte de Lavalette, directeur généraö des üpstes, à Paris

Faites partir, par un courrier extraordinaire, la lettre ci-jointe pour le roi de Westphalie, et faites prendre les dépêches du ministre de la guerre pour Mayence, avant de l’expédier.

 

Paris, 25 février 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 20 février. Je donne ordre que les 2e, 3e et 4e régiments d’infanterie de ligne, le bataillon d’infanterie légère et la compagnie d’artillerie soient réunis à Besançon et y séjournent.

Je vois que vous avez un régiment de cuirassiers: cette arme ne me paraît pas convenable pour vous. Vous n’êtes pas une puissance assez grande pour avoir un corps respectable de grosse cavalerie; ce qu’il vous faut, c’est de la cavalerie légère ; votre cavalerie doit être toute composée de chasseurs.

Je vois qu’il vous restera 10,000 hommes, après que vous aurez fait partir les troupes que vous m’envoyez, et que vous pouvez en former d’autres. Pouvez-vous compter sur leur fidélité ? Si je laissais dans Magdeburg le 1cr et le 5e de ligne, cette place serait-elle en sûreté contre la corruption ? Faites-moi connaître le nombre de bataillons et de compagnies qui se rendent à Besançon. Il est très­possible que, d’un moment à l’autre, les troupes françaises fassent un mouvement sur la basse Allemagne, et vous aurez alors à peine les 12,000 hommes que vous devez avoir.

 

Paris. 23 février 1809

Au roi Charles IV, au château de Valençay

Monsieur mon Frère, je vous remercie de l’intérêt que vous prenez à mon heureux retour dans ma capitale, et j’ai reçu avec plaisir vos félicitations sur les nouvelles victoircs de mes armées. J’aurais désiré apprendre en même temps que Votre Majesté est satisfaite de sa santé.

 

Paris, 23 février 1809

A la reine Louise, au château de Valençay

Madame ma soeur, la part que vous voulez bien prendre à l’heureux succès de mes armes en Espagne m’est très-agréable, et je vous remercie des sentiments que vous m’exprimez à cette occasion. J’apprends avec peine que la santé du Roi est toujours aussi mauvaise; .mais je pense, ainsi que vous, que le retour du printemps et l’usage des eaux de Gréoux lui seront d’un effet salutaire.

 

Paris, 25 février 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, vous trouverez ci-joint l’état des troupes westphaliennes qui arrivent à Mayence. Dirigez-les sur Besançon, où elles attendront de nouveaux ordres. Vous ordonnerez au général qui commande à Mayence d’en passer la revue à leur passage, et de vous en faire connaître la situation, le nombre de bataillons , le nombre de compagnies par bataillon, et leur organisation. Comme je donne l’ordre au directeur général des postes d’expédier ma lettre au roi de Westphalie par un courrier qui passera par Metz et Mayence, vous profiterez de ce courrier pour donner vos ordres dans les deux places relativement à ces troupes; vous prescrirez au général qui commande à Besançon d’en passer la revue à leur arrivée. Elles doivent séjourner à Besançon jusqu’à ce qu’elles soient rénnies.

 

Paris, 26 février 1809

Au comte Regnaud de Saint-Jean d’Angely, président de secton au Conseil d’État, à Paris

Monsieur Regnaud, j’ai pris un décret pour attacher quatre auditeurs à chacun des trois conseillers d’État chargés des trois premiers arrondissements de la police, et quatre au préfet de police que vous me présentiez un projet de décret pour fixer leurs attributions. Ces auditeurs recevront un traitement de 6.000 francs ne doit pas être un surcroît de dépense, parce que les conseillers d’État et le prefet de police emploieront à payer les auditeurs les fonds qui servent à payer le travail fait par d’autres, ce qui sera une économie sur les frais d’administration et de bureau. Les auditeurs près le préfet de police seront chargés de l’interrogatoire des individus qui sont dans les dépôts de Saint-Denis et de Villers-Cotterets; ils feront l’inspection de ces maisons toutes les semaines, de manière que j’aie dans leur surveillance une garantie que, sous le pretexte de vagabondage, aucun individu n’est vexé. Ils exerceront la même surveillance à Bicêtre, à Charenton, etc., afin que, sous le pretexte de folie, il ne soit exercé aucun acte arbitraire. Les individus, individus arrêtés chaque jour, qui ne pourront pas être interrogés par le préfet de police le seront par les auditeurs, afin que ces interrogatoires aient une forme légale et soient faits par des hommes qui aient ma confiance et avec la diligence nécessaire pour prévenir toute vexation ou détention injuste. Indépendamment de ces fonctions, vous leur en trouverez d’autres analogues. Mon but secret est d’avoir des hommes de confiance qui apprennent la marche de la police et se mettent au fait de ses détails. Je désire aussi que tous les citoyens qui vont à la préfecture de police, et qui ne peuvent pas parler au préfet, trouvent toujours un auditeur auquel ils puissent s’adresser. Quant aux auditeurs attachés aux conseillers d’État, mon intention est que les interrogatoires et autres détails que ne peuvent pas faire les conseillers d’État soient faits par eux; qu’ils puissent être envoyés sur les différents points de l’Empire pour y étudier les localités, les individus, la marche des affaires, et éclaircir les affaires scabreuses; qu’ils fassent le rapport des affaires contentieuses du ministère au Conseil d’État ; qu’ils aient, sous l’inspection du ministre, la visite des prisons d’État, l’interrogatoire des individus, enfin prennent des idées sur la marche, non théorique, mais réelle, du Gouvernement.

 

Paris, 26 février 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, il faut porter une attention particulière au camp de Boulogne. Ce camp est composé de sept 4es bataillons, qu’il faut maintenir au grand complet de manière qu’ils forment 6,000 hommes; ce qui, joint aux 4,000 marins et aux 1,000 hommes d’artillerie, portera la force de ces troupes à 11,000 hommes, force raisonnable et qui est nécessaire.

Le 4e bataillon du 19e n’a aujourd’hui que 700 hommes sous les armes; celui du 36e n’est que de 550 hommes; celui du 25e n’a que 700 hommes; celui du 28e n’a que 600 hommes; celui du 46e n’a que 550 hommes; celui du 50e n’a que 700 hommes; celui du 75e n’a que 300 hommes: mon intention est que vous me proposiez les moyens de faire fournir par les dépôts le nombre d’hommes nécessaire pour porter ces bataillons au présent sous les armes de 840 hommes, et cela avant le 30 mars. Je remarque que ces sept régiments devraient être chacun au grand complet, lorsqu’ils auront reçu la conscription de 18lO, et que cependant il manquera 300 hommes au 36e, 300 hommes au 46e, 400 hommes au 75e, etc. Proposez-moi les moyens de remédier à ce déficit. Il faut que ces sept régiments, avec les 13e léger, 108e et 48e, qui sont les dix régiments qui ont leurs 4es bataillons pour la défense du Nord, soient maintenus à leur très-grand complet, et qu’il y ait plutôt 4 ou 500 hommes de plus, comme il en est des quatre régiments qui sont en Bretague. Après avoir ainsi pris des mesures pour compléter ces dix bataillons, il faudrait pouvoir en former une division de réserve pour la porter ailleurs, et la remplacer, dans la défense du camp de Boulogne et de l’Escaut, par dix bataillons provisoires formés de conscrits de 1810 de compagnies des 5es bataillons qui sont dans les 24e et 25e divisions militaires. Présentez-moi la formation de ces dix bataillons de deux compagnies de chacun de ces 5e bataillons. Ainsi, à la fin de mai, ces bataillons pourraient être formés et rendre disponibles les dix 4e bataillons composés déjà d’anciens soldats.

 

Paris, 26 février 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, mon intention avait été de réunir le corps de Westphalie à Metz. Comme vous m’avez mandé que vous l’avez dirigé sur Besançon, je n’ai pas voulu changer cette direction. En y réfléchissant mieux, je trouve de l’inconvenient à le laisser séjourner dans un pays si voisin de la Suisse. Le 1er régiment est arrivé à Mayence le 21 février; il ne sera peut-être pas encore arrivé à Wissembourg; envoyez-lui par un courrier l’ordre de sc diriger sur Metz. Les autres régiments prendront la route de Metz de l’endroit où on les rencontrera.

Autant que je puis comprendre, ces corps arriveront à Metz dénués de tout. Or, envoyer dans les Pyrénées des hommes qui peupleront et accroîtront le nombre des mécontents, ce n’est pas la peine. Ces corps, arrivés à Metz, seront passés en revue, et vous prendrez mes ordres sur leur destination ultérieure.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, il faut que la marine fasse estimer et se charge de la comptabilité et du payement des baraques du camp de Bayonne de sorte qu’elle profitera des matériaux, lorsqu’il sera question démolir ces baraques.

Faîtes achever les constructions de Bayonne. Il serait bien important que les deux corvettes et les deux bricks fussent mis à l’eau sans retard, afin d’avoir, d’ici au mois de mars, quatre bâtiments en appareillage pour les points où il serait nécessaire de les envoyer. Bayonne étant le seul port d’où l’on peut sortir en tout temps.

 

Paris, 26 février 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Vous pouvez faire partir pour Cayenne le brick le Milan avec 60 hommes de troupes et tout ce qu’il peut porter de nécessaire à cette colonie cette colonie. Je désire également que vous expédiez pour Cayenne les deux frégates que j’ai à l’embouchure de la Loire, en mettant sur chacune 200 bommes et en les chargeant de tout ce dont cette colonie a besoin. Je crois qu’il faudrait destiner pour la même colonie un des deux bricks qui sont à Bayonne, qu’il est nécessaire de faire armer sans délai. Ce port a l’avantage de permettre de sortir par toute saison. On pourrait encore y destiner un nouveau brick et une des goelettes et une des corvettes qui devaient partir pour Saint-Domingue; ce qui ferait deux frégates, trois bricks et une corvette, qui porteraient 800 hommes de troupes. Faîtes-moi un rapport particulier là-dessus, et faites­moi connaître quand ces bâtiments pourront partir, le point où les troupes doivent s’embarquer, et l’époque présumée de l’arrivée à Cayenne.

 

Paris, 26 février 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Paris

Témoignez au général Soult mon mécontentement sur la nonchalance qu’il met dans la police; que c’est lui qui en est chargé; qu’il doit faire arrêter les individus qui se sont mal comportés, envoyer de nombreux otages à Bayonne et assurer la tranquillité du pays; que cette faiblesse qu’il met dans son gouvernement à Santander m’étonne, et que je n’y conçois rien. Envoyez cette lettre au maréchal Kellermann, que vous chargerez spécialement de la lui faire parvenir promptement.

 

Paris, 26 février 1809

Au général comte Walther, commandant les grenadiers à cheval de la Garde impériale, à Paris

Mon intention est que les chevau-légers polonais de ma Garde soient armés de lances. Entendez-vous avec le conseil d’administration pour les faire préparer, afin qu’à l’arrivée de ce corps à Paris on puisse les lui délivrer et qu’il s’exerce au maniement de cette arme.

 

Paris, 26 février 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 20 février, par laquelle vous me proposez dc créer, dans la cavalerie, légère et les dragons, un 5e escadron, comme je l’ai fait pour les cuirassiers. A ne considérer que le bien du service, cette mesure est avantageuse, mais elle est très coûteuse. Cependant je ne me refuse pas à augmenter les régiments qui ont plus de 950 chevaux, officiers compris. Faîtes-moi connaître quels sont les régiments qui ont cette force, et pour ceux-là j’ordonnerai la création d’une compagnie de dépôt.

 

Paris, 27 février 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, il ne faut point se presser de former des camps; ils ne servent de rien, et mars est une saison trop défavorable pour faire sortir mes troupes de leurs quartiers d’hiver. Faites rapprocher de l’Adige les corps qui s’en trouvent éloignés. Je considère comme étant en bataille les corps qui sont depuis Ferrare, Bologne, Modène, Mantoue et Peschiera jusqu’à l’Isonzo; ceux qui sont plus loin et qui doivent former les quatre divisions doivent se l’approcher. Préparez l’artillerie et ne faites point de mouvements hostiles avant mai. D’ailleurs je suis à Paris; avant de rien faire, écrivez-moi.

J’ai donné l’ordre au prince Borghese de réunir pour la fin de mars à Plaisance les 3e bataillons du 2e de ligne, du 3e, du 67e et du 93e, plus un cinquième bataillon, composé moitié du 56e et moitié du 37e; cela formera une réserve de 4,000 hommes. Huit jours après qu’elle sera réunie et formée, vous enverrez le général Charpentier en passer la revue, et, quinze jours après, vous pourrez la passer vous-même. Je les ai mis là pour qu’ils manœeuvrent et achèvent de s’organiser. D’ailleurs, je pense qu’ils doivent être parfaitement à Plaisance, qui est une bonne ville. Le prince Borghese a du m’envoyer 800 cuirassiers à Vérone; arrêtez-les à Brescia, passez-en la revue, et faites­moi connaître le jour où ils arrivent, et quand ils pourront partir. Mon intention est de les diriger sur Augsburg, pour les incorporer dans la division des cuirassiers du général Espagne; mais ce mouvement ne se fera pas sans ordre . J’ai ordonné au prince Borghese de former un régiment de 600 hommes de cavalerie légère, tiré des dépôts du Piémont; ils seront dirigés sur Plaisance .

Je me suis décidé à réunir les deux divisions Molitor et Boudet à Strasbourg, où je forme un corps d’armée.

 

Paris, 27 février 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, j’ai reçu votre lettre du 17 février, en réponse à ma lettre n° 2, dont vous croyez avoir à vous plaindre, ainsi que des conseils donnés au général en chef de mes armées en Espagne; bien moins ai-je pu y trouver la cause et la justification d’nn grand nombre de passages dans votre lettre. Je pense que, si vous la relisiez de sang-froid, vous partageriez cette opinion. Je souhaite fort que 1es événements ne deviennent pas tels que vous ayez un jour à recon naître qu’il y avait, dans la lettre que je vous ai écrite, beaucou de choses à prendre en considération.

 

Paris, 28 février 1809.

Au général Clarke, duc d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Donnez l’ordre au général du génie Chambarlhiac de se rendre à Augsburg, où il sera attaché au corps d’Oudinot. Il se rendra de là à Passau pour y faire le projet de deux têtes de pont sur la rive droite de l’Inn, qui assurent en tout temps le passage de cette rivière. Mon intention est que ces ouvrages consistent en un fort carré, dans le genre de celui de Praga, en bois, environnés de petits forts ou redoutes détachées, en forme de camp retranché. Il y a de ce côté de Passau une grande quantité de bois.

 

Paris, 28 février 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, j’ai donné l’ordre que vos troupes soient réunies à Metz, cette place me paraissant plus convenable pour les recevoir et les organiser que celle de Besançon. Je verrai avec plaisir que vous portiez cette division à 8,000 hommes.

 

Paris, 1er mars 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous renvoie votre portefeuille. Faites une note à M. de Metternich, fort simple, dans laquelle vous lui transcrirez les passages des dépêches de mon ministre à Constantinople et de mon consul en Bosnie, relatifs à la conduite des agents autrichiens. Faites mettre aussi dans les journaux un article qui fasse connaître légèrement la conduite que tiennent ces deux agents contre la France.

Présentez-moi un projet de note en réponse à celle de M. Ver Huell, pour lui faire connaître que non-seulement il m’est impossible de renvoyer les troupes que le roi de Hollande a dans le nord, mais qu’il est nécessaire que ce prince mette promptement le reste de son armée en situation de défendre le pays contre les agressions de l’Angleterre.

 

Paris, 1er mars 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, vous trouverez ci-joint un rapport sur des fabrications d’armes que l’on fait à Coburg pour le compte de l’Autriche. Vous donnerez ordre au sieur Bacher de se rendre sur-le-champ à Coburg, de témoigner mon extrême mécontentement de la conduite que tient cette Maison, et de déclarer qu’elle ait à rappeler sans délai ceux de ses membres qui sont au service d’Autriche; à défaut de quoi, je la citerai devant le Protecteur, pour rendre compte de sa conduite. Le sieur Bacher se mettra en route au reçu de cette lettre et fera diligence.

 

Paris 1er mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, j’ai à l’île d’Aix une escadre de douze vaisseaux de guerre et de six frégates. Il est donc indispensable d’avoir à l’île d’Aix assez de troupes pour la mettre à l’abri de toute attaque.

Donnez l’ordre au général commandant la 12e division de se rendre avec tout son état-major, à la Rochelle, où le siége de la division militaire sera fixé désormais.

Donnez ordre que le général de brigade commandant à l’île d’Aix n’en découche jamais.

Réunissez à l’île d’Aix, à Rochefort et à Oléron tout ce qu’il y a de disponible des 66e, 86e et 26e. Mon intention est qu’il y ait 1,800 hommes à l’île d’Aix, et à la Rochelle autant, pouvant se diriger sur l’île d’Aix, si elle était attaquée. Un général de brigade se tiendra constamment dans l’île d’Aix. Le général commandant la division sera prêt à se porter partout, de la Rochelle.

Donnez ordre à un officier général d’artillerie d’aller inspecter les batteries des îles d’Aix et d’Oléron et de s’assurer qu’elles sont suffisamment approvisionnées. Renouvelez l’ordre que l’approvisionnement de siège soit rétabli à l’île d’Aix.

 

Paris, 1er mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Vous donnerez ordre au général du génie Chambarlhiac de se rendre à Augsbourg; il commandera le génie du corps du général Oudinot. Après qu’il aura fait toutes ses dispositions pour organiser son arme à ce corps, il se rendra à Munich et à Passau. Il sera accompagné des capitaines du génie Mallet et Maillard et des gardes du génie Macaire et Poittier, qui ont dirigé les travaux de Praga. Vous lui ferez connaître que, arrivé à Passau, mon intention est qu’il reconnaisse la place, pour remplir le croquis ci-joint. Ce croquis est fait indépendamment du terrain, pour expliquer mon idée. Le réduit a été fermé à la gorge, loin de la rivière, parce qu’on se souvient que le faubourg est bas et que le coteau de la rivière est extrêmement rapide.

Voici l’instruction générale que vous lui donnerez:

1° Faire établir, sous la protection de la citadelle actuelle, sur les bords de la rivière, un local où 5 à 600,000 rations de biscuits, quelques milliers de quintaux de farine, quelques millions de cartouches, se trouvent en sûreté si l’ennemi prenait Passau;

2° Faire armer la citadelle de pièces de 24 et de 16 dans les parties basses qui battent la rivière (on m’assure qu’il n’y a que des pièces de 3);

3° Faire entrer dans la citadelle quelques autres pièces de 24;

4° Faire une reconnaissance de toute la ville, qui est environnée de murs;

5° Mettre des petites pièces dans les différentes tours, pour défendre les quais;

6° Faire un projet pour la défense de l’isthme, qui a je crois, un fossé plein d’eau et une contrescarpe, mais qui est dominé par une hauteur dont il faut projeter l’occupation; il paraît que Passau est couvert par le Danube et l’Inn, deux rivières importantes;

7° Tracer un ouvrage selon le croquis et les instructions ci-joints, de manière qu’il y ait une tête de pont pour résister à une attaque de vive force et empêcher le passage de l’Inn.

Vous ordonnerez à deux ingénieurs géographes de lever le pays aux environs de la place, de reconnaître les routes de Passau à Ratisbonne, en Bohême et à Linz, sur la rive gauche; la rive droite est suffisamment connue.

Vous écrirez au sieur Otto une lettre dont le général Chambarlhiac sera porteur. Vous le chargerez, après qu’il aura fini son travail sur Passau, de voir Burghausen, et de s’assurer s’il ne serait pas possible d’établir 3 à 4,000 hommes à l’abri de toute attaque.

 

Paris, 1er mars 1809

NOTE SUR PASSAU.

Passau est un poste important, surtout pour l’offensive. En marchant en Autriche, rien ne peut être plus avantageux que de suivre le Danube. Dès ce moment’ l’armée ne peut manquer de munition, ni de vivres, et alors elle peut manoeuvrer comme elle veut.

Dans ce plan de campagne, Passau est appelé à jouer un grand rôle. Centre de l’armée, il doit contenir tous les magasins et en être l’entrepôt. Tout doit arriver par le Danube. Il faut donc avoir des magasins sur le bord de ce fleuve; il faut les avoir sur la rive gauche, c’est-à-dire du côté de la citadelle. Il est donc nécessaire de faire l’inventaire de ces magasins et de connaître la quantité de poudre et de biscuit qu’on peut y déposer. Il y a là des bâtiments qui paraissent considérables. Il faut que tout cela soit entreposé dans la citadelle, ou en bas dans les bâtiments qui seront protégés par elle. Ainsi ce premier besoin sera rempli.

La position de la citadelle de Passau rend maître du pont du Danube et aussi de celui de l’Inn, que la citadelle domine entièrement; mais on n’est pas maître du passage de l’Inn.

D’un autre côté, l’espace défendu par la citadelle est bien petit pour pouvoir être défendu par une armée; la ville tout entière ne serait point de trop. Cette ville parait d’une facile défense. Il faudrait un plan qui fit connaître la situation des murs et des quais sur une plus grande échelle. Il y a une muraille, et un fossé que sans doute on peut remplir d’eau, et qui dès lors est à l’abri d’un coup de main.

La hauteur qui est de ce côté n’est qu’à 200 toises et paraît devoir être facilement occupée. Moyennant cette occupation, la place se trouverait à l’abri d’un coup de main, Les troupes, les magasins, et 3 à 4,000 hommes qui se trouvent toujours sur les derrières d’une grande armée seraient à l’abri des attaques d’une division ennemie qui porterait sur les derrières de l’armée.

La citadelle actuelle exerce son action sur toute la rive gauche du Danube; mais la rive droite de l’Inn domine entièrement la rive gauche et la ville. Il est donc indispensable , par ces considérations et par des considérations plus importantes encore, d’être maître de ce passage de l’Inn, d’établir in un ouvrage sur la rive droite de l’Inn. Cet ouvrage, devant avoir plusieurs buts, doit pouvoir être défendu avec 400 hommes, et cependant doit avoir un développement assez grand pour servir de retraite à une armée. Dans cette situation, un système de fortification analogue au croquis qu’on joint ici paraît propre à remplir ce double but. Un réduit de quatre ou cinq cents toises, vêtu en bois de pin, et trois bastions détachés, se flanquant entre eux sur les hauteurs, construits comme des ouvrages de campagne réunis par un chemin couvert, semblent atteindre le but qu’on se propose.

Il y a, entre la tête de pont de Praga et celle de Passau, cette différence qu’à Praga on pouvait s’appuyer à la Vistule, le terrain étant à niveau, et qu’ici il faut occuper la hauteur, en se réunissant au fleuve par de simples lignes.

Ainsi donc on désire trois choses : 1 ° une reconnaissance exacte du pourtour de Passau; 2° Un tracé des ouvrages qu’on vient d’indiquer sur la rive droite de l’Inn; 3° un tracé de la gorge de la ville du côté de l’isthme, avec un projet pour occuper la hauteur.

La citadelle serait à l’abri d’un coup de main avec 4 ou 500 hommes; les ouvrages sur la droite de l’Inn seraient défendus avec 5 ou 600 hommes. On aurait 1,800 hommes pour surveiller la place et occuper la hauteur du côté de l’isthme. Ainsi, avec 3,000 hommes, on obligerait l’ennemi à un grand siége, et on aurait pour la guerre d’Autriche le plus grand avantage qu’on puisse avoir : un pont sur l’Inn et un pont sur le Danube. Il faut que ces ouvrages soient poussés de manière qu’à la fin de mai ils soient exécutés. On fera le plan des environs de la place à douze cents toises. Ainsi le premier dépôt de l’armée serait Ulm, Passau ensuite, el l’intermédiaire serait Ratisbonne ou Ingolstadt.

 

Paris, 1er mars 1809.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 23 février. Rien n’est imminent entre l’Autriche et nous. La saison n’est pas assez avancée pour faire camper les troupes; je crains les maladies. Cependant j’approuve tout ce qui tend à approvisionner les magasins, à organiser les équipages d’artillerie, à armer les places et à faire avancer les corps qui sont le plus loin. Je suppose que vous avez un chiffre avec le général Marmont; cependant vous ne me le dites pas positivement; je désire savoir si vous lui en avez envoyé un. Ne lui écrivez plus désormais qu’en chiffre. D’ailleurs, de petits bateaux peuvent lui être expédiés facilement de Venise. Chargez-le de faire reconnaître les frontières de la Croatie et la position qu’il faudrait prendre pour tenir en échec le plus grand nombre de forces possible, et si peut-être le travail de quelques fortifications sur la ligne des frontières ne serait pas utile; car faîtes-lui bien comprendre qu’il faut qu’il serve à contenir une force autrichienne un tiers plus forte que lui, et que, s’il restait inactif sur Zara, il serait nul pour l’armée d’Italie.

 

Paris, 1er mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vois avec plaisir que la frégate la Caroline et les deux bricks le Lépante et le Mameluk sont entrés à Ancône. J’ai ordonné à toute la division que j’ai à Corfou de se rendre à Ancône; elle est composée de deux frégates et de plusieurs bricks. Nous aurons alors des moyens de communication avec la Dalmatie. J’ai fait remplacer les deux frégates de Corfou par deux frégates neuves. Je verrai avec plaisir que la frégate la Corona se rende également à Ancône.

 

Paris, 1er mars 1809.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le mois de mars est encore trop froid pour réunir la division italienne à Montecchiaro; préparez tout pour cela, mais réunissez-la un peu plus tard. Il me semble que je vous ai fait venir deux bons généraux de brigade d’infanterie de l’armée de Naples. Je sens que vous avez besoin de deux généraux de brigades de cavalerie; je vous destine le général de brigade Broc, qui a été grand maréchal du roi de Hollande. Il faut penser à un bon général pour commander à Palmanova et à un bon colonel pour commander à Osoppo, à de bons gouverneurs pour Venise, Mantoue. Faites-moi connaître quand on commencera l’armement de Malghera. Faites-moi connaître la situation de Palmanova et quel est l’approvisionnement de siége et de guerre qui a été fixé pour cette place, ainsi que l’approvisionnement actuel, et quand il sera complet.

 

Paris, 1er mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, vous trouverez ci-joint l’extrait d’une lettre de mon consul en Bosnie. Faites vérifier ce qu’il peut y avoir de réel dans cette dépêche et instruisez-m’en : « Je cherche encore des renseignements positifs sur la marche des troupes autrichiennes de la Slavonie, et sur les bruits de guerre qui se sont répandus ici. Des marchands venus de Brood prétendent avoir vu passer trois régiments de cavalerie aux environs de la ville, et se dirigeant vers la Croatie. Des Turcs assurent que ces troupes se rassemblent avec beaucoup d’artillerie à Dubitza, où l’on a formé une espèce de camp retranché ; les Autrichiens ont déjà 12,000 hommes devant Isachich, Bihatsch et Ostrovitza, frontières ottomanes, très-rapprochées de la Dalmatie.

 En attendant, les intrigues du consul d’Autriche semblent plus actives que jamais. Il a des correspondants à Zara, Sebénico, Spàlatro, Raguse et Cattaro. Je vais envoyer encore le messager infidèle qu’il a corrompu ; il sera adressé aux premières autorités de Dalmatie avec des dépêches peu importantes ; mais par un autre j’invite les fonctionnaires à faire observer mon messager pour savoir à qui il remet des lettres.

 

Paris, 2 mars 1809.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Témoignez mon mécontentement au chef de division chargé de cette partie de ce qu’on a poussé la négligence au point de ne pas se faire adresser les journaux officiels des différentes cours de l’Europe. Il est honteux qu’on n’ait point aux relations extérieures les journaux de Vienne, de Saint-Pétersbourg, etc. Ce n’est pas la faute des ambassadeurs, mais de ceux chargés de correspondre avec eux. En général, les bureaux des relations extérieures ont besoin d’être remués.

Je désire que vous me présentiez un travail sur le budget des relations extérieures, qui va toujours en augmentant, et que vous me fassiez faire un état comparatif, chapitre par chapitre, des budgets des années IX, X, XI, XII, XIII, XIV, 1806, 1807 et 1808, avec les demandes que vous faites pour 1809. Les dépenses seront divisées en deux colonnes : la première, pour les sommes décrétées au commencement de l’année, et l’autre, des sommes dépensées; la seconde colonne sera intitulée Dépenses réelles. Les dépenses des relations extérieures augmentent, et cependant nous n’avons ni légation de Londres, ni légation de Lisbonne, de Rome, de Suède, etc.

 

Paris, 2 mars 1809

Au comte Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice, à Paris

On m’assure qu’à Gènes, en 1808, il y a eu huit cents naissances qui n’ont pas été portées sur l’état civil. Probablement il y en aura davantage en Toscane, et u plus grand nombre dans les montagnes. N’y aurait-il pas quelques mesures à prendre pour obliger les parents à faire inscrire leurs enfants sur les registres de l’État civil ?

 

Paris, 2 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

J’ai reçu votre rapport du ler mars sur les officiers à employer au corps d’observation de l’armée du Rhin. Nous ne connaissons pas de sous-chef d’état-major; cela complique l’administration et est même dangereux. Le général d’Hastrel se rendra au corps d’Oudinot, d’où il sera retiré selon les circonstances.

L’adjudant commandant Fourn a-t-il servi dans la cavalerie ?

 

Paris, 2 mars 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, écrivez au général Mathieu-Dumas, qui se trouve à Grenoble, de passer en revue les régiments portugais et de vous faire connaître dans quel esprit ils sont, le cas qu’on peut en faire, et si on peut les employer dans une guerre en Allemagne.

 

Paris, 2 mars 1809.

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, je reçois votre lettre du 21 février. Je vois avec plaisir que Votre Majesté est contente des troupes du général Oudinot. Dans le courant de mars, j’aurai un corps d’armée de vingt régiments d’infanterie et de cinq régiments de cavalerie, en Alsace. Le maréchal duc de Rivoli en prendra le commandement et aura son quartier général à Strasbourg. Si les circonstances me portent en Allemagne, je serai fort aise de passer quelques jours dans votre belle maison de Ludwigsburg. Votre Majesté ne doute point du plaisir que j’aurai de la revoir et de présenter mes hommages à la Reine.

 

Paris, 2 mars 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Présentez cette pièce à M. Regnaud et dîtes-lui que pareilles recommandations pour des Juifs ne peuvent lui faire que du tort.

 

Paris, 2 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vous ai mandé de faire armer Palmanova, mais il ne faut point pour cela faire d fausses dépenses. Cet armement doit consister à palissader les chemins couverts, ils l’étaient, je crois, déjà, et à armer les bastions et cavaliers de la place où l’on ne travaille pas. On armera les lunettes si cela peut se faire sans augmentation de dépenses ; on ne les armera pas s’il doit en résulter de nouveaux travaux, vu qu’après même une déclaration de guerre, on serait à temps de le faire. Cet armement se ferait sous la protection des cavaliers et batteries de rempart. Expliquez bien mon idée, et veillez à ce qu’elle soit suivie ; car e génie va me faire pour deux ou trois cent mille francs de dépenses et retarder d’un an les travaux de Palmanova et d’Osopo.

 

Paris, 3 mars 1809.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, faîtes connaître au sieur Bignon la réponse que j’ai faite, que je comprenais point le traité qui appelle les comtes de Hochberg à la succession de Bade; que, du jour où je l’aurai reconnu, je ne pourrais m’empêche de traiter les jeunes comtes comme princes de sang de Bade, et la définition de cette qualité est celle du droit du trône. Écrivez au sieur Bignon de n’être pas contraire à cette affaire, d’avoir beaucoup d’honnêtetés et d’égards pour les jeunes comtes, de cultiver leurs bonnes dispositions, de s’expliquer peu sur ces affaires, de dire à la comtesse que je ne suis point en opposition avec elle. Mais c’est une affaire à propos de laquelle il faut marcher avec circonspection, ménager le margrave et se tenir dans une mesure prudente. Recommandez au sieur Bignon d’envoyer fréquemment une chronique de cette cour sur le grand-duc, sur le prince héréditaire, sur la princesse, sur la comtesse, sur les comtes; faire connaître leurs noms, leur âge, leurs dispositions; également pour les filles, s’il y en a. Recommandez, en général, cela à tous mes ministres.

Le sieur Bignon doit éviter toute discussion avec le ministre de Russie et être bien avec lui.

 

Paris, 3 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je vous envoie le projet de formation d’une réserve de régiments provisoires, sur lequel je désire que vous me fassiez un rapport. Faites-moi connaître si je n’ai rien oublié et s’il y a des changements qu’il soit convenable de faire pour épargner les marches aux troupes. Enfin présentez-moi des états qui m’apprennent si les 5e bataillons pourront fournir ces quatre, trois ou deux compagnies pour concourir à ladite formation. Les 10,000 hommes de réserve que forme ma Garde sont destinés à compléter les 5e bataillons et à les mettre à même de fournir les hommes nécessaires. Il faut donc qu’une colonne des états que vous ferez dresser indique le nombre d’hommes qui leur manquera, après avoir épuisé tout leur monde; cette colonne sera la colonne de distribution des 10,000 hommes de la Garde. Il ne vous échappera pas que, par ce moyen, j’aurai 6,000 hommes à La Rochelle, 3,000 en Bretagne, 9,000 à Paris, 5,000 au camp de Boulogne, 2,500 pour la défense de l’Escaut, 2,500 pour garder Wesel, 5,000 à Strasbourg, 2,500 à Metz et 10.000 Français en Italie; total ; 45,500 hommes.

 

Paris, 3 mars 1809

A M. Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Faites moi connaître pourquoi l’archevêque d’Aix a ordonné une neuvaine parce que la reine Louise était malade, et pourquoi l’on fait prier les peuples pour des individus, sans la permission du gouvernement.

 

Paris, 3 mars 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant l’armée du Rhin, à Erfurt

Mon Cousin, expédiez un officier au général Oudinot pour savoir si les têtes de pont du Lech, que j’avais fait faire dans la dernière guerre, on été conservées, et combien de jours il faudrait pour les rétablir.

 

Paris, 3 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le 15 mars, vous ferez tracer la tête de pont du Tagliamento, et on y travaillera de suite. Je désire avoir sur ce pont un fort à étoiles de trois à quatre cents toises de développement, ayant de bons fossés pleins d’eau, faisant réduit, et quatre redoutes formant trois fronts de bastion ou un demi-hexagone de neuf cents à mille toises de développement. Ces redoutes seront fermées à la gorge; on mettra de l’eau dans les fossés, si cela est possible, pour qu’elles puissent se défendre isolément, et elles seront flanquées de manière à pouvoir se défendre entre elles. On liera, par la suite, ces redoutes par des fossés, des palissades et des chemins couverts, ce qui formera la tête de pont; le réduit en assurera le passage. Vous me ferez connaître ce qu’est devenue l’ancienne tête de pont de la Piave, et s’il y a des ouvrages de campagne à faire sur les rivières en avant de Palmanova.

 

Paris, 3 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 25 février, où vous me rappelez que j’ai trois camps en Italie: celui de Montecchiaro, celui d’Udine et celui de San-Daniele. Je connais le camp de Montecchiaro, mais je ne connais pas les deux autres; envoyez-m’en le tracé, et faîtes-moi connaître combien de bataillons ils peuvent contenir et de quelle manière ils sont disposés.

 

Paris, 3 mars 1809.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, Cesarotti a laissé une histoire des Papes; faites-vous rendre compte de cet ouvrage, et, s’il tend à faire connaître le mal que les Papes ont fait à la religion et à la chrétienté, faites-le imprimer sans délai.

 

Paris, 3 mars 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je vois dans votre bulletin du 27 février que trois Piémontais très bornés parcourent le Piémont, se disant commissaires autrichiens. Pourquoi ne les arrête-t-on pas ? On dit que ceux qui ont reçu des bienfaits de moi ont demandé le consentement du Roi de Sardaigne. Quelles preuves en a-t-on ? On dit que le sieur Botton, juge de la cour de cassation, a tenu ce propos « que depuis qu’il est venu à Paris, il méprise les Français » Qui prouve ce propos-là et quel degré d’attention dois-je donner à ces assertions ?

 

Paris, 3 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au maréchal Bessières pour savoir si le bataillon de Westphalie est habillé comme je l’avais ordonné. Si cela n’est pas fait, c’est très important à faire.

Donnez-lui l’ordre de faire partir pour Madrid les 158 hommes du 32e et les 90 du 58e qui sont à Duenas.  Ces détachements formant 248 hommes rejoindront leur régiment. Dans l’état de la place de Bayonne du 12 au 13 février je ne vois point de troupes. On dirait qu’il n’y a personne. Pourquoi n’ai-je l’état de situation de la place d’Aranda que du 15 février, celui de Pampelune que du 10 ? Prenez des mesures pour que j’aie plus promptement les états de situation,

 

Paris, 4 mars 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, je pense qu’il faut envoyer un courrier à Saint-Pétersbourg.

Vous y enverrez la conversation que vous avez eue avec M. de Metternich, et la note que vous devez lui remettre. Vous ferez connaître que je fais réunir toutes les troupes de la Confédération, qu’il est indispensable de sortir de cet état de choses; qu’il paraît que l’Autriche fait marcher ses troupes; que je compte sur la promesse de l’Empereur de marché de son côté; qu’enfin la paix avec l’Autriche n’est faisable que lorsque le continent sera pacifié.

RAPPORT DE M. LE COMTE DE CHAMPAGNY A SA MAJESTÉ L’EMPEREUR

Paris, 2 mars 1809.

Sire,

J’ai l’honneur de mettre sous les yeux de Votre Majesté le précis de mon entretien de ce jour avec M. l’ambassadeur de la cour de Vienne.

L’Ambassadeur d’Autriche.  Monsieur le Comte, je viens vous annoncer l’arrivée du comte de Mier; il a mis neuf jours à se rendre de Vienne à Paris. Il trouvé la route encombrée de neige et de troupes. Je suis autorisé à vous prévenir que le courrier prochain m’apportera la réponse de ma Cour à différentes notes que vous m’avez adressées au sujet de cet officier italien insulté à Trieste et de l’acte de violence exercé contre un homme d’Udine. Sa Majesté l’Empereur mon maître a ordonné à cet égard des recherches dont on n’avait pas encore reçu à Vienne le résultat.

Le MINISTRE.  J’espère alors, Monsieur l’Ambassadeur, que votre courrier aura à m’annoncer la répression de ces attentats, dont j’ai regretté d’avoie si souvent de justes plaintes à vous porter.

L’Ambassadeur- J’ai aussi reçu l’ordre de ma Cour de prévenir Votre Excel1ence que, ainsi que je l’avais prévu, le retour de l’Empereur Napoléon, l’ordre donné aux princes de la Confédération du Rhin et enfin quelques articles insérés dans les journaux français et allemands, ont donné à ma Cour de justes inquiétudes, et qu’elle a cru devoir faire sortir ses troupes du pied de paix où elles ont été jusqu’à présent; mais que l’Empereur, mon maître, toujours animé des mêmes sentiments, ne prend de telles mesures que parce qu’il s’y voit forcé, et qu’il conserve toujours à l’égard de la France les dispositions les plus pacifiques.

LE MINISTRE. – Est-ce que vous voulez nous faire la guerre, Monsieur l’ Ambassadeur ?

L’Ambassadeur. Si nous avions voulu vous faire la guerre, nous n’aurions pas attendu ce moment : avant le mois de janvier, nos troupes auraient été sur le Rhin.

Le MINISTRE. Cela n’eut pas été si facile, Monsieur de Metternich. Les moyens que avons à vous opposer en ce moment existaient au mois de janvier.

L’Ambassadeur. Mais l’Empereur était en Espagne …..

LE MINISTRE.  Oui, mais en 1805, vous étiez à Ulm qu’il était encore à Boulogne, et il n’est pas arrivé trop tard. Soyez vrai, si vous faîtes marcher des troupes, c’est que la faction anglaise a pris le dessus à Vienne. On affecte des alarmes pour séduire et entraîner l’Empereur; ceux qui sont au fait et qui dirigent ce qui sr passe chez vous n’en ont pas ; d’ailleurs, ils ne peuvent pu avoir. Comment seriez-vous alarmés dans ce moment, lorsque vous ne l’étiez pas au mois d’août dernier ? Alors l’Empereur n’était pas en Espagne; alors il couvrait toute l’Allemagne de ses troupes; il occupait sur vos derrières la Silésie et le duché de Varsovie; les troupes de la Confédération du Rhin étaient  campées, et cependant vous restiez tranquilles: vous vouliez attendre les évènements. Actuellement vous feignez des inquiétudes, vous vous alarmez du retour de l’Empereur, comme s’il avait dû rester toujours en Espagne; vous vous plaignez d’un avis donné aux princes de la Confédération, comme si ces avis, qu’a rendus nécessaires la continuation de vos armements, étaient autre chose que l’avis de se tenir prêts; et vous m’annoncez que vous faites marcher vos troupes ! Pas un homme n’a bougé de la part de la Confédération ni de la France. Si vous n’avez pas fait la guerre à l’Empereur, vous lui avez ôté la sécurité de la paix; vous avez précipité son retour; vous l’avez empêché de poursuivre les Anglais en personne et de leur fermer le chemin de la mer, vous avez arrêté des expéditions projetées contre l’Angleterre; des troupes qui se rendaient à Toulon et à Boulogne ont suspendu leur marche à Lyon et à Metz. Par les menaces que vous avez faites, vous avez servi l’Angleterre. Parlerais-je de cette fermentation dont on agite les États autrichiens ? De cette opinion qu’on a dirigée contre la France ? Des insultes faîtes à Trieste à des officiers français et italiens ? De l’assassinat de nos courriers si longtemps impuni ? Des articles de la gazette de Presbourg ? Des fausses nouvelles répandues sur l’Espagne ? De l’accueil  fait à Trieste aux officiers de la frégate espagnole  envoyée par les insurgés ? Du libelle de M. de Cevallos, répandus à Vienne avec profusion ?

L’AMBASSADEUR : Monsieur, cette brochure m’est venue de Munich.

Le MINISTRE, Ne pouvait-elle pas y être venue de Vienne ? Au reste, le livre s’est vendu à Vienne ; il s’est vendu avec la permission de la police. J’en ai vu l’annonce publique, et je sais qu’on annonce ainsi que les livres dont elle permet la vente.  Je continue…. Partout vos agents se sont montrés les ennemis de la France. Je cous mettrai sous les yeux des extraits de correspondance qui vous feront connaître la conduite de votre internonce à Constantinople et celle de votre consul en Bosnie.

L’AMBASSADEUR  Mais n’avons-nous pas à nous plaindre aussi  de M. de Latour-Maubourg, qui a, pour ainsi dire, déclaré la guerre entre la France et l’Autriche, en rompant toute communication entre les Français et leurs alliés et les Autrichiens ?

Le MINISTRE. Que devait donc faire M. de Latour-Maubourg ? Assister au triomphe des Anglais ? Vraiment, cela eût été trop complaisant.

Voilà donc les griefs que nous pourrions alléguer contre vous; et cependant  vous savez si notre conduite a été pacifique. A-t-on fait à votre cour une demande qui pût blesser le plus faible de ses intérêts ? Vous a-t-on dit un mot dont vous puissiez vous plaindre ? Vous avez répandu le bruit qu’on vous demandait Trieste, Fiume, la Croatie …..

L’AMBASSADEUR. C’est dans la Gazette d’Allemagne qu’on a imprimé cela.

LE MINISTRE. Mais par ordre de votre cabinet et par des lettres venues de Vienne et de Presbourg; mais c’est en Autriche aussi qu’ on l’a imprimé. Et il vous était si facile de désabuser votre peuple; avez-vous dit un mot pour cela ?

L’AMBASSADEUR. Mais ici me parle-t-on davantage ? Si l’Empereur avait réellement des inquiétudes sur ce qu’on a appelé nos armements, pourquoi, au lieu de se taire avec moi et d’appeler les troupes de la Confédération, ne m’a-t-il pas parlé ? On se serait expliqué et probablement entendu.

LE MINISTRE. A quoi cela aurait-il servi ? A quoi ont servi des démarches semblables faites il y a cinq mois ? L’Empereur ne vous parle plus, Monsieur, parce qu’alors il vous a parlé en vain, parce que vous avez perdu auprès de lui, par des promesses trompeuses, le crédit qu’on accorde au titre d’ambassadeur.  Rappelez-vous qu’alors vous promîtes qu’il ne serait plus donné suite à vos mesures militaires; que les exercices de la milice discontinueraient avec la belle saison, que la reconnaissance du roi Joseph ne souffrirait aucune difficulté, et, sur tous ces points, vous vous disiez autorisé par votre Cour. D’ailleurs, je répondrai en un seul mot : l’Empereur a pu être réservé avec un ambassadeur que sa Cour avait, pour ainsi dire, désavoué, et qu’il a aussi considéré comme auteur de démarches hasardées que les faits ont démenties; mais il n’a pas fait appeler un seul homme de la Confédération. De l’avis de se tenir prêt à celui de marcher que vous avez donné, il y a loin. Les troupes qui étaient sur la Saône et la Meurthe y sont encore, et n’ont pas bougé.

L’AMBASSADEUR.  Mais une partie de ces promesses a été effectuée; on n’a rien ajouté à l’organisation militaire.

LE MINISTRE. On a tout fait pour inquiéter.

L’AMBASSADEUR.  Je ne crois pas que les exercices aient été continués pendant l’hiver.

LE MINISTRE. A Trieste, pendant l’hiver, les milices ont été exercées dans le vieux théâtre.

L’AMBASSADEUR. Enfin, si le roi Joseph n’a pas été reconnu, il faut l’attribuer à la conférence d’Erfurt. Certes, si l’Empereur avait voulu admettre à cette conférence l’Empereur mon maître, ou seulement s’il m’avait été permis d’y aller, ainsi que je l’avais proposé, la reconnaissance aurait été prononcée. Elle ne l’a pas été, parce que cette conférence a donné des soupçons, parce que la Russie est intervenue, parce que son langage, fort peu amical, a offensé, parce que cette réunion de deux grandes puissances, dont on ignorait les vues et les résolutions, a fait juger que cette affaire de la reconnaissance se trouvait liée à d’autres arrangements dont on a cru devoir exiger la connaissance.

LE MINISTRE. Votre promesse était absolue ; elle a été faite dans un temps où la conférence d’Erfurt était prévue ; elle était faite en retour d’une promesse du Gouvernement français d’évacuer la Silésie, promesse qu’il a effectuée. Au surplus, ce résultat de la conférence d’Erfurt vous a été connu. Vous savez bien qu’elle n’était pas dirigée contre vous. Pourquoi donc n’avez-vous pas fait cette reconnaissance.

L’AMBASSADEUR. – Mais le général Andréossy a rejeté la reconnaissance conditionnelle que nous avions offerte. D’ailleurs, si nous n’avons pas fait la reconnaissance, nous avons parlé de conserver des relations amicales avec le roi Joseph, comme roi d’Espagne.

LE MINISTRE. Monsieur l’Ambassadeur, je crains que vous ne vous trompiez; ces termes ne sont point dans la réponse de votre cour !. Est-ce en faisant impri­mer avec affectation les libelles des insurgés, est-ce en quittant Madrid et en suivant les insurgés que votre chargé d’affaires à Madrid a prouvé qu’il avait ordre d’être l’ami du roi .Joseph ? Au surplus, que prétendaient la France et la Russie en vous demandant cette reconnaissance ? Faciliter la paix avec l’Angleterre, ne laisser à cette puissance aucune chance de troubler le continent, et, par là, la porter à la paix dont tout le monde a besoin. Vous êtes venus à la traverse, vous avez pris le langage et embrassé la défense de l’Angleterre. Vous avez dit au public que vous armiez. Vos gazettes, qui sont d’une si grande circonspection, ont été pires que les plus mauvais libelles de Londres. La paix avec l’Angleterre n’a pas eu lieu. L’Angleterre triomphe à Constantinople de vous voir courir à la guerre. Qu’en espérez-vous ?

L’AMBASSADEUR.  Actuellement que nos troupes vont sortir de l’état de paix où elles étaient, on verra la différence entre cet état et celui où elles vont se placer.

LE MINISTRE. On verra les résultats de neuf mois de préparatifs. Croyez­-nous de bonne foi qu’ils puissent faire peur et en imposer à personne ? Au surplus, je vous le répète, l’Empereur, qui ne vous demande rien que de le faire jouir de la sécurité de la paix, ne veut pas la guerre; il la fera si vous l’y contraignez. Il ne vous  en a pas donné le plus léger prétexte. Je lui rendrai compte de la communication que vous de me faire. Je ne sais où vos mesures entraîneront; mais, si la guerre a lieu, c’est parce que vous l’aurez voulue.

L’AMBASSADEUR (en s’en allant). Je ne parle jamais de moi; mais vous savez comme je suis traité dans les cercles de la Cour. On m’a dit que l’Empereur se plaignait du traitement fait à son ambassadeur à Vienne. Je proteste que le général Andréossy a, jusqu’à ce dernier moment, été parfaitement traité par l’Empereur mon maître.

LE MINISTRE. Vous savez, Monsieur l’Ambassadeur, qu’il n’y a pas de rang établi à la Cour. L’Empereur ne se plaint pas de M. de Metternich ; mais il ne peut plus  accorder la même confiance à l’ambassadeur qui a été, pour ainsi dire, démenti par sa propre Cour. Votre Cour, en n’exécutant pas vos promesses, a seule blessé la dignité de votre caractère.

 

Paris, 4 mars 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, mon intention est de changer la direction des divisions Boudet et Molitor, et de les diriger sur-le-champ, par le plus court chemin, sur Ulm. Je vous indiquerai demain la route qu’elle devront suivre.

Je désire, en conséquence, que les divisions Saint-Cyr et Legrand partent sans délai de Metz et arrivent le plus tôt possible à Strasbourg. Je suppose que cs deux divisions pourront partir après-demain, 6, de Metz, et pourront ainsi être arrivées à Strasbourg le 12 ou le 13.

Donnez ordre au général Montbrun d’être rendu à Strasbourg le 12 mars.

Donnez ordre au général Gudin d’être rendu au quartier général de Würzburg à la même époque.

Faîtes connaître au maréchal duc de Rivoli que je désire que son quartier général soit établi à Strasbourg dès le 12 mars, au lieu de l’être le I5.

Donnez ordre au général Songis d’être rendu le 15 de ce mois à Strasbourg, pour prendre le commandement en chef de l’artillerie des troupes que j’ai en Allemagne.

 

Paris, 4 mars 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Paris

Mon Cousin, écrivez au général Gouvion-Saint-Cyr, qu’une division allemande de 6,000 hommes est dirigée sur l’armée, pour faire le siège de Gérone, de concert avec une autre division de 10.000 hommes, qui est aux ordres du général reille. Envoyez votre lettre au général Reille, pour qu’il la fasse transcrire en chiffre et l’envoie par un exprès au général saint-Cyr.

 

Paris, 4 mars 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je reçois votre lettre du 22 février. Vous avez eu tort d’envoyer du renfort à Saragosse; il y avait autant de troupes qu’il en fallait; il était plus nécessaire d’y envoyer des mineurs et des sapeurs. Les généraux demandent toujours; c’est dans la nature des choses. Il n’y en a aucun sur lequel on puisse compter pour cela. Il est tout simple que celui qui n’est chargé que d’une besogne ne pense qu’à cela ; plus il a de monde et plus il a de sûreté pour ce qu’il a à faire. C’est une grande faute qu’on fait lorsqu’on prend en considération   leur demande, si elle n’est pas de nature à être accueillie.

 

Paris, 4 mars 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 28 février. Les rapports que vous m’envoyez sur Vienne ne peuvent me servir, puisqu’ils sont sans date et que je ne puis les comparer à ceux que j’ai déjà.

Il est possible que les troupes qui sont de vos côtés (sic) partent; il faut alors une garnison pour occuper Magdeburg.

 

Paris. 4 mars 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant l’armée du Rhin, à Erfurt

Mon Cousin, les troupes de Saxe et de Pologne étant sous vos ordres, vous devez, par le courrier expédié aujourd’hui pour porter aux troupes de votre corps d’armée l’ordre de se réunir à Bamberg, prescrire que toutes les troupes saxonnes se réunissent en deux camps autour de Dresde, de manière qu’il y ait, pour la défense de cette capitale et du territoire, 23,000 hommes d’infanterie et 3,300 chevaux, avec l’artillerie nécessaire. Envoyez des ordres en même temps pour que toutes les troupes polonaises se réunissent en trois divisions sous Varsovie. Il est nécessaire que les troupes saxonnes et polonaises soient ainsi placées pour le 20 mars. Les troupes qui sont en garnison dans les places de l’Oder doivent y rester. Praga, Sierock et Modlin seront occupées par la droite des troupes, de sorte que si les Autrichiens se dégarnissent en Galicie, ce corps, composé de 15.000 hommes, infanterie et cavalerie, puisse se diriger sur Cracovie. Le sieur Bacher cous donnera l’organisation de la 3e division, des corps réunis de Nassau, formant deux régiments, mais dont l’un est en Espagne ; d’un régiment de Würzburg, qui en a un autre en Espagne ; du régiment des maisons ducale de Saxe ; du régiment de Lippe et d’Anhalt et du régiment de Schwazburg, Reuss et Waldeck. Il est nécessaire que vous preniez des mesures pour les y diriger. Vous causerez de cela, en passant à Francfort, avec le sieur Bacher, qui est au fait de ces affaires.

 

Paris, 4 mars 1809

A M. Otto, ministre plénipotentiaire de France, à Munich

J’envoie un officier d’ordonnance porter la réquisition de réunir l’armée bavaroise; je me suis décidé à cette mesure, parce qu’il pa­raît que les Autrichiens font sérieusement des mouvements. Cependant je ne les crois pas assez insensés pour commencer les opérations ayant l’armée russe sur les flancs. Recommandez au roi de faire armer et approvisionner Forchheim, Bamberg, Passau et Kufstein. Le duc de Rivoli sera le 12 à Strasbourg. La division Molitor et la division Boudet, que je voulais d’abord réunir à Strasbourg, reçoi­vent l’ordre de se détourner à Belfort, de passer par Huningue et, de là, de se diriger sur Ulm, où elles arriveront le 20; probablement qu’à cette époque le duc de Rivoli aura son quartier général à Ulm.

Les Wurtembergeois se réunissent à Neresheim, les Hessois à Mergentheim, les Saxons devant Dresde, et les Polonais entre Varsovie et Cracovie. Le duc d’Auerstaedt aura réuni à la même époque tout son corps d’armée à Bamberg. Ainsi les Autrichiens verront que nous sommes prêts. Je ne me presse pas d’arriver, parce que je ne pense pas que l’Autriche attaque, et, si je me prête à ces armements, ce n’est que pour éviter à la Confédération la honte de trembler.

L’armée d’Italie se concentre également. 6,000 hommes d’infanterie et 2,000 hommes de cavalerie, qui appartiennent aux régiments de l’armée du duc de Rivoli, vont traverser le Tyrol pour se rendre à Ulm.

Je suppose que le roi de Bavière aura établi des magasins à Ulm et à Augsbourg. Je désire qu’il en établisse aussi à Nördlingen, et qu’il fasse faire un million de rations de biscuit. Voyez Montgelas pour que cette fabrication ait lieu sans délai; je payerai.  Il faudrait que cet approvisionnement fût préparé sur les points suivants: 200,000 rations à Ulm; 200,000 à Ingolstadt; 200,000 à Passau; 200,000 à Munich et 200,000 à Augsbourg. Veillez à ce qu’on y travaille de suite.

Si des évènements extraordinaires arrivaient, je serais comme un éclair à Munich. Dans ce cas, voyez le Roi pour qu’il fasse tenir secrètement à ma disposition 5 ou 6 chevaux de main de ses écuries. Mais, encore une fois, je ne crois pas cela nécessaire, et les Autri­chiens ne tarderont pas à savoir qu’il y a plus de troupes en Allema­gne et en Italie qu’ils ne peuvent se l’imaginer.

 

Paris, 4 mars 1809

A Monsieur de Talhouet, Officier d’ordonnance de l’Empereur, à Paris

Monsieur de Talhouet, vous partirez sur-le-champ pour Karlsruhe; vous y porterez une lettre au grand-duc de Bade. De là vous irez à Stuttgart, où vous remettrez une lettre au roi de Wurtemberg. Vous continuerez votre route sur Munich, où vous remettrez au roi de Bavière la lettre ci-jointe.

En passant à Augsbourg, vous verrez le général Oudinot. Vous le préviendrez que j’établis une estafette de Mayence à Augsbourg, et que je désire qu’il écrive tous les jours par cette estafette au major général, qui est le prince de Neuchâtel, et qu’il corresponde fréquemment aussi avec le duc d’Auerstaedt.

Vous irez voir le prince de Neuchâtel, qui a des lettres pour l’Alle­magne; mais, si à neuf heures elles n’étaient pas prêtes, vous ne les attendrez pas.

Vous descendrez chez mes ministres, dans les différentes cours où vous irez, et vous attendrez des réponses. Si on vous parle de guerre, vous aurez le ton rassurant et direz que de nombreuses troupes­ marchent de tous côtés sur les frontières.

 

Paris, 4 mars 1809

A Charles, prince primat de la Confédération, évêque de Ratisbonne, à Francfort

Mon Frère, les nouvelles que je reçois de Vienne me font juger convenable de réunir sans délai les troupes de la Confédération. Il est donc nécessaire que le régiment de Nassau, celui des Maisons ducales de Saxe, celui de Würzburg, celui de Lippe et d’Anhalt, et celui de Schwarzburg, Reuss et Waldeck, se mettent en marche pour se réunir le 20 mars à Würzburg, où le maréchal duc d’Auerstaedt, sous les ordres duquel doivent se trouver ces régiments, aura son quartier général.

 

Paris, 4 mars 1809

A Charles-Frédéric, Grand-Duc de Bade, à Karlsruhe

Mon Frère, les nouvelles que je reçois de Vienne me font juger convenable de réunir sans délai les troupes de la Confédération. Il est donc nécessaire que Votre Altesse Royale donne des ordres pour que ses troupes, infanterie, cavalerie et artillerie, soient réunies à Rastadt et à Pforzheim du 15 au 20 mars, savoir : trois régiments d’infanterie de ligne complets, un bataillon d’infanterie légère, un régiment de cavalerie et douze pièces d’artillerie. Le 15 mars le maréchal duc de Rivoli sera rendu à Strasbourg, où il portera le quartier général du corps d’observation du Rhin, dont les troupes de Votre Altesse font partie.

 

Paris, 4 mars 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, les nouvelles que je reçois de Vienne me font juger convenable de réunir sans délai les troupes de la Confédération. Il est donc nécessaire que Votre Majesté donne des ordres pour que ses troupes, infanterie, cavalerie et artillerie, soient réunies du 15 au 20 mars, et cantonnées entre Aalen, Neresheim et Heidenheim. Dans peu de jours, le ministre de Votre Majesté recevra une note de mon ministre des relations extérieures, qui lui fera connaître l’état des choses et la convaincra de l’injustice et de la folie de l’Autriche.

 

Paris, 4 mars 1809

A Maximilien-Joseph, roi de Bavière, à Munich

Monsieur mon Frère, les circonstances me font juger convenable de réunir les contingents de la Confédération. Le 15 mars le quartier général du maréchal duc de Rivoli, commandant le corps d’observation du Rhin, sera à Strasbourg, prêt à passer le Rhin si les circonstances le rendent nécessaire. Le maréchal duc d’Auerstaedt aura son quartier général le 20 mars à Würzburg, et tout son corps d’armée sera réuni de Bamberg à Bayreuth. Tous les contingents de la Confédération ont ordre de se réunir.

 

Paris, 4 mars 1809

A Louis X, Grand-Duc de Hesse-Darmstadt, à Darmstadt

Mon Frère, les nouvelles que je reçois de Vienne me font juger convenable de réunir sans délai les troupes de la Confédération du Rhin, Il est donc nécessaire que Votre Altesse Royale donne des ordres pour que ses troupes soient réunies à Mergentheim le 20 mars, savoir : quatre bataillons d’infanterie de ligne, deux bataillons d’infanterie légère, trois escadrons de chevau-légers et une artillerie de six pièces de canon. Le 12 mars le maréchal duc de Rivoli sera rendu à Strasbourg, où il portera le quartier général du corps d’observation du Rhin, dont les troupes de Votre Altesse font partie; je la prie de lui en faire envoyer l’état de situation.

 

Paris, 4 mars 1809

DÉCISION

Je viens d’être informé que le général Jacopin, l’un des deux généraux de brigade que Sa Majesté m’a ordonné d’envoyer au corps du général Oudinot, se trouve par sa mauvaise santé hors d’état de pouvoir servir en ce moment à l’armée.

J’ai l’honneur de proposer à Sa Majesté pour le remplacer l’un des deux généraux de brigade Dalesme et Sarrazin que j’avais présentés en concurrence avec cet officier général et le général Lesuire qui est parti pour sa nouvelle destination.

Le général Sarrazin est

incapable. Je ne connais

pas l’autre général. Il faut

de bons généraux au corps

du général Oudinot

 

Paris, 5 mars 1809

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, envoyez-moi, dans la journée, une relation de la sortie de l’escadre de Brest et du combat des frégates, afin que je la fasse mettre demain dans le Moniteur.

 

Paris, 5 mars 1809

A Eugène napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le 1er régiment de ligne italien a quatre bataillons en Italie, le 2e en a deux, le 3° en a quatre; ces trois régiments feront dix bataillons, qui, avec l’infanterie légère, pourront former une division active. Il faut presser le retour des 1er et 3e bataillons du 8c de ligne, qui sont à Tarente. Le 4e de ligne a 1,400 hommes en Italie. Vous verrez, par le décret que je viens de prendre et que vous enverra Aldini, que je donne ordre qu’il soit formé en Italie un nouveau 3c bataillon, en remplacement de celui qui est en Espagne avec les deux premiers, parce que j’évalue que les pertes que ce régiment aura faites en Espagne mettront dans le cas d’incorporer ce 3e bataillon dans les deux premiers. Par ce moyen, ce régiment aura en ligne, en Italie, le nouveau 3e bataillon et le 4e.

J’ordonne que le 5ede ligne, qui a quatre bataillons en Espagne, soit réduit à trois; il sera formé un nouveau 4e  bataillon en Italie. J’ai donné ordre que le 3c bataillon du 6e de ligne soit incorporé dans les deux premiers et que le cadre rentre en Italie. Prenez des mesures pour que ce régiment ait en Italie les 3c et 4c bataillons au grand complet et prêts à entrer en campagne. Faîtes rentrer à Livourne les deux bataillons qui sont à l’île d’Elbe. Le 7c régiment n’a que trois bataillons; j’ordonne que le 4e et le 5c soient formés. J’ordonne que les trois premiers bataillons du 1er régiment d’infanterie légère, qui sont en Espagne, soient réduits à deux; un nouveau 3e bataillon sera formé en Italie. J’ordonne la même mesure pour les trois bataillons du 2c d’infanterie légère. Cela fera donc onze bataillons, tant d’infanterie légère que d’infanterie de ligne, à mettre en campagne. Il faudra reformer sept nouveaux bataillons; alors l’armée d’Italie, composée de dix régiments, se trouvera avoir cin­quante bataillons, savoir : douze en Espagne, deux aux Sept-Îles, un en Dalmatie et trente-cinq en Italie, dont vingt-cinq bataillons de guerre et dix de dépôt. Faites organiser sans délai ces bataillons. Il est de la plus grande importance que mes divisions soient complétées, car les dispositions de l’Autriche deviennent de plus en plus hostiles. Complétez les deux escadrons de chasseurs du Prince royal, ce qui, avec les cadres des dragons de la Reine, formera six escadrons. Il faut donner ordre que le 4e escadron des dragons Napoléon soit incorporé dans les trois premiers, qui sont en Espagne, et que le cadre revienne en Italie; cela vous fera sept escadrons pour l’armée, ce qui devrait former 1,400 chevaux.

Faites effacer des contrôles, pour être portés à la suite, les hommes qui seraient prisonniers de guerre. Je vois qu’il manque au complet encore 9.400 hommes; il faut me proposer des mesures pour les compléter sans délai.

 

 

Paris, 6 mars 1809.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, j’ai reçu votre lettre sur les allé­gations du contre-amiral Willaumez. Je désirerais avoir la copie de la lettre que vous a écrite le préfet maritime de Brest, et dans la­quelle il assure que des signaux ont été faits. Pourquoi n’a-t-il pas envoyé un courrier ? Du 21 à la pointe du jour au 22 à cinq heures du soir, cela fait trente-six heures; et il n’y a de Brest à Lorient que trente-cinq lieues, route qu’un courrier aurait pu faire en douze heures. Pourquoi n’a-t-il pas établi des signaux par batteries de canon, puisqu’il est prouvé que la transmission des signaux par les télégraphes n’est pas sûre ? Si tout ceci avait été bien mené, comme le comportait le bien de mon service, on aurait été prévenu à Lorient le 21, avant la fin de la journée à Rochefort. Je ne vois pas non plus ce qui a empêché le contre-amiral d’appareiller de l’île d’Aix, ni ce qui a pu l’autoriser à passer la nuit dans une rade où la sûreté de son escadre était exposée. Quant au capitaine Bergeret, je ne vois pas ce qui peut l’excuser de n’avoir pas appareillé; il devait appareiller avec un vaisseau, s’il n’avait qu’un vaisseau disponible. Je crois vous avoir mandé d’appeler le contre-amiral Willaumez et le  capitaine Bergeret, pour rendre compte de leur conduite.

Vous avez dû expédier un courrier au contre-amiral Allemand, pour qu’il aille prendre le commandement de mon escadre de l’île d’Aix. Faites-moi un rapport sur la situation actuelle de celte esca­dre; je désire savoir si je puis encore m’en servir pour envoyer des secours à mes colonies, qui en ont grand besoin. Cette expédition serait d’autant plus utile que j’ai des troupes à l’île d’Aix, el qu’il serait possible d’embarquer sur l’escadre environ 2,000 hommes; ce qui mettrait la Martinique à l’abri de tout  évènement.

Je suppose que vous avez fait passer les équipages des Sables sur les frégates que j’ai à  Nantes; ainsi, à l’heure qu’il est, les frégates la Clorinde et la Renommée doivent être prêtes à partir. Donnez ordre qu’on profite de ce moment  où il n’y a pas de croisière devant Lorient pour y faire passer le Vétéran. Vous aurez sans doute donné l’ordre que le vaisseau l’Eylau soit armé avec l’équipage de nos frégates; ainsi je suppose que j’aurai prêtes à partir de Nantes deux frégates, la Clorinde et la Renommée et de Lorient l’Eylau et le Vétéran et la corvette la Diligente. Mon intention n’est donc pas d’envoyer aucun homme de mon escadre de Boulogne à Nantes, ni au Havre. Je désire ne retirer de Boulogne que ce qui est nécessaire pour armer mon escadre de Flessingue et la porter à dix vaisseaux. Présentez-moi un projet de décret là-dessus. La perte du Jean-Bart doit donner des marins disponibles pour armer le Triomphant. Donnez des ordres et prenez des mesures pour que le Triomphant soit mis en rade avant le 15 avril, et que l’équipage du Jean-Bart lui soit destiné. Envoyez­ moi un état de la situation de ma marine au 1er mars. Les frégates la Clorinde et la Renommée se rendront à Cayenne et ensuite croise­ront. Les troupes d’embarquement à Bayonne, à Bordeaux, à la Rochelle, à Lorient et au Havre ne manquent point. Présentez-moi à signer les ordres pour la partance de ces bâtiments.

Activez les armements à Bayonne, afin que, cet été, je puisse envoyer des mouches et des bricks dans mes colonies. Faites faire des paquets de gazettes contenant les nouvelles des événements d’Espagne et les proclamations du Roi. Écrivez même à M. Laforest, à Madrid, pour qu’il demande aux ministres du Roi les paquets qu’ils auraient à faire passer aux colonies. Beaucoup de lettres qui arrivent en Espagne disent que ces colonies sont encore très-incertaines, et que les gens de bon sens y prévoient l’issue qu’auront les événements d’Espagne.

Réitérez à mon escadre de Flessingue l’ordre de se tenir prête à partir. Mandez à l’amiral qu’il visite lui-même les batteries de la côte, pour s’assurer qu’elles sont en bon état.

 

Paris, 6 mars 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Faites-moi un projet de lettres patentes sur parchemin, avec le grand sceau de l’État, qui donne le commandement de Palmanova au général Walther .

Après la formule et le préambule d’usage, qu’il lui soit ordonné expressément de ne s’éloigner de l’intérieur de la place que d’une portée de fusil, et tout au plus d’une portée de fusil; qu’il est spécialement chargé de conserver le complet de l’organisation, de la surintendance, des approvisionnements d’artillerie et des magasins; qu’il ne doit, sous aucun prétexte, rendre la place. Investi et assiégé, être sourd à tout ce que l’ennemi pourra dire: que les Français repassent les Alpes, que Paris est pris, etc., etc. En général, peu de communications avec l’ennemi.

Enfin il perdra notre estime, encourra la rigueur des lois qui condamnent à mort lui et tout l’état-major s’il livre la place, même quand les deux lunettes seraient prises, le corps de la place ouvert. Que si l’ennemi avait fait sauter la contrescarpe, il doit alors retrancher le bastion et s’exposer aux hasards d’un assaut. Que la vie d’un Français n’est rien en comparaison de son honneur et qu’il ne doit pas avancer la reddition d’une heure, sous prétexte d’une rédaction honorable.

Rédigez ces lettres patentes avec soin; elles serviront de lettres patentes pour les autres places.

 

Paris, 6 mars 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

12,000 prisonniers arrivent de Saragosse. Il en meurt 3 à 400 par jour; ainsi on peut calculer qu’il n’en entrera pas en France plus de 6,000. Mon intention est que les officiers soient séparés et envoyés du côté du nord. Quant aux soldats, vous en ferez diriger 4,000 sur Niort, où on les emploiera au desséchement des marais de cette côte. Ils seront répartis de la manière suivante: 1,000 à Niort, 1,000 à Saintes, 1,000 à la Rochelle, et 1,000 à Rochefort.

Ces prisonniers seront sous les ordres du général Dufour, qui les fera garder par la brigade qu’il réunit en ce moment. Le cinquième mille sera envoyé en Dauphiné, où il sera employé aux travaux de desséchement ordonnés dans cette contrée. Enfin le sixième mille sera dirigé sur le Cotentin, où il travaillera au desséchement des marais. Vous recommanderez un régime sévère, et que des mesures soient prises pour faire travailler ces individus de gré ou de force. Ce sont pour la plupart des fanatiques qui n’exigent aucun ménagement. Commencez par donner dans la journée vos ordres au duc de Valmy et au général Dufour, et après concertez-vous avec le ministre de l’intérieur.

 

Paris, 6 mars 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Paris

Mon Cousin, prévenez le maréchal duc d’Auerstaedt que j’ai donné ordre à M. Otto de demander au roi de Bavière qu’il soit fabriqué un million de rations de biscuit, savoir : 200,000 à Ulm, 200,000 à Ingolstadt, 200,000 à Passau, 200,000 à Augsbourg et 200,000 à Munich. Chargez le maréchal de tenir la main à l’exécution de cette disposition. Donnez ordre au duc d’Auerstaedt de faire diriger sur le point le plus près du Danube, soit sur Ratisbonne, sur Ingolstadt, soit sur Neuburg ou Donauwoerth, la plus grande partie des souliers et biscuit qui sont dans les magasins de l’armée d’Allemagne. Il y a des souliers à Magdeburg, à Hanovre: il faut les faire venir; il faut faire venir ce qu’il y a dans les magasins de Stettin, de Glogau et de Küstrin. Il y a aussi des souliers à Mayence; il faudrait les diriger sur Ulm. Les magasins de Magdeburg contiennent 5,000 habits d’infanterie et d’artillerie, 1,200 vestes, 1,600 capotes, 10,000 chemises, etc. Faites diriger tout cela sur Ulm et Donauwoerth. Il y a 400,000 rations de biscuit à Magdeburg, 200.000 à Forsheim, 160.000 à Kronach, 130.000 à Bamberg, 220.000 à Würzburg, total, 1.110.000 rations ; je ne parle pas de ce qui est à Dantzig, Stettin, Gloggau, Küstrin. Il serait bon de diriger une grande partie de ces magasins sur Donauwoerth. Mon intention est que le premier magasin de l’armée du Rhin soit formé à Donauwoerth. Il y aura sur ce point un magasin d’habillement, un magasin de subsistances et un magasin de cartouches. De là, ces effets pourront être dirigés sur le Danube, selon les ordres que je donnerai.

 

Paris, 6 mars 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je reçois votre lettre du 25. Pourquoi le maréchal Ney n’enlève-t-il pas les Asturies ? A quoi sert-il qu’il borde la côte ? Si les neiges ne rendent pas le pays impraticable, il devrait déjà l’avoir soumis.

 

Paris, 6 mars 1809

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à La Haye

Mon Frère, je m’empresse de vous annoncer que j’ai jugé convenable de nommer le prince Napoléon-Louis, votre fils, grand-duc de Berg.

 

Paris, 6 mars 1809

A M. de Lespinay, officier d’ordonnance de l’Empereur, à Paris

Monsieur Lespinay, vous vous rendrez en toute diligence à Metz. Vous vous informerez si la division de quatre ·régiments westphaliens est arrivée dans cette place. Vous verrez dans quel état elle est et quelle tournure ont les hommes. De là, vous irez à Mayence. Vous m’enverrez de cette ville l’état de situation des troupes qui s’y trouvent, celui du régiment de marche de l’armée du Rhin, en me faisant connaître leur tenue et s’il ne leur manque rien. Vous me ferez, de Mayence comme de Metz, un rapport par écrit. Vous continuerez votre route sur Dresde, et si le Roi n’y est pas, vous irez jusqu’en Pologne, à Varsovie, où vous resterez deux ou trois jours, et vous me rapporterez la réponse à la lettre ci-jointe que vous remettrez au roi de Saxe. Arrivé à Erfurt, vous remettrez la lettre au roi de West­phalie à l’officier qui commande dans celle place, pour qu’il l’envoie à  Cassel par un exprès. Vous me ferez connaître de Dresde, par un rapport, ce que fait l’armée saxonne et dans quel état elle est.

 

Paris, 6 mars 1809

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde

J’envoie à  Voire Majesté, mais pour elle seule, la conversation qui vient d’avoir lieu entre M. de Champagny et M. de Metternich, qui lui fera connaître l’état des choses. Celle déclaration a été suivie d’effets; car, depuis, il m’est revenu tous les jours de Trieste, de Munich, de Dresde, de Vienne et de différents points de l’Autriche, que tout est sur pied. Je me suis donc décidé à faire un appel aux troupes de la Confédération. J’ai dû faire lever mes cantonnements de la Saône, du Rhône et de la Meurthe, et faire passer le Rhin à des troupes que j’avais destinées aux camps de Boulogne et de Toulon, et que les mouvements hostiles de l’Autriche m’avaient fait arrêter au milieu de la France. J’ai ordonné au prince de Ponte-Corvo de se rendre à Dresde, pour prendre le commandement d’un corps d’armée dont le contingent de Votre Majesté fait partie. Ainsi, au 20 mars, quand Votre Majesté recevra cette lettre, j’aurai des armées à Ulm, à Bamberg, à Augsbourg et sur tous les points de la Confédération, pour en protéger le territoire. L’empereur de Russie est aussi étonné que moi de l’esprit de vertige qui s’est emparé des Autrichiens. Ses troupes doivent s’être approchées des frontières de la Hongrie.

Votre Majesté donnera sans doute le commandement des troupes polonaises au prince Poniatowski; en attendant que les affaires se décident, il faut qu’elles menacent la Galicie; ce qui obligera les Autrichiens à y tenir des forces considérables. Les postes de cavalerie polonaise doivent s’avancer le plus possible vis-à-vis Cracovie,  sans quitter cependant le territoire du duché. Je ne vois pas d’inconvénient à ce que Votre Majesté en retire tous les Saxons qui s’y trouvent pour les réunir à Dresde, en laissant à Danzig ce qui s’y trouve, et les garnisons des places de l’Oder. Encore Votre Majesté pourrait-elle retirer de Danzig son beau régiment de cuirassiers, et, par ce moyen, tâcher de compléter une trentaine de mille hommes, à Dresde, des troupes de Votre Majesté, qui mettent son pays à l’abri de toute incursion.

Ces préparatifs vont tous nous ruiner. L’Autriche est en train de se ruiner depuis longtemps. Tout ceci amènera-t-il la guerre ? C’est ce qui est encore douteux. Quant à moi, je n’ai point envie d’attaquer, car je n’ai pas l’habitude de me battre sans raison. J’attendrai que le mystère de la conduite de l’Autriche soit expliqué, el qu’on voie l’issue que tout ceci doit avoir.

 

Paris, 6 mars 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 1er mars. Les armes de la division Morio vous seront renvoyées de Metz; je la ferai armer avec des armes françaises. J’ai donné ordre au prince de Ponte-Corvo de porter son quartier-général à Hanovre. Les Saxons prennent position devant Dresde. Le duc d’Auerstaedt réunit tout son corps d’armée à Bamberg. Le maréchal duc de Rivoli sera le 20 mars à Ulm, avec un corps venant de France. Les Bavarois campent, en trois divisions, à Munich, à Straubing et à Landshut; les Wurtembergeois, à Nereisheim; les troupes de Hesse-Darmstadt, à Mergentheim; les Badois, à Pforzheim. Les régiments de Nassau, des Maisons ducales de Saxe et des autres petits princes se dirigent sur Würzburg, où le duc d’Auerstaedt aura, le 20 mars, son quartier général. Je laisserai reposer, pendant quelques jours, votre division à Metz, et, quand on m’aura rendu compte de sa situation, je verrai quel parti j’aurai à prendre.

Renforcez vos troupes le plus possible, pour pouvoir d’abord maintenir l’ordre chez vous, réprimer une insurrection qui éclaterait dans le Hanovre, et même, si vous aviez un corps respectable, vous porter où les circonstances l’exigeraient. Si vous pouvez former un corps de 10,000 hommes et de 1,500 chevaux avec douze pièces d’artillerie, vous pourrez faire parler de vous d’autant plus glorieusement que vous agirez avec vos propres troupes. Mais il ne faut point lever trop de corps, car je ne sais pas jusqu’à quel point on peut se fier aux soldats que vous avez.

La Russie fait marcher ses armées sur les confins de l’Autriche. La Prusse, du moins la Cour, paraît vouloir se bien comporter.

Envoyez-moi, tous les cinq jours, un état de situation de vos troupes fait dans la forme de celui-ci. Ayez soin d’y faire mettre le nombre de compagnies et de bataillons par régiment.

 

Paris, 6 mars 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, je reçois la lettre de Votre Majesté du 2 mars; elle s’est croisée avec celle par laquelle je lui mandais que le maréchal duc de Rivoli serait le 20 mars à Ulm avec un corps d’armée assez considérable, dont une partie passera le Rhin à Huningue, du 12 au 15, et l’autre partie à Strasbourg, à la même époque. Votre Majesté a dû recevoir l’avis de la réunion de ces troupes. L’empereur Alexandre a témoigné à M. de Schwarzemberg son étonnement des mouvements de l’Autriche; et ce prince m’annonce avoir fait marcher des troupes sur les confins de la Hongrie. Je crois avoir déjà mandé à Votre Majesté que le duc d’Auerstaedt aura, le 20 mars, son quartier général à Würzburg. J’envoie le duc de Danzig pour prendre le commandement des troupes bavaroises qui sont campées à Munich, à Landshut et à Straubing. Les troupes de Hesse-Darmstadt seront réunies à Mergentheim, et les troupes de Bade à Pforzheim, à la même époque.

Le prince de Ponte-Corvo se porte pour couvrir Dresde, où le roi de Saxe fait réunir 30,000 hommes.

 

Paris, 6 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 25 février à six heures du soir. Toute 1’Autriche est en mouvement. J’ai requis toutes les troupes de la confédération. Les divisions Saint-Cyr, Legrand, Molitor et Boudet, se portent sur Ulm, sous les ordres du maréchal duc de Rivoli. Le Corps d’Oudinot est à Augsbourg; la division de cuirassiers Espagne est avec ce corps. Le duc d’Auerstaedt reste avec son corps d’armée sur les frontières de la Bavière. Il paraît que les Autrichiens ont perdu la tête. Les Russes et moi sommes réunis. L’armée russe campe sur les frontières de l’Autriche. Ayez soin de répandre et de faire mettre dans les journaux des nouvelles qui fassent connaître que les Russes et nous, sommes ensemble. Il n’est pas convenable qu’aucun officier français passe sur le territoire autrichien pour se rendre en Dalmatie. Si le général Vignolle est à Milan, gardez-le, c’est un bon officier qui connaît l’Italie, et qui sera plus utile qu’en Dalmatie.

 

Paris, 6 mars 1809

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

J’ai reçu votre lettre du 3 février. J’ai vu avec plaisir les détails que vous me donnez sur la présentation de M. de Schwartzenberg. Cette fameuse lettre à l’empereur d’Autriche dont on se plaint, M. de Romanzoff l’a entre les mains. Si vous ne la connaissez pas encore, vous pouvez lui en demander la communication. Quant aux propos que j’ai tenus à M. de Vincent, ils sont dans le même sens que ceux que j’ai tenus à M. de Metternich devant tout le corps diplomatique. L’Autriche aurait-elle cherché ses principes de conduite dans la fable du Loup et l’Agneau ? Il serait curieux qu’elle m’apprit que je suis l’agneau, et qu’elle eût envie d’être le loup. Le sieur de Champagny vous a expédié un courrier qui vous porte sa conversation avec M. de Metternich. Vous aurez soin de montrer cette pièce à l’empereur. Je vous envoie une lettre de Dresde, qui vous fera connaître jusqu’à quel point on est alarmé à la cour de Saxe; il en est de même à celle de Bavière.

Après la déclaration de M. de Metternich, j’ai dû faire marcher mes troupes, qui étaient en route pour le camp de Boulogne, pour Brest et pour Toulon, mais que les mouvements insensés de l’Autriche m’avaient obligé de faire arrêter sur la Saône et la Meurthe. Depuis cette déclaration, tout est en mouvement sur tous les points de la France. Le 20 mars, le duc de Rivoli sera à Ulm avec 20 régi­ments d’infanterie, 10 régiments de cavalerie, el 60 pièces de canon. Le général Oudinot, avec un corps double de celui qu’il avait dans les campagnes précédentes, c’est-à-dire 18,000 hommes d’infanterie, 8,000 de cavalerie et 40 pièces de canon, est à Augs­bourg. Le duc d’Auerstaedt, avec 4 divisions d’infanterie formées de 20 régiments, une division composée de tous les régiments de cuirassiers, et 15 régiments de cavalerie légère, est à Bamberg, Bayreuth et Würzburg. Les troupes bavaroises forment 3 divisions qui campent à Munich, Straubing et Landshut : cette armée est de 40,000 hommes, et sera commandée par le duc de Dantzig. Les Wurtembergeois sont rassemblés à Neresheim; les troupes de Hesse-Darmstadt à Mergentheim; celles de Bade, au nombre de 6,000 hommes, sont à Pforzheim. L’armée saxonne, forte de 30,000 hommes, se réunit à Dresde. Le prince de Ponte-Corvo s’y porte avec des troupes de Saxe. Le roi de Westphalie commandera une réserve prête à se porter partout où cela sera nécessaire. Le prince Poniatowski commande les Polonais, qui appuient leur gauche à Varsovie et étendent leur droite jusque devant Cracovie. Dans peu de jours, je fais partir de Paris 1,500 chevaux de ma garde, ainsi que 3,000 hommes d’infanterie. Tout le reste est en route. La tête a déjà passé Bordeaux. Mon armée de Dalmatie cam­pera sur les confins de la Croatie, ayant son quartier général à Zara, où elle a un camp retranché et des vivres pour une année. L’armée d’Italie, composée de 6 divisions d’infanterie française et de 2 divi­sions d’infanterie italienne, sera réunie à la fin de mars dans le Frioul. Elle approche de 100,000 combattants. Les Autrichiens s’apercevront que nous n’avons pas tous été tués sur le fameux champ de bataille de Roncevaux.

Tout ce qui arrive de Vienne n’est que folie. Je compte que l’empereur Alexandre tiendra sa promesse et fera marcher ses armées. Alors, si l’Autriche veut en tâter, j’ai fort en idée que nous pourrons nous réunir à Vienne. Le sieur de Champagny vous expé­diera demain un courrier, par lequel vous recevrez la note qui va être remise à M. de Metternich; elle vous fera connaître l’état de la question. Les Anglais ont publié les pièces de la négociation et la lettre d’Erfurt. Tout cela est tronqué et falsifié: ce qui m’oblige à faire une communication au Sénat, afin de rétablir le texte de toutes ces pièces. Ayez le ton haut et ferme envers M. de Schwart­zenberg. L’état actuel des choses ne peut durer. Je veux la paix avec l’Autriche, mais une paix solide, et telle que j’ai droit de l’exiger, après avoir sauve trois fois l’indépendance de cette puissance.

J’ai fait sortir ma flotte de Brest. J’avais pour but de faire débloquer Lorient, afin d’en faire sortir 5 vaisseaux: que j’envoie dans les colonies. Cette première opération a réussi. Secondement, la flotte devait se rendre à Rochefort, pour se joindre à l’escadre de l’île d’Aix et s’emparer de 4 vaisseaux anglais qui avaient eu la sottise de venir mouiller dans la rade du Pertuis-Breton. Mon imbécile de contre-amiral s’est amusé à chasser 4 vaisseaux ennemis qu’il a rencontrés sur sa route, ce qui a donné aux 4 autres vais­seaux qui étaient à l’ancre le temps d’être avertis et de gagner le large. On ne les a manqués que de quelques heures, et leur prise eût été infaillible sans cette perte de temps; mais la jonction a eu lieu à l’île d’Aix, et j’y ai 16 vaisseaux de ligne et 5 frégates. Si le camp de Boulogne avait été formé, si j’avais eu 30,000 hommes à Brest et 30,000 à Toulon, je donnais de la besogne aux Anglais : c’est ce que j’espérais de mon alliance avec la Russie.

Vous avez vu dans le Moniteur deux lettres du gazetier de Vienne au rédacteur de la Gazette de Hambourg. Ces lettres paraissent peu importantes au premier abord; mais, pour les hommes qui veulent réfléchir, c’est une manière de correspondre avec l’Angleterre et d’entretenir les espérances des ennemis de la France en étalant les forces de la maison d’Autriche. On y parle des dispositions peu favorables de la Russie, parce qu’on sait qu’il ne serait pas possible d’en imposer à cet égard, et qu’en avouant sans détour son alliance avec la France, on veut persuader que l’Autriche est en état de soutenir la lutte contre ces deux empires.

L’Autriche doit désarmer tout à fait et se contenter de nos garanties réciproques, ainsi que M. de Romanoff l’avait proposé. Quant aux provinces de cette monarchie vaincue, je n’en veux rien pour moi: nous en ferons ce que nous jugerons convenable. On pourrait séparer les trois couronnes de l’empire d’Autriche, ce qui serait également avantageux à la France et à la Russie, puisque cette opération affaiblirait en même temps la Hongrie, qui menace la Pologne, le royaume de Bohême, qui jalousera longtemps les pays de la Confédération, et l’Autriche, qui regrette sa domination sur l’Italie.

Quant à la crainte qu’on pourrait inspirer de moi à la Russie, ne sommes-nous pas séparés par la Prusse, à qui j’ai rendu intactes des places que je pouvais démanteler, et ne sommes-nous pas aussi séparés par les États de l’Autriche ?

Lorsque ces derniers États auront été ainsi divisés, nous pourrons diminuer le nombre de nos troupes, substituer à ces levées géné­rales qui tendent à armer jusqu’aux femmes, un petit nombre de troupes régulières et changer ainsi le système des grandes armées qu’a introduit le feu roi de Prusse. Les casernes deviendront des dépôts de mendicité, et les conscrits resteront au labourage. La Prusse en est déjà là : il faut en faire autant de l’Autriche. Quant à l’exécution, je me charge de tout, soit que l’empereur Alexandre veuille venir me joindre à Dresde à la tête de 40,000 hommes, soit qu’il marche directement sur Vienne avec 60 ou 80,000 hommes. Dans toutes les hypothèses, je me charge de faire les trois quarts du chemin.

Si les choses en venaient au point que vous eussiez besoin de signer quelque chose de relatif à la séparation des trois États, vous pouvez vous y regarder comme suffisamment autorisé. Si l’on veut même, après la conquête, garantir l’intégrité de la monarchie, j’y souscrirai également, pourvu qu’elle soit entièrement désarmée. J’ai été de bonne foi à Vienne. Je pouvais démembrer l’Autriche. J’ai cru aux promesses de l’empereur et à l’efficacité de la leçon qu’il avait reçue. J’ai pensé qu’il me laisserait me livrer entière­ment à la guerre maritime. L’expérience, depuis trois ans, m’a prouvé que je me suis trompé, que la raison et la politique ne peuvent rien contre la passion et l’amour-propre humilié. Il serait possible que la Pologne autrichienne pût devenir un objet d’inquié­tude à Saint-Pétersbourg; mais elle n’est un obstacle à rien. On pourrait la partager entre la Russie et la Saxe, ou bien en former un État indépendant.

L’empereur Alexandre doit être convaincu par la déclaration du roi d’Angleterre que, tant qu’il aura l’espoir de brouiller le conti­nent, il n’y aura point de paix maritime, et que, si l’Autriche ne consent pas à désarmer et qu’on perde du temps, c’est autant de temps de gagné pour l’Angleterre et de perdu pour l’Europe. Cepen­dant un, deux ou trois mois me sont égaux; mes troupes resteront campées en Allemagne jusqu’à ce que mon concert avec la Russie soit bien établi. Nous sommes encore dans le mois de mars : on peut parlementer jusqu’au mois d’août; mais, à cette époque, il faut que l’Autriche ait pris son parti ou qu’on l’y force. L’honneur de nos couronnes l’exige, et l’intérêt du monde nous en fait la loi.

 

Paris, 7 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, la légion portugaise est composée de cinq régiments; ce qui devrait donner dix compagnies de grenadiers et dix de voltigeurs; mais ces régiments sont si faibles, que la plupart n’ont pas même l’effectif de  560 hommes qu’il faudrait, par régiment, pour les compagnies de grenadiers et voltigeurs.

Je désirerais tirer de ces régiments trois bataillons d’élite, qui auraient l’organisation suivante :

1er bataillon : deux compagnies de grenadiers, tirées du 1er régiment, à 120 hommes par compagnie, 240 hommes ; deux compagnies de voltigeurs, tirées du même régiment, 240 hommes ; total 480 hommes.

2e bataillon : une compagnie de grenadiers du 2e régiment, 120 hommes ; une compagnie de grenadiers du 5e régiment, 120 hommes ; deux compagnies de voltigeurs du 2e régiment, 240 hommes ; total : 480 hommes.

3e bataillon : une compagnie de grenadiers du 4e régiment, 120 hommes; une compagnie de grenadiers du 3e régiment, 120 hommes; et deux compagnies de voltigeurs du 4e, 240 hommes; total, 480 hommes;

Ce qui ferait une demi-brigade d’élite d’à peu près 1.500 hommes, qui prendrait le n° 13. Elle serait commandée par le meilleur général de brigade portugais, par un colonel, trois chefs de bataillon; chaque bataillon ayant un adjudant-major et un adjudant sous-officier, et chaque compagnie commandée par quatre officiers.

Vous chargerez le général Muller, s’il est de ce côté, ou le général qui commande la division, de faire sur-le-champ l’organisation de cette demi-brigade et de la diriger sur Besançon.

Aussitôt que les trois bataillons seront formés, on mettra à l’ordre que, ayant eu lieu d’être satisfait de la conduite de la légion portugaise, à son passage à Bayonne et pendant son séjour en France, j’ai voulu en donner une preuve en appelant quelques-uns de ses bataillons à faire partie du corps des grenadiers; que je compte sur leur fidélité et sur leur bravoure; que, si quelque soldat voulait rester, il en est fort le maître, parce que je ne veux que des hommes de bonne volonté.

Présentez-moi un projet de décret pour cette formation, et consultez le général Mathieu Dumas, qui vient de faire l’inspection de ces régiments. Donnez des ordres pour que l’on active l’habillement, et que ces hommes partent bien habillés, bien armés et bien équipés.

J’ai deux vues en faisant ceci: d’abord de rendre utiles ces 1,500 hommes, ensuite de dégarnir les provinces méridionales d’un rassemblement trop considérable d’étrangers.

Présentez-moi aussi les moyens d’employer les généraux de brigade portugais, qui pourraient être plus utiles ailleurs qu’en restant là oisifs. Vous ne laisserez que les officiers supérieurs strictement nécessaires pour commander les légions. Enfin donnez ordre aux autres bataillons portugais de se recruter, pour que je puisse les appeler  aussi à l’artillerie, lorsqu’ils seront complets. Autorisez-les, à cet effet, à recevoir des Espagnols, des Portugais, des Suédois, des Prussiens, tous déserteurs quelconques. Proposez-moi d’envoyer un cadre à Strasbourg, où il sera plus à portée de recevoir les déserteurs et d’arriver promptement à son complet.

 

Paris 8 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, j’ai au delà du Rhin dix-sept régiments de cavalerie légère; mon intention est de prendre tous les moyens pour porter chacun de ces régiments à une force d’environ 900 ou 1,000 hommes. Pour cela, il y a deux moyens : d’abord, envoyer aux dépôts de ces dix-sept régiments l’ordre de diriger sans délai tout ce qu’ils ont de disponible sur Strasbourg, où les détachements seront organisés en escadrons de marche pour rejoindre les escadrons de guerre; le deuxième moyen, c’est de prendre dans les dépôts des régiments de chasseurs et de hussards qui sont en Espagne tout ce qui est disponible, pour renforcer les régiments des armées d’ Allemagne et les y incorporer.

Pour le premier moyen, il suffit d’un simple ordre, que vous expédierez aux dépôts des 5e, 7e, 8e et 9e de hussards, et à ceux des 1er, 2e, 3e,  7e, 11e, 12e, 13e, 16e , 20e de chasseurs, d’envoyer à Strasbourg tout ce qu’ils ont de disponible. Faites-moi connaître combien ces treize régiments pourront envoyer à Strasbourg.

Vous recommanderez au général chargé d’organiser les escadrons de marche d’avoir bien soin de se conformer, pour cette formation, à celle des brigades de cavalerie légère de l’armée du Rhin. En conséquence, il réunira les différents détachements, et escadrons de marche, de la manière suivante, savoir: 1er escadron de marche, composé des détachements des 1er, 2e et 12e de chasseurs,; 2e escadron, des détachements des 5e, 7e de hussards et 11e de chasseurs; 3e escadron, des détachements des 8e de hussards et 16e de chasseurs, 4e escadron, des détachements du 13e de chasseurs;  5e escadron, des détachements des 9e de hussards, 7e et 20e de chasseurs. On dressera procès-verbal de cette opération, et vous m’en rendrez compte à temps, pour que je puisse ordonner le mouvement de ces escadrons au delà du Rhin.

Quant au deuxième moyen, qui est de tirer des dépôts de cavalerie légère de l’armée d’Espagne, j’y ai pourvu par le décret qui vous sera adressé.

Je sais que le 10e, le 22e, et le 26e de chasseurs ne sont pas compris dans cette mesure ; mais ces trois régiments exigent un rapport particulier, vus qu’ils peuvent me fournir un ou deux escadrons, et que je serai toujours à temps de les faire agir sans incorporation.

Quant aux cinq régiments qui ont leurs dépôts en Piémont, j’ai ordonné que ces dépôts dirigeassent sans délai des détachements sur Plaisance. Donnez ordre que de Plaisance ces détachements continuent leur route sur Vérone. Le 15e de chasseurs, ayant ses esca­drons de guerre en Espagne, incorporera dans le 14e les 100 hommes qu’il a disponibles à son dépôt.

Lorsque toutes ces opérations seront terminées, je désire que vous me fassiez connaître quel sera l’effectif de mes dix-sept régiments de cavalerie légère en Allemagne.

Je désirerais avoir en Allemagne 14,000 chasseurs ou hussards, 13,000 cuirassiers et 3,000 dragons; total, 30,000 hommes de cavalerie. J’attends votre rapport sur les dragons, pour la formation des quatre ou cinq régiments provisoires de dragons.

Chargez le général sénateur Beaumont de se rendre à Strasbourg, pour y être spécialement chargé de la formation de cette division.

 

Paris, 8 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

J’ai formé seize cohortes de 10,000 conscrits de ma Garde. Présentez-moi la nomination de quatre élèves de l’école militaire de Saint-Cyr pour remplir les places de sous-lieutenant dans chacune de ces cohortes; ce qui fera l’emploi de 64 élèves. Ces jeunes gens seront sons les ordres des officiers de ma Garde, les aideront à former les conscrits el rempliront le rôle d’adjudant. Ils pourront servir aussi à marcher avec les détachements pour les régiments où ils auront une destination définitive; ce qui, avec les 104 élèves nécessaires pour les 5e bataillons, fera 168 élèves que l’école devra fournir cette année. Présentez-moi 168 jeunes gens pour remplacer ceux-là à Saint-Cyr.

Faites-moi connaître ce que l’école de la Flèche et les lycées pourraient fournir.  J’ai quarante lycées; si chacun peut fournir 10 élèves âgés de dix- huit ans, ce serait 400 caporaux fourriers que j’enverrais, 200 dans les différents régiments, et 200 dans les corps de l’armée du Rhin. Il faut voir si l’École polytechnique ne pourrait pas fournir une cinquantaine d’officiers. Faites demander aussi si l’école de Compiègne ne pourrait pas fournir une cinquantaine de jeunes gens âgés de plus de dix-sept ans, pour incorporer dans les compa­gnies d’ouvriers d’artillerie.

 

Paris, 8 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

J’ai été voir hier l’école militaire de Saint-Cyr; je l’ai trouvée moins bien qu’à Fontainebleau. Il m’a paru qu’on s’était relâché beaucoup sur la tenue et l’instruction. J’en ai témoigné mon mécontentement au commandant et au vice-connétable, qui aurait dû y faire de fréquentes visites pour s’assurer que l’intégrité des règlements était maintenue.

Il m’a paru mauvais: 1° qu’on n’ait point mis l’infirmerie dans le nouveau bâtiment, au lieu de la placer an milieu des corps de logis; 2° qu’il n’y eut que 18 élèves qui travaillassent à l’équitation. Cependant il y a 18 chevaux qui peuvent servir à exercer 72 élèves. Vous savez le besoin qu’a la cavalerie d’officiers intelligents et connaissant le cheval. Il me semble que tenir un manége pour 18 élèves, c’est ne pas remplir mon but et perdre un temps utile. 3° Je n’ai pu qu’être très-mécontent de voir que les règlements n’étaient point exécutés; que les chambrées étaient détruites, des servants introduits; que les élèves ne vont plus à la cuisine prendre leur ordinaire, et n’apprennent plus à connaître le détail de la vie du soldat, ce qui rend ridicule de les faire manger à la gamelle. 4° Les travaux en terre sont négligés ; aucun élève ne manie la hache ni la pioche; aucun ne sait faire un gabion ou un saucisson. 5° L’artifice est encore plus négligé. La plupart des élèves m’ont dit qu’il fallait une livre de poudre pour faire dix cartouches; on ne leur a donné aucune idée sur la confection des artifices; ils ne connaissent ni la poudre, ni aucune des manières de l’employer. 6° Les détails de l’artillerie sont aussi négligés; les pièces sont sans prolonges. Les élèves n’ont aucune idée des manœuvres de force. Aucun n’a jamais prononcé le mot de but-en-blanc. Beaucoup m’ont dit qu’un fusil portait à dix-huit cents mètres. Aucun n’a idée du poids et de la charge d’un canon. Ils ne savent pas, , comme officiers d’artillerie, ce qu’il importe à un officier d’infanterie de savoir. Ce qu’ils ne sauront qu’avec le temps, on pourrait le leur apprendre en quinze jours avec l’intelligence naturelle à leur âge. Je les ai trouvés plus avancés sur l’administration militaire; mais peu savent ce que c’est que du biscuit, une ration d’eau­ de vie, etc. Quant à des gabions, à des palissades, saucissons, jamais ils n’en ont fait, ni vu faire; aucun n’a manié un outil de pionnier. Je n’ai pas reconnu l’école de Fontainebleau. J’irai visiter cette école tous les mois. Il faut qu’on revienne, en tout et pour tout, à ce qui se faisait à Fontainebleau et ne s’en éloigner en rien. A-t-on pu oublier mes intentions au point de faire entrer en ligne des hommes qui n’ont fait d’exercice qu’en blanc, qui n’ont jamais fait l’exercice à feu, tiré à la cible ? Tandis que j’entendais qu’un élève sortant de l’école militaire tirât comme un chasseur baléare. Il faut que chaque élève use dix cartouches à balle par jour en tirant an but, et apprenne à manier son fusil. En effet, ils ont moins d’expérience et sont plus jeunes que le dernier soldat de la compagnie qu’ils sont appelés à commander. On m’a donné pour raison qu’on n’avait pas de magasin à poudre; mais un seul caisson suffit, et la poudre ne gâte rien, ni ne fait mal à rien. Que, sous quinze jours, il y ait à Saint-Cyr un caisson chargé de vingt mille cartouches à poudre et de dix mille à balle. Les élèves feront les cartouches, les étoupilles, les lances à feu, etc. Qu’une cible soit établie sous quarante-huit heures, et que les 150 élèves qui me sont nécessaires pour entrer dans la ligne tirent dix cartouches à balle par jour. Donnez l’ordre qu’on leur fasse faire des pieux, des palissades, qu’on trace sans retard un ouvrage de for­tification et qu’on les y fasse travailler.

L’artillerie est entièrement négligée à cette école. L’officier qui y est m’a paru peu apte; d’ailleurs il est seul. J’avais établi à Fontainebleau deux maréchaux des logis. Il faudrait un officier d’examen qui portât plus de zèle dans l’instruction des jeunes gens, et auquel vous prescrirez d’employer plusieurs heures par jour à faire répéter aux élèves les détails de l’artillerie et la théorie des armes.

L’officier du génie n’est point logé, parce que, dit-on, il n’y a pas de logement; c’est une mauvaise raison; qu’il soit établi dans le bâtiment de l’École dès lundi prochain, et qu’il fasse travailler ces jeunes gens aux détails d’exécution de son arme. Les ouvrages de campagne doivent être tracés par l’officier du génie; un officier d’infanterie doit lui servir d’aide et diriger les élèves dans les travaux à faire.

Les élèves sont plus instruits sur la première partie de l’administration militaire, mais peu connaissent l’administration d’une armée en campagne; que cette seconde partie soit imprimée sans délai et montrée aux premières classes, et que le commissaire des guerres chargé de cette partie de l’instruction ne découche point.

Il faut que les élèves arrivant à leur corps en sachent plus que les vieux officiers d’infanterie; qu’ils connaissent un peu de mathématiques, un peu de fortification, moins de littérature; pourvu qu’ils sachent écrire, cela leur importe moins que de savoir, à leur entrée au corps, ce qu’ils ne sauront qu’en cinq ou six ans d’expérience, si on ne leur montre point au collège.

Je n’ai pas vu de grue, de chèvres, etc. Donnez des ordres pour que le système actuel soit promptement changé, qu’on en revienne à la stricte exécution des règlements, et pour que je n’aie que des louanges à donner à un établissement qui, sous tant de titres , a des droits à mon approbation, à ma première visite, que je ferai à la fin de mars.

 

Paris, 8 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, il y a quelques bandes de voleurs qui s’organisent dans les départements de Maine-et-Loire el de la Sarthe. Donnez l’ordre qu’un chef d’escadron du 26e de chasseurs, et, s’il n’y a pas de chef d’escadron, un capitaine, parte de Saumur avec un escadron de 200 chasseurs, composé d’hommes de choix, et dans lequel il entre beaucoup d’officiers et de sous-officiers, afin de pouvoir former de cet escadron huit pelotons composés de 25 hommes chacun et commandés par un officier. Cet escadron se rendra à Angers, où il sera sous les ordres du colonel de la gendarmerie, et se mettra à la poursuite des brigands.

Mandez au préfet et au commandant de la division cet ordre, que vous enverrez, par un de vos aides de camp, qui ira sur les lieux. Écrivez que j’attends de la bravoure et de l’activité de cette troupe que ces brigands seront bientôt arrêtés.

Je donne ordre au colonel Henry, de la gendarmerie d’élite, de partir demain, à la pointe du jour, avec 80 gendarmes d’élite, pour se rendre en toute diligence au Mans, où il sera rendu en six jours.

Vous donnerez l’ordre, à Tours, au régiment provisoire de dragons qui s’y trouve, de faire partir un chef d’escadron ou un capitaine, avec un escadron de 250 dragons partagés ainsi qu’il suit : un officier et 50 hommes d du 3e, un officier et 50 hommes du 10e ; un officier et 50 hommes du 8; un officier et 50 hommes du 14; un officier et 50 hommes du 25; lesquels se rendront au Mans, où ils seront sous les ordres du colonel Henry.

Vus donnerez ordre au colonel Henry d’être rendu au Mans demain dans la nuit. Il prendra ces 250 dragons qui, avec ses 80 gendarmes d’élite, lui feront 330 hommes, et, de concert avec les 200 chasseurs qui partent de Saumur, il se mettra à la poursuite des brigands de ce département. Vous donnerez au colonel Henry l’ordre de se porter partout où les brigands se réfugieraient, et de ne pas revenir qu’il ne les ait entièrement extirpés; il verra, avant de partir, le ministre de la police, que je charge de lui donner l2,000 francs pour les dépenses extraordinaires et secrètes de cette expédition.

Vous chargerez le colonel Henry d’une lettre par laquelle vous le constituerez commandant d’une colonne mobile pour poursuivre les brigands partout où ils se  réfugieraient.

 

Paris, 8 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je ne puis approuver la mesure que propose le général Morgan de capituler avec les brigands. Un fonctionnaire public ne doit point faire de pacte avec des brigands. Veut-on par cette faiblesse ressusciter la Vendée ? Ordonnez à ce général de rendre compte de sa con­duite et de ne se mêler à l’avenir que de faire exécuter les lois.

 

Paris, 8 mars 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Il y a des mouvements dans la Mayenne et la Sarthe; il ne faut point jouer avec. J’ai ordonné au ministre de la guerre de faire partir de Tours 250 dragons. J’ordonne qu’on fasse partir demain de Paris 80 gendarmes, qui seront réunis au Mans en six jours, et de Saumur 200 hommes du 26e de chasseurs; ce qui, joint à la gendarmerie du département et de la compagnie départementale, fera une force de 600 hommes. Le colonel de la gendarmerie d’élite Henry sera rendu au Mans demain, dans la nuit. Il viendra prendre vos instructions avant de partir. Vous lui remettrez 12,000 francs pour dépenses secrètes, dont il emploiera la moitié en frais d’espionnage el dépenses secrètes, et l’autre moitié à faire des avances à la troupe, pour qu’elle ne fasse point essuyer de vexations aux habitants et qu’elle soit bien.

Vous lui remettrez des lettres pour les préfets de la Sarthe, de la Mayenne, de Maine-et-Loire, et pour les colonels de gendarmerie. Vans leur ferez connaître que le colonel Henry est constitué commandant de forces mobiles, et qu’ils aient à le seconder dans la recherche et la poursuite des brigands sur le territoire de ces départements, de la division militaire et de toute la légion de gendarmerie. Le colonel Henry ne doit pas revenir que tous les rassemblements ne soient dispersés.

 

Paris, 8 mars 1809

Au général  Savary, duc de Rovigo, commandant la gendarmerie d’élite, à Paris

Monsieur le Général Savary, il a paru dans le département de la Sarthe trois ou quatre bandes de brigands de dix à douze hommes chacune. Mon intention est que 80 gendarmes d’élite partent demain, à la pointe du jour, et arrivent en six jours au Mans. Ils seront commandés par quatre officiers des plus intelligents. Je donne ordre également que 250 hommes des dragons qui sont à Tours se rendent an Mans (ils y seront dans trois jours), et que 200 hommes du 26e de chasseurs se rendent à Angers. Tontes ces forces, auxquelles se réunira la gendarmerie du pays et, s’il est nécessaire, la garde départementale, formeront plus de 600 hommes.

Donnez ordre au colonel Henry de se rendre demain, avant neuf heures, chez le ministre de la police, qui lui remettra 12,000 francs, dont 6,000 seront pour dépenses secrètes, et 6,000 pour avances à faire aux troupes, afin qu’il n’y ait aucun prétexte pour vexer le pays. Le ministre lui remettra en outre des lettres qui feront connaître aux autorités que je l’ai nommé commandant des colonnes mobiles; enfin il lui remettra une note instructive sur les événements qui se sont passés dans ces deux départements. Vous recommanderez au colonel Henry de s’entendre avec les préfets de la Sarthe et de Maine-et-Loire et avec les commandants de gendarmerie. Il fera donner des cartouches à ses troupes; il les divisera en douze colonnes, chacune de 50 hommes, composée de gendarmes d’élite, de gendarmes du département, de dragons et de chasseurs. Il prendra ainsi ses mesures pour arrêter tous ces brigands; il les poursuivra partout où ils se retireraient, et ne devra point retenir qu’ils ne soient tous pris. Il aura soin de maintenir la plus sévère discipline. Je n’approuve aucune espèce de pardon que s’est permis le préfet de la Sarthe : il n’y a pas de pardon pour les criminels; ils doivent être arrêtés, traduits devant les tribunaux de Paris.

Il est nécessaire que le colonel Henry soit de sa personne, demain dans la nuit, au Mans, pour prendre tous les renseignements sur les lieux et faire toutes les dispositions convenables avant l’arrivée de sa troupe. Il partira après avoir pris les ordres des ministres de la guerre et de la police.

 

Paris, 8 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je suppose que vous avez écrit en chiffre au général Marmont, par terre et par mer, pour lui apprendre mes préparatifs en Allemagne, et lui faire connaître qu’au 20 mars mes armées seront en présence. Je n’ai point l’intention d’attaquer. Je suppose qu’à la même époque les divisions Seras, Broussier, Grenier, Lamarque et Barbou seront en ligne, c’est-à-dire sur la rive gauche de l’Adige. Aussitôt que les probabilités d’hostilités deviendraient plus imminentes, il faudra que Miollis s’approche avec sa division. J’ordonnerai dans ce cas au roi de Naples d’envoyer occuper Rome. Faites connaître au général Marmont qu’il doit choisir et tracer son camp retranché sur les frontières de la Croatie, afin de tenir en échec une force égale à la sienne, ou de ne pas compromettre le pays s’il l’abandonnait.

 

Paris, 8 mars 1809

A Joachin Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Toutes les troupes autrichiennes sont campées sur les frontières de la Bohême et de la Bavière et couronnent les Alpes Juliennes et l’Isonzo. Vous avez dû recevoir l’ordre du ministre de la guerre de disposer vos troupes de manière à avoir une division disponible pour marcher sur Rome. J’attends que ces dispositions soient faites, pour faire entrer dans la haute Italie les troupes du général Miollis.

 

Paris, 9 mars 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, faites connaître à M. de Dreyer que j’ai ordonné qu’il fût remis au roi de Danemark cent milliers de poudre, indépendamment des cent milliers qui lui ont déjà été livrés. Je viens de donner un nouvel ordre pour mettre à la disposition de ce prince trois cents pièces de canon en fer, qui se trouvent dans la Poméranie suédoise, avec affûts, et la moitié des fers coulés de la Poméranie pour approvisionnement.

 

Paris, 9 mars 1809

A M. Cretet, comte de Champmol, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, mon intention est que le projet du sieur Legrand pour Saint-Denis, qui a été approuvé, soit exécuté et qu’il n’y soit rien changé. Ainsi, au lieu de 500,000 francs, il ne faudra plus que 300,000 francs. Vous avez un crédit de 130,000 francs pour cet objet. Lorsque ce crédit sera épuisé, on pourvoira aux autres 130,000 francs.

Je désire que vous me fassiez le détail des travaux qui doivent coûter les 500,000 francs qu’on demande, pouvoir s’il n’y a pas des économies à faire. Ce qu’on propose me paraît une folie: on propose de faire un rang de chapelles parallèles. J’ai été à Saint­ Denis, je n’y ai vu que deux choses à faire, le carrelage el le revêtement en marbre de deux colonnes. Voyez si vous pouvez, avec le crédit que vous avez, faire faire ce carrelage et revêtir de marbre les colonnes. Faîtes faire la statue de Charlemagne en marbre. Mon intention est que le Chapitre puisse officier le 1er août prochain.

Il restera à voir ce qu’on doit faire des bâtiments. La nature des choses demande un établissement religieux; on peut y établir, ou les Sœurs de la charité, ou l’école normale, ou le séminaire métropolitain de Paris, ou tout autre établissement de ce genre. Faites-moi un rapport là-dessus. Faites-moi aussi un rapport sur Sainte­ Geneviève; il ne faut point qu’on m’entraîne dans de folles dépenses.

 

Paris, 9 mars 1809

Au comte Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice, à Paris

Vous écrirez aux procureurs criminels de Mayenne, Sarthe et Maine-et-Loire que des crimes ont été commis ce mois sur divers points de ces départements, concernant des individus affiliés, des chefs de bandes organisées. Les magistrats paraissent pactiser avec ces brigands et accorder l’impunité à leurs crimes. Ni préfets ni généraux n’ont le droit de faire grâce et de faire taire le respect des lois. Poursuivre les individus réunis en bandes  et criminels de crimes quelconques  compromettant la société et l’État.

 

Paris, 9 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je reçois votre rapport du 8. Je vois que l’artillerie, les bataillons du train, qui sont en Allemagne, manquent de soldats. Ne serait-il pas possible de tirer de ceux d’Espagne, qui sont trop considérables, des hommes pour les incorporer dans les premières compagnies ? .Je l’ai fait pour les régiments de chasseurs et de hussards. Cela porterait au complet les bataillons du train en Allemagne.

Le général Lemoine est nommé commandant d’armes de Wesel.

 

Paris, 9 mars 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, je désire avoir un des bataillons de la flottille à l’armée du Rhin. Voici quel serait mon but; faites­ moi connaître s’il serait rempli. 1,200 marins seraient fort utiles cette année pour le passage des rivières et pour la navigation du Danube. Mes marins de la Garde m’ont rendu de grands services dans les dernières campagnes, mais ils faisaient un service qui était indigne d’eux. Les marins qui composent les bataillons de la flottille savent- ils tous nager ? Sont-ils tous capables de mener un bateau dans une rade ou dans une rivière ? Savent-ils l’exercice d’infanterie ? S’ils ont cette instruction, ils me seront fort utiles. Il faudrait envoyer avec eux quelques officiers d’artillerie de marine et une centaine d’ouvriers avec leurs outils. Ce serait d’une grande ressource pour le passage el la navigation des rivières.

 

Paris, 9 mars 1809

Au vice amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vois qu’il n’y a plus de vaisseaux en construction. Je vois que les ateliers diminuent beaucoup. Si les trois bâtiments qui sont à la mer éprouvaient un accident, ils ne seraient pas réparés cette année. Il doit y avoir à Anvers neuf vaisseaux; il n’y en a que sept. Quand le Conquérant et le Superbe seront-ils commencés ? Combien à l’eau cette année ? Le Tilsit et le Friedland pourront-ils être finis celle année et porter Flessingue à douze vaisseaux ? A Brest, il n’y a plus rien sur le chantier; serait-il possible de finir le Nestor ? A Lorient, il n’y a plus que trois vaisseaux sur le chantier ; il n’y en a jamais eu moins. A Rochefort, il n’y en a que trois, Je suppose que le Triomphant pourra remplacer le Jean-Bart, et que vous mettrez à l’eau l’Iéna pour remplacer un des vaisseaux de l’escadre qui aurait des accidents et maintenir Rochefort à onze vaisseaux. Il faudrait commencer à élever un autre bâtiment sur le chantier à Toulon. Je ne vois pas pourquoi l’Annibal n’est pas réparé, de manière à avoir quatorze vaisseaux français et deux russes. Je vois sur le chantier l’Ulm; sa mise à l’eau portera l’escadre de Toulon à quinze vaisseaux. Il faut se dépêcher de mettre à Toulon deux vaisseaux sur le chantier.

Faîtes-moi un rapport qui me fasse connaître où en est le port de la Spezia. Pourquoi n’y a-t-on pas mis un bâtiment en construction ? Je vois deux frégates et un brick; est-ce à Gènes ou à la Spezia qu’ils sont en construction ? .Ie ne le vois pas bien par l’état de situation.

 

Paris, 9 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre que la partie de ma Garde qui est restée à Valladolid, c’est-à-dire l’infanterie, la cavalerie et l’artillerie, se dirige sur Vitoria, où elle recevra de nouveaux ordres, de sorte qu’il n’y ait plus personne de ma Garde au delà de Vitoria. Donnez le même ordre pour mes chevaux et le service de mes écuries qui seraient encore à Valladolid.

 

Paris 9 mars 1809

Au vice-amiral Ganteaume, commandant l’escadre de la Méditerranée, à Toulon

Monsieur le Vice-Amiral Ganteaume, je reçois votre lettre du ler mars, j’ai appris avec plaisir la prise de la frégate anglaise la Proserpine. En faisant sortir fréquemment des escadres légères, vous obtiendrez beaucoup de succès de cette espèce, vous prendrez même des vaisseaux; mais, pour cela, il faut bien organiser vos signaux jusqu’à la Spezia et Livourne, et, lorsque vous serez instruit de la station de quelques bâtiments anglais, les faire envelopper par des forces supérieures. Quel que soit le résultat de ces expéditions, j’en approuverai toujours la conception, quand même je devrais y perdre quelques bâtiments. C’est l’inaction dans laquelle on s’est constamment renfermé qui a inspiré aux Anglais cet excès d’audace de bloquer nos côtes avec des bricks, el de ne pas même se donner la peine de tenir des vaisseaux contre les escadres renfermées dans mes rades.

 

Paris, 9 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, le commandant du Mont Cenis ne donne pas de paille aux détachements qui passent.

Il me revient que, dans la 27e et dans la 28e division militaire, les commandants et les municipalités envoient les détachements beaucoup trop loin, et à cinq ou six lieues dans les terres; ce qui fatigue et excède le soldat. Recommandez aux commandants de veiller à ce que les détachements ne soient point fatigués.

 

Rambouillet, 11 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, faites partir le régiment de marche de cuirassiers, qui est à Brescia, pour Augsbourg, où chaque détachement rejoindra con corps; qu’il franchisse le Tyrol aussi promptement que possible, en faisant de bonnes journées et sans séjours. Faîtes-lui donner en partant la solde jusqu’au ler avril. Je ne sais où en est la Chiusa vénitienne, près de Pontebba. Si on peut la mettre à l’abri d’un coup de main en six semaines ou deux mois, vous pouvez y faire travailler. Faites bien reconnaître la position entre Tarvis et Osoppo, pour empêcher les Autrichiens de passer par là. Je suppose que les hauteurs d’Osoppo sont en état de défense; pressez tous les petits ouvrages d’Osoppo. Je suppose que vous aurez placé un poste sur les confins, du côté de Tarvis, avec un officier intelligent pour explorer ce qui se passe en interrogeant tous les passants et empêchant tontes les com­munications.

Faites-moi connaître comment les régiments qui sont en Italie se procurent des souliers. Ceux qui ont leurs dépôts en Italie ne sont pas en peine, mais comment feront ceux dont les dépôts sont en France ? Les souliers sont-ils bons en Italie ? Y sont-ils chers ?

 

Rambouillet, 11 mars 1809

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à La Haye

Je reçois votre lettre du 26   février. Pourvoyez à la défense de la Hollande et organisez au moins 20,000 hommes présents sous les armes, sans compter ce que vous avez en Allemagne et en Espagne, afin de mettre votre pays à l’abri de toute incursion, car la guerre est imminente. Toutes mes troupes sont employées, et vous serez sûrement attaqué au mois de juin ou de septembre.

 

Rambouillet, 11 mars 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne

J’ai lu un article de la Gazette de Madrid qui rend compte de la prise de Saragosse. On y fait l’éloge des brigands qui ont défendu cette ville, sans doute pour encourager ceux de Valence et de Séville. Voilà en vérité une singulière politique ! Certainement il n’y a pas un Français qui n’ait le plus grand mépris pour ceux qui ont défendu Saragosse. Ceux qui se permettent de pareils écarts sont plus dangereux pour nous que les insurgés. Je crois bien qu’O’Farill ne l’a pas fait dans une mauvaise intention; mais j’ai déjà eu occasion de remarquer de pareilles inconvenances dans une proclamation où il parla de Sagonte, de Numance, etc.

 

Rambouillet, 12 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, il y a à l’armée du Rhin vingt et un régiments d’infanterie; treize ont les grenadiers et voltigeurs de leur 4e bataillon avec les bataillons de guerre et viennent de recevoir l’ordre d’envoyer les 1e et 2e compagnies de fusiliers, pour porter ces  4e bataillons à quatre compagnies.

Le 7e d’infanterie légère doit recevoir le même ordre. C’est par erreur que, dans mes lettres précédentes, on a mis le 5e régiment d’infanterie légère. Les grenadiers etr voltigeurs de ce régiment sont au 4e bataillon. ; faîtes-les partir, sans délai, avec ce qu’il y a de disponible des compagnies de fusiliers, de sorte que ce régiment ait quatre compagnies  de son 4e bataillon avec ses bataillons de guerre.

Le 17e de ligne et le 21e ont déjà leur 4e bataillon à l’armée du Rhin.

Quatre régiments, savoir : le 13e régiment d’infanterie légère, le 25e, le 48e et le 108e, ont leur 4e bataillon aux camps de Boulogne et d’Anvers. Ces 4e bataillons ne pourront partir pour l’Allemagne que lorsqu’on aura pourvu, par l’organisation des réserves, à la défense des camps. Le 15e régiment d’infanterie légère a son 4e bataillon en Espagne. Ainsi l’armée du Rhin devrait avoir 84 bataillons; mais un bataillon est en Espagne et quatre sont retenus momentanément dans les camps de Boulogne et d’Anvers; total, cinq bataillons à déduire. Il devrait rester à l’armée du Rhin 79 bataillons. Mais il y a encore une autre déduction à faire sur ce nombre. Quatorze régiments ne pourront envoyer les 5e et 6e compagnies de leur 4e bataillon que lorsqu’elles auront été complétées par la conscription de 1810; ce qui fait vingt et une compagnies de moins, ou la valeur de près de quatre bataillons à déduire. Ainsi l’armée du Rhin aura donc, au 1er avril, 75 bataillons, qui, à 840 hommes chacun, doivent donner une force de 63,000 hommes.

Lorsque l’armée du Rhin aura reçu les quatre bataillons de Boulogne, 3,360 hommes, sa force se trouvera portée à  66,360 hommes, Enfin, lorsqu’elle aura reçu les vingt et une compagnies que les 4e bataillons ont de moins en ce moment, 2,940 hommes, la force totale de l’armée sera définitivement de 69,000 hommes.

Le corps d’Oudinot doit être composé de douze demi-brigades, chacune forte de trois bataillons, ce qui devrait faire trente-six bataillons; mais il y en a quatre, savoir : le bataillon du 28e, celui du 46e, celui du 50e et celui du 75e, qui ne pourront passer le Rhin que lorsqu’il aura été pourvu à la défense des côtes. Resteraient donc trente-deux bataillons. Mais ces trente-deux bataillons n’ont encore chacun que quatre compagnies, hormis les tirailleurs corses et les tirailleurs du Pô, qui en ont chacun neuf; il manque donc deux compagnies à chacun des trente autres bataillons, ce qui fait soixante compagnies de moins, ou la valeur de dix bataillons à déduire.

Ainsi l’armée d’Oudinot aura donc, au 1er avril, vingt-deux bataillons, qui, au complet de 840 hommes, doivent présenter une force de 18,480 hommes. A quoi il faut ajouter une treizième demi­ brigade, formée de trois bataillons portugais et forte de 1,500 hom­mes environ; ce qui portera la force du corps du général Oudinot, au 1er avril, à 19,980 hommes. Lorsque ce corps aura reçu les quatre bataillons de Boulogne, il devra former un total de 23,340 hommes. Enfin, lorsqu’il aura reçu les 5e et 6e compagnies que les 4e bataillons complètent en ce moment (soixante compagnies à 140 hommes, 8,400 hommes), le corps du général Oudinot devra définitivement être fort de 31, 740 hommes.

Le corps d’observation du Rhin est de douze régiments, ce qui devrait faire 48 bataillons ; mais sept bataillons sont en Espagne, un au camp de Boulogne et quatre sont au corps du général Oudinot; total, douze bataillons à déduire. Le corps d’observation du Rhin, au lieu de 48 bataillons, ne peut être composé, au 1er avril, que de 36, ce qui doit faire une force de 30,240 hommes, et, lorsque le bataillon que ce corps d’armée a sur les côtes aura pu le rejoindre, sa force totale sera alors de 37 bataillons et de 31,080 hommes.

Le corps des villes hanséatiques a deux régiments, ce qui devrait faire huit bataillons; mais le 5e d’infanterie légère a deux bataillons en Espagne et le 19e de ligne en a un au camp de Boulogne, ce qui fait trois bataillons à déduire; restent donc cinq bataillons, qui, au 1cr avril, doivent présenter une force de 4,200 hommes, et, lorsque le bataillon que ce corps a au camp de Boulogne aura pu rejoindre en Allemagne, la force du corps des villes hanséatiques se trouvera être de 5,040 hommes.

Ainsi on peut résumer des trois manières suivantes l’aperçu de la situation de mes armées en Allemagne :

1°Au 1er avril. 2° Après le retour des

bataillons de Boulogne.

3° Après l’arrivée

des 5e et 6e compagnies des 4e bataillons

CORPS
  Bataillons. Hommes. Bataillons. Hommes. Bataillons. Hommes.
Armée du Rhin 73 63.000 79 66,360 83 69,000
Corps des villes hanséatiques 5 4.200 6 5,040 6 5,040
Corps d’Oudinot 25 19.980 29 23,340 39 31,740
Corps d’observation du Rhin 36 30,240 37 31,080 37 31.080
141 117,420 151 125,820 165 136,860

 

 

Rambouillet, 12 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

J’approuve l’organisation de l’artillerie du corps d’observation du Rhin, avec cette modification, qu’au lieu de 32 caissons d’infanterie, il faut en mettre 44, pour avoir 1,500,000 rations attelées, et calculer sur 25,000 baïonnettes. Il faut, pour chaque division, une compagnie d’artillerie à pied et quatre à cheval ; ce qui fait quatre compagnies à pied et quatre à cheval. Il n’y a que trois compagnies d’artillerie à pied et une à cheval ; c’est donc trois compagnies à cheval et une à pied à envoyer.  En ajoutant deux compagnies au parc, cela ferait trois compagnies d’artillerie à pied et trois à cheval à envoyer, ou six compagnies.

Il y a cinq compagnies à pied qui arrivent de Valence; il y en aura donc deux de reste, qui seraient à la disposition du général Songis pour le parc général. Il vient de Valence deux compagnies à cheval;  ce sera donc une autre à fournir. Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

 

Rambouillet, 12 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

J’ai donné l’ordre, et vous le réitérerez, pour que les cadres des 3e et 4e escadrons des vingt-quatre régiments de dragons qui sont en Espagne se rendissent en France. Vous donnerez ordre au dépôt d’Auch que tous les officiers et sous-officiers des 3e et 4e escadrons des mêmes régiments de dragons se dirigent sur-le-champ sur Versailles.

J’ai donné l’ordre, et vous le réitérerez, que les hommes sans chevaux des régiments qui sont en Espagne se dirigent sur Bayonne. Donnez ordre à Bayonne qu’ils soient dirigés sur leurs dépôts.

J’ai donné des ordres, et vous les réitérerez, pour que tous les hommes montés ou non montés du dépôt de Niort, ou qui y arrive­ront, se dirigeassent sur leurs dépôts, hormis les hommes montés en état d’entrer en campagne, qui se dirigeront sur Strasbourg.

J’aurai, par ce moyen, en France quarante-huit escadrons de dragons. Ces quarante-huit escadrons, à 200 hommes chaque, feront 9,600 hommes. Je composerai alors douze régiments provisoires de quatre escadrons des 3e et 4e escadrons de chaque régiment.

Faites-moi un état à plusieurs colonnes, indiquant 1° le nombre de chevaux existant en France, y compris les dépôts d’Auch, de Niort, et le régiment provisoire de Tours; 2° le nombre de dragons annoncés comme partis d’Espagne et sans chevaux; 3° le nombre de conscrits à recevoir de 1810. Je suppose que toutes ces parties réu­nies ne doivent pas former moins de 10,000 hommes. Vous me ferez faire un second état, indiquant le nombre de chevaux existant aux dépôts, en comprenant les dépôts de Niort, d’Auch, et le régiment provisoire de Tours, le nombre de chevaux dont les marchés ont été passés, enfin ceux pour l’achat desquels le ministre Dejean a pour six millions dans son budget de 1809. Je suppose que tout cela ne doit pas aller loin de 9 à 10,000 chevaux. Faites-moi faire le même travail sur les selles.

Je verrai alors ce qu’il faudra faire pour compléter mes quarante­ huit escadrons ou mes douze régiments provisoires. Mais mon intention est d’utiliser ceux que j’ai aujourd’hui, puisque je ne puis maîtriser les circonstances et qu’il serait ridicule que je laissasse oisifs  4 ou 5,000 chevaux de dragons que j’ai, lorsqu’ils peuvent être de quelque poids dans la balance.

Donnez donc l’ordre, demain matin: aux hommes montés en état de faire la guerre, appartenant aux 3e et 4e escadrons qui sont au dépôt d’Auch, officiers, sous-officiers et soldats, de se diriger sur Strasbourg; à tous les hommes montés en état de faire la guerre du dépôt de Niort, de se diriger sur Strasbourg; à tout le régiment provisoire de Tours, de se diriger sur Strasbourg. Deux cents hommes ont été mis sous les ordres du colonel Henry; donnez-lui l’ordre de les renvoyer sur Strasbourg dès qu’il n’en aura plus besoin. En­voyez en même temps des ordres aux dépôts des régiments de dragons qui sont en France de faire partir, vingt-quatre heures après la réception de votre ordre, tous les hommes disponibles montés, pour Strasbourg. Prenez vos mesures pour que les plus éloignés effectuent leur départ avant le 15 mars. Donnez également l’ordre à ces dépôts de faire partir, du 20 mars au 1er avril, pour Strasbourg, tous les hommes qu’ils auront disponibles, et toutes les fois qu’ils en auront dix en état de partir, en faisant comprendre aux commandants des dépôts quel est mon but. J’aurai ainsi à Strasbourg, le ….. les cadres de vingt-quatre compagnies de dragons.

Par des états que j’ai, plus récents que les vôtres, les dépôts de France peuvent fournir, au lieu de 900 hommes, 1,500 hommes; 200, an moins, partiront d’Auch, 1,000 de Tours, 200 de Niort. J’aurai donc 3,000 dragons rendus à Strasbourg dans les premiers jours d’avril.

Chargez le sénateur, général de division Beaumont, de se rendre à Strasbourg avant le 20 mars, afin de passer la revue et d’organiser quatre régiments provisoires. Vous désignerez quatre majors pour commander les quatre régiments provisoires.

Le 1er régiment provisoire se compose de six compagnies des 4e escadrons des 1er, 3e, 4e, 5e, 9e et 15e de dragons ; le 1er de dragons peut faire partir, après-demain, 120 hommes de Versailles ; il peut en faire partir 13 de Niort ; ce qui portera le cadre de cette compagnie à 130 hommes. Le 3e peut faire partir 110 hommes de Versailles et 16 de Niort ; ce qui, comme vous voyez, fera un bel escadron de 250 hommes. Le 4e régiment peut faire partir sur-le-champ 30 hommes de son dépôt ; il recevra 110 hommes du régiment provisoire de Tours et 20 hommes de Niort ; ce qui portera cette compagnie à 160 hommes. Le 5e peut faire partir 88 hommes de Versailles; le dépôt de Niort fournira 65 hommes; ce qui portera cette compagnie à 148 hommes. Le 9e recevra de son dépôt 90 hom­mes et 40 hommes de Niort. Le 15e recevra de son dépôt 78 hommes et 80 hommes du dépôt de Niort; ce qui fera qu’au 1er avril ce 1er régiment provisoire sera composé de 800 hommes prêts à entrer en campagne, indépendamment de ce que le dépôt d’Auch pourra envoyer directement.

Le 2c régiment pourra fournir 140 hommes de son dépôt ; il rece­vra 78 hommes du régiment provisoire de Tours, ce qui fera plus de 200 hommes; ainsi de suite pour les autres régiments. Il en est plusieurs, tels que le 25c, qui, ayant 120 hommes an régiment provisoire de Tours, 100 hommes à recevoir de son dépôt, pouvant en recevoir encore une vingtaine du dépôt d’Auch, auraient 250 hommes. Dans ce cas, vous devez recommander qu’au lieu de faire partir le cadre d’une compagnie on fasse partir tout le 4c escadron.

Mettez-moi sous les yeux un projet qui organise ces quatre régiments provisoires conformément au présent ordre. Vous aurez le temps, en expédiant les ordres demain matin, d’arrêter l’organisation et la formation de ces régiments avant l’arrivée des détachements à Strasbourg.

Mandez aux chefs des dépôts que les officiers qui sont au dépôt de Niort ou au régiment provisoire de Tours doivent se joindre à Stras­bourg avec les régiments; qu’ainsi ils doivent calculer en conséquence. Toutes les fois que les détachements réunis d’un même régiment feraient moins de 150 hommes, le cadre seul d’une com­pagnie sera suffisant; s’ils passent 200 hommes, le cadre du 4e esca­dron entier partira, de manière à former deux compagnies.

Dans la destination que j’ai donnée aux détachements des différents régiments qui concourent à la formation d’un même régiment pro­visoire, j’ai eu égard à l’emplacement des dépôts.

Si les circonstances ne deviennent pas pressantes, je laisserai à ces quatre régiments provisoires le temps de s’organiser à Strasbourg et d’y recevoir des renforts. Vous sentez qu’il me sera facile de former huit régiments de ces quatre, aussitôt que chaque régiment pourra envoyer son escadron complet, puisqu’alors j’aurai vingt-quatre escadrons que j’organiserai à trois escadrons par régiment. Du moment que j’aurai les quarante-huit escadrons, je ferai douze régiments provisoires que je porterai à quatre escadrons, mais en réunissant toujours les escadrons d’un même régiment dans le même régiment provisoire. C’est dans cet esprit que je n’ai point adopté la proposi­tion que vous m’avez faite de laisser subsister le régiment provisoire de Tours. Il s’ensuivrait que le 25e, par exemple, qui a à son dépôt plus de 100 hommes, aurait au régiment provisoire de Tours 100 autres hommes. Ce serait du désordre el de la confusion, et il n’y aurait rien à attendre de ce régiment. J’ai en Espagne trop de régiments de dragons, je n’en rappelle aucun; je me contente de rappeler les cadres et les hommes qui n’ont pas de chevaux. Avant la fin de l’année, les quarante-huit escadrons qui s’y trouvent n’en formeront pas probablement vingt-quatre.

 

Rambouillet, 13 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je désire que dimanche on me pré­sente, à la parade, une compagnie de chacun des 5e bataillons des 32e et 58e de ligne, 2e, 4e, 12e et 15e d’infanterie légère, complétée à 140 hommes; ce qui ferait un beau bataillon provisoire de six compagnies. Il faut que tous les hommes soient bien équipés et bien habillés, On me présentera également 300 hommes du 3e bataillon du 122e, en bon état.

Faites-moi connaître le nombre de conscrits de 1810 arrivés aux corps, et le nombre de ceux qui sont habillés.

Les conscrits de la Garde de 1810 me présenteront, à la parade de dimanche, tout ce qu’ils auront d’habillé et en formeront autant de compagnies qu’il y aura de fois 200 hommes. Quant aux conscrits  des quatre années antérieures à 1810, on me les présentera dans l’uniforme des corps auxquels ils sont destinés.

On me présentera également, à la parade de dimanche, les chasseurs du grand-duché de Berg, s’ils sont en état de paraître.

Vous donnerez ordre au général Durosnel de passer la revue de 1,300 chevaux des dépôts qui sont à Versailles, et vous m’en rendrez un compte particulier . On pourrait faire partir pour l’armée un millier de ces 1,300 chevaux.

Vous donnerez ordre au général Mouton de passe une revue particulière des 3,000 hommes des dépôts d’infanterie qui sont à Paris, de réformer tout ce qui est à réformer, et de vous faire connaître ce que le reste pourra fournir de disponible.

 

Rambouillet, 13 mars 1809, minuit.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je reçois votre travail du 12 mars sur la formation d’un corps de réserve, composé des 5e bataillons de l’armée. Je vous le renvoie pour que vous y fassiez faire quelques changements que je vais vous indiquer.

Lorsque j’ai passé la revue du 86e en Espagne, j’ai ordonné que les quatorze compagnies revenant de Portugal fussent formées en douze compagnies et composassent les deux premiers bataillons; ce qui, avec le 4c bataillon, qui était de l’ancienne armée d’Espagne, fait trois bataillons au delà des Pyrénées. Le 8c bataillon, qui doit être réorganisé, et le 5e se trouvent donc en Bretagne. Donnez ordre que tout ce qui appartient à ce régiment et se trouve en ce moment à Bordeaux et à Saintes, arrivant du Portugal, rentre dans la 18e division militaire, et que le 3c bataillon soit reformé sans délai. Ce 3e bataillon complété à 800 hommes, et le 5e bataillon fort de 800 hommes, feront partie du 1er régiment, qui se réunira à Pontivy.

J’ai donné l’ordre que le 8e bataillon du 70c, qui était à Saragosse, envoyât tous ses hommes disponibles à Madrid, et que le cadre retournât en Bretagne. Il faut réitérer cet ordre et prendre des mesures pour que le 8e bataillon soit également formé à 840 hommes; ce qui, avec le 5c bataillon du 70c, formé à 800 hommes, réunira 1,640 hommes.

Vous formerez alors de la manière suivante la brigade destinée à la défense de Pontivy: 1er régiment, composé du 3e bataillon du 70e, 840 hommes; du 5e bataillon du 70e, 800 hommes; du 5e bataillon du 70e, 800 hommes; total, 2,440 hommes; 2e régiment, composé du 3e bataillon du 86e, 840 hommes; du 5e bataillon du 86e, 840 hommes; du 5e bataillon du 15e de ligne, 800 hommes; total, 2,440 hommes. Total de la brigade qui se réunira à Pontivy, 4,880 hommes, près de 5,000 hommes .

Je n’ai aucune observation à faire sur le 2e régiment, qui désormais sera le  3e, ni sur le suivant.

Au 4e régiment, je vois que le 12e de ligne est porté comme devant faire partir pour l’armée du Rhin 560 hommes, c’est-à-dire les quatre compagnies de fusiliers du 4e bataillon; mais il serait nécessaire aussi de porter en compte le nombre d’hommes nécessaire pour compléter les grenadiers et voltigeurs de ce même 4e bataillon; or vous n’avez rien porté pour cette destination. En général, on a bien complété les grenadiers et voltigeurs du corps d’Oudinot, mais on n’a pas complété les grenadiers et voltigeurs des 4e bataillons de l’armée du Rhin. Il est vrai qu’ils doivent être complétés dans les 3e bataillons de guerre; mais alors c’est autant d’hommes à envoyer de plus aux bataillons de guerre.

Il faut faire ces changements sur votre état, qui, d’ailleurs, me paraît bien conçu.

Quant au 10e régiment, qui a été oublié, il faut en former un nouveau régiment qu’on réunira à Metz.

Il y il déjà à Metz le 12e régiment, qui devient le 13e, par suite des changements faits pour la formation de la brigade de Pontivy. Le nouveau régiment sera alors le 14e; ces deux régiments formeront une brigade. Il me semble que ce 14e régiment pourra être composé de la manière suivante: 1er bataillon, deux compagnies du 25e léger, deux compagnies du 6e léger, deux compagnies du 24e léger; 2e bataillon, deux compagnies du 26e léger, deux du 16e léger, deux du 32e léger; 3e bataillon, deux compagnies du 96e de ligne, deux du 22e de ligne, deux du 54e, deux du 15e de ligne. Il manque deux compagnies pour le 2e bataillon; on prendra les deux compagnies du 32e léger qui sont à Toulon.

Ainsi une brigade composée de deux régiments et forte de 5,000 hommes se réunira à Pontivy; une brigade composée de trois régiments et forte de 9,000 hommes se réunira à Paris; une brigade composée de deux régiments et forte de 5,000 hommes se réunira à Boulogne; une brigade composée de deux régiments et forte de 5,000 hommes se réunira à Gand et à Wesel; un régiment de 2,500 hommes se réunira à Madrid; une brigade forte de 5,000 hommes se réunira à Strasbourg; une brigade forte de 5,000 hommes se réunira à Metz; enfin deux brigades formant cinq régiments seront en Italie.

Quant à la formation de cette réserve, rien ne presse. Il me paraît qu’il est d’abord nécessaire d’achever de compléter les bataillons de guerre qui sont en Allemagne et les 4e bataillons qui doivent les rejoindre. Pour terminer cette opération importante, j’ai besoin que vous me remettiez les états suivants : !° un état de l’armée du Rhin, qui me fasse connaître la situation de l’effectif de tous les corps ; cette situation comprendra l’effectif des bataillons de guerre au 1er février, et l’augmentation résultant des envois de détachements partis jusqu’au 15 mars, et que l’on supposera arrivés au même nombre qu’ils sont partis ; une colonne fera connaître ce qui manque encore pour porter ces bataillons au grand complet; 2° un état de situation détaillé des 4e bataillons de l’armée du Rhin; cet état indiquera l’emplacement, le cadre, la situation de chaque compagnie et le nombre d’hommes, en comptant comme reçus ceux dont vous aurez appris le départ, et faisant connaître ce qui manque au complet.

Tous les 4e bataillons de l’armée du Rhin doivent avoir leurs grenadiers et voltigeurs et deux compagnies de fusiliers déjà partis; mais je crois que ces compagnies partent très-incomplètes, et qu’il y manque beaucoup de monde. Une colonne fera connaître les dispositions que j’ai prises pour distribuer en leur faveur une portion des conscrits de la Garde. Une autre colonne fera connaître ce qu’il faut prendre encore pour compléter les grenadiers et voltigeurs et les deux premières compagnies de fusiliers. Cela fait, il faudra pourvoir à compléter les 3e et 4e compagnies de fusiliers.

Les deux états que je viens de vous demander pour l’armée du Rhin, je vous les demande aussi pour le corps d’Oudinot et pour le corps d’observation. Enfin vous me présenterez dans une récapitula­tion : 1° le total de mes armées en Allemagne au 1er avril, en supposant reçu ce qui est parti pour les renforcer; 2° ce que devrait être leur situation au complet; 3° ce qui manque. Par là je connaîtrai ce qui me reste encore à envoyer pour porter mes armées d’Allemagne au complet, et ce n’est qu’après que ces armées et les 4e bataillons qui doivent les rejoindre seront complétés, qu’on pourra travailler à la formation du corps de réserve.

Les régiments du corps de réserve qu’il importe le plus de former promptement sont les deux de Saint-Omer et celui de Gand; mais il manque 3,300 hommes pour les compléter. Il est donc convenable que vous me proposiez de faire venir les cadres de ces différents régiments à Paris, pour y prendre 3,000 conscrits de la Garde et les conduire à Saint-Omer et à Gand, où ils compléteront les régiments; mais, pour cela, il faudrait que les cadres des bataillons fussent déjà formés. Vous me ferez donc connaître ceux des régiments qui, dès aujourd’hui, ont le cadre du 5e bataillon et ceux qui ne l’ont pas.

Par ce moyen, ces trois régiments se trouveront organisés; ce qui me mettra à même de disposer des dix 4e bataillons qui sont actuellement au camp de Boulogne, composés de conscrits des quatre années, et que je destine aussi à rejoindre les bataillons de guerre en Allemagne. Proposez-moi cette mesure, qui est des plus urgentes. Il me tarde aussi d’apprendre que les officiers de l’École militaire et les sous-officiers des vélites sont partis.

Je désire que vous m’apportiez mercredi l’état ci-joint, avec les changements et avec le travail que je viens de vous demander.

 

Paris, 13 mars 1809

ORDRE POUR LES TRAVAUX DES FORTIFICATIONS A EXÉCUTER EN 1809.

Kehl, 300,000 francs. – Finir entièrement l’escarpe des deux fronts d’attaque, de manière qu’on puisse les armer à la fin du mois d’août, 150,000 francs; faire l’escarpe de la lunette H, de manière qu’elle puisse être armée au mois d’août, si cela est nécessaire, 120,000 francs; épis, 30,000 francs; total, 300,000 francs. Le pont sera fait l’année prochaine, et, si Kehl était menacé, on ferait le barrage en bois provisoirement.

KASTEL, 620,000 francs. – Pour achever l’escarpe et contres­carpe des trois lunettes, 250,000 francs; achever les escarpes des deux fronts commencés, 200,000 francs; de manière qu’au mois d’août on puisse armer les trois lunettes et les deux fronts. Pour faire les terrassements et l’escarpe de la lunette n° 12, 150,000 francs; de manière que les quatre lunettes soient finies et puissent être armées au mois d’août. Pour achever de masser le front de gauche, de manière qu’il puisse être armé, 20,000 francs; total, 620,000 francs. Le réduit sera fait une autre année.

Quant à Mombach, le tracé qui m’est présenté ne me plaît pas. Revêtir tout ce fort, me paraît fort inutile et me paraît d’une grand dépense. Approcher de 2550 toises le bastion n° 2 de la hauteur, c’est le soumettre immédiatement au commandement de ladite hauteur. Je crois qu’il n’y a d’utile que de revêtir le bastion n° 4 et de donner à ce bastion un tracé tel que les faces n’en soient pas enfilées de la hauteur. A la manière dont il est tracé, il y a une face qui est tout à fait enfilée. Je désire donc qu’on ne fasse rien à cet ouvrage, jusqu’à ce qu’on m’ait présenté un autre tracé qui soit économique.

Les bastions 1, 2, 3, peuvent être en terre. Je n’ai désiré un réduit en maçonnerie que pour garder cet ouvrage avec moins de monde, et le mettre à l’abri d’une attaque de vive force, contre une colonne qui passerait sous le fort Meusnier et qui descendrait perpendiculairement sur le Rhin ; or du moment qu’il y a un réduit de maçonnerie qui met à l’abri de cette insulte, l’ennemi n’attaquera plus par Mombach, qui était précédemment un des points les plus faibles de la place. On sait assez les inconvénients qu’il y a à cheminer dans un marais.

La position de la France étant aujourd’hui plutôt offensive que défensive, je préfère donc que tous les moyens soient portés cette année sur Kastel, qu’il est important de finir. Les ouvrages 39, 38, 37 sont tout à fait à créer. Il faut donc affecter tous les fonds aux travaux de Kastel, suivant la répartition de 620,000 francs que j’ai faite.

WESEL, 500,000 francs. – Pour finir l’escarpe des trois fronts d’attaque de la citadelle Napoléon, 350,000 francs; pour continuer les bâtiments à l’épreuve de la bombe dans la citadelle de la place, 100,000 francs; pour divers travaux d’amélioration dans la place, 40,000 francs; fascinages, plantations, etc. dans la citadelle Bonaparte, 10,000 francs; total, 500,000 francs.

La citadelle Bonaparte semble la partie la plus forte de la place de Wesel, et les choses ont été arrangées pour que la citadelle de Wesel, la citadelle Bonaparte et la citadelle Napoléon forment une place très-forte. Ainsi l’ennemi ne s’amusera pas à prendre la ville, puisque, après l’avoir prise, il n’aura rien du tout. Il attaquera donc la citadelle de la place ou la citadelle Napoléon. S’il attaque la citadelle Napoléon, il faut que la citadelle Bonaparte soit tellement élevée que les ouvrages A, C battent l’ennemi dans la citadelle Napo­léon. Dans ce cas, on reste toujours maître de la place de Wesel, de la citadelle et de l’île de Büderich. C’est donc en réalité dans la citadelle Bonaparte que devraient être faits les magasins à poudre qu’on propose de construire; c’est là que devraient être les magasins de vivres et de bouche. L’étendue du camp retranché est de près de 600 toises; la courtine de la pièce A à la pièce B est de 150 toises , les courtines de la pièce B à la pièce C et de la pièce C à la pièce A sont chacune d’environ 150 toises et cela fait donc 300 toises de bâtiments qu’on peut construire à l’abri de la bombe; ce qui doit être un espace suffisant pour renfermer tous les magasins de la place, magasins d’artillerie, de vivres, manutentions, magasins d’habillement. Je désire donc que le magasin à poudre qu’on propose de construire soit placé dans la citadelle Bonaparte. La citadelle Napoléon sera longtemps la partie la plus faible de la place; les magasins doivent donc être dans l’île, puisque cette citadelle est conservée dans tous les cas, qu’elle est prise la dernière, et peut résister fort long­ temps lorsque tout le reste est pris.

JULIERS, 200,000 francs. – Pour achever le front 13, 10, 14, 100,000 francs, de manière que ce front soit terminé et que la place soit terminé et que la place soit fermée ; pour finir la lunette E, 15,000 francs; pour finir les trois lunettes A, B, C, 15,000 francs; pour fonder l’escarpe des trois lunettes A, B, C, 70,000 francs; total, 200,000 francs.

VENLOO, 50,000 francs. – Pour continuer les escarpes du fort Saint-Michel, 50,000 francs.

ANVERS, 110,000 francs. – Pour achever l’escarpe, les terrassements et chemins couverts de la lunette E, 40,000 francs; pour achever la lunette H et commencer le second souterrain, 10,000 francs; pour achever la lunette F et construire un souterrain, 30,000 francs; pour achever la lunette 1, 30,000 francs; total, 110,000 francs.

Il faut diriger les travaux de manière que les trois ouvrages de la rive gauche et de la lunette y soient entièrement finis avant juillet, époque à laquelle commencent les opérations de l’ennemi sur l’Escaut ; et, si les fonds pour la lunette 1 n’étaient pas suffisants, on en attribuerait sur les fonds de réserve de cette année.

FLESSINGUE, 300,000 francs. – Pour finir sur-le-champ et avant le mois de juillet les lunettes A et B, de manière qu’elles puissent être armées à la fin de juillet, tant pour battre le fleuve que pour défendre les approches de la place, 300,000 francs. Il faut me faire un rapport particulier sur Flessingue, me faire connaître combien on y a dépenser depuis mon passage, jusqu’où s’étend l’inondation, et me remettre à cet effet un grand plan.

ILE DE CADZAND, 500,000 francs. – Pour terminer l’ouvrage en terre cette année, s’il est possible, j’accorde 500,000 francs. Il faut tracer cet ouvrage autour de la batterie A, suivant les règles de l’art et le terrain, m’en adresser le projet, et le plus tôt possible commencer les travaux.

OSTENDE, 50,000 francs. Pavé et fascinage de la digue, 30,000 francs ; autres travaux, 20,000 francs ; total, 50,000 francs.

BOULOGNE, 300,000 francs – Pour le fort du moulin à huile, 100,000 francs ; pour le fort du renard, 150,000 francs ; Mont-Lambert, 40,000 francs ; fond de réparations, 10,000 francs ; total, 300,000 francs.

ILE SAINT-MARCOUF, 50,000 francs – Pour fermer les voûtes, 45,000 francs ; réparation, blockhaus, etc., etc. 5,000 francs ; total, 50,000 francs.

QUIBERON ; 50,000 francs – pour achever la caserne, 50,000 francs.

BELLE-ÎLE, 100,000 francs. Pour achever les mouvements de terre de cinq lunettes et de leurs chemins couverts, 60,000 francs; et pour construire un réduit dans une des lunettes et en fonder un second ,1,0,000 francs.

ÎLE D’AIX, 150,000 francs. Pour achever le réduit de la gorge, creuser son fossé et améliorer le front de terre, 60,000 francs; pour construire deux lunettes, 80,000 francs; pour les baraques à construire, 10,000 francs; total, 150,000 francs.

ALEXANDRIE, 3,600,000 francs. – Article ler. Demi-couronne de Saorgio, 390,000 francs. – Art. 2. Demi-couronne de Montenotte, 210,000 francs. – Art. 3. Couronne de Dega, 535,000 francs. ­- Art. 4. Demi-couronne de Marengo et pour les quais, déversoirs, écluses, 680,000 francs.- Art. 5. Demi-couronne de Mondovi, 285,000 francs. – Art. 6. Demi-couronne de Lodi, 290,000 francs. – Art. 7. Demi-lune CD, 58,000 francs. – Art. 8. Mur du quai du Tanaro, 305,000 francs. -Art. 9. Polygone d’artillerie, 25,000 francs. -Art. 10 Entretien, 2,000 francs. – Art. 11. Citadelle du Tanaro, 246,000 francs. – Art. 12. Fonder l’ouvrage de l’île du Tanaro, 145,000 francs. – Art. 13. Entretien, 4,000 francs. – Art. 14. bâtiments, etc. 425,000 francs. – Total, 3,600,000 francs.

GÊNES, 40,000 francs. – Pour achever les forts Richelieu et Quezzi, 30,000 francs; réparer les deux môles et le mur d’enceinte du côté de la mer, 10,000 francs.

LA SPEZIA. – Il faut m’en présenter les projets dans l’année.

CORFOU, 100,000 francs. – Pour la place, les batteries et les îles dépendantes, 100,000 francs.

VINCENNES; 70,000 francs. – Pour rétablir l’arche du pont du parc, 15,000 francs; un chemin de ronde, 20,000 francs; achever les deux tours, 30,000 francs; réparations, 5,000francs; total, 70,000 francs.

NAPOLÉON-VILLE, 50,000 francs. – Pour construire la caserne, 50,000 francs.

LANS-LE-BOURG, 60,000 francs. – Pour élever les maçonneries el couvrir la caserne, 60,000 francs.

CHAMBÉRY, 200,000 francs. – Pour les casernes et le pavillon, 200,000 francs.

AJACCIO. – Je désire pour l’hôpital d’Ajaccio un projet qui ne coûte pas plus de 100,000 francs.

TRAVAUX ORDINAIRES ; Fortifications. – 10 Communications mari­times, 120,000 francs; 2° réparations de vieilles places, 1,600,000 francs; 30 fonds imprévus, 164,000 francs; 4°· Écoles et dépôts, 110,000 francs; total, 2,000,000 francs.

Bâtiments. – 1 ° Loyers de casernes, 145,000 francs; 2° traite­ments de portiers, concierges, 75,000 francs; 3° établissements de paratonnerres, 30,000 francs; 4 ° réparation de vieilles casernes dans les places de guerre, 1,750,000 francs; total, 2,000,000 francs.

RÉCAPlTULATION. – Travaux extraordinaires, 7,450,000 francs; travaux ordinaires, 4,000,000 francs; total général, 11,450,000 francs.

 

Rambouillet, 14 mars 1809

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je pense qu’il est convenable d’envoyer aux sieurs Otto à Munich, Durand à Stuttgart, Bourgoing à Dresde, et à mes ministres à Carlsruhe et à Darmstadt, une copie de votre note à M. de Metternich el de votre conférence avec l’ambassadeur (voir plus haut).  L’une et l’autre de ces pièces sont bonnes à montrer.

NOTE DU COMTE DE CHAMPAGNY AU COMTE DE METTERNICH

Paris, 10 mars 1809.

Le soussigné, ministre des relations extérieures, a rendu compte à S. M. l’Em­pereur, son maître, de la communication qui lui a été faite par S. Ex. M. le comte de Metternich du retour de M. le comte de Mier, et de la résolution qu’avait prise le cabinet de Vienne de mettre ses armées sur le pied de guerre.

L’Empereur Napoléon a été peiné de cette résolution. Les armements de l’Autriche, la conduite peu amicale de ses légations à Constantinople et en Bosnie, des écrits répandus avec profusion dans toute la monarchie contre la France, faisant craindre à Sa Majesté que la faction anglaise ne prît du crédit à Vienne, l’avaient décidée à arrêter sur la Meurthe et la Saône la marche de ses divisions qui se portaient sur Boulogne, Brest et Toulon.  Sa Majesté avait en même temps engagé les princes de la Confédération à se tenir prêts à tout événement, pour pouvoir, au besoin, réunir leurs troupes et être en état, s’il le fallait, de repousser toute agression. Mais, après la déclaration de M. de Metternich, Sa Majesté a donné l’ordre que ses troupes se portassent de l’intérieur de la France au delà du Rhin, pour veiller à la sécurité de ses alliés et confédérés, et que les troupes de ceux-ci fussent mises, sans délai, sur le pied de guerre.

Ainsi des armées seront opposées à des armées. L’initiative de l’inquiétude, des menaces et des armements, sera provenue de l’Autriche. C’est à elle à faire connaître quand cet état devra cesser. Comme aucun différend n’existe entre les eux cours, et que, depuis le traité qui a été suivi de l’évacuation de Braunau par l’armée française, il n’y a aucun sujet de litige entre les deux puissances, Sa Majesté ignore entièrement à qui on en veut et ce qu’on prétend. Mais de son côté elle désire voir l’Europe jouir du calme et de la sécurité de la paix, et ses peuples recueillir le fruit des économies qui en sont le résultat. Le soussigné est chargé d’exprimer ce vœu à Monsieur l’ambassadeur. Il prie Son Excellence, etc.

+Rambouillet, 14 mars 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, j’avais demandé les gazettes de Vienne, de Presbourg et de Cracovie depuis le mois d’octobre de l’année dernière ; je ne les ai pas encore reçues.

 

Rambouillet, 14 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Faire faire au dépôt de la guerre une carte des étapes d’Allemagne, telles que je les avais marquées dans mes guerres en Allemagne, depuis le Rhin jusqu’à Austerlitz et la Vistule. Je désire que cette carte ne soit pas plus grande qu’une carte d’étapes de France, et que j’y voie bien le nombre de journées.

 

Rambouillet, 14 mars 1809.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, je désirerais avoir à l’armée du Rhin 2,000 hommes de marine. D’abord un équipage de la flottille, qui serait armé de fusils et porterait, au lieu de briquets, des outils. La première compagnie, par exemple, aurait des haches, la seconde des pioches, la troisième des pics-boyaux, la quatrième des pelles. Ces outils seraient portés en bandoulière en place de briquets. Je voudrais ensuite avoir un bataillon de conscrits ouvriers de la marine, de quatre compagnies, qui seraient commandées par des officiers d’artillerie de la marine qui eussent servi, s’il est possible, dans les ouvriers. Chaque compagnie serait de 140 hommes. Le bataillon serait commandé par un chef de bataillon d’artillerie de la marine qui ait servi dans les ouvriers. Ces ouvriers porteront également des outils en bandoulière en guise de briquets et seront armés de fusils. Ces compagnies d’ouvriers seront du même ordre que celles qui sont dans l’artillerie. Ces deux corps seront attachés au génie de l’armée. Ils seront utiles pour le passage des grandes rivières et pour conduire de petites embarcations armées ou des bateaux pour la navigation. Il faudrait qu’il y eût dans ces compagnies d’ouvriers quelques calfats, contremaîtres, charpentiers, et par compagnie un officier-ingénieur de marine ayant l’habitude de construire des vaisseaux, des bateaux, ou de les réparer.

Occupez-vous de cela sans délai, et présentez-moi un projet mercredi.

 

Rambouillet, 14 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Paris

Mon Cousin, je remarque que, dans le projet remis par le général Songis, il porte seize pièces en excédant de ce qu’il demande. Mais il ne faut pas les réformer; il est nécessaire qu’il y ait quelques pièces à chacun des parcs des trois armées. Je voudrais bien qu’il fut pos­sible, sans faire trop de dérangement, de n’avoir qu’une seule espèce d’obusiers à l’armée.

Les 200 hommes d’artillerie qui sont à Danzig peuvent être réduits à 100. Les 100 hommes d’artillerie qui sont à Stralsund y sont inutiles. Les 200 hommes qui sont à Magdeburg peuvent être réduits, également à 100. Les 3,400 canonniers à pied que demande le général Songis ne me paraissent pas suffisants. Il y aura Passau et d’autres places à garnir. Il faut porter à 4,500 les canonniers à pied. 1,000 hommes d’artillerie à cheval ne sont pas non plus suffisants; il faut les porter à 1,500 hommes, ce qui ferait 6,000 hommes artillerie. Les 600 pontonniers ne me paraissent pas suffisants; il faudrait au moins huit compagnies à 120 hommes chacune.

Il faut également me présenter un projet pour l’organisation de l’arme du génie, répartie entre les trois corps suivants : armée du Rhin, corps du général Oudinot, corps d’observation du Rhin. Il faut à chacun un officier du génie, au moins huit officiers, au moins deux compagnies de sapeurs, une compagnie de mineurs au moins par corps, et trente mille outils pour toute l’armée, à raison de dix mille outils par corps. Je nomme le général du génie Bertrand, mon aide de camp, pour commander le génie de mes armées d’Allemagne. Concertez-vous avec lui pour l’organisation de son arme et des propositions à me faire.

J’ai demandé au ministre de la marine un des quatre équipages de la flottille de Boulogne formant 1,200 marins, pour servir au passage et à la navigation des rivières. Entendez-vous avec ce ministre pour pourvoir à l’armement et à l’habillement de cet équipage, et proposez­ moi sans délai sa mise en activité. Il faut qu’il soit commandé par un officier de marine intelligent. On pourrait y nommer le capitaine Baste, qui a déjà fait la guerre de terre et qui paraît s’y être distingué.

 

Rambouillet t, 14 mars 1809

Au général Lacuée, comte de Cessac, directeur général des revues et de la conscription militaire, à Paris

La conscription en Toscane va mal; la cause en est bien simple, c’est qu’il n’y a pas d’officiers pour ramener les conscrits. On a confié cette mission à des vétérans qui se sont comportés comme partout, c’est-à-dire avec négligence. Je pense donc nécessaire que vous char­giez un détachement d’officiers et de sous-officiers du 113e d’être répartis dans la Toscane comme pour les autres départements.

 

Rambouillet, 14 mars 1809

À Davout

Mon cousin, je désire avoir un itinéraire des routes qui, de la Bohême, aboutissent sur le Danube depuis Passau jusqu’à Ulm, surtout de celles de la traversée des montagnes. Envoyez-moi également une note sur la situation actuelle des fortifications de Prague.

 

A Rambouillet, 14 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 8. Je pense qu’il est indispen­sable d’envoyer deux régiments de cavalerie au général Seras, le 6e de hussards et le 8e de chasseurs; il les placera sur l’Isonzo et le Tagliamento, en ayant soin de les mettre dans des lieux sains, et de leur faire faire le service d’avant-postes pour savoir ce que font les Autrichiens.

Passé le 20 mars, je vous laisse maître de faire occuper les camps d’Udine, de San-Daniele et de Montecchiaro, et d’approcher davantage mes troupes; mais ce que je vous recommande, c’est de faire ces mouvements doucement et sans précipitation, et surtout de ménager la santé de mes troupes. Il n’y a pas grand’chose à craindre des Autrichiens, les maladies sont plus redoutables. Si les pluies de la saison rendaient les camps peu sains, vous ferez cantonner mes troupes dans les villages; je vous recommande d’en avoir grand soin.

Écrivez au général Marmont par mer, et instruisez-le des mouve­ments des Autrichiens; réitérez-lui l’ordre de prendre des positions sur les frontières, de manière à les menacer au moindre événement. Il peut même commencer à faire travailler à quelques redoutes pour former un camp retranché et à assurer sa communication avec Zara. Faites-lui bien comprendre que, la guerre déclarée, il doit envahir tout le pays et marcher à la rencontre des Autrichiens, s’ils n’ont pas devant lui un corps plus considérable que le sien.

 

Rambouillet, 14 mars 1809

A Maximilien-Joseph, roi de Bavière, à Munich

Monsieur mon Frère, je reçois le lettre de Votre Majesté du 4 mars. Votre Majesté aura reçu, depuis, la mienne, qui lui aura fait connaître les positions que je désirais que prissent ses troupes. Je dois lui parler franchement. Si la guerre a lieu, ses troupes doivent agir sérieusement. Le prince royal, quelque privilégié qu’il puisse être de la nature, n’a jamais appris ni fait la guerre, il ne peut la savoir.  Ce serait donc me priver de l’utilité que j’attends de vos 40,000 hommes que de ne pas mettre à leur tête un homme sûr et ferme. J’ai nommé pour les commander le duc de Danzig, qui est un vieux soldat. Les troupes bavaroises sont aujourd’hui trop nombreuses et les circonstances sont trop graves pour que je dissimule la pensée à Votre Majesté. Quand le Prince Royal aura fait six ou sept campagnes dans tous les grades, il pourra les commander. Du reste, on peut se tirer facilement de là; le Prince Royal pourra venir avec moi. J’ai ordonné qu’une estafette fût établie de Paris à Munich, afin d’être instruit le plus promptement possible. J’ai fait connaître à Votre Majesté mes dernières dispositions : Bamberg, Würzburg et Bayreuth sont les points de réunion de mes troupes. Du 20 au 30 mars, mes armées seront concentrées; toutes les troupes de la Confédération seront également réunies et prêtes à recevoir les Autrichiens, s’ils se présentent. Le maréchal duc de Rivoli sera rendu pour cette époque à Ulm. Les nouvelles de Russie sont toujours les mêmes. L’empereur de Russie est indigné de la conduite de l’Autriche et fait marcher des troupes. Le colonel Gorgoli, aide de camp de ce prince, qui arrive à l’instant, m’apporte de nouvelles assurances de ces dispositions.

 

Rambouillet, 14 mars 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Palafox, sa mère et sa femme doivent être arrivés ou arriver (sic) à Bayonne. Palafox sera conduit comme un criminel à Vincennes, et il sera mis au secret, de manière qu’on ne sache pas qui il est. Sa mère et sa femme seront envoyées au château de Ham pour rester comme otages pour une quantité de Français qui sont aux mains des insurgés.

Vous ferez transporter le prince de Castelfranco de Fénestrelle à Naples, où il sera mis au château de Gaëte et à la disposition du roi de Naples.

Faites arrêter le vicaire de Noyon qui s’est permis, dans un ser­mon, des expressions inconvenantes sur la conscription. Vous le ferez venir à Paris et interroger par un des conseillers d’État. Vous me rendrez compte de l’interrogatoire.

 

Rambouillet, 15 mars 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, la réponse du duc d’Oldenbourg m’étonne. Il faut écrire à son ministre une lettre dans laquelle on fasse sentir légèrement que, lorsqu’on a pris des engagements, on doit les remplir, et qu’il y a peu de loyauté dans cette conduite.

Parlez au ministre de Mecklenburg pour qu’il envoie un courrier, afin que les troupes de Strelitz se rendent sur-le-champ à Stralsund

Il ne faut point ratifier les traités faits avec les princes de Lippe, mais les approuver. Vous en enverrez une copie au ministre de la guerre; faites-en faire aussi une copie pour mon cabinet.

 

Rambouillet, 15 mars 1809.

Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, il paraît que les Autrichiens veulent opposer à l’armée d’Italie deux corps: l’un de 30 à 40,000 hommes, qu’ils réunissent à Klagenfurt ou à Villach; l’autre de 20 à 30,000 hommes, qu’ils réunissent à Laybach. Il serait nécessaire d’avoir un officier d’état­ major intelligent, parlant allemand, établi à l’extrémité de la frontière du côté de Pontebba, qui reçut les déserteurs, les encourageât et vous en envoyât tes interrogatoires sur la force de l’ennemi de ce côté; un aux débouchés de Cividale par Caporetto, et un sur la grande route de Palmanova à Trieste. La comparaison de ces trois rapports réunis vous fera bientôt connaître ce qu’il y a d’ennemis de ce côté et le projet qu’ils pourraient nourrir.

Vous sentez que, s’il arrivait que le corps de Klagenfurt eût l’in­tention de se porter sur Lienz dans le Tyrol, il serait important que, moyennant le mouvement que vous feriez sur Klagenfurt, il fût retenu et obligé de vous faire tête.

 

Rambouillet, 15 mars 1809

Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, l’ouvrage que j’ai ordonné sur la tête de pont du Tagliamento doit être construit de manière que l’on puisse, successivement, sans en déranger le tracé, et profitant de ce qu’on a fait le premier jour, finir par avoir une place importante. Le Tagliamento n’a pas d’eau les trois quarts de l’année; cependant très-souvent il déborde. Mon but est que, lorsqu’il déborde, cet ouvrage serve de tête de pont et puisse favoriser le passage de l’armée. Mais, indépendamment de cet avantage, je veux aussi obtenir celui de pouvoir laisser là des magasins de cartouches, de biscuit et des hôpitaux, à l’abri d’un coup de main; eu sorte que, l’armée étant en avant, un parti ennemi de plusieurs milliers d’hommes, qui, avec de l’artillerie de campagne, viendrait à se porter sur le Tagliamento et à le passer, ne pût pas forcer cet ouvrage placé à la tête du pont, et fût du moins arrêté assez de temps pour que l’armée puisse revenir. Je désire également que, dans le cas où l’on prendrait position sur la rive droite du Ta­gliamento, pour observer le siège de Palmanova, cette tête de pont puisse, ainsi qu’Osoppo, servir de point d’appui à l’armée. Toutes ces propriétés ne pourront probablement pas s’obtenir dès cette campagne ; mais il est nécessaire de les avoir en vue, pour ne pas construire des ouvrages qu’il faille ensuite défaire.

 

Rambouillet, 15 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois le projet d’approvisionnement des places de Palmanova et d’Osoppo. Je pense qu’il faut mettre à Osoppo trois autres pièces de 24, enfin d’autant plus que les boulets y existent. Je remarque qu’à Osoppo il n’y a plus d’obus de 24. Il n’y a pas suffisamment d’outils de pionniers, ni à Palmanova ni à Osoppo. Il n’y en a à Palmanova qu’un millier, tandis qu’il en faudrait 1,200 pour l’artillerie au moins, 6 mille pour le génie et 4 mille pour être distribués à l’armée qui aura toujours besoin d’en prendre, quoi qu’on fasse. Il faudra donc encore 10 mille outils à Palmanova, il en faudra 2 milles à Osoppo. Cet objet est très-important, car, sans outils, on ne peut remuer la terre : ne perdez pas de temps à y en envoyer. Je vois à Palmanova 600 milliers de poudre de 16 onces ou de 1 kilogramme. Cette quantité me parait très-considérable. Je vois que l’approvisionnement de Palmanova est de 3,000 hommes pendant six mois; cet approvisionnement me parait assez satisfaisant. Je désirerais qu’il y eût de la farine, du froment ou du biscuit pour un an. L’approvisionnement d’Osopo pour quatre mois me parait également suffisant, mais il faut y mettre de la farine ou du biscuit pour un an. Ordonnez ces augmentations; indépendamment de cela, ayez, entre

Palmanova, Osopo et la tête de pont de Tagliamento, 1 million de rations de biscuit, et 2 millions de rations de farine. Je suppose que vous vous êtes assuré qu’il y a à Palmanova des moyens de moudre le blé. S’il n’y en a pas, il faut donner ordre que le blé soit converti en farine.

 

Paris, 15 mars 1809

 A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

 Mon Fils, je reçois votre lettre du 9. Faîtes-moi connaître si la place de Venise, c’est-à-dire Brandolo et la Malghera peuvent être armées. Il faut préparer cet armement. Faîtes travailler en toute hâte, pour que Brandolo et Malghera puissent être armées.

 

Rambouillet, 15 mars 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Je reçois votre lettre du 7. Je n’ai pu la lire qu’avec étonnement.

Personne en France ne parle de vous. J’ignore ce qu’a pu vous faire écrire Madame. Vous croyez que je suis mécontent de votre luxe, et en cela vous ne vous trompez pas. Mais, puisque vous me parlez de votre luxe et que vous me mettez à même de vous dire là­ dessus ma façon de penser, je ne vous cache pas que je le trouve impolitique et ruineux pour vos États.

Je ne vous connais pas de dettes envers moi à moins que ce ne soit celle de la caisse d’amortissement. Je croyais que vous l’aviez payée; car elle vous l’a fait à terme. Il faut être scrupuleux, et il vaut mieux tenir ses engagements que de faire des présents. Un nommé Morio est venu ici; je ne l’ai pas vu. Il vous a fait du tort par ses propos indiscrets … (plusieurs lignes illisibles)

Ne faites point de folles dépenses. Vous dites que vous implorez mon indulgence; je ne puis juger que par vos actions. Réformez donc vos dépenses de manière à avoir sur votre liste civile de grosses économies. Le roi de Prusse, dans sa plus grande prospérité, n’a jamais mangé plus de 3 millions. Vienne a encore un état de maison qui ne va pas à la moitié du vôtre. De fausses idées de grandeur, une générosité peu réfléchie vous ont fait donner une baronnie à Morio (une ligne illisible) … Si cela est, je puis penser que vous êtes peu désireux de me plaire, et que, faisant peu de cas de mes conseils, je ne dois plus vous en donner.

Je vous ai demandé de me faire connaître l’état exact de vos troupes, afin de faire mes calculs en conséquence.

Je suis fâché d’apprendre que votre santé est mauvaise. Couchez­ vous de nonne heure, et ayez un peu de régime.

 

Rambouillet, 16 mars 1809

Au comte Maret, ministre secrétaire d’État, à paris

Je suppose que vous donnez quelquefois à dîner aux officiers du grand-duché de Berg qui sont à Versailles, et que vous vous ferez présenter le colonel à son arrivée. Donnez ordre que le 8e régiment d’infanterie soit prêt à entrer en campagne au 15 avril, avec douze pièces attelées et les 8e et 4e escadrons du régiment de cavalerie, qui sont forts de 500 hommes. Il faudra donc que ler et  2e escadron ne partent point de Düsseldorf sans ordre. Les 3e et 4e partiront de Versailles, de sorte que je pourrai avoir à l’armée du Rhin 1,600 hommes d’infanterie, 1,000 chevaux et douze pièces du grand·duché de Berg. Ces douze pièces seront servies par la compagnie du train. On les composera de deux divisions, chacune de quatre pièces de 6 et deux obusiers, total huit pièces de 6 et quatre obusiers.

Il faudra donc que la compagnie du train ait des chevaux suffisants pour les attelages suivants, savoir : 40 voitures d’artillerie à 5 chevaux, compris le haut le pied, total 110 hommes et 200 chevaux. Faites-en la demande au ministre de la guerre. L’artillerie sera prête à Mayence et la prendra à son passage. Prenez des mesures pour l’exécution de ceci. Recommandez que le régiment ait un caisson d’ambulance.

 

Paris, 16 mars 1809

A M. Cretet, comte de Champmol, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, je désire que vous fassiez achever sans délai la ligne télégraphique d’ici à Milan, et que dans quinze jours on puisse communiquer avec cette capitale.

 

Paris, 16 mars 1809

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Donnez des ordres sans délai pour qu’il soit mis en construction à Livourne une frégate et un brick. Mon principal but est de donner de l’occupation aux ouvriers du pays, qui sont très-malheureux.

Donnez ordre également qu’il y ait toujours en rade, ou dans le port de Livourne, une frégate ou une grosse corvette comme la Victorieuse, deux bricks et quatre petits bâtiments comme la Flèche ou le Cerf, on autres bâtiments de même espèce; ce qui fera sept bâtiments, Donnez ordre sans délai que cette division se réunisse à Livourne; qu’un commandant du grade au moins de capitaine de frégate la prenne sous ses ordres et soit chargé de la garde et de la police du port, corresponde avec l’île d’Elbe et l’île de Corse, et surveille la côte autant que faire se pourra; il interceptera et saisira les bâtiments qui correspondent avec les Anglais. Les équipages de cette division formeront d’ailleurs un nombre d’hommes qui pourra être utile au maintien de la police à Livourne.

 

Paris, 16 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le 23e léger, qui était en Toscane, a dû y arriver fort de 600 hommes; il doit avoir reçu 300 hommes; 300 hommes par­tant vers la fin de mars du Piémont pour le joindre; ce qui portera ces deux bataillons à 1,200 hommes. Le 22e léger, qui est à Ancône, a dû recevoir 800 hommes; 200 hommes vont partir pour le rejoindre; ces deux bataillons seront donc au complet de 1,600 hommes. Ainsi, au premier événement, ils pourront entrer en ligne. Le 52e va recevoir 300 hommes qui partent de Gênes, le 102e recevra 200 hommes; le 29e de ligne, 100 hommes. Mon intention est donc que la division Miollis vienne à être composée: de quatre bataillons du 62e, 3,000 hommes; de quatre bataillons du 23e léger, 3,000 hommes; de deux bataillons du 22e léger, 1,500 hommes; du 4e bataillon du 101e, 700 hommes; du bataillon du 11e léger, 1,100 hommes, et du bataillon du 6e de ligne, l,200 hommes; ce qui formerait une division de 10 à 11,000 hommes de très bonnes troupes; et le château Saint-Ange serait occupé par le bataillon de la Tour d’Auvergne ou d’Isembourg, par le régiment napolitain, en attendant l’arrivée des autres troupes de Naples. Vous avez mal compris mon intention en réduisant les régiments italiens dont les 3e bataillons sont en Espagne. Je n’ai pas entendu que l’on dut attendre l’arrivée des cadres des 3e bataillons pour former ces bataillons, mais que vous les formeriez dès aujourd’hui, en prenant des sous-lieutenants dans les collèges, des officiers plus avancés, dans votre garde et dans les vélites qui ont fait campagne, quelques-uns même, dans les troupes françaises. Mais il faut, sans délai, exécuter mon ordre, et vous occuper de porter l’armée au grand complet, considérant les cadres des bataillons qui sont en Espagne comme s’ils n’existaient plus. Ainsi je compte qu’au mois de mai, au lieu de la division Severoli, vous me présenterez deux divisions italiennes, chacune de dix ou douze bataillons, et formant au moins l8,000 hommes sous les armes, c’est-à-dire 9,000 hommes chacune, et ayant chacune ses sapeurs, ses outils attelés et ses douze pièces de canon. Levez la conscription, et ne perdez pas un moment pour remplir toutes les places vacantes. Revoyez avec attention les dépôts, et faites partir tout ce qu’il y a de disponible pour les bataillons de guerre.

Je compte qu’au ler avril la division Seras aura 10,000 hommes, y compris ses douze pièces d’artillerie, et un escadron de 200 chevaux; que la division Broussier aura la même force; qu’elles seront, l’une au camp d’Udine, l’autre au camp d’Osoppo, ayant des avant­ postes, celle du général Broussier, sur la Pontebana, celle du général Seras, sur les confins, du côté de Caporetto. Vous mettrez sous les ordres du général Seras une brigade de cavalerie légère de deux régiments, qui couvrira le cours de l’Isonzo, du côté de la Chiusa vénitienne. L’escadron de dragons de la division Broussier, qui sera alors à 200 chevaux, sera suffisant. Vous mettrez dans Palmanova, pour garnison, 1,200 hommes de troupes italiennes, les compagnies d’artillerie el le nombre de sapeurs français qui seront nécessaires, en recommandant la plus grande surveillance. Je suppose que le service de la place de Palmanova se fait avec vigilance, et que les portes ne s’ouvrent pas la nuit. La division Grenier sera le 1er avril à Conegliano, Pordenone et Sacile, ayant ses douze pièces de canon, et s’étendant dans les pays sains, de la gauche, pour y vivre plus commodément. .Je suppose qu’alors tous les détachements auront rejoint, et que cette division m’offrira au moins 9,000 hom­mes. La division Barbou, qui sera de 10,000 hommes et de vingt­ quatre pièces de canon, occupera Trévise et tous les villages le long de la Piave, en remontant du côté de Feltre et de Bassano. La divi­sion Lamarque, hormis le 112e, qui est encore nécessaire en Toscane, et qui sera complétée à 6,000 hommes, douze pièces de canon, sera placée à Vérone et le long de l’Adige. Les Italiens, qui seront à la division italienne composée de 12,000 hommes, seront à Vicence, Padoue, etc. Vous aurez donc sur la gauche de l’Adige 60,000 hommes d’infanterie, 10,000 hommes de cavalerie, 708 pièces d’artil­lerie attelées, formant un fonds d’armée de plus de 80,000 hommes. Vous manderez, dans une lettre chiffrée et par un officier intelligent, ces dispositions au général Marmont. Vous lui ferez connaître que le duc de Danzig commande 49,000 Bavarois réunis entre Munich et Passau; que le prince Poniatowski commande 30,000 Polonais qui sont campés sur la Vistule, menaçant Cracovie; que le prince de Ponte-Corvo commande l’armée saxonne devant Dresde; que le duc d’Auerstaedt est à Bayreuth avec un corps de 80,000 Français; que le duc de Rivoli est à Ulm et à Donauwoerth avec un corps de 60,000 hommes; que le général Oudinot a un corps d’élite de 40,000 hommes à Augsbourg et sur le Lech; que les Russes marchent sur l’Autriche, qui parait avoir fait des armements considérables, qui, fière des grands rassemblements qu’elle a armés, semble courir à sa perte; que je compte sur son activité, sans lui rien prescrire de positif, pour battre ce qu’il a devant lui et ne pas se laisser masquer par une poignée de (mots manquants) et, comme il est probable que les armées resteront en présence pendant tout le mois d’avril, je compte que l’armée d’Italie sera renforcée alors de 6,000 Italiens et de la division Miollis; ce qui portera l’armée sous vos ordres à 90,000 hommes.

J’ai ordonné que le briquet fût supprimé dans la compagnie de grenadiers et de voltigeurs et qu’on y substituât des outils; que les sapeurs et canonniers portassent au baudrier, en guise de sabre, la 1e escouade de chaque compagnie, des haches; la 2e, des pics­-boyaux; la 3e, des pioches, et la 4e, des pelles. Mon intention est d’étendre cette mesure à toute l’armée et de supprimer ainsi une arme aussi inutile que le briquet.

 

Paris, 16 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, par la lettre que je vous ai écrite ce matin, je vous ai fait connaître que je pensais qu’il fallait, dans les premiers jours d’avril, faire prendre position aux divisions Seras et Broussier, avec deux régiments de cavalerie légère, dans le Frioul ; à la division Grenier, à Conegliano, Sacile et Pordenone ; à la division Barbou, à Trévise, en s’étendant jusqu’à Bassano ; aux divisions italiennes, à Padoue et à Vicence. Et au corps de la division Lamarque à Vérone, hormis le 112e, qui est encore nécessaire en Toscane. Vous rapprocherez également la cavalerie ; cependant il ne faudrait pas trop tôt faire renchérir les fourrages. Mon intention est bien de ne faire aucun mouvement pendant avril, el tout me porte à penser que les Autrichiens, de leur côté, réfléchiront au précipice où ils vont s’engouffrer; la Russie marche contre eux. Toutefois il faut se tenir prêt et parler haut. Il ne serait pas hors des choses bien possibles (mais ceci est pour vous seul) que, dans le courant d’avril, je ne partisse comme un trait pour aller passer huit jours dans le Frioul voir toutes ces troupes qui doivent être belles, et m’en revenir ensuite à Paris.

Vous pourrez déroger à la lettre de cet ordre en laissant, si vous le jugez convenable, une partie des divisions italiennes à Montecchiaro.

Je crois vous avoir ordonné, il y a quelques années, d’aller faire une reconnaissance jusqu’à la Chiusa vénitienne, et d’y bien voir les routes qui débouchent de là par la gauche sur le Tyrol, et par la droite sur la vallée de l’Isonzo. Si vous n’avez pas encore fait cette reconnaissance, il serait peut-être convenable de la faire. Je vous ai ordonné des fortifications de campagne sur le Tagliamento. Peut-être faudrait-il faire aussi quelques petits ouvrages sur les hauteurs du côté de la Carinthie; par exemple, si la Chiusa vénitienne pouvait, en très-peu de temps et à peu de frais, être mise à l’abri d’un coup de main, ce serait une chose utile à faire.

Il faut penser à l’administration; la méthode de se nourrir par des marchés devient impraticable lorsque beaucoup de troupes se con­centrent. Il faut alors avoir recours à des réquisitions dans le pays, et faire venir en même temps des pays voisins une grande quantité de subsistances, à un prix fait et par des réquisitions légalement imposées; c’est le meilleur moyen. Padoue, Venise, Bassano et Vérone sont des pays riches; les transports devront se faire facilement du Pô et de l’Adige jusqu’à Palmanova. Dans ces circonstances, il faut aider au trésor en faisant des réquisitions à un prix modéré. C’est ainsi qu’on en use dans tous les pays du monde. Moi-même, j’ai été obligé d’employer ce moyen en Alsace quand toute mon armée y était rassemblée; je requérais alors une certaine quantité d’approvisionnements par préfecture, et je fixais le payement à un prix raisonnable.

Je désire que vous pensiez aussi à organiser l’espionnage; il doit se faire à la fois par la Valteline, par Venise et Trieste, et par la Carinthie. Mettez quelqu’un à la tête de cette partie; ayez un homme intelligent et adroit qui suive constamment tous les rapports, et qui accompagne partout et se procure partout des espions.

 

Paris, 16 mars 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je reçois votre lettre du 7 mars. Je ne conçois pas comment la solde est arriérée. J’ai cependant beaucoup d’argent à Bayonne; comment le payeur général ne le fait-il pas passer ? Il faut que ce payeur soit un imbécile.

Je donne des ordres. Tout est à la guerre. La Russie est avec moi contre l’Angleterre, l’Espagne (soi-disant), l’Autriche et la Turquie.

 

Paris, 16 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez ordre au roi de Naples de faire partir de Naples le général de brigade Valentin avec les demi bataillons du 23e léger, forts de 1,500 hommes; les trois bataillons du 62e de ligne, forts de 2,200 hommes; six pièces d’artillerie servies par une compagnie d’artillerie française, et attelées, s’il n’y a pas assez d’attelages français, par des attelages napolitains; et un bataillon entier du régiment de la Tour d’Auvergne ou d’Isembourg, fort de 800 hommes; total de la brigade française, 4,600 hommes, en recommandant que les compagnies de grenadiers et voltigeurs et les chefs de bataillon se trouvent à tous ces régiments. Un des deux régiments d’infanterie napolitains et deux escadrons de cavalerie napolitains, formant 300 hommes à cheval, partiront avec cette brigade sous les ordres d’un adjudant commandant et en feront partie. Un officier supérieur et un capitaine d’artillerie, deux officiers du génie et deux commissaires des guerres y seront attachés. Cette brigade, forte de 6 à 7,000 hommes, devra être rendue à Rome cinq jours après la réception du présent ordre, c’est-à-dire dans les premiers jours d’avril.

 

La Malmaison, 16 mars 1809

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

J’ai reçu votre lettre du 28 février avec les pièces qui y étaient jointes. Plusieurs courriers de M. de Champagny ont dû vous porter le résumé de la conversation de ce ministre avec M. de Metter­nich et la copie de la note qu’il lui a passée quelques jours après.

Voici la situation des choses dans ce moment. L’Autriche a reçu de l’argent par Trieste; cet argent ne peut venir que d’Angle­terre. L’Autriche fomente la Turquie; elle a couvert de ses troupes la Bohême, l’Inn, la Carinthie, la Carniole. Il est impossible que l’empereur ne soit pas instruit par Vienne de toutes les folies qu’on fait en Autriche. M. de Champagny vous envoie la copie en allemand de la proclamation du prince Charles, qui équivaut à une déclaration de guerre. Cependant le langage de M. de Metternich est toujours paisible, et il n’a encore fait aucune déclaration. Des agents subalternes ayant sondé le cabinet de Vienne, pour savoir s’il y aurait quelque chose à craindre pour la maison régnante de Saxe, la guerre venant à être déclarée, au lieu de répondre qu’il n’y avait pas de signe de guerre, on s’est empressé d’assurer que le roi de Saxe et sa famille n’avaient rien à redouter, et qu’ils seraient respectés. Vous voyez que, depuis le 28 février, les choses ont beaucoup empiré.

M. de Romanzoff doit être arrivé depuis longtemps à Saint­-Pétersbourg. Il y aura apporté une opinion conforme à la mienne. Je ne pense pas à attaquer; mais, dans la circonstance actuelle, je crois qu’il est important de prendre des mesures pour que les troupes russes fassent un mouvement et que le chargé d’affaires russe à Vienne soit rappelé, si les Autrichiens dépassent leurs fron­tières. Il faut que cet ordre soit connu de M. de Schwartzenberg, et qu’il soit notifié à Vienne. Le ministère autrichien est persuadé que la Russie ne fera rien et qu’elle restera neutre dans cette guerre, quand même elle la déclarerait. Vous sentez combien cela serait contraire à l’honneur de la Russie et funeste à la cause commune.

Voici ma position militaire. L’armée saxonne est réunie autour de Dresde, et le prince de Ponte-Corvo doit y être rendu pour en prendre le commandement; le duc d’Auerstaedt a son quartier général à Würzburg, et son corps d’armée occupe Bayreuth, Nuremberg, Bamberg; le corps d’Oudinot est sur le Lech; le duc de Rivoli a son corps cantonné autour d’Ulm. Les Wurtembergeois sont à Neresheim ; les Bavarois sont à Munich, Straubing et Landshut; le général du génie Chambarlhac est à Passau, où il fait une tête de pont pour assurer le passage de l’Inn; on travaille à fortifier les places de Kufstein, Kronach, Forchheim ; les Polonais doivent se réunir sous Varsovie et le long de la Pilica; les dépôts se rem­ plissent de tous côtés.

Aucune communication officielle n’est faite ici, et il n’y à encore rien de raisonnable d’imprimé, parce qu’on se tait jusqu’au dernier moment. L’opinion du sieur Dodun, mon chargé d’affaires à Vienne, et de la plupart des personnes qui sont dans cette ville, est que l’Autriche sera entraînée outre mesure, et qu’il n’est plus en son pouvoir de s’arrêter, et que, si la guerre peut être évitée, ce n’est que par l’aspect formidable des forces de la Russie, qui ôte à ces gens-là jusques à l’idée de la possibilité d’une chance en leur faveur. Un général autrichien s’est embarqué à Trieste pour aller à Londres concerter les opérations.

Dans cette situation de choses, il faut prévoir deux cas : Si l’Autriche attaque,il n’y a pas de note à faire; le chargé d’affaires russe doit quitter Vienne et les troupes russes entrer sur-le-champ en Galicie et menacer d’attaquer la Hongrie, pour contenir ce côté-là. S’il fallait juger par sa raison, tout porte à penser que l’Autriche n’attaquera pas légèrement, voyant le nombre de troupes françaises qui inondent l’Allemagne et qu’elle ne croyait pas voir revenir si promptement. Cependant, ce cas, il faut le prévoir, et envoyer des instructions aux agents respectifs à Vienne. L’idée que la légation russe partira sur-le-champ peut être une raison de retenir l’humeur guerrière de la faction qui domine. Le second cas, c’est que les choses restent dans la situation actuelle pendant les mois d’avril et mai, et qu’on puisse, pendant cet intervalle, négocier. Dans ce cas, la note que propose de remettre l’empereur de Russie me paraît bonne.

 

Paris, 16 mars 1809

NOTE POUR M. DE CHAMPAGNY
Ministre des relations extérieures

L’Empereur désire que M. de Champagny lui fasse con­naître de quelle date est la publication de la brochure de Collin intitulée: « Chants patriotiques pour les défenseurs de l’Autriche ».

 

Paris, 17 mars 1809

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur Dejean, il ne faut garder aucun prisonnier espagnol à Bayonne, ni à Bordeaux. Donnez ordre que tous ceux qui s’y trouvent se rendent à Saintes et à Angoulême. Prenez des mesures pour qu’aucun prisonnier espagnol ne passe par Bordeaux.

 

Paris, 17 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre par l’estafette de ce soir au duc de Valmy de faire évacuer sans délai tous les prison­niers espagnols qui se trouvaient à Bayonne, Bordeaux, Pau sur Angoulême et Saintes. Surtout que 24 heures après la réception de votre ordre, il n’y en ait pas un seul à Bordeaux. Ils empestent la ville sans raison.

 

Paris, 17 mars 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Les marins de ma Garde, dans la dernière campagne, ont fait le service que doit faire le 1er corps. Je désire un rapport sur les officiers des marins de ma Garde, et sur les lieux où se trouvent les différents détachements; ils ont l’habitude de ce service; il faut en mettre le plus qu’il sera possible dans le bataillon de la flottille, et réduire le bataillon de matelots de la Garde à 140 hommes. Pour le service de ma Garde une compagnie est suffisante.

Il est un autre point où la marine est nécessaire, c’est à Venise. Si cette place venait à être assiégée, il me faudrait un contre-amiral et un certain nombre d’officiers, canonniers, ingénieurs et contremaîtres, pour les employer à la défense de cette place importante. Vous connaissez Venise; vous savez que sa défense consiste principalement dans le mouvement de chaloupes canonnières, radeaux et autres petits bâtiments armés : sans doute que la marine italienne servirait très-bien dans cette circonstance; cependant, comme il y aura beaucoup de troupes françaises, je ne puis lui abandonner une partie si importante de la défense.

Il me faudrait à peu près le cadre d’un équipage de la flottille, en officiers et sous-officiers, quelques compagnies de canonniers de la flottille, dont on compléterait le cadre par des patrons et matelots du pays. Faites-moi un rapport sur cette idée.

Supposez-vous chargé de la défense de Venise. Dans mes dernières campagnes d’Italie, j’ai eu toujours un officier français et 100 marins sur le lac de Garda, qui est bien moins important que Venise, et ils m’ont été assez utiles.

 

Paris, 17 mars 1809

A Alexandre, pince de Neuchâtel, major-général, à Paris

Mon Cousin, écrivez au maréchal Jourdan et au duc de Valmy et aux différents officiers généraux qu’ils doivent correspondre désormais avec le ministre de la guerre, puisque vous êtes nommé major-général des armées d’Allemagne. Réitérez l’ordre que tout ce qui est à Santander et à Bilbao, appartenant au ler et au 2e régiment provisoire de Bayonne, rejoigne ses corps respectifs.

 

Paris, 17 mars 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant l’armée du Rhin, à Erfurt

Mon, je reçois votre lettre du 12; je donne ordre au ministre du trésor public d’assurer les fonds, non-seulement pour le remplacement des valeurs qui ont été protestées, mais encore, d’avance, pour le service de mars, d’avril et de mai. Cette exactitude est nécessaire afin que, si quelque valeur était protestée ou s’il survenait quelque embarras, on eût toujours le temps de remplacer. Je suppose que vous pourvoyez à la solde du corps d’Oudinot; il est très-important que ce service ne manque pas d’un jour. Le corps du duc de Rivoli s’appelle Corps d’observation de l’armée du Rhin ; il sera réuni le 20 à Ulm. Le ministre du trésor pourvoira directement à la solde de ce corps; l’armée du Rhin n’a rien à voir là. Faites armer et approvisionner les forts de Kronach, Forchheim et de Bamberg. Je suppose que votre quartier général sera déjà rendu à Würzburg. Faites approvisionner cette citadelle. Le duc de Danzig doit être arrivé le 20 à Munich. Le 105e de ligne et le 8e de hussards  arrivent, à ce qu’il me semble, vers les premiers jours d’avril. Suivez la direction de ces troupes, afin que, s’il survenait quelques changements, vous puissiez les détourner de leur route, et qu’il ne puisse pas leur arriver de malheurs. Envoyez, par un courrier extraordinaire, ordre au 72e de changer de route à Wittenberg, où il arrivera le 23, et de se diriger sur Würzburg. Tout ce qui vient derrière, sapeurs, canonniers, escadrons du 7e, qui suivent cette route, changeront également de direction à Wittenberg, et, au lieu d’aller sur Magdeburg, viendront sur Würzburg. Donnez ordre à tout ce qui appartient à la division Saint-Hilaire, cavalerie, infanterie, sapeurs et artillerie, qui le 18 seront à Magdeburg, de se mettre en marche pour Würzburg. Le 10e d’infanterie légère, le 3e de ligne, le 72e, le 57e et le 105e, le 8e de hussards, le 16e et le 12e de chasseurs, le matériel d’artillerie, auront tous leur mouvement sur Würzburg. Vous ne leur donnerez pas de séjours, et vous ferez faire à toutes ces troupes des marches raisonnables, afin d’activer­ leur réunion. Je préfère que cette réunion se fasse plutôt sur Würzburg que sur Bamberg, parce que la route est plus à droite et plus éloignée des frontières. Je désire donc que vous ayez une division à Bayreuth, une à Nuremberg, une à Bamberg; que la cavalerie légère de votre ancien corps d’armée garde les débouchés de la Bohême; que la division Saint-Hilaire se réunisse d’abord à Würzburg, d’où on pourra l’envoyer entre Nuremberg el Ratisbonne, ainsi la cavalerie du général Montbrun et la grosse cavalerie de Nansouty; tout cela sur la droite, de sorte que, s’il ne survient pas de changements, la gauche de votre armée soit sur Bayreuth et la droite le Danube. En cas d’évènement, c’est sur la droite qu’il faut se porter pour se joindre aux Bavarois, aux Wurtembergeois, au corps général Oudinot et à celui du duc de Rivoli. Faites-moi connaître quand la division Saint-Hilaire sera arrivée. Le parc général sera réuni à Würzburg. Ne tenez à Bayreuth que peu de malades. A tout évènement, les places de Forchheim, de Bamberg el de Würzburg peuvent contenir les embarras de l’armée. Je désire que vous fassiez établir un hôpital à Forchheim et que le général qui est à Bayreuth y envoie sans affectation ses malades. Je désire également un hôpital à Bamberg. Écrivez au général Saint-Hilaire qu’il abrége la marche de ses troupes; qu’il n’est plus question de se porter sur Magdeburg, mais bien de se diriger tous sur les positions que je vous ai indiquées. Donnez ordre que tout ce qu’il y a des transports militaires en Hanovre soit dirigé sur Würzburg. Envoyez savoir quand la division Dupas arrivera à Hanovre. J’ai donné ordre au prince de Ponte-Corvo de se rendre à Dresde. Vous donnerez ordre aux grenadiers et voltigeurs du 22e de se rendre à Magdeburg. Vous ordonnerez également à tous les détachements du 22e, faisant partie des quatre bataillons de marche, ou des bataillons de marche des 40e bataillons, de se rendre aussi à Magdeburg, de sorte qu’il y ait dans cette place un bataillon de 500 à 600 Français. Écrivez au roi de Westphalie pour que, de son côté, il mette dans cette garnison ses troupes les plus sûres. Le 19e d’infanterie de ligne a 700 hommes qui arrivent le 22 mars à Mayence. J’ai donné ordre que cette troupe fût dirigée sur Würzburg. A son arrivée, placez-la en garnison dans la citadelle, où elle restera jusqu’à ce que je donne des ordres pour qu’elle rejoigne son corps.

 

Paris, 17 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, vous savez qu’on manque toujours de souliers à la guerre. Il est convenable que vous preniez des mesures pour avoir vingt-cinq mille paires de souliers à Palmanova, vingt-cinq milles paires à Mantoue, vingt-cinq mille paires à Venise, et vingt-cinq milles paires à Milan. Vous ferez faire l’avance de ces cent mille paires de souliers par le ministre de la guerre d’Italie, et vous prendrez toutes les mesures pour qu’elles soient de très-bonne qualité; car il vaut autant ne rien avoir que d’avoir de mauvais souliers, et vous aurez soin que ces souliers soient placés aux dépôts et ne soient distribués que sur votre ordre et dans les revues que vous passerez. Dans les distributions que vous en ferez, les corps devront toujours les payer. Lorsque vous passerez la revue des corps, si les hommes n’ont qu’une paire de souliers dans le sac et une aux pieds,  vous leur en ferez donner une troisième paire, dont vous ordonnerez la retenue sur la masse de linge et chaussure. Moi-même, si je vais en Italie, j’accorderai aux corps une paire de souliers en gratification, et je la ferai payer par le trésor de France. Ainsi le trésor italien ne supportera aucune charge pour cet objet. Indépendamment de cela, écrivez aux dépôts qui sont dans la 27e et la 28e division militaire et dans les 7e et 8e, pour qu’ils aient à envoyer à leurs corps, en Italie, une certaine quantité de souliers, pour entretenir la chaussure.

 

Paris, 17 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, dans le premier état de situation que vous m’enverrez, faîtes mettre à la division Barbou le nom des majors qui commandent les régiments. Il manque là un général de brigade. Cette division doit avoir vingt-quatre pièces de canon, six par brigade; vous en savez la raison, c’est pour que, si elle se réunissait à l’armée de Dalmatie, elle pût lui en fournir. La le brigade, composée des 8e et 18e légers, doit avoir plus de 3,200 hommes sous les armes; il faut avoir soin que les régiments aient leur major, commandant deux bataillons. La 2e brigade ne sera que de 2,700 hommes. La 3e, composée des 23e et 60e, doit être de 3,000 hommes; la 4e, de 3,000 hommes; ce qui fera, pour la division, 12,000 hommes. Indépendamment de tout ce qui était parti, beaucoup d’hommes partent dans le courant de mars. La division Miollis, composée de quinze bataillons, sera de plus de 10,000 hommes. Ainsi, vers le 1er mai, vous aurez plus de 60,000 hommes français sur la gauche de l’Adige, deux divisions italiennes, fortes de 20,000 hommes, 13,000 hommes de l’armée de Dalmatie; en tout, 93,000 hommes d’infanterie. Alors il faudra partager la division italienne. Faites-moi connaître à qui l’on pourra confier la 2e division. 2,000 hommes de la Garde, que l’on pourra mettre en ligne, porteront l’infanterie de l’armée d’Italie à 95,000 hommes. La cavalerie sera composée de cinq régiments de cavalerie légère, formant 4,500 hommes, de cinq régiments de dragons, formant 500 hommes, total, 9,000 hommes; ce qui, avec 1,000 hommes de cavalerie italienne, 200 hommes du 24e de dragons et 600 chevaux de la Garde, fera 11,000 chevaux. Les régiments français, au lieu de 9,000 hommes, devraient m’offrir 10,000 hommes. Il me semble que les hommes ne manquent pas. Pressez de tous vos moyens la remonte et l’équipement.

En comptant 6,000 hommes d’artillerie, de sapeurs français et italiens, j’aurai donc 112,000 hommes sur cette frontière. Indépendamment de cela, j’ai ordonné qu’on formât cinq régiments de réserve : un, composé de deux compagnies des 5e bataillons de neuf régiments qui ont leurs dépôts en Italie, formant dix-huit compagnies, de 2,500 hommes; le 2e, composé des compagnies des neuf régiments italiens; ce qui formerait une brigade de 5,000 hommes, qui sera prête vers la fin d’avril. Ces régiments seront composés de conscrits de 1810. Ils pourront très-bien se former au camp de Montecchiaro. Cette brigade aurait pour principal but de pouvoir être portée sur Venise et sur les places, pendant que l’armée irait en avant. Trois autres régiments provisoires seront composés des 5e bataillons des régiments de l’armée de Dalmatie et de Naples; ils formeront, sur la fin d’avril, à Alexandrie, une réserve qui sera destinée, à se porter sur la Piave pendant que l’armée marcherait en avant.

Il faut s’occuper sérieusement de l’armement de Venise, en faisant d’abord armer les forts en bois que les Autrichiens avaient faits, en demandant aux constructeurs le genre de bâtiment qui convient à la défense de la ville. J’attends votre réponse pour envoyer à Venise le contre-amiral français avec quelques officiers de marine, pour être maître de la police et organiser la défense de la place, qui doit consister principalement en canonniers, en radeaux armés et autres bâtiments de cette espèce. Il faut surtout penser à l’armement de Brandolo et de Malghera. Voyez dans quelle situation se trouvent les barques de Peschiera, afin d’en avoir une qui navigue dans le lac, et s’il n’y en a pas, en faire passer de Venise, pour être maître de ce lac; ce qui importe essentiellement si l’on était acculé sur l’Adige.

 

Paris, 17 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’avais destiné sur les fonds du jeu des sommes assez considérables pour l’embellissement de Milan et de Venise. Je désire faire des changements au budget de cette année, ayant mis de fortes sommes à votre disposition pour les frais d’espionnage.

 

Paris, 17 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai ordonné que le général de brigade Valentin partit de Naples pour se rendre à Rome avec les 2 bataillons du 23e léger, forts de 1,500 hommes; les 3 bataillons du 62e de ligne, forts de2,200 hommes; un bataillon d’Isambourg ou de la Tour d’Auvergne, fort de 800 hommes; 6 pièce d’artillerie, servies par une compagnie d’artillerie française; un régiment napolitain de 1,500 à 1,800 hommes; un escadron napolitain de 300 chevaux; ce qui fera une brigade de prés de 7,000 hommes. Cette brigade devra être rendue à Rome le 1er avril et sera sous les ordres du général Miollis. Vous ordonnerez au 4e bataillon du 62e, qui doit être à Rome, de se réunir aux trois premiers bataillons; ce qui fera un beau régiment de 4 bataillons et au complet de près de 3,000 hommes.

 

Paris, 17 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, je reçois vos notes sur les différents généraux qui commandent mon armée d’Italie. Je désire que vous envoyiez le général de brigade Pouchin à Ancône, où il sera sous les ordres du général Lemarois jusqu’a ce que je dispose de celui-ci, soit que je le rappelle en France, soit que je le rappelle à Rome, comme vous l’y destinez; mais il est nécessaire que le général Pouchin reste quelque temps à Ancône pour avoir les moyens de connaître le pays. Il faut, à Venise deus généraux de brigade. Chargez le général Jalras, qui est à Rome, du commandement du château Saint-Ange. Le général Page n’est pas dans le cas de commander une brigade de dragons; il faut le  charger des dépôts de cavalerie. Il est bon d’avoir ainsi quelques vieux généraux qui sont très-bons pour ces commandements. Lorsque l’armée aura passé le Tagliamento, je suppose que vous placerez vos dépôts sur la Piave. J’ai donné au général Scalfort sa retraite, puisqu’il l’a demandé. Si le général Herbin la demande aussi, faîtes-m’en le rapport, et je la lui enverrai. Laissez le général Baraguay-d’Hilliers à Venise, car Pascalis est un homme bon à avoir aux dépôts pour correspondre sur les derrières d’une armée. Vous avez du recevoir différents décrets pour organiser le service à la place de Palmanova et nommer un commandant en second des officiers d’artillerie et du génie, etc. Il faut s’occuper de Venise; la prudence veut qu’on prévoie les choses de loin et qu’on ne laisse aucun embarras pour les derniers moments. Il me semble que vous pouvez donner le commandement de l’artillerie de cette place au général Boucher, qui, étant peu propre à un service actif, sera mieux placé là. Il faut à Venise un général de division-gouverneur (le général Baraguay-d’Hilliers pourra rester si je n’envoie personne); deux généraux de brigade, un chargé spécialement de la défense du littoral du côté de la mer, un autre de Brandolo, et un troisième chargé de tout le littoral du côté de la mer; un adjudant-commandant chef d’état-major; un officier supérieur directeur d’artillerie, avec le nombre d’officiers d’artillerie nécessaire, italiens ou français, pour le service

de cette immense artillerie, et un chef de bataillon chargé du matériel; un officier supérieur du génie et un directeur du parc; de manière que ces officiers et les gardes-magasins soient établis et ne changent plus, et qu’ils aient plusieurs mois pour préparer l’organisation du siège. Je vous ai donné deux généraux de brigade de plus, le colonel Roussel, du 106e, que j’ai nommé général de brigade, et le général Valentin, qui arrive de Rome. J’ai fait donner l’ordre au général de brigade Pouget, qui commande à Parme, de se rendre à Milan. C’est un ancien général qui doit avoir le désir d’être général de division, et que vous pourrez employer à la division Barbou. Donnez l’ordre au général e brigade Pouget, qui commande à Parme, de se rendre `Milan. C’est un ancien général qui doit avoir le désir d’être général de division, et que vous pourrez employer à la division Barbou. Donnez l’ordre au général Quétard de rendre à Parme pour les remplacer.

 

Paris, 17 mars 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, toutes mes troupes doivent évacuer Magdeburg, hormis quelques dépôts et le 4e bataillon du 22e. Envoyez là de vos troupes; les plus sûres, afin que vous soyez tranquille sur la possession de ce poste important. J’attends un état de situation de vos troupes, afin de vous indiquer la manière de les placer pour contenir les pays entre l’ l’Elbe et le Rhin.

 

Paris, 17 mars 1809

A Louis X, Grand-Duc de Hesse-Darmstadt, à Darmstadt

Mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Altesse Royale en date du 16 février. Vous connaissez mes sentiments pour vous, et ils vous sont garants du prix que j’attache aux témoignages d’intérêt que vous me donnez à l’occasion du succès de mes armes en Espagne. J’accepte avec plaisir l’offre que vous me faites de mettre sur pied la totalité de votre contingent en Allemagne, et je vous invite à donner des ordres pour qu’il soit réuni à Mergentheim, avant la fin mars, au nombre de 4,000 hommes présents sous les armes. J’aime à vous rappeler, dans cette circonstances, l’expression des sentiments d’estime et d’affection que je vous ai voués.

 

Paris, 17 mars 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Mon Frère, j’ai destiné le corps d’armée de Votre Majesté à former une réserve particulière. J’ai nommé pour le commander le général Vandamme, que vos troupes ont déjà connu en Silésie dans la dernière guerre. Il sera le seul Français, et il recevra directement les ordres du major général. Je suppose qu’il ne sera pas désagréable au général auquel Votre Majesté a destiné le commandement de ses troupes de servir sous les ordres de cet officier, qui est un très-ancien général et un homme d’expérience. Les troupes de Votre Majesté ne pourraient pas rendre tons les services qu’elles sont appelées à rendre, si elles n’étaient: pas sous les ordres d’un général français, devant se trouver souvent dans le cas d’agir de concert avec les divisions françaises ; et, pour leur avantage même, soit pour les quartiers, soit pour la nourriture, soit pour les autres détails de cette espèce, il est convenable qu’elles aient un chef français.

P. S. Je reçois, au moment même, la lettre de Votre Majesté du 13. J’ai peine à croire que l’Autriche se décide à attaquer. Le cas échéant, je ne pense pas qu’elle puisse être prête avant la fin du mois d’avril. Quelques troupes se remuent facilement, mais le mouvement de 15 à 20,000 chevaux, d’artillerie, de transport, etc., ne peut pas se faire dans un jour. Au 1er avril, j’aurai 80,000 Français réunis à Würzburg, Bamberg et Bayreuth, 60,000 entre Ulm et Augsbourg; les contingents de la Confédération, qui seront réunis au 20 mars, recevront sur-le-champ l’ordre de marcher; ce qui fera une armée de 200,000 hommes qui se réunit sur un seul point, indépendamment du corps du prince de Ponte-Corvo et de l’armée saxonne qui campe autour de Dresde, et du corps polonais qui menace Cracovie, indépendamment enfin de mes armées d’Italie et de Dalmatie, fortes de 120,000 hommes présents sous les armes, et composées de troupes qui ne se sont pas battues depuis 1805 et qui, même alors, ont eu peu l’occasion de se battre, qui campent sur les frontières de la Carinthie et sur l’Isonzo.

L’Autriche aura donc affaire à 400,000 hommes. Que Votre Majesté ajoute à cela 60,000 Russes campés sur les frontières de la Galicie, et que l’empereur Alexandre, par sa lettre du 1er mars, me renouvelle l’assurance qu’à la première attaque de l’Autriche il partira pour venir à ma rencontre à la tête de ses troupes. Il l’a dit aux Autrichiens; il l’a déclaré à M. de Schwarzemberg. Cependant, pour mettre Votre Majesté au fait de tout ce qui se passe, je lui envoie, mais pour elle seule, la lettre que j’ai écrite d’Erfurt à l’empereur d’Autriche. Elle doit avoir sous les yeux le récit de la conférence qui a eu lieu entre mon ministre des relations extérieures et M. de Metternich et la note que le premier a adressée à cet ambassadeur. Mon histoire avec la Maison d’Autriche est celle du Loup et de l’Agneau, et Votre Majesté trouvera qu’il serait par trop plaisant qu’on voulût, dans tout ceci, nous faire jouer le rôle de l’Agneau. Après cela, on ne peut plus faire usage de sa raison; il faut s’attendre à toutes les folies et à toutes les extravagances imaginables. Je pense que l’erreur de la Maison d’Autriche vient de ce qu’ils se sont imaginé que, pour lutter contre eux, j’avais besoin de faire revenir mes armées d’Espagne, me regardant sans doute comme assez imprévoyant pour livrer l’existence de mes alliés à leur bonne foi. Indépendamment de ces ressources, j’ai 80,000 hommes de la dernière levée qui, à la fin d’avril, pourront entrer en campagne, et je n’attends que de voir les choses se décider pour faire publier les pièces de cette affaire, convaincre mes peuples de tout mon bon droit, et en profiter pour appeler 150,000 hommes des conscriptions des années arriérées. Je prie Votre Majesté de m’instruire, directement et par courrier, de tout ce qu’elle apprendrait.

 

Paris, 18 mars 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, pressez le sieur Bacher pour que le régiment de Nassau et la compagnie d’artillerie et de sapeurs que doit fournir cette Maison, la compagnie de sapeurs que doit fournir le grand-duc de WÜrzburg, le régiment n° 4 des Maisons ducales de Saxe, les compagnies d’artillerie et de sapeurs qu’elles doivent fournir, le régiment n° 5 des Maisons de Lippe et d’Anhalt, et le régiment n° 6 des Maisons de Schwarzburg, Reuss et Waldeck, se réunissent le plus tôt possible à Würzburg, où le général de division Rouyer, qui parle allemand, se rend pour en prendre le commandement. Engagez le grand-duc de Hesse-Darmstadt à presser le départ et la parfaite organisation de son contingent.

 

Paris, 18 mars 1809

Au comte Maret, ministre secrétaire d’État, à Paris

Monsieur Maret, j’avais demandé un avis au Conseil d’Éat sur la vente des canaux. ; écrivez à M. Treilhard qu’il fasse passer cette affaire à la séance de mardi prochain.

Dans mon voyage du retour de Bayonne, j’ai passé par Blois et Tours.  J’avais projeté plusieurs choses à faire dans ces villes; vous ne m’avez jamais remis cela sous les yeux.

Faites insérer successivement dans le Moniteur tous les décrets que je prends pour l’établissement de dépôts de mendicité.

 

Paris, 18 mars 1809

Au comte de Montalivet, conseiller d’état, directeur général des Ponts et Chaussées, à Paris

La route de la Spezia à Parme est très-importante, puisque c’est la seule pour communiquer avec la Toscane sans quitter le territoire français. Les projets devaient m’être remis avant le 1er octobre 1808. Vous n’en avez encore rien fait. Rendez-moi compte de l’exécution de mon décret du 5 juillet 1808, et faîtes-moi connaître quand cette route sera commencée et terminée.

 

Paris, 18 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Paris

Mon Cousin, vous connaissez l’organisation de l’armée bavaroise, l’armée saxonne, de l’armée westphalienne, de l’armée polonaise, du corps de Wurtemberg et des divisions de Bade et de Hesse-Darmstadt. Voici l’organisation de la 3e division du corps d’armée des Princes réunis. Le sieur Fain, qui a fait pour moi un état de l’armée de la Confédération, vous en fera une copie; faites-la lui demander. Vous la rectifierez, et, d’ici à quelques jours, vous me remettrez ce livret, corrigé et mis en ordre. Écrivez, en attendant, au duc d’Auerstaedt que le corps des Princes réunis se rassemble à Würzburg, et que j’ai nommé le général de division Rouyer pour les commander. Ce corps sera composé : d’une brigade de Nassau, formée du régiment n° 1 , qui est en Espagne; du régiment n° 2, qui sera de deux bataillons de six compagnies chacun, et de 1,680 hommes; du régiment n° 3 de Würzburg, qui est en Espagne; du régiment n° 4 des Maisons ducales de Saxe, de trois bataillons chacun de six compagnies, chaque compagnie de 140 hommes, total 2,520 hommes; du régiment n° 5 des Maisons de Lippe el d’Anhalt, de 1,680 hommes; d’un régiment n° 6 des Maisons de Schwarzburg, Reuss et Waldeck, formant deux bataillons de 1,500 hommes. Cette division aura donc de 7 à 8,000 hommes d’infanterie. Je vais y envoyer deux généraux de brigade français, parlant allemand. Mais, en attendant, le général Rouyer doit la former. A cette division seront jointes deux compagnies d’artillerie, l’une de Nassau et l’autre des Maisons ducales, trois compagnies de sapeurs, l’une de Nassau, de 140 hommes, une de Würzburg, de 130 hommes, et l’autre des Maisons ducales, de 150 hommes; ce qui portera cette division à 9,000 hommes. Donnez des ordres au duc d’Auerstaedt pour qu’il presse l’arrivée et l’organisation de tous ces corps.

 

Paris, 18 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Marin

Mon Fils, je vous envoie un croquis qui vous fera connaître comment je pense que devrait être arrangée la tête de pont du Tagliamento. Les quatre redoutes seront faîtes après. Il faut s’occuper actuellement de la tête de pont proprement dite, et y faire travailler avec la plus grande activité. II est nécessaire d’avoir dans les fossés de cette espèce de pentagone un bon filet d’eau; c’est l’important. Avec quelques palissades on mettra cet ouvrage à l’abri d’un coup de main. Aussitôt que cet ouvrage sera avancé, faites construire quatre baraques en bois pour les vivres, l’artillerie, et pour loger la troupe.

Un ouvrage comme celui-ci doit être terminé en un mois, et 400 hommes doivent y être à l’abri de toute attaque, en admettant la possibilité de dériver du Tagliamento un bon filet d’eau.

On fera immédiatement après la lunette de la rive droite du Tagliamento, et on fera successivement les quatre lunettes de camp retranché. Il ne vous échappera pas que, dans un pareil camp retranché, soixante bataillons peuvent se trouver à l’aise et y sont inattaquables. Pendant le temps qu’on emploiera à tracer le réduit, on aura le temps de lever le pays. Il n’y a pas de doute que les ouvrages les plus importants sont ceux qui sont à l’aval et à l’amont de la rivière, puisqu’ils défendent le pont.

 

Paris, 18 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je pense convenable qu’au 1er avril vous portiez votre quartier général à Strà. La Princesse et votre Maison pourront s’y trouver avec vous. Faites-y envoyer les meubles et tout ce qui est nécessaire pour rendre cette habitation commode. Vous serez à même, à Strà, de veiller à l’armement de Venise, aux travaux de Malghera, et de passer la revue des corps qui sont aux camps d’Udine, d’Osoppo, à Trévise et même dans le Frioul. Prenez des mesures pour que l’estafette de Milan aille à Strà avec la plus grande rapidité. Ordonnez des travaux pour mettre dans le meilleur état la route de Mantoue à Legnago, de Legnago à Padoue et de Padoue à Trévise; ce sera désormais la route de l’armée, qui, lorsque ces chemins seront réparés, ne passera plus par Brescia ni Vérone. J’ai ordonné que le télégraphe fût disposé pour communiquer au 1er avril de Paris à Milan. Je ne sais point s’il y a des stations à établir sur le territoire du royaume d’Italie; s’il y en a à faire, faîtes-y travailler; faîtes-les même continuer jusqu’à Mantoue; on verra ensuite à les prolonger jusqu’à Venise. Vous devez annoncer votre séjour à Strà comme un voyage d’agrément à une de vos maisons de plaisance. Il faudra cependant, si rien ne presse, installer avant le sénat.

 

Paris, 18 mars 1809.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, donnez ordre que toutes les batteries en bois que les Autrichiens avaient faites, et qui sont nécessaires pour la défense des différents canaux de Venise, et les batteries établies dans les différentes îles qui concourent à la défense des canaux, soient armés. Cet armement doit se faire progressivement, en commençant du côté de Mestre et de la Piave, mais de manière à être terminé au 30 avril. Si le réduit de Malghera peut être armé, ordonnez qu’il le soit. Une tête de pont sur la Piave me paraît nécessaire. Je désire également que, lorsque le général Chasseloup sera arrivé, il trace l’ouvrage d’Arcole et les redoutes qui coupent les chaussées, de sorte que, lorsque l’armée aura passé l’Adige, on ait le temps de continuer les travaux et de se maintenir dans ce poste important. La tête de pont du Tagliamento doit d’abord être bien tracée; je la ferai revêtir avec le temps. Une petite place là est nécessaire pour observer Palmanova.

 

Paris, 18 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

J’ai ordonné que l’autel qui existait aux Invalides fût restauré convenablement. Faites-moi un rapport sur l’exécution de cet ordre.

 

Paris, 19 mars 1809

A M. Cretet, comte de Champmol, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, faîtes finir promptement l’affaire du canal du Midi.

Le 16 juin, j’avais ordonné qu’une somme de 80,000 francs serait accordée pour la restauration de Notre-Dame de Reims; faites-moi connaître si cette dépense a été faite.

J’ai pris, le 3 août dernier, un décret pour une route de Maldeghem à Breskens; cette route a-t-elle été faite ?

Le décret du 3 août, relatif à l’île de Noirmoutier, a-t-il été exécuté ?

J’ai à vous faire la même question pour le décret du 8 août, qui ordonne divers travaux dans la Vendée.

 

Paris, 19 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Il sera réuni à Plaisance, pour se porter partout où cela sera nécessaire, quatre compagnies de gendarmerie à cheval et une à pied, sous les ordres immédiats du général de gendarmerie Radet.

La 1e compagnie à cheval sera composée de cinq brigades fournies par la 23e légion de gendarmerie et de cinq brigades fournies par la 24e légion ; chaque brigade de six hommes; ce qui fera 60 hommes pour la compagnie. La 23e légion fournira un sous-lieutenant, qui commandera les cinq brigades de cette légion; la 21e légion fournira un sous-lieutenant, qui commandera la compagnie. Cette compagnie se rendra à Nice, d’où elle sera sans délai dirigée sur Plaisance.

La 2e compagnie sera formée de cinq brigades de la 22e région et de cinq brigades de la 12e; une de ces deux légions fournira un lieutenant et l’autre un sous-lieutenant. Cette compagnie se rendra par le Mont-Cenis à Plaisance.

La 3° compagnie sera composée de cinq brigades de la 21e légion et de cinq brigades de la 20e, lesquelles se réuniront à Genève, d’où elles se rendront à Plaisance par le mont Cenis.

La 4e compagnie sera composée de cinq brigades de la 27e légion et de cinq brigades de la 28e, qui se rendront également sans délai à Plaisance.

Ainsi ces quatre compagnies de gendarmerie à cheval feront une force de 240 hommes, commandés par quatre sous-lieutenants et par quatre lieutenants.

La 5° compagnie sera composée d’hommes à pied et de quinze brigades commandées par un lieutenant et un sous-lieutenant, et fournies par la 26e légion de gendarmerie. Cette compagnie s’embarquera Bastia aussitôt votre ordre reçu et débarquera à Livourne.

Ainsi le général Radet aura sous ses ordres une colonne de 240  gendarmes à cheval et de 100 à pied, qui se portera partout où il sera nécessaire pour rétablir l’ordre. Cette colonne, ainsi organisée, portera le titre de Colonne mobile de gendarmerie. Vingt-quatre heures près la réception de votre ordre, les colonels de légion feront partir les brigades qu’ils doivent fournir, et aussitôt que celles de la 27e et de la 28e division militaire seront arrivées à Plaisance, elles seront dirigées sur la Toscane. Ces brigades seront seulement détachées de leurs corps et n’y seront pas remplacées. Vous nommerez un chef l’escadron pour commander cette colonne. Il sera sous les ordres du général Radet, qui pourra le diriger sur les points de la Toscane où la présence d’une force armée serait nécessaire pour rétablir l’ordre d’arrêter les brigands.

 

Paris, 19 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Min fils, faîtes-moi connaître ce qu’on a fait, en Italie, de cette grande quantité de sbires qui nous incommodait tant il y a quelques années, afin que cela serve de règle pour la Toscane

 

La Malmaison, 20 mars 1809

Au général Bertrand, aide de camp de l’Empereur, à PaRIS

Monsieur le Général Bertrand, je vous envoie une lettre du général Chambarlhiac et différentes pièces sur les têtes de pont du Lech. Suivez la correspondance relative à Passau, et donnez les ordres nécessaires pour que les têtes de pont du Lech soient fraisées, palissadées et qu’on fasse passer de l’eau dans les fossés; qu’elles soient également armées de l’artillerie nécessaire, en y mettant, non de l’artillerie de campagne, mais des pièces de position qui seront servies par des Bavarois. Ayez un plan d’Augsburg, et prenez toutes les mesures pour qu’on fortifie cette place, afin que dans tout évènement elle soit à l’abri d’un coup de main. Présentez-moi un projet sur cette place. Donnez également des ordres pour que la place d’Ingolstadt soit mise à l’abri d’un coup de main et qu’elle serve de tête de pont, pour pouvoir manœuvrer sur les deux rives du Danube. Suivez la correspondance relative à l’armement de Kronach, de Würzburg et autres places entre Forchheim et le Danube, et remettez-moi l’état de ces places. Prenez des renseignements sur toutes les forteresses que la Maison d’Autriche et en Bohème et dans le pays de Salzburg. J’avais réuni dans mes campagnes d’Italie beaucoup de renseignements sur la situation de Klagenfurt et sur cette partie. Les Autrichiens y avaient fait et y ont fait depuis des fortifications de campagne. Vous devez trouver beaucoup de ces documents dans mon bureau topographique. Mettez-moi cela sur la carte avec des mémoires.

 

La Malmaison, 20 mars 1809

A M. Barbier, bibliothécaire de l’Empereur.

L’Empereur demande si sa bibliothèque de voyage est prête. Je recommande à M . Barbier de la choisir avec attention et d’y mettre d’excellents livres; car Sa Majesté tient à avoir quelque chose de très-distingué et par le choix des livres et par la beauté des éditions; et par l’élégance des reliures. Si les Épiques ne s’y trouvaient pas, il faut ne pas perdre un moment à les mettre.

 

La Malmaison, 21 mars 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je pense qu’il est bon que vous laissiez prendre lecture aux ministres des princes de la Confédération qui sont à Paris et aux ministres de Hollande, d’Espagne et de Naples, de ma lette à l’empereur d’Autriche, de votre conversation avec M. de Metternich et de votre note à cet ambassadeur, afin de bien constater que je n’ai pas voulu attaquer l’Autriche, et que je lui ai, au contraire, offert une garantie; que c’est l’Autriche qui s’est laissé gagner par l’Angleterre et qui commet une agression. Vous laisserez lire et relire ces pièces à ces différents ministres, assez pour que ce soit un sujet de dépêches chez eux, et que cela fixe leur langage, tant ici qu’ailleurs. Il est également convenable que la folie et l’injustice de l’Autriche soient le texte perpétuel de vos conversations.

 

La Malmaison, 21 mars 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, il faut expédier un courrier à Saint-Pétersbourg. Vous accuserez à M. de Romanzof la réception de son courrier, en lui faisant connaître que vous prenez mes ordres pour y répondre. Vous écrirez à M. de Caulaincourt pour me faire connaître le véritable état des choses. Vous lui enverrez la proclamation du prince Charles, qui est une espèce de déclaration de guerre, et vous y joindrez les quatre dernières dépêches que vous avez reçues de Munich et de Vienne, pour lui faire voir à quel point on est entraîné à Vienne. Vous ferez connaître à M. de Caulaincourt que le chargé d’affaires de Russie à Vienne doit recevoir l’ordre de quitter la capitale, si jamais les troupes autrichiennes sortent de leur territoire; que je trouve bien le projet de note que l’Empereur veut faire présenter au cabinet de Vienne; que dans quelques jours vous lui enverrez le projet de note que je pense qu’on doit remettre de part et d’autre; qu’il ne faut pas se dissimuler que la folie de la cour de Vienne est telle que cette note a besoin d’être appuyée par des forces menaçantes qui la fassent revenir à la raison; que je reste constant dans ma manière de voir; que si à Erfurt on avait menacé, l’Autriche aurait désarmé, et que ce serait une question finie; que, lorsque les troupes russes s’avanceront sur le bas Danube, que la Galicie sera menacée par la présence d’une armée russe, si l’on commence à donner une direction à l’opinion de ces troupes, il pourra se faire une réaction dans les sentiments de ceux qui ont pris le dessus à Vienne. Vous manderez donc, en résumé, à M. de Caulaincourt que vous lui expédiez ce courrier, 10 pour lui donner des nouvelles de ce qui se passe; 2° pour accuser réception de la lettre que vous avez reçue de M. de Romanzof; 30 pour lui faire comprendre qu’il est de toute nécessité que le chargé d’affaires de Russie à Vienne sache positivement qu’il doit quitter Vienne si l’Autriche fait un pas au delà de son territoire; et cette démarche doit être faite de manière que non-seulement la cour sache cela, mais encore le public, et il est même plus nécessaire que le public en soit imbu que la cour, qui est entraînée. Ce courrier pourra partir demain avant minuit. Apportez­ moi demain avant midi vos dépêches. Parlez un peu de tout cela au prince Kourakine, afin qu’il se trouve moins étranger à la question et qu’il puisse en écrire quelque chose.

Rédigez-moi aussi un projet de note qui pourrait être présenté en mon nom, calqué sur celui de l’empereur de Russie, et que je ferai partir par un courrier, à la fin de la semaine. Vous me le présenterez mercredi ou jeudi. La note pourrait être envoyée à Saint-Pétersbourg toute signée de vous; de sorte que M. de Caulaincourt la ferait partir en ligne droite pour Vienne.

 

La Malmaison, 21 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre an général sénateur Demont de se rendre à Würzburg pour être employé au corps du duc d’Auerstaedt. Faites connaître au duc d’Auerstaedt que je désire qu’il mette sous les ordres de ce général une réserve qui serait composée des 4e bataillons du 30e, du 61e, du 65e, du 33e, du 111e, du 12e et du 85e de ligne; ce qui fait sept bataillons. Ces sept bataillons ne sont encore qu’à 500 hommes ; ils ne forment donc qu’une force de 3,500 hommes; mais ils vont bientôt recevoir une compagnie qui leur produira une augmentation de 1,100 hommes. Les 4e bataillons des 48e, 108e, 25e de ligne et 13e léger ne doivent pas tarder à partir de Boulogne; ce qui portera le nombre des 4e bataillons à onze; on pourrait y joindre ceux des 7e léger, 17e et 21e de ligne; ce qui ferait quatorze bataillons. Cette réserve paraît nécessaire; les divisions restant com­posées de cinq régiments, et chaque régiment ayant un complet de 2,500 hommes, les divisions seraient de plus de 12,000 hommes; si l’on y laissait les 4e bataillons, elles seraient de 14 à 15,000 hommes; ce qui est beaucoup trop fort pour une division. La formation des 4e bataillons n’est pas encore terminée ; il sera bon de les avoir sous la main et en dépôt pour être réunis. Il y a aussi un avantage à cette mesure, c’est qu’un régiment qui a trois bataillons en ligne et un bataillon à la division de réserve, qui peut ne pas se trouver compromis le même jour, peut trouver dans ce bataillon des ressources pour réparer ses pertes. Je désire donc que le corps du duc d’Auerstaedt soit composé de la manière suivante: des divisions Morand, Gudin, Friant et d’une quatrième division formée de 4e bataillons de chacune des trois premières divisions. Chacune de ces trois premières divisions doit avoir trois généraux de brigade, un pour l’infanterie légère, et les deux autres commandant deux régiments de ligne ou six bataillons. La division du général Demont devra avoir trois généraux de brigade : un, commandant les 4e bataillons de la 1e division; un, commandant les 4e bataillons de la 2e division, et un, commandant les 4e bataillons de la 3e division. Deux ou trois bataillons de la même division seront réunis sous le commandement d’un major. Les 4e bataillons des 13e léger, 17e et 30e de ligne seront réunis sous un major de l’un de ces trois régiments. Les 4e bataillons des 61e et 65e seront commandés par un major de l’un de ces deux régiments. Par cette formation, tous les avantages se trouvent réunis; et le duc d’Auerstaedt aura quatre généraux de division, douze généraux de brigade, quatre adjudants commandants, et soixante pièces de canon, à raison de quinze pièces par division, indépendamment de l’artillerie attachée à la cavalerie, et des généraux et adjudants commandants attachés à son état-major.

 

La Malmaison, 21 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 16 mars; vous devez inculquer de toutes les manières, soit pour des articles de journaux, soit autrement, l’idée que les Russes marchent sur l’Autriche. Vous pouvez citer les préparatifs de défense que les Autrichiens font du côté de la Hongrie et le mouvement des troupes russes sur le Danube. Comme la chose est réelle, peut-être serait-il mieux de laisser les Autrichiens faire courir les bruits qu’ils veulent; ils tomberaient d’autant plus haut lorsqu’on connaîtrait les dispositions de la Russie; mais cela aurait l’inconvénient d’influer défavorablement sur l’esprit public.

Je vois avec plaisir ce que vous me dites de Malghera. Le général Chasseloup est parti hier de Paris. J’attends de connaître le parti qu’il prendra sur Brandolo.

Il faut sans doute armer Mantoue, mais tout doucement. Faites­ moi connaître quelle est l’organisation de la place de Venise. Il est nécessaire d’y avoir un gouverneur , un général de brigade comman­dant d’armes, deux généraux de brigade commandant, l’un Brandolo, l’autre Malghera, deux ou trois colonels pour commander les forts ou batteries des principales passes, autant de capitaines et de lieutenants en qualité d’adjoints, qu’il y a de forts ou de batteries, un général de brigade commandant l’artillerie, un directeur du parc, un officier en résidence à Brandolo et un à Malghera ,plusieurs officiers en résidence le long du littoral, un certain nombre d’officiers d’artillerie pour l’arsenal, et à peu près la même organisation pour le génie. Indépendamment de ces officiers, il serait envoyé, au moment où la place serait investie, un général de division, plusieurs généraux de brigade et adjudants commandants et des officiers d’artillerie et du génie; mais les commandants de Brandolo et de Malghera, et les officiers qui doivent commander les petites batteries ou forts, doivent être désignés et envoyés sur-le-champ.

 

Malmaison, 21 mars 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je reçois votre lettre du 11 mars. Tout ce qui arrive en Galice est la faute du duc d’Elchingen, qui a établi son quartier général à la Corogne au lieu de le placer dans une position plus centrale, à Lugo par exemple, ou même plus près de la frontière. La Corogne et le Ferrol n’auraient dû être occupés que par des têtes de colonne.

Je suppose que, dès que le maréchal duc de Bellune aura commencé son mouvement, vous l’aurez fait appuyer par tout ce que vous avez de disponible. Vous avez à Madrid la division Sebastiani, la division Dessolle, les Polonais. Il faut avoir soin que le duc de Bellune ait ses trois  divisions et celle du général Leval tout entières. Ce maréchal ­ aura besoin en Andalousie de beaucoup de cavalerie; elle lui sera d’autant plus nécessaire que l’ennemi en aura peu à lui opposer, et que, si les Anglais y ont quelque infanterie, ils ne peuvent y avoir de cavalerie.

Toutes mes troupes sont en Allemagne : le duc d’Auerstaedt est à Würzburg avec l’armée du Rhin; le prince de Ponte-Corvo est à Dresde; le maréchal duc de Rivoli est à Ulm avec l’armée d’observation du Rhin; le général Oudinot est avec son corps sur le Lech; les Bavarois occupent l’Inn; mon armée d’Italie est réunie sur le Tagliamento. Une fureur guerrière inconcevable s’est emparée de l’Autriche; ils ont touché les subsides de l’Angleterre, et, au milieu de ces préparatifs de guerre, les communications des deux cabinets continuent sur un pied pacifique, et l’on nous croirait les meilleurs amis du monde. La Russie prend fait et cause pour moi. Mais la cour de Vienne se trouve hors de ses mesures, et, comme celle d’Aranjuez, elle est entraînée par une faction plus puissante qu’elle-même; elle a cela de commun avec les autres. Mes équipages sont partis, et cependant je n’ai pas encore le projet déterminé de partir. Il a fallu que je remonte mes équipages d’artillerie, mes transports militaires, une partie de ma cavalerie, pour combler le déficit que les affaires l’Espagne m’ont causé. Tout cela me jette dans des dépenses énor­mes. Menez un peu vivement vos affaires, car les chaleurs vont bientôt commencer. Les fortifications de Madrid doivent bientôt être en état : ainsi, au pis aller, 2,000 hommes doivent bientôt n’avoir rien à craindre à Madrid.

 

La Malmaison, 21 mars 1809

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à La Haye

Mon Frère, je reçois votre lettre du 6 mars. La guerre parait imminente. Ce que vous avez de mieux à faire est de réunir le plus de troupes possible, afin de pouvoir défendre votre pays et d’être de quelque utilité à la cause commune. C’est la première fois que vous me demandez mon avis. Si vous me l’eussiez demandé plus tôt, je ne vous aurais point conseillé de licencier vos troupes; je vous aurais répété que rien n’était fini en Europe, et que, tandis que vous désar­miez, je levais de nouvelles conscriptions et renforçais mes armées de 150,000 hommes. Vous sentirez facilement l’imprudence des mesures que vous avez prises et les résultats dangereux qu’elles peu­vent avoir pour votre pays et pour tout le monde. L’Autriche a reçu, depuis trois mois, des subsides de l’Angleterre; elle croit pouvoir m’attaquer lorsque mes troupes sont en Espagne. Je ne lui demande rien; elle n’articule aucun grief et veut revenir sur la honte de la campagne de 1805. Elle court à sa ruine. Cependant tenez vos troupes en état.

 

La Malmaison, 22 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je ne puis approuver que le budget de l’artillerie monte à 24 millions; c’est impossible. Il ne s’agit pas de demander de l’argent, il faut se proportionner à l’état des choses. Je ne puis qu’ajouter aux 14 millions accordés un million d’extraordinaire. Dirigez en conséquence les commandes et autres dépenses.

 

La Malmaison, 22 mars 1809

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Dejean, les tirailleurs corses et les tirailleurs du Pô sont mal habillés. Faites-moi connaître d’où cela provient. Chargez un inspecteur aux revues de visiter leurs dépôts et de s’informer pourquoi ces corps sont si mal administrés.

 

La Malmaison, 22 mars 1809

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Je croyais que l’administration de la masse de linge et chaussure appartenait aux compagnies; c’était comme cela jadis. Comment veut-on qu’un dépôt qui est en Flandre fournisse des souliers à l’armée d’Espagne; qu’un dépôt qui est à Marseille fournisse à Chambéry, ext. ? Faîtes-moi un rapport sur tout cela et proposez-moi une décision, s’il y a lieu.

 

La Malmaison, 22 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, vous m’avez remis hier de nouveaux états de l’armée. J’ai cru, en conséquence, y trouver des renseignements récents ; je les trouve au contraire plein d’inexactitudes. Vous devez avoir les états des troupes polonaises, saxonnes, bavaroises et wurtembergeoises ; si vous ne les avez pas, faîtes-les demander à mon bureau, et mettez-les en détail. Vous devez avoir le détail de ce que j’ai envoyé au corps d’Oudinot pour compléter ce qui lui manque, les 13e et 14e bataillons de marche, le 3e bataillon de conscrits de la Garde, destinés au corps Oudinot, le 1er bataillon de marche des conscrits du corps d’observation du Rhin, la formation des six régiments provisoires de dragons, etc. Tout cela est plein d’erreurs. Faites refaire ces états avec la plus grande exactitude et avec les nouvelles additions.

Vous devez aussi connaître les mouvements de l’armée du Rhin sur Würzburg.

 

La Malmaison, 22 mars 1809

Au général Bertrand, commandant le génie de l’armée d’Allemagne, à Paris

Monsieur le Général Bertrand le bureau du génie à la guerre est composé d’hommes si médiocres que je ne comprends pas ce rapport. Voyez le bureau de la guerre, et faîtes-moi demain soir un rapport. Voici ce qu’il me faut: des outils pour les places et des outils pour la campagne. Les outils pour la campagne doivent être portés dans quarante-huit caissons attelés de six chevaux, ce qui fait 30,000 outils ; près de 300 chevaux et 180 à 200 hommes sont donc nécessaires. Comme j’ai ordonné que les compagnies de pionniers eussent un certain nombre de caissons, il faut voir si les compagnies qui sont à l’armée peuvent fournir ces quarante-huit caissons, afin de ne rien faire d’extraordinaire hors de l’organisation que j’ai arrêtée il y a quelques mois. Il faut ensuite des outils pour les places et sur les derrières. Il est de principe, et vous devez tenir la main à son exécution, que les outils de campagne ne peuvent dans aucun cas être employés pour les places; ce sont des ressources dont je veux pouvoir me servir la veille d’une bataille, ou dans les huit jours qui précèdent des événements importants. J’ai besoin d’outils sur les derrières, de 6,000 à Passau et de 6,000 à Augsbourg. Ceux-là n’ont pas besoin d’être attelés, et, à mesure qu’on marcherait, on ferait avancer ces outils, soit sur le Danube, soit ailleurs, par des voitures de réquisition. Assurez-vous donc que le colonel Blein, votre chef d’état-major, se rend à Strasbourg avec les officiers du génie qu’ou pourra se procurer en France. Établissez votre correspondance avec les généraux Tousard, Chambarlhiac, Andréossy et Lazowski, el préparez des mesures pour que, sans délai et sans compter sur les ressources de l’Espagne, vous ayez quarante-huit caissons attelés de six chevaux, 200 hommes du train et 30,000 outils, indépendamment de 12,000 outils pour Augsbourg et Passau. Il faut que demain mon décret soit pris et le service organisé. Je dois avoir à l’armée d’Allemagne (en blanc dans l’original)  … compagnies de mineurs et quinze compagnies de sapeurs. Je crois avoir donné des ordres pour que toutes les compagnies de sapeurs qui étaient à Danzig, Stralsund et dans toutes les places de l’Oder, se repliassent sur Bamberg. Voyez cela chez le major-général et chez le ministre de la guerre, afin que ces ordres soient donnés sur-le-champ, s’ils ne l’avaient pas été. Ces quinze compagnies doivent être toutes disponibles pour l’armée active.

 

La Malmaison, 22 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vous ai mandé que je pensais que vous feriez bien de porter votre demeure à Strà, vers les premiers jours d’avril. D’abord, il faut installer le sénat; cette cérémonie faite, vous pourrez faire une tournée à Palmanova, Osoppo, pour bien observer les frontières, et après revenir à Milan; ce sera un voyage d’une quinzaine de jours, devant voir les troupes en détail. En partant vers le 6 ou 7 avril, vous seriez de retour à la fin du mois. Les circonstances décideront ce qu’il conviendra que vous fassiez. Voici comme je pense que vous devez arranger votre voyage. D’abord, vous irez à Brescia et à Montechiarro pour voir les troupes, si vous y en avez; de là vous irez à Mantoue, pour voir l’état de défense de cette place, la situation de tous les magasins d’artillerie, et ce qu’on peut tirer de la défense de Saint-Georges. Il est d’urgente nécessité de travailler à ce poste. De Mantoue vous continuerez sur Legnago ; de Legnago vous irez au pont d’Arcole, à cheval, par la rive gauche de l’Adige, en suivant la rivière´. Vous reviendrez par la petite rivière de l’Alpone jusqu’au confluent : de là, vous parcourrez les différents débouchés jusqu’à Villanova, et vous verrez comment, moyennant ces débouchés, on se trouve derrière la position de Caldiero et l’on empêche l’ennemi de passer outre et de s’enfoncer sur Vérone. Vous continuerez votre route  par la rive droite de l’Adige jusqu’à Brandolo, afin que vous connaissiez parfaitement ce local et ce qu’il y a à faire pour rendre le pays praticable entre la Brenta et l’Adige, et pour s’assurer des communications par la droite de l’Adige.  Entrant ainsi à Venise par Brandolo,  vous vous trouverez l’avoir vu parfaitement. De là vous pourrez vous diriger sur Trévise, Palmanova, Gradisca; de là, reconnaître toute la rive droite de l’Isonzo, depuis Gradisca jusqu’à la mer.

Je connais de belles positions entre Gradisca et Palmanova, qu’on peut occuper. Vous remonterez l’Isonzo jusqu’à Goritz et la frontière italienne; vous verrez de nouveau la limite depuis Caporetto et sui­vrez l’extrême frontière, des défilés de Caporetto aux défilés de la Pontebana. Il faut faire cette tournée avec de bonnes escortes et des ingénieurs géographes qui fassent des croquis, afin de bien vous mettre le local dans la tête. Vous déciderez là si l’on peut occuper la Chiusa vénitienne, et les ouvrages à faire entre Osoppo et Tarvis. Je vous recommande de faire une pointe dans la vallée de Tolmezzo , afin d’avoir une idée nette et précise de ce débouché dans le Cadorin.

Faites-vous voir à Cadore, et informez-vous si, en cas de guerre, il ne serait pas possible de former quelques bataillons de ces paysans pour éclairer les montagnes et maintenir la sûreté de leurs frontières. Faites faire des reconnaissances de détail du Tagliamento, de la Livenza et de la Piave, et reconnaître comment Conegliano, Portenone et Sacile se lient avec Feltre, et par quelle espèce de routes. De Bassano, vous pourrez aller à Trente incognito, pour bien connaître cette gorge. De Trente, vous irez reconnaître les lignes de Tarvis que je fis occuper autrefois, et la position de Segonzano. Après quoi vous viendrez reconnaître la vallée de Trente sur Vérone, par la Chiusa de l’Adige, en observant l’influence des hauteurs de Rivoli sur la rive gauche, les positions de Montebaldo el de la Corona, et les défilés de Mori qui débouchent au grand chemin sur Brescia. Il n’y a rien de tel que d’avoir vu soi-même, et cette partie est importante à connaître pour la défense du pays. Je n’ai pas besoin de vous dire pourquoi je vous fais aller incognito à Trente. Faîtes-vous accompagner par de bonnes escortes. Il y a d’ailleurs là des troupes bavaroises. Vous pouvez au reste n’y pas coucher, et même vous dispenser d’y aller si les circonstances ne sont pas urgentes. Vous passerez le mois d’avril à faire cette reconnaissance et à bien vous mettre le système du terrain dans la tête. Faites-vous montrer le lieu où je fis passer l’Isonzo à la division Sérurier pour tourner les hauteurs de Gradisca. J’approuve fort l’intention où vous êtes de ne pas manger le pays vénitien avec votre cavalerie et d’en laisser une partie sur les derrières; vous serez toujours à temps de la faire venir. Quant à moi, je reste stationnaire tout le mois d’avril, et je ne pense pas que les Autrichiens veuillent attaquer, surtout après la marche des troupes russes sur la Hongrie et la Galicie .

Je suppose que pendant votre voyage vous m’enverrez tous les soirs un long rapport sur tout ce que vous aurez vu et ordonné.

Il est très important d’être maître des lacs de Mantoue. II faut y avoir le nombre de bateaux nécessaire; si vous ne les y avez pas, faites-les venir de Venise. Faites presser les travaux des magasins à poudre, des casernes et des blindages à Palmanova.

P.S. Pendant votre tournée, la Princesse restera à Monza ou à Milan.

 

Malmaison, 22 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, les 4,000 hommes du camp de Plaisance doivent être partis de Brescia. Faites-les passer par Lodrau et par Trente, cette route est plus courte que celle de Vérone. Faites leur faire de bonnes marches, afin qu’ils arrivent le plus tôt possible à Innsbruck. Mettez à la tête de ces 4,000 hommes un officier d’état-major intelligent, qui marche avec précaution. Il y a de la  cavalerie et de l’infanterie; joignez à cette colonne deux pièces de canon de 4. Puisque l’on dit qu’il y a du mouvement dans le Tyrol, cette colonne pourrait être employée utilement par les autorités bavaroises. Pendant son passage, si cela était nécessaire. Cette colonne, qui doit être composée de 4,000 hommes d’infanterie et de 600 chevaux, pourra être partagée en deux et marcher à une journée d’intervalle. Le général qui la commandera marchera avec la première partie. Il suffira que les deus pièces de canon aient chacune un caisson, et que les troupes aient deux cuissons de cartouches avec elles. Vous recommanderez que d’Innsbruck on vous envoie votre artillerie, si toutefois cette colonne n’en a plus besoin.

 

La Malmaison, 22 mars 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je reçois votre lettre du 13 mars, par laquelle vous m’instruisez que vous organisez des troupes. Ayez le plus grand discernement à n’armer que des gens sûrs. Il n’y a point de difficulté de vous envoyer les dépôts de Mantoue. II est impossible de vous envoyer les régiments qui sont en Espagne, sur les confins du royaume de Valence, avec le général Saint-Cyr, et où l’on reste un mois sans communiquer.

 

Paris, 22 mars 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale à Paris

Palafox est arrivé le 17 mars à Bayonne. Vous aurez donné des ordres pour qu’il soit mis à Vincennes, au secret, et qu’il n’en soit plus question.

 

Paris, 22 mars 1809

Au comte Maret, ministre secrétaire d’État, à Paris

Qu’est-ce que c’est que M. T….. nommé à la sous-préfecture de Bressuire, département des Deux-Sèvres ? On m’assure que c’est un ancien percepteur de Bruxelles dont un procès-verbal a constaté un déficit de 50.000 francs. Cependant, ce ne peut être que vous qui me l’avez fait nommer.

 

La Malmaison, 23 mars 1809

A Louis X, Grand-Duc de Hesse-Darmstadt, à Darmstadt

Mon Frère, j’ai reçu la lettre que Votre Altesse a écrite le 11 mars au duc de Rivoli. Je vous ai mandé que j’acceptais avec grand plaisir votre contingent porté à 4,700 hommes d’infanterie et à 560 chevaux. Je vous remercie du zèle que vous montrez pour la cause commune, et ne doutez pas que je ne vus en tienne compte lorsque les circonstances se présenteront. Il sera nécessaire actuellement de penser à se préoccuper des recrues, pour remplacer les malades, les déserteurs, et suppléer aux diminutions auxquelles les évènements donneront lieu.

 

La Malmaison, 23 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, je vous envoie un ordre que je viens de signer. Envoyez au maréchal duc d’Auerstaedt, au général Oudinot et au duc de Rivoli, les dispositions qui les concernent. Faites-leur connaître qu’ils vont recevoir de l’argent pour le service du génie; qu’ils ne perdent pas de temps pour faire les réquisitions qui leur sont ordonnées; qu’ils passent les marchés et qu’ils prennent toutes leurs dis­positions en conséquence.

Écrivez au duc de Rivoli qu’il doit demander au grand-duc de Hesse que son contingent soit de 4,736 hommes et de 564 chevaux, comme il le propose. Six pièces de canon seront suffisantes; mais il faut avoir soin que chaque pièce ait un approvisionnement et demi, et qu’il y ait un approvisionnement d’infanterie à raison au moins de 100 coups par homme. Vous écrirez aussi à mon ministre à Darmstadt pour lui faire ces observations.

Écrivez an général qui commande la 26e division militaire et à celui qui commande la 5e qu’ils aient à vous envoyer tous les jours la situation des places, surtout celles de Mayence et de Strasbourg. En général, tous les commandants d’armes sur le Rhin doivent vous envoyer leurs états de situation.

Donnez ordre au général Songis de diriger sur Ulm 6,000 fusils, 1,000 sabres de cuirassiers, 1,000 de cavalerie légère, 2,000 paires de pistolets, 6,000 baïonnettes et autres pièces de rechange, un million de cartouches d’infanterie, 20,000 épinglettes, quelques milliers de tire-bourre, 12,000 outils de pionniers, 5,000 cartouches à balles et à boulet. Le général Songis doit établir en résidence à Ulm un officier et un garde-magasin, qui prendront un emplacement près de la rivière.

 

Paris, 23 mars l809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, un officier français a été arrête à Braunau, et 15 dépêches dont il était porteur lui ont été enlevées de vive force par les Autrichiens, quoique scellées des armes de France. Écrivez au duc d’Auerstaedt, au duc de Rivoli et au général Oudinot, de tâcher de faire arrêter quelques courriers autrichiens. Vous leur recommanderez de  faire ces expéditions très-secrètement, d’accélérer la marche des troupes sans les fatiguer, de suivre ponctuellement mes instructions, de faire armer Würzburg et les autres forteresses bavaroises et d’être prêts à se porter sur le Danube. 800 cuirassiers doivent être arrivés à Donauwoerth, ainsi qu’un certain nombre de détachements d’artillerie et de sapeurs destinés à renforcer les compagnies quand ils les rencontreront. Que le duc d’Auerstaedt se tienne prêt à appuyer à droite, mais qu’on n’attaque pas sans mon ordre.

 

Paris, 23 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le 28 février, il y a eu une bataille sur les confins du royaume de Valence, et le général Gouvion Saint-Cyr a complètement battu l’ennemi. Les Italiens se sont couverts de gloire. On le plus grand éloge de Pino.

 

Paris, 23 mars 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Tous les courriers venant d’Autriche ou partant de Paris pour Vienne, de M. de Metternich ou de sa cour, seront saisis. L’arresta­tion se fera à mi-chemin d’ici Strasbourg. Les dépêches vous seront apportées, et procès-verbal·sera dressé par l’agent que vous enverrez à cet effet. Le procès-verbal sera conçu en ces termes : ” Vu la violation du droit des gens exercée sur un officier français porteur de dépêches·du ministre de France, auquel lesdites dépêches ont été enlevées de vive force et malgré ses protestations et les armes de France qui se trouvaient sur le paquet, à Braunau, toutes les dépêches venant du gouvernement autrichien et de ses agents seront saisies et resteront en dépôt jusqu’à ce que les dépêches ci-dessus soient remises. ” Ces expéditions se feront sans éclat, de manière à les tenir cachées le plus longtemps possible et à en saisir un plus grand nombre.

 

Paris, 24 mars 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures. A Paris

Monsieur de Champagny, je vous prie de travailler incessamment à la rédaction du manifeste contre l’Autriche, et de faire un choix des pièces qui devront accompagner votre rapport pour la communication au Sénat.

 

Paris, 24 mars 1809

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, les affaires deviennent sérieuses en Autriche.

Donnez des ordres pour qu’il y ait à Strasbourg quatre millions en or et en argent sous le plus court délai possible, Deux millions seront affectés aux dépenses des différents services de la guerre; les deux autres seront à ma disposition, Dans les deux premiers millions seront compris les cinq cent mille francs que j’ai mis à la disposition du major général par mon décret de ce jour. Si vous avez des traites sur Augsbourg, et que vous puissiez y réaliser de l’argent, je désire­rais avoir un million dans cette place.

 

Paris, 24 mars 1809

NOTE POUR M. REGNAUD, DE SAINT-JEAN D’ANGELY, PRESIDENT DE LA SECTION DE L INTERIEUR DU CONSEIL D’ÉTAT.

Il convient de prononcer sans délai sur la question des petits séminaires. Le rapport du ministre des cultes sera envoyé au Conseil d’État, section de l’intérieur. La section examinera si l’on ne pourrait pas adopter comme bases du règlement les vues et les dispositions suivantes:

Indépendamment des séminaires métropolitains, il y aura un séminaire par diocèse.

Ces séminaires seront des écoles spéciales de théologie. On ne pourra y admettre que des élèves ayant, dans la faculté des lettres, les grades qui garantissent que les personnes qui en sont pourvues savent parfaitement le latin.

On pourra admettre dans les séminaires des jeunes gens qui n’auront pas été élevés dans l’Université, pourvu qu’ils aient obtenu les grades de l’Université. Cette disposition aurait pour objet de faciliter l’admission des neveux des curés.

Tout évêque ou homme charitable qui voudra fonder des bourses dans les lycées ou dans les écoles secondaires, pour des jeunes gens destinés à l’état ecclésiastique, en sera le maître. On pourra même, par une sorte de contrat avec les parents, régler une espèce de remboursement, dans le cas où l’élève renoncerait à l’état ecclésiastique. Ce genre de convention est assez commun pour les jeunes gens qui entrent en apprentissage.

L’Université peut facilement établir son autorité sur les petits séminaires actuellement existants, en les constituant écoles secondaires. Il semble qu’on ne devrait pas trouver tant de difficultés dans une question qui présente un moyen de solution si simple. En effet, si les prêtres ne veulent des petits séminaires que pour que les jeunes gens qui se destinent à l’Église apprennent les humanités et pour qu’ils soient élevés dans les principes religieux avec un peu plus de sévérité, ce but est parfaitement rempli en constituant écoles secondaires les petits séminaires, à l’existence desquels le principe de l’Université ne s’oppose pas. Mais, si l’on considère l’Université comme incompatible avec des idées de religion, et que ce soit en conséquence qu’on veuille l’indépendance des petits séminaires, c’est déceler des vues qu’on doit bien se garder de favoriser.

En constituant les petits séminaires écoles secondaires, on ne change rien à leur existence réelle, et ceux qui veulent qu’elles existent doivent être satisfaits; on satisfait également ceux qui croient l’existence indépendante des petits séminaires contraire aux principes de l’organisation de l’Université.

Le règlement doit être rédigé de manière à ne pas donner l’ide d’une précaution prise contre le clergé. Il faut au contraire lui donner une couleur de protection, et rendre très-apparente l’intention où l’on est réellement de faire ce qui convient pour assurer au culte le nombre suffisant de ministres des autels.

 

Paris, 24 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, toute l’infanterie de ma Garde qui arrive d’Espagne se rendra à Paris en poste. Elle consiste en trois convois: 1° 1,000 hommes de chasseurs et de grenadiers, qui doivent être demain à Poitiers; 2° deux régiments de fusiliers et le reste des grenadiers et chasseurs, formant 5,000 hommes, qui doivent être actuellement à Bayonne; 3° trois bataillons d’arrière-garde de chasseurs, grenadiers et fusiliers, formant 1,200 hommes, qui seront dans peu de jours à Bayonne.

Voyez le général Walther pour qu’il envoie un officier de ma Garde pour faire exécuter cet ordre, faire faire aux troupes triple étape par jour, et accélérer leur marche de manière qu’elles soient à Paris le plus tôt possible.

Donnez ordre à la cavalerie, à l’artillerie et aux différents détachements de la Garde, d’activer leur marche de Bordeaux sur Paris, sans trop fatiguer les chevaux; je m’en rapporte sur cela aux chefs de corps.

Donnez ordre aux chirurgiens de ma Garde de venir à Paris en poste.

 

Paris, 24 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, un officier français, porteur de dépêches de mon chargé d’affaires à Vienne, a été arrêté par les Autrichiens à Braunau, quoique ces dépêches fussent cachetées et scellées des armes de France. J’ai ordonné en conséquence que les dépêches venant, soit du gouvernement autrichien, soit de ses agents, soient saisies et mises en dépôt, jusqu’à ce que les dépêches enlevées à l’officier fran­çais soient remises. Tâchez de faire arrêter des courriers autrichiens, et faites-vous apporter leurs dépêches. Ne laissez plus passer de Français sur le territoire autrichien pour aller en Dalmatie. Écrivez en chiffre au général Marmont d’accélérer ses dispositions conformément aux instructions que je lui ai données.

 

Paris, 24 mars 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Pourquoi le Journal des Débats donne-t-il des proclamations du prince Charles qui ne sont pas dans le Moniteur ? Il faut que ce M. Étienne soit un grand imbécile. Où a-t~il pris ces observations qu’il a faites, qui n’ont pas le sens commun, et qui peuvent déplaire à la Russie ?

 

Paris, 24 mars, 1809

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Un courrier de M. de Champagny vous mira porté la nouvelle de l’attentat commis par l’Autriche. Vous aurez vu également la proclamation du prince Charles. Les mouvements à Trieste et partout sont les mêmes. On appelle à grands cris la guerre. Les événements marchent plus vite qu’on ne le croit à Saint-Pétersbourg. Vous ne me dites pas où sont les troupes russes. Si la Russie ne marche pas, j’aurai seul l’Autriche sous les bras et même les Bosniaques. Je l’ai dit suffisamment à M. de Romanzoff. Les Anglais ont compté sur l’Autriche et la Turquie et sur l’emploi de mes troupes en Espagne et de celles de l’empereur de Russie en Finlande et en Turquie pour nous braver. C’est le moment de faire voir le contraire.

Je considère le sieur Dodun comme prisonnier à Vienne; je n’ai appris qu’hier à quatre heures après midi l’arrestation de son courrier à Braunau. J’ai fait dire sur-le-champ à M. de Metternich que je n’avais pas (mot illisible). Il me serait impossible de le voir. J’ai ordonné des représailles contre les courriers autrichiens, et que leurs dépêches fussent arrêtées jusqu’à ce que les miennes soient rendues. Je n’avais pas cru à un attentat si imprévu, et je n’avais fait partir ni ma garde ni mes bagages. Mais ce matin je me suis hâté de faire partir la cavalerie et l’artillerie de ma garde et mes équipages de guerre. Il n’y a cependant rien de changé à la posi­tion de mes troupes.

Je ne veux point attaquer que je n’aie des nouvelles de vous ; mais tout me porte à penser que l’Autriche attaquera. Faudra-t-il que le résultat de notre alliance soit que j’aie seul toute l’Autriche à combattre, et de plus quelques milliers de Bosniaques ? L’empereur voudra-t-il que le résultat de son alliance soit de n’être d’aucun poids et d’aucune utilité pour la cause commune ? Quant aux moyens, il me semble que l’empereur a des troupes inutiles sur les confins de la Transylvanie, à Pétersbourg et du côté de la Galicie. Tout plan est bon, pourvu qu’il occupe une partie des forces autrichiennes. Je vous ai écrit il y a quelques jours là-dessus. L’empereur veut-il m’envoyer un corps auxiliaire ? Je me charge de le nourrir. Qu’il lui fasse passer la Vistule entre Varsovie et Thorn, et qu’il l’approche de Dresde. Veut-il entrer en Galicie ou en Transylvanie ? Qu’il fasse marcher les troupes qu’il a de ce côté. Pourquoi ne gênerait-il pas les communications avec l’Autriche, et ne soumettrait-il pas ce pays à l’état de malaise où nous sommes, l’Autriche et moi ? Cette disposition de la Russie pourrait l’effrayer.

La note de l’empereur me paraît bonne. S’il l’a fait remettre à M. de Schwartzenherg, vous pourrez en remettre une pareille. Que l’Autriche désarme, et je suis content; mais elle paraît décidée. La proclamation du prince Charles du 9 mars est postérieure de huit jours à la réception de M. de Schwartzenherg. Les nouvelles que j’ai d’Angleterre sont positives : on est à Londres dans la joie. Des agents autrichiens ont déjà insurgé quelques communes du Tyrol. Le ministre de la Porte à Paris a reçu ordre de correspondre avec la légation autrichienne et d’écrire par son canal. Les propos du public en Autriche doivent être connus à Saint-Pétersbourg comme ils le sont ici. Si quelque chose, je le répète, peut encore prévenir la guerre, ce dont je commence à douter, car les Autrichiens ont perdu la tête, c’est : que la Russie se mette en demi-état d’hostilité avec eux, c’est-à-dire marche sur les frontières de Transylvanie el de Galicie  et si elle veut mettre un corps à ma solde, qu’elle l’envoie dans le duché de Varsovie : dans ce cas vous ne le feriez pas passer par Varsovie ; 2° que quelques articles soient mis dans les journaux de Pétersbourg sur les proclamations du prince Charles et sur les articles de la Gazette de Pétersbourg relatifs à la Turquie; 3° que les Autrichiens commencent à être gênés et maltraités dans les États russes. Cela se répandra dans la monarchie et fera voir qu’on ne veut point de la guerre. Si quelque chose peut-être est capable d’empêcher un éclat, ce sont ces mesures.

Le langage des chargés d’affaires respectifs doit être qu’ils ont l’ordre de quitter Vienne, si l’Autriche commet la moindre hostilité; mais peut-être ces mesures sont-elles trop tardives. Vous pensez bien que je n’ai peur de rien. Cependant, après avoir perdu l’alliance de la Turquie, après m’être attiré cette guerre avec l’Autriche pour la conférence d’Erfurt, après que mon étroite alliance avec la Russie a détaché du parti de la France le prince Charles, ennemi déclaré des Russes, j’ai droit de m’attendre que, pour le bien de cette alliance et pour le repos du monde, la Russie agisse vertement.

Mes armées d’Italie seront toutes campées au 1er avril, et, à la même époque, mes armées d’Allemagne seront en mesure. Je vous laisse les plus grands pouvoirs. Si l’empereur veut m’envoyer quatre bonnes divisions formant 45 à 60,000 hommes, qu’il les mette en marche, et qu’il fasse connaître en même temps que, l’Autriche con­tinuant de menacer, il m’envoie ce secours. Cela glacera d’effroi l’Autriche et l’Angleterre. On verra que l’alliance est réelle et non simulée. Si l’empereur lui-même veut agir avec ses armées, il en a les moyens. En passant par la Galicie, il sera bientôt à Olmutz. Là, son armée vivra bien, se ravitaillera, et menacera de près l’Autriche en faisant une puissante diversion qui l’obligera à porter 60,000 hommes de ce côté. Par la Transylvanie, il peut menacer la Hongrie et tenir en échec l’insurrection hongroise. Si nous sommes sérieusement unis, nous ferons ce que nous voudrons. Vous êtes autorisé à signer toute espèce de traité ou convention qu’on voudra proposer. Si la Galicie est conquise, l’empereur peut en garder la moitié, et l’autre moitié peut être donnée au duché de Varsovie. Enfin je ne veux point d’agrandissement; je ne veux que la paix maritime, et l’Autriche armée est un obstacle à cette paix.

En résumé, tout est en apparence de guerre entre l’Autriche et moi, et cette apparence est publique ; la même apparence doit exister entre la Russie et l’Autriche. Mes armées sont prêtes à marcher; les armées russes doivent être également prêtes à marcher. La voix de M. de Romanzoff à Vienne ne produirait rien. On y dit avec le plus grand sang-froid que les Russes sont occupés en Turquie, en Finlande et en Suède, et que mes armées sont occupées en Espagne et à Corfou. C’est sur ces chimères qu’ils bâtissent des succès, égarement qui fait hausser les épaules aux hommes qui raisonnent. De notre côté aussi il faut nous remuer. Je ne puis rien vous dire de plus; vous comprenez aussi bien que moi la position des choses. Dites à M. de Romanzoff que vous êtes autorisé à signer une note et à la remettre de concert. Je partage le sentiment de l’empereur et suis de l’avis de la note qu’il veut faire présenter; mais rien n’est efficace, s’il ne prend une attitude haute et sérieuse. L’irritation par suite de l’arrestation du courrier est générale ici et ne peut s’exprimer.

 

Paris, 24 mars, 1809

A Alexandre Ier, Empereur de Russie

Je remercie Votre Majesté Impériale de l’envoi qu’elle m’a fait de son aide de camp le colonel Gorgoly. J’ai été fort aise de voir cet officier.

Tout change avec rapidité. L’Angleterre a réuni à sa cause l’Autriche et la Turquie. Elle ne garde aucune mesure ni dans son langage ni dans ses dispositions. Les dépêches de mon chargé d’affaires ont été prises de vive force sur un officier français à Braunau, ce  qui est l’indice ou le signal d’une déclaration de guerre. J’ai fait partir ce matin un officier de ma garde et mes équipages de guerre, Je n’ai cependant point le projet d’attaquer que je ne connaisse les dispositions de Votre Majesté ; je ne sais pas si je ne le serai point. Il n’y a pas un moment à perdre pour que Votre Majesté fasse camper ses troupes sur les frontières de nos ennemis com­muns. Les Bosniaques menacent d’attaquer mon armée de Dalmatie. L’Autriche triomphe dans toute la Turquie. J’ai compté sur l’alliance de Votre Majesté ; mais il faut agir, et je me confie en elle. J’ai fait écrire ce détail à Caulaincourt. Tout est bien, pourvu que l’Autriche désarme et ne donne plus d’inquiétude.

 

Paris, 24 mars 1809, 1 heure du matin

NOTE POUR M. DE CHAMPAGNY
Ministre des relations extérieures, à Paris

L’Empereur envoie à M. de Champagny une lettre qu’il est inutile de garder. C’est l’original de la dernière lettre du gazetier de Vienne à celui de Hambourg. Sa Majesté désire que M. de Champagny s’occupe de la réunion des pièces nécessaires pour la rédaction du manifeste. Il faut que les articles des gazettes de Vienne, Presbourg, etc., depuis la conférence d’Erfurt et la proclamation de l’archiduc relative à la levée de septembre puissent y entrer.

 

Paris, 25 mars 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre. Il ne faut pas songer à distraire aucun de mes régiments d’infanterie. Le duc d’Auerstaedt vous aura mandé que je n’en laisse aucun à Magdeburg, hormis un bataillon et une compagnie d’artillerie. Ayez une colonne qui soit prête à se porter en Hanovre et partout où sa présence serait nécessaire pour rétablir l’ordre.

Je voudrais avoir un état de situation détaillé des troupes qui vous restent; vous ne me l’avez pas encore envoyé. Par les états généraux que j’ai, il paraîtrait que vous avez 2,000 chevaux, 2,000 hommes d’infanterie de votre garde et 5,000 hommes d’infanterie de ligne; ce qui ferait une division de 9 à 10,000 hommes. Il faudrait y joindre trois batteries de canon, et avec cela vous pourriez vous porter sur Hambourg, Hanovre, et partout où il serait nécessaire.

 

Paris, 25 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 20. Je vous ai envoyé le général Vial, qui est très-capable de commander à Venise. Gênez la communication de l’Autriche de toutes ls manières, surtout avec Trieste, et qu’aucun de mes bâtiments n’aille dans ce port, afin de n’être pas pris au moment de la guerre.

 

Paris, 26 mars 1809

Au maréchal Jourdan, major-général de l’armée d’Espagne, à Madrid

Cette lettre, écrite par le ministre de la guerre, a été revue par l’Empereur et corrigée de sa main. On lit en tête de la minute la note suivante : « Renvoyé au ministre de la guerre pour expédier cette dépêche avec les changements.)

Monsieur le Maréchal, je réponds aux diverses lettres que le prince de Neuchâtel a reçues de Votre Excellence, qu’il m’a remises et dont j’ai fait part à S. M. l’Empereur.

La Romana, après avoir été battu par le maréchal duc de Dal­ matie, paraît, avec les débris de son corps, s’être porté sur les confins de la Galice et Zamora. La division Lapisse aurait dû marcher pour le culbuter. La Romana n’a, il est vrai, que 5,000 hommes; mais, si on lui laisse du temps, il aura bientôt recruté de nouvelles forces, qui inquiéteront le nord. Par suite de cet incident, les communications du duc d’Elchingen sont interrompues. Ce maréchal a porté trop de troupes sur la côte; il est peu probable que les instructions du major général lui soient parvenues.

Maintenant, avant tout et par-dessus tout, il faut rouvrir les com­munications avec le maréchal duc d’Elchingen, et s’attacher à main­tenir la tranquillité du nord.

L’Empereur n’a donné aucune destination aux troupes qui ont pris Saragosse.

Le plan de marche sur Séville par Mérida ne doit être exécuté qu’au préalable le maréchal duc de Bellune ne rouvre les communications avec le duc de Dalmatie, et tel doit être l’objet de la première instruction qu’il recevra; car il est essentiel de ne point s’avancer légèrement à l’extrémité de la Péninsule ou vers Gibraltar, en courant le risque de s’affaiblir sur tous les points. Il est convenable que l’expédition se fasse avec prudence et dans toutes les règles de l’état militaire; ce qui exige nécessairement le rétablissement préalable de la communication avec le maréchal duc de Dalmatie.

Dans aucun cas le 5e corps ne doit passer le Douro ni se porter dans le midi; c’est une réserve pour le nord et pour assurer tout événement. Il sera très-bien placé à Valladolid.

Je vous le répète, Monsieur le Maréchal, le premier besoin de l’armée est de détruire les restes du corps de la Romana, de l’empêcher de soulever le nord et d’y être le maître. Peut-être le maréchal duc d’Elchingen a-t-il déjà commencé ou même achevé cette opération.

Dans aucun cas le 5e corps ne marchera ni sur le midi ni sur Madrid.

L’importance du rétablissement des communications avec le duc de Dalmatie et le duc d’Elchingen est telle, que, dans le cas où il serait nécessaire d’y envoyer des troupes, même de Madrid, il faudrait se déterminer à le faire.

Le général Kellermann a sous ses ordres une cavalerie qui est d’une grande utilité dans les plaines de Castille. Il n’a pas assez d’infanterie, après le départ de la division Lapisse, pour marcher sur les Asturies ou opérer dans les montagnes de la Galice.

Je vous envoie, Monsieur le Maréchal, les dépêches qu’on a reçues du général Saint-Cyr. Ce général a battu, à la fin de février, Reding, qui a été blessé. Il paraît que l’insurrection est forte en Catalogne. La nouvelle de la prise de Saragosse, dissimulée par les chefs des insurgés, n’a pu encore y produire l’effet qu’on en doit attendre. Le 12, le général Saint-Cyr était à Valls, près de Tarragone. Barcelone s’approvisionnait.

Le général Reille va cerner Girone. La prise de cette place et celle de Jaca sont bien importantes.

Il paraît que les Anglais ont voulu occuper Cadix avec quatre régiments, et, d’après les nouvelles de Cadix même, sous la date du 15 février, venues de Londres, les Espagnols s’y étaient opposés.

Je prie Votre Excellence de faire part de la présente à S. M. Ca­tholique, en y joignant l’hommage de mon profond respect.

Le ministre de la guerre, comte d’Hunebourg.

P. S. Les dépêches du général Saint-Cyr, étant envoyées par mer, ont été détruites, parce que son aide de camp a été sur le point d’être pris. On les remplace, ci-joint, par le compte rendu par cet aide de camp. Je l’ai parafé.

J’apprends à l’instant que les 116e et 117e régiments ont été rappelés de Bayonne par S. Exc. le duc de Montebello, pour se porter sur Jaca. Je prendrai les ordres de l’Empereur à ce sujet. Je n’ai pas cru devoir différer d’envoyer la présente à Votre Excellence.

 

Paris, 26 mars 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples.

Je reçois votre lettre. Le départ de la colonne du général Valentin ne doit pas vous empêcher de garder la Calabre. Les Anglais ont bien d’autres choses à faire que d’aller en Sicile. Ils jettent l’alarme par­tout, mais ils ne sont pas à craindre.

 

Paris, 26 mars 1809

A Louis X, Grand-Duc de Hesse-Darmstadt, à Darmstadt

Mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Altesse Royale, du 11 mars. Je verrai avec plaisir son fils auprès de moi. Que Son Altesse Royale fasse préparer ses équipages, et qu’elle lui donne un bon officier pour le guider. Il peut se tenir prêt à partir, et je lui ferai désigner le lieu où il devra se rendre.

 

Paris, 26 mars 1809

A Maximilien-Joseph, roi de Bavière, à Munich

Monsieur mon Frère, je reçois votre lettre. Je ne vois pas d’inconvénient que Votre Majesté donne le commandement d’une de ses trois divisions au Prince royal.

L’arrestation de l’officier français à Braunau ne laisse plus de doute sur les dispositions de l’Autriche. J’ai fait partir, après cela, mes chevaux et ma Garde. Le duc de Rivoli est arrivé à Ulm. Le général Oudinot sera bientôt complété à 30,000 hommes. Une colonne de 5 à 6000 hommes se dirige d’Italie, par Innsbruck, sur Augsbourg pour y rejoindre le corps d’armée du duc de Rivoli. Il est bon que le gou­verneur de Votre Majesté dans le Tyrol en soit instruit, afin que, s’il y avait un coup de main à faire pour les faire déloger, on profitât du passage de cette colonne.

 

Paris, 26 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, si le 25e léger, qui à ordre de se rendre en Toscane, est de l,600 hommes présents sous les armes, par l’incorporation des  différents conscrits qu’il a reçu, vous pouvez donner ordre au 112e de vous rejoindre, en se dirigeant d’abord par Bologne. Si le 23e n’a pas le nombre d’hommes, vous pourrez donner l’ordre à un bataillon de La Tour-d’Auvergne, qui doit être arrivé à Rome avec la colonne du général Valentin, au 1er avril, de se rendre en Toscane, et, moyennant ce, le 112e pourra se rendre à Bologne. Vous pourrez annoncer en Toscane que 6,000 hommes y arrivent de Rome, cette annonce sera toujours utile.

 

Paris, 27 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre au général Oudinot de placer toute sa cavalerie et son infanterie sur la rive droite du Lech, et de n’occuper de la rive gauche que la ville d’Augsbourg, afin de laisser de la place au corps du duc de Rivoli; et d’ailleurs, à tout événement, il vaut mieux pour les fourrages ménager la rive droite que la rive gauche.

 

Paris, 27 mars 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Je ne sais ce que vous voulez me dire des correspondances du sieur Fréville; vous me supposez beaucoup trop occupé des détails. Je me suis réservé les biens des douze familles proscrites, et je ne prétends pas à autre chose.

J’ai lu aujourd’hui cinq numéros d’un courrier espagnol rédigé en français; je ne sais pas à quoi peut servir cette gazette. Si c’est pour agir sur l’armée, n’aurait-il pas été convenable que j’en connaisse le rédacteur et qu’il eût ma confiance ? Si c’est pour influer sur la France et sur l’Europe, il serait bien naturel qu’on me laissât ce soin, au moins pour ce qui regarde la France. On se permet dans ce journal des discussions littéraires sur Paris, et l’on s’y établit à l’égard de la France le Don Quichotte des Espagnols. Que cela s’écrive en espagnol et pour les Espagnols, ce n’est que ridicule; mais cela est très inconvenant en français. La France, engagée en Espagne dans une guerre si cruelle, doit espérer au moins l’avantage de régénérer ce pays et de le rendre à des idées plus libérales. On ne peut donc considérer que comme des malveillants ceux qui, dans ce moment, osent publier en français que l’Espagne était bien administrée sous Charles IV, et font l’éloge pompeux d’un Jovellanos que l’Europe ne connaît pas et qui est notre ennemi si acharné qu’il ne pardonne à personne. II faut supprimer cette gazette, ou la faire rédiger en espagnol. J’ai ordonné qu’on en arrêtât partout les exemplaires.

Le ministre de la guerre vous écrit sur les opérations militaires, qui me paraissent bien faibles. Il est urgent de rétablir, à quelque prix que ce soit, les communications entre le duc d’Elchingen et le duc de Dalmatie. Il me semble que voilà un mois qu’on n’a pas reçu de lettre du duc d’Elchingen, et qu’on laisse La Romana s’établir entre la Galice et les Castilles. Si cela continue, les affaires d’Espagne empireraient  d’une manière effrayante. Il faut beaucoup de soin et d’activité dans la conduite de ces opérations militaires.

Le prince de Neuchâtel part. On lui assure de tous côtés que les Autrichiens attaquent les Bavarois depuis deux jours.

 

Paris, 27 mars 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, la guerre paraît imminente. J’ai fait partir mes équipages. Un de mes courriers a été arrêté à Braunau, par la police autrichienne. Je désire avoir le général Lasalle. Les généraux de cavalerie, en Espagne, ont besoin de peu d’habitudes. Remplacez ce général comme vous voudrez et envoyez-le moi sans délai.

 

Paris 27 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Il paraît à Madrid un Courrier d’Espagne rédigé en français par des intrigants, et qui peut être du plus mauvais effet. Écrivez au maréchal Jourdan pour qu’il n’y ait aucun journal français en Espagne, et qu’on ait à supprimer celui-là. Mon intention est de ne souffrir, partout où sont mes troupes; aucun journal français, à, moins qu’il ne soit publié par mes ordres. D’ailleurs les Français ne reçoivent-ils pas les gazettes de France ? Quant aux Espagnols, on doit leur parler dans leur langue. Il faut que votre lettre à ce sujet soit un ordre positif.

 

Paris, 27 mars 1809

Au comte Fouché. Ministre de la police générale, à Paris

La reine Marie-Louise (reine d’Étrurie) doit partir de Compiègne le 4 avril pour aller en Italie. Mon intention est qu’on la laisse aller jusqu’à Lyon et que, arrivée dans cette ville, elle change de direction et prenne la route de Nice. Il faudrait faire trouver un ou deux bâtiments prêts pour l’embarquer avec ses voitures et la conduire par eau jusqu’à Avignon, d’où elle se rendra, par terre, à Nice. Il ne faut pas qu’elle séjourne à Lyon, et les voitures de bagages qu’elle aurait fait partir en avant seront dirigées de Lyon pour se rendre à Nice par terre. La reine recevra à Lyon une lettre du grand maréchal de mon palais, qui lui fera connaître que je désire qu’elle se rende dans le Midi, et qu’elle pourra habiter celle des villes de la rivière de Gênes qu’elle préférera, depuis Nice jusqu’à Savone. Elle peut s’établir ou à Menton ou à San-Remo; elle peut même rester quelques mois à Nice; mais il faut la détourner de l’idée d’y fixer son séjour définitif. Vous donnerez des ordres dans ces villes pour qu’elle y soit bien traitée. La reine doit renvoyer tous les Toscans qui sont avec elle. Il serait bon de lui attacher un ancien officier, d’une quarantaine d’années, du grade de chef de bataillon ou de capitaine. Cet officier resterait près de sa personne; il se chargerait de ses affaires et de lui faire toucher sa pension.

 

Paris, 27 mars 1809

Au comte Fouché. Ministre de la police générale, à Paris

Je désire que vous écriviez à M. d’Arberg, à Valençay, pour qu’il en fasse partir tous les Espagnols attachés à la suite des princes, pour retourner en Espagne, parce que le gouvernement espagnol est dans l’intention de confisquer leurs biens s’ils ne reviennent pas. Il faut qu’ils exécutent l’ordre quarante-huit heures après l’avoir reçu. M. d’Arberg pourra en excepter les parents du cha­noine Escoïquiz et une dizaine de domestiques attachés au prince. Il faut même lui donner là-dessus une certaine latitude. Il dirigera ces Espagnols sur Auch, où ils recevront de nouveaux ordres de vous.

P. S. – On pourrait laisser le chanoine Escoïquiz avec le prince, et envoyer San-Carlos en surveillance à Liège ou à Bruxelles. Mais, avant, il faut que l’opération de se défaire de ces Espagnols soit faite.

 

Paris, 27 mars 1809

Monsieur le vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le vice-amiral Decrès, je désire que vous fassiez partir ce soir un courrier pour l’amiral Ganteaume. Mes vaisseaux sont approvisionnés pour six mois de biscuit. L’a­miral Ganteaume sera maître, selon les cir­constances, d’embarquer 100,000 rations par vaisseau, au moins, si l’on était trop pressé. S’il en embarque 100,000 par vaisseau, il dé­barquera donc 400,000 rations de biscuit. Je me contente de 12,000 quintaux de blé ou de farine, ce qui fait 1,200,000 rations de pain, ou du pain pour 30,000 hommes pendant cin­quante jours. Si l’on a du riz, qu’il peut en mettre quelques milliers de quintaux. Quant à la poudre, je me contenterai de 100 milliers de poudre, poids de marc; 1 million de cartouches suffiront. Vous donnerez ordre à l’amiral Ganteaume de choisir ces 4 ou 5 vaisseaux et 2 frégates. On y embarquera : 10 30,000 quintaux pour le maximum, et 10,000 quintaux pour le minimum de farine, pour tout ce qu’on pourra se procurer, et de blé pour le reste; 2° 200 milliers de livres de 16 onces au maximum, et 100 milliers au minimum de poudre, 2 millions de cartouches au maximum et 1 million au minimum; mais surtout, il faut faire très promptement. Je laisse à l’amiral Ganteaume la faculté de mettre 1 millier de quintaux de riz, au lieu de 1 millier de quintaux de farine ou de blé. Il complétera ses vivres à trois mois, rations complètes de mer pour les équipages, aller et revenir; et en outre, il aura par vaisseau 80 ou 100,000 rations de biscuit sans autres vivres; et même, en cas d’embarras, il suppléera à ce biscuit par de la farine ou du blé. C’est 1 million 4 ou 500,000 rations de pain, biscuit, farine, blé ou riz que je désire faire entrer à Barcelone pour le minimum. Vous ordonnerez que le reste des bâtiments de l’ancienne expédition, et il y en a plusieurs restés à Roses et dans les ports de France, soient chargés entre eux de 10,000 quintaux de blé, afin qu’au moment où l’escadre anglaise serait chassée, ces petits bâtiments puissent entrer. Il en entrera ce qu’il pourra. Il faut avoir soin d’envoyer à l’amiral Ganteaume trois mois de Moniteur et de toute espèce de gazettes. Il sera bon qu’il y ait avec, l’escadre deux petits bâtiments qui puissent revenir à Roses et autres ports après l’expédition, pour balayer les cor­saires et protéger le départ des petits bâtiments. Il faudra même qu’un de ces bâtiments arri­vant sur les côtes de France, prévint tous ceux qui voudraient partir. La Catalogne manque de vivres; ce secours est très important, et fera que l’armée, à quinze ou vingt lieues aux environs, pourra attendre la récolte. Vous savez que le riz pèse moins que le blé. Les gens de vos bureaux doivent connaître ces détails. Je crois, si je ne me trompe, que lorsqu’on manque de pain, le soldat se contente de 5 onces de riz. S’il y a du riz à Toulon, ce sera une économie de moitié pour le transport. Il y a à Barcelone de très grands moyens de débarquement; et comme ce secours intéresse non seulement l’armée, mais aussi les habitants, on s’empressera d’aider le débarquement. Il faut avoir soin que la répartition soit faite entre les 4 ou 5 vaisseaux de l’escadre, deux frégates et deux petits bâtiments armés, ainsi que sur les bâtiments de commerce bons voiliers, susceptibles d’entrer à Barcelone.

Expédiez ce soir les ordres en conséquence à l’amiral Ganteaume. Il les recevra avant le 1er avril. Il faut que le 5 avril, tout soit parti.

Vous fournirez lei3 vivres. Vous pouvez puiser, si cela est nécessaire, dans les magasins de la guerre. La poudre et les cartouches de la guerre sont à votre disposition; qu’à l’arrivée de vos ordres on embarque. Le 29, vous expédierez un courrier qui sera porteur d’une lettre signée de moi, de journaux, instructions, etc. Le fort de Roses est à nous, et, en cas d’événements, on y trouverait protection.

Est-ce que des bâtiments comme la Glorieuse et le Mohawk n’entreraient pas à Barcelone ? Si la Nourrice et la Baleine ne peuvent pas y entrer, des flûtes comme la Durance et la Lamproie y entreraient-elles ?

Sur ce, etc.

 

Paris, 27 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 22 à une heure du matin.  J’approuve toutes les dispositions que vous avez faites. Je vous ai fait connaître que je comptais que les choses resteraient dans le même état pendant tout le mois d’avril. Quoique les Autrichiens menacent beaucoup, ils n’ont cependant pas attaqué, et je reste constant dans mon opinion qu’ils ne le peuvent plus avant le milieu de mai. Vous n’aurez pas manqué d’écrire par tous les courriers au général  Marmont par terre et par mer. J’ai signé le décret qui nomme général de division Fontanelli, et général de brigade le colonel Bartholetti. J’ai nommé le major Jouanis du 81e colonel du 53e; faîtes-le-lui dire et qu’il rejoigne sur-le-champ.

P. S. Je n’ai pas encore reçu l’état de situation de l’armée d’Italie au 15 mars.

 

Paris, 28 mars 1809

A M. Cretet, comte de Champmol, ministre de l’intérieur

Monsieur Cretet, en général, ce que j’ai ordonné à mon passage dans la Vendée ne s’exécute point. J’y ai nommé un préfet; pourquoi n’est-il pas à son poste ? Qu’il s’y rende sans délai.

 

Paris, 28 mars 1809

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

(Cette lettre a été écrite par le comte Mollien lui-même sous la dictée de l’Empereur)

Monsieur Mollien, je vous ai demandé 2 millions sur Strasbourg; j’en ai mis 500,000 francs à la disposition du major général; vous tiendrez 500 autres mille francs à la disposition de l’intendant général; vous y joindrez un autre million; ce qui forme trois millions, un à la disposition du major général, deux à la disposition de l’intendant général, qui ordonnancera tout, savoir : les dépenses du ministère de la guerre sur le million à la disposition du major général, et les dépenses de l’administration de la guerre sur les deux autres millions.

Il est indispensable que vous mettiez aujourd’hui un million à la disposition de l’intendant général, savoir: 200,000 francs en or et 800,000 en traites à vue sur Augsbourg, Ulm ou Stuttgart; vous ferez partir un payeur.

Les mesures que vous avez prises ne sont pas suffisantes; il faut, sur les deux millions qui restent à verser à Strasbourg, que vous en fassiez verser un le 1er du mois, et que le troisième million y soit le 10 avril. C’est par Strasbourg que tout doit passer; Mayence et Francfort sont trop loin. De l’argent sur Strasbourg et des lettres de change sur Augsbourg, Ulm et Stuttgart. Rendez-moi ce soir un compte dont le résultat soit que le commissaire des guerres partira ce soir avec un million; qu’il y ait à Strasbourg un million le 1er avril, et un troisième million le 10; et prenez des mesures pour que la solde passe par Strasbourg. L’argent ne peut donc pas manquer; j’ai, in­dépendamment de ces moyens, un million de la liste civile que M. Daru fait revenir en poste; on s’en servira, sauf à le faire rem­bourser à la liste civile.

 

Paris, 28 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, écrivez au général Kellermann, qui commande à Valladolid, que je vois avec peine que les hôpitaux de la Biscaye et de la Vieille-Castille manquent du nécessaire; que c’est à lui à leur fournir des matelas, couvertures, draps et autres objets dont ils ont besoin, en tenant la main à ce que les réquisitions qu’il fera au pays soient exécutées.

Donnez le même ordre aux commandants de Pampelune, Saint­ Sébastien, Burgos, Vitoria, Bilbao, Santander, et stimulez là-dessus leur zèle.

 

Paris, 28 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée Allemagne, à Paris

Mon Cousin, donnez l’ordre au duc de Rivoli de faire rejoindre par les troupes de Hesse-Darmstadt et de Bade leurs divisions respectives, et d’ordonner aux généraux des divisions de les faire manœuvrer tous les jours.

Faites connaître au duc de Rivoli que le général Oudinot a ordre de porter ses cantonnements sur la rive droite du Lech, à deux lieues autour d’Augsbourg; qu’il ne faut pas mettre de cavalerie près de la rive gauche du Lech, pour ménager le pays en cas que l’on fût obligé de tenir la ligne du Lech.

Ordonnez au duc de Rivoli d’avoir toujours dans ses cantonnements quatre jours de pain et quatre de biscuit, afin de pouvoir partir avec huit jours de biscuit. Donnez le même ordre au général Oudinot.

 

Paris, 28 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée Allemagne, à Paris

Mon Cousin, il y aura à l’armée d’Allemagne huit compagnies de pontonniers. Mon intention est que, de ces huit compagnies, il y en ait une attachée à chaque corps d’armée, une attachée à la Garde, indépendamment de celle de la Garde, une attachée à la cavalerie et trois attachées au parc général. Je vous ai fait connaître que la réserve du génie de l’armée d’Allemagne devait être composée d’un bataillon de marins de 1,200 hommes, d’un bataillon d’ouvriers de la marine de 800 hommes, total 2,000 marins sachant manier le fusil et manœuvrer, de 900 hommes des compagnies de sapeurs, de trois compagnies de mineurs, de quatre compagnies de pionniers formant 600 hommes, et de trois compagnies de pontonniers. On y joindra deux compagnies d’artillerie et six pièces de canon. Ainsi le personnel de la réserve du génie, qui sera commandée par un officier supérieur du génie ou de marine, sera de plus de 4,000 fusils, de 280 canonniers servant six pièces de canon et ayant 12,000 outils attelés; indépendamment de ces 12,000 outils, 6,000 seront attachés aux compagnies de sapeurs, mineurs, pontonniers et pionniers, et enfin des caissons portant à peu près 20,000 outils seront attachés aux deux bataillons de marins et d’ouvriers.

 

Paris, 28 mars 1809

ORDRES.

Écrire ce soir à l’ordonnateur de la 5e division et au préfet qu’ils prennent les mesures nécessaires pour faire partir, sous vingt-quatre heures, pour Stuttgart, une compagnie de constructeurs, dans laquelle il y ait 30 ou 40 hommes dont 3 ou 4 habiles à construire des fours. 150 boulangers, 50 au préfet de Strasbourg, 50 au préfet de Mayence, 50 à Colmar. Les préfets les engageront pour six mois. Ceux de Strasbourg se mettront en marche, par division de 25, sur Stuttgart.

Écrire à l’ordonnateur, à Ulm, que je suppose qu’il y a au moins dix mille quintaux de farine réunis à Ulm; qu’il se concerte avec les­ Bavarois pour les réunir sans délai; que, s’il n’a pas de boulangers, il en forme toujours quelques brigades : les circonstances sont urgentes; qu’il se procure des bateaux pour transporter les vivres d’Ulm sur Donauwoerth.

Écrire, à Augsbourg, au commissaire des guerres d’Oudinot d’augmenter les magasins et de faire 100,000 rations de biscuit et 100,000 rations de pain biscuité.

Expédier sur-le-champ un commissaire des guerres avec des lettres de crédit du trésor public pour 200,000 francs. Réunir un million de rations en blé ou farine, mais le plus possible de farine .

J’ai fait construire jadis des fours à Donauwoerth. Requérir les Bavarois et faire construire les fours à Donauwoerth. Il faut que, vingt-quatre heures après l’arrivée du commissaire des guerres, il y ait 100,000 rations de farine dans les magasins.

Voir les moyens de bateaux qu’on pourrait trouver à Donauwoerth pour transporter sur le Danube.

J’ai ordonné un million de rations de biscuit aux autorités bavaroises; j’en ai demandé 200,000 à Passau, 200,000 à Munich, 200,000 à Ulm, 200,000 à Augsbourg, 200,000 à Ingolstadt. Dire au commissaire des guerres que je les suppose confectionnées. En activer la confection si elles ne le sont pas, et avoir des moyens pour les faire filer par le Danube sur Donauwoerth.

Le commissaire des guerres qui ira à Donauwoerth enverra à Ingolstadt.

Les deux cent mille rations de Passau seront mises sous la protection du fort, si cela est nécessaire. Celles de Munich, en cas d’événement, se dirigeront sur Donauwoerth et sur Augsbourg.

Activer toutes ces fabrications.

Outre le commissaire des guerres envoyé à Donauwoerth, envoyer l’ordonnateur Joinville. L’intendant général lui fera connaître le secret de l’armée.

Si les Autrichiens attaquent avant le 10 avril, l’armée doit se concentrer derrière le Lech : la droite occupant Augsbourg, et la gauche la droite du Danube sur Ingolstadt, Donauwoerth.

Donauwoerth doit être le point le plus central de l’armée.

Ainsi donc recommander, si le cas arrivait, que le biscuit d’Ingolstadt et Munich soit dirigé derrière le Lech.

Établir des hôpitaux à Ulm, à Augsbourg, qui sera toujours gardé, et à Donauwoerth.

Le commissaire des guerres pourra porter les 200,000 francs en or dans sa voiture. Il portera des lettres de crédit sur Augsbourg, si le ministre en a.

Il doit y avoir, à Donauwoerth, le général Monthion au bureau d’état-major. Le major général écrira au maréchal Davout pour lui faire connaître l’existence de l’ordonnateur Joinville à l’armée, et qu’il corresponde avec lui. Le cas d’un mouvement rétrograde arrivant, le commissaire des guerres Joinville devra se concerter avec le gouvernement bavarois pour frapper des réquisitions sur Nordlingen, Donauwoerth, Ulm, en arrière du Lech et sur toute la rive droite du Danube; se procurer, en payant, des bateaux sur le Danube; 200,000 francs seront mis à sa disposition le 25 mai. J’aurai 1,000 marins.

Sans attendre les constructeurs, il fera construire par les Bavarois à Ulm et à Donauwoerth.

Demander à Augsbourg 20,000 quintaux de farine.

Il fera des marchés à Ulm pour une trentaine de bateaux montés du nombre d’hommes nécessaire; autant à Donauwoerth et autant dans l’intervalle. Il les louera à tant par mois à dater du plus tôt possible.

Le principal est d’avoir à Donauwoerth des fours et des boulangers. Le duc d’Auerstaedt m’a mandé que 700,000 rations de biscuit étaient dirigées sur Donauwoerth; mais Dieu sait quand il arrivera !

J’ai aussi ordonné à Ulm un magasin de souliers et un magasin d’artillerie.

L’intendant général partira demain. Arrivé à Strasbourg, il dirigera sur Ulm tous les souliers, tous les moyens d’hôpitaux et tous souliers qui appartiendraient aux corps.

Il favorisera les transports d’artillerie.

Il s’entendra avec les gouvernements de Bade et de Stuttgart pour établir des relais de Strasbourg à Ulm, afin de porter rapidement les vivres que, une fois ces relais établis, on ferait passer de Strasbourg.

Il ordonnera, à Strasbourg, la confection de 200,000 rations de biscuit. Il prendra des mesures pour qu’il y ait à Strasbourg un approvisionnement de farine.

Je vois que, l’année passée, on avait de Strasbourg à Ulm neuf relais; on sera à temps d’en mettre ensuite d’Ulm à Augsbourg ; 30 hommes par relais. Ce serait peu de chose; il faudrait en donner la moitié à l’artillerie.

L’intendant général fera les marchés et payera.

Si les mêmes voitures pouvaient aller de Strasbourg à Pforzheim, en ayant quatre relais de chevaux, et tirées par convois de trente et de Pforzheim à Ulm, on y gagnerait beaucoup de temps, parce que les mêmes voitures pourraient aller en six jours de Strasbourg à Ulm.

On avait…. (mots manquants dans la minute) pour l’État de Bade. Jusqu’à ce que ce soit organisé, on pourra requérir trois cents voitures en Alsace.

Si l’ennemi ne fait aucun mouvement, les troupes doivent continuer à vivre, sauf à liquider avec les Bavarois.

Les Bavarois doivent former les magasins d’Augsbourg. Ceux d’Ulm et de Donauwoerth à mes frais.

Quant aux souliers, on fera un marché de 100,000 paires à Strasbourg. Il faut les livrer par jour, à raison de tant, à 1,000 paires par jour, si cela est possible.

M. Daru prendra des renseignements pour savoir la route qu’ont prise les 40,000 paires de souliers qui se rendent à Augsbourg. Il est autorisé à les arrêter à Donauwoerth.

M. Daru est autorisé à commander 50,000 paires de souliers à Ulm et autant à Augsbourg, 100,000 paires à Strasbourg; cela ferait 200,000.

Je suppose que M. Daru trouvera au moins 50,000 paires souliers à Strasbourg.

S’il y en a 40,000 paires en route pour Augsbourg, qu’il fera arrêter sur le Danube, cela ferait environ 300,000. J’ordonne au ministre de faire envoyer à Strasbourg tous les souliers appartenant aux corps.

Le million que je demande à Strasbourg, pour le 1er avril, sera à la disposition du major général pour l’artillerie et le génie.

Comme renseignement pour la suite: former un atelier de confectionnement (sic) à Augsbourg el à Ulm.

 

Paris, 28 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je suppose que vous avez pris des mesures et donné des ordres pour que, les Autrichiens venant à commencer les hostilités, il ne tombe rien en leur pouvoir en Istrie. Comme il n’y a aucun point à l’abri d’un coup de main, il serait à propos d’en retirer ce qui existe, en ne laissant que des gardes nationales et ce qui est indis­pensable pour leur défense.

 

Paris, 28 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, vous avez trop de compagnies d’artilleries à cheval en Italie. J’en manque en Allemagne. Faîtes partir avec la colonne qui traverse le Tyrol une compagnie d’artillerie légère. Je vois qu’il y a encore dans la 27e division militaire 200 sapeurs du 1er bataillon, 200 sapeurs du 3e, 60 pontonniers, et 97 hommes et chevaux du 6e bataillon du train d’artillerie, ce qui fait donc 600 hommes qui pourraient vous être utiles. Écrivez pour avoir des détails, et faîtes-moi connaître ce que l’on pourrait vous envoyer. Il y a aussi 400 canonniers du 4e régiment à pied

 

Paris, 28 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, donnez l’ordre au 112e qui est à Florence de se rendre à Bologne, d’où vous le dirigerez sans délai sur sa division. Il partira douze heures après votre ordre reçu. Vous ferez connaître au général  Menou que le 23e léger doit être arrivé à Sienne fort de 600 hommes, qu’il a reçu deux convois de 800 conscrits, ce qui l’a porté à 3,400 hommes, que d’ailleurs le 9e chasseurs arrive à Florence, qu’un bataillon de 600 Corses doit y être arrivé de Bastia, et que 200  gendarmes à cheval formant 4 compagnies, et 100 gendarmes à pied, se rendent en Toscane. Donnez ordre au général de brigade Valentin de partir de Rome avec les 4 bataillons du 62e et les 2 bataillons du 25e léger, et de se rendre à Florence, où il y aura ainsi 8 bataillons. Donnez ordre au 22e léger qui est à Ancône de se tenir prêt à partir. Réunissez à Ancône, indépendamment des dépôts italiens qui s’y trouvent, un bataillon provisoire italien fort de 840 hommes ; avec les équipages de mes vaisseaux cette force sera suffisante pour Ancône. Il restera à Rome 2 bataillons napolitains, 1 bataillon d’Isembourg, 3 beaux bataillons français, l’un du 14e, léger, fort de 1,200 hommes, l’un du 6e de ligne, fort de 700 hommes, et l’autre du 101e, fort de 600 hommes, et 300 Napolitains à cheval, ce qui fera à peu près 3,000 hommes. Il me tarde de voir les 8 bataillons que commande le général Valentin, formant le fonds de 1a division Miollis, arriver sur 1’Adige. Donnez ordre qu’ils partent sans différer. Le ministre de la guerre donne ordre à 400 hommes disponibles du 37e, qui sont à Alexandrie, de se rendre à Milan. Vous ferez repartir ces 400 hommes, moitié dans le 1er de ligne, ce qui portera ces régiments à 3,000 hommes. Cette incorporation devra se par procès-verbal, que vous enverrez au ministre de la guerre. Je n’ai point reçu votre situation du 15 mars. J’attends l’état du 1er avril. Je suppose que vous avez les généraux de brigade nécessaires. Je viens d’ordonner au général de brigade Daumas, qui est en Toscane, de se rendre à l’armée d’Italie. Ce général n’a que quarante-six ans, il peut encore servir. Tout ce qui serait disponible des quatre années appartenant aux régiments français qui sont en Italie, ou dans les 27e, 28e, 7e et 8e divisions militaires, doit rejoindre les bataillons de guerre. Les régiments provisoires ne doivent être formés que par la conscription de 1810.

 

Paris, 28 mars 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 23 mars. La guerre paraît à peu près inévitable. Je fais réunir à Mayence, à Wesel et à Strasbourg des régiments de réserve, qui seront formés dans le courant de mai. Je pourrai vous envoyer un ou deux de ces régiments pour contenir le nord de l’Allemagne. Mon intention est de vous donner le commandement des Hollandais qui sont à Hambourg, des troupes qui sont à Magdeburg, et de vous charger de maintenir l’ordre dans tout le Hanovre. Avec votre corps de troupes et ce qui successivement vous rejoindra, vous pourrez vous porter partout où votre présence sera nécessaire. Organisez vos troupes le plus tôt possible, car je vais moi-même retirer la division Dupas du Hanovre. 600 hommes du 22e de ligne se rendent à Magdeburg, de sorte que j’aurai bientôt dans cette place un millier de Français. Faites un exemple sévère du premier qui bougera; établissez une commission militaire, et punissez la contrée qui se rendrait coupable.

 

Paris, 28 mars 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale

Faites faire une analyse de l’affaire du duc d’York, que personne ne comprend, et faites-la mettre dans le Journal de l’Empire en la dirigeant contre le duc d’York et en faisant ressortir aussi le peu d’égards que le Parlement a eu pour la famille.

 

Paris, 29 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, vous trouverez ci-joint un décret qui ordonne la formation de deux régiments de conscrits de ma Garde. Vous verrez qu’il est nécessaire de désigner trente-deux élèves de l’école militaire pour remplir les places de sous-lieutenants. Je désire que ces jeunes gens soient tous fils, frères ou neveux de membres de la Légion d’honneur.

Quant à la formation de ces régiments, vous donnerez l’ordre que la moitié soit prise dans les conscrits de la Garde, 400 hommes pour chaque bataillon et 1,600 pour les deux régiments. Ces 1,600 hommes seront choisis sur les 6,000 conscrits existants ou qui restent encore à recevoir. L’autre moitié sera prise sur les appels que je compte faire de 20,000 conscrits de la réserve de 1810.

Quant à la nomination des sous-officiers, donnez l’ordre au duc d’Istrie de désigner sur-le-champ 16 fusiliers pour sergents-majors, 16 fusiliers pour caporaux-fourriers, 64 pour sergents et 128 pour caporaux. Les sergents-majors, sergents et caporaux-fourriers devront être de la formation et savoir lire et écrire. Il suffira pour les autres de s’être trouvés seulement à la bataille de Friedland.

Quant aux élèves de l’école militaire de Saint-Cyr, sur les 32, le maréchal duc d’Istrie en désignera 16 de ceux attachés aux cohortes de la Garde, en prenant des jeunes gens dont les pères, frères ou oncles soient membres de la Légion d’honneur. Les 16 autres seront choisis parmi les élèves actuellement à l’École militaire. Les anciens, quoiqu’ils aient le titre de sous-lieutenants, feront les fonctions de lieutenants; les nouveaux, qui ne doivent sortir de l’École militaire que dans le courant de mai, feront les fonctions de sous-lieutenants.

 

Paris, 29 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, envoyez un courrier au duc d’Auerstaedt pour savoir si le général de division Rouyer est arrivé à Würzburg. Vous lui ferez connaître que le régiment de Nassau n° 1 est en Espagne; que le régiment n° 2 sera à Wiesbaden et en mesure de marcher le 12 avril; que le régiment de Würzburg est en Espagne; que le régiment n° 4 des Maisons ducales de Saxe doit être arrivé à Karlstadt près Würz­burg le 21 mars; que le régiment n° 5 de Lippe et d’Anhalt doit être arrivé le 25 mars; que le régiment n° 6 de Schwarzburg, Reuss et Waldeck doit être également arrivé le 25 mars. Ainsi des quatre régiments qui doivent composer la division, un sera prêt à Wiesbaden le 12 avril, les trois autres, formant 5,500 hommes, doivent déjà être à Würzburg. Le général Rouyer doit s’occuper d’exercer et de mettre en état cette division. Si ces trois régiments n’étaient pas arrivés, qu’il envoie à leur rencontre pour savoir pourquoi ils ne viennent pas. Il me tarde beaucoup d’avoir l’état de situation de cette division.

 

Palais impérial de l’Élysée, 29 mars 1809

Au vice-amiral Ganteaume, commandant l’escadre de la Méditerranée, à Toulon

Monsieur le Vice-Amiral Ganteaume, nous avons résolu de faire partir une division de 5 vaisseaux, 2 frégates et deux petits bricks de notre rade de Toulon, avec le nombre de bâtiments de transport nécessaires et appropriés pour porter sur les côtes de Catalogne et faire entrer dans Barcelone 30,000 quintaux de blé, farine et riz, 300 milliers de poudre et un million de cartouches. Mais, comme nous voulons que cette expédition parte sans délai, si cette grande quantité de denrées et de munitions doit retarder le départ de la divi­sion, vous la ferez partir du moment qu’elle pourra embarquer 12 milliers de quintaux de blé, farine et riz, en comptant 9 onces de riz pour une livre de 16 onces, 150 milliers de poudre et 500,000 cartouches. Tous ces objets seront portés sur des bâtiments d’un tirant d’eau tel qu’ils puissent entrer dans Barcelone sans diffi­culté. Indépendamment de cela, vous porterez à bord de chaque vaisseau le plus de poudre, de farine et de blé que vous pourrez.

Si la division de notre escadre a des temps calmes et favorables au débarquement, elle fera non-seulement entrer le convoi, mais elle profitera de l’arrivée de tous les alléges et petits bâtiments du port de Barcelone pour débarquer tout ce qu’elle aurait à bord. Si le temps était contraire et la communication avec la terre difficile, la division se contenterait de faire entrer le convoi, et, cette opération terminée, elle fera son retour en faisant à l’ennemi tout le mal possible.

Nous vous laissons maître de désigner les vaisseaux et le contre­ amiral qui doit les commander.

Vous aurez soin d’envoyer les dernières nouvelles que vous auriez à Toulon, au moment du départ de la division.

 

Paris, 29 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 24, relative au général Baraguey d’Hilliers. Il n’est pas possible que vous puissiez commander sept divisions sans lieutenants généraux. L’armée d’Italie sera une et ne sera pas divisée en corps d’armée; il vous faut deux lieutenants géné­raux; sans quoi, s’il se trouve deux généraux de division ensemble, ils ne s’entendront pas, et il est impossible que vous soyez partout. D’ailleurs une seule division de 9,000 hommes se trouve trop faible étant isolée, car ces 9,000 hommes seront bientôt réduits à 6,000. Je pense donc qu’il est nécessaire que deux généraux de division soient lieutenants généraux et commandent chacun deux divisions; 18,000 hommes peuvent aller partout. Par exemple, en supposant que vous placiez sur les frontières de l’Isonzo, vis-à-vis Goritz, une division française de 9,000 hommes et une division italienne de 8,000 hommes, avec une brigade de cavalerie légère, cela ferait 18 à 19,000 hommes qui ont besoin d’un commandant. Si vous avez un pareil corps du côté de la Pontebana, il faudrait nécessairement à ce corps un commandant. Il vous resterait trois divisions françaises avec les divisions de cavalerie. Je conçois très-bien que ces trois divi­sions pourraient faire la campagne sans commandant particulier et être commandées directement par vous.

Il n’est pas dans mon intention de mettre Miollis à Venise; il a une trop belle division, et j’espère qu’elle sera en ligne avant le commencement des hostilités. En ayant deux lieutenants généraux, vous pouvez donner à l’un deux divisions, à l’autre trois, et en garder trois avec vous, sauf à les affaiblir selon les circonstances. Faites-moi connaître qui vous pourriez nommer vos lieutenants généraux.

 

Paris, 29 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 24. Vous ne m’y parlez pas encore des mouvements du camp de Plaisance sur Brescia, et de Brescia sur Ausgbourg. Envoyez-m’en l’itinéraire, et faîtes-lui faire des marches raisonnables.

 

Paris, 30 mars 1809

DÉCISION

M. Cretet, ministre de l’intérieur, demande un supplément de crédit pour le service des ponts et chaussées. Les circonstances actuelles me portent à refuser tout supplément de crédit. Si d’ici au mois de juin elles changeaient, le ministre me remettrait ceci sous les yeux.

 

Paris, 30 mars 1809

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, faites toucher 100,000 francs à la reine Marie­ Louise (infante d’Espagne, ex reine d’Étrurie) pour les frais de son voyage à Parme.

 

Paris, 30 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, faites donner l’ordre au général Morio de partir, au reçu de votre ordre, avec sa division pour Châlon. Donnez ordre qu’à Châlon il soit préparé des moyens de transport sur la Saône, pour conduire ces troupes jusqu’à Lyon, et de Lyon jusqu’à Avignon, par le Rhône. Elles ne s’arrêteront point à Lyon et resteront embarquées, allant jour et nuit. D’Avignon, elles se diri­geront sur Perpignan. Ainsi elles mettront pour aller de Metz à Châlon douze jours, et de Châlon à Avignon, cinq jours. Elles peuvent être rendues avant le 20 avril à Perpignan. Vous enverrez vos ordres en détail par l’estafette de ce soir. Surtout écrivez à Châlon et à Lyon pour que tous les moyens de transport soient prêts.

 

Paris, 30 mars 1809

INSTRUCTIONS POUR LE MAJOR GÉNÉRAL.

Les Autrichiens n’ont point déclaré la guerre. Croire qu’ils attaqueront sans rappeler leur ambassadeur ne paraît pas probable. C’est ce qu’ils firent cependant en 1805. Mais l’empereur, comme empereur d’Allemagne, avait un prétexte plausible, celui de prétendre avoir le droit d’entrer en Bavière et de pouvoir encore négocier à Ulm, jusqu’à l’arrivée des Russes. D’ailleurs, alors, l’armée fran­çaise était encore à Boulogne, et l’espoir de pouvoir s’emparer de l’armée bavaroise et de déterminer la cour de Stuttgart a pu motiver la marche qu’a tenue à cette époque le gouvernement autrichien. Aujourd’hui pourquoi attaqueraient-ils sans déclaration de guerre ? Les troupes françaises sont prêtes; les Autrichiens savent bien qu’ils ne prendront ni l’armée saxonne ni l’armée bavaroise, qui sont prêtes et réunies, et d’ailleurs ils s’exposeraient à s’attirer la guerre avec la Russie. Cependant la guerre est, sans doute, imminente avec l’Au triche, qui ne peut nourrir longtemps une si grande quantité de troupes réunies. Tout indique pourtant que vers le 15 avril leur armée sera prête à entrer en campagne. Il est donc convenable que nous le soyons aussi à cette époque, et, à la direction près, nous le sommes aussi.

Au 15 avril, 1,500 chevaux de la Garde, seize pièces d’artillerie, 6,000 hommes d’infanterie, mes chevaux et ma Garde seront à Strasbourg.

Le 1er avril, le duc d’Auerstaedt sera réuni avec ses vingt régiments d’infanterie entre Nuremberg, Bamberg et Bayreuth, et la division Saint-Hilaire entre Nuremberg et Ratisbonne.

L’armée bavaroise a une division à Straubing, une à Landshut et une à Munich.

An 1cr avril, le général Oudinot aura 18,000 hommes sous les armes entre Augsbourg et Donauwoerth.

Le maréchal duc de Rivoli se trouve réuni à Ulm avec plus de 25,000 Français.

Le contingent de Bade est réuni à Pforzheim à celui de Hesse-Darmstadt à Mergentheim; mais le duc de Rivoli est autorisé à faire venir ces contingents sur Ulm, aussitôt qu’il croirait les hostilités imminentes. Ainsi donc, du 1er au 15 avril, j’aurai trois corps d’armée qu’il faudra réunir sur le Danube, soit sur Ratisbonne, soit sur Ingolstadt, soit sur Donauwoerth.

Alors le corps du duc d’Auerstaedt composé de quinze régiments d’infanterie et de sept régiments de cavalerie, le corps du duc de Rivoli composé de douze régiments d’infanterie et de quatre régiments de cavalerie, le corps composé de la division Saint-Hilaire et du corps du général Oudinot, qui aura douze demi-brigades, six régiments d’infanterie et sept régiments de cavalerie, enfin la réserve de cavalerie composée de sept régiments de cavalerie légère, de six régiments de grosse cavalerie, présentent une force totale de plus de 130,000 Français et de 10,000 alliés; en tout, 140,000 hommes.

Il faut donc, 10 qu’Augsbourg soit à l’abri d’un coup de main, et que, au lieu de ralentir les travaux des fortifications, on redouble d’activité pour les rétablir; que cette place renferme les 200,000 rations de biscuit demandées; qu’il y ait des fours pour cuire 60,000 rations et des magasins de toute espèce.

20 Toutes les têtes de pont sur le Lech doivent être palissadées et armées avec de l’artillerie plus forte que celle de campagne.

Enfin Donauwoerth doit contenir beaucoup de magasins; car, si les Autrichiens attaquent, cette ville sera vraisemblablement le quartier général de l’armée.

Il faut ajouter à ces dispositions celle importante de faire bien armer et approvisionner la citadelle de Passau, de manière qu’elle puisse tenir deux ou trois mois.

On doit travailler à Ingolstadt de manière à avoir de bonnes tètes de pont sur le Danube, afin qu’on puisse déboucher quand on le voudra sur la rive gauche.

J’ai donné l’ordre à l’intendant général de faire partir aujourd’hui un commissaire des guerres avec 200,000 francs en or et 800,000 en lettres de change, pour réunir à mes frais un million de rations, qu’on ne touchera qu’en cas de réunion de l’armée. Il faut que les Bavarois aient à Augsbourg et à Ulm deux millions de rations. L’or­donnateur Joinville a dû partir avec l’ordre de louer à Donauwoerth et à Ulm un certain nombre de bateaux avec équipages, pour un mois, pour pouvoir transporter sur le Danube tout ce dont on aura besoin.

Enfin j’ai donné l’ordre au commandant du génie et à l’intendant général d’être rendus à Strasbourg le 1er avril et d’établir des relais de 60 voitures chacun entre Strasbourg et Ulm, afin de transporter sur Ulm tout ce dont l’armée aura besoin, et, entre autres objets, les 3 à 4 millions de cartouches, les 6,000 fusils, etc., que l’artillerie doit avoir à Ulm, les 12,000 outils que le génie doit y avoir, enfin les objets d’hôpitaux et les souliers que l’on trouverait à Strasbourg. J’ai ordonné à l’intendant général de faire confectionner à Strasbourg 100,000 paires de souliers, 50,000 à Ulm, 50,000 à Augsbourg. Prenez des mesures pour qu’ils soient bons et pour éviter les friponneries.

Tous les effets que les régiments voudront envoyer à leurs corps seront dirigés sur Ulm, et de là, par le Danube, sur Ratisbonne et Passau, suivant les mouvements de l’armée.

Enfin j’ai ordonné à mon ministre du trésor public de tenir trois millions à Strasbourg, dont un à votre disposition et deux à la disposition de l’intendant général. Vous pourvoirez aux dépenses qui sont du ressort du ministre de la guerre sur ordonnance de l’intendant général, à votre volonté. L’intendant général pourvoira à toutes les dépenses qui seront du ressort du ministre directeur de l’administration de la guerre.

Le major général partira pour être rendu à Strasbourg avec son état-major le…. de manière à pouvoir être, suivant les circonstances, le… soit à Donauwoerth, soit à Augsbourg; il verra à Metz la division westphalienne en détail.

S’il n’y a rien de nouveau, il séjournera à Strasbourg pour y activer l’organisation soit de l’artillerie, soit du génie, administration, etc.

Il expédiera un officier au duc d’Auerstaedt pou r le prévenir qu’il sera le . . . à Strasbourg. Il ordonnera au général Bertrand, com­mandant le génie, et à M. Daru, intendant général, d’y être rendus à la même époque, pour y organiser le service. Le général Songis s’y trouve déjà.

Le général Bertrand se rendra de Strasbourg à Augsbourg et Ingolstadt.

Comme il est probable que les Autrichiens ne feront aucun mouvement, le major général pourra aller à Ulm, où est le corps du maréchal duc de Rivoli, et à Augsbourg, où est le corps du général Oudinot; il y passera la revue des troupes, afin de me faire connaître les emplois vacants et de m’envoyer les promotions présentées. Il pourra également voir l’armée bavaroise et le corps de Wurtemberg. Au surplus, si rien ne presse, il ne quittera point Strasbourg sans attendre mes ordres, parce que, de là, il sera plus à même d’expé­dier le mouvement général de l’armée, que je lui adresserai; mais je vais lui faire connaître mes projets, afin qu’il puisse les faire exécuter sans attendre mes ordres, si les circonstances étaient pressantes.

Mon but est de porter mon quartier général à Ratisbonne et d’y centraliser toute mon armée.

Le quartier général de Donauwoerth et la ligne du Lech est (sic) une position à occuper dans le cas où l’ennemi me préviendrait; mais si les Autrichiens ne bougent pas, je désire que le général Oudinot et le général Saint-Hilaire se réunissent à Ratisbonne. D’Augsbourg à cette ville, il y a cinq marches ordinaires et quatre marches de guerre; eu faisant partir le général Oudinot d’Augsbourg le 5 avril, il serait le 10 à Ratisbonne, et, en supposant le général Saint-Hilaire rendu à Nuremberg le 5 avril, il serait le 8 ou le 9 à Ratisbonne, où je pourrai avoir, vers le 10 avril, 30,000 hommes d’infanterie et sept régiments de cavalerie.

Le duc d’Istrie y arriverait le même jour et réunirait toute sa réserve de cavalerie.

Le duc d’Auerstaedt porterait son quartier général à Nuremberg; il n’occuperait Bayreuth et les débouchés sur Egra que par l’extrémité de sa gauche. Son quartier général ne serait donc qu’à vingt­ quatre lieues de Ratisbonne, c’est-à-dire à trois marches.

Les trois divisions de l’armée bavaroise se trouveraient également autour de Ratisbonne à un, deux, trois jours de marche au plus.

Le duc de Rivoli porterait son quartier général à Augsbourg, et ne serait qu’à quatre ou cinq marches de Ratisbonne.

Ainsi le quartier général se trouverait à Ratisbonne, au milieu de 200,000 hommes, à cheval sur une grande rivière, gardant la rive droite du Danube depuis Ratisbonne jusqu’à Passau, et on serait alors dans une position à l’abri de toute inquiétude des mouvements de l’ennemi, avec l’avantage du Danube qui apporterait promptement à l’armée tout ce qui lui serait nécessaire.

Qu’est-ce que l’ennemi, qui est prêt, pourrait entreprendre, aujourd’hui contre l’armée ? Ce serait de se porter de Pilsen sur Ratisbonne par Waldmunchen  et Cham. De Pilsen à Ratisbonne, il y a cinq marches. Ce cas·arrivant, la division bavaroise qui est à Straubing se reploierait sur Ingolstadt, la division bavaroise qui est à Landshut ferait le même mouvement; le corps du duc d’Auerstaedt se por­terait sur Ingolstadt et Donauwoerth; et alors ce serait le cas de mettre le quartier général à Donauwoerth.

Une fois l’armée ainsi cantonnée autour de Ratisbonne, que fera l’ennemi ? Se portera-t-il sur Cham ?  On sera à même de réunir toutes ses forces contre lui, pour l’arrêter sur les positions qu’on aura reconnues sur la Regen.

Se portera-t-il sur Nuremberg ? Il se trouvera coupé de la Bohême.

Se portera-t-il sur Bamberg? Il sera également coupé.

Enfin prendra-t-il le parti de marcher sur Dresde ? Alors on entrera en Bohème et on le poursuivra en Allemagne.

Agira-t-il sur le Tyrol, en même temps qu’il débouchera par la Bohême ? Il arrivera sans doute à Innsbruck; mais les dix ou douze régiments qu’il aurait à Innsbruck ne se trouveraient pas en bataille sur les débouchés de la Bohême, et ces troupes qui seraient à Innsbruck apprendraient la défaite de leur armée en Bohème par notre arrivée sur Salzburg.

Enfin si l’ennemi paraît vouloir prendre les extrémités de la gauche et de la droite pour agir, il faut accepter le centre, ayant pour retraite le Lech et tenant comme garnison Augsbourg, pour être sûr d’avoir toujours cette ville à sa disposition.

Ainsi donc le service du génie se réduit à fortifier les têtes de pont sur le Lech, à fortifier Passau, Augsbourg, Ingolstadt.

Le service des vivres a pour objet la réunion de grands magasins à Augsbourg et à Donauwoerth, où il faut des fours pour cuire 30 à 40,000 rations. Les magasins d’Augsbourg seront faits par la Bavière. Ceux de Donauwoerth seront à mes dépens, afin de pouvoir les transporter où je voudrai marcher, soit par l’une ou l’autre rive. L’intendant général doit pourvoir à avoir de quoi confectionner à Donauwoerth deux millions de rations de pain. Il prendra donc les mesures pour avoir ce qui sera nécessaire; il en fera connaître la dépense .

J’ai demandé aux Bavarois un million de rations de biscuit.

Quant à tout le biscuit qui vient de la gauche, il pourra être dirigé sur Ratisbonne, quand nous y serons; mais, dans l’incertitude que nous ne puissions pas arriver à Ratisbonne avant l’ennemi, tout sera dirigé sur Donauwoerth, point que nous sommes aujourd’hui en état de défendre.

A l’égard des ingénieurs géographes, ils doivent faire la reconnais­sance des positions autour de Ratisbonne, des ponts sur le Danube, et le major général écrira au général de Wrede pour avoir des renseignements sur ces ponts et sur les positions. Par exemple, pourrait-il défendre le pont de Straubing dans le cas où l’ennemi arriverait par la rive gauche ?

L’intendant général doit s’assurer de tous les moyens possibles de transport sur le Danube. Il doit avoir une compagnie de constructeurs de fours et une compagnie de boulangers.

Aujourd’hui le duc d’Auerstaedt commande toute la première ligne : commandement illusoire, puisqu’il ne pourrait pas prévoir à temps ce qui arriverait sur l’Inn. Ainsi le major général ferait les organisations générales suivant les circonstances, telles que de mettre le général Oudinot sous les ordres du duc de Rivoli. Les vingt régiments d’infanterie qui sont sur la gauche du Danube resteraient sous les ordres du duc d’Auerstaedt.

Le général Oudinot, le corps du duc de Rivoli et tout ce qui serait sur la rive droite du Danube seraient aux ordres du duc de Rivoli. Mais, en résultat, mon intention est que, aussitôt que la division du général Saint-Hilaire et le général Oudinot pourront se réunir sur Ratisbonne, les deux corps réunis n’en forment plus qu’un, qui sera appelé 2e corps de la Grande Année, commandé par ….. Le corps du duc d’Auerstaedt s’appellera 3e corps de la Grande Armée; le corps du duc de Rivoli s’appellera le 4e corps de la Grande Armée ; enfin le corps du duc de Danzig s’appellera corps bavarois de la Grande Armée.

Quant au corps de cavalerie du duc d’Istrie, il sera composé de deux divisions de grosse cavalerie, chacune de trois régiments, de deux: divisions de cavalerie légère, chacune de quatre régiments, dont sept régiments français et un Wurtembergeois. Ainsi, le duc d’Istrie aura huit régiments de cavalerie légère formant 7,000 hommes, si régiments de grosse cavalerie formant 5,000 hommes; total 12,000 hommes. S’il est nécessaire, on pourra retirer un régiment de cavalerie légère bavarois.

J’ai pris des mesures pour que tous les régiments de cavalerie légère soient portés à 1,000 hommes, en faisant marcher tout ce qu’il y a de disponible aux dépôts en France des régiments qui son à l’armée d’Espagne.

Quant aux dragons de la division Beaumont, ils formeront six régiments provisoires dont la tête est déjà arrivée à Strasbourg et qui pourront partir de cette ville vers le 15 avril, forts d’environ 5,000 hommes.

J’ai aussi ordonné qu’il soit formé, des dépôts des régiments de hussards qui sont en Espagne, des compagnies chacune de 80 à 150 hommes, que je compte destiner à chacun des maréchaux pour leur garde et ordonnances. Chaque maréchal veillera à l’administration et à l’entretien de cette compagnie.

J’ai attaché au service du major général un régiment provisoire de chasseurs fort de 1,000 hommes, qui se forme à Versailles, composé de deux escadrons du 26e régiment de chasseurs, d’un escadron du 10e et d’un escadron du 22e; un bataillon de Neuchâtel, qui se rend à Paris, un bataillon suisse, une compagnie de 100 gendarmes, la compagnie des guides. Avec ces troupes, le major général fournira des postes sur les derrières de l’armée, pour assurer les communications et escorter les estafettes.

Le grand écuyer doit avoir avec lui des postillons des postes de France et 80 chevaux, pour faire toujours les soixante dernières lieues sur les derrières de l’armée.

Ainsi donc l’armée française en Allemagne sera composée de trois corps.

Le 2e corps, sous le commandement du duc de Montebello, s’il arrive à temps, ou sous celui du prince de Ponte-Corvo, sera composé des deux divisions du général Oudinot, formant douze demi-brigades commandées par le général Oudinot et six généraux de brigade; de la division Saint-Hilaire, composée de six régiments ayant sous ses ordres trois généraux de brigade; de trois régiment de cavalerie légère commandés par un général de brigade; de la division Espagne, composée de quatre régiments, commandés par un général, ayant sous ses ordres deux généraux de brigade.

Chaque division et chaque brigade de cavalerie légère auront chacune un adjudant commandant.

Chacune des divisions du corps du général Oudinot aura dix-huit pièces de canon; la division Saint-Hilaire en aura quinze; la division Espagne six; ce qui formera trente-neuf pièces en batterie.

Le 3e corps, aux ordres du duc d’Auerstaedt, sera composé de quinze régiments d’infanterie divisés en quatre divisions, chaque division commandée par un général de division ayant sous ses ordres trois généraux de brigade; la cavalerie légère, composée de …. régiments, commandée par un général de brigade; la division Saint­ Sulpice, composée de ….. régiments, commandée par deux généraux de brigade; chaque division d’infanterie ayant au moins quinze pièces de canon, et la division Saint-Sulpice six; total, soixante-six pièces en batterie; chaque division et la brigade de cavalerie légère ayant un adjudant commandant et deux adjoints.

Le 4e corps de la Grande Armée, commandé par le duc de Rivoli, sera composé de quatre divisions d’infanterie de ….. régiments; chaque division commandée par un général de division ayant à ses ordres deux généraux de brigade; une division de cavalerie légère, composée de quatre régiments français et de deux alliés, commandée par un général de division et deux généraux de brigade. A chaque division seront attachés un adjudant commandant et deux adjoints; chaque division d’infanterie ayant douze pièces d’artillerie française; ce qui, avec vingt-huit pièces d’artillerie des alliés, fera soixante et seize pièces.

Quant à la division des troupes des petits princes commandée par le général Rouyer, forte de 6 à 8,000 hommes, elle sera commandée par ce général et par deux généraux de brigade sachant parler allemand. Cette division restera provisoirement attachée au 3e corps, mais pourra être appelée au quartier général pour fournir des garnisons aux places et pour l’escorte des prisonniers.

La réserve de cavalerie commandée par le duc d’Istrie aura deux divisions de cavalerie légère, commandées par deux généraux de division et quatre généraux de brigade; deux divisions de grosse cavalerie, chacune de trois régiments, commandées par deux généraux de division et quatre généraux de brigade; la réserve de dragons, formant six régiments, commandée par un général de division et trois généraux de brigade. Chacune des divisions de grosse cavalerie de la réserve aura six pièces de canon; la division de dragons en aura six; total, dix-huit pièces pour la réserve.

Les troupes de Wurtemberg ne sont attachées à aucun corps d’armée. Je désire les tenir à la main. Suivant les circonstances, je pourrai les joindre au duc de Danzig ou à l’un des trois corps d’armée, si les opérations dont je les chargerais les rendaient utiles. Si le général Vandamme ne commande pas les troupes de Wurtemberg, on donnerait ce commandement au général Demont, qui parle allemand, et le général Vandamme remplacerait le général Demont.

Les troupes de Mecklenburg sont destinées à tenir position dans Poméranie suédoise.

Quant à la Saxe, en cas d’hostilités, on engagerait le Roi à se retirer soit à Erfurt ou à Leipzig. Si la ville de Dresde était à l’abri d’un coup de main, on y laisserait 3,000 hommes de garnison, et le reste de l’armée saxonne marcherait pour gagner le Danube.

Les troupes polonaises doivent garder Varsovie et inquiéter Cracovie. En cas d’hostilités, on préviendrait le prince Poniatowski commandant le duché de Varsovie, qu’il doit organiser les gardes nationales pour garder les places de Praga, Modlin, et, avec ces troupes, tâcher d’insurger la Galicie.

Le major général travaillera avec le général Bertrand pour tout ce qui regarde le génie, les sapeurs, et avec l’intendant général pour tout ce qui tient aux équipages militaires, ayant soin de consulter ce qui existe pour ne pas faire de faux mouvements.

GÉNIE.

Chacun des trois corps d’armée aura une compagnie de pontonniers, deux compagnies de sapeurs et 6,000 outils.

Le parc du génie aura un bataillon d’ouvriers de la marine de 800 hommes, un corps de marins de 1,200 hommes; le ministre de la marine leur fera fournir neuf chirurgiens; neuf compagnies de sapeurs, 900 hommes, deux chirurgiens; trois compagnies de mineurs, 300 hommes, un chirurgien; trois compagnies de pontonniers, 300 hommes, un chirurgien; quatre compagnies de pionniers, 600 hommes, un chirurgien ; deux compagnies d’artillerie et six pièces de canon. Les sapeurs et les mineurs formeront deux bataillons. Les pionniers formeront un bataillon. Les pontonniers formeront un bataillon. Ces quatre bataillons seront sous le commandement d’un major du génie.

Les 800 ouvriers de la marine et les 1,200 marins formeront trois bataillons commandés par le colonel Baste, capitaine de vais­seau; ce qui formera sept bataillons, dont quatre de l’armée de terre et trois de la marine.

Ce corps du parc du génie formera une réserve qui sera comman­dée par le général Hastrel, pour les marches et la police militaire. On y attachera un commissaire des guerres, un adjoint et quatre caissons d’ambulance. Cela formerait un corps de réserve qui serait utile un jour d’affaire. Le général Hastrel veillera à ce que ce corps marche toujours dans le plus grand ordre, soit pourvu de vivres et de munitions et bien armé.

Dès aujourd’hui les sapeurs de Würzburg, des quatre régiments des Maisons de Saxe, de Nassau, formeront un bataillon de 3 à 400 hommes, qui suivra la réserve du parc du génie; le major gé­néral fera expédier tous les ordres pour l’organisation de cette réserve.

Les magasins d’artillerie, du génie et des vivres, doivent d’abord être dirigés sur Ulm, où ils seront embarqués sur le Danube pour suivre les mouvements de l’armée.

J’ai donné l’ordre de diriger de Strasbourg sur Ulm 6,000 fusils, 6,000 baïonnettes, 6,000 pièces de rechange, 2,000 sabres des trois armes, 2,000 paires de pistolets, 20,000 épinglettes et 1,000 tire­ bourre.

L’intendant général préviendra les corps que les effets d’habille ment ou autres effets doivent être dirigés sur Ulm, où on les embarquera sur les bateaux conduits par les marins.

Quant aux bataillons des équipages militaires, le 2e bataillon et le 5e sont déjà à l’armée du Rhin; le 12e se forme à Commercy; 200 caissons des dépôts des bataillons qui sont à l’armée d’Espagne sont dirigés sur Joigny, où ils formeront deux bataillons destinés à la réserve. Ce sera donc cinq bataillons d’équipages militaires à l’armée formant 700 caissons; ce qui parait convenable.

Quant aux hôpitaux, ils doivent être concentrés à Amberg, Ingolstadt et Passau, en cas qu’on marchât en avant; ces trois points devant être approvisionnés et mis à l’abri d’un coup de main.

J’aurai, de ma Garde, à l’armée du Rhin : quatre régiments à cheval, quarante-huit pièces de canon, une compagnie de marins, une compagnie de pontonniers, deux régiments de tirailleurs, deux régiments de fusiliers, un régiment de chasseurs à pied, un régiment de grenadiers à pied.

ÉTAT DE LA COMPOSITION DES DIVISIONS ET BRIGADES DES DIFFERENTS CORPS DE LA GRANDE ARMÉE

(en préparation)

Corps d’armée Divisions Généraux Brigades Généraux Régiments
A l’état-major général 1er régiment provisoire de chasseurs (des 10e, 22e  et 26e régiments)
Bataillon de Neuchâtel
1 bataillon suisse
1 compagnie de 100 gendarmes
IIe corps d’armée

Le maréchal duc de Montebello

ou

Le prince de Ponte-Corvo

1e

 

Claparède 1e Conroux 1e demi-brigade d’infanterie légère
3e demi-brigade d’infanterie légère
2e Albert 1e demi-brigade d’infanterie légère
2e demi-brigade d’infanterie légère
3e Schramm 4e demi-brigade d’infanterie légère
Jarry 4e demi-brigade d’infanterie légère
2e Tharreau 1e Coehorn 2e demi-brigade d’infanterie légère
4e demi-brigade d’infanterie légère
2e Lesuire 5e demi-brigade d’infanterie légère
6e demi-brigade d’infanterie légère
3e Ficatier 7e demi-brigade d’infanterie légère
8e demi-brigade d’infanterie légère
3e Saint-Hilaire 1e Pouzet 10 léger
2e Duppelin 3e demi-brigade d’infanterie légère
57e ligne
3e Destabenrath 72e ligne
105e ligne
22e ligne (resté dans les places)
Cavalerie légère Colbert 7e chasseurs
20e chasseurs
Division de cuirassiers Espagne 1e Reynaud 4e cuirassiers
6e cuirassiers
2e Fouler 7e cuirassiers
8e cuirassiers
1e Morand 1e Barbanègre 13e léger
2e Lacour 17e ligne
30e ligne
3e L’Huillier 61e ligne
65e ligne
2e Friant 1e Girard, dit Vieux 13e léger
2e Grandeau 33e ligne
48e ligne
3e Gauthier 108e ligne
111e ligne
3e Gudin 1e Petit 7e léger
2e De Lorencez 12e ligne
21e ligne
3e Gilly 25e ligne
85e ligne
IIIe corps d’armée

Le maréchal duc d’Auerstaedt

 

4e Demont 1e 4e bataillon du 17e de ligne
4e bataillon du 30e de ligne
4e bataillon du 61e de ligne
4e bataillon du 65e de ligne
2e 4e bataillon du 33e de ligne
4e bataillon du 111e de ligne
3e 4e bataillon du 7e de ligne
4e bataillon du 12e de ligne
4e bataillon du 21e de ligne
4e bataillon du 85e de ligne
Cavalerie légère Jacquinot 1er chasseur
2e chasseurs
12e chasseurs
Division de cuirassiers Saint-Sulpice 1e Clément 1er cuirassiers
5e cuirassiers
2e Guiton 10e cuirassiers
11e cuirassiers
Division allemande Rouyer 1e N° 2 Nassau
N° 5 Lippe et Anhalt
2e N° 6 Schwazburg, Reuss et Waldeck
N° 4 Cinq Maisons ducales
IVe corps d’armée

 

Le maréchal duc de Rivoli

1e Legrand 1e Ledru 26e léger
18e ligne
2e Kister Brigade de Bade (1er ligne – 2e ligne – 3e ligne – Bataillon de chasseurs à pied)
2e Carra-Saint-Cyr 1e Cesson 24e léger
2e Dalesme 4e ligne
46e ligne
3e Schiner Brigade de Hesse (3e bataillon des gardes – 3e bataillon du corps)
3e Molitor 1e Leguay 37e ligne
2e ligne
2e Viviez 16e ligne
67e ligne
4e Boudet 1e Fririon 3e léger
2e Valory 56e ligne
93e
Division de cavalerie légère 1e 19e chasseurs
23e chasseurs
2e 3e chasseurs
14e chasseurs
3e Dragons de Bade
Chevau-légers Hesse-Darmstadt
Réserve de cavalerie

La maréchal duc d’Istrie

1e division de cavalerie légère Montbrun 1e Pajol 5e hussards
11e chasseurs
2e De Piré 8e hussards
16e chasseurs
2e division de cavalerie 1e Bruyère 24e chasseurs
13e chasseurs
2e 7e hussards
1er rég. cav. légère Wurtemberg
Division de dragons Beaumont 1e 1er rég. Prov. dragons
2e idem (se forme à Strasbourg)
2e 3e idem (se forme à Strasbourg)
4e idem (se forme à Strasbourg)
3e 5e idem (se forme à Strasbourg)
6e idem (se forme à Strasbourg)
Division de grosse cavalerie 1e Defrance 1er carabiniers
2e carabiniers
2e Doumerc 2e cuirassiers
Division de cuirassiers 1e Saint-Germain 9e cuirassiers
1e Davenay 3e cuirassiers
12e cuirassiers
Corps bavarois de la Grande Armée

 

Le maréchal duc de Dantzig

1e Deroy 1e Rechberg 1er ligne
2e ligne
1er bataillon léger
2e Raglowich 4e ligne
8e ligne
3e bataillon léger
Cavalerie Zandt 1er dragons
1er chevau-légers
2e Wrede 1e Minucci 3e ligne
13e ligne
6e bataillon léger
2e Beckers 6e ligne
7e ligne
4e bataillon léger
Cavalerie Praysing 2e chevau-légers
3e chevau-légers
3e Sieben 1e Vincenti 9e ligne
10e ligne
5e bataillon léger
2e Schlossberg 5e ligne
14e ligne
7ebataillon léger
Cavalerie Seydwitz 2e dragons
4e chevau-légers

 

 

Paris, 30 mars 1809

Au général comte Hulin, commandant la 1e division militaire, à Paris

Monsieur le Général Hulin, mon intention est qu’il soit sursis à l’exécution du jugement prononcé contre Bailly-Lucas fils, afin que je puisse avoir un rapport sur la conduite de ce jeune homme, que l’on m’assure avoir de la candeur et un sincère repentir.

 

Paris, 30 mars 1809

A Élisa, Grande-Duchesse de Toscane, à Livourne

Ma Sœur, j’accepte le monument que la ville de Livourne veut ériger; mais je désire qu’il ne soit exécuté qu’à la paix, et lorsque son commerce sera revenu et prospérera.

Il ne faut pas réagir, et ne voir ni amis ni ennemis de la France; ce serait réveiller des haines et des partis où il n’en faut point.

J’ai nommé directeur de la police à Florence le sieur Dubois, qui a été membre du tribunal de cassation et qui a rempli longtemps les fonctions de commissaire général de police à Lyon. On est content ici du conseiller d’État Giusti. Quant au marquis Corsi, je ne sais duquel vous voulez parler. Il faut être en garde contre les insinuations des Toscans.

Les lois sur les contributions sont générales en France; personne n’a le droit de les suspendre; vous n’avez à vous mêler en rien des finances.

J’ai nommé à Florence le préfet qui était à Bordeaux.

Il est nécessaire que vous vous rendiez le plus tôt possible à Florence.

 

Paris, 31 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez ordre au duc de Valmy d’avoir une colonne sur les confins de l’Aragon, du côté de Pau, pour maintenir la communication avec Jaca. Vous lui ferez connaître que j’ordonne que l’adjudant commandant Lomet réunisse sa colonne mobile dans ce fort, qu’il soit approvisionné, qu’il  y soit mis une compagnie d’artillerie de ligne et deux officiers du génie, et qu’il soit en état de maintenir la communication ouverte entre Saragosse et la France.

Vous donnerez ordre au général commandant en Aragon de placer à Jaca un millier d’hommes, sous le commandement de l’adjudant-commandant Lomet, pour contenir la vallée, avec une compagnie d’artillerie, deux officiers du génie, un officier supérieur d’artillerie et un commissaire des guerres; d’approvisionner la place pour six mois, et de pourvoir non-seulement au maintien de la tranquillité dans la vallée, mais à ce que la communication soit directe et libre entre Pau et Sarragosse. Recommandez au commandant de l’Aragon d’établir par là une correspondance qui serait beaucoup plus brève.

 

Paris, 31 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je réponds à votre lettre du 3 sur la formation des demi-brigades de réserve.

La 1e et la 2e qui se réunissent à Pontivy doivent l’être au 1er mai. Il faut attacher à l’une et à l’autre, indépendamment des colonels en second, les quatre majors des quatre régiments.

J’approuve que l’on commence à former les 3e et 4e demi-brigades, à Paris, au 3 avril; mais il faut que les majors aillent eux­-mêmes aux dépôts s’assurer que les compagnies que doivent fournir les 32e, 58e, 121e et 122e, sont armées, habillées et suffisamment munies de tout. Ces brigades seront alors réunies dans deux casernes, savoir : 1a 3e à Saint-Denis et la 4e à Paris. Si ces régiments ne pouvaient présenter au 3 avril que 200 hommes, on en formerait deux compagnies de 100 hommes chacune, et sauf à compléter successivement chacune de ces demi-brigades à 1,200 hommes. Les 4e compagnies doivent être fournies au 15 avril, ou au plus tard au 20. Il faut que les deux demi-brigades aient à cette époque 1,200 hommes. Jusqu’à ce que les 3e et 4e compagnies soient fournies, les 1er et 2e bataillons n’en feront qu’un, non plus que les 3e et 4e bataillons. Ainsi on pourra me présenter, le 5 avril, les 3e et 4e demi-brigades formées en deux bataillons et fortes de 1,200 hommes.

La 5e demi-brigade se réunit à Sedan. Il faut, avant de la former, que les quatre régiments qui concourent à sa formation fassent partir ce qu’ils doivent avoir au corps du général Oudinot. Aussitôt que les cadres des 5e bataillons seront arrivés, la Garde leur remettra 1,200 conscrits, qui me seront présentés. Aussitôt que les 12e, 14e, 14e et 88e pourront fournir une 3e compagnie, ils la dirigeront sur cette demi-brigade. Il est nécessaire qu’avant  le 20 avril ils aient expédié leurs quatre compagnies; avant de les envoyer à Sedan, on me présentera ces compagnies.

Les ordres sont donnés pour les 6e, 7e et 8e demi-brigades.

Pour la 9e demi-brigade, vous chargerez le général Mathieu­ Dumas de donner lui-même les ordres pour sa formation. Aussitôt que les 8e, 21e, 94e, 95e, 39e et 85e auront fourni ce qui leur a été demandé pour compléter leurs bataillons à l’armée du Rhin, ces régiments formeront cette 9e demi-brigade en réunissant à Wesel deux compagnies chacun, et, aussitôt qu’ils le pourront, ils fourniront la 3e. Le colonel en second qui s’y rendra aura l’autorisation d’aller lui-même dans les dépôts, et il ne fera partir les hommes que bien habillés, bien armés, ayant leurs livrets en règle, etc. Même ordre pour les 10e, 11e, 12e et 13e demi-brigades.

Vous pouvez charger le vice-roi de former la 14e, puisque ces dépôts se trouvent dans son commandement.

Vous chargerez le général de division Muller de former les 15e, 16e et 17e demi-brigades, de passer la revue des dépôts qui doivent leur fournir des compagnies, et, aussitôt qu’il trouvera qu’ils peuvent fournir 280 hommes bien équipés et bien armés, il les fera partir pour Alexandrie. Les colonels en second, aussitôt qu’ils seront nommés, se rendront aux dépôts pour passer la revue de ces hommes et s’assurer qu’ils sont dans un parfait état.

Indépendamment de la correspondance que vous tiendrez avec les généraux Dumas et Muller, chargez les colonels en second de vous rendre compte directement de la revue qu’ils passeront de la situation des dépôts. Ainsi, une fois nommés, les colonels en second doivent visiter les dépôts qui concourent à la formation des demi-brigades.

Il faut pourvoir à la nomination des chefs de bataillon et adjudants-majors. Les 1er et 2e bataillons de la 1e et de la 2e demi-brigade seront sous les ordres du major du 70e. Les 3e et 4e bataillons des mêmes demi-brigades seront sous les ordres du major du 47e. Cette méthode sera suivie pour les 3e, 4e et 5e demi-brigades, c’est-à-dire que vous choisirez parmi les quatre corps qui composent chacune de ces demi-brigades deux majors, qui commanderont deux bataillons

Ainsi chaque demi-brigade sera commandée par un colonel en second et deux majors.

La 6e demi-brigade et la 7e, qui ne sont composées que de trois bataillons, n’auront qu’un major, qui aidera le colonel en second. La 8e demi-brigade aura deux majors. Ainsi de suite pour toutes les autres. Il ne manquera donc plus que les adjudants-majors; un adjudant-major par bataillon me parait nécessaire. Vous y attacherez les officiers à la suite du corps.

Vous devrez réitérer l’ordre dans les 7e, 8e, 27e et 28e divisions militaires que tout ce qui appartient à la conscription des quatre années soit dirigé sur les bataillons de guerre qui sont en Italie. Il vous restera à désigner ce que chaque dépôt doit envoyer pour les porter au grand complet, avant de former les demi-brigades de réserve.

 

Paris, 31 mars 1809

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Je vous envoie un projet qui m’est présenté par le sieur Daru. Je ne veux pas qu’il y ait de caissons pour le pain, pour la cavalerie, pour l’artillerie, ni pour le génie. Au lieu de deux pour l’infanterie, mon intention est qu’il n’y en ait qu’un, et il ne faut établir cela que pour l’armée d’Allemagne et celle d’Italie. Présentez-moi là-dessus un projet, et faites-moi connaître à quoi se montera la dépense.

 

Paris, 31 mars 1809

Au général Lacuée, comte de Cessac, directeur général des revues et de la conscription militaire, à Paris

Je désire appeler 30,000 hommes de la conscription de 1810, en prenant de préférence dans les bons départements. Je suis obligé de retarder la publicité du sénatus-consulte, qui ne peut avoir lieu qu’en publiant toutes les pièces. La levée des 30,000 hommes ne serait, pour la généralité des départements, qu’un quart de la con­scription de l’année. Les préfets pourraient la faire sans que le public s’en aperçût, puisqu’il n’y a lieu ni à réunion ni à tirage,

Je désire que le tiers de cette levée soit dirigé sur Paris. Le reste servira à porter au grand complet les régiments qui sont au Rhin, en Italie, à Naples, en Dalmatie, de sorte que non-seulement chaque régiment ait 840 hommes à ses bataillons de guerre, mais que le 5e bataillon soit complet; qu’il y ait encore tout ce qu’il faudrait pour combler le déficit des hommes inhabiles à la guerre qui se trouvent au régiment, et qu’il y ait aussi 200 hommes en sus. Ainsi, aussitôt que la campagne serait avancée, on pourrait faire partir les régiments provisoires comme bataillons de marche pour les incorporer, et cependant les dépôts seraient tels qu’on pourrait remplacer les régiments provisoires.

On prendra, comme de raison, sur les 30,000 hommes, deux hommes par département ordinaire, et quatre hommes par chaque grand département pour les fusiliers, de manière à avoir 300 fusiliers. Ce corps, aujourd’hui à l’effectif de 3,400 hommes, va perdre 200 hommes que je fais passer comme sous-officiers dans la ligne. Il y a d’ailleurs des malades, qu’on ne peut compter. Il faut recom­mander aux préfets de choisir des hommes qui aient reçu un peu d’éducation, qui sachent lire et écrire, et qui soient forts et robustes.

Il faut destiner un certain nombre d’hommes pour l’artillerie.

Il ne faudra, pour les dragons et la cavalerie, que ce qui est néces­saire pour l’objet que je me propose, attendu qu’on aura plus diffi­cilement des chevaux que des hommes.

Mon intention pour les régiments d’Italie est le complet ordonné, et pour les corps en Espagne qu’ils aient 500 hommes à leurs 3e et 4e bataillons en France, les cadres compris. On pourrait aussi comprendre dans la répartition ce qu’il faut aux deux régiments de Paris, qu’il est nécessaire de mettre au complet pour la police.

 

Paris, 31 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, je reçois la lettre que le duc de Rivoli vous a écrite le 25 mars. Je vois avec peine que la division Saint-Cyr n’a aucune cartouche; cependant cette division a passé par Strasbourg. Témoi­gnez mon mécontentement, d’abord au général Saint-Cyr : ce n’est pas ainsi qu’on fait la guerre; quand on quitte une place pour aller à l’armée, on doit se munir de cartouches. Le général Songis a tort également de n’y avoir pas pourvu. Il parait que le corps du duc de Rivoli, fort d’à peu près 30,000 hommes, est parti de France sans cartouches. Pour en donner 50 à chaque homme, il en faut 1,500,000; indépendamment de ce nombre, il en faudrait 1,500,000 en dépôt à Ulm; c’est donc 3 millions de cartouches qu’il faut réitérer au général Son gis de faire partir de Strasbourg, soit sur des voitures du pays, soit par tout autre moyen. Rien au monde n’est plus pressé. Faites connaître au duc de Rivoli que je n’approuve pas qu’il ait renvoyé à Strasbourg les douze caissons attelés de la division Saint-Cyr; que, si son corps venait à faire un mouvement, il serait privé de ces caissons; que vous donnez ordre qu’ils en prennent au premier convoi qu’ils rencontreront en route, et qu’ils retournent; qu’il ne doit pas renvoyer le parc de la division Molitor; qu’il ne doit pas non plus prendre de cartouches au parc général; qu’il y en a à Würzburg et dans toutes les places de Ba­vière; qu’indépendamment de cela le général Songis en envoie 3 millions à Strasbourg. Cette opération du duc de Rivoli est mau­vaise; c’est ainsi qu’au moment d’aller en bataille on n’a rien. Recom­mandez au général Songis que tous les détachements qui passent à Strasbourg emportent 50 cartouches par homme. Écrivez au duc de Rivoli d’avoir soin que ses troupes aient 50 cartouches par homme dans les caissons, indépendamment des 50 que chaque homme doit avoir dans le sac. Donnez le même ordre aux généraux qui comman­dent les Badois, les Hessois et les Wurtembergeois. Écrivez la même chose au duc d’Auerstaedt; que ses troupes aient, indépendamment des caissons remplis, 50 cartouches par homme, dans le sac; qu’on lui envoie de Mayence un million de cartouches. Recommandez-leur de ne pas renvoyer leurs caissons, si ce n’est à une ou deux jour­nées, vu qu’on doit toujours être sur le qui-vive et prêt à marcher.

 

Paris, 31 mars 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Si le roi de Wurtemberg persiste à ne pas vouloir du général Vandamme, mon intention est de lui donner le commandement de la division Morand; on pourrait donner au général Compans la division Demont, et au général Demont les Wurtembergeois.

Je ne vois pas d’inconvénient que Hervo soit chef d’état-major du duc d’Auerstaedt.

 

Paris, 31 mars 1809

Au chef de bataillon Constantin, officier d’ordonnance de l’Empereur

Vous vous rendrez à Innsbruck; de là vous irez jusqu’aux avant­ postes bavarois et avant-postes près des Autrichiens, sur les débou­chés qui, de Salzburg, arrivent sur Innsbruck. Vous m’enverrez l’itinéraire, le nombre des villages et villes qui se trouvent sur cette route, les forces qu’ils ont là vis-à-vis. Vous m’enverrez un mémoire dès votre arrivée à Innsbruck; adressez vos lettres à M. Otto, qui me les fera parvenir où je serai et par le canal du gouvernement bavarois.

Une colonne de 3,000 hommes a dû partir de Vérone pour Innsbruck et de là sur Augsbourg; si quelque chose devait contrarier sa marche, vous en instruiriez le commandant. Vous m’écrirez d’Innsbruck, et prendrez des renseignements sur les forces et les mou­vements de l’ennemi.

 

Paris, 31 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, envoyez un officier intelligent à Brixen, qui de là ira aux avant-postes à Lienz, et le plus près possible de Spital; il vous écrira tous les jours, et même, quand cela sera nécessaire, vous enverra un courrier. Il se trouvera là très-près de Villach et à même de connaître les mouvements de l’ennemi et de vous instruire si les Autrichiens se dégarnissaient de ce côté pour se porter ailleurs. Vous lui recommanderez de vous envoyer un tracé de la route, avec des notes sur la nature des chemins, sur la population et les ressources en blé de la vallée de Trente, jusqu’aux frontières bavaroises, ainsi que sur l’esprit qui anime les habitants. Cet officier correspondra avec le chef de bataillon Constantin, que j’envoie à Innsbruck.

 

Paris, 31 mars 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté. Je vois avec peine ce qu’elle me dit du général Vandamme. La grande affaire, dans la circonstance où nous sommes, est de triompher. Les troupes de Votre Majesté connaissent et estiment la bravoure du général Vandamme, et ont eu des succès sous sa direction. Je ne me dissimule pas les défauts qu’il peut avoir, mais, dans le grand métier de la guerre, il faut supporter bien des choses. Je donnerai aux troupes de Votre Majesté un autre commandant, si elle le désire, mais elles auront perdu à mes yeux la moitié de leur valeur.

 

Paris, 31 mars 1809

A Marie-Louise de Bourbon, infante d’Espagne, à Nice

Ma Sœur, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté, qui m’a été apportée par son chambellan, le comte Guicciardini. J’ai donné les ordres nécessaires, et je désire que Votre Majesté soit agréablement dans le pays qu’elle va habiter. Aussitôt que les circonstances le permettront, je m’empresserai de statuer définitivement sur ce qui intéresse Votre Majesté et ses enfants.


 

References   [ + ]

1. Lui, le comte de Goyon et Armand de Châteaubriand – le frère de René de Chateaubriand – avaient débarqué sur les côtes de Normandie. Arrêtés ils furent fusillés le 31 mars 1809
2. dans la lettre datée du 18 – et qui ne figure pas dans la Correspondance – Napoléon prévient son frère qu’il va monter à chevl pour quitter l’Espagne, et revient sur un procès et les acquittements prononcés