Correspondance de Napoléon Ier – Décembre 1812

Lettre autographe de Napoléon à Marie-Louise

Illia, 1er décembre 1812

Mon Amie, je recevrai, j’espère demain, les 20 estafettes qui me manquent, où j’aurai des nouvelles de toi, ce qui me tarde fort. J’espère que tu n’auras pas été si longtemps sans avoir de mes nouvelles, je t’ai écrit par des exprès. Le temps est très froid, ma santé est fort bonne. Soies gaie et constante. Tes souhaits se rempliront plus tôt que tu ne penses. Donne deux baisers à mon fils, et ne doute jamais des tendres sentiments de ton fidèle époux.

 

Selitché, 2 décembre 1812.

INSTRUCTION POUR M. DE MONTESQUIOU, CHEF D’ESCADRON, AIDE DE CAMP DU PRINCE DE NEUCHATEL, A SELITCHE.

M. de Montesquiou partira sur-le-champ pour se rendre à Paris. Il remettra la lettre ci-jointe à l’Impératrice. Il verra à son passage à Vilna le duc de Bassano pour lui faire connaître la nécessité de prendre des mesures pour arrêter les isolés en les nourrissant, et surtout d’avoir une grande quantité de vivres, pain, viande et eau-de-vie, afin de faire succéder dans l’armée l’abondance à la misère où elle est aujourd’hui. Il annoncera partout l’arrivée de 10,000 prisonniers russes et la victoire remportée sur la Berezina, dans laquelle on a fait 6,000 prisonniers russes et pris 8 drapeaux et douze pièces de canon. Il l’annoncera aussi à Kovno, à Königsberg, à Berlin chez M. de Saint-Marsan, et fera mettre partout dans les gazettes : « M. de Montesquiou, aide de camp du prince de Neuchâtel, est passé portant la nouvelle de la victoire de la Berezina , remportée par l’Empereur sur les armées réunies de l’amiral Tchitchakof et du général Wittgenstein ; il porte à Paris 8 drapeaux pris aux Russes dans cette bataille, où on leur a fait 6,000 prisonniers et pris douze pièces de canon. Au départ de cet officier, l’Empereur Napoléon était à Vilna très-bien portant. »

M. de Montesquiou aura soin que cet article soit mis dans le journal de Mayence. Le duc de Bassano le fera mettre ensuite dans les journaux de Vilna, et écrira dans ce sens à Vienne. M. de Montesquiou ira aussi vite que possible, afin de contredire partout les faux bruits qui auraient été répandus. Il racontera que ces deux corps (de l’amiral Tchitchakof et du général Wittgenstein), avaient voulu couper l’armée, mais qu’elle leur a marché sur le ventre, qu’elle est arrivée à Vilna, où elle trouve de nombreux magasins qui l’auront bientôt remise des souffrances qu’elle a éprouvées.

Arrivé à Paris, il sera à même de donner à l’Impératrice des détails sur la bonne santé de l’Empereur et sur l’état de l’armée. Il y attendra de nouveaux ordres.

 

Molodetschno, 3 décembre 1812.

Ma bonne Amie

Je t’ai envoyé hier Anatole Montesquiou qui te donnera des nouvelles de ce pays-ci. J’ai pensé que tu serais bien aise de voir quelqu’un que tu peux entretenir de ce qui t’intéresse. Voilà le courrier régulier des estafettes qui va partir dans une heure. Je répondrai à 20 de tes lettres, car j’attends dans une heure 20 estafettes. Adio, moi ben. Ton Napoléon.

 

Molodetschno, 3 décembre 1812.

29e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE.

Jusqu’au 6 novembre le temps a été parfait, et le mouvement de l’armée s’est exécuté avec le plus grand succès. Le froid a commencé le 7; dès ce moment, chaque nuit nous avons perdu plusieurs cen­taines de chevaux, qui mouraient au bivouac. Arrivés à Smolensk, nous avions déjà perdu bien des chevaux de cavalerie et d’artillerie. L’armée russe de Volhynie était opposée à notre droite. Notre droite quitta la ligne d’opération de Minsk, et prit pour pivot de ses opéra­tions la ligne de Varsovie. L’Empereur apprit à Smolensk, le 9, ce changement de ligne d’opération, et présuma ce que ferait l’ennemi. Quelque dur qu’il lui parût de se mettre en mouvement dans une si cruelle saison, le nouvel état des choses le nécessitait. Il espérait arriver à Minsk, ou du moins sur la Berezina, avant l’ennemi; il partit le 13 de Smolensk; le 16 il coucha à Krasnoï. Le froid, qui avait commencé le 7, s’accrut subitement, et du 14 au 15 et juin 16 le thermomètre marqua 16 et 18 degrés au-dessous de glace. Les che­mins furent couverts de verglas ; les chevaux de cavalerie, d’artillerie, de train, périssaient toutes les nuits, non par centaines, mais par milliers, surtout les chevaux de France et d’Allemagne. Plus de 30,000 chevaux périrent en peu de jours; notre cavalerie se trouva toute à pied; notre artillerie et nos transports se trouvaient sans attelages. Il fallut abandonner et détruire une bonne partie de nos pièces et de nos munitions de guerre et de bouche.

Cette armée, si belle le 6, était bien différente dès le 1, presque sans cavalerie, sans artillerie, sans transports. Sans cavalerie, nous ne pouvions pas nous éclairer à un quart de lieue; cependant, sans artillerie, nous ne pouvions pas risquer une bataille et attendre de pied ferme; il fallait marcher pour ne pas être contraints à une ba­taille, que le défaut de munitions nous empêchait de désirer; il fallait occuper un certain espace pour ne pas être tournés, et cela sans cavalerie qui éclairât et liât les colonnes. Cette difficulté, jointe à un froid excessif subitement venu, rendit notre situation fâcheuse. Des hommes que la nature n’a pas trempés assez fortement pour être au-dessus de toutes les chances du sort et de la fortune, parurent ébranlés, perdirent leur gaieté, leur bonne humeur, et ne rêvèrent que malheurs et catastrophes; ceux qu’elle a créés supérieurs à tout conservèrent leur gaieté et leurs manières ordinaires, et virent une nouvelle gloire dans des difficultés différentes à surmonter. L’ennemi, qui voyait sur les chemins les traces de cette affreuse calamité qui frappait l’armée française, chercha à en profiter. Il enveloppait toutes les colonnes par ses Cosaques, qui enlevaient, comme les Arabes dans les déserts, les trains et les voitures qui s’écartaient. Cette méprisable cavalerie, qui ne fait que du bruit et n’est pas capable d’enfoncer une compagnie de voltigeurs, se rendit redoutable à la faveur des circonstances. Cependant l’ennemi eut à se repentir de toutes les tentatives sérieuses qu’il voulut entreprendre; il fut culbuté par le vice-roi, au-devant duquel il s’était placé, et il y perdit beaucoup de monde.

Le duc d’Elchingen, qui avec 3,000 hommes faisait l’arrière-garde, avait fait sauter les remparts de Smolensk. Il fut cerné et se trouva dans une position critique; il s’en tira avec cette intrépidité qui le distingue. Après avoir tenu l’ennemi éloigné de lui pendant toute la journée du 18 et l’avoir constamment repoussé, à la nuit il fit un mouvement par le flanc droit, passa le Borysthène et déjoua tous les calculs de l’ennemi. Le 19, l’armée passa le Borysthène à Orcha, et l’armée russe, fatiguée, ayant perdu beaucoup de monde, cessa là ses tentatives.

L’armée de Volhynie s’était portée, dès le 16, sur Minsk et mar­chait sur Borisof. Le général Dombrowski défendit la tête de pont de Borisof avec 3,000 hommes. Le 23, il fut forcé et obligé d’évacuer cette position. L’ennemi passa alors la Bérézina, marchant sur Bobr; la division Lambert faisait l’avant-garde. Le 2e corps, commandé par le duc de Reggio, qui était à Tchareya, avait reçu l’ordre de se porter sur Borisof pour assurer à l’armée le passage de la Berezina. Le 24, le duc de Reggio rencontra la division Lambert à quatre lieues de Borisof, l’attaqua, la battit, lui fit 2,000 prisonniers, lui prit six pièces de canon, 500 voitures de bagages de l’armée de Volhynie, et rejeta l’ennemi sur la rive droite de la Berezina. Le général Berkheim, avec le 4e de cuirassiers, se distingua par une belle charge. L’ennemi ne trouva son salut qu’en brûlant le pont, qui a plus de 300 toises. Cependant l’ennemi occupait tous les passages de la Berezina : cette rivière est large de 40 toises ; elle charriait assez de glaces, et ses bords sont couverts de marais de 300 toises de long, ce qui la rend un obstacle difficile à franchir. Le général ennemi avait placé ses quatre divisions dans différents débouchés où il présumait que l’armée française voudrait passer.

Le 26, à la pointe du jour, l’Empereur, après avoir trompé l’ennemi par divers mouvements faits dans la journée du 25, se porta sur le village de Stoudienka, et fit aussitôt, malgré une division ennemie et en sa présence, jeter deux ponts sur la rivière. Le duc de Reggio passa, attaqua l’ennemi et le mena battant deux heures ; l’en­nemi se retira sur la tête de pont de Borisof. Le général Legrand, officier du premier mérite, fut blessé grièvement, mais non dangereusement. Toute la journée du 26 et du 27 l’armée passa.

Le duc de Bellune, commandant le 9e corps, avait reçu ordre de suivre le mouvement du duc de Reggio, de faire l’arrière-garde et de contenir l’armée russe de la Dvina qui le suivait. La division Partouneaux faisait l’arrière-garde de ce corps. Le 27, à midi, le duc de Bellune arriva avec deux divisions au pont de Stoudienka.

La division Partouneaux partit à la nuit de Borisof. Une brigade de cette division, qui formait l’arrière-garde et qui était chargée de brûler les ponts, partit à sept heures du soir; elle arriva entre dix et onze heures ; elle chercha sa première brigade et son général de divi­sion, qui étaient partis deux heures avant et qu’elle n’avait pas rencontrés en route. Ses recherches furent vaines : on conçut alors des inquiétudes. Tout ce qu’on a pu connaître depuis, c’est que cette première brigade, partie à cinq heures, s’est égarée à six, a pris à droite au lieu de prendre à gauche, et a fait deux ou trois lieues dans cette direction; que, dans la nuit et transie de froid, elle s’est ralliée aux feux de l’ennemi, qu’elle a pris pour ceux de l’armée fran­çaise; entourée ainsi, elle aura été enlevée. Cette cruelle méprise doit nous avoir fait perdre 2,000 hommes d’infanterie, 300 chevaux et trois pièces d’artillerie. Des bruits couraient que le général de division n’était pas avec sa colonne et avait marché isolément.

