Correspondance de Napoléon Ier – Avril-Mai-Juin 1810

Paris, 3 avril 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le rapport du sieur Laborde. Je n’ai point de difficulté d’accorder des croix d’or et d’ar­gent de la Légion d’honneur aux individus qu’il propose. Quant à la Couronne de fer, je vous dirai confidentiellement que je ne désire pas la donner aux Autrichiens; je préfère leur donner des croix françaises.

Il est question de Mme. Lazawski dans ce rapport, mais c’est un soin qui regarde l’Impératrice, et dont il ne faut pas que le départe­ment s’occupe.

 

Paris, 3 avril 1810

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam

Je ne pense pas qu il soit convenable que vous fassiez une procla­mation à vos peuples. Faites simplement au Corps législatif un mes­sage, qui ne sera pas imprimé, où vous direz que l’indépendance de la Hollande ne peut exister qu’autant qu’elle ne sera pas incompatible avec les intérêts de la France; qu’on ne saurait se dissimuler que la Hollande est située aux débouchés de la France, et que, si l’on ne prend pas à tâche d’éviter ce qui peut contrarier le système de la France, la perte de l’indépendance de la Hollande pourra en être la suite; que l’Empereur, se croyant contrarié par la Hollande dans ses mesures de blocus, avait résolu de la réunir à la France.

Un message de cette espèce n’a pas besoin d’être imprimé : tout le monde connaît la situation de la Hollande.

 

Paris, 3 avril 1810

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Monsieur mon Frère, je ne diffère point à informer Votre Majesté de mon mariage avec l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche. Je ne doute pas qu’elle ne partage la joie que je ressens par suite d’un évé­nement aussi intéressant pour ma Maison impériale et pour le bonheur de mes peuples. Les assurances que Votre Majesté m’en donnera ne pourront qu’ajouter encore à ma satisfaction.

Je saisis avec plaisir cette occasion pour lui renouveler les senti­ments de la parfaite estime et de la tendre amitié avec lesquels je suis, Monsieur mon Frère, de Votre Majesté, le bon frère.

Napoléon.

Même lettre au roi de Bavière.

 

Paris, 3 avril 1810

A Élisa Napoléon, Grande-Duchesse de Toscane, à Florence

Ma chère Sœur, je m’empresse de vous informer de mon mariage avec l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche. Les liens du sang et l’attachement que vous m’avez toujours témoigné me sont un sûr garant que vous prendrez le plus vif intérêt à un événement aussi intéressant pour ma Maison impériale. Vous ne doutez pas du plaisir que j’ai de contribuer à tout ce qui peut vous être agréable, et c’est avec plaisir que je saisis cette occasion pour vous renouveler les assurances de la tendre amitié avec laquelle je suis, ma chère Sœur, votre bon frère.

 

Paris, 4 avril 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, le traité étant échangé avec la Hol­lande, il faut que le Roi nomme un commissaire pour faire la remise du Brabant. Faites part du traité aux ministres de la guerre et de l’intérieur, pour qu’ils fassent prendre possession des provinces cédées, et mandez au ministre de l’intérieur de me présenter un projet de sénatus-consulte pour la réunion de ce pays à la France. Envoyez au ministre des finances une copie du traité, afin qu’il me présente un projet de décret pour porter la ligne des douanes sur la frontière, et pour mettre sous le séquestre toutes les denrées coloniales qui se trouvent dans les provinces cédées, me réservant de statuer sur ce qui sera convenable.

 

Paris, 4 avril 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Due de Feltre, faites connaître au duc de Reggio les provinces hollandaises réunies à la France. Donnez-lui l’ordre de ren­voyer en Hollande toutes les troupes hollandaises qui se trouvent dans cette partie.

Proposez-moi tout ce qui est nécessaire pour l’organisation et l’administration, et ce qu’il faut faire à l’égard du commandement des troupes hollandaises.

Placez les troupes de manière qu’elles gardent les côtes et empêchent la contrebande.

Concertez-vous avec le ministre des finances pour les douanes, et avec le ministre de la marine pour la disposition des chaloupes canon­nières et petits bâtiments, de manière que la contrebande ne puisse avoir lieu.

Écrivez au duc de Reggio que toutes les denrées coloniales qui se trouvent en Brabant soient confisquées; c’est l’opération la plus im­portante de toutes.

 

Compiègne, 5 avril 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Je vous envoie des lettres de la reine d’Etrurie. Il paraît que cette pauvre femme perd la tête. Il est convenable que vous preniez secrè­tement des mesures pour qu’elle ne parte pas, en recommandant qu’on ne fasse pas d’esclandre ni rien qui puisse lui être désagréable.

 

Compiègne, 9 avril 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Je vous renvoie les dépêches du général Suchet. Témoignez-lui mon extrême mécontentement. Il a compromis l’honneur de mes armes et a contrevenu non seulement à mes ordres formels, mais aux premiers principes de la guerre. Sa retraite de Valence ne peut être considérée par l’Europe que comme une grande victoire des insurgés et n’est propre qu’à rehausser la rébellion. Il était bien na­turel de penser que, sans moyens de siège, sans artillerie, il ne pouvait réussir contre Valence, et mon indication était assez précise. Je voulais joindre son corps à celui de Catalogne, prendre Lérida et marcher ensuite, avec des forces immenses, sur Valence. Je blâme cette conduite, qui est tout au moins légère et qui a compromis la réputation de mes armes. A la guerre, le premier principe du général en chef, c’est de cacher ce qu’il fait, de voir s’il a les moyens de surmonter les obstacles, et de tout faire pour les surmonter quand il est résolu. Il est évident que ce n’est pas l’ordre de prendre Lérida qui l’a rappelé de son expédition de Valence, puisqu’il avait reçu cet ordre avant, mais qu’il a reconnu la légèreté de son mouvement lorsque Valence n’a pas voulu ouvrir ses portes.

 

Compiègne, 9 avril 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, vous donnerez ordre au général Duquel de distribuer les vingt escadrons de gendarmerie de la manière suivante : quatre escadrons en Biscaye, quatre en Navarre, six dans la partie de l’Aragon qui est entre l’Ebre et la France, de manière que toutes les vallées, de l’Èbre à la France, soient surveillées, et que cette gen­darmerie puisse correspondre avec la gendarmerie de France; et six dans la province de Santander, de sorte que la correspondance de Vitoria à Bilbao et à Santander soit constamment libre.

Mon intention est que, par l’établissement de ce service, les trois provinces de Biscaye, la Navarre, la partie de l’Aragon qui est entre l’Èbre et la province de Santander, soient parfaitement organisées et soumises à une police régulière. Les six escadrons de la province de Santander feront la police sur les environs de Miranda, de Briviesca et jusqu’à Burgos.

Écrivez au général Suchet que mon intention n’est pas qu’il garde à Saragosse aucun escadron de gendarmerie, mais qu’il les tienne cantonnés dans toutes les vallées de l’Aragon entre l’Èbre et la France.

 

Compiègne, 10 avril 1810

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je vous envoie un projet d’organisation des nouvelles provinces réunies à la France. Réunissez chez vous les présidents des sections du Conseil d’État, de l’intérieur, de la guerre, de la ma­rine, des finances et de la justice, et faites rédiger un projet de décret complet sur l’organisation de ces départements. La division territo­riale me parait bonne; mais il faut désigner les sous-préfectures et les cantons, décider de quelle cour d’appel le pays ressortira, ou, s’il faut en créer une nouvelle, décider le nombre des tribunaux, le nombre des députés au Corps législatif, organiser les collèges, arrê­ter les classes et tout ce qui est du ressort de la marine, enfin régler toutes les parties de l’administration. Je désire que ce travail puisse avoir passé au Conseil et être signé avant le 15.

Le décret contiendra autant de titres qu’il y aura de parties diffé­rentes d’administration. Il faudra parler des affaires ecclésiastiques, régler le diocèse ou consistoire auquel appartiendront les différentes églises. Il faudra dire que les impositions se percevront jusqu’en 1811 comme elles sont établies ; les préfets seront chargés de veiller à leur répartition. Le ministre des finances donnera des ordres pour que les versements aient lieu dans une caisse particulière. Il sera déclaré qu’à dater du 1er mai il ne sera plus fait aucune réquisition et qu’on se comportera comme en pays français. La publication du Code Napoléon se fera le 1er mai. Au 1er janvier 1811, les finances seront administrées comme dans les départements de la France. Le ministre des finances sera chargé de présenter un rapport et un projet de décret sur ce que le pays paye aujourd’hui et sur ce qu’il doit payer.

 

Compiègne, 10 avril 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie un rapport du minis­tre Marescalchi. Parlez de son contenu au prince Kourakine et écrivez au duc de Vicence. Faites-leur comprendre qu’il est contraire à nos principes de gouvernement de voir un sujet servir sous des drapeaux étrangers ; que notre législation est telle, qu’elle ne reconnaît point le caractère de consul étranger dans un sujet, et qu’elle le prive des immunités de ces places ; qu’enfin je désire qu’aucun Français ni Italien ne soit employé dans un service étranger.

 

Compiègne, 10 avril 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je reçois votre rapport sur le clergé de Rome. Je désire que vous me présentiez un projet de travail, 1° pour supprimer les moines et leur donner des pensions; 2° pour astreindre les évêques et chanoines au serment d’obéissance prescrit par le Concordat ; 3° pour réunir les évêchés et paroisses de manière à en réduire le nombre. Ce travail, une fois adopté, servira de règle. On commencera par décréter la disposition relative à la prestation de serment, et successivement toutes les autres. Il faudrait me présenter de pareilles dispositions pour la Toscane, qu’on exé­cutera graduellement, dans le but de supprimer les couvents et de réduire les évêchés et paroisses.

On pourrait dès aujourd’hui décréter que les évêchés de Porto-Santo et de Rufino sont réunis à celui de Rome. Il faut ordonner à monsignor Severoli, évêque de Viterbe, de retourner dans son dio­cèse, et séquestrer ses revenus jusqu’à ce qu’il y soit retourné.

 

Compiègne, 10 avril 1810

Au comte Daru, intendant général de la maison de l’Empereur, à Paris

Monsieur le Comte Daru, au lieu de prendre un décret détaillé pour la galerie du Louvre, je n’ai arrêté que les dispositions indispensablement nécessaires pour donner de l’activité aux travaux actuels. Je manque de logements aux Tuileries, et je désirerais beaucoup en avoir. Je désire connaître quand le pavillon Marsan sera habitable. Je pense que le premier tiers de la galerie sera terminé cette année ; j’ai accordé les fonds nécessaires. Cette partie fournira quelques loge­ments, mais ne pourra pas recevoir un souverain étranger. Je désire avoir habitable le logement de la colonnade de Perrault. Faites-moi un rapport là-dessus. J’ai besoin d’un logement aux Tuileries, et, faute de cela, je suis entraîné à chaque instant dans des dépenses extraordinaires.

 

Compiègne, 10 avril 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Compiègne

Mon Fils, j’approuve la nomination que vous avez faite de d’Anthouard et d’Alberti comme commissaires pour la fixation des limites avec la Bavière. Suivez vivement cet important objet, et faites les actes nécessaires pour la réunion du Tyrol italien et pour son orga­nisation à l’instar des autres provinces du royaume, sous le rapport de la justice, des finances, des impositions, de la guerre, etc. Je ne pense plus à cette affaire, et je m’en repose entièrement sur vous.

 

Compiègne, 14 avril 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, vous trouverez ci-jointe une dépêche télégraphique en date d’hier. Je n’ai pas jugé à propos de la renvoyer au ministre de la marine, puisque cela le regarde moins que vous. Prenez des renseignements sur ce Mackensie (commissaire anglais envoyé pour négocier l’échange des prisonniers). Comme j’ai annoncé à l’Europe, et que je l’ai fait mettre dans le Moniteur, que cette démarche serait un commencement d’ouverture de paix, les Anglais faisant cette démarche, il y a lieu de penser qu’elle est de consé­quence , surtout si M. Mackensie est un homme de quelque habileté. Faites-moi connaître qui je pourrais envoyer. Ce M. Mackensie parle-t-il fiançais ?

 

Compiègne, 14 avril 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, envoyez une copie du procès-verbal qui a été fait lors du traité avec la Hollande au ministre de la guerre, en lui faisant connaître qu’il est secret. Le ministre de la guerre fera là-dessus une note au duc de Reggio pour lui servir de règle.

 

Compiègne, 15 avril 1810

NOTES POUR LE MINISTRE DES CULTES.

Sa Majesté désire que le ministre des cultes rédige sur les affaires du clergé des dispositions générales et complètes, où il n’y aura pas seulement des principes arrêtés, mais où l’on comprendra même toutes les mesures de détail qu’il convient d’adopter. Ce ne sera pas, à proprement parler, un décret, puisqu’il n’aura pas force d’exécu­tion, qu’il ne sera pas remis en minute à la secrétairerie d’État, qu’il ne sera pas expédié et qu’il restera entre les mains du ministre.

Dans ces dispositions générales, on détaillera, par titres, toutes les mesures qu’on pourrait être dans le cas de prendre ; on établira les choses comme elles devraient être et d’une manière absolue, comme s’il n’y avait point de pape, et sans avoir égard ni aux circon­stances du moment ni à des considérations quelconques. On joindra à ce travail les mémoires et les états à l’appui.

Lorsqu’on jugera qu’il convient d’exécuter quelques parties de ces dispositions, elles seront converties en décret, et l’on arrivera successivement au développement du système complet. Ainsi on ne sera plus fatigué par des rapports successifs ; mais, chaque fois qu’il y aura une mesure à prendre, le ministre rappellera ce qui est fait et ce qui reste à faire.

Ces dispositions générales doivent se diviser par territoires et par ordre de matière.

Ainsi on traitera du Piémont, et cette division de territoire se sub­divisera en évêchés, en circonscriptions de paroisses et en mesures relatives aux ordres religieux, qui se divisent en religieux ayant des revenus et religieux mendiants, et en religieuses. S’il n’y a rien à faire en Piémont quant aux ordres religieux, et si toutes les lois sur cette matière ont été publiées dans ce pays, il en sera cependant encore question dans les dispositions générales, et l’on dira que tous les religieux doivent se rendre aux lieux de leur naissance ou dans tel lieu qui sera désigné de concert par l’évêque et le préfet, pour y être à la disposition des évêques, des curés et des desservants. Ainsi les religieux seront utiles à l’administration de l’Église et seront disséminés.

Quant à la Ligurie et aux États de Parme et de Plaisance, il y a dans ces pays des couvents à supprimer. Les évêchés, les chapitres et les paroisses, y sont trop nombreux.

Ces indications suffisent pour faire connaître de quelle manière l’Empereur entend que ce grand travail soit fait. Il doit présenter, sous tous les rapports possibles, l’ensemble des mesures à prendre relativement au clergé.

Le ministre des cultes est invité à traiter cette question : quels sont les moyens à prendre pour effectuer la réduction des évêchés, en restant le plus possible dans l’esprit de l’Église, soit en ne supprimant pas les diocèses, mais en les réunissant, soit en faisant précéder la réduction d’une déclaration portant : qu’il ne doit y avoir que tel nombre d’évêchés; qu’il est de principe que, en matière de circon­scription , si la puissance ecclésiastique est nécessaire, l’intervention de la puissance civile n’est pas moins indispensable.

On doit trouver dans les règles de l’Église que telle population, telle étendue de territoire, est nécessaire pour l’établissement d’un évêché. Il est très probable qu’on trouvera quelque chose à cet égard dans la doctrine des conciles.

Il convient d’écrire à la Consulte de Rome de prendre les disposi­tions suivantes : quinze jours après la publication de l’arrêté de la Consulte, tous les prêtres séculiers, tous les religieux et toutes les religieuses étrangers à Rome se retireront dans leur pays natal. Aussitôt qu’ils seront partis, la Consulte fera prêter serment, en com­mençant par les évêques.

 

Compiègne, 15 avril 1810

DÉCISION.

 

M. le comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, fait connaître à l’Empereur que les projets du pont de Bordeaux ayant été successivement étudiés, s’élèvent aujourd’hui, pour compléter sa solidité, à 4,400,000 francs ; que les entrepreneurs qui s’offraient d’abord à le construire, au moyen d’un péage, se sont retirés. On demande si l’Empereur veut que cette utile construction s’exécute sur les fonds du trésor, sauf à établir un péage qui rendrait plus de 100,000 franc, à l’État. Renvoyé à un conseil d’administration des ponts et chaussées, qui se tiendra cette semaine.

On fera l’analyse du travail, de manière que d’un coup d’œil on voie le système de tarif de l’octroi. On dira combien paiera un homme, un cheval, un âne, une
charrette, un chariot, une voiture, etc. La conclusion du rapport sera que le pont doit être fait par use société ; la caisse des canaux avancera les fonds, les ac­tions seront de 10,000 francs; on les vendra. Ainsi cette dépense ne sera pas à la charge de l’État. L’octroi restera le temps nécessaire pour rembourser la dépense du pont. L’intérêt de l’action sera de 5 pour 100; le surplus sera placé en fonds d’amortissement. Si l’intérêt absorbait le produit, la ville de Bordeaux ferait annuellement sur son budget un fonds d’amortissement, et acquerrait ainsi un pont qui est pour elle de première nécessité. La ville pourrait acheter pour elle les terrains de la Bastide et faire son fonds d’amortissement sur les bénéfices.

Envoyez, avant le conseil, ce  travail, les projets et plans, au général comte Bertrand.

Faire le projet d’un pont à Saint-André de Cubzac sur la Dordogne.

 

 

Compiègne, 16 avril 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris.

Faites-moi connaître si vous avez payé quelque chose à Mlle. d’Or­léans et au prince de Conti pour 1809 et 1810.

 

Compiègne, 16 avril 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez au duc d’Auerstaedt de donner des ordres à Hambourg pour inquiéter et prendre, s’il est possible, le rocher de Helgoland.

 

Palais de Compiègne, 17 avril 1810

DÉCRET.

Article premier. — Il est formé une armée sous la dénomination d’Armée de Portugal. Elle sera composée des 2e, 6e et 8e corps de l’armée d’Espagne, qui conserveront leur organisation actuelle.

Art. 2. — La comptabilité de cette armée sera séparée de celle de l’armée d’Espagne, à dater du 1er mai. Elle aura un chef d’état-major, un intendant général, un général commandant la cavalerie, un général commandant l’artillerie, un général commandant le génie.

Art. 3. — Nos ministres de la guerre, de l’administration de la guerre, du trésor public, notre major général, sont chargés de l’exécution du psent décret, qui ne sera pas imprimé.

 

Compiègne, 17 avril 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vous renvoie un rapport du sieur Denniée. Le roi d’Espagne ne doit être pour rien dans cette confiscation et la disposi­tion des marchandises anglaises en Andalousie. Il n’est que le com­mandant de mon armée. Toutes les marchandises anglaises, toutes les créances anglaises, à quelque titre et de quelque espèce que ce soit, doivent être versées dans la caisse de l’armée. Ce n’est pas avec les troupes espagnoles que le Roi conquiert l’Espagne. Je ne vois pas pourquoi on veut toujours se refuser les moyens de payer l’armée.

 

Compiègne, 19 avril 1810

ORDRES RELATIFS AUX PLACES D’ITALIE.

Place de Palmanova. — II y a une lunette entièrement termi­née, deux autres dont les escarpes et contrescarpes seulement sont unies, deux dont l’escarpe est fondée et élevée à six pieds, enfin quatre autres qui n’ont d’achevé que les contrescarpes. On estime à 600,000 francs la somme nécessaire pour achever les travaux à faire à ces différentes lunettes. A la fin de 1811, elles seraient terminées. On verrait, à cette époque, s’il convient de les fermer toutes à la gorge, ou si 600,000 francs nécessaires à cet objet seront mieux em­ployés à d’autres travaux. Il semble que, à la manière dont le fossé est appuyé à deux traverses casematées, la gorge est assez défendue; il paraîtrait suffisant de la fermer par des palissades, lorsque l’attaque serait décidée pour un front.

Il est nécessaire de terminer une gorge le plus tôt possible, en l’appuyant bien aux deux traverses casematées, afin de pouvoir arrê­ter un budget bien détaillé pour la construction des autres.

La défense d’une place n’est point organisée lorsque tous les éta­blissements militaires ne sont pas à l’abri de la bombe. Il en résulte qu’au premier accident le commandant réunit son conseil de guerre et propose de rendre la place. C’est ainsi qu’avec quelques mortiers et obusiers l’ennemi s’empare d’une place qui, bien organisée, aurait soutenu un long siège. La place de Palmanova est assez forte par elle-même pour se défendre, mais il faut l’organiser et mettre à l’abri tous les établissements militaires. Au moment de l’investissement, il est trop tard pour faire des blindages, à moins que le commandant ne soit un homme d’un caractère ferme ; ce sur quoi on ne doit pas toujours compter. Il faut raisonner dans la supposition qu’il sera un homme médiocre : la ville de Flessingue a été prise, quoiqu’il y eut tous les bois nécessaires pour blinder tous les établissements. Pour que Palmanova puisse remplir son objet, il faut lui donner des moyens d’abri tels qu’au commencement de la guerre on puisse prescrire au commandant le placement de toutes choses.

Sa Majesté désire qu’on lui présente un projet sur ce principe. Elle ne peut accorder plus de 500,000 francs par an et plus de deux millions en quatre ans, 1810 compris. Cette somme devra être ré­partie : 1° pour un magasin à poudre de 500 milliers ; 2° pour des salles d’artifices ; 3° pour deux hôpitaux de 200 lits chacun ; 4° pour des casemates dans un nombre déterminé ; 5° des ateliers pour un magasin d’affûts et trois forges d’artillerie ; 6° un logement pour le commandant d’état-major et les officiers d’artillerie; 7° une manu­tention pour 6,000 rations par jour, avec les magasins pour les farines et pour les blés. Il serait à propos de diviser cet établissement en deux, parce qu’en cas d’accident il y en aurait toujours un qui échapperait.

Place d’Osoppo. — Sa Majesté demande un projet pour une dépense de 500,000 francs à faire en quatre ans, 125,000 francs par an. On pourrait accélérer les travaux et finir en deux ans, afin de garder moins longtemps un atelier.

Il faut établir à Saint-Roch un ouvrage carré de 30 toises de côté, revêtu et ayant un bon fossé. On devra construire à l’abri des obus un corps de garde pour une quarantaine d’hommes, auxquels on assurera les moyens de se procurer de l’eau sous la protection du fort d’Osoppo. Cet ouvrage peut suffire. Il ne sera attaqué que d’un côté. On pourrait faire en avant des ouvrages de campagne dont il serait le réduit. Il faut achever le camp retranché et avoir des bâtiments pour mettre à l’abri un approvisionnement de poudre suffisant.

Le royaume d’Italie achètera le château et le mettra en bon état pour en faire une caserne. Lors des opérations, on pourra y placer les malades ou des objets du matériel de l’armée.

Place de Venise. — Sa Majesté s’occupe d’abord du fort de Malghera. Ce fort, qui est la clef de Venise, doit être une bonne place, d’une capacité suffisante, et ayant toutes les défenses dont elle est susceptible. Il convient de tout faire pour assurer la communication avec Venise, parce que c’est cette communication qui fait sa force; mais il faut aussi qu’elle ait tout ce qui lui serait nécessaire pour se soutenir pendant quinze jours, indépendamment de Venise. On peut faire de ce fort une bonne place à bon marché. Puisqu’il y a de l’eau pour la couvrir de trois côtés, on peut donc se borner à en défendre un seul. L’espèce de bonnet-de-prêtre tracé dans l’intérieur de la place en serait le réduit. Il faut y placer les établissements sous un bon cavalier qui dominerait la campagne. Il parait qu’on peut faire en avant d’une partie de l’enceinte une inondation et un tracé, de manière à protéger le reste et à donner un plus grand développement à la place. Il peut arriver que Mestre devienne un jour le dépôt de toute l’armée d’Italie. Un bon général qui serait obligé d’évacuer la Piave, se jetant sur Venise, pourrait prendre pour protection Malghera, se placer sur le flanc de l’ennemi et l’empêcher ainsi de se porter plus avant. Alors il faudrait que Malghera renfermât tous les équipages de l’armée. Cette place, dans le projet actuel, se trouvant acculée aux marais, un général habile n’oserait pas faire cette opération. Le tracé actuel, qui n’est guère que de 1,000 toises de développement, n’est qu’un tracé de campagne qui ne suffit pas. Il faut revoir ce projet et le mo­difier de manière à donner à la place des propriétés plus étendues et d’accord avec le rôle important qu’elle peut jouer.

Sa Majesté demande qu’on lui présente, pour Venise et ses dépen­dances, un projet de quatre millions à dépenser en quatre ans, y com­pris 1810.

Place de Mantoue. — Il faut achever l’ouvrage de Belfiore pour 300,000 francs, le camp retranché pour 50,000, Saint-Georges pour 700,000, le pâté de la Rotta pour 230,000, le pont opposé à la citadelle pour 100,000, un petit magasin à poudre à Pietole pour 40,000, et appliquer à Pietole le reste des fonds dont on pourra dis­poser. Ces fonds sont fixés pour quatre ans à 1,600,000 francs, ou 400,000 francs par an.

On demandait 4,400,000 francs pour terminer les travaux. Il faut diviser cette dépense et employer d’abord aux travaux indiqués ci-dessus les 1,600,000 francs accordés pour les quatre premières an­nées, y compris 1810.

Sa Majesté désire qu’on lui présente un projet dans ce système, pour lequel on peut s’écarter des proportions de détail établies ci-dessus.

Place de Porto-Legnago.— Il faut faire un projet pour dépen­ser 800,000 francs en quatre an, ou 200,000 francs par an.

Place de Peschiera. — IL faut faire un projet pour employer 600,000 francs en quatre ans, à raison de 150,000 francs par an.

Place de Rocca d’Anfo. — Il faut faire un projet pour employer 400,000 francs en quatre ans, ou 100,000 francs par an.

Place d’Ancône. — On demande un million pour fortifier Montegarnetto. On ne peut accorder plus de 500,000 francs, en quatre ans. Il faut employer cette somme à mettre Ancône en état de soutenir un siège. Les défenses à faire ensuite pour compléter cet ouvrage sont renvoyées au delà de quatre ans. Il en est de même du cavalier du camp retranché. On affectera aux travaux du camp retranché 300,000 francs à dépenser en quatre ans. On emploiera de même à l’enceinte de la ville 200,000 francs en quatre ans. Les dépenses à faire à Ancône pourraient donc être distribuées de la manière suivante : pour le fort de Montegardetto, 500,000 francs; pour un magasin à poudre dans ce fort, 300,000 ; pour l’enceinte de la ville, 200,000 ; pour une forte redoute à la Maison Brûlée, 200,000 ; pour deux magasins à poudre de 100 milliers chacun, 90,000; pour la batterie de l’île, 100,000 ; pour la batterie du Lazaret, 50,000. Ces dépenses iraient à 1,490,000 francs, mais on peut aller à 1,600,000 francs en quatre ans.

On proposera la répartition la plus convenable de cette somme, et on fera ensuite un projet pour le bombardement.

9° Place d’Arcole. — Sa Majesté désire qu’on lui présente un projet en règle, et qu’on prenne, dans toutes les hypothèses, des mesures pour conserver ce qui est fait. Le projet d’Arcole, l’emploi des fonds à accorder pour les différents objets ci-dessus et la suite des rapports sur ces ouvrages à faire dans le royaume d’Italie, seront présentés à Sa Majesté.

RÉCAPITULATION.

 

Palmanova. 2,000,000 francs pour 4 an 500,000 francs par an
Osoppo 500,000            — 125,000 francs –
Venise 4,000,000            — 1,000,000            —
Mantoue 1,600,000            400,000            —
Porto-Legnago 800,00 — 200,000   —
Peschiera 600,000  — 150,000   —
Rocca d’Anfo 400,000            – 100,000            —
Ancône 1,600,000   — 400,000            —
11,500,000   — 2,875,000   —

 

Compiègne, 20 avril 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie le projet du roi de Naples pour l’expédition de Sicile. Mon intention est que mes troupes soient commandées par des généraux français. Le général Cavaignac, n’étant pas à mon service, ne peut commander mes troupes.

Faites connaître au Roi que j’approuve son plan et que je désire qu’il s’occupe de réunir les moyens nécessaires pour l’exécuter.

 

Compiègne, 20 avril 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Comme il est possible que j’aille très promptement à Anvers, à Cadzand et à Flessingue, je vous prie de réitérer les ordres pour que les travaux soient en grande activité, pour que les affûts soient rendus dans ces places, et que le tout soit dans un état satisfaisant de défense. Faites-moi connaître le nombre des batteries qui seront élevées pour la défense de l’Escaut et sur quelle espèce d’affûts, au 1er juin, au 1er juillet, et ainsi de suite jusqu’au 1er octobre. Je suppose que vous avez dirigé un grand nombre d’affûts de côte sur ce point. Il est né­cessaire que les pièces puissent tirer sous l’angle de plus de 30 degrés.

 

Compiègne, 20 avril 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je désire avoir à Ancône, pour l’armement de la côte, soixante bouches à feu, en fer ou en bronze, de 36, de 24 et de 18, montées sur affûts de côte et de siège, qui puissent tirer même sous l’angle de 35 degrés. J’y voudrais également quinze mortiers, dont cinq à plaque. Concertez-vous pour cela avec le royaume d’Italie, qui doit en avoir en suffisance dans ses places. Faites-moi connaître, en cas que les ressources du royaume d’Italie fussent insuffisantes, ce que Turin pourrait fournir, surtout en mortiers à plaque. J’en avais fait fondre l’année passée à Turin.

 

Compiègne, 20 avril 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’approuve les dispositions suivantes pour la démolition des forti­fications de Girone : les trois forts de la Reine Anne, des Capucines et du Connétable, seront démolis ; les fronts de la ville opposés à ces forts, depuis le bastion 33 jusqu’au bastion 34, seront également démolis, et particulièrement les bastions 33, 34, 44, 47, 48 et 49. On démolira ensuite un front de l’enceinte du Mercadal.

Le fort de Montjuich sera conservé.

Vous enverrez à Girone cent cinquante milliers de poudre.

Vous donnerez ordre à la 4e compagnie du 1er bataillon de mineurs, qui se rend à Metz, de continuer sa route sur Girone, où elle sera employée aux travaux de démolition.

J’approuve l’emploi de 50,000 francs, savoir : de 25,000 francs pour achat de 5,000 outils et de 25,000 francs pour frais de démolition. Cette somme sera prise, comme vous le proposez, sur les fonds affectés par l’article 7 du budget du génie pour les dépenses d’années.

 

Compiègne, 20 avril 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous renvoie les instructions du sieur du Moutier (Commissaire français envoyé à Morlaix pour traiter avec M. Mackensie, commissaire anglais, de l’échange des prisonniers) ; elles me paraissent bien, hormis que j’en ai effacé l’autorisation que vous lui donnez d’admettre en compte moins de 17,000 Hanovriens. Il a été fait à ce sujet une capitulation ; elle doit être suivie. Le sieur du Moutier enverra des courriers, et on lui répondra. Il est nécessaire que vous joigniez à ses instructions cette capitulation, qui a été signée par le maréchal Mortier et le comte de Wahnoden. Vous ferez remar­quer qu’elle a été signée par un parent du Roi et l’un de ses princi­paux officiers. Cette capitulation a été mise dans le Moniteur, et vous en trouverez l’original à la guerre. Il est indispensable que le sieur du Moutier en soit muni.

Donnez l’ordre au sieur du Moutier de partir sans délai, et ouvrez-lui un crédit pour les dépenses qu’il sera dans le cas de faire.

 

Compiègne, 20 avril 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, j’ai reçu votre rapport sur les forces françaises, que j’ai dans l’Adriatique. Je m’arrête définitivement au parti suivant. Il sera pris sur les trois bricks que j’ai à Venise la partie d’équipages nécessaire pour armer la Favorite, que ma narine ita­lienne remettra à ma marine française, en tenant pour cet objet un compte double avec la marine italienne. Vous pourrez donner en échange les bricks que vous ne pourrez pas armer. La Caréna est déjà armée et montée par les Italiens ; la Bellone le sera incessam­ment. Ces trois frégates se rendront à Ancône aussitôt que possibel; ce qui, joint à l’Uranie, à la Caroline et aux trois bricks qui sont dans ce port, fera une division de cinq frégates et de trois ou quatre bricks. Vous me présenterez un officier intelligent pour commander, sous les ordres du vice-roi, cette division, qui aura ordre de tenir la mer et de ne pas se laisser bloquer par des forces inférieures. Au mois de décembre, le Rivoli pourra être mis à l’eau; et ces cinq fré­gates pourront recevoir l’ordre de protéger l’entrée en mer du Rivoli, et de rester auprès de lui pendant les trois ou quatre jours que durera son armement. Le Rivoli sera monté par l’équipage de l’Uranie qui, venant avec les quatre frégates à Ancône, viendra en sûreté à Venise et y entrera pour se désarmer. Le Régénératore, monté par les Italiens, viendra à Ancône; ce qui donne l’espoir d’avoir, en 1811, deux vaisseaux, quatre frégates et trois ou quatre bricks à Ancône. Cette force obligera les Anglais à tenir trois vaisseaux pour bloquer ce port.

