Correspondance de Napoléon Ier – Janvier-Février-Mars 1808

Paris, 3 janvier 1808

Au prince Eugène

Mon fils, je vous remercie de la lettre que m’écrivez à l’occasion de la nouvelle année. Je vous envoie pour votre présent de bonne année un sabre que j’ai porté sur les champs de bataille d’’Italie. J’espère qu’il vous portera bonheur, et que vous vous en servirez avec gloire, si les circonstances vous obligeaient à la tirer pour la défense de la patrie.

 

Paris, 4 janvier 1808

DÉCISION

On prie l’Empereur de donner l’ordre au bataillon du train de la garde d’atteler le parc d’artillerie réuni à La Fére.

 

Renvoyé au maréchal Bessières pour s’entendre avec le commandant de l’artillerie de la garde et prendre 500 chevaux et 250 hommes du train, en ayant soin de prendre des hommes qui n’appartenaient pas primitivement à la garde, afin que les cadres des anciens bataillons de la garde restent selon leurs anciens éléments.

 

Paris, 4 janvier 1808

Au prince Eugène

Mon Fils, faites avancer 200.000 francs aux Russes pour les besoins du mois.

 

Paris , 4 janvier 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre

Expédiez par un courrier extraordinaire l’ordre au général Dupont de diriger sur le Portugal tous les régiments provisoires et autres appartenant aux corps de l’armée du général Junot.

Ecrivez au général Junot qu’il doit s’attendre, aussitôt que la saison le permettra, que les Anglais feront les plus grands efforts pour lui susciter toute espèce de désordres dans le pays; qu’il ne doit donc pas perdre de temps pour organiser un gouvernement provisoire, renvoyer les troupes portugaises en France, armer les forts de Lisbonne, y établir de bonnes batteries et prendre toutes les mesures que je lui ai prescrites, et dont vous lui prescrirez de nouveau la sévère exécution; c’est une chimère de penser qu’on puisse s’assurer du pays par un autre moyen; qu’il n’a plus que janvier et février pour exécuter ces mesures et soumettre véritablement le pays; qu’il doit également frapper une contribution de guerre et prendre des mesures pour que J’armée soit ‘abondamment pourvue de tout; qu’il faut prendre possession de la place d’Elvas et de toutes les places fortes; qu’il doit également conserver l’administration et la souveraineté de tout le Portugal, jusqu’à ce que la convention pour les limites soit faite. Enfin recommandez au général Junot de vous envoyer des états de situation exacts.

 

A Paris , 4 janvier 1808

Au maréchal Davout, chargé du 1er commandement de la Grande Armée, à Varsovie

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 22 décembre. J’ai vu avec plaisir tout ce que vous avez fait pour le roi de Saxe, et la bonne opinion que vous avez de ce souverain. Pendant le peu de temps que j’ai passé à Dresde, j’ai conçu pour lui une grande estime.

 

Paris, 4 janvier 1808

A M. Daru, intendant général de la Grande Armée

Monsieur Daru, je reçois votre lettre. Qu’allez-vous me parler de domaines allodiaux et de mille et une distinctions de mots qui ne finiraient plus ? J’appelle domaine toute terre ayant appartenu aux différents princes, soit aux maisons des princes, soit aux corporations religieuses. Selon mes calculs, cela doit monter à huit millions de rente et à quatre millions pour ma part. Ne vous dessaisissez point de la part qui me revient, que je n’en aie l’état terre par terre; vous sentez combien vous seriez responsable de la moindre négligence qui compromettrait cette récompense de mes soldats. Le roi de Westphalie n’a pas seul gagné son trône.

Comme il est urgent de faire ces partages, j’ai nommé pour mon commissaire le conseiller d’État Jollivet. Vous trouverez ci-joint le décret qui le nomme. Vous lui donnerez les instructions de détail en conséquence, 1° pour ce qui est dû des contributions jusqu’au 1er octobre, en comprenant l’arriéré au moment de mon entrée dans le pays; 2° pour ce qui est dû des contributions de guerre. On réglera les époques de payement de ces différentes contributions; moyennant quoi, la remise de la moitié des domaines sera faite au roi de Westphalie. La liste des biens domaniaux, allodiaux, sous quelque titre que ce soit, sera dressée sans délai. On fera deux états de ces biens, dont le montant doit être pour chacun de quatre millions de rente, si l’on s’en rapporte aux états qui ont été envoyés par la Régence au major général. A l’échange des ratifications de cette convention, la remise sera faite à mes agents de la moitié qui me reviendra, et à ceux du roi de Westphalie, de la moitié qui lui restera. La convention et l’échange des ratifications seront faits dans les formes usitées pour les transactions diplomatiques.

Faites bien connaître au conseiller d’État Jollivet que je ne ratifierai rien que de bien conforme aux présentes instructions.

 

Paris, 4 janvier 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie

Mon Frère, je vous envoie copie d’un décret et d’instructions à M. Daru. On me fatigue beaucoup de distinctions, que je trouve ridicules, sur les domaines allodiaux et sur ceux qui ne le sont pas. Mon intention a été de me réserver la moitié nette des domaines; or j’appelle domaines les allodiaux, les apanages, enfin les biens du prince sous quelque titre que ce soit; sans quoi vous ne me donneriez rien, et mon armée serait sans récompense.

 

Paris, 4 janvier 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie

Mon Frère, j’ai lu le rapport du colonel Morio. Je n’entre pas dans tous ses détails, mais je crois ce qu’il propose opposé aux circonstances. Je pense que, si vous commencez par faire supporter ces dépenses à votre trésor, vous le ruinerez. Comment ferez-vous quand la Grande Armée passera par vos États ? Elle a séjourné un an en Bavière : elle n’a pas coûté un sou au Roi, les habitants l’ont nourrie; il est vrai qu’ils en ont été un peu grevés; mais, s’il eût fallu que le Roi payât, il n’aurait pas pu la supporter quinze jours. Cet ordre que l’on veut mettre est de l’enfantillage et ne pourra être exécuté que dans deux ans d’ici. Ces circonstances ne sont point nouvelles pour moi. J’ai été deux ans en France sans finances. Le roi de Naples commence à peine à régulariser les siennes. En Italie, j’ai été ainsi six ans.

Quant aux 60,000 francs que vous donnez à vos ministres, c’est une folie; il ne faut pas qu’ils aient plus de 20,000 francs. Mes ministres d’Italie, d’un Etat qui a cent vingt millions, dont Milan, la capitale, est une ville de luxe et de 140,000 habitants, ont 30,000 francs. Vous mettez votre pays sur un pied de luxe qui le   fera déchoir.

Dans les 12,500 Français que je compte laisser dans votre royaume jusqu’à ce que vous ayez une armée, je ne comprends pas les polonais à votre solde. Il n’y a point d’inconvénient à mettre les Polonais sur le pied de paix. 

 

Paris, 4 janvier 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie

Je suis fâché que M. Muller vous quitte. Le fait est qu’il était très-flatté de sa place; mais il faut qu’il n’ait pas eu lieu d’être content.

 

Paris, 5 janvier 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie

Mon Frère, je reçois votre lettre du 16 décembre. Je ne crois pas que vous deviez avoir de gardes du corps. Ce n’est pas l’étiquette de notre famille. Je pense qu’un régiment de chevau-légers, de 400 hommes, un bataillon de grenadiers à pied et un bataillon de chasseurs à pied, chacun de 400 hommes, suffisent pour votre Garde. Mais il ne faut pas les payer plus que vos autres troupes. Mon opinion est qu’il est très-important que le quart de ces 1,200 hommes soit français. Il ne faut pas y mettre de Polonais. Je verrai avec plaisir que vous y joigniez une compagnie de gendarmerie de 100 hommes à cheval; mais je désire que ces gendarmes soient tous Français; vous avez le prétexte qu’il n’y a point de gendarmerie dans le pays. Cette Garde ainsi arrêtée, il faut l’organiser peu à peu. Il ne faut vous modeler en rien sur la formation de ma Garde, qui, étant destinée à offrir des récompenses à une grande armée, me coûte immensément cher. Je pense que vous devez composer la partie allemande de votre Garde de jeunes gens de famille, c’est-à-dire de bons bourgeois ou de fils de fermiers, et exiger qu’ils soient forts et vigoureux, et que leurs parents leur fassent une pension de 100 francs pour la cavalerie et de 72 francs pour l’infanterie, qui leur seront donnés pour prêt en augmentation de solde; ce qui les mettra à même d’être bien tenus, sans que cela vous coûte aucune dépense extraordinaire. Le quart français de votre Garde sera composé de vieux soldats, que je vous autoriserai à prendre.

Vous leur donnerez en extraordinaire les 100 francs et les 72 francs, sur les fonds de votre caisse, lesquels leur seront payés en augmentation de paye pour prêt. Ainsi votre Garde serait commandée par quatre capitaines généraux des Gardes pour le service de cour, équivalant à mes quatre maréchaux, dont l’un serait toujours de service près de vous. Ces quatre capitaines généraux, ne les nommez point avant deux ans, pour ne point vous tromper; ils devront être grands officiers de la couronne. Je pense qu’il doit y en avoir deux français, officiers de mérite, capables de commander une armée et d’en imposer même à une armée française, des hommes qui aient gagné des batailles. C’est à ces hommes auxquels il faut laisser l’espérance d’avoir un fief, comme celui que vous donnez au sieur Le Camus, quand ils vous auront servi dix ou quinze ans avec fidélité. Un capitaine général des Gardes commandera le régiment de chevau-légers; il aura sous lui un colonel, quatre chefs d’escadron commandant chacun une compagnie, et ayant sous eux un capitaine, un lieutenant et un sous-lieutenant, chaque compagnie à l’effectif d’une centaine d’hommes.

Sur les 400 hommes de chaque corps, 300 seront de jeunes Westphaliens appartenant à des fermiers ou bons bourgeois qui puisse payer 100 et 72 francs de pension, et n’ayant jamais servi. Jeune, prenez pour vous servir de la jeunesse qui s’attachera à vous. Avec 300 jeunes gens du régiment de chevau-légers vous joindrez 100 Français, tous hommes parlant allemand, ayant fait au moins six campagnes dans la cavalerie; ceux-là donneront l’esprit militaire à votre jeunesse et en feront l’amalgame avec la France.

Un autre capitaine général des Gardes commandera le bataillon de grenadiers à pied, ayant sous lui un colonel et un chef de bataillon. Ce bataillon de quatre compagnies à l’effectif de 100 hommes serait composé de 300 jeunes gens du pays et de 100 Français, vieux soldats, parlant allemand et ayant fait plusieurs campagnes.

Un autre capitaine général commandera le bataillon des chasseurs, ayant la même organisation que le bataillon de grenadiers. Le minimum de la taille des grenadiers doit être de cinq pieds quatre pouces; le minimum de taille des chasseurs, de cinq pieds deux pouces. Je mets la taille basse, afin d’exclure moins et d’avoir le plus d’hommes qui puissent payer. Un autre capitaine général commandera la compagnie de gendarmerie d’élite de 100 hommes, tous Français. Vous pourrez avec le temps le mettre à la tête de toute la gendarmerie du pays.

En somme totale, votre Garde serait composée de 300 Français et de 900 hommes du pays. Si vous ne pouvez réunir ces 900 hommes qu’en deux ans, cela est égal. Formez d’abord une compagnie de grenadiers à pied, une de chasseurs à pied, une d’hommes à cheval, quand vous aurez assez de monde pour en former une seconde, vous la formerez. Ainsi., insensiblement, votre Garde se trouvera formée.

Elle ne vous coûtera pas plus qu’une Garde ordinaire, si ce n’est la dépense de la pension des 300 Français; et vous aurez des hommes qui jouiront d’une certaine aisance, puisqu’ils tireront de chez eux. Pour compléter mon idée, ne prenez point d’hommes qui aient servi chez les princes ; choisissez-les de la première jeunesse, même de l’âge de dix-huit ans, pour la première fois. Je vous fournirai des Français, tant officiers que soldats. Quant aux généraux français, c’est une chose qui ne presse pas et à laquelle il faut penser. Après cela, commencez à former quatre régiments selon le mode hessois, qui est si économique, pour employer les officiers et soldats des différents princes qui régnaient dans les Etats où vous êtes.

 

Paris, 6 janvier 1808

A Joachim Napoléon (sic), Grand Duc de Berg et de Clèves

Mon Frère, je vous préviens que par vos bureaux d’Hambourg il passe beaucoup de lettres venant de l’Angleterre. Donnez des ordres positifs là-dessus.

 

Paris, 7 janvier 1808

Au maréchal Moncey, commandant l’armée des côtes de l’Océan

J’ai reçu vos lettres de Bordeaux du 23 et du 29 décembre.

Votre quartier général doit être à Vittoria le 10 janvier. Ne forcez cependant la marche d’aucune troupe; rien ne presse. Envoyez au ministre de la guerre les états de situation, bien exacts, de votre armée. Je vous laisserai séjourner quelques jours dans la Biscaye, pour que vous puissiez bien vous former et organiser vos divisions. Je vois par votre lettre que votre première division ne sera à Bayonne que le 4 janvier. Il est inutile, comme je vous l’ai dit plus haut, que, pour exécuter à point nommé les ordres du ministre, vous fassiez faire aucune marche forcée à vos troupes. Rendez compte exactement au ministre de la guerre, ce qui n’empêche pas que vous ne m’écriviez quelquefois. Du moment que vous serez entré en Espagne, envoyez des officiers à droite et à gauche, et recueillez des renseignements sur la situation et l’esprit du pays.

Faites passer la lettre ci-jointe au général Mouton.

 

Paris, 7 janvier 1808

Au général Mouton, commandant la division d’observation des Pyrénées Occidentales

Monsieur le Général Mouton, laissez le commandement de votre division à l’officier que vous en jugerez le plus capable, et rendez-vous à Vittoria et à Valladolid. Parcourez les camps des troupes françaises, prenez des renseignements sur la situation des places fortes espagnoles, sur les mouvements qui s’y font, sur les villes, sur l’opinion publique. Envoyez-moi des rapports sur la situation de mes troupes, corps par corps, infanterie, cavalerie, artillerie, officiers généraux, etc. Ecrivez-moi longuement tous les jours.

 

Paris, 7 janvier 1808

A M. Maret, ministre secrétaire d’État, à Paris

Mon intention est que mes ministres d’État est le titre d’Excellence

 

Paris, 7 janvier 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

Expédiez le sieur Lagarde en Portugal au général Junot. Il lui sera utile pour la police.

 

Paris, 8 janvier 1808

A M. Gaudin, ministre des finances

La Toscane est dans votre département, tant pour les finances que pour les autres branches d’administration civile. J’ai donné ordre au conseiller d’État Dauchy de correspondre avec vous pour tous les objets relatifs à ce pays. Vous préviendrez M. Mollien que les troupes toscanes se rendent à Parme, où elles seront formées en bataillons et soldées par mon trésor. Je pense également qu’il est convenable que le ministre Mollien envoie un receveur général à Florence, pour recevoir les contributions et les tenir en réserve à nia disposition, afin que j’en fasse la destination convenable. Il doit bientôt y avoir le revenu d’un mois. Il sera convenable que tout ce qui sera versé pour les troupes entre dans la caisse de l’armée d’Italie, vu que les troupes qui sont en Toscane ne sont que des détachements de ladite armée.

 

Paris, 8 janvier 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie

Mon Frère, j’ai reçu vos lettres des 29 décembre et 2 janvier. Le discours que vous avez tenu aux  États est trop long. Il a l’inconvénient d’être de nature à faire un effet très-vif en Allemagne. Le projet de la révolutionner et de porter tout à l’instar de la Westphalie est trop manifeste.

Quant aux sieurs Siméon et Beugnot, vous pouvez les employer comme ministres. Gardez-les sans en exiger de serment, ce qui est une formalité inutile, et jusqu’à ce que vous puissiez les remplacer ; sans cela ils perdent leur place dans mes conseils. Cependant, s’ils consentent à s’attacher à votre service, pour mon compte j’y consens volontiers.

Avant de penser au ministre des relations extérieures, que votre Etat soit bien organisé ; ce serait dans ce moment une dépense inutile. Les seules missions importantes sont celles de Saxe, de Hesse-Darmstadt et du prince Primat, pour régler les discussions de voisinage que vous pouvez avoir.

 

Paris, 8 janvier 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur

Monsieur Cretet, qu’est-ce qu’un nommé Postegno, de Turin, que l’on porte comme candidat à la place de maire de cette ville, si jamais elle vaquait ?

 

Paris, 9 janvier 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Vous voulez faire partir de la Fère cent dix-sept voitures d’artillerie, savoir, quatre canons de 12 : mais vous en avez, avec affûts, cinq à la Rochelle, quatre à Blaye et six à Perpignan; faites-les donc prendre à la Rochelle on à Blaye; six canons de 8 : vous avez une pièce de 8 à Blaye et deux affûts ; deux à la Rochelle; ces trois pièces paraissent suffisantes; composez l’équipage selon ce que vous avez à Blaye et à Perpignan. Vous pouvez mettre, au défaut de canons de 8, un plus grand nombre de canons de 12. Il y a à Perpignan soixante canons de 4; vous avez huit pièces de 4 à Blaye avec sept affûts, six à la Rochelle avec six affûts. Mon intention est que les cent dix-sept voitures qui sont à la Fère y restent, et que vous les remplaciez par cent dix-sept autres voitures formant le service de dix-huit pièces de canon, en le composant de pièces de 12, de 8 et de 4, selon ce que vous avez à Blaye et à la Rochelle.

Je vous laisse toute latitude, à moins qu’on ne tire rien de la rive droite de la Loire. Si vous faites consulter les états, vous trouverez un plus grand nombre de pièces à la Rochelle. Vous trouverez des obusiers à l’île de Ré, et des pièces en grande quantité du côté de Blaye. Déjà le général Junot a, en Portugal, une quantité immense d’artillerie, et bientôt, quels que soient les événements, les Espagnols pourront en fournir. Faites-moi connaître où sont les arsenaux espagnols; je crois qu’il y en a d’occupés par nos troupes, d’où l’on pourra tirer des ressources.

Je vois que les deux corps de la Gironde, le corps d’observation des côtes de l’Océan et les deux divisions d’observation des Pyrénées ont quatre pièces de 12, trente-huit de 8, soixante et douze de 4, vingt-six obusiers; ce qui fait cent quarante pièces de canon. Vous pouvez donc facilement avoir plus de sept cents voitures. Je vois qu’il y a beaucoup de pièces, d’affûts, à Blaye, à la Rochelle, à Toulouse et à Perpignan. Ce qui manque surtout à vos équipages ce sont les pièces de 12 : vous en avez quinze entre la Rochelle, Blaye et Perpignan. Gardez en bon état l’artillerie de la Fère; je puis en avoir besoin ailleurs. Ayez à Bayonne un bon directeur qui compulse bien les états et fasse ressource de tout pour exécuter mes ordres.

 

Paris, 10 janvier 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, immédiatement après la réception de la présente lettre, expédiez l’ordre au général Miollis de diriger sur Pérouse toute son artillerie, sa cavalerie et son infanterie, hormis un bataillon qu’il laissera pour la police de Florence et un pour la police de Livourne. Donnez l’ordre au général Lemarois de mettre en marche sur Foligno toutes ses troupes, infanterie et artillerie, hormis un bataillon qu’il laissera pour la garde d’Ancône. Je compte que le général Miollis pourra réunir 2,500 hommes et le général Lemarois autant, ce qui fera 5,000 hommes. Les troupes du général Lemarois seront sous le commandement d’un général de brigade; arrivées à Foligno, elles seront sous les ordres du général Miollis. Les marches seront calculées pour que les troupes du général Lemarois arrivent à Foligno le même jour que les troupes du général Miollis arriveront à Pérouse. Je donne ordre au roi de Naples de réunir à Terracine une colonne de 3,000 hommes. Le général Miollis se rendra à Pérouse, en partira avec la colonne qui y sera réunie, prendra sous son commandement la colonne de Foligno, et continuera sa route sur Rome, sous prétexte de traverser cette ville pour se rendre à Naples. Les ordres seront donnés de manière que la colonne de 3,000 hommes de Terracine soit en mesure de se diriger en grande marche, et sans perdre de temps, sur Rome, du moment que le général Miollis y sera entré.

Le général Miollis, à son arrivée, prendra possession du château Saint-Ange, rendra au Pape tous les honneurs possibles, et déclarera qu’il a mission d’occuper Rome et le château Saint-Ange pour arrêter les brigands du royaume de Naples, qui y cherchent refuge. Il fera arrêter le consul et les agents du roi Ferdinand , le consul anglais et les individus anglais qui sont à Rome. Il tiendra ses troupes en bon ordre, restera tranquille, ne se mêlera en rien du gouvernement, et fera seulement fournir à ses troupes les vivres et la solde.

Il est bien important que le plus grand secret soit gardé sur cette expédition.

Le général Miollis marchera sur Rome comme s’il allait rejoindre l’armée de Naples; il ne se mettra en marche que lorsque ses troupes seront à Pérouse et que celles du général Lemarois seront à Foligno, et alors il se dirigera à grandes journées sur Rome. Il enverra des ordres à la colonne de Terracine pour qu’elle parte au moment de son arrivée à Rome.

Sa principale mission est de protéger mes malades et de rechercher les brigands; il recevra du reste des ordres ultérieurs. Il avouera qu’il n’a à se mêler que de la partie militaire. J’exige secret et promptitude dans cette opération.

Vous ferez connaître au général Miollis qu’il prendra à Rome le titre de commandant en chef des troupes qui sont dans les États de l’Église; il ne prendra d’ordre que de nous.

La Toscane se trouvant dégarnie par le départ de la division Miollis, vous aurez à Florence le 13e de ligne, soit bataillons de guerre, soit dépôt; ce régiment se remettra là. Envoyez aussi à Ancône deux escadrons, formant 400 hommes de cavalerie, pour donner un surcroît de forces au général Lemarois.

Vous ferez connaître le jour où le général Miollis arrivera à Pérouse et à Rome au roi de Naples, afin qu’il règle son mouvement en conséquence. Vous aurez soin également de m’instruire du jour où il entrera dans Rome, afin que je puisse lui donner des instructions sur ce qu’il aura à faire.

 

Paris, 10 janvier 1808

A Joseph Napoléon, roi de Naples

Mon Frère, les impertinences de la cour de Rome n’ont pas de bornes; je suis impatient d’en finir. J’ai renvoyé ses négociateurs. Mon intention est que vous réunissiez à Terracine une colonne de 9,000 hommes de troupes napolitaines d’infanterie et de cavalerie, d’un bataillon français de 8 à 900 hommes, d’un régiment de cavalerie de 400 hommes, de quatre pièces de canon napolitaines et six pièces françaises attelées; ce qui fera 3,000 hommes et dix pièces de canon. Vous ferez tout cela sans bruit. Vous mettrez cette colonne sous les ordres d’un général de brigade, et elle attendra à Terracine les ordres du général Miollis, sous le commandement duquel elle sera. Ce général réunit 3,000 hommes à Perugia; le général Lemarois, autant à Foligno. Avec ces 6,000 hommes, il se mettra en marche sur Rome, comme s’il allait rejoindre l’armée de Naples.

Arrivé à Rome, il prendra possession, du château Saint-Ange et le titre de commandant en chef des troupes qui sont dans les États du Pape, et il enverra des ordres à votre division de Terracine pour qu’elle vienne le joindre en toute hâte à Rome. Vous sentez que cette expédition doit être tenue très-secrète. Votre colonne de Terracine ne doit se mettre en mouvement que pour arriver au moment de l’entrée du général Miollis à Rome. Peut-être sera-t-il inutile qu’elle entre dans la ville, mais il sera nécessaire qu’elle en approche à quatre ou cinq lieues. Je charge le vice-roi de vous faire connaître le jour où le général Miollis arrivera à Rome, afin de ne marcher qu’au dernier moment. Je me réserve de donner des ordres ultérieurs lorsque Miollis sera arrivé à Rome.

 

Paris, 10 janvier 1808

A Charles IV, roi d’Espagne

Je me trouvais en Italie lorsque j’ai reçu la lettre de Votre Majesté, du 18 novembre, par laquelle elle me fait connaître son désir de consolider les liens des deux Etats en unissant le prince des Asturies à une princesse de France. Je partage les sentiments de Votre Majesté; je consens volontiers à cette alliance. Mais Votre Majesté doit comprendre qu’il n’est aucun homme d’honneur qui voulût s’allier à un fils déshonoré par sa Déclaration, sans avoir l’assurance qu’il a réacquis toutes ses bonnes grâces, Votre Majesté ne doute pas de mon désir de dissiper toutes les difficultés et les nuages qui se sont élevés entre elle et moi, afin que, de concert, nous puissions de nouveau prendre toutes les mesures nécessaires pour soumettre nos plus implacables ennemis.

 

Paris, 10 janvier 1808

A Charles IV, roi d’Espagne

Je reçois la lettre de Votre Majesté. Je pense que les affaires ne sont pas encore assez avancées pour publier la convention que nous avons faite sur le sort futur du Portugal (Voir à la date du 23 et du 27 octobre 1807). Il faut nommer d’abord des commissaires pour fixer les limites et prendre toutes les mesures convenables pour assurer l’état des peuples, qui pourraient se trouver compromis par des mesures hasardées et prématurées.

 

Paris, 11 janvier 1808

ORDRES POUR LES CONSEILS D’ADMINISTRATION

Il y aura conseil d’administration les lundi, jeudi et dimanche de chaque semaine. La séance s’ouvrira à onze heures du matin.

Cet ordre sera suivi à dater de dimanche prochain.

Le conseil d’administration du lundi sera pour la guerre; celui du jeudi, pour l’intérieur; celui du dimanche, pour les finances.

On y appellera, indépendamment des ministres et des conseillers ministres d’État, les conseillers d’État ou autres personnes qui seront demandées, l’avant-veille de chaque conseil, par les ministres, et les maîtres des requêtes qui seront désignés par Sa Majesté.

Les ministres amèneront les chefs de division et de bureau qu’ils croiront pouvoir être utiles pour donner des renseignements. Les chefs de division et de bureau apporteront dans leurs portefeuilles toutes les pièces et états concernant la matière du conseil. Ils se tiendront dans la salle du Trône.

Il est à désirer que rien ne soit omis à cet égard, l’intention de Sa Majesté étant de rendre ses décisions en conseil d’administration, et de faire établir, dans les procès-verbaux qui seront dressés, la situation précise, à la date du conseil, des divers exercices, des divers crédits et des divers services.

CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA GUERRE

Seront membres du conseil d’administration de la guerre les ministres de la guerre, de l’administration de la guerre et le ministre d’État Lacuée.

On y appellera également M. Denniée, secrétaire général de la guerre.

Premier conseil d’administration, qui se tiendra lundi 18 janvier : les deux ministres apporteront à ce conseil les états de situation, par chapitre, du budget de leur ministère pour l’an XIII, les quinze mois de l’an XIV et 1806, et l’année 1807. Ils feront connaître les crédits qu’ils ont eus, les dépenses qu’ils ont faites, les sommes qui restent disponibles sur les différents articles, ou les suppléments de crédit qu’ils sont dans le cas de demander. Un autre état présentera les budgets de 1808, avec une colonne contenant les observations des ministres et les motifs des augmentations demandées.

L’examen de ces états, s’ils sont bien faits, ne doit pas exiger plus d’une demi-heure.

Au second conseil d’administration de la guerre, qui aura lieu le lundi 25janvier, le ministre de l’administration de la guerre apportera, et dans la même forme indiquée pour le conseil précédent, des rapports et des états sur les remontes, les fourrages, les transports, convois et équipages militaires, le casernement et les lits militaires.

Au quatrième conseil, qui se tiendra le 8 février, le ministre de l’administration de la guerre présentera les rapports et les états de comptabilité, comme il a été dit ci-dessus, sur le service des hôpitaux et sur le reste des objets qui composent les attributions de son ministère.

CONSEIL D’ADMINISTRATION DE L’INTÉRIEUR.

Seront membres de ce conseil le ministre de l’intérieur et le ministre d’Etat Regnaud.

Le premier conseil d’administration se tiendra le jeudi 21 janvier. Le ministre apportera à ce conseil les états de situation, par chapitre, du budget de son ministère pour l’an XIII, les quinze mois de l’an XIV et 1806, et 1807; il fera connaître les crédits qu’il a eus, les dépenses qu’il a faites, les sommes qui restent disponibles sur les différents articles, ou les suppléments de crédit qu’il est dans le cas de demander. Un autre état présentera le budget de 1808, avec une colonne contenant ses observations et les motifs des augmentations qu’il croira nécessaires. Le ministre du trésor public apportera sur les mêmes exercices les états du trésor pour servir de contrôle, il dressera ces états de manière à ne jamais créer un nouveau chiffre et en suivant les formes auxquelles Sa Majesté est accoutumée.

On traitera ensuite de ce qui concerne les dépenses des préfectures, des centimes fixes et variables et des centimes de dégrèvement. Le ministre fera connaître l’état de situation de ces fonds, depuis et y compris l’an XIII jusqu’à l’armée 1807 inclusivement, ce qui reste à la disposition du Gouvernement ou des préfets, et les moyens à prendre pour remédier aux abus qui se sont manifestés dans beaucoup de préfectures.

Il remettra des notes sur les préfets; il proposera les changements qu’il jugera convenables ou nécessaires; il présentera l’état des gratifications accordées antérieurement, et de celles qu’il convient d’accorder pour 1806 ou 1807 ; il indiquera les fonds qui peuvent subvenir à cette dépense.

Il rendra compte de tous les petits établissements, tels que Charenton et Bicêtre, qui dépendent immédiatement du ministère de l’intérieur, quoiqu’ils paraissent concerner plus particulièrement l’administration de la ville de Paris.

Il fera connaître ce qui est relatif aux prisons, maisons d’arrêt, de force et de mendicité, tant relativement à la comptabilité, à ce qu’ils ont coûté depuis et y compris l’an XIII, à ce qu’il y a à faire cette année et à ce qu’ils coûteront, que relativement à l’administration et à la législation, et aux améliorations à faire dans cette partie.

Le second conseil, qui se tiendra le jeudi 28 janvier, aura pour objet :

L’approvisionnement extraordinaire de grains et farines pour Paris, la législation générale des blés pour la France, le produit et l’emploi du droit d’exportation, la situation de la valeur de la viande dans les années précédentes, et les mesures qu’il y aurait à adopter;

L’instruction publique, en faisant connaître l’état de la législation, celui du travail proposé pour la création de l’Université, et ce qu’il y a à faire pour le terminer; les lycées, les écoles secondaires et les écoles spéciales.

Ces divers objets seront traités tant sous le rapport de l’administration que sous celui de la comptabilité. La comptabilité remontera jusqu’au 1er vendémiaire an XIII.

Le troisième conseil, qui se tiendra le 4 février, sera relatif au commerce et aux manufactures.

Le ministre fera connaître les encouragements qui ont été donnés au commerce, ainsi que l’état des prêts faits par la caisse d’amortissement, et les moyens à prendre pour en assurer le remboursement; les mesures à prendre, par les relations extérieures , pour obtenir de l’Espagne, de l’Italie et de la Hollande des tarifs plus avantageux; les changements aux tarifs des douanes françaises que la situation du commerce peut réclamer; les avantages à faire à l’égard de la Russie pour y suppléer les Anglais, les dispositions qu’on peut adopter pour remplacer le coton et donner à l’industrie une direction telle que nos fabriques trouvent la matière première dont elles ont le plus de besoin, ou en France ou sur le continent.

Le ministre apportera, à l’appui de ce travail, des mémoires sur la balance du commerce depuis et y compris l’an XIII; des états statistiques qui fassent bien connaître la France, et où les manufactures soient divisées en fabriques de soie, de lin ou de fil, de laine et de coton.

Le ministre fera connaître le nombre des tribunaux et des chambres de commerce, l’état de la législation sur les chambres des manufactures, et ce qui s’oppose à leur établissement.

Il présentera la comptabilité des bâtiments civils et autres objets de détail de son ministère depuis le 1er vendémiaire an XIII.

Le quatrième conseil se tiendra le jeudi 11 février; on y traitera ce qui concerne les travaux publics et les ponts et chaussées.

Le ministre fera connaître ce qu’ont coûté les routes et les travaux extraordinaires, ce qu’il y a à faire pour pousser les grands travaux déjà entrepris, ceux qu’il convient d’entreprendre, et enfin tout ce qui est relatif à cette importante partie de son ministère.

Il présentera la comptabilité en recette et en dépense de tous les fonds, soit généraux, soit spéciaux, sous quelque dénomination que ce soit, qui ont été accordés, depuis le ler vendémiaire an XIII, pour les travaux publics.

CONSEIL D’ADMINISTRATION DES FINANCES

Seront membres de ce conseil le ministre des finances et le ministre d’État Defermon.

Le premier conseil d’administration de finances se tiendra dimanche prochain, 24 du courant.

Le ministre apportera à ce conseil les états de situation , par chapitre, du budget de son ministère pour l’an XIII, les quinze mois de l’an XIV et 1806, et 1807. Il fera connaître les crédits qu’il a eus, les dépenses qu’il a faites, les sommes qui restent disponibles sur les différents articles, ou les suppléments de crédit qu’il est dans le cas de demander. Un autre état présentera le budget de 1808, avec une colonne contenant ses observations et les motifs des augmentations qu’il croira nécessaires.

Le ministre fera connaître, par un rapport, le budget général des recettes de l’État pour 1807, tel qu’il a été évalué, et tel qu’il se réalisera.

Le ministre du trésor public fera connaître la situation des rentrées effectuées en 1807 sur les différents exercices, et ce qui reste à rentrer sur l’exercice an XIV et 1806, et sur l’exercice 1807. Il établira ses bases de service pour l’exercice 1808.

On traitera ensuite de ce qui est relatif à l’administration de l’enregistrement. Le ministre des finances présentera l’état des domaines nationaux et rentes existants, ainsi que le compte en recette et en dépense de chacune des branches de l’administration de l’enregistrement, depuis le 1er vendémiaire an XIII.

Le second conseil d’administration, qui se tiendra le dimanche 31 du courant, sera relatif à l’administration des monnaies et à la refonte, à l’administration des douanes et à la régie du sel et du tabac au delà des Alpes.

Le ministre apportera à ce conseil, toute la comptabilité, en recette et en dépense, depuis le 1er vendémiaire an XIII. Il proposera les modifications et améliorations, dont ces différentes parties peuvent être susceptibles.

On traitera dans le même conseil ce qui concerne la Banque.

Le troisième conseil, qui se tiendra le dimanche 7 février, aura pour objet, les droits réunis et les forêts.

Le ministre y apportera les mêmes états et documents ci-dessus indiqués pour les mêmes exercices.

Le quatrième conseil se tiendra le dimanche 14 février.

On traitera, dans ce conseil, de la dette publique, soit de France, soit de Piémont, soit de Gènes, de la dette viagère et des pensions; on comparera les extinctions des différentes années.

On examinera ensuite l’administration de la loterie et celle des postes.

Le ministre apportera dans ce conseil les mêmes états et documents indiqués ci-dessus pour les mêmes exercices.

Il sera tenu un cinquième conseil le dimanche 21 février, pour la formation du budget général de l’État, en recette et en dépense, pou l’année 1807. L’objet de ce conseil sera le travail préparatoire du compte de finances pour la session du Corps législatif.

DISPOSITION COMMUNE AUX DIVERS CONSEILS

L’intention de Sa Majesté est que tous les rapports, mémoires et états soient écrits sur un papier d’un format semblable à celui des comptes des finances. Ces pièces, réunies aux procès-verbaux, doivent former, pour chaque conseil, un volume qui restera dans le cabinet de Sa Majesté pour être toujours sous sa main et aider sa mémoire. Sa Majesté invite les ministres à mettre le plus d’ordre et de clarté possible dans ce travail.

Elle a ordonné qu’ils fussent prévenus d’avance, afin qu’ils pussent  se préparer et qu’ils eussent le temps de prescrire le travail dans leurs bureaux comme ils entendent qu’il soit fait.

Paris, 12 janvier 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, je vous renvoie vos portefeuilles. Je n’ai pas le temps de lire en détail le mémoire du du de Bavière, mais il faut lui faire entendre qu’il n’y a rien à faire ici que le roi de Bavière ne soit intervenu.

J’ai lu avec attention les dépêches d’Espagne et de Portugal. Il faut faire faire une notice historique de la conspiration d’après les bulletins et la correspondance du sieur Beauharnais, pour que je puisse en faire usage selon les circonstances. Écrivez au général Junot de se maintenir maître du royaume de Portugal en entier, jusqu’à ce que des commissaires aient été nommés pour fixer les lignes de démarcation et qu’une convention ait été faite à cet effet.

J’ai lu les dépêches de Russie. Je ne vois point de difficulté à ce que vous fassiez échanger les pouvoirs du Turc avec le ministre russe, et que vous expédiiez un courrier à Constantinople pour annoncer que les négociations sont entamées. Vous ferez une note au comte de Tolstoï pour lui faire connaître que j’ai donné des ordres pour les achats que l’empereur me permet de faire dans ses États; qu’une amnistie entière est accordée pour tout ce qui s’est passé en Dalmatie et en Albanie, et que j’ai été fort aise de donner cette marque de déférence à l’empereur. Vous communiquerez à Caulaincourt la note de M. de Tolstoï. Vous enverrez au général Sebastiani un courrier pour le prévenir que les négociations sont commencées, et vous le chargerez de présenter ces deux questions : 1° Si les Russes voulaient conserver la Valachie et la Moldavie, la Porte est-elle dans l’intention de faire cause commune avec la France dans la guerre ? quels sont ses moyens de guerre ? 2° Si les Anglais débarquaient à Corfou, la Porte se chargerait-elle d’obliger Ali-Pacha à approvisionner cette forteresse et à protéger le passage des courriers et des troupes par la terre ferme ? Nous n’avons que de mauvais procédés de ce pacha. Cet objet est très-important à prévoir, car il est probable qu’à la belle saison les Anglais voudront attaquer Corfou par terre. Accordera-t-on le passage pour 4 à 5,000 hommes, force suffisante pour secourir Corfou et qui ne peut donner aucune inquiétude à Ali-Pacha ?

Répondez à M. Armstrong que je suis honteux de discuter des points dont l’injustice est si évidente, mais que, dans la position où l’Angleterre met le continent, je ne doute pas que les États-Unis ne lui déclarent la guerre, spécialement à cause de son décret du 11 novembre ; que, quelque grand que soit le mal qui en résultera pour l’Amérique, tout homme sensé le préférera à la reconnaissance des principes monstrueux et de l’anarchie que ce gouvernement veut établir sur les mers; que, dans ma pensée, je regarde donc la guerre comme déclarée entre l’Angleterre et l’Amérique du jour où l’Angleterre a publié ses décrets; qu’au reste j’ai ordonné que les bâtiments américains restassent sous le séquestre, pour être statué ce qui sera nécessaire selon les circonstances.

Vous donnerez ordre à mon consul de quitter la Sardaigne, si ce gouvernement ne veut pas faire cause commune avec le continent. Vu les insultes que mes bâtiments reçoivent tous les jours dans ses ports, je ne puis considérer la Sardaigne que comme une colonie anglaise.

 

Paris, 12 janvier 1808

A . M. Gaudin, ministre des finances

Je vois que la caisse d’amortissement a déjà reçu quarante-deux millions de la Grande Armée. Sur ces quarante-deux millions, Hambourg n’y est porté que pour six millions. Ainsi cette ville fournira donc encore dix millions. Mon intention est que vous donniez les ordres au sieur la Bouillerie pour porter les versements à la caisse d’amortissement à la somme de cent millions. En ajoutant aux quarante-deux millions ci-dessus mentionnés celui qui est à Wesel, treize qui sont à Mayence, dix qui sont à Hambourg et trois qui sont à Bremen, cela fera soixante-neuf millions; il ne restera donc plus que trente-deux millions à verser.

Je n’ai pas encore l’état de ce que contenaient les caisses que la caisse d’amortissement a reçues, ni l’état des différentes vaisselles qui ont été déposées à la Monnaie; je désire beaucoup avoir les états de tout cela.

 

Paris, 12 janvier 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, vous donnerez les ordres pour la formation d’une division qui portera le titre de division de réserve, et qui se réunira à Orléans. Cette division sera composée conformément au tableau ci-joint. Les compagnies qui formeront le 17e et le 18e régiment provisoire affaibliront le camp de Boulogne de 3,200 hommes; mais il pourrait être renforcé par les 43e, 51e, et 55e. Vous aurez soin d’ordonner que les 17e et 18e régiments provisoires soient formés sur-le-champ à Boulogne et en partent dès que le 44e, qui est à Valenciennes et que vous dirigez sur Boulogne, y sera arrivé. Vous donnerez l’ordre que les 43e, 5le, 44e et 55e se dirigent sur Boulogne, et que les dépôts du 44e et du 51e, qui ne sont pas à Boulogne, s’y rendent également, de sorte que ces quatre régiments soient tous réunis dans cette place. Vous ordonnerez que les 3e bataillons de ces quatre régiments soient égalisés en répartissant les dépôts également entre les 3e bataillons; bien entendu que les compagnies que ces bataillons auront au corps d’observation des côtes de l’Océan et aux différents régiments provisoires compteront comme présents. Vous donnerez l’ordre qu’avant de faire partir les compagnies qui doivent former la division de réserve d’Orléans on complète tout ce que les corps doivent fournir aux douze régiments provisoires du corps d’observation des côtes de l’Océan. Le général de division Verdier commandera cette division de réserve. Le général Schramm y sera employé.

P. S. Les ordres seront donnés sur-le-champ pour la formation de cette division, et elle se mettra en marche au 1er février. Vous aurez soin de lui faire fournir des capotes et de veiller à ce que les hommes soient bien habillés.

 

Paris, 12 janvier 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine

Monsieur Decrès, je vous renvoie la lettre relative au Patriote. Faites-en mettre un extrait dans le Moniteur, surtout le passage de cette lettre relatif aux Américains et au mauvais état des vaisseaux anglais qui étaient dans le même cas. Faites également mettre dans le Moniteur une note sur l’île de France, en disant qu’on a des nouvelles du ler octobre, sans dire par quelle voie ; que cette colonie était dans le meilleur état; et communiquez au roi de Hollande les nouvelles que vous avez de Batavia.

Je suis fort aise de voir le Patriote rentré. Ne serait-il pas possible de verser son équipage sur un autre vaisseau, en supposant que le Patriote ait besoin d’entrer an bassin ?

Ne tardez point à m’envoyer le projet de croisières.

 

Paris, 12 janvier 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine

Donnez l’ordre que l’embargo soit mis dans mes ports sur les bâtiments de Sardaigne. Faites savoir qu’on peut courir sur les bâtiments allant et venant de Sardaigne.

 

Paris, 12 janvier 1808

Au général Lacuée, directeur général de la conscription militaire

J’ai reçu les états de revue que vous m’avez envoyés. Comment arrive-t-il qu’au ler novembre il y avait encore 2,500 prisonniers de guerre ? Je vois avec plaisir qu’il n’y a plus que 31,000 hommes portés aux hôpitaux. L’intendant général en porte 18,000 dans les états de la Grande Armée, ce qui ne forme plus qu’une différence de 13,000 hommes, et, en comptant 2 à 3,000 hommes sortis depuis, la différence n’est plus que 10,000. Faites bien constater la situation des corps au 1er janvier, et bien établir leur effectif. Autorisez les commissaires des guerres à porter dans un état particulier les prisonniers de guerre, et à les effacer même, si l’on a des renseignements qu’ils ont pris du service à l’étranger ou qu’ils sont morts dans les prisons de l’ennemi. Ordonnez la même chose pour les hôpitaux; faites porter sur un contrôle à part les hommes aux hôpitaux dont on n’a pas de nouvelles depuis six mois. Beaucoup de malades et blessés sont rentrés; ils sont portés aux hôpitaux et aux dépôts, en même temps, comme présents. Je pense que vous êtes autorisé suffisamment, sans qu’il soit nécessaire que je prenne un décret, à faire une circulaire pour autoriser cette mesure, car il m’importe beaucoup que je connaisse exactement la force de mon armée, à 2,000 hommes près.

Le maréchal Kellermann a 6,000 hommes qui attendent des récompenses militaires; je désirerais savoir ce qui s’oppose à ce que l’on se débarrasse de ces hommes.

Je vois dans les états de situation des gouvernements militaires que vous portez des détachements sans dire à quel corps ils appartiennent. J’ai dissous, je crois, tous les régiments provisoires, de sorte que je ne sais pas par quelle raison ces détachements se trouvent là. Je vois bien pourquoi le bataillon du 17e s’y trouve, c’est pour la garnison de Hameln; c’est un corps entier; le 44e également; mais je ne vois pas pourquoi il y a là 258 hommes du 27e léger.

Le pays de Hanau étant dans le commandement du maréchal Kellermann, il y fait des changements de troupes qu’il tire de l’armée de réserve. Je sais alors à quoi m’en tenir; mais je ne vois pas ce que font à Munster 104 hommes du 81 de ligne, etc. Cela devait-il faire partie d’un régiment provisoire qui, au ler novembre, devait partir pour l’armée ?

Le 45e, qui est porté au 1er corps à 2,014 hommes présents sous les armes, ou 2,449 hommes effectifs, a 460 hommes à Munster; il s’ensuivrait donc que ce régiment aurait en Allemagne plus de 2,900 hommes effectifs. 

Écrivez aux intendants des différents gouvernements pour savoir pourquoi ces détachements s’y trouvent. Si c’est à titre de détachements formant des régiments provisoires, ils devraient avoir rejoint leurs corps. Comme j’ai fort à coeur de réunir mes corps et de ne pas laisser de détachements isolés, opérez cette réunion le plus promptement possible.

 

Paris, 12 janvier 1808

Au prince Eugène

Mon fils, le ministre Marescalchi fait à Paris des folies et est dupe des intrigants. Il a fait construire vis-à-vis sa maison une mauvaise salle en bois qui obstrue son salon, et cela lui a coûté 100,000 francs. Cela est trop bête, je n’ai jamais entendu que Marescalchi dépense plus que son traitement. S’il veut dépenser son patrimoine, il en est le maître. Ce n’est pas à lui de faire les honneurs de Paris. Envoyez-moi le budget, afin que je l’arrête en détail. L’argent de mes peuples d’Italie est le plus pur de leur sang. Que Marescalchi dépense des 100,000 francs sans objet, à lui permis. Si je ne m’en suis pas mêlé, c’est que j’ai cru qu’il faisait une dépense sur son patrimoine. Avec ce qu’il me coûte depuis qu’il est à Paris, j’aurais put bâtir un hôtel superbe pour la légation italienne. Pour le présent, mon intention est de garder les 200,000 francs en réserve; j’en disposerai dans le courant de l’année.

 

Paris, 12 janvier 1808

DÉCISION

Le général Clarke, ministre de la guerre , soumet à l’Empereur la réclamation des troupes françaises des 3e et 8e corps, qui demandent à être payées d’après le tarif de la Hollande, tant qu’elles seront à la solde de cet Etat. On n’a jamais entendu que la Hollande payât les troupes qui sont à la Grande Armée, mais seulement les troupes qui sont en Hollande; toute autre interprétation serait absurde. On suppose qu’on veut parler des 65e et 72e . Les bataillons de ces corps qui étaient à la Grande Armée ne peuvent être payés par la Hollande; les dépôts seuls, qui étaient restés en Hollande, doivent être payés par cette puissance.

Paris, 12 janvier 1808

 

DÉCISION

M. Denon rend compte à l’Empereur qu’on pourrait acheter du prince Spada, pour 155,000 francs, la statue de Pompée et plusieurs autres antiquités. M. Denon est autorisé à faire les démarches nécessaires pour l’avoir.

Paris, 12 janvier 1808

 

DÉCISION

On met sous les yeux de 1’Empereur la demande que forment les parents des sieurs Vallée, Goudouin, Peray et Gohau,  es-gendarmes d’ordonnance incorporés dans la garde impériale, pour que ces jeunes gens soient autorisés à quitter le service; ils représentent que les gendarmes d’ordonnances n’ont contracté d’engagement que pour la campagne et qu’il leur a été promis qu’aprés la campagne, ils seraient libres de se retirer. Accordé.

 

Paris, 13 janvier 1808

A M.  de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, je vous renvoie vos portefeuilles. Faites mettre dans le Moniteur l’extrait de la conspiration de Burr. Faites connaître mon mécontentement au roi de Hollande de ce qu’il n’a pas déclaré la guerre à la Suède, et que j’exige que tous les bâtiments suédois qui se trouvent en Hollande soient sur-le-champ saisis et déclarés de bonne prise. Envoyez par courrier l’instance positive de faire déclarer la guerre par la Hollande à la Suède. Cette con duite des Hollandais est d’autant plus indigne que leurs troupes se sont battues contre les Suédois à Stralsund. Faites chasser tous les agents suédois, et faites connaître à mon ambassadeur que, s’il y avait la moindre objection contre ces mesures , il ait sur-le-champ à quitter la Haye. Faites venir chez vous l’ambassadeur de Hollande, et témoignez-lui mon indignation de ce que la Hollande continue à faire le commerce avec la Suède et se constitue en paix avec cette puissance.

Écrivez au sieur Gobieri (consul général à Amsterdam) que sa lettre de janvier m’a fort étonné, et prescrivez-lui de requérir l’arrestation des Suédois, la confiscation de tous les bâtiments suédois et le séquestre des marchandises qui sont à bord, les Suédois étant en guerre avec la Hollande et la France.

 

Paris, 13 janvier 1808

NOTE POUR M. CRETET, MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

Toutes les affaires de banquiers et de change me mettent dans une position désagréable avec les étrangers, sans atteindre mon but.

Je voudrais que le ministre de la marine, dont la situation est prédominante dans les affaires du commerce français à Saint-Péters bourg, déclarât qu’il ne veut payer qu’à Paris, en achetant des lettres de change pour fournitures faites en France; l’établissement du prix ferait partie de cette condition. Ainsi, en achetant un mât, il dirait « Je ne veux le payer qu’à Paris, et je ne le payerai que 6 francs.»
Il est clair que l’état du papier en Russie deviendrait indifférent dans cette transaction. Ce seraient 6 francs à Paris que l’on échangerait contre un mât. Si cette mesure est suffisante pour atteindre mon but, il faut s’en tenir là; sinon, on ajouterait : « ces 6 francs sont destinés à acquitter les fournitures faites par la France. » Ce second parti me parait plus compliqué.

Il conviendrait à cet effet  d’avoir pour la marine une ou deux maisons françaises en Russie, assez fortes pour le service qu’on leur ferait faire, et qui s’arrangeraient avec les gens du pays pour les satisfaire et pour prendre leurs lettres de change. Ainsi on dirait à la maison Rhimberg, par exemple : « Vous pouvez tirer sur Baguenault ou sur la Banque; l’argent est prêt à Paris; mais vous ne pouvez prendre que des créances de France.» Alors naîtra ce change direct que le gouvernement russe désire entre la France et Saint-Pétersbourg.

La Russie tient beaucoup à l’établissement de bonnes maisons françaises à Saint-Pétersbourg, où l’on dit qu’il n’y a que des aventuriers. Les Russes ont besoin d’argent et de lumières, et ils voudraient que la colonie française entrât en concurrence avec la colonie anglaise.

Si l’on pouvait agir ainsi, on laisserait à M. Lesseps la confiance entière qu’il mérite; on lui donnerait des crédits sur Baguenault ou sur toute autre bonne maison , en ne mettant d’autres conditions que celle d’un change direct; on lui enverrait des ingénieurs pour la qualilé des marchandises, et tout serait arrangé.

Si cette idée ne parait pas bonne, il s’en présente une autre : les huit ou dix maisons de commerce de Lyon qui ont des créances en Russie peuvent se réunir; elles enverront leurs fondés de pouvoirs à Saint-Pétersbourg , munis de tous leurs titres ; alors elles achèteront des mâts, ou des crédits en mâts, que je payerai.

Je voudrais que MM. Cretet et Mollien consultassent les négociants de Paris et ceux de Lyon qui sont créanciers de la Russie.

Le ministre de l’intérieur doit prendre en considération tout ceci. La marine y entre comme élément. Il est impossible que le commerce continue si les négociants français ne s’aident eux-mêmes ; la Russie est dans l’intention de les favoriser. Le commerce avec elle ne se fait pas avec des Russes, mais avec des Français. Il serait bon que le commerce français créât à Saint-Pétersbourg des maisons qui recevraient des marchandises françaises et feraient passer des marchandises russes.

 

Paris, 13 janvier 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, donnez des ordres pour la formation d’une division de cavalerie, que mon intention est de réunir à Poitiers et qui sera composée de quatre régiments provisoires de cuirassiers, de dragons, de chasseurs et de hussards. Vous nommerez, pour commander chacun de ces régiments provisoires, un major et un adjudant-major, et vous aurez soin de distribuer le nombre d’officiers et sous-officiers que les corps doivent fournir pour organiser chacun de ces quatre régiments provisoires.

P. S. Les ordres seront donnés sur-le-champ pour la formation de cette division , et les troupes se mettront en marche au 1er février. Vous aurez soin de les faire fournir de capotes et de veiller à ce qu’elles soient bien habillées.

 

Paris, 13 janvier 1808

NOTE POUR M. DEJEAN, MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE

Le ministre fera partir le plus tôt possible 12,000 paires de souliers de Paris pour Bayonne.

Il en fera faire sur-le-champ 12,000 à Bordeaux et à Bayonne.

Il préviendra les fournisseurs que ces souliers seront vérifiés un à un, et qu’ils seront rejetés s’ils ne se trouvent pas de bonne qualité.

 

Paris, 13 janvier 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je reçois votre lettre du 5 janvier. Vous dites que les mouvements des troupes à Venise coûtent 100,000 francs par an, et le transport des troupes de la terre ferme à Venise, 5,000 francs par mois ; voilà donc 160,000 francs qu’on peut s’épargner. Mon intention est que, sous la responsabilité du ministre de la guerre, il ne soit pas dépensé un sou pour cet objet. Il faut que l’arsenal de la marine fournisse le nombre de bâtiments et de matelots nécessaires pour ces mouvements; et, en effet, les mouvements de Venise sont, ou des mouvements dans la ville, et les troupes peuvent les faire par terre, ou ce sont des mouvements dans les îles : ces mouvements doivent être prévus , et les bricks , canots let autres petits bâtiments de l’arsenal doivent y être employés. Mon n’est donc facile, avec un peu d’économie et d’ordre, comme de ne faire aucune dépense pour cet objet. Il peut y avoir tous les jours un canot de l’arsenal qui aille à Mestre, à l’heure la plus favorable, pour porter les hommes isolés allant sur le continent et ramener les hommes qui viendraient rejoindre leurs corps.

Quand un corps entier doit venir, l’arsenal doit en être prévenu et envoyer les bâtiments nécessaires. Cela doit toujours se faire ainsi , car, en cas de siège, ce concert auquel on sera habitué n’aura que de bons résultats.

 

Paris, 13 janvier 1808 

A Eugène Napoléon vice-roi d’Italie

Mon Fils, je reçois votre projet de cantonnements. Je ne vois pas ce que vous voulez mettre à Venise. Je pense qu’il ne faut faire aucun changement avant le mois de mars ; alors les Russes seront partis. Faites-moi un rapport sur la garnison à mettre dans Venise. Je veux y avoir d’abord une garde de police, moitié italienne, moitié française, et une garde de douane. Il faut ensuite y mettre un régiment italien, et tout au plus quelques compagnies françaises. Envoyez-moi un état de ce qu’il y a de chaque arme, et de ce qu’il faudrait y mettre. Mon intention est de réunir au mois de mai, dans la plaine de Montechiaro, huit bataillons pour les manoeuvres et exercices ; du reste, d’ici à ce temps , j’aurai fait quelques petits changements dans l’organisation de l’armée , qui me permettront de rapprocher les dépôts de Naples et de Dalmatie le plus près possible de ces armées. Vous n’avez point de divisions militaires ; il serait cependant nécessaire d’en établir une qui s’étendrait jusqu’à la Piave, et alors le quartier général serait Udine. Elle aurait son ordonnateur et son état-major.

 

Paris, 13 janvier 1808 

A Eugène Napoléon vice-roi d’Italie

Mon fils, je reçois votre lettre du 7 janvier. Rien n’est absurde comme la proposition du ministre de la guerre, de faire supporter des dépenses par l’administration des domaines. C’est le moyen, comme je l’ai dit dans une conférence où vous étiez présent, de manger son blé en herbe. Le gouverneur de Mantoue ne doit exister qu’en temps de guerre; alors c’est un général d’armée investi d’une grande confiance. Aujourd’hui j’y laisserai le général Grenier, puisqu’il paraît s’y plaire, et je ne nommerai point de commandant d’armes. Il aura 3,000 francs par mois et la pêche. Dans une ville comme Mantoue, il faut avoir une maison pour le gouverneur, où les gros meubles seulement s’y trouvent; pour le linge, l’argenterie, le gouverneur doit se les procurer à ses frais; du reste, quand je nommerai un commandant d’armes, j’ôterai le gouverneur qui y est inutile en temps de paix. Les autres places de mon royaume d’Italie n’ont pas besoin de gouverneur. Venise seule mérite une grande considération; mais à Venise mon intention est de tenir Lauriston. Je pense qu’il doit avoir un grand état; 3,000 francs ne sont pas suffisants, il faut lui donner 2,000 francs sur les fonds du jeu que vous destinez à la ville de Venise, ce qui lui fera 60,000 francs par an, indépendamment de son traitement de général de division et d’aide de camp. Quant au logement, il faut louer une partie d’un palais, soit le palais Pisani ou tout autre qui aura les gros meubles, et où sera logé le gouverneur. Il me semble que 4,000 francs par mois suffisent pour ce loyer. Quant au linge, à l’argenterie, batterie de cuisine, etc., c’est au gouverneur à s’en procurer à ses frais, et cela lui reste. Si vous préférez loger Lauriston au palais royal, je ne m’y oppose pas. Il faut que la ville ne lui fournisse rien.

Quant aux gondoliers et autres gens de son service, il doit avoir ses gens qu’il paye, et je pense qu’avec 100 ou 120,000 francs par an, on doit faire la première figure à Venise, et convenablement représenter. Le gouverneur de Paris n’a que 60,000 francs par an. Il est vrai que je lui règle tous les ans, selon la circonstance, par une indemnité plus ou moins forte sur le produit des jeux. Je n’ai pas besoin de vous dire que toutes les dépenses relatives au gouvernement de Venise; ainsi que celles du gouverneur de Mantoue, doivent être aux frais du royaume d’Italie.

 

Paris, 13 janvier 1808

DÉCISION

On propose de décider que le sous-lieutenant M…. qui a été absent de son poste sans permission, mais qui n’a que 20 ans et est le fils d’un général estimé, sera puni par voie de discipline et envoyé dans un bataillon colonial. Cet officier doit être traduit devant une commission militaire et traité selon toute la rigueur des lois; c’est un lâche.

 

Paris, 14 janvier 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, je vous envoie un décret qui ordonne la démolition des places de Hameln et de Nienburg.

J’attache une grande importance à ce que ces démolitions commencent le 20 janvier et se fassent avec quelque éclat. La poudre qui se trouve dans ces places servira à la démolition.

Envoyez directement et par un courrier extraordinaire, dans la journée de demain, l’expédition de mon décret au gouverneur, pour qu’il puisse sans délai en commencer l’exécution. Ayez soin de prescrire qu’on n’épargne pas la poudre. Je rends le gouverneur responsable de l’exécution stricte de mon décret, mon intention étant qu’il ne reste aucun débris dont on puisse se servir pour réédifier ces fortifications. On fera également sauter les casernes, s’il y en a qui en méritent la peine. On fera sauter tous les magasins à l’abri de la bombe et surtout les magasins à poudre. Enfin il faut qu’il ne reste rien dans ces places dont on puisse tirer parti, ou qui puisse servir à les rétablir.

 

Paris, 14 janvier 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée

Mon Cousin, il résulte des pièces qui m’ont été remises que le général Lagrange a reçu 700.000 francs. Il faut lui faire comprendre qu’il est nécessaire qu’avant huit jours ces sommes soient déposées à la caisse d’amortissement entre les mains du sieur Bérenger. Il m’est impossible de voir le général Lagrange et de recevoir sa justification qu’au préalable cette remise ait été faite.

(Note de Brotonne : il ne s’agissait dans l’espèce que d’une question d’ordonnancement. C’est une observation qui s’appliquerait à d’autres cas semblables et que nous ne réitérerons pont)

 

Paris, 14 janvier 1808

DÉCISION

Les hommes disponibles des fusiliers de la garde aux dépôts de Compiègne et de Fontainebleau doivent-ils rejoindre leurs bataillons à Cherbourg et à Rouen ? Cela ne fait pas une question et il n’y a point de doute que les hommes doivent rejoindre les bataillons.

 

DÉCISION

On propose d’envoyer à leur corps, à Bordeaux, les 60 chevau-légers polonais disponibles au dépôt de Chantilly. Ils doivent rejoindre s’ils sont en état de faire campagne.

 

DÉCISION

On propose de renvoyer, sans les exempter de la conscription, quelques gendarmes d’ordonnance peu propres au service ou dégoûtés de leur état. M’en donner l’état nominatif; me remettre également l’état nominatif des officiers qui ont été renvoyés chez eux, afin de les employer tous dans des corps.

DÉCISION

Il y a à Hanovre 100 vélites dont 30 de cavalerie, destinés à des emplois de sous-lieutenants dans la ligne; on demande une décision à leur égard. Remettre l’état nominatif au ministre de la guerre qui me proposera le placement dans des compagnies.

 

Paris, 15 janvier 1808

Au général Dejean

Monsieur Dejean, je vous envoie deux états qui me paraissent très- clairs. Je désire que vous les fassiez copier pour votre usage, et que vous me les rapportiez vous-même au prochain travail.

Vous verrez, par le premier de ces états, la grande quantité de subsistances qui existe dans mes magasins. Je désire que vous me fassiez un petit calcul comparatif de ce que la Grande Armée a dû consommer, avec ce qui a été consommé, afin de voir les dilapidations qui ont eu lieu, car autant a été pris par réquisition.

L’état de l’habillement est plus important encore. Vous y verrez la quantité immense d’effets d’habillement qui a été délivrée, et celle qui reste encore en magasin, puisque j’ai 23,000 habits, 521,000 capotes, 64,000 paires de souliers, 60,000 gibernes, 70,000 chemises, 2,800 selles, 8 à 9,000 bois de selles, etc. Notez bien que dans ces quantités ne sont pas compris les selles, brides, souliers, bottes, etc., que vous avez envoyés. Ayez soin de bien recueillir l’état de ce qui a été distribué aux corps, pour le porter en compte s’il y a lieu.

 

Paris, 15 janvier 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre

Monsieur Dejean, les armées d’Italie et de Dalmatie coûtent immensément cher; il faut y porter une attention particulière. Vous verrez, dans les états que m’a remis le sieur Joubert, que la journée d’hôpitaux coûte d’abord 32 sous la journée proprement dite, et 8 sous en sus pour dépenses générales, et cela pendant les neuf premiers mois de 1807, ce qui fait 40 sous. Cela est scandaleux; dans un pays où les médicaments de toute espèce sont à très-bon marché, la journée d’hôpitaux ne devrait pas coûter plus de 16 sous. Les vivres ont coûté, pour les neuf premiers mois de 1807, plus de 5 sous : cela ne devrait pas coûter plus de 3 sous. Enfin les transports et convois militaires, étapes, etc., ont coûté près de 500,000 francs. On a dépensé pour les hôpitaux 500,000 francs pour 1807, et autant pour 1806. On fait donc et défait les hôpitaux à plaisir. Il y a dans tout cela vice d’administration. Prenez des mesures pour que les journées d’hôpitaux ne coûtent pas, tout compris , plus de 20 sous, et que le pain ne me coûte pas plus de 3 sous, au plus 17 centimes.

Je vois, par les comptes du payeur, que les fourrages coûtent immensément; cependant le foin et les fourrages sont bons et excessivement bon marché en Italie. Je désire que vous établissiez le budget des dépenses des armées d’Italie et de Dalmatie pour 1808 , en prenant pour base la situation actuelle de mes troupes. Je vous envoie les comptes de l’ordonnateur Joubert. On voit, en les lisant, la grande économie qu’on peut faire sur tous les articles.

 

Paris, 15 janvier 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, je vous envoie une lettre de M. Collin. Faites témoigner sur cette affaire mon mécontentement à l’ambassadeur d’Espagne ici. Écrivez-en au sieur Beauharnais.

 

Paris, 15 janvier 1808

A M. Bigot de Préameneu, ministre des cultes

Monsieur Bigot Préameneu, vous ferez ordonnancer sur les fonds des cultes une somme de 6.000 francs que j’accorde à la commune de Pont-de-Beauvoisin (côte de l’Isère) pour la réparation de son clocher.

 

Paris, 15 janvier 1808

A M Treilhard, conseiller d’État, président de la section de législation

Vous avez présenté au Conseil d’État une rédaction sur les actions de la Banque et les cinq pour cent à affecter aux fiefs qui peut m’être utile. Je désire que vous me l’envoyiez.

 

Paris, 16 janvier 1808

DÉCISION

La veuve du général Gardanne écrit à l’Empereur : « Votre Majesté a eu la bonté de me promettre, lorsqu’elle me fit la grâce de me recevoir à Fontainebleau, de me donner une pension pour moi et une pour mon fils âgé de six ans. Renvoyé au ministre de la guerre pour me faire un rapport .

 

 

 

Paris, 17 janvier 1808.

A M. Cretet, ministre de l’intérieur

Monsieur Cretet, je vous envoie une correspondance entre le général Menou et le préfet du Pô. Vous témoignerez mon mécontentement à ce préfet. Sa lettre montre qu’il porte bien peu ‘d’attention à mes décrets, et même qu’il en ignore les dispositions les plus précises, puisque mes décrets rendus le 24 floréal an XIII , c’est-à-dire il y a plus de deux ans, exigent qu’il corresponde directement avec le général Menou, qui fait les fonctions de gouverneur général et qui doit. en exercer toutes les attributions. Ce mauvais esprit a excité du désordre à Turin et donné lieu à de fausses opérations très-contraires à mes intérêts et à mon service. Vous trouverez ci-joint des copies de mes décrets du 24 floréal, qui, d’ailleurs, ont été envoyés dans le temps à votre ministère et sont insérés dans. le Bulletin des lois.

 

Paris, 17 janvier 1808

A M. Béranger. directeur de la caisse d’amortissement

J’ai reçu le compte des fonds de la Grande Armée. Mon intention est de tenir séparément et de n’additionner jamais les comptes des troisième et quatrième coalitions. Dans le compte de la troisième coalition, vous devez comprendre le produit des marchandises vendues à Neuchâtel, et, dans celui de la quatrième coalition , le produit des différents bâtiments saisis et vendus à Hambourg.

Pour les comptes de la troisième et de la quatrième coalition, il faut toujours relater les décrets que j’ai pris, qui fixaient les sommes qui devaient rentrer à la caisse d’amortissement.

J’ai donné l’ordre au ministre des finances pour que les fonds provenant de la quatrième coalition, à verser à la caisse d’amortissement, fussent portés à 100 millions. Il faut tâcher de les employer de manière à leur faire rendre de l’argent.

 

Paris, 17 janvier 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, qu’est-ce que c’est que l’affaire du mariage de M. de Merveldt ? Il parait que c’est une affaire scandaleuse qu’il serait bon de connaître.

 

Paris, 18 janvier 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie  

Mon Fils, témoignez mon mécontentement au commandant de Cività-Vecchia de ce qu’il tolère les correspondances entre la Sicile, et Rome, et faites-lui connaître que je le rends désormais responsable.

Tout bâtiment ayant touché en Sicile doit être séquestré. Il y a, dans le port de Cività-Vecchia, des bâtiments portant pavillon romain, mais beaucoup de bâtiments sont réellement siciliens; donnez ordre qu’ils soient sur-le-champ séquestrés.

 

Paris, 18 janvier 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je pense que, du moment que j’ai nommé des aumôniers-évêques , ils cessent par là même d’être aumôniers ; qu’ils doivent cependant faire les fonctions d’aumôniers jusqu’à ce qu’ils soient installés. Vous dites que j’ai nommé le fils de M. de Brème aumônier : il faut le mettre en exercice. Quant aux aumôniers- évêques, nous verrons avec le temps s’il convient d’en nommer. Tous les aumôniers sont sur la même ligne de prétention à cette place.

 

Paris, 18 janvier 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, j’ai signé le décret relatif au bataillon de gardes nationales sédentaires de Venise. Je crains bien que la ville de Venise ne puisse pas nourrir ce bataillon. Toutefois, nommez un bon chef de bataillon pour le commander. C’est le principal.

 

Paris, 18 janvier 1808

A Joseph Napoléon, roi de Naples

Mon Frère, l’empereur de Russie a fort bien reçu votre aide de camp; il a nommé un ministre pour résider près de vous. M. de Mondragone sera reçu avec plaisir. J’avais pensé que vous l’aviez 
déjà mis en route pour Paris ; faites-le donc partir sans délai. Un courrier que j’attends dans quatre jours sera porteur de la réponse de l’empereur, mais vous ne devez pas l’attendre pour faire partir Mondragone.

 

Paris, 18 janvier 1808

A Joseph Napoléon, roi de Naples

Mon Frère, il n’y a point de doute que les troupes qui sont à Corfou doivent rester sous votre commandement, comme commandant en chef de mon armée de Naples. Vous me dites que les Russes ont trois magasins remplis de poudre : écrivez au général César Berthier de la prendre ; il ne doit pas y avoir de difficulté là-dessus. Si vous avez des renseignements sur la quantité de poudre que renferment ces magasins, faites-le-moi connaître. Il ne doit pas y avoir de Russes actuellement à Corfou.

 

Paris, 18 janvier 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie

Mon Frère, je reçois, avec votre lettre du 12 janvier, la pétition du duc de Brunswick. Je pense que vous ne devez pas répondre à ce prince, puisqu’il n’a pas mis dans sa lettre le mot sujet, et que vous ne devez reconnaître à Brunswick que des sujets. La présence d’un prince de la Maison de Brunswick ne peut être que nuisible dans le pays, et la politique ne peut le permettre. Mais, lorsque le temps sera arrivé, c’est-à-dire dans un ou deux ans, il n’y aura aucun inconvénient à lui permettre de se retirer dans quelque endroit. En attendant, je pense que vous ne devez point lui répondre.

 

Paris, 18 janvier 1808

A Feht-Ali, pacha de Perse

Salut au souverain qui étend la gloire de la Perse et qui règne avec sagesse et fermeté !