Toute l’armée ayant passé le 28 au matin, le duc de Bellune gar­dait la tête de pont sur la rive gauche; le duc de Reggio, et derrière lui toute l’armée, était sur la rive droite.

Borisof ayant été évacué, les armées de la Dvina et de Volhynie communiquèrent; elles concertèrent une attaque. Le 28, à la pointe do jour, le duc de Reggio fit prévenir l’Empereur qu’il était attaqué; une demi-heure après, le duc de Bellune le fut sur la rive gauche; l’armée prit les armes. Le duc d’Elchingen se porta à la suite du duc de Reggio, et le duc de Trévise derrière le duc d’Elchingen. Le combat devint vif : l’ennemi voulut déborder notre droite. Le général Doumerc, commandant la 5e division de cuirassiers, et qui faisait partie du 2e corps resté sur la Dvina, ordonna une charge de cava­lerie aux 4e et 5e régiments de cuirassiers, au moment où la légion de la Vistule s’engageait dans des bois pour percer le centre de l’en­nemi, qui fut culbuté et mis en déroute. Ces braves cuirassiers enfon­cèrent successivement six carrés d’infanterie, et mirent en déroute la cavalerie ennemie qui venait au secours de son infanterie : 6,000 pri­sonniers, deux drapeaux et six pièces de canon tombèrent en notre pouvoir.

De son côté, le duc de Bellune fit charger vigoureusement l’en­nemi, le battit, lui fit 5 à 600 prisonniers, et le tint hors la portée du canon du pont. Le général Fournier fit une belle charge de cavalerie.

Dans le combat de la Berezina, l’armée de Volhynie a beaucoup souffert. Le duc de Reggio a été blessé; sa blessure n’est pas dange­reuse : c’est une balle qu’il a reçue dans le côté.

Le lendemain 29, nous restâmes sur le champ de bataille. Nous avions à choisir entre deux routes, celle de Minsk et celle de Vilna. La route de Minsk passe au milieu d’une forêt et de marais incultes, et il eût été impossible à l’armée de s’y nourrir. La route de Vilna, au contraire, passe dans de très-bons pays. L’armée, sans cavalerie, faible en munitions, horriblement fatiguée de cinquante jours de marche, traînant à sa suite ses malades et les blessés de tant de combats, avait besoin d’arriver à ses magasins. Le 30, le quartier général fut à Plechtchennitsy; le 1er décembre, à Staïki; et le 3, à Molodetchna, où l’armée a reçu ses premiers convois de Vilna.

Tous les officiers et soldats blessés, et tout ce qui est embarras, bagages, etc., ont été dirigés sur Vilna.

Dire que l’armée a besoin de rétablir sa discipline, de se refaire, de remonter sa cavalerie, son artillerie et son matériel, c’est le résultat de l’exposé qui vient d’être fait. Le repos est son premier besoin. Le matériel et les chevaux arrivent. Le général Bourcier a déjà plus de 20,000 chevaux de remonte dans différents dépôts. L’artillerie a déjà réparé ses pertes. Les généraux, les officiers et les soldats ont beaucoup souffert de la fatigue et de la disette. Beaucoup ont perdu leurs bagages par suite de la perte de leurs chevaux; quelques-uns par le fait des embuscades des Cosaques. Les Cosaques ont pris nombre d’hommes isolés, d’ingénieurs géographes qui levaient des positions, et d’officiers blessés qui marchaient sans précaution, préférant courir des risques plutôt que de marcher posément et dans des convois.

Les rapports des officiers généraux commandant les corps feront connaître les officiers et soldats qui se sont le plus distingués, et les détails de tous ces mémorables événements.

Dans tous ces mouvements, l’Empereur a toujours marché au milieu de sa Garde, la cavalerie commandée par le maréchal duc d’Istrie, et l’infanterie commandée par le duc de Danzig. Sa Majesté a été satisfaite du bon esprit que sa Garde a montré : elle a toujours été prête à se porter partout où les circonstances l’auraient exigé; mais les circonstances ont toujours été telles que sa simple présence a suffi et qu’elle n’a pas été dans le cas de donner.

Le prince de Neuchâtel, le grand maréchal, le grand écuyer, et tous les aides de camp et les officiers militaires de la Maison de l’Em­pereur ont toujours accompagné Sa Majesté.

Notre cavalerie était tellement démontée que l’on a dû réunir les officiers auxquels il restait un cheval pour en former quatre compagnies de 150 hommes chacune. Les généraux y faisaient les fonctions de capitaines, et les colonels celles de sous-officiers. Cet esca­dron sacré, commandé par le général Grouchy, et sous les ordres du roi de Naples, ne perdait pas de vue l’Empereur dans tous les mouvements.

La santé de Sa Majesté n’a jamais été meilleure.

 

Molodetchna, 3 décembre 1812.

Au prince de Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris.

Mon Cousin, les bulletins et Anatole Montesquiou, que je vous ai envoyé à Paris, vous auront donné des nouvelles de ce pays-ci. Ma santé est fort bonne. Le froid est très-considérable. Je trouve l’armée bien fatiguée. J’attends dans la journée vingt estafettes, qui ont été retenues de peur qu’elles ne tombassent dans les mains de l’ennemi. Je vous écrirai d’un moment à l’autre fort en détail.

 

Molodetchna, 3 décembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, vous avez vu Montesquiou, qui est parti d’ici aujourd’hui à la pointe du jour. Je l’envoie à Paris. Nous sommes horriblement fatigués, bien affamés. Dirigez à notre rencontre du pain, de la viande et de l’eau-de-vie. J’ai 100,000 hommes isolés qui cherchent à vivre et ne sont plus aux drapeaux, ce qui nous fait courir d’horribles dangers. Ma vieille Garde seule est réunie, mais la faim la gagne aussi. Mes gros bagages sont partis cette nuit pour Vilna. Tenez-vous prêt à venir à ma rencontre à Ochmiana. Recom­mandez à l’ordonnateur qui est à Vilna de correspondre exactement avec le comte Daru, qui fait les fonctions d’intendant. Nous garderons Vilna si nous avons des vivres en abondance et si Schwarzenberg manœuvre dans le sens de l’armée. Ayez bon langage; ne laissez rien transpirer. Dix jours de repos et des vivres en abondance remettront la subordination.

Que le gouverneur reste à Vilna, où il est nécessaire; qu’il réunisse tous les isolés par corps d’armée, et dans des couvents, et les nour­risse bien à ration complète de pain, viande et eau-de-vie; qu’il fasse arrêter les isolés et les empêche de passer Vilna; qu’il condamne à mort tout soldat trouvé avoir abandonné son drapeau et dépassé Vilna.

J’ai besoin de savoir ce qu’il y a en vivres à Vilna et Kovno, ainsi qu’en effets d’habillement et en munitions de guerre. A-t-on fortifié Kovno ? Qu’a-t-on fait ? Le camp retranché de Vilna est-il fini ? En quoi consiste-t-il ? S’il fallait évacuer Vilna et Kovno, que faudrait-il détruire ? Que pourrait-on emporter ? Quels moyens de transport a-t-on ?

NOTE SUR UN RAPPORT DU DUC DE BASSANO.

Sire, en même temps que je m’occupais de contribuer, autant qu’il était en moi, à l’exécution des ordres de Votre Majesté pour accélérer et multi­plier les achats des chevaux, je pensais à une ressource extraordinaire que le pays pourrait offrir, afin de couvrir pendant l’hiver les cantonnements contre l’incursion des Cosaques. Cette ressource me paraissait pouvoir se trouver dans la levée de la petite noblesse, qui, par les lois du pays, est tenue à un service personnel à cheval.

Les membres les plus éclairés du gouvernement, que j’ai consultés secrète­ment, ont adopté avec empressement cette ouverture. Ils se sont occupés de préparer le travail en cherchant à concilier le respect qu’il faut avoir pour les usages, afin de réussir, et le bon ordre à établir dans les levées et dans leur  emploi, ils m’ont remis hier leur travail définitif. J’ai prévenu aujour­d’hui le gouverneur général de ce pays, et il préside dans ce moment une séance où il va être adopté. Cette détermination sera encore tenue secrète jusqu’au moment où elle aura obtenu l’approbation de Votre Majesté.

Le nombre des nobles en Lituanie est reconnu s’élever à 99,000. Le tiers seulement pourrait être appelé ; sur ce tiers, la moitié serait rendue active et mobile, l’autre moitié formerait une réserve. Ces deux moitiés constitueraient le premier et le second ban de la noblesse. Chaque homme appelé serait tenu de se présenter au service avec un cheval, une lance et un sabre. Ceux qui auraient des armes à feu seraient placés au premier rang et recevraient du plomb et de la poudre.

La répartition qui résulte du travail et des réserves qui ont été faits donne pour le premier ban, c’est-à-dire pour le service actif :

Dans le gouvernement de Vilna, 7,300 hommes; de Grodno, 1,900; de Bialystok, 2,200; de Minsk, 4,500; total, 15,800 hommes. La réserve donne un nombre égal.

Mais il y a des déductions à faire pour les parties de Vilna et de Minsk, qui sont occupées par l’ennemi; on croit toutefois pouvoir compter sur 8 ou 9, ou même 10,000 hommes montés et armés.

Le règlement, où les formes polonaises ont dû être observées, déter­mine l’organisation, le mode et la nature du service. Il me paraît pouvoir promettre quelques succès, et, tel qu’il est, sa publicité pourrait être d’un bon effet sur l’opinion. Je l’enverrai incessamment à Votre Majesté, et il ne serait pas impossible, à l’ouverture de la campagne, de faire sortir du premier ban quelques régiments d’infanterie légère, composés d’hommes un peu disciplinés et en état de servir à l’armée.

Je suis, etc.

Le duc de Bassano.

 

Vilna, 1er décembre 1812.

Molodetchna, 3 décembre 1812.

Il est ridicule de me demander mon approbation sur cette mesure. Les gens du pays devaient la prendre dès les premiers jours. Mieux vaut tard que jamais.