J’ordonne qu’une quinzaine de mortiers et une soixantaine de pièces de gros calibre soient mis en batterie à Ancône, du côté de la mer. Donnez des ordres pour qu’on vous fasse connaître s’il y a quelque chose à craindre des brûlots, et s’il y a lieu d’établir des chaînes qui ferment hermétiquement le port.

Témoignez mon mécontentement au commandant de l’Uranie de ce qu’il s’est laissé approcher par une frégate sans sortir pour la chasser, quoiqu’il eût une frégate et trois bricks de la marine italienne sous ses ordres. Quant aux bâtiments qui sont à Trieste, on mettra à la disposition du duc de Raguse, pour être armée par la marine illyrienne, la frégate susceptible d’être armée qui est à Trieste, et on dépècera les autres bâtiments, en les mettant, moyennant estimation, à la disposition de la marine italienne, pour être transportés à Venise, en se servant des mâtures, des canons, et de tout ce qu’on en pourra utiliser.

Envoyez copie de cette lettre au vice-roi, en lui faisant connaître qu’il est nécessaire de fortement armer la côte dAncône.

 

Compiègne, 20 avril 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au général Suchet que je suis très mécontent qu’il se soit porté sur Valence au lieu de marcher sur Lérida, ainsi que j’en avais donné l’ordre. Vous lui témoignerez aussi mon mécon­tentement de ce qu’il n’était pas devant Lérida dans les premiers jours de mars. Quand même son artillerie n’eût du être arrivée que pour le 20 avril, il fallait qu’il vint prendre position en avant de Lérida et qu’il poussât de forts partis pour entrer en communication avec l’ar­mée de Catalogne. Il aurait dû laisser une forte division pour obser­ver Valence, contenir le pays et voir les mouvements que l’ennemi pouvait faire en mer. Le général Suchet a été, malgré mes ordres, à Valence; il en est revenu très légèrement; il a compromis ses troupes ; au lieu de remplir la mission dont il était chargé, il a laissé inactive la belle armée que je lui ai confiée. Cette conduite n’a nulle­ment répondu à mon attente. Le duc de Castiglione, dans la marche qu’il vient de faire sur Villafranca le 20 mars, a dû être fort surpris de ne pas trouver de troupes pour appuyer sa droite. Il est indispen­sable que le général Suchet répare ses sottises.

 

Compiègne, 20 avril 1810

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam

Mon Frère, je reçois votre lettre du 18 avril ; je l’ai renvoyée à mon ministre de la guerre. Je ne veux que la stricte exécution du traité. Il faut que l’état-major aille d’abord à Utrecht, pour se porter ailleurs. J’ai chargé, au reste, mon ministre de la guerre de régler tous ces détails avec votre ambassadeur. Quand un traité existe, ce sont les termes de ce traité qui servent seuls de loi, et mon interven­tion n’est plus nécessaire en rien. Toutefois ne doutez jamais de la volonté où je suis de saisir toutes les occasions de vous être agréable.

 

Compiègne, 21 avril 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Les traverses casematées qu’on a projetées pour les digues de Flessingue et Breskens doivent être à l’abri de la bombe, ce qui est facile en chargeant les voûtes de terre. Il ne faut faire de chemin à côté des traverses que pour le passage strictement nécessaire à l’artillerie.

Une des conditions essentielles des traverses, c’est qu’elles ne doivent point être aperçues. Les tirailleurs placés sur la route pourront voir le long de la digue, mais ceux qui sont dedans ne doivent tirer que dans l’étendue d’une place d’armes, c’est-à-dire à peu près à 10 toises. Elles doivent être couvertes, à cette distance, par un massif de terre.

 

Compiègne, 21 avril 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites connaître au roi de Naples et à Corfou que la garnison de Corfou fait partie de l’armée de Naples et que le général Donzelot est sous les ordres du roi de Naples, non comme roi, mais comme commandant de mon armée.

Prenez des mesures promptes et efficaces pour approvisionner Corfou de vivres, de munitions d’artillerie, de canonnière et de tout ce qui est nécessaire pour la défense et le ravitaillement de cette ile. Tâchez surtout d’y faire passer des vivres pour plusieurs années.

Donnez ordre au vice-roi d’y envoyer de Venise et d’Ancône 5,000 quintaux de blé.

 

Compiègne, 21 avril 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, les troupes françaises qui sont en Hollande peuvent rester organisées comme elles le sont aujourd’hui. S’il y a plus de 6,000 hommes, le surplus sera à mes frais. Il est nécessaire qu’il y ait un arrangement de détail qui règle les armes et le traitement des troupes que j’ai en Hollande. C’est un objet qui a toujours été du ressort du département de la guerre.

Gendarmerie. — Chargez le général Lauer d’aller organiser les deux compagnies de gendarmerie des départements des Bouches-du-Rhin et des Deux-Nèthes. J’ai réglé dans le décret d’organisation, que vous devez avoir reçu, le nombre de brigades dont ces deux compagnies doivent être composées. On prendra dans le 1er régiment provisoire de gendarmerie ce qui sera nécessaire pour compléter la compagnie des Deux-Nèthes et former la nouvelle compagnie des Bouches-du-Rhin. Le général Lauer désignera 25 gendarmes et un lieutenant pour le service de l’état-major du duc de Reggio et du corps d’observation de Hollande; le reste sera dissous et rentrera dans les légions.

Artillerie. — Chargez le général Dulauloy de faire l’inspection générale de l’artillerie et d’organiser les places et surtout les côtes. Il désignera les places qui, étant sur les côtes, doivent rester armées, et celles qui sont à désarmer. Il arrêtera leur armement, désignera les magasins, gardes-magasins, ouvriers d’états et autres services de l’artillerie. Les compagnies des garde-côtes doivent être organisées sans délai ; placez-y des officiers français tirés des vétérans, en ayant soin de les prendre parmi ceux qui ont servi dans l’artillerie. Le général Dulauloy fera armer les batteries les plus importantes des Îles. Je désire qu’elles soient armées de canons de fer; on pourra les tirer d’Anvers ou des nouvelles places que j’ai acquises. Pendant le temps qu’il emploiera à armer ses batteries, il vous enverra un travail général que vous présenterez à mon approbation. Le général Dulauloy comprendra dans son organisation le service de l’île de Cadzand et des rives de l’Escaut jusqu’à Anvers. Il correspondra journellement avec vous. Vous désignerez environ 200 canonniers vétérans, tirés de Normandie et de Bretagne, pour faire le service dans ces Iles.

Génie. — Envoyez le général Dejean, premier inspecteur général du génie, organiser lui-même le service du génie dans tous ses dé­tails, constater l’état des places, déterminer leur approvisionnement, reconnaître les employés et mettre enfin le service de son arme en parfait état. Nommez sans délai pour l’artillerie et le génie des direc­teurs et des officiers en résidence, actifs et capables. Mou intention est que les îles de Beveland, de Walcheren et de Schouwen aient un centre de défense qui les mette à l’abri d’un coup de main et des petites expéditions de l’ennemi. Le plan de défense de Flessingue que j’ai arrêté remplit mes intentions pour l’île de Walcheren. J’attendrai le rapport du ministre Dejean et les projets du génie pour approuver les travaux à faire à Nord-Bevelamd et à Schouwen. Faites connaître au général Dejean que, quand il aura arrêté les projets relatifs aux côtes, il visite le tracé et les travaux ordinaires d’Anvers et de Flessingue, et qu’il vous instruise des observations qu’il fera sur ce qui peut m’intéresser. Comme je veux, sous six semaines, visiter moi-même ce pays, je désire trouver tout organisé et n’avoir que des éloges à donner au génie.

Division militaires. — Le département des Bouches-du-Rhin fai­sant partie de la 25e division militaire, il suffira d’avoir un général à Bois-le-Duc, sous les ordres du général de la division. Il sera néces­saire que le général commandant la 25e division et l’ordonnateur se rendent à Bois-le-Duc et à Nimègue, et organisent le service dans leur arrondissement. Le général Dallemagne,  qui commande la 25e division militaire, ne paraît pas capable d’être chargé d’un sur­croît de travail. Mon intention est de donner le commandement de la 25e division militaire au général Puthod. Je n’ai pas besoin de vous dire que sa division sera dissoute, et que ce qui resterait de l’armée du Nord et de l’armée du Brabant doit recevoir une autre destination. Le général d’Hastrel pourra rester pour commander le département des Bouches-du-Rhin. Le quartier général de la 24e division militaire doit se porter à Anvers. Le commandant de la division et l’ordonna­teur doivent visiter leur arrondissement pour y organiser le service. Je désire avoir trois généraux de brigade : un pour l’île de Walcheren, un pour l’île de Sud et Nord-Beveland , et le troisième pour l’île de Schouwen.

Vous avez à nommer un grand nombre de commandants de place. Mon intention est de les prendre parmi ceux qui existent, de même que pour les gardes-d’artillerie et du génie, afin que cet accroissement de territoire ne me soit pas un accroissement de dépense. J’ai dans les places de Flandre, de la Meuse et de la Somme, des comman­dants de place qui me sont parfaitement inutiles et qui me coûtent beaucoup d’argent. J’en ai dans le royaume d’Italie, qui me sont éga­lement inutiles. Le royaume d’Italie a pris assez de consistance pour que les commandants italiens puissent suffire ; proposez-moi donc de les supprimer. Tout cela peut être l’objet d’une économie importante.

Les cinq régiments de ligne qui sont dans le Brabant seront répartis de la manière suivante : trois pour Berg-op-Zoom, Breda, Anvers et les îles, et deux pour le département des Bouches-du-Rhin. Faîtes-moi connaître si à Breda ou à Berg-op-Zoom les fourrages sont bon marché; j’y placerai un des deux régiments de cavalerie que j’ai à Saint-Omer. Vous me présenterez un travail peur les compagnies de vétérans à établir dans les places de Breda, Berg-op-Zoom et autres de la partie du territoire cédé.

A dater du 1er mai, l’armée du duc de Reggio s’appellera Corps d’Observation de la Hollande. Son commandement finira où commence la France. Mon intention est que ce maréchal ne reçoive rien du trésor hollandais ; vous lui ferez toucher le même traitement qu’à la Grande Armée et sur mon trésor.

Faites rendre à la marine les 200 hommes qu’elle a fournis.

La 18e demi-brigade provisoire est suffisante pour l’île de Walcheren, surtout lorsque trois régiments seront si près. N’oubliez pas de me faire dans le mois de juin un rapport pour diminuer encore la garnison de l’île de Walcheren; je préfère courir quelques risques, qui me paraissent chimériques, au mal certain de voir périr mes soldats de maladie. Arrivé au mois de juillet, à moins de circon­stances extraordinaires, mon intention n’est pas de maintenir plus de 600 hommes dans Flessingue. Le régiment prussien et le bataillon colonial sont très propres à ce genre de service.

Douanes. — Le décret que vous aurez reçu vous aura fait con­naître mes intentions sur les douanes. Donnez ordre aux commandants militaires et à la gendarmerie de prêter main-forte pour la saisie de toutes les marchandises coloniales entre mes anciennes et nouvelles frontières et pour empêcher la contrebande. Donnez ordre au duc de Reggio de prendre des mesures pour confisquer les dépôts de mar­chandises anglaises dans les lieux où sont ses troupes, et de s’attacher à empêcher la contrebande et le commerce anglais.

 

Compiègne, 22 avril 1810

Au comte Daru, intendant général de la maison de l’Empereur, à Paris

Monsieur le Comte Daru, je désire avoir cette statue de Pompée, mais la somme demandée me parait bien forte ; voyez s’il n’y aurait pas moyen de l’acquérir à moins.

Napoléon.

 

Compiègne, 23 avril 1810

A Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse, à Berlin

Monsieur mon Frère, les félicitations que Votre Majesté m’a adressées à cette occasion (le mariage de l’Empereur.), dans la lettre qu’elle a chargé le maré­chal comte de Kalkreuth de me remettre, m’ont vivement touché. Votre Majesté ne pouvait choisir personne qui me fût plus agréable, et j’ai été bien aise de pouvoir lui témoigner personnellement mon estime. Je lui ai fait connaître le prix que j’attache aux assurances qu’elle me donne de ses intentions et de ses sentiments. Je ne doute pas que son envoyé ne lui rende un compte fidèle de tous ceux que je lui ai exprimés pour elle, et surtout du désir que j’ai de contribuera sa satisfaction personnelle. Je saisirai toujours avec un nouveau plaisir les occasions de lui renouveler les assurances de la sincère estime et de la parfaite amitié avec lesquelles je suis, etc.

 

Compiègne, 22 avril 1810

A Auguste, duc de Saxe-Gotha, à Gotha

Mon Cousin, je connais trop bien les sentiments que vous avez pour ma personne pour n’être pas persuadé que vous éprouverez une vive satisfaction en apprenant mon mariage avec l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche. Les félicitations que vous m’avez adressées sur cet événement ne pouvaient que m’être très agréables. Je désire qu’il se présente des circonstances qui me permettent de vous donner des preuves de l’intérêt bien sincère que je prends à tout ce qui peut contribuer à votre prospérité et à celle de votre Maison. Je profite avec plaisir de cette occasion pour vous assurer de mon attachement et de ma constante affection.

Même lettre, avec quelques variantes, aux princes de la Confédération du Rhin, à la Confédération suisse, à la ville de Danzig, aux villes de Hambourg, de Lubeck et de Brème.

 

Compiègne, 24 avril 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, j’approuve votre projet de à mes ministres auprès des princes de la Confédération. Recomman­dez-leur, en l’envoyant, de la tenir très secrète, et d’arriver à ce pas avec adresse, sans brusquerie, et sans montrer une prétention qui pourrait compromettre mes intérêts les plus réels.

J’approuve aussi la lettre que vous voulez écrire à M. Didelot pour mes secrètes intentions relativement à la triple alliance (Triple alliance du Nord, d’après la minute : projet d’alliance secrète avec la Suède, le Danemark et le duché de Varsovie).

 

Compiègne, 24 avril 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, j’approuve le congé que vous propo­sez pour M. Derville, mon chargé d’affaires dans le Valais. Dites-lui de venir à Paris, où il pourra être consulté sur les affaires relatives à ce pays; il faudra qu’il se munisse, en conséquence, de tous les renseignements nécessaires. Faites-moi connaître si j’ai lieu d’être satisfait de ceux qui gouvernent actuellement dans le Valais; ce n’est que dans ce cas que je leur permettrai de m’envoyer une députation.

 

Compiègne, 24 avril 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie un portefeuille avec les affaires relatives à la Saxe.

Il me semble qu’on démolit les fortifications de Dresde. Donnez pour instruction à mon ministre de veiller à ce que l’on travaille aux fortifications de Wittenberg; il faut que la Saxe ait une place forte pour y déposer en sûreté ses arsenaux, son artillerie et ses magasins.

Je vous renvoie aussi les affaires de Stuttgart; je n’ai parcouru ces dépêches que légèrement ; s’il y avait quelque chose qui demandât une décision, vous me le feriez connaître.

 

Compiègne, 24 avril 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie toutes les dépêches relatives aux affaires de Hollande, que j’ai trouvées dans vos porte­feuilles.

Demandez au sieur la Rochefoucauld une analyse de l’emprunt de la Prusse, et faites-lui connaître qu’il doit l’encourager de tous ses moyens; que même, s’il le faut, il peut promettre une garantie de ma part, dans le cas où il arriverait des événements supérieurs à la Prusse, et qu’il peut faire mettre dans les journaux du pays tout ce qui peut favoriser l’emprunt de la Prusse. Je n’entendrais pas m’engager à payer l’intérêt, si la Prusse tardait à le payer, mais je m’engagerais volontiers à rassurer contre tout événement de force majeure.

Vous pouvez écrire en Hollande qu’on peut laisser entrer les bâti­ments chargés de sel, s’ils n’ont rien payé aux Anglais.

 

Compiègne, 24 avril 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie toutes les dépêches de Prusse que j’ai trouvées dans vos portefeuilles, depuis le 21 mars jusqu’au 4 avril. Il résulte d’une note de M. de Goltz que la Prusse me doit encore 86,500,000 francs. L’emprunt de Hollande est de 38 millions; il restera donc à trouver 48 millions. Il y a 12 millions de lettres de change protestées de Magdeburg qui sont à payer sans délai. Enfin ces 48 millions, à 5 millions par mois, seraient payés en neuf mois. Un arrangement de cette espèce pourrait avoir lieu, et la Prusse serait libérée. Mais je ne me déferai d’aucune forteresse que lorsque, sur les 86 millions, j’en aurai au moins 50 dans les mains. En économisant et en licenciant ses troupes, la Prusse arri­vera à ce résultat. Je désire beaucoup que vous parveniez à faire avec M. de Kalkreuth ou avec M. de Krusemark une convention dans ce sens, et prendre des mesures pour favoriser l’emprunt de Hollande.

 

Compiègne, 24 avril 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le travail d’Autriche. Présentez-moi un projet de note à M. de Metternich. Vous lui ferez connaître dans cette note que j’accorde volontiers à l’empereur d’Au­triche la permission d’emprunter 30 millions de florins sur le pied de 20 kreutzers, ce qui fait 25 millions tournois. Il pourra ouvrir des emprunts à Paris, à Gènes, à Amsterdam, Francfort, etc., non seulement je l’y autorise, mais vous lui direz que je suis bien aise de donner à l’empereur des preuves de mon désir de lui être agréable, et de favoriser ses projets.

Sur la seconde note, répondez à M. de Metternich que vous êtes autorisé à entrer en négociation sur l’établissement d’une factorerie à Fiume, sur le règlement des relations commerciales entre les pro­vinces illyriennes et l’Autriche, ainsi que sur un traité général de commerce. Concertez-vous sur cet objet important avec M. Aldini et le ministre de l’intérieur, et voyez ce que vous pourrez conclure là-dessus.

Répondez à la troisième note que vous êtes autorisé à conclure un arrangement pour les sujets mixtes de la Confédération, en prenant pour base ce qui a été réglé par les traités pour les autres pays.

Présentez-moi des projets de notes pour M. de Schwarzenberg; vous lui direz que mon intention est que le traité de Vienne soit ponctuellement exécuté pour tout ce qui concerne les provinces illy­riennes. Vous lui ferez aussi connaître que des ordres sont donnés pour que tous les prisonniers de guerre autrichiens soient rendus, et que j’ai demandé un rapport à mon ministre des finances sur l’affaire des frères Kreuzer, ainsi que sur celle du comte Maldonado. Faites-lui également connaître que ceux de mes sujets qui se sont révoltés , en Dalmatie pendant la dernière guerre éprouveront les effets de mon indulgence. Vous écrirez au ministre de la guerre dans le sens de la réponse que vous ferez.

Présentez-moi un rapport sur la réclamation de M. Otto en faveur du comte de Sikingen.

 

Compiègne, 24 avril 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, j’approuve le projet d’instruction pour la remise de Bayreuth. Il faut y ajouter que le général Compans se concertera avec l’intendant de la province pour stipuler la remise des meubles et de tous les revenus arriérés. J’approuve également les instructions de M. Jollivet pour la remise de Fulde et de Hanau.

 

Compiègne, 24 avril 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, répondez à M. de Gallo qu’il est sans inconvénient qu’on nomme en Russie une légation napolitaine, mais que je désire qu’elle ne s’y rende pas. Quant à la cour de Vienne, le Roi ne doit pas y nommer de légation, puisque cette cour ne l’a reconnu que comme roi de Naples, et que la présentation des lettres de créance éprouverait des difficultés qui me seraient fort désagréables.

 

Compiègne, 24 avril 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, j’approuve ce que la Consulte a fait pour l’ancien roi de Sardaigne. Je ne me refuse point à donner un secours fixe à ce prince, mais je désirerais auparavant une lettre ou quelque chose qui me fit connaître ses demandes et ses besoins.

 

Compiègne, 24 avril 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, témoignez mon mécontentement au duc de Castiglione de sa retraite sur Girone. Si, au lieu de rester dans Barcelone au milieu d’actions et de réactions, il avait été à la tête de ses troupes et ne les eût pas confiées à des généraux de peu d’expérience, il aurait jeté Caro dans la mer, balayé tout ce qui était devant lui, et aurait trouvé des vivres dans la plaine de Lérida. Je n’ai point reconnu là le zèle qu’il avait toujours montré pour mon service et pour la gloire de mes armes. Ce n’est point en restant dans les capitales éloignées de l’armée que des généraux en chef peuvent acquérir de la gloire et mériter mon estime.

Donnez ordre au maréchal Macdonald de partir dans le plus court délai pour prendre le commandement de l’armée et le gouvernement de la province. Mettez-le au fait de ce qui s’est passé. Il vous sera facile de lui faire comprendre que le maréchal Augereau, cassé et infirme, au lieu de commander lui-même ses troupes, les a laissées à son frère, officier très médiocre, et qu’il est revenu lorsqu’il y avait encore des ennemis à combattre; que les plaines entre Lérida et Tarragone sont bonnes et abondantes en vivres, et qu’il faut de l’énergie et du mouvement.

Vous trouverez ci-joint le décret qui nomme le maréchal Macdonald commandant de l’armée de Catalogne et gouverneur général du pays.

Après la dénonciation du maréchal Augereau contre le général Duhesme, le consul de France et autres individus, il faut demander des renseignements précis, les noms des membres de la commission formée par le maréchal Augereau, les résultats de l’enquête, les interrogatoires du général Duhesme et des autres prévenus. Il y avait bien autre chose à faire que de réjouir les Espagnols par cette réaction.

 

Compiègne, 25 avril 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites démentir la ridicule lettre que le journal de Francfort me fait écrire au prince Charles. Il faut le faire dans des termes qui ne blessent point l’Autriche, en rendant seulement hommage à la vérité. Invitez le sieur Hédouville à sur­veiller cette gazette qui met tant de bêtises sous mon nom.

 

Compiègne, 25 avril 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il n’y a pas de doute que les Hollan­dais ne doivent payer qu’à dater du 1er avril. Il n’y a pas de doute que les corsaires peuvent prendre les bâtiments en fraude qui seraient dans les rades et passes de Hollande, car, s’il y en avait, mes douanes ont le droit de les aller saisir. Je ne vois donc pas quelle difficulté cela peut faire. Au reste, s’il y a des discussions, elles doi­vent être jugées par moi. La Hollande ne doit point tolérer la contre­bande ; voilà le fait.

 

Compiègne, 25 avril 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il me semble que le traité que vous avez signé le 24 avril avec M. de Taube n’avance rien. Il faudrait savoir ce que donne le roi de Wurtemberg, et il ne peut se dispenser de céder le duché de Nellenburg au grand-duc de Bade. Si la portion de territoire qu’il cède au grand-duc de Bade rentre dans ses Étata et est comme une pierre d’attente pour pouvoir reprendre ce duché, ce sera un sujet d’incertitude et d’inquiétude pour le pays, an lieu d’être un sujet de tranquillité et de consolidation.

 

Compiègne, 25 avril 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie les dépêches de Constantinople et de Perse. Il ne faut pas que mon envoyé à Constantinople montre aucun sentiment hostile contre l’Autriche, à cause de son pavillon. Ce sont des misères auxquelles je ne veux prendre aucun intérêt. Dites à l’ambassadeur turc d’expédier un courrier à Constantinople pour écrire contre les Moruzzi (les Morassi étaient des Grecs, drogmans de la Porte, vendus aux Anglais et  très hostiles à l’ambassade de France) et demander catégoriquement qu’ils soient chassés.

Je vous ai écrit de renvoyer l’ambassadeur de Perse, mais sans mauvais traitement. Vous lui direz que je ne veux pas le voir et que je suis mécontent que la Perse ait fait céder les intérêts de sa politi­que à quelques milliers d’écus qu’ont donnés les Anglais ; que, lorsque l’empereur de Perse voudra renouer ses liaisons avec moi, il devra d’abord chasser les Anglais de chez lui.

 

Compiègne, 25 avril 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur le Comte de Montalivet, vous avez écrit une lettre au prince Kourakine; je vous prie de m’en envoyer copie. C’est, en général, une mauvaise chose que d’écrire aux ministres étrangers, puisqu’il y a des nuances qui peuvent compromettre le cabinet. C’est au ministre des relations extérieures seul à faire ces réponses.

 

Compiègne, 25 avril 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Les commandements d’armes ont été mal divisés ; un général de division commandant d’armes de première classe se trouve obligé d’obéir au général de brigade qui commande le département, et souvent il en résulte de l’incertitude dans le service. Cet inconvénient se fait même sentir pour les places de deuxième classe confiées aux géné­raux de brigade. Je désire, en conséquence, une autre division dans les commandements d’armes, et je vous charge de me faire un rap­port sur cette partie. Désormais aucun général de division ne sera employé comme commandant d’armes, et il conviendra de créer une cinquième classe, qui sera affectée aux capitaines. Quel était autre­fois le système adopté pour le commandement ou le gouvernement des places ? La méthode usitée aujourd’hui n’a-t-elle point été établie dans le cours de la révolution ? Cette méthode est extrêmement dispendieuse en raison des traitements considérables attribués aux grades supérieurs.

 

Compiègne, 25 avril 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Mon intention est de faire une expédition dans les îles Jersey et de charger de cette expédition la division Grandjean. En conséquence, les trois régiments et l’état-major de cette division se rendront de Reims à Cherbourg. Jai à Cherbourg deux vaisseaux de guerre pour protéger cette expédition. Le 5e léger en fera partie, ce qui fera un corps de 7 à 8,000 hommes. J’ai spécialement en vue, dans cette expédition, d’inquiéter les Anglais et de les obliger à tenir beaucoup de monde à Jersey.

 

Compiègne, 25 avril 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, donnez l’ordre au général Rogniat de se rendre devant Lérida pour diriger le siège de cette place. La 4e et la 6e compagnie du 4e bataillon de sapeurs et un détachement de la 4e compagnie du train du génie, conduisant trente-deux caissons chargés de huit à dix mille outils, seront employés au siège de Lérida. La 1e et la 8e com­pagnie du 4e bataillon de sapeurs seront employées au siège de Ciudad-Rodrigo. La 6e et la 9e compagnie du 2e bataillon de sapeurs et les 7e et 8e du même bataillon, avec un détachement de voitures por­tant dix mille outils, se rendront à Madrid. Ce qui reste disponible du train du génie sera réparti entre Lérida, Ciudad-Rodrigo et Madrid, pour être à la disposition de l’armée d’Andalousie. Donnez ces diffé­rents ordres.

 

Compiègne, 25 avril 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre au 1er régiment de marche d’infanterie, composé de détachements appartenant au 1er corps d’armée, qui se trouve dans la Navarre, faisant partie de la division Dufour, de se réunir tout entier et de se rendre à Madrid, où il sera dissous et rejoindra le 1er corps.

Donnez ordre au 43e bataillon de la flottille et à un bataillon d’ou­vriers de la marine de partir de Saint-Sébastien pour Madrid, d’où ils se rendront devant Cadix. J’entends ceux qui ne faisaient pas partie de la Grande Armée.

Donnez ordre à l’autre bataillon de la flottille et à l’autre bataillon d’ouvriers de la marine, ceux qui étaient à Orléans, qui sont à Saint-Sébastien, de se rendre, sous les ordres du colonel Baste, au quar­tier général de Burgos, à la suite de la Garde; ils seront sous les ordres du général Dorsenne. Les uns et les autres seront sous les ordres des généraux qui commandent le génie et feront partie du parc du génie.

Donnez ordre au 5e régiment de marche, qui fait partie de la divi­sion Seras, de se rendre, savoir : le 1er bataillon à Valladolid, où il sera dissous, et les différents détachements envoyés aux bataillons qu’il a au 6e et au 8e corps. Le 2e bataillon sera également dissous; le détachement du 121e sera envoyé à Saragosse ; celui du 122e à la division Bonet, et ceux des 32e et 58e au 8e corps.

Donnez ordre que le 6e régiment de marche d’infanterie, qui fait partie également de la division Seras, soit dissous, et que les déta­chements appartenant au 6e corps, savoir, ceux des 6e léger, 39e, 76e, 59e, 50e, 69e, 82e, etc., se réunissent en une compagnie à Vitoria, et se rendent de là à Salamanque ; que les détachements apparte­nant au 8e corps, savoir, ceux des 65e, 25e, 19e, 70e, 86e, etc., se réunissent en une compagnie et se rendent à leurs régiments pour y être incorporés.

Tous les détachements qui appartiennent aux 1er, 2e, 4e et 5e corps, se réuniront en un corps et se dirigeront sur Madrid.

Le bataillon d’Isembourg et celui du régiment de Prusse se ren­dront à Pampelune pour y tenir garnison.

Le bataillon de marche de la légion de la Vistule sera également envoyé dans la Navarre, où, s’il est nécessaire, le général Dufour sera autorisé à le garder.

Le bataillon badois se rendra à Madrid pour rejoindre son corps.

Je suppose que vous avez donné ordre au régiment d’infanterie du grand-duché de Hesse de se rendre à Vitoria.

Donnez l’ordre à la brigade Lamartinière de se réunir en règle par régiment et de partir pour Madrid, où cette brigade sera dissoute et d’où chaque détachement rejoindra son régiment.

Tous les régiments de marche de cavalerie ont déjà été dissous. Par ce nouvel ordre tous les régiments de marche d’infanterie le sont, et l’armée du Midi se trouvera renforcée d’une grande quantité de troupes.

 

Compiègne, 25 avril 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, le général Dorsenne a l’ordre de se rendre à Burgos pour prendre le commandement de ma Garde, qui est composée de la division Roguet, formée de deux régiments de fusiliers et de tirail­leurs, et de la division Dumoustier, qui, d’Angers, a ordre de se rendre sur Burgos, et qui est également formée de deux régiments de fusiliers et de tirailleurs. Chacune de ces divisions est forte de 6,000 hommes et a huit pièces de canon de bataille, indépendamment de douze pièces d’artillerie légère, qui joindront la division Dumoustier à son passage à Bordeaux ; ce qui portera l’artillerie à vingt-huit pièces. Je donne ordre aux lanciers de Berg et aux chevau-légers polonais de se réunir à Bayonne ; ce qui, joint aux deux régiments de chasseurs, dragons et grosse cavalerie, portera la cavalerie à 2,500 hommes. Je donne ordre au général Lepic d’aller prendre le commandement de cette cavalerie. Vous donnerez ordre au général Dorsenne de correspondre avec vous et de ne recevoir d’ordre que de vous. Il occupera Burgos, Aranda, et maintiendra la communication avec Santander, Vitoria et Santo-Domingo. Vous lui donnerez le commandement supérieur de la province de Burgos. J’ai joint à ma Garde un corps de marins, commandé par le colonel Baste, et un corps d’ouvriers de la marine; ce qui portera ce corps à 16 ou 17,000 hommes. Vous donnerez pour instruction au général Dor­senne que, en cas que les Anglais marchent contre le duc de Rivoli, il est maître de marcher à son secours ; mais que, hors ce cas-là, il doit s’appliquer à maintenir la tranquillité sur le Douro et jusqu’à Santander, faire des colonnes pour protéger les communications avec la Navarre et pour maintenir sa communication avec Valladolid. Vous donnerez ordre au général Dorsenne d’être rendu le 12 mai à Burgos, d’avoir toujours 500,000 rations de biscuit pour marcher avec la Garde, de faire augmenter la défense du fort de Burgos, et de mettre tout dans la meilleure situation de défense et de tranquillité dans les pays environnants. Vous joindrez à ma Garde le bataillon de Neuchâtel et la compagnie des guides de l’armée. J’ai donné ordre que les 3e, 4e et 7e demi-brigades provisoires, avec le régiment d’infan­terie du grand-duché de Berg, sous les ordres d’an général de brigade, partent pour Bayonne, et de là pour Vitoria. Vous me ferez connaître le jour où arrivera cette demi-brigade d’arrière-garde, pour que je lui donne de nouveaux ordres.