J’ai reçu les lettres que Votre Majesté m’a écrites. Les assurances qu’elle me donne de son amitié m’ont été et me seront toujours agréables. Votre serviteur Jusuf-Aga remettra ma lettre à Votre Majesté. J’ai vu avec plaisir qu’il ait passé quelque temps au milieu de ma capitale. Il a été traité comme l’envoyé d’ un prince qui m’est cher, et j’ai été satisfait de sa conduite. Je le charge de répéter à Votre Majesté que j’ai pour elle l’attachement le plus sincère, que je désire voir multiplier les relations de bonne intelligence si heureusement établies entre nous. Il ne nous reste plus qu’un ennemi à combattre, c’est l’Angleterre. J’ai déterminé les puissances de l’Europe à me seconder pour la forcer de renoncer à ses tyranniques prétentions. Que Votre Majesté unisse ses efforts aux miens , elle participera à la gloire de donner la paix au monde.

Je prie Dieu, très-grand, très-puissant et très-glorieux Prince, qu’il veille sans cesse à la prospérité de votre empire, et qu’il augmente le nombre de vos années. 

Écrit en mon palais impérial des Tuileries, le 18 janvier 1808.

 

Paris, 18 janvier 1808

A Alexandre. prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée

Mon Cousin, témoignez au maréchal Soult ma satisfaction des mesures qu’a prises le général Molitor dans la Poméranie suédoise de faire juger par une commission militaire les individus convaincus de trahison et de mettre en arrestation dans le pays ou d’envoyer dans la citadelle de Magdeburg ceux qui n’auraient pas encore encouru une punition exemplaire. Donnez-lui l’ordre de punir sévèrement tous ceux qui entretiendraient des communications avec la Suède, d’établir un gouvernement provisoire pour gouverner le pays, d’y mettre une commission française et de me faire un rapport qui me fasse connaître à quoi se montent les contributions extraordinaires.

 

Paris, 18 janvier 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Donnez une expédition au général Montrichard pour l’armée de Dalmatie puisque le général Marmont le demande.

Donnez l’ordre au général Merle de se rendre à l’armée des côtes de l’Océan pour servir sous les ordres du maréchal Moncey.

Donnez ordre au général Grandjean de se rendre à Orléans pour y être employé dans la division de réserve d’infanterie.

Donnez ordre au général Drouet de se rendre à Bordeaux  pour prendre le commandement de la IIe division militaire.

Donnez ordre au généra1 Heudelet de se rendre à Rennes pour prendre le commandement de la 13e division militaire; au général Leva1 de se rendre à Caen pour prendre le commandement de la 14e division militaire; au général Rouyer de se rendre à Rouen pour prendre le commandement de la 15e division militaire.

Donnez ordre au général de brigade Bron de se rendre à Poitiers pour y commander une brigade de la division de cavalerie de réserve.

Donnez le même ordre au général Laplanche.

Donnez ordre au généra1 Rostollant et au généra1 Roize de se rendre au 2e corps de la Gironde pour y être employé sous les ordres du général Dupont.

Donnez ordre au général de brigade Cassagne de se rendre à Paris.

Donnez le même ordre au généra1 Thouvenot s’il n’a plus de mission.

Donnez du service au général de brigade Lagrange dans la division de cavalerie qui se réunit à Poitiers, ainsi qu’au major Ségur.

Donnez ordre au général Solignac et au général de division Quesnel de se rendre en Portugal pour servir sous les ordres du général Junot.

Du moment que le général Heudelet sera arrivé à Rennes, vous ferez connaître au sénateur Demont qu’il peut rentrer au Sénat.

 

Paris, 19 janvier 1808

Au prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée

Mon Cousin, mon intention est d’accorder à chaque chef de bataillon de la Garde 6,000 francs, à chaque capitaine 2,000 francs, et à chaque lieutenant et sous-lieutenant 1,000 francs, sur ce qui peut leur revenir pour leur part des contributions de la Grande Armée. Mon intention est également de donner au général Hulin 100,000 fr. au général Dorsenne 100,000 fr. ; an général Soulès 100,000 fr. aux généraux de brigade Gros, Curial, Lepic, Guyot, et au colonel du 2e régiment, Boyer, chacun 50,000 francs; aux colonels Friederichs, du 1er régiment, Michel , major en second des grenadiers à pied, Chastel, major au 2e de grenadiers à cheval, Doguereau, major d’artillerie, et Digeon, major directeur du parc d’artillerie, chacun 30,000 francs; au colonel Jacquin, major de la gendarmerie d’élite, Henry, chef d’escadron du même corps, par extraordinaire, chacun 30,000 francs : total, 790,000 francs.

Vous me ferez connaître à combien se montent les gratifications que j’accorde aux chefs de bataillon , capitaines, etc. Je ne pense pas qu’elles dépassent 610,000 francs; ce qui ferait 1,400,000.

Vous trouverez ci-joint un ordre au ministre des finances de vous remettre deux millions. Comme ces deux millions seront plus que suffisants pour ces gratifications, faites-moi un petit état de ceux de
mes écuyers, officiers d’ordonnance et autres personnes de ma Mai son qui ont fait la dernière campagne avec moi et auxquels je n’ai rien donné. Il est bien entendu que mon intention est de ne donner qu’aux officiers de ma Garde qui ont fait la campagne de la Grande Armée. Dressez en conséquence les états de toutes ces gratifications, et soumettez-les à mon approbation.

 

Paris, 19 janvier 1808

Au maréchal Bernadotte, chargé du 5e commandement de la Grande Armée, à Hambourg

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 10 janvier. J’ai lu avec plaisir les renseignements que vous me donnez sur l’esprit des troupes espagnoles; je désirerais connaître dans quel sens est cet esprit: sont-elles amies du prince de la Paix ou du prince des Asturies ? Quelle espèce d’intérêt accordent-elles à ce jeune prince ? Je ne vois pas assez dans votre lettre dans quelle direction était l’espèce de mouvement qu’elles avaient.

 

Paris, 20 janvier 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, mon intention est que, pendant le reste de l’hiver, on continue à s’occuper de tenir sur un bon pied l’armée de Dalmatie. Je vois, par l’état de situation du 30 décembre de cette armée, que m’a envoyé le général Marmont, qu’il y a un bataillon italien, dont l’effectif n’est que de 879 hommes : il faut faire partir un détachement pour porter l’effectif de ce bataillon à 140 hommes par compagnie; que les carabiniers n’ont que 175 hommes et les vélites 532 hommes: il faut également augmenter l’effectif des uns et des autres. Je voudrais également compléter tous les régiments français à 140 hommes par compagnie. Je suppose que dans l’état du général Marmont, du 30 décembre, qui porte l’armée de Dalmatie à 18,400 hommes, ne sont pas compris les 3,000 hommes que j’ai fait partir pendant mon dernier voyage en Italie. Je désirerais qu’un autre détachement de 2 ou 3,000 hommes put être formé du dépôt de l’armée de Dalmatie et se réunît à Trévise. Il faudrait que ces hommes fussent choisis de manière à ce que les régiments se trouvassent, par leur incorporation , avoir un effectif de 140 hommes par compagnie. J’ai quinze bataillons français en Dalmatie : ce serait donc 18,900 hommes qu’il y faudrait, tant d’infanterie de ligne que d’infanterie légère, et il n’y a que 14,400 Français sur le dernier état de situation. Si , comme je le suppose, le détachement de 3,000 hommes que j’ai fait partir dernièrement n’est pas encore arrivé, et qu’il renforce de 2,000 hommes ces 14,400 Français, il manquerait encore 2,500 hommes pour arriver au complet désiré. Les dépôts de l’armée de Dalmatie peuvent fournir ces 2,500 hommes. Mon intention est qu’ils soient réunis sans délai à Trévise, afin qu’ils puissent se mettre en marche au 1er février, dès que la revue en aura été passée.

La cavalerie n’est que de 240 hommes : mon intention est de la porter sans délai à 1,000 hommes. Je vois, par votre état de situation du 1er janvier, que vous avez fait partir 80 hommes de cavalerie; ce qui, avec 240 hommes, fera 320. Ce sera donc encore 680 hommes à envoyer. Le 3e et le 24e régiment de chasseurs peuvent encore fournir une cinquantaine d’hommes à cheval; ce qui compléterait les escadrons à près de 200 hommes et porterait la force en cavalerie à 400 chevaux. Ces deux régiments doivent encore pouvoir fournir beaucoup d’hommes, qui seraient montés et équipés en Dalmatie. Par ce moyen, l’armée de Dalmatie se trouverait ainsi composée au 1er mars :

Troupes françaises : infanterie de ligne et infanterie légère, 18,900 hommes ; cavalerie , 1, 000 ; artillerie, 1,000 ; gendarmerie, 30 ; sapeurs, 200. Total, 21,130 hommes.

Troupes italiennes : Garde royale, 1,200 hommes ; infanterie légère, 1,200 ; artillerie 400 ; sapeurs , 100. Total, 2,900. Total général , 24,030 hommes.

Vous devez avoir reçu les ordres pour compléter les régiments de l’armée de Naples à 140 hommes par compagnie. Formez de tous les dépôts une bonne colonne de 2 ou 3,000 hommes, pour renforcer
les bataillons de guerre. Vous devez avoir des renseignements sur ce qui manque à chaque corps pour être audit complet.

 

Paris, 20 janvier 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon fils, je vois dans le dernier état de situation de l’armée d’Italie, au 1er janvier, que le 23e léger a un dépôt de 248 hommes à Pésaro, le 29e de ligne un dépôt de 282 hommes à Ferma. Dirigez tout cela sur Rome. La division de grenadiers de Toscane est toute composée de grenadiers et de voltigeurs de l’armée de Naples; mais celle de l’Adriatique, a des compagnies d’élite du 5e de ligne, du 23e, du 18e, du 60e, du 11e. Ces régiments tiennent à l’armée de Dalmatie; il faut donner l’ordre que cela revienne dans les États de Venise. Les armées de Naples et d’Italie doivent seules composer la division de Rome; mon intention étant de former une division de sept bataillons, de quatre compagnies chacun, et chaque compagnie de l40 à 150 hommes, savoir : 1er bataillon, une compagnie de grenadiers et une de voltigeurs du 8e léger, une compagnie idem, et une idem du 18e. 2e bataillon, quatre compagnies de grenadiers des 3e et 4e bataillons du 5e régiment. 3e bataillon, quatre compagnies du 11e. 4e bataillon, quatre compagnies du 23e. 5e bataillon, quatre compagnies du 60e. 6e bataillon, quatre compagnies du 79e. 7e bataillon de quatre compagnies de grenadiers et voltigeurs du 81e. Ces sept bataillons de grenadiers et de voltigeurs formeront un effectif de 3,400 hommes. Le général Souham prendra le commandement de cette division qui se réunira à Trévise. Chacun des sept bataillons sera commandé par un chef de bataillon, deux majors commanderont l’un trois bataillons, l’autre quatre, sous l’ordre du général de division. Il faut que cette division soit formée et prête à partir pour l’armée de Dalmatie, du 1er au 10 mars. Vous m’en ferez faire l’état, corps par corps, après avoir retiré du dépôt tout ce qui est dans le cas de servir; ainsi donc réunissez d’abord à Venise tout ce qui est disponible et propre à renforcer le régiment de Dalmatie; conformément à ma lettre de ce jour, formez -en des régiments provisoires, et mettez  un bon général pour les conduire. Au 1er février, ces 2,300 hommes doivent titre prêts à partir, et à renforcer l’armée de Dalmatie. Après cela, donnez les ordres nécessaires pour que, sans faire tort à l’envoi de ces 2,500 hommes, on réunisse les compagnies de grenadiers et de voltigeurs des dépôts de l’armée de Dalmatie. Elles seront réunies sous les ordres du général Souham, au 1er février; elles se formeront insensiblement, de manière à ce que, du 4 au 5 mars, elles soient prêtes à partir. Vous me ferez connaître ce qu’il restera aux dépôts après la formation de ces détachements; mon intention étant de faire venir la 4e restant à Turin, où je leur fournirai une grande quantité de conscrits pour les compléter; je préfère que ces conscrits s’arrêtent à Turin pour leur santé, au lieu d’aller faire le long voyage de Venise. Faites faire l’état des hommes et des embarras que les dépôts pourraient avoir avec eux, pour que je puisse leur transmettre l’ordre de quitter les États de Venise en février, et de s’approcher de France. Vous donnerez l’ordre que l’habillement et les autres objets qui seront prêts aux dépôts de l’armée de Dalmatie soient envoyés aux bataillons provisoires, afin qu’au 4 mars les hommes soient habillés, armés et prêts à entrer en campagne. Envoyez le général Charpentier passer la revue des magasins, afin qu’on envoie aux bataillons de guerre tout ce qui leur est nécessaire.

 

Paris, 20 janvier 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon fils, mon intention est que, pendant le reste de l’hiver, on continue à s’occuper de tenir sur un bon pied l’armée de Dalmatie. Je vois par l’état de situation du 30 décembre de cette armée que m’a envoyé le général Marmont qu’il y a un bataillon italien dont l’effectif n’est que de 879 hommes. Il faut faire partir un détachement pour porter l’effectif de ce bataillon à 140 hommes par compagnie ; que les carabiniers n’ont que 475 hommes et les vélites 532 hommes. Il faut également augmenter l’effectif des uns et des autres. Je voudrais également compléter tous les régiments français  à 140 hommes par compagnie. Je suppose que, dans l’état du général Marmont, du 30 décembre, qui porte l’armée de Dalmatie à 18,400 hommes, ne sont pas compris les 5,000 hommes que j’ai fait partir pendant mon dernier voyage en Italie. Je désirerais qu’un autre détachement de 2 ou 5,000 put être formé du dépôt de l’armée de Dalmatie, et se réunît à Venise. Il faudrait que ces hommes fussent choisis de manière à ce que les régiments se trouvassent par leur incorporation avoir un effectif de 140 hommes par compagnie. J’ai quinze bataillons français en Dalmatie; ce serait donc 18,900 hommes qu’il y faudrait, tant d’infanterie de ligne que d’infanterie  légère et il n’y a que 14,400 Français sur le premier état de situation. Si, comme je le suppose, le détachement de 3,000 hommes que j’ai fait partir dernièrement n’est pas encore arrivé, et qu’il renforce de 2,000 hommes ces 14,400 Français, il manquerait encore 2,500 hommes pour arriver au complet désiré. Les dépôts de l’armée de Dalmatie peuvent fournir ces 2,500 hommes. Mon intention est qu’ils soient réunis sans délai à Trévise, afin qu’ils puissent se mettre en marche au 1er février, dès que la revue en aura été passée. La cavalerie n’est que de 240 hommes. Mon intention est de la porter sans délai à 1,000 hommes. Je vois par votre état de situation du 1er janvier que vous avez fait partir 80 hommes de cavalerie, ce qui, avec 240 hommes, fera 320. Ce sera donc encore 680 hommes à envoyer; le 3e et le 24e régiment de chasseurs peuvent encore fournir une cinquantaine d’hommes à cheval, ce qui compléterait les escadrons à près de 200 hommes, et porterait la force en cavalerie à 400 chevaux. Ces deux régiments doivent encore pouvoir fournir beaucoup d’hommes, qui seraient montés et équipés en Dalmatie. Par ce moyen, l’armée de Dalmatie se trouverait ainsi composée, au 1er mars : troupes françaises, infanterie de ligne et infanterie légère, 18,900 hommes : cavalerie, 1,000 ; artillerie, 1,000 ; gendarmerie, 30 ; sapeurs, 200; troupes italiennes, garde royale, 1,200 ; infanterie légère, 1,200 ; artillerie, 400 ; sapeurs, 100. Total 24,030 hommes. Vous devez avoir reçu les ordres pour compléter les régiments de l’armée de Naples à 140 hommes par compagnie. Formez de tous les dépôts une bonne colonne de 2 ou 3,000  hommes, pour renforcer les bataillons de guerre. Vous devez avoir des renseignements sur ce qui manque à chaque corps pour être au dit complet.

 

Paris, 20 janvier 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, faites en sorte que le camp de Montechiaro soit prêt au 1er avril, parce que, immédiatement après la saison des pluies, mon intention est d’y réunir le ler d’infanterie légère, le 7e, le 42e et le 112e de ligne. Les trois bataillons de ces régiments y seront ; ce qui fera douze bataillons, formant au moins 8,000 hommes. Ces bataillons s’exerceront là aux manoeuvres et se formeront à la discipline.

 

Palais des Tuileries, 21 janvier 1808

NOTES DICTÉES DANS LE CONSEIL D’ADMINISTRATION DE L’INTÉRIEUR

Après avoir entendu plusieurs observations sur les états dit ministère de l’intérieur, l’Empereur prend la parole :

Il résulte de ces observations que les états du ministre de l’intérieur doivent être refaits, mis d’accord avec ceux du trésor et établis dans un meilleur système d’analyse, pour qu’ils puissent être compris, et qu’ils présentent la véritable situation des budgets de l’an XIII et exercices postérieurs.

Ces nouveaux états seront apportés au conseil de jeudi en huit.

Le ministre de l’intérieur présente des états concernant la dette arriérée des départements; il en résulte qu’au ler janvier 1808 celle dette s’élève à 5,979,000 francs; dans cette somme, six départements doivent 2,888,563 fr.; vingt départements ne doivent rien; un certain nombre de départements ont en excédant un actif de 172,231 francs.

L’Empereur s’exprime ainsi :

Pour rendre plus satisfaisant le tableau de la dette arriérée des départements, il convient d’ajouter une colonne où seront portées les sommes des départements qui auront un actif disponible après que leurs dettes auront été acquittées. Cette colonne contiendra le détail de la somme de 172,231 francs ci-dessus. Il faut également ôter de cet état les calculs hypothétiques sur ce qui pourra être accordé en 1808, et sur la situation de la dette arriérée au 1er janvier 1809. L’état de situation demandé, et qui doit être apporté au premier conseil, présentera l’état de situation positif et sans hypothèses au 31 décembre 1807.

Indépendamment de cet état général, on présentera en même temps des états de la dette arriérée, pour chaque nature de dépense et chaque chapitre du budget des départements.

Sa Majesté s’occupe ensuite des moyens d’éteindre la dette arriérée des départements. Elle invite le ministre à faire, au prochain conseil, des rapports sur les vues ci-après, et à y joindre les états et documents propres à éclairer la discussion.

1° Il faut d’abord examiner les différents chapitres de dépense sur lesquels porte la dette arriérée, et proposer, par département et par article du budget, toutes les réductions qui paraîtront. justes. Il est probable qu’elles seront assez fortes, particulièrement pour certains chapitres et pour les exercices antérieurs à l’an XIII.

2° Il faudrait avoir un dépouillement de l’emploi du fonds de non-valeurs, qui fit connaître ce qui se trouvait disponible au 31 décembre 1807, département par département. On proposerait alors une compensation, non pas générale et en masse, mais spéciale et par département. Il est probable qu’au moyen de cette ressource et en y ajoutant, si cela était nécessaire, une partie du fonds de non-valeurs de 1808, on parviendrait à éteindre une grande partie de la dette arriérée dont la légitimité aurait été constatée.

Quant aux six départements qui doivent à eux seuls à peu près la moitié de la dette totale, il faut proposer, par un projet de décret en plusieurs titres, de les imposer en 1808, de manière à ce qu’ils ne doivent plus rien au 1er janvier 1809.

Enfin si, nonobstant l’emploi de ces divers moyens, la dette de quelques départements n’était pas épuisée, on pourrait recourir à des mesures extraordinaires, telles que la disposition d’un 40e sur les fonds disponibles des communes du département.

L’intention de Sa Majesté est que les départements commencent l’année 1809 sans dettes. Le ministre, dans son travail, peut non-seulement proposer et développer les moyens indiqués ci-dessus ; il est encore invité à présenter toutes autres mesures qui conduiraient à ce but.

Le ministre de l’intérieur présente un rapport sur le fonds de non-valeurs; il fait connaître la nature et l’objet de ce fonds; mais il ne peut rendre compte de l’emploi, attendu que cette comptabilité est dans les attributions du ministre des finances.

Sa Majesté ordonne le renvoi de ce rapport an ministre des finances, qui sera invité à faire lui-même un rapport spécial sur cette partie du service et à en présenter la comptabilité.

Le ministre des finances fera connaître d’abord l’historique du fonds de non-valeurs, afin de bien établir la théorie. Il fera connaître ensuite : 1° la somme du fonds de non-valeurs qui, depuis l’an VIII, a servi à sa véritable destination, c’est-à-dire à couvrir, dans la caisse du receveur général, les cotes qui n’auraient pas pu être acquittées par les contribuables ; 2° quelle est la somme qui a servi à fournir 
des indemnités pour les accidents fortuits survenus à la propriété des citoyens; 3° quelle partie du fonds de non-valeurs a été employée sur des autorisations du Gouvernement, et quelle partie l’a été en conséquence des décisions des préfets, pour des motifs ou des services quelconques ; 4° quelle est la portion du fonds de non-valeurs existante en caisse, et dont on peut disposer.

Le ministre des finances doit ce compte à Sa Majesté, parce qu’il est responsable de ce fonds et que ce compte est nécessaire.

Il apportera au conseil de dimanche prochain tous les documents qui se trouvent dans son ministère, en faisant autant de mémoires et d’états qu’il y a d’exercices, depuis et y compris l’an XIII.

S’il n’a pas tous les documents nécessaires, il les demandera, par des circulaires, aux receveurs généraux, aux directeurs des contributions, etc. L’intention de Sa Majesté est que cette matière soit tellement éclaircie, qu’il n’y ait aucune opération masquée qu’elle ne connaisse, afin de pouvoir approuver celles qui seraient légitimes, mais irrégulières par la forme, ou rendre responsables de celles qui ne pourraient être justifiées les administrateurs qui se les seraient permises.

Sa Majesté désire aussi que le ministre des finances lui fasse connaître de quelle manière on procède à la réimposition; elle avait pensé que le fonds de non-valeurs avait été imaginé pour empêcher la réimposition, et qu’en conséquence il ne pouvait y avoir lieu à réimposer que lorsque ce fonds était insuffisant.

Le ministre fera connaître en même temps ce qui garantit, dans ces opérations, que les contribuables ne payent pas plus que le trésor ne reçoit.  Il joindra à son rapport les états, par exercice, des réimpositions qui ont eu lieu depuis l’an VIII.

 

Paris, 22 janvier 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, le 25 janvier l’armée française sera à Perugia; le 3 février elle sera à Rome. L’estafette partant le 23 arrivera à Rome le ler février, et portera ainsi vos ordres au sieur Alquier deux jours avant que les troupes arrivent. Vous devez faire connaître au sieur Alquier que le général Miollis, qui commande mes troupes et qui a l’air de se diriger sur Naples, s’arrêtera à Rome et prendra possession du château Saint-Ange; que ce général prendra le titre de commandant de la division de l’Adriatique. Il n’aura à se mêler de rien , arrêtera prisonniers le consul du roi Ferdinand et les brigands napolitains qui trouvent refuge dans les faubourgs de Rome. Du reste, qu’on lui fournisse la solde et le logement, et qu’on mette les troupes du Pape sous ses ordres, et il ne se mêlera de rien.

Lorsque le sieur Alquier saura que les troupes sont à la porte de Rome, il présentera au cardinal secrétaire d’Etat une note conçue en ces termes :

« Le soussigné, ministre de S. M. l’empereur des Français, roi d’Italie, est chargé de faire connaître à Son Éminence le cardinal secrétaire d’État les dispositions que Sa Majesté a jugé à propos de prendre pour assurer les derrières de son armée de Naples et les communications de cette armée avec son armée d’Italie. Sa Majesté a ordonné, 1° que tous les brigands napolitains qui, dégoûtants du sang français, ont jusqu’à cette heure trouvé refuge dans les États de Rome et jusque dans les faubourgs mêmes de la ville, soient arrêtés et reconduits à Naples pour y être jugés par des commissions militaires ; 2° que le rassemblement de sujets rebelles napolitains qui a lieu à Rome soit dissous, et que ces individus soient tenus de retourner sur-le-champ à Naples pour y être à la disposition de leur souverain. Quant aux cardinaux, Sa Majesté a lieu de se flatter que Sa Sainteté donnera l’ordre aux cardinaux napolitains de donner les premiers l’exemple de l’obéissance, en se rendant sous quarante-huit heures à Naples pour y prêter serment à leur souverain; s’il en était autrement, Sa Majesté ne pourrait qu’ajouter foi à ceux qui les accusent d’être les instigateurs et les protecteurs des brigands napolitains déjà couverts de tant de crimes, et ils seraient responsables à ses yeux d’une conduite aussi contraire à l’honneur et aux devoirs qu’aux principes de l’Evangile ; et, dès lors, Sa Majesté donnerait des ordres opposés aux égards qu’elle désirerait que l’on conservât pour leur caractère. Sa Majesté a également ordonné que tous les agents de la reine Caroline, réfugiés à Rome pour y tramer ses différentes intrigues, soient arrêtés, ainsi que tous les agents de l’Angleterre qui, du sein de cette ville, agitent la tranquillité de l’Italie. Le général Miollis, commandant la division d’observation de l’Adriatique, chargé par Sa Majesté de prêter main-forte pour l’exécution de ces mesures, a ordre de se rendre à Rome, d’où il ne sortira que lorsque cette ville sera purgée de tous les ennemis de la France. Le soussigné désire que, dans cette circonstance, le gouvernement romain donne des ordres et prenne des mesures pour empêcher, après la menace qu’ont faite les brigands , que la faiblesse du gouvernement romain tolère à Rome, qu’ils ne se portent à aucun excès contre les hôpitaux, et pour que les troupes du général Miollis soient reçues, à Rome avec les égards qui sont dus à des troupes amies. Son Eminence est trop éclairée pour ne pas sentir les conséquences qui pourraient résulter de toute autre conduite. »

Immédiatement après que cette note aura été remise, le sieur Alquier aura soin de veiller à ce que tout soit préparé au château Saint-Ange pour recevoir l’armée. Le sieur Alquier doit connaître les intentions de l’Empereur tout entières. L’Empereur n’ambitionne pas une extension de territoire pour ses États d’Italie et ne veut en réalité rien ôter an Pape; mais il veut que le Pape se trouve dans son système et exercer dans ses États la même influence qu’il exerce à Naples, en Espagne, en Bavière et dans les États de la Fédération, Si , cependant, la cour de Rome, par une suite de l’aveuglement qui la pousse, fait de nouvelles imprudences, elle perdra pour jamais ses États temporels. La conduite que le Pape tiendra décidera ces mesures.

Le sieur Alquier s’opposera à toute circulation d’imprimés ou actes quelconques, contraires à la France, que le gouvernement romain pourrait publier, et en rendra responsables la police et les libraires de Rome. Les agents de la reine Caroline, les agents anglais, les brigands seront arrêtés sans délai; les Napolitains qui n’ont point prêté serment au Roi, les cardinaux napolitains et autres prêtres du pays, seront tenus de se rendre sur-le-champ à Naples. Le sieur Alquier ne manquera pas de se plaindre dans la conversation de l’indigne conduite de quelques cardinaux, et surtout des cardinaux-évèques de Capri et de Syracuse qui montrent tant de passion et d’intérêt pour nos ennemis. Du reste, il doit faire appeler le gouverneur de Rome et le chef de la police, et les rendre responsables sur leur tête de la moindre insulte qui sera faite à un Français. Vous mettrez en chiffres, dans votre dépêche au sieur Alquier, le paragraphe suivant :

L’intention de l’Empereur est d’accoutumer par cette note et ces démarches le peuple de Rome et les troupes françaises à vivre ensemble, afin que, si la cour de Rome continue à se montrer aussi insensée qu’elle l’est, elle ait cessé insensiblement d’exister comme puissance temporelle, sans qu’on s’en soit aperçu.

Il est convenable, du reste, si tout se passe tranquillement, que le sieur Alquier donne une fête aux officiers français, à laquelle il invitera les principales dames de Rome, et qu’il présente les officiers au Pape, pour lequel vous recommanderez qu’on ait les plus grands égards. Il est surtout essentiel de ne lui donner aucune garde française, et d’avoir soin qu’aucune troupe n’approche du palais où il fait sa demeure. Le sieur Alquier lui fera d’ailleurs connaître que tout peut s’arranger, et que tout ceci est pour arriver au résultat que sa faiblesse l’empêcherait d’obtenir. Il aura soin que les gazettes parlent sans ostentation de l’entrée des Français, et dans le sens de la note. La note elle-même peut y être insérée, s’il le juge sans inconvénient. Le gouvernement romain peut aussi faire une proclamation au peuple, pour lui annoncer que le château Saint-Ange est occupé par des troupes françaises dans le but de protéger les derrières de l’armée de Naples. Mais il vaudra encore mieux ne rien écrire , si cela est possible. Toutefois, en désirant éviter l’éclat et laisser les choses in statu quo, je suis décidé à en faire beaucoup à la première bulle ou publication que le Pape se permettrait, car il y aura immédiatement un décret qui cassera la donation de Charlemagne et réunira les États de l’Eglise au royaume d’Italie, en fournissant la preuve des maux que la souveraineté de Rome a faits à la religion, et faisant sentir le contraste de Jésus-Christ mourant sur une croix avec son successeur qui se fait roi. Il est essentiel que l’on s’étudie à rendre impossible toute communication de Rome avec la Sicile et la Sardaigne.

 

Paris, 23 janvier 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Je vous renvoie le rapport du chef d’état-major de l’armée de Naples. Au lieu de phrases, j’aimerais mieux qu’on me fit connaître combien il est dû de solde et les mois qui sont payés.

 

Paris, 23 janvier 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je reçois votre lettre du 16. Je vois que, le 1er février, mon armée sera à Rome. Envoyez l’ordre au général Miollis de se concerter avec le sieur Alquier pour toutes les opérations, de bien établir sa troupe à Rome, de bien faire soigner mes hôpitaux, et de prendre le titre de Général commandant la division d’observation de l’Adriatique. Pendant tout le temps qu’il restera à Rome, il prendra le commandement de toutes les troupes du Pape, afin qu’il y ait unité dans l’exécution. Il aura soin qu’on n’imprime rien dans les gazettes de Rome de contraire à la France. Il fera connaître au gouvernement romain que, s’il a envie de faire quelques publications, il a ordre de faire arrêter les gouverneurs et les agents qui se les permettraient et de les envoyer en France, et de faire pendre le libraire qui les imprimerait. Du reste, le général Miollis ne doit faire aucun écrit ni aucun acte ostensible.

Je suppose que vous avez envoyé de la cavalerie et quelques troupes à Lemarois, pour le mettre à même de bien maintenir sa communication avec Rome et réprimer le brigandage, s’il y en avait. Écrivez au général Miollis de bien s’entendre avec le sieur Alquier pour l’arrestation des brigands réfugiés dans les faubourgs de Rome; de bien interdire toute correspondance entre la Sicile, la Sardaigne et Rome, et de vous écrire tous les jours dans le plus grand détail.

Je vous ai écrit avant-hier pour que vous fassiez partir tout ce qu’il y a au dépôt de l’armée de Naples, pour renforcer cette armée; ces détachements rafraîchiront la communication de Naples avec Ancône. Je vous ai écrit aussi de former la division de grenadiers et voltigeurs de l’armée de Dalmatie; mais vous pouvez toujours la laisser à Rome jusqu’à ce que cette opération soit décidée, puisqu’il suffit que ces compagnies se trouvent à Venise à la fin de février.

 

Paris, 23 janvier 1808

Au prince Eugène

Mon fils, les troupes entreront le 2 février à Rome. Il faut que, dès cette époque, les courriers de malles soient visités sur toutes les directions, soit en Toscane, soit dans la Romagne ; que toutes les lettres pour Vienne, pour la France, pour l’Allemagne, soient mises de côté; que celles pour le royaume d’Italie soient lues et jetées au feu si elles contiennent quelques diatribes contre la France, ou, si l’on y rend compte de quelque démarche folle du pape, on ne les laissera passer que quelques jours après, après avoir eu soin d’en retirer les bulles, brefs, formulaires de prières, et autres écrits composés dans le but d’agiter le peuple. Le directeur général des postes fera partir, à cet effet, une vingtaine d’agents pour les différents points de la Toscane et pour surveiller les postes de Rome. Vous  ferez renforcer de quelques brigades de gendarmerie la ligne des douanes des frontières des États du pape, pour arrêter tous les individus porteurs de lettres, et les courriers qui iraient en Allemagne par la Toscane. Enfin, il faut bien s’entendre avec le directeur des Douanes pour donner les ordres les plus positifs de veiller scrupuleusement sur toute cette frontière.

 

Paris, 24 janvier 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Italie

Mon Frère, le 17 janvier mon escadre de Rochefort est partie avec un bon vent; elle a ordre de se rendre à Toulon. Là elle ralliera mon escadre de Toulon; de sorte que je suppose que du 10 au 15 février elle se présentera devant Naples. Il faut d’abord que la rade de Baia soit fortifiée de manière que, si mon escadre y était attaquée par une escadre supérieure, vous puissiez la protéger et la mettre à l’abri de tout événement. Il faut que vous fassiez mettre en armement vos frégates, vos chaloupes canonnières, et que vous fassiez rallier ceux de mes bricks qui seraient répandus sur vos côtes, afin que vous puissiez y réunir un bon nombre de transports pour l’expédition de Sicile. Mon intention est que le maréchal Jourdan avec le général Salligny et 9,000 hommes s’embarquent à bord de cette escadre, qui les conduira en droite ligne sur la plage de Sicile, le plus près de Messine , où ils opéreront leur débarquement dans le même temps que le général Reynier, avec 9,000 autres hommes, s’embarquera à Reggio et à Scilla sur des chaloupes canonnières, bricks, barques et autres bâtiments légers du pays, ce qui composera une armée de 18,000 hommes. On construira sur-le-champ une batterie de dix-huit pièces de canon et six mortiers sur la pointe du Phare, vis-à-vis Scilla. On en construira une pareille à Scilla. On retranchera la batterie du Phare, et on la fortifiera de manière qu’elle soit à l’abri , même par terre. Ces deux formidables batteries feront disparaître la mer, et la communication entre Scilla et le Phare deviendra facile en tout temps. On continuera à y faire passer, par le moyen des barques, des chaloupes canonnières, etc., tous les renforts qui seront nécessaires. Avec 13,000 Français, 2 on 3,000 Napolitains et autres troupes, et une communication sûre établie, la Sicile est conquise; car les Anglais ne s’obstineront pas à défendre cette île, s’il leur est impossible de m’interdire la communication de Messine à Scilla. Si mon escadre, en se présentant devint le Phare, peut enlever quelques vaisseaux et faire du mal à l’ennemi, elle peut le faire; mais je désire qu’elle ne reste pas plus de quarante-huit heures ancrée sur la côte de Sicile, et qu’elle reprenne le large pour, selon les vents, se rendre à Tarente ou retourner à Toulon. Le cas arrivant, et vos troupes étant parties, celles qui arrivent à Rome le 1er février se dirigeront sur Naples; et j’ai pris, en outre, des mesures pour vous envoyer le nombre de troupes qui vous sont nécessaires, de manière que Reggio, Scilla, Tarente et Naples soient tenus avec une main de fer. Vous recevrez cette lettre le 2 février, je pourrai avoir votre réponse le 10, et mes derniers ordres pourront être à Toulon le 14, avant, probablement, que mon escadre soit arrivée. Voici les questions auxquelles je désire que vous répondiez :

1° Dans la rade de Baia , douze vaisseaux et quelques frégates seront-ils à l’abri de tout événement ? Envoyez-m’en un croquis, et faites-moi connaître les batteries que vous y avez.

2° La même escadre serait-elle, à Tarente, à l’abri d’une force supérieure ennemie ?

3° Scilla est-il en votre pouvoir ? Est-il certain que les mortiers et les canons de la batterie de Scilla croiseraient leurs feux avec celle qui serait établie au Phare ?

4° Combien avez-vous de chaloupes canonnières, de spéronares (petit bâtiment maltais, des XVIIIe-XIXe  siècles, non ponté, c’est-à-dire avec un “cockpit” ouvert – Merci à  Jonathan) ou autres barques qui pourront faciliter l’embarquement du général Reynier ?

5° Vos trois frégates seront-elles armées et pourront-elles se joindre à mon escadre, ce qui serait toujours un moyen de plus pour le transport des troupes ?

6° Avez-vous 500,000 rations de biscuit ? Si vous ne les avez pas, faites-les faire pour les embarquer sur les bâtiments et pouvoir les débarquer en même temps que l’armée.

7° Dans Reggio et Scilla, les barques, spéronares, sont-elles en sûreté de la mer et d’une force supérieure ennemie ?

8° Où pense-t-on que l’escadre puisse venir mouiller pour opérer son débarquement, de manière à être sur-le-champ maître du Phare ?

9° Pouvez-vous faire embarquer sur des transports six mortiers de 12 pouces, trois mille bombes avec l’armement et la poudre, neuf crapauds, dix-huit pièces de 24 ou de 36 en fer ou en bronze avec 500 coups par pièce, pour pouvoir armer sur-le-champ la batterie du Phare ?

10° Avez-vous des bâtiments pour construire sur-le-champ des écuries pour 400 chevaux du train ?

Ces mêmes bâtiments feront la navette, de Scilla à la plage de Messine, pour débarquer toute la cavalerie.

11° Quelle est la quantité de spéronares, gondoles, petits bâtiments, que vous mettrez à la suite de l’escadre pour accélérer le débarquement ? J’ai fait donner à chaque vaisseau une chaloupe de plus.

Vous mettrez dans le secret Saliceti, Jourdan et un officier de marine seulement; mais vous leur tairez que mon escadre vient de Rochefort et de Toulon; gardez cela pour vous seul.

Dans les vingt-quatre heures de l’arrivée de mon escadre à Baia, vous ferez embarquer les 8,000 hommes d’infanterie, 1,000 hommes d’artillerie et sapeurs; vous y joindrez 20 pièces de canon de campagne, avec un seul caisson. Le reste sera embarqué sur des bâtiments de transport et même sur vos trois frégates, que vous pouvez, si vous voulez, faire armer en flûte. Vous ferez embarquer vos biscuits sur des transports. Mon escadre pourra, de son côté, si cela est nécessaire, en débarquant les troupes, débarquer 3 à 400,000 rations de biscuit. Faites embarquer aussi une trentaine de maçons, avec tout ce qui est nécessaire pour construire six fours, et des escouades de boulangers. Vous ferez embarquer des chevaux du train ou des mulets. Mais tout cela doit se faire de manière que l’on ne s’aperçoive d’aucun mouvement extraordinaire. L’escadre pourrait facilement porter 18,000 hommes; mais il y a toujours des domestiques et non-combattants, de sorte que je pense que vous pouvez embarquer à l’aise 9,000 hommes de bonne infanterie, c’est-à-dire six régiments, en ayant soin que chaque régiment laisse à Naples quatre compagnies. Ainsi, au lieu de dix-huit compagnies, il n’en  partira que quatorze, formant un présent sous les armes de 1,400 hommes. La cavalerie s’embarquera à Reggio. Du moment, d’ailleurs, que le mouvement sera démasqué, vous pourrez diriger votre cavalerie sur des points où la protection des batteries la fera arriver sans danger. Vous savez que la transformation des bâtiments de 30 à 40 tonneaux en écuries est l’affaire d’un moment.

Cette expédition est fondée sur ce seul principe : avoir Scilla el le Phare. Ne ferait-on que se maintenir au Phare pendant un certain temps, on serait maître de la Sicile. Faites charger sur des petits bâtiments une vingtaine de milliers de quintaux de farine que vous vous procurerez à Naples ou ailleurs, et l’on aura ce qui est nécessaire pour se maintenir maître du passage aussi longtemps qu’il le faudra, et faire passer autant de troupes que l’on voudra; et même les Anglais n’accepteront pas le gant. En parlant de biscuit, je parle aussi de riz et d’eau-de-vie. Si la fortune seconde mon entreprise, il est possible que je sois maître du passage de Naples pendant huit jours. Faites embarquer avec chaque bataillon deux cents outils de pionniers, afin que l’on ait le moyen de se retrancher sur-le-champ, de construire la batterie qui fermera le détroit, de construire des fours, de se baraquer, et alors la Sicile est prise. Vos connaissances locales peuvent apporter des modifications dans ce plan, mais pourvu qu’il repose toujours sur cette base, être maître du Phare et de Scilla, le reste tombe de soi-même. On pourra proposer d’aller droit à Palerme; mais ce sont des expéditions hasardeuses. La Sicile ne sera pas prise quand Palerme le sera, mais quand le Phare sera occupé; la communication est tout. Je suppose que vous enverrez avec l’armée quelques Napolitains affidés et adroits, pour donner les renseignements nécessaires.

Du Phare à Messine il y a deux lieues; ainsi on peut être maître du Phare sans l’être de Messine. On peut se former en camp retranché, dont la gauche serait appuyée à la mer, et la droite, du côté de
Messine, ou qui coupe le petit cap du Phare.

Je ne mets point en doute qu’il faille s’emparer sur-le-champ de Milazzo. On trouvera à Milazzo des moyens de subsistance. Qu’est-ce que c’est que Milazzo ? mes vaisseaux peuvent-ils y être à l’abri d’une force supérieure, en y établissant une batterie sur-le-champ ? De Milazzo au Phare et à Messine y a-t-il un chemin pour l’artillerie ?

De Milazzo au Phare, y a-t-il des rivières, des torrents qui s’opposent aux communications ? Il faut, dans mon opinion, débarquer le plus près possible du Phare; mais encore faut-il qu’on puisse débarquer et mouiller. Si on arrive promptement, on pourra s’emparer de Messine si les Anglais n’y sont pas, et je doute qu’ils veuillent s’enfermer dans cette place. Garderaient-ils la citadelle, ce serait avoir tout obtenu que d’avoir la ville. Je n’ai pas besoin de vous dire que chaque homme doit avoir cinquante cartouches dans le sac et cinquante dans sa caisse, et que vous devez en embarquer cent autres sur des petits bâtiments. Les hommes, en débarquant, débarqueront leur caisse et leur biscuit.

Cette opération me paraît probable, si le plus grand secret est gardé. J’attendrai la réponse que vous ferez à cette lettre, pour vous envoyer les dernières instructions.

Faites-moi connaître où vous avez nouvelle que se trouvent tous les bâtiments anglais.

Dans l’état de situation de votre armée au 15 décembre, qui est le dernier état que j’aie, je vois que vous avez à Naples les 29e, 52e et 102e, et que ces trois régiments peuvent vous fournir les 1,400 hommes que je demande. Vous avez les ouvriers d’artillerie, des mineurs, des sapeurs. Le 20e de ligne, qui est à Salerne, le 10e de ligne, qui est dans les Abruzzes, peuvent vous en fournir autant; ce qui complétera le nombre d’hommes dont vous avez besoin. Je suppose que vous avez augmenté la division Reynier, puisque vous avez envoyé des troupes à Reggio. En total, je vois que vous avez présents sous les armes 17,000 hommes d’infanterie française, 2,400 hommes de cavalerie, 1,100 hommes d’artillerie. Vous pouvez destiner à l’expédition 12,000 hommes d’infanterie, 2,000 hommes de cavalerie, 1,000 hommes d’artillerie et sapeurs; ce qui fera 15,000 hommes. Les 2,000 hommes d’infanterie italienne, les régiments d’Isembourg et de la Tour d’Auvergne, et votre armée napolitaine, peuvent offrir 3,000 hommes, sans un autre renfort de 4,000 hommes qui arriveraient par Reggio. Pendant ce temps , vous recevrez la division Miollis et d’autres troupes que je dirige sur Florence et qui vous rejoindront promptement. Il faut que les troupes qui s’embarqueront à Reggio forment deux divisions de 4,500 hommes; celles de Naples, de même; que ces divisions soient commandées par un général de division et deux généraux de brigade. Beaucoup de généraux sont nécessaires aux troupes françaises. D’ailleurs, vous avez l’initiative des mouvements, et vous enverrez toute votre armée de Naples.

La grande affaire, c’est que vous soyez maître de Scilla et de Messine, au moins du Phare. Les Anglais, qui sont loin de s’attendre à cette expédition, ne pourront pas, d’un mois, faire face à mes 9,000 hommes; et, pendant ce temps, vous les renforcerez des 9,000 autres hommes, et recevrez les troupes dont vous avez besoin dans votre royaume. 

P. S. Vous trouverez ci-joint l’état de l’armée comme je pense qu’elle doit être composée.
Je n’ai personne ici qui connaisse la côte de Sicile, et, dans la saison où nous sommes, il importe beaucoup que l’escadre entre dans une rade où elle puisse faire son débarquement tranquillement. Milazzo n’est pas à l’abri d’un coup de vent du nord : si mon escadre y était surprise par un vent du nord, courrait-elle risque d’être jetée à la côte ? Si mon escadre, soit en forçant le détroit, soit en doublant le Maritimo, arrivait à Reggio, aurait-elle une baie pour débarquer, entre Messine et Catane, de manière à y être à l’abri des vents ? Combien l’ennemi a-t-il de bâtiments à Messine ? Peuvent-ils être protégés par ses batteries ?

Si aucune rade n’existait, ni aucun autre part, entre Messine et Catane, il faudrait avoir recours au moyen d’aller droit à Palerme. Quelles sont les fortifications de cette place ? Où mouillerait l’escadre ? Serait-elle à l’abri de l’ennemi ? Mais, pour aller à Palerme, il faudrait avoir les trois quarts des troupes, dont je joins ici l’état, c’est-à-dire 15,000 hommes, On pourrait embarquer 1,500 cavaliers à pied, avec leurs selles; ils trouveraient des chevaux à Palerme. Mais mon escadre, et ce qui partira de Toulon, ne pourra embarquer que 11,000 hommes. Aurez-vous, du 10 au 15 février, de quoi embarquer à Naples 4,000 hommes d’infanterie et 600 chevaux ? Combien aurez-vous de bâtiments et de quelle grandeur ? Si vos trois frégates peuvent naviguer, il faut les armer en flûte; elles porteront seules, par ce moyen, 1,500 hommes.

Vous sentez combien j’ai hâte que vous répondiez à ces questions. Dans tous les cas, je vous recommande beaucoup que les batteries de la rade de Baia soient en bon état. J’ai vu, sur le plan, trois points principaux: il faut à chacun de ces points vingt bouches à feu, dont ait moins quatre mortiers. Faites, tout doucement et sans extraordinaire, travailler aux batteries et préparer les plates-formes, pour qu’on puisse dans vingt-quatre heures y porter les pièces, lorsque le mouvement sera démasqué.

Je suppose que de Naples à Scilla il n’y a pas de rade passable où mon escadre puisse être à l’abri des vents du nord.

Envoyez-moi aussi l’état de votre marine et des lieux où elle se trouve, et tous les détails sur la côte de Sicile. Un officier de marine côtier, qui connaisse très-bien les ports de la côte de cette île, les golfes et les chemins, me serait bien utile, Envoyez-moi un Sicilien, ingénieur de terre et de marine, pratique. Qu’ils soient ici avant le 10 février.

Secret et secret ! 

 

Paris, 22 janvier 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, écrivez à M. Bessières pour qu’il fasse connaître à Ali-Pacha toutes les dispositions que j’ai prises et ce que j’attends de lui pour le transport des munitions de guerre et de bouche à Corfou, ainsi que pour le passage des troupes, si le cas arrivait.

 

Paris, 25 janvier 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Donnez ordre qu’il y ait, rendus à Toulon pour le 10 février, cent cinquante milliers de poudre, six mortiers de 12 pouces, à la Gomer, avec crapauds et armement, trois mille bombes, cinquante affûts, soit de 18, soit de 16, soit de 24, de place, de côte ou de siége, deux mille outils de pionniers, un million de cartouches ; tout cela sera à la disposition de l’amiral Ganteaume. Je sais que vous avez des poudres à Marseille : donnez ordre que sur-le-champ elles soient dirigées, par terre, sur Toulon, par un état que j’ai vu, il paraîtrait que vous n’avez que soixante milliers de poudre à Toulon; cela est honteux. Il faut toujours avoir quatre cents milliers de poudre à Toulon, soit pour la défense de la place, soit pour les expéditions maritimes.

 

Paris, 25 janvier 1808

NOTE POUR LE VICE-AMIRAL DECRÈS, MINISTRE DE LA MARINE.

Il faut donner l’ordre à l’amiral Ganteaume de partir dans la nuit, de se rendre à Toulon, d’arborer son pavillon sur la Ville-de-Paris, et lui donner le commandement supérieur de toute la côte et de l’arsenal.

Il arrivera à Toulon le 30. Le 6 février, vous pourrez avoir son rapport, tant sur la situation des croisières ennemies de la Méditerranée que sur les renseignements qu’il aura pris sur l’opération à faire. Il visitera ses vaisseaux et s’occupera de les mettre en bon état et de les approvisionner de tout ce qui pourrait leur manquer.

La question se réduit à ceci : lorsque mon escadre arrivera, il faut ne pas la laisser entrer, mais mettre sur-le-champ à la voile et filer sur Naples. On embarquera de 10 à 14,000 hommes, et on se dirigera sur Milazzo ou Catane, en passant le détroit à un jour du Phare, et le plus près possible; ou bien, de Naples on ira droit à Palerme ; mais pour cela, il faut au moins embarquer 14,000 hommes.

Ce parti ne doit être pris qu’autant que les renseignements que j’attends de Naples, et que l’amiral prendra à Toulon, me feront connaître qu’il n’y a pas de mouillage plus près du Phare.

Si l’on doit aller à Palerme, il faut avoir de quoi embarquer 14,000 hommes. Les dix vaisseaux de l’escadre, les trois frégates, les dix bagares peuvent, à ce que l’on m’assure, porter 10,000 hommes. Il faut, de toute nécessité, y joindre vingt bâtiments légers, savoir : dix bricks et dix tartanes, pinques, doubles felouques ou autres bâtiments de cette espèce. Un brick et une tartane on pinque seront attachés à chaque bâtiment de l’escadre, et on pourra mettre sur chacun de ces bricks ou tartanes une grosse chaloupe. Les dix bricks porteront , l’un portant l’autre, 100 hommes, et les dix tartanes, chacune 60 hommes ; de sorte que l’on pourra embarquer 11,000 hommes d’infanterie et 200 chevaux à bord de l’expédition de Toulon.

J’ai écrit au roi de Naples de faire préparer des écuries pour 300 chevaux et des bâtiments pour transporter 3,000 hommes ; ce qui permettra d’embarquer les 14,000 hommes qui devront aller droit à Palerme.

Il faut que l’amiral Ganteaume réunisse avec lui le plus de petits bâtiments qu’il pourra, afin d’avoir plus de moyens de débarquement et de transport. Ces bâtiments, trouvant partout des ports le long de la côte d’Italie, arriveront tous au rendez-vous.

Il n’y a point d’inconvénient à faire partir la Danaé de Gênes avec deux ou trois grosses flûtes et sept à huit pinques et autres bâtiments propres au débarquement. Au moment où le mouvement sera démasqué, en faisant mettre l’embargo sur les bâtiments de Toulon, et en faisant partir tous les bâtiments génois qui sont sur la côte, on aura les moyens suffisants.

L’amiral Ganteaume fera embarquer cent milliers de poudre sur une poudrière, fera bonder ses bâtiments de poudre, afin qu’en cas d’événement il puisse en débarquer un peu. Il fera mettre cent mille cartouches par vaisseau de guerre de l’escadre de Toulon, et deux cents outils de pionniers.

L’escadre de Rochefort pourra prendre cent mille cartouches par vaisseau, lors de l’embarquement.

S’il était possible qu’après les renseignements que je recevrai de Naples je me désistasse de l’expédition de Sicile, il se pourrait que j’envoyasse l’escadre à Corfou. Les poudres seraient débarquées dans cette place, et il faudrait avoir cinq mille quintaux de farine à y jeter. J’aurai des flûtes vides que je ferai remplir aussi des principaux objets d’artillerie dont cette place a besoin.

Je pense que vous devez envoyer un courrier à Gênes, pour que la Danaé y reste, pour que les bricks et autres petits bâtiments y soient réunis, et qu’il y soit mis en état les plus gros bâtiments qu’il y aura, de quelque nation qu’ils soient et capables de transporter un millier d’hommes.

Il faut donner l’ordre à l’amiral Ganteaume d’envoyer un brick à l’île d’Elbe, pour y réunir une dizaine de bâtiments les plus propres au débarquement, auxquels il donnera l’ordre de se diriger sur-le-champ sur Naples.

Plusieurs bricks que j’avais envoyés à Corfou sont encore à Cività-Vecchia, Ancône, Gênes, Naples ; on peut les réunir pour cette expédition.

Enfin l’amiral Ganteaume, pendant le peu de jours qu’il doit rester à Toulon, doit prendre les mesures les plus énergiques pour réunir le plus de moyens possible de transport et surtout de débarquement.

Je recevrai, le 6 février, l’état des bâtiments et des moyens de transport qu’aura prêts le roi de Naples. Pouvant ainsi embarquer 12 à 15,000 hommes, on sera maître d’aller sur tel point de la Sicile que l’on voudra.

 

Paris, 25 janvier 1808

A M. Daru, intendant général de la Grande Armée

Je Vous préviens , Monsieur l’Intendant Général, que, sur la demande qui avait été faite à l’Empereur d’autoriser les régiments de dragons de la Grande Armée à conserver les sapeurs qui y existent maintenant, Sa Majesté a décidé, le 12 de ce mois, qu’il en serait conservé huit par régiment. Je viens de faire connaître cette décision à M. le général Belliard, et je l’ai chargé de donner les ordres nécessaires pour son exécution.

Le major général, par ordre de l’Empereur. 

 

Paris, 25 janvier 1808

A Ferdinand-Joseph, grand-duc de Würzburg

J’ai les lettres de Votre Altesse Royale, du 22 novembre et du 1er janvier. Je la remercie de ce qu’elle m’y dit. J’ai donné des ordres à M. de Champagny, d’intercéder auprès du roi de Bavière pour arranger les affaires de son duché. Je suis lâché que les circonstances le portent à ne plus penser à la fille du roi de Saxe. Dans tous les cas, elle peut compter sur mon désir de lui être agréable.

 

Paris, 25 janvier 1808

DÉCISION

Le prince Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, annonce à l’Empereur que le général russe Nazimof se refuse à laisser passer une revue des troupes tant à Padoue qu’à Trévise, bien que cette revue ait été prescrite par l’Empereur pour régulariser la distribution des livres. Renvoyé au ministre de la guerre, pour causer de cela avec M. de Tolstoï. Il lui fera connaître qu’il faut cependant une règle dans les troupes russes, soit pour les fournitures, soit pour la police et la direction.

 

Paris, 26 janvier 1808

A M. Maret, ministre secrétaire d’État

Monsieur Maret, écrivez à tous les ministres pour que chacun,  dans son administration, fasse prendre possession de Flessingue et de Wesel.

 

Paris, 26 janvier 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, faites passer la lettre ci-jointe au général Marmont, par un officier intelligent, qui ira jusqu’à Corfou (propre main), par terre, et vous rapportera ses observations sur ce qu’il aura vu. Mandez au général Marmont d’écrire au pacha de Janina d’approvisionner Corfou, et de se concerter avec lui pour accélérer les communications de Corfou à Cattaro.

 

Paris , 26 janvier 1808

Au général Marmont, commandant l’armée de Dalmatie

Votre aide de camp m’apporte votre lettre du 9 janvier. J’ai déjà écrit depuis longtemps à Sebastiani pour que la Porte prenne des mesures telles qu’en cas de siége de Corfou vous ayez passage pour un corps de 8,000 hommes qui se rendrait à Butrinto. J’ai à Corfou des moyens de transport, et votre armée, que vous pourriez porter jusqu’à 12,000 hommes et qui serait composée de trois divisions, passerait en peu de jours à Corfou, pour se joindre à la garnison et culbuter les Anglais dans la mer. La Porte a ordonné également que des Tartares fussent placés depuis Butrinto jusqu’à Cattaro, pour que les officiers venant de Corfou arrivent rapidement aux Bouches, et que, de même, non-seulement les officiers que vous expédierez puissent faire ce trajet avec la même rapidité, mais encore pour que quelques envois de poudre que vous pourrez faire passer par terre soient protégés. Commencez par expédier par terre 50 mulets chargés de poudre, chaque mulet portant deux barils, ce qui fera un total de cent barils ou dix milliers. Moyennant vos négociations de Scutari et de Berat, vous pourrez facilement obtenir le libre passage. Écrivez à cet effet. Faites également partir plusieurs petits bateaux chargés de poudre, qui iront le long des côtes et réussiront à passer à Corfou à travers la croisière ennemie. Il est probable que, sur cinq bateaux, chargés de trois milliers de poudre chacun , il en arrivera trois ou quatre. Si vous aviez moyen de faire passer aussi quelques affûts, soit de siège, soit de côte, soit de place, faites-le ; il parait qu’ils en ont besoin. 

Envoyez régulièrement, au moins tous les quinze jours, un de vos officiers à Corfou ; que le général César Berthier vous en envoie un des siens, aussi tous les quinze jours : par ce moyen vous aurez, toutes les semaines, des nouvelles de Corfou, et cette grande quantité d’officiers, passant et repassant, prendra une connaissance parfaite des localités.

J’approuve fort l’envoi d’un agent à Berat. Il faut connaître à fond cette route, dont le détail, lieue par lieue, m’intéresserait beaucoup.

Je ne conçois pas ce que vous me dites que la Dalmatie ne peut pas fournir de chevaux ; elle en fournissait plusieurs milliers aux Vénitiens.

Tenez un agent près l’évêque des Monténégrins, et tâchez de vous concilier cet homme. J’ai, je crois, un consul à Scutari, mais il ne m’écrit pas souvent; exigez qu’il vous écrive tous les jours, Envoyez-moi des renseignements sur les golfes de Durazzo et d’Avlona. Des bricks, on même des frégates peuvent-elles y entrer ? Comme vous êtes le maître d’y envoyer des ingénieurs ou des marins, envoyez-y. Recueillez aussi les renseignements que les gens du pays pourraient vous fournir, et faites-moi passer des croquis et des mémoires qui me fassent bien connaître ce que c’est que ces deux golfes.

Je suppose que, dans le cas où une escadre de douze ou quinze vaisseaux arriverait à Corfou ou à Raguse, les mesures sont prises pour la mettre à l’abri de forces supérieures ; répondez-moi cependant sur cette question.

Je vois avec plaisir que vous n’avez pas de malades. J’ai ordonné au vice-roi de vous envoyer encore 2,000 hommes pour renforcer vos cadres.

Le ministre de la guerre m’a fait connaître que vous demandiez le général Montrichard; ce général est parti pour prendre service sous vos ordres.

 

Paris, 26 janvier 1808

A Joseph Napoléon, roi de Naples

Mon Frère, je reçois votre lettre du 15 janvier. Il me semble que le projet de décoration avec les trois Vallées de Sicile est ce qu’il y a de mieux, parce que cela dit quelque chose. Je donnerai le grand Ordre de la Couronne de fer au marquis de Gallo, et le grand Aigle au prince Colonna, commandant de la garde nationale de Naples, au prince Bisignano et au duc de Cassano. J’accepte avec plaisir votre Ordre.

Je suppose que vous avez déjà fait partir votre ambassadeur pour ici, aussi bien celui que vous envoyez en Russie. Je vous ai déjà fait connaître qu’on a fort agréé cette nouvelle en Russie.

Votre lettre du 15 m’annonce que 500 hommes sont partis pour Corfou avec bon vent; il me tarde d’apprendre qu’ils sont arrivés.

 

Paris, 26 janvier 1808

A Joseph Napoléon, roi de Naples

Mon Frère, je vous ai écrit avant-hier fort au long sur ce que je inédite. Je suppose que vous m’avez déjà répondu en m’envoyant tous les renseignements convenables. Tout me porte à penser que cela aura lieu avant le 15 février. Il faut que vous ayez des moyens d’embarquer 3 à 4,000 hommes sur de très-gros bâtiments. Alors on pourra aller partout où l’on voudra, parce qu’avec 15,000 hommes on n’aura pas à s’assujettir à s’assurer d’un point. Le principal est que Scilla soit pris. Votre lettre du 15 n’en parle pas, cela m’intrigue beaucoup.

Répétez, je vous prie, au général César Berthier qu’il faut qu’il ne mette pas de troupes françaises à Céphalonie ni à Zante, et que tout ce qu’il a de troupes françaises doit être réuni à Corfou et à Sainte-Maure. J’attends avec impatience la nouvelle que le 14e, les détachements du 6e et les Italiens sont arrivés. Du moment que l’on pourra compter sur la réunion de 6,000 hommes à Corfou, il n’y aura plus à craindre que les Anglais viennent y débarquer, puisqu’ils ne pourraient pas le faire avec 12,000 hommes, force qui n’est pas en proportion avec les moyens de l’Angleterre.

J’ai écrit à la Porte pour que, le cas arrivant que les Anglais débarquassent à Corfou et fissent le siège de la place, l’armée de Dalmatie put partir de Cattaro, traverser le territoire d’Ali-Pacha et arriver devant Corfou. J’ai là 20,000 hommes qui, arrivés à Butrinto, passeraient facilement à Corfou, se joindraient à la garnison et culbuteraient les assiégeants dans la mer. Je compte que, si le 14e, le reste du 6e et les Italiens sont arrivés à Corfou, on ne laissera pas les Anglais débarquer; mais, si le débarquement s’effectuait, on se défendrait pendant plus de six mois. Il est probable qu’avant que deux mois se soient écoulés depuis le commencement du blocus, l’armée de Dalmatie sera arrivée à Butrinto. Marmont a envoyé un consul à Beyrouth , et j’ai fait demander à Ali-Pacha ( ce que d’ailleurs je lui ai fait ordonner par la Porte) que les Tartares soient placés depuis Butrinto jusqu’à Cattaro, pour la rapidité des communications.

Puisque Moncenigo est à Naples , vous pouvez savoir de lui la quantité de poudre que les Russes ont laissée à Corfou; il est ridicule qu’on ne fasse pas la remise de ces poudres.

Il m’importe beaucoup que vous donniez des ordres et que vous preniez des mesures pour connaître la quantité de vaisseaux de guerre, frégates, etc., que les Anglais ont vis-à-vis Corfou; le rapport doit vous en être fait par Otrante et Brindisi. Je désire que vous vous fassiez informer également du nombre de vaisseaux de guerre qui pourraient trouver refuge à Brindisi, et si les batteries qui doivent protéger cette rade sont en état de défense. Il me tarde bien d’apprendre que Scilla soit pris.

 

Paris, 26 janvier 1808

A Louis Napoléon, roi de Hollande

Je reçois vos lettres des 20 et 21 janvier. Je reçois avec plaisir l’assurance que vous me donnez de porter la plus grande activité dans l’exécution des mesures contre l’Angleterre et des traités qui unissent la Hollande à la France. J’apprends avec un égal plaisir le bon état où vous me dites que sont vos finances, ce qui vous permet de faire face à toutes vos affaires. J’avoue que je ne croyais pas votre situation aussi améliorée, et je ne puis que vous en faire mon compliment.

 

Paris, 26 janvier 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine

Monsieur Decrès, je fais demander au roi d’Espagne, de manière à ne pas être refusé, que le vaisseau de 120 canons le Prince-des-Asturies et le Montanez me soient cédés; je cèderai, en place, au roi d’Espagne, le vaisseau l’Atlas de 74, qui est à Vigo. Vous donnerez l’ordre au vice-amiral Rosily d’arborer son pavillon sur le Prince-des-Asturies, et de composer l’équipage des deux vaisseaux espagnols en prenant sur les équipages de tous les vaisseaux de l’escadre; cela portera mon escadre, qui est actuellement de cinq vaisseaux, à sept; ce qui, avec le vaisseau espagnol le San-Justo, me fera huit vaisseaux bien équipés.

Je demande également au roi d’Espagne de prendre des mesures efficaces pour faire armer à Cadix quatre autres vaisseaux pour être prêts à se joindre à mon escadre, de sorte qu’il y ait à Cadix sept vaisseaux français et cinq espagnols, c’est-à-dire douze vaisseaux. Je réitère également l’ordre pour que l’escadre de Carthagène, composée de deux vaisseaux à trois ponts, deux vaisseaux de 80 et trois frégates, se rende à Toulon. Si cela réussissait ainsi, je me trouverais avoir à Toulon une escadre de dix-sept vaisseaux, dont dix vaisseaux français et sept espagnols, et à Cadix douze vaisseaux, savoir : sept vaisseaux français et cinq espagnols.

 

Paris, 27 janvier 1808.

A M. Daru, intendant général de la Grande Armée

L’Empereur, Monsieur Daru, me charge de vous faire connaître que, d’après les états qui lui sont adressés, les domaines, rentes et revenus dont il a été pris possession au nom de Sa Majesté dans le royaume de Westphalie, se composent : 1° de biens ruraux et moulins; 2° de maisons et bâtiments loués; 3° de revenus des fermes tenues par des serfs; 4° de forêts; 5° de mines, usines, manufactures, carrières; 6° de salines; 7° de rentes foncières, emphytéotiques et rentes constituées; 8° de cens seigneuriaux; 9° de dîmes; 10° d’intérêts et capitaux exigibles, formant ensemble un total de 19,013,720 francs, dont l’intention de Sa Majesté est de prendre la moitié pour donner des récompenses aux braves de son armée. Vous tiendrez la main à l’exécution des volontés de Sa Majesté, et vous en préviendrez le roi de Westphalie.

 

Paris, 28 janvier 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, je vous ai écrit hier pour demander à l’Espagne deux vaisseaux. Je désire que vous fassiez connaître au sieur Beauharnais qu’il est nécessaire que des ordres soient donnés par la cour d’Espagne pour qu’une division de 15,000 hommes, qui est à Perpignan, soit reçue à Barcelone, pour, de là, se rendre à Cadix. Cette division se reposera quelques jours à Barcelone, et continuera sa route sur Cadix aussitôt que les ordres seront donnés par la cour d’Espagne. Le sieur Beauharnais ne fera cette ouverture que le 9 février, si d’ici là il n’en a pas reçu contre-ordre. Vous lui ferez connaître également qu’un autre corps de 4,000 hommes doit se rendre aussi à Cadix, que, cependant, il ne se mettra en marche que lorsque cela sera arrangé avec le gouvernement espagnol; que ce corps sera tiré de l’armée du général Dupont, qui est à Valladolid, ou de celle du maréchal Moncey, à laquelle je donne ordre de pousser jusqu’à Burgos.

 

Paris, 28 janvier 1808

Au général Clarke, ministre des relations extérieures

Faites venir chez vous le général Duhesme, et donnez-lui l’ordre de partir dans la journée avec les instructions suivantes.

Il sera arrivé à Perpignan le 4 février; il en partira du 6 au 8 avec sa division; il entrera en Espagne le 9 et se dirigera droit sur Barcelone. Il fera connaître au gouverneur qu’il a ordre de se rendre à Cadix, et qu’il attend la décision de la cour d’Espagne, à ce sujet, à Barcelone; que les étapes sont préparées. Il vous fera connaître la situation des places et des dépôts qui en forment la garnison, sans rien faire qui puisse faire soupçonner des dispositions défavorables aux Espagnols. Il fera fusiller le premier Italien qui manquerait à la discipline, et la fera observer rigoureusement. Il emmènera avec lui un général de brigade français. Je suis dans la supposition qu’il a 6,000 hommes, 1,000 chevaux et dix pièces attelées, avec les cartouches et tout ce qui lui est nécessaire pour faire campagne. Il écrira tous les jours, dès qu’il aura mis le pied en Espagne, pour faire connaître la disposition des esprits, la situation des places fortes, et ce qu’il y a devant lui depuis Barcelone jusqu’à l’Èbre.

Ecrivez par un officier au maréchal Moncey de porter son quartier général à Burgos le 10 février, avec deux divisions et toute sa cavalerie, et d’y être rendu le 10 février. Il aura soin d’étendre une de ses divisions, sous le prétexte des vivres, jusqu’à Aranda, et il tiendra à Vittoria sa dernière division. Il dira qu’il s’étend ainsi pour ménager les ressources en vivres et ne pas trop fouler le pays. Vous enverrez cet ordre par un officier qui vous fera bien connaître la situation des esprits de ce côté.

 

Paris, 28 janvier 1808

Au général Clarke, ministre de la marine

Monsieur le Général Clarke, donnez l’ordre au général de brigade Darmagnac de partir dans la journée de demain pour se rendre à Saint-Jean-Pied-de-Port, où il prendra le commandement de la division des Pyrénées occidentales, sous les ordres du général Mouton. Avant de faire partir le général Darmagnac, vous l’enverrez chercher et vous lui remettrez l’ordre, par écrit, d’être arrivé à Saint-Jean-Pied-de-Port le 3 février, afin de pouvoir en partir le 6 pour se diriger sur Pampelune, où il sera le 9 février. Il doit avoir 3,000 hommes d’infanterie et douze pièces de canon. Arrivé à Pampelune, il attendra de nouveaux ordres; il prendra possession de la place, et, sans faire semblant de rien, il occupera la citadelle et les fortifications, en traitant avec la plus grande courtoisie les commandants et les habitants, ne faisan aucun mouvement, et disant qu’il attend de nouveaux ordres.

P. S. Indépendamment du compte que le général Duhesme vous rendra, il correspondra également avec le maréchal Moncey; indépendamment du compte que le général Darmagnac vous rendra, il
correspondra avec le général Mouton, qui doit être près du maréchal Moncey, et, dans tous les événements extraordinaires, il préviendra toujours le maréchal Moncey.

 

Paris, 28 janvier 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, j’ai ordonné l’envoi de bricks et de corvettes à Corfou; rien n’est arrivé. Envoyez-moi l’état de toutes les farines, grains, poudres que vous y avez envoyés, et faites-moi connaître les ordres que vous avez donnés aux différents bricks et corvettes. Mes ordre ne sont pas exécutés, et le ministre de la guerre ne rend aucun compte là-dessus. Corfou sera pris, faute d’exécuter les mesures prescrites et l’Adriatique en souffrira pour toujours. J’avais également ordonné l’envoi de chaloupes canonnières à Corfou; rien n’y était arrivé au 1er janvier.

Faites partir de Venise six chaloupes canonnières chargées de poudre, de boulets, de biscuit, et portant dix ouvriers d’artillerie, un douzaine d’affûts de place de 24, un demi-millier d’acier, huit ou dix milliers de fer, quinze cents outils de pionniers. Ces six canonnière resteront à Corfou, pour la défense de la rade et les communication avec la terre ferme; vous les ferez d’abord diriger sur Raguse, et de là elles fileront plus loin.

 

Paris, 28 janvier 1808

Au général Lemarois, commandant la division des côtes de l’Adriatique

Monsieur le Général Lemarois, je désire que vous m’écriviez tous les jours. Rendez-moi compte de tout ce qui partira pour Corfou, et sur quels bâtiments. Faites partir pour cette île des boulets de 20, de 18 et de 14, vingt affûts de côte, de siège et de place, un millier de fer pour l’artillerie, quelques quintaux d’acier, un millier d’outils de pionniers. Je ne sais point si les deux bricks italiens sont à Ancône, s’ils sont prêts à partir pour Corfou, chargés de poudre et de munitions de guerre. Il me semble que des barques qui iraient jusqu’au golfe Durazzo, et qui fileraient le long de la côte, entreraient de nuit à Corfou malgré les croisières anglaises. Faites là-dessus tout ce que vous pourrez, car cette place sera certainement attaquée ce printemps, au mois d’avril.