 

Molodetchna, 3 décembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je reçois votre lettre dans laquelle vous me proposez 15,000 hommes de cavalerie légère polonaise à opposer aux Cosaques. Il est absurde que, depuis six mois que je suis dans ce pays, ce ne soit qu’aujourd’hui qu’on me propose cette mesure; ce devait être huit jours après mon entrée en Pologne. Les Cosaques n’auraient pas ravagé le pays ; ces hommes auraient maintenu mes communications de Moscou à Vilna et ménagé ma cavalerie. Mais je suppose que tout cela est une illusion et que vous n’aurez pas 500 hommes. À quoi bon mon avis là-dessus ? À quoi bon m’envoyer des projets ? Il est bien évident que, si je puis avoir 30 à 40,000 hom­mes à cheval battant les Cosaques, je ne puis les refuser. Mais je crains bien que cette mesure ne soit trop tardive. Elle ne devait pas être prise seulement dans la Lithuanie, mais elle devait l’être aussi dans le grand-duché de Varsovie. L’acte d’une confédération veut dire que toute la noblesse monte à cheval ; au lieu de cela, personne n’a bougé. J’ai été fort mal secondé par la Lithuanie et par le duché de Varsovie, ou plutôt je n’ai pas été secondé du tout, ni par le gou­vernement ni par le pays.

L’armée va bientôt s’appuyer sur Vilna; il faut 120,000 rations de pain par jour, c’est un sine qua non. Qu’on en envoie à Ochmiana. Mais, si toutes ces ressources ne sont pas plus réelles que celles de Smorgoni, nous ne continuerons pas moins à mourir de faim.

Vous proposez de faire filer de Vilna 100 à 150,000 rations de biscuit sur Smorgoni; mais cela ne fait que la nourriture d’un jour, et je pense que le gouvernement sait que les hommes mangent tous les jours.

 

Molodetchna, 3 décembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, enfin on m’annonce l’estafette dans une demi-heure, et, en attendant, je reçois vos lettres du 1er dé­cembre ; j’y vois l’état de l’artillerie bien détaillé, mais je n’y vois pas du tout l’état des vivres qui sont à Vilna.

Je crains que les mesures que prend le gouvernement ne soient trop tardives, et que les résultats n’en soient funestes pour cette ville et la Lithuanie. Par les rapports que nous avons de Smorgoni, il n’y a pas le quart de ce que vous nous présentez. Vous ne me dites pas ce qui est à Vilna ; je vois bien qu’il y a 500,000 rations de biscuit, probablement du biscuit de Kovno; mais je ne vois pas la quantité de blé, farine, eau-de-vie, viande, qui s’y trouve. L’armée meurt de faim, c’est 100 ou 120,000 rations qu’il faut, par jour, de viande et d’eau-de-vie. Ainsi, seulement pour un mois, il faudrait avoir 60 à 80,000 quintaux de farine assurés à Vilna, le double de blé et une grande quantité de bœufs. Le gouvernement n’a voulu rien faire; il se remue actuellement; Dieu veuille qu’il ne soit pas trop tard !

 

Molodetchna, 3 décembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, j’ai reçu votre lettre du 2 décembre. Je ne vois dans le Moniteur rien de bien important sur les affaires d’Espagne. La résistance du château de Burgos est une belle affaire militaire, mais qui ne prouve autre chose si ce n’est que les places ne se prennent pas sans artillerie de siège. Lord Wellington s’en est allé pour opérer contre l’armée d’Andalousie. Si nous perdions une bataille de ce côté, les affaires de ce pays deviendraient une crise sérieuse. Si la nouvelle de la bataille de Hill sur le Tage est constatée, ce serait une grande et heureuse nouvelle; mais cette nouvelle ne mérite aucune croyance. Il est impossible de penser que les Anglais aient perdu le jugement au point de livrer bataille au duc de Dalmatie avant d’être réunis, surtout dans l’état de faiblesse où les maladies et les pertes de la guerre les ont réduits.

Je désire que vous veniez à ma rencontre à Smorgoni. Faites placer en conséquence des relais et des escortes pour trois voitures entre Vilna et Smorgoni. Faites donner l’ordre au régiment de marche qui est parti de Königsberg de séjourner à Kovno jusqu’à nouvel ordre.

Faites partir les ministres d’Amérique, de Prusse, et tous les autres ministres pour Varsovie, où vous annoncerez que vous allez vous-même vous rendre.

C’est aujourd’hui le 4; vous recevrez cette lettre dans la nuit; je vous attends le 5 au soir à Smorgoni. Apportez tous les documents sur les vivres, habillement, trésor, armes, qui se trouvent à Vilna et Kovno, ainsi que tout ce qui est relatif aux chevaux.

 

Molodetchna, 4 décembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez à Varsovie que je suis peu satisfait de la confédération, qui n’a rien fait; elle n’a pas même fait ce que les Polonais de la Podolie, de la Volhynie et de l’Ukraine ont fait pour la Russie , ils ont levé 5 à 6,000 Cosaques; et ceux-ci, qui pouvaient me donner 50 à 60,000 hommes par leur levée en masse, puisque confédération veut dire noblesse armée, n’ont rien fait du tout que des phrases. L’ambassadeur de Pradt n’a déployé aucun talent ni le moindre sens commun. Il n’y a actuellement presque pas de Russes en Volhynie et en Ukraine; si la confédération était bonne à quelque chose, tout ce pays serait sous les armes. Ils ont manqué une belle occasion, celle où toute l’armée de l’amiral Tchitchakof s’était portée sur Minsk. Il faut savoir sur quoi l’on peut compter de ce côté. Ce qui reste de l’armée du Grand-Duché va se porter sur Olitta afin de se réorganiser. Il n’y a presque plus per­sonne, ni infanterie, ni cavalerie. Quant à la Lithuanie, ils ne m’ont été d’aucune utilité. Je leur avais fait venir une grande quantité d’armes; ils ne savent pas encore s’en servir, au point qu’ils ne sont pas à l’abri des incursions de 30 Cosaques.

 

Molodetchna, 4 décembre 1812

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, la question d’établir les quartiers d’hiver autour de Vilna ou de l’évacuer dépend d’abord de celle des subsistances, comme je vous l’ai déjà mandé. Si par suite de l’impré­voyance du gouvernement on n’a pas les moyens nécessaires, toutes les mesures qu’on prendra sont désormais insuffisantes. Dans les circonstances actuelles, le soldat ne murmure pas, ne se plaint pas; mais du moment que sa distribution n’est pas complète, il quitte le drapeau et court la campagne. Avec des distributions complètes, il faudra même de l’énergie pour rétablir la discipline. Aucune puis­sance n’y peut plus rien, et il faudra aller chercher des magasins et le pays qui peut en fournir.

Il faut arrêter le mouvement de la 34e division à Ochmiana. Si elle est partie, comment la nourrir ? Elle va se débander comme le reste de l’armée. Les magasins de Smorgoni sont peu de chose. On m’as­sure qu’il y a aussi très-peu de ressources à Ochmiana. L’armée, fatiguée et exténuée de misère, est à bout. Rien ne lui est plus possible, pas même s’il s’agissait de défendre Paris, si au préalable le ventre n’est rempli et les distributions régulières. Ce n’est même pas de la farine qu’il faut désormais, c’est du pain ou du biscuit. Il doit y avoir à Vilna des fours pour en faire 60 à 80,000 rations par jour. Si les subsistances ne sont pas assurées, non-seulement on ne peut pas garder Vilna, mais même j’ai tout à craindre que le mécontente­ment de l’armée ne la porte à tous les excès imaginables, sans qu’on puisse les empêcher. Je crois vous avoir déjà mandé tout cela. Si les subsistances ne peuvent pas être assurées à Vilna, il est nécessaire de s’occuper de l’évacuer, en commençant par le trésor. Nous avons ici 3 à 4 millions. On m’assure qu’il y en a le double à Vilna; faites-les filer sur Danzig.

 

Benitsa, 5 décembre 1812.

[1]Cette lettre et les quatre lettres suivantes sont écrites entièrement de la main de l’Empereur.

Au prince de Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris.

Mon Cousin, le bulletin vous aura mis au fait de notre position et de ce qui s’est passé. Votre inquiétude doit avoir été vive. Je reçois toutes vos lettres jusqu’à celle du 24 novembre. Le froid est ici très-grand, ma santé parfaite.

Les querelles des ministres de la police et de la guerre sont ridi­cules (L’Empereur fait ici allusion aux discussions qui s’élevèrent entre le ministre de la guerre et le ministre de la police à l’occasion de l’affaire Malet.) ; je crains que le ministre de la police n’ait tort. Pourquoi en veut-il à l’état-major, qui a tout sauvé ? Cela est injuste.

Vous aurez bientôt de mes nouvelles plus en détail et sur toutes les affaires.

 

Benitsa, 5 décembre 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai lu avec intérêt le journal du siège de Burgos ; je pense qu’il faut le mettre dans le Moniteur,

Présentez-moi un projet de décret pour récompenser le général Dubreton et les officiers et soldats qui se sont distingués dans cette défense.

 

Benitsa, 5 décembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Benitsa.

Mon Cousin, deux ou trois jours après mon départ, on mettra le décret ci-joint à l’ordre de l’armée. On fera courir le bruit que je me suis porté sur Varsovie avec le corps autrichien et le 7e corps. Cinq à six jours après, suivant les circonstances, le roi de Naples fera un ordre du jour pour faire connaître à l’armée qu’ayant dû me porter à Paris je lui ai confié le commandement; qu’il espère qu’officiers, géné­raux et soldats lui accorderont la confiance qu’il mérite par son dévouement et ses services, etc. ; qu’il s’empressera de faire connaître à l’Empereur, à son retour, les officiers qui dans cette circonstance l’auront le mieux secondé.

Napoléon.

DÉCRET.

Napoléon, etc.

Art. 1er. Le roi de Naples est nommé notre lieutenant général pour commander en notre absence la Grande Armée.

Art. 2. Le ministre de la guerre est chargé de l’exécution du pré­sent décret.

 

Benitsa, 5 décembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Benitsa.

Mon Cousin, je vous envoie ci-jointe une instruction pour la réor­ganisation générale de l’armée. Le roi de Naples y apportera les modi­fications que les circonstances exigeront Je pense cependant qu’il est nécessaire d’organiser aussitôt les Lithuaniens à Kovno, le 5e corps à Varsovie, les Bavarois à Grodno, le 8e corps et les Wurtembergeois à Olitta, les petits dépôts à Meretch et Olitta, et de diriger la cava­lerie à pied sur Varsovie et Königsberg, ainsi que les soldats du train et les équipages militaires qui n’ont pas de chevaux.

Il faut faire partir après-demain toutes les remontes de cavalerie de Vilna sur Königsberg.

IL faut faire partir après-demain les agents diplomatiques pour Varsovie.

Il faut également faire partir pour Varsovie et Königsberg tous les généraux et officiers blessés, en leur faisant comprendre la nécessité de débarrasser Vilna et d’y avoir des logements pour la partie active de l’armée.

On assure que le trésor de Vilna est considérable : donnez ordre d’en envoyer à Varsovie et à Königsberg, où cela est nécessaire, ce qui débarrassera d’autant Vilna. Enfin tous les ordres qui tendent à débarrasser Vilna doivent être donnés demain, puisque cela est utile pour plusieurs raisons.

 

Smorgoni, 5 décembre 1812.

Au général comte de Narbonne, à Smorgoni.

Vous vous rendrez à Berlin; vous partirez dans trois jours de Vilna. Vous m’écrirez en partant, par l’estafette, la tournure que prennent les choses. Vous vous ferez remettre le dernier bulletin pour connaître le langage à tenir. Vous trouverez à Berlin une lettre pour le roi de Prusse et mes instructions pour vous. Vous attendrez à Berlin l’ordre pour revenir à Paris. Vous m’écrirez tous les jours.

 

Smorgoni, 5 décembre 1812.

Au général comte Rapp, aide de camp de l’Empereur, à Smorgoni.

Vous vous rendrez à Vilna ; vous y resterez quatre jours ; vous contribuerez de tous vos moyens à rallier l’armée. Vous m’écrirez tous les jours. Vous vous rendrez de là à Danzig, où vous remplirez les fonctions de gouverneur.

 

Smorgoni, 5 décembre 1812.

Au général Lebrun, duc de Plaisance, aide de camp de l’Empereur, à Smorgoni.

Monsieur le Duc de Plaisance, vous partirez d’ici dans dix jours. Vous me rendrez compte tous les jours par l’estafette de ce qui se passe. En revenant à Paris, vous passerez par Varsovie; vous y res­terez cinq à six jours.

 

Smorgoni, 5 décembre 1812.

Au général comte de Lauriston, aide de camp de l’Empereur, à Smorgoni.

Monsieur le Comte de Lauriston, vous vous rendrez à Varsovie. Vous verrez les autorités et mon ambassadeur. Vous ordonnerez des vivres, et la levée de la confédération de toute la noblesse, et tâchez de l’armer. Vous visiterez Modlin; vous y resterez six à sept jours. Vous vous ferez remettre le bulletin pour connaître le langage à tenir. Vous m’écrirez tous les jours.

 

Smorgoni, 5 décembre 1812.

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris.

Vos querelles avec l’état-major de Paris me paraissent pitoyables, injustes et impolitiques.

Le temps est ici très-froid. Ma santé est très-bonne. Le bulletin vous aura tout dit et appris l’état des affaires.

Dans quelques jours je travaillerai plus en détail à tout l’arriéré, qui est considérable.

 

Smorgoni, 5 décembre 1812.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Smorgoni.

[2]La minute de cette lettre est tout entière de la main de l’Empereur.

Mon Fils, j’ai reçu votre lettre. Faites votre devoir et reposez-vous sur moi. Je suis le même pour vous et sais bien ce qu’il vous faut. Ne doutez jamais de mes sentiments paternels.

 

5 décembre 1812.

Mon Amie. Je reçois ta lettre du 24. Je suis bien affligée de toutes les inquiétudes que tu as et qui dureront au moins 15 jours, cependant ma santé n’a jamais été meilleure. Tu auras vu par les Bulletins que sans aller aussi bien que j’aurais voulu, cependant les affaires ne vont pas mal actuellement. Il fait un froid très violent. Dans quelques jours, je prendrai un parti pour ton voyage, enfin de nous revoir bientôt. Conçois-en l’espérance et ne t’inquiètes pas.

Adio, moi bene. Tout à toi.

 

Kutno, 11 décembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Varsovie.

Monsieur le Duc de Bassano, faîtes connaître au corps diplomatique que je vais à Paris; qu’il ne doit donc plus être à l’armée. Annoncez cela aussi par courrier à Vienne et à Berlin. Il faut que l’Autriche ait un ministre capable à Paris. Le prince de Schwarzenberg peut conserver le titre d’ambassadeur. Donnez pour instruction à Otto de tâcher que les 30,000 hommes en Transylvanie et Hongrie prennent l’offensive en Volhynie.

J’ai été on ne peut plus étonné de tous les ridicules propos que m’a tenus l’abbé de Pradt pendant une heure. Je ne le lui ai pas fait sentir. Il paraît qu’il n’a rien de ce qu’il faut pour la place qu’il remplit. Cet abbé n’a que l’esprit des livres. Vous pouvez le rappeler tout de suite, ou à votre arrivée à Paris, en le renvoyant dans son diocèse et le remplaçant par Lajard ou Rumigny. Je pense que Bignon est encore utile à Vilna.

Dans une courte audience que j’ai donnée au comte Potocki et au ministre des finances, je n’ai pas pu leur dire tout ce que je voulais. Je leur ai remis un bon de 2 millions sur le payeur. Faites-leur connaître que cela doit être spécialement affecté pour la remonte de leur cavalerie. Vous pouvez leur donner 2 millions de roubles pour le même usage.

J’ai vu avec peine que leur garde nationale n’était ni armée ni habillée. Comment ! Cracovie et Lublin pourront-ils se laisser piller par une poignée de Cosaques ? J’ai cependant 100,000 fusils destinés à cet objet. En causant avec le ministre de la guerre, vous saurez où sont ces fusils ; mais je suppose qu’il y en a à Bromberg, à Thorn, à Posen, etc. Je suis certain qu’il y en a 40,000 à Kovno qui sont un embarras.

Voyez qu’on s’arme partout et qu’on prenne une attitude plus con­venable. Qu’on fasse le contraire de ce que m’a dit l’archevêque de Matines, qui ne veut que des armées bien organisées. Il faut que le gouvernement s’occupe de lever des chasseurs. La guerre peut durer longtemps; il faut donc préparer tous ses moyens.

Vous trouverez chez Saint-Marsan des instructions sur ce que vous aurez à faire en Prusse.

Si le général Lauriston est à Varsovie, dites-lui d’y attendre une dépêche de moi que je lui adresserai.

 

Dresde, 14 décembre 1812.

A François Ier, empereur d’Autriche, à Vienne.

Monsieur mon Frère et très-cher Beau-Père, je m’arrête un moment à Dresde pour écrire à Votre Majesté et lui donner de mes nouvelles. Malgré d’assez grandes fatigues, ma santé n’a jamais été meilleure. Je suis parti le 4 de ce mois, après la bataille de la Berezina, de Lithuanie, laissant la Grande Armée sous les ordres du roi de Naples, le prince de Neuchâtel continuant à faire les fonctions de major général. Je serai dans quatre jours à Paris; j’y resterai les mois d’hiver, pour vaquer à mes affaires les plus importantes. Peut-être Votre Majesté jugera-t-elle utile d’y envoyer quelqu’un en l’absence de son ambassadeur, dont la présence est si utile à l’armée.

Les différents bulletins que le duc de Bassano n’aura pas manqué d’envoyer au comte Otto auront informé Votre Majesté de tous les événements qui ont eu lieu depuis mon départ de Moscou. Il serait important, dans ces circonstances, que Votre Majesté rendît mobile un corps de Galicie et de Transylvanie, en portant ainsi ses forces entières à 60,000 hommes.

Je suis plein de confiance dans les sentiments de Votre Majesté. L’alliance que nous avons contractée forme un système permanent dont nos peuples doivent retirer de si grands avantages, que je pense que Votre Majesté fera tout ce qu’elle m’a promis à Dresde pour assurer le triomphe de la cause commune et nous conduire promptement à une paix convenable. Elle peut être persuadée que, de mon côté, elle me trouvera toujours prêt à faire tout ce qui peut lui être agréable et la convaincre de l’importance que j’attache à nos relations actuelles, et lui donner des preuves de la parfaite estime et haute considération avec laquelle je suis de Votre Majesté le bon frère et beau-fils.

 

Paris, 18 décembre 1812 [3]La date du 18 est en surcharge, et, selon toute apparence, de la main de l’Empereur.

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, A KOBN1GSBRRG.

Mon Cousin, je vois avec peine que vous ne vous soyez pas arrêté à Vilna sept à huit jours, afin de profiter des effets d’habillement et de rallier un peu l’armée. J’espère que vous aurez pris position sur la Pregel ; nulle part il n’est possible d’avoir autant de ressources que sur cette ligne et à Königsberg ; j’espère que les généraux Schwarzenberg et Reynier auront couvert Varsovie. La Prusse se prépare à envoyer des renforts pour couvrir son territoire.

 

Paris, 19 décembre 1812.

A M. MELZ1, DUC DE LODI,

CHANCELIER, GARDE DES SCEAUX DU ROYAUME D’ITALIE, A MILAN.

Mon Cousin, je suis arrivé à Paris hier, en très-bonne santé. J’ai reçu les différentes notices que vous m’avez envoyées. Le vice-roi reste à la Grande Armée. Continuez à m’envoyer les bulletins de tout ce qu’il y aurait de nouveau en Italie.

 

Paris, 19 décembre 1812.

A JOACHIM NAPOLÉON, ROI DES DEUX-SICILES,

COMMANDANT EN CHEF LA GRANDE ARMÉE, A KOENIGSBBRG.

Je suis arrivé à Paris. J’ai été extrêmement content de l’esprit de la nation. On est disposé à faire toute espèce de sacrifices, et je m’occupe sans relâche à réorganiser tous mes moyens. J’ai déjà une armée de 40,000 hommes à Berlin et sur l’Oder. Le roi de Prusse se propose d’envoyer des renforts à son armée et de recompléter promptement toute sa cavalerie ; le roi de Saxe est dans les mêmes inten­tions. Königsberg et la Pregel vous offriront des ressources que vous ne trouverez pas si vous êtes accolé au-delà.

Les Russes se vantent de toutes les entrevues que vous avez eues aux avant-postes et les défigurent, ils ont l’impudence de déclarer que tout cela était pour endormir et tromper.

 

Palais des Tuilerie, 20 décembre 1812.

RÉPONSE A L’ADRESSE DU SÉNAT CONSERVATEUR.

Sénateurs, ce que vous me dites m’est fort agréable. J’ai à cœur la gloire et la puissance de la France; mais mes premières pensées sont pour tout ce qui peut perpétuer la tranquillité intérieure et mettre à jamais mes peuples à l’abri des déchirements des factions et des horreurs de l’anarchie. C’est sur ces ennemies du bonheur des peuples que j’ai fondé, avec la volonté et l’amour des Français, ce trône, auquel sont attachées désormais les destinées de la patrie.

Des soldats timides et lâches perdent l’indépendance des nations, mais des magistrats pusillanimes détruisent l’empire des lois, les droits du trône et l’ordre social lui-même.

La plus belle mort serait celle d’un soldat qui périt au champ d’hon­neur, si la mort d’un magistrat périssant en défendant le souverain, le trône et les lois, n’était plus glorieuse encore.

Lorsque j’ai entrepris la régénération de la France, j’ai demandé à la Providence un nombre d’années déterminé. On détruit dans un moment, mais on ne peut réédifier sans le secours du temps. Le plus grand besoin de l’État est celui de magistrats courageux.

Nos pères avaient pour cri de ralliement : Le roi est mort, vive le roi ! Ce peu de mots contient les principaux avantages de la monar­chie. Je crois avoir bien étudié l’esprit que mes peuples ont montré dans les différents siècles; j’ai réfléchi à ce qui a été fait aux diffé­rentes époques de notre histoire; j’y penserai encore.

La guerre que je soutiens contre la Russie est une guerre politique; je l’ai faite sans animosité. J’eusse voulu lui épargner les maux qu’elle-même s’est faits. J’aurais pu armer la plus grande partie de sa population contre elle-même, en proclamant la liberté des esclaves; un grand nombre de villages me l’ont demandé; mais, lorsque j’ai connu l’abrutissement de cette classe nombreuse du peuple rosse, je me suis refusé à cette mesure qui aurait voué à la mort, à la dévastation et aux plus horribles supplices bien des familles.

Mon armée a essuyé des pertes, mais c’est par la rigueur préma­turée de la saison.

J’agrée les sentiments que vous m’exprimez.

 

Palais des Tuileries, 20 décembre 1819.

RÉPONSE A L’ADRESSE DU CONSEIL D’ÉTAT.

Conseillers d’État, toutes les fois que j’entre en France, mon cœur éprouve une bien vive satisfaction. Si le peuple montre tant d’amour pour mon fils, c’est qu’il est convaincu, par sentiment, des bienfaits de la monarchie.

C’est à l’idéologie, à cette ténébreuse métaphysique qui, en recher­chant avec subtilité les causes premières, veut sur ces bases fonder la législation des peuples, au lieu d’approprier les lois à la connais­sance du cœur humain et aux leçons de l’histoire, qu’il faut attribuer tous les malheurs qu’a éprouvés notre belle France. Ces erreurs devaient et ont effectivement amené le régime des hommes de sang. En effet, qui a proclamé le principe d’insurrection comme un devoir ? Qui a adulé le peuple en le proclamant à une souveraineté qu’il était incapable d’exercer ? Qui a détruit le respect et la sainteté des lois, en les faisant dépendre, non des principes sacrés de la justice, de la nature des choses et de la justice civile, mais seulement de la volonté d’une assemblée composée d’hommes étrangers à la connaissance des lois civiles, criminelles, administratives, politiques et militaires ?

Lorsqu’on est appelé à régénérer un État, ce sont des principes constamment opposés qu’il faut suivre. L’histoire peint le cœur humain ; c’est dans l’histoire qu’il faut chercher les avantages et les inconvénients des différentes législations. Voilà les principes que le Conseil d’État d’un grand empire ne doit jamais perdre de vue; il doit y joindre un courage à toute épreuve, et, à l’exemple des présidents Harlay et Mole, être prêt à périr en défendant le souverain, le trône et les lois.

J’apprécie les preuves d’attachement que le Conseil d’État m’a données dans toutes les circonstances. J’agrée ses sentiments.

 

Palais des Tuileries, 22 décembre 1812.

NOTES DICTÉES EN CONSEIL DES FINANCES.

Le ministre des finances écrira au ministre du commerce pour lui faire connaître qu’il doit lui remettre dans la semaine les aperçus des droits extraordinaires des douanes, afin que cela puisse servir à la confection du budget de 1813 :

« Sa Majesté a disposé de 141 millions, y compris les 40 portés au budget de 1812, et sans comprendre ce qui appartient au domaine extraordinaire et ce qui appartient au budget spécial de Danzig et autres budgets spéciaux. Comme Sa Majesté s’est assurée, en jetant un coup d’œil sur votre rapport, que les droits qui appartiennent au trésor ne sont pas confondus avec les budgets spéciaux, il est néces­saire que vous fassiez note, dans votre premier mémoire, de ces dif­férentes dispositions. De votre lettre du 8 décembre il résulte que 129,500,000 francs ont été perçus, sur lesquels 12 millions pour les frais; cela ne fera donc que 117 millions applicables au trésor public, pour satisfaire aux différents crédits; il restera donc 24 mil­lions pour pouvoir suffire à tous les crédits. Êtes-vous assuré de ces 24 millions, soit par les ventes d’Italie, soit par celles à faire à Mayence, soit par ce qui reste à recouvrer, soit par ce qui existe en Hollande et ailleurs appartenant aux recettes de ce genre ? Sa Majesté pense que les droits ordinaires doivent rendre plus de 24 millions, et il se fonde sur la quantité de licences qu’il a données. Mais, l’année prochaine, il aura besoin de 150 millions de produit des droits, soit ordinaires, soit extraordinaires ; il me charge de vous écrire que vous ayez à dresser un mémoire sur cet objet et à le porter au conseil des finances de mardi, où vous devez assister désormais. Pour arriver à ce résultat, il faut que vous considériez ce qui reste à percevoir sur les licences délivrées et celles qu’il faudra donner pour atteindre ce résultat nécessaire par la première des considérations, celle d’avoir ce qui est indispensable pour le service présent. Il faut sans doute faire du mal à nos ennemis, mais avant tout il faut vivre, et l’Em­pereur pense que 150 millions, sur une si vaste étendue de pays, ne doivent pas être difficiles à trouver. »

Sur l’article tabac, l’Empereur a dicté ce qui suit :

Par le rapport du ministre des finances je vois que les tabacs n’ont rendu cette année que 43 millions, avec des frais de commerce de 26 millions ; il serait convenable d’avoir un mémoire détaillé de la régie, afin de chercher si on ne peut pas diminuer ces frais et ôter ce qui est inutile. Pour l’année prochaine, on présente 30 millions de recette avec 23 de remboursement, ce qui fait 53 millions. Il serait nécessaire de porter, mardi prochain, un compte qui fît connaître la quantité de fonds morts dont la régie a constamment besoin. Je vois d’abord 5 millions pour achat de matières fabriquées; mais quelle est la quantité de feuilles qu’elle doit avoir ? J’en vois pour 90 mil­lions cette année. Le but de ces renseignements serait d’établir un système régulier pour la régie des tabacs. Du moment qu’on serait convenu de la quantité de fonds dont elle a besoin en avance, on prendrait un certain nombre d’années pour rembourser ce fonds, de ma­nière que le service courant n’en souffrît pas. De tous les genres d’em­prunt, celui pour le tabac doit être le plus facile à remplir, parce qu’il a une hypothèque naturelle. Mon but serait qu’on se servit du tabac pour avoir 20 millions de plus dans les années où on en a besoin; ainsi, l’année prochaine, qui paraît une année difficile, je remédierai par cet emprunt avec 23 millions de remboursement, afin d’avoir, au lieu de 54 millions que présente le ministre des finances, 70 ou 80 millions, savoir : les 54 millions qu’offre le ministre des finances et les 23 de remboursement, de sorte que le budget de 1813 sera de 50 millions de douanes et 80 millions de tabacs. On m’objectera que j’ai toujours les fonds dus par les tabacs, mais, voulant faire un système d’em­prunt pour les 78 millions dont se base la régie, lesquels seront remboursés en six ou sept ans, à raison de 10 millions par an, ce sera, dans le fait, un emprunt de 20 millions que je ferai pour l’exercice 1812; et je vois qu’il est plus facile de faire un emprunt ainsi déguisé que d’en ouvrir un nouveau.

Après avoir reconnu dans le budget de 1812 un déficit de 41 millions de recettes, et dans celui de 1811 un déficit de 15 millions, et examiné les demandes de ses ministres en augmentation de crédit, tant pour 1811 que pour 1812, l’Empereur a dicté la note suivante :

II résulte de tout ceci qu’il me faut 26 millions pour remplir le budget de 1811, 40 millions pour 1812, total 66 millions; quant aux dépenses des ministres au-dessus du budget, on n’a pas à s’oc­cuper de 1812, qui est l’exercice courant et que les ministres ne connaissent pas encore; ils ont d’ailleurs tous un fonds de réserve, et le ministre des finances a 18 millions en réserve. Tout consiste donc à distribuer par un prochain décret ces 18 millions, ce qui nous fera achever l’année. On verra, dans le courant d’août et de septembre, à régler le supplément des crédits législatifs. Pour 1811, il suffira éga­lement de répartir le fonds de 8,680,000 de réserve, augmenté de ce que les ministres pourront céder. Je n’accorde rien à la marine. L’ad­ministration de la guerre demande 19 millions; j’en ai 8, ce qui fait presque la moitié; cela nous conduira à finir l’année. En consé­quence, avec quelques dispositions de finances à prendre incessam­ment, on pourvoira à tout le service pendant l’année ; il suffit seule­ment de remplir le budget en recette.

Je désirerais que le ministre des finances joignit à son rapport tout ce qui est relatif aux subsistances de Paris, en s’adressant pour les renseignements nécessaires au ministre du commerce. Je vois qu’il y a un déficit de 14 millions. Le ministre des finances écrira au ministre du commerce, pour qu’il apporte mardi des renseignements très-précis sur ce point, pour faire connaître l’étât de nos finances.

J’ai ordonné, cette année, différentes dispositions pour venir au secours des malheureux. Le ministre des finances m’en fera un rap­port et me fera connaître si je dois quelque chose là-dessus. Il s’adres­sera au ministre de l’intérieur pour savoir ce que les départements doivent aux finances et à la caisse d’amortissement. .

L’Empereur a fait ensuite l’examen du budget des recettes de 1813, que lui a soumis le ministre des finances, et il a arrêté que ce budget était fixé comme le présentait le ministre, avec les modifications indiquées par l’Em­pereur aux articles Douanes et Tabacs, ce qui doit porter la totalité du budget à 1 milliard 30 ou 40 millions.

L’Empereur a terminé la séance en dictant la note suivante, pour être exécutée par le ministre du trésor :

Il faut que je connaisse bien l’ensemble de mes ressources : trésor public, domaine extraordinaire, caisse d’amortissement, voilà ce qui les compose. Il faut donc que je connaisse bien la situation de ces trois caisses. Je vois qu’on a prêté 68 millions à la régie des tabacs ; le domaine extraordinaire et la Banque ont fait ce prêt. Il y a 81 mil­lions de bons de la caisse d’amortissement à rembourser, c’est donc 149 millions qui ont été prêtés. Je désire savoir ce que je dois rem­bourser chaque année sur ces 149 millions. Le comte Mollien me fera un rapport de banquier sur l’ensemble de ces emprunts et de ces dettes. Les 22 millions qui sont entre les mains de M. de la Bouillerie ne peuvent me donner de l’inquiétude ; mais je ne puis compter sur cela comme ressource.

Quand dois-je rembourser ce qui a été donné à la Banque ? Enfin quels sont les moyens de la caisse d’amortissement ? Voilà ce qui me fera voir l’ensemble de moyens et trouver ce qui est nécessaire pour compléter les budgets de 1811 et de 1812. Ce rapport devra être apporté au conseil de mardi.

 

Paris, 22 décembre 1812.

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MINISTRE DB LA MARINE, A PARIS.

Monsieur le Comte Decrès, je désire que vous puissiez faire débar­quer indistinctement tous les hommes de terre qui servent de garnison dans vos vaisseaux, parce que ces hommes me serviront pour l’armée active.

 

Paris, 24 décentre 1812.

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MINISTRE DE LA MARINE, A PARIS.

Comme je dois tenir les conseils du génie dans le courant de jan­vier, je vous prie d’ordonner que de la rade de l’île d’Aix, des bouches de la Gironde, de Brest, des bouches de l’Escaut, des côtes de Hambourg, ainsi que de Toulon, l’on vous envoie des renseignements sur les travaux de fortification faits cette année, sur les batteries qui existent, sur leur armement, et sur ce que les marins voudraient que l’on fît encore.

 

Paris, 24 décembre 1812.

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MINISTRE DE LA MARINE, A PARIS.

Je vous renvoie votre rapport du 16 septembre. Je désire que vous m’en présentiez une nouvelle rédaction dont vous trouverez ci-joint le projet (8Projet de rapport sur les prisonniers français évadés d’Angleterre et les prisonniers anglais évadés de France.)9. Remettez-moi ce rapport demain avec les deux états que vous devez avoir, pour que je fasse insérer ces pièces dans le Moni­teur. Présentez-moi en outre un projet de réponse à la lettre du gouvernement anglais pour lui faire connaître que j’adhère à la pro­position de renouveler la négociation pour l’échange des prisonniers ; bien entendu que les Espagnols et les Portugais seront considérés dans un échange général comme Anglais; qu’en conséquence vous attendrez des passeports pour un commissaire français qui sera envoyé dans tel point de l’Angleterre qu’il plaira au gouvernement britannique, pour travailler audit échange; que nous ne pouvons concevoir d’espérance de réussir dans cette négociation qu’en nous rappelant cette phrase de leur lettre du 10 mars : « qu’on trouvera, de la part de leur pays, le désir le plus sincère de porter, par tous les moyens de conciliation et de libéralité possibles, la négociation à une conclusion prompte et avantageuse. »

 

Paris, 24 décembre 1812.

AU GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC,

MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE, A PARIS.

Monsieur le Comte de Cessac, je vous renvoie votre rapport du 27 novembre; je ne juge pas à propos de signer de nouveau décret, puisque j’en ai signé un pour 4,700 chevaux et que celui que vous me demandez est pour 4,800 ; la différence n’est pas grande, vous pouvez donc sans difficulté acheter 4,800 chevaux et prendre toutes les mesures nécessaires pour accélérer le moment de leur livraison, ainsi que pour leur distribution. Si je ne signe pas ce décret, c’est que je désire en signer un autre qui étende cette mesure et me pro­cure en France de quoi remonter tous les 5e escadrons.

J’ai quatorze régiments de cuirassiers et carabiniers, ce qui ferait quatorze escadrons de 200 chevaux, c’est-à-dire 2,800 chevaux; quatre 5e escadrons de dragons, 800 chevaux ; huit 5e escadrons de chevau-légers [4]je suppose que les régiments de chevau-légers ont leurs 5e escadrons, 1,600 chevaux ; dix-sept 5e escadrons de chas­seurs, 3,400 chevaux; six 5e escadrons de hussards, y compris ceux qui ont plus qu’un escadron, 1,500 chevaux; ce qui fait 10,000 chevaux environ.

Vous avez déjà 4,800 chevaux d’assurés par des marchés; ce serait donc encore 5,200 à se procurer, soit par des marchés, soit par des réquisitions.

Quant aux hommes, ou j’en fournirai à la cavalerie, ou j’en ferai venir de ceux qui sont démontés à la Grande Armée ; mais certaine­ment, dans la pénurie de chevaux où se trouve la Grande Armée, la France ne peut pas lui fournir moins de 10 à 12,000 chevaux.

Je ne comprends pas là-dedans le travail de l’armée d’Espagne. Il faut monter tous les hommes à pied que nous avons dans les dépôts, soit pour les envoyer à la Grande Armée, soit pour les envoyer en

Faites-moi un rapport là-dessus; je ne pense pas qu’il puisse y avoir des difficultés à requérir en France 30,000 chevaux, moitié de cavalerie et moitié de trait ; mais je vous prie de ne pas vous perdre dans de petites différences, de presser les fournitures de chevaux, la confection des harnais et tout ce qui est nécessaire, pour que bientôt ce que j’ai à pied puisse marcher, et avoir, sans perdre un moment, le plus de chevaux possible. Je compte sur ces 4,800 chevaux, équipés et dans le cas de partir dans le courant de février. Aussitôt que la Grande Armée aura pris ses quartiers d’hiver, qu’on aura pu réunir les corps et constater les pertes, je verrai s’il faut donner de nouveaux hommes à ses 5e escadrons, ou faire venir des hommes à pied des régiments de l’armée.

Quant aux hommes qui doivent compléter les huit escadrons de Hambourg, vous devez leur procurer des chevaux de France. J’ai même fait partir tout ce qu’il y avait de chevaux disponibles de ces huit escadrons, pour se rapprocher de la Vistule; mon intention est de les donner là aux dragons démontés qui faisaient partie de la Grande Armée, et de renvoyer à pied les hommes des escadrons de Hambourg pour se remonter plus tard.

 

Paris, 24 décembre 1812.

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DB LA GRANDE ARMÉE, A KÖNIGSBERG.

Mon Cousin, le roi de Saxe a un beau régiment de 800 cuirassiers, prêt à partir aussitôt que le régiment des gardes du corps, qui était à la division Latour-Maubourg, sera en marche. Faites donc mettre en marche pour Glogau tous les hommes à pied de ce régiment, et mandez-le au baron Serra, afin que l’autre régiment de cuirassiers s’approche de Posen. Il y avait à l’avant-garde un régiment de cava­lerie légère saxon; faites-le également se rapprocher de Posen; le roi de Saxe lui enverra des chevaux et le recomplétera.

Je suppose que le général Bourcier aura envoyé des hommes à pied en Hanovre, où on en a grand besoin, car j’ai arrêté tous les hommes à pied qui y étaient envoyés de France, et je les remonterai avec des chevaux de France.

Je vous ai déjà mandé de renvoyer autant de cadres des régiments de la jeune Garde que vous pourrez; renvoyez les cadres de quatre ou de six régiments, en incorporant tous les hommes disponibles dans les cadres de la jeune Garde qui restent. Cela supprimerait la divi­sion Delaborde et réduirait la Garde à deux divisions. Je crois égale­ment que l’on pourrait renvoyer le cadre du régiment hollandais [5]le 3e de grenadiers en incorporant les hommes dans les deux régi­ments de chasseurs et de grenadiers ; enfin je désire que tous les gen­darmes d’élite qui sont à pied soient renvoyés à Mayence, ainsi que les chasseurs, dragons et grenadiers qui n’auraient plus de chevaux. Le duc d’Istrie renverrait également des cadres, de manière qu’à son arrivée à Mayence cette partie de la Garde se trouve entièrement réorganisée et forme plusieurs escadrons.

Je pourvois ici à la remonte de la Garde par des achats faits en France; par ce moyen, tous les chevaux qu’on tirera de l’Allemagne seront pour l’armée. Ainsi les grenadiers à cheval avaient un effectif de 1,000 hommes, je suppose qu’ils en auront conservé 800. S’ils n’ont à l’armée que 400 hommes ayant des chevaux, soit en état, soit à refaire, et que 400 hommes soient à pied, le duc d’Istrie ren­verra la moitié des cadres avec les hommes à pied à Mayence, et ainsi de suite pour les dragons et les chasseurs. En supposant que ces troupes seront arrivées en février à Mayence, comme elles y trouve­ront des chevaux et des effets d’habillement et d’équipement, ce sera des troupes tout à fait disponibles pour opérer selon les circonstances.

Il serait convenable de ne garder à la Grande Armée que la moitié des généraux de cavalerie, et de renvoyer les autres en France où je complète et remonte tous les 5e escadrons, ce qui me fera au mois de février 12,000 chevaux. Je vous ai déjà mandé de renvoyer aussitôt que possible les cadres des 4e, 5e et 6e bataillons.

J’attends avec impatience que vous ayez pris position, pour avoir l’état des corps, surtout pour ce qui est relatif à l’artillerie, aux bataillons du train, aux équipages militaires et à la cavalerie.

 

Paris, 25 décembre 1812.

AU GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC,.

MINISTRE DIRECTEUR DE  L*ADMINISTRATION DE LA GUERRE, A PARIS.

Monsieur le Comte de Cessac, je reçois votre lettre du 24 décembre.

Les 246 voitures de 1er et 2e modèle qui existent soit à Sampigny, soit à Plaisance, soit à Mayence, doivent être considérées comme non avenues et ne peuvent nous servir à rien.

Les caissons d’ancien modèle ont fait un bon service, vous pouvez donc compter comme utiles les 647 que vous avez; avec les forges, il y a là de quoi monter trois bataillons. Si les voitures du nouveau modèle ne pèsent, comme vous le dites, que 500 livres et portent un millier, cela ne ferait au total qu’un poids de 1,500 livres : deux bons chevaux sont suffisants. Je pense qu’en faisant trois batail­lons, chacun de 600 voitures, cela ferait 1,200 chevaux par batail­lon, ou 1,800 voitures et 3,600 chevaux pour les trois bataillons. Avec trois bataillons d’ancien modèle, cela ferait 720 voitures et 2,600 chevaux. Au total, cela ferait 2,520 voitures et 6,200 che­vaux, ce qui exigerait à peu près 4,000 hommes.

Combien avez-vous d’hommes dans les dépôts ? Les 1,800 voitures portant chacune 10 quintaux ou ensemble 18 milliers, les 720 voi­tures portant chacune 15 quintaux ou 10 milliers, cela ferait donc 28 milliers ou pour une armée de 240,000 hommes pendant vingt jours.

J’ai à Königsberg et à Danzig des ateliers bien montés qui pour­raient fournir aussi de 12 à 1800 voitures; les chevaux s’achète­raient à Danzig, les hommes y sont rendus et les voitures se feraient là. Moyennant ce, on aurait trois bataillons d’ancien modèle et trois du nouveau, formant 2,600 voitures, 6,500 chevaux et 4,000 hom­mes qui seraient tirés de France; plus, trois bataillons formant 1,800 voitures de nouveau modèle, 3,600 chevaux et 2,000 hommes, qui seraient tirés d’Allemagne ou de Danzig, ce qui ferait 9 batail­lons, 4,400 voitures, 10 à 11,000 chevaux et 6 à 7,000 hommes.

Un grand cheval peut très-bien traîner 6 à 700 livres ; les voitures du nouveau modèle ne pesant que 1,000 livres pour le chargement et 500 livres pour le poids de la voiture, ce qui ferait 1,500 livres, ce n’est que 750 livres par cheval, ce qui n’est pas excessif. S’il y avait quatre chevaux, il faudrait des voitures qui pesassent 4,000 livres, savoir : 3,000 de chargement et 1,000 pour la voiture. L’an­cien caisson pèse 1,900, et ne porte, je crois, qu’un chargement de 1,500; aussi le poids de la voiture me paraît-il trop fort.

Je pense que, pour ne pas perdre de temps, il faudrait commencer par organiser deux bataillons provisoires à Sampigny. Les 45 chariots d’ancien modèle, les 386 caissons et les 20 forges qui s’y trouvent feraient 450 voitures; il en faut 480 pour compléter deux bataillons. Un bataillon pourrait se former à Plaisance avec les 239 caissons d’ancien modèle et les 8 forges qui y sont. Voyez où vous prendrez les hommes, les harnais et les chevaux.

 

Paris, 25 décembre 1812.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE  DB  LA  GUERRE,  A  PARIS.

Monsieur le Duc de Feltre, écrivez au duc de Castiglione de retenir à Berlin la division Grenier, en ayant soin de prendre des mesures efficaces pour qu’elle soit bien casernée, bien nourrie, et de faire ce qui sera convenable pour organiser son artillerie, ses équi­pages militaires et toute son administration.

 

Paris, 26 décembre 1812.

AU GÉNÉRAL COMTE DE NARBONNE,

EN MISSION A BERLIN.

Monsieur le Comte de Narbonne, j’ai reçu votre lettre du 21. Aussitôt que vous aurez rempli votre mission à Berlin, vous vous rendrez à Paris. Passez par Magdeburg; voyez cette place avec soin, afin de m’en rendre bien compte. Passez ensuite par Cassel, où vous resterez cinq à six jours; voyez l’esprit, ce qui s’y fait, et si l’on pense sérieusement à réorganiser l’armée westphalienne et à bien défendre Magdeburg. Dans la conversation, faites songer que dans tout ceci le roi de Westphalie se trouve à l’avant-garde.

 

Paris, 26 décembre 1812.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Monsieur le Duc de Feltre, mettez dans le Moniteur toutes les différentes demandes que font les cohortes d’être employées à l’armée.

Celles du Piémont m’ont fait la même offre. Je vois, par une lettre d’aujourd’hui, qu’il y en a cinq qui écrivent de Hambourg.

 

Paris, 26 décembre 1812.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Monsieur le Duc de Feltre, je reçois votre lettre du 14 décembre sur la réorganisation des équipages d’artillerie. Il sera nécessaire que le général Gassendi et le colonel Evans viennent chez moi avec tous leurs états, pour écrire sous ma dictée ce qui sera relatif à ce travail. Vous me ferez connaître quand ces officiers auront réuni tous leurs renseignements et seront prêts. Il faut considérer toute l’artillerie de la cavalerie, celle des 1er, 2e, 3e, 4e et 6e corps comme perdue. Il ne reste disponible que l’artillerie des divisions Heudelet, Loison, Durutte, Lagrange et Grenier. Le colonel Evans m’apportera l’état de l’artillerie de ces cinq divisions. Il faudra qu’il vérifie dans la correspondance si le ma­tériel des divisions Durutte et Loison n’a pas été pris sur ce qui existait à Danzig. Je prescrirai après cela les mesures à prendre pour que toutes les pertes soient entièrement remplacées, de manière que j’aie non-seulement un équipage pareil à celui perdu par la Grande Armée, mais encore un autre en remplacement, si le premier était perdu.

S’il est nécessaire, j’ordonnerai que mes arsenaux de la marine travaillent aux équipages d’artillerie; je préfère cela aux réquisitions. Un ou deux vaisseaux de plus ou de moins ne sont d’aucune influence dans la balance des affaires, tandis que le moindre manque d’artil­lerie peut m’être très-préjudiciable, je suppose que la marine est dans le cas de me confectionner autant de caissons que je voudrai. Sans rien dire, Gassendi et le colonel Evans prendront des rensei­gnements là-dessus. La réserve de la Garde doit être de 120 pièces de canon, indépendamment de ce qu’on pourra lui fournir provisoi­rement dans les places du Nord. Il est nécessaire que la Garde ait, réunies à la Fère, 120 pièces de canon absolument pareilles à ce qu’elle avait à la première formation que j’ai faite.

Quant aux bataillons du train et au personnel de l’artillerie, l’armée se rallie sur la Vistule; ce n’est que dans le courant de janvier qu’elle y sera ralliée, et qu’on pourra connaître les pertes qui ont été faites et se faire une idée de la situation de la Grande Armée.

Il serait convenable de faire un travail tendant à rappeler le plus d’officiers généraux et supérieurs d’artillerie qu’on pourrait, en les remplaçant par d’autres, de ceux qui sont restés en France.

En attendant, vous ne devez pas perdre un moment pour ordonner que dans tous les arsenaux les affûts soient mis en état, les caissons réparés, et que partout on confectionne des caissons. Vous ne devez pas perdre un moment à faire diriger de tous les points de la côte, notamment de Normandie et de Bretagne, sur la Fère toutes les pièces nécessaires pour former un équipage de 120 bouches à feu. Dans ce premier moment, mon intention n’est pas de donner des pièces de régiment à ceux qui les ont perdues. Le colonel Evans comprendra dans ses états l’artillerie que l’on a à Hambourg, et en général m’apportera l’état de tout ce qui existe sur tous les points.

Mon intention est de pourvoir à l’organisation d’un corps d’obser­vation de l’Elbe, fort de trois divisions ayant besoin de soixante pièces de canon, ainsi qu’à un autre corps d’observation du Rhin de même force, mon intention, dis-je, est de pourvoir à ces deux corps sans avoir recours en rien à l’artillerie de la Grande Armée, ni pour l’artillerie à cheval, ni pour le personnel, ni pour le matériel. Le principal donc est que vous ne perdiez pas un moment à ordonner dans tous les arsenaux la confection des caissons et la mise en état de tous les affûts et voitures qui existent.

 

Paris, 29 décembre 1812.

AU PAPE PIE VII, au palais de Fontainebleau.

Très-saint Père, je m’empresse d’envoyer un officier de ma Maison près de Votre Sainteté pour lui exprimer la satisfaction que j’ai éprouvée de ce que m’a dit l’évêque de Nantes sur le bon état de sa santé, car j’ai été un moment très-alarmé, cet été, lorsque j’ai appris qu’elle avait été fortement indisposée. Le nouveau séjour de Votre Sainteté nous mettra à même de nous voir, et j’ai fort à cœur de lui dire que, malgré tous les événements qui ont eu lieu, j’ai toujours conservé la même amitié pour sa personne. Peut-être parviendrons-nous au but tant désiré de finir tous les différends qui divisent l’État, et l’Église. De mon côté, j’y suis fort disposé, et cela dépendra entièrement de Votre Sainteté. Toutefois je la prie de croire que les sentiments de parfaite estime et de haute considération que je lui porte sont indépendants de tout événement et de toute circonstance.

Très-saint Père, je prie Dieu qu’il vous conserve longues années, pour que vous ayez la gloire de rasseoir le gouvernement de l’Église et que vous puissiez longtemps jouir et profiter de votre ouvrage.

 

Paris, 29 décembre 1812.

A FRÉDÉRIC-AUGUSTE, ROI DE SAXE, a Dresde.

Je reçois la lettre de Votre Majesté, du 16 décembre. J’ai bien regretté que la rapidité nécessaire de mon voyage rendit si courts les instants que je pouvais m’arrêter auprès d’elle. Que Votre Majesté ne doute jamais de mon estime et de tous mes sentiments.

 

Paris, 29 décembre 1812.

AU GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC,

MINISTRE DIRECTEUR DE l’ADMINISTRATION DB LA GUERRE, A PARIS.

Monsieur le Comte de Cessac, comme les états de la Grande Armée tarderont à venir, il me paraît urgent de ne pas perdre un moment. J’ai donc adopté votre proposition, et j’ai pris un décret par suite duquel vous devez créer sans délai quatre bataillons d’équipages ; deux serviront des caissons d’ancien modèle, à raison de cinq compagnies par bataillon, désirant garder une compagnie, la 6e, au dépôt; les deux autres bataillons serviront des voitures à la comtoise. Chaque compagnie servira 100 voitures; ainsi, pour les cinq premières compagnies de ces deux bataillons, cela fera 1,000 voitures. Et cela nous fera, pour les quatre bataillons, 1,400 voitures. On sera à temps, d’ici à six semaines, de prendre des dispositions pour les 6e compa­gnies, je pense que les bataillons que je rappelle de l’armée arriveront à moitié ou aux deux tiers ; dans le courant de janvier nous saurons à quoi nous en tenir, mais cependant je désire que dans le courant de janvier il y ait 200 hommes existant à chacun de ces bataillons; prenez donc des mesures en conséquence, et placez-y quelques officiers, afin que l’organisation n’éprouve aucun retard. Il faut que cette organisation soit indépendante de ce qui peut nous arriver de la Grande Armée, et que, s’il n’arrivait rien, nous n’en puissions pas moins compléter notre organisation et l’avoir à notre disposition.

Vous prescrirez à l’intendant de la Grande Armée de faire sur-le-champ réorganiser deux bataillons à Danzig, deux à Berlin, et les autres à Berlin, Posen, Glogau et Magdeburg. Comme il arrivera né­cessairement que les bataillons auront beaucoup perdu, vous l’auto­riserez à les réduire à trois ou quatre compagnies, selon les pertes qu’ils auront faites. Au reste, le principal est qu’on ne perde pas un moment à Danzig ou ailleurs à faire des voitures à la comtoise, et, aussitôt que les états de situation seront arrivés, j’adopterai un parti définitif. Il faut surtout que, indépendamment de la Grande Armée et de tout, j’aie ici dans le plus bref délai ces 1,400 à 1,700 voitures.

L’artillerie doit acheter à peu près 8,000 chevaux pour ses re­montes; je vous en ai accordé 10,000 pour la cavalerie; avec les 4,000 des transports militaires, cela fera 22,000 chevaux. Concertez-vous avec le ministre de la guerre pour savoir s’il faudra faire une levée pour se procurer ce nombre, ou s’il suffira d’avoir recours à des achats.

 

Paris, 29 décembre 1812.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Monsieur le Duc de Feltre, mon intention est que les 5e escadrons des 51 régiments de cavalerie qui sont à la Grande Armée soient remontés à leur grand complet, de manière qu’ils aient tous 225 che­vaux et qu’ils puissent fournir au moins 200 hommes montés en cam­pagne ; ce qui fera une ressource de 10,000 chevaux pour le printemps.

Il est nécessaire que vous écriviez à la Grande Armée pour donner ordre que tout officier et sous-officier qui appartiendrait aux 5e es­cadrons soit renvoyé sans délai, et qu’en outre vous preniez des mesures pour compléter les officiers et sous-officiers de ces 5e esca­drons. Enfin vous me proposerez des moyens de compléter en hommes ces 5e escadrons, de manière à les porter à 250 hommes.

Il y a, je crois, en tout, dans les dépôts 5,000 hommes; c’est donc 4 ou 5,000 qui manquent ; mais ces 4 ou 5,000 seront tirés des cohortes ou des régiments d’infanterie, si toutefois le nombre des hommes à pied des régiments qui sont à l’armée était tellement di­minué qu’on ne pût pas en tirer. Faites l’état de ce qui manque à chaque 5e escadron, et écrivez au comte Daru et au général Bourcier pour leur faire connaître ce que je viens d’ordonner et leur demander de diriger sur les dépôts, pour les 5e escadrons, tel nombre d’hommes par régiment, en supposant toutefois qu’il y ait suffisamment d’hommes à pied au régiment pour recevoir les remontes du général Bourcier.

Ainsi donc j’ai besoin en France de 10,000 chevaux de cavalerie. Par décret de ce jour, j’ordonne qu’on remonte quatre bataillons d’équipages militaires, ce qui exigera 4,000 chevaux. L’artillerie aura besoin, pour se remonter, de 8,000 chevaux. Cela fait donc une remonte de 22,000 chevaux, indépendamment des remontes de la cavalerie de l’armée d’Espagne et de celles de la Garde. Je désire que vous vous concertiez avec le ministre de l’administration de la guerre pour savoir s’il sera plus facile de se procurer ce nombre de chevaux avec de l’argent que par une levée qu’on ferait sur toute la France.

Toutefois je désire qu’on ne perde pas un moment pour lever les chevaux d’artillerie. Plusieurs fournisseurs de chevaux ont demandé à lier cette opération avec une autre sur les marchandises coloniales. Apportez-moi au conseil leurs propositions; si elles ne consistent qu’à obtenir la préférence pour des opérations de licence, je ne ver­rais pas de difficulté à la leur accorder.

 

Paris, 29 décembre 1812

DÉCISION.

Le ministre de lt marine demande si Le ministre ne fait pas connaître

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Paris, 30 décembre 1812.

A JOACHIM NAPOLÉON, ROI DES DEUX-SICILES,

COMMANDANT EN CHEF DE LA GRANDE ARMÉE; À KÖNIGSBERG

Jai reçu votre lettre du 20. Je vois avec bien de la peine le froid extrême qu’il fait encore du côté de Königsberg. Il me tarde de con­naître la situation exacte de l’armée.

 

Paris, 30 décembre 1812.

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE;  Á KÖNIGSBERG

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 21 ; j’ai reçu aussi votre note pertes réelles; je vais y penser sérieusement. J’ai signé le décret pour le général Laville. J’ai appris avec bien de la peine la mort de la Riboisière.

Je viens de lever 15,000 chevaux de cavalerie qui seront rendus dans les 51 dépôts ou 5e escadrons des régiments de cavalerie de la Grande Armée dans le courant de janvier et de février. J’ai aussi fait lever 8,000 chevaux d’artillerie et 4,000 d’équipages militaires; tout cela dans l’intérieur de la France et indépendamment de ce que vous faites en Allemagne.

Renvoyez-nous tous les cadres des 4e et 6e bataillons. Gardez cinq ou six bataillons d’équipages militaires, et renvoyez-nous les autres, entre autres les 2e et 6e, et deux bataillons à la comtoise, car j’ai pris toutes les mesures pour avoir, dans le courant de février, les voitures, les chevaux et tout ce qui est nécessaire pour ces quatre bataillons.

Renvoyez-nous aussi quelques bataillons du train d’artillerie; tout le travail de l’artillerie se fait; il y a beaucoup de matériel en Prusse, à Danzig et dans les places ; Éblé doit y penser.

La conscription de cette année est fort belle; j’ai eu dimanche une parade d’environ 25 à 30,000 hommes.

Je vous ai demandé les cadres de plusieurs régiments de ma jeune Garde. Renvoyez-moi tous les hommes à pied de ma Garde à cheval; il serait difficile de les remonter en Allemagne, tandis que je suis assuré de les monter promptement en France; je vous ai déjà écrit là-dessus.

Il me tarde d’avoir des états pour connaître toute l’étendue de nos pertes.

 

Paris, 30 décembre 1812.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Je m’empresse de répondre à votre lettre du 29. Faites revenir sur-le-champ les 325 hommes du train qui sont à Toulouse; faites-les revenir à Grenoble. Faites revenir à Tours les 777 qui sont à Auch. J’approuve fort que vous passiez un marché pour 3,000 che­vaux, mais cela n’est pas suffisant; il faut sans délai en passer pour 8,000 à livrer à Tours, à Grenoble, à Metz, à Maastricht, à Douai, à Besançon, à Mayence et à la Fère.

Au 15 janvier, vous me proposerez ou l’ordre pour vous fournir 3,000 hommes nécessaires pour compléter vos compagnies et les mettre à même de recevoir ces 8,000 chevaux, ou l’ordre de faire revenir ces 3,000 hommes de la Grande Armée. J’espère qu’au 15 janvier nous aurons des états de situation, ce qui éclaircira tout. Comme je prendrai ces hommes à fournir au train d’artillerie dans les villes de dépôt qui sont le plus près des cadres, c’est une opéra­tion qui pourra se faire en huit jours.

Écrivez sans délai à la Grande Armée pour qu’on vous fasse con­naître ce qui est resté du train et qu’on vous envoie les états de situa­tion. Mais, d’une manière ou d’autre, il me faut à la fin de février les 8,000 chevaux rendus dans les dépôts, avec 8,000 harnais, afin que dans le courant de février les premiers convois puissent partir, et les derniers dans le courant de mars.

Présentez-moi le plus tôt possible l’état de ce qu’il est nécessaire d’acheter pour le dépôt de la Garde impériale à la Fère. Je désire acheter 1,500 chevaux pour la Fère; je tirerai les hommes des con­scrits fournis à la Garde. Faites-moi connaître s’il y a un cadre d’équi­pages et quand on pourra avoir les 2 ou 300 voitures à atteler avec ces 1,500 chevaux.

 

Paris, 30 décembre 1812.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Monsieur le Duc de Feltre, la Grande Armée sera organisée de la manière suivante :

Le 1er corps, commandé par le prince d’Eckmühl, sera composé de trois divisions, chaque division de cinq régiments, chaque régi­ment de trois bataillons ; les cadres des 4e et 5e bataillons seront ren­voyés en France ; le prince de Neuchâtel attachera à chacune un des trois généraux qu’il aura choisis. Chaque division aura son général, son adjudant-commandant et trois généraux de brigade.

Le 2e corps sera composé de deux divisions au lieu de trois ; le 3e corps sera composé de deux divisions au lieu de trois ; le 4e corps sera composé de deux divisions au lieu de trois ; le 9e corps sera supprimé, et les régiments qui en faisaient partie et qui sont étrangers se joindront à leurs différentes nations : les Westphaliens aux Westphaliens, les Saxons aux Saxons, les Wurtembergeois aux Wurtem­bergeois. Les Français seront incorporés dans les divisions qui en auront le plus besoin.

Tous les régiments français seront réduits à trois bataillons; les cadres des 4e et 5e seront renvoyés en France.

Les divisions Heudelet et Loison resteront comme elles sont ; elles seront attachées aux différents corps jusqu’à ce que l’on connaisse l’état de situation de ce que la Grande Armée aura rallié sur la Vistule.

Les Westphaliens formeront une division, les Bavarois une divi­sion, les Wurtembergeois une division, ce qui formera trois divisions. Les Polonais formeront trois divisions ; le 5e corps ou le corps polo­nais formera sa division. Il sera statué ultérieurement sur l’organisa­tion des corps bavarois, westphaliens et wurtembergeois, lorsqu’on aura l’état de situation. Les quatre régiments de la légion de la Vistule formeront une division et seront attachés au 3e corps.

Cette organisation sera définitivement modifiée aussitôt que l’on aura l’état de situation de ce que l’armée a rallié sur la Vistule. Il est pourtant nécessaire de fixer cette première base, afin d’arrêter l’orga­nisation de l’artillerie et du génie.


 

References

1 Cette lettre et les quatre lettres suivantes sont écrites entièrement de la main de l’Empereur.
2 La minute de cette lettre est tout entière de la main de l’Empereur.
3 La date du 18 est en surcharge, et, selon toute apparence, de la main de l’Empereur.
4 je suppose que les régiments de chevau-légers ont leurs 5e escadrons
5 le 3e de grenadiers