 

Compiègne, 25 avril 1810

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la cavalerie de la garde impériale, à Paris

Mon Cousin, je désirerais augmenter les dragons, chasseurs et grenadiers de ma Garde en Espagne, en prenant dans mes vélites des hommes qui ont peu fait la guerre et qui ont besoin de la faire pour acquérir de l’expérience, de sorte que je n’aurais à Paris que de vieux chasseurs, grenadiers et dragons. Je remplacerai les vélites par la voie de la conscription, au lieu que mes vieux soldats me seraient plus difficiles à remplacer.

 

Compiègne, 26 avril 1810

Au comte Defermont, intendant général du domaine extraordinaire de la couronne, à Paris

Monsieur le Comte Defermont, je vous envoie des pièces par lesquelles le roi de Westphalie demande que tous les domaines réservés en Westphalie et en Hanovre soient mis à sa disposition, à la charge par lui de rembourser les donataires en bons, qui s’éteindraient successivement comme ceux stipulés par le dernier traité. Les domaines réservés s’élèvent pour la Westphalie à environ 6,975,000 francs, pour le Hanovre, d’après le décret de ce jour, à 4,494,000; ce qui fait un total approximatif de 11,469,000 francs de revenu. Sur ce fonds, il me reste encore à disposer, savoir : en Westphalie, de 177,900 francs environ ; en Hanovre, restant de crédit de la 4e classe, réduit par le décret de ce jour, 398,690; total du revenu qui est encore disponible, 576,590 francs.

Je consens à ce que tous les domaines qui n’ont pas encore été distribués soient rétrocédés au Roi, moyennant le payement de leur valeur, calculée au denier vingt, en bons de 10,000 francs, portant intérêt à 4 pour 100 et payables de six mois en six mois chez un banquier à Paris ; de sorte que désormais, au lieu de donner des domaines en Westphalie ou en Hanovre, je donnerai de ces bons.

Quant aux domaines que j’ai déjà distribués, beaucoup de dona­taires n’ont pas encore été mis en possession ; je désire que vous m’en remettiez le relevé. A l’égard de ceux-là, je ne vois pas de difficulté à ce que vous stipuliez pour eux les mêmes conditions de rétroces­sion que pour les domaines dont je n’ai pas encore disposé.

Enfin, quant aux biens dont les donataires sont actuellement en possession, le domaine extraordinaire pourrait consentir à ce que tout donataire qui voudrait remettre son lot au Ri pût le faire aux mêmes conditions de remboursement que les précédents. Ainsi, par exemple, pour un individu ayant 4,000 francs de revenu, le Roi donnerait huit bons de 10,000 francs, représentant un capital de 80,000 francs, ces bons portant intérêt à 4 pour 100, payables chez un banquier à Paris, et remboursables d’année en année, de manière que le total du prix serait remboursé en vingt années.

Dans l’état actuel des choses, il y a 11,469,000 francs de revenus réservés, tant en Westphalie qu’en Hanovre. Je calcule que cette somme se distribue de la manière suivante : en dotations au-dessus de 4,000 francs, 7,284,000 francs; en dotations de 4,000 francs, 2,340,000; en dotations de 2,000 francs, 892,000 ; restant à dis­tribuer, 576,000; total, 11,092,000; restant employés en complé­ment de dotation, 377,000; total égal, 11,469,000 francs.

Il ne serait pas avantageux aux donataires qui ont plus de 4,000 fr. d’entrer en arrangement avec le Roi, et ce traité ne peut être admis­sible que pour ceux qui ont 4,000 francs et moins de 4,000 francs, ou dont le revenu serait trop faible pour supporter des frais d’admi­nistration. En supposant donc que tous ceux qui ont 4,000 francs et au-dessous consentissent à s’arranger, cela ferait environ 3,630,000 francs de rente que le Roi acquerrait moyennant 7,260 bons de 10,000 francs, remboursables en vingt années, à raison de 363 bons par année, et de plus le payement de l’intérêt à 4 pour 100 ; ce qui ferait, pour la première année, le payement d’un intérêt de 2,904,000 francs.

Il faudrait de plus établir dans ce traité deux classes : 1° la classe de ceux qui sont actuellement en possession et qui accèdent au traité ; ils doivent conserver hypothèque spéciale sur leur bien, et le Roi doit s’engager à ne pas vendre ce bien jusqu’à ce que le remboursement en ait été entièrement acquitté, afin qu’en cas d’un événement quel­conque ces propriétaires conservent toujours leur gage; 2° quant à la partie qui m’appartient ou dont les propriétaires n’ont pas encore l’investiture, il faudrait assigner une hypothèque spéciale et générale sur tous les biens.

Négociez cet arrangement avec le ministre des finances de Westphalie, afin quà mon retour d’Anvers vous puissiez signer. Si vous avez besoin de renseignements, demandez-les par courrier extraor­dinaire, et mettez de l’activité dans cette affaire. Consultez ceux des acquéreurs qui sont ici et qui ont 4,000 francs. Enfin rendez-moi compte des progrès de cette négociation , et ne signez rien sans m’a voir présenté le traité.

Vous recevrez de la secrétairerie d’État un décret par lequel je viens de lever toutes les difficultés sur les dotations du Hanovre.

 

Compiègne, 26 avril l810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vous renvoie toutes les pièces de la correspon­dance d’Espagne. Faites-en faire un extrait pour le Moniteur, que vous me montrerez demain à Saint-Quentin avant de l’envoyer. Vous mettrez sous le titre de Siège de Cadix le journal de ce siège, depuis le commencement jusqu’aujourd’hui ; s’il y a quelque chose d’incon­venant, vous le supprimerez ; sous le titre de Comptes journaliers des escarmouches et affaires peu importantes qui ont eu lieu dans les diffé­rentes parties de l’Espagne, le rapport succinct des affaires de Malaga, de Ronda, des petits débarquements des Anglais, de la petite affaire du général Foy, de la reconnaissance dans le nord du général Sainte-Croix, de la marche du général Suchet sur Valence (en imprimant les pièces qui ont été émises à cette occasion), des affaires du géné­ral Bonet. Il faut nommer les officiers qui se sont distingués, car, quoiqu’ils aient eu part à des affaires peu importantes, ils n’en ont pas moins risqué leur vie. D’ailleurs cela donnera des connaissances sur les affaires d’Espagne.

 

Compiègne, 26 avril 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au roi d’Espagne que je suis instruit qu’il fait renvoyer les aigles retrouvées à Bailén par le général Dessolle; que cela ne m’est pas agréable ; qu’il doit charger de cette mission un simple officier, un capitaine ou un lieutenant-colonel, mais non un officier du grade du général Dessolle, qui est nécessaire en Espa­gne. Si le général Dessolle était déjà parti, prévenez le général Belliard pour qu’il le retienne et l’empêche de passer Madrid, en lui faisant connaître mes motifs.

 

Compiègne, 26 avril 1810

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam

Je pars demain pour Anvers; j’irai jusqu’à Flessingue et la fron­tière. Je désire que vous me fassiez passer les prospectus de l’emprunt de Prusse et me fassiez connaître à quel taux emprunte la Prusse, et s’il réussira, les époques de payement, etc. Tout cela écrit, non pas en argot de commerce, mais de manière que je le comprenne.

 

Compiègne, 26 avril 1810

A Hortense Napoléon, reine de Hollande, à Amsterdam

Ma Fille, j’ai reçu votre lettre. Je suis bien aise que vous soyez arrivée avec vos enfants en bonne santé. Je pars demain pour Anvers, où je serai le 1er mai; j’aurai là de vos nouvelles. On m’assure que vous êtes contente du Roi et de la Hollande, ce qui me fait grand plaisir.

 

Compiègne, 26 avril 1810

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Paris

Mon Frère, je viens de donner des ordres relatifs à vos différentes affaires. Je n’ai pas de renseignements assez détaillés sur l’arriéré du Hanovre; je vais m’en faire faire le rapport. Je crois qu’on demande 14 millions; je saurai si cette somme est véritablement due, et dans tous les cas je suis disposé à la réduire et à traiter favorablement votre pays. J’ai accordé sur les revenus domaniaux en Hanovre la déduction de tous les produits qui étaient étrangers aux domaines.

J’ai réduit les dotations assignées sur ces revenus, de manière à faire disparaître le déficit. Enfin j’ai autorisé l’intendant général de mon domaine extraordinaire à entrer en arrangement avec votre ministre des finances pour la vente des domaines qui m’appartiennent encore ou qui appartiendraient à des individus ayant des dotations de 4,000 francs et au-dessous. Quant aux biens qui sont actuellement en la possession des donataires, je n’y puis rien. J’ai donc fait en cela tout ce que vous désiriez.

 

Compiègne, 26avril 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, je désirerais que vous vinssiez à Anvers de votre per­sonne pour voir l’escadre et les localités, qu’il est bon à votre âge de connaître. Je ne sais pas si vous avez vu Boulogne depuis que j’y ai fait construire une flottille. Je compte être à Anvers le 1er mai. Tâchez d’y être du 3 au 4. Cependant, comme ce voyage n’est que pour votre instruction, faites là-dessus ce qui vous conviendra.

 

Compiègne, 28 avril 1810

A L’Impératrice Joséphine, au château de Navarre

Mon amie, je reçois deux lettres de toi. J’écris à Eugène. J’ai or­donné que l’on fit le mariage de Tascher avec la princesse de la Leyen.

J’irai demain à Anvers voir ma flotte et ordonner des travaux. Je serai de retour le 15 mai.

Eugène me dit que tu veux aller aux eaux; ne te gênes en rien. N’écoutes pas les bavardages de Paris; ils sont oisifs, et bien loin de connaître le véritable état des choses. Mes sentiments pour toi ne changent pas, et je désire beaucoup te savoir heureuse et contente.

 

Laeken, 30 avril 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je reçois votre lettre du 29 avril.

La communication du commissaire anglais avec l’Angleterre, par parlementaire, est de droit commun. Je ne vois pas de difficulté non plus à ce qu’il communique avec ses parents et amis qui sont prison­niers en France.

Écrivez à M. du Moutier qu’il ne doit remettre aucune note par écrit que la minute ne vous en ait été soumise et qu’elle ne vous ait été renvoyée approuvée.

Vous pouvez faire répondre par votre chef de division, en réponse à la lettre du 22 avril du commissaire anglais, qu’il est probable que, sa négociation une fois terminée, il n’y a aucune espèce de difficulté à ce qu’il se rende à Paris.

Je vous envoie un projet de note à présenter par M. du Moutier. Il vous sera facile de lui expliquer l’esprit et le sens de cette note. C’est le commissaire anglais qui en a donné la première idée : mettre les prisonniers des deux masses belligérantes en liberté à la fois est une grande idée. Nous n’avons pas seulement des prisonniers en An­gleterre ; nous en avons aussi au pouvoir des gouvernements de Cadix, de Valence et dans les trois îles d’Espagne. Je ne puis donc renvoyer tous les prisonniers espagnols qui sont en France sans qu’on me ren­voie les prisonniers français qui sont dans ce pays. Nous évaluons à 10 ou 12,000 les prisonniers qui restent au pouvoir des Espagnols, et nous avons plus de 40,000 Espagnols. La proposition à laquelle nous adhérons est donc toute contre nous. Vous remarquerez que nous renvoyons en masse les prisonniers français et anglais, parce que les deux nations traitent directement et loyalement. Nous n’irons à craindre aucune réticence; il n’en est pas de même avec les Espa­gnols , qui ont des gouvernements révolutionnaires qui n’offrent au­cune garantie. Le gouvernement serait responsable du refus des juntes espagnoles, puisqu’il est comptable de tous les Français.

Nous ne pouvons nous dissimuler que ce commissaire anglais pourra, après avoir reçu les prisonniers anglais, puisque le nombre des prisonniers français est plus considérable, demander en compen­sation une certaine quantité d’Espagnols. S’il faisait cette proposition et qu’il y tint, il n’y aurait pas d’inconvénient, sans entrer dans la discussion des Hanovriens pris avant la guerre ni dans la distinction des rangs, de faire une note et de dire que, indépendamment des Anglais qu’on remettra directement en Angleterre, on y remettra éga­lement 10,000 Espagnols. Par ce moyen, on éviterait toute discus­sion , et supposé que les gouvernements révolutionnaires d’Espagne ne voulussent pas renvoyer les Français, l’Angleterre aurait eu l’équi­valent de son échange.

Il me semble que cette manière de présenter la question, en divisant les principes d’exécution, est grande et avantageuse aux deux puissances.

Enfin, si l’on voulait prendre les mêmes errements qu’en 1780, nous y consentons, et, si, au lieu d’argent, on veut des Espagnols, nous y consentons encore.

Vous devez faire observer au sieur du Moutier qu’il est possible qu’il n’y ait que 5 à 6,000 Hanovriens dans les rangs anglais; mais par les rapports des prisonniers faits dans les armées des généraux Stuart, Moore et Wellington, nous savons qu’un grand nombre de prisonniers de la capitulation du Hanovre sont morts dans les hôpi­taux ou ont été tués, que d’autres font partie d’expéditions éloignées; qu’ainsi le calcul de 3 à 4,000 n’est pas admissible; que le principe de prendre des individus anglais voyageant est une conséquence des principes du droit maritime anglais, qui prend des négociants, des marchands, même de simples passagers ; que, sans entrer dans des discussions d’individus, il est plus naturel de trancher la question en évitant cette difficulté.

Si ce projet ne convenait pas au gouvernement britannique, le sieur du Moutier en présenterait un autre basé sur le cartel de 1780.

Préparez ces dépêches. Vous me les lirez demain matin, et vous les ferez immédiatement partir par un courrier extraordinaire pour Morlaix.

PROJET DE CARTEL.

  1. Tous les Français, Italiens , Napolitains, Hollandais, Russes, Danois et autres sujets alliés, amis ou au service de France, qui seraient retenus en Angleterre, en Espagne, en Sicile, en Portugal, au Brésil ou dans tout autre pays allié de l’Angleterre, dépendant de Sa Majesté Britannique ou occupé par ses armées, sans considération de grade ni de qualité, seront mis en liberté.
  2. Tous les Anglais, Siciliens, Portugais,   Espagnols,  Hanovriens, sujets ou au service de ces nations, seront mis en liberté et renvoyés chez eux de France, d’Italie, de Hollande, de Russie et de tous les pays alliés ou dépendants de la France ou occupés par ses armées.
  3. Les deux articles précédents recevant leur exécution, il ne restera plus de prisonniers pour raison de guerre des deux masses belligérantes dans les uns et les autres pays.
  4. L’exécution de ces articles aurait lieu de la manière suivante:

1° Tous les prisonniers français ou du royaume d’Italie qui sont retenus en Angleterre, à Malte, en Sicile, seront transportés sur le point le plus près de la côte de France, et la remise en sera faite à des commissaires français nommés à cet effet.

Tous les Anglais retenus en France, de quelque grade et sous quelque dénomination que ce soit, comme prisonniers de guerre, seront mis en liberté, et remis sur le point le plus près de la côte d’Angleterre à des commissaires anglais nommés à cet effet.

2° Tous les Hanovriens faisant partie de l’armée de Hanovre qui ont été ou sont au service de l’Angleterre ne seront pas inquiétés dans leurs biens; ils seront censés échangés ou l’avoir été, et ceux actuel­lement existant en Hanovre seront déliés de l’obligation que leur imposait la capitulation.

3° Tous les Français retenus en Espagne ou dans les pays apparte­nant à l’Espagne seront mis en liberté; la libération en sera faite entre les généraux français et les commandants des villes qui leur seront opposés. La remise pourra avoir lieu, ou par renvoi par mer dans un des ports de Toulon ou de Rochefort, des individus retenus dans les différentes villes d’Espagne et dans les Îles, ou par le renvoi aux avant-postes des différents corps de l’armée française en Espagne.

La remise des Espagnols prisonniers en France aura lieu, soit par le renvoi en masse en Angleterre, par 1,000 hommes, au fur et à mesure que les Français auront été rendus par les gouvernements espagnols, soit par le renvoi dans les différentes villes d’Espagne. La France s’engage, lorsque tous les prisonniers français auront été remis, à renvoyer le surplus des Espagnols sans échange, de sorte qu’après l’exécution du présent article il ne reste en France aucun prisonnier de guerre espagnol.

4° Le même procédé sera suivi pour les prisonniers portugais et siciliens.

5° Le gouvernement britannique s’entendra, pour l’exécution de ces principes, avec les gouvernements russe et danois, en ce qui les concerne;

6° Des commissaires seront nommés de part et d’autre, l’un pour résider à Londres et l’autre à Paris, pour tenir la main à l’exécution des dispositions du présent cartel et pourvoir à tout ce qui pourrait survenir.

Anvers, 3 mai 1810

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam

J’ai reçu votre lettre du 29 avril sur l’emprunt de la Prusse. Je vous prie de faire des recherches et de m’envoyer tous les quinze jours, un bulletin qui me tienne instruit de la marche de cette affaire ; car je voudrais fort être payé de ce que me doit la Prusse, pour retirer mes troupes d’Allemagne et les faire venir à Boulogne.

 

Anvers, 3 mai 1810

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam

Je vous prie de m’envoyer les sondes de l’Escaut oriental et surtout des passes à la mer; j’en ai besoin le plus tôt possible.

J’ai fait lancer des vaisseaux hier. Déjà mon escadre se porte à l’embouchure de l’Escaut; ma flotte de Toulon, forte de 18 vaisseaux, dont 5 à trois ponts, est en appareillage; un convoi considérable et 3 vaisseaux de 80 sont à Cherbourg pour menacer les îles de Jersey; je fais armer ma flottille de Boulogne; enfin je mets tout en mouvement pour tenir en échec les Anglais.

Il me tarde de savoir quand vous mettrez vos 9 vaisseaux en rade.

Si vous avez des généraux et des officiers de marine de quelque valeur, qui ne soient pas employés à votre service, je pourrais peut-être leur donner de l’emploi.

Je vous envoie cette lettre par un officier d’ordonnance. Si votre escadre est en rade, je vous prie de l’autoriser à aller la voir pour m’en rendre compte. Si elle n’est pas en rade, faites-moi connaître quand elle y sera.

 

Anvers, 4 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je ne vois point de difficulté à ce que le prince de Saxe-Cobourg fasse remettre le corps du prince Louis de Prusse à ceux qui le demandent à Berlin.

Il est nécessaire de presser pour que le roi Gustave IV aille en Suisse. Je pense qu’il y aurait de l’inconvénient à le laisser demeurer si près de Carlsruhe.

.Je ne vois pas de difficulté à ce que vous signiez les trois traités avec les grands-ducs de Bade, de Hesse-Darmstadt et de Würzburg; mais cela n’avance à rien, puisque ce sont des traités les uns sur les autres. Il serait beaucoup mieux de spécifier les choses. Terminez donc d’une manière ou d’autre ces affaires d’Allemagne.

Il devient très important d’avoir des explications sur les affaires de Suède avec le ministre suédois qui est à Paris.

Il faut demander que le député du canton d’Appenzel qui a été compromis ne vienne pas à la Diète.

Entendez-vous avec le ministre de la police pour présenter un projet de décret tel que le désire l’Autriche. Il faudrait qu’il fut conçu de manière que ceux qui sont en Angleterre fussent exceptés.

Répondez au ministre de Wurtemberg que toutes les autorisations nécessaires lui seront données, et entendez-vous également avec la police pour que les déserteurs wurtembergeois retournent à Stuttgart.

Je ne vois pas de difficultés que vous donniez l’autorisation au sieur La Rochefoucauld de se rendre à Paris en congé. Il laissera son secrétaire de légation comme chargé d’affaires. Vous écrirez au secrétaire qui restera comme chargé d’affaires à La Haye de faire connaître que je ne désire avoir à Paris qu’un chargé d’affaires de Hollande.

Cette modification ne sera faite que quand le sieur la Rochefoucauld sera parti.

Vous ferez faire la même notification à Naples. Mon intention est de n’y avoir également qu’un chargé d’affaires et pas d’ambassadeur.

Je vous envoie une copie de la lettre de M. du Moutier au ministre de la marine et celle qu’il vous écrit. Cette dernière est dans un des portefeuilles.

J’ai lu avec attention les deux lettres de mon chargé d’affaires en Suède. Causez longuement avec le ministre suédois à Paris des affaires de ce pays, afin de bien comprendre le système de la Suède.

Discutez le traité, et faites-lui entendre que je n’admets jamais qu’on ne tienne pas les traités qu’on fait avec moi.

Faites passer cette lettre au roi de Saxe.

 

Anvers, 4 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Présentez-moi un projet pour accorder des congés à la moitié des officiers et au tiers des sous-officiers et soldats de la division de cuirassiers que commandait le général d’Hautpoul, qui est mise sur le pied de paix, ainsi qu’à la division du duc de Padoue et à la division des carabiniers et cuirassiers du général Bruyère, lorsqu’elles seront arrivées dans leurs cantonnements. Cette grosse cavalerie ne pouvant servir que dans la grande guerre, je ne puis l’employer dans la guerre d’Espagne, ni dans d’autres guerres de cette nature. Je ferai donc une économie notable en donnant des congés pour six mois aux soldats, et je ne verrais pas de difficulté d’accorder des congés aux officiers pour onze mois. Vous pouvez étendre la même mesure à chacun des régiments qui sont à l’armée d’Italie ou en Piémont. Comme je suis porté à croire que je n’emploierai point ces cadres en Espagne, quoi qu’il arrive, et que de longtemps ils ne seront remis sur le pied de guerre en Italie, je pourrai leur accorder des congés.

 

Anvers, 4 mai 1810

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde

J’ai reçu la lettre de Votre Majesté du 18 avril. Je ne puis qu’être satisfait de tout ce qu’elle trouve utile pour la princesse Amélie (Il y avait un projet de mariage entre la princesse Amélie de Bade et l’Archiduc Charles d’Autriche).

Dans la situation actuelle des choses, je ne pourrais en concevoir aucun ombrage politique.

 

Anvers, 5 mai 1810

NOTE.

Le ministre de l’intérieur présentera un projet de décret pour ordonner l’ouverture du canal de Mons à Charleroi. Ce canal coûtera 6 millions de francs: 3 millions seront fournis par l’imposition sur le département de 150,000 francs pendant vingt ans; 3 millions seront versés par la caisse des canaux. Ce canal appartiendra en conséquence à la caisse des canaux, qui, lorsqu’il sera terminé, le vendra pour rentrer dans ses fonds. La caisse des canaux fera, cette année une avance de 100,000 francs. Les fonds de l’année prochaine seront fixés au budget pour 1811. Le ministre de l’intérieur, avant le travail du budget, fera un rapport sur l’exécution et présentera les fonds.

A cette occasion Sa Majesté fait observer qu’il est urgent d’avoir un caissier des canaux des fonds de différentes natures. L’objet devient compliqué et exige une attention spéciale. Le caissier des canaux serait sous les ordres du caissier général des ponts et chaussées.

 

Anvers, 5 mai 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à paris

Monsieur le Comte Mollien, je vois dans votre rapport du 2 que vous pensez que la banque a trop d’actions et pas assez de comptables. Je pense comme vous; mais la raison en est que la Banque ne remplit pas son titre et reste banque de Paris au lieu d’être banque de Franc. Je suis intimement persuadé que 200 millions de billets qu’elle mettrait en émission ne suffiraient pas, si elle voulait remplir le but de son institution avec plus d’étendue et d’utilité pour les provinces de France. Pourquoi n’escompte-t-elle pas à Valenciennes, à Cambrai, à Saint-Quentin, à Lille (Par exemple, à Saint-Quentin, elle a un correspondant qui lui envoie le papier qu’il trouve, tous les trois mois, pour l’escompter à 4 pour 100; mais il prend 1/2 pour 100 de commission pour trois mois, ce qui fait 6 pour 100. A Valenciennes, la Banque n’a pas de correspondant. A Anvers, elle en a un qui, depuis six mois, ne fait rien. Il est connu que c’est un juif, lequel faisait bien escompter à la Banque à 4 pour 100, mais qui prenait le plus de commission qu’il pouvait. La Banque répond à cela que, lorsqu’elle reçoit de bons papiers ayant pour troisième signature celle de son correspondant, elle escompte. Il est facile de voir combien cette raison est insignifiante. Ayez avec le gouverneur et le sous-gouvemeur de la Banque une conférence pour porter à 200 millions la masse des actions et pour faire mettre en émission les 15 millions qu’elle a en portefeuille. Mes volontés ne sont pas exécutées quand la Banque a 15 millions d’actions en réserve, au lieu de les mettre en circulation. Je désire établir l’escompte des billets à Rome et à Lyon, et avoir quatre autres succursales de cette espèce. Ces six succursales, l’une portant l’autre, peuvent soutenir 5 millions de papier; cela fait 30 millions. Je désire que, dans les villes de France où il y a une chambre de commerce et autres qui seraient désignées, ce qui peut aller au nombre de trente ou quarante, la Banque ait, non un correspondant, mais un commissaire; que ce commissaire soit autorisé à prendre du papier à 4 pour 100, n’ayant d’autre commission qu’un dixième pour trois mois, selon l’usage adopté dans les villes des départements, et ne pouvant augmenter l’intérêt, de plus de 1/2 pour 100 par an. On aurait alors de l’argent à volonté à 4 et 1/2 pour 100 par an. En prenant ces mesures, la Banque aurait bientôt 200 millions d’actions, et elle remplirait son titre et son but. En Piémont, l’intérêt est immensément cher; il y a des manufactures, des maisons de commerce, et le Piémont seul peut soutenir 20 millions de papier.

Occupez-vous de cela, et présentez-moi un projet de décret ou une délibération de la Banque dans ce sens. Il faut, l° que, dans toute l’étendue de l’Empire, on trouve de l’argent contre de bonnes valeurs à 4 pour 100 et à 1/2 pour 100 de commission par an; 2° que toutes les actions de la Banque soient mises entre les mains des particuliers, et que la Banque ne puisse, sous quelque prétexte que ce soit, en retenir aucune, afin d’éviter le jeu d’agiotage auquel participent souvent les premiers membres de la Banque, qui sont les régents. S’il y a dans toute l’étendue de mon Empire des provinces où, avec de bon papier, on ne puisse se procurer de l’argent à 4 pour 100 et 1/2 pour 100 de commission par an, je m’en prendrai à la Banque, qui manquera au but de son institution, qui ne réalisera pas mes espérances, et qui perdra ses droits à la faveur que je lui avais accordée en la faisant jouir d’un si grand privilège.

 

Anvers, 5 mai 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vois dans la note que vous avez remise au prince de Neuchâtel, sur la solde des 8e, 2e et 6e corps de l’armée d’Espagne, que vous avez payé ce qui était dû au 8e corps, et que vous donnez ordre que la solde des 2e et 6e corps soit alignée.

Je pense que vous vous serez fait rendre compte des fonds que les 2e et 6e corps se sont procurés dans le pays. Il faut que, dans votre correspondance avec les payeurs de ces corps, vous leur fassiez comprendre que vous espérez qu’on fera face à la solde jusqu’au 1er août, et qu’ils auront trouvé deux mois de ressources dans le pays; que, donnant deux millions par mois pour la solde de l’armée d’Espagne et étant obligé de pourvoir presque en entier à celle de l’armée de Catalogne, ils doivent pourvoir, des revenus et des contributions du pays, au payement de la moitié de l’entretien de leurs corps.

Faites-moi un rapport sur la situation de la solde de l’armée d’Espagne pour 1810, en distinguant ce qui est fourni par le trésor public de ce qui provient des contributions du pays, et faites-moi connaître ce qu’il faudrait à chaque corps, en partant du principe que, puisque je ne paye que deux millions, la moitié des dépenses doit être à mes frais, et l’autre moitié aux frais du roi d’Espagne, hormis l’armée de Catalogne, à laquelle il faut envoyer de l’argent tenir cette armée le plus possible au courant.

 

Anvers, 5 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous renvoie un travail sur les vétérans. Je n’y aurais pas répondu, parce que l’avis du Conseil d’Etat ne me convient pas. Présentez-moi un projet de décret appuyé d’un état des demi-brigades actuelles de vétérans avec leur force et la liste des officiers de tout grade. Mon intention est de réduire chaque demi-brigade à un bataillon, et, par là, l’état-major sera supprimé. Ainsi, au lieu de dix demi-brigades qui existent actuellement, il n’y aura plus que dix bataillons. Les demi-brigades sont de dix ou douze compagnies; les bataillons seront de six compagnies; ainsi, au lieu de cent quatre compagnies, je n’en aurai plus que soixante. Tout cela doit faire une économie importante.

Voici de quelle manière seront placés ces dix bataillons ; point à Versailles; deux à Paris; un réparti entre la Toscane, la Spezia et Rome; un dans les places de Brabant, savoir : Berg-op-Zoom, Breda, Bois-le-Duc; un dans les lieux que vous jugerez le plus nécessaire.

Je crois qu’il n’en faut point aux prisons d’État; la gendarmerie à pied doit faire ce service. On peut en mettre dans les îles, comme dans celle de Ré, et dans les villes où il n’y a pas de dépôt d’infanterie, et qu’il est cependant important de garder. Ces cinq premiers bataillons seraient appelés Bataillons des vétérans nationaux militaires.

Il restera cinq bataillons qui seront appelés Bataillons des arsenaux de la marine. On en mettra un à Anvers, un à Brest, un à Lorient, un à Rochefort, un à Toulon. Ces cinq bataillons seront composés de six compagnies et 840 hommes. Ils seront toujours à la disposition de la marine pour la garde de ses arsenaux et de son immense matériel. Ces cinq bataillons ne seront plus soldés ni payés par la guerre, et appartiendront de toutes les manières à la marine.

Je pense qu’il est nécessaire de garder les deux bataillons de Paris.

Je pense également qu’il peut y avoir de l’avantage à ce qu’il n’y ait qu’un même bataillon dans les États de Rome et de Toscane, ainsi que dans le Brabant.

Si du 5e bataillon on pouvait avoir six compagnies isolées, je n’y verrais pas d’inconvénient.

Les invalides romains et piémontais doivent être dirigés sur les bataillons des arsenaux.

Voilà la mesure qui me paraît la plus raisonnable pour les vétérans.

Former un bataillon de vétérans et six compagnies de 120 hommes chacune, formant 840 hommes à l’effectif, et pouvant certainement fournir plus de 600 hommes présents, c’est-à-dire 120 hommes de service par jour. Ce bataillon serait appelé bataillon des vétérans de la marine, et employé à l’arsenal d’Anvers. Il ne recevrait aucun ordre des généraux commandants à Anvers et serait sous les ordres du préfet maritime. Un pareil pour Brest: s’il y avait besoin à Brest de plus de 120 hommes de service par jour, on mettrait deux bataillons à Brest; cependant on est fondé à penser qu’un bataillon suffit; un pareil à Lorient; un à Rochefort; un à Toulon; ce qui ferait cinq bataillons de vétérans de la marine, ou près de 3,000 hommes propres à ce service, qui y seraient uniquement affectés et qui dépendraient entièrement de la marine. On pourrait former un ou deux autres bataillons et les répartir dans les petits ports. J’attendrai un rapport du ministre de la marine sur cet objet.

 

Anvers, 5 mai 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Vous devez démentir le rappel du général Moreau et faire sentir que ce général, dont les liaisons avec les Bourbons sont connues, est pour jamais exclu de la France.

Vous trouverez ci-jointe une lettre de Barcelone, adressée au ministre des relations extérieures. Envoyez des hommes intelligents de ce côté et tâchez de savoir ce que veut dire tout ce tripotage.

 

Bois-le-Duc, 7 mai 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, donnez ordre que, conformément à nos lois, il ne soit plus consacré aucun prêtre dans les deux départements de Rome et du Trasimène sans ma permission; prescrivez aux préfets, sous-préfets et maires, de tenir la main à l’exécution de cet ordre.

Donnez ordre que tous les prêtres séculiers, religieux ou religieuses étrangers à la ville de Rome, retournent dans la commune où ils sont nés.

Donnez ordre à la Consulte de faire prêter serment à tous les évêques, d’envoyer en France ceux qui s’y refuseraient et de faire mettre le séquestre sur leurs biens. Je suppose que l’ordre a déjà été donné à tous les religieux qui ne sont pas nés dans les départements de Rome et du Trasimène de se rendre aux lieux de leur naissance.