 

Paris , 28 janvier 1808

A Joseph Napoléon, roi de Naples

Mon Frère, je reçois votre lettre du 18, avec le rapport du général Donzelot. Ce rapport me fait voir l’incapacité de . . . . . . . . qui aurait dû, à son arrivée, vous envoyer un rapport pareil. Je désire donc que vous envoyiez un de vos aides de camp à Corfou, avec l’ordre an général Donzelot de prendre le gouvernement général des Sept Iles; vous direz que vous avez le décret qui le nomme, et vous ordonnerez au général Berthier de rester quinze jours avec le général Donzelot; après lesquels il se rendra à Cattaro par terre, visitant cette place, inspectera les chemins, verra toute la Dalmatie, et de là viendra me joindre à Paris. Votre aide de camp sera discret; vous le préviendrez de ce qu’il porte, afin que ses dépêches ne soient remises que si le général Donzelot est à Corfou; car, s’il se trouvait à Sainte-Maure, il faudrait le faire venir d’abord à Corfou; et, s’il y avait des empêchements qui s’opposassent à ce qu’il put quitter Sainte-Maure, il ne faut pas que le général Berthier se doute de l’objet de la mission de votre aide de camp, pour ne point le décourager.

Réitérez l’ordre au gouverneur général de retirer les troupes françaises de Zante et de Céphalonie, et de ne les placer qu’à Sainte-Maure et Corfou. Il ne faut pas même laisser de Français à Parga. Le gouverneur ne laissera à Zante et à Céphalonie que deux officiers français avec 25 ou 30 Français, également à Parga. Ainsi il faut que le 6e, le 14e et les Italiens soient tous réunis à Corfou et à Sainte-Maure. Faites partir sur-le-champ quatre officiers du génie français et deux officiers français d’artillerie, de Naples pour Corfou. Je vois que, pour tous vivres, il y a à Corfou cent quarante mille quintaux de mauvaise farine; mais le général Donzelot ne dit pas tout, car on m’assure qu’il y avait plusieurs milliers de quintaux de grains. J’attends avec impatience d’apprendre si votre convoi du 8 est arrivé. Il me semble qu’il était de cent milliers de poudre. Si les Russes avaient là des magasins, pourquoi ne les avoir pas pris ? Il ne doit pas vous être difficile d’embarquer cinq ou six cents outils; cela occupe peu de place. Un des généraux de brigade qui sont à Corfou prendra le commandement de Sainte-Maure. Faites passer à Corfou dix nouveaux officiers d’artillerie. Quant à l’argent, j’ai ordonné qu’on y envoyât, tous les mois, 250,000 francs. Depuis trois mois que j’ai donné cet ordre, il a dû y arriver 7 à 800,000 francs. Avec cela, on a pu faire tous les travaux et payer les troupes.

Je désire que l’aide de camp que vous enverrez vous rapporte un mémoire sur la situation de Corfou au 1er février, bastion par bastion, magasin par magasin, Tout me porte à penser que Corfou sera attaqué au mois de mars on d’avril.

J’ai fait partir d’Ancône et de Venise des corvettes et des bricks; je n’ai pas de nouvelles de leur arrivée.

 

Paris, 28 janvier 1808

DÉCISION

Le général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, demande à l’Empereur si la division de troupes italiennes actuellement en France doit être à la charge de la France. Tant qu’elle sera en France, elle sera à la charge du royaume d’Italie. Quand elle sera dans un pays étranger, elle ne sera plus à la charge de l’un ni de l’autre des deux pays.

 

Palais des Tuileries, 28 janvier 1808

OBSERVATIONS FAITES DANS LE CONSEIL D’ADMINISTRATION DE L’EXTÉRIEUR.

Le ministre de l’intérieur fait un rapport sur l’approvisionnement de Paris; il en résulte que cet approvisionnement est diminué de 40,000 quintaux.

Sa Majesté charge le ministre, sur sa responsabilité, de s’occuper sans délai des mesures à prendre pour compléter cet approvisionnement avant le mois de mars , en l’approchant le plus possible de la capitale ou même de la ville de Rouen, ce qui remplirait également l’objet qu’on se propose.

Le ministre fait un rapport sur les écoles des arts et métiers; il présente la comptabilité de ces écoles depuis et y compris l’an XIII  jusqu’au 1er janvier 1808. Il est porté à penser que ces établissements atteindront très-difficilement le but que Sa Majesté se propose, non-seulement par la difficulté de bien organiser les écoles de cette espèce et d’administrer des établissements dont il faut que les chefs soient en même temps directeurs, fournisseurs et négociants, mais encore par l’impossibilité de trouver le débit des objets fabriques par les élèves.

Sa Majesté n’adopte point cette opinion; elle rejette toute idée de suppression de ces établissements; elle pense que , s’il est difficile de les faire prospérer, l’administration est en mesure de vaincre ces difficultés; que, loin de songer à détruire ces écoles, il faut s’occuper de les améliorer, soit en leur attribuant des occupations spéciales, soit en leur procurant des travaux réguliers et permanents, au moyen des commandes qui leur seraient faites par divers services du Gouvernement. Sa Majesté invite le ministre à s’entendre avec le ministre de la guerre pour faire faire aux écoles d’arts et métiers des affûts de place et de siège, des caissons, des charrettes, etc. Des modèles seraient fournis aux écoles, que le Gouvernement peut alimenter ainsi, quelque étendus que deviennent leurs moyens de fabrication.

M. de Fourcroy présente des rapports et des états sur la situation des écoles primaires, secondaires, communales et particulières, et sur les maisons d’éducation; il en résulte que ces écoles sont au nombre de 7,356, et qu’elles donnent l’éducation qui est propre à chacune d’elles à 162,300 élèves. M. de Fourcroy fait ensuite un rapport sur la situation et la comptabilité des lycées.

Sa Majesté , entrant dans les détails de la situation des lycées, remarque que plusieurs d’entre eux, tels que le lycée Impérial à Paris, le lycée de Moulins et celui de Metz, sont très-accrédités ; elle pense qu’il convient d’y laisser tomber successivement le nombre des élèves du Gouvernement au-dessous de cent.

Sa Majesté invite en même temps M. de Fourcroy à lui présenter un nouvel état, qui sera formé sur les revues des lycées, et qui présentera le nombre des élèves existant au 1er janvier, au ler avril, au ler juillet, au ler octobre 1807 et au 1er janvier 1808. La situation de ces quatre trimestres se trouvera sur un seul et même état, on indiquera, en encre rouge, le nombre des élèves qui, ayant été nommés, ne sont point entrés, ou de ceux qui, étant entrés aux lycées, y sont morts ou en sont sortis pour un motif quelconque. Au moyen de ces annotations, on justifiera les variations que pourront présenter les différents trimestres.

L’intention de Sa Majesté est de ne pas dépenser, en 1809, plus de 1,500,000 francs pour les pensions des lycées, et d’arriver successivement à ce, que ces établissements ne coûtent rien à l’Etat. Cette vue n’est point nouvelle ; on l’a fait connaître dès le moment même de la création des lycées; elle tient essentiellement à la durée de ces établissements. C’était une importante entreprise qu’on ne pouvait former qu’en commençant par des sacrifices ; mais elle ne sera véritablement fondée que lorsqu’elle ne coûtera plus rien; autrement, les fonds n’étant point spéciaux, ne pouvant être pris que sur les recettes générales de l’État, ne pouvant être accordés que d’année en année, il arriverait un moment où les besoins du trésor public conduiraient à ne plus rien faire pour ces établissements; alors ils cesseraient d’exister, ce qui n’arrivera point lorsqu’ils auront des ressources qui leur seront propres. On pourrait, par exemple, pour couvrir les dépenses, statuer que les pensions, réduites à ce qui est strictement nécessaire, seront payées par les villes qui, pour la plupart, sont trop riches. On ferait établir par chaque ville un certain nombre de bourses, qui seraient uniquement affectées aux habitants de ces villes, et auxquelles Sa Majesté nommerait. Quant aux villes qui, dans l’état de leurs dépenses actuelles, ne pourraient rien fournir pour cet objet, on pourvoirait à leur laisser des moyens disponibles en les dispensant d’une portion suffisante de la dépense qu’elles font pour la guerre. Il arriverait ainsi que les lycées subsisteraient par des moyens étrangers aux dépenses générales de l’État, ne se trouveraient point compris dans les dépenses à la charge du trésor public et seraient véritablement fondés.

M. de Fourcroy fait un rapport sur la situation actuelle du travail relatif à l’établissement de 1’Universite impériale : il donne lecture de la dernière rédaction délibérée en Conseil d’Etat, et présente un nouveau projet réduit aux dispositions principales.

Sa Majesté invite M. de Fourcroy à s’occuper sans délai d’un travail qui offrirait, en projet, l’université impériale tout organisée, en y faisant entrer les éléments qui doivent la composer et qui sont actuellement existants ; ce travail, joint au projet d’organisation, le rendrait plus clair, et mettrait mieux en état de le juger. On fournirait, à l’appui des calculs sur lesquels il serait basé, tous les états d’après lesquels ce travail aurait été rédigé.

On diviserait l’université impériale en autant d’académies qu’il y a de cours d’appel.

On distinguerait les académies qui auraient deux facultés et celles qui en auraient quatre.

On ferait connaître le nombre des officiers de l’université, des officiers de l’académie et des membres de l’université.

On établirait le nombre des lycées, des écoles secondaires communales, des écoles secondaires particulières, des écoles primaires, et des étudiants qui entreraient dans l’arrondissement de chaque académie.

On joindrait à ce travail tous les calculs de finance dans lesquels on comprendrait les dépenses de l’École normale et celles de l’université.

On ferait entrer dans l’organisation de l’université impériale la faculté de théologie, conformément aux vues qui sont particulièrement exprimées par Sa Majesté.

Sa Majesté désire que ce travail soit imprimé à la suite des deux projets de rédaction, pour être distribué mardi prochain au Conseil.

 

Paris, 28 janvier 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

J’ai lu les lettres de la Vendée trouvées sur Saint-Hilaire. Je crois que cela est inutile à publier. Faites-en tirer seulement trois ou quatre exemplaires. Vous en enverrez un au préfet et un autre à l’évêque du Morbihan, avec défense de les imprimer.

 

Paris , 29 janvier 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, si vous avez des renseignements sur les batteries de la Spezia, faites-les-moi connaître. Dans tous les cas, donnez l’ordre à une compagnie d’artillerie de ligne, forte de 100 hommes , que vous tirerez d’Alexandrie, de se rendre aux batteries de la Spezia. Donnez ordre également à un chef de bataillon d’artillerie et à un officier en résidence de se rendre à ce poste important. Donnez ordre à un bataillon du 67e de ligne, de six compagnies de 120 hommes chacune, de se rendre également de Gênes dans ce poste important.

Vous donnerez ordre au général Morangiès d’établir son quartier général à la Spezia, et lui recommanderez de faire exercer les troupes du 67e à la manoeuvre du canon.

Vous donnerez ordre qu’une demi-compagnie de sapeurs, avec deux officiers du génie, se rende également à la Spezia.

Vous mettrez à la disposition, soit du directeur du génie, soit du directeur de l’artillerie, les fonds qui vous paraîtront nécessaires; car mon intention est qu’il soit établi des batteries de canons et de mortiers dans le golfe, telles qu’une escadre française ou alliée s’y trouve à l’abri de tout événement et protégée contre une escadre supérieure. Il faut que le mouillage se trouve défendu par au moins quarante pièces de 36 ou de 24 et par quinze mortiers de 12 pouces, d’une portée suffisante.

Vous donnerez l’ordre à l’officier qui commande le génie à Gênes de se rendre dans la rade de La Spezia, pour y veiller à la construction des batteries. L’artillerie sera envoyée de Gènes et de Livourne. Mais tout cela est très-pressant, car il faut qu’avant la fin de février ces batteries soient dans le cas de jouer et clé protéger l’escadre qui s’y présenterait. Je suppose que Gènes forme une direction d’artillerie.

Expédiez tous ces ordres par l’estafette,.Je désire même que le général commandant la 28e division militaire active par tous les moyens l’armement de ce port intéressant.

Donnez ordre au général d’artillerie d’Arancey de se rendre à Florence, pour prendre le commandement de l’artillerie de toute la Toscane. Il emmènera avec lui, du royaume d’Italie, un chef de bataillon, un officier d’ouvriers et quatre capitaines et lieutenants d’artillerie, afin de pouvoir procéder à l’inventaire général de l’artillerie, à la consignation des magasins, poudrières, etc. Aussitôt qu’il aura une connaissance parfaite du matériel de l’artillerie de la Toscane, il vous en fera un rapport détaillé.

 

Paris, 29 janvier 1808

Au gouverneur des Sept-Îles

L’amiral Ganteaume, que j’envoie pour ravitailler votre île, vous porte 200 ouvriers de la marine, munis de leurs outils, et 300 hommes d’infanterie tirés des 32e léger et 16e de ligne, formant deux compagnies. Vous incorporerez ces 300 hommes dans le 6e de ligne, officiers et soldats, et vous enverrez le procès-verbal d’incorporation à notre ministre de la guerre.

Vous formerez des 200 ouvriers de la marine une compagnie d’ouvriers d’artillerie; vous les ferez exercer au canon comme les canonniers, afin qu’ils puissent servir comme artilleurs, et vous les emploierez aux travaux de l’arsenal, soit de terre, soit de mer.

L’amiral Ganteaume vous porte également quatre-vingts affûts , cent cinquante milliers de poudre, un million de cartouches, seize pièces de campagne, six mortiers à la Gomer dont deux à grande portée, deux mille cinq cents outils de pionniers. Vous emploierez ces objets pour l’armement des places et forts de Corfou.

La présence de l’amiral Ganteaume permettra aux convois de Brindisi et d’Otrante de passer à Corfou. Vous aurez donc à Corfou le 6e de ligne avec tous les détachements qui sont à Otrante, le 14e léger, le 5e italien et les renforts envoyés des dépôts, près de deux cent cinquante milliers de poudre, avec ce qu’a envoyé le roi de Naples et ce qui a dû partir de Venise et d’Ancône; dix mille quintaux de blé qui vous ont été envoyés d’Ancône, et cinq mille quintaux de farine qu’apporte l’amiral Ganteaume. J’espère donc que vous vous trouverez avoir ainsi dans la seule île de Corfou 5,000 Français et Italiens, indépendamment d’un millier d’Albanais et de Corfiotes. Il n’est pas probable qu’avec ces 5,000 hommes les Anglais puissent débarquer dans l’île. Vous devez garder précieusement les cent quarante quintaux de farine que les Russes ont laissés à Corfou, et la faire manipuler, parce qu’en cas de siège elle serait fort importante.

Si les Anglais vous attaquaient avec des forces qui vous obligeassent à vous réfugier dans les fortifications, vous devez tenir six mois, parce que les Anglais sont peu habiles en fait de siège, et il n’y a pas de doute que vous serez secouru à temps. Le Grand Seigneur a déjà donné des ordres pour que le passage me fut livré chez les Albanais. Le Grand Seigneur m’ayant cédé Butrinto, mon intention est que vous en preniez sur-le-champ possession pour fortifier le cap et y établir une bonne batterie qui sera nécessaire à la protection de Corfou.

Mon intention est que vous n’occupiez Céphalonie et Zante que par des Albanais, ainsi que Parga, et que vous ayez à Sainte-Maure des Albanais et seulement 500 Français et Italiens. Des contremaîtres et ouvriers vous étant envoyés, il ne vous sera pas difficile de faire construire trois ou quatre chaloupes canonnières pour aider à la défense de la rade. Je donne ordre d’ailleurs qu’il reste à Corfou le fonds de quatre frégates et de plusieurs bricks.

Vous devez avoir reçu, depuis le 1er octobre, 250,000 francs par mois, c’est-à-dire un million, ces quatre mois échus. Le général Ganteaume versera dans la caisse de votre payeur deux autres cent mille francs.

Le roi de Naples vous a envoyé des ingénieurs ; j’ai ordonné également au général Marmont de vous en envoyer par terre. Je suppose que vous avez fait occuper toutes les positions avancées qui peuvent prolonger la défense de la place; car, si l’on se rendait avant que le dernier sac des cent quarante quintaux de farine russe fut mangé, que tous les ouvrages avancés eussent été emportés d’assaut, la contrescarpe du corps de la place sautée , la brèche non-seulement praticable mais prise par l’ennemi, et la garnison repoussée dans le dernier retranchement, ceux qui signeraient une pareille capitulation seraient criminels et passés par les armes à leur rentrée en France. Il faut vous arranger comme si vous deviez être attaqué au ler avril. Avec 5 ou 6,000 hommes que vous devez avoir, et un peu de bravoure et d’intelligence, 12,000 hommes ne peuvent débarquer dans l’île et les Anglais ne sont pas dans le cas d’employer plus de 6 ou 7,000 hommes à cette expédition.

Correspondez souvent avec le gouverneur des bouches de Cattaro et établissez une correspondance par terre.

Témoignez mon mécontentement au capitaine de frégate qui a été envoyé à Corfou. S’il se fût présenté devant Brindisi et Otrante, tous mes convois seraient passés.

 

Paris, 29 janvier 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

 Monsieur de Champagny, envoyez l’ordre au sieur Lachevardière (Auguste-Louis Lachevardière, 1770-1828. Membre du club des jacobins, partisan de Robespierre, président de la commission da département de la Seine, chargé par le Directoire d’une mission secrète en Vendée, secrétaire général du ministère de la police après le 18 fructidor, inscrit sur la liste des déportés le 25 brumaire an VIII. Rentré en grâce, Bonaparte l’avait employé comme consul à Hambourg,

 

Paris, 29 janvier 1808

DÉCISION

Le ministre de la guerre prie l’Empereur de prononcer sur l’offre de démission faite par le sieur H… qui a abandonné son poste lorsque le 27e régiment était sous Heilsberg Le faire arrêter et juger par une commission militaire comme lâche

 

Paris, 30 janvier 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, il faut intervenir auprès de la Bavière pour qu’on ne vende rien au milieu des États du grand-duc de Würzburg, et évoquer à vous cette affaire. Vous ferez connaître au grand-duc l’intérêt que je prends à lui, et l’intention où je suis qu’il ne lui soit fait aucun tort.

 

Paris, 30 janvier 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine

Vous trouverez ci-joint l’ordre au ministre de la guerre de tenir à votre disposition, dans les ports de Saint-Malo, Nantes, Bayonne, Cherbourg et Rochefort, huit détachements d’infanterie de 60 hommes chacun, c’est-à-dire 480 hommes. Mon intention est que les quatre bricks qui sont à Rochefort partent successivement, et à vingt-quatre heures l’un de l’autre, et se rendent à la Guadeloupe pour porter un renfort de 240 hommes dans cette colonie; ils y resteront et seront à la disposition du gouverneur pour y établir des croisières.

Le brick le Serpent se rendra au Sénégal, où il rafraîchira ses vivres, et de là ira à Cayenne, d’où il établira sa croisière partout où il la jugera la plus fructueuse.

Les bricks le Milan, l’Oreste et le Papillon se rendront à Cayenne; ce qui fera un renfort de 180 hommes pour cette colonie.

Donnez ordre que la frégate la Revanche soit réparée à Saint-Malo, et qu’elle puisse prendre la mer avant l’équinoxe; que les trois frégates et les deux bricks qui ne partent pas avec la division de Lorient soient mis en armement, et en état de partir avant l’équinoxe pour porter des secours aux colonies.

Donnez ordre que la frégate l’Amphitrite, qui est à Cherbourg, soit mise à l’eau sans délai, afin que, quand j’irai à Cherbourg, je la trouve armée et en état de partir. Donnez ordre que la frégate la Bellone soit mise à l’eau à Saint-Malo et puisse partir avant l’équinoxe; que le vaisseau le Tonnerre soit promptement achevé, en démolissant un ou deux des bâtiments qui sont dans cette rade pour trouver les bois nécessaires ; que la Pallas soit mise à l’eau avant le 15 février et se rende à Rochefort; que la Renommée soit mise à l’eau avant le 1er mars , et la Clorinde avant le 1er avril; que la Ville-de-Varsovie soit mise à l’eau avant le 20 février à Rochefort ; que le Breslau soit mis à l’eau à Gênes avant le 1er mars. Donnez ordre qu’une nouvelle frégate soit mise sur le chantier à Bordeaux, pour faire travailler les ouvriers de la ville. Faites vivement pousser à Flessingue les travaux de la frégate la Fidèle. Prenez des mesures pour qu’à Lorient le Polonais soit mis à l’eau avant le 15 mars, de sorte que à cette époque j’aie à Rochefort le Patriote, le Jemmapes et la Ville-de- Varsovie; à Lorient, le Vétéran et le Polonais; et que j’aie, en outre, les trois frégates de Nantes. Mon intention est de faire partir, avant l’équinoxe, une frégate de Saint-Malo pour l’île de France, trois frégates et deux bricks de Lorient pour la Martinique, afin de porter des renforts à cette colonie.

Il serait nécessaire de mettre à Flessingue une frégate sur le chantier, ne fût-ce que pour profiter du bois; on pourrait le faire sans occuper les cales, qui sont en ce moment remplies.

 

Paris, 30 janvier 1808

Au maréchal Soult chargé du 2e commandement de la Grande Armée, à Stettin.

J’ai reçu votre lettre du 13 janvier. J’ai reçu avec plaisir le sceptre de Gustave-Adolphe, et j’ai vu aussi avec plaisir les mesures que vous avez prises pour assurer le service dans la Poméranie. L’adjudant commandant que vous m’avez fait expédier m’a fait connaître que le nombre des maladies était de beaucoup diminué et que le corps d’armée était en bonne situation. Je m’en rapporte à vous pour maintenir les troupes dans une bonne discipline et dans un constant exercice.

 

Paris, 30 janvier 1808

A M. Daru, intendant général de la Grande Armée

Monsieur Daru, je reçois votre mémoire relatif aux affaires de la banque de Magdeburg; je vous le renvoie avec une apostille de ma main, par laquelle j’approuve ce que vous proposez; vous pouvez en donner la nouvelle au Roi , elle pourra lui être agréable.

Les renseignements contenus dans votre lettre du 20 janvier, ceux que j’avais eus d’ailleurs, me convainquent que la partie des domaines du royaume de Westphalie sur laquelle j’ai des droits monte à 15,500,000 francs de revenu brut; ce qui me fait supposer un revenu net, impositions et charges payées, de 12 millions. Cependant mon intention n’est pas de priver le roi de Westphalie de sommes aussi considérables, et 4 millions de revenu net de bons biens-fonds, sans maisons ni rien d’inutile, peuvent me suffire. Ces 4 millions, je les ai déjà distribués, et vous ne tarderez pas à recevoir mon décret et l’état des individus auxquels je les ai donnés. Je sens qu’il est très-pénible pour le roi de Westphalie de voir en séquestre ces 31 millions de revenu; mais c’est une affaire qu’on peut finir promptement. Je vous laisse donc toute latitude de conclure un traité par lequel vous rendrez tous les domaines au Roi, et garderez seulement à votre disposition , entre les mains de mes agents, un revenu net, toutes charges payées, de 4 millions en bons biens. Conservez-vous la propriété de ces biens ainsi que l’évaluation, afin d’en disposer lorsque j’en ferai faire la remise. Moyennant cette clause je suis content, mais c’est sous votre responsabilité; car, si les biens que vous garderez ne rendaient pas 4 millions de revenu net, les impositions, frais de culture, etc., payés, vous auriez mal fait mes affaires, et les officiers de mon armée auraient le droit de se plaindre de vous. Je dis au Roi que je veux ma moitié. Je veux vous laisser la faculté, lorsque les discussions seront assez avancées, de lui donner la bonne nouvelle que je me contenterai de 4 millions. Tâchez de finir cette affaire dans le mois de février. Vous comprenez bien que je n’entends pas que le Roi prenne possession avant que les domaines que je me serai réservés soient en ma possession. Faites-lui connaître que le ton de force et de prépondérance ne réussirait pas avec moi. S’il défendait à ses sujets de payer à mes intendants, ses sujets seraient plus sages que lui et payeraient pour éviter des malheurs; car, quand le Roi serait plus fort que moi, j’ai bien expliqué dans sa Constitution les clauses auxquelles je lui remettrais son
royaume.

La troisième question à agiter est celle des contributions ordinaires et extraordinaires. Je vous ai déjà écrit là-dessus. Je n’ai pas l’état des contributions ordinaires. Je vois par celui des contributions extraordinaires qu’Osnabrück, Minden et Brunswick ont payé leur contingent, qu’Eichsfeld a payé plus de la moitié du sien , Cassel, idem; que la Vieille-Marche a fait la plus grande partie de ses payements; mais que Göttingen , Magdeburg et Halle doivent de très-fortes sommes. Voici quelles sont mes intentions. Liquidez avec le Roi par votre traité les sommes restant dues des contributions extraordinaires et ordinaires des provinces d’Osnabrück, Minden, Brunswick, Eichsfeld, Cassel et la Vieille-Marche, au 1er octobre 1807. Convenez que ces provinces devaient tant en contributions ordinaires et extraordinaires; qu’elles ont payé tant; qu’ainsi le Roi s’engage pour ce qui reste à payer, montant à la somme de tant. Vous ferez le même raisonnement pour les sommes échues et dues à mon entrée en possession et depuis le 1er octobre 1807.

Quant aux provinces de Magdeburg , Halle et Göttingen, dont les dettes se montent seules à 30 millions, le Roi aurait tort de s’engager. Il est convenable que vous liquidiez ce qui est dû par ces provinces pour contributions ordinaires et extraordinaires, et que les particuliers s’engagent. Le Roi peut être derrière les particuliers, s’il veut, mais non en première ligne. Il faut stipuler que les payements seront faits en un an ou dix-huit mois, et que tout cela soit bien mis en règle.

Tâchez que ces affaires se finissent en février. Éclairez le Roi de toute l’expérience que vous avez; faites-lui comprendre qu’il faut que la province de Magdeburg, qui est riche et d’un mauvais esprit, s’engage elle-même pour le complément de ses contributions; que lui-même leur dise que, s’ils ne payent pas, ils auront une armée de 30,000 hommes à nourrir, et alors ils s’exécuteront comme les autres provinces de la Prusse. Vous ferez, de la cession des effets de la banque trouvés à Magdeburg, un des articles du traité.

Il est un autre sujet de contestation avec le Roi, c’est tout ce qui est dû à l’électeur de Hesse-Cassel. Vous lui céderez par le traité ce que ses sujets doivent à l’Électeur pour fonds prêtés; j’aurais bien le droit de m’emparer de ces créances, qui m’appartiennent, mais j’y renonce en sa faveur. Vous ferez consigner dans le traité que je renonce à un droit acquis, pour que le Roi ait plus de moyens d’augmenter son armée et de la tenir en meilleur état. Quant aux créances de l’Électeur sur des princes d’Allemagne qui ne sont pas sujets du Roi, je me refuse à les céder; vous en ferez dresser l’état, pour que je puisse les percevoir.

 

Paris, 30 janvier 1808

Au maréchal Bessières, commandant la cavalerie de la Garde

Vous avez dans les vélites un nommé Galuppo, de Chiavari, qui a écrit à son père qu’il était maltraité dans la Garde, qu’on lui donnait de la soupe et du pain noir comme aux chiens, et, le soir, des fèves gâtées. Savoir ce que c’est que ce jeune homme.

 

Paris, 30 janvier 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je reçois votre lettre du 20 janvier. Je ne vois pas à quoi sert de former sept divisions militaires. Je préfère n’en avoir que deux, une à Venise, qui ira jusqu’à (main propre) Ravenne pour défendre les côtes contre les Anglais, l’autre pour l’Isonzo, à Udine. Tous les autres départements du royaume auront leurs commandants militaires et commissaires des guerres, qui correspondront en droite ligne avec le ministre de la guerre à Milan. Ainsi tous les ordres pour l’Adriatique seront adressés au commandant de la division à Venise, et tous les ordres pour le Tagliamento et le Frioul adressés au commandant de la division à Udine. Tous les autres ordres seront adressés directement au commandant du département.

Voici comme j’entends former la garnison de Venise : deux bataillons du 3e léger italien, un bataillon de garde nationale sédentaire vénitienne, trois compagnies d’artillerie, dont deux italiennes et une française, un bataillon de vétérans de la marine faisant le service de l’arsenal; un petit bataillon de grenadiers et voltigeurs , qui sera tiré de la division de grenadiers et composé de quatre compagnies, maintenues toujours à 100 hommes présents, formera la garde du gouverneur.

Je vous ai demandé différents renseignements, que j’attends, sur la division de grenadiers, sur les 3e et 4e bataillons de l’Istrie, ainsi que sur les dépôts, pour les placer dans des endroits convenables.

 

Paris, 30 janvier 1808

Au prince Eugène

Mon fils, je reçois votre lettre du 5 janvier.  L’aide de camp de Cafarelli n’est pas encore arrivé à Paris. Je vois avec plaisir les mesures que vous avez prises pour les expéditions de Corfou; je suppose que l’officier que vous m’envoyez m’apportera les renseignements que j’attends avec impatience. Mais vous auriez pu me dire dans votre lettre quel jour il est parti de Corfou.

 

Paris, 30 janvier 1808

A Joseph Napoléon, roi de Naples

Mon Frère, une de mes escadres ne tardera pas à paraître devant Corfou. Elle sera assez forte pour chasser les croisières ennemies et être maîtresse de la mer pendant plusieurs jours. Faites en sorte que ce qui reste du 14e léger, du 6e de ligne et des dépôts italiens, toutes les poudres et munitions de guerre, les officiers d’artillerie et du génie, et généralement tout ce que vous destinez pour Corfou, soit prêt à Brindisi et à Otrante, afin de profiter de la présence de mon escadre pour passer. Mon intention est qu’il y ait à Corfou 4,000 Français et Italiens, 1,000 Corfiotes et Albanais, de sorte qu’avec ces 5,000 hommes l’ennemi ne puisse débarquer dans l’île que fort d’au moins 12,000 hommes; que les forteresses soient approvisionnées pour se défendre pendant plus de six mois de tranchée ouverte, afin que j’aie le temps de les secourir. La Porte m’ayant accordé le passage par l’Albanie, le cas du débarquement arrivant, 20,000 hommes peuvent se trouver en huit jours à Butrinto. Je désire que vous réunissiez à Brindisi un bataillon de 5 à 600 Napolitains; il passera à la faveur de l’escadre. Envoyez aussi le complément nécessaire en ouvriers et le détachement d’artillerie, et surtout de la poudre et des vivres.

 

Paris, 30 janvier 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie

Je vous ai fait connaître mes idées sur la formation de votre Garde; c’est le résultat de mon expérience. C’est à vous à en profiter, si vous le jugez convenable.

Je vous ai fait connaître également mon opinion sur le traitement de vos ministres, conseillers d’État, etc. C’est à vous à faire encore là-dessus ce que vous voudrez; ce sont des conseils que je vous donne; mais je crains qu’avec votre esprit vous n’ayez trop de présomption pour en recevoir de personne. Un jour vous vous apercevrez que ce que je vous dis était bien; mais il sera trop tard alors. Je dois cependant vous réitérer ici que c’est une grande folie que de mettre votre intérieur entre les mains des étrangers. Vous avez la confiance de vingt ans; elle vous sera funeste. Quelques-uns de vos préfets, tels que Hardenberg, sont des familles les plus ennemies de la France.

Je désire avoir un état des sommes que le général a illégalement perçues dans vos États. Il assure n’avoir touché que 500,000 francs. Faites-vous faire un rapport là-dessus par un de mes conseillers d’État. S’il y a d’autres dilapidations, faites-les-moi connaître.

Quant à mes conseillers d’État , vous pouvez les garder comme ministres; mais ils ne peuvent point vous prêter serment; s’ils l’avaient fait, ils seraient exclus pour jamais de mon Conseil.

Il est inutile que vous envoyiez un ministre à Vienne. Je vous ai, je crois, écrit là-dessus. Avant de faire des dépenses inutiles, il faut en faire d’utiles. Si vous voulez que je vous estime, que je continue à vous protéger, à soutenir vos intérêts, à agrandir vos États autant que les circonstances et la politique générale le permettront, il faut que je voie que vous ne prenez pas votre royaume pour une ferme et que vous voulez avoir une armée et être puissant. Songez au temps, qui peut-être n’est pas loin, où vous serez obligé de marcher; que vous servira alors d’avoir un grand nombre de chambellans, une cour brillante, d’avoir jeté l’argent dans un pays pauvre ? Avec deux millions d’habitants et quarante millions de revenus, vous aurez moins de force réelle que l’Électeur de Cassel, qui pouvait renforcer ses alliés de 20,000 bons soldats. J’ai un grand besoin de troupes et d’argent; mes armées sont en Portugal, en Espagne, à Naples, en Dalmatie, en Allemagne, et, avec 800,000 hommes que j’ai sous les armes, je viens d’en lever encore 80,000. Malgré les ressources que je tire du pays conquis, vous verrez, par les comptes de mes ministres, que je mange tous mes revenus et que le budget de la guerre est de 400 millions. Gardez donc les Polonais; disciplinez-les, attachez-les à vous, et, au lieu de 20,000 hommes que vous devez fournir à la Confédération, ayez-en 40,000; vous le pouvez. Peut-être le roi d’Angleterre attache-t-il peu d’importance au Hanovre. Le temps peut venir où le grand-duc de Berg sera placé ailleurs. Si vous êtes un prince maître d’une armée, et non un seigneur qui a une belle cour, il n’y a point de doute que ma politique et l’intérêt de la France sont de vous agrandir.

 

Paris, 30 janvier 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie

Mon Frère, dans la lettre que je vous ai écrite, il y a une demi- heure, je vous ai parlé de vos affaires; j’ai maintenant à vous parler des miennes. J’ai fort désapprouvé ce que vous avez dit au sieur Daru. Mes ordres doivent passer avant tout, et les différends d’intérêt que la France a avec vos provinces doivent être réglés. Ces différends peuvent être classés en cinq chapitres.

1° Tous les droits et créances de l’ancien électeur de Hesse-Cassel : j’autorise le sieur Daru à vous céder mes droits sur les créances de l’Electeur sur vos sujets; mais je me refuse à ce qu’il vous cède les créances sur les princes voisins, qui ne sont pas vos sujets.

2° Les contributions ordinaires : elles me sont dues jusqu’au ler octobre 1807 ; tout l’arriéré, sous quelque titre que ce soit, au moment où mes troupes ont pris possession du pays, m’est également dû; ces contributions se composent des revenus des domaines et impositions directes ou indirectes sous quelque titre que ce puisse être.

3° Les contributions de guerre : elles me sont dues dans la quotité qui a été frappée; et si Magdeburg et Halle ne prennent pas d’arrangements, comme l’ont fait la Vieille-Marche et les autres provinces, j’enverrai dans ces provinces un corps de 20,000 hommes, qui vivra aux dépens des habitants; il faut régler ce qu’elles redoivent et les faire payer; elles peuvent faire ce qu’ont fait Berlin, la Silésie, la Vieille-Marche et la Prusse.

4° Les objets de diverses espèces ou affaires contentieuses, tels que les effets de la banque de Magdeburg, les dotations des salines, les magasins de sel, les vivres, canons et munitions de guerre : ces objets m’appartiennent; le sieur Daru est autorisé à stipuler à cet égard, hormis pour les munitions de guerre et de bouche, effets d’habillement, etc. Je vous céderai les munitions de guerre qui seront nécessaires à la défense du pays, et je prendrai à cet égard des arrangements avec vous. J’ai fait connaître mes intentions sur tout cela au sieur Daru.

5° Et enfin la grande contestation est pour les domaines : par les états de la commission de l’armée, qui est partie intéressée dans cette affaire, la totalité est de 31 millions de revenu brut; quinze millions cinq cent mille francs bruts me reviennent. Le sieur Daru stipulera également là-dessus mes intérêts ; mais je ne pense pas pouvoir approuver ses opérations, s’il ne stipule au moins six millions nets pour ma part, en déduisant les terres sans culture et les frais d’imposition. J’ai autorisé d’ailleurs le sieur Daru à finir toutes ces affaires avant le ler mars, afin que tout cela soit liquidé et terminé promptement, et que vous commenciez à être véritablement roi.

Comme, dans cette lettre, c’est de mes intérêts qu’il est question, en qualité de mon premier agent, je pense que vous vous entendrez avec le sieur Daru pour que mes intentions soient remplies en tout point.

 

Palais des Tuileries, 31 janvier 1808

OBSERVATIONS SUR LA CONSTITUTION DE LA COMPAGNIE DES SALINES DE L’EST, DICTÉE, DANS LE CONSEIL D’ADMINISTRATION DES FINANCES

Il est contraire à l’intérêt du Gouvernement qu’il y ait une société quelconque qui perde son capital, et qu’elle le perde parce qu’elle a des jouissances d’intérêt trop considérables. Il en résulte qu’à mesure que le terme de la jouissance approche, l’action a moins de valeur. En effet, si une action produit une jouissance de 10 pour cent pendant plusieurs années, cette jouissance n’est pas seulement un intérêt ; elle est une portion du capital, puisque, à la fin du bail, la compagnie n’aura, pour rembourser l’action, que la valeur du mobilier, qui n’est que dans une faible proportion avec le capital de actions. La compagnie aura fait le canal dont la construction est une condition du bail; mais ce canal reste à l’État. Le capital de la compagnie étant de 6 millions, si l’on suppose que les inventaire produiront 3 millions, chaque action sera réduite à 50 pour cent Le public ne fait pas ce raisonnement; il regarde et consomme comme un revenu constant le dividende qui lui revient annuellement; lorsque l’événement arrive, il impute nécessairement au Gouvernement et à une mauvaise administration la perte qu’il éprouve sur son capital. Ainsi le crédit public se trouve atteint; ainsi le crédit public est intéressé à empêcher des arrangements qui conduisent de tels résultats. Il faudrait donc que le ministre des finances établit que l’intérêt n’excéderait jamais 6 pour cent, et que l’excédant de bénéfices, avec les intérêts et l’intérêt des intérêts, serait mis en réserve pour augmenter l’action. Cet excédant serait placé par la compagnie, ou à la Banque, ou en 5 pour cent. Chaque actionnaire qui voudra vendre une action aura droit : 1° au remboursement de son action; 2° à un douze-centième dans la réserve. Celui qui possédera l’action à l’expiration du bail aura droit à un douze-centième, 1°  dans la valeur des inventaires, 2° dans le fonds de la réserve. Pou s’exprimer d’une manière plus claire, on peut dire que le fonds de l dépense du canal sera avancé par le fonds des actions, lesquelles en seront remboursées par le fonds de la réserve.

Le ministre des finances combinera ces vues avec les conditions du bail et fera un rapport qui donnera lieu à un décret délibéré en Conseil d’État.

Il faut appliquer ces principes aux actions des ponts, et, à l’avenir à toutes autres de même nature. Cette affaire a été mise dans les  attributions de l’intérieur; mais, sous le rapport d’association financière, et surtout du crédit public, elle rentre dans les attributions du ministre des finances. Chaque action des ponts est de 1,000 francs et rapporte 10 pour cent, comme tout placement en fonds perdu ; mais ce calcul n’est point exact. La durée moyenne des ponts est de 60 ans, c’est plus que la durée moyenne de la vie. On aurait dû calculer l’intérêt à 8 pour cent. Quand bien même la chose aurait été ainsi calculée, l’association se trouverait toujours dans le même cas, et dans un cas plus défavorable que celle des salines, car il n’y a point de capital qui reste à l’association à l’expiration des soixante ans. Il faut donc aussi partager le dividende en intérêts annuels et en réserve, et calculer de manière que, dans un temps donné, le capital de la réserve ait recréé celui des actions. On pourrait établir un maximum et un minimum de la réserve. Par le minimum, le capital serait recréé en 60 ans; par le maximum , il le serait en 30 ans. La retenue serait au minimum quand le dividende serait au-dessous de 6 pour cent; elle serait au maximum quand le dividende serait au-dessus de 6 pour cent. Lorsque le capital des actions aurait été recréé par la réserve, il n’y aurait pas lieu à faire une réserve, et le dividende entier serait donné aux actionnaires. Un rapport du ministre sur ces bases donnera également lieu à un décret délibéré, en Conseil d’État.

Paris, 2 février 1808

A M. Régnier, Grand Juge, ministre de la justice

Les six huissiers de la cour criminelle du département de la Seine sont accusés de dilapidations, de commettre des faux , de supposer des frais et de voler au trésor public plus de 100,000 francs par an. Je suis instruit que vous avez fait réviser les états fournis et payés à ces huissiers depuis le 1er janvier 1807, jusqu’en octobre de la même année, et que vous les avez obligés à restituer 80,000 francs. Mon intention est que les révisions aillent plus loin , et qu’elles remontent à l’an VIII. Si ces huissiers ont commis des faux et sont coupables de délits précisés par le Code civil, mon intention est qu’ils soient mis en jugement et poursuivis avec toute la rigueur des lois. Je ne puis que vous témoigner mon mécontentement des demi-mesures que vous avez prises. J’entends que ces dilapidateurs soient punis, et que vous preniez des mesures pour mettre un terme aux vols des huissiers, si préjudiciables aux intérêts des particuliers et surtout de mon trésor. Je me repose sur votre zèle et sur votre fermeté pour exécuter ma volonté, que j’ai jugé convenable de vous manifester moi-même. Que j’apprenne bientôt que ces abus ont été punis, que les sommes sous-traitées au trésor ont été remises, et que vous avez pris des mesures tellement efficaces , que ces abus ne peuvent plus se renouveler, telle est ma volonté.

 

Paris, 2 février 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Faites connaître au ministre d’Amérique, verbalement, que toutes les fois que la guerre serait déclarée entre l’Amérique et l’Angleterre et que, par suite de cette guerre, les Américains enverraient des troupes dans les Florides pour secourir les Espagnols et repousser les Anglais, je le trouverai très-bon. Vous lui laisserez même entrevoir que, dans le cas où l’Amérique voulût faire avec moi un traité d’alliance et faire cause commune, je ne serai pas éloigné d’intervenir près de la cour d’Espagne pour obtenir la cession des mêmes Florides en faveur des Américains.

Vous répondrez au roi de Hollande que j’accepte la proposition qu’il me fait de me donner des domaines dans le Brabant, au lieu de ceux de l’Ost-Frise, et vous lui ferez connaître que j’ai nommé un commissaire pour prendre possession desdits biens. Présentez-moi un projet de décret pour nommer le sieur la Rochefoucauld mon ambassadeur près le roi de Hollande. Vous lui donnerez toutes mes instructions , dans lesquelles vous entrerez dans tous les détails convenables ; mais vous appuierez surtout sur l’exécution de toutes les mesures tendant à prohiber tout commerce de la Hollande avec l’Angleterre.

 

Paris, 2 février 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, je donne ordre au ministre de la marine d’expédier un brick de Toulon à Alger. Vous lui enverrez vos dépêches pour le sieur Dubois-Thainville auquel vous donnerez l’ordre que si, 48 heures après la demande qu’il en aura faite, le dey ne rend pas les esclaves génois, corses et italiens, conformément à nos traités, il ait à quitter Alger et fasse connaître au dey que je lui déclare la guerre.

 

Paris, 2 février 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur

Monsieur Cretet, présentez-moi un projet sur le sieur . . . .Il a été acquitté par la cour; mais est-il digne de ma confiance ? Comment a-t-il pu adhérer à la recomposition de 400 et tant de mille livres, au dégrèvement de 100,000 francs ? Pourquoi ses liaisons intimes avec . . . . . . .reconnu pour un fripon déhonté, et la protection qu’il lui a accordée dans tous les temps ? L’opinion de la ville de Nantes l’accuse aussi pour ses opérations, après son retour de Paris, en 1805 et 1806.

 

Paris, 2 février 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur

Monsieur, Sa Majesté désire que vous lui présentiez demain un projet de décret pour mettre, à commencer de 1808, à la charge des communes la moitié des pensions et demi-pensions ou bourses et demi-bourses des lycées. Elle désire également que vous joigniez à ce projet un état dont les diverses colonnes présenteront, 1° le nombre des lycées ; 2° le nombre des départements qui forment l’arrondissement de chaque lycée; 3° le nombre des bourses et demi-bourses; 4° la répartition proportionnelle entre les villes qui ont des écoles secondaires, des pensions entières et des demi-pensions, qui sont accordées par suite des examens; 5° le nombre des bourses et des demi-bourses à créer pour former, avec la colonne précédente, la moitié des bourses et demi-bourses qui seront accordées par Sa Majesté à des élèves choisis par les habitants des communes. Il doit résulter des dispositions de ce décret, pour 1808, sur le fonds de trois millions de l’instruction publique une économie de 15 ou 1600,000 francs à affecter à d’autres parties du service du ministère de l’intérieur.

L’Empereur recommande aussi , Monsieur, à Votre Excellence le travail relatif aux dépôts de mendicité. Il pense que les communes sont dès à présent en mesure de fournir les fonds nécessaires , et qu’il y aurait de l’inconvénient à laisser ces fonds dans les caisses des receveurs municipaux.

Par ordre de l’Empereur. Maret, ministre secrétaire d’Etat. 

 

Paris, 2 février 1808

A Alexandre Ier, empereur de Russie, à Saint-Pétersbourg

Monsieur mon Frère, le général Savary vient d’arriver. J’ai passé des heures entières avec lui pour m’entretenir de Votre Majesté. Tout ce qu’il m’a dit m’a été au coeur, et je ne veux pas perdre un moment pour la remercier de toutes les bontés qu’elle a eues pour lui, et qu’elle a pour mon ambassadeur.

Votre Majesté aura vu les derniers discours du parlement d’Angleterre, et la décision où l’on y est de pousser la guerre à outrance. Dans cet état de choses, j’écris directement à Caulaincourt. Si Votre Majesté daigne l’entretenir, il lui fera connaître mon opinion. Ce n’est  plus que par de grandes et vastes mesures que nous pouvons arriver à la paix et consolider notre système. Que Votre Majesté augmente et fortifie son armée. Tous les secours et assistance que je pourrai lui donner, elle les recevra franchement de moi; aucun sentiment de jalousie ne m’anime contre la Russie, mais le désir de sa gloire, de sa prospérité, de son extension. Votre Majesté veut-elle permettre un avis à une personne qui fait profession de lui être tendrement et vraiment dévouée ? Votre Majesté a besoin d’éloigner les Suédois de sa capitale; qu’elle étende de ce côté ses frontières aussi loin qu’elle le voudra; je suis prêt à l’y aider de tous mes moyens.

Une armée de 50,000 hommes, russe, française, peut-être même un peu autrichienne, qui se dirigerait par Constantinople sur l’Asie, ne serait pas arrivée sur l’Euphrate , qu’elle ferait trembler l’Angleterre et la mettrait aux genoux du continent. Je suis en mesure en Dalmatie; Votre Majesté l’est sur le Danube. Un mois après que nous en serions convenus, l’armée pourrait être sur le Bosphore. Le coup en retentirait aux Indes, et l’Angleterre serait soumise. Je ne me refuse à aucune des stipulations préalables nécessaires pour arriver à un si grand but. Mais l’intérêt réciproque de nos deux États doit être combiné et balancé. Cela ne peut se faire que dans une entrevue avec Votre Majesté, ou bien après de sincères conférences entre Romanïof et Caulaincourt, et l’envoi ici d’un homme qui fût bien dans le système. M. de Tolstoï est un brave homme, mais il est rempli de préjugés et de méfiances contre la France, et est bien loin de la hauteur des événements de Tilsit et de la nouvelle position où l’étroite amitié qui règne entre Votre Majesté et moi ont placé l’univers. Tout peut être signé et décidé avant le 15 mars. Au 1er mai nos troupes peuvent être en Asie, et à la même époque les troupes de Votre Majesté à Stockholm. Alors les Anglais, menacés dans les Indes, chassés du Levant, seront écrasés sous le poids des évènements dont l’atmosphère sera chargée. Votre Majesté et moi ont préféré la douceur de la paix et de passer notre vie au milieu de vastes empires, occupés de les vivifier et de les rendre heureux par les arts et les bienfaits de l’administration; les ennemis du monde ne le veulent pas. Il faut être plus grands, malgré nous. Il est de la sagesse et de la politique de faire ce que le destin ordonne et d’aller où la marche irrésistible des événements nous conduit. Alors la nuée de pygmées, qui ne veulent pas voir que les événements actuels sont tels qu’il faut en chercher la comparaison dans l’histoire et dans les gazettes du dernier siècle, ils fléchiront et suivront le moment que Votre Majesté et moi aurons ordonné; et les peuples seront contents de la gloire, des richesses et de la fortune qui seront le résultat de ces grands événements.

Dans ce peu de lignes, j’exprime à Votre Majesté mon âme entière. L’ouvrage de Tilsit réglera les destins du monde. Peut4 de la part de Votre Majesté et de la mienne, un peu de pusillanimité nous portait à préférer un bien certain et présent à un état meilleur et plus parfait; mais, puisque enfin l’Angleterre ne veut pas, reconnaissons l’époque arrivée des grands changements et des grands événements.

 

Paris, 2 février 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, je vous renvoie les dépêches du général César Berthier. Vous lui ferez connaître que je lui ai manifesté plusieurs fois mon intention que toutes les troupes françaises fussent réunies à Corfou et à Sainte-Maure, et que les îles de Céphalonie, de Zante et Parga fussent gardées par des Albanais et des bataillons du pays; que l’expérience doit lui avoir prouvé qu’il ne faut ajouter aucune foi aux nouvelles des Turcs; que j’ai des lettres de Constantinople, du ler janvier, qui m’apprennent que jamais mon ambassadeur n’y a été plus puissant; que même la Porte a donné des ordres pour que Butrinto me fût remis; et que le sultan Mustafa a donné les ordres les plus positifs qu’au cas que la forteresse fût assiégée par les Anglais, mon armée de Dalmatie put filer le long de la côte, gagner Butrinto et culbuter l’armée anglaise dans la mer. Je vous envoie les états de l’artillerie de la place de Corfou.

 

Paris , 2 février 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Mon intention est que, de toutes les compagnies de garde-côtes répandues depuis Lorient jusqu’à Brest, vous formiez une compagnie de canonniers jeunes et de bonne volonté, qui désireraient passer aux colonies. Vous réunirez à Lorient cette compagnie, que vous composerez d’un capitaine, d’un lieutenant , d’un sous-lieutenant, d’un sergent-major, de quatre sergents, d’un caporal-fourrier, de huit caporaux, de deux tambours et de cent quarante canonniers. Vous en formerez une pareille des détachements de garde-côtes qui sont depuis Bayonne jusqu’à Nantes; elle se réunira à l’île d’Aix. La compagnie de Lorient sera connue sous le nom de 1e compagnie des canonniers des colonies, et celle de Rochefort sous le nom de 2e compagnie des canonniers des colonies.

 

Paris, 2 février 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, j’envoie l’ordre au ler bataillon du 3e régiment d’infanterie légère italien et à 30 canonniers italiens et 30 canonniers français de se rendre à Corfou par terre; ils se réuniront d’abord à Cattaro. Le général Marmont enverra demander aux pachas qui se trouvent sur cette route le passage pour ses troupes et les vivres. 

est de vingt-quatre millions. J’ai ordonné que le trésor céderait à la Grande Armée pour vingt-quatre millions d’effets. Je désire que vous me fassiez un rapport sur ces trois natures d’effets , afin que je voie de quelle manière je dois solder ce que je dits de gratification à la Grande Armée. Joignez-y l’état des biens de Vanlerberghe, qui se montent à dix millions, ce qu’ils ont rendu net en l’an XIII , et en 1806 et 1807. Faites-moi le même rapport sur les salines.

Envoyez-y un de vos officiers. Le 5e de ligne italien, qui est à Corfou, manque de tout; prenez des mesures pour que le ministre. Caffarelli envoie tout ce qui est nécessaire pour habiller et mettre promptement en état ce régiment. Il est très-nécessaire que vous leviez la conscription, je l’ai levée en france, et il faut compléter vos cadres. Dans l’état de situation de l’armée de Dalmatie, que m’a envoyé le général Marmont, le bataillon du 3e léger est à 760 hommes; il lui manque donc 300 hommes pour être au complet; envoyez-les de Venise à Cattaro. Veillez à ce que les régiments italiens qui sont à Corfou ne manquent de rien.

 

Paris, 2 février 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon fils, j’avais ordonné au roi de Naples d’envoyer en Italie le régiment d’artillerie à cheval qui se trouve à l’armée de Naples, ainsi que le 2e bataillon du train et le détachement de pontonniers. Faites-moi connaître si cela est arrivé.

 

Paris, 3 février 1808

DÉCISION

M. de Lacépède, grand chancelier de la Légion d’honneur, rend compte du renvoi en France, sous escorte, d’un militaire décoré pour action d’éclat, mais que son insubordination a fait renvoyer du régiment auquel il appartenait. Le faire venir en toute liberté à Paris, où le grand chancelier l’interrogera. Puisque cette décoration lui a été donnée pour une action d’éclat, je ne veux pas la lui ôter, mais tâcher de concilier les intérêts de ce brave avec la discipline.

Paris, 4 février 1808

A Madame Mère

Madame, j’ai lu avec attention les procès-verbaux du chapitre général des soeurs de charité. J’ai fort à coeur de voir s’augmenter et s’accroître le nombre des maisons et des individus de ces différentes institutions ayant pour but le soulagement et le soin des malades de mon Empire. J’ai fait connaître à mon ministre des cultes ma volonté, que les règlements de ces différentes institutions fussent révisés et arrêtés définitivement par mon Conseil dans l’année. Je désire que les chefs des différentes maisons sentent la nécessité de réunir des institutions séparées, autant que cela sera possible; elles acquerront plus de considération, trouveront plus de facilités pour leur administration et auront droit à ma protection spéciale. Toutes les maisons que les députés ont demandées, tous les secours de premier établissement et secours annuels que vous avez jugez convenable de demander pour elles, seront accordés. Je suis même disposé à leur faire des nouvelles et de plus grandes faveurs., toutes les fois que les différents chefs de maisons seconderont de tous leurs efforts et de tout leur zèle le voeu de mon coeur pour le soulagement des pauvres, et en se dévouant , avec cette charité que notre sainte religion peut seule inspirer, au service des hôpitaux et des malheureux. Je ne puis, Madame, que vous témoigner ma satisfaction du zèle que vous montrez et des nouveaux soins que vous vous donnez. Ils ne peuvent rien ajouter aux sentiments de vénération et à l’amour filial que je vous porte.

 

Paris, 4 février 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Il est nécessaire de préparer l’expédition d’un courrier à Constantinople pour les affaires d’Alger. Vous ferez venir l’ambassadeur turc, et vous lui ferez connaître que, par condescendance pour la Porte, je n’ai point fait l’expédition contre Alger; mais que si, au retour du courrier que vous envoyez à Constantinople, mes esclaves ne sont pas rendus, je suis résolu à faire une descente à Alger et à m’emparer de ce pays. Je vous ai écrit avant-hier que je chargeais le ministre de la marine d’expédier un aviso à Alger, qui sera porteur de vos dépêches au sieur Dubois-Thainville, par lesquelles vous lui ferez connaître qu’il doit sur-le-champ quitter Alger, et notifier au Dey que je lui déclare la guerre s’il ne relâche aussitôt les esclaves génois, corses et italiens qu’il aurait. S’il retient mon consul de force, il lui fera connaître que le retour de l’aviso sans lui produira le même effet, et qu’une armée française débarquera à Alger si mon pavillon n’est pas respecté, et les Anglais traités comme doivent l’être les ennemis des musulmans.

 

Paris, 4 février 1808

A M. Gaudin, ministre des finances

J’ai pris un décret pour terminer le payement de la solde de 1806 à la Grande Armée. L’avance de la Grande Armée pour cette somme est de vingt-quatre millions. J’ai ordonné que le trésor céderait à la Grande Armée pour vingt-quatre millions d’effets. Je désire que vous me fassiez un rapport sur ces trois natures d’effets, afin que je voie de quelle manière je dois solder ce que je dois de gratifications à la Grande Armée. Joignez-y l’état des biens de Vanlerberghe, qui se montent à dix millions, ce qu’ils ont rendu net en l’an XIII, et en 1806 et 1807. Faites-moi le même rapport sur les salines.

 

Palais des Tuileries, 4 février 1808

OBSERVATIONS FAITES DANS LE CONSEIL D’ADMINISTRATION DE L’EXTÉRIEUR

Sa Majesté fait les observations suivantes sur la comptabilité des bâtiments civils.

La législation des bâtiments civils doit être revue et éprouver beaucoup de modifications. Par exemple, l’hôtel du ministre ne doit point entrer dans cette comptabilité ; l’entretien de cet hôtel doit être pris sur les fonds particuliers du ministère, frais de bureaux ou autres.

La plupart des établissements, tels que la Bibliothèque, les Invalides, doivent être chargés de l’entretien et de la réparation de leurs bâtiments. Il est particulièrement très-peu convenable que l’hôtel des Invalides ayant des officiers du génie pour les travaux des bâtiments de l’hôtel, ces officiers ne soient pas chargés en même temps de ce qui concerne le dôme.

Il faut faire passer dès à présent l’entretien de la tour du Temple à la police, et aviser aux moyens de tirer parti du palais du Temple.

Il ne convient pas que les chevaux numides et les deux pavillons de la place de la Concorde dépendent d’une autre administration que celle du palais des Tuileries.

Il faut classer tous les travaux qui se font à Paris et qui sont du ressort ou des ponts et chaussées ou de la commune, ou sur des fonds isolés et d’occasion. Tous ces travaux, tels que le pont d’Iéna, la colonne de la Grande Armée, le monument Desaix, la nouvelle machine de Marly, etc., doivent être distingués en divers chapitres sous des titres quelconques. Il faut aussi présenter au premier conseil, pour chacun des travaux qui sont entrepris, un état particulier dans lequel on établira, en différentes colonnes, les diverses sortes de crédit. La colonne d’observations fait connaître les modifications et les remplacements de ces crédits.

 

Paris, 4 février 1808

DÉCISION

Le sieur Sainson, lieutenant aide de camp du général Gobert demande à passer au service du roi de Westphalie. Accordé.

 

Paris, 6 février 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, j’ai lu avec intérêt le rapport de M. d’Hauterive sur l’affaire du sieur Artaud. Vous trouverez ci-joint un décret qui destitue le sieur Artaud; vous le ferez imprimer à vingt exemplaires, et vous l’enverrez aux membres du corps diplomatique français pour leur servir de règle.

 

Paris, 6 février 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine

Je reçois votre rapport du 30 janvier. Je désire que vous donniez l’ordre que le Grifon, le Palinure, le Surveillant, le Pylale partent sans délai pour la Martinique, portant 240 hommes. Ils passeront par la Guadeloupe et y prendront langue. Après avoir débarqué tous les hommes à la Martinique, s’il n’y a rien de nouveau, ils croiseront à volonté, soit sur Saint-Domingue, soit sur le golfe du Mexique, soit sur tout autre endroit, faisant leur relâche à la Guadeloupe ou à la Martinique. Si la Martinique était attaquée, ils iraient à la Guadeloupe.

Faites partir le brick le Serpent pour le Sénégal, pour de là croiser et se présenter à Cayenne.

Faites partir le brick le Milan pour Cayenne, et faites partir le brick le Papillon pour la Guadeloupe, avec des troupes.

Tenez prêts à Lorient le brick le Sylphe et 1’Épingle. 

La Furieuse, la Félicité, la Cybèle doivent être prêtes à partir au 1er mars. Prenez des mesures pour que cela soit. On formera les équipages de ces trois frégates avec des levées faites sur la côte. Si le Vétéran n’est pas arrivé an 10 mars à Lorient, son équipage servira à compléter l’équipage de ces trois frégates.

Prenez des mesures telles que l’Amphitrite soit lancée avant le 10 mars; également la Bellone à Saint-Malo, le Tonnerre à Brest avant juillet; l’Elbe, la Pallas, la Renommée avant le 15 mars à Nantes. Mon intention est que la première frégate qui sera prête soit lancée au 1er mars. Je prends sur mon compte les risques de la gelée passé le 1er mars.

Prenez des mesures pour que le Patriote, le Jemmapes et la Ville-de-Varsovie soient en rade avant le ler mars.

Faites construire des frégates à Flessingue, à Bordeaux, Marseille et Toulon. Faites mettre une frégate sur le chantier à Gènes. Prenez des mesures telles que les deux frégates qui sont au Havre arrivent à Cherbourg. Il est ridicule qu’elles n’y soient pas encore arrivées.

 

Paris, 6 février 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine

Vous recevrez un décret relativement à Alger. Mon intention est que vous expédiiez par un courrier extraordinaire de nouvelles instructions au commandant de mon escadre de Lorient, pour lui prescrire, s’il n’y a pas d’inconvénient, d’aller, après avoir passé le détroit, se présenter devant Alger, d’appeler à son bord le consul français, de notifier mon décret à la Régence, et de demander que, deux heures après la réception de ce décret, les esclaves génois, italiens, etc., soient mis en liberté. En cas de refus, il ravagera les côtes, prendra ce qu’il pourra et reviendra en France. Comme les choses ainsi présentées pourront faire trembler le Dey et lui faire faire des réflexions, cela donnera lieu à des négociations de quarante-huit heures. Vous l’autoriserez à rester sur cette côte trois ou quatre jours. Cette station lui servira d’ailleurs à connaître la situation des Anglais dans la Méditerranée.

 

Paris, 6 février 1808

DÉCISION

M. Gaudin, ministre des finances, prend les ordres de l’Empereur relativement à la rétrocession projetée de la partie du domaine de Colorno possédée par le sénateur Beurnonville. Cette propriété ferait partie de la dotation des palais impériaux de Parme. Proposer an général Beurnonville 12,000 francs de rente sur le grand-livre, qui seront achetés du produit de la vente de domaines dans les États de Parme, capables  d’acquérir une pareille rente.

 

Paris, 7 février 1808

Au colonel Lacoste, aide de camp de l’Empereur

Monsieur le Colonel Lacoste, vous partirez dans la journée pour vous rendre à Brest. Vous irez à bord de mon escadre, si elle n’est pas partie. Vous verrez le préfet maritime pour que, immédiatement après le départ de mon escadre, il fasse mettre en rade le même nombre de vaisseaux, afin que l’ennemi ne puisse pas, par la seule inspection de la rade, s’apercevoir qu’elle est partie. Vous verrez pourquoi l’on ne termine pas le vaisseau le Tonnerre ; il doit y avoir du bois. Vous me ferez un rapport sur l’état des approvisionnements et des vaisseaux en commission, en rade ou en désarmement.

De là vous irez à Concarneau; vous me rendrez compte des motifs qui empêchent le Vétéran de sortir pour se rendre à Brest, Lorient ou Rochefort.

De là vous irez à Lorient, pour voir pourquoi le Patriote n’est pas à l’eau et pourquoi on ne termine pas le vaisseau l’Eylau.

De là vous vous rendrez à Paimbeuf et à Nantes, et vous vous informerez des motifs qui empêchent que la frégate l’Elbe, la Pallas et la Renommée ne soient mises à l’eau à Nantes, et la Clorinde à Paimbeuf. De là vous vous rendrez dans le port de Rochefort. Vous remettrez la lettre ci-jointe au préfet maritime Martin, et vous me presserez pour que toutes les mesures soient prises pour l’armement des vaisseaux le Jemmapes et le Patriote, pour mettre sans délai à la mer la Ville-de-Varsovie, et pour terminer promptement le vaisseau le Triomphant, de manière que j’aie dans ce port quatre vaisseaux prêts à tout.

Vous visiterez l’arsenal, vous verrez pourquoi les travaux languissent. Il est bien important qu’ils soient poussés un peu vivement.

Vous irez de là visiter l’île d’Aix et le fort Boyard, et vous me ferez un rapport  sur la défense de cette île et sur les travaux du fort.

Quand vous aurez passé dix jours à Rochefort, vous irez à Bordeaux. Vous y verrez la situation de la partie de ma Garde qui s’y trouve. Vous prendrez note des troupes qui y ont passé pour se rendre en Espagne. Vous visiterez les deux frégates qui y sont, e vous presserez pour que la frégate le Niemen soit mise à l’eau le plus tôt possible. On fait une frégate en trois mois; celle-là est construite à moitié.

Tant de Brest que de Lorient, de Nantes, de Rochefort et de Bordeaux, vous m’écrirez tous les jours et m’enverrez de longs rapport, sur tout ce que vous aurez vu et entendu. Vous attendrez mes ordres à Bordeaux.

 

Paris, 7 février 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine

Monsieur Decrès, mon intention est que vous me présentiez des mesures pour qu’il y ait à Anvers, au lieu de neuf vaisseaux, dix-huit vaisseaux et quatre frégates sur le chantier, et pour que les bois du haut Rhin et de l’Allemagne arrivent à Anvers par le transit de la Hollande. Par ce moyen, je ne serai pas à la discrétion des marchands hollandais, qui gagnent 25 pour cent sur ces articles. Donnez des ordres pour que les travaux d’Anvers doublent d’activité, de manière que l’on puisse mettre, cette année, un certain nombre de vaisseaux en rade.

 

Paris, 7 février 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine

Monsieur Decrès, mon intention est que les huit vaisseaux qui sont à Flessingue commencent à être mis en rade le 15 février, de sorte qu’ils y soient tous les huit dans le courant du mois de mars. Ces vaisseaux exerceront leurs matelots, formeront leurs équipages, et se tiendront en situation de partir au premier ordre. En passant l’été en rade, ils obligeront les Anglais à tenir un égal nombre de vaisseaux pour les bloquer, et cela leur fera tout autant d’inquiétude. Ils pourront passer par la passe hollandaise, et ils pourront prendre leur temps pour étudier le passage par la rade française. J’aurai plusieurs avantages en cela, d’abord de former leurs équipages, de les faire entrer en ligne avec tes Anglais, et de préserver les officiers et les équipages qui seront à leur bord de ce que l’air de Flessingue a de malfaisant. Il est malheureux que cette escadre n’ait pas deux frégates. Mon intention est que les deux frégates qui sont à Dunkerque aillent les joindre, et que celle qui est en construction à Flessingue soit poussée avec une telle activité qu’elle puisse être achevée en t rois mois.

Demandez à l’amiral Ver Huell si la Hollande ne pourrait pas faire arriver dans ce port, par l’intérieur, deux frégates et quelques corvettes ou bricks pour éclairer cette escadre. Si je ne fais pas sortir mon escadre en hiver, en octobre elle pourra rentrer dans le port, ce qui est une opération de peu d’importance. Mais elle peut passer tout l’hiver en rade; il n’y a pas d’exemple que la rade de Flessingue ait gelé ; elle charrie des glaçons; mais le grand inconvénient du charriage des glaçons vient de ce que les câbles sont coupés. Ne pourrait-on pas jeter des corps-morts attachés avec de fortes chaîne de fer pour amarrer les vaisseaux, et placer des piquets et une estacade dans la rade pour arrêter les glaçons qui viennent d’en haut ?

Je désire que ces moyens soient approfondis. Au pis-aller, il y sera pourvu en faisant rentrer l’escadre en octobre ou novembre. Le brick le Favori qui est à Flessingue, y restera pour servir à éclairez l’escadre.

——

P. S. Ci-joint une lettre pour le roi de Hollande, que vous ferez partir par votre courrier.

 

Paris, 7 février 1808

NOTE POUR LE VICE-AMIRAL DECRÈS, MINISTRE DE LA MARINE

Tenir un officier de marine prêt à partir demain, au reçu du courrier; se rendre à Naples; prévenir le Roi de l’arrivée de l’escadre devant Corfou; calculer avec le Roi les moyens pour l’expédition de Sicile, qui se peut faire par Reggio, si les troupes sont, à Reggio, favorisées par l’amiral qui, en quittant Corfou, arriverait devant Reggio. Le Roi sait mieux que personne la force navale et terrestre de l’ennemi. On ne lui croit pas plus de 6,000 hommes, et si, sans retarder Ganteaume, on peut faire passer 8 ou 10,000 hommes, qui iront s’établir au Phare, et faire des batteries croisées, Ganteaume devient inutile. Dans le cas où le Roi se déciderait, l’officier se rendra de suite à bord de l’escadre pour l’informer du dessein du Roi. Les aides de camp du Roi iront à Tarente fortifier la rade pour protéger l’escadre. Sur la côte d’Otrante à Brindisi, il activera les transports sous la faveur de Ganteaume, recueillera les renseignements sur la croisière anglaise, pour faire connaître à Ganteaume ce qu’on sait. Il peut être rendu en huit jours de Paris à Naples , le onzième ou douzième il peut être à Otrante; il y trouvera l’amiral Ganteaume arrivé, quelques jours étant nécessaires à l’amiral pour opérer à Corfou.

Une lettre du ministre à Ganteaume pour lui faire connaître le projet de venir devant Reggio et Catane pour s’emparer du Phare. Lui faire connaître la grande importance d’avoir la Sicile, ce qui change la face de la Méditerranée, en s’en rapportant cependant à lui, en le laissant maître d’agir selon les probabilités du succès et la connaissance qu’il a des mouvements de l’ennemi.

 

Paris, 7 février 1808

Au vice-amiral Martin, préfet maritime à Rochefort

Je vois avec peine que le Jemmapes ne soit pas en rade. J’espérais qu’il aurait pu suivre l’escadre du contre-amiral Allemand. Prenez des mesures pour que le Jemmapes, le Patriote et la Ville-de-Varsovie et un des autres vaisseaux soient mis à l’eau, de façon que j’aie quatre vaisseaux avant la saison des maladies à l’île d’Aix. Activez la mise à l’eau des frégates de Bordeaux. Je compte que vous redoublerez de zèle et prendrez tous les moyens nécessaires pour arriver à ce but.

 

Paris, 7 février 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, le général Miollis doit être arrivé le 2 février à Rome; je n’en aurai donc des nouvelles que dans deux jours. Je vous ai écrit le 23 janvier qu’il doit se concerter avec le sieur Alquier; il faut s’entendre là-dessus : ce n’est pas sur les affaires militaires; si Alquier lui disait donc de quitter Rome, il ne doit point le faire; s’il lui disait de ne pas occuper le château Saint-Ange , il ne doit pas l’écouter; le château Saint-Ange doit être pris de gré ou de force, et mes troupes doivent rester là en station et sur un pied ferme. L’arrestation du consul du roi Ferdinand, du consul anglais, l’arrestation des brigands, l’envoi à Naples des cardinaux et autres sujets napolitains, si la cour de Rome ne le fait pas de bon gré, doit avoir lieu de force. A la moindre insurrection qui éclaterait, il faut la réprimer avec de la mitraille, si cela est nécessaire, et faire de sévères exemples.

J’ai cru nécessaire de vous écrire cette lettre pour votre gouverne, dans la crainte qu’Alquier ne fasse quelque sottise. Expédiez un de vos aides de camp à Rome pour faire connaître an général Miollis que, s’il avait évacué Rome ou le château Saint-Ange, il doit y rentrer. Mais je pense bien que c’est une précaution superflue, car Alquier a des ordres si positifs que je ne suppose pas qu’il ait pu prendre rie sur lui.

Je vous dirai, pour vous, qu’une de mes escadres arrive à Corfou Je n’ai pas besoin d’ajouter que le secret le plus profond doit être gardé là-dessus; car vous compromettriez la sûreté de mes escadres. Envoyez sur-le-champ le ministre de la guerre à Venise pour faire partir toutes les munitions de guerre et de bouche qui s’y trouvent destinées pour Corfou. Qu’en partant pour Venise le ministre de la guerre même ne sache pas mon secret, que je confie à vous seul.

 

Paris, 7 février 1808

A Joseph Napoléon, roi de Naples

Mon Frère, je vous ai écrit, le 24 janvier, sur l’opération de Sicile; je suppose que vous avez fait les dispositions nécessaires Voici les nouvelles que je reçois ce soir: l’amiral Ganteaume me mande, en date du 3 février, de la rade de Toulon, que mon escadre de Rochefort a été signalée sur Villefranche le 3, à dix heures di matin; qu’en conséquence il donnait ordre de désaffourcher pour marcher à sa rencontre, et qu’il se porterait probablement sur Corfou, pour donner chasse à la croisière anglaise, et favoriser le passage de tous les bâtiments de Brindisi et d’Otrante sur Corfou, et tâcher de prendre quelques vaisseaux à l’ennemi. Vous sentez combien il est important que vous gardiez le plus profond secret, et que, cependant, vous expédiiez sans délai deux officiers sûrs et intelligents, l’un sur Otrante et Brindisi, et l’autre sur Tarente. Celui que vous enverrez à Otrante et à Brindisi doit faire en sorte que tous les convois qui se trouvent dans ces ports soient prêts à mettre à la voile, afin que Corfou soit abondamment ravitaillé. Corfou est tellement important pour moi que sa perte porterait un coup funeste à mes projets; l’Adriatique serait fermée, et votre royaume aurait sur son flanc gauche un port où l’ennemi recruterait des Albanais et d’autres troupes pour vous attaquer; d’un autre côté, il se trouverait avoir une grande influence dans l’Albanie. Je compte donc sur votre zèle pour que rien ne soit oublié, et pour profiter de cette circonstance unique pour mettre Corfou à l’abri de tout événement. Tout ce qu appartient au 6e de ligne, au 14e léger, au 5e de ligne italien, un bataillon napolitain, un autre bataillon italien doivent y passer et renforcer la garnison de Corfou. Je n’ai point d’état de situation de ce qui se trouve à Otrante et à Brindisi, de sorte que j’ignore quelle sera la force de la garnison de Corfou lorsque ces renforts y seront arrivés. Mais mon intention est que, sans délai, vous fassiez embarquer un autre bataillon français, le plus à portée, afin qu’il y ait dans la seule île de Corfou 6,000 hommes, Français, Italiens et Napolitains, sans y comprendre les Albanais et les corfiotes; ce qui en portera le nombre à 7,500 hommes. Alors les Anglais ne pourront point y descendre, et je serai maître pour jamais de cette île. Faites-y passer toute la poudre, les outils de pionniers, les affûts dont vous pourrez disposer, et envoyez-y tout l’argent que vous avez au trésor de Naples, à raison de 250,000 francs par mois. Faites même l’avance de ces 250,000 francs pour février et mars. Ainsi profitez de cette circonstance pour y envoyer au moins un million. Bondez-la de blé , de farine et autres objets. Je vous tiendrai compte de  tout l’argent que vous y aurez envoyé extraordinairement. Faites-y passer aussi quelques officiers du génie et d’artillerie d’extraordinaire. Corfou ainsi assuré, vous enverrez un homme très-discret auprès de l’amiral Ganteaume pour lui faire connaître si vos intentions sont qu’il se présente devant Reggio. Écrivez-lui de se présenter devant Catane et Reggio, pour favoriser le débarquement de 7 ou 8,000 hommes qui occuperaient le Phare, y placeraient une batterie, et s’empareraient des faubourgs de Messine. Dès ce moment la conquête de la Sicile serait assurée, puisque vous dirigeriez votre monde sur Reggio pour renforcer jusqu’à 15,000 hommes l’expédition qui partirait de ce point.

Ce plan est calculé sur le principe que vous êtes maître de Scilla, le point le plus important du monde. Si vous n’êtes pas maître de Scilla, tout devient impossible, et la Sicile aura été perdue par votre faute. Je vous envoie une note sur mon armée navale et sur les moyens de transport qu’elle a avec elle. Vous n’aurez pas manqué d’en préparer de votre côté; et votre lettre que j’attends demain au plus tard me fera connaître sur quoi je puis compter.

Il ne faut point discontinuer d’aucune manière vos préparatifs d’embarquement devant Naples; car il serait possible que l’amiral Ganteaume se portât devant Naples, s’il est contrarié dans son mouvement d’ailleurs, et marchât sur le cap Mortella, pour s’emparer du Phare. D’ailleurs j’attends une autre escadre dans la Méditerranée, et il est bon que vos moyens maritimes soient prêts à tout événement. Ce maudit rocher de Scilla me contrarie dans toutes mes conceptions; je vous avais cependant fait sentir que de là tout dépendait.

Il serait possible que mon escadre fût obligée de se réfugier dans  votre port de Tarente; faites placer quelques pièces de canon dans votre port de Tarente; faîtes placer quelques pièces de canon dans l’île, et que tout soit prêt pour protéger mon escadre.

En résumé, le 3 février, à trois heures après midi, l’amiral Ganteaume n’était pas encore parti de Toulon et n’avait pas pris le parti définitif de se rendre devant Corfou ou Naples. S’il était contrarié par les événements ordinaires de la mer, qu’il eût le temps de recevoir mes ordres, et que j’eusse votre réponse à ma lettre du 24 janvier, il n’y a nul doute que je lui ordonnerais de se rendre devant Naples; mais Scilla est-il pris ?

Il est probable que l’amiral Ganteaume sera parti pour Corfou et qu’il y sera arrivé, ou sur le point d’y arriver, lorsque vous recevrez cette lettre. Alors vous devez faire en sorte de compléter la garnison de Corfou à 6,000 hommes, Français et Italiens, et à la pourvoir abondamment de tout. Vous devez presser le siége de Scilla et faire dire à l’amiral Ganteaume, si cela vous paraissait convenable, de venir devant Catane et Reggio, de débarquer 7 à 8,000 hommes pour occuper le Phare, et alors faire votre mouvement entier sur ce point enfin vous devez continuer l’armement maritime à Naples, pour pouvoir débarquer la plus grande quantité de monde possible en Sicile. Dans les circonstances actuelles de l’Europe, vous ne pouvez pas manquer de troupes, et je vous en enverrai autant que vous voudrez. Quand vous apprendrez que Ganteaume est à Corfou, accélérez le mouvement intermédiaire des troupes que vous avez entre Reggio et Naples, sur Reggio, puisque c’est de Reggio qu’aura lieu tout le mouvement, tout en continuant vos préparatifs d’embarquement à Naples. Jusqu’à ce que vous ayez reçu des nouvelles de Ganteaume , vous devez agir de manière à être toujours prêt, à Naples, à embarquer à son bord vos troupes, en marchant droit à Mortella, toujours dans but de s’emparer du Phare. Enfin vous devez garder le plus grand secret sur tout ceci, car l’espionnage peut aller vite de Naples en Sicile, et une indiscrétion nous exposerait aux plus grands malheurs. Saliceti, un officier de marine et vous, devez être seuls dans secret, et même l’officier que vous enverrez à Otrante et Brindisi ne doit rien savoir ; vous lui remettrez une lettre cachetée qu’il ne devra ouvrir que lorsqu’il apprendra quelque chose d’extraordinaire à Otrante.

Je n’ai pas besoin de vous recommander de tenir les batteries de Tarente et de Baia en bon état, pour protéger mes escadres.

Vous sentez que je vous écrirai tous les jours.

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P. S. Lorsque vous saurez que Ganteaume est arrivé devant Corfou, expédiez un courrier au vice-roi et au général Lemarois, pour accélérer le départ de tout ce qu’il y aurait à Venise et à Ancône, destiné pour ce point.

 

Paris , 7 février 1808

A Louis Napoléon, roi de Hollande

J’ai fait appeler aujourd’hui votre ambassadeur pour lui faire connaître le désir que j’avais que vous eussiez une escadre de huit vaisseaux et frégates au Texel, armés et prêts à prendre la mer, et deux ou trois vaisseaux à l’embouchure de la Meuse. Je désire aussi que vous puissiez faire passer par l’intérieur à Flessingue une frégate et une bonne corvette , pour servir d’éclaireurs à mon escadre de Flessingue, que je veux faire armer.

Mes escadres sont sorties; partout on fait des expéditions et des mouvements. Il ne faut pas que la Russie, le Danemark et les autres puissances aient à se plaindre que vous ne fassiez rien pour la cause commune. Vous devez concourir à tirer l’Europe de la position fâcheuse où elle se trouve. J’ai des projets sur votre escadre ; mais sa présence seule au Texel obligera les Anglais à tenir une escadre qui les affaiblira d’autant. Il faut voir sur quoi je puis compter là-dessus.

 

Palais des Tuileries, 7 février 1808

OBSERVATIONS FAITES DANS LE CONSEIL D’ADMINISTRATION DU MINISTÉRE DES FINANCES. 

Le ministre des finances présente les états de recette et de dépense de l’administration des droits réunis et de celle des forêts, pendant l’an XIII, l’an XIV, 1806 et 1807.

Sa Majesté , après avoir examiné ces états et avoir demandé aux conseillers d’État, directeurs généraux, divers éclaircissements qui ont été donnés, s’arrête plus particulièrement à deux états de l’administration forestière sur lesquels elle fait les observations suivantes :

On voit, par l’état n° 23, que les coupes des quarts de réserve des communes ont rendu plus de 17 millions; et cependant il n’a été versé à la caisse d’amortissement que 11 millions. On voit en même temps, par l’état n° 24, que ces 17 millions de produit ont occasionné une dépense de 6 millions ; ce qui parait réduire en effet le produit net à la somme de 11 millions, qui a été versée. Cependant le directeur général dit qu’il n’y a aucune imputation de dépenses sur les produits des ventes des quarts de réserve. Un rapport du ministre des finances est très-nécessaire sur cet objet. Il expliquera et constatera les faits, et il pourra mettre dans le cas de proposer des moyens de réduire les dépenses ou de les imputer de telle manière qu’il y ait une augmentation de 3 on 4 millions dans le produit net.

 

Paris, 8 février 1908 , midi

A Joseph Napoléon, roi de Naples

Mon Frère, je vous ai écrit hier. Il est midi , je n’ai pas reçu le courrier que j’attends aujourd’hui de Toulon pour savoir ce qu’a fait mon escadre dans la journée du 4.

Je vous recommande de faire passer beaucoup d’argent à Corfou. La Porte doit avoir donné des ordres pour que Butrinto me soit remis. Lorsque ce poste important sera en mon pouvoir, j’ai donné ordre qu’on y réunît 12,000 Albanais. Vous devez regarder Corfou comme plus important que la Sicile. La Sicile est une question déterminée et connue, au lieu que Corfou est une question tout à fait inconnue. Dans les dernières négociations, l’Angleterre ne faisait pas de difficulté de me céder la Sicile. Profitez de cette occasion pour faire passer à Corfou plutôt 1,000 hommes de plus que de moins, une compagnie d’artillerie de plus qu’une de moins. Souvenez-vous de ce mot : Dans la situation actuelle de l’Europe, le plus grand malheur qui puisse m’arriver est la perte de Corfou. Je compte sur votre bon esprit pour m’assurer cette importante conquête à jamais. Faites-vous rendre compte de tout. Envoyez-y des officiers d’état-major, de l’artillerie, du génie plutôt de plus que de moins. Recommandez au gouverneur d’augmenter la levée des Albanais et de la porter, au lieu de 3,000, à 6,000. Je voudrais avoir 2 ou 3,000 Albanais sur chacun des points de Parga, Sainte-Maure et Butrinto, sous les ordres d’un général français.

Deux heures.

Il est deux heures après midi, je reçois votre lettre du 28 janvier. Comment arrive-t-il que vos lettres restent onze jours à venir de Naples ? elles devraient arriver en huit jours. Il me semble que le service de mes estafettes se désorganise; j’en ai témoigné mon mécontentement au sieur Lavallette. Voyez de votre côté d’où cela peut provenir.

 

9 février, six heures du soir.

Il n’est pas arrivé de courrier aujourd’hui, ni hier, de Toulon ; je ne sais donc rien de nouveau. Je ne puis que m’en référer à la lettre que je vous ai écrite le 7.

Des lettres de Rome disent que l’on a miné la maison de Saliceti, que ses enfants ont été tués et lui légèrement blessé. Quelle horreur ! J’attends avec impatience les détails.

J’ai chassé aujourd’hui à Mortefontaine depuis une heure à quatre heures; j’ai tué vingt lièvres. La maison m’a paru encore plus laide et moins habitable qu’il y a quatre ans.

 

Paris, 9 février 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine

Monsieur Decrès, faites mettre en construction sur la côte de la Méditerranée, depuis Marseille jusqu’à la Spezia, huit gabares de 800 tonneaux et douze de 450 tonneaux. Mon but est de donner du travail aux différents ports de cette côte, et d’avoir là vingt bâtiments pouvant porter une expédition sur un point quelconque de la Méditerranée.

Vous ne devez pas oublier Sestri, Chiavari, La Ciotat, Villefranche, San-Remo, Port-Maurice, Saint-Tropez, Marseille.

 

Paris, 9 février 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je reçois votre lettre du 2 février. Je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous laissiez partir la division russe quand elle voudra. Quant à la demande de fonds extraordinaires, vous n’avez qu’un mot à répondre: vous n’y êtes point autorisé, il faut mon ordre. Ce sacrifice ajouté à tant d’autres que j’ai faits pour eux est inutile. Mettez en règle les comptes d’argent, des denrées et fournitures que vous leur avez fait donner, pour servir ce que de droit.

 

Paris, 9 février 1808

Au général Marmont, commandant l’armée de Dalmatie

Je reçois votre état de situation du 15 janvier. Comment arrive-t-il que vous ne me parlez jamais des Monténégrins ? Il ne faut pas avoir le caractère roide. Il faut envoyer des agents et vous concilier les meneurs de ce pays.

 

Paris, 9 février 1808.

L’Empereur accorde un congé d’un mois avec appointements au général Belliard, chef d’état-major de la réserve de cavalerie de la Grande Armée, pour venir régler ses affaires en France.

 

Paris, 10 février 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon fils, un nommé Jean Cabogn m’est envoyé comme député par la république de Raguse. Si cet homme est, comme on l’assure, un de nos plus grands ennemis, et auteur des lettres au pacha de Rosnie, et autres contre nous, si cela est, vous le ferez arrêter. Vous ferez saisir ses papiers, et vous le ferez enfermer dans une citadelle. Si les renseignements que vous avez n’étaient pas conformes à ce que je vous écris là, vous l’interrogerez sur sa mission, sur les prétentions du sénat de Raguse, et vous ne le laisserez pas sortir de Milan sans mon ordre.

 

Paris, 10 février 1808.

A compter du premier janvier 1808, une somme de cinq cent mille francs sera prise chaque mois, avant tout autre prélèvement, sur le revenu provenant de la Toscane et versée dans la caisse .du, payeur de l’armée d’Italie. Il en sera en conséquence fait recette au trésor public. Tout le service militaire en Toscane fera partie de l’armée d’Italie, sera ordonnancé par les ministres et payé par le trésor. Les troupes françaises, en Toscane, seront traitées de la même manière que celles de 1’armée d’Italie : les troupes italiennes seront payées par notre royaume d’Italie.

 

Paris, 10 février 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je reçois votre lettre du 4 février. Je vois que vous avez expédié quatre-vingts milliers de poudre et un million de cartouches à Corfou; mais vous ne dites pas quand et sur quel bâtiment. Les comptes que vous me rendez sont insuffisants; je reçois bien les états de situation de mon armée française, mais je n’entends pas parler de mon armée italienne, et je ne sais pas dans quelle situation elle est. Je ne connais pas davantage l’état de ma marine italienne. Envoyez-moi deux fois par mois un état de situation. Tous les jours vous devez me faire connaître le mouvement des ports , de sorte que je connaisse ce qui se passe dans l’Adriatique et ce qui arrive à mes vaisseaux, au lieu que je n’en sais rien. Arrangez-vous de manière qu’en m’envoyant l’état de situation de mon armée française vous m’envoyiez celui de mon armée italienne, où je voie les présents sous les armes, le lieu où sont tous les détachements, et au compte de qui chaque détachement est nourri. Joignez-y un troisième état qui m’indique la situation de ma marine, et qui soit divisé en vaisseaux en armement, vaisseaux armés, vaisseaux à la mer et vaisseaux en construction. Il n’est pas difficile que le sieur Caffarelli, ministre de
la guerre et de la marine, adopte une forme d’états conformes à ce plan pour la marine italienne. Il est temps de penser à lever la conscription pour compléter les régiments italiens.

 

Paris, 11 février 1808

DÉCISION

L’Empereur m’a autorisé à employer d’une manière active M. de Caulaincourt, grand écuyer de Sa Majesté le roi de Hollande et général major au service de ce souverain. Cet officier, ex-colonel du 19e régiment de dragons, a été conservé sur le tableau de l’armée française en sa qualité d’aide de camp du connétable de l’Empire. En prenant les ordres de Votre Majesté au sujet de M. de Caulaincourt, il m’a paru paru que son intention était de l’employer comme général de brigade, grade équivalent à celui qu’il a en Hollande. En ce cas, Votre Majesté est priée de signer le décret ci-joint.

(Il s’agit d’Auguste Caulaincourt)

Approuvé.

 

Paris, 11 février 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, il faut écrire au ministre d’Amérique, en réponse à ses lettres du 7 et du 8, que la France a pris des engagements avec l’Amérique, a fait. avec elle un traité basé sur le principe que le pavillon couvre la marchandise, et que ce principe sacré, si elle ne l’avait pas proclamé solennellement, Sa Majesté le proclamerait encore; que Sa Majesté a traité avec l’Amérique indépendante et non avec l’Amérique asservie; que si elle se soumet au décret du roi d’Angleterre du 11 novembre, elle renonce par là à la protection de son pavillon; mais que si les Américains, comme Sa Majesté ne peut le mettre en doute sans blesser leur honneur, regardent cet acte comme un acte d’hostilité , elle est prête à faire droit à tout. Dans toutes les guerres possibles où d’autres puissances maritimes que la France se trouveraient engagées, Sa Majesté reste ferme dans son principe de l’indépendance du pavillon et ne s’arroge le droit de visite sur aucun bâtiment; mais Sa Majesté a déjà le droit, et ce droit est le principe fondamental de son droit public, d’exiger que chaque nation maintienne l’indépendance de son pavillon, tous les souverains étant solidaires de leur indépendance et de leur souveraineté.

 

Paris, 11 février 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine

Monsieur Decrès, la demande que vous faites de 1,000 conscrits pour Flessingue ne peut pas être accordée de cette manière. Mon intention est que vous me présentiez un projet de décret pour former sur-le-champ huit équipages à Flessingue, six à Brest, trois à Lorient, trois à Rochefort et dix à Boulogne; ce qui fera trente équipages. Ces trente équipages, en les supposant de 500 marins chacun, feraient 15,000 marins, et en supposant que dans ces 15,000 marins il entrât 3,000 canonniers, cela ne ferait plus que 12,000 marins. Ce que vous avez à Brest, à Boulogne, sur les côtes de l’Océan, hormis les escadres en mouvement, doit être évalué à 10,000 hommes; il faudrait donc 4 ou 5,000 conscrits pour les compléter. Voici les questions à décider . 1° Les canonniers de la marine feront-ils partie des équipages, ou continueront-ils à former des régiments à part ? 2° Les régiments d’infanterie continueront-ils à fournir des garnisons, ou ces garnisons feront-elles partie des équipages ? 3° Combien de classes et de grades de matelots composeront les équipages ? 4° Enfin quel est l’âge le plus favorable pour les conscrits, pour passer de l’armée de terre à la marine ? Il est donc important que vous me remettiez un projet général.

Mon intention est d’entretenir cent équipages, sans comprendre les garnisons, formant un effectif de 50,000 hommes; indépendamment de ce, d’avoir toujours sur chaque vaisseau 100 à 150 marins, provenant des classes, qui ne seraient pas compris dans les équipages. Ce nombre serait plus ou moins considérable, selon que le présent sous les armes se rapprocherait plus ou moins de l’effectif. Ainsi je composerais l’équipage d’un vaisseau de 74 de la manière suivante : le fond de l’équipage, 500 hommes; je mets pour les malades 50 hommes, il n’y aurait donc présents sur le vaisseau que 450 hommes; supplément d’équipage fourni par les classes, 150 hommes ; garnison, 100 hommes; total de l’équipage du vaisseau, 700 hommes. Les hommes qui sortiraient des hôpitaux ou reviendraient de chez eux pendant que le vaisseau serait à la mer, retourneraient dans leur arrondissement, et il y aurait dans chaque grand port un dépôt de marins, administré de manière que ce qu’on leur accorderait en nourriture et en paye se résolût par un décompte de l’équipage. En supposant donc que les besoins de ma marine exigeassent cent vaisseaux de guerre, y compris les frégates, il me faudrait donc entretenir un effectif de 50,000 hommes, montant des cent équipages, 15,000 hommes, montant du supplément d’équipages, 10,000 hommes pour garnison des vaisseaux ; total des troupes employées pour la marine, 75,000 hommes. Il faudrait ajouter à cela ce qui est nécessaire pour la protection des côtes, pour l’armement des avisos, tartanes, petits bâtiments, et pour l’armement des bricks; j’évalue cela à 10,000 hommes; la marine emploierait donc 85,000 hommes.

 

Paris, 11 février 1808

A M. Defermon, ministre d’État

En instituant des ministres d’État, j’ai voulu reconnaître les services des principaux membres de mon Conseil, le rapprocher davantage de moi et l’honorer dans la personne de ces membres. Il est donc convenable qu’ils portent le même costume que les membres de mon Conseil, et qu’ils n’obtiennent aucune prérogative qui les mette trop dans une catégorie particulière. La simplicité de notre administration veut aussi que nous ne confondions pas les ministres ayant un département et les ministres d’État; leur rang n’est pas le même, et, s’il s’introduisait là-dessus le moindre doute, cela tendrait à mettre du désordre dans l’administration.

Quant à la présence des ministres d’État dans les conseils d’administration, je n’appelle à ces conseils que les personnes qui y sont utiles; et, le jour où un ministre d’État ne m’y serait plus utile, parce qu’il ne serait plus propre au travail, je ne puis pas l’y appeler. Je ne considère donc l’institution de mes ministres d’État que comme une grande récompense que je veux accorder à la tête de mon Conseil, et non comme les plaçant sur la même ligne que mes ministres. Mes ministres d’État sont à vie, et mes ministres ne sont rien le lendemain du jour où je leur ôterais le portefeuille. Mes ministres sont directement responsables, et en première ligne, d’une des parties de l’administration. Mes ministres d’Etat peuvent et doivent être , pour le travail, sous les ordres des ministres, comme le sont mes conseillers d’État chargés d’une branche d’administration.

 

Paris, 11 février 1808

A M. Bérenger, directeur de la Caisse d’amortissement

Le général…. devait verser 500,000 francs ? Comment n’a-t-il versé que 46,000 francs ? Parlez de cette affaire avec le sieur Lacuée.

Écrivez au roi de Westphalie que ses bons sont échus.

Quant aux fonds de la quatrième coalition, faites-moi connaître pourquoi le sieur Bourrienne ne vous a pas versé les 16 millions de Hambourg et les 4 millions provenant des villes de Lubeck et de Brême.

 

Paris, 11 février 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je reçois votre lettre du 30 janvier. Vous avez très-mal fait de recevoir des Français dans mes troupes italiennes, sans mon autorisation spéciale. Je ne puis rien changer au principe de la conscription. En général, je ne veux point que des Piémontais entrent dans mes troupes d’Italie; cela est contraire à ma politique et à ma volonté.

——

P. S. Je placerai dans mes régiments français les Piémontais que vous avez depuis peu de mois comme sous-lieutenants dans mes troupes italiennes.

 

Paris, 11 février 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon fils, j’ai donné ordre à deux bataillons du 142e de ligne de se rendre à Florence, ce qui, avec le 43e, formera là plus de 3,000 hommes prêts à se porter partout où il sera nécessaire. Ces troupes sont sous vos ordres comme faisant partie de mon armée d’Italie. Elles doivent être nourries par votre ordonnateur. J’ai ordonné que la Toscane versât 500,000 francs par mois au Trésor de France. Les troupes italiennes qui sont en Toscane doivent être nourries et soldées par mon royaume d’Italie.

 

Paris, 11 février 1808 

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, la ville de Livourne s’était abonnée à deux millions pour les marchandises anglaises; je ne sais pas où en est cette affaire et si l’argent a été versé. Vous ne me faites pas connaître où en sont les travaux de Venise et d’Ancône. Tous ces objets si importants ne doivent pas être perdus de vue. Dans un État rien ne va seul; tous les mois je fais la revue des ordres que j’ai donnés, et je me fais rendre compte de leur exécution. Ce n’est que comme cela que les affaires marchent ; autrement, les ministres dorment et laissent volontiers tomber tout dans l’oubli. Je ne sais pas non plus ce qui se fait en Toscane; depuis mon départ je n’ai entendu parler de rien. Il serait temps cependant que je reçusse un premier rapport. Je sais que vous n’avez aucune autorité sur l’administration de la Toscane, mais vous pouvez écrire sur cela au sieur Dauchy, de ma part. Le militaire vous regarde; faites-vous donc rendre compte de tout ce qui est relatif à 1’artillerie, au génie et à l’armement de cette province.

 

Paris, 11 février l808 

A Joseph Napoléon, roi de Naples

L’administration du royaume de Naples va bien mal; les troupes ne sont pas soldées, et la solde s’arrière tous les jours. Roederer fait de beaux projets, ruine le pays et ne verse pas d’argent dans votre trésor. C’est l’opinion de tous les Français qui viennent de Naples. Roederer est probe, a de bonnes intentions, niais il n’a pas d’expérience. Le grand art est de ne faire chaque année que ce qu’on doit faire, et Roederer fait en un an ce qui doit être fait en dix. Le sujet de cette seule observation doit vous ruiner et mécontenter vos peuples.

 

Paris, 11 février 1808

DÉCISION

Le général Clarke, ministre de la guerre, rend compte à l’Empereur que M. ….. réclame deux canons autrichiens qu’il dit lui avoir été donnés en 1798 par l’Empereur, alors commandant l’armée d’Italie. Ces canons ont été arrêtés aux douanes. Jamais je n’ai fait donner de canons à …… Ce tripoteur d’affaires est bien osé de prétendre ce que n’ose espérer un maréchal de France. Il faut considérer sa demande comme une impertinence.

 

Paris, 12 février 1808

A M. Gaudin, ministre des finances

Sa Majesté n’a point signé le projet de décret qui lui a été présenté par M. le directeur général des douanes, et qui avait pour objet de modifier le décret rendu à Alexandrie, le 25 décembre dernier, sur la douane de Gênes. Sa Majesté a pensé qu’une lettre ministérielle suffisait pour donner à cet article l’interprétation convenable. Elle a voulu faciliter la circulation des objets de consommation journalière et dispenser ces objets des formalités gênantes et des tarifs trop élevés, eu égard à la modicité de leur prix, auxquels ils étaient assujettis. Elle a entendu que l’exemption accordée aux expéditions qui payent un droit inférieur à 20 francs ne s’appliquerait qu’à des articles de peu d’importance et ne pourrait pas s’étendre à des expéditions en grand. Cette extension pourrait s’appliquer à toutes les marchandises sujettes aux douanes, et non-seulement aux huiles et aux soies, mais encore aux sucres et aux cafés, et ce n’était assurément pas l’intention de Sa Majesté. On a supposé que, pour toutes les cargaisons où il n’y aurait pas matière, il n’y aurait pas lieu à un droit de plus de 20 francs, et c’est dans ce sens que Sa Majesté pense que son décret peut être interprété.

 

Paris, 12 février 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine

Le 3 février est parti de Naples le conseiller d’État de Simone, capitaine de vaisseau très-pratique de tous les ports du royaume et de la situation actuelle du cabotage et de la marine napolitaine. Envoyez des ordres à la poste pour savoir où il se rend, et envoyez-le chercher dès qu’il arrivera. Je suppose qu’il sera ici demain ou après.

Le roi de Naples me mande qu’il pense que l’expédition pour la Sicile pourrait très-bien partir de Reggio.

 

Paris, 12 février 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je reçois la nouvelle que mes troupes sont entrées le 2 février à Rome, et que le consul et les agents de la reine Caroline ont été sur-le-champ arrêtés. Écrivez au général Miollis de s’emparer de la police, de bien traiter les troupes du Pape, d’en prendre le commandement et l’inspection, d’avoir soin qu’elles ne manquent de rien, de chasser les Napolitains rebelles, même les cardinaux, et de les envoyer en droite ligne à Naples, à leur souverain.

 

Paris, 12 février 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je reçois l’état de mon armée italienne au 16 janvier. Je désire un état pareil pour ma marine; adressez-moi cet état tous les quinze jours; j’attends donc ceux du 1er février.

On peut désarmer les places de Mantoue, Peschiera et Legnago. Pour ce qui regarde le génie, il ne faut pas désarmer Osoppo ni Palmanova. Ma décision est donc conforme à votre demande.

 

Paris, 13 février 1808

Au général Menou, Gouverneur général des départements au delà des Alpes

Monsieur le Général, j’ai donné la plus grande attention aux deux lettres que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser, les 9 et 11 de ce mois, sur la répression du brigandage dans le ci-devant Piémont. Les moyens que vous m’indiquiez excédant les limites de mon autorité et ne pouvant être mis en usage que par le pouvoir suprême, j’ai dû, quelque empressement que j’aie à seconder vos constants efforts pour faire disparaître ce fléau, j’ai dû, dis-je, mettre vos deux lettres sous les yeux de Sa Majesté l’Empereur et Roi, et solliciter ses ordres.

Sa Majesté m’a témoigné qu’elle n’approuvait point l’idée de rendre les communes responsables, en masse, du passage ou du séjour des brigands qui peuvent subsister encore, et de leur imposer des contributions pour l’indemnité et l’approvisionnement des détachements de troupes envoyés sur les lieux. Sa Majesté a pensé que l’application de cette mesure serait arbitraire, illégale, même injuste; qu’elle pourrait faire confondre l’innocent avec le coupable, le propriétaire domicilié et le propriétaire absent, la veuve, les mineurs, les vieillards avec les individus qui doivent aider l’autorité par leur surveillance, et la force publique par leur secours. Sa Majesté a aussi exprimé son éloignement pour les mesures proposées; elle en croit les effets contraires au bon esprit et au devoir de l’armée. Elle doit servir sans l’espoir d’un salaire extraordinaire, qui porterait sur les nobles fonctions du soldat une empreinte de vénalité. On pourrait craindre de faire naître quelque espèce d’intérêt à la durée d’un service lucratif; les germes d’une telle dégradation, que l’on doit croire, d’ailleurs, presque impossible, doivent être soigneusement éloignés.

Les troupes ont dans ces corvées les vivres de campagne, il est possible que quelques dépenses légères soient occasionnées par l’exécution de vos ordres. Vous voudrez bien référer à ce sujet à S. Exc. le ministre de la guerre.

Sa Majesté a daigné enfin, Monsieur le Général, me charger de vous faire connaître ses intentions à cet égard. Vous devez être assuré, d’ailleurs, du désir que j’ai de concourir avec vous à l’adoption des mesures nécessaires pour achever de dissiper le mal que vous avez déjà très-affaibli , lorsque ces mesures seront en mon pouvoir.

 

Paris, 14 février 1808

DÉCISION

Le général Clarke, ministre de la
guerre, demande à l’Empereur si son intention est que les troupes et le matériel du parc de réserve d’artillerie des côtes de l’Océan rejoignent, immédiatement après leur arrivée à Bayonne, le corps d’observation des côtes de l’Océan, en Espagne.
La mémoire ne me retrace pas l’ordre que j’ai donné relativement à cela. Le corps d’observation des côtes de l’Océan doit avoir trente-six pièces de canon attelées avec les approvisionnements et les cartouches d’infanterie nécessaires. Ce parc est-il nécessaire pour arriver à ce résultat ? Dans ce cas, il n’y a point de doute qu’il faille lui donner l’ordre de rejoindre le corps d’observation des côtes de l’Océan. Si, au contraire, il a ses bouches à feu et ce qu’il lui faut indépendamment de ce parc, il faut m’envoyer un état de la composition de son artillerie et un état de ce parc à Bayonne, afin que je voie à quoi il pourrait me servir dans une autre occasion.

 

Palais des Tuileries, 14 février 1808

OBSERVATIONS FAITES DANS LE CONSEIL D’ADMINISTRATION DE L’INTÉRIEUR

On devait, dans ce conseil, arrêter les mesures à prendre pour que le blocus fût le moins possible préjudiciable au commerce national. A la suite de la discussion, l’Empereur, ne trouvant pas la question suffisamment étudiée, prescrivit les dispositions rapportées dans l’extrait ci-après du procès-verbal de la séance.

Sa Majesté établi les questions suivantes, dont elle ordonne le renvoi aux ministres de l’intérieur et des finances, pour présenter, dans le courant de la semaine prochaine, un projet de règlement qui forme, sur la matière en discussion, une législation complète.

1e SÉRIE DE QUESTIONS.

1° Le cabotage d’un port de France à l’autre, par des bâtiments français, sera-t-il permis ? La question paraît devoir être décidée affirmativement. 

2° Le même cabotage, par des bâtiments alliés, sera-t-il permis ? 

3° Le sera-t-il, par des bâtiments neutres ?

Ces deux questions paraissent devoir être décidées négativement.

2° SÉRIE DE QUESTIONS.

1° Les bâtiments français du petit cabotage pourront-ils exporter toute sorte de marchandises, et, par exemple, des blés ? Cette question parait pouvoir être décidée affirmativement.

2° Les bâtiments alliés feront-ils le même cabotage, pourront-ils exporter toute sorte de marchandises ?
3° Les bâtiments neutres faisant le même cabotage pourront-ils exporter toute sorte de marchandises ?

Ces deux questions paraissent devoir être décidées négativement.

3° SÉRIE DE QUESTIONS

Le cabotage d’un port de France à une côte étrangère sera-t-il permis, 1° à des bâtiments français, 2° à des bâtiments alliés ? ces deux questions paraissent devoir être décidées affirmativement; 3° à des bâtiments neutres ? cette question est de nature à être discutée, par exemple, pour ce qui concerne les Américains.

4e SÉRIE DE QUESTIONS

Le cabotage de France à un port étranger sera-t-il permis pour toute marchandise, 1° à des bâtiments français, 2° à des bâtiments alliés, 3° à des bâtiments neutres ? Ces questions paraissent devoir être décidées comme celles de la troisième série.

5e SÉRIE DE QUESTIONS

Le cabotage d’un port étranger à un port français sera-t-il permis, 1° aux bâtiments français, 2° aux bâtiments alliés, 3° aux bâtiments neutres ?

Il faut distinguer les marchandises. Toute marchandise anglaise étant prohibée, il ne peut y avoir de question à cet égard. Toute denrée coloniale est prohibée si elle est d’origine anglaise ; or l’Espagne n’a pas de denrées coloniales; le Portugal en a encore, mais en petite quantité. Quant aux bâtiments espagnols, napolitains, italiens, hollandais, chargés de denrées de leurs pays, il n’y a pas de difficulté; mais, pour ce qui concerne les denrées coloniales, c’est un point de discussion important et l’un des principaux objets du travail des ministres.

6e SÉRIE DE QUESTIONS. 

DU GRAND COMMERCE.

1° Permettra-t-on à des bâtiments français de faire la grande navigation pour importer et exporter toute espèce de marchandises ? Cette question paraît devoir être décidée affirmativement, avec cette exception cependant que les bâtiments n’importeront pas de denrées ou de marchandises d’origine anglaise. On ne s’occupe ici ni de la relâche en Angleterre, ni de la visite par les bâtiments anglais, parce qu’on suppose ces deux cas impossibles.

2° Donnera-t-on la même permission aux bâtiments alliés ?

3° La donnera-t-on aux bâtiments neutres ?

Ces deux questions paraissent devoir être résolues comme la première; bien entendu que ces bâtiments ne viendront pas d’Angleterre et n’auront pas été visités par les Anglais.

7e SÉRIE DE QUESTIONS.

1° Quels sont les pavillons alliés ?

Les pavillons alliés sont : les pavillons danois, russe, espagnols, italien, napolitain et ottoman.

2° Quels sont les pavillons neutres ?

Les pavillons neutres sont : les pavillons autrichien et américain.

8e SÉRIE DE QUESTIONS.

Les décisions qui seront rendues sur les articles ci-dessus seront-elles communes aux bâtiments qui arriveront sur leur lest, quand même ils auraient touché en Angleterre ou auraient été visités par les Anglais ?

9e SÉRIE DE QUESTIONS.

Quelle est la législation établie ou à établir relativement au commerce de Hambourg ?

Les ministres de l’intérieur et des finances, après avoir examiné ces diverses questions, rédigeront un projet de règlement général.

Un article de ce règlement établira la suppression des pavillons de Kniphausen, de Papenburg, Oldenburg et Mecklenburg.

Les ministres proposeront les moyens d’exécution nécessaires pour que les bâtiments quelconques à qui l’on permettrait l’entrée dans les ports de France, chargés ou non de marchandises qu’on viendrait à reconnaître pour anglaises, ayant ou n’ayant pas touché en Angleterre, ayant ou n’ayant pas été visités, ne soient admis que conditionnellement. Il conviendrait, pour cet objet, de statuer qu’aucun bâtiment ne serait admis de droit, et que son admission serait soumise à un conseil qui se tiendrait à Paris, et qui déciderait en conséquence de toutes les données et renseignements qui se trouveraient à sa connaissance.

 

Palais des Tuileries, 14 février 1808

OBSERVATIONS FAITES DANS LE CONSEIL D’ADMINISTRATION DES FINANCES.

La dette du Piémont étant de 2,406,000 francs, il y a eu pour 825,000 francs d’extinctions, en conséquence du décret du 25 prairial. La dette du Piémont n’est donc plus que de 1,581,000 francs.

Au 1er janvier 1808, le Domaine avait vendu pour 7,632,000 francs de domaines en Piémont, ou avait acquis pour 7,632,000 francs de monti, provenant de la vente d’une somme quelconque de domaines. Sur cette somme, 1,330,000 francs avaient été payés en actions de Lucedio, qui forment une dette à part; 41,000 francs avaient été payés sur l’emprunt de Verceil, qui est aussi une dette à part, et 5,798,000 francs en monti, somme qui, calculée à vingt capitaux, produit un intérêt de 289,900 francs de monti, lesquels doivent être pris au trésor et brûlés publiquement, puisqu’ils sont éteints.

Il reste 462,000 francs à recouvrer par l’enregistrement, et, comme on ne sait pas en quelle monnaie ils seront payés, c’est-à-dire quelle partie sera en actions de Lucedio, on ne peut savoir combien cela éteindra de monti; on peut cependant calculer sur une vingtaine de mille francs. Ainsi, dès aujourd’hui, la dette de Piémont se trouve avoir éprouvé une nouvelle réduction de 289,000 francs.

La caisse d’amortissement a acquis en argent 63,000 francs de rente ; elle a vendu pour 5,230,000 francs de domaines qui lui appartenaient, et sur lesquels 1,460,000 francs ont été payés en rescriptions de la dette non consolidée; 1,878,000 francs étaient déjà rentrés à la caisse d’amortissement, faisant 93,900 francs de monti, et 3,890,000 francs lui sont dus. On ne peut savoir ce que cela produira, parce qu’on ne sait pas si les payements se font en monti ou en rescriptions.

Ainsi donc la dette du Piémont était, au le, janvier 1808, de 1,291,000 francs, sur lesquels 156,000 francs étaient déjà entre les mains de la caisse d’amortissement. Il n’était donc plus dû en Piémont que 1,135,000 francs. Les ventes déjà faites et non encore payées produiront au Domaine 23,000 francs d’extinction, et à la caisse d’amortissement 180,000 francs; alors la dette se trouverait être de 1,270,000 francs, sur lesquels 250,000 appartiendraient à la caisse d’amortissement. Il resterait 1,020,000 francs payables au Piémont.

Il faut que le ministre fasse un rapport détaillé et présente un projet de décret pour fermer le compte de la caisse d’amortissement, et pour ordonner, 1° que les 63,000 francs de la caisse d’amortissement achetés en monti seront versés au trésor pour être brûlés, 2° qu’il en sera de même de 93,000 francs rentrés sur les ventes au ler janvier 1808; 3° qu’en remplacement de ces 156,000 francs, la caisse d’amortissement recevra des inscriptions sur le grand-livre. Le ministre calculera de clerc à maître l’opération de 63,000 francs, en faisant placer à la caisse d’amortissement son argent à 5 pour 100 ; et, pour les 93,000 francs provenant des domaines, le ministre calculera pour quelle somme ces domaines avaient été cédés, et combien ils ont été vendus, et le placement pour la caisse d’amortissement sera fait au cours actuel. Selon les calculs du pays, la caisse d’amortissement doit avoir gagné 30 pour 100.

Le ministre, par le même projet de décret, établira que les 1,471,000 francs provenant des rescriptions de liquidations provisoires seront également consolidés sur 1’État, en comptant avec la caisse d’amortissement de clerc à maître.

M. Defermon, assurant que des rescriptions provenant de la dette des corporations supprimées montent à 1,521,000 francs, et 1,473,000 francs étant rentrés à la caisse d’amortissement, il n’y aurait donc presque plus rien en circulation. Il serait convenable alors d’admettre ces rescriptions en payement de chaque domaine, au tiers ou au quart de la vente, ou bien de les consolider tout de suite sur le grand-livre de France. Pour bien asseoir une idée, il faudrait savoir à quoi montera cette valeur,

Le ministre, en remettant ce travail, présentera aussi un mémoire sur l’autre dette du Piémont à liquider., et proposera le parti qu’il faut prendre.

Il fera également connaître son opinion et présentera un projet de décret sur les moyens d’éteindre non-seulement la dette du Piémont, mais encore celle de Gênes. On vient de dire que la dette du Piémont s’élève à 1 million; elle sera même au-dessous de 900,000 francs, attendu que les mesures à adopter ne pourront être prises avant mars. La dette de Gênes étant de 6 à 700,000 francs, la dette totale peut donc être évaluée à environ 15 ou 16 cent mille francs. On pourrait inscrire le tiers sur le grand-livre, qui se trouverait augmenté de 500,000 francs, et liquider les deux autres tiers au moyen de 20 millions de rescriptions pour lesquelles la caisse d’amortissement affecterait 20 millions de domaines, ou céder 30 millions de domaines à la société des monti. L’une et l’autre de ces mesures obligeraient les Génois, ainsi que les personnes du Piémont qui ne veulent pas de biens ecclésiastiques, à acheter des domaines qui seraient vendus en suivant les estimations déjà faites.

Quant à la caisse d’amortissement, à qui appartiennent ces domaines, on la payerait en une inscription égale à celle qu’elle a cédée pour les acheter.

Dans son rapport, le ministre fera bien connaître si les affaires de Lucedio et de l’emprunt de Verceil sont finies, ou , si elles ne le sont pas , ce qui reste. Il donnera aussi une explication sur les motifs qui l’ont déterminé à prescrire de n’adjuger qu’à trente capitaux.

 

Paris, 15 février 1808

A Joseph Napoléon, roi de Naples

Mon Frère, mon escadre est partie de Toulon le 10, à dix heures du matin, sous les ordres de l’amiral Ganteaume, forte de deux vaisseaux à trois ponts, huit vaisseaux de 80 et de 74, de plusieurs frégates et bricks, et de trois grosses flûtes chargées d’artillerie et de munitions de guerre pour Corfou. Le 10, à six heures du soir, elle était hors de vue, avait vent arrière, et il est probable que le même coup de vent l’aura menée au delà du cap Bon.

Je vous ai écrit le 7 février; c’est aujourd’hui le 15; ainsi vous aurez probablement reçu ma lettre dans le moment où je vous parle. Je vous disais que Ganteaume irait sans doute à Corfou; c’est effectivement ce qu’il a fait. Je vous recommande les dispositions contenues dans cette lettre du 7, pour que ce qui est à Brindisi, Otrante, destiné pour Corfou, arrive dans cette place. Envoyez-y aussi tout l’argent que vous pourrez; n’épargnez rien, et qu’il y ait 6,000 hommes, Français, Napolitains, Italiens, en garnison dans la seule île de Corfou. Je vous ai écrit, par cette même lettre, sur l’expédition de Sicile. De Reggio à Corfou il n’y a qu’un pas; et, si les Anglais n’ont pas plus de 4 ou 5,000 hommes, comme on l’assure, l’expédition de Reggio pour s’emparer sur-le-champ du Phare peut être facilement entreprise, et, par suite, vous deviendrez maître de la Sicile. Le ministre de la marine a dû vous écrire depuis et vous envoyer même un officier. J’attends avec impatience de vos nouvelles, et je compte sur votre activité dans cette circonstance importante. Je compte que l’expédition de Reggio réussira, mais enfin préparez toujours vos moyens à Naples; j’attends d’autres escadres.

 

Paris, 15 février 1808

A Eugène, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je vous confie pour vous seul que mon escadre est partie de Toulon le 10 février, forte de dix vaisseaux, se dirigeant sur Corfou. Vous sentez l’importance de faire partir, de Venise et d’Ancône, tout ce qui doit en partir. Vous sentez aussi l’importance de garder sur tout cela le plus profond secret. Faites-moi connaître de quelle manière l’escadre russe est mouillée à Trieste. Est-elle à l’abri d’une force supérieure anglaise ?

 

Paris, 16 février 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, écrivez au sieur Beauharnais que, il y a bien du temps, j’ai envoyé huit chevaux au roi d’Espagne et six au prince de la Paix. Je ne sais comment mon grand écuyer a dirigé l’envoi de ces chevaux; mais, s’ils ne sont pas arrivés à Madrid, mon intention est qu’à leur arrivée le sieur Beauharnais les retienne dans ses écuries, vu qu’il n’est pas convenable, dans la situation actuelle, que je fasse un présent de chevaux au roi d’Espagne. Quand je parle comme cela, je suppose que ces chevaux ne seront point arrivés et n’auront pas été présentés au Roi.

 

Paris, 16 février 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Je vous envoie un rapport au vice-roi sur la comptabilité de l’armée de Dalmatie. Écrivez à Marmont et à l’ordonnateur que je suis mécontent de cette conduite; que je ne veux aucun dérangement dans la comptabilité; que je porte un oeil attentif sur l’armée de Dalmatie, qui me coûte plus qu’une armée double en force; que j’en tends qu’on ne fasse aucune violation de caisse, et que tout marche en règle.

 

Paris, 16 février 1808

Au prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée

Mon Cousin, vous témoignerez mon mécontentement au maréchal Davout de ce qu’il a permis le passage d’un régiment prussien sur le territoire du duché de Varsovie. Les États du roi de Saxe, faisant partie de la Confédération du Rhin, sont inviolables. Aucune troupe étrangère ne doit y passer. Ecrivez au maréchal Davout qu’il s’abs tienne d’accorder le passage désormais; qu’il donne des coups de fusil à qui que ce soit qui voudra violer ce territoire.

 

Paris, 16 février 1808

A M. Daru, intendant général de la Grande Armée

Monsieur Daru, j’ai reçu votre projet de traité : j’en approuve la forme, mais, pour remplir le but, il faut bien spécifier deux choses : 1° que les revenus des domaines , avec tout ce qui serait dû par les fermiers, me restent également acquis, de sorte que ces domaines, depuis que l’armée est entrée dans le pays, soient censés n’avoir jamais passé dans les mains du Roi, et qu’il soit dit que je renonce à tel article de la Constitution par lequel je me réserve la moitié de ces domaines; en portant les domaines à cinq millions, je consentirai à payer les contributions , pourvu qu’elles soient les mêmes et ne soient pas plus fortes que celles des autres terres; 2° que, quant aux contributions, celles qui étaient arriérées au moment de l’entrée de l’armée dans le pays m’appartiennent également. Moyennant ces changements, la convention me paraît assez bonne. Il faut que ce qui me reste dû des contributions soit payé dans l’espace d’un an, à tant par mois.

 

Paris, 17 février 1808

NOTE POUR M. CRETET, MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

Il faut établir en système que tout bac qui rend plus de 12,000 fr. est susceptible d’être remplacé par un pont de bateaux, au moyen du sacrifice, que ferait l’État, du produit du bac. Un bac qui rend 12,000 francs en perçoit au moins 18,000, et doit même pouvoir en rapporter 24,000 par l’augmentation qui résultera de la commodité du passage. Or un bateau, pour un pont de bateaux, coûte 1,500 francs; un pont sur la Seine, pour les plus grandes eaux, ne demande pas plus de trente bateaux, c’est-à-dire une dépense de 45,000 francs. En y ajoutant 15,000 francs pour le tablier, on a une dépense totale de 60,000 francs, et pour cette dépense un revenu de 24,000.

 

Paris, 17 février 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Il y a à Rennes un grand nombre de soldats qui attendent leur retraite. Je suppose qu’il en est de même dans d’autres départements.

Il est bien nécessaire de se défaire de ces individus. Ne recevant pas leur retraite et n’ayant plus de solde, ils demandent l’aumône.

Prenez des mesures pour qu’ils reçoivent promptement leur retraite, et, en attendant, faites-leur fournir les vivres et la paye par les préfets. Vous sentez qu’il n’y a rien de plus malheureux que de voir d’anciens soldats mendier. Cela décourage et nuit beaucoup à l’esprit militaire.

 

Paris, 17 février 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine

Je viens de signer un décret pour une levée de matelots dans les villes hanséatiques. Il est nécessaire que vous vous entendiez avec le major général pour lui adresser tous les ordres d’exécution.

 

Palais des Tuileries, 17 février 1808

DÉCRET

NAPOLÉON, Empereur des Français, Roi d’Italie et Protecteur de la Confédération du Rhin,

Avons décrété et décrétons ce qui suit

ARTICLE 1er. – La ville et le territoire de Hambourg fourniront 2,000 matelots; la ville et le territoire de Brême en fourniront 500; la ville et le territoire de Lubeck en fourniront 500.

ART. 2. – Ces 3,000 matelots seront dirigés sur Flessingue et sur Boulogne pour l’armement de nos flottes.

ART. 3. – Nos ministres de la marine, de la guerre, et des relations extérieures, sont chargés de l’exécution du présent décret.

 

Paris, 17 février 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

D’où viennent ces détails de journaux d’aujourd’hui sur la réception de M. de Caulaincourt ? Le Publiciste pourrait bien se dispenser de faire l’éloge de M. de Lambert. Faites faire des articles qui peignent cet officier comme un traître, qui s’est battu contre sa patrie, et qui a eu la douleur d’assister au triomphe des Français.

 

Paris, 17 février 1808

A M. Boulay de la Meurthe, Conseiller d’État, chargé du contentieux des domaines

Faites-moi un rapport sur un arrêté du préfet du Finistère qui dépossède un sieur Roulet, distillateur, d’une propriété nationale dont il jouit depuis douze ans. Cet arrêté est motivé sur ce que le sieur Parcevaux, premier propriétaire, n’a jamais émigré. Mon intention est que vous examiniez cette affaire importante, que vous portiez au Conseil l’arrêté du préfet, et que, s’il en est ainsi, il soit cassé ostensiblement.

 

Paris, 17 février 1808

A Eugène, vice-roi d’Italie

Mon fils, étant très-mécontent d’Alquier, je l’ai rappelé. Il devait remettre une note qu’il n’a point remise, et, dans son audience chez le pape, il a par1é de lui et a fait ses affaires plutôt que les miennes. Cette fatuité, toute ridicule qu’elle est, est un crime de la part d’un ambassadeur. Faites connaître au général Miollis que je compte que mes intentions sont remplies : 1° que tous les sujets napolitains, surtout les cardinaux, ont été envoyés à Naples, et qu’au défaut de s’y prêter de bon gré, il les a fait arrêter et conduire de force; 2° qu’il a pris les troupes du pape sous son ordre, et qu’elles font le service concurremment avec les siennes, et qu’il veille à ce qu’elles ne manquent de rien; 5° qu’il s’est emparé des postes, qu’il y a mis des agents français ou italiens: de sorte qu’aucun imprimé ou mauvaise lettre ne puisse être expédié pour l’étranger. Veillez à l’exécution de cette mesure, et rendez responsables les directeurs et les maîtres de postes de l’expédition de tout courrier pour la Romagnc avec la Toscane. Recommandez à Lemarois d’y veiller de son côté.

 

Paris, 17 février 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je vous ai mandé que j’avais rappelé Alquier. J’apprends que le général Miollis a éprouvé des difficultés à Rome pour la solde et pour l’entretien; ce sont de vains prétextes; il doit prendre toutes les mesures pour que mes troupes ne manquent de rien , et qu’on les loge; et, s’il arrive que le Gouvernement romain soit dans l’impossibilité de fournir à leur entretien, le général Miollis prendra le gouvernement et l’administration de la ville et de toutes les provinces ecclésiastiques , autres que celles d’Ancône, de Camerino, d’Urbin, de Macerata, qui sont sous les ordres du général Lemarois. Vous ordonnerez, en conséquence, que les troupes qui sont à Cività-Vecchia soient sous les ordres du général Miollis, ainsi que toutes celles qui se trouvent entre les Apennins et la Méditerranée, et ce général correspondra avec vous pour ces nouvelles provinces; ce qui n’empêchera pas le général Lemarois de lui faire passer en droite ligne toutes les sommes qu’il aura disponibles et qui seront utiles à son service. Vous pouvez écrire au général Miollis de renvoyer à Naples, où elles sont nécessaires, les troupes qui sont venues de Terracine; il ne gardera que ce qu’il croira utile de garder. Il me semble qu’un régiment de chasseurs napolitains à cheval , entre Naples et Rome, suffit pour maintenir la communication.

Le général Miollis doit envoyer de l’artillerie et de l’infanterie, qui, dans les circonstances actuelles, sont très-nécessaires à Naples. Faites passer ces différents ordres.

——–

P. S. Annoncez à Rome, à Miollis, qu’il est possible que je m’y rende bientôt, mais sous le secret.

 

Paris, 17 février 1808

A Eugène, vice-roi d’Italie

Mon fils, je reçois votre lettre du 10 février. Je ne pense pas que le général Lemarois doive rapporter ses mesures. Puisqu’il a centralisé les caisses à Ancône, qu’il continue cette centralisation; mais que ce dont il pourra disposer, après avoir payé ses troupes et les travaux du port, il le fasse passer au général Miollis, pour l’entretien de ses troupes. Ecrivez-lui de vous rendre des comptes fréquents, afin que  vous puissiez ordonner des envois. Vous pouvez donner l’ordre que les denrées coloniales qui se trouvent à Ancône sur les prises autrichiennes, soient vendues pour servir à alimenter le royaume, et même être envoyées en France, surtout le coton s’il y en a, en défendant toute exportation par mer. Vous en ferez garder note, pour pouvoir en tenir compte à qui de droit, lorsque les prises seront jugées. Il faut donc que cela parte du général Lemarois, sans que vous paraissiez vous en mêler d’aucune manière; il doit motiver cet acte sur ce que les denrées se gâtent.

 

Paris, 17 février 1808

A Louis Napoléon, roi de Hollande

Il est nécessaire que vous traitiez bien le prince d’Oldenburg; et, si c’est vous qui avez fait occuper ses Etats, retirez-en vos troupes; si c’est la Grande Armée, je fais donner le même ordre au prince de Ponte-Corvo. Écrivez à ce prince que je vous ai recom mandé de le bien traiter, sachant que la Russie prend à lui un vif intérêt.

Une armée russe est entrée en Finlande pour attaquer le roi de Suède, qui décidément fait cause commune avec l’Angleterre. Faites passer autant de chaloupes canonnières que vous pourrez en Danemark pour aider à l’expédition danoise et française qui va se rendre en Scanie. Il est convenable également que vous fassiez mettre en rade au Texel huit vaisseaux de guerre et deux frégates. Mon escadre de Flessingue va entrer en rade; envoyez-y une corvette bonne marcheuse et une frégate pour servir dans cette escadre. Les alliés se plaignent que la Hollande ne les seconde pas, et que, tandis que leurs forces sont occupées dans le nord, vous ne faites rien pour la cause commune.

Mes escadres de Toulon, Rochefort, Lorient et Brest sont parties; jusqu’à cette heure elles ont obtenu des succès assez importants.

Je vous recommande ces observations importantes. L’Irlande n’a jamais été aussi exaspérée; j’y ai de fortes intelligences; il faut vous mettre en mesure de les seconder. L’Angleterre, inquiète en Irlande, menacée aux Indes par une armée française et russe, sera amenée enfin à des principes de raison.

 

Paris, 17 février 1808

DÉCISION

L’Empereur a paru disposé à accorder au général Sorbier, en raison de l’importance de son commandement, une indemnité mensuelle. On propose de fixer ce traitement extraordinaire à mille francs qui seront payés depuis le jour où le général Sorbier a pris le commandement de l’artillerie de l’armée d’Italie. Accordé

 

Palais des Tuileries, 18 février 1808

DÉCRET SUR L’ORGANISATION DE L’INFANTERIE

 

Paris, 18 février 1808

A M. Gaudin, ministre des finances

Vous trouverez ci-joint l’état des finances de la Toscane, d’où il résulte qu’elle a de revenu 6 millions d’écus; chaque écu est de 6 livres; indépendamment de cela, il y a un revenu de 547,000 écus pour le payement de la dette publique; ce qui fait plus de 15 millions. Les dépenses ne sont évaluées qu’à 1 million d’écus ou 6 millions de livres, dépenses qui sont susceptibles d’une grande réduction, puisque les pensions militaires y sont portées à 140,000 écus, et qu’elles peuvent toutes être réduites. Ainsi donc il resterait 9 millions. Mais la dette publique urgente ne consiste qu’en 2 millions d’écus à 3 pour cent; on pourrait donc profiter par an de plus de 8 millions, puisqu’il y a beaucoup de dettes courantes qui ne sont pas consolidées. Voici donc les dispositions que j’ai arrêtées et que vous voudrez bien prescrire au conseiller d’État Dauchy.

Première disposition : il ne sera payé d’intérêts de la dette publique que pour les 12,300,000 écus qui appartiennent aux particuliers. L’autre partie de la dette sera ajournée jusqu’à ce qu’on sache ce qui doit être définitivement payé. Le capital de la dette publique, montant à 1,700,000 écus, les 250,000 écus appartenant à l’État et les 700,000 écus appartenant à la Couronne peuvent être réduits sans inconvénient. Le reste appartient à des corporations religieuses, à des villes; on peut en retarder le payement. Les 2,300,000 écus seuls qui appartiennent aux particuliers ne sont susceptibles d’aucun retard dans les payements. Des dettes courantes, qui se montent à 1,300,000 écus, il ne doit en rien être payé sans mon ordre. La dette envers l’Autriche ne doit pas non plus être payée; il faut attendre de nouveaux ordres, mais jusque-là ne rien payer sur ces 1,300,000 écus. Toutes les dépenses continueront à être payées jusqu’au 1er juillet, hormis que le sieur Dauchy ne payera qu’aux militaires en activité de service leurs appointements, de sorte que, sur les 140,000 écus portés pour cette dépense, il faut faire au moins une économie de 40,000 écus. Par ce moyen, non-seulement il pourra fournir les 500,000 francs par mois, mais avoir encore un reste à la fin du mois pour servir à la dépense publique. Lisez avec attention cet état et donnez des ordres conformément aux miens. Faites connaître au sieur Dauchy que je suis impatient qu’il me mette en mesure de donner des ordres pour organiser le pays.

 

Paris, 18 février 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public

Monsieur Mollien, mon intention est qu’il y ait, rendus à Bayonne pour le 5 mars, 2 millions en or, dans un fourgon attelé de 8 chevaux et sous la garde d’un caissier du trésor. Cette caisse fera partie du trésor public, et le caissier aura l’ordre de ne payer que sur vos ordres ou les miens. Cette opération doit se faire le plus secrètement possible.

Envoyez-moi aujourd’hui l’état de situation de la caisse du corps d’observation des côtes de l’Océan, celui du corps d’observation de la Gironde et celui de la division des Pyrénées occidentales. Je désirerais que la solde de ces corps se trouvât assurée au ler mars, dans leur caisse, pour les mois de mars, avril et mai.

 

Paris, 18 février 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Je reçois votre lettre d’aujourd’hui avec les états relatifs à l’artillerie du corps d’observation des côtes de l’Océan. Vous donnerez les ordres suivants.

Une compagnie d’artillerie à cheval, des trois du corps du maréchal Moncey, passera sous les ordres du général Dupont, et le général Dupont enverra en place une compagnie composée du même nombre de canonniers à pied. Je n’ai pas besoin de vous faire sentir la raison de ce mouvement.

Les quatre pièces de 12 qui sont à Bayonne, du parc de la Rochelle, et deux de 4 partiront avec deux compagnies d’artillerie à pied (des trois qui sont à Bayonne, qui sont la 20e du ler régiment et les 7e et 22e du 5e), également pour l’armée des côtes de l’océan; moyennant l’arrivée de ces quatre pièces, le maréchal Moncey aura quarante-deux pièces de canon.

Vous ferez donc partir de Bayonne quatre pièces de 12 et deux de 4, total six pièces, et cinq affûts de 12, un affût d’obusier (quinze affûts d’obusier n’étant pas suffisants pour douze obusiers) , un affût de 4, dix-huit caissons de 12, quatre caissons de 8, six de 4, vingt-huit caissons d’infanterie; total soixante-neuf voitures.

Il restera à Bayonne quatre pièces de 8, quatre de 4 et quatre obusiers, deux caissons d’infanterie. Il est nécessaire de compléter ces caissons.

En faisant partir deux compagnies d’artillerie à pied, il restera à Bayonne une compagnie, qui sera augmentée d’une compagnie qui partira de l’île d’Aix. Ces douze pièces de canon, avec un approvisionnement et demi, et les caissons d’infanterie désignés, resteront à Bayonne pour servir la division d’Orléans. Vous recevrez mes ordres au 1er mars, sur le mouvement définitif de cette artillerie. Je suppose qu’au 1er mars elle sera réunie à Bayonne. Vous ferez partir la compagnie de l’île d’Aix pour Bayonne. Nommez un chef de bataillon pour commander ces deux divisions d’artillerie, qui seront composées chacune de deux pièces de 4, deux de 8 et de deux obusiers.

Tous les approvisionnements que vous destinerez à la division d’Orléans, et dont j’avais approuvé le mouvement, vous les réunirez également à Bayonne, mais sans pièces. 400 chevaux peuvent atteler cent voitures. Je désire donc avoir à Bayonne cent voitures d’approvisionnement, dont quarante pour caissons d’infanterie et soixante de munitions à canon. Vous calculerez ces munitions à canon de manière que le maréchal Moncey ait, avec ce qu’il a, un double approvisionnement de 12, c’est-à-dire six nouveaux caissons; un double approvisionnement de 8, c’est-à-dire huit caissons; un triple approvisionnement de 4, c’est-à-dire treize caissons; un double approvisionnement d’obusiers, c’est-à-dire dix-huit caissons; ce qui fait quarante-cinq caissons; les quinze autres nécessaires pour des forges, des outils de parc, quelques artifices nécessaires pour mettre le feu à une porte qu’on veut emporter de vive force, etc. Ce parc de cent voitures restera à ma disposition à Bayonne. Vous me ferez connaître le jour où il sera réuni, pour en disposer alors.

Ainsi je dois avoir à Bayonne : 1° le parc de cent voitures attelées par le 6e bataillon bis et la compagnie du train partis dernièrement de Besançon; 2° les douze pièces qui s’y trouvent actuellement restant du parc de la Rochelle et de Toulouse, c’est-à-dire quatre-vingts voitures, dont cinquante et une sont existantes actuellement. Il faudra donc vingt-neuf ou trente voiture, pour compléter ce parc.

Faites-moi connaître ce qu’il serait nécessaire de préparer au général Dupont pour lui compléter son double approvisionnement.

 

Paris, 18 février 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, vous ferez connaître aux trois colonels des 92e, 84e et 9e de ligne que j’ai à me plaindre d’eux, que leur conduite n’est pas sans reproches, mais que je ne veux pas donner d’autres suites à cette affaire, en raison des services importants qu’ils m’ont rendus sur les champs de bataille. Il m’est cependant impossible de les laisser à leur régiment. Mais mon intention est qu’ils aient le grade de colonel et qu’ils soient employés en cette qualité, celui du 92e sous les ordres du général Junot, le colonel Pepin sous ceux du général Dupont et le colonel du 84e avec le maréchal Moncey. Ces généraux pourront les employer au commandement de régiments provisoires. Vous me proposerez trois officiers pour être employés au commandement de leurs trois régiments vacants. Votre lettre devra être modérée,puisqu’elle reste, et vous les ferez venir pour leur dire que j’ai été mécontent plus que vous ne l’avez exprimé, mais qu’ils pourront me faire oublier leur conduite par de nouveaux services, qu’ils sont remplacés dans le commandement de leur régiment.

 

Paris, 18 février 1808

Au général Savary, aide de camp de l’Empereur, à Paris

Monsieur le Général Savary, le ministre de la guerre vous donnera l’ordre de vous rendre à Orléans, vous y serez rendu demain. Vous trouverez ci-joint l’état des 13e, 14e, 15e, 16e, 17e et 18e régiments provisoires, mais mon intention est de changer cette formation. Vous commencerez par former le 17e et le 18e qui me paraissent entiers. Vous en passerez la revue. Vous formerez le 16e qui sera composé d’un bataillon du 36e et de deux bataillons que vous formerez à quatre compagnies et qui devra être fort de cinq à six cents hommes. Quand ces régiments seront formés, vous enverrez le procès-verbal de leur formation au ministre de la guerre et vous les mettrez en route pour Bordeaux, après vous être assuré qu’ils ont leurs souliers, capotes, etc.

S’il y a un général de brigade à Orléans qui vaille quelque chose, vous le chargerez du commandement de ces deux régiments. Le général Chanez continuera de rester à Orléans pour y recevoir les détachements. Vous réunirez les autres régiments et procéderez à leur formation, à mesure qu’ils arriveront.

 

Paris , 18 février 1808, 2 heures après midi

Au maréchal Bessières, commandant la cavalerie de la Garde impériale

Mon Cousin, faites partir pour Poitiers les quatre bataillons de fusiliers de ma Garde qui sont à Fontainebleau, Cherbourg, Compiègne et Rouen. Qu’ils se dirigent chacun de leur côté, afin d’arriver à Poitiers le plus tôt possible. Ayez soin qu’ils soient munis de quatre paires de souliers, dont ils consommeront une paire dans leur route jusqu’à Poitiers, afin qu’ils puissent partir de Poitiers avec une paire de souliers aux pieds et deux dans le sac. Vous donnerez des ordres pour qu’ils soient habillés à neuf, qu’ils aient leurs capotes et qu’ils n’aient besoin de rien.

Faites partir trente boulangers, un ordonnateur, tous les caissons qui vous restent, tous les caissons d’ambulance qui vous restent, des chirurgiens en proportion et un autre commissaire des guerres.

Le colonel-major Boyer se rendra en toute diligence à Poitiers et y sera rendu avant les troupes. Il ne sera fait aucun établissement pour les troupes ne devant pas rester à Poitiers. On se procurera seulement là quelques chevaux ou mulets pour remplacer les chevaux d’artillerie qui, en passant, seraient fatigués. Vous aurez soin que tout cela parte demain de Paris avant cinq heures du matin, afin que l’on ne s’aperçoive d’aucun mouvement dans Paris.

Faites partir de la Fère huit pièces de canon avec les caissons et approvisionnements nécessaires.

Vous ferez partir des détachements de chasseurs à cheval, de grenadiers à cheval et de dragons, de manière que le corps qui est à Bordeaux offre 200 hommes présents par escadron et en état de faire campagne. Vous ferez partir les Polonais qui restent, en ayant soin de ne faire partir cependant que des hommes en bon état et munis de tout. Vous ferez partir cent gendarmes d’élite.

Vous verrez le ministre de la guerre pour profiter du courrier qu’il expédiera dans trois heures, pour envoyer l’ordre au général Lepic de partir de Bordeaux avec toute ma Garde, infanterie, cavalerie et artillerie, pour être arrivé à Bayonne au plus tôt le ler mars, et au plus tard le 3. Je donne ces trois jours de plus pour qu’on ne fasse aucune marche forcée.

Par le même courrier vous ferez passer une lettre du grand maréchal Duroc à Canisy, par laquelle il lui donnera l’ordre de partir avec tous mes chevaux, voitures, fourgons, pour suivre le mouvement de ma Garde sur Bayonne.

 

Paris, 18 février 1809

Au général Bertrand, aide de camp de l’Empereur

Rendez-vous à Cherbourg; visitez les travaux de la digue, du fort Napoléon, le port et les constructions, et les magasins de toute espèce. Voyez dans quelle situation se trouve la digue, les moyens qu’il faut prendre pour établir deux batteries aux deux bouts qui défendent la passe. Il est impossible de laisser cette passe sans défense, vu que l’ennemi peut s’en emparer et brûler l’escadre que j’ai dans l’intérieur du port. Vous resterez sept jours à Cherbourg et me ferez un rapport sur tout cela. Jusqu’à quel degré puis-je compter sur la sûreté de la rade ? Quand le port Napoléon pourra-t-il donner entrée à des vaisseaux ? Peut-on y construire dès aujourd’hui des vaisseaux de guerre ? Comment vont les constructions des frégates ?

Vous irez de là aux îles Marcouf, pourvu, toutefois, qu’il n’y ait pas de dangers. Vous verrez les travaux, la garnison et les fortifications; on m’y dépense des sommes considérables pour la tour. Étudiez des moyens d’économiser le plus possible; une seule tour qui aurait 50 pieds de diamètre et 30 pieds de hauteur serait suffisante. Dans l’autre île, une tour ayant 18 pieds d’élévation et seulement trois toises de diamètre ne serait-elle pas suffisante pour défendre cette petite île, et combien coûterait-elle ?

Vous irez de là au Havre. Vous verrez pourquoi les deux frégates que j’y ai ne sont pas parties; pourquoi les ingénieurs de l’intérieur ne maintiennent pas les chasses. Vous me ferez un mémoire sur les travaux des ponts et chaussées, sur ceux qui sont les plus pressants à faire, sur les magasins, sur les bois, sur l’arsenal, etc. Avant de partir du Havre, vous m’enverrez un long mémoire tant sur les îles Marcouf que sur le Havre.

Vous vous rendrez à Saint-Valery; vous y verrez l’état des travaux du canal de la Somme, les raisons qui ont fait manquer ce travail, et le cas où il se trouve.

De là vous irez à Boulogne, Wimereux, Ambleteuse. Vous me ferez un rapport sur les trois ports, sur les camps, sur la flottille, sur les troupes, hôpitaux et raisons de l’insalubrité. Y aurait-il du danger à réunir là des troupes. Aurais-je plus ou moins de malades que jadis, et, comme les maladies sont la première des considérations, quels seraient les préservatifs à prendre ? Vous visiterez bien les fortifications qui ont été établies, les ouvrages de campagne. Vous m’adresserez votre mémoire et vous vous rendrez à Dunkerque et à Flessingue.

Vous m’écrirez de Dunkerque sur les frégates et les travaux du port. Qui empêche de mettre une frégate à la mer ? Arrivé à Ostende, vous verrez la direction donnée aux travaux pour mettre cette place à l’abri d’un coup de main.

Flessingue sera l’objet d’un mûr examen. Vous visiterez d’abord les fortifications. Vous me soumettrez vos idées sur les moyens de défendre la place et si je puis compter sur l’inondation de l’île en cas de malheur. Vous reconnaîtrez l’emplacement où l’on pourrait établir trois forts pour éloigner l’ennemi d’un millier de toises. Vous me ferez connaître ce que coûteraient ces ouvrages et le parti qu’on pourrait tirer de l’eau pour leur défense. Ces observations faites, vous tournerez votre attention sur la marine; vous visiterez tous mes vaisseaux et les travaux du port. Vous prendrez des renseignements sur le nombre de jours que mettraient les vaisseaux à entrer et à sortir, vu l’obligation de les désarmer. Vous reconnaîtrez la situation des différents mouillages. Vous reconnaîtrez l’emplacement du fort de Cadzand, celui d’une batterie de vingt mortiers, pour défendre le mouillage de mon escadre et la passe de Flessingue; enfin quel parti l’on pourrait tirer de l’eau pour ce projet de travaux.

Vous irez à Anvers; vous y verrez les fortifications, le chantier, l’arsenal de la marine et du port civil.

Vous reviendrez en toute diligence me rejoindre, après avoir rédigé votre rapport sur Flessingue et Anvers.

Pourrait-on construire six autres vaisseaux de guerre, et où faudrait-il les placer ?

 

Paris, 18 février 1808

A M. Berthollet, membre de l’Institut

Est-il vrai qu’un nommé Achard ait fait, à Berlin, de bon sucre avec de l’érable, et qu’on puisse faire également avec des navets du sucre qui est fort bon ? Faites, je vous prie, des recherches là-dessus.

 

Paris, 18 février 1808

A Eugène Napoléon, vie-roi d’Italie

Mon Fils, vous ne me dites pas si la frégate a été lancée à Venise; je ne reçois point de compte de cet arsenal. Les travaux pour agrandir la passe de Venise sont-ils commencés ? Les différents travaux que j’ai ordonnés sont-ils en activité ? Je dis la même chose pour Ancône. Il est bien important que ce port puisse contenir des vaisseaux de guerre.

 

Paris, 18 février 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, j’ai vu le budget des ministres. Celui de l’intérieur me propose une augmentation de trois millions sans raison ; il porte 500,000 francs pour la Santé : je n’admets point cette dépense ; déclarez que les maires, commandants et agents des douanes font l’office de conservateurs de la Santé. Il veut dépenser un million au canal de Pavie, au lieu de 400,000 francs que j’ai fixés dans mon budget; il veut dépenser pour les sbires plus que les sommes que j’ai arrêtées. J’ai dicté ces observations à Aldini. Témoignez au ministre de l’intérieur mon mécontentement de cette émancipation. Depuis quand mes ordres ne sont-ils pas exécutés ? Il est plaisant que, lorsque je veux une chose, il en veuille une autre. Il vent dépenser mon argent pour le canal qui va du Reno au Pô; il faut qu’il soit bien ignorant s’il ne sait pas que ces dépenses se font aux frais des particuliers et ne sont point à la charge du trésor, et qu’il y a en caisse plus d’un million provenant des particuliers.

 

Paris, 18 février 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon fils, je vous ai écrit, hier, que mon intention est que les États du pape fussent partagés en deux gouvernements. Le général Lemarois continuera d’être gouverneur général des pays situés entre les Apennins et l’Adriatique, qu’il commande aujourd’hui; et le général Miollis sera gouverneur de Rome et des provinces entre les Apennins et la Méditerranée, y compris Civita Vecchia. Le général Lemarois centralisera les caisses d’Ancône, retiendra ce qui lui est nécessaire pour l’entretien de ses troupes et les travaux d’excavation du port d’Ancône, et versera le surplus directement dans la caisse du général Miollis. Le général Miollis, de son côté, si le pape ne fait pas solder, nourrir et entretenir ses troupes, centralisera les revenus des provinces sous son commandement, entre les Apennins et la Méditerranée. Mais il faut que les deux généraux ne prennent que ce qui est nécessaire pour leurs troupes, et que le reste soit remis au pape. Vous ferez connaître au général Miollis qu’il doit jouir, à Romc, d’un traitement de 15,000 francs par mois; qu’il a à sa disposition mes palais d’Italie, de Toscane et de Naples; qu’il faut qu’il tienne maison; que vous lui faites payer deux mois d’avance de son traitement, et celui de janvier, ce qui fait trois mois; et qu’il ait un grand train et qu’il invite les officiers et les dames romaines.

 

Paris, 18 février 1808

A M. Otto, ministre de l”Empereur près le roi de Bavière, à Munich.

Monsieur Otto, je vous envoie une lettre que vous remettrez au roi de Bavière. Je la laisse sous cachet volant, pour que puissiez en prendre connaissance. Vous aurez soin de bien la cacheter, avant de la remettre. Je  désirerais beaucoup que dans cette circonstance le roi fît quelque chose pour sa nièce. Ne pourrait-il pas lui donner en Bavière, en toute propriété, une terre d’une cinquantaine de mille livres de revenus ? Berthier, qui aime tant le roi, serait très sensible à cette marque d’intérêt et je la verrais moi-même avec plaisir. Il pourrait s’en réserver la réversibilité, en cas de mort sans enfant. Comme c’est une chose de peu de conséquence, vous ferez usage de cette ouverture avec toute la réserve convenable.

 

Paris, 18 février 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

Donnez un passeport à la célèbre Paméla, qui se trouve à Calais sous le nom de Madame Dufour, pour venir en toute sûreté à Paris et, à son arrivée, faites-la venir chez vous pour causer avec elle sur l’Irlande et l’Angleterre.

(Anne-Caroline-Stéphanie Symes, dite Paméla, 1774-1831, fille du duc d’Orléans et de Madame de Genlis. Un bulletin de police dit alors qu’elle est la maîtresse du comte Stahremberg, ambassadeur d’Autriche à Paris)

 

Paris, 18 février 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public

Monsieur Mollien, il est nécessaire de coordonner le service de la trésorerie en Espagne. Mon intention est, en conséquence, que vous nommiez un payeur général chargé de centraliser les services du corps de la Gironde, du corps d’observation des côtes de l’Océan , de la division des Pyrénées occidentales et de celle des Pyrénées orientales. Ce payeur général partira sans délai et sera rendu pour le 28 février à Bayonne. Il prendra le titre de Payeur général des corps d’armée en Espagne. Vous pourrez mettre dans sa caisse les deux millions que je vous ai dit de mettre à ma disposition à Bayonne. Vous sentez qu’il faut un homme d’une grande probité et d’une grande intelligence. Comme la division des Pyrénées orientales se trouve éloignée de Bayonne par sa marche sur Barcelone, il faudrait, pour ce corps d’armée, mettre un payeur particulier sous les ordres du payeur général, et, pour assurer d’avance le service pour mars et pour avril, faire fournir les fonds nécessaires par le payeur de la 10e division militaire, qui comptera de ce premier envoi avec le payeur général. Tout cela simplifiera le service de la trésorerie, et tout sera en règle.

 

Paris, 18 février 1808

A Maximilien-Joseph, roi de Bavière

J’ai reçu la lettre de Votre Majesté, J’ai appris avec plaisir que la reine avait très-bien supporté les fatigues de la route et que sa santé n’avait pas été altérée. Je suis fâché que la grande quantité d’affaires que j’ai eues dans ce voyage m’aient empêché de faire ma cour à cette princesse aussi souvent que je l’aurais voulu ; mais, absent depuis longtemps de ce royaume, mes journées étaient toutes occupées. Je n’ai pas oublié toutefois que j’ai promis de faire présent d’une robe à la reine. J’espère qu’elle la recevra comme une preuve de mon désir de lui être agréable.

J’ai appris également avec plaisir que la princesse Charlotte était contente du prince de Wurtemberg ; elle n’aura jamais autant de bonheur que je lui en souhaite; car, indépendamment de l’intérêt que je prends à tout ce qui lui appartient, j’en prends un particulier à cette princesse.

Le prince de Neuchâtel a fait demander en mariage la princesse Elisabeth, nièce de Votre Majesté. Il me semble qu’ils sont d’accord. Je veux cependant être le premier à l’annoncer à Votre Majesté, connaissant son amitié pour le prince de Neuchâtel, qui me tient de si près par la vieille amitié que je lui porte.

 

Paris, 19 février 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine

Les Anglais se servent de parlementaires pour envoyer toutes sortes de gens suspects sur le continent. Il ne faut recevoir aucun parlementaire à Morlaix, ni dans aucun de mes ports. Ainsi vous donnerez ordre qu’on ne laisse débarquer du parlementaire qui amènera M. d’Alopeus que ce ministre et les personnes de sa suite, en constatant qu’ils sont Russes, et qu’il n’y a aucun Anglais ni Allemand parmi eux; et vous enjoindrez qu’on ne laisse pas entrer le parlementaire dans le port.

 

Paris, 20 février 1808

DÉCISION

Le duc d’Aremberg supplie Sa Majesté l’Empereur et roi de lui permettre de retirer son contingent, le seul de la Confédération du Rhin qui soit encore à la Grande Armée. Les habitants de Recklinghausen et de Dülmen ont infiniment souffert par les Prussiens. Epuisés par les réquisitions et les logements continuels de troupes, ils n’ont plus les moyens de payer les contributions ordinaires Si ce n’est qu’une affaire d’économie, le prince d’Aremberg n’a qu’à laisser son contingent à son régiment, je le payerai.

 

Paris, 20 février 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, la conduite du général Darmagnac est d’un homme qui n’a aucune expérience. Envoyez un de vos officiers à Pampelune, et chargez-le de faire diriger l’artillerie du général Darmagnac sur cette place. Il me tarde de savoir que cette petite division a ses douze pièces de canon. Ce général aurait dû être plus coulant et montrer moins de défiance.

Envoyez un autre officier à Barcelone pour porter l’ordre au général Duhesme de tenir ses troupes réunies et en règle, afin de pouvoir, dans tous les cas., répondre de la place et des troupes qui s’y trouvent. Je suppose qu’il est maître des forts et de la citadelle. Je ne vois pas dans ses lettres dans quelle situation sont la place de Figuières et les autres forts qui sont entre Barcelone et la France; quelles garnisons il y a, et qui en est le maître. L’officier que vous enverrez prendra des renseignements sur tous ces objets, sur les munitions de guerre, troupes et moyens de défense dans la Catalogne. L’officier que vous enverrez à Pampelune prendra les mêmes renseignements dans la Biscaye; celui-ci ira jusqu’à Aranda. Par ces mêmes officiers, vous enverrez au maréchal Moncey une ordonnance de 50,000 francs, dont il rendra compte, pour dépenses de courriers, dépenses secrètes et autres de même nature. Vous enverrez également une ordonnance de 2,000 francs au général Darmagnac pour le rembourser de ses frais, et vous lui donnerez l’ordre de rester à Pampelune à la division de Pyrénées occidentales, dont le général Merle prend le commandement. Vous donnerez l’ordre au général Merle, qui est à Vittoria , de se rendre à Pampelune pour prendre le commandement de la division des Pyrénées occidentales, occuper la citadelle et tout concilier; mais qu’avant tout il réunisse son artillerie. Vous mettrez à la disposition de ce général une ordonnance de 6,000 francs. Vous mettrez également à la disposition du général Dupont 50,000 francs pour frais de courriers, dépenses secrètes, etc. Ces généraux vous rendront compte de l’emploi de ces sommes, afin que vous puissiez affecter aux services de l’artillerie et du génie ce qu’ils auraient dépensé pour ces services, et pour que ce qu’ils verseront pour le service général, soit dans les caisses du génie, soit dans la caisse de l’artillerie, leur soit sur-le-champ remplacé.

Avant d’expédier vos officiers, vous aurez soin de les munir des ordres du trésor public pour les payeurs. Vous ferez donner également 15,000 francs au général Duhesme avec la même destination.

 

Paris, 20 février 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, je désire que vous fassiez des recherches et que vous me présentiez un rapport sur les régiments suisses et irlandais que les Espagnols ont à leur service, et sur les moyens, en cas d’événement, de se concilier les uns et les autres. Les régiments irlandais sont-ils composés de vrais Irlandais ?

 

Paris, 20 février 1808

Au grand-duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne

Mon ministre de la guerre a dû vous faire connaître que je vous ai nommé mon lieutenant auprès de mon armée en Espagne. Le 2e corps de la Gironde que commande le général Dupont, le corps d’observation des côtes de l’Océan que commande le maréchal Moncey, la division des Pyrénées occidentales que commandait le général Mouton et que je viens de donner an général Merle, la division des Pyrénées orientales que commande le général Duhesme, le détachement de ma Garde à pied et à cheval que commande le général Lepic, les troupes formant les 16e, 17e et 18e régiments provisoires, les cinq bataillons des légions de la réserve qui vont se compléter à Bordeaux, forment les armées près lesquelles je vous ai nommé mon lieutenant, et auxquelles vous devez, en cette qualité, donner tous les ordres nécessaires pendant mon absence. Le corps de la Gironde a son quartier général à Valladolid; celui des côtes de l’Océan a son quartier général à Burgos; la division des Pyrénées occidentales est à Pampelune, celle des Pyrénées orientales est à Barcelone; la division de ma Garde a ordre d’être rendue du 1er au 3 mars à Bayonne; enfin le général Savary est parti aujourd’hui pour Orléans, et il est probable que, demain ou après-demain, les 16e, 17e et 18e régiments provisoires se mettront en route pour Bordeaux. Avant qu’ils soient arrivés, je vous ferai connaître la destination de ces troupes.

Des régiments provisoires de cavalerie se réunissent à Poitiers. Le ministre de la guerre vous fera connaître la formation de plusieurs régiments de marche qui vont renforcer les régiments de cavalerie, que j’ai en Espagne. Plusieurs régiments d’infanterie, de marche, indépendamment des régiments provisoires réunis à Orléans, se forment également pour aller renforcer les douze premiers régiments provisoires qui sont au corps du maréchal Moncey. Le général la Riboisière commande en chef l’artillerie et va se rendre à Bayonne. J’ai donné ordre au ministre du trésor public d’y envoyer un payeur général. Un commandant en chef du génie va être nommé, ainsi qu’un ordonnateur en chef faisant fonction d’intendant.

Vous ferez prendre l’avance à un de vos aides de camp, qui se rendra à Valladolid, et à un autre, qui se rendra à Burgos, pour prendre l’état de situation du corps du maréchal Moncey et celui du corps du général Dupont. Vous en enverrez un troisième à Pampelune, pour avoir la situation de la division des Pyrénées occidentales. Vous écrirez, par ces aides de camp, aux généraux, pour leur faire connaître votre arrivée à Bayonne et leur donner les instructions nécessaires en cas d’événements imprévus.

Le général Dupont doit avoir 300,000 rations de biscuit, c’est-à-dire des vivres pour son corps d’armée pendant quinze jours. 300,000 rations de biscuit ont dû être transportées de Bayonne à Vittoria; ce qui donne aussi des vivres pour quinze jours au corps du maréchal Moncey. Donnez ordre que ces vivres soient transportés sur Burgos, et que, de plus, il en soit confectionné dans cette dernière ville, afin que les quinze jours de vivres au corps du maréchal Moncey soient bien assurés.

Le général la Riboisière, commandant l’artillerie, qui connaît tous les ordres que j’ai donnés, dirigera les mouvements des différents parcs conformément à mes intentions.

Vous verrez par la correspondance ci-incluse, dont vous prendrez connaissance et que vous renverrez ensuite au ministre de la guerre, que le général Darmagnac, qui avait le commandement de la division des Pyrénées occidentales, n’est pas entré dans la citadelle de Pampelune et s’est contenté d’occuper la ville. C’est une grande imprudence à lui d’être entré dans la ville avec 2,500 hommes sans son artillerie. Sa division doit être forte actuellement de 3,000 hommes; douze pièces d’artillerie y sont attachées; il faut, sans délai, les lui faire parvenir, en faisant faire à cette artillerie un détour par le grand chemin, puisqu’on ne peut l’envoyer directement à cause des neiges. Du moment que vous serez certain que les douze pièces de canon sont à Pampelune, et que le général Merle, auquel je viens de donner le commandement de cette division, y est arrivé, vous écrirez au commandant général de la Navarre qu’il vous est nécessaire d’occuper la citadelle de Pampelune, afin de mettre mes derrières en sûreté; que je suis en paix avec le roi d’Espagne, mais qu’il faut, puisque des intérêts communs obligent mes troupes à entrer en Espagne, que les derrières soient gardés, etc. Du reste, vous chargerez ceux que vous enverrez là d’assurer les habitants de la province que, quelques événements qui puissent arriver, je serai le premier à défendre l’intégrité de leurs privilèges.

Après la citadelle de Pampelune, la plus importante est celle de Saint-Sébastien. Vous enverrez voir la situation dans laquelle elle se trouve, et, si elle en mérite la peine, vous la ferez occuper, ainsi que toute autre forteresse qui se trouverait entre Valladolid et Pampelune et la France, afin que nos derrières de l’armée soient parfaitement tranquilles.

L’aide de camp que vous enverrez au général Moncey ira jusqu’à Aranda sur le Duero, et vous manderez au général Dupont de vous envoyer l’itinéraire de Valladolid à Madrid, et au maréchal Moncey de vous envoyer celui d’Aranda à Valladolid, et de Burgos à Aranda et à Madrid, en faisant connaître la position, les montagnes et le nombre de jours qu’il y aurait à vivre.

Vos communications avec les commandants espagnols doivent être amicales, et vous ne devez donner pour explication de l’occupation des forteresses que le besoin de mettre en sûreté les derrières de l’armée. S’il arrivait que le commandant général de la Navarre se refusât à rendre la forteresse de Pampelune, vous emploieriez les troupes du maréchal Moncey pour l’y forcer.

Du reste, il est inutile que vous ayez aucune communication avec la cour d’Espagne jusqu’à ce que je vous en aie donné l’ordre.

Le principal, avant tout, c’est d’occuper la citadelle de Pampelune.

 

Paris, 20 février 1808

Au grand-duc de Berg

Je vous ai envoyé ce matin vos instructions; voici ce que j’ai à y ajouter.

Deux bataillons de chasseurs de ma Garde, commandés par le général Friederichs et formant 1,200 hommes; six pièces d’artillerie; un régiment polonais; un escadron des chasseurs de ma Garde, fort de 200 hommes; un escadron de grenadiers à cheval de ma Garde, de même force; un escadron de dragons et 160 gendarmes d’élite, formant en tout près d’un millier d’hommes de ma Garde, doivent arriver à Bayonne au ler mars. Vous ferez rester en arrière un détachement par arme, composé des hommes les plus fatigués; vous leur accorderez séjour à Bayonne et, le lendemain ou le surlendemain, vous les ferez partir pour Vittoria, où je désire qu’ils arrivent, si cela est possible, du 8 au 10 mars. Vous laisserez sur la frontière d’Espagne un officier de gendarmerie d’élite avec 20 hommes, afin de surveiller tous les mouvements et de contenir la désertion. Cet officier adressera chaque jour au général Savary, qui sera près de moi, un rapport sur ce qui se passe, allant et venant. Je désire par ce moyen être bien instruit de tous les détachements, bataillons et transports de vivres qui passeraient.

J’ai donné des ordres pour qu’il fût levé 500 mulets de bât dans les pays basques, et qu’ils fussent embrigadés de manière que les conducteurs soient français.

Ce qui m’importe par-dessus tout, c’est que la citadelle de Pampelune soit occupée par mes troupes, afin que la division Merle devienne disponible. Du moment qu’on en sera maître, on y mettra pour garnison 6 ou 700 hommes, en prenant les trois petits bataillons qui sont dans la division des Pyrénées occidentales ; on y placera aussi un commandant, un commissaire des guerres, un officier du génie, un officier d’artillerie avec une demi-compagnie d’artillerie, pour procéder sans ostentation à l’armement de la citadelle, la mettre hors de danger d’être surprise et en état d’imposer au pays.

J’ai à Bordeaux cinq bataillons, qui sont les 4e, des cinq légions de la réserve. Ces cinq bataillons ne forment guère qu’une force de 1,400 hommes ; mais 1, 600 hommes que j’ai appelés des compagnies départementales doivent être rendus à Bordeaux , ce qui porte ces bataillons à 3,000, situation suffisante, puisque ces bataillons ne sont qu’à quatre compagnies. J’ai donné ordre que ces régiments formassent une seconde brigade sous les ordres d’un général de brigade , et que cette brigade fit partie de la division des Pyrénées occidentales que commande le général Merle. A votre passage à Bordeaux, vous aurez soin de parler au général Drouet, qui y commande la division militaire, pour qu’il ait à passer la revue de ces bataillons et à activer le plus possible leur organisation, car mon intention est que ces cinq bataillons soient rendus le plus tôt possible à Pampelune ou à Fontarabie.

Aussitôt que la citadelle de Pampelune sera occupée par mes troupes, vous donnerez l’ordre à la 3e division du corps du maréchal Moncey de se rendre à Vittoria et à Burgos, afin que Vittoria soit désencombrée pour recevoir ma Garde. En la faisant partir, vous ordonnerez d’ailleurs qu’elle laisse des piquets depuis la frontière jusqu’à Vittoria, pour pouvoir vous escorter ; car il est possible que vous portiez bientôt votre quartier général à Vittoria.

Si, au contraire, vous tardiez à être mis en possession de la citadelle de Pampelune, il faudrait faire faire un mouvement à cette 3e division du corps du maréchal Moncey, pour la rapprocher de la place et exiger sérieusement que la citadelle soit remise.

 

Paris, 21 février 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie

Mon Frère, les Polonais continueront à être à mon service. Dirigez-les sans délai sur Mayence, et n’en gardez pas un homme; mon intention n’est pas que vous écrémiez ce qu’il y a de bon et que vous m’envoyiez le reste. Faites partir d’abord les lanciers, qui me sont le plus utiles. Ils trouveront à Mayence des ordres pour se diriger ailleurs. Vous voyez que je lève ma conscription, et que les circonstances me permettent de ne pas mettre de troupes chez vous. J’espère que vous profiterez de ces heureuses circonstances pour lever une armée. L’horizon n’est pas encore clair, et, si la guerre devait recommencer à l’automne prochain, il faut que vous soyez organisé, et que vous puissiez entrer en campagne avec deux belles divisions d’infanterie et de cavalerie, et que vous me rendiez un contingent au moins triple de celui que fournissait Hesse-Cassel. Vous savez que votre population est quintuple.

 

Paris, 22 février 1808

A M. Lavalette, Conseiller d’État, directeur général des Postes

Donnez ordre qu’à Turin et à Gênes on ouvre toutes les lettres de Rome et qu’on ôte celles contenant les lettres ou brefs du pape soit pour la France, soit pour l’Espagne.

Donnez ordre qu’à Perpignan on ouvre les lettres de France en Espagne, on vérifie les lettres suspectes allant de Rome en Espagne. Toutes ces lettres, pour peu qu’elles soient suspectes, doivent vous être envoyées.

 

Paris, 22 février 1808

NOTES POUR LE MINISTRE DES FINANCES,  SUR LA CAISSE D’AMORTISSEMENT

PREMIÈRE DICTÉE.

La caisse d’amortissement n’a pu amortir que les mois de l’an XII; elle aura 70 millions libres de toute charge, et dont le capital et les intérêts doivent aller au profit de l’amortissement. Mais ces 70 millions vont lui être payés : 30 millions, à raison de 1,500,000 francs de rente. Il faudrait savoir combien les 40 millions qu’a touchés la caisse d’amortissement lui ont produit de rente. C’est un défaut des écritures établies par la caisse d’amortissement de ne pas considérer à part ses différentes fonctions. Il faut essayer, si cela est possible, d’établir ce compte, et de chercher en quelle nature de biens lui ont été donnés les 40 millions de la trésorerie et ce qu’ils ont produit de rente ; et, s’il y a difficulté pour le passé, il faut au moins le faire pour l’avenir. La caisse d’amortissement paraît avoir besoin de trois comptes distincts : 1°  comme caisse d’amortissement ; 2° comme caisse de garantie des obligations, des cautionnements et de leurs intérêts ; les obligations protestées entrent dans ce calcul ; 3° comme caisse de dépôt, qui se divise en autant de parties qu’il y a de parties prenantes.

1° Il faut ici fixer les points de la législation. Nous n’avons pas le droit de disposer d’un profit fait par la caisse d’amortissement proprement dite, pour un autre service. Nous serions en contravention avec les lois de l’amortissement; nous ne tenons pas nos promesses. Ainsi, lorsque le ministre des finances établit que la caisse d’amortissement a 22 millions de profit et qu’il propose d’en prendre une partie, il viole les lois de l’amortissement, non pas en tout, mais en partie.

2° Comme caisse de garantie des obligations, le compte doit être établi pour le passé, et, si cela est impossible, an moins pour l’avenir. Il se compose de pertes et de gains ; la perte est dans les obligations protestées, sinon pour le fonds, au moins pour l’intérêt; son gain se compose d’un placement plus fort qu’elle donne à ses fonds au-dessus des intérêts des cautionnements. C’est sous ce point de vue que le ministre des finances dit avec raison que, une partie des 22 millions, elle les gagne comme caisse de garantie, et qu’il est autorisé à en faire compensation avec ses pertes au même titre, avant de faire intervenir le trésor. Il faut essayer d’établir ce compte pour le passé.

3° Comme caisse de dépôt, la caisse d’amortissement ne peut faire que des profits. Les conditions de la caisse de dépôt et de réserve sont tout à son avantage; également des consignations et caisses des retraites.

Il est nécessaire d’établir quel a été son profit sous ces points de vue. Nous arrêtons son profit au 1er janvier 1808. Le ministre des finances est autorisé à le faire venir au secours de la caisse de garantie. Il faut, dans le travail que le ministre des finances proposera pour conclure à l’annulation d’une partie des obligations protestées (cette lacune est dans le texte)… . . . . . . . . . de manière qu’on voie bien que la caisse d’amortissement, comme amortissement, est inviolable.

Pour l’avenir, le ministre doit proposer, soit par un décret, soit par un règlement, des règles invariables, où le jeu de la caisse d’amortissement soit réglé. Pour le passé, s’il est impossible de faire ce compte régulièrement et absolument, il faut le faire équitablement; c’est un procès d’arbitrage. Ayant ainsi posé les bases et donné une nouvelle consistance au principe de l’amortissement, il reste à savoir tout ce que la caisse d’amortissement pourra amortir chaque année et dans l’espace de quinze années, à compter du 1er janvier 1808 , en employant à l’amortissement, 1° les 40 millions qui lui sont acquis ; 2° les fonds qui lui seront attribués par arbitrage pour les profits qu’elle a faits ; 3° les 1,500,000 francs de rente que nous voulons lui donner pour payement des 30 millions restants. Avec 4 millions de rente, en supposant que tel soit le résultat, combien  . . . . . . . . . . . .(cette lacune est dans le texte). 

Mon but serait, dans quinze ans, d’arriver à l’extinction de 10 millions de rente, de manière que les 60 millions inscrits sur le grand-livre pour la caisse d’amortissement seraient réduits à 50 millions dans quinze ans.

S’il est nécessaire, pour arriver à cette extinction, on pourrait faire de nouvelles concessions à la caisse d’amortissement, telles que les rentes viagères, qu’on pourrait payer à 17 millions.

On fera connaître également quelle sera l’extinction présumée des rentes viagères, tant pour la France, etc., et des pensions , etc., de manière que les cinq pour cent supposés à 60 millions, les rentes viagères à 18 millions, y compris (cette lacune est dans le texte) . . . . . . . les pensions ecclésiastiques supposées à 26 millions , forment une dette réelle de 104 millions, ou charge annuelle pour l’État, au-dessus des charges de l’administration, car le clergé est doté. Je ne comprends pas les pensions militaires et civiles qui sont une charge constante de l’État. Quelle sera l’extinction de 104 millions dans quinze ans, en 1823 ; cela passera-t-il 60 millions ? Je ne crois pas qu’elle aille à 70 millions ; nous supprimons donc, dans ces quinze ans, de 30 à 35 millions.

On fera une récapitulation qui fasse connaître à combien les pensions civiles peuvent être réduites dans quinze ans ; les autres pensions seront calculées d’après ce qui s’est fait en six ans, en n’y comprenant pas les liquidations qui tiennent à une matière qui s’épuise. Quels sont les individus qui ont obtenu des pensions civiles ? Les différentes régies n’y ont pas droit ; elles ont un fonds. Les militaires ont un traitement; il n’y a donc que les ministres, les conseillers d’État, les préfets, quelques maires, les juges, les gens de lettres, les artistes des théâtres et quelques actes de la munificence impériale.

Les pensions militaires doivent être aussi susceptibles d’une réduction en quinze ans ; la faire connaître. Le calcul des nouvelles pensions est plus difficile à faire. 

On fera connaître l’augmentation des pensions militaires depuis huit ans. Faire connaître celles données à d’anciens militaires et celles qui tiennent au service courant de l’État. Peut-on espérer sur cette partie une réduction de 10 millions en quinze ans ? Le ministre demandera à M. Lacuée la distinction entre pensions de l’armée active et pensions de l’ancien régime.

Faire un mémoire de ce qui tient aux pensions civiles et ecclésiastiques.

Tous les ans, dans le compte de l’amortissement, on déclarera que telle partie de la caisse d’amortissement, fonctionnant comme garantie ou comme caisse de dépôt, sera, soit au profit du trésor, soit au profit de la caisse même; et ainsi, chaque année, la caisse sera régénérée. Pour bien faire ce travail, il faut un rapport accompagné d’un gros volume où tous les décrets pris depuis l’an VIII seront rappelés.

 

DEUXIÈME DICTÉE

La caisse d’amortissement a été instituée pour remplir plusieurs devoirs et principalement trois fonctions distinctes : l° l’amortissement de la dette publique ; 2° la garantie des obligations des receveurs généraux qu’elle doit rembourser en cas de protêt ; la garde et l’emploi successif du capital des cautionnements, à la charge d’en acquitter les intérêts ; 3° le placement et la manutention de divers fonds qui y sont déposés, pour lesquels elle doit par ses opérations se créer des intérêts, dont elle rend compte en tout ou partie aux propriétaires.

C’est la loi de floréal an X qui a constitué, à proprement parler, l’amortissement, en y affectant un fonds de 70 millions, payable à raison de 10 millions par année à compter de l’an XII. Sur ces 70 millions, il en a été versé 40 à la caisse d’amortissement, et c’est ce qui était dû pour les quatre années expirées jusqu’au mois de septembre dernier. Si, par le résultat des ventes de biens nationaux, payables en monti, faites par la caisse d’amortissement, cette caisse parvient à réaliser un profit équivalant à 1,500,000 livres de rente; si, par exemple, pour 1,700,000 livres de rente qu’elle aurait données en payement des domaines qui lui auraient été cédés, elle s’était acquis par la revente une quantité de monti qui donnât lieu à une inscription de 3 millions de rente sur le grand-livre, cette opération, créant pour elle un bénéfice de 1,500,000 livres en rentes, équivaudrait, au denier vingt, à la création ou concession d’un capital de 30 millions ; et, si tel était le résultat de l’opération, les 70 millions attribués à la caisse d’amortissement par la loi de l’an XII pourraient être considérés comme déjà soldés. Mais il faudrait examiner comment se trouvent représentés dans l’actif de cette caisse, et comment peuvent contribuer, sous leur forme actuelle, aux effets de l’amortissement, les 40 premiers millions versés pour les quatre années échues. C’est un défaut des écritures de la caisse d’amortissement de n’avoir pas assez distingué ces différentes fonctions. Il faut essayer, si cela est possible, d’établir cette distinction, de connaître en quelle nature de valeurs les 40 millions ont été donnés à la caisse d’amortissement, l’emploi qui en a été fait, la quantité de rentes qui ont été achetées, ce qui enfin est résulté pour la marche de l’amortissement du fonds spécialement affecté à cette destination. Quelques autres recouvrements ont dû être aussi dirigés vers le même emploi, tels que des extinctions de rentes viagères, etc. L’analyse de leur emploi appartient au même compte ; il doit être possible de l’établir pour, le passé; dans tous les cas, il est indispensable de le former et de le maintenir pour l’avenir.

La caisse d’amortissement doit donc avoir trois grandes divisions dans son compte général, comme elle a trois fonctions distinctes. Le premier compte doit analyser, classer et définir toutes les opérations faites sur les fonds publics, en amortissements progressifs, par l’emploi du capital dotal en achats de cinq pour cent et par l’emploi successif des intérêts de ces cinq pour cent dont la caisse s’est rendue propriétaire par ses achats. La seconde partie du compte, elle doit la rendre comme caisse de garantie pour le remboursement des obligations protestées, pour la conservation et l’emploi du capital des cautionnements, pour le payement des intérêts de ces cautionnements. Le résultat de ce compte doit mettre en rapport les capitaux avancés par la caisse d’amortissement en remboursement d’obligations protestées, les intérêts qui lui sont dus sur ces avances, et la différence entre les intérêts qu’elle paye sur les cautionnements et les intérêts qu’elle obtient par l’emploi de leurs capitaux. La troisième partie du compte doit présenter la caisse d’amortissement comme caisse de dépôt pour les divers dépôts que le Gouvernement y fait verser, soit sur quelques produits spéciaux, soit suivant la loi des consignations, soit sur le produit des quarts de réserve des communes, soit sur les fonds de retraites des ministères et administrations publiques.

Dans l’état actuel des finances, qui permet d’adopter des règles fixes, il devient surtout indispensable de fixer le système et la législation de l’amortissement. Le fonds qui y est affecté, avec les accroissements successifs qu’il obtient par l’intérêt de la dette publique rachetée, ne peut être détourné sans contravention à l’engagement public qui résulte d’un système raisonné d’amortissement. Si donc, dans les 20 millions de profit que présente la caisse d’amortissement depuis sa création, une portion représente l’accumulation résultant de l’emploi du fonds primitif en achats de cinq pour cent, lequel a produit des revenus employés en nouveaux achats de dette publique, cette partie des bénéfices ne pourrait, sans violation de la loi , être détournée de sa destination spéciale; elle doit continuer de faire partie intégrante du fonds de l’amortissement, et le ministre des finances ne peut pas proposer d’en faire un autre emploi.

Le second compte de la caisse d’amortissement, considérée comme caisse de garantie pour les obligations et pour les cautionnements, doit aussi être établi distinctement pour le passé, s’il est possible, et il faut qu’au moins, à partir de cette année, il le soit invariablement pour l’avenir. Ce compte pourrait se composer de pertes et de gains. La perte résulterait du défaut de remboursement des avances pour obligations protestées et du non-payement des intérêts de cette avance; le gain se composerait de la différence entre l’intérêt légal payé sur les cautionnements et l’intérêt obtenu sur l’emploi du capital des cautionnements. Une partie des 20 millions de profit obtenus par la caisse d’amortissement résulte de cette différence. C’est sur elle que le ministre des finances peut proposer une compensation pour couvrir d’autant la caisse d’amortissement de ses avances et pertes d’intérêts sur les obligations protestées, avant de faire intervenir le trésor public.

La caisse d’amortissement, comme caisse de dépôt, ne peut avoir que des profits, car partout où l’intérêt qu’elle paye n’est pas égal à celui qu’elle reçoit, l’intérêt qu’elle paye est inférieur. Il faut faire la balance de ses intérêts actifs et passifs jusqu’au 1er janvier 1808. La différence en profits sur ce troisième compte peut être employée par le ministre des finances à secourir la caisse de garantie, à la couvrir d’autant de son avance en capital et en intérêts sur les obligations protestées, et à opérer une annulation proportionnelle de répétitions sur le trésor pour raison de ces obligations. Il doit résulter du jeu de ces trois combinaisons que le fonds d’amortissement, circonscrit dans le premier compte, doit progressivement marcher vers son but, sans être jamais altéré ni violé ; tandis que les bénéfices constatés par le résultat des deux autres comptes deviennent, sous l’administration du directeur général, une partie du revenu public, qui devient libre et disponible pour les besoins publics, auxquels le ministre peut les appeler à contribuer.

Il devient indispensable d’établir en système et de fixer, par un décret et par un règlement, cette forme de procéder que devra suivre, à l’avenir, la caisse d’amortissement divisée, ainsi qu’il vient d’être dit, en caisse d’amortissement proprement dite, en caisse de garantie et en caisse de dépôt. Il serait extrêmement désirable que cette distinction put remonter jusqu’à son origine, et il faut le tenter. Il est au moins indispensable qu’elle soit invariablement observée pour l’avenir, c’est-à-dire à compter du 1er janvier dernier. S’il était impossible, ce qu’on a peine à croire, que les écritures passées se pliassent à cette décomposition, il faudrait y suppléer du moins par des approximations et par une espèce d’arbitrage qui missent le ministre des finances en état de régler l’emploi du bénéfice résultant des trois
comptes dans l’ordre et selon la destination indiqués ci-dessus.

Il faut examiner ensuite la question de savoir combien la caisse d’amortissement pourrait amortir et s’approprier de rente en cinq pour cent, chaque année, pendant quinze ans à compter du 1er janvier 1808, en y employant : 1° le produit des 40 millions qu’elle a reçus sur les fonds de la loi de l’an X; 2° la portion qui pourra rester disponible pour elle sur les profits qui seront arbitrés comme devant appartenir au second et au troisième compte; 3° les 1,500, 000 livres de rente qui pourront lui être abandonnées en payement des 30 millions restant pour compléter les 70. Si, par exemple, les biens nationaux qu’elle a acquis en échange des rentes qu’elle avait rachetées, ou si les domaines nationaux qui lui ont été donnés en payement d’une partie de ces 40 millions, produisaient 3,500,000 livres de rente, 2 millions représenteraient l’intérêt, à cinq pour cent, des 110 millions; 1,500,000 francs représenteraient le capital des 30 millions restant pour solder les 70 millions promis par la loi de l’an X; et, s’il y était ajouté, sur le disponible des autres profits, 500,000 francs par année, le fonds annuel d’amortissement se trouverait élevé de 4 millions. Or, combien ces 4 millions rachèteraient-ils de cinq pour cent en quinze années, en supposant la variation du cours depuis 85 jusqu’au pair, c’est-à-dire jusqu’à 100 ?

Le but de l’Empereur serait d’arriver, en quinze années, à l’extinction de 10 millions de rente, de manière que, si les nouvelles inscriptions sur le grand-livre devaient définitivement élever jusqu’à 60 millions le total de la dette constituée, cette dette se trouvât en 1823 réduite à 50 millions par l’effet de l’opération ci-dessus. Si la composition des 4 millions, telle qu’elle vient d’être établie, pouvait être contestée et pouvait être réduite, il serait possible de couvrir l’insuffisance par de nouvelles concessions à faire à la caisse d’amortissement; et il serait possible, par exemple, en fixant à 17 millions par le budget la somme à payer pour les rentes viagères, de faire profiter la caisse d’amortissement de tout ce dont les rentes viagères exigibles resteraient inférieures à cette somme.

En conséquence du nouvel ordre établi ci-dessus , le compte annuel que publie la caisse d’amortissement devra présenter d’une manière distincte et séparée le résultat de ce qu’elle aura fait pour l’amortissement proprement dit et de la progression de l’amortissement, le résultat de ses opérations comme caisse de garantie, et le résultat de ses opérations comme caisse de dépôt pour assurer la marche de ce travail, il sera nécessaire qu’il soit précédé par un rapport qui rappellera et résumera tous les décrets à l’exécution desquels l’amortissement a été appelé à concourir depuis l’an X. On examinera si cette législation ne devra pas être fondue dans un règlement général.

———

L’Empereur désire savoir, en supposant que la dette constituée soit à 60 millions, les rentes viagères à 18 millions, les pensions ecclésiastiques à 26 millions, ce qui compose 104 millions de charge annuelle, au delà de celles du service actif du Gouvernement, quelle sera la réduction opérée dans cette dépense annuelle de 104 millions après une révolution de quinze années. On comprendra dans le calcul les progrès de l’amortissement pour 10 millions, en dégradation de la rente perpétuelle, ce qui la réduirait de 50 à 60; la dégradation des deux autres parties ne peut-elle pas être évaluée de 20 à 25 millions, dans cet espace de quinze années ?

Sa Majesté désire aussi savoir à quelle somme les pensions civiles pourront être réduites dans quinze ans; les accroissements probables devront être pris en considération; on en cherchera le calcul dans les résultats des six années qui viennent d’expirer, mais sans y comprendre les pensions résultant de la liquidation générale, qui tiennent une matière qui s’épuise.

Il faut faire le relevé des individus qui ont obtenu des pensions civiles autrement que par liquidation résultant d’anciens droits ou d’anciennes pensions depuis l’an VIII. Les différentes administrations
publiques n’ont pas dû fournir matière à cette dépense, puisqu’elles ont toutes un fonds de retenues qui se convertit en retraites. Il ne doit y avoir lieu à pensions civiles que pour les ministres, les conseillers d’État, les préfets, leurs veuves, les juges, quelques maires, gens de lettres, artistes, etc.

Les pensions militaires doivent être susceptibles de réduction en quinze ans. Il convient de faire connaître le montant des nouvelles pensions militaires accordées depuis huit ans. Il faut distinguer celles qui ont été données à d’anciens militaires pour des services antérieurs à l’an VIII, de celles qui tiennent au service courant. Est-il possible d’espérer sur les pensions, d’après la marche naturelle des extinctions, une réduction de 10 millions en quinze années ? Il sera bon de demander, à cet égard, des observations au ministre d’État M. Lacuée; il doit pouvoir fournir la distinction entre les pensions de l’armée active et les pensions pour services relatifs à l’ancien régime. Il convient de faire des états et des mémoires séparés sur les pensions civiles, sur les pensions ecclésiastiques et sur les pensions militaires.

 

Paris, 22 février 1808

Au prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée

Mon Cousin, écrivez au prince de Ponte-Corvo qu’il est nécessaire qu’il se rende de sa personne auprès du prince royal, et qu’il s’assure des moyens de passer en Seeland; qu’il peut employer à cette expédition les Français qui sont à Hambourg, les Espagnols et une division hollandaise; mais que tant de troupes ne pourront point passer; qu’on fera des démonstrations du côté de l’île de Rügen; mais qu’il n’est pas possible de pénétrer de ce côté en Suède, vu que nous n’avons pas de vaisseaux, et que le trajet de la mer est trop long. Vous lui ferez connaître également que, si c’est lui qui a fait occuper le pays d’Oldenburg, il le fasse entièrement évacuer, vu que la Russie s’intéresse beaucoup au prince qui y gouverne. Écrivez au maréchal Soult que, quoique je sente la difficulté de pénétrer en Suède par l’île de Rügen, je désire cependant menacer l’ennemi de ce côté; qu’il doit donc réunir là des bâtiments et des moyens d’embarquement, intercepter la communication et annoncer l’intention de passer par là en Suède. Il ne saurait faire trop de bruit, puisqu’il est difficile de tenter quelque chose. Vous enverrez, par des officiers, ces ordres aux maréchaux Soult et prince de Ponte-Corvo.

 

Paris, 22 février 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, vous devez avoir reçu mon décret pour la nouvelle organisation de l’armée. Je me suis hâté de vous l’envoyer, ainsi que les différents tableaux, afin que vous puissiez donner tous les ordres préparatoires. Mon intention est cependant qu’aucun dépôt ne se mette en marche pour sa nouvelle destination, et qu’aucun embrigadement ne soit fait qu’en conséquence d’une instruction que vous donnerez aux généraux chargés de ce travail, et qui, avant d’être expédiée, sera mise sous mes yeux. Voici quelles sont mes vues; je vous les fais connaître afin que cela vous serve pour la rédaction de cette instruction.

3e Corps de la Grande Armée. Vous chargerez le maréchal Davout faire l’opération pour son corps d’armée. Il y a dans ce corps d’armée des régiments qui ont deux bataillons et d’autres qui en ont trois. Le 17e de ligne a-t-il son 3e bataillon en Pologne, ou bien ce 3e bataillon est-il toujours en deçà de l’Elbe ? Cela est nécessaire à savoir pour arriver à la formation. Si ce 3e bataillon est enfin deçà de l’Elbe, vous lui donnerez l’ordre de retourner à Boulogne, où est le 4e bataillon, afin d’y procéder à la formation. Le 12e de ligne a deux bataillons au 3e corps; il n’y a pas de difficulté pour le former à trois bataillons. Il en est de même des 25e, 48e, 65e, 85e, 108e et 111e. Tous ces régiments, ayant un effectif de plus de 2,000 hommes, auront l’effectif de leurs cadres rempli à raison de 140 hommes par compagnie. Mais les 30e, 33e, 61e, ayant moins de 2,000 hommes à l’effectif, n’auront pas assez pour former leurs trois bataillons. Mon intention est donc que vous ordonniez que l’on forme les deux premiers bataillons conformément aux tableaux; qu’on y mette tous les hommes disponibles des régiments, et que l’on se borne à former les cadres du 3e bataillon qu’on enverra en France pour se compléter.

Le 15e d’infanterie légère gardera ses trois bataillons; mais le 13e n’en gardera que deux, et le cadre du 3e bataillon sera renvoyé en France.

Si le 7e léger, qui est porté comme ayant un effectif de 2,700 hommes, n’a que deux bataillons au corps d’armée, c’est-à-dire dix-huit compagnies, il sera formé à trois bataillons, et tout restera à l’armée; mais , si ces 2,700 hommes comprennent l’effectif de trois bataillons, c’est-à-dire de vingt-sept compagnies, alors on formera les ler, 2e, 3e, 4e bataillons et le bataillon de dépôt, en prenant tous les hommes disponibles pour compléter les trois premiers bataillons, dont le complet doit être de 2,520 hommes , et l’on renverra les cadres du 4e et des trois compagnies de dépôt, ou le cadre actuel du 3e bataillon, à son dépôt, pour s’y reformer.. Le 17e de ligne n’est porté que pour un effectif de 2,200 hommes. Si cet effectif ne comprend que deux bataillons de dix-huit compagnies, on formera ces dix-huit compagnies en trois bataillons, conformément au décret; mais, s’il y a trois bataillons, c’est-à-dire vingt-sept compagnies, on formera également les quatre bataillons et les trois compagnies de dépôt, en prenant les hommes disponibles pour les trois premiers bataillons ou dix-huit compagnies, et l’on enverra seulement au dépôt le cadre des neuf dernières compagnies. Le 31e de ligne est porté à un effectif de 3,400 hommes. Je suppose qu’il y existe les cadres des trois bataillons ou de vingt-sept compagnies; en ce cas, on formera les vingt-sept compagnies en quatre bataillons et trois compagnies de dépôt; on mettra tous les hommes disponibles des trois compagnies de dépôt dans les quatre bataillons, et l’on enverra les cadres de ces compagnies au dépôt. S’il arrivait qu’il n’y eût que deux bataillons ou dix-huit compagnies, ce que je suis porté à croire, vous donneriez l’ordre au dépôt de faire partir le cadre qui doit former le 4e bataillon, c’est-à-dire les six premières compagnies qui doivent former le bataillon actuel, lesquelles se rendraient en Pologne. On attendrait leur arrivée pour former ces 3,400 hommes en quatre bataillons, car il est absurde et contraire au bien du service d’avoir des compagnies de plus de 140 hommes. Avant de rédiger les instructions du maréchal Davout, vous vous assurerez de tous ces faits.

4e Corps de la Grande Armée. – Vous chargerez le maréchal Soult d’organiser le 4e corps et la division Molitor. Les 2e, 22e et 28e de ligne, 36e, 46e, 67e et 75e ne garderont à l’armée que deux bataillons ou douze compagnies, en prenant tous les hommes disponibles, et renverront le cadre du 3e bataillon au dépôt. Les 4e, l6e et 18e de ligne, 37e, 57e, 72e et 105e, ayant un effectif de plus de 2,000 hommes, garderont leurs trois bataillons. Quant au 3e de ligne, s’il a à l’armée dix-huit compagnies seulement, il gardera tout son monde; mais, s’il a vingt-sept compagnies, il ne gardera que trois bataillons ou dix-huit compagnies, et renverra les cadres des neuf autres. Les 10e, 24e et 26e d’infanterie légère garderont leurs trois bataillons. Les tirailleurs corses et les tirailleurs du Pô n’éprouveront aucun changement.

ler Corps de la Grande Armée. – Quant au ler corps, les 8e et 32e de ligne, les 45e, 54e, 63e, 94e, 95e et 96e, les 9e et 27e légers garderont tout leur monde; mais si le 24e a actuellement vingt-sept compagnies à l’armée, il gardera quatre bataillons pleins et renverra les cadres des trois dernières compagnies du 3e bataillon actuel au dépôt. Si, au contraire, il n’avait que dix-huit compagnies, il garderait tout son monde. Le 16e d’infanterie légère, n’ayant que 2,500 hommes à l’effectif, ne gardera que trois bataillons ou dix-huit compagnies, et renverra les cadres des autres compagnies.

5e Corps de la Grande Armée. – Pour le 5e corps, le 34e, qui a ses trois bataillons à la Grande Armée, c’est-à-dire vingt-sept compagnies, en gardera vingt-quatre. Les 40e, 64e, 88e, 100e et 103e garderont leurs trois bataillons ou dix-huit compagnies. Il en sera de même des 17e, 21e et 28e d’infanterie légère.

6e Corps de la Grande Armée. – Tous les régiments du 6e corps garderont également trois bataillons ou dix-huit compagnies, à l’exception des 19e, 50e, 58e et 93e qui, n’ayant qu’un effectif de 2,000 hommes et au-dessous, ne garderont que deux bataillons ou douze compagnies; et du 54e, qui gardera quatre bataillons ou vingt-quatre compagnies, et renverra au dépôt, qu’il doit avoir définitivement, les cadres des trois dernières compagnies du 3e bataillon actuel, qui sont destinées à former son dépôt.

Cette instruction doit vous faire comprendre de quelle manière doivent être dirigés vos ordres. Je vous enverrai le travail pour les autres armées.

Les compagnies de grenadiers et de voltigeurs du corps du général Oudinot appartiennent à des 3e et 4e bataillons; si elles appartiennent à des 3e bataillons, elles doivent, dans la nouvelle organisation, faire partie du 4e bataillon; on les portera donc audit bataillon comme détachées à la division Oudinot. Si, au contraire, elles font partie des 4e bataillons actuels, elles doivent être portées à la suite du régiment comme détachées, puisque j’ai autorisé, par l’organisation générale, les régiments actuels de quatre bataillons à conserver les grenadiers et voltigeurs du 4e bataillon; bien entendu que, si la division Oudinot était dissoute, et que ces compagnies eussent rejoint, elles seraient aussitôt incorporées dans le régiment.

Une instruction pareille sera faite pour les armées d’Italie, et de Dalmatie, et d’Espagne, afin de statuer sur les cas particuliers et d’éviter les embarras.

 

Paris, 22 février 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Je vous ai envoyé, ce matin, des observations destinées à servir à la rédaction de l’instruction pour la formation de la Grande Armée. Je vous envoie maintenant pour les armées de Dalmatie, d’Italie et de Naples.

Mais il est nécessaire de commencer par une observation générale qui s’applique à toute la France, et plus particulièrement à l’Italie. On s’exposerait à des frais considérables et inutiles, si tous les magasins qui sont à Venise devaient être transportés dans les divisions des Alpes pour être confectionnés, et revenir ensuite pour pourvoir à l’habillement des bataillons de guerre. Mon intention est donc qu’avec le 4e bataillon, qui est en Italie, il y ait une partie des ouvriers pour confectionner tout ce qui reste; que les cadres du dépôt, le quartier-maître et l’autre partie des ouvriers se rendent seuls au lieu du dépôt avec les fonds de caisse et les papiers d’administration, mais sans bagages. A cet effet, je suis décidé à n’accorder aucuns frais de transport pour les nouveaux dépôts , et il n’en faut réclamer aucun
puisque tout ce qui se trouve au dépôt actuel doit être employé et confectionné sur place.

L’habillement de 1808, ainsi que les conscrits et les hommes impotents qui attendent leur retraite, se rendront au lieu du nouveau dépôt, et, quand le matériel sera épuisé, le reste des ouvriers s’y rendra également. Les objets confectionnés demeureront dans les lieux où ils se trouvent jusqu’à ce que le corps passe, pour les corps du Rhin qui sont à l’armée, ou que les effets aient été envoyés à l’armée. Cet objet est important, puisqu’il s’agit d’économiser plusieurs millions de dépense et d’empêcher que les objets ne se détériorent dans des transports inutiles. Il faut donc que le matériel ne marche jamais sans que vous ayez pris mes ordres, et, dans ce cas, vous me ferez connaître ce que coûtera chaque déplacement proposé. C’est en négligeant de telles précautions qu’on fait des frais qui sont énormes et sans utilité.

Armée de Dalmatie. – Le 8e d’infanterie légère a un effectif de 2,000 hommes; il en est de même du 18e. Le 5e de ligne a plus de 2,000 hommes. Le 11e de ligne a un effectif de plus de 2,700 hommes. Le 79e a plus de 2,400 hommes; le 23e de ligne, plus de 2,200 ; le 60e de ligne, 2,100. Tous ces régiments n’ont que deux bataillons ou dix-huit compagnies à l’armée de Dalmatie. Ils y seront donc formés à deux bataillons de six compagnies chacun, conformément au décret. Cet effectif est plus considérable que ne le portent vos états, parce que, le 10 février, j’ai fait partir 2,000 hommes des dépôts des régiments pour celte armée. Le 81e n’a qu’un seul bataillon en Dalmatie, lequel se trouve fort de 1,600 hommes ; il est donc indispensable que vous ordonniez aux cadres des trois dernières compagnies du 21 bataillon, qui se trouvent au dépôt en Italie, de partir le plus tôt possible avec un nouveau renfort de 200 hommes, pour fornier, avec les trois dernières compagnies du bataillon qui est en Dalmatie, un 3e bataillon; alors ce régiment aura son 1 – et son 31 bataillon en Dalmatie. Le général Marmont pourra être chargé de faire cette organisation, et le général Charpentier de former les bataillons qui sont en Italie. Les 8e et 18e d’infanterie légère, qui sont à Venise, et les 5e, 1 P et 23e de ligne, 60, et 79, ne demandent aucune observation. Le décret a pourvu à la manière dont les bataillons doivent être formés. Il est seulement nécessaire que tous les cadres qui doivent se rendre. à un autre corps, pour les régiments à quatre bataillons, y aillent en règle. Le général Charpentier réunira tous les cadres de manière qu’ils aillent ensemble jusqu’à Chambéry, et ne se séparent que lorsque cela sera nécessaire pour qu’ils se dirigent vers leur destination particulière. Le 81e qui a neuf compagnies en Dalmatie, enverra, comme nous l’avons dit ci-dessus, les trois dernières compagnies du 2e bataillon actuel, pour s’unir avec les trois dernières du 1er et former le 2e bataillon. Son 2e bataillon se formera avec les grenadiers et voltigeurs et les quatre premières compagnies du 2e, et son 3e bataillon avec les grenadiers et voltigeurs et les quatre premières compagnies du 3e bataillon, comme à l’ordinaire. Mon intention est que tous ces 3e bataillons restent dans le pays de Venise et soient tous réunis. Les compagnies formant le dépôt doivent seules aller en arrière pour recevoir les conscrits. Aussitôt qu’ils seront réunis, habillés , et que l’on se trouvera dans la saison favorable, je me réserve de donner des ordres pour qu’on les expédie sur les 3e bataillons. A moins de nécessité, mon intention n’est pas que, de tout l’été, aucun conscrit quitte le dépôt, qui va se trouver tout près de France, pour aller aux bataillons de guerre. En n’envoyant des hommes en Italie qu’au mois de mars on les aura acclimatés pendant l’été, et l’on en épargnera un grand nombre.

Armée d’Italie. – L’armée d’Italie n’est susceptible d’aucune observation. Le 35e a un effectif de 3,776 hommes. Les quatre bataillons qui seront formés emploieront un effectif de 3,360 hommes, et les cadres des six compagnies qui seront envoyées en d’autres corps, 120 hommes. Les compagnies de grenadiers et voltigeurs du 4e bataillon sont détachées dans la division Miollis. Comme j’ai autorisé les régiments à quatre bataillons à conserver leurs grenadiers et voltigeurs jusqu’à ce que la circonstance vienne de les incorporer, ces compagnies seront autorisées à rester où elles sont, et elles doivent être comprises dans le procès-verbal de formation.

Le 53e a 2,900 hommes. il ne pourra donc pas compléter ses quatre bataillons de guerre à 140 hommes par compagnie. Il sera nécessaire qu’il les égalise le plus possible. On complètera ensuite ces quatre bataillons de guerre lorsque les conscrits auront été formés aux dépôts, et les cadres des dépôts joindront le nouveau lieu qui leur est assigné avec 100 soldats suivants. Les autres corps de l’armée d’Italie se trouvent dans des cas semblables et ne demandent aucune observation particulière.

Armée de Naples. – L’armée de Naples est dans le même cas que celle de Dalmatie. Tous ses régiments sont composés de deux bataillons ou dix-huit compagnies à l’armée, lesquelles seront formées à trois bataillons. Les 4e bataillons continueront aussi à rester dans les lieux où ils sont aujourd’hui; leurs dépôts et les compagnies de dépôt, conformément aux observations ci-dessus, se rendront seules à leurs nouvelles destinations. Quand ce départ sera effectué, je verrai, sur le compte qui me sera rendu, s’il est convenable de faire partir aussi ces 4e bataillons pour joindre leurs dépôts. Les régiments de l’armée de Naples sont faibles; presque aucun ne serait dans le cas de conserver plus de deux bataillons ou douze compagnies, car presque aucun n’a un effectif de plus de 1,700 hommes. Mais l’armée de Naples étant une armée agissante, et ayant d’ailleurs les 4e bataillons à compléter, il sera convenable de prescrire de former les dix-huit compagnies qui y sont en 3e bataillons, en répartissant le plus également possible l’effectif de ce que chaque régiment a dans le royaume de Naples; de sorte que mon intention est, dans la nouvelle formation, de tenir trois bataillons à Naples, un à moitié chemin en Romagne, et le dépôt en France, pour faire passer les conscrits de l’un à l’autre endroit, de manière à concilier leur acclimatement avec les besoins du service. D’ailleurs, ces quatre bataillons me serviront en Italie. Les compagnies de grenadiers et de voltigeurs sont déjà presque toutes en activité dans l’État romain, et les quatre autres compagnies, quelque faibles qu’elles soient, seront toujours une ressource pour contenir le pays.

En faisant le travail de la Grande Armée, je n’ai pas pu faire connaître la destination que je voulais donner aux 4e bataillons, parce que je ne sais pas bien où ils se trouvent. Les uns ont envoyé leurs grenadiers et voltigeurs à Oudinot, et ces compagnies ne peuvent pas bouger; les autres compagnies sont aux régiments provisoires ; quelques-unes aux régiments de marche. Pour qu’aucune de mes intentions ne soit contrariée, il faut ne mettre en mouvement que les simples cadres, une partie des ouvriers, les fonds de caisse et les papiers de l’administration, sur les dépôts, pour recevoir les conscrits, et que le reste du 4e bataillon demeure où il se trouve, jusqu’à ce que vous m’ayez fait un rapport et que je voie s’il n’y a pas d’inconvénient à ordonner à ces 4e bataillons de rejoindre le dépôt, ou s’il faut leur donner toute autre destination.

Vous aurez soin de faire, par armée, le travail que vous me présenterez avant de rien ordonner, et de mettre sur une colonne le numéro de chaque compagnie et de chaque bataillon dans leur classement actuel, le lieu où ils sont aujourd’hui et le rang qu’ils doivent prendre dans le nouveau classement.

Si vous avez des matériaux pour bien former les états, je déciderai sur-le-champ tous les mouvements à faire.

Il est bien essentiel de recommander qu’il ne soit fait aucun changement dans le classement des officiers et sous-officiers, qui doivent tous rester dans leurs cadres.

 

Paris, 22 février 1808   

Au Grand-Duc de Berg, lieutenant de l’Empereur en Espagne

Le maréchal Moncey a passé un marché pour faire faire à Bayonne vingt mille paires de souliers. Faites-moi connaître s’ils sont faits. Le ministre Dejean y a expédié 12,400 paires de souliers le 20 janvier, qui doivent arriver les premiers jours de mars. Vous me ferez connaître quand ils arriveront, et s’ils sont de bonne qualité. Mon intention est qu’il en soit donné une paire à chaque homme, à son passage. Si les vingt mille paires commandées par le maréchal Moncey existent en magasin, faites-les transporter à Burgos. Il est fort important d’avoir beaucoup de souliers.

 

Paris, 22 février 1808

A M. Villemanzy, administrateur-général de la Grande Armée.

J’ai lu avec intérêt l’état de situation de la Grande Armée au 1er janvier. J’y ai remarqué quelques fautes de calcul : par exemple, au corps du prince de Ponte-Corvo 7,600 hommes sont portés comme présents et 10,500 d’effectif, ce qui fait une différence de  2,900 hommes; et, cependant, il n’y a de porté que 900 hommes aux hôpitaux, 3 prisonniers de guerre et 7 détachés de l’armée. Je verrai avec plaisir celui du 1er février. Veillez à ce que les calculs soient faits exactement.

Je trouve encore l’effectif aux hôpitaux beaucoup trop considérable, quoique je voie déjà une amélioration réelle.

Je désire aussi avoir l’état de situation des caissons des équipages militaires.

Il faut bien spécifier le nombre de bataillons qui se trouvent à chaque corps; par exemple, je ne sais pas bien si le 17e de ligne en a deux ou trois en Pologne; le 21e idem. Au corps d’Oudinot, il faut désigner les compagnies de grenadiers et de voltigeurs, indiquer de quels bataillons, et ne pas confondre les 3e avec les 4e. Je ne sais pas pourquoi il y a encore 1,900 hommes d’infanterie de ligne dans les arrondissements.

 

Paris, 22 février 1808

Au général Songis, commandant l’artillerie de la Grande Armée

Il résulte de l’état de la Grande Armée au 1er janvier que j’ai 12,000 chevaux et trois cents pièces de canon, ce qui fait 40 chevaux par pièce ; 20,000 hommes d’artillerie, ce qui fait plus de 60 hommes par pièce. Faites-moi connaître le résultat de vos observations là-dessus, et s’il ne serait pas possible d’arriver à plus d’économie, c’est-à-dire à plus de pièces avec la même quantité de chevaux.

 

Paris, 22 février 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je reçois votre lettre du 16. Je vois avec plaisir que, le 10, il est parti 2,000 hommes pour la Dalmatie, y compris mes troupes italiennes ; ce qui portera l’effectif de cette armée, à 22,000 hommes. Il eût été bon que vous n’eussiez pas envoyé de détachement du 81e, qui n’a en Dalmatie qu’un bataillon fort de 1,400 hommes. Vous pouvez faire partir 700 hommes réformés par le général Pille, et les diriger sur Chambéry, comme je vous ai autorisé à y en diriger 1,800 autres au dernier voyage de Milan. Informez-vous si ces hommes sont enfin partis de Chambéry, ou si le ministre de la guerre les laisse là. Vous pouvez en écrire par l’estafette au général qui y commande, et m’en instruire.

 

Paris, 22 février 1808

A Eugène, vice-roi d’Italie

Mon fils, la division Lecchi que commande le général Duhesme, formant 7 à 5,000 hommes, est arrivée le 13 février à Barcelone, ou elle a été parfaitement reçue; elle se reposera la quelque temps. Mettez en marche une colonne d’un millier d’hommes d’infanterie et cavalerie pour recruter cette division. Vous savez de quoi elle est composée. Envoyez-y des vélites et des hommes italiens et français, des régiments qui ont là des détachements, et dirigez-les sur Perpignan, car sans cela cette division serait bientôt réduite à peu de chose. N’y envoyez rien de ce qui arrive de la grande armée, ces hommes ont besoin de repos, et, comme ils sont d’ailleurs plus faits à la guerre, ils peuvent, servir dans d’autres circonstances.

 

Paris, 22 février 1808

Au maréchal Jourdan, Gouverneur de Naples

J’ai reçu votre lettre du 13. J’approuve le mariage que vous voulez contracter (mariage de deux des filles du maréchal, l’une avec le général Pierri-Üisani, l’autre le prince de Luperano, de Naples) . Je porterai à vos enfants l’intérêt que je vous ai toujours porté.

 

Paris, 22 février 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, écrivez au sieur Beauharnais de demander l’expulsion de tous les Suédois de l’Espagne et entre autres du consul de cette nation qui est à Alicante. Faites-lui connaître également qu’il serait convenable de faire venir le sieur Vandeuil, aide de camp du général Liniers.

 

Paris, 23 février 1808.

DÉCISION

L’adjoint aux commissaires des guerres Poincaré a eu la cuisse gauche emportée par un boulet à Neubourg en l’an VIII; il remplit à l’hôtel des Invalides les fonctions de commissaire des guerres; on prie Sa Majesté de le confirmer dans son grade.

Aimé-François-Louis Poincaré, d’abord brigadier au 9e hussards, puis réformé après sa blessure, employé au ministère de la guerre en 1801, adjoint aux commissaires des guerres en 1804, commissaire des guerres en 1808, devint commissaire des guerres des Ecoles militaires.

Renvoyé au ministre Dejean pour me présenter le décret.

 

Paris, 24 février 1808

A M. Maret, ministre secrétaire d’État

Qu’est-ce que c’est qu’une croix de la Légion d’honneur destinée à Monsieur Garnier, ancien notaire, et qui a été donnée par méprise à un M. Garnier, administrateur des domaines ?

 

Paris, 24 février 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Je vous envoie les pièces relatives aux réclamations des députés de Pologne. Selon les notes du sieur Daru, du 14 décembre 1807, mes créances sur la Pologne se composaient , 1° des sels, 3,148,732 francs; 2° du prêt que j’ai fait au gouvernement provisoire, 1,000,000 francs; 3° des matériaux du timbre (papiers timbrés), 4,352,176 francs; total, 8,500,908 francs.

Sur cette somme, j’ai disposé de trois ou quatre millions pour payer différentes dettes que j’avais en Pologne. Il faut que vous discutiez ces divers objets avec les députés polonais, et qu’ils vous fassent connaître leurs observations sur chacune de ces dettes, et à combien ils veulent les fixer définitivement. Après cela, il faut que vous me fassiez connaître les ordres donnés pour l’acquittement des quatre millions pour les créances que j’avais en Pologne. Il est nécessaire que vous me fassiez un rapport là-dessus et qu’on me propose des arrangements; je ne me refuse pas à une déduction et à faire quelque chose d’agréable aux Polonais et au roi de Saxe. La seconde réclamation porte sur les six millions de créances que j’ai sur la Prusse. Les députés allèguent mon décret de Finkenstein qui autorisait l’émission de vingt-quatre millions de papier-monnaie. Mais cela a eu pour but de faire marcher le pays dans l’année, ne prévoyant pas que le traité de Tilsit viendrait finir si promptement les affaires. Toutefois, je désire connaître la quantité de papier-monnaie qui a été émise, et si les dix-huit millions de domaines y ont été employés; ce ne pourrait être que dans le cas où ces dix-huit millions auraient été insuffisants que je pourrais consentir à céder les six millions qu’ils demandent. La troisième réclamation a pour objet les dettes que j’ai en Pologne. Mon intention est de les payer. Mes agents m’assurent que je ne dois plus rien; demandez un mémoire là-dessus. Vous diviserez les dettes en dettes avant la prise de possession du roi de Saxe, en dettes contractées depuis la prise de possession jusqu’au 1er janvier 1808, et enfin en dettes présumées dans le courant de 1808. Si mes troupes continuent à rester dans le duché de Varsovie, je ne me refuse point à prendre des mesures telles que mes troupes ne coûtent rien à la Pologne. Je leur donnerai la solde et les vivres de mes magasins et de mon trésor. Que les députés me fassent donc connaître ce que coûtent mes troupes. Le quatrième objet à traiter avec eux est leur budget. Deux millions de florins pour l’armée me paraissent bien considérables, de même que six millions pour les frais d’entretien du gouvernement. Ayez des conférences sur ces quatre objets avec les députés polonais et le ministre de Saxe, et présentez-moi un rapport clair sur tout cela. Je vous envoie le procès-verbal de l’estimation de l’artillerie, qui se monte à deux millions. Il est facile de voir que ce n’est pas celle qui a été prise aux Russes, puisque celle-là était en mauvais état et n’avait pas de munitions. Cela n’a donc rien de commun. Au reste, je ratifierai ce que vous ferez pour le temps à accorder aux Polonais pour le payement.

 

Paris, 24 février 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

Je reçois la lettre à laquelle était joint votre bulletin. Les comptes que vous me rendez de la situation intérieure me paraissent suffisants; mais ce qui ne me le paraît pas, c’est la surveillance que vous exercez aux frontières; ce qui vient d’arriver en est une preuve. Cette dame que vous ne vouliez pas laisser venir à Paris y est cependant arrivée. Vos agents n’ont donc pas l’instruction qui leur convient.

 

Paris, 24 février 1808

A M. Daru, Intendant général de la Grande Armée

Monsieur Daru, je vous envoie copie de la lettre que j’écris au sieur de Champagny et de la note des Polonais. Je désire que vous me fassiez un mémoire sur ces quatre questions, et que vous me fassiez connaître en détail ce que coûte aux Polonais le corps du maréchal Davout, et ce qu’il pourra leur coûter pendant 1808, s’il continue à rester en Pologne; si je dois encore quelque chose en Pologne ; à combien se montent les créances que j’ai eu Pologne sur la Prusse; ce que j’ai à en espérer; ce qu’il y a de recouvré. Si le roi de Saxe voulait acheter ces créances, pour combien pourrais-je les lui donner ?

 

Palais des Tuileries, 24 février 1808

DÉCRET

NAPOLÉON, Empereur des Français, Roi d’Italie et Protecteur de la Confédération du Rhin,

Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

TITRE Ier

ORGANISATION

ARTICLE 1er. – Le gouvernement général des départements au delà des Alpes est organisé de la manière suivante :

1° Un gouverneur général;

2° Un conseiller d’État ou maître des requêtes , intendant du trésor public ;

3° Un chef d’état-major;

4° Un directeur de police.

TITRE II.

DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL

ART. 2. – Le gouverneur général a le commandement militaire supérieur des troupes et de la gendarmerie.

ART. 3. – Il transmet les ordres de nos ministres aux généraux commandant nos divisions, départements ou places, aux commissaires ordonnateurs, commissaires des guerres, inspecteurs aux revues et autres agents de l’administration militaire, aux directeurs de l’artillerie et du génie, sans cependant que cette transmission dispense lesdits agents des comptes qu’ils sont dans l’usage de rendre et de leurs rapports avec nos ministres.

ART. 4. – Il exerce la haute surveillance sur la police, tant par rapport à la tranquillité publique que par rapport à la sûreté du dehors. Les mandats d’arrêt et d’amener, qui seraient décernés par le directeur de la police, ne seront exécutés qu’en conséquence d’un ordre émané du gouverneur général.

ART. 5. – Il exerce la haute surveillance sur l’exécution des lois relatives à la conscription militaire et sur les camps des vétérans.

ART. 6. – Il exerce également une surveillance générale sur toutes les autorités militaires, civiles et administratives, mais sans pouvoir modifier ou suspendre aucun ordre donné par les ministres.

ART. 7. – Lesdites autorités sont tenues de l’informer directement de tous les événements qui intéressent la haute police et la tranquillité publique dans l’étendue de son gouvernement.

ART. 8. – Il reçoit et transmet soit à nous directement, soit à nos ministres, les plaintes, réclamations et pétitions des autorités ou des citoyens des départements compris dans son gouvernement.

ART. 9. – Les projets pour travaux extraordinaires des ponts et chaussées lui sont présentés par le conseiller d’État ou maître des requêtes, intendant.

ART. 10. – Les directeurs du génie et de l’artillerie, les ordonnateurs des divisions, les receveurs et payeurs lui remettront tous les renseignements qu’il leur demandera, soit sur la nature et la situation des travaux, soit sur la comptabilité des divers services.

ART. 11. – Le conseiller d’État ou maître des requêtes, intendant, lui remettra toutes les semaines les états de situation des recettes et dépenses et de la caisse, ainsi que ceux des fermes ou régies, rédigés avec les détails convenables.

ART. 12. – Il y aura auprès du gouverneur général un secrétaire des commandements, qui suivra la correspondance, présentera les divers fonctionnaires au serment qu’ils auront à prêter entre les mains du gouverneur, et tiendra la plume dans les conseils d’administration qui seront ordonnés par nous.

ART. 13. – Tous les ordres de nos ministres, soit pour les affaires de police, soit pour les affaires militaires, seront adressés au gouverneur et transmis sur-le-champ à qui de droit par le secrétaire des commandements.

 

TITRE III.

DE L’INTENDANT

ART. 14. – Le conseiller d’État ou maître des requêtes, intendant, exerce toutes les fonctions qui lui sont attribuées par notre décret du 31 juillet 1806, qui sera exécuté dans tous et chacun des articles qu’il contient.

ART. 15. – Il correspond directement avec nos ministres des finances et du trésor public.

ART. 16. – Il arrête les projets des travaux extraordinaires des ponts et chaussées, qu’il transmet à notre ministre de l’intérieur, après les avoir présentés au gouverneur.

 

TITRE IV.

DU CHEF DE L’ÉTAT-MAJOR.

ART. 17. – Le chef d’état-major exerce, sous les ordres du gouverneur, toutes les fonctions de son emploi; il transmet ses ordres aux généraux commandant nos divisions, départements ou places, directeurs du génie et de l’artillerie, commissaires ordonnateurs, inspecteurs aux revues, etc.

ART. 18. – Il fera rentrer dans ses bureaux, l° les cartes, plans on modèles de fortifications, en exceptant ceux qui appartiennent aux archives du génie et de l’artillerie ; 2° les dossiers relatifs aux commandants d’armes, contenant leurs nom, âge, qualités, lieu de naissance et conduite; lesquels cartes, plans ou dossiers se trouvent dans les bureaux du premier secrétaire du gouvernement, dont la place est et demeure supprimée.

 

TITRE IV.

DU DIRECTEUR DE LA POLICE

ART. 19. – Le directeur de la police veille, sous les ordres du gouverneur, à l’exécution exacte des lois et décrets relatifs à la haute polie, tant par rapport à la tranquillité publique que par rapport de la sûreté au dehors.

ART. 20. – Il fait arrêter, 1° ceux qui contreviennent à ces lois et décrets ; 2° les prévenus d’assassinat et autres délits criminels; 3° ceux qui se trouvent dans les cas prévus par l’article 46 de l’acte des constitutions du 22 frimaire an VIII.

ART. 21. – Il ne pourra donner cours aux mandats d’arrêt et d’amener qu’il aura décernés, ni faire exécuter aucun acte judiciaire ni mesure de police, qu’après avoir pris les ordres du gouverneur.

ART. 22. – Lorsqu’il aura décerné des mandats d’amener dans les cas prévus par l’article 46 de l’acte des constitutions ci-dessus cité, il en rendra compte dans les vingt-quatre heures à notre grand juge, à notre ministre de l’intérieur et à notre ministre de la police.

ART. 23. – Les préfets, les procureurs généraux et impériaux et leurs substituts dans les cours et tribunaux , les chefs de la gendarmerie, les maires et les commissaires de police correspondront avec lui pour tout ce qui est relatif à ses attributions.

ART. 24. – Il recueillera les états de la gendarmerie et les dossiers relatifs aux individus qui sont au service étranger et à tous les événements relatifs à ses attributions.

ART. 25. – Il a la surveillance des archives.

ART. 26. – Il correspond directement avec notre grand juge et nos ministres de l’intérieur et de la police, après avoir travaillé avec le gouverneur et pris ses ordres.

ART. 27. – En cas d’absence du gouverneur, il n’exécutera aucune des dispositions qui sont dans ses attributions sans avoir conféré avec celui qui remplacera le gouverneur dans le commandement.

ART. 28. – Notre grand juge ministre de la justice et nos ministres de la guerre, de l’intérieur, des finances, du trésor public et de la police, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret.

 

Paris, 25 février 1808 

A M. de Tournon, officier d’ordonnance de l’Empereur

Vous vous rendrez à Madrid ; vous descendrez, à votre passage à Bordeaux, chez le général commandant, et vous prendrez des renseignements sur la situation des 4e bataillons des cinq légions de la réserve, ainsi que sur les 1,600 hommes que j’ai appelés, il y a deux mois, pour compléter ces cinq bataillons. Vous me remettrez donc un état qui me fera connaître la situation de chaque bataillon, en mettant le nombre des compagnies de chaque bataillon, le nombre primitif d’hommes qu’ils ont amenés de la réserve et le nombre d’hommes qui y ont été incorporés.

De là vous irez à Bayonne; vous remettrez la lettre ci-jointe au grand-duc de Berg; vous me ferez connaître ce qui arriverait à votre connaissance, le lieu et la situation de ma Garde. Vous m’écrirez de Bordeaux et de Bayonne par l’estafette qui part tous les jours de ces deux villes pour Paris. Si ma Garde était partie de Bayonne, vous m’écrirez de Vittoria, en prenant vos renseignements en route auprès du général Lepic qui la commande.

A Burgos , vous m’écrirez les troupes que vous aurez rencontrées et ce qui viendrait à votre connaissance. L’estafette part également de Burgos tous les jours.

De là vous vous rendrez à Madrid par le plus court chemin, et vous remettrez ma lettre au Roi. Vous attendrez la réponse de la Cour de manière à rester cinq ou six jours à Madrid et à être le 15 mars à Burgos. Vous aurez soin de m’écrire par le courrier qu’enverrait le sieur Beauharnais, en donnant des renseignements vagues et rien qui puisse faire soupçonner que vous ayez des renseignements sur mes projets.

En passant à Poitiers, vous verrez les détachements de cavalerie qui y sont, ainsi que les escadrons de marche qu’on y a formés.

 

Paris, 25 février 1808

A Charles IV, roi d’Espagne

Monsieur mon Frère, Votre Majesté, par sa lettre du 18 novembre dernier, me fait la demande d’une princesse française pour le prince des Asturies. J’ai répondu, le 10 janvier, à Votre Majesté que j’y consentais. Votre Majesté, dans sa lettre du 5 février, ne me parle plus de ce mariage. Tout cela laisse dans l’obscur bien des objets importants pour l’intérêt de mes peuples. J’attends de son amitié d’être éclairci de tous mes doutes.

 

Paris, 26 février 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, vous me demandez pour le budget de votre département pour 1807 la somme de 9,257,000 francs. La situation générale des finances m’a permis de vous accorder 8,900,000 francs. Vous portez dans les dépenses accidentelles 132,000 francs pour le général Sorbier. Cela a été donné au général Sebastiani qui en doit compte. Aussi, vous devez la retirer sur les frais de légation du Levant.

 

Paris, 26 février 1808

A M. Barbier, bibliothécaire de l’Empereur

L’Empereur demande instamment des livres pour la bibliothèque de son cabinet qui peut contenir 1.500 à 2.000 volumes. Il veut de très beaux livres; il voudrait qu’ils fussent placés demain. Sa Majesté m’a aussi chargé de faire connaître à M. Barbier l’importance qu’il attache à avoir une bibliothèque de voyage, de belles éditions et des reliures riches. Il est assez riche pour cela; telles sont ses expressions.

(de Méneval)

 

Paris, 26 février 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur

Monsieur Cretet, faites-moi un rapport sur le sieur Carné, sous-préfet dans le département du Finistère, qui est prévenu de se permettre des mesures tendant à inquiéter les acquéreurs de biens nationaux.

 

Paris, 26 février 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Écrivez à mon ministre à Carlsruhe que je ne sais ce que veut dire la Margrave en se plaignant que je m’oppose à ce que le prince de Brunswick reste dans les États de Bade; que cela m’est fort indifférent, et qu’il m’importe peu que le prince et la princesse restent où ils veulent. Mon ministre doit s’expliquer dans ce sens.

Il faut me proposer la nomination d’un autre ministre à Stuttgart, puisque le sieur Durand ne peut pas partir. C’est une ridicule prétention que celle de vouloir être mon ministre et de rester à Paris.

 

Paris, 26 février 1808

A M. Gaudin, ministre des finances

J’ai lu avec intérêt votre rapport sans date sur les finances du Portugal. Les dépenses y sont fort exagérées; elles comportent 12 millions pour la marine : certainement elle ne doit pas coûter plus de 4 millions; 4 millions pour les fortifications : on peut économiser là-dessus 3 millions ; les fortifications du continent n’ont pas besoin d’être réparées, et peut-être serait-il important de les démolir.

Je ne vois pas d’inconvénient à confisquer les marchandises prises sur les Anglais et à rendre les marchandises existant aux douanes et véritablement appartenant à des Portugais, en vérifiant qu’elles ne viennent pas d’Angleterre et qu’elles n’appartiennent pas à des Portugais partis avec la Cour. On pourrait mettre sur ces marchandises une contribution de douane double, à titre de contribution de guerre.

Il serait peut-être convenable de préparer le remboursement du papier-monnaie en échange de domaines de la Couronne. Écrivez dans ce sens au sieur Herman. Quant à la contribution, nul doute qu’elle doit porter sur tout le pays.

 

Paris, 26 février 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, je vous renvoie les dépêches du général Junot, celles que j’ai reçues il y a quelques jours, et celles que me remet votre aide de camp. Répondez-lui, en expédiant votre lettre par l’estafette jusqu’à Burgos, d’où le maréchal Moncey la fera porter jusqu’à Lisbonne par un officier, que le moins de correspondances qu’il aura avec les Anglais sera le mieux; que j’ai trouvé que dans ses proclamations il promet trop, et qu’il ne prend pas des mesures assez sévères pour assurer la tranquillité. Comment arrive-t-il qu’au troisième mois depuis l’occupation du Portugal il y ait dans le royaume un seul soldat portugais, que les Portugais soient encore maîtres des places fortes ? Car on m’assure que les places importantes d’Elvas et d’Almeida sont dans leurs mains, chose qui est inconcevable. Pourquoi, conformément à mes ordres, mes troupes ne sont-elles pas campées, et sont-elles, au milieu de Lisbonne, exposées à être massacrées au premier événement ? Pourquoi la population n’est-elle pas désarmée et les principaux du pays envoyés en France ? Que je ne prévois que des malheurs de cette mauvaise conduite, et que je ne puis pas être satisfait de ce que je vois en Portugal. Était-il nécessaire d’imprimer que je mettais une contribution de cent millions avant d’être certain d’être maître du pays ? Que je ne vois rien de plus imprudent que ce qui se fait; que les Anglais en sont instruits, que leurs intelligences sont nombreuses. Réitérez mes ordres pour que, sans délai, toutes les troupes portugaises soient dirigées sur la France par colonnes de 500 hommes et par différentes routes. Comment arrive-t-il que ma cavalerie même ne soit pas montée ? Réitérez mes ordres pour le désarmement de la population et pour faire baraquer mes troupes, que je ne puis voir  avec plaisir au milieu d’une ville populeuse et sans pain, qui probablement sentira ses privations au moment même où les Anglais pourront tenter quelque chose. Cette faiblesse de conduite et cette indifférence sur l’exécution de mes ordres est inconcevable dans des objets si importants , et je ne prévois que des malheurs. Il est de la plus haute importance, dans les circonstances actuelles, que les places d’Elvas et d’Almeida soient gardées par des Français et bien commandées. Comment l’artillerie n’a-t-elle pas encore envoyé l’état de situation de ce qui a été pris de l’artillerie qui a été trouvée à Lisbonne et dans les forts ? Le génie n’écrit pas davantage. J’ignore entièrement quelle est la force des divisions espagnoles, dont l’une est commandée par le général Solano, et dont l’autre est dans la province de Porto. Comment ne suis-je pas informé de choses si importantes ? Recommandez au général Junot de surveiller ces deux divisions et de suivre leurs mouvements, si jamais elles quittaient le Portugal. Vous comprenez mon intention. Posez les différentes questions au général Junot pour savoir pourquoi mes intentions ne sont pas remplies. Je lui ai écrit bien des lettres qui, toutes, roulent sur les mêmes questions.

 

Paris, 26 février 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, témoignez mon mécontentement au général Reynier de ce que dans la capitulation de Reggio il n’est point question du roi de Naples. Cette capitulation, d’ailleurs, est faite contre toutes les formes, et cet oubli du roi de Naples est à la fois une insulte pour ce prince et du plus mauvais effet pour le pays. Faites-lui connaître que j’ai été également très-mécontent de voir qu’il ait accordé une capitulation si favorable pour une si misérable bicoque; que je désapprouve formellement toutes les communications qu’il se permet avec les généraux anglais en Sicile; qu’on ne doit parlementer qu’à coups de canon, et que je lui défends toute communication avec l’ennemi, sous quelque prétexte que ce soit, et que j’ai vu avec surprise qu’il ait renvoyé en Sicile des Siciliens et même des Napolitains.

 

Paris, 26 février 1808

A Joseph Napoléon, roi de Naples

Mon Frère, je reçois votre lettre du 17 février. Je ne sais pourquoi vous souffrez que le général Reynier ait tous ces parlementages avec les Anglais. Rien n’est plus contraire à mes intentions. Pourquoi prend-il sur lui de renvoyer des prisonniers ? Tout cela est absurde.

Il me semble entrevoir, dans quelques-unes de vos dernières lettres, que votre confiance pour Saliceti diminue tout à fait. Je ne peux rien concevoir de plus désastreux pour vous que de vous aliéner un homme aussi important. Roederer est de la race des hommes qui perdent toujours ceux auxquels ils sont attachés; serait-ce défaut de tact ? serait-ce malheur ? peu importe. Saliceti est de ceux qui réussissent toujours. Saliceti est fort aimé des Français à Naples, et il n’est pas un de vos amis qui ne déteste Roederer. Ce dernier est à Naples ce qu’il était à Paris, sans crédit dans aucun parti, homme d’aucun conseil et d’aucun tact; dont j’estime, d’ailleurs, plusieurs bonnes qualités, mais dont, comme homme politique, je ne fais aucun cas.

 

Paris, 26 février 1808

A Louis Napoléon, roi de Hollande

Je reçois votre lettre du 22 février. Je suis surpris d’y lire cette phrase que “le public verra que ce ne sont pas des phrases” et que “les effets suivent les promesses.” Depuis quand avez-vous vu que mes promesses n’étaient pas suivies d’effets ? Ce que je vous ai promis, je le ferai; l’acte public que vous me demandez, je vous le donnerai. Quand vos ministres auront fait rédiger l’acte d’emprunt, je le signerai et le scellerai du grand sceau de l’État; et, par là, je m’engagerai, si les colonies hollandaises ne vous sont pas rendues à la paix, à garantir l’emprunt jusqu’à la concurrence de 30 millions de francs. Puis-je faire davantage ? N’est-ce pas là vous donner une preuve formelle de l’amitié que je vous porte ?

Ne désorganisez pas vos troupes. Vous êtes trop inconstant. Laissez les choses telles qu’elles sont. Je n’aurai pas de difficulté à vous envoyer au printemps une division pour défendre vos côtes et surtout l’île de Walcheren. Je pense donc que vous ne perdez pas un moment pour mettre vos vaisseaux en armement. Je vois avec plaisir que deux frégates et deux bricks vont se rendre à Flessingue.

A mesure que vous régnez, vous devez apprendre l’avantage de marcher doucement et de prendre de mûres délibérations; c’est ce qu’on a dit dans tous les temps, et ce qui est bien vrai.

J’attache une grande importance à la bonne situation de votre armée et au développement de mes forces maritimes. Ce sera un grand plaisir pour les Hollandais, car la nation a encore beaucoup d’énergie et d’amour-propre.

Je vois qu’à la Grande Armée vous avez 14 à 15,000 hommes. Pour l’amour de Dieu, n’y changez rien ! Les économies que vous voulez faire sont chimériques, et tous les changements sont coûteux.

Faites-moi connaître ce que vous pourrez mettre au mois de mai dans l’île de Walcheren pour assurer la défense de cette île.

 

Palais des Tuileries, 27 février 1808

ALLOCUTION DE L’EMPEREUR A UNE DÉPUTATION DE L’INSTITUT

Messieurs les députés de la seconde classe de l’Institut, si la langue française est devenue une langue universelle, c’est aux hommes de génie qui ont siégé ou qui siègent parmi vous que nous en sommes redevables. J’attache du prix aux succès de vos travaux; ils tendent à éclairer mes peuples et sont nécessaires à la gloire de ma couronne.

J ‘ai entendu avec satisfaction le compte que vous venez de me rendre. Vous pouvez compter sur ma protection.

 

Palais des Tuileries, 28 février 1808

OBSERVATIONS FAITES DANS LE CONSEIL D’ADMINISTRATION DES FINANCES.

Il est donné lecture du rapport que M. le conseiller d’État Bérenger, directeur général de la caisse d’amortissement, a fait sur cet établissement considéré comme caisse d’amortissement proprement dite, comme caisse de garantie et comme caisse de dépôt.

Sa Majesté demande, pour le prochain conseil, un travail qui présente plus spécialement la caisse d’amortissement sous les rapports administratifs, des états à l’appui dirigés vers le même but, et un projet de budget pour l’année 1808. Sa Majesté renvoie à M. Bérenger les états qui lui avaient été remis par le ministre des finances. Elle désire qu’ils lui soient présentés de nouveau dimanche prochain, avec les modifications qu’elle indique.

L’état n° 1 doit être divisé en plusieurs parties, sans autre addition qu’une addition en colonne verticale.

Les divisions de cet état doivent présenter :

1° Tout ce qui est argent, obligations, valeur nominale;
2° Tout ce qui est action, cinq pour cent, etc.;
3° Tout ce qui est affaires contentieuses avec le trésor, en distinguant bien ce qui est intérêt de ce qui est fonds d’obligation; ne pas se servir de cette locution, délégations à recouvrer; mais de celle-ci, délégations existantes;
4° Tous les domaines nationaux ou délégations en domaines, ayant soin de distinguer les délégations dont on a des procès-verbaux de celles dont les procès-verbaux sont encore dus par le ministre des finances. On fera aussi une distinction particulière des domaines du Piémont. On distinguera, en général, pour tous les domaines, ceux qui avaient été vendus au 1er janvier 1808 et ceux qui restaient à vendre. On établira bien, dans le titre de ceux qui sont à vendre, que la caisse d’amortissement les a.

 

Paris, 28 février 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur.

Monsieur Cretet, je vous envoie deux états de déserteurs. Témoignez ma satisfaction au préfet des départements qui ont eu le moins de déserteurs pendant le second trimestre de 1807. Vous témoignerez mon mécontentement aux préfets dont les départements en ont eu le plus pendant ce trimestre, surtout à ceux de l’Escaut, de la Lys et du Puy-de-Dôme.

 

Paris, 28 février 1808

A Eugène, vice-roi d’Italie

Mon fils, voici la disposition que j’ai faite des 2 millions provenant de la vente des marchandises anglaises saisies en Toscane : 1,500,000 francs seront versé à la caisse d’amortissement, à Paris; 15,000 francs seront employés à payer les deux sommes portées dans votre lettre; 90,000 francs seront donnés au général Miollis et les 250,000 francs restant seront donnés en gratification aux troupes formant la garnison de Rome, à raison d’un mois aux soldats, et de deux mois aux généraux et officiers. Il sera bien que vous commenciez par faire payer ces gratifications aux troupes de Rome qui peuvent avoir des besoins, et au général Miollis, ce qui lui donnera de nouveaux moyens de représenter à Rome.

Paris, 1er mars 1808                

Au prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée

Mon Cousin, donnez l’ordre au prince de Ponte-Corvo d’augmenter la division Boudet du 19e régiment de ligne et des 14e et 23e régiments de chasseurs; ce qui fera 1,200 chevaux; et, avec le parc et l’artillerie, cette division sera forte de près de 10,000 Français. Il prendra avec lui les deux divisions espagnoles, qui, étant fortes de 13,000 hommes, porteront son corps d’armée à 23,000 hommes. Il laissera le général Dupas pour commander les villes hanséatiques avec le régiment belge, ses deux régiments d’infanterie et son artillerie. Je vais prendre des mesures pour compléter cette division à quatre régiments, et la mettre en état d’aller au secours du prince de Ponte-Corvo, s’il est nécessaire. Vous donnerez ordre au prince de Ponte-Corvo de renvoyer une division hollandaise en Hollande, en la dirigeant sur Utrecht, et de garder l’autre division, c’est-à-dire les quatre meilleurs régiments, le régiment de cuirassiers et l’artillerie; ce qui fera un corps de 8,000 hommes, qui, avec les quatre régiments du général Dupas, restera dans les villes hanséatiques et sera en seconde ligne. Le prince de Ponte-Corvo se dirigera vis-à-vis les îles danoises, et fera ouvrir la marche par une avant-garde composée d’un régiment de cavalerie française, d’un régiment d’infanterie légère et de huit pièces de canon. Après, marchera une division espagnole, qui sera suivie de la division Boudet, qui marchera entre les deux divisions espagnoles; l’autre division espagnole fermera la marche. Vous ferez connaître au prince de Ponte-Corvo que je l’autorise à faire passer des troupes dans les îles danoises, c’est-à-dire, un régiment de cavalerie et deux régiments d’infanterie espagnols. Aucun de mes régiments français ne doit y passer qu’il n’ait reçu de nouveaux ordres, et j’attendrai pour les lui donner que j’aie des nouvelles des facilités qu’offrira le passage et des dispositions des Danois. Mais, dans tous les cas, aucune troupe française ne doit passer la mer qu’après une division espagnole.

Mon intention n’est pas que les troupes du prince de Ponte-Corvo soient disséminées dans les îles; elles doivent toutes se réunir aux environs de Copenhague. Ces 23,000 hommes, joints à 13,000 que peut fournir le Danemark, formeront une armée de 36, 000 hommes. Avant que les troupes du prince de Ponte-Corvo soient passées, la division Dupas et les Hollandais arriveront; probablement ne seront- elles pas nécessaires, mais elles occuperont le Holstein et maintiendront les communications.

Il est nécessaire que le prince de Ponte-Corvo me fasse connaître, 1° combien il y a de marches de Hambourg à l’île de Seeland , et quel jour il y arrivera; 2° combien d’hommes peuvent passer pour se rendre à Copenhague, et quel jour toutes les troupes pourront être passées. On saura, au retour de son courrier, le résultat des opérations des Russes, qui ont dû entrer, le 10 février, en Finlande. Le prince de Ponte-Corvo n’a du reste aucune diversion à craindre de la part des Anglais. Ils se contenteront d’envoyer quelques régiments hanovriens, qui ne demandent pas mieux que de déserter. Vous enverrez porter vos ordres par un officier du génie, qui, avant de revenir, visitera le Holstein, la Fionie et le bout du continent, et demandera, la permission de voir les fortifications que les Danois y ont élevées, afin de reconnaître les difficultés qu’il y aurait à vaincre pour s’emparer du pays en cas d’événement. Le prince de Ponte-Corvo fera faire aussi toutes ces reconnaissances et vous les enverra.

 

Paris, 1er mars 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

Faites-moi un compte particulier sur l’imprimeur Huzard. Vous dites qu’il a été compromis dans les papiers de l’abbé Lanouville.  S’il en est ainsi, mon intention est de faire fermer cette imprimerie et d’ôter à cet individu le privilège de tenir imprimerie. (Charles-Jacques Lanouville, prêtre, avait été enfermé au Temple, par décision du 2 mars 1805, pour avoir fait imprimer des libelles contre le gouvernement.)

 

Paris, 1er mars 1808

Au maréchal Jourdan, gouverneur de Naples

J’ai reçu votre lettre du 17 février. Je vois avec plaisir l’établissement de votre fils. Ne doutez pas de l’intérêt que je porte à tout ce qui vous regarde.

 

Paris, 2 mars 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, le dernier état de situation présentant la situation de tous les corps au 15 février comprend les régiments de cavalerie. Je remarque que plusieurs régiments de marche y sont appelés provisoires, que plusieurs sont mal numérotés. La confusion va se mettre dans cette partie importante de l’administration. Les premiers régiments provisoires de dragons sont ceux qui sont en Portugal; s’ils n’ont pas été formés en régiments provisoires, ce qui est possible, il faut me présenter un décret pour les former. Vous appelez provisoires les détachements de cuirassiers venant d’Italie qui arrivent le 8 mars à Poitiers, cela est évidemment un escadron de marche. Je suis fâché qu’il vienne à Poitiers, puisqu’il est destiné pour Barcelone. Vous le laisserez reposer à Poitiers, vous le dénommerez ce qu’il est, escadron de marche, et j’en disposerai quand il sera nécessaire. Il ne faut jamais joindre, dans les états de situation, un escadron de marche à un régiment provisoire, jusqu’à ce que l’incorporation ait eu lieu et que l’escadron ou bataillon de marche soit dissous. Vous portez les escadrons de marche de Poitiers comme provisoires : il peut se passer bien des événements avant que cela soit; il faut les porter à part et tels qu’ils sont organisés pour la marche. Faites mettre dans cet état le nombre d’officiers et soldats de chaque régiment. Je remarque, dans le même livret, que les détachements que les régiments de cavalerie ont fournis aux régiments provisoires ne sont pas portés dans l’effectif; cela est très-mal, et propre à donner de fausses idées de la situation de mes régiments. Je vous prie de me faire remettre un état de situation de ma cavalerie. La 1e colonne contiendra le nom des régiments; la 2e, le nombre d’escadrons et leur effectif, que le régiment a à la Grande Armée ou à l’armée de Naples au ler février; la 3e, le nombre d’hommes que le régiment a aux régiments provisoires; la 4e, le nombre d’hommes que le régiment a aux escadrons de marche; la 5e, le nombre d’hommes que le régiment a au dépôt; la 6e, l’effectif du régiment; la 7e, ce que le régiment doit recevoir de l’appel des quatre régiments, et la mettre en état d’aller au secours du prince de Ponte-Corvo, s’il est nécessaire. Vous donnerez ordre au prince de Ponte-Corvo de renvoyer une division hollandaise en Hollande, en la dirigeant sur Utrecht, et de garder l’autre division, c’est-à-dire les quatre meilleurs régiments, le régiment de cuirassiers et l’artillerie; ce qui fera un corps de 8,000 hommes, qui, avec les quatre régiments du général Dupas, restera dans les villes hanséatiques et sera en seconde ligne. Le prince de Ponte-Corvo se dirigera vis-à-vis les îles danoises, et fera ouvrir la marche par une avant-garde composée d’un régiment de cavalerie française, d’un régiment d’infanterie légère et de huit pièces de canon. Après, marchera une division espagnole, qui sera suivie de la division Boudet, qui marchera entre les deux divisions espagnoles; l’autre division espagnole fermera la marche. Vous ferez connaître au prince de Ponte-Corvo que je l’autorise à faire passer des troupes dans les îles danoises, c’est-à-dire, un régiment de cavalerie et deux régiments d’infanterie espagnols. Aucun de mes régiments français ne doit y passer qu’il n’ait reçu de nouveaux ordres, et j’attendrai pour les lui donner que j’aie des nouvelles des facilités qu’offrira le passage et des dispositions des Danois. Mais, dans tous les cas, aucune troupe française ne doit passer la mer qu’après une division espagnole.

Mon intention n’est pas que les troupes du prince de Ponte-Corvo soient disséminées dans les îles; elles doivent toutes se réunir aux environs de Copenhague. Ces 23,000 hommes, joints à 13,000 que peut fournir le Danemark, formeront une armée de 36, 000 hommes. Avant que les troupes du prince de Ponte-Corvo soient passées, la division Dupas et les Hollandais arriveront; probablement ne seront-elles pas nécessaires, niais elles occuperont le Holstein et maintiendront les communications.

Il est nécessaire que le prince de Ponte-Corvo nie fasse connaître, 1° combien il y a de marches de Hambourg à l’île de Seeland , et quel jour il y arrivera; 2° combien d’hommes peuvent passer pour se rendre à Copenhague, et quel jour toutes les troupes pourront être passées. On saura, au retour de son courrier, le résultat des opérations des Russes, qui ont dû entrer, le 10 février, en Finlande. Le prince de Ponte-Corvo n’a du reste aucune diversion à craindre de la part des Anglais. Ils se contenteront d’envoyer quelques régiments hanovriens, qui ne demandent pas mieux que de déserter. Vous enverrez porter vos ordres par un officier du génie, qui, avant de revenir, visitera le Holstein, la Fionie et le bout du continent, et demandera la permission de voir les fortifications que les Danois y ont élevées, afin de reconnaître les difficultés qu’il y aurait à vaincre pour s’emparer du pays en cas d’événement. Le prince de Ponte-Corvo fera faire aussi toutes ces reconnaissances et vous les enverra.

 

Paris, 2 mars 1808

NOTE POUR M. MARET, MINISTRE SECRÉTAIRE D’ÉTAT.

Faire une note sur l’organisation des archives, et faire connaître de quel département elles dépendent, afin de régler définitivement ce service; car il y a lacune dans la législation lorsqu’il faut que l’Empereur intervienne pour la déterminer.

 

Paris, 2 mars 1808

Au Grand-duc de Berg, Lieutenant de l’Empereur en Espagne

Je reçois votre lettre du 27 février. Ayez votre quartier général le 10 à Vittoria, et faites en sorte que pour ce jour-là ma Garde y soit arrivée.

Donnez ordre que du 12 au 15 mars le maréchal Moncey et le général Dupont soient prêts à partir, et qu’ils réunissent leurs corps, l’un à Valladolid, et l’autre de Burgos à Aranda, en échelons, avec 4 jours de pain et 8 ou 10 jours de biscuit. Il ne faut pas que le maréchal Moncey fasse faire aucun mouvement rétrograde aux troupes qu’il aurait au delà d’Aranda; on m’assure qu’il en a à 3 ou 4 lieues au delà. Il doit réunir, pour le 15, sa cavalerie et sa 1e division avec dix-huit pièces de canon, entre Aranda et Burgos.

Donnez l’ordre que les cinq bataillons qui sont à Bordeaux et qui doivent faire partie de la division des Pyrénées occidentales se rendent à Bayonne. Comme ils ont encore des conscrits à recevoir, ils laisseront à cet effet leur 5e compagnie à Bordeaux.

Vous prendrez des mesures pour qu’aussitôt que possible cette brigade prenne possession de Saint-Sébastien.

Le 10 mars, la division Verdier doit commencer à se réunir à Bordeaux; mais elle doit avoir besoin de se reposer, et je lui ferai donner des ordres ultérieurs. J’approuve fort que ma Garde bivouaque en entrant en Espagne pour éviter la gale.

Il est nécessaire que les corps des généraux Moncey et Dupont se procurent des marmites pour pouvoir bivouaquer par division et par brigade.

Le général Dupont doit avoir au moins 60 caissons capables de porter une centaine de rations de biscuit, ce qui assurera les vivres pour cinq jours pour son corps d’armée; il se procurera des charrettes du pays et des mulets à bât.

 

Paris, 3 mars 1808

Au général Jullien, préfet du Morbihan

Je reçois votre lettre du 25 février. Je suis fâché de voir que vous ayez des peines. Je vous ai dans le temps fait témoigner ma satisfaction des services que vous m’avez rendus. J’aime à oublier la circonstance de l’enlèvement de l’évêque de Vannes, et l’intérêt que vous avez montré alors pour un homme dont je faisais tant de cas ne m’a pas échappé. Ne doutez pas que, lorsque les circonstances seront arrivées, je ne vous donne des preuves particulières de l’estime que je vous porte.

 

Paris, 3 mars 1808

Au colonel Lacoste, aide de camp de l’Empereur, en mission

Monsieur le Colonel Lacoste, vous trouverez ci-joints les projets que présente le premier inspecteur sur l’île d’Aix, avec les plans. Je trouve, 1° que quatre millions sont une dépense bien considérable; 2° que, pour exécuter ces travaux, il faut effacer ce qui existe aujourd’hui, et laisser ainsi l’île sans défense pendant six ans, de sorte que pendant six ans j’en aurais empiré la défense. Je demande d’abord une description qui me fasse bien connaître ce qui existe aujourd’hui, et si une simple flèche entre l’anse de la Croix et l’anse des Anglais, battant ces deux anses et défendant l’isthme, serait suffisante (on pourrait, dans une campagne et avec une dépense de cent mille écus, faire cette redoute, et on profiterait alors du fort actuel), ou bien si l’on ne pourrait pas construire une redoute entre le Beau-Séjour et le Moulin-du-Roi. L’ennemi serait obligé de s’emparer de cette redoute, s’il négligeait le fort. Avec une escarpe et une bonne contrescarpe, on peut la rendre susceptible de huit jours de défense, opération qui nous maintiendrait maîtres d’une partie de l’île, rendrait l’arrivée des secours plus facile, et ferait une espèce de camp retranché de l’emplacement entre le fort actuel et le Beau-Séjour. Faites-moi un rapport sur ce sujet.

 

Paris, 4 mars 1808

Au général Junot, commandant l’armée du Portugal

Je reçois vos dépêches du 14 février, que me porte mon officier d’ordonnance Tascher. Tout ce que j’apprends du Portugal est que le pays n’est pas entièrement désarmé, observation qui n’a point échappé à l’Angleterre, qui suppose qu’il n’a pas été prudent de le tenter. Je ne puis m’expliquer et je ne trouve pas de raisons qui soient cause que vous ne m’ayez pas envoyé les troupes portugaises, et que le 15 février, c’est-à-dire deux mois et demi après votre entrée en Portugal, ces troupes y soient encore. Il y a là-dedans de la folie. Au milieu de cela, vous publiez avec emphase mon décret qui impose une contribution de cent millions; il fallait attendre que vous fussiez maître du pays. Croyez-vous l’être aujourd’hui ? En relisant les lettres que je vous ai écrites depuis votre entrée en Portugal, vous verrez que vous n’avez rien fait de ce que je désirais. Vous me répondez de belles paroles, mais vous ne faites pas ce que je désire. Il est fâcheux pour moi de voir ainsi contrarier mes projets. Vous êtes entré le ler décembre en Portugal; le 15 décembre les troupes portugaises devaient, formées on non , être dirigées à grandes marches sur la France, et être arrivées à Bayonne, du 15 janvier au ler février, où je les aurais fait organiser. Immédiatement après que ces troupes auraient été parties, j’aurais procédé au désarmement. Voilà ce qui s’appelle se rendre maître d’un pays. Enfin vous avez poussé l’inadvertance jusqu’à laisser des mois entiers des places fortes entre les mains des Portugais. Je ne sais pas à quelle école vous avez été élevé. En Italie, où je n’ai qu’à me louer des habitants, où je suis leur souverain légitime, où leurs troupes sont à ma solde, je ne laisse pas même aujourd’hui leurs places fortes à des commandants italiens, mon armée étant là. Vous ne projetez qu’organisation ; cela est ridicule dans les circonstances où vous vous trouvez. La première chose à faire est de diriger, sans perdre un moment, les troupes portugaises sur la France. Malheureusement il est déjà bien tard aujourd’hui. Je n’aurais pas du m’attendre à une conduite aussi extraordinaire.

Je ne comprends rien à la mauvaise disposition de vos camps; il faut tenir vos troupes réunies , occuper les places fortes d’Elvas et d’Almeida. Je ne sais pas ce que vous entendez par l’armée portugaise; lorsque les Anglais débarqueront, elle irait les joindre ; ce seraient des misérables s’ils ne le faisaient pas. Je ne vous croyais pas si dépourvu de politique et de prévoyance; vous l’êtes à un point dont je n’ai pas vu d’exemple. Je vous réitère mon ordre de retirer mes troupes de Lisbonne; je ne veux pas qu’elles restent au milieu de la population d’une ville immense , exposées à manquer de pain. Il faut les baraquer dans des situations saines et de manière à les avoir dans la main.

 

Paris, 5 mars 1808

ALLOCUTION A UNE DÉPUTATION DE L’INSTITUT.

                                                   .
Messieurs les président et députés de la quatrième classe de l’Institut, Athènes et Rome sont encore célèbres par leurs succès dans les arts; l’Italie, dont les peuples me sont chers à tant de titres, s’est distinguée la première parmi les nations modernes. J’ai à coeur de voir les artistes français effacer la gloire d’Athènes et de l’Italie. C’est à vous de réaliser de si belles espérances. Vous pouvez compter sur ma protection.

Extrait du Moniteur du 7 mars 1808.

 

Paris, 5 mars 1808

A Joseph Napoléon, roi de Naples

Mon Frère, j’ai donné l’ordre à mon ministre du trésor public de vous envoyer 500,000 francs, de Florence, et 500,000 francs, de Milan. Cet argent vous sera envoyé en poste et arrivera, j’espère, peu de jours après ma lettre.

J’ai éprouvé un grand plaisir de la prise de Scilla. J’approuve que vous établissiez une batterie au Pezzo; mais la principale batterie doit être à Scilla; la hauteur ne fait rien ; cela a l’avantage de battre fort au large. Il faut mettre là des mortiers.

L’amiral Ganteaume doit, à l’heure qu’il est, être arrivé à Corfou; il a à bord des mortiers, des boulets, 80 affûts, 100 milliers de poudre et 5,000 quintaux de farine, chargés sur des flûtes; il a dû les jeter dans Corfou. J’augure très-bien de l’expédition, et si, comme on dit, il n’y a que 6,000 Anglais en Sicile, il n’y en aura pas 4,000 sous les armes ; ils s’enfermeront probablement à Syracuse.

Une escadre espagnole de six vaisseaux est partie de Carthagène le 12 février pour Toulon, où je l’attends. L’escadre de Lorient n’a pu appareiller, et la saison devient si belle que je doute qu’elle puisse passer.

Je n’ai pas besoin de vous faire comprendre l’importance de la batterie de Scilla; le fort la défend. N’écoutez aucune observation, nommez un bon colonel pour commander à Scilla, donnez-lui 600 hommes de troupes françaises, des vivres, un officier du génie, un chef de bataillon et deux capitaines en second, un adjudant de place et un commissaire des guerres, et qu’il ne dépende de personne ; laissez-lui de l’argent. Cet officier peut se défendre vingt jours, et il n’y a aucune chance que dans quinze jours vous ne puissiez venir à son secours.

Aussitôt que vos troupes seront embarquées pour la Sicile, les troupes que j’ai à Rome se mettront en grande partie en marche sur Naples ; ce sont toutes les compagnies de grenadiers et de voltigeurs et les plus belles troupes du monde.

Il est possible qu’avant huit jours je parte pour l’Espagne. Le grand-duc de Berg est parti depuis quinze jours pour s’y rendre. J’ai 80,000 hommes à trente lieues de Madrid. Junot, avec 30,000 hommes, est maître de Lisbonne et du Portugal; et, cependant, je n’ai pas fait rentrer un seul homme de la Grande Armée. J’ai en Pologne et sur l’Oder près de 300,000 hommes. La conscription de cette année se lève, et, avant trois mois, j’aurai 80,000 hommes pour renforcer mes cadres. Jugez de l’argent que cela me coûte !

Votre régiment napolitain fait partie d’une division de 10,000 hommes que commande le général Duhesme ; il est depuis quinze jours à Barcelone, où il est très-bien. Vous sentez qu’il aura besoin de recrues. Organisez donc un bataillon provisoire d’un millier d’hommes, et mettez-le en marche pour Turin ; il servira à maintenir votre régiment au complet.

 

Paris, 5 mars 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon fils, je donne l’ordre à mon ministre du Trésor public de faire partir 500.000 francs de Florence, et 500,000 francs de Milan, pour Naples. Si le sieur Dauchy et le payeur de Milan n’avaient pas cette somme en argent, je vous autorise à les faire fournir par mon Trésor d’Italie. Il serait convenable, de les prendre à Bologne et à Rimini, pour ne point perdre de temps, et d’écrire au sieur Dauchy, comme cet envoi est très-pressé, de les prendre à Livourne, etc., etc. de manière que cela ne souffre aucun retard. Vous ferez accompagner cet argent par des gendarmes. Il est nécessaire que le convoi aille en poste et marche jour et nuit.

 

Paris, 5 mars 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie

Mon Frère, je reçois votre lettre du 14 février. Le comte de Winzingerode a été longtemps ministre du roi de Wurtemberg. Je pense qu’il ne peut être fait aucune objection raisonnable à ce que vous l’employiez. Je crois que les raisons qui font qu’il a quitté le service de Stuttgart n’attaquent ni la probité ni l’honneur. Vous êtes , du reste, plus à même d’avoir des renseignements secrets là-dessus. D’ailleurs, c’est un homme qui est très au fait de la marche des affaires de la Confédération, qui a montré beaucoup de zèle pour le service du roi de Wurtemberg, et dont je pense, sauf renseignements plus précis, que vous pourrez tirer bon parti.

 

Paris, 6 mars 1808

Au général Junot, commandant l’armée du Portugal

Je reçois votre lettre du 20, que m’apporte Bataille, qui me donne des renseignements satisfaisants sur le Portugal. Il me tardait fort d’apprendre le départ des troupes portugaises; je m’en servirai en Italie et ailleurs. J’apprends avec plaisir que vous avez deux vaisseaux de ligne armés et quelques frégates. Par votre réponse à cette lettre, apprenez-moi combien vous avez de maîtres, contremaîtres et canonniers français. Je vois avec peine que vous y mettiez des Hanovriens ; c’est un contre-sens. Sur chaque vaisseau de ligne il faut mettre au moins 150 Français.

Le grand-duc de Berg a porté son quartier général à Burgos.

Je ne suis pas encore instruit que vous soyez maître d’Elvas. Aussitôt que vous l’aurez, réunissez autour de cette place les trois quarts de votre cavalerie, c’est-à-dire au moins 1,500 hommes, six pièces d’artillerie légère, et une division d’infanterie de 6,000 hommes avec douze pièces d’artillerie. Que cette division soit à Elvas prête à se porter partout où cela sera nécessaire, selon la circonstance, afin de maintenir la communication avec nies troupes, si elles se rendent à Madrid.

Ayez une bonne division à Almeida, et, si la division de Galice faisait un mouvement sur Valladolid, soyez disposé à vous y opposer et à envoyer contre elle. Il est bien important que les Portugais ne passent pas par Madrid, et se dirigent par colonnes de beaucoup moins de 1,000 hommes sur Valladolid.

Il est possible que moi-même je me rende bientôt en Espagne. Il faut que vous ayez à Almeida et à Elvas des hommes sûrs et intelligents, qui vous instruiront de ce qui se passe, et que vous ne laissiez pas les Espagnols faire des mouvements qui auraient l’air d’être offensifs contre les troupes que j’ai en Espagne.

 

Palais des Tuileries, 6 mars 1808

OBSERVATIONS FAITES DANS LE CONSEIL D’ADMINISTRATION DES FINANCES.

M. Bérenger, directeur général de la caisse d’amortissement, présente le travail demandé par Sa Majesté dans le conseil du 28 février dernier. Dans son premier rapport il avait exposé la situation comptable de la caisse d’amortissement; dans celui-ci il fait connaître les besoins, les ressources et l’emploi des fonds de cette caisse.

Sa Majesté, après avoir examiné le nouveau rapport de M. Bérenger et examiné les états à l’appui, fait connaître, par des observations générales, la manière dont elle désire que tout ce travail lui soit présenté. Elle fait ensuite les observations et les demandes particulières ci-après :

1° Demandes auxquelles il serait à désirer que le directeur général de l’enregistrement put satisfaire :

Quelle est la quantité de domaines cédés  à la caisse d’amortissement depuis l’an VIII ?
Quelle est la quantité qui a été vendue chaque année, année par année ?
Combien les receveurs des domaines ont-ils versé en conséquence des ventes, année par année ?
Quelle a été la différence entre la mise à prix et le prix des ventes ? Quelle est la quantité des procès-verbaux qui restent à verser ? Combien reste-t-il de domaines à vendre ?

2° Observations et demandes auxquelles M. le directeur général de la caisse d’amortissement est invité à satisfaire.

Il convient de mettre à part et hors des états ce qui regarde la Grande Armée.

Il convient d’ôter également de la caisse l’article des fonds de retraite en cinq pour cent, l’article des consignations, celui des coupes extraordinaires de bois communaux, celui de la Légion d’honneur, celui des produits des centimes additionnels destinés à des travaux publics. Ces déplacements rendront la situation de la caisse plus simple.

Il faut placer les inscriptions pour le ministre de l’intérieur à la suite de l’article des retraites, et dire que les 109,758 francs de rente appartenant à des fonds de retraite, hospices, etc., sont portés en recettes et en dépense.

Il faut mettre les affaires de rescriptions avec les affaires contentieuses qui existent entre la caisse et le trésor.

Enfin il faut bien établir, par un mémoire, ce que la caisse peut donner en gains.

Il faut aussi donner le compte de ce qu’ont rendu les domaines comme domaines, année par année.

Le travail résultant, soit des observations, soit des demandes de Sa Majesté, sera présenté à un conseil qui se tiendra dimanche prochain.

 

Paris, 6 mars 1808

Au Grand-duc de Berg, Lieutenant de l’Empereur en Espagne

Je reçois votre lettre du 2 mars. Vous avez dû recevoir, le 5, la lettre que je vous ai écrite le même jour, par laquelle je vous ordonnais de porter votre quartier général à Vittoria et d’y être rendu le 10. Vous pouvez porter votre quartier général à Burgos et y être le 12. Dirigez ma Garde sur Burgos ; mais réunissez des escortes de cavalerie et de gendarmerie depuis Bayonne jusqu’à Burgos, de manière que j’aie à chaque poste pour mon escorte au moins trente hommes. Je suppose que le 14 mars ma Garde sera à Burgos; que le maréchal Moncey aura réuni son corps d’armée entre Aranda et Burgos, et que de sa personne il sera à Aranda avec sa cavalerie, sa première division et dix-huit pièces de canon ; que sa seconde division sera en une marche de la première, et sa troisième division à Burgos; que le général Dupont sera le même jour à Valladolid avec sa première division, sa cavalerie et dix-huit pièces de canon, ses deux autres divisions à une demi-marche de l’avant-garde; et que ces deux corps d’armée auront du pain et du biscuit pour une douzaine de jours. Je suppose que ma Garde aura aussi à Burgos du pain et du biscuit pour dix ou douze jours. Mes chevaux devront être également à Burgos. Un page et une brigade suivront le quartier général du maréchal Moncey; un autre page et une brigade seront auprès du général Dupont. Le reste de mes chevaux restera à Burgos. Canisy organisera chaque brigade de manière qu’il y ait deux chevaux pour moi, des porte-manteaux, etc.

S’il n’y a rien de nouveau et que le prince de la Paix vous ait écrit, vous pouvez lui répondre une lettre insignifiante, dans laquelle vous lui direz que mes ordres-vous ont conduit en Espagne pour passer la revue de mes troupes, dont vous ignorez la destination, et que vous serez fort aise si les circonstances vous mettent à même de le voir.

Vous aurez soin de laisser, pour commander tous les pays compris entre Valladolid et les Pyrénées, un des généraux de brigade qui sont venus à la suite de l’armée.

Faites envoyer de Vittoria et de Bayonne 100,000 rations de biscuit dans la citadelle de Pampelune. Que le général Merle l’approvisionne sans trop effrayer les habitants, et qu’il fasse aussi enfermer la poudre qui est hors de la ville. Il faut dans cette citadelle une demi-compagnie d’artillerie. Donnez en conséquence l’ordre à la moitié d’une des deux qui se trouvent à Bayonne de s’y rendre. Mettez-y un chef de bataillon d’artillerie que le général la Riboisière désignera, un officier du génie, un bon commandant, deux adjudants de place et un commissaire des guerres. Que tout cela soit fait promptement, afin que, lorsque je jugerai à propos de faire venir la division du général Merle à l’armée, je sois maître du poste important de la citadelle de Pampelune en y mettant un millier de conscrits. L’hôpital doit être dans la ville, de manière que la garnison puisse vivre isolée, si cela est nécessaire. Faites-moi connaître qui vous aurez nommé.

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7 mars 1808.

P. S. Activez tous les mouvements des corps des généraux Moncey et Dupont, de manière que le maréchal Moncey puisse s’emparer, le plus tôt possible, des montagnes qui séparent Burgos de Madrid.

Je suppose que vous serez le 12 à Burgos. Envoyez vos chevaux dans la direction d’Aranda, et suivez le mouvement du maréchal Moncey, qui sera en mesure d’entrer le premier à Madrid. Qu’il réunisse sa cavalerie et sa première division à trois ou quatre lieues en avant d’Aranda, sa seconde division à Aranda, et sa troisième division entre Aranda et Burgos; qu’il soit prêt à partir le 14, abondamment pourvu de vivres, et que sa cavalerie soit en tête.

 

Paris, 7 mars 1808

Au général Junot, commandant l’armée de Portugal

Je reçois votre lettre du 23 février. J’apprends que le général Solano est parti avec sa division pour se rendre à Badajoz, où, à ce qu’il paraît, il sera rendu le 10 mars. Pour peu que vous ayez de sens, vous avez dû faire suivre cette division par la moitié de votre cavalerie, par une division de 5 à 6,000 hommes et par dix-huit pièces de canon. Si vous ne l’avez pas fait, faites-le sur-le-champ. Que cette division, commandée par un de vos meilleurs généraux, se réunisse à Elvas, pousse des partis jusqu’à Burgos (ainsi à la minute; mais le sens demande Badajoz.) et ait l’oeil sur ce qui se passe. Ou le général Solano se rend à Cadix, ou il va à Madrid – s’il se rend à Cadix, cette division peut se reposer à Elvas, et, sous prétexte d’envoyer des officiers à Cadix, elle en enverra sur les pas du général Solano, pour le reconnaître et agir selon les circonstances; s’il se rend à Madrid, il faut supposer que la cour d’Espagne se méfie de moi; alors ce que vous devez faire, c’est de contenir le général espagnol et de l’empêcher de faire diversion. C’est aujourd’hui le 7; vous recevrez cette lettre le 17; si vous n’avez pas déjà réuni votre division à Elvas, vos troupes n’y seront que le 23. La destination du général Solano sera décidée, et, à peine arrivée à Elvas, votre division apprendra les événements qui seront arrivés, et elle agira en conséquence.

Je serai probablement le 12 mars à Burgos. Tâchez que j’y trouve un de vos aides de camp qui m’apporte de vos nouvelles. Votre armée doit être divisée en trois corps : un pour contenir Lisbonne , un pour pouvoir d’Elvas se transporter où il sera nécessaire, et l’autre partie pour contenir la division de Galice. Vous ne devez d’ailleurs avoir aucune inquiétude; j’ai des troupes pour faire face à tout. Vous n’avez rien à craindre des Anglais, la saison est encore trop mauvaise. Les Portugais peuvent vous servir. Ne parlez haut contre les Espagnols que quand les événements auront éclaté. Jusque-là il faut se contenter de simples insinuations.

 

Paris, 8 mars 1808

Au Grand-duc de Berg, Lieutenant de l’Empereur en Espagne.

Je reçois tous les états de situation qui étaient joints à vos lettres du 4 et du 5. Je suis indigné d’apprendre que la solde est arriérée de deux mois au corps du général Dupont, et qu’elle l’est également au corps du maréchal Moncey, puisqu’il n’a en caisse que des valeurs qu’on ne peut réaliser. J’envoie chercher Mollien pour lui témoigner mon mécontentement. Je donne ordre que le payeur du trésor, qui est à Bordeaux avec une caisse de 3 millions , en parte le plus tôt possible pour le quartier général. Il marchera désormais avec ma Garde. Donnez l’ordre à tous les généraux, officiers d’état-major qui se trouvent à Bayonne, de se rendre à Burgos. Exceptez-en Monthion et un officier d’état-major que Berthier doit avoir envoyé à Bayonne pour correspondre avec lui. Envoyez les deux premiers généraux qui arriveront à Burgos, l’un au maréchal Moncey, et l’autre au général Dupont, qui les mettront dans les divisions où il en manque.

Du moment que vous serez arrivé à Burgos, vous écrirez aux États de Burgos, d’Alava, de Guipuzcoa, de Biscaye et de la Vieille-Castille, une lettre que vous enverrez aux intendants de ces provinces. Cette lettre sera ainsi conçue :

Parti de Paris depuis quinze jours pour venir prendre le commandement des troupes de S. M. l’Empereur, je n’ai pas tardé à apprendre, à mon entrée en Espagne, que vos provinces avaient fait des avances considérables pour les troupes françaises, et que ces dépenses étaient supportées par les provinces mêmes. Sa Majesté m’a chargé de vous faire connaître que son intention était que ces provinces fussent remboursées exactement des frais qu’elles ont faits pour ses troupes. Je vous invite donc à en adresser sans délai les états à l’intendant de l’armée. Depuis que je suis au milieu de vous, j’ai recueilli les bons sentiments qui vous animent; j’en ai fait part à Sa Majesté, qui a tant d’estime et d’amitié pour les Espagnols et qui a tant à coeur de contribuer au bien de ce pays. 

Vous ferez traduire cette lettre en espagnol , et vous la ferez imprimer dans des gazettes, s’il y en a; sinon, vous la ferez mettre dans des petits bulletins à la main que vous ferez circuler sans affectation.

Je viens de voir Mollien. Il fait partir sur-le-champ une estafette qui porte au payeur l’ordre de se rendre avec un million à Bayonne, de manière qu’au 15 mars le général Dupont et le maréchal Moncey aient reçu les sommes dont leurs corps ont besoin. De votre côté, donnez des ordres positifs pour que les officiers soient payés de tout ce qu’il leur revient jusqu’au 1er mars. Il faut plutôt retarder la marche d’un jour, si cela est nécessaire. Mon intention est que le soldat ait toujours le gousset garni pendant sa marche, parce qu’alors il ne pillera pas, et achètera les objets dont il aura besoin.

Recommandez que les quartiers-maîtres soient exacts dans leurs distributions, et rendez un ordre du jour sévère là-dessus, ainsi que sur le maintien de la discipline.

Vous ferez également mettre ce qui suit à l’ordre de l’armée :

S. M. l’Empereur, instruit que les officiers et soldats de son armée en Espagne perdent considérablement sur le change des monnaies, a ordonné que la différence fût supportée par le trésor. Il sera fait, en conséquence, une revue particulière, à partir de l’entrée en Espagne, sur laquelle on accordera la différence de l’une à l’autre monnaie. Sa Majesté a appris avec plaisir la bonne discipline qu’a observée l’armée ; elle lui en témoigne sa satisfaction, et l’invite à continuer de même et à avoir les plus grands égards pour le peuple espagnol, estimable à tant de titres. Le soldat doit traiter les Espagnols comme il traiterait les Français eux-mêmes. L’amitié des deux nations date de longue main; elle doit être consolidée dans la circonstance actuelle, Sa Majesté n’ayant en vue que des choses utiles et avantageuses à la nation espagnole, pour laquelle elle a toujours eu la plus haute estime.

Vous aurez soin que, dès le lendemain de l’envoi de votre lettre aux États, cet ordre soit traduit en espagnol et répandu partout dans les deux langues.

 

Paris, 9 mars 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, je désire que vous expédiiez aujourd’hui quelqu’un en Espagne; vous pourriez envoyer le sieur Vandeul. C’est aujourd’hui le 9, il faut qu’il soit le 15 à Madrid. Il sera porteur d’une lettre de vous au sieur Beauharnais, par laquelle vous chargerez cet ambassadeur de faire connaître au généralissime, dans la journée du 15 ou dans celle du 16, que deux divisions françaises devant se rendre à Cadix séjourneront quelque temps à Madrid, et de demander que toutes les dispositions soient faites pour leur réception; qu’une de ces divisions sera détachée du corps qui est à Valladolid, et l’autre de celui qui est à Aranda ; que ces deux divisions réunies formeront 50,000 hommes.

Vous instruirez le sieur Beauharnais que le grand-duc de Berg est venu pour prendre le commandement de ce corps, et qu’il doit arriver le 14 à Burgos avec le corps de réserve, composé de deux autres divisions formant à peu près 50,000 hommes; que le général espagnol Solano a quitté, le 3 mars, le Tage avec sa division , qu’il doit arriver le 10 à Badajoz, et que, de là, il a dû se diriger sur Cadix on sur Madrid. S’il s’est dirigé sur Madrid, le sieur Beauharnais demandera quel est l’objet de ce rassemblement, et si c’est dans le but de s’opposer aux troupes françaises. Si le général Solano s’est dirigé sur Cadix, le sieur Beauharnais se plaindra seulement que ce général ait ainsi quitté le Portugal, et, par là, compromis l’existence de l’armée française dans ce pays. Le sieur Beauharnais ne manquera pas d’envoyer au grand-duc de Berg un agent sûr par Aranda et Burgos, pour l’instruire de ce qui se passe du côté de Madrid. Vous chargerez le sieur Vandeul de partir de Madrid le plus tôt possible, sans attendre la réponse de la cour d’Espagne, de manière à être à Aranda le 18, et le 19 à Burgos. Quand il sera à mi-chemin d’Aranda à Madrid, il expédiera quelqu’un au grand-duc de Berg pour l’instruire de ce qu’il apprendrait qui en valût la peine, et des mouvements de la division Solano, si de Badajoz elle se dirigeait sur Madrid ou sur Cadix. Vous ajouterez en chiffre, au sieur Beauharnais, qu’une armée française de 50,000 hommes entrera à Madrid le 22 ou le 23. Vous lui recommanderez de rassurer les partisans du prince de la Paix, du prince des Asturies, de répandre que mon projet est de me rendre à Cadix pour assiéger Gibraltar et me rendre en Afrique, et de voir en passant à régler les affaires d’Espagne, de manière qu’il n’y ait point de doute sur la succession de ce royaume. Si le prince de la Paix ou le prince des Asturies laisse entrevoir le désir de venir à Burgos, cela me sera très-agréable; n’importe qui viendra, il faut le recevoir. Le sieur Beauharnais doit prendre toutes les mesures pour que les vivres soient assurés à Madrid pour cette grande quantité de troupes.

 

Paris, 9 mars 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public

Monsieur Mollien, je vous envoie un compte de M. Daru. Il est bon que vous ayez connaissance du tiers de ce compte. Établissez bien votre situation avec la Grande Armée au 1er janvier 1808, afin que nous puissions partir de là. Vous savez que vous avez 15 millions à céder à la Grande Armée ; comme il y a 12 millions de créances de 1806 que la Grande Armée doit payer, je ne sais donc comment vous persistez à penser que le payeur ne vous doit que 15 millions, puisqu’il ressort de cet état qu’il vous doit bien davantage. Je désire que vous me fassiez un relevé de la situation de la Grande Armée au ler janvier 1808, en recettes et en dépenses, afin que je voie si elle est conforme aux aperçus que j’ai faits. Expliquez-moi comment la solde est portée à 70 millions, qui, avec les 24 millions de 1806, font 94 millions. Il me semble que nous n’avions calculé que 71 millions.

Vous trouverez ci-joint le dernier état du payeur de la Grande Armée. Expliquez-moi ce que le payeur veut dire par cette note : conformément à la lettre du ministre, le payeur a crédité son compte dépôt de la somme de 6 millions, dont il a fourni son récépissé pour la solde de janvier et février 1808.

Donnez ordre que les comptes avec la Bavière me soient soumis et qu’il ne soit rien payé sans ordre.

Au conseil d’administration d’aujourd’hui, j’ai vu des choses sur la Garde qui ne me paraissent pas claires.

 

Paris, 9 mars 1808

A M- Daru, Intendant général de la Grande Armée

Monsieur Daru, après avoir lu attentivement le volume de comptes que vous m’avez rendu, intitulé Administration, j’en ai fait le relevé suivant; faites-moi connaître si je puis y compter. Je néglige toujours les troisièmes chiffres pour ne pas perdre de temps.

1e note. Le directeur des contributions de la Grande Armée avait reçu au 1er janvier 1808, 200 millions. Il en avait donné 104 au payeur, en avait envoyé 42 à la caisse d’amortissement, en avait 50 en caisse, et en avait consommé 2 en faux frais ou restitutions.

2e note. Le payeur de l’armée avait dépensé 119 millions; il en fallait encore 12 pour achever le payement de la solde de 1806 ; il fallait 12 autres millions pour solder 1807 ; je calcule 5 millions pour ce qui est à payer en argent comptant pour les services faits depuis le 1er octobre 1806. Je ne comprends là rien de ce qui peut se régulariser, soit en décomptes sur la Pologne, soit en décomptes sur les contributions. Total de la dépense au 1er janvier 1808, 148 millions. Pour l’intelligence de cela, il faut que vous sachiez que j’ai pris, il y a deux jours, un décret portant que la solde de 1806 serait payée par la Grande Armée, et je lui ai fait céder différentes terres et des rebuts de budget qui ne peuvent pas entrer au trésor; et que la solde de 1807 serait également payée par la Grande Armée; qu’à cet effet le trésor public tiendrait compte à la Grande Armée, 1° de 15 millions lui appartenant, que le payeur avait consommés au 1er janvier 1808; 2° de 14 millions que le trésor devrait à la Grande Armée, faisant partie d’une somme plus considérable que la Grande Armée lui prête; 3° de 18 millions de solde passés en compte à la Grande Armée, dont il serait fait recette pour ordre au trésor publie. J’observe, à cet égard, que nous avions évalué la solde de .1807 à 47 millions, celle de 1806 à 12 millions payables par la Grande Armée et à 12 millions à payer, c’est-à-dire 24 millions; total 71 millions. Je suis donc fort étonné de voir dans vos comptes que la solde payée se monte à 70 millions, ce qui, joint à 24 millions qui restent à payer, ferait 94 millions. Donnez-moi des explications là-dessus. Cela vient-il de ce que vous portez comme solde des objets qui ne le sont pas ? 94 millions pour dix-huit mois feraient 5 à 6 millions par mois.

3° note. – Les ressources du receveur des contributions en argent comptant étaient, au ler janvier, de 200 millions, auxquels il faut ajouter les 15 millions cédés par le trésor, c’est-à-dire 215 millions. Ce qui est mis pour solder la dépense se montera à 148 millions pour le payeur général, 2 millions pour faux frais et restitutions; il restera donc 65 millions, dont 42 ont déjà été envoyés à la caisse; il resterait donc à la caisse 23 millions. Faites-moi connaître si ces calculs sont exacts. Si cela est, faites payer aux officiers et administrateurs les quatre mois de 1806 qui sont dus. Je crois avoir également donné l’ordre que tout ce qui serait dû aux officiers jusqu’au ler janvier 1808 fût payé. Vous avez dû le faire payer au 3e corps ; vous pouvez le faire également payer à la garnison de Danzig et aux autres corps qui en ont besoin. Ayez soin que la solde de janvier, février et mars 1808 soit payée tous les mois aux officiers et aux soldats. Je pense que les retardements dans le payement de la solde courante donnent toujours lieu à des dilapidations.

Je vois que, dans l’ayant en caisse de 51 millions qu’a le receveur, il a 1,200,000 francs à Wesel, 10 millions à Mayence, 1 million en Hanovre, et 700,000 francs à Munster. Je désire fort qu’il mette
sans délai ces sommes à la disposition de la caisse d’amortissement.

Je désire également que tout ce que doivent Hambourg, Brême et Lubeck, soit envoyé le plus tôt possible à la caisse d’amortissement. Autre observation. Selon vous, la recette des contributions devrait être de 267 millions ; le sieur la Bouillerie n’en porte que 200 : différence, 67 millions. Vous en portez 41 pour fournitures , la différence n’est plus que de 26. Sur ces 26 millions, je suppose qu’au moins 20 sont rentrés ou doivent rentrer. Je vois 10 millions de différence aux villes hanséatiques. J’ai fort à coeur que la comptabilité soit arrêtée au ler janvier 1808, afin de pouvoir partir de là. Faites-moi connaître ce que rendent les États prussiens par mois, et remettez-moi en même temps votre état de contribution comparé avec celui du receveur, avec les observations qui les mettent d’accord. Faites-moi aussi le budget, au 1er janvier 1808, de ce que vous croyez qui rentrera au ler juillet 1808 sur les contributions de toute espèce, et surtout sur les contributions ordinaires. Comparez-le avec ce que coûte la Grande Armée. J’ai à coeur de payer tout ce que je dois en Pologne. Si je dois encore beaucoup lorsque mes créances sur le gouvernement polonais seront épuisées, j’affecterai à cela les créances que j’ai sur la Prusse.

 

Paris, 9 mars 1808

Au Grand-duc de Berg, Lieutenant de l’Empereur en Espagne

Je reçois votre lettre du 6 mars. Je vois avec plaisir que l’affaire de Saint-Sébastien a bien fini. La moindre hostilité sur ce point m’eût été très-désagréable. C’est aujourd’hui le 9. Je suppose que Vous êtes à l’heure qu’il est à Vittoria, d’où je recevrai de vos nouvelles.

Vous serez probablement le 14 à Burgos. Le principal est que le maréchal Moncey fasse filer ses 300,000 rations de biscuit sur Aranda (le général Dupont a déjà les siennes à Valladolid), et que les deux corps d’armée aient leur pain et leur biscuit avec eux pour une quinzaine de jours, afin d’éviter tout désordre et d’être sûr que l’armée marche en bon ordre. Le major général vous expédie des ordres de mouvement par un officier d’état-major qui vous arrivera avant l’estafette, puisqu’il part aujourd’hui à six heures du soir. J’espère que ma Garde sera toute réunie le 14 ou le 15 à Burgos, et que vous aurez assuré une escorte de Bayonne à Burgos. Je donne ordre au général Merle de laisser 1,000 hommes dans la citadelle de Pampelune et de se rendre à Vittoria, où il devra être le 15 ou le 16. Sa seconde brigade, composée de cinq bataillons de la réserve que je suppose devoir arriver le 12 ou le 14 à Bayonne, continuera également sa route sur Vittoria, ce qui portera la division du général Merle à 4,500 hommes d’infanterie et douze pièces de canon. Le régiment de marche qui arrive aujourd’hui à à Bordeaux, et qui probablement sera le 16 ou le 17 à Bayonne, dirigera également sa marche sur Vittoria pour augmenter encore la division Merle. Enfin la division Verdier, qui arrive aujourd’hui et demain à Bordeaux, arrivera le 17 et le 18 à Bayonne et formera la seconde division de réserve. Quatre régiments de marche de cavalerie, qui arriveront le 20 et le 21 à Bayonne, continueront leur route sur Vittoria, pour se ranger sous les ordres du général Merle. La seconde partie de ma Garde, composée des fusiliers et de plusieurs détachements de cavalerie, formant 3,000 hommes et 500 chevaux, arrivera à Bordeaux le 20, et continuera sa marche, ce qui formera sur mes derrières une réserve assez considérable, maintiendra ma communication avec Madrid, et fera face aux troupes espagnoles de Galice. Il faut que le général Merle fasse son mouvement de Pampelune de manière à ce qu’on s’en aperçoive le moins possible. Il laissera le général Darmagnac avec un millier d’hommes dans la citadelle.

Vous verrez par les ordres que vous recevrez du major général que, le 16, la deuxième division du maréchal Moncey devra être sur Aranda, et que sa troisième division partira le 15 de Burgos pour marcher sur Aranda, de manière que, le 17, le général Grouchy avec les deux brigades de cavalerie, ayant chacune trois pièces d’artillerie légère, la première et la deuxième division du maréchal Moncey, se mettent en marche sur la montagne de Somo-Sierra, pour arriver le 18 au soir au pied de cette montagne, la passer le 19, et y séjourner le 20, si vous ne recevez pas de nouveaux ordres. Cette journée du 20 sera employée à faire passer la troisième division du maréchal Moncey, de sorte que le 21 tout son corps se trouve réuni à une marche au delà de la montagne; que le général Dupont marchera de manière à se trouver le 19 à l’intersection des chemins de Ségovie et Saint-Ildefonse avec celui de Madrid; qu’il ne mènera avec lui que sa cavalerie, son artillerie et deux divisions, et qu’il laissera sa troisième division à Valladolid pour observer le corps espagnol qui est en Galice. Il est nécessaire que vous ayez des renseignements positifs sur le lieu où se trouve ce corps, et que le général qui commandera de ce côté ait soin de vous informer de tout ce qui viendrait à sa connaissance. Le maréchal Moncey doit marcher avec sa seconde division; vous, avec la troisième. Les divisions doivent camper par brigade, en conservant entre chaque brigade une distance d’une lieue, et une distance de six ou sept lieues entre la dernière brigade de l’armée et l’avant-garde. S’il arrivait que les Espagnols fussent en situation de se défendre à Madrid, le général Dupont doit se diriger sur Saint-Ildefonse, se réunir à vous et marcher sur Madrid pour donner ensemble, si cela est nécessaire.

Enfin l’armée doit être abondamment pourvue de tout, marcher dans le meilleur ordre. Retardez même votre mouvement d’un jour, pour peu que cela soit nécessaire, afin qu’il n’y ait pas de traîneurs. Du reste, il faut marcher avec confiance et en attitude de paix, en prenant cependant les précautions convenables. Envoyez de mon côté, sur Burgos et Bayonne, les hommes considérables que pourrait envoyer l’Espagne, le prince de la Paix, le prince des Asturies, s’ils venaient. Que tous vos propos soient pacifiques ; dites que vous marchez sur Cadix et sur Gibraltar. Je vous ai écrit hier que mon intention est qu’avant de partir la solde soit payée jusqu’au 1er mars aux officiers et aux soldats , et que le payeur de Bayonne a reçu des ordres en conséquence. Cela est très-important pour que le soldat ne pille pas et puisse acheter ce dont il a besoin. Il faut que les caisses soient abondamment pourvues, afin que, arrivé à Madrid , on paye la solde courante avec exactitude, et qu’on rembourse les pertes provenant du change des monnaies.

Le général espagnol Solano est parti de la rive gauche du Tage pour Badajoz, où il arrive le 10, afin de se diriger sur Cadix ou sur Madrid. L’important est de savoir laquelle de ces deux routes il suivra en partant de Badajoz.

Je serai probablement rendu à Burgos le 22. Je vous ai déjà recommandé de faire suivre par une brigade de mes chevaux la division du maréchal Moncey, et d’en envoyer une autre à la division du général Dupont. Ales chevaux doivent suivre votre quartier général, hormis une réserve, qui restera à Burgos. Menez, avec les chevaux qui suivront votre quartier général, une compagnie de 60 gendarmes d’élite, les mamelucks, 60 chasseurs, 60 grenadiers, 60 dragons et 120 Polonais avec trois pièces d’artillerie légère. Ces 3 ou 400 hommes vous formeront une réserve. Le reste de ma cavalerie sera répandu depuis Burgos jusqu’à Aranda, et depuis Burgos jusqu’à Bayonne, pour mon escorte. Faites en sorte qu’indépendamment de l’infanterie il y ait à Vittoria assez de cavalerie pour mon escorte et pour ma garde.

Donnez toutes les assurances possibles au prince de la Paix, au Roi, à tout le monde. Le plus important de tout est que le plus grand ordre soit observé pendant la marche. 

Je vous réitère encore qu’aucun des mouvements prescrits ci-dessus n’est pressé ; qu’il faut retarder un jour ou deux, si cela est nécessaire ; que les corps doivent être munis de quinze jours de vivres et de biscuit, être bien habillés, bien armés, avoir leurs cinquante cartouches par homme; enfin être en mesure, après avoir passé la montagne, de faire de grandes marches, s’ils en reçoivent l’ordre. Je vous ai dit qu’il fallait passer la montagne le 19. Il n’y a pas d’inconvénient à ne la passer que le 20 ou le 21 ; mais que le corps du général Dupont marche toujours en conséquence.

 

Paris, 10 mars 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Je vous envoie l’état des créances qu’avait Hesse-Cassel sur les différents princes de la Confédération du Rhin. La Bavière y est portée pour une dette de deux millions. Il faut en écrire au sieur Otto pour qu’il instruise les commissaires que cette somme doit entrer en compensation avec ce que je dois à la Bavière. Les douze millions que doit le duc de Mecklenburg-Schwerin doivent entrer également en compensation de ce qu’il a dépensé dans ses Etats pour les troupes françaises. Tout le reste, il faut le réclamer. Il faut faire une négociation avec le prince de Waldeck, qui doit 4,600,000 francs, et avec les autres petits princes; il ne faut en parler ni au Danemark, ni à l’Autriche, ni au prince de Gotha. Je vois que la Hollande doit 2,600,000 francs; il faut entamer une négociation à ce sujet avec le roi de Hollande. Enfin il ne faut rien laisser en suspens. Ce n’est pas que je veuille retirer les trente-cinq millions, mais j’entends que toutes ces créances soient éteintes. Le grand-duc de Bade doit plus de trois millions; il faut entrer en négociation avec cette cour. Je ne ferais pas de difficulté de lui laisser les deux tiers, et de lui faire faire, pour l’autre tiers, quatre ou cinq billets portant intérêt de 5 pour cent, et chaque billet payable par an ou même à une plus longue époque. La même chose pour le prince de Waldeck et pour les autres princes qui ne sont entrés que dernièrement dans la Confédération du Rhin. Je ferai volontiers présent au prince de Waldeck de la moitié de sa dette, pourvu qu’il me rembourse de l’autre moitié.

 

Paris, 10 mars 1808

NOTE POUR M. CRETET, MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

L’Empereur a des doutes sur le projet définitif des Tuileries. Il est choqué de cette hypothèse qui isolerait les Tuileries du Louvre. Il voudrait, de son balcon, voir le Louvre réuni, mais il laisse M. Fontaine maître d’arranger son projet comme il l’entend, en faisant les travaux qu’il a projetés.

Il ne faut donc rien exécuter qui puisse préjudicier au projet de Sa Majesté.

Il n’y a aucune espèce de doute que la galerie puisse être continuée; Sa Majesté a mis sur le budget 600,000 francs. L’Empereur approuve que l’on dépense, sans gêner l’économie, deux autres millions cette année, de manière à la voir terminée le plus tôt possible. Sa Majesté croit que la dépense jusqu’aux Quinze-Vingts sera de quatre millions. Sa Majesté accordera les crédits dès que M. Fontaine aura fait les projets; et, s’il n’y a pas d’inconvénient, mettre de suite la main à l’ouvrage, en commençant par l’autre bout.

Il faut étudier les distributions de la nouvelle galerie, surtout dans la partie de l’intérieur, pour que M. Maret et le trésorier soient bien logés.

Au 1er janvier, M. Maret délogera et se logera chez M. l’archichancelier, mais sans dépenses. M. Duroc s’entendra avec M. l’archichancelier pour qu’il ne soit rien enlevé qui puisse détériorer le bâtiment. En donnant les meubles, je n’ai pas entendu donner les tentures et les glaces. M. Maret n’aura à porter que ses meubles.

D’ici au 1er, M. l’archichancelier sera dans sa nouvelle maison; on démolira alors celle de M. Maret; et, l’année prochaine, vers juin ou juillet, s’il est nécessaire d’abattre la maison de M. l’archichancelier pour les nouveaux projets, M. Maret prendra son logement dans la galerie.

M. Fontaine fera faire, le plus tôt possible, en plâtre, son projet du Louvre et des Tuileries; cela sera exposé au prochain salon et on recueillera les critiques que fera le public.

S’il était possible d’avoir la cour, où je monte en voiture, libre par une grille transversale, on pourrait l’exécuter de suite.

Si M. Fontaine persiste dans son projet de faire partager la cour en trois, on interdirait au public le passage par le grand vestibule, et on lui donnerait une entrée au jardin par le pavillon des Enfants de France ; cela aurait l’avantage d’interdire le passage dans les cours de l’Empereur à ceux qui arrivent tard.

M. Fontaine fera aussi en relief un beau projet d’opéra à placer n’importe où; il sera exposé à la critique. Il faut une salle, sans colonnes, favorable à la vue et à l’oreille; grande loge au milieu pour l’Empereur, petite loge avec un appartement, à peu près comme celle de Milan.

 

Paris, 10 mars 1808

Au général Clarke, ministre e la guerre

Envoyez un courrier extraordinaire au général Duhesme pour lui donner l’ordre de rester dans Barcelone. L’ordre que lui a donné, le Grand-duc de Berg de prendre Figuières est une folie : il doit tenir ses troupes concentrées dans Barcelone. 18,000 hommes seront, à la fin de mars, sur les frontières; s’il était nécessaire, ces troupes occuperont Figuières. Je suppose que son payeur est arrivé avec la solde; je suppose également que ses officiers d’artillerie et du génie et ses dix-huit pièces de canon sont arrivés. Dites-lui que je donne l’ordre, sur les frontières et à Marseille, d’envoyer du blé en Catalogne; qu’il peut le faire connaître aux habitants et magistrats ; que l’exportation de ce qui sera demandé en France pour la nourriture de la Catalogne sera permise; lorsque son payeur sera arrivé, il doit restituer les 100,000 francs que lui a prêtés le capitaine général ; les lois de l’honneur l’exigent impérieusement, et il ne faut jamais capituler avec l’honneur. On va expédier des bâtiments chargés de biscuit pour la citadelle; qu’en attendant il se procure des farines et des vivres pour une quinzaine de jours; qu’il doit parler ferme et faire punir les soldats qui se comporteraient mal ; qu’il doit faire courir le bruit que je ne dois pas tarder à venir à Barcelone; que, quant aux inspecteurs aux revues, ils sont moins utiles en campagne; qu’il peut en faire faire les fonctions par son chef d’état-major, ou les faire lui-même. Apportez-moi demain, au lever, le décret pour que les masses soient payées aux régiments provisoires. Cela est important, on le demande de partout.

 

Paris, 10 mars 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, il sera formé à Rennes un camp de réserve, composé de trois brigades d’infanterie et de trois régiments provisoires de cavalerie, avec dix-huit pièces de canon. La 1e
sera composée du 2e d’infanterie légère et du 15e de ligne, et se réunira à Pontivy. La 2e brigade sera composée du 4e régiment d’infanterie légère, d’un bataillon suisse et d’un bataillon des légions de réserve qui est à Rennes, et se réunira à Rennes. La 3e brigade sera composée du 12e léger et du 14e de ligne, et se réunira à Avranches et Vire.

Il sera formé un 7e et un 8e régiment provisoire de dragons, qui se réuniront à Rennes et qui seront composés chacun de neuf compagnies de 80 hommes montés, officiers et sous-officiers compris, savoir : le 7e régiment, d’une compagnie de 80 hommes de chacun des régiments de dragons suivants : du ler, du 3e, du 4e, du 5e, du 15e, du 9e, du 10e, du 2e, du 6e; le 8e régiment, d’une compagnie de 80 hommes de chacun des neuf régiments de dragons suivants : du 8e, du 11e, du l2e, du 18e, du 19e, du 20e, du 12e, du 25e, du 26e. Ce qui portera le complet de chaque régiment à 720 hommes, et des deux régiments à 1,400 chevaux. Vous donnerez l’ordre que ces détachements partent au ler avril. Les régiments qui ne pourront pas fournir 80 hommes en fourniront 40, et feront partir les 40 autres avant le ler mai. Le 7e régiment se réunira à Pontivy et le 8e à Rennes.

Il sera formé un 3e régiment provisoire de hussards, qui se réunira à Saint-Omer. Il sera composé de huit compagnies des huit régiments de hussards suivants, savoir : une compagnie de 80 hommes du ler régiment de hussards; une compagnie de 80 hommes du 2e; une compagnie de 80 hommes du 3e ; une compagnie de 120 hommes du 4e; une compagnie de 80 hommes du 7e; une compagnie de 80 hommes du 8e; une compagnie de 80 hommes du 9e; une compagnie de 80 hommes du 10e. Ce qui portera le complet de ce régiment à 680 hommes. Ce régiment sera sous les ordres du général Saint-Cyr, qui commande le camp de Boulogne.

Les régiments qui pourront fournir sur-le-champ leur contingent le fourniront; les autres en fourniront d’abord la moitié, et l’autre moitié dans le courant d’avril.

Il sera également réuni à Saint-Omer, aussitôt que possible, les 3e et 4e escadrons du 10e et du 22e de chasseurs. Un escadron fort de 200 hommes au moins devra être prêt au 1er mai, et le 4e escadron dans le courant de mai.

P. S. Le 9e régiment d’infanterie légère partira le 15 mars ; le 4e partira le 20; le 12e partira le 25, et le 14e de ligne partira le 25. Il ne partira que deux bataillons de chacun de ces régiments.

Proposez-moi trois généraux de brigade pour les commander.

 

Paris, 10 mars 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je reçois votre lettre du 4 mars, et la dépêche du général Miollis des 27 et 29 février. J’approuve en tout la conduite du général ; qu’il traite bien le soldat romain, chasse les mauvais officiers, en prenne d’autres, et les prenne à ma solde. Le cardinal Caraffa doit être responsable de la pierre qui a été jetée de sa maison, s’il ne trouve le délinquant. Renvoyez de Rome les cardinaux napolitains et les cardinaux qui sont mes sujets. Que Litta revienne à Milan; que les Génois rentrent à Gènes; les Italiens, dans le royaume d’Italie; les Piémontais, en Piémont; les Napolitains, à Naples. Cette mesure doit être exécutée de gré ou de force. Puisque ce sont les cardinaux qui ont perdu les États temporels du Pape par leurs mauvais conseils, qu’ils rentrent chacun chez eux.

Cavaletti m’a fort bien servi. Il est parti pour l’Espagne avec mes chevaux. Mes troupes sont à trente lieues de Madrid. Il se prépare là des événements importants.

J’attends avec impatience des nouvelles de mon escadre devant Corfou. Je suis étonné que le 21 il n’y ait encore rien; elle est partie le 10 de Toulon; il faut attribuer cela à quelque contrariété de mer.

La reine de Naples part après-demain pour Naples; elle sera à Turin du 15 au 20; elle se dirige par Rimini et Ancône; elle ne passera pas par Milan. Donnez ordre que, sur le territoire de mon royaume d’Italie, il lui soit rendu les plus grands honneurs. S’il arrivait qu’il y eût quelque chose de nouveau et que les routes ne fussent pas sûres dans l’État romain, vous l’arrêterez à Rimini ou à Ancône. Vous lui ferez fournir partout des escortes.

Vous sentez pourquoi, dans ce moment-ci, je ne vous fais pas venir à Paris, car il est possible que j’en parte dans cinq ou six jours. Envoyez quelqu’un savoir la situation du régiment toscan qui est à Parme; écrivez au maréchal Pérignon que je désire la connaître. Je désirerais fort qu’on pût diriger sur Turin autant de compagnies que l’on pourra, chacune de 120 hommes au moins.

 

Paris, 11 mars 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur

Donnez des ordres pour autoriser l’exportation de grains des ports de Marseille, de Cette et de la frontière pour la Catalogne, en prenant toutes les mesures de précaution pour s’assurer que ces blés sont effectivement débarqués à Barcelone.

——–

P. S. Avant de prendre aucune mesure, rendez-moi compte de ceci.

 

Paris, 11 mars 1807

A M. de Montalivet, directeur général des ponts et chaussées

Monsieur Montalivet, je n’ai pas compris dans le budget les demandes que vous m’avez faites pour l’église de Pecquigny, l’écluse de Metz, l’entrepôt de Mayence. Ces dépenses doivent être prises sur les 25 pour cent de retenue que j’ai ordonnés par mon décret du mois d’août dernier sur le produit des droits de navigation. Ces 25 pour cent doivent produire environ 900,000 francs, si les bassins rendent autant que l’année passée. Faites-moi connaître la destination que vous donnez à ces fonds; il faudrait en employer 400,000 francs aux travaux de la Marne pour perfectionner sa navigation depuis Paris jusqu’à Saint-Dizier. Il serait bien urgent de finir l’écluse de Pont-de-l’Arche. Il paraît qu’il faut encore pour cela 280,000francs. Ne pourrait-on pas y employer 150,000 francs sur les fonds des
droits de navigation ?

 

Paris, 11 mars 1808

A M. de Montalivet, directeur général des ponts et chaussées

Monsieur Montalivet, j’ai lu avec attention le rapport que vous avez remis dans le dernier conseil d’administration. J’ai été fort satisfait de la clarté des comptes de la comptabilité. Vous me proposez d’établir une route qui irait de Tournus à Chambéry, ce qui aurait l’avantage d’abréger de trois journées d’étapes, c’est-à-dire de vingt-quatre lieues, la route de Paris au mont Cenis. Cet objet me paraît important sous tous les points de vue. J’attendrai, avant de donner des ordres, que vous me fassiez là-dessus un rapport bien précis. Vous verrez, par le budget que j’ai arrêté, que mon intention est de faire cette année, si cela est possible, la route de Chambéry an mont Cenis, la route du passage du mont Cenis et les habitations dont j’y ai ordonné l’établissement, et la route de Metz à Mayence. Voilà le moment des travaux arrivé, il n’y a plus un moment à perdre pour les pousser avec la plus grande activité.

Vous verrez que j’ai mis un fonds considérable pour la route de Bordeaux à Bayonne. Il est nécessaire d’activer de ce côté nos communications. Je croyais que vous aviez déjà entrepris la route de Venloo à Wesel.

Je désire également que cette année, si cela est possible, les ponts de Tours, de Roanne, de la Durance et de Kehl soient terminés.

J’attends des projets pour les ponts de Bordeaux, de la Scrivia, du Pô à Turin, et autres que j’ai ordonnés dans mon dernier voyage en Italie.

Le pont du Furens doit être entrepris et avancé cette année.

J’ai décidé que cette année il serait dépensé un million pris sur les revenus des bois, pour faire des canaux et des chemins qui améliorent l’exploitation des forêts. Je ne vois encore aucun mémoire, aucune recherche ni projet sur la distribution de ce million.

Je désirerais savoir si l’on ne pourrait pas faire un pont vis-à-vis les Invalides, comme le pont des Arts, et si l’on ne pourrait pas trouver une compagnie qui s’en chargeât.

 

Paris, 11 mars 1808 (10 mars selon Ducasse)

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je reçois votre lettre du 6 mars avec les lettres de Rome du ler. Je vous ai déjà fait connaître qu’il fallait que les cardinaux napolitains, ceux qui sont mes sujets comme Empereur ou Roi d’Italie, toscans, parmesans, génois, piémontais, doivent recevoir l’ordre de quitter sur-le-champ Rome et de retourner dans leur patrie.

On dit que le Pape veut établir de nouveaux impôts; voici la conduite que doit tenir le général Miollis : il doit déclarer qu’il ne souffrira aucune augmentation d’impôts; il doit même demander la suppression de la contribution extraordinaire qui a été imposée il y a quelques années. Il doit en outre déclarer que, si l’on persiste à vouloir établir de nouveaux impôts, il faut réunir les États des différentes provinces pour rendre compte dans cette assemblée de l’état des contributions existantes et de l’emploi des finances, qui ne servent qu’à organiser la révolte dans le pays et à solder les cardinaux napolitains qui se révoltent contre les souverains légitimes; et que les peuples de Rome ne payeraient rien que du moment que le Pape sortirait de l’état de rébellion temporelle où il se met contre l’Empereur.

 

Paris, 11 mars 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie

Mon Frère, je reçois votre lettre du 6. Il n’est pas possible que vous envoyiez M. de Merveldt comme ambassadeur nulle part. Lorsque vous l’aurez employé quelques années et que sa conduite vous offrira une garantie, vous pourrez alors lui confier une mission à l’étranger. Quant à votre grand maréchal, je ne sais pas qui il est, je n’ai pas sous la main de documents qui me le fassent connaître. Si vous envoyez quelqu’un en Russie, il faut que ce soit surtout un homme considérable par sa naissance et par son éducation. Le roi de Naples a envoyé en Russie le due de Mondragone, d’une des premières maisons de l’Europe, immensément riche, très-attaché au Roi et le plus grand ennemi de la reine Caroline, qui l’a condamné à mort. Le roi de Hollande a envoyé aussi en Russie un M. Six, homme considérable et distingué sous beaucoup de rapports. Si vous n’avez pas un pareil choix à faire, il faut vous abstenir d’avoir un ambassadeur en Russie.

 

Paris, 11 mars 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

Il faut faire arrêter, saisir tous ses papiers et conduire à Fenestrelle le comte de Vargas-Bedmar, employé chez le roi de l’île de Sardaigne.

 

Paris, 12 mars 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur

Monsieur Cretet, je viens d’arrêter le budget de 1808; je ne l’ai fixé qu’à 16 millions pour le service ordinaire; cela provient des réductions que j’ai faites d’une somme de 500,000 francs sur les bâtiments civils, d’un million sur les lycées. Mon intention est que les dépenses des lycées soient payées en partie par les communes, et qu’à compter du mois d’avril les Invalides, le Val-de-Grâce, la Charité, etc. , soient à la charge des hôpitaux ou de ces établissements eux-mêmes, qui feront ces dépenses avec plus d’économie. D’ailleurs, j’ai besoin de savoir ce que chacun de ces établissements me coûte, et je ne puis le voir que par ce qui est porté à son budget.

J’ai vu avec peine que l’école de Compiègne coûte plus de 540 francs par homme; il faut que chaque élève ne coûte pas plus de vingt sous par jour; ces élèves sont fils de soldats ou d’artisans peu aisés ; il est contre mon intention qu’on leur donne des habitudes de vie qui ne leur seraient que nuisibles.

Pour l’extraordinaire, je vous ai accordé 31 millions. Mon intention est que les dépenses soient faites avec la plus grande activité, surtout pour la route de Paris à Mayence, et de Chambéry an mont Cenis. La route du mont Cenis est d’une si grande importance, qu’on ne doit rien négliger pour la rendre commode et sûre, non-seulement en réalité, mais pour l’imagination. Vous m’avez proposé d’annuler des crédits de l’an XIII , je m’y suis refusé; je n’ai annulé pour le service ordinaire que ce qui était inutile; mais j’ai maintenu tout le service extraordinaire, et je désire qu’avant de faire des économies sur différents genres de travaux pour 1808 vous mainteniez les crédits de 1806 et de 1807, jusqu’à ce qu’ils soient épuisés. Le crédit pour un canal, un chemin déterminé, doit toujours être épuisé, le travail serait-il fait un an après.

J’ai prélevé 25 pour cent sur les coupes de bois appartenant aux communes, et j’en ai affecté le produit à l’Arc-de-Triomphe et à d’autres travaux; j’espère qu’il ne s’éloignera pas de la somme que j’ai affectée pour ces travaux. Comme cela est déposé à la caisse d’amortissement, faites-le verser en masse dans la caisse des travaux, afin de les pousser avec la plus grande activité.

Proposez-moi d’abattre la partie de l’Hôtel-Dieu qui doit être abattue. Il n’a été rien fait au quai Napoléon en 1807; il faut qu’il soit achevé en 1808.

J’ai également ordonné par un décret la construction d’un quai qui irait du Corps législatif au pont d’Iéna : donnez les ordres pour que les travaux soient entrepris et vivement poussés cette année. Si l’année se trouvait propice et que les eaux ne fussent point un obstacle, je ne refuserais pas d’accorder 500,000 francs pour activer ces travaux.

Faites-moi connaître ce qu’il y a à dire contre l’idée de faire le pont d’Iéna en fer comme celui des Arts; pourrait-il être fait par une compagnie ? Cette prolongation de promenade, des Champs-Elysées ne pourrait être qu’agréable.

Je crois n’avoir rien oublié dans le budget pour les travaux entrepris. Mon intention est que tout se trouve au budget, afin que l’on ne soit pas obligé de faire mille recherches pour trouver quelque chose.

Vous verrez que j’y ai relaté le décret qui met il votre disposition un million pour la construction de la Bourse. Je pense que vous pourrez en jeter les fondements à la mi-carême, et que cela peut être l’objet d’une fête que pourraient donner les agents de change et autres gens d’affaires qui fréquentent la Bourse. Présentez-moi définitivement le projet de cet établissement; je désire qu’il soit simple et beau.

 

Paris, 12 mars 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, répondez à mon ambassadeur à Naples que tout Français qui a prêté serment au roi de Naples depuis qu’il est roi de Naples n’est plus Français; mais que ceux qui sont au service de ce prince sans lui avoir prêté serment continueront à être considérés comme Français, et qu’ils recevront une permission signée de moi. Cette décision, vous la donnerez à mon ambassadeur en Hollande et au ministre de la justice du royaume de Westphalie.

Il faut communiquer à l’ambassadeur turc toutes les lettres de Bosnie pour lui faire voir de quelle manière on se comporte envers nous.

 

Paris, 12 mars 1808

A M. Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre

Monsieur Dejean, j’ai rendu un décret sur les masses des régiments provisoires de Portugal et d’Espagne. Mais je pense qu’il serait nécessaire de faire un règlement général qui fit connaître comment on doit se conduire en campagne pour les masses. Je pense qu’il faudrait régler que la moitié ou le tiers de la masse générale sera payé aux détachements comme à-compte, dont le commandant serait tenu de rendre compte au conseil d’administration du régiment, et qui serait employé pour la réparation à faire à l’habillement, pour les masses de ferrage, de harnachement, d’armement et autres objets dont le détachement aurait besoin. Il est absurde que nos règlements ne prescrivent rien là-dessus. Ainsi , par exemple, les régiments qui sont aux armées de Naples, de Dalmatie, ont leurs dépôts dans le royaume d’Italie, et bientôt ils les auront en Provence. Il faudrait déterminer ce qui doit leur être payé pour l’habillement et pour pourvoir au renouvellement et remplacement dudit habillement. Eu général, cela s’applique à toutes les circonstances. Le linge et chaussure est une masse par compagnie, mais le linge et la chaussure ne suffisent pas. Je désire là-dessus un mémoire. Combien faudrait-il passer au soldat pour son habillement , etc. ? voilà ce que je veux savoir. Je n’ai pas assez d’habitude des détails des corps pour avoir une idée faite là-dessus.

 

Paris, 12 mars 1808

NOTE SUR UN RAPPORT DU PRINCE JOACHIM POUR DIVERS CHANGEMENTS A OPÉRER DANS L’ARME DE LA CAVALERIE. 

Renvoyé au ministre de la guerre, pour proposer les changements convenables; c’est-à-dire, 1° régulariser l’uniforme des chasseurs; 2° placer le manteau des cuirassiers sur le devant de la selle et diminuer de beaucoup ce porte-manteau; l’expérience a prouvé que, quand il est trop grand, le soldat le remplit de choses inutiles; 3° faire des changements à l’arme des dragons, diminuer également le porte- manteau, leur donner une espèce de manteau à manches et le placer sur le devant de la selle; enfin ne donner à toutes les armes de cavalerie qu’un seul habit comme à l’infanterie; ce qui produira une grande économie et allégera beaucoup cette arme.

Le ministre me proposera dans la semaine les changements qui paraissent évidents, et il enverra le reste à la discussion d’une commission.

 

Paris, 12 mars 1808

NOTE SUR UN RAPPORT CONCERNANT LES FOURGONS DE LA. GRANDE ARMÉE

Renvoyé au ministre de la guerre, pour me proposer des mesures pour que la Garde ait un effectif de cent vingt fourgons; ils seront placés à la Fère. On aura soin que ces fourgons soient aussi légers que possible et faits avec le plus de soin. Je désire que la Garde ai ce nombre de fourgons, parce qu’elle forme une espèce de réserve dg l’armée, et que ces fourgons peuvent porter plus de cent mille rations de biscuit.

 

Paris, 12 mars 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

Vous réduirez les abonnements du journal italien à 500 et ne les paierez que 30 francs, ce qui au lieu de 60.000 francs ne fera qu’une somme de 15.000 francs.

 

Paris, 13 mars 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, il faut laisser à Rome les ouvriers napolitains et les moines, pourvu qu’ils se comportent bien. Ce sont les cardinaux et les principaux seigneurs qui doivent retourner à Naples. Il faut bien traiter l’ancien roi de Sardaigne, qui a véritablement renoncé aux affaires, et lui donner des assurances qui lui ôtent toute inquiétude.

 

Paris, 13 mars 1808

A Élisa, princesse de Lucques et de Piombino

Ma Soeur, mon intention est, aussitôt que j’aurai l’état des domaines de Toscane, de vous donner un beau bien dans ce pays, rendant 2 à 300,000 francs de revenu net; ce qui fera un beau supplément à votre liste civile. Il est convenable de tenir cela secret. Comme vous êtes à portée de connaître le pays, voyez vous-même le bien qui pourrait vous convenir. Il n’est pas question de souveraineté, mais d’un bien particulier. Il faudrait le choisir tel qu’il ne gène pas trop la souveraineté du pays. Je viens d’ordonner qu’il vous fût donné pour votre fille des biens d’une valeur de 150,000 francs de revenu dans les États de Parme et de Plaisance, lesquels seraient, en cas de mort, réversibles à vous. Je viens également d’ordonner l’achat de la maison que vous avez à Paris pour 800,000 francs, qui seront placés sur le grand-livre en cinq pour cent au cours actuel de 85 francs, ce qui vous fera 48,000 francs de rente; j’ajouterai volontiers ce qui sera nécessaire pour porter ce revenu à 50,000 francs. Le grand-livre est le placement le plus sûr. Vous correspondrez pour cela avec le général Duroc, que j’en ai chargé. Lorsque j’aurai une connaissance exacte de ce qui compose les Etats de Toscane, je m’occuperai de vous donner l’agrandissement convenable. Mon intention est que, sur les 150,000 francs de rente que je donne à la princesse votre fille, on en retire tous les ans 30,000 pour son entretien, et que les 100,000 francs restants soient placés sur le grand- livre de France; on y ajoutera les intérêts de chaque année, de sorte que, lorsqu’elle sera en situation de se marier, elle ait, outre ses 130,000 livres de rente, une centaine de mille francs de rente sur le grand-livre. Je déduis des 150,000 francs de rente 20,000 francs pour les impositions.

Il est convenable que le prince Félix ne touche point son traitement de sénateur. Il doit écrire au trésorier du Sénat qu’il s’honore trop de son titre de sénateur pour y renoncer, mais qu’il n’en touchera pas le traitement, désirant qu’il bonifie la caisse du Sénat.

 

Paris, 14 mars 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, il faut désapprouver mon chargé d’affaires à Rome de tout le mouvement qu’il se donne pour nouer une négociation. Écrivez-lui de rester tranquille, de répondre à toutes les propositions qu’on lui fera qu’il vous en écrit, et de ne pas faire un pas. Il connaît bien peu les prêtres s’il ne sait pas que toutes ces confidences, ces conversations mystérieuses sont dans leur caractère, et ne sont que des ruses. Recommandez-lui de se borner à seconder le général Miollis pour empêcher qu’on ne mette de nouvelles impositions qui chargeraient le peuple sans raison.

 

Paris, 14 mars 1808

Au prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée

Mon Cousin, présentez-moi un projet de lettre au prince de Ponte-Corvo, par laquelle vous lui ferez connaître que j’ai reçu la nouvelle que les Russes sont entrés en Finlande, et que les premiers coups de fusil ont été tirés contre les Suédois; que mon intention est qu’il active sa marche autant que possible; que, s’il arrivait, comme on croit avoir lieu de l’espérer, que les Belts vinssent à geler, il ne doit pas hésiter à les passer avec la division espagnole, sa division française et deux danoises, formant ensemble 30,000 hommes, et que, aussitôt que je saurai qu’il a passé, la division hollandaise et une division française se mettront en marche pour le soutenir.

 

Paris, 14 mars 1808

Au Grand-duc de Berg, Lieutenant de l’Empereur en Espagne

Le major général vous écrit pour vous faire connaître mes intentions par duplicata, par l’estafette et par un officier. Les lettres que j’ai reçues de Madrid, du 5 mars, ne parlent de rien de nouveau. J’ai ordonné que le 17 on demande le passage par Madrid d’un corps de 50,000 hommes destinés à se rendre à Cadix. Vous vous conduirez selon la réponse qui sera faite; mais tâchez d’être le plus rassurant possible.

Si les troupes de Madrid ne sont pas de plus de 15,000 hommes, vous n’entrerez dans cette ville qu’avec le corps du maréchal Moncey, et vous placerez le corps du général Dupont, la 3e division à Valladolid, la 2e à deux ou trois marches de Valladolid, et la 3e à une ou deux marches de Madrid. Si les Espagnols avaient plus de 20,000 hommes à Madrid, vous vous feriez joindre par la 1e division et les cuirassiers du général Dupont; vous placeriez la 2e division à Villacastin ou à Ségovie, et vous donneriez l’ordre à ce général de former des magasins et de construire des fours pour son approvisionnement. J’ai ordonné au général Merle de se rendre à Burgos ; la 2e brigade, composée des cinq 4e bataillons des légions de réserve, qui est arrivée à Bordeaux , continuera sa route sur Vittoria. Ma Garde restera à Burgos , et les 3, 000 hommes des fusiliers de ma Garde qui arrivent à Bayonne le 20 mars continueront, s’il est nécessaire, leur route sur Burgos. Moyennant ces forces réunies, je puis compter qu’au 1er avril le général Merle aura à Burgos 16,000 hommes, que les communications de Madrid avec la France seront assurées, et la division espagnole de Galice suffisamment contenue. Et, si vous en receviez l’ordre, vous pourriez attirer à vous le corps du général Dupont. Mais, du 20 au 30 mars, il y a dix jours, et il ne faut pas rester à découvert, exposer les communications à être interceptées, les malades à être menacés dans les hôpitaux; ce qui mettrait toute la population en mouvement.

D’un autre côté, 5 à 6,000 hommes d’infanterie française arrivent  le 30 à Perpignan. Ils doivent donc être dans la première semaine d’avril à Barcelone; ce qui portera le corps du général Duhesme à 13 ou 14,000 hommes; ce qui, joint aux forts de Barcelone qu’il occupe, le mettra sur un pied respectable, et lui permettra de disposer d’une division pour seconder vos opérations. Le général Junot doit également vous appuyer par une division dans le bas de l’Espagne. Quelles que soient les intentions de la cour de Madrid, vous devez comprendre que ce qui est surtout utile, c’est d’arriver à Madrid sans hostilités, d’y faire camper les corps par division pour les faire paraître plus nombreux, pour faire reposer mes troupes et les réapprovisionner de vivres. Pendant ce temps, mes différends s’arrangeront avec la cour d’Espagne. J’espère que la guerre n’aura pas lieu, ce que j’ai fort à coeur. Si je prends tant de précautions, c’est que mon habitude est de ne rien donner au hasard. Si la guerre avait lieu, votre position serait plus belle, puisque vous auriez sur vos derrières une force plus que suffisante pour la protéger, et sur votre flanc gauche la division Duhesme, forte de 14,000 hommes. Vous auriez aussi alors des nouvelles de la division du général Junot. L’ensemble de ces dispositions serait on ne peut plus favorable.

J’ai donné pour instruction primordiale à Tournon d’être rendu le 15 à Burgos. Faites-le guetter sur la route; il vous instruira de la situation des choses. Mon ambassadeur à Madrid a reçu également l’ordre de vous transmettre tous les renseignements qui pourront vous être utiles. Je veux rester ami avec l’Espagne et remplir mon but politique sans hostilités; mais j’ai dû me mettre en mesure pour que, s’il le fallait , je passe surmonter la résistance par la force.

Je vous ai envoyé l’ordre de faire payer aux troupes tout l’arriéré avant leur entrée à Madrid, afin qu’arrivées dans cette ville elles fassent de la dépense et ne fassent pas de violences.

Je suis obligé de retarder mon départ de quelques jours; mais, lorsqu’il le faudra, j’arriverai bien promptement. Mandez-moi de vos nouvelles le plus tôt que vous pourrez.

Quant aux affaires, vous me transmettrez toutes les propositions directes ou indirectes qui seraient faites , et vous répondrez que je serai à Burgos lorsque mes troupes arriveront à Madrid.

Comme il faut toujours marcher en bons militaires, il est fort important de veiller le corps espagnol de Galice. J’ai ordonné au général Junot de tenir une division prête pour se concerter avec la 3e division du général Dupont et avec le général Merle.

 

Paris, 14 mars 1808

DÉCISION

Le général Clarke, ministre de la guerre, propose de régulariser les dépenses du matériel de l’armée de Portugal, conformément au système usité à la Grande Armée, d’après lequel le major général présente chaque mois à la sanction de l’Empereur l’état de distribution de fonds pour chaque service. L’établir en Portugal; demander le budget par chapitre pour janvier, février, mars, avril, mai et juin.

 

Paris, 15 mars 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, la commission qui est auprès du ministère n’a pas le sens commun. Je désire qu’elle soit dissoute. Je ne veux de responsable que le ministre. C’est la centième bêtise qu’elle me fait. Le sieur . . . . . . .est une trop vieille tête pour se mêler de mes affaires. Qu’il reste pensionnaire des relations extérieures et ne se mêle de rien. Les hommes qui ont servi la politique de Versailles ne peuvent diriger la mienne. Je désire qu’il sache que je n’ai pas été content de tout ce qu’il a fait. C’est une absurdité de mettre en doute si le roi de Naples doit être appelé grand-électeur et prince français; il n’y a pas le moindre doute à cela. Les usages de la Prusse ne sont pas une règle pour moi. Certes , à la cour de Vienne on n’y manquait pas. Est-ce défaut de zèle ou d’esprit ? Je n’en sais rien, mais j’ai toujours trouvé la commission dans ma ligne étroite et peu zélée. Renvoyez une nouvelle lettre au Roi, et faites sentir que je désapprouve cette erreur.

Vous répondrez que mon intention n’est pas que le roi de Saxe offre un nouvel Ordre au ministre Maret, qui n’a pas rendu plus de services qu’un autre, et qui a été suffisamment récompensé.

 

 

Paris, 16 mars 1808

Au Grand-duc de Berg, Lieutenant de l’Empereur en Espagne

Je reçois votre lettre du 12 mars, à six heures du matin. Vous aurez reçu les lettres du major général. Ainsi je suppose que ma lettre ne vous trouvera pas loin de votre destination. Ne dérangez d’aucune manière la division Duhesme; laissez-la où elle est. Elle garde Barcelone et contient cette province; elle remplit suffisamment son but. Lorsque les 6,000 hommes de renfort qui vont rejoindre cette division, et qui seront à Barcelone vers le 5 ou le 6 avril, seront arrivés, ce sera autre chose : alors il aura un corps capable de se porter partout.

Vous avez dû rencontrer Tournon le 15. Il vous aura fait connaître la dernière situation des choses à Madrid.

Au moment où vous recevrez cette lettre, la tête du général Verdier touchera aux confins d’Espagne, et le général Merle devra se trouver à Burgos. Continuez à tenir de bons propos. Rassurez le Roi, le prince de la Paix, le prince des Asturies , la Reine. Le principal est d’arriver à Madrid, d’y reposer vos troupes et d’y refaire vos vivres. Dites que je vais arriver afin de concilier et d’arranger les affaires.

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P. S. Surtout ne commettez aucune hostilité, à moins d’y être obligé. J’espère que tout peut s’arranger, et il serait dangereux de trop effaroucher ces gens-là.

 

Paris, 16 mars 1808

A Joseph Napoléon, roi de Naples

J’ai ordonné que les cardinaux et prélats napolitains qui étaient à Rome vous fussent envoyés pour vous prêter serment. J’apprends que vous donnez ordre au général Miollis de les envoyer à Alexandrie. Je ne conçois rien à cette conduite. Que diable craignez-vous de deux ou trois vieux prêtres, tandis que l’exemple éclatant du serment qu’ils vous rendent doit être du meilleur effet pour l’Europe ? Un de mes principaux différends avec le Pape est parce qu’il vous appelle le Prince Joseph, et qu’il vous fait refuser le serment par les cardinaux vos sujets. Si vous en êtes à craindre, à Naples, deux ou trois malheureux vieillards, vous y êtes tristement assis.

 

Paris, 16 mars 1808

A Louis Napoléon, roi de Hollande

Si vous pensez que les vingt-trois bâtiments vous soient plus utiles en Hollande, vous pouvez les garder. Envoyez-en seulement deux ou trois en Danemark, pour avoir le prétexte d’avoir à Copenhague un très-bon officier de marine, qui vous instruira de tout ce qui se passe et assistera de ses conseils et de ses moyens le passage de mes troupes. Activez l’armement de vos escadres le plus qu’il vous sera possible ; cela est très-important.

J’ai ordonné qu’une de vos divisions rentrât en Hollande. Je ne vous dissimule pas que j’ai fort peu de troupes disponibles. J’ai 120,000 hommes en Espagne; j’en ai autant dans le Nord et dans l’Italie; j’en ai 300,000 à la Grande Armée; de sorte que je n’ai que le camp de Rennes pour défendre la Bretagne et la Normandie, et le camp de Boulogne, qui est assez faible. C’est donc sur vous que je compte pour défendre l’île de Walcheren et mon escadre de Flessingue, ainsi que le Texel. Faites-moi connaître les dispositions que vous pourriez faire, moyennant la division qui vous rentre et les troupes que vous avez déjà, pour garder l’embouchure de l’Escaut et le Texel. Ma conscription se lève, et, avant juin, j’aurai une soixantaine de mille hommes de plus. Je pourrai alors, selon les circonstances, former quelques régiments provisoires pour défendre l’embouchure de l’Escaut. Je pense que vous devez avoir à Middelburg un camp de 2 à 3,000 hommes et un de 3,000 hommes à Flessingue, afin que ces 5,000 hommes puissent, en cas d’événement, se réunir à mes troupes et repousser un débarquement. Je pense que vous devez avoir à Utrecht et au Texel 7,000 hommes pour défendre l’embouchure de la Meuse. Vous aurez donc besoin d’une douzaine de mille hommes. La division qui vous rentre est de 6,000 hommes; vous en avez déjà 6,000 au moins. Songez que je ne parle que de présent sous les armes et non d’effectif, car l’effectif ne se bat pas ; je parle donc de ceux qui se trouveront sur le champ de bataille en cas d’événement.

 

Paris, 16 mars 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, tous les cardinaux et prélats napolitains qui n’ont quitté Rome que par la force, ne doivent plus y rentrer. Immédiatement après qu’ils auront prêté leur serment, s’ils ne restent pas à Naples, ils seront employés á Bologne, où ils resteront en surveillance. J’ai vu avec peine qu’on ait relâché le commandant des troupes du pape, qui n’a pas voulu obéir à l’ordre du général Miollis; il fallait le faire conduire sous bonne escorte à Fenestrelle. Avec les Romains, il ne faut pas rire.  Je vous ai fait connaître que le général Miollis devait renvoyer de Rome les cardinaux et prélats, mes sujets, soit comme empereur, soit comme roi d’Italie, , toscans, génois ou piémontais. Le général Miollis doit mettre à l’ordre du jour des troupes romaines que je leur témoigne ma satisfaction; que les soldats ne doivent pas plus prendre l’ordre des prêtres que des femmes; que des soldats seuls doivent commander à ses soldats; que je leur donne l’assurance qu’ils ne rentreront plus sous les ordres des prêtres, et que je leur donne des chefs dignes, par leur bravoure, de les commander. Vous ferez conna1itre au colonel des troupes du pape que je l’ai confirmé dans son grade de colonel, pour sa bonne conduite. Vous lui enverrez la décoration de la Couronne de fer, et vous lui écrirez une lettre dans le sens de l’ordre du jour, où vous lui direz que les soldats d’Italie doivent être commandés par des hommes qui puissent les mener au feu. Le courrier du pape, á ce qu’il paraît, n’a apporté que des bêtises, car il n’y a rien de bête comme ces gens-là. Je vous ai demandé des renseignements sur les quatre provinces que commande le général Lemarois.  Mon intention étant de les organiser en préfectures, sous-préfectures, justice de paix, etc. d’un moment à l’autre je vous enverrai le décret. Il faut en finir avec ces bêtes. Il faut m’envoyer l#état de situation de mon armée italienne dans un livret, et non dans un grand état. Il faut mettre une feuille pour chaque régiment, où la situation des régiments soient exposée.

 

Paris, 17 mars 1808

NOTE POUR M. FROCHOT, PRÉFET DE LA SEINE.

Sa Majesté désire avoir, dans le conseil de samedi prochain, des réponses sur les questions suivantes :

Pourquoi n’établit-on pas à Paris un entrepôt à la halle aux vins ? Cette halle peut contenir 20,000 barriques. Dans l’état actuel des choses, où elle n’est qu’un magasin et point un entrepôt, elle est bien loin de contenir cette quantité.

Dans quelle proportion est la quantité de 20,000 barriques, qui peuvent être placées dans cet entrepôt, avec les besoins réels du commerce de la ville de Paris ?

Quelle est la quantité de vins actuellement entreposée hors de Paris, depuis la Râpée jusques et y compris Bercy ? et quel est le maximum des quantités de vins que le commerce de Paris a entreposées en même temps, à une époque quelconque, dans les magasins ou abris particuliers hors de Paris ?

Le ministre de l’intérieur propose l’établissement d’un entrepôt de vins à l’Arsenal : l’administration de l’octroi a-t-elle, dans l’intérêt des finances de la ville de Paris, quelques objections à faire à cet établissement ?

 

Paris, 17 mars 1808

NOTE SUR UN RAPPORT POUR LE RECRUTEMENT ET L’AUGMENTATION DE LA GENDARMERIE

Renvoyé au ministre de la guerre. La gendarmerie est assez nombreuse, il ne s’agit que de la bien répartir. Dans le temps où dix- huit départements de la France étaient presque en insurrection, que
les lois de l’Etat faisaient tant d’ennemis au Gouvernement et lui aliénaient une grande partie de l’opinion, cette gendarmerie a suffi. Aujourd’hui que tout est à l’inverse, qu’il n’y a plus de nobles, de prêtres à surveiller, que les dix-huit départements de l’Ouest vont aussi bien que les autres, la gendarmerie serait susceptible plutôt de diminution que d’augmentation. Je désire que le ministre me remette tous les mois un livret de la situation de la gendarmerie, par division et par compagnie, qui me fera connaître les hommes à pied, à cheval, les présents, les malades, les hommes détachés soit aux armées, soit ailleurs.

 

Paris, 17 mars 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, je crois inutile de publier l’ouvrage sur les progrès et la politique de la Russie. Cet ouvrage ressemble plutôt à un pamphlet qu’à un ouvrage sérieux. Il y a trop de sottises contre la Russie.

 

Paris, 18 mars 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, les 4e, 9e et 25e de chasseurs, et les 28e et 29e de dragons, ont leur 3e et 4e escadrons en Italie. Il est urgent de les porter à leur complet, c’est-à-dire à 240 chevaux par escadron, de manière que ces dix escadrons puissent fournir 2.400 chevaux en campagne. Je trouve que les 7e, 24e et 30e régiment de dragons, les 6e et 8e de chasseurs, et le 6e de hussards, ne sont pas encore à leur complet, c’est-à-dire à 1,000 chevaux par régiment. Rendez-moi la raison de cela, et faites-moi connaître quand ils seront au complet. Vous ne devez pas tarder à recevoir la nouvelle organisation de l’infanterie. Chaque régiment sera, par cette organisation, de 28 compagnies et de 5 bataillons, dont 4 bataillons de guerre de 6 compagnies. Aussitôt que cette organisation sera faite dans les régiments qui sont en Italie, il sera nécessaire qu’avant le 1er mai mes troupes fassent un mouvement et se réunissent dans des camps; la 1e division du corps du Frioul, commandée bar le général Séras, campera aux environs d’Udine, et la 2e division, du général Broussier, campera près d’Osopo, en choisissant des lieux très-sains et voisins des bois. Ces camps ne doivent pas coûter cher :  ce doit être de simples baraques. Les régiments auront là des plaines pour s’exercer, et, ce qui sera encore plus avantageux, ils seront dans un pays sain. Donnez des ordres pour préparer ces camps. Les troupes devront y entrer du 1er au 15 mars. Les bois viendront, je crois, facilement et en abondance par le Tagliamento. Surtout choisissez des lieux très-sains. Les généraux camperont avec leurs troupes. La division du général Souham, composée du 1er léger et du 46e de ligne, on verra ces huit bataillons de guerre au camp de Monte-chinro, du 1er au 15 mars. Vous pourrez y envoyer, avec cette division, quatre bataillons italiens. Les troupes resteront là deux ou trois mois, et s’exerceront à toutes sortes de manoeuvres. Palmanova, Gradisca, le cours de l’Isonzo, y compris Udine, seront gardés par un régimcnt italien. Veillez à ce que je n’aie point de dragons ni aucune troupe française à Cremone, Mantoue, Legnago, Venise, passé le 15 mai, ni dans aucun pays malsain. Toutes mes troupes devront être réunies dans les trois camps que j’ai indiqués ci-dessus. Lorsque la récolte sera faite, VOus réunirez les quatre régiments de cavalerie à Montechiaro, pour s’y exercer, et les deux régiments de cavalerie de la division du Frioul dans un lieu où ils puissent cantonner, car le bivouac fait beaucoup de tort à la sellerie. Il est nécessaire cependant qu’ils soient cantonnés dans des lieux où ils puissent se réunir tous les jours, par régiment, et deux ou trois fois par semaine par division et par brigade, pour qu’ils s’accoutument à toute espèce d’évolution. Faites-moi connaître en détail les dispositions que vous prendrez pour tout cela.

 

Paris, 19 mars 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, les étapes sont très-mal organisées de Chambéry au mont Cenis; il est nécessaire que vous me proposiez une nouvelle répartition. Les journées sont trop fortes; il faut diviser l’espace eu journées égales, en donnant un séjour à Saint-Jean-de-Maurienne, qui est le seul endroit de ces montagnes où l’en puisse séjourner. Lorsque vous aurez réglé ces étapes pour cette année, il faudra vous informer auprès du ministre de l’intérieur des lieux où passera la nouvelle route; et, dans les endroits où séjourneront les troupes, me proposer la construction d’une petite caserne pour loger un bataillon; mais il faut que ces casernes soient bâties selon l’usage du pays et coûtent 40 ou 50,000 francs au lieu de 100,000 écus que coûteraient les grandes constructions de nos ingénieurs. Il m’a été soumis différents projets pour la caserne de Lans-le-Bourg; il serait urgent qu’on me soumît enfin un projet définitif. Je veux des maisons à l’usage des montagnes, et non comme on les fait à Paris. Donnez des ordres pour que le commandant du mont Cenis ait un logement au couvent, en attendant que la caserne qui doit être établie au couvent soit faite, et pour que les brigades de gendarmerie y soient logées. Vous recommanderez à l’officier qui commande au mont Cenis de veiller à ce qu’il soit donné à chaque soldat allant eu Italie ou en revenant une bouteille de vin. Je désirerais même qu’on pût leur donner une bonne soupe, une demi-ration de pain et une ration de viande. Ce serait une dépense peu considérable et qui serait d’une grande conséquence pour la santé du soldat. Je désire qu’en hiver il y ait une étape au mont Cenis, surtout pour les conscrits et les détachements moindres de 300 hommes. La journée de Lans-le-Bourg à Suze est l’origine de beaucoup de maladies. Mon intention est donc que vous donniez des ordres au commandant du mont Cenis pour que les détachements qui ne seront pas plus de 200 hommes soient logés au couvent, chauffés, nourris et bien traités. Lorsqu’ils seront de plus de 300 hommes, 300 seront établis au couvent, 200 à la Poste et à la Ramasse , et 200 à la Grande-Croix, ce qui fera un bataillon. Ceci est pour cette année et jusqu’au ler juin, époque à laquelle les commandants des détachements seront maîtres de faire la route en un seul jour, en faisant halte au couvent et en s’y rafraîchissant. Mais l’année prochaine, lorsque la caserne sera faite, et les maisons que j’ai ordonnées, construites, un régiment entier logera au couvent, et à l’avenir le passage du mont Cenis, à moins d’événements pressés, se fera en deux jours.

 

Paris, 19 mars 1808

A M. Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre

Monsieur Dejean, je reçois votre rapport sur l’expédition des souliers que vous avez envoyés à Bordeaux et à Perpignan. Aucun de ces souliers ne me sera utile. Il est de fait que les souliers qui arriveront le 8 avril à Perpignan ne me serviront à rien; c’est de l’argent jeté; j’avais espéré de les avoir au 30 mars. A-t-on vu envoyer des souliers de Paris à Perpignan ? Ils se perdront en route. Avignon, Toulouse, Perpignan, Nîmes sont-ils les déserts de l’Arabie, et les hommes dans ces villes ne portent-ils pas des souliers ? Si, comme je m’y attendais, vous en eussiez commandé dans ces villes, on vous en eût fait 6,000 paires en un mois. Toutes ces mesures sont mal prises. Quant aux hommes de la réserve, il ne fallait pas beaucoup de soins pour ordonner que les draps et la doublure fussent fournis à Bordeaux; Bordeaux n’est pas un village. Que m’importe que cette doublure arrive quand les hommes sont à cent lieues de là ? Si le ministre de l’administration de la guerre me rendait compte, comme le ministre de la guerre, de l’exécution de mes ordres, je serais à même de lui faire connaître comment j’entends qu’ils soient exécutés. Si, par exemple, il m’eût répondu, « Je fais partir, tel jour, telle quantité de souliers pour Bordeaux ou Perpignan, » je lui aurais dit, « Cela ne me convient pas. Il reste à savoir à présent en combien de jours ces souliers arriveront à Bayonne.

 

Paris, 19 mars 1808

Au prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée

Mon Cousin, vous donnerez l’ordre au maréchal Bessières de partir demain pour Burgos, où il sera rendu le 26. Il prendra le commandement, 1° de toute ma Garde impériale à pied et à cheval qui se trouve à Burgos; 2° de la 1e et de la 2e division des Pyrénées occidentales que commandent les généraux Verdier, Duhesme et Merle. Vous lui remettrez l’état des mouvements de ces deux divisions, et vous lui ferez connaître que son but est, 1° de maintenir la tranquillité sur les derrières de l’armée du grand-duc de Berg qui marche sur Madrid, et dans les pays compris entre le Duero et les Pyrénées ; 2° de surveiller le corps espagnol qui peut se trouver en Galice. Vous lui ferez connaître que le grand-duc de Berg, avec les corps du maréchal, Moncey et du général Dupont, sera arrivé à Madrid ; que le grand-duc de Berg a cependant eu l’ordre de laisser à Valladolid la 3e division du corps du général Dupont que commandait le général Mahler; que cette division serait sous ses ordres pour s’opposer aux mouvements que ferait la division espagnole qui est en Galice; que, le 25 mars, le général Verdier avec sa division et douze pièces de canon se trouvera à Vittoria, et le général Merle à Burgos avec sa division et ses douze pièces de canon; que la Garde impériale est déjà toute réunie à Burgos, et que la 2e brigade est depuis le… mars à Bayonne; que différents régiments de marche de cavalerie au nombre de 12 à 1500 hommes, et différents bataillons de marche d’infanterie formant le même nombre d’hommes, vont renforcer la division du général Merle. Vous autoriserez le maréchal Bessières à s’arrêter à Bayonne pour passer la revue de la 2e colonne de ma Garde, composée de deux régiments de fusiliers et de plusieurs détachements à pied et à cheval. S’il la trouve suffisamment reposée, vous l’autoriserez à la faire entrer en Espagne, en la dirigeant sur Burgos et en laissant quelques piquets de cavalerie en échelons de Bayonne à Burgos pour mon passage. Il réunira tout le reste de la cavalerie de la 1e colonne de ma Garde, pour, avec la cavalerie des régiments de marche, avoir un corps de 2,000 chevaux pour maintenir la tranquillité dans le pays et s’opposer au corps espagnol de la Galice, s’il faisait quelque mouvement. Vous lui ferez connaître que tout est encore pacifique avec l’Espagne, et que ce ne sont que des mesures de précaution. Vous lui ferez connaître également que la route de l’armée est par Aranda; qu’il doit veiller à réunir à Burgos 3 ou 400,000 rations de biscuit, dont il fera filer une partie sur Aranda, où il doit toujours y avoir une centaine de milliers de rations.

 

Paris, 19 mars 1808

Au Grand-duc de Berg, Lieutenant de l’Empereur en Espagne

Je reçois votre lettre du 13 à huit heures du soir. Je suppose que vous recevrez cette lettre à Madrid, où j’ai fort à coeur d’apprendre que mes troupes sont entrées paisiblement et de l’aveu du Roi; que tout se passe paisiblement. J’attends d’un moment à l’autre l’arrivée de Tournon et d’lzquierdo, pour savoir le parti à prendre pour arranger les affaires. Annoncez mon arrivée à Madrid. Tenez une sévère discipline parmi les troupes. Ayez soin que la solde soit payée, afin qu’ils puissent répandre de l’argent.

Je suppose que le général Merle est actuellement arrivé à Burgos, et que par là vos derrières sont bien couverts.

 

Palais des Tuileries, 19 mars 1808

OBSERVATIONS FAITES DANS LE CONSEIL D’ADMINISTRATION DE L’EXTÉRIEUR.

L’Empereur fait examiner la question de l’établissement d’un entrepôt de vins à Paris. Après avoir entendu diverses observations sur les emplacements proposés, sur l’étendue qu’il est nécessaire de leur donner et sur les besoins du commerce, l’Empereur prescrit les dispositions suivantes :

Le ministre de l’intérieur réunira chez lui le préfet de la Seine, le directeur général des droits réunis et six des principaux marchands de Paris. Après les avoir entendus, il rédigera le projet de décret pour l’établissement d’un entrepôt de vins à l’embouchure du canal de l’Ourcq. Le projet doit concilier l’usage de l’entrepôt avec celui des magasins de réserve. Il doit offrir non-seulement au commerce des halles couvertes, mais encore une grande quantité de caves qu’on puisse louer aux particuliers. Il doit déterminer toutes les conditions de l’entrepôt, qui doit entrer en activité au 1er janvier 1809.

Sa Majesté charge le ministre de l’intérieur de faire tracer, dès ce moment, l’alignement du quai entre le pont d’Austerlitz et la barrière de la Râpée jusqu’aux boulevards neufs. Ce quai sera une sorte de boulevard avec six rangées d’arbres.

Elle désire que le projet de décret et les plans sur l’entrepôt soient présentés samedi prochain au conseil d’administration ; que, dans le même conseil, le ministre lui présente les plans de promenades à faire au faubourg Saint-Antoine à l’instar des Champs-Élysées; qu’il lui soit rendu compte des dispositions à prendre pour terminer la place du Châtelet, et donner à cette place les dimensions nécessaires afin d’en faire un marché pour tout ce qui se vend sur le quai de la Ferraille.

 

Paris, 19 mars 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, le général Miollis a mal fait de laisser partir le courrier d’Espagne. Ce courrier portera des lettres qui remueront les esprits en Espagne, ce que je voulais éviter.

 

Paris, 19 mars 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, faites connaître au sieur Serra, mon résident à Varsovie, que mon intention est de n’accorder le passage à aucune troupe prussienne de Marienwerder à Graudenz, vu que le territoire de la confédération du Rhin est inviolable. Il doit faire connaître cela au gouverneur de Graudenz et aux commandants des troupes prussiennes pour que, sous quelque orétexte que ce soit, ils ne demandent aucun passage de troupes et qu’ils s’arrangent comme ils voudront. Recommandez au sieur Serra d’être très circonspect sur les nouvelles qu’il donne et de bien s’assurer de leur véracité, car les Polonais sont de grands faiseurs de nouvelles et d’un esprit fort inquiet.

 

Paris, 20 mars 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je vous envoie une lettre du roi de Naples relative aux cardinaux napolitains. Je donne ordre que le cardinal Ruffo, qui a autrefois commandé les Calabrais, soit envoyé à Paris, et que le cardinal Ruffo, de Scilla, archevêque de Naples , soit envoyé à Bologne, ainsi que deux autres dont le roi de Naples croit la présence dangereuse à Naples. Je désire que toutes les troupes du Pape se rendent à Ancône, et que le général Lemarois les réunisse là et les traite bien.

Vous devez rassurer le général Miollis et lui faire connaître qu’il n y a aucune transaction possible avec la cour de Rome, et, puisque le Pape ne garde aucune mesure et que les ordres du général Miollis sont méprisés, le général Miollis doit s’emparer du gouvernement temporel. Désormais les bataillons doivent traverser le Vatican. La parade doit se faire sur la grande place, sans s’embarrasser si le Pape y demeure. Les troupes françaises doivent monter la garde aux portes du palais du Pape, comme les troupes italiennes; et les troupes du Pape doivent toutes être réunies à Ancône. S’il arrivait que le Pape fit dans le carême quelques cérémonies religieuses, il ne faut lui faire aucune pompe. Au lieu du titre que porte aujourd’hui le général Miollis, il prendra celui de général commandant les troupes dans les États de Rome. Il est nécessaire que l’ordre du jour où il est dit que les prêtres ne doivent pas plus commander à des soldats que les femmes soient mis dans les journaux d’Italie. Il est convenable aussi que le général Miollis fasse faire un journal qui donne des nouvelles du monde, pour donner une direction à l’esprit public. Il ne doit avoir aucun égard aux représentations du chargé d’affaires d’Espagne, dont il doit se moquer. Je vous ai demandé de réunir tous les renseignements sur les quatre Légations pour les organiser en préfectures, sous-préfectures, justices de paix, et arrêter vos choix sur les préfets, de manière que, en quarante-huit heures, après que je vous aurai écrit, ce travail soit fait, et les individus nommés.

A vous dire vrai, pour finir les affaires de Rome, je voudrais laisser passer le carême. Je vous ai déjà fait connaître que mon intention était que les cardinaux italiens, toscans, génois, français, fussent envoyés chacun chez eux. Je vous ai déjà fait connaître également que le général Miollis ne devait souffrir l’établissement d’aucun nouvel impôt.

 

Paris, 20 mars 1808

Au général Marmont, commandant de l’armée de Dalmatie

J’ai vu avec peine ce qui est arrivé à l’île de Lussin-Grande le 14 février. Je conviens que cette île est trop éloignée pour y mettre des Français; mais pourquoi n’y mettez-vous pas 80 au 100 Dalmates, qui empêcheraient les vaisseaux et frégates d’y débarquer et d’insulter les habitants ? Il faut que les Français et les Italiens proprement dits soient toujours réunis; mais les Dalmates peuvent être disséminés dans les îles. Envoyez-y des fusils pour armer des gardes nationales qui seconderont les Dalmates, et deux pièces de canon de fer de 6, ce qui sera un armement suffisant pour mettre ces îles à l’abri d’une insulte.

 

Paris, 20 mars 1808

DÉCISION

M. Gaudin, ministre des finances, soumet à l’Empereur l’état, que vient de lui adresser M. Dauchy, des biens, rentes et créances composant les menses des trois archevêchés et des dix-sept évêchés de la Toscane. Les revenus sont évalués à 3 pour cent et s’élèvent à 443,744 francs; les capitaux, montant à 19,859,668 francs, sont grevés de 5,066,000 francs de dettes. M. Dauchy présente, à la suite de son travail statistique, quelques considérations sur les réformes dont l’organisation ecclésiastique lui parait susceptible dans le duché de Toscane. Renvoyé à M. Gaudin. Des explications sont nécessaires pour comprendre ce que le sieur Dauchy veut dire. Mon intention n’est pas de faire aucun changement dans l’organisation du clergé régulier, ni parmi les évêques et curés; il faut les laisser comme ils sont. Nous aurons assez à faire de toucher aux moines. Le ministre me fera connaître, à son prochain travail, quelles sont les lois en activité à Parme sur les moines; ce sont celles que je voudrais établir en Toscane.

 

Paris, 21 mars 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur

Monsieur Cretet, j’ai signé le décret relatif à la vente des canaux. J’attache une grande importance à ce que les canaux Napoléon, de Bourgogne et du Nord, soient poussés avec la plus grande activité. Ces canaux ont leurs ressources que j’estime à 5 ou 600,000 francs chaque par année. J’ai affecté 2 millions aux dépenses de chacun d’eux par année. Pour employer ces sommes, il faut que les travaux soient vivement pressés.

J’ai destiné un fonds de 10 millions pour les travaux de Paris, dont 2 millions doivent être dépensés cette année, et un autre fonds de 7 millions pour la communication du canal de l’Ourcq avec la Meuse, pour l’amélioration de la navigation de la Seine et de la Marne, et pour faire tous les travaux qui accroissent les moyens de communication avec Paris. Sur cette dernière somme , j’emploie, cette année, 1 million; ce qui fera 9 millions qui devront être dépensés cette année sur le produit de la vente des canaux.

Je désire connaître l’emploi des fonds destinés à des travaux à Paris; je voudrais dépenser cet argent de manière à ce que j’en retire l’intérêt.

Vous concevez bien quel est mon principe, qui est de vendre au fur et à mesure les canaux et autres objets que j’aurais pour améliorer, construire et acquérir de nouveaux revenus. C’est ainsi que, du moment que les marais du Cotentin et de Rochefort seront desséchés, je désire en vendre le produit, pour être, ladite somme, employée à d’autres desséchements. Je ne sais pas à quoi se monte ce que payeraient les particuliers pour des marais desséchés ou pour des polders, etc. Si cela pouvait faire une somme convenable, je serais d’avis de l’employer à d’autres desséchements. Vous comprenez , je pense, ce que je demande.

Parmi les travaux à faire à Paris, je désirerais faire construire un pont devant l’hôtel des Invalides, puisqu’il ne nuirait point à la navigation. Un pont qui, comme celui des Arts , coûterait 6 à 700,000 francs , rendrait bien son argent; et, lorsqu’il sera terminé, j’en vendrais les actions pour faire d’autres constructions. En général, à mesure que je ferai quelque chose produisant revenu, je le vendrai pour employer les capitaux à d’autres objets.

 

Saint-Cloud, 22 mars 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur

Monsieur Cretet, faites connaître au maire de la ville de Boulogne-sur-Mer que mon intention est qu’une tuerie soit établie hors de la ville. Cette ville est fort riche de l’argent qu’y a dépensé l’armée. Cette tuerie doit être établie sans délai, soit aux frais de la ville, soit aux frais des bouchers; donnez des ordres précis en conséquence.

Ordonnez aussi que des mesures soient prises pour transporter hors de la ville les immondices , et pour qu’aucun des moyens de propreté, si nécessaires à la santé du soldat, ne soit négligé; cela doit être fait également aux frais de la ville.

Il est nécessaire que vous fassiez faire un projet pour l’assèchement du territoire de Calais et pour l’écoulement des eaux, qui serve de règle aux travaux des particuliers.

Il faudrait aussi terminer la route de Maldeghem à Breskens ; ces trois ou quatre lieues de route sont nécessaires pour la communication de Flessingue.

 

Saint-Cloud, 23 mars 1808

NOTE POUR M. REGNIER, GRAND JUGE, MINISTRE DE LA JUSTICE

Sa Majesté charge le grand juge de poursuivre devant qui de droit le teinturier de Lyon qui a donné un mauvais teint aux tentures fournies pour Saint-Cloud, et de le faire condamner à des indemnités dont Sa Majesté ne veut pas, mais qui seront données soit aux hospices, soit en encouragements à la fabrique de Lyon.

 

Saint-Cloud, 23 mars 1808 , 3 heures après midi

Au prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée

Mon Cousin, envoyez avant de vous coucher un courrier extraordinaire au prince de Ponte-Corvo. Faites-lui connaître que vous venez de recevoir les lettres du 1er mars; que je considère les troupes qui sont sur le territoire de Holstein comme si elles étaient à Hambourg, puisqu’elles peuvent s’y porter en peu de marches; que , par la présente, vous l’autorisez à faire passer à Copenhague les deux divisions espagnoles et la division française; ce qui , je pense, fera une force de 22 à 24,000 hommes; que ces troupes seront prêtes à partir de Copenhague les huit premiers jours d’avril; que les troupes hollandaises et celles françaises du général Dupas restent où elles se trouvent jusqu’à ce que je sache positivement le lieu où elle sont arrêtées; que des frontières de Russie à Abo il y a un mois de route; qu’ainsi les Russes ne peuvent y être arrivés que du 20 au 25 mars; qu’il est nécessaire, avant que le maréchal Bernadotte entre en Scanie, de connaître, 1° si les Russes sont arrivés à Abo; 2° le nombre de troupes que les Danois veulent employer dans l’expédition de Scanie. L’expédition de Suède doit être tentée, mais seulement avec toute sûreté de réussir. Mon intention n’est pas que le prince de Ponte-Corvo passe en Scanie avant d’être certain d’avoir sous ses ordres 36,000 hommes, indépendamment des secours que peut lui offrir la Norvège. Les divisions espagnoles et la division française formeront, je pense, un présent sous les armes de 22,000 hommes. Il faut donc que les Danois fournissent 14,000 hommes pour arriver à 36,000. Les choses étant ainsi, je laisse carte blanche an prince de Ponte-Corvo, ayant soin, en arrivant en Suède, de ménager mes troupes sans faire une guerre d’invasion. Les Danois peuvent ôter toutes les troupes qui sont dans le Holstein, et le prince de Ponte-Corvo est maître de disposer d’une division hollandaise pour garder le Holstein et maintenir ses communications. Le sieur Didelot a écrit que les Danois ont des moyens suffisants pour faire passer 30,000 hommes en Scanie. Si cela est ainsi, je désire que le prince passe d’abord avec 12,000 Danois, 12,000 Espagnols et 8,000 Français. Les autres deux mille Danois, les mille ou deux mille Espagnols et les autres mille Français passeront avec le second convoi. Il faut aussi que le prince royal ait des troupes pour garder le Seeland. Je n’aurai point,de difficulté qu’un régiment de la division Dupas, celui qui se trouve le plus près de la Fionie, avec deux régiments hollandais, passe à Copenhague aussitôt que le prince de Ponte-Corvo sera en Suède, pour aider les Danois à garder Copenhague. J’enverrai alors deux autres régiments hollandais et le 58e, qui est à Hambourg, pour garder le Holstein et la Fionie. En résumé, j’approuve que le prince n’ait fait aucun mouvement rétrograde. J’approuve même qu’il laisse où elles sont les troupes hollandaises. Je l’autorise dès à présent à passer à Copenhague. Je ne l’autorise à passer en Scanie, pour faire la guerre, qu’avec deux divisions danoises formant 14,000 hommes; ce qui complétera son armée à 36,000 hommes. Dans ce cas , je l’autorise à disposer d’une division hollandaise et d’un régiment de la division Dupas pour garder la Fionie et Copenhague. Mais je lui défends expressément de passer en Suède si les Danois n’ont 14,000 hommes à joindre à ses troupes. Je n’ai point un assez grand intérêt à l’expédition de Suède pour la hasarder à moins de 36,000 hommes. Je ne veux pas non plus que, quand mes troupes seront en Suède et séparées du continent par la mer, les Danois soient tranquilles à Copenhague; cela n’aurait pas de sûreté pour moi. Une fois débarqué en Scanie, le prince de Ponte-Corvo doit faire une guerre réglée; fortifier un point comme tête de pont, en cas d’événement; s’emparer, s’il est possible, des points qui interceptent le Sund , pour empêcher la communication des Anglais avec les Suédois; enfin publier des proclamations dans le pays, et produire le plus de mécontentement contre le roi de Suède. Je ne l’autorise à marcher sur Stockholm qu’autant qu’il serait assuré d’y avoir un parti puissant pour le seconder. Dans ses proclamations, il ne doit jamais appeler le roi actuel roi de Suède, je ne le reconnais point comme tel, mais l’appeler le chef de la nation suédoise, se servir du mot générique de Gouvernement; et, quand il est obligé de lui parler à lui-même, l’appeler toujours le chef de la nation suédoise; dire que nous ne le reconnaissons plus comme roi depuis que la constitution de 1778 a été culbutée. Vous ferez connaître au prince de Ponte-Corvo que je m’en repose sur lui pour maintenir la dignité qui est due à son caractère et à la Majesté Impériale; qu’il ne doit signer aucun armistice, convention ni acte quelconque, qu’il n’y soit appelé prince de Ponte-Corvo et non maréchal Bernadotte, commandant en chef l’armée impériale française, et non commandant les troupes françaises; que le roi de Suède s’est mal comporté avec le maréchal Brune. Vous lui ajouterez que, du moment qu’il aura donné tous les ordres, il se rendra à Copenhague pour y voir le prince royal et lui faire connaître mes intentions.

 

Saint-Cloud, 23 mars 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je vous ai fait connaître qu’après le carême passé mon intention était de réunir les quatre Légations au royaume d’Italie. Il faut donc qu’il y ait à Ancône assez de troupes pour être maître de ces provinces. Il serait nécessaire d’y avoir un régiment entier de cavalerie italien et 2,000 hommes d’infanterie italiens , indépendamment des Français qui se trouvent à Ancône, avec trois ou quatre pièces de canon attelées. Vous savez qu’en cas d’insurrection il faut qu’elle soit étouffée promptement. Je vous ai mandé de préparer une division du territoire, la nomination des commandants, de province, des préfets , sous-préfets, etc., etc. Il est nécessaire que cela soit fait d’avance, afin que, une fois le principe déclaré, cette organisation marche avec une grande rapidité. Je désire que vous m’envoyiez vous-même ces projets de décrets, afin que je les signe. Ecrivez au général Lemarois de faire courir le bruit dans ces provinces qu’elles vont être réunies au royaume d’Italie. Cela refrénera d’autant et contiendra les folies du Pape.

 

Saint-Cloud, 23 mars 1808

NOTE DICTEE PAR L’EMPEREUR, DANS LA SÉANCE DU CONSEIL DE LA GUERRE.

Le ministre de l’administration de la guerre fait des difficultés qui sont très-faciles à lever. Il serait sans doute plus simple de faire des marches et contre-marches; il en coûterait à la vérité 4 ou 500,000 francs pour frais de transport; mais cette méthode serait plus commode pour les bureaux. Les quatre compagnies qui composent les dépôts vont se rendre aux lieux désignés pour ne plus les quitter, quel que soit le mouvement des corps. Cependant ces dépôts ne seront rendus aux lieux fixés que dans un mois ou six semaines; il pourrait y arriver plus tôt des conscrits, et il y aurait de l’inconvénient à ce qu’un petit nombre y arrivât sans y trouver personne. C’est par cette considération qu’on a donné l’ordre à un officier et à deux ou trois sous-officiers de se rendre aux lieux des dépôts. Ils seront suivis, à la distance d’un mois, par les quatre compagnies.

Quant aux magasins, ils consistent en armes et en draps. Le ministre de la guerre a ordonné que les armes et les draps ne quittassent point l’emplacement de l’ancien dépôt, où se forme le 4e bataillon, et qu’une partie des ouvriers restât dans le même lieu pour achever de confectionner les habillements, tandis que l’autre partie suivrait aux nouveaux dépôts les quatre compagnies.

On a dit au ministre de l’administration de la guerre de diriger les nouveaux effets d’habillement sur le nouveau dépôt. Il peut exécuter cette disposition au moyen d’une circulaire, par laquelle il prescrira aux fournisseurs de diriger sur le nouveau dépôt tout ce qui n’est pas parti. Ainsi, pour tout ce qui est à fournit, il n’y aura pas de mouvement rétrograde; ce qui se trouvera avoir dépassé les nouveaux dépôts ira à l’ancien emplacement, où est le 4e bataillon , et y sera confectionné. Alors le major, après avoir retenti les conscrits aux nouveaux dépôts le temps nécessaire pour les immatriculer et leur donner une nouvelle formation, les enverra au 4e bataillon dans la proportion des habits qu’il saura qui s’y trouvent. Cette marche offrira l’avantage de n’avoir pas un si grand nombre de conscrits aux dépôts. Lorsqu’il n’y aura plus ni habits ni armes aux 4e bataillons, les majors qui en seront informés habilleront et armeront les conscrits aux dépôts avant de les faire partir. Un exemple expliquera mieux comment les choses vont se passer. Le 8e régiment d’infanterie légère est à Venise; son 4e bataillon est dans le même lieu, et doit y rester; son dépôt est à Marseille; les conscrits qui leur seront donnés sont choisis dans le Languedoc; ils iront à Marseille , qui se trouve sur leur route. S’il y a à ce dépôt des effets d’habillement envoyés par le ministre, ils y seront habillés, sinon , ils seront dirigés sur le 4e bataillon à Venise, où on les habillera.

Tout ceci n’est qu’une mesure transitoire pour passer de l’ancienne organisation à la nouvelle.

 

Saint-Cloud, 23 mars 1808

Au Grand-duc de Berg, Lieutenant de l’Empereur en Espagne

Je suppose que vous êtes arrivé aujourd’hui ou que vous arriverez demain à Madrid. Vous tiendrez là une bonne discipline. Si la cour est à Aranjuez, vous l’y laisserez tranquille et vous lui montrerez de bons sentiments d’amitié; si elle s’est retirée à Séville, vous l’y laisserez également tranquille. Vous enverrez des aides de camp au prince de la Paix pour lui dire qu’il a mal fait d’éviter les troupes françaises; qu’il ne doit faire aucun mouvement hostile; que le roi d’Espagne n’a rien à craindre de nos troupes. Je suppose que je ne vais pas tarder à recevoir des nouvelles de tout ce qui se sera passé à Madrid le 17 et le 18.

Le maréchal Bessières doit arriver le 26 à Burgos pour prendre le commandement des deux divisions des Pyrénées occidentales et de ma Garde.

Je suppose que vous vous faites faire votre biscuit à Madrid, pour avoir toujours quinze à vingt jours de biscuit devant vous. Vous devez veiller à ce que les magasins d’Aranda et de Buitrago soient parfaitement approvisionnés, et qu’il y ait sur chacun de ces points 200,000 rations de biscuit ou farine, avec trois fours pour faire du pain.

Les circonstances générales m’ont forcé à retarder mon départ. La Russie a déclaré la guerre à la Suède. Les troupes russes sont entrées en Finlande, et mon armée, commandée par le prince de Ponte-Corvo, est à Copenhague et va se réunir à l’armée russe sous les murs de Stockholm.

 

Saint-Cloud, 23 mars 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, écrivez au général Miollis de désarmer les gardes du pape qui porteraient un autre uniforme, une autre cocarde, que ceux qu’ils avaient coutume de porter ; de les faire arrêter, et de les enfermer au château Saint-Ange. Si le pape crée un autre corps, comme on dit qu’il en a l’envie, qu’il s’y oppose. En général, il ne doit reconnaître aucun homme armé, ni aucune troupe, s’ils ne sont sous ses ordres.

 

Saint-Cloud, 23 mars 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon fils, j’accepte l’offre que me fait le commerce de Venise. Ecrivez-lui à cette occasion des choses agréables de ma part. Je vous envoie une note de M. Aldini, et je désire que vous fassiez connaître ce qu’il est possible de faire. Il parait être dans une situation embarrassée ; ses biens sont-ils libres, valent-ils 200,000 francs de rentes ?

 

Saint-Cloud, 23 mars 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, faites connaître au sieur Lefebvre que le ton de sa dépêche n’est pas tel qu’il doit être envers son ministre, qu’il doit tâcher de saisir ses intentions et non de faire des épigrammes, suivre la direction qu’on lui donne et non en donner, qu’en lisant sa dépêche, j’ai demandé l’âge qu’il avait, qu’elle m’a paru être faite par une jeune homme de 20 ans. Vous lui ajouterez que si le pape lève un nouveau corps, fait de nouvelles publications, il ait à demander ses passeports et à partir sur-le-champ avec sa légation.

 

Saint-Cloud, 24 mars 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine

Je désire que vous donniez ordre à la frégate qui est à Toulon d’appareiller de cette rade avec le Requin et un autre brick pour se diriger sur Alger. Arrivé devant Alger, le commandant demandera que le sieur Dubois Thainville lui soit remis. Il établira ensuite une croisière de ce côté et prendra tous les bâtiments algériens qu’il pourra. Il aura soin d’effectuer son retour avec précaution. Cette expédition n’aura lieu qu’autant que l’amiral Ganteaume le jugera convenable. Je désire qu’il y ait deux frégates. Si l’amiral Ganteaume ne voit aucun inconvénient à l’expédition, elle aura lieu; s’il la juge hors de saison, le préfet maritime la contremandera. Je désire que la frégate qui devait être armée en flûte soit armée en guerre, afin d’avoir devant Alger deux frégates au lieu d’une. Si cela devait causer du retard, la Danaé et le Requin, avec un gros brick, seront suffisants. Ces trois bâtiments sont plus forts que toute la marine algérienne.

 

Saint-Cloud, 24 mars 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

La négligence que vous portez dans la surveillance des journaux, cette partie si importante de vos fonctions, me force à supprimer le Publiciste. Cela fera des malheureux, et vous en serez la cause. Ayant nommé un rédacteur, c’est à vous à le diriger. Vous enverrez copie de mon décret aux autres journaux, et vous leur ferez connaître que j’ai supprimé ce journal parce qu’il montrait des sentiments anglais, qu’il peignait les soldats français comme des monstres, et faisait sa cour aux Suisses, en montrant la nation la plus douce et la plus humaine comme une nation de tigres. Vous donnerez de nouvelles instructions au Journal de l’Empire et à la Gazette de France, et vous leur ferez connaître que, s’ils ne veulent pas être supprimés, il faut qu’ils évitent de rien mettre dans leurs feuilles qui soit contraire à la gloire des armées françaises et qui tende à calomnier la France et à faire leur cour aux étrangers. Recommandez-leur aussi d’être plus circonspects sur les bulletins qu’ils reçoivent et qui leur viennent presque tous d’agents anglais.

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P. S. Cependant je préfère destituer seulement le rédacteur; présentez-m’en un autre.

 

Saint-Cloud, 24 mars 1808

Au général Duroc, grand maréchal du Palais

Monsieur le Général Duroc, j’ai pris un décret pour transférer à Saint-Cyr l’École militaire de Fontainebleau. Le manége de l’École militaire sera acheté par moi pour 100,000 francs. Faites-en prendre possession au ler avril prochain, et voyez ce qu’il convient d’en faire. A cette occasion, présentez-moi une note sur les travaux de Fontainebleau. On aura tout juillet , août et la moitié de septembre pour arranger le bâtiment que l’École militaire laisse vacant, abattre le pavillon de la grille, et faire des réparations qui donnent plus de local qu’au dernier voyage.

 

Saint-Cloud, 24 mars 1808

Au colonel Lacoste, aide de camp de l’Empereur, en mission

Monsieur le colonel Lacoste, je reçois vos différentes lettres. S’il vous est possible, allez visiter la tour de Cordouan, et, comme ingénieur, faites votre profit de cette construction, qui est citée comme très-hardie. Voyez aussi le port de Blaye en détail, et faites-en un rapport. Après, vous vous rendrez à Bayonne, d’où vous m’instruirez, tous les jours, de tous les mouvements qui ont lieu dans cette place.

 

Saint-Cloud, 24 mars 1808

Au prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée

Mon Cousin, donnez l’ordre aux maréchaux Victor, Soult, Davout et Mortier de se préparer, au premier ordre qu’ils recevront, à faire camper leurs corps par divisions, et de vous faire connaître le lieu où sera tracé le camp de chaque division, en vous en envoyant le croquis, afin qu’à la réception de leurs projets j’en ordonne la mise à exécution. On ne doit point camper sans mon ordre; mais il est probable que je l’enverrai avant le mois de mai; en attendant, on doit tout préparer. Les trois divisions du ler corps camperont en Prusse, les trois du 5e corps en Silésie, les quatre du 4e corps entre la Vistule et l’Oder. Une division du 3e corps campera du côté de Rustrin , et les deux autres en arrière de Varsovie. Vous direz dans votre lettre un mot qui fasse comprendre à ces maréchaux l’avantage qu’il y a de tenir pendant quatre mois les troupes campées; la discipline , l’instruction, la santé du soldat, tout y gagne. En vous envoyant leurs projets de campement, ils vous feront connaître le jour où ils penseront que les troupes pourront commencer à camper.

 

Saint-Cloud, 24 mars 1808

Au prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée

Mon intention est de distribuer 800,000 francs de gratification à la Garde, cavalerie, infanterie, artillerie. Les officiers ayant déjà eu leur gratification, les 800,000 francs seront pour les sous-officiers et soldats. Je désire en conséquence que vous fassiez prévenir le général qui commande la Garde, pour que l’état vous soit présenté. Ceux qui se sont trouvés à trois des cinq batailles recevront trois jours de gratification; deux jours à ceux qui n’ont été qu’à deux. Je n’entends pas être à la bataille ceux qui étaient à vingt lieues derrière, mais qui y étaient réellement. La distribution ainsi faite, vous me ferez connaître combien de parts à trois jours et combien à deux jours je puis accorder avec la somme précitée.

 

Saint-Cloud, 25 mars 1808

Au Grand-duc de Berg, Lieutenant de l’Empereur en Espagne

Je reçois votre lettre du 18 mars. J’apprends avec peine que le temps est mauvais. Il fait ici le plus beau temps du monde. Je suppose que vous êtes arrivé à Madrid depuis avant-hier. Je vous ai déjà fait connaître que votre première affaire était de reposer et approvisionner vos troupes, de vivre dans la meilleure intelligence avec le Roi et la cour, si elle restait à Aranjuez; de déclarer que l’expédition de Suède et les affaires du Nord nie retiennent encore quelques jours, mais que je ne veux pas tarder à venir. Faites dans le fait arranger une maison. Dites publiquement que vos ordres sont de rafraîchir à Madrid et d’attendre l’Empereur, et que vous êtes certain de ne pas sortir de Madrid que Sa Majesté ne soit arrivée.

Ne prenez aucune part aux différentes factions qui partagent le pays. Traitez bien tout le monde et ne préjugez rien du parti que je dois prendre. Ayez soin de tenir toujours bien approvisionnés les magasins de Buitrago et d’Aranda.

 

Saint-Cloud, 26 mars 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur

Monsieur Cretet , je vous renvoie votre projet sur les lycées; il n’est pas rédigé dans la forme qui me convient. Je désire que vous me le renvoyiez en le rédigeant sur les principes contenus dans la note ci- jointe. L’état dont il est question doit être fait en conséquence de la situation du budget des communes et proportionnellement à leur richesse, en répartissant ce fardeau de manière qu’il ne soit pas trop lourd pour les communes. Je pense que celles qui ont plus de 20,000 francs doivent y contribuer, les moindres pour demi-bourses ou deux tiers de bourse. Les budgets des communes qui ont plus de 20,000 francs se montent, je crois, à 60 millions de francs. En leur demandant 2 millions, ce ne sera pas un vingt-cinquième ; je pense qu’il n’est pas même nécessaire de leur demander plus de 1,500,000 francs. Pour cette année, la caisse d’amortissement fournira les fonds nécessaires aux communes qui n’auraient plus de fonds pour cet objet. Il ne faut point les prendre sur les fonds de la mendicité, parce que cela complique l’administration, et qu’il ne faut pas faire et défaire. Si la somme à payer par les communes se montait à 1,500,000 francs, comme elles ne payeraient que le dernier semestre, ce ne serait que 750,000 francs. Vous pourrez ajouter à votre projet de décret que tout individu qui voudra fonder une bourse ou une demi-bourse dans un lycée sera maître de le faire, et pourra s’en réserver la nomination.

 

Saint-Cloud , 26 mars 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

J’approuve les deux ouvrages qui, dans le projet du comité , défendent les accès du retranchement du village de l’île d’Aix. Des 200,000 fr. accordés pour cette année, on emploiera 100,000 fr. à faire ces deux ouvrages, auxquels on donnera plus de capacité, et on les rapprochera un peu du retranchement, s’il se peut. Ils auront escarpe, contrescarpe, glacis et chemin couvert. On emploiera 50,000 francs pour fermer la droite du retranchement et pour réparer l’enceinte des fronts d’attaque, et 50,000 francs pour commencer le fossé, dans le roc, de la batterie à la mer; j’accorderai 200,000 francs l’année prochaine. Je désire qu’avec ces 400,000 francs on dispose les travaux de telle sorte qu’un millier d’hommes et quarante pièces de canon puissent protéger la rade et s’y défendre contre une attaque par terre.

 

Saint-Cloud, 26 mars 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

J’adopte le plan d’achever le système qui a été commencé et de faire sur la hauteur du renard un fort pareil à ceux qui ont été exécutés, avec réduit en maçonnerie et en terre.

On fera un ouvrage pareil sur le plateau du moulin à l’huile

On fera un réduit en maçonnerie, et on achèvera l’enceinte des ouvrages en terre à la positon de Varoquerie.

On fera le réduit en maçonnerie indiqué au projet dans l’intérieur de l’ouvrage A sur la hauteur d’Outreau.Il parait nécessaire et pourra servir dans tout le système.

Quand ces six forts seront terminés, on verra ce qu’il faut en faire et le parti définitif qu’il faudra prendre.

J’accorde 500.000 francs pour les travaux de cette année à Boulogne. Il faut les employer à élever de préférence les quatre réduits en maçonnerie, et prendre des mesures telles que cela soit fini pour le mois de septembre. Ce surplus de fonds sera employé à remuer des terres. Si, au mois de septembre, les choses établies ainsi, les évènements devenaient pressants, on achèverait salors les ouvrages en terre qui auraient été tracés, et, comme ce sont des ouvrages qio se font à force de bras, on les aurait bientôt mis en état.

 

Saint-Cloud, 26 mars 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre

La défense de Flessingue est fondée sur l’inondation. En cas que l’ennemi se présente, on doit couper les digues et mettre l’île sous l’eau. Cependant l’ennemi peut toujours cheminer sur les digues. D’ailleurs, il faut défendre l’entrée du port pour conserver la communication avec le continent. Il faut donc qu’on occupe un point sur chaque digue à environ mille toises de l’entrée du chenal, de manière
que de chaque côté l’ennemi ne puisse s’établir qu’à environ douze cents toises. Dès lors le canon est sans effet, et dès ce moment Flessingue ne peut plus être bloqué. Je désire donc qu’on construise sur chaque digue, à une distance de mille toises, loin de l’entrée du chenal, deux forts qui défendent la digue, battent la mer et empêchent les approches de ce côté.

Les 200,000 francs que j’ai accordés cette année sont destinés à pousser ces deux forts de front; on emploiera 100,000 francs à chaque. Ces forts doivent être environnés d’eau de tous côtés, et la défense en sera facile. On construira dans ces forts des bâtiments militaires. Si l’on était pressé, on construirait des baraques en bois. Mais je désire qu’à la fin de la campagne les batteries qui défendront la rade soient en état de servir et les ouvrages fermés. On me présentera un projet pour l’année prochaine, tant pour achever ces deux forts que pour en placer un troisième à mille toises de l’entrée du port, sur la route de Middelburg.

 

Saint-Cloud, 26 mars 1808

Au général Dejean, ministre de l’administration de la guerre

Monsieur Dejean, je vous envoie tous les rapports qu’on me remet sur la situation des équipages militaires de la Grande Armée. J’ai là huit bataillons qui, à 140 voitures par bataillon, font 1,120 voitures. Si ces 1,120 voitures étaient bien attelées, bien organisées, et que ce fût surtout de bonnes voitures, elles seraient d’une ressource immense pour l’armée. Mais une grande partie de ces voitures manque, une autre partie n’est pas couverte, beaucoup de chevaux sont hors de service, beaucoup d’hommes n’ont point d’armes , etc. Le sieur Thevenin dit, dans son rapport, qu’une grande quantité de caissons est en construction à Berlin, à Varsovie, à Magdeburg; il y a longtemps que j’entends dire cela. J’ai dépensé beaucoup d’argent, et je n’ai rien. Des chevaux, des harnais, des voitures, des armes, on peut se procurer de tout cela en Allemagne. La seule chose qui pouvait réellement manquer, ce sont des hommes; il paraît qu’il y en a aujourd’hui suffisamment. Quant à l’armement, je désire que les officiers, le major inspecteur lui-même, soient armés d’une carabine ou mousqueton, d’une paire de pistolets dans les fontes et d’un sabre; que les maréchaux des logis et les brigadiers aient le même armement, de sorte que les officiers et sous-officiers puissent, en cas d’événement, se réunir, éloigner quelques cosaques ou hussards, et surtout faire face à quelques voleurs. Les soldats auront une carabine, un baudrier et un sabre. Il y aura un soldat pour deux chevaux; chaque soldat aura sa carabine; et dans le temps d’exercice on les exercera à charger, à tirer, à tenir leurs armes propres et à faire les évolutions les plus nécessaires. Par ce moyen, les soldats des équipages, en renfermant leurs convois dans une maison ou dans un enclos, pourraient faire le coup de fusil. Je vous prie de correspondre avec le sieur Daru pour que ces équipages soient mis promptement dans le meilleur état. L’avenir est incertain, et, quand on a une armée, il faut la tenir en bonne situation. Si, après la bataille d’Austerlitz, on eût réorganisé les équipages, cela eût été d’un bien incalculable pour la guerre qui a suivi.

Faites-moi connaître les caissons que les corps sont tenus de se procurer, ceux qui ont reçu de l’argent pour cet objet, et ce qu’ils ont aujourd’hui.

Pourquoi le 7e et le 8e bataillon des équipages, qui ont été formés en France, ont-ils de si horribles chevaux ? Ce sont tous des chevaux de réforme. Qui est-ce qui les a fournis ? Est-ce la compagnie Breidt, ou sont-ce des marchés que vous avez passés ?

 

Saint-Cloud, 26 mars 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

J’apprends qu’un nommé Merle de Beaufonds, receveur à Semur, département de la Côte-d’Or, porte la croix de Hollande. Comme je ne l’y ai point autorisé, la faire ôter et savoir pourquoi il la porte.

 

Saint-Cloud, 26 mars 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fil, faîte-moi connaître quand les cinq vaisseaux de guerre qui sont en construction à Venise seront mis à l’eau, ainsi que les deux frégates la Couronne et la Favorite. Vous ne m’avez pas encore fait connaître si l’on a commencé les travaux de Venise et d’Ancône. Les uns et les autres m’importent beaucoup. Si la frégate la Couronne est à l’eau, comme je le pense, il serait convenable de l’armer le plus promptement possible, de la diriger sur Ancône, où elle achèverait son armement. Il serait avantageux d’avoir là une frégate qui en imposerait aux bricks ennemis. Faites sortir la corvette la Caroline pour savoir si elle marche bien. Dans vos états de situation, vous confondez la Charlotte, qui est un très-petit bâtiment, avec la Caroline. Si ce bâtiment marche bien, faites le sortir.

 

Saint-Cloud, 26 mars 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je reçois votre lettre du 16 mars. Le Pape ne doit pas avoir de garde; puisqu’il en abuse, il faut la lui ôter.

Le major qui a distribué les nouvelles cocardes doit être arrêté, s’il périt un homme par suite des troubles que l’on cherche à susciter, il en répondra sur sa tête.

 

Saint-Cloud, 26 mars 1808, 10 heures du matin

Au maréchal Bessières, commandant la Garde impériale en Espagne et les divisions d’observation des Pyrénées occidentales

Mon Cousin, vous aurez appris l’insurrection de Madrid dont le résultat parait être, 1° que le Roi ne partira pas; 2° que mes troupes seront bien reçues à Madrid. Dans cette situation des choses, il faut profiter des détachements de cavalerie qui entrent à tout moment en Espagne pour servir à mes escortes de Bayonne à Aranda. Il est nécessaire que j’aie à chaque poste 50 hommes de cavalerie et quelques hommes de gendarmerie. Le général Verdier, qui doit être arrivé à Vittoria, fera arrêter quelques détachements d’infanterie sur les positions où cela sera nécessaire, telles que des montagnes où l’on va lentement. D’ailleurs, étant sur les lieux, vous devez voir mieux que moi ce qu’il est nécessaire de faire.

Faites partir mes pages, mes chevaux de selle, hormis une brigade, mes cuisiniers et tout ce que j’ai à Burgos, pour Madrid, comme je vous l’ai mandé par ma lettre d’hier. Faites aussi partir ma Garde, infanterie, cavalerie et artillerie, de manière que toutes ces troupe arrivent à Madrid le plus tôt possible, car je ne vais pas tarder à m’y rendre de ma personne. Vous sentez combien il est important que j’aie à Madrid toute l’artillerie de ma Garde, et l’infanterie et la cavalerie. Le grand-duc de Berg a déjà emmené avec lui 3 ou 400 hommes de ma Garde; le reste doit suivre le plus vite possible Partagez-la en plusieurs colonnes. Les meilleurs marcheurs doivent faire dix ou douze lieues par jour; on peut de Burgos aller en neuf jours à Madrid. La seconde partie de ma Garde, composée des fusiliers et d’à peu près 500 hommes à cheval, attendra à Burgos, où je pense qu’elle n’arrivera guère que le 2 ou le 3 avril ; elle sera fatiguée et aura besoin de repos. Prenez des mesures pour qu’il y ait des moyens de transport, pour les bagages et ma suite, de Burgos à Madrid. Si le chemin de Burgos à Madrid était très-mauvais, je ne suis pas très-effrayé d’aller à franc étrier.

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P. S. Le 1er escadron de marche, composé de 410 hommes, qui arrive le 3 avril à Bayonne; le 2e escadron de marche, fort de 240 hommes, qui arrive le 25 mars à Bayonne, et le 3e escadron de marche, fort de 160 hommes , qui arrive le 10 à Bayonne; ces trois corps, dis-je, formant plus de 800 hommes de cavalerie , pourront fournir une escorte entre Bayonne et Vittoria, et en même temps se reposeront.

Les 3 ou 400 hommes de cavalerie de ma Garde , partis de Bayonne le 24 mars, pourront fournir une escorte de Vittoria à Burgos; et le régiment provisoire, fort de 400 hommes, que commande le général Lagrange, pourra fournir celle de Vittoria à Aranda.

 

Palais de Saint-Cloud, 26 mars 1808

OBSERVATIONS FAITES DANS LE CONSEIL D’ADMINISTRATION DE L’INTÉRIEUR.

Sont présents les ministres de l’intérieur et de la police générale, les conseillers d’Etat Frochot, préfet de la Seine, et Dubois, préfet de police.

Sa Majesté prescrit les dispositions suivantes :

Aussitôt que les ponts et chaussées auront prononcé sur le mérite des projets qui ont été rédigés pour le canal de navigation de la Villette à la Gare, pour l’aqueduc qui doit mener les eaux au marché des Innocents, pour celui qui doit les conduire à Monceaux , et reconnu que c’est le premier pas qu’il convient de faire pour parvenir à la distribution des eaux dans la capitale, le ministre de l’intérieur présentera ce travail à l’approbation de Sa Majesté.

Le ministre nommera ensuite des commissaires pour faire l’expertise des terrains nécessaires au canal de navigation de la Villette à la Gare, en y comprenant un espace suffisant pour avoir de larges quais et construire de droite et de gauche de belles maisons, qui pourront être vendues par la commune de Paris. Les terrains et bâtiments seront achetés pour une valeur actuelle, et sans avoir égard à la valeur accidentelle que leur donnerait le canal. Les huit chutes d’eau, qui peuvent mettre en mouvement seize usines, seront définitivement affectées à seize moulins, dont l’établissement sera coordonné avec celui des grands magasins qu’on va construire à l’Arsenal.

Les trois ouvrages dont il vient d’être question sont évalués 

1° Le canal de navigation de la Villette à la Gare, non compris l’acquisition des terrains et bâtiments, à deux millions;

2° L’aqueduc de la Villette au marché des Innocents, un million ou 1,100,000 francs;

3° L’aqueduc de la Villette à Monceaux, 1,500,000 francs.

Pour faire ces travaux à la fois, il faudrait cinq ans.

On commencera cette année par l’aqueduc qui doit conduire au marché des Innocents, et dont les travaux seront conduits de manière à ce qu’au mois d’octobre l’eau de la Beuvronne soit rendue à ce marché; mais, pour y parvenir, il faut établir la réserve de la Villette et y conduire la Beuvronne. Ces derniers travaux coûteront 1,100,000 fr.; cette somme sera prise sur les fonds ordinaires du canal de l’Ourcq. La somme d’un million, nécessaire pour l’aqueduc de la Villette aux Innocents, sera prêtée par le ministre de l’intérieur à la commune sur le million de la navigation destiné aux embellissements de Paris. Ce prêt sera fait moyennant un intérêt de 5 pour 100, et aux conditions qui seront réglées par un projet de décret que le ministre doit présenter.

Le 14 octobre prochain, jour anniversaire des batailles d’Ulm et d’Iéna, on célébrera par une fête municipale l’arrivée des eaux du canal de l’Ourcq à Paris.

Les terrains sur lesquels doit passer le canal de navigation de la Villette à la Gare sont estimés, par aperçu, à un million. Les estimations précises seront faites d’ici au mois de septembre; on avisera alors aux moyens de subvenir à cette dépense par un emprunt. Les travaux seront conduits de manière que les démolitions soient terminées au mois de février prochain, et que l’on puisse alors régler, dans des conseils d’administration, les opérations qui seront entreprises à l’ouverture de la campagne.

Les deux projets de communication avec l’Aisne par Soissons seront soumis sans délai au comité des ponts et chaussées. Aussitôt que ce comité aura donné son avis, le projet jugé le meilleur sera présenté à l’approbation de Sa Majesté, et les mesures seront prises pour que les travaux commencent sur-le-champ. On pourra cette année y employer 200,000 francs, qui seront pris sur les deux millions destinés à la navigation des environs de Paris.

Le ministre de l’intérieur donnera des ordres pour que le projet de canal de l’Aisne à la Meuse soit incessamment dressé.

Le ministre de l’intérieur rend compte de divers projets de travaux au sujet desquels Sa Majesté prescrit les dispositions suivantes :

Il sera fait un projet pour placer l’entrepôt des vins à la balle aux vins et dans les terrains environnants. Le ministre présentera mercredi prochain un projet de décret pour ordonner cet établissement, régler les conditions de l’entrepôt et déterminer les précautions à prendre pour assurer les droits de l’octroi municipal.

Le ministre présentera les plans et devis de l’établissement du quai de la Râpée, avec une chaussée et un port pavés, sans plantation d’arbres.

Il fera préparer le projet d’une promenade, aux abords du pont d’Austerlitz.

Le nouveau projet de l’arc de triomphe de l’Étoile, avec une seule porte de 42 pieds, ayant des ouvertures latérales d’une même dimension , et dont la dépense est estimée à 4,500,000 francs y compris les 700,000 francs déjà dépensés, est approuvé, à l’exception des ornements proposés.

Le projet d’une chaussée en face du pont d’Iéna est ajourné jusqu’au moment où ce pont sera terminé.

Le projet par aperçu du palais des Arts sur l’emplacement des chantiers du quai Bonaparte sera présenté de nouveau lorsqu’il aura été plus mûrement examiné et qu’on y aura joint des explications, détails et devis estimatifs.

Il sera présenté incessamment des projets pour l’achèvement des hôpitaux de la Charité, de Saint-Louis et de Saint-Antoine, afin que l’on puisse démolir sans délai la portion de l’Hôtel-Dieu dont l’emplacement est pris pour la prolongation du quai.

Le ministre présentera mercredi prochain le travail des dépôts de mendicité dans l’état où il se trouve.

 

Saint-Cloud, 27 mars 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, faites faire un travail particulier sur les archives de Venise, de Sardaigne et de Gênes. Ces archives doivent être transportées à Paris. On en extrairait tout ce qui serait susceptible d’être publié, tendant à justifier la conduite du gouvernement français depuis Charles VIII. Vous ferez des pièces relatives aux événements qui se sont passés dans ma première campagne d’Italie l’objet d’un recueil particulier.

 

Saint-Cloud, 27 mars 1808

A M. Daru, intendant général de la Grande Armée

Monsieur Daru, le major général m’a remis un rapport du sieur Thevenin, en date du 27 février, qui ne me fait pas connaître la situation réelle de mes équipages. Il y a des voitures qui manquent, d’autres qui ne sont pas couvertes, d’autres en mauvais état. Vous verrez par un décret que j’ai pris quel armement je donne aux bataillons. Vous leur ferez sur-le-champ fournir des carabines de mes magasins, et vous consulterez le général Bourcier sur la manière la plus commode de porter les carabines. Peut-être serait-il plus avantageux qu’elles pussent se porter comme celles des chasseurs, car je ne vois pas pourquoi les conducteurs d’un convoi, pouvant détacher leurs porteurs, ne se réuniraient pas à l’escorte pour défendre leurs voitures. Il sera nécessaire de les exercer aux manoeuvres essentielles de l’infanterie, comme à charger leurs armes, à tirer, et surtout à marcher à pied, afin qu’ils puissent garder leurs convois. Il en résultera un grand avantage pour la sûreté des convois, et de l’honneur pour le corps, qui se trouvera assimilé au train de l’artillerie et à l’armée. Les officiers, même le major inspecteur, peuvent porter la carabine pour donner l’exemple. Je suppose que vous leur avez donné un uniforme général, avec une distinction sur le bouton.

Je désire que les bataillons ne soient point déplacés sans mon ordre. Le 7e était autrefois à Varsovie; aujourd’hui, c’est le 2e. Mettez de côté les harnais et les voitures qui ne valent rien, et occupez-vous de la réorganisation de ces équipages sans faire trop d’éclat. Je vous rends responsable si vous n’avez pas au mois de mai huit fois 140 voitures, c’est-à-dire 1,120, très-bonnes , avec les chevaux harnachés et pouvant faire leur service. Les corps d’armée sont composés de trois et de deux divisions. Il faut attacher aux corps à trois divisions un bataillon. Une compagnie sera affectée à chaque division, et la 4e compagnie sera à la disposition de l’ordonnateur et de l’état-major. Chaque compagnie d’équipages est, je crois, de trente caissons, indépendamment de la prolonge et de la forge; ainsi chaque compagnie pourrait porter trois jours de pain complets, qui, en campagne, peuvent servir quatre et cinq jours. Ajoutez à cela les caissons des corps de la division, qui pourraient en porter pour un jour. Cet état serait satisfaisant. Les corps d’armée à deux divisions, tels que le 5e et le 6e corps, auraient trois compagnies, dont une attachée à chaque division et une à l’état-major; la 4e compagnie restera au bataillon. Voici donc comme je conçois la destination des huit bataillons : 1er corps, un bataillon, puisqu’il a trois divisions; 3e corps, un bataillon ; 4e corps , un bataillon ; 5e corps, trois compagnies; 6e corps , trois compagnies ; corps du prince de Ponte- Corvo, trois compagnies. Cela serait donc le fond de six bataillons. Il resterait pour le quartier général deux bataillons entiers et trois compagnies des bataillons qui ne fourniraient que trois compagnies, en plus de quatre cents caissons. Proposez-moi donc une répartition conforme à ces bases : un bataillon aux corps à trois divisions; trois compagnies aux corps à deux divisions, et une compagnie au quartier général. Vous pouvez laisser les 4e et 5e bataillons en Silésie; il y aurait six compagnies aux corps d’armée et deux au quartier général. Mon intention est que ces caissons soient employés uniquement à porter du pain. Pour porter l’avoine, la paille, le foin, les selles, les hommes éclopés, la cavalerie a plus de moyens que l’infanterie ; ainsi il est inutile d’y penser. Aucun bagage des officiers ni des généraux ne doit être souffert sur ces voitures. Les officiers des équipages en sont responsables, et le major général doit être prévenu s’il y a des ordres à donner à ce sujet, pour qu’il puisse les donner.

Pour les ambulances, j’avais prescrit que les corps devaient se les procurer, et j’avais mis à leur disposition des fonds pour cette dépense. Je n’ai point présent à l’esprit ce que j’ai ordonné là-dessus ; mais il me semble que chaque bataillon doit avoir son caisson. Les régiments ont-ils le nombre de caissons qu’ils doivent avoir ? S’ils ne les ont pas, quel en est le motif ? C’est à vous d’écrire aux commandants et d’exiger que cela soit. S’ils ont touché l’argent, ils doivent avoir leurs caissons ; s’ils ne l’ont pas touché, il faut le leur faire toucher. Je suppose que l’armée, si tout est organisé comme il doit l’être, doit avoir 200 caissons de corps ; il est possible que les caissons des corps destinés aux ambulances et aux emmagasinements ne suffisent pas, et qu’il en faille quatre ou six pour porter les effets de la division. En ce cas, il faut le faire connaître pour avoir le nombre de caissons qui est nécessaire pour porter le pain.

J’attends un rapport de vous sur cela, pour faire exécuter les règlements. Il faut aussi que les ordonnateurs et employés aient leurs caissons; c’est leur affaire.

 

Saint-Cloud, 27 mars 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, faites donner 3,000 francs au sieur Pontévis, et faites-moi un rapport sur lui. Son ouvrage, que j’ai parcouru, contient de bonnes choses.

 

Saint-Cloud, 27 mars 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon fils, vous trouverez ci-joint un ordre du jour. Envoyez-le sur-le-champ au général Lemarois pour qu’il le fasse imprimer dans les journaux de Milan et de Florence. Les gardes du pape doivent être arrêtés. Le général Miollis a mal fait d’ôter nos troupes du pape leur ancienne cocarde, pour faire prendre la nouvelle. Immédiatement après la réception de votre ordre, il pourra leur faire porter la cocarde italienne ou française à leur choix. Recommandez-lui de faire exécuter rigoureusement mon ordre, et de faire passer par les armes tout porteur ou distributeur de cocardes, fut-ce même un cardinal. Le général Miollis a mal fait de faire tirer le canon le jour anniversaire de la naissance du pape, puisqu’il se comporte si mal envers lui; il doit lui rendre mauvais traitement pour mauvais traitement. Que pendant le carême il tienne les troupes en main; et qu’à la moindre émeute il la réprime avec la mitraille : Les bons procédés enhardissent les lâches.

P.-S. Faites arrêter tout individu convaincu de distribuer des cocardes, et retenez-les en prison longtemps. Vous verrez dans le Moniteur de demain qu’une première semence de révolution a eu lieu à Madrid.

 

Saint-Cloud, 27 mars 1808

Au Grand-duc de Berg, Lieutenant de l’Empereur en Espagne

Je reçois votre lettre du 20, par laquelle je vois que vous serez le 23 à Madrid, Je ne dois donc pas tarder à recevoir de là de vos nouvelles. Je ne puis que vous répéter ce que je vous ai déjà mandé, de réunir les corps de Moncey et de Dupont à Madrid. La 3e division de Dupont peut venir à Ségovie. Vous pourrez placer du monde à l’Escurial, mais vous devez faire voir toutes vos forces à Madrid, surtout vos beaux régiments de cuirassiers.

Le maréchal Bessières, qui est à Burgos, doit avoir un corps suffisant de troupes pour pourvoir à tout, puisque les divisions Merle et Verdier doivent s’y trouver à peu près réunies.

Vous devez empêcher qu’il ne soit fait aucun mal ni au Roi, ni à la Reine, ni au prince de la Paix. Si on lui faisait son procès, j’imagine qu’on me consultera. Vous devez dire à M. Beauharnais que je désire qu’il intervienne et que cette affaire soit assoupie. Jusqu’à ce que le nouveau roi soit reconnu par moi, vous devez faire comme si l’ancien roi régnait toujours ; vous devez attendre pour cela mes ordres. Comme je vous l’ai déjà mandé, maintenez à Madrid la police et le bon ordre, empêchez tout armement extraordinaire. Employez à tout cela M. Beauharnais jusqu’à mon arrivée, que vous devez déclarer imminente.

J’approuve fort l’idée de faire camper la meilleure partie de mes troupes. Approvisionnez-vous de biscuit, de vivres, de fourrages pour le plus de temps possible.

J’ai fait partir pour Madrid le sieur Laforest, sans aucun titre. Vous aurez soin de le bien accueillir. C’est un homme de mérite et qui est propre à tout.  Je ne vais pas tarder à partir. J’espère à mon arrivée trouver les corps bien reposés, approvisionnés et en bon état. Le général Duhesme aura à la même époque son corps renforcé de 5 à 6,000 hommes, et Bessières aura également ses deux divisions complètes.

J’ai donné ordre que toute la partie de ma Garde arrivée avec vous à Burgos soit envoyée à Madrid. Elle doit être en route. Organisez vos transports, votre artillerie. Ayez des vivres pour huit jours. Ayez soin de la santé de vos troupes, et reposez-les. Vous dites toujours que vous n’avez pas d’instructions : je ne cesse de vous en donner toutes les fois que je vous dis de tenir vos troupes reposées, de refaire vos vivres, de ne préjuger en rien la question. Il me semble que vous n’avez pas besoin de savoir autre chose.

 

Saint-Cloud, 29 mars 1808

Au Grand-duc de Berg, Lieutenant de l’Empereur en Espagne (voir l’article à ce sujet)

Monsieur le Grand-Duc de Berg, je crains que vous ne me trompiez sur la situation de l’Espagne, et que vous ne vous trompiez vous-même. L’affaire du 20 mars a singulièrement compliqué les événements. Je reste dans une grande perplexité.

Ne croyez pas que vous attaquiez une nation désarmée, et que vous n’ayez que des troupes à montrer pour soumettre l’Espagne. La révolution du 20 mars prouve qu’il y a de l’énergie chez les Espagnols. Vous avez affaire à un peuple neuf; il a tout le courage, et il aura tout l’enthousiasme que l’on rencontre chez des hommes que n’ont point usés les passions politiques.

L’aristocratie et le clergé sont les maîtres de l’Espagne. S’ils craignent pour leurs privilèges et pour leur existence , ils feront   contre nous des levées en masse qui pourront éterniser la guerre. J’ai des partisans; si je me présente en conquérant, je n’en partirai plus.

Le prince de la Paix est détesté, parce qu’on l’accuse d’avoir livré l’Espagne à la France; voilà le grief qui a servi l’usurpation de Ferdinand; le parti populaire est le plus faible.

Le prince des Asturies n’a aucune des qualités qui sont nécessaires au chef d’une nation; cela n’empêchera pas que, pour nous l’opposer, on n’en fasse un héros. Je ne veux pas que l’on use de violence envers les personnages de cette famille; il n’est jamais utile de se rendre odieux et d’enflammer les haines. L’Espagne a plus de 100,000 hommes sous les armes, c’est plus qu’il n’en faut pour soutenir avec avantage une guerre intérieure; divisés sur plusieurs points , ils peuvent servir de noyau au soulèvement total de la monarchie.

Je vous présente l’ensemble des obstacles qui sont inévitables; il en est d’autres que vous sentirez : l’Angleterre ne laissera pas échapper cette occasion de multiplier nos embarras; elle expédie journellement des avisos aux forces qu’elle tient sur les côtes du Portugal et dans la Méditerranée; elle fait des enrôlements de Siciliens et de Portugais.

La famille royale n’ayant point quitté l’Espagne pour aller s’établir aux Indes, il n’y a qu’une révolution qui puisse changer l’état de ce pays : c’est peut-être celui de l’Europe qui y est le moins préparé. Les gens qui voient les vices monstrueux de ce gouvernement et l’anarchie qui a pris la place de l’autorité légale font le plus petit nombre; le plus grand nombre profite de ces vices et de cette anarchie. Dans l’intérêt de mon empire, je puis faire beaucoup de bien à l’Espagne. Quels sont les meilleurs moyens à prendre ?

Irai-je à Madrid ? Exercerai-je l’acte d’un grand protectorat en prononçant entre le père et le fils ? Il me semble difficile de faire régner Charles IV : son gouvernement et son favori sont tellement dépopularisés qu’ils ne se soutiendraient pas trois mois. 

Ferdinand est l’ennemi de la France, c’est pour cela qu’on l’a fait roi. Le placer sur le trône sera servir les factions qui, depuis vingt-cinq ans, veulent l’anéantissement de la France. Une alliance de famille serait un faible lien : la reine Élisabeth et d’autres princesses françaises ont péri misérablement lorsqu’on a pu les immoler impunément à d’atroces vengeances. Je pense qu’il ne faut rien précipiter, qu’il convient de prendre conseil des événements qui vont suivre. Il faudra fortifier les corps d’armée qui se tiendront sur les frontières du Portugal et attendre.

Je n’approuve pas le parti qu’a pris Votre Altesse Impériale de s’emparer aussi précipitamment de Madrid. Il fallait tenir l’armée à dix lieues de la capitale. Vous n’aviez pas l’assurance que le peuple et la magistrature allaient reconnaître Ferdinand sans contestation. Le prince de la Paix doit avoir dans les emplois publics des partisans; il y a, d’ailleurs, un attachement d’habitude au vieux Roi, qui pouvait produire des résultats. Votre entrée à Madrid, en inquiétant les Espagnols, a puissamment servi Ferdinand. J’ai donné ordre à Savary d’aller auprès du nouveau Roi (ainsi au Mémorial; les autres textes imprimés portent : Vieux Roi. En effet, Savary avait été envoyé auprès de Charles IV et non auprès de Ferdinand VII)  voir ce qui s’y passe : il se concertera avec Votre Altesse Impériale. J’aviserai ultérieurement au parti qui sera à prendre; en attendant, voici ce que je juge convenable de vous prescrire :

Vous ne m’engagerez à une entrevue, en Espagne, avec Ferdinand, que si vous jugez la situation des choses telle, que je doive le reconnaître comme roi d’Espagne. Vous userez de bons procédés envers le Roi, la Reine et le prince Godoy. Vous exigerez pour eux et vous leur rendrez les mêmes honneurs qu’autrefois. Vous ferez en sorte que les Espagnols ne puissent pas soupçonner le parti que je prendrai: cela ne vous sera pas difficile, je n’en sais rien moi-même.

Vous ferez entendre à la noblesse et au clergé que , si la France doit intervenir dans les affaires d’Espagne, leurs privilèges et leurs immunités seront respectés. Vous leur direz que l’Empereur désire le perfectionnement des institutions politiques de l’Espagne, pour la mettre en rapport avec l’état de civilisation de l’Europe, pour la soustraire au régime des favoris. Vous direz aux magistrats et aux bourgeois des villes, aux gens éclairés, que l’Espagne a besoin de recréer la machine de son gouvernement; qu’il lui faut des lois qui garantissent les citoyens de l’arbitraire et des usurpations de la féodalité, des institutions qui raniment l’industrie, l’agriculture et les arts; vous leur peindrez l’état de tranquillité et d’aisance dont jouit la France, malgré les guerres où elle est toujours engagée, la splendeur de la religion, qui doit son rétablissement au Concordat que j’ai signé avec le Pape : vous leur démontrerez les avantages qu’ils peuvent tirer d’une régénération politique . L’ordre et la paix dans l’intérieur, la considération et la puissance dans l’extérieur; tel doit être l’esprit de vos discours et de vos écrits. Ne brusquez aucune démarche ; je puis attendre à Bayonne; je puis passer les Pyrénées, et, me fortifiant vers le Portugal, aller conduire la guerre de ce côté.

Je songerai à vos intérêts particuliers, n’y songez pas vous-même. Le Portugal restera à ma disposition. Qu’aucun projet personnel ne vous occupe et ne dirige votre conduite; cela me nuirait et vous nuirait encore plus qu’à moi.

Vous allez trop vite dans vos instructions du 14; la marche que vous prescrivez au général Dupont est trop rapide, à cause de l’événement du 19 mars. Il y a des changements à faire; vous donnerez de nouvelles dispositions. Vous recevrez des instructions de mon ministre des affaires étrangères.

J’ordonne que la discipline soit maintenue de la manière la plus sévère ; point de grâce pour les plus petites fautes. L’on aura pour l’habitant les plus grands égards; l’on respectera principalement les églises et les couvents.

L’armée évitera toute rencontre, soit avec les corps de l’armée espagnole, soit avec des détachements; il ne faut pas que, d’aucun c’ôté, il soit brûlé une amorce.

Laissez Solano dépasser Badajoz ; faites-le observer; donnez vous-même l’indication des marches de mon armée, pour la tenir toujours à une distance de plusieurs lieues des corps espagnols. Si la guerre s’allumait, tout serait perdu.

C’est à la politique et aux négociations qu’il appartient de décider des destinées de l’Espagne. Je vous recommande d’éviter des explications avec Solano, comme avec les autres généraux et les gouverneurs espagnols.

Vous m’enverrez deux estafettes par jour; en cas d’événements majeurs, vous m’expédierez des officiers d’ordonnance; vous me renverrez sur-le-champ le chambellan de Tournon, qui vous porte cette dépêche; vous lui remettrez un rapport détaillé.

 

Saint-Cloud, 29 mars 1808

A M. Gaudin, ministre des finances

Je suis instruit que les Anglais se servent de la méthode suivante pour faire entrer leurs marchandises en Hollande et en France : ils chargent des bâtiments américains de marchandises anglaises , et ils les escortent jusque près des côtes de Hollande; et, là, ces bâtiments entrent, déclarant qu’ils viennent en droite ligne d’Amérique, et qu’ils n’ont rencontré aucun Anglais en mer. Par ce moyen, les corsaires ne peuvent pas les prendre et les autorités locales les reçoivent. Il est nécessaire que vous en écriviez à mes consuls en Hollande pour savoir si c’est vrai , et que vous chargiez le directeur général des douanes de veiller sur ces frauduleuses opérations.

 

Saint-Cloud, 29 mars 1808

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine

Je reçois des lettres de Corfou du 15 mars. L’amiral Ganteaume et Cosmao s’étaient réunis le 12 à Corfou. Ils avaient laissé dans Corfou la flûte, et débarqué la poudre qu’ils avaient à leur bord. La Tactique se trouvait avec l’amiral Ganteaume ; l’amiral était parti de Corfou le 15, et paraissait avoir le projet de se rendre le plus immédiatement possible à Toulon.

Faites passer cette lettre, que j’ai trouvée dans le paquet.

Comme l’amiral était entré à Corfou le 12 , et qu’il n’en est sorti que le 15, je suppose que tout ce qu’il aura emmené avec lui aura débarqué.

Je ne puis que vous réitérer mes ordres pour faire achever promptement un ou deux vaisseaux à Lorient, un à Rochefort et autant à Toulon, le Tonnerre à Brest, de sorte que j’aie là 5 vaisseaux et 4 frégates.

Je suppose que vous aurez donné des ordres pour l’Océan.

Je compte donc que j’aurai à Rochefort 4 vaisseaux, à Lorient, 4; savoir : les 2 qui y sont, Le Polonais et l’Eylau ou le Marengo, et 6 frégates; que j’aurai 2 frégates à Saint-Malo, 2 à Bordeaux, 2 à Nantes, 1 à Cherbourg; que l’Austerlitz et le Donawerth seront mis à l’eau à Toulon; de sorte que je me trouverai à la fin de septembre avec 8 vaisseaux français et 2 frégates hollandaises à Flessingue; 8 vaisseaux hollandais et 2 frégates au Texel; 5 vaisseaux et 4 frégates à Brest; 4 vaisseaux à Lorient et 4 à Rochefort; 8 vaisseaux français à Cadix et 15 espagnols; et à Toulon,  12 vaisseaux, dont 3 à trois ponts; ce qui ferait 41 vaisseaux français, 10 vaisseaux russes, 8 hollandais et 15 espagnols, en tout 74 vaisseaux; ce qui, avec une armée de Bayonne à Cadix, une à Lisbonne, une à Boulogne, une à Brest et une au Texel, peut donner, dans le courant de l’hiver, lieu à des chances sérieuses contre l’Angleterre.

Vos 12 vaisseaux de Toulon peuvent être augmentés du Superbe, à Gênes, et de 2 vaisseaux russes qui sont à l’île d’Elbe. Si nous achetions ces deux vaisseaux, alors j’aurais 15 vaisseaux de guerre à Toulon; et, si je venais à faire sortir cet hiver cette escadre, elle donnerait lieu à des événements importants. Alors les 41 vaisseaux français seraient portés à 43, et, y ajoutant les 2 de Lisbonne, 45.

Je désire que vous fassiez une relation pour le Moniteur de la croisière des deux frégates de la Martinique.

 

Saint-Cloud, 29 mars 1808

Au prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée

Mon Cousin, il est nécessaire que vous envoyiez sur-le-champ, par un courrier extraordinaire, le Moniteur d’aujourd’hui au prince de Ponte-Corvo. Il tiendra ces nouvelles secrètes aussi longtemps qu’il le pourra. Il en causera avec le commandant des troupes espagnoles, et prendra toutes les mesures nécessaires pour que les derniers événements ne produisent aucun mauvais effet sur les soldats. Sans doute, la haine que ces troupes, comme tous les Espagnols, portaient au prince de la Paix, leur rendra cette nouvelle agréable; mais comme on m’assure qu’il y a un parti formé en faveur du roi Charles IV, qui a été forcé de donner sa démission, et qu’il est possible que le prince des Asturies ne soit pas longtemps à la donner aussi, il est nécessaire de dérober le plus longtemps possible à ces troupes la connaissance de ces événements.

 

Saint-Cloud, 29 mars 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, dans la situation actuelle de l’Europe, il faut toujours se tenir en mesure et ne point perdre de vue que, d’un moment à l’autre, on peut avoir besoin de courir aux armes. Cette circonstance m’a porté à appeler la conscription de cette année, qui se lève en ce moment, et qui sera rendue sous les drapeaux au mois de mai. Vos cadres en recevront une augmentation considérable, qui les complétera. Voici l’augmentation que je donnerai à mon armée d’Italie, si jamais elle est dans le cas d’agir.

Le corps du Frioul composerait deux divisions de 12 bataillons chacune. Les 8 bataillons de Vérone et quatre autres bataillons,  qui lui seraient fournis par le Piémont, formeraient la troisième division.

Les 8 bataillons de Toscane, qui seraient portés à 12 par 4 bataillons que lui fournirait également le Piémont, composeraient la quatrième division. La cinquième division serait formée de huit 4e bataillons de l’armée de Dalmatie et de quatre 4e bataillons de Naples. La sixième division serait formée de huit autres 4e bataillons de l’armée de Naples et de quatre bataillons que je retirerais de la même armée de Naples. Vous auriez donc six divisions formant 72 bataillons qui, à 840 hommes chacun, formeraient un effectif de 60,000 hommes. Les 4 régiments de dragons et les 3 régiments de
chasseurs et de hussards qui sont en Italie seraient augmentés de 3 régiments de chasseurs tirés de l’armée de Naples, et présenteraient une force de 9,000 hommes à cheval. Chaque division d’infanterie aurait 152) pièces de canon attelées, ce qui ferait 72 pièces de canon. Chaque régiment de cavalerie aurait 2 pièces, ce qui ferait 92, et 6 pièces au parc, ce qui ferait une artillerie de 98 pièces de canon. Les sapeurs , le train , les canonniers , composeraient environ 4,000 hommes et porteraient votre armée à 72 ou 74,000 Français.

L’armée de Dalmatie qui a un effectif de 26,000 hommes, compléterait votre effectif à 100,000 hommes de troupes françaises. Les troupes italiennes composeraient deux divisions de 18,000 hommes d’infanterie et 2,500 chevaux, de 1,500 hommes d’artillerie; ce qui fera 22 à 24,000 hommes et complétera votre armée à plus de 120,000 hommes effectifs. L’armée italienne aura 36 pièces de canon attelées. Ainsi, sans affaiblir ma Grande Armée ni mes armées d’Espagne, vous pourrez entrer en campagne avec 120,000 hommes effectifs, c’est-à-dire 100,000 hommes présents, ce qui fera la plus belle armée qu’on ait vue en Italie.

J’ai déjà ordonné que les deux divisions du Frioul campassent, cet été, l’une à Udine et l’autre à Osoppo; que celle de Vérone campât à Montechiaro ; que les huit bataillons de l’armée de Dalmatie se réunissent à Trévise et à Padoue. Il faudrait réunir les douze 4e bataillons de l’armée de Naples à Borne et à Ancône. Proposez-moi les mouvements à faire pour cet objet et les dispositions à prendre pour la réunion de l’armée que je viens de vous indiquer, si cela était nécessaire. Vous ne devez envoyer aux nouveaux dépôts que les cadres des dépôts, et n’envoyer avec eux ni armes, ni draps, ni fonds de magasins; sauf aux majors d’envoyer les conscrits joindre les 4e bataillons, où ils trouveront des armes et des habits. J’ai donné ordre cependant que les dépôts qui n’auraient pas reçu leurs draps les reçussent aux nouveaux emplacements de dépôt; pour ceux qui n’auraient qu’une partie au dépôt actuel et qui auraient à en recevoir une autre partie, il faut faire diviser les ouvriers.

 

Saint-Cloud, 29 mars 1808

A Joseph Napoléon, roi de Naples

Je reçois votre lettre du 20 mars avec les dépêches de Corfou du 15. Il me semble que Corfou doit se trouver enfin dans une situation raisonnable. Il devrait y avoir au moins 200 milliers de poudre et une vingtaine de mille quintaux de blé et de farine. Il y avait un grand besoin d’argent.

Faites-moi connaître si l’amiral a emmené avec lui la Ville-de-Paris et quelques bricks italiens, et enfin quelle croisière il a laissée dans l’Adriatique.

Vous avez vu dans le Moniteur d’aujourd’hui les nouvelles d’Espagne. Je n’ai pas encore la nouvelle de l’entrée de mes troupes à Madrid; elles doivent y être du 23, le grand-duc de Berg à leur tête.

Placez mes troupes pendant l’été dans des pays sains, afin qu’elles éprouvent le moins de pertes possible. Faites fortifier le fort de Scilla, car il n’est pas impossible que l’ennemi fasse des efforts pour reprendre ce point. Placez en échelons la division qui défend le pays. Il faut que celui qui commande en Calabre ait son plan fait d’avance pour réunir son monde et se porter promptement au secours de Scilla. Il faut que cette place ait des vivres au moins pour deux mois, un bon commandant, de bonnes batteries qui battent le détroit, et de bonnes fortifications du côté de terre. Il est peut-être fâcheux qu’au moment où vous pouviez tirer quelques services de l’expérience du général Reynier, et de la connaissance qu’il a du terrain, vous lui ayez permis de revenir.

Il faut avouer que l’amiral Ganteaume a été horriblement contrarié par les temps, puisqu’ils lui ont fait perdre une vingtaine de jours pendant lesquels on aurait pu faire tant de choses. Mais cela nous sert toujours de preuves de ce que nous pouvons faire. J’ai dix vaisseaux à Flessingue; j’en ai à Brest; j’ai une nouvelle escadre à Rochefort et à Lorient. Il faudrait me faire connaître d’une manière plus précise comment est fortifié le Phare.

 

Saint-Cloud, 30 mars 1808

DÉCISION

Le vice-amiral Decrès, ministre de la marine, demande si des Français peuvent employer, d’une manière simulée, les pavillons de Hambourg, de Brème et celui des Etats-Unis. Sa Majesté n’autorise plus de simulation de pavillon.

 

Saint-Cloud, 29 mars 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale

Faites arrêter le nommé Favier, ancien procureur, rue Aumaire, n° 23. Faites-le interroger et tenez-le en prison jusqu’à nouvel ordre.

 

Saint-Cloud, 30 mars 1808  

Au Grand-duc de Berg, Lieutenant de l’Empereur en Espagne

Je reçois vos lettres avec celles du roi d’Espagne. Arrachez des mains de ces gens-là le prince de la Paix. Mon intention est qu’il ne lui soit fait aucun mal, et, puisqu’il est à deux lieues de Madrid et presque en votre pouvoir, j’aurais beaucoup de chagrin d’apprendre qu’il lui arrivât du mal.

Le Roi dit qu’il se rendra dans votre camp. J’attends de savoir qu’il y est en sûreté pont vous faire connaître mes intentions.

Vous avez bien fait de ne pas reconnaître le prince des Asturies. Vous devez faire placer le roi Charles IV à l’Escurial, le traiter avec le plus grand respect, déclarer qu’il commande toujours en Espagne jusqu’à ce que j’aie reconnu la révolution.

Je suppose que le prince de la Paix viendra par Bayonne. Je donne des ordres à Bessières en conséquence. Du reste, je vais me rendre à Bayonne.

Dans ces circonstances imprévues, j’approuve fort la conduite que vous avez tenue. Je suppose que vous n’aurez pas laissé périr le prince de la Paix, et que vous n’aurez pas laissé aller le roi Charles à Badajoz. S’il est entre vos mains, il faut dissimuler avec Beauharnais, dire que vous ne pouvez pas reconnaître le prince des Asturies que je ne l’aie reconnu; qu’il faut laisser venir le roi Charles à l’Escurial ; que la première chose que je demanderai en arrivant sera de le voir. Prenez toutes les mesures pour ne point compromettre sa vie. Je vous le répète, ce serait un malheur si vous l’aviez laissé aller à Badajoz. J’espère que la position où vous vous trouvez vous aura donné de bons conseils.

 

Saint-Cloud, 30 mars 1808

Au maréchal Bessières, commandant la Garde impériale en Espagne, etc.

Mon Cousin, je vous recommande, si vous êtes à portée de protéger le roi Charles, la reine et le prince de la Paix, de ne pas manquer de le faire. Il est possible que le prince de la Paix se rende en France; protégez sa marche. Je n’ai à m’en plaindre d’aucune manière; il n’est envoyé en France que pour le sauver. Vous devez le rassurer par tous les moyens. Accueillez avec les plus grands égards le roi Charles IV et la reine, si le grand-duc de Berg les dirigeait de votre côté. Témoignez-leur les plus grandes démonstrations de respect et d’honneur, comme si la révolution n’avait pas eu lieu. Aussi bien je n’ai pas reconnu le prince des Asturies, et le roi Charles IV est toujours roi. Sans entrer dans la question politique, dans les occasions où vous serez obligé dé parler du prince des Asturies, ne l’appelez point Ferdinand VII , éludez la difficulté en appelant ceux qui gouvernent à Madrid « le Gouvernement ». Je vais partir pour Bayonne

 

Saint-Cloud, 31 mars 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Faites faire une note au landammann de la Suisse pour témoigner mon mécontentement de ce que le recrutement des régiments suisses ne marche plus. Voici l’état des hommes qui manquent depuis longtemps ; vous verrez qu’il est de plus de 3,000 hommes. Parlez-en également au ministre de Suisse ici, et recommandez à mon ministre de presser le landammann et les cantons pour que le recrutement soit poussé avec activité.

Faites une note au ministre d’Amérique sur ce qu’un grand nombre de bâtiments américains chargés de denrées coloniales se supposent venant d’Amérique, mais viennent bien réellement de Londres. Tout bâtiment chargé de denrées coloniales doit être confisqué; car l’embargo que les Américains ont mis dans leurs ports donne l’assurance que ces bâtiments ne viennent pas d’Amérique.

 

Saint-Cloud, 31 mars 1808

Au maréchal Davout, chargé du 1er commandement de la Grande Armée, à Varsovie

Mon Cousin, on se plaint en Russie d’une proclamation qui excite à la désertion les Russes. L’empereur a montré cette proclamation à Caulaincourt. Écrivez-en à celui-ci. C’est probablement une proclamation de quelque Polonais. 

La légion polacco-italienne prend le nom de légion de la Vistule. Elle sera à Paris dans quelques jours; je l’ai prise à mon service. Elle sera complétée à 140 hommes par compagnie.

Je vous enverrai, dans le courant de mai, l’ordre de camper; ayez soin de vous y préparer. Je suppose que vous avez des effets de campement. Je suis au mieux avec la Russie, je suis très-bien avec l’Autriche; je ne vois point de probabilités pour la guerre; mais, quand on a une armée, il faut qu’elle soit toujours en mesure.

Le grand-duc de Berg est entré à Madrid le 24 avec les corps du maréchal Moncey et du général Dupont, c’est-à-dire avec plus de 50,000 hommes. Le maréchal Bessières commande un corps à Burgos , et le général Duhesme est à Barcelone. J’occupe toutes les places fortes d’Espagne. Vous aurez vu dans le Moniteur les événements qui se sont passés à Madrid, du 18 au 20; mais le roi Charles a été forcé; il a imploré ma protection. Je vais me rapprocher des Pyrénées.

La conscription marche avec rapidité. J’ai levé 80,000 hommes; il n’y a pas de doute que, dans le courant de l’été, toutes les compagnies seront renforcées de manière à avoir 1,110 hommes devant l’ennemi.

Maintenez le plus possible l’harmonie avec les Russes, et contenez vos Polonais, qui sont des têtes ardentes.

Il ne faut pas que l’on fasse comme on a fait en Bavière, que l’idée de rentrer s’oppose au parfait équipement des troupes.

 

Saint-Cloud, 31 mars 1808

A M. Daru, intendant général de la Grande Armée

Monsieur Daru, je ne conçois pas que la convention passée le ler mars avec le roi de Westphalie ne soit pas encore parvenue aux relations extérieures.

Il est inutile d’acheter des chevaux; la levée n’est pas assez pressée pour cela; en la faisant doucement et insensiblement, on arrivera à mon but.

Je vous ai fait connaître que mon intention était que les onze cents voitures qui sont à la Grande Armée fussent mises en état, neuves ou mises à neuf, attelées de quatre chevaux, avec un charretier pour deux chevaux, et de bons harnais. Je crois vous avoir dit également que j’entendais que les corps eussent leurs caissons d’ambulance, comme je l’ai ordonné avant la dernière campagne, et que les généraux, les ordonnateurs, pas même le major inspecteur, ne disposassent d’aucun de ces caissons. La quantité de chevaux que vous avez donnée à l’artillerie sur les 8,000 que vous avez requis me paraît suffisante, pourvu que l’artillerie la reçoive exactement.

Faites-moi passer la situation de mes magasins au ler mai. Vous n’avez pas sans doute trop désapprovisionné Varsovie et Danzig.

Il ne faudrait pas conclure de ces préparatifs que j’aie la moindre inquiétude sur la durée de la paix; mais l’expérience du passé doit servir de règle; puisqu’on a une armée, il ne faut pas, pour économiser deux ou trois millions, la laisser se désorganiser.

Faites en sorte que tous les corps aient leurs capotes, leurs souliers et leur habillement en bon état. Avant la fin de l’été, ils seront considérablement renforcés; il n’y aura aucune compagnie qui ne soit à 140 hommes. Faites en sorte que les soldats aient leurs marmites et leurs effets de campement, parce que du 1er au 30 mai je vais faire camper toute l’armée par divisions. Cette manière de passer l’été est la plus favorable pour la santé, l’instruction et la discipline des troupes. Entendez-vous avec les généraux Bourcier et Songis pour que l’artillerie et la cavalerie ne manquent de rien.

————–

P. S. Faites passer cette lettre (cette lettre n’a pas été retrouvée) au général Caulaincourt par un courrier extraordinaire.

 

Saint-Cloud, 31 mars 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon fils, vous aurez lu hier dans le Moniteur les nouvelles d’Espagne. J’y ajouterai, pour vous seul, que mes troupes sont rentrées à Madrid le 24; que le roi Charles proteste contre tout ce qui a été fait; il croit sa vie en danger, et a imploré ma patience. Mes troupes sont nombreuses en Espagne, et elles y ont été parfaitement reçues. Je n’ai pas besoin de vous dire que je n’ai pas reconnu le nouveau roi. Le grand-duc de Berg ne l’a pas non plus reconnu. Ils se sont complimentés sans se voir, ne pouvant le saluer comme roi qu’autant que je l’aurais reconnu. Il serait très-possible que je partisse d’un moment à l’autre (Propre main) Madrid. Cela est pour votre gouverne et pour vous seul.

 

….. , mars 1808 (sans autre date à la minute)

NOTES POUR LE VICE-AMIRAL DECRÈS, MINISTRE DE LA MARINE.

La flottille de Boulogne est trop considérable. Il est constant qu’elle ne pourrait sortir de la rade toute ensemble. Ce projet de centraliser ne serait bon que s’il y avait une belle et bonne rade. Dans cette situation de choses, il faut prendre une place plus vaste.

1° L’expédition du Texel doit être réorganisée comme elle l’était du temps du général Marmont, et capable de porter 15,000 hommes et sur de gros transports.

2° Une seconde expédition doit être réunie à Flessingue. Elle doit être escortée par les 8 vaisseaux de guerre que j’y ai; elle doit pouvoir porter 20,000 hommes. Arrivé le mois de novembre, où le climat est bon, on formerait un camp à Flessingue; et, à tous moments, cette escadre, composée de 10 vaisseaux (on pourrait, d’ici en novembre, en réunir 2 autres) et d’une quarantaine de transports, serait prête à mettre à la voile. Je pense qu’il faut d’abord réunir à Flessingue toute la flottille batave. Les chaloupes canonnières seraient utiles au jeu de nos vaisseaux. On pourrait y réunir aussi les transports, qui, jusqu’à cette heure, étaient réunis à Calais, de sorte que les 20 ou 25,000 hommes puissent être facilement transportés de Flessingue en Hollande.

3° Le camp de Boulogne sera organisé de manière que 80,000 hommes puissent débarquer sur la côte.

L’escadre de Flessingue sera d’ailleurs renforcée toute l’année.

Les difficultés à ce système sont : trouver des matelots pour l’armement des 10 vaisseaux et des 30 ou 40 transports. Il faut pour cela faire des levées à Hambourg , Brème, Lubeck et en Danemark.

On peut avoir très-bien 10 vaisseaux à Flessingue, au mois de novembre, qui porteront 6,000 hommes. Il faut se procurer 20 grosses flûtes portant chacune 1,000 hommes; ce qui fera plus de 26,000 hommes. Il faut ensuite toute la flottille batave, chaloupes canonnières, tant pour faciliter le débarquement que pour donner le change aux Anglais sur la véritable destination, car il est évident pour les Anglais que les chaloupes canonnières ne pourront être destinées que pour la côte d’Angleterre. Les chaloupes canonnières seraient d’ailleurs utiles pour tout le mouvement de la côte et la protection de l’escadre.

Il faudrait donc que les Anglais eussent tout l’été une flottille contre cette flottille et une escadre contre l’escadre, genre de guerre qui les occupera beaucoup.

En même temps, j’aurai à Corfou, à Tarente et Naples, des préparatifs pour une expédition de Sicile ou d’Égypte.

J’aurai à Cadix une expédition préparée.

Je puis, au mois de novembre, en supposant que tout réussisse, avoir 16 vaisseaux français et 8 espagnols dans le port de Toulon. Je les ferai partir comme pour la Sicile, et je les enverrai devant Cadix où ils se réuniront à 8 vaisseaux français et à 8 espagnols que j’aurai là; ce qui me fera 26 vaisseaux français, ou du moins 24, et 12 espagnols; total, 36 vaisseaux. Ou je les conduirai devant Lisbonne, où ils se rallieront à 2 vaisseaux français et 10 vaisseaux russes; ou, s’il n’y a rien à gagner à cette opération, je les ferai emmancher, soit pour venir devant Boulogne, soit pour entrer à Cherbourg, soit pour venir à Flessingue.

Il sera si évident qu’on en veut à la Sicile et à l’Égypte, les opérations qui se feront à Constantinople l’indiqueront tellement, que les Anglais ne pourront pas s’y tromper.