Il faut que ces mesures précèdent de quinze jours le décret qui supprime toutes les corporations religieuses, qui vous sera expédié par le Secrétaire d’État. Mandez à la Consulte que, des siéges existants, plusieurs sont vacants par les démissions données à Paris par les cardinaux titulaires, d’autres par mort, que probablement un grand nombre va vaquer par le refus que feront les titulaires de prêter serment; que je n’attache pas d’importance à·ce qu’ils prêtent tous serment; qu’on fasse en sorte qu’il n’y en ait que trois seulement qui le prêtent, ne voulant conserver dans les deux départements que trois évêchés, ou au plus quatre. Prévenez la Consulte que vous me proposez le décret de suppression; qu’ils ne tarderont pas à le recevoir; qu’ils fassent donc promptement les dispositions nécessaires pour être en force et être maîtres partout; que je vais frapper un coup de foudre; que je donne des ordres au prince Felix commandant la 29e division militaire, et au vice-roi, pour qu’ils tiennent des forces à leur disposition, prêtes à se porter partout où la Consulte le requerra.

Vous ajouterez à la Consulte que, après avoir fait prêter serment aux évêques et fait enlever les récalcitrants, elle le fera prêter aux chanoines, et, en cas de refus, usera envers eux de la même rigueur.

 

Bois-le-Duc, 7 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre à la 17e compagnie du 6e régiment d’artillerie à pied, qui est à Brest, de se rendre à Belle-Isle. Donnez l’ordre au 4e régiment suisse de former deux compagnies, chacune de 120 hommes présents, et de les envoyer à Belle-Isle. Donnez ordre au 86e de former deux compagnies, complétées à 240 hommes présents, et de les envoyer également à Belle-Isle.

Donnez ordre au dépôt du 47e de compléter ce qu’il a à Belle-Isle à deux compagnies, chacune de 120 hommes présents; ce qui fera 240 hommes du 47e, 240 hommes du 86e et 240 hommes du 4e régiment suisse, ou six compagnies formant un bataillon d’environ 800 hommes, qui portera le nom de Bataillon provisoire de Belle-Isle, avec un colonel en second pour le commander, 200 hommes d’artillerie et 800 hommes de la marine.

Donnez ordre que le 4e bataillon colonial soit complété à 600 hommes. A cet effet, dirigez sur Belle-Isle soit des conscrits amnistiés, soit d’autres hommes à votre disposition pour cet objet, de sorte qu’il y ait à Belle-Isle, avec la garde nationale sédentaire, 3,000 hommes.

Prévenez le général Quentin de ces dispositions, et recommandez-lui de tenir sa place en état, armée, approvisionnée, et d’être prêt à tout événement.

Envoyez un général d’artillerie et un général du génie à Belle-Isle pour faire l’inspection de la place, avec l’autorisation de tirer de la direction tout ce qui est nécessaire pour son armement et approvisionnement. Entendez-vous avec le ministre directeur de l’administration de la guerre pour qu’il y ait les vivres nécessaires.

Il est indispensable qu’il y ait à Belle-Isle deux officiers d’artillerie, indépendamment de ceux des compagnies, et trois officiers du génie.

Envoyez-y également deux ou trois mille fusils, pour pouvoir en armer les habitants en cas d’événement. Ces ordres sont urgents à donner.

Donnez ordre que la garnison de l’île d’Aix soit renforcée de la manière suivante. Le dépôt du 82e, qui a un officier et 72 hommes à l’île d’ Aix, enverra ce qui est nécessaire pour former deux compagnies de 120 hommes chacune. Le 26e, qui est à Napoléon, y enverra également deux compagnies de 120 hommes chacune. La légion hanovrienne, qui a un officier et 71 hommes, complétera deux compagnies à 240 hommes. Le 66e, qui est à Bordeaux, enverra deux compagnies de 210 hommes. Ces huit compagnies formeront un bataillon provisoire, sous le titre de Bataillon de l’île d’Aix qui sera commandé par un colonel en second.

Le dépôt du 6e régiment d’artillerie, qui est à Rennes, enverra au détachement qui est à l’île d’Aix 40 recrues.

Faites partir de Paris le régiment de Berg pour se rendre à la Rochelle, avec l’instruction au général commandant la division qu’à la moindre apparence d’hostilités il le fasse entrer à l’Île d’Aix. Ce régiment tardera aisni à aller en Espagne jusqu’il ce qu’il ait été remplacé sur cette île par d’autres troupes. Chargez un général du génie de se rendre à l’île d’Aix, de veiller à ce que cette île soit promptement mise dans le meilleur état, et de pourvoir à sa défense et à son approvisionnement. Envoyez-y également un général d’artillerie, qui passera la revue des batteries et les fera mettre en état.

Vous préviendrez le général qui commande la division qu’à la moindre menace des Anglais la marine doit renforcer de 800 hommes, soit canonniers, soit équipages, la garnison de l’île d’Aix; qu’il doit faire préparer aux dépôts du 13e cuirassiers et des chasseurs hanovriens, qui sont à Niort, , deux escouades, chacune de 30 à 40 chevaux, et qu’il doit placer, pour parcourir la côte, une colonne mobile depuis La Rochelle jusqu’à Rochefort; qu’il ne doit cependant faire cela qu’au dernier moment, parce que bientôt je vais y envoyer de la cavalerie de ligne.

Service de la côte de la Rochelle à Lorient. Aussitôt que la brigade Colbert sera arrivée à Nantes, vous ordonnerez qu’un de ses régiments soit mis à la disposition du général commandant la 12e division militaire pour faire des patrouilles sur la côte, depuis l’embouchure de la Loire jusqu’à l’embouchure de la Charente. L’état-major de ce régiment sera établi à La Rochelle. Un autre régiment fera des patrouilles depuis la Loire jusqu’à Lorient; l’état-major sera à Pontivy.

Le général Colbert, avec son 3e régiment, restera à Nantes ou dans un village où les fourrages soient abondants. Il recevra les rapports de ses postes, se portera où il sera nécessaire et vous rendra des comptes journaliers.

Inspection des côtes. Chargez cinq généraux d’artillerie de faire les inspections suivantes sur les côtes: 1° depuis l’Escaut jusqu’à Granville; 2° depuis la Seine jusqu’à Nantes; 3° depuis Nantes jusqu’à Bayonne; 4° depuis la frontière d’Espagne jusqu’à Nice; 5° depuis Nice jusqu’à Cività-Vecchia.

Mettez quelques fonds à leur disposition. Ils se feront accompagner par les directeurs, passeront la revue des canonniers garde-côtes, les feront exercer, inspecteront les batteries, vérifieront l’état des poudres, de l’approvisionnement, vous enverront des rapports détaillés et pourvoiront à ce que les côtes soient en état de défense sur tous les points pendant cet été.

Service de la côte de l’Escaut à  la Somme. Vous donnerez ordre à la brigade de cavalerie légère qui est à Saint-Omer de fournir des postes le long de la côte, savoir: un régiment qui résidera à Saint-Omer, et fera des patrouilles sur la côte depuis l’embouchure de l’Escaut à Blankenberghe, Ostende, etc., jusqu’à l’embouchure de la Somme; l’autre régiment fera des patrouilles depuis l’embouchure de la Somme jusqu’à Cherbourg. Faites redonner à ces régiments l’instruction qui avait été faite en 1805, c’est-à-dire que les colonels et chefs d’escadron inspectent les batteries de côte, s’assurent que les garde-côtes sont à leurs postes, et les exercent quelquefois, fassent même apprendre à leurs chasseurs et hussards un peu de manœuvre, afin qu’en cas d’évènement ils puissent se porter aux batteries menacées, et les fassent agir avec la plus grande activité.

 

Bois-le-Duc, 7 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je remarque qu’il y a peu de troupes dans la 30e division militaire. Comme mon intention est de supprimer les couvents, d’obliger les prêtres à prêter serment et de finir ces ridicules scènes de Rome, j’ai besoin d’y avoir les forces convenables.

Donnez ordre au vice-roi de compléter à 600 hommes présents, chacun, les deux premiers bataillons du 106e qui est à Bologne, et les deux premiers bataillons du 53e qui est à Imola (ce qui fera quatre bataillons, 2,400 hommes), de joindre à cette colonne trois escadrons du 29e de dragons, complétés à 600 chevaux (ce qui la portera à 3,000 hommes), de mettre cette brigade sous les ordres du général Pacthod, d’y joindre six pièces de canon, de tenir ces troupes en forme de colonne d’observation à Perugia, pour être à la disposition du général Miollis, qui la fera venir à Rome et partout où elle serait nécessaire; et, dans le cas où elle serait inutile, elle resterait à Perugia. Donnez ordre au vice-roi de réunir à Ancône 3,000 hommes d’infanterie et 600 chevaux de troupes italiennes, pour se porter où il sera nécessaire; le général commandant cette colonne prendra les ordres du général Miollis.

Donnez ordre au prince Félix de mettre sous les ordres de l’adjudant commandant Mariotti une colonne mobile composée du 1er bataillon du 112e, complété à 600 hommes présents, et du 3e bataillon du 29e complété à 600 hommes présents, ce qui fera 1,200 hommes.

Cette 3e colonne d’observation se réunira à Arezzo, pour marcher sur Rome au premier ordre du général Miollis.

Indépendamment des troupes qu’il a, le général Miollis aura sous ses ordres une colonne de 3,000 hommes à Perugia, une colonne de 3.600 italiens à Ancône, et une de 1.200 hommes à Arezzo; ce qui lui fera plus de 10, 000 hommes, dont il disposera pour faire exécuter mes décrets sur les prêtres.

Vous ferez connaître au général Miollis qu’il faut qu’il montre de la vigueur; que le ministre des cultes lui transmet un ordre pour ce qui regarde les prêtres et les moines, et que je veux organiser, sous ce rapport, les deux départements de Rome et du Trasimène à l’instar du reste de l’Empire.

 

Bois-le-Duc, 7 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris.

Monsieur le Duc de Feltre, envoyez un officier au maréchal Macdonald pour lui faire part du succès que vient d’obtenir le général Suchet. Écrivez-lui que l’opération de Barcelone a manqué parce que le duc de Castiglione est resté dans la ville, au lieu de marcher avec les troupes pour être à même d’agir selon les circonstances. Vous lui donnerez l’ordre de former un corps de 18,000 hommes, et de laisser le reste de son armée pour garder Figuières, Girone et Rosas, et de se porter, avec ces 18,000 hommes, entre Barcelone et Lerida, en se mettant en communication avec Lerida et empêchant les insurgés de bloquer Barcelone. Il trouvera des vivres dans ces vallées, et, en maintenant ses communications libres, il trouvera entre Lerida, Barcelone et Tarragone, des ressources, autant que la saison peut le permettre, et même de quoi envoyer des convois à Barcelone. En cas d’événement, sa réunion doit être avec l’armée d’Aragon ; et dans ce cas, comme maréchal, il aura le commandement des deux armées.

Vous lui enverrez ces ordres comme instruction générale, et vous lui ferez connaître que, du reste, je m’en rapporte à lui pour toutes les mesures convenables à prendre pour empêcher Barcelone d’être bloqué. Enfin, vous recommanderez au maréchal Macdonald que, si des évènements  sur lesquels je ne compte pas obligeaient d’évacuer Barcelone, on fit sauter les fortifications de cette place, en se réservant de garder seulement les deux forts de Monjuich et l’autre.

Vous lui enjoindrez immédiatement, après avoir pris Lerida, de faire le siége de Tarragone.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le duc de Cadore, présentez une note claire au ministre de Prusse sur l’affaire du prince Hatzfeld, dans laquelle vous appuierez sur le scandale de cette procédure et ferez sentir combien elle me blesse, et que j’y reconnais l’influence de la cabale qui a causé tous les maux de ce pays. Vous parlerez du traité de Tilsit, de la bonne conduite tenue par M. de Hatzfeld dans toutes les affaires, et déclarerez que je le prends spécialement sous ma protection et que je ne souffrirai pas qu’il lui soit fait aucun tort. Vous prescrirez la même démarche à M. de Saint-Marsan, et vous lui donnerez pour instruction de dire partout de répéter dans la conversation que les ennemis de M. de Halzfeld sont les miens; que ceux qui l’attaquent m’attaquent; que la conduite qu’on tient envers lui est une indignité, et qu’il faudrait y mettre au moins un peu de politique.

Vous parlerez dans le même sens au maréchal Kalckreuth. Faites en même temps connaître au comte Beugnot, mon commissaire dans le grand-duché de Berg, l’intérêt que je prends au prince de Hatzfeld.

Je n’ai reçu que la lettre n° 1 du sieur du Moutier, que je vous ai envoyée; la lettre n° 2 ne m’est pas parvenue.

Le prince de Hatzfeld, qui fut gracié par Napoléon en 1806, habitait Berlin et entretenait avec les agents français chargés de la rentrée des contributions de guerre des relations amicales, dont il se servait pour obtenir des adoucissements en faveur de ses compatriotes. Ces relations, si profitables qu’elles fussent à la Prusse, éveillèrent les soupçons du Roi, qui fit mettre en jugement le prince de Hatzfeld. L’intervention de l’Empereur arrêta le procès.

 

Berg-op-Zoom. 9 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie votre mémoire sur le Valais; il ne me satisfait pas. Comme j’ai autorisé mon chargé d’affaires à se rendre à Paris, demandez-lui des renseignements sur les noms des individus influents opposés à la France, sur la situation des esprits dans le Haut et le Bas Valais pendant la dernière guerre, et sur le parti que le pays aurait pris si nous avions été battus.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, faites-moi connaître la quantité de bons de la caisse d’amortissement de nouvelle fabrique qui se trouvent aujourd’hui en circulation. Je voudrais la porter à une vingtaine de millions. Vous aurez soin de les laisser aller jusqu’à 7 pour 100; s’ils passent ce taux, vous autoriserez la caisse d’amortissement et le trésorier de la caisse du domaine extraordinaire à les retirer; mais mon intention est d’en saturer la place: c’est un escompte de 1/2 pour 100 par mois et de 1 pour 100 de commission, ce que je ne trouve pas trop déraisonnable. La caisse d’amortissement et la caisse de l’extraordinaire sont dans une situation à n’avoir pas besoin de cela, mais je veux accoutumer la place à connaître les bons et à en supporter, s’il le fallait, une trentaine de millions.

Je vous ai écrit sur les moyens de donner plus d’extension à la Banque de France; cela est très sérieux. Il faut que, dans toute l’étendue de mon Empire on trouve de l’argent sur de bon papier à un intérêt de 4 pour 100 et pour une commission de 1/10. C’est alors seulement que nos manufactures seront portées au degré de prospérité qu’elles doivent atteindre.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, vous recevrez un décret par lequel j’ordonne qu’au 15 juin tous les ordres religieux soient détruits dans les départements de Rome et du Trasimène.

Je suppose que vous avez déjà donné des ordres pour que 1° tous les ecclésiastiques, soit de France, soit d’Italie, soit de Naples, soit d’Allemagne, d’Angleterre, d’Irlande, de Danemark, de Hollande, etc., fussent renvoyés dans leur pays; 2° tous les individus qui ne sont pas dans les ordres sacrés cessent de porter l’habit ecclésiastique, et ceux qui sont dans les ordres sacrés ne portent l’habit ecclésiastique que dans les séminaires.

J’ai ordonné que trois colonnes se rendent, l’une de Bologne à Perugia, l’autre de (laissé en blanc dans l’original) . . . . . à Ancône, et l’autre de Florence à Arezzo.

Ces 7 ou 8,000 hommes seront à la disposition du général Miollis, qui les portera rapidement partout où la tranquillité publique serait troublée.

Je suppose que tous les prêtres auront, à l’heure qu’il est, prêté serment ou auront été dirigés sur la route de France, sans hésitation; que tous les évêques, curés, vicaires, chanoines, auront prêté serment ou seront sur la route de France; que les biens des chanoines, chapitres, évêques, qui n’auraient pas prêté serment, ont été saisis par l’enregistrement. Quant aux évêques, il faut qu’on saisisse non seulement leurs biens ecclésiastiques, mais aussi leurs biens patrimoniaux.

Rédigez un décret conçu à peu près dans les termes suivants, que je signerai aussitôt que le nombre des évêques qui n’auront pas prêté serment sera connu: « Considérant que dans l’Empire il y a des évêchés qui ont un million d’habitants, tandis que dans les deux départements de Rome et du Trasimène, qui n’ont que 700,000 habitants, il y a trente évêchés; que cette disproportion énorme et cette multiplicité d’évêchés sont contraires aux lois de l’Empire et incompatibles avec l’ordre et la hiérarchie ecclésiastique; que le plus grand nombre de ces évêchés sont vacants par démission, mort ou rébellion, nous avons décrété et décrétons les articles suivants: Titre 1er. Des évêchés. Tel et tel évêché est supprimé et réuni, et tel et tel chapitre est supprimé. Il n’en sera conservé qu’un seul par cathédrale, composé de tant de membres; de même pour les séminaires, etc. – Titre 2. Des paroisses. Il ne restera que tant de paroisses à Rome; telles et telles sont conservées. ” Il me semble que vingt paroisses sont suffisantes.

Vous ferez également la circonscription des vingt principales villes, de manière que, dans les villes peuplées de moins de 5,000 âmes, il n’y ait qu’un curé, et que dans les villes de plus de 5,000 âmes il y ait un curé à raison de 4 à 5,000 âmes. Faites ce décret le plus tôt possible, afin que je le signe à mon arrivée à Paris, et qu’il puisse être à Rome avant le 15 juin, pour que les coups se succèdent sans interruption.

Si d’autres dispositions sont nécessaires sur cette matière, proposez-les moi, afin que, juin passé, les départements de Rome se trouvent organisés comme le reste de la France pour les affaires ecclésiastiques.

PROJET DE DÉCRET.

Considérant qu’un des avantages de notre Empire sur tous ceux qui out existé avant lui est l’uniformité des lois sur la législation, l’administration, les finances, et voulant ramener à cette uniformité les parties de notre dit Empire qui n’y sont pas encore soumises, Nous avons décrété, etc. :

ARTICLE PREMIER. Tous les couvents de religieux et de religieuses sont supprimés dans le département du Taro, même les mendiants.

Les pensions seront fixées conformément à ce qui a été fait dans le reste de l’Empire.

ART. 2 – II en sera fait de même dans les départements de Gênes, de Montenotte et des Apennins.

ART. 3 – Il sera conservé un seul couvent à Plaisance, un à Parme, un à Gènes et un à Savone, en ayant soin de choisir le plus convenablement situé et le plus beau, pour servir aux besoins publics.

ART. 4. – Les religieux supprimés par le présent décret se rendront dans la paroisse où ils sont nés, pour assister le curé dans les fonctions ecclésiastiques; de sorte que, après l’exécution de ce décret, il n’y aura plus de religieux, de quelque ordre que ce soit, dans les départements au delà des Alpes, excepté les deux qui restent en Piémont, les quatre conservés par le présent décret, et les quatre conservés dans les départements de Rome et du Trasimène; cette exception étant un effet de l’intention où nous sommes d’instituer quelques autres couvents dans notre Empire pour les besoins publics.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Réexpédiez un autre officier à Corfou pour faire connaître les mesures que le vice-roi, à Ancône, et le roi de Naples prennent pour approvisionner Corfou. Je suppose que vous avez un chiffre avec le général Donzelot, pour communiquer. Si vous n’en avez pas, envoyez-lui-en un. Faites-lui connaître qu’il a toute ma confiance; que je suis certain qu’il ne rendra jamais la place qu’après avoir épuisé tous ses moyens de défense, fait prendre les ouvrages avancés, pratiquer la brèche; qu’il saura même alors rendre nuls les efforts de l’ennemi, en s’enfermant dans les retranchements; mais que les Anglais sont tellement occupés en Espagne, en Portugal, en Angleterre, en Irlande, à Jersey, qu’ils ne pourront pas, avec les misérables troupes qu’ils ont, tenter une expédition de cette importance, puisqu’il leur faudrait pour cela 12,000 Anglais de bonnes troupes; que les frégates sont sous ses ordres; qu’il doit les faire agir pour la défense de la place; que les mesures qu’il prend pour Sainte-Maure sont convenables; que le général Camus doit se défendre longtemps, puisque ce sera retarder d’autant les autres expéditions que pourraient tenter les Anglais; que je vois que le général Donzelot a plus de 8,000 hommes de troupes, savoir : 7,000 hommes d’infanterie, 50 de cavalerie, 400 d’artillerie, 150 de sapeurs, et, de plus, 1,000 marins italiens et français, total, 8,600 hommes ; que ces 8,600 hommes, présents sous les armes, à Corfou, ne peuvent être assiégés que par 12,000 Anglais et 6,000 hommes d’auxiliaires, c’est-à-dire par 18,000 hommes; qu’ainsi je suis en sûreté pour Corfou; que j’y vois des vivres pour un an; que ces vivres doivent s’augmenter tous les jours, et qu’enfin j’ai une escadre de dix-huit vaisseaux à Toulon, qui tenteraient quelque chose pour le secourir, s’il était forcé dans ses ouvrages avancés et rejeté dans l’enceinte de ses murailles par une autre expédition, avant l’espace de quinze mois, car je pense qu’il a des vivres pour quinze mois; que je suis même certain que, avec la contenance qu’il fait et les forces qu’il a, l’ennemi, rebuté par les maladies, les désertions, etc., renoncera à sa folle entreprise ; qu’ainsi je crois qu’il est loin de porter si haut ses prétentions. Mandez au général Donzelot qu’il utilise les équipages des chaloupes canonnières et corvettes pour la défense de terre et des îles; enfin qu’il se serve de tous ses moyens pour la défense du pays.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre

Je vois avec plaisir que vous avez fait tout ce qu’il fallait pour que mon armée de Catalogne ne manquât de rien.

Je ne sais si les vivres ont manqué à mon armée; mais ce que je sais fort bien, c’est que, si le maréchal eût été au milieu de ses troupes et non à vingt lieues derrière, il eût jeté dans la mer les misérables troupes qui lui ont enlevé des détachements et lui ont fait faire une retraite peu honorable pour une armée.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

Au comte Daru, intendant général de la maison de l’empereur, à Paris

Monsieur le comte Daru, prenez des mesures pour que Trianon soit prêt à me recevoir au 1er juin, tant pour ce qui est relatif aux murs de clôture qu’à l’achèvement de la galerie, désirant y aller à cette époque.

Assurez-vous si, à Fontainebleau, les dispositions nécessaires ont été faites pour que la galerie de Diane et le palais soient entièrement prêts pour le voyage de septembre.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

Au comte de La Valette, ministre général des Postes, à Paris

Je reçois votre lettre par laquelle vous m’instruisez qu’on a ouvert à Rome mes dépêches. Il est indispensable que vous fassiez un rapport au ministre des finances, et que les employés des postes soupçonnés d’un pareil délit soient sur-le-champ mandés à Paris. Cela doit vous servir de règle; et, si vous n’avez point organisé les postes à Rome, les organiser sans délai, en envoyant des agents sûrs et établissant auprès du directeur un petit cabinet, qui puisse éclairer l’autorité locale sur les intrigues et trames dont cette ville pourrait être le théâtre.

Il faut aussi penser à organiser sans délai les postes du Brabant, des nouveaux départements réunis à la France.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Berg-op-Zoom

Mon Cousin, faites connaître au roi d’Espagne et au duc de Dalmatie que, si les armées de la Romana et des autres généraux insurgés se recrutent, la cause en est double : 1° la formation d’une armée espagnole qui fait craindre aux paysans d’être incorporés dans ces nouveaux régiments, crainte qui les empêche de retourner chez eux; 2° la mauvaise conduite qu’on a tenue relativement aux prisonniers faits à Orcana et ailleurs.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam

Je compte que vous aurez neuf ou dix vaisseaux en rade dans le mois de juin; cependant j’apprends qu’il n’y a encore aucun mouvement en Hollande. Songez à l’importance dont il est pour la cause commune de tenir vos engagements.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Berg-op-Zoom

Mon Fils, comme il est de notoriété publique que les Anglais font payer 25 pour 100 aux bâtiments ottomans pour leur permettre de naviguer, j’ai fait mettre le séquestre sur tous les bâtiments de cette nation dans mes ports de France. Ordonnez la même chose en Italie, en leur faisant connaître la raison de cette mesure.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Berg-op-Zoom

Mon Fils, je me décide à créer une banque d’escompte à Milan, à l’instar de la Banque de France, sous le litre de Banque italienne.

Écrivez à Aldini qu’il se concerte avec Mollien, et qu’il me présente un projet de décret, rédigé sur les bases de celui qui institue la Banque de France.

 

Middelburg, 11 mai. 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, mon intention est que le général Miollis n’accorde à aucun ecclésiastique étranger la permission de rester à Rome, et que toutes les mesures soient prises pour organiser les deux départements à l’instar du reste de la France.

Je suis persuadé qu’il n’y a point besoin de troupes à Rome; cependant j’y ai envoyé l2.000 hommes en trois colonnes; j’en enverrai 100,000 si cela est nécessaire. Il faut qu’au 1er juillet tout soit, dans les départements romains, sur le même pied qu’à Paris.

Je ne suis pas éloigné de m’emparer des biens ecclésiastiques séculiers pour doter les prêtres comme ils le sont en France, et même mieux. Ecrivez à Rome pour avoir un rapport sur la contenance de ces biens ecclésiastiques séculiers. Comme la dîme doit être supprimée, ainsi qu’elle l’a été en France et en Piémont, ce sera une diminution considérable dans les revenus; il faudra faire connaître ce qui restera.

 

Middelburg, 9 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, l’île de Schouwen est importante; je vous ai demandé un général de brigade pour y commander sous les ordres du général Gilly. Il est urgent de mettre la place de Zierikzee à l’abri d’un coup de main et de l’armer de douze canons en fer, de sorte que, l’ennemi tentant une expédition de 3 à $,000 hommes, la garnison puisse se retirer dans la place comme dans un réduit, qui sera approvisionné pour un mois, et s’y maintenir.

Donnez ordre que cette place soit en état de défense et approvisionnée avant le 15 juin. Mon intention n’est pas de mettre dans l’île de Schouwen plus de vingt pièces de gros calibre en fer, indépendamment des pièces de gros et petit calibre qu’on mettra  à Zierkzee. Donnez les ordres nécessaires au général Dulauloy. Il faut que ces pièces, grandes et petites, soient en fer.

 

Middelburg, 11 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

La 24° division militaire étant très considérable, et les îles de la Zélande étant importantes, je désire que, provisoirement, les îles de Walcheren, Nord et Sud-Beveland et Schouwen soient mises en état de siége. Le décret vous en sera envoyé par le ministre secrétaire d’État. Le général Gilly en aura le commandement général; il correspondra avec vous et avec le général Chambarlhac à Bruxelles; il aura, pour garder ces îles, 1° quatre bataillons de la 18e demi-brigade provisoire, 2° un bataillon du  régiment prussien, 3° un bataillon colonial; total, six bataillons. Un de ces bataillons sera envoyé dans l’île de Schouwen pour renforcer les batteries. Il y aura dans cette île un général de brigade que vous déléguerez sans délai pour commander l’infanterie, le génie et l’artillerie, sous les ordres du général Gilly.

Un bataillon tiendra garnison à Flessingue; ce sera toujours le même; les quatre autres bataillons seront campés dans quatre positions différentes, que désignera le général Gilly, sur les dunes depuis Westkapelle jusqu’à Terveere. Ces camps seront solidement construits, à l’instar de ceux qui existaient avant l’expédition des Anglais. Vous mettrez 50,000 francs à la disposition de l’officier du génie qui commande à Flessingue pour les faire établir. Par ce moyen, les côtes de l’île seront gardées.

Le général Gilly sera spécialement chargé d’organiser promptement les canonniers garde-côtes. Indépendamment de ces troupes, il aura la gendarmerie, les canonniers de ligne et les troupes du génie, qui seront sous ses ordres. Il suffira qu’il tienne dans les îles de Sud et Nord-Beveland des patrouilles de quelques compagnies.

Indépendamment de ces forces, il aura sous ses ordres 48 chaloupes canonnières, commandées par un contre-amiral, qui seront destinées à maintenir la communication de l’île de Walcheren à l’île de Cadzand et de l’île de Walcheren à l’île de Schouwen. Les 480 hommes nécessaires pour la garnison de ces chaloupes canonnières seront fournis par la 18e demi-brigade provisoire. En cas d’événements imprévus et inattendus, le général Chambarlhac, qui a sous ses ordres trois régiments de ligne et les autres troupes qui sont dans sa division, enverrait sur-le-champ à son secours.

Vous donnerez pour instruction au général Gilly qu’après avoir défendu les Îles il doit se rejeter sur Flessingue, place qu’il doit défendre jusqu’à la dernière extrémité.

Quant aux chaloupes canonnières, vous lui ferez connaître qu’il doit les employer le moins qu’il pourra, pour laisser à l’amiral Missiéssy la faculté d’en disposer pour son service; mais, en cas d’événement, elles seront entièrement sous ses ordres, et il les fera entrer dans Flessingue pour s’en servir à la défense de la place.

Il sera nécessaire que le général qui commande Anvers étende son commandement jusqu’au fort de Barth. S’il arrive que l’île de Walcheren soit attaquée et que le général soit investi dans Flessingue, il doit faire avancer ses forces sur Bath, embrasser le Sud-Beveland, renforcer les batteries, protéger l’escadre et se mettre en communication avec l’île de Walcheren.

 

Middelburg, 11 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Les directeurs du génie de l’artillerie des places du Brabant ne sont pas encore arrivés, et tout y est encore en confusion. Il en est de même des commandants d’armes. Les généraux de la division Puthod sont disponibles; vous pourriez en envoyer pour commander à Berg-op-Zoom, à l’île de Schouwen, etc. Cette organisation est importante.

On m’a cité des officiers qu’on a fait venir de Naples; c’est les ruiner. L’Empire est trop vaste pour de telles mesures prises sans considération des distances. Il faut ordonner à votre bureau de ne vous proposer que des changements successifs : ainsi, par exemple, de faire venir des officiers de Naples pour le Piémont; du Piémont pour le Midi; du Midi pour le Nord. Ces longs voyages faits en plusieurs années sont insensibles, au lieu que des voyages de Naples à l’extrémité de l’empire ruinent les officiers, rendent tout incertain.

 

Middelburg, 11 mai 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Un contre-amiral et quarante-huit chaloupes canonnières formeront la division chargée de la défense de l’Escaut oriental et occidental.

J’ai chargé le général Gilly-jeune du commandement de toute la Zélande. Le contre-amiral sera sous ses ordres, autant que cela sera nécessaire. Le général Gilly fournira 480 hommes de garnison, à raison de 10 hommes par chaloupe canonnière. Les 48 chaloupes doivent étudier les passes, maintenir la communication entre les îles de Walcheren, Sud-Beveland et Schouwen. Une division de 12 chaloupes doit se trouver toujours entre les îles et Helvoet-Sluys et prendre connaissance de ce qui se passe dans le (en blanc dans la minute). En cas d’événement extraordinaire, les 48 chaloupes doivent s’embosser, défendre la place de Flessingue et suivre en tout son sort.

Vous établirez à Flessingue une administration telle que les chaloupes puissent y être réparées, faire leurs vivres et soutenir l’embossage.

Le vice-amiral Missiéssy commandera toujours les chaloupes canonnières tant qu’il se trouvera à la hauteur de Flessingue. Il fera les manoeuvres nécessaires et obligera les Anglais à avoir une croisière égale à la sienne. Il fera enfin ce qui sera nécessaire pour se tenir toujours dans une position facile.

 

Middelburg, 11 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Middelburg

Mon Cousin, donnez ordre, en mon nom, au général Dulauloy de détruire les batteries qui existent de Terveere à Rammekens, et de les faire replacer entre Rammekens et Flessingue, où elles seront plus utiles.

Vous lui donnerez également l’ordre de ma part de faire désarmer (mais sans détruire les plates-formes et ôtant seulement les canons) les batteries qui sont le long de la côte de Sud-Beveland vis-à-vis le Sloe, et qui avaient été faites pour protéger le passage et attaquer l’île de Walcheren. Les pièces de ces batteries seront placées de manière à protéger l’escadre à l’embouchure de l’Escaut. Je ne comprends pas dans ces batteries celles qui croisent leur feu avec celles de Rammekens, ni celles qui croisent avec Terveere; toutes les autres, à l’exception de celles-là, sont inutiles.

Donnez également: l’ordre au général Dulauloy de faire armer la place de Zierikzee de douze pièces de canon en fer; donnez ordre au commandant du génie de Flessingue d’envoyer un officier du génie pour mettre cette place en état de défense. Il mettra à la disposition de cet officier 10,000 francs pour faire réparer les pont-levis, planter des palissades, curer les fossés, relever les remparts, faire des tambours et tout ce qui est nécessaire pour que 4 à 500 hommes de garnison et les canonniers des batteries de l’île de Schouwen, ce qui fera une force de 800 hommes, puissent se réfugier dans la place et s’y défendre.

 

Middelburg, 11 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Middelburg

Mon Cousin, faites connaître au général Gilly que je l’ai nommé commandant des îles de Walcheren, de Nord et Sud-Beveland et de Schouwen; que j’ai mis ces îles en état de siège, et qu’il recevra du ministre de la guerre le décret qui ordonne cette disposition,  et des instructions.

Vous lui ferez connaître qu’il a, pour garder ces îles, quatre bataillons de la 18e demie brigade provisoire, un bataillon prussien et un bataillon colonial ; qu’un général de brigade commandera sous ses ordres dans l’île de Schouwen; qu’il aura à ses ordres 48 chaloupes canonnières commandées par un contre-amiral; qu’il sera chargé d’organiser les canonniers garde-côtes avec le général commandant l’artillerie; qu’il aura des compagnies de vétérans et de canonniers vétérans, et, en outre, plusieurs compagnies d’artillerie de ligne; ce qui formera une subdivision faisant partie de la 24e division militaire; qu’il correspondra avec le ministre de la guerre et, en cas d’événement, avec l’amiral Missiéssy, et même avec le commandant de l’île de Cadzand et avec le général commandant la 24e division militaire; qu’il suffira qu’il tienne dans l’île de Schouwen un bataillon de 4 à 500 hommes, indépendamment des compagnies d’artillerie; que, dans les îles du Nord et Sud·Beveland, il sera suffisant de tenir quelques compagnies; qu’au 15 juin, il ne devra tenir à Flessingue que 3 à 400 hommes ; qu’il établira ses quatre bataillons dans l’île de Walcheren dans quatre camps placés sur différents points depuis Westkapelle jusqu’à Terveere, soit sur les dunes, soit au bas des dunes, ayant soin d’observer les positions les plus saines, et que l’officier du génie qui est à Flessingue recevra des fonds pour faire ces camps; que, en cas d’événement, il doit se retirer dans Flessingue, y renfermer avec lui les 48 chaloupes canonnières et s’y défendre jusqu’à la dernière extrémité; qu’il aura communication des plans que j’arrêterai avant mon départ pour les fortifications des îles; que vous lui transmettrez les dispositions relatives à l’artillerie; qu’il faut que Zierikzee soit mis en état de défense pour résister jusqu’à ce qu’on ait ouvert la tranchée et fait brèche, enfin soutenir un siège en règle; que son commandement sur les chaloupes canonnières serait absolu, du moment que l’escadre remonterait à Anvers et abandonnerait l’embouchure de l’Escaut; que, jusque-là, il laisse à l’amiral Missiéssy la disposition de ces chaloupes; que cependant il instruise le ministre de la guerre, lorsqu’il sera nécessaire, qu’il dispose de ces bâtiments, pour que la communication, de l’île de Walcheren avec l’île de Cadzand et l’île de Schouwen soit maintenue; la 18e demi-brigade provisoire fournira les 10 hommes de garnison pour chaque chaloupe canonnière, total, 480 hommes; que le fort de Bath sera sous le commandement du commandant d’Anvers, qui ferait passer des troupes au premier événement, et se mettrait en communication avec les îles de Walcheren et de Schouwen, tandis que l’amiral commandant la division se porterait sur l’île de Cadzand. Vous enverrez au général Gilly copie des ordres que vous donnerez au général Dulauloy et des autres ordres relatifs à ces îles.

 

Middelburg, 12 mai 1810

A M. Maret, duc de Bassano, ministre secrétaire d’État, à Middelburg

Monsieur le Duc de Bassano, donnez l’instruction suivante au sieur la Rochefoucauld. Vous aurez soin d’en envoyer copie au duc de Cadore, pour qu’il en prenne note. Le comte de la Lochefoucauld retournera en Hollande. Il remettra au ministère hollandais une note ayant pour but de demander que les vingt et un bâtiments américains et leur cargaison me soient remis en exécution du traité. Il portera des plaintes sur le non-armement des vaisseaux. Il demandera que tout commerce interlope en Hollande soit interdit; que la dette zélandaise soit payée comme dette nationale, et que les intérêts de cette dette qui n’ont pas été payés le soient comme ils l’ont été en Hollande. Huit jours après son retour, il fera connaître qu’il va en congé à Paris, et présentera son secrétaire de légation comme chargé d’affaires.

Il fera connaître également à mes consuls que toutes les prises doivent être jugées à Paris, même celles faites dans les rades.

 

Middelburg, 12 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Middelburg

Mon Cousin, faites connaître au maréchal Oudinot, par la voie de l’officier d’ordonnance que j’expédie au roi de Hollande, qu’il ne doit rendre aucun compte de mes troupes au Roi ni au ministère hollandais; que les corsaires doivent lui faire des rapports de tout ce qui vient à leur connaissance ; que les marchandises anglaises doivent être poursuivies et saisies partout, même dans les rades; que je ne veux souffrir aucun commerce de la Hollande avec l’Angleterre. Le maréchal Oudinot doit, dans toutes les occasions, s’en expliquer dans ce sens, et répéter dans la conversation que, si la Hollande n’arme pas au plus tôt les neuf vaisseaux qu’elle doit fournir par le traité, elle rendra le traité nul. Enfin recommandez-lui d’écrire au ministre de la guerre tous les jours sur tout ce qui parviendra à sa connaissance. Dites-lui que toute prise qui serait faite par mes corsaires ou mes douanes ne doit être relâché que par mon ordre, et que la décision doit être soumise à mon jugement ; que l’expérience a prouvé qu’on ne peut rien faire par de bons procédés avec le gouvernement hollandais, et que ce n’est qu’avec des menaces qu’on peut le faire marcher.

 

Middelburg, 12 mai 1810

A  Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam

Votre courrier m’apporte les sondes de l’Escaut oriental, mais ce n’est pas ce que je demandais. Ce que vous m’envoyez, je l’ai, puisque que mes chaloupes canonnières l’ont sondé. Ce dont j’ai besoin, ce sont les sondes à la mer à plusieurs lieues, pour connaître les deux passes, dont l’une suit l’île de Walcheren et s’approche de l’Escaut occidental, et l’autre rase l’île de Schouwen et se rapproche de la passe de la Meuse. Envoyez-moi par mon officier d’ordonnance toutes les cartes et renseignements que vous avez là-dessus. Cela est important pour des travaux de ports et de bassins que je veux faire. Vous devez témoigner mon extrême mécontentement au sieur Labouchère (Banquier hollandais, intermédiaire employé par le roi Louis pour faire au cabinet anglais des ouvertures pacifiques. Cette démarche avait été entreprise sans caractère officiel, mais non à l’insu de L’Empereur), de ce qu’il a pris sur lui de se conduire, dans une affaire de cette importance, par les instigations d’un homme sans aveu et d’un intrigant tel qu’Ouvrard ; que la première fois qu’il a été entremêlé dans ces affaires, c’est après avoir causé avec un de vos ministres; qu’il est étonnant qu’aujourd’hui il se soit concerté avec un intrigant.

Je voudrais bien lever les prohibitions qui existent sur le commerce de Hollande avec la France, mais il faut que vous exécutiez le traité que vous avez fait avec moi; que les vingt et un bâtiments américains me soient remis avec les marchandises qu’ils portaient, et que vous vous mettiez en mouvement pour me fournir neuf vaisseaux en juillet. Songez que je compte sur ces neuf vaisseaux et que cet article du traité est de rigueur.

 

Anvers, 13 mai 1810

NOTES SUR LES FORTS DE LILLO ET DE LIEFKRENSHOEK

Ces notes n’ont pas été expédiées; elles ont servi pour la rédaction des décrets que Sa Majesté a pris à Anvers relativement aux places de l’Escaut. (Note de la minute)

Les forts de Lillo et de Liefkenshoek m’ont paru très-beaux. Je ne les croyais que des ouvrages de campagne, ce qui m’a empêché, cette année, d’y affecter aucun fonds. Je désire qu’on y commence les travaux le plus tôt possible et que les ouvrages suivants y soient mis en construction.

 

FORT LILLO.

Bâtiments. – Il faut y construire : 1° un magasin à poudre pour recevoir 100 milliers de poudre; 2° Une manutention de deux fours, et leur cargaison à l’abri de la bombe, avec un magasin de farine, de biscuit et de vins, capable de nourrir un millier d’hommes pendant trois ou quatre mois; 3° un hangar pour le service de l’artillerie, à l’abri de la bombe; on y établirait deux forges et une salle d’artifice; 4° un hôpital pour 100 lits, également à l’abri de la bombe.

Ouvrages de la place. – Nettoyer les fossés et achever entièrement les chemins couverts et les glacis; relever les reliefs de manière à dominer parfaitement les digues; établir sur les digues un ouvrage en maçonnerie à 60 toises en avant; établir également sur les digues une galerie de mines avec dix à douze fourneaux, afin que, dans le cas où la tranchée serait ouverte sur cet ouvrage, on puisse faire sauter toutes les digues; s’assurer de l’écluse qui produit l’inondation et la couvrir par un ouvrage; rétablir les demi-lunes qui s’y trouvent, faire des poternes et ponts dormants pour qu’elles communiquent avec le corps de la place; il y a un plateau de l’ancien Lillo, qui est hors de l’inondation: faire connaître comment on pourrait l’occuper; enfin établir aux places d’armes des réduits en maçonnerie qui puissent défendre. les chemins couverts et les glacis et mettre la place à l’abri d’un coup de main, dans les temps où les fossés seraient gelés. Ces ouvrages me paraissent nécessaires.

Armement. L’armement de Lillo doit être fait avec soin; il paraîtrait devoir être composé de douze pièces de 36 en fer, pour former deux batteries battant l’Escaut; de douze pièces de 24, formant deux autres batteries battant également l’Escaut; total, 24 pièces (ces vingt-quatre pièces sur affûts de côte, pouvant tirer toutes à la fois sur les vaisseaux qui se présenteraient sur un point quelconque pour remonter le fleuve) ; de quatre mortiers de 12 pouces à la Gomer; de quatre mortiers de 8 pouces à la Gomer; de douze petits mortiers (de ceux qui sont dans les places hollandaises) ; total, 20 mortiers.

Les mortiers de 8 pouces, ainsi que les petits mortiers, paraissent devoir être bons à Lillo, puisque la distance à laquelle ils doivent tirer n’est que de 500 à 600 toises. D’ailleurs, le service des petits mortiers est plus juste et plus prompt.

Enfin, il faudrait, pour armer le fort du côté de terre, douze pièces de 12, douze pièces de 8, de 6 ou de 4 en bronze et sur affûts de place, et quatre obusiers; ce qui porterait l’armement de la place à 24 grosses pièces en fer et 24 en bronze de moindre calibre.

Les grosses pièces de 36 et de 24 ne seraient approvisionnées qu’à 200 coups, celles de 12 et de 6 à 800, les mortiers de 12 pouces à 250, ceux de 8 pouces à 500, et ceux de 6 pouces à 800,.

 

FORT DE LIEFKENSHOEK

Les travaux à faire au fort de Liefkenshoek paraissent devoir consister, savoir:

Bâtiments. – En un magasin à poudre de 50 milliers, une salle d’artifice, un hangar, une manutention de deux fours, et un magasin nécessaire pour contenir l’approvisionnement de 500 hommes pendant quatre mois.

Ouvrages – Quant aux ouvrages, ceux dont il faut s’occuper sont : le nettoiement des fossés; la réparation des chemins couverts et des demi-lunes; l’établissement de poternes et de ponts dormants pour communiquer avec la place ; la restauration des écluses et la construction des ouvrages qui y sont nécessaires pour s’assurer des inondations; enfin deux ouvrages sur les digues, avec des galeries de mines, pour pouvoir faire sauter les digues en cas d’événement.

Armement. – L’armement de Liefkenshoek me parait devoir être le même que celui de Lillo. Quant aux mortiers et aux pièces en fer destinées à battre l’Escaut, du côté de la campagne, au lieu de douze pièces de 12, huit de 6 seraient suffisantes.

Les choses ainsi combinées, ces deux forts auraient 48 bouches à feu de gros calibre et 32 mortiers de différents calibres; ce qui ferait 80 bouches à feu battant la rade.

Il faudrait, de plus, que les chemins couverts fussent disposés de manière qu’on pût augmenter chacune de ces batteries de douze pièces de 36, qu’on placerait au moment où les circonstances en feraient une obligation. Je désire avoir un devis de ces deux forts, et que tous ces ouvrages puissent être faits en quatre années. Pour cette année on peut accorder facilement 100,000 francs pour chaque fort. Me proposer la distribution de ce fonds.

 

FORT DE BATH.

Quant au fort de Bath, il paraît également que douze pièces de 36 et douze pièces de 24, quatre mortiers de 12 pouces, quatre mortiers de 8 pouces et huit de 6, seraient suffisants du coté de la mer; que douze pièces de 12, douze de 6 et quatre obusiers, ces vingt-huit pièces en bronze, seraient suffisants du coté de la terre; mais que cet armement doit être régularisé, et que les pièces devraient être sur des affûts de place et de côte; que des ouvrages devraient être construits pour être maître des digues; qu’une chaussée et des ponts devraient être établis pour assurer la communication de Bath avec la terre ferme et Anvers; que des ouvrages devraient couvrir cette communication; mais ce système, étant plus vaste, demande des reconnaissances particulières.

 

Middelburg. 13 mai 1810

Au général Mouton, comte de Lobau, aide de camp de l’Empereur, à Paris

Mon ministre de la guerre vous donnera des ordres pour que vous alliez passer la revue de la division Dupas, qui est à Tours, et de la division Tharreau, qui est à Nantes.

Vous verrez en passant mes fusiliers à Angers.

Indépendamment des rapports que vous ferez au ministre de la guerre, et qu’il faut vous accoutumer à faire avec la plus grande rigueur et dans la forme et avec les détails d’usage, rendez-moi un compte sommaire, tel que vous l’inspirera le premier coup d’œil, sur la tenue des hommes, leur armement, habillement, les souliers, l’administration, l’artillerie, le personnel, le matériel, les attelages, les caissons, sur les généraux qui commandent, et si ces divisions sont état de faire la guerre.

Vous ferez cela pour mes fusiliers, que vous verrez en détail. Vous réunirez au moins une fois la division, et vous lui ferez faire les grandes manœuvres.

 

Laeken 15 mai 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Il faut donner ordre que tout bâtiment suédois qui arrive sur un point quelconque de nos côtes chargé de marchandises coloniales soit saisi.

 

Laeken, 15 mai 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je reçois votre lettre du 8. Ce que vous devez dire au gouverneur de la Banque de France, c’est qu’ils doivent écrire en lettres d’or, dans le lieu de leurs assemblées, ces mots:

” Quel est le but de la Banque de France ? D’escompter les crédits de toutes les maisons de commerce de France à 4 pour 100 par an. »

Si 90 millions d’actions ne suffisaient pas, je les doublerais, et je ne serais pas en peine de trouver des preneurs. Loin de cela, la Banque a 15 millions d’actions en portefeuille; donc elle ne remplit pas son titre.

 

Laeken, 15 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 12 et celle du duc de Raguse ; répondez-lui que je vois avec peine qu’il fasse battre  mes troupes contre les Turcs; que le sang français coule pour de pareilles babioles; que les Croates sont suffisants; qu’il laisse donc mes troupes tranquilles; que, tant que des Croates se battent, c’est une chose à laquelle on est accoutumé; qu’il peut mettre quelques officiers français et des compagnies d’artillerie, mais point de mon infanterie.

 

Laeken, 15 mai 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’ai besoin d’envoyer de Toulon à Corfou 60,000 livres de poudre, 34 milliers de plomb, quatre mortiers de 12 pouces, 2,000 bombes de 12 pouces et 6,000 fusils. Faites-moi connaître comment cette expédition pourrait avoir lieu.

 

Laeken, 15 mai 1810

A Caroline Napoléon, reine des Deux-Siciles, à Naples

Ma Sœur, j’ai reçu votre lettre du 3. Je donnerai au Roi des officiers et sous-officiers tant qu’il voudra; mais je ne veux pas qu’il les prenne sans ma permission et qu’il désorganise mes corps, en disant qu’il ne le fait pas. Il faut être de bonne foi et marcher droit. Je ne saurais souffrir que l’on fasse rien contre mon service.

 

. . .. Mai 1810

(Ce discours est donné ici d’après le texte rapporté par Thibaudeau, dans le Consulat et l’ Empire, – Empire, tome V, pages 564 et suivantes: Cette allocution, dit Thibaudeau (page 228) , est un document que le clergé belge a recueilli et n’a jamais oublié.)

DISCOURS DE L’EMPEREUR AU CLERGÉ DU DÉPARTEMENT DE LA DYLE.

(L’Empereur s’est trouvé au château de Laeken à la fin d’avril et au milieu de mai 1810; on présume que ce discours a été prononcé le 16 mai, lors du second passage de l’Empereur à Bruxelles.)

J’aurai tous les égards pour le Pape; je le reconnaîtrai comme chef de l’église, comme successeur de saint Pierre, comme vicaire de Jésus-Christ, en tout ce qui concerne la foi et la doctrine; mais il ne doit pas s’immiscer dans mon temporel: ces deux puissances sont indépendantes.

Je veux la religion de saint Louis, qui a eu aussi des discussions avec le Pape. Je veux la religion de saint Bernard, de Bossuet, de l’Église gallicane; je la protégerai de toutes mes forces; mais je ne veux pas la religion ni les opinions des Grégoire VII, des Boniface, des Jules, qui ont voulu assujettir les royaumes et les rois à leur domination, qui ont excommunié les empereurs pour bouleverser la tranquillité des peuples. Quoi qu’on dise, je crois qu’ils brûlent aux enfers, pour toutes les discordes qu’ils ont excitées par leurs prétentions extravagantes. Les papes ont fait trop de sottises pour les croire infaillibles. Qui est-ce qui a fait le schisme d’Angleterre ? De la moitié de l’Allemagne ? N’est-ce pas les prétentions des papes, les opinions de Rome ? Je ne souffrirai pas ces prétentions; le siècle où nous vivons ne les souffrira plus. Autant nos armées ont rendu la France glorieuse, autant les peuples qui nous suivront attacheraient d’ignominie à ma mémoire et me rendraient responsable des conséquences.

Je ne suis pas de cette religion de Grégoire VII, qui n’est pas celle de Jésus-Christ; je me ferais plutôt protestant que de l’adopter; mais j’ai pris un autre plan. Jésus-Christ, qui a reconnu le roi temporel, quoiqu’il dépendit de lui d’ériger son trône à Jérusalem et de dominer sur toue la terre, ne l’a pas voulu; il s’est humilié jusqu’à l’heure de la rédemption; il n’a pas voulu que ses apôtres et ses successeurs eussent d’autres prétentions que celle de l’humanité et de la paix; il a dit: « Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu. J’ai fait  mon concordat avec le Pape, je m’y tiendrai. J’ai consulté mes évêques, et je veux suivre leurs avis. S’il le faut, je ferai convoquer un concile de mes évêques et même de toute la chrétienté pour décider mes droits. Le Pape est un bonhomme, un homme doux, mais ignorant; je l’ai connu évêque d’Imola; un homme saint, un anachorète, doux comme un agneau; ce n’est pas lui qui agit, mais il suit de mauvais conseils.

Je lui aurais laissé ses États, s’il avait eu assez de politique pour les gouverner. Mais il n’a pas voulu fermer la porte aux Anglais, qui pouvaient inquiéter mes soldats à Naples. Je lui ai ôté ses États, et voilà tout mon différend avec lui. On m’a dit que vous ne vouliez pas prier pour moi; qu’on m’avait excommunié: n’est-ce pas moi qui ai relevé vos autels, qui vous ai rendus à la religion, qui vous ai fait porter les costumes que vous portez maintenant ? Pourquoi des ingrats ? Mais c’est l’ignorance de plusieurs de vous autres qui en est la cause, et l’ignorance des prêtres est le plus grand fléau du monde.

Je veux protéger les bons, mais je poursuivrai les méchants.

Monsieur l’Archevêque, Messieurs les Vicaires Généraux, surveillez bien vos ecclésiastiques, inculquez bien ces principes à vos élèves dans les séminaires; et vous, Messieurs, écrivez-les profondément dans votre mémoire et faites-en part à vos correspondants. Ils ne pourront se plaindre de la persécution s’ils s’obstinent; ils ne seront pas des martyrs, car c’est la cause qui fait les martyrs et non la mort. Si je suis mon bon droit, et que le Pape en suive un mauvais, c’est lui qui en est responsable. C’est un homme, il peut manquer.

Voilà mes principes, ils sont fixés; je n’en départirai pas. Ce ne sont pas des mystères, mais des traits que je connais, et que chacun peut connaître en lisant l’histoire ecclésiastique. Si je vous parlais du mystère de la Trinité ou de l’Eucharistie, je ne serais pas recevable. Je laisse tout cela aux évêques et au Pape, successeurs des Apôtres. Je n’ai aucune envie de m’en mêler. J’ai été à Vienne: on y professe les mêmes principes; j’y ai parlé aux plus grands théologiens: leurs principes sont conformes aux miens. Il en est de même dans une partie de la Hollande, et je crois que ce système n’a été adopté que par opposition aux sectes calvinistes qui s’y montraient prépondérantes.

Votre archevêque, que j’ai nommé, a obtenu des bulles du Pape; mais, ces bulles manquant quant à la forme, je ne peux pas les admettre ainsi. Il y a donc vacance de sa place. Que le chapitre métropolitain régisse son église par les vicaires généraux. .Je ne pas que les évêques administrent sans leur institution du Pape; mais le chapitre peut faire usage de son ministère, et tout est en ordre.

La cour de Vienne est dans les mêmes principes; Joseph II voulait la même chose; il voulait plus: il touchait en quelque sorte à la discipline de l’Église; il s’attribuait les biens des églises supprimées.

Maintenant on supprime des églises pour acquitter la dette de l’État.

On a fait la même chose en France, mais c’était pendant la révolution; cela a cessé depuis le Concordat. En Italie, j’ai laissé les biens des églises, et je veux qu’elles en jouissent. La religion n’est pas une franc-maçonnerie. Jésus-Christ a dit: « Prêchez sur les toits ! »  Quiconque connaît l’histoire ecclésiastique saura en quoi consistent nos différends avec le Pape. Le Pape n’est pas le Grand Lama; le régime de l’Église n’est pas arbitraire; elle a des règles et des canons que le Pape doit suivre. Si le Pape veut être le Grand Lama, dans ce cas je ne suis pas de sa religion.

 

Laeken, 16 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, après avoir pris connaissance des dépêches de Stockholm, je désire que vous envoyiez sur-le-champ à Stralsund un consul ou vice-consul ; que vous demandiez par écrit que le séquestre soit mis sur toutes les marchandises coloniales qui existent dans la Poméranie, déclarant qu’à défaut de cela le traité fait avec la Suède se trouvera annulé. Donnez ordre que mon ministre en Suède, Alquier, ne parte pas, et envoyez un courrier à Stockholm pour porter l’ordre à mon charge d’affaires de présenter une note, en déclarant que, si, sous cinq jours, il n’a pas obtenu satisfaction, il repassera en France, et que le traité sera par là annulé.

Par cette note le sieur Désaugiers (chargé d’affaire à Stockholm) demandera: 1 ° que le ministre ou consul anglais voit l’envoyé de Suède, et que le ministre suédois à Londres soit rappelé; 2° que les marchandises coloniales sur bâtiments suédois ou autres qui aborderaient en Poméranie soient séquestrées; ;3° que Fauche-Borel et tous autres agents de la même clique soient arrêtés et me soient livrés; 4° que tous les Suédois qui portent la croix de Saint-Louis soient tenus de la quitter, ainsi que toute autre décoration appartenant à l’ancienne France; que mon intention est de faire la guerre à la Suède plutôt que de souffrir d’être ainsi outragé chez elle. Vous chargerez le consul que vous enverrez à Stralsund de requérir le séquestre de toutes les marchandises anglaises qui se trouvent en Poméranie, et de déclarer qu’à défaut d’obtempérer à cette réquisition j’y ferai entrer 10,000 hommes pour en prendre possession.

Après avoir expédié votre courrier à Stockholm, vous passerez une note au ministre suédois à Paris, dans le même sens, pour lui faire connaître que je ne suis pas accoutumé à faire des traités qui ne s’exécutent pas; que la Suède a été sincère ou de mauvaise foi avec moi; que j’ai été de bonne foi et que j’en suis mal récompensé; que j’ai rendu la Poméranie pour faire une chose agréable au roi, et non pour la voir devenir l’entrepôt et le débouché du commerce anglais. Vous l’inviterez à envoyer un courrier extraordinaire à sa cour pour lui donner communication de cette note. Vous insisterez pour que les articles du traité soient exécutés à la rigueur. Vous lui ferez connaître que j’ai retardé le départ de mon ministre  de Paris ; que mon chargé d’affaires à Stockholm recevra ordre de demander ses passeports, si, au reçu du courrier, je n’ai pas satisfaction, et que je regarderai le traité comme nul et rompu. Cela est urgent. Écrivez à mes consuls dans les ports de Mecklenburg de faire les mêmes instances, et prévenez mes ministres en Russie et à Copenhague.

 

Laeken, 16 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, vous écrirez au sieur Auguste Talleyrand à Berne, à mon ministre à Carlsruhe et au ministre de la police, que je désire que l’ancien roi de Suède n’entre pas en France et qu’il reste à Bâle. Faites insinuer à ce prince qu’il ne doit pas mettre le pied en France, vu que cela ne peut pas se faire sans ma permission.

Répondez au ministre du grand-duc de Hesse que j’approuve les récompenses que veut donner son maître.

Le sieur Hédouville a dépassé ses instructions. Je lui ai ordonné de désavouer la première lettre et non la seconde. Il a montré peu de dextérité. En général, les agents des relations extérieures n’ont pas assez de retenue. Le sieur Hédouville devait faire ce que vous lui prescriviez, et rien au-delà. Je ne vois pas pourquoi le sieur Bourgoing n’a pas suivi le roi de Saxe dans son voyage. Si ce prince l’agrée, je désire que mon ministre le rejoigne à Varsovie.

Finissez donc toutes ces affaires d’Allemagne. Il me semble que j’ai donné au duc de Weimar et au duc de Saxe-Gotha différentes petites seigneuries. Quand tout cela sera-t-il enfin terminé ?

Les cours de Munich et de Dresde ne feront aucune difficulté d’aider mes ministres. Il n’y a que la cour de Stuttgart qui pourra élever des difficultés. Quant à cette cour, la solution est simple: c’est d’y tenir un chargé d’affaites au lieu d’un ministre jusqu’à ce que cette question soit décidée, et, comme le sieur Durand s’y déplait beaucoup, on pourrait le rappeler à Paris et tenir à Stuttgart un chargé d’affaires capable. Celui qui tenait la correspondance pendant que le sieur Durand était à Paris n’est pas assez capable. Avec un bon chargé d’affaires à Stuttgart, le sieur Durand pourrait rester à Paris avec ses appointements jusqu’à ce que je le place ailleurs.

Il faut donner ordre qu’on exerce à Varel et à Oldenburg la même rigueur que dans les autres points de l’Ost-Frise. Écrivez dans ce sens au ministre des finances pour les douanes.

 

Laeken, 16 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, envoyez un courrier au duc de Vicence pour lui faire connaître que ce qu’on dit des relations entre la France et l’Angleterre est faux. Instruisez-le des mouvements de mes troupes, que je fais rentrer de tous côtés en France. Faites-lui connaître que tout ce qu’on dit des nouvelles d’Espagne est faux ; que nous n’avons avec l’Autriche aucune autres relations que celles qui tiennent au mariage et les égards et les bonnes dispositions réciproques qui en sont le résultat ; que nous n’avons rien contre la Porte. Vous lui ferez connaître au juste ce que sont ces affaires d’Illyrie. Écrivez-lui que je ne sais ce qu’il veut dire par ces articles de la Gazette de Hambourg; qu’il faut que l’empereur soit bien mal instruit pour ne pas savoir que toutes ces gazettes, qui répandent mille faux bruits, sont l’écho des spéculateurs, et que ces correspondances sont soufflées par l’Angleterre.

 

Laeken, 16 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Due de Cadore, par le courrier que vous enverrez en Russie, vous pourrez écrire à Berlin pour faire connaître à mon ministre que je le laisse maître d’approuver la rentrée de M. de Hardenberg au ministère, si les circonstances du pays sont telles qu’elle soit utile à mes intérêts. Son discours doit être clair. Il ne doit promettre que ce que je peux tenir. Il doit dire à M, de Hardenberg:

« On a pris des engagements avec l’Empereur; il veut qu’on, les tienne. On pouvait, dans la guerre d’Autriche, se prévaloir d’une conduite ferme et loyale, et, en échange, se libérer d’un énorme fardeau. Qui Qui peut en effet mettre en doute que, quand l’Autriche nous a déclaré la guerre, si le ministre de Prusse à Vienne eût quitté cette capitale en disant que son maître avait des engagements secrets avec l’Empereur, si la Prusse eût mis sur pied 15,000 hommes pour faire cause commune avec la Saxe et la Bavière, si le Roi, pour montrer sa confiance, fût revenu à Berlin, qui peut douter que cette conduite franche et loyale de la Prusse, non à l’époque de la bataille de Ratisbonne, mais avant, n’eût inspiré à l’Empereur des sentiments de bienveillance, n’eût effacé le souvenir du passé, mis la Prusse à même de se libérer de sa dette, et n’eût rétabli son crédit dans les affaires du ·monde ? Qu’a fait, au lieu de cela, la Prusse ? Elle a armé, formé des camps, montré de mauvaises dispositions. Elle a eu les yeux sur la Russie ; elle a tout fait pour fomenter des troubles en Allemagne; sa conduite a été hostile, et une partie de ses troupes a même porté les armes contre la France. On a pousse la dérision jusqu’à dire que ces camps étaient pour fournir à l’Empereur les 16,000 hommes que la Prusse devait joindre à son armée. De là le mépris qu’a témoigné l’Empereur pour la conduite vacillante de la Prusse. Et certes l’Empereur a montré de la générosité en laissant après cela exister la Prusse et en ne l’attaquant point dans la circonstance actuelle. L’Empereur ne pourrait se justifier ni à ses yeux ni aux yeux de personne, s’il se relâchait de ses prétentions. On fait beaucoup d’éclat des 11 diamants et de la vaisselle qu’on a vendus: quels misérables moyens, que ceux-là, quand on a des camps inutiles, qu’on lève des chevaux et qu’on fait sans objet des dépenses militaires qui absorbent les revenus du pays ! Quand la Prusse voudra rétablir son crédit, être une puissance, avoir de la considération et jouir de quelque félicité, on s’en apercevra à sa contenance, à la loyauté de sa conduite; sa réorganisation intérieure, sa considération extérieure, son crédit, tout y gagnera; mais pour cela il ne faut pas qu’elle nage entre deux eaux, mais qu’elle marche d’un pas ferme et droit.

Il faut que les contributions qu’elle doit soient payées; et les moyens existent, puisqu’on emploie tant d’argent à une armée qui est inutile.”

 

Laeken, 16 mai 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je n’ai pas de difficulté à accorder des pensions à ceux des moines, en ce moment à Rome, qui sont sujets de mon Empire, ainsi qu’à ceux qui sont sujets de mon royaume d’Italie.

Le roi de Naples doit également accorder la pension à ceux qui sont Napolitains. Écrivez dans ce sens à la Consulte.

 

Palais impérial à Laeken, 16 mai 1810

A Alexandre 1er, empereur de Russie, à Saint-Pétersbourg

Monsieur mon Frère, Caulaincourt me fait connaître tout ce que Votre Majesté Impériale a bien voulu lui dire d’aimable à l’occasion de mon mariage. J’y ai reconnu les sentiments qu’elle veut bien me porter. Je la prie d’en agréer mes remerciements. Mes sentiments pour elle sont invariables, comme les principes politiques qui dirigent les relations de mon Empire. Jamais Votre Majesté n’aura à se plaindre de la France. Les déclarations que j’ai faites en décembre dernier font tout le secret de ma politique; je vous les réitérerai toutes les fois que l’occasion s’en présentera. Je prie Votre Majesté de ne jamais douter de mon amitié et de la haute estime que je lui porte.

 

Gand, 17 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je ne comprends rien aux plaintes du roi de Bavière. Parlez de cela au prince d’Eckmühl. J’ai ordonné depuis longtemps qu’on évacuât le Tyrol et Salzburg, et que le Tyrol fût remis à la Bavière. J’ignore pourquoi cela n’est pas encore fait.

 

Gand, 17 mai 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des relations extérieures, à Paris

Je reçois votre lettre du 14. C’est à partir du 1er janvier 1811 que toutes les contributions doivent être perçues dans les départements romains comme dans le reste de la France. Le droit de mouture est odieux à Rome; il ne faut pas songer à le conserver. Comme dans le moment de paix actuel tout est facile, et que j’ai à ma disposition tous les moyens d’exécution, il faut en profiter pour finir cette affaire de Rome. Préparez donc tout pour qu’au 1er janvier prochain on prescrive dans les deux départements de Rome les mêmes contributions qu’en France.

 

Gand, 17 mai 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Monsieur le Duc de Gaète, je reçois l’état des biens appartenant aux mainmortes dans les départements romains. Je vois que ces biens se montent à 250 millions. Sur cette somme il y a 44 millions pour les évêchés, chapitres et canonicats. Je ne pense pas qu’il faille en conserver plus de la moitié. Les cures, paroisses et fabriques, montant à 18 millions, doivent être conservées.

Il paraît donc qu’il doit y avoir disponibles 148 millions, dont, sur les évêchés, chapitres, etc., 22 millions; sur les couvents, 62 millions; sur les commanderies, 5 millions; sur les bénéfices et chapellenies, 18 millions; sur les confréries et congrégations, 13 millions; sur les abbayes, 9 millions; sur les domaines de l’État, 19 millions; total, 148 millions.

Mais on conserverait en mainmorte plus de 101 millions, dont, sur les évêchés et chapitres, 22 millions; sur les cures, paroisses et fabriques, 18 millions; sur les écoles pies, etc., 9.600.000 francs; sur les hospices, 28 millions; sur les communes, 18 millions; sur les établissements divers, 1 millions; total général, 249 millions, sauf les fractions.

Ainsi, sur les 250 millions, la somme de 100 à 101 millions resterait en mainmorte, elle reste, montant à 148 ou 149 millions, serait disponible et aliéné le plus tôt possible.

Envoyez au ministre du trésor copie du rapport du maître des requêtes  et de l’état qui y était joint. Concertez-vous avec lui pour préparer tout ce qui est nécessaire pour faire à Rome la même opération qui a été faite en Piémont; car je n’entends pas, pour 1811, payer l’intérêt de la dette.

 

Gand, 17 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le général de division Drouet doit avoir reçu l’ordre de rentrer en France, et le Tyrol doit avoir été remis à la Bavière, hormis la partie qui reste au royaume d’Italie.

Mes troupes doivent avoir également évacué le Salzburg.

La brigade de cavalerie légère du général Pajol doit avoir reçu l’ordre de revenir sur Strasbourg; si elle n’avait pas reçu cet ordre, donnez-le-lui.

Un régiment de la brigade du général Jacquinot doit être en marche sur Mayence.

Donnez ordre aux Portugais et aux bataillons corses et du Pô de se rendre à Mayence.

Donnez ordre aux caissons et aux approvisionnements d’artillerie qui ne sont pas attelés de rentrer à Mayence; et faites commencer, dès à présent, l’évacuation de l’Allemagne.

Ainsi, il n’y aura en Allemagne, au 1er juin, que les trois divisions d’infanterie du 3e corps, formant quinze régiments, et la division Bruyères, composée de quatre régiments de cuirassiers et de deux régiments de cavalerie légère de la brigade Jacquinot.

Faites-moi un rapport et soumettez à mon approbation un projet tendant à mettre en mouvement, au 15 juin, les divisions Morand et Friant, les grands parcs de l’artillerie et du génie, les intendants, les inspecteurs aux revues, commissaires des guerres, garde-magasins, employés, commandants d’armes et l’état-major général, de sorte qu’il ne reste plus en Allemagne que la division du général Gudin, composée de ses cinq régiments d’infanterie et des six régiments de la division Bruyères (cavalerie), avec vingt-quatre pièces de canon pour l’infanterie et douze pièces pour la cavalerie, plus le corps qui est dans les villes hanséatiques. Tout le reste rentrerait en France, pour former l’armée des côtes que commanderait le prince d’Eckmühl.

Les administrations et les postes seraient supprimées en Allemagne, et la gendarmerie rejoindrait ses légions, hormis un capitaine et 25 gendarmes qui resteraient avec le général Gudin.

Le budget de l’armée d’Allemagne pour les six derniers mois de 1810 serait annulé, car les troupes qui resteraient en Allemagne seraient nourries et entretenues, savoir: La division des villes hanséatiques par ces villes, et les divisions Gudin et Bruyères par le royaume de Westphalie. Je n’aurai donc pas un sou à dépenser ni à envoyer en Allemagne.

Parlez au prince d’Eckmühl pour qu’il fasse évacuer les trains inutiles, afin qu’au reçu de mes ordres il n’y ait aucun embarras et que mes troupes puissent alors évacuer l’Allemagne.

 

Bruges, 19 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez au duc de Vicence qu’il doit dire dans la conversation que ce qu’on a prétendu de l’union d’une princesse de France avec le prince royal de Suède est controuvé. Mettez-le à même d’instruire l’empereur des correspondances indirectes qui ont lieu entre la France et l’Angleterre.

 

Bruges, 19 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, préparez un rapport pour qu’au conseil du génie, de décembre ou de janvier prochain, je puisse décider si les places de Hulst, du Sas-de-Gand et de l’Écluse, doivent être rétablies et de quelle manière. Il faut faire connaître dans ce rapport, 1° l’évaluation des ouvrages actuellement existants, 2° ce qu’il faudrait pour mettre en état de défense ces trois places. Je préférerais avoir des places à Breskens et à Terneuse, puisque deux fortes places dans ces deux endroits, contribuant à me rendre maître de l’Escaut, seraient d’un bien plus grand effet pour la défense d’Anvers.

Mais, si ce qui existe à Hulst, au Sas-de-Gand et à l’Écluse, compose déjà les cinq sixièmes de la place, de manière qu’il ne faille plus y dépenser qu’un sixième de leur valeur pour les rétablir entièrement, je ne mets pas en doute qu’il ne faille les rétablir pour servir de seconde ligne, pour soutenir les places de Breskens et Terneuse et s’opposer à une expédition qui, débarquant à Nieuport ou Ostende, marcherait sur la gauche de l’Escaut.

Pour me décider sur ces trois places importantes, j’attendrai le rapport qui me sera fait en décembre. Il faut que les plans soient levés bien exactement, les cotes de nivellement bien tracées, de manière qu’il n’y ait rien de douteux ni de problématique, comme cela arrive souvent.

Quant à Yzendyke, il faut réparer sans délai cette place; j’y ai affecté cette année 100,000 francs. Ils seront employés comme il est dit dans le décret. Il faut me présenter un rapport sur les travaux à faire pour sa défense.

 

Bruges, 19 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, préparez-moi un état de situation de mes troupes au 15 mai, ayant pour but de faire connaître la destination non-seulement de chaque bataillon, mais encore de chaque compagnie, numéro par numéro. Cet état doit être unique et fait une seule fois, pour que je sache bien où sont les compagnies des différents bataillons qui, aujourd’hui, se trouvent formés.

 

Bruges, 19 mai 1810

NOTE POUR M. MARET, DUC DE BASSANO

M. le duc de Bassano se rendra demain à Flessingue pour recueillir les demandes des habitants exprimées dans le mémoire ci-joint, en s’arrangeant pour être de retour à Middelburg de midi à une heure pour me remettre son rapport et faire ce travail.

Ce rapport aura pour objet: 1° l’évaluation des pertes essuyées pendant le siége, provenant de maisons détruites dans la ville, en distinguant les pertes comme églises, maisons communes, établissements publics de la marine, de la terre et des corporations, des pertes supportées par les particuliers, en distinguant ceux-ci entre habitants de la ville et habitants hors de la ville; enfin distinguant ces derniers entre citoyens et étrangers ; mettre la somme totale par approximation; 2° l’évaluation des pertes en meubles, en réquisitions fournies à l’armée française et à l’armée anglaise; 3° la situation des hôpitaux du pays; 4° le budget qui a été fait pour cette année; 5° les revenus qu’ils payent à la France, ou toute espèce de contributions; 6° l’évaluation de la perte en bâtiments de commerce, faite à part; 7° le nombre des veuves et des orphelins de ceux qui ont été tués; 8° le nombre des mutilés.

 

Bruges, 19 mai 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je reçois votre lettre du 5 mai. Je vois avec plaisir que votre marine s’est battue avec courage. Mais songez que vous êtes roi de Naples depuis deux ans et que vous devriez avoir un vaisseau et une frégate depuis un an. Si cela était, vous ne verriez pas votre capitale bloquée par un vaisseau rasé anglais. Vos marins ont beaucoup de bravoure et de dévouement; si vous entendez bien l’intérêt de vos peuples, avant la fin de l’année vous aurez un vaisseau de 80. Vous avez des chantiers et des bois; il ne faut qu’avoir de l’activité et faire les sacrifices nécessaires. Vous direz que vous n’avez pas d’argent; puisque vous êtes bloqué par un vaisseau, cela fait plus de tort à vos peuples d’être privés de tout commerce que si vous mettiez des contributions additionnelles avec la condition de les employer à la marine; il n’y a point de Napolitain qui ne payât volontiers 10 pour 100 de plus d’imposition ; et avec cela vous auriez une escadre qui obligerait les Anglais à en tenir une d’égale force contre vous. Ils en tiennent déjà contre Venise, où j’aurai bientôt cinq vaisseaux de guerre; ils en tiennent dans la Baltique contre la Suède, contre la Hollande, contre Rochefort, Toulon, Lorient, Cherbourg et contre Flessingue, où j’ai dans ce moment quinze vaisseaux de guerre.

Il est donc à calculer que, si la guerre continue, en 1812 il y aura dans mes ports et dans ceux de mes alliés cent vaisseaux de guerre contre lesquels les Anglais seront forcés de disséminer un égal nombre.

P’. S. Prenez donc des mesures pour avoir un vaisseau de 74 ou de 80 cette année, et cinq à la fin de 1812; avec ces cinq vaisseaux et deux frégates, les Anglais ne viendront jamais vous bloquer.

 

Bruges, 20 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai vu avec attention le fort impérial de l’île de Cadzand. J’ai été fort content de l’officier du génie qui s’y trouve.

J’ai vu à Vzendyke un chef de bataillon du génie qu’il faut réformer. Il est difficile d’être plus borné que cet officier; il n’a pu me dire le nombre des bastions de sa place. J’ai vu avec peine qu’il portait l’aigle de la Légion d’honneur ; à moins qu’il ne l’ait gagnée par un trait de grande bravoure.

J’ai été très-satisfait du fort impérial, quant à ce qui regarde le génie. Il est nécessaire que les merlons en soient relevés sans délai, et que les affûts de côte qui manquent soient envoyés; une batterie de cette importance doit être abondamment munie d’affûts de côte.

Donnez ordre que les plates-formes de mortiers à plaque soient pilotées, pour qu’elles soient plus en état de résister; sans quoi, après qu’on a tiré quelques coups de canon elles se dégradent.

Donnez également l’ordre que chaque mortier à plaque ait une plate-forme vide à gauche et une à droite, de sorte que, quand la plate-forme sur laquelle est placé le mortier se dégrade pendant le feu, on puisse traîner le mortier sur l’une ou l’autre. Donnez le même ordre pour les mortiers de 12 pouces à la Gomer. Il y a une batterie de douze mortiers qui se touchent; il faut les séparer en deux batteries; je suppose qu’il y a de la place. Il y a six mortiers à plaque, ce sera dix-huit plates-formes ; ce qui fait trente plates-formes à établir. Si la place manquait, ce que je ne pense pas, il faudrait placer les plates-formes vides à douze ou quinze pieds derrière ; je crois cependant la place de trente plates-formes existe.

Il faut que, indépendamment de deux cents bombes par mortier, une batterie ait un grand approvisionnement de roche à feu. Je me suis aperçu que les bombes n’étaient pas chargées de cet artifice. Je ne puis qu’être mécontent qu’une batterie si importante n’ait que la moitié de ses pièces sur affûts de côte. Faites cesser sans délai une telle négligence.

Chaque pièce doit avoir deux cents coups à tirer; il n’yen a que cent ; chaque mortier à plaque doit avoir cent bombes avec roche à feu et fusées. Enfin les pièces doivent être arrangées pour tirer sous un angle plus grand.

Indépendamment de cela, il m’a paru que la batterie impériale n’était pas suffisamment armée du coté de terre. Cependant elle est bien palissadée, a une élévation et un parapet; je pense qu’il faut avoir six pièces de 12, six pièces de 4 et six obusiers. Ces pièces de campagne doivent être placées sur l’épaulement, le long de la batterie.

Donnez ordre qu’on établisse en avant de la batterie, sur la laisse basse mer, une ou deux places d’armes armées de deux pièces de 4 et de deux obusiers pour battre la plage. L’avantage de ces places d’armes sera de flanquer le pied de la batterie et de repousser les canots et petites embarcations qui voudraient s’en approcher. Elles pourraient être faites en bon bois.

Comme cette batterie ne doit pas éprouver de changement de quelques années, il faut la consolider, la bien réparer et la mettre état.

Je crois qu’à droite et à gauche de cette batterie il faudrait contre deux blockhaus en brique, à l’abri de la bombe, capables de contenir 100 hommes. Je crois que ces sortes d’ouvrages ne coûtent que 30,000 francs en faisant, comme on a coutume de faire, les blindages en bois.

J’ai été satisfait de l’activité des travaux. Les 400,000 francs que j’ai accordés seront dépensés au 15 août, à ce que m’a assuré l’officier du génie, et le fort sera tout à fait fermé. Mon intention est d’y affecter le supplément de budget que j’ai accordé pour achever de mettre ce fort en bonne situation. Au lieu de construire un petit magasin à poudre dans le n° 5, il faut le construire dans le bastion n° 2. Ainsi il faut dépenser dans le bastion n° 2 les 38,000 francs que j’ai accordés par le budget de celte année.

Indépendamment des vingt-quatre pièces en fer qui existent à la batterie impériale, il est nécessaire d’y établir une batterie de six pièces de 16 à boulets rouges. Le fourneau à réverbère est mal placé. C’est une habitude qu’on il dans les places. Il faut ordonner que l’espace compris entre le fourneau et la batterie soit couvert par une traverse qui mette le fourneau et les artificiers qui chauffent les boulets à l’abri du feu de l’ennemi.

Donnez des ordres pour que, au ler juillet, la batterie impériale contienne six mortiers à plaque avec dix-huit plates-formes, six mortiers à la Gomer avec six affûts de rechange et douze plates-formes bien consolidées et établies; six pièces de 16 en bronze, à boulets rouges; douze pièces de 24 en fer sur affûts de côte; douze pièces de 36 sur affûts de côte. Chaque mortier et pièce de 24 et de 16 aura deux cents coups à tirer.

Les pièces de 36 auront, en outre, cent obus chargés de roche à feu à tirer; les pièces de 16, également cent balles d’artifice. Il y aura donc trente pièces de canon et douze mortiers, en tout quarante-deux bouches à feu tirant sur la mer.

Il y aura, du côté de l’épaulement, six pièces de 12, six obusiers prussiens et six pièces de 24, faisant dix-huit pièces de campagne, qu’on emploiera soit à armer les batteries, soit qu’on transportera où cela sera nécessaire.

Au 1er septembre, les bastions n° 2 et n° 3 seront armés de trois pièces de 16 sur affûts de place, en bronze.

Au 1er octobre, les bastions n° 1 et n° 4 devront être terminés; ils seront armés de trois pièces de 16 chacun.

Les flancs des bastions seront armés de douze obusiers ou pièces d’un calibre supérieur à 4.

Toute cette artillerie sera tirée des places hollandaises.

Vous me présenterez un projet pour établir dans le bastion n° 5 un grand cavalier. Il formera des souterrains pour contenir 300 hommes de garnison, une manutention de deux fours, des magasins pour nourrir 1,000 hommes pendant quatre mois.

Vous me présenterez également un projet pour établir dans les bastions n° 1 et n° 4 des cavaliers couvrant des souterrains pour contenir 100 hommes, des magasins de vivres, des magasins pour l’artillerie, dans l’un un hôpital de cent lits, dans l’autre deux forges pour réparer et mettre en état les affûts. Le tout à l’abri de la bombe.

Le but de ces trois cavaliers est d’avoir une grande domination sur les digues. Le fort les domine de vingt pieds; les trois cavaliers les domineront de 20 pieds. Les batteries hautes de ces cavaliers pourront tirer sur les vaisseaux venant pour détruire la batterie impériale.

Elles tireront de droite et de gauche pour réunir une grande masse de feux sur les digues.

Il sera proposé de tracer, à 200 ou 300 toises de la batterie actuelle, deux forts ou pâtés, dans l’eau, dominant la digue et obligeant l’ennemi à ouvrir la tranchée contre ces forts avant d’arriver à la place; car ce n’est que sur les digues qu’il peut ouvrir la tranchée, puisque l’inondation parait assurée.

Enfin on projettera aux saillants de la place d’armes des réduits maçonnés pour mettre la place à l’abri d’un coup de main dans les gelées.

Il me parait indispensable de construire au fort Napoléon un magasin à poudre pour le service de l’artillerie. J’ai accordé 30,000 francs pour cet objet.

Il faut ordonner que la dune où était établie la batterie soit rasée, et qu’une petite lunette soit construite sur l’écluse et à la fin de la digue où entre l’eau de la mer.

Vous trouverez un projet de décret pour mettre à la disposition du génie les écluses et canaux qui peuvent inonder le fort impérial, afin que, une descente venant à avoir lieu dans l’île, on pût lever l’écluse et inonder le polder. Faites-vous faire un rapport par l’ex-officier du génie, et faites vérifier quels sont les inconvénients ou les avantages de cette mesure. Je désire que vous soumettiez ce  décret à ma signature, avec les observations du génie, avant le 1er juin.

 

Bruges, 20 mai 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je me propose d’aller au Havre. Faites-moi connaître si la frégate la Gloire pourra être lancée pendant que j’y serai. Faites-moi aussi connaître si les frégates l’Oder et la Perle, qui doivent être achevées à Dunkerque, peuvent être lancées devant moi. Faites-moi connaître aussi quand l’Iphigénie sera lancée à Cherbourg, quand la Clorinde et la Renommée seront en rade à Brest, quand le Nestor sera mis à l’eau à Brest, le Pregel à Saint-Malo, l’Iéna à Rochefort, le Wagram et le Sceptre à Toulon.

 

Ostende, 20 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites-moi connaître qui a donné à M. de Narbonne l’instruction d’insinuer au roi de Bavière d’envoyer ici le baron de Hœrding. Il est en effet singulier que ce prince m’envoie féliciter lorsqu’il m’a félicité lui-même.

 

Ostende, 20 mai 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

J’adopte les conclusions de votre rapport sur le grand canal du Nord. Faites arrêter les dépenses faites entre la Meuse et l’Escaut, et faites verser les ateliers entre la Meuse et le Rhin. Je ne diminuerai rien à la quotité de l’argent, et les mêmes ouvriers seront employés.

Faites observer à Molé que je n’ai point changé d’avis sur le canal, et que, la partie entre Meuse et Rhin finie, je persiste à terminer celle entre la Meuse et l’Escaut en cinq années.

Vous me ferez connaître ce qu’il y a à faire pour le canal du Nord. J’ai pu vouloir y dépenser du trésor public une dizaine de millions, quand ce canal m’était nécessaire pour joindre le Rhin à l’Escaut; aujourd’hui son importance n’est plus la même. Je désirerais que ce canal fût fait en petite navigation, ou que, si cela même est jugé de quelque utilité, il soit fait comme canal d’irrigation. Alors il n’y aura pas besoin d’écluses, et le prix sera bien différent. Quelque parti qu’on propose, il faut indemniser la caisse des canaux en prenant une partie des terrains, soit des communes, soit des particuliers. Mais, de quelque manière qu’on fasse, ce canal cessant d’être une des principales artères de l’Empire, il n’est plus que d’un intérêt secondaire. Dans cette année la navigation s’établira par le Rhin  et la Meuse, et l’on sera plus à même de sentir les avantages et les inconvénients du canal du Nord.

 

Ostende, 21 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, j’ai trouvé à Ostende un colonel du génie extrêmement ignorant. Aucun officier qui connût rien à la place, aucun nivellement, aucun plan ; le génie des Turcs va mieux.

Les projets proposés pour l’écluse de Slyckens sont de la dernière absurdité. Il est très important, 1° d’envoyer ici un officier du génie intelligent; 2° de faire lever les environs de la place à 1,200 toises autour, et d’avoir des nivellements pour l’inondation ; car tout est ici ignoré, de sorte qu’on ne peut rien déterminer.

Vous recevrez un décret par lequel je porte à 400,000 francs les fonds qui seront dépensés en 1810 à la place d’Ostende. Il sera fait un fort fermé à Slyckens. Le fort Saint-Philippe était bon lorsqu’il couvrait l’écluse. Je désire que vous me présentiez un projet de deux forts, l’un sur les dunes du côte de Dunkerque, de 300 à 500 toises de la place; l’autre sur la dune, à 800 toises du fort de Slyckens et à 500 ou 600 toises du bout de la jetée.  Indépendamment de ces forts, un fort sur la digue à 300 toises des dunes et à 250 toises de l’écluse de chasse, couvert par 300 toises d’inondation, serait d’une grande utilité.

La place d’Ostende est de la plus haute importance; il faut s’occuper sérieusement de la mettre en parfait état; c’est la clef de la Belgique. Envoyez-y promptement un officier intelligent. Il n’est pas question à Ostende de craindre un bombardement. Le port ne peut pas contenir de flotte ni d’escadre assez importante. C’est la place qu’il faut défendre, parce que, si l’ennemi en était maître, il pourrait cheminer dans la Belgique ou sur Anvers. C’est ce qui me porte à désirer avant tout deux forts sur les dunes, à droite et à gauche, à 400 ou 500 toises des remparts de la place. Présentez moi les projets, ainsi que ceux du troisième fort, du fort de l’écluse de Slyckens; enfin un plan complet de défense de la place. Je crois que trois ou quatre millions seront très bien employé dans cette place.

Ostende a assez d’artillerie de bronze, mais pas assez d’artillerie de fer. Je désire, 1° que vous y fassiez envoyer douze pièces de 36 en fer, lesquelles seront placées sur les demi-lunes et digues, en place de pièces de 16, etc., qui s’y trouvent, et six mortiers de 12 pouces à la Gomer; 2° que vous ordonniez qu’on fasse double plate-forme pour les mortiers à plaque, et trois plates-formes pour deux mortiers à la Gomer.

 

Lille, 23 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites connaître au ministre du roi des Deux-Siciles mon mécontentement du traité qu’il a fait avec un Américain. Je sais qu’on a introduit des marchandises dans les ports de Naples. Passez une note pour demander que ce marché soit résilié et les marchandises séquestrées. Écrivez à mon chargé d’affaires et à mon consul à Naples de passer la même note. Vous ferez comprendre à M. de Gallo qu’il est important qu’on fasse bien attention à ce que je dis: aucun traité ne doit être fait sans mon approbation. Mon intention est de n’avoir à Naples qu’un chargé d’affaires. Dans plusieurs circonstances, on a manqué d’égards pour le caractère de mon ambassadeur; je veux cesser d’y en entretenir un. Le secrétaire de légation qui remplit les fonctions de chargé d’affaires sera accrédité désormais en cette qualité.

 

Lille, 23 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vois par votre lettre du 20 que vous avez parlé net au ministre de Suède. Parlez-lui plus net encore.

Faites-lui connaître que mon intention est qu’il n’entre aucune marchandise anglaise en Poméranie; que je commence à comprendre que j’ai fait une faute en rendant cette province à la Suède, et que mes troupes ont ordre de se tenir prêtes à entrer en Poméranie, si le traité n’est pas exécuté. Écrivez à mon chargé d’affaires à Stockholm que je demande que le séquestre soit mis sur toutes les marchandises coloniales qui sont en Poméranie.

 

Lille, 23 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, j’ai reçu votre lettre du 21 mai, avec la dépêche du ministre autrichien (M. de Lebzeltern, envoyé à Savone par la cour de Vienne pour régler des affaires ecclésiastiques de l’Autriche, avait en même temps mission de préparer un rapprochement entre le pape Pie VII et l’empereur Napoléon) qui a été à Savone. Je ne puis que vous témoigner mon mécontentement de ce que vous n’avez pas prévu cet embarras. Puisque vous étiez dans le secret de cette opération, vous deviez écrire à Savone, pour que ce ministre fût accrédité, que sa mission était avouée par moi. C’est une faute que vous avez commise.

Je vois par votre lettre du 18 que le sieur Alquier n’était pas parti; il faut donc qu’il ne parte pas.

 

Lille, 23 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Envoyez un officier de votre état-major au roi de Naples pour bien lui recommander de ne tenter l’expédition de Sicile qu’à coup sûr.

L’expédition n’est pas possible s’il n’a les moyens de transporter au moins 15,000 hommes à la fois. Envoyez un officier intelligent qui verra la situation du pays, visitera les forts de Naples et de Gaète, et reviendra vous instruire de tout.

 

Lille, 23 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le duc de Feltre, faites faire, pour le Moniteur, un article qui fasse connaître la prise de Hostalrich; les succès obtenus au déblocus de cette place et la prise des petites îles Las Medas. Parlez, non du duc de Castiglione qui n’y était pas, mais des généraux et officiers qui y étaient. Présentez-moi des projets de décrets pour récompenser ceux qui se sont distingués dans ces différentes affaires.

 

Lille, 23 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez au maréchal Pérignon et au roi de Naples qu’il est important que Gaète soit approvisionnée en munitions de guerre et de bouche et armée de tous ses canons, pour être en état de soutenir plusieurs mois de siège ; que cela est indispensable au moment où les troupes se réunissent en Calabre. Vous trouverez ci-jointe la lettre que j’écris au roi de Naples à ce sujet (cette lettre n’a pas été retrouvée). Mais vous la mettrez sous le couvert du maréchal Pérignon, qui la remettra.

 

Lille, 23 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Lille

Mon Cousin, écrivez au général Suchet que j’approuve fort tous les échanges qu’il pourra faire de Français contre des Espagnols; que je lui donne carte blanche là-dessus, pourvu qu’il ne se laisse pas attraper et que l’échange ait lieu en même temps.

 

Boulogne, 25 mai 1810

OBSERVATIONS SUR LES FORTS DE BOULOGNE

Première observation. – Les ouvrages en terre, à Boulogne, faits il y a quatre ans, ne sont que des ouvrages isolés. Quoique pouvant s’aider entre eux, ils n’ont pas la consistance nécessaire pour former un bon ensemble de défense. Cela est tellement vrai, qu’il y a peu de généraux qui en comprennent le système et puissent y adapter les principes du commandement des troupes et de celui des différentes armes.

Deuxième observation. – Pour remédier à l’inconvénient ci-dessus, il faut que ce grand nombre d’ouvrages détachés soient liés entre eux et forment quatre forts. Ce sera alors quatre commandants et quatre matériels d’artillerie et du génie que le commandant supérieur de Boulogne saura qu’il doit avoir sous ses ordres.

Premier fort, la Tour d’Ordre. – II comprendrait les quatre ouvrages détachés qui y sont aujourd’hui, lesquels, formant une espèce de couronne, seraient réunis par des courtines. Les palissades qui ferment la gorge de chaque ouvrage seraient employées à fermer la gorge de la couronne. En arrière, on construirait un réduit en maçonnerie contenant une caserne pour 300 hommes. Ce réduit aurait trois côtés, dirigés chacun sur la gorge d’un des trois bastions de la couronne, de sorte que 150 hommes, enfermés dans le réduit, rendraient impossible la prise de la couronne. Les quatre ouvrages n’en faisant plus qu’un, ils auraient dans le réduit leur ambulance et leurs magasins. Cela offrirait la résistance d’un fort. En supposant que, dans cette circonstance, il y ait un camp de 2,000 hommes, ce camp pourrait se porter du côté opposé, en laissant seulement 200 hommes, sans que l’ennemi s’en aperçût et sans courir aucun danger.

Les quatre ouvrages qui sont entre le chemin de Calais et celui de Saint-Omer devront se rattacher au même système et former le second fort.

Les trois ouvrages du camp de Bertinghen formeront le troisième fort.

Les quatre ouvrages du camp d’Outreau formeront le quatrième fort.

Partout même ensemble de réduits, de matériel d’artillerie et du génie, de magasins; même sûreté et même facilité de mouvement. Ces quatre forts auront le même avantage.

Troisième observation. – Cela fait, il est évident qu’avec quatre bataillons et cinq compagnies d’artillerie il sera impossible à l’ennemi de pénétrer dans Boulogne, de venir brûler les bâtiments qui sont dans le port et détruire les différents établissements militaires, à moins que l’on admette la possibilité de passer entre deux de ces forts.

Pour obvier à cet inconvénient, il est facile d’établir, en arrière des ouvrages, des lignes qui s’appuieraient à la place et aux inondations de la Liane et qui en seraient protégées; alors il serait impossible à l’ennemi de passer entre les ouvrages, même nuitamment.

Quatrième observation.- Ces quatre forts se trouvent protégés par ceux déjà construits pour défendre la rade et empêcher le bombardement. Le premier fort aurait devant lui le fort de Terlincthun; le deuxième, le fort du Moulin à Huile; le troisième, le fort Saint-Lamhert; le quatrième, les forts du Renard, du Petit-Moulin et du Mont-de-Couple.

Les choses ainsi organisées, il serait impossible à l’ennemi de s’avancer sans avoir pris un ou deux de ces forts. Ces six forts exigeront trois bataillons de garnison. On n’a jamais supposé qu’à Boulogne il dût y avoir moins de 12 à 15,000 hommes de bonnes ou mauvaises troupes.

Lorsque ces six forts seront achevés, on verra s’il convient d’en faire encore un pour compléter le système de défense.

Le but principal de ces notes est de donner l’idée d’un projet qui simplifie la défense de Boulogne, et borne cette défense à celle des quatre couronnes qui ferment hermétiquement une place aussi difficile à traiter que Boulogne.

Autres observations. – Le fort de Terlincthun est trop loin du fort la Crèche. L’ennemi peut passer entre eux et venir établir sur la hauteur une batterie qui, en vingt-quatre heures, fera taire le fort la Crèche, le mettra en quelque sorte à la disposition de la flottille ennemie, et, par conséquent, facilitera beaucoup le débarquement.

Il faudrait donc un ouvrage défendant la hauteur et dominant le fort la Croche.

Le fort de Terlincthun est mal tracé. On a imaginé d’y avoir un réduit en maçonnerie; mais ce réduit, en mettant l’ouvrage à l’abri d’un coup de main, ne lui donne pas la consistance qu’il devrait avoir. On a manqué cela: d’abord on a fait un carré, ce qui n’était pas convenable; un fort carré d’égale force sur tous les fronts est mauvais. Indépendamment de l’inconvénient attaché au carré, on a encore fait la faute de ne lui donner que 110 toises de côté. Il n’y a aucun talent dans tous ces tracés; il faudrait tout raser. Ce qui me parait le plus praticable serait de creuser les fossés du double de ce qu’ils sont aujourd’hui, les élargir et employer les terres à faire des places d’armes, au moins sur les fronts d’attaque.

Le réduit de Terlincthun a deux côtés en maçonnerie qui sont tombés; on va les rétablir cette année; il est fâcheux que de pareils accidents arrivent dans des travaux aussi importants. Il doit y avoir dans le corps du génie des officiers connaissant assez bien les détails des constructions pour que de pareils accidents n’arrivent pas.

Le réduit du fort de Terlincthun et celui du fort du Moulin ont l’inconvénient de n’avoir pas de terre-plein de rempart; on a tracé ces ouvrages comme si c’étaient des ouvrages de campagne. Tous deux doivent avoir un rempart assez large pour y placer du canon.

Les réduits de ces deux forts, il faut les disposer de manière qu’il y ait 4 toises de terre-plein sur tout leur développement; le côté intérieur étant de 20 toises, il restera 12 toises intérieurement. Mon intention est qu’on établisse un mur pour soutenir les terres du talus intérieur, et que l’on construise une caserne qui ne tire ses jours que d’en haut. On pourrait s’enfoncer de trois pieds. Il faut qu’elle ne dépasse pas la hauteur du terre-plein, afin que, si l’on veut établir des traverses, on puisse le faire sans que la caserne gêne en aucune manière. Cette dépense, qui ne doit pas être considérable, donnera de quoi loger 200 hommes et rendra vraiment ces réduits utiles.

Les parapets des réduits ne sont pas assez hauts; il faut les exhausser de manière que les pièces sur affûts de place ou de côte rasent la plongée; ce qui met parfaitement le canonnier à couvert, lui donne de la confiance et défend les pièces.

Le fort du Moulin devant être fini cette année, je désire que le ministre charge un officier d’en revoir le tracé. Je voudrais qu’on en fît une couronne ou tout autre ouvrage qui présentât plus de moyens de défense que le carré.

Le fort Saint-Lambert n’a que 75 toises de côté. Je désire que le ministre témoigne mon mécontentement au comité des fortifications pour avoir souffert une dépense de 40,000 francs employée à la construction d’une caserne qui sera brûlée au premier coup de canon.

Si l’on eût employé cette somme pour une caserne défensive et voûtée, à l’épreuve de la bombe, cela aurait augmenté de beaucoup la défense de l’ouvrage.

Les casernes qui ne sont pas à l’épreuve ne pourront être admissibles que dans les grandes places. Dans les petites et dans les forts, elles doivent être à l’abri de la bombe. Si l’on construit dans les forts d’Alexandrie, de Kehl, de Rastel et de Wesel, des casernes qui ne soient pas à l’abri de la bombe, j’en rends responsable le comité des fortifications. Je désire que le ministre fasse connaître mes intentions au comité, et qu’il soit adressé, à ce sujet, une circulaire à tous les directeurs. Quelle figure ferait la citadelle de Lille, une fois la place prise ? Au bout de trente-six heures, on ne pourrait plus y tenir. Des casernes qui ne sont pas à l’épreuve, dans de petits forts ou dans une citadelle, ont de très-grands inconvénients.

Au fort du Renard, il n’y a que le réduit; l’ouvrage entier n’est pas fait. Envoyez un officier pour le tracer. Ce fort est si éloigné que, si l’on traçait là un hexagone ou un pentagone ce serait très bien.

Le fort du Petit-Moulin est bien peu de chose. Il faut élever le parapet du réduit.

L’ouvrage en terre du Mont-de-Couple est détestable. Il serait cependant nécessaire de construire sur ce point, un des plus importants de la place, un meilleur ouvrage.

Il faut achever les deux forts de l’Heurt et de la Crèche.

Artillerie. – L’armement des forts de Boulogne m’a paru mal entendu. Il ne faut pas dans ces forts de pièces d’un calibre au-dessus de 12. Il serait à propos d’avoir beaucoup de mortiers de 6 pouces; ils peuvent être fort utiles.

 

Dieppe, 21 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Dieppe

Mon Cousin, écrivez au roi d’Espagne que je vois avec peine cet immense armement des Espagnols, qui n’est propre qu’à augmenter la résistance et à faire couler le sang des soldats français ; que, lorsqu’on a été si souvent trompé, il est difficile de comprendre la raison de cet entêtement dans un faux système.

Écrivez au prince d’Essling qu’il résulte de l’état de situation de l’année anglaise, extrait des journaux anglais, que cette armée est de 23,000 hommes, Anglais et Allemands, et de 22,000 Portugais; qu’il doit donc avoir plus de troupes qu’il ne faut, si les Anglais veulent empêcher le siége de Ciudad-Rodrigo, pour les battre; qu’il doit s’y porter avec les 6e et 8e corps; qu’il doit laisser 2,000 dragons du 8e corps au général Kellermann , et 3 à 4,000 hommes de l’infanterie de ce corps, qui, joints aux bataillons auxiliaires et aux Suisses, formeront au général Kellermann un corps d’une dizaine de mille hommes, infanterie, cavalerie et artillerie, suffisant pour maintenir les communications; que lui, prince d’Essling, avec le reste des 6e et 8e corps, faisant plus de 50,000 hommes, doit prendre Ciudad-Rodrigo et battre les Anglais, s’ils s’avançaient.

Vous donnerez ordre au général Reynier de s’approcher avec le 2e corps d’Alcantara pour manœuvrer, avec le prince d’Essling sous les ordres duquel il se trouve, sur la droite du Tage.

Écrivez au roi d’Espagne que, comme les Anglais sont les seuls à craindre, il doit mettre le général Reynier avec le 2° corps sous les ordres du prince d’Essling, pour manœuvrer sur Alcantara et manœuvrer sur la droite du Tage; que les 1er, 4e et 5e corps et la division Dessolle sont plus que suffisants pour l’Andalousie; que, moyennant cela, le prince d’Essling sera plus à portée d’empêcher la levée du siège de Ciudad-Rodrigo, de prendre cette place et de remplir mes intentions.

Vous écrirez également au roi d’Espagne qu’il ne doit donner aucun ordre à l’armée d’Aragon, et qu’il doit combiner sagement les opérations pour en finir une bonne fois.

 

Dieppe, 27 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, expédiez un officier d’état-major au général Suchet avec l’ordre de démolir Lerida, en employant les magasins de poudre qu’il a trouvés dans cette place pour faire sauter les fortifications de manière qu’elles ne puissent être rétablies. On gardera seulement une citadelle ou fort capable de dominer la ville, et où 500 ou 600 hommes puissent tenir pendant longtemps. On fera armer cette citadelle et on y fera mettre des approvisionnements pour six mois. J’attendrai le rapport qui me sera fait pour approuver la conservation de cette citadelle ou fort. Tout le reste des attirails sera évacué sur France par le chemin le plus court.

Je suppose que le général Suchet a entrepris le siège de Mequinenza et que j’apprendrai bientôt la prise de cette place. Après cela, il se portera devant Tortosa, s’emparera de cette place et écrira au maréchal Macdonald, qui se portera en même temps sur Tarragone.

Vous donnerez ordre au général Suchet de mettre une contribution de plusieurs millions sur la ville de Lerida, afin d’être à même de parfaitement solder son corps. Lerida peut payer 12 millions de réaux de contributions de guerre.

 

Le Havre, 29 mai 1810

DÉCRET

ARTICLE PREMIER. – Il y aura des receveurs qui seront nommés par notre ministre du trésor public dans chacun des six gouvernements d’Espagne, lesquels seront seuls chargés de toutes les recettes provenant des contributions, soit ordinaires, soit extraordinaires.

ART. 2. – Dans les autres parties de l’Espagne, les contributions ordinaires et extraordinaires destinées à l’armée seront versées dans les caisses des payeurs des corps d’armée.

ART. 3. – Les six receveurs établis dans les six gouvernements et les payeurs faisant fonctions de receveurs dans les autres parties de l’Espagne correspondront avec le receveur général des contributions de l’Espagne, qui résidera à Bayonne.

ART. 4. – Il est expressément ordonné à tous nos généraux, intendants et officiers civils et militaires de nos armées, de faire verser les contributions dans les seules caisses des receveurs pour les six gouvernements, et des payeurs pour les autres parties de l’Espagne.

ART. 5. – Les receveurs nommés par une autorité autre que celle de notre ministre du trésor public cesseront leurs fonctions au moment de la notification de notre présent décret, et se rendront en toute diligence à Paris, avec les pièces de leur comptabilité en recette et en dépense, auprès de notre ministre du trésor public.

ART. 6. – Notre major général et nos ministres du trésor public et de la guerre sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret.

Le Havre, 29 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

On assure que vous avez donné à l’ambassade d’Autriche un présent, représentant l’arc de Triomphe des Tuileries, où il y a écrit Bataille d’Ulm. Ce serait une grande maladresse.

 

Le Havre, 29 mai 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Vous trouverez ci-joints deux rapports sur le commerce qui se faisait par le moyen des smogglers. Je désire que vous examiniez cette question, que j’ai l’intention de décider dans un conseil que je tiendrai à Paris à mon arrivée. Le comte Collin, ayant été directeur à Dunkerque, doit avoir une opinion sur cet objet. Mon intention est de ne considérer pour rien la police. Mon but est de favoriser les exportations des denrées de France et l’importation du numéraire étranger. On mettrait en même temps un gros droit, qui serait assez productif. Vous voyez que, dans les deux rapports, on est également d’avis qu’on peut mettre un droit de 2 francs par ancre à Flessingue, et, s’il en était de même à Ostende et à Dunkerque, cela ne laisserait pas que de faire un objet. Je serais, au reste, fort disposé à n’admettre les smogglers qu’à Dunkerque, à moins que l’habitude n’exige de les admettre aussi à Flessingue. Alors, comme je veux favoriser Dunkerque, le droit serait moindre d’un tiers dans ce port que dans l’autre. Le produit de ce droit serait employé à améliorer le port et à d’autres objets d’utilité public.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Prenez les mesures convenables pour que l’écluse de chasse de Dunkerque puisse jouer avant la fin de 1811 ; celle d’Ostende et celle du Havre, avant le mois de novembre prochain.

 

Le Havre, 29 mai 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre de l’intérieur, à Paris

La culture du tabac diminue dans les départements du nord. Les chambres de commerce prétendent que cela vient de ce qu’on n’accorde que 12 pour 100 de déchet, tandis que, selon elles, il faudrait en accorder 18. Faites-moi un rapport sur ce sujet.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Parisd

Monsieur le Comte Mollien, j’ai lu avec le plus grand intérêt votre mémoire sur la Banque. C’est la première chose bien claire, bien faite et sans abstraction, que j’aie lue sur cette matière. J’avais eu l’idée de le faire imprimer, mais je désire savoir, avant, si cela n’a pas d’inconvénient. Faites remettre ce mémoire à la Banque, comme venant de moi, afin de leur laisser la liberté de l’attaquer en votre présence. Vous lui ferez sentir la nécessité de sortir de cette absurde marche, et de placer son capital à 5 pour 100, c’est-à-dire à 6 1/4, en ne gardant qu’une réserve d’une vingtaine de millions en argent, et se trouvant par là dans le cas d’émettre toutes ses actions, d’avoir des comptoirs d’escompte à Lyon, à Marseille, à Lille et dans les autres villes, afin de donner à son établissement l’élan qu’il doit avoir. La Banque pourra faire l’observation que, si elle ne garde que vingt millions d’argent, le public venant à demander le remboursement d’une masse de billets, ces vingt millions seront absorbés. Mais alors vous direz que je m’engage, pour le bien de la. Banque, qui est le bien de mon Empire, à reprendre vingt millions au taux où elle a placé aujourd’hui. Moyennant ce contrat que vous passerez, et qui sera ratifié par moi, la Banque sera hors d’inquiétude sur ses cent huit millions de capitaux; elle pourra en émettre quatre-vingts à 5 pour 100 et par là porter les 5 pour 100 à près de 90, qui est, dans la situation de mes affaires et de l’Europe, au moins le prix qu’ils devraient avoir. Quant aux dépenses, il est clair que la Banque gagnera, puisque huit millions de papier à 4 pour 100 forment l’intérêt de deux millions à 16 pour 100. Ainsi, par exemple, les deux millions qu’elle aura placés pour servir de réserve dans les banques de Rouen et de Lyon lui rendront 16 pour 100. Elle ne paye que 6 pour 100; il reste donc pour la masse des actionnaires un profit de 10 pour 100. Pénétrez le gouverneur de la Banque de la vérité de ces observations. La France ne demande qu’à être éclairée; il y a partout un élan d’énergie et une grande estime de la Banque.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, mon intention est qu’on établisse sans délai à Lille une succursale de la Banque de France. Voyez le gouverneur de la Banque pour que cela s’arrange sur-le-champ. Il n’y a aucune objection à cet établissement dans une place aussi considérable, qui n’a de l’argent qu’à 6 pour 100, lorsqu’au moyen de la succursale elle l’aurait à 4, et dont le commerce est tel, que Paris a toujours de l’argent à remettre ici. Il faut s’arranger de manière que d’abord on n’escompte qu’en argent. Six mois ne se passeront pas qu’on n’escomptera qu’en billets. La place est susceptible d’en supporter plusieurs millions.

Gand est dans le même cas, quoique l’argent y soit moins cher.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, faites connaître au roi d’Espagne que je ne puis lui envoyer le régiment de Joseph-Napoléon, et que ce régiment est animé3 d’un si mauvais esprit, que les officiers ont demandé son éloignement des frontières d’Espagne ; qu’il peut juger par là combien sont impolitiques et inconsidérées les levées qu’on fait en Espagne; qu’aussi je ne les approuve pas.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je suppose qu’on a déjà commencé la démolition de Girone. Envoyez-y des mineurs. Quant à Hostalrich, il ne faut démolir que ce qui tient à la ville; et pour la citadelle, j’attendrai le rapport du maréchal Macdonald pour savoir s’il la faut démolir ou conserver.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Vous ne m’avez pas encore remis le rapport sur l’expédition des îles Jersey. La frégate qui vient d’être mise à l’eau à Cherbourg ainsi que la frégate qui est à Saint-Malo pourraient y concourir, ce qui ferait deux vaisseaux, deux frégates et deux corvettes. La flûte la Revanche, qui est à Saint-Malo, ainsi que les quatre canonnières et les dix péniches, la flûte la Ville-d’Amiens, qui est à Cherbourg qu’il faudrait réarmer, ainsi que les différents transports qui sont à Cherbourg et au Havre, pourraient être employés à cette expédition. Les flûtes la Ville-d’Orléans et la Ville-de-Liége, qui sont au Havre, ainsi que le brick le Railleur, qui va être lancé, pourraient faire partie de cette expédition. Donnez ordre que ces bâtiments soient, le plus tôt possible, réunis et armés dans la rade de Cherbourg. Il faut avoir des bâtiments capables de porter 10,000 hommes.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Les chantiers du Havre, ne pouvant contenir que des vaisseaux de 74, ne remplissent pas mon but, car ce sont des vaisseaux de 80 et de 120 qu’il me faut. Si, après l’espérance qu’on m’a donnée, Cherbourg peut être terminé l’année prochaine, il sera possible d’abandonner les établissements du Havre pour les porter à Cherbourg; d’un autre côté, on assure ici que le transport à Cherbourg est facile; cela étant, je désire que vous ordonniez qu’il soit construit à Cherbourg six vaisseaux de ligne, deux à trois ponts et quatre de 80; que les transports du Havre à Cherbourg soient organisés de manière qu’on y transporte par an plusieurs centaines de milliers de pieds cubes de bois. A cet effet, faites venir de Boulogne cent des meilleurs transports de la flottille; vous les ferez monter par un bataillon de marine; le reste sera fourni par des levées et des jeunes gens qu’on amarinera. Ces cent bâtiments seront divisés en dix sections de dix chacune.

Par ce moyen, le transport des bois qui sont au Havre se débitera rapidement sur Cherbourg. Les matelots qui sont au Havre, et qui ne se forment pas, seront bien meilleurs au mois de novembre, lorsqu’ils auront navigué tout l’été; et, en donnant de l’activité à cette navigation, ce sera un moyen de former plus vite quelques marins.

Lorsque les deux frégates pourront sortir du Havre, on les réarmera.

 

Le Havre, 20 mai 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’ai organisé les bataillons de vétérans ; mais ces bataillons doivent seulement être employés à la garde des arsenaux, et jamais on ne doit les embarquer. La garnison des vaisseaux est une autre question.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, au Havre

Mon Cousin, donnez ordre au général Reille, mon aide de camp, de se rendre à Pampelune, où il prendra le gouvernement de toute la Navarre avec le titre de gouverneur; vous lui donnerez les mêmes instructions qu’au général Dufour.

Vous donnerez ordre au général Dufour de se rendre sans délai à Séville, où le duc de Dalmatie l’emploiera dans une division active.

Vous ferez connaître au général Reille qu’indépendamment des troupes qu’il y a dans la Navarre d’autres troupes s’y rendront encore ; que même le général Dorsenne pourra lui fournir quelques bataillons de ma Garde, comptant sur sa prudence pour les employer convenablement et sans compromettre l’honneur du corps.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, au Havre

Mon Cousin, mandez au prince d’Essling que, selon les nouvelles que nous avons d’Angleterre, l’armée du général Wellington n’est forte que de 24.000 homme, Anglais et Allemands, et que les Portugais n’ont que 25.000 homme ; mais que je ne veux pas entrer  dans ce moment à Lisbonne, parce que je ne pourrais pas faire vivre la ville, dont l’immense population tire ses subsistances par mer; qu’il faut employer l’été à prendre Ciudad-Rodrigo et après cela Almeida ; qu’il ne faut pas aller par expédition, mais méthodiquement; que le général anglais, ayant moins de 3,000 hommes de cavalerie, peut bien recevoir bataille dans un pays où la cavalerie est inutile, mais ne viendra jamais la livrer dans un pays de plaine.

Les trois divisions d’infanterie du 6e corps font seules 24,000 hommes. Deux divisions du 8e corps seront composées de la manière suivante: la division Clauzel, telle qu’elle existe; on y ajoutera le bataillon du 46e qui est à la division Lagrange, ce qui portera la division Clauzel à 8,500 hommes, toute la division actuelle du général Solignac, plus le 65e, ce qui portera cette division à 9,000 ; total du 8e corps, 17,500 hommes. Ces cinq divisions formeront donc plus de 40,000 hommes.

Les bataillons des 2e, 4e et 12e légers, des 32e et 58e de ligne, sous les ordres des généraux de brigade Corsin et Jeanin, feront partie de la division du général Seras, qui aura ainsi sous ses ordres: ces cinq bataillons, 3,000 hommes; les quatre bataillons auxiliaires, 3,000 hommes; le 113e et le 4e bataillon de la Vistule, 3,000 hommes; total, 9,000 hommes.

Le général Seras aura sous ses ordres les généraux de brigade Brenier, Corsin et Jeanin.

La cavalerie sera disposée de la manière suivante: le 3e de hussards et le 15e de chasseurs qui doivent former 2,000 hommes resteront attachés au maréchal duc d’Elchingen. Les 15e, 25e, 3e, 6e, 10e et 11e de dragons, formant six régiments et près de 5,000 hommes de cavalerie, composeront la réserve de cavalerie, que commandera le général Montbrun. Cela seul formera donc 7,000 hommes de cavalerie. La première brigade de dragons, formant 1.500 hommes et composée des 1e, 2e et 3e régiments provisoires, restera attachée au duc d’Abrantès. La 2e, composée des 6e et 7e provisoires, sera attachée au général Kellermann, et la 3e, composée des 8e, 9e et 10e, sera attachée au général Séras.

Ainsi le prince d’Essling aura 10,000 hommes d’infanterie et 9 à 10,000 hommes de cavalerie, indépendamment des troupes d’artillerie, des sapeurs, etc., ce qui lui fera une armée de 50,000 hommes, avec lesquels il assiégera d’abord Ciudad-Rodrigo et après Almeida, et se préparera ainsi à marcher méthodiquement en Portugal, où je ne veux entrer qu’en septembre, après les chaleurs et surtout après les récoltes.

La division La Houssaye restera à l’armée du Midi.

Le général Reynier se portera du côté d’Alcantara, avec deux divisions d’infanterie formant 14.000 hommes, le 1er de hussards, le 22e de chasseurs, les chasseurs hanovriens et le 8e de dragons, formant environ 2,000 hommes de cavalerie; ce qui composera un corps de l6 à 17,000 hommes. Le général Reynier sera ainsi placé sur la gauche de Ciudad-Rodrigo, occupant Alcantara, menaçant le Portugal de ce côté, et conservant les communications avec Madrid.

Le prince d’Essling le maintiendra dans cette position sans le laisser entamer.

Par ce moyen, le prince d’Essling aura sous ses ordres sept divisions d’infanterie, fortes de 51.000 hommes, et 11.000 hommes de cavalerie; ce qui lui fera une armée de 65  à 70,000 hommes.

Il aura sur sa droite le général Seras, qui, avec 9.000 hommes d’infanterie et 1.500 chevaux, manœuvrera entre Astorga, le royaume de Léon et Zamora, de manière à maintenir ses communications avec le général Bonet, à menacer le Portugal du côté de Bragance, et à couvrir la plaine de Valladolid. Le général Seras sera ainsi sous les ordres du général Kellermann, lequel aura 1,200 hommes de cavalerie avec les Suisses et les différents dépôts, pour maintenir la tranquillité dans la plaine. Par ce moyen le général Kellermann réunira dans ses mains 12 à 13,000 hommes. D’ailleurs, avant que le prince d’Essling entre en Portugal, une réserve de 20,000 hommes sera arrivée à Valladolid.

Donnez donc tous les ordres en conséquence au prince d’Essling et aux généraux Kellermann et Seras ; donnez-en avis au général Bonet, et enfin faîtes connaître toutes ces dispositions au duc de Dalmatie.

 

Le Havre, 29 mai 1810.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, au Havre

Mon Cousin, répondez au général Dorsenne qu’il a le commandement absolu de la province de Burgos, tant pour le militaire que pour la police et les finances ; que toute espèce de troupes, artillerie, génie, troupes françaises, troupes espagnoles, de quelque nation que ce soit, sont sous ses ordres. Déterminez bien la limite du commandement du général Dorsenne. Faites-lui connaître que mon intention est qu’il tienne toujours des troupes en mouvement pour réprimer les brigands; qu’il doit même faire marcher des colonnes sur les confins de la Navarre, dans les gorges de Santander, et partout où il sera nécessaire ; qu’il ait à organiser à cet effet sept à huit colonnes mobiles, qu’il composera de chevau-légers polonais et de jeunes gens; mais recommandez-lui de tenir mes vieux soldats en masse, afin de n’en perdre aucun par accident. Les 400 chevau-légers polonais, les 800 lanciers du grand-duc de Berg, lui donnent 1,200 hommes de cavalerie, qu’il peut former en six colonnes, en y mettant une ou deux compagnies d’infanterie, selon les circonstances.

Ces détachements peuvent se porter partout pour poursuivre impitoyablement les brigands et en purger les confins de la Navarre et la province de Santander. En outre, il peut toujours avoir, réunis sous la main, 2 à 3,000 hommes tant d’infanterie que de cavalerie, pour se porter partout où il serait nécessaire.

Mandez au général Dorsenne que, indépendamment de ses troupes, d’autres doivent arriver; qu’il faut donc tirer de Soria, d’Aranda et des autres points de la province, les approvisionnements nécessaires pour avoir toujours 500,000 rations de biscuit et plusieurs millions de rations de vivres dans les environs de Burgos.

Écrivez au prince d’Essling pour lui faire connaître les limites du commandement du général Dorsenne, qui a un commandement particulier, parce que, d’un moment à l’autre, il peut recevoir des ordres de moi, mais qui doit envoyer des colonnes partout, et qui ne se refusera en rien à ce qui pourra entretenir et assurer les communications.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, au Havre

Mon Cousin, faites mettre dans le Moniteur, en grand détail, toutes les affaires de Lerida. Envoyez un plan des attaques au bureau de la guerre pour qu’on fasse graver le plan du siège et de la prise de Lerida, ainsi que celui du siège de Girone.

Témoignez ma grande satisfaction au général Suchet, et faites-lui connaître que j’ai accordé tous les avancements qu’il a demandés pour son armée.

Réitérez-lui l’ordre de frapper une contribution de plusieurs millions sur Lerida, afin de se procurer les moyens de nourrir, solder et habiller son armée dans le pays. Vous lui ferez comprendre que la guerre d’Espagne exige un tel accroissement de forces, qu’il ne m’est plus possible d’y envoyer de l’argent; que la guerre doit nourrir la guerre.

Donnez-lui l’ordre de ne laisser aucun officier espagnol en Espagne et de les envoyer tous en France. J’aurais blâmé toute la capitulation, s’il avait approuvé cet article.

Écrivez-lui qu’il ne doit souffrir sur le château de Lerida d’autre pavillon que le pavillon français, Vous lui réitèrerez l’ordre de faire sauter les fortifications de cette place.

Récrivez-lui que je suppose qu’il est maître de Mequinenza; qu’il doit prendre toutes les mesures pour s’emparer de Tortose; que le maréchal Macdonald se portera en même temps sur Tarragone; qu’il réunisse l’artillerie et tous les moyens nécessaires pour marcher sur Valence et forcer l’enceinte de cette ville; mais il faut pour cela que Tortose et Tarragone soient pris.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, au Havre.

Mon Cousin, écrivez une circulaire aux différents maréchaux commandant en Espagne et et aux différents gouverneurs pour leur faire connaître mon mécontentement de ce que, par leurs ordres, des fonds sont sortis des mains de payeurs nommés par le ministre du trésor ; que cette marche est illégale et incompatible avec les règles de l’administration.

P. S. Ils n’ont pas droit de nommer des receveurs, et ceux qui reçoivent les contributions doivent être des hommes du trésor.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au comte Defermon, intendant général du domaine extraordinaire, à Paris

Monsieur le comte Defermon, j’ai reçu votre lettre du 26. Le projet de convention que vous proposez ne me convient pas, et je ne puis le ratifier parce qu’il s’éloigne de vos instructions. Je ne stipulerai jamais pour des ordres que j’ai donnés. D’ailleurs, je ne veux rien avoir à faire avec le roi de Westphalie : il ne doit pas verser à la caisse de l’extraordinaire, mais dans les mains des particuliers.

Relisez bien vos instructions et attachez-vous à les suivre rigoureusement. Il faut avoir pour principe, quand on négocie, de ne pas s’écarter des instructions qu’on a.

Je reçois un grand nombre de demandes de militaires mutilés à Wagram, qui paraissent  avoir droit aux récompenses que leur accordent mes décrets, et qui ne sont pas encore inscrits et ne peuvent jouir de ce qui leur revient. En attendant, ces malheureux meurent sans avoir ce que je leur ai promis. Voyez à faire droit à ces réclamations.

 

Rouen, 31 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, puisque la Bavière a cédé Ulm, il est indispensable que le Wurtemberg donne à Bade le Nellenburg. Parlez dans ce sens aux ministres de Bade et de Wurtemberg. J’ai approuvé les pleins pouvoirs pour la remise des territoires cédés par la Bavière au grand-duché de Würzburg, ainsi que les instructions et les pleins pouvoirs et instructions pour la remise de la droite de l’Inn à la Bavière. Je n’ai pas signé ceux relatifs à la remise des territoires cédés au Wurtemberg, mon intention étant de ne mettre le Wurtemberg en possession de ces territoires que lorsqu’il aura cédé à Bade le Nellenburg. Je viens même de donner l’ordre que tout ce que la Bavière me cède pour le Wurtemberg soit occupé par mes troupes, et qu’elles y vivent jusqu’à ce que le Wurtemberg ait fait la cession du Nellenburg. Vous ajouterez cela aux instructions du général Compans, qui commande l’armée.

 

Rouen, 31 mai 1810

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, je trouve dans un journal un règlement sur les pensions de l’Université, qui est une véritable loi, et où le grand maître a dépassé ses attributions, puisque son arrêté tend à charger le trésor public de frais immenses et faits arbitrairement. Comment les membres de l’Université professant en 1791 ont-ils droit à des pensions ? Et comment l’Université, qui n’existait pas alors, peut-elle se mêler de cela ? Procurez-vous ce règlement, et rassemblez les ministres d’État pour voir ce qu’il y a à faire, car il me semble que l’Université va bien loin. Chargez les ministres d’État de rédiger un projet de décret pour prévenir à l’avenir de pareils abus.

 

Rouen, 31 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Rouen

Mon Cousin, donnez ordre que la brigade de la Garde que commande le général Dumoustier, composée de la 1ere brigade de conscrits de la Garde, forte de 3,000 hommes, qui arrive le 13 juin à Vitoria, et de la 1ere brigade de tirailleurs de la Garde, forte également de 3,000 hommes, qui y arrive le 7 ou le 8 juin, s’arrête dans cette ville, où elle sera aux ordres du général Dorsenne pour servir à maintenir la tranquillité dans la Biscaye. Elle partira de là pour se combiner avec les opérations que fera le général Dorsenne pour poursuivre les brigands.

 

(Cette lettre non datée est présumée de la fin mai),

A l’impératrice Joséphine, au château de Navarre

Mon amie, je reçois ta lettre. Eugène te donne des nouvelles de mon voyage et de l’Impératrice. J’approuve fort que tu ailles aux eaux. J’espère qu’elles te feront du bien. Je désire bien te voir. Si tu es à la Malmaison à la fin du mois, je viendrai te voir. Je compte être à Saint-Cloud le 30 du mois. Ma santé est fort bonne; il me manque de te savoir contente et bien portante. Fais-moi connaître le nom que tu voudrais porter en route.

Ne doute jamais de toute la vérité de mes sentiments pour toi; ils dureront autant que moi; tu serais fort injuste si tu en doutais.

Saint-Cloud, 2 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le duc de Cadore, je vous envoie plusieurs pièces relatives aux dernières ouvertures indirectes faites à l’Angleterre. La première a eu lieu par l’intermédiaire des ministres hollandais. Les dernières ont été faites par l’insinuation du sieur Julien Ouvrard. Je désire que vous envoyiez le conseiller d’État d’Hauterive auprès du sieur Ouvrard, pour l’interroger sur ces dernières pièces, sans lui laisser soupçonner qu’on a ces pièces, lui demander des copies de tout ce qu’il a envoyé, savoir par qui il a été autorisé et ce qui s’est passé. Vous tiendrez toutes ces pièces secrètes.

 

Pièces jointes à la lettre:

1° Rapport du sieur Labouchère, daté de Londres le 12 février, sur la mission qu’il a reçue des ministres hollandais, accompagné d’une note du marquis de Wellesley, au sieur Labouchère;

2° Deux lettres, non signées, du 24 avril et du 24 avril 1810 à neuf heures du matin;

3° Une lettre du sieur Labouchère, d’Amsterdam, le 8 mai, accompagnée d’une copie de lettre du même au marquis de Wellesley;

4° Une lettre, non signée, du 8 mai 1810 à neuf heures du matin, accompagnée de deux notes.

 

Saint-Cloud, 3 juin 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, à Paris

Monsieur le Duc d’Otrante, j’ai reçu votre lettre du 2 juin. Je connais tous les services que vous m’avez rendus, et je crois à votre attachement à ma personne et à votre zèle pour mon service; cependant il m’est impossible, sans me manquer à moi-même, de vous laisser le portefeuille. La place de ministre de la police exige une entière et absolue confiance, et cette confiance ne peut plus exister, puisque déjà, dans des circonstances importantes, vous avez compromis ma tranquillité et celle de l’état; ce que n’excuse pas à mes yeux même la légitimité des motifs.

Une négociation a été ouverte avec l’Angleterre; des conférences ont eu lieu avec lord Wellesley. Ce ministre a su que c’était de votre part qu’on parlait; il a dû croire que c’était de la mienne: de là un bouleversement total dans toutes mes relations politiques, et, si je le souffrais, une tache pour mon caractère, que je ne puis ni ne veux souffrir.

La singulière manière que vous avez de considérer les devoirs du ministre de la police ne cadre pas avec le bien de l’État. Quoique je ne me défie pas de votre attachement et de votre fidélité, je suis cependant obligé à une surveillance perpétuelle qui me fatigue et à laquelle je ne puis pas être tenu. Cette surveillance est nécessitée par nombre de choses que vous faites de votre chef, sans savoir si elles cadrent avec ma volonté et avec mes projets et si elles ne contrarient pas ma politique générale.

J’ai voulu vous faire connaître moi-même ce qui me portait à vous ôter le portefeuille de la police. Je ne puis pas espérer que vous changiez de manière de faire, puisque, depuis plusieurs années, des exemples éclatants et des témoignages réitérés de mon mécontentement ne vous ont pas changé, et que, satisfait de la pureté de vos intentions, vous n’avez pas voulu comprendre qu’on pouvait faire beaucoup de mal en ayant l’intention de faire beaucoup de bien, Du reste, ma confiance dans vos talents et votre fidélité est entière, et je désire trouver des occasions de vous le prouver et de les utiliser pour mon service.

 

Saint-Cloud. 3 juin 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, à Paris

Les services que vous nous avez rendus dans les différentes circonstances nous portent à vous confier le gouvernement de Rome, jusqu’à ce que nous ayons pourvu à l’exécution de l’article 8 de l’acte des constitutions du 17 février dernier. Nous avons déterminé par un décret spécial les pouvoirs extraordinaires dont les circonstances particulières où se trouvent ces départements exigent que vous soyez investi. Nous attendons que vous continuerez, dans ce nouveau poste, à nous donner des preuves de votre zèle pour notre service et de votre attachement à notre personne.

 

Saint·Cloud, 4 juin 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Le Conseil d’État me charge d’une dépense annuelle de plus de 300,000 francs pour des pensions aux employés de la liquidation générale, supprimée au 1err juillet prochain. Je n’ai pas signé ce projet de décret, auquel j’en ai substitué un autre que vous allez recevoir. Vous vous occuperez sans relâche de son exécution. Quoique j’espère que tous ou presque tous ces employés seront placés au 1er juillet, j’ai accordé le tiers de leur traitement à ceux qui ne le seront pas. Je désire que vous fassiez en sorte que ce ne soit qu’un très-petit nombre.

 

Saint-Cloud, 5 juin 1810

A M. Maret, duc de Bassano, ministre secrétaire d’État, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je désire que vous voyiez dans la journée le duc d’Otrante et que vous lui demandiez toutes les pièces relatives à la négociation avec l’Angleterre, soit écrites en encre sympathique, soit écrites en clair. Vous lui parlerez après cela de la nécessité d’évacuer l’hôtel de la police, ce qui n’est d’aucun embarras pour lui, puisqu’il a sa maison. Il faut qu’il l’évacue dans la semaine, de sorte que le nouveau ministre puisse y être installé dimanche et s’occuper des affaires de mon ministère. Vous aurez soin de couler à fond la première affaire avant de passer à la seconde. Vous insinuerez dans la conversation que les affaires marchent vivement à Rome, que tout y est en activité, que je crains que le zèle du général Miollis et de la Consulte ne se ralentisse en apprenant le décret (décret nommant Fouché gouverneur de Rome), et que je désire qu’il puisse partir avant le 15 du mois pour Rome, pour diriger lui-même ces affaires importantes dans ce moment.

 

Saint-Cloud, 6 juin 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Sa Majesté désire que le ministre des finances lui fasse connaître si les dispositions de finances, arrêtées au commencement de cette année, sont exécutées en Piémont; si on a mis à la disposition de la liste civile ce qui lui revient; si les biens nationaux ont été vendus, combien il en reste; si l’on a fait des rescriptions, combien il en faudra, combien il en restera. Sa Majesté désire avoir le même travail pour la Toscane et savoir ce qui reste disponible, 1° des domaines, 2° des trente millions de rescriptions sur lesquelles il doit y avoir un excédent, puisque la somme entière n’a pas été nécessaire. Sa Majesté invite le ministre à lui faire connaître, mercredi prochain, quelle serait l’étendue de ces ressources, qu’elle se propose d’appliquer à l’exercice que le ministre, d’accord avec le ministre du trésor, indiquerait comme ayant le plus de besoin. On pourrait réaliser ces ressources en les cédant à la caisse du domaine de l’extraordinaire.

Sa Majesté juge en même temps convenable que le ministre des finances lui fasse connaître la quantité de biens qui restent à des corporations de mainmorte dans la Toscane et peut-être dans le Piémont. On pourra comprendre dans ces renseignements, mais dans un état à part, les biens que possèdent les évêchés et les chapitres.

Si on réduisait les évêchés à quatre ou cinq au plus en Toscane, à trois dans l’ancienne Ligurie et à six dans le Piémont, la suppression des évêchés inutiles offrirait encore une masse de moyens disponibles.

 

Saint-Cloud, 6 juin 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Je vous envoie la note des fonds qui doivent se trouver dans la caisse de la police. Cela doit se monter à deux millions. J’aurais besoin des fonds de 1808 et 1809 pour une dépense importante.

J’en disposerai aussitôt que j’aurai le compte de Fouché de 1809.

Envoyez-moi l’état par aperçu de ce qui reste en caisse.

 

Saint-Cloud, 6 juin 1810

NOTE POUR LES MINISTRES DES FINANCES ET DU TRÉSOR.

Les ministres des finances et du trésor s’entendront pour remettre, avant le 1er juillet, les comptes de 1809, arrêtés au 1er janvier 1810, et comprenant toutes les régies et tous les exercices, ce qui remettra sous les yeux de Sa Majesté la situation générale des affaires.

Ces comptes seront lus au Conseil d’État et imprimés, comme si le Corps législatif était assemblé. L’année prochaine, si le Corps législatif se réunit au mois de novembre, on lui présentera le compte de 1809 avec celui de 1810.

 

Saint-Cloud, 6 juin 1810

NOTES DICTÉES EN CONSEIL D’ADMINISTRATION DES FINANCES.

1° Il convient de faire exécuter sans délai le dernier article de la disposition du 27 janvier dernier sur les finances, en comprenant, dans les recettes du trésor public sur l’exercice 1810, les ressources que lui attribue ce dernier article et qui doivent prévenir d’excédants disponibles de la caisse d’amortissement, d’intérêts sur la caisse d’amortissement d’Italie, etc.

Le trésor doit, sans délai, solder cette partie de son compte avec la caisse d’amortissement, avec le trésor d’Italie.

2° Il doit aussi recouvrer tout ce que le trésor extraordinaire doit lui verser, finir ses comptes avec le domaine extraordinaire, de manière que, dans la balance du trésor, par comparaison d’exercice qui sera établie au 1er juillet, tous ces objets soient définitivement réglés.

3° Il faut enfin régler aussi ce qui reste à inscrire sur le grand-livre pour toute la partie de la dette qui en est susceptible. L’article 41 de la disposition de finances crée 4 millions de nouvelles inscriptions. Ce crédit sera-t-il suffisant pour solder tout ce qui doit l’être de cette manière ?

4° Il faut revoir s’il n’y a pas quelque réduction à faire sur la portion de la dette du Piémont qui doit être inscrite au grand-livre;

5° S’il n’y a pas de réduction à espérer sur celle de la Toscane, laquelle a été payée en 32 millions de rescriptions sur domaines nationaux; s’entendre sur cet objet avec le ministre des finances ;

6° Demander à ce ministre l’évaluation approximative qu’il a faite des recettes du budget de 1810, pour que cette évaluation puisse entrer dans les écritures du trésor public.

Au nombre des recettes appliquées à cet exercice doivent se trouver toutes les valeurs affectées par l’article 42 de la disposition de finances; de plus, les restants à recouvrer sur les exercices expirés, et dont les budgets de recettes sont complets, enfin les contributions ordinaires selon la proportion dans laquelle chacune d’elles doit être comprise.

7° Les produits de la Toscane sont confondus maintenant avec les contributions ordinaires, mais il faut présenter un état particulier des produits des États romains et d’Illyrie.

Si les seules contributions ordinaires doivent porter le budget de 1810 à 710 millions, le budget trouve un supplément naturel dans les 8,400,000 francs que fournit l’article 42 de la disposition de finances.

Il faut y ajouter ce qui restera disponible sur les 15 millions de rescriptions du Piémont, sur les 32 millions de la Toscane. Ce disponible peut encore être évalué à 12 millions au moins. Il ne resterait donc plus que 10 millions de ressources extraordinaires à trouver, pour porter le budget des recettes à 740 millions. A l’égard des recettes extraordinaires, on en trouvera la matière, et en proportion bien supérieure, dans l’excédant libre des domaines d’Italie. Sa Majesté répète que le ministre des finances, en arrêtant le compte des administrations et des produits qu’on doit en attendre, arrêtera en même temps celui de la caisse d’amortissement, celui des sommes restant à payer définitivement pour solder les dettes réglées par la liquidation, la dette de la Toscane et la dette du Piémont.

Ces objets étant éclaircis dans le courant de juin, il sera facile d’arrêter le budget de 1810, d’arrêter tous les comptes du trésor, de faire imprimer le compte des finances de 1809, et d’établir, dans le commencement de juillet, la balance de tous les exercices, pour que Sa Majesté puisse pourvoir à toutes les dispositions qu’exigeront ses finances.

8° Il existe dans le passif du trésor des traites sur les colonies pour 5 millions. Parmi ces traites, il en est qui ne seront certainement jamais réclamées. Il convient d’en connaître approximativement la somme.

9° Sa Majesté remarque également qu’il existe, sur l’exercice an XIII et exercices antérieurs, 4,900,000 francs de bons de la caisse d’amortissement. Elle demande si la totalité de ces bons sera nécessaire au service, et si une partie au moins ne pourra pas être employée à d’autres exercices.

10° Elle fait observer que, d’après l’état 14 de la balance du trésor au ler avril 1808, il y a dans les recouvrements un excédant de 10 millions. Si le restant à recouvrer de 41 millions se réalise en entier, cet excédant de 10 millions doit alors se trouver libre pour un autre exercice, ou porter à 750 millions la totalité des ressources de 1808.

11° La même observation s’applique aux 732,000 francs qui se trouvent aussi en excédant sur l’exercice 1809.

Si 740 millions suffisent pour solder 1808 et 1809, les 10 millions de 1808 et les 730,000 francs de 1809 pourront fournir une nouvelle ressource pour 1810.

A l’égard de 1810, les suppléments résultant de l’article 42 des dispositions sur les finances, ainsi que les reprises à faire sur les valeurs destinées à solder la dette publique de la Toscane et du Piémont, devant produire plus de 20 millions, les améliorations dans les produits des contributions ordinaires, qui , dans les exercices précédents, ont donné 710 millions, doivent porter ce revenu ordinaire à 720 millions; ce qui compléterait 740 millions pour le budget de 1810. C’est là ce que le ministre des finances doit examiner et établir avec grand soin, en formant le budget définitif des recettes de 1810.

L’opinion de l’Empereur est qu’il reste encore à la caisse d’amortissement 9 millions de domaines sur le Piémont, dont le ministre des finances doit reprendre la disponibilité, cette caisse étant couverte de leur valeur. Ces 9 millions de domaines formeront encore un supplément de ressources extraordinaires.

A l’égard des rescriptions libres sur le Piémont et sur la Toscane, Sa Majesté se proposerait de les faire reprendre par son domaine extraordinaire, qui en donnerait la valeur au trésor public, et Sa Majesté en disposerait ensuite en donnant, à titre de récompense, l’investiture des domaines représentés par ces rescriptions. Les premiers aperçus de Sa Majesté la ramènent toujours à trouver ainsi 20 millions de ressources extraordinaires, indépendamment de 9 millions de domaines qui peuvent être repris à la caisse d’amortissement.

Sa Majesté pense encore que, toute disposition équitablement faite sur les domaines des États romains, qui doivent s’élever à près de 250 millions, tant pour le payement de la dette publique de ces États que pour les autres emplois nécessaires, il restera une ressource nouvelle d’une cinquantaine de millions en domaines romains qu’on pourrait céder à la caisse d’amortissement en échange de ses bons. L’intention de Sa Majesté serait que tous les domaines romains qui resteront disponibles puissent être aliénés de la manière qui sera la plus profitable au trésor; et un autre intérêt que celui du trésor doit encore porter à cette mesure.

12° Indépendamment des mesures déjà prises par le ministre des finances pour connaître les recettes et les dépenses des États romains, ainsi que les domaines disponibles, il est nécessaire que le trésor envoie à Rome un de ses préposés supérieurs, pour que toutes les parties de la comptabilité puissent d’avance s’y coordonner avec le système général.

13° Le ministre du trésor fera mention, dans le prochain livret, des produits des deux nouveaux départements des Bouches-de-l’Escaut et du Rhin; il demandera des renseignements à cet égard au ministre de l’intérieur. Il consultera les décrets que Sa Majesté a rendus pour l’organisation de ces deux départements. Il doit y avoir dans ces départements 8 à 9 millions de recettes disponibles dans le courant de cette année; une partie est destinée à des travaux dans le pays, mais il devra rester une somme de 4 ou 5 millions disponible pour les autres dépenses générales de l’Empire. L’année prochaine, ces départements feront partie de l’intérieur de l’Empire et y porteront un accroissement de revenu d’une dizaine de millions, sur lesquels le prélèvement des dépenses locales laissera encore un excédant de secours pour les autres dépenses du budget.

L’année prochaine, les États romains feront aussi partie de la France et y apporteront leur contingent. Le budget de l’année prochaine pourra vraisemblablement produire dans la nouvelle consistance de l’Empire 760 millions. Faire le projet de ce budget.

Charger un agent du trésor de concourir sur les lieux, avec les agents actuels du ministre des finances, à éclaircir toutes les questions relatives aux recettes, aux dépenses et à la comptabilité dans les États romains, afin que tout soit connu et préparé lorsqu’il sera question d’exécution et d’appliquer à ce pays notre système général.

Définitivement, il faut que, le 15 de ce mois, le budget de 1810, en recette et en dépense, soit présenté; que les questions que présente cette note soient successivement discutées, et que les résultats qui y sont relatifs soient présentés dans quatre conseils qui auront lieu depuis le 15 juin jusqu’au 15 juillet, de manière qu’à cette époque Sa Majesté ait pu régler tout ce qui est relatif à 1810 et préparer tout ce qui est relatif à 1811.

Son intention est que la balance du trésor, arrêtée au 1er juillet 1810, présente l’exécution complète de toutes les mesures prescrites par les dernières dispositions de finances, tant avec le domaine extraordinaire qu’avec la caisse d’amortissement, le trésor d’Italie, etc.

 

Saint-Cloud, 8 juin 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je reçois votre lettre du 7 juin, par laquelle je vois que la division Friant a ordre de se rendre à Ulm et de se cantonner dans cette place et sur la rive gauche du Danube, dans le pays que cède la Bavière au Wurtemberg, sans occuper aucun point de la Bavière; que la brigade Pajol se rend à Strasbourg, les Portugais, les tirailleurs corses et les tirailleurs du Pô, à Mayence, ainsi que les caissons et approvisionnements d’artillerie qui ne sont pas attelés.

Je vous écris aujourd’hui pour que vous donniez ordre à la division Morand de se rendre dans les villes hanséatiques, et à la division qui est dans les villes hanséatiques de se rendre à Emden, où elle sera à la disposition du duc de Reggio. Par ce moyen, il ne restera plus en Allemagne que trois divisions ou quinze régiments d’infanterie, savoir: une division en Westphalie, une dans les villes hanséatiques, celle qui est dans le Wurtemberg, et les six régiments de cavalerie de la division Bruyères qui sont dans la Westphalie.

Vous donnerez ordre au prince d’Eckmühl de faire partir de suite pour Emden le 23e régiment de chasseurs et deux des régiments d’infanterie de la division des villes hanséatiques; un régiment suffit pour réprimer la contrebande dans ces provinces; il le fera appuyer par un régiment de cuirassiers le plus près de Hambourg.

Dès que la division Morand sera arrivée, le général Molitor se rendra à Emden avec le reste de sa division.

Vous ferez connaître ce mouvement au maréchal Oudinot, qui annoncera la marche de ces régiments comme ayant pour but de rentrer en France, et, s’il le juge convenable, il pourra les réunir à Utrecht.

Le quartier général de toute l’armée d’Allemagne se rendra à Francfort. Le parc général se rendra à Mannheim. On fera rentrer sur Strasbourg et Mayence tout ce qui sera inutile.

Je projette un nouveau mouvement sur lequel je désire que vous me remettiez un rapport; c’est de faire rentrer la division Friant en France et de ne laisser en Allemagne que la division Gudin et les six régiments de cavalerie de la division Bruyères, qui resteront en Westphalie et aux dépens de la Westphalie, et la division Morand qui sera dans les villes hanséatiques; de laisser à la division Gudin 15 pièces de canon, à la division Morand 15 pièces de canon, et à la division Bruyères 12 pièces: total, 42. Faites-moi connaître en détail le personnel de l’artillerie, du génie, du train, que vous laisserez avec ces corps.

Il y a actuellement en Hollande trois régiments d’infanterie et trois régiments de cavalerie. Il y entre par le nord trois régiments d’infanterie et un de cavalerie. Le duc de Reggio aura à sa disposition le 93e et le 56e d’infanterie et le 1er régiment de chasseurs, qu’il pourra appeler à Utrecht. C’est donc huit régiments d’infanterie et quatre de cavalerie dont il peut disposer dès à présent.

 

Saint-Cloud, 8 juin 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous me rendez compte que le 8e régiment de hussards a l,165 hommes, et vous me demandez des fonds pour monter 193 hommes qui sont à pied; le 8e de hussards n’est déjà que trop fort.

Présentez-moi un travail pour retirer des régiments de cavalerie tous les hommes non montés et les envoyer dans des régiments d’infanterie ; je crois qu’on peut en tirer 4 à 5,000 hommes en prenant les recrues qui ne sont pas encore exercées à monter à cheval; ils serviraient à recruter les différents corps d’infanterie qui sont en Espagne. J’ai trop de cavalerie, je ne veux pas l’augmenter; et, dans un régiment de cavalerie, un homme à pied ne sert de rien.

Remettez-moi l’état de situation des régiments de cavalerie, en hommes et en chevaux. Il est urgent d’en tirer des hommes pour recruter l’infanterie. Mon intention est que tous les régiments de cavalerie qui sont en France et en Italie, sans comprendre ceux qui sont en Hollande, en Allemagne, en Illyrie, à Naples, en Espagne, ne soient entretenus qu’à 500 chevaux et à 600 hommes; et, comme tous les régiments ont 7 ou 800 chevaux, de prendre le surplus des hommes et des chevaux des régiments qui sont en France, pour recruter l’armée d’Espagne. Par ce moyen, je retirerai des dépôts de cavalerie les hommes à pied, pour recruter l’infanterie de l’armée d’Espagne, et les hommes à cheval excédant le nombre de 500 chevaux et de 600 hommes, pour recruter la cavalerie de la même armée.

 

Saint-Cloud, 9 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore , faites connaître à mon chargé d’affaires en Hollande qu’il ne doit rendre compte à personne de ce qui se passe en Hollande, et que ce serait un faute capitale s’il se permettait la moindre correspondance. Faites-lui connaître en même temps qu’il peut se rendre chez le Roi ou chez le ministre toutes les fois qu’il y est demandé pour affaires, mais qu’il doit s’absenter de toute audience diplomatique, prétextant une indisposition et s’abstenant effectivement de sortir de toute la journée.

 

Saint-Cloud, 9 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, vous écrirez par la poste à mon commissaire à Morlaix, en réponse à sa lettre du 1er juin, qu’il doit faire connaître, vaguement, à M. Mackenzie : 1° qu’on désire la paix; 2° que, l’échange des prisonniers une fois réglé, si le gouvernement anglais adopte l’envoi d’un commissaire français à Londres et d’un commissaire anglais à Paris pour surveiller les conditions de l’échange et qu’il se montre disposé à traiter, ces commissaires pourraient être chargés des premiers pourparlers pour voir s’il est possible de s’entendre.

 

Saint-Cloud, 9 juin 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Faites appeler le maire de Strasbourg, dites-lui que je veux savoir la vérité tout entière. Il se fait à Strasbourg des recettes et des dépenses qui ne sont pas dans le budget et qui n’entrent pas dans la caisse de la mairie. Faites-lui comprendre qu’il faut qu’il parle sérieusement, qu’on sait plus de choses qu’il ne croit, et que ma patience est à bout de tous les abus qu’on me prouve exister à Strasbourg.

 

Saint-Cloud, 9 juin 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

L’écluse du Pont-de-l’Arche me paraît fort importante. Il est fâcheux qu’elle n’ait pas pu être finie plus promptement. Il paraît que plusieurs écluses pareilles à celle de Pont-de-l’Arche sont nécessaires à la navigation. Il faut que les ponts et chaussées proposent d’affecter, sur l’emploi des trente millions, les sommes nécessaires pour cet objet.

 

Saint-Cloud, 9 juin 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA GUERRE.

Je ne veux plus avoir de colonels en second ni majors à la suite.

Il faut détruire ces emplois créés dans le moment de la grande guerre, et qui augmentent beaucoup nos dépenses.

 

Saint-Cloud,  9 juin 1810

Au vice-amiral, comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’ai lu avec intérêt les nouvelles de l’Ile de France. Mon intention est que vous expédiiez quatre mouches de Bayonne avec des journaux, des paquets et des nouvelles, et les munitions de guerre et autres secours que peuvent porter ces petits bâtiments. Une de ces mouches partira en juin, une en juillet, une en août, une en septembre. Ces expéditions sont très importantes.

Je vois que la garnison de l’île de France n’est que de 1,500 hommes ; il est important de préparer une expédition qui yen porterait 1,500 autres; ce qui, avec les habitants et les équipages des frégates, ferait 5 à 6,000 hommes et nécessiterait une immense expédition de la part des Anglais. L’envoi de ces 1,500 hommes me parait très-important sur des flûtes et des frégates, d’autant plus que frégates seront fort utiles, arrivées là. On proposerait, à l’arrivée de ces expéditions, de faire prendre la colonie anglaise de Jackson, qui est au sud de l’île de France, et où l’on trouverait des ressources considérables.

 

Saint·Cloud, 9 juin 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, j’ai reçu le compte que vous m’avez rendu sur les cardinaux. Vous ne devez point les presser davantage. Vous les ferez venir chez vous et vous leur ferez connaître que, sur le refus qu’ils ont fait de prêter serment et de donner leur démission, j’ai pris le parti de supprimer leurs évêchés; que je ne leur saurai aucun mauvais gré de leur conduite, mais qu’ils sont cause que leurs évêchés seront supprimés et réunis à d’autres. Je suppose que vous me porterez, au conseil de mercredi, le projet de décret qui réunit les diocèses de ceux qui n’ont pas prêté serment et laisse subsister les autres.

Quant au cardinal Maury, si son évêché se trouvait supprimé pour ne point faire de différence, je lui donnerai l’archevêché de Florence, qui est, je crois, d’un revenu supérieur à celui de Montefiascone.

 

Saint-Cloud, 9 juin 1810

Au comte Lacépède, grand chancelier de la Légion d’honneur, à Paris

Faites-moi connaître le nom et la qualité des pères des deux ou trois cents demoiselles qui sont élevées à Écouen aux frais de la Légion . Vous mettrez des notes sur la fortune de chacun. Ceux qui, soit par les traitements de leurs places, soit par des pensions ou dotations, soit par leurs biens propres, jouissent de 12,000 francs de rente, payeront pension entière pour leurs filles; ceux qui n’auront pas plus de 6,000 francs de rente payeront demi-pension. Proposez-moi un projet de décret dans ce sens.

 

Saint-Cloud, 10 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le duc de Cadore, faites une nouvelle note au ministre de Suède pour lui communiquer les détails contenus dans la lettre du sieur Désaugiers, du 21 mai, sur ce qui se passe en Suède; et faites-lui connaître que vous envoyez l’ordre au sieur Désaugiers de quitter sur-le-champ Stockholm, si l’on n’exécute pas à la rigueur le traité contre l’Angleterre. Vous ferez connaître cette résolution à mon ministre à Copenhague, pour sa gouverne. Vous parlerez également au ministre de Suède de la démarche singulière qu’a faite le ministre de Suède à Copenhague, et vous lui ferez comprendre que la Suède ne cherche qu’à me tromper.

Vous témoignerez mon mécontentement à mon ministre en Danemark de ce qu’il a répondu au baron d’Oxenstiern que je n’exigeais pas qu’ils déclarassent la guerre à l’Angleterre: au contraire, c’est ce qu’ils doivent faire. Parlez à M. de Dreyer de toutes ces affaires, et dites-lui que j’approuve la conduite du Danemark d’arrêter les bâtiments de la Suède.

 

Saint-Cloud, 10 juin 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

II n’a été fait aucune revue pour l’armement des côtes de Toscane, et aucune mesure, aucune, pour protéger ces cotes. Au port d’Ercole il y a une dizaine de pièces en fonte par terre et sans affûts. Il serait convenable de relever ces pièces de fonte, et d’y suppléer par des pièces de fer qu’on prendrait à Livourne et Ferrare, sur affûts, propres à protéger le cabotage.

Faites-moi faire un rapport sur le port d’Ercole, le fort Sainte-Catherine, l’étoile Saint-Philippe et la Rocca.

On me rend compte qu’à Porto-Ferrajo un affût est vermoulu, et que la place serait assurément obligée de se rendre après quelques jours de feu.

Ordre que le bataillon étranger qui est à Porto-Ferrajo aille en Corse et soit remplacé par un bataillon de conscrits réfractaires de la Méditerranée, vu que ce bataillon étranger inspire moins de confiance qu’un régiment de la Méditerranée.

Faites-moi un rapport sur la situation des ouvrages ordonnés dans l’île d’Elbe, sur ce qui est fait et sur ce qui reste à faire.

 

Saint-Cloud, 10 juin 1810

NOTE POUR LA PLACE DE PALMANOVA.

Sa Majesté désire qu’on lui fasse connaître la position de Palmanova au 1er janvier 1811.

Il faut d’abord des magasins pour 600 milliers de poudre. Il y aura dans la caserne défensive du bastion n° 9 deux fours capables de faire 6,000 rations par jour. On fera connaître la quantité de magasins qu’elle peut contenir. Il faut avoir, cette année, sans quoi on n’a point de place, de quoi contenir, à l’abri de la bombe, les magasins de vivres, farines, biscuit, légumes, riz, les magasins de liquides et un hôpital de 400 lits. On dit qu’il y a un blindage qui peut contenir cet hôpital et qui peut durer encore dix ans. Il faut écrire sur la porte Hôpital et sur la caserne défensive Manutention de siége de manière qu’il n’y ait aucun doute sur la destination de ces établissements et qu’au moment du besoin personne ne soit embarrassé. Il faut un établissement d’artillerie à l’épreuve de la bombe, pouvant contenir deux forges et une grande salle pour réparer les affûts, où les ouvriers puissent travailler en sûreté. Le général Chasseloup propose pour cela un vieux magasin à poudre; il faut le mettre à l’abri de la bombe. Il faut, à l’abri de la bombe, une salle d’artifice; elle doit contenir deux ou trois milliers de poudre; et une salle pour qu’une trentaine d’hommes puissent travailler pour faire des cartouches et les artifices, et où l’on puisse avoir tout autour de quoi remplir les bombes et les obus.

Il y a dans les neuf bastions dix-huit souterrains pouvant contenir chacun 30 hommes; en tout, 540 hommes. Mais, comme l’artillerie prendrait probablement un de ces souterrains dans chaque bastion, il n’y aurait effectivement que 270 hommes de logés à l’abri de la bombe. On ne peut considérer ces souterrains que comme de petits corps de garde. Il paraît que les casernes défensives ont 40 toises de long sur 24 pieds de large intérieurement; ce qui serait suffisant à la rigueur pour loger 800 hommes dans les deux étages. En supposant que la caserne de la manutention soit donnée en entier pour la manutention, les magasins, et pour loger les boulangers, les divers employés des administrations, les dépôts des corps; en supposant que l’artillerie s’empare d’un souterrain par bastion, que le blindage serve d’hôpital, qu’on rétablisse le vieux magasin à poudre pour arsenal de guerre, il restera toujours à loger la garnison, l’état-major, le commandant, l’officier du génie, d’artillerie, et la salle du conseil général. On pense qu’il faudrait faire le projet d’un bâtiment voûté, au milieu de la place, avec un seul rez-de-chaussée, et propre à loger le commandant, l’officier du génie, d’artillerie, et leurs trois bureaux. Il faudrait ensuite se procurer des logements pour la garnison, dont on ne peut loger que 300 hommes dans les bâtiments existants. Il faudrait compléter la caserne défensive qui doit servir de manutention, en lui adossant un bâtiment qui serait nécessairement à meilleur marché, de manière que tous les magasins puissent tenir là. On pourrait alors faire quatre casernes défensives à trois étages, qui contiendraient chacune 800 hommes; ce qui ferait en tout 3 à 4,000 hommes. Avec des logements à l’abri de la bombe pour 2,400 hommes, l’état-major, les officiers d’artillerie et du génie, les boulangers, les employés d’administration, on aurait plus qu’il ne faudrait, parce que les 2,400 hommes logés, joints aux 800 hommes de service, feraient une garnison de 3,200 hommes. Avec trois casernes défensives on remplirait ce but. Il faudrait donc les fonder cette année pour pouvoir les finir l’année prochaine. Les casemates sont l’objet le plus important, parce que la place est déjà suffisamment forte, avec les travaux arrêtés cette année, et auxquels on ne change rien.

Sa Majesté désire dépenser pour cette année un million. Ainsi, outre les travaux précédents ordonnés, il faudrait, avec le surplus des fonds, fonder trois casernes défensives et employer 200,000 francs aux fortifications. On demande ce qu’on doit faire de ces 200,000 francs.

Le budget de l’année prochaine sera de 1,500,000 francs; on achèvera alors les fortification et les casernes, de manière qu’à la fin de 1811 la place soit en état, et qu’avec ces 2,500,000 francs tout soit fini, en distinguant bien les fortifications et les abris voûtés à l’épreuve.

 

Saint·Cloud, 11 juin 1810

Au comte de Lacépède, grand chancelier de la Légion d’honneur, à Paris

Je vous renvoie le modèle de la décoration des Trois Toisons d’or.

Faites faire un nouveau modèle où l’aigle et la couronne n’aient ensemble que la moitié de la hauteur des toisons, de sorte que les trois toisons dominent.

 

Saint-Cloud, 12 juin 1810

Au roi Charles-Emmanuel de Savoie, à Rome

Monsieur mon Frère et Cousin, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté du 23 mai. Je la vois avec plaisir établie à Rome. Là et dans tout autre pays soumis à ma domination, elle trouvera toujours tout ce qui lui sera agréable. Je donne des ordres pour qu’il soit remédié aux inconvénients qui peuvent résulter, soit d’une interruption de communication avec sa famille, soit de circonstances particulières où elle pourrait se trouver. Je suis fort aise de pouvoir lui donner des preuves de l’estime et de la considération que je lui porte.

 

Saint-Cloud, 13 juin 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES.

Monsieur le Duc Cadore écrira à tous les ministres de Sa Majesté en pays étranger pour leur faire connaître les principes relatifs aux Français qui ont servi contre la France depuis 1804. Il leur rappellera, 1° la loi fondamentale, qui est l’article du Code; 2° le décret de l’année dernière; 3° l’amnistie. Il fera bien connaître que tous officiers, dans le cas dont il s’agit, qui viendraient en France avec des passeports des ambassadeurs ou ministres, pourraient être poursuivis par les procureurs généraux, arrêtés et condamnés, à moins qu’ils ne se trouvassent dans le cas de l’amnistie et qu’ils ne se fussent conformés aux règles qu’elle prescrit.

 

Saint-Cloud, 13 juin 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DES CULTES.

Sa Majesté approuve que la Consulte, avant de faire prêter serment aux curés, attende l’arrivée des troupes, la suppression des couvents et celle des évêchés dont les évêques n’auront pas prêté le serment, et qu’elle fasse préalablement l’opération à l’égard des chapitres des villes et des campagnes. Il est fort probable que, lorsque les curés verront que la rébellion des ecclésiastiques d’un ordre supérieur a obligé de les éloigner de leur pays et a entraîné la confiscation et la vente des biens, ils ne voudront pas exposer eux et leurs communes à de semblables événements. Si l’on commençait, comme on le propose, par une nouvelle circonscription des cures dans tous les diocèses et par la suppression des paroisses, cette manière d’arriver au but ne produirait pas les mêmes effets. Il faut donc adopter l’inverse de la proposition, commencer, non par organiser et par réduire, mais par demander le serment aux curés de Rome et montrer, à l’égard de ceux qui ne le prêteraient pas, que la suppression est une conséquence de la rébellion. Il y a quatre-vingts paroisses à Rome, vingt paroisses doivent suffire. Ou l’on connaît mal les prêtres d’Italie et de Rome, ou l’on ne doit pas douter qu’on ne trouve au moins vingt prêtres, soit curés, soit simples ecclésiastiques, qui prêtent le serment.

Il convient de bien établir par les conversations, par les explications de toute nature, et même par des articles dans les journaux de Rome, que les mesures que l’on prendra seront uniquement le résultat de la rébellion, et que son effet certain sera l’envoi des prêtres en France, la suppression des bénéfices, et la vente des biens au moyen des rescriptions qui seront employées au payement de la dette publique.

Un mois est de peu d’importance pour de si graves opérations, mais il faut s’arranger de manière qu’au mois de septembre tout ce qui concerne le clergé soit terminé dans les États romains, que les mauvais prêtres soient envoyés en France et le sort des autres amélioré. On n’aurait pas tenté ces changements il y a neuf mois; il faut profiter du moment où l’on a la paix partout et où rien ne peut embarrasser pour finir toutes ces affaires.

 

Saint-Cloud, 13 juin 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DES CULTES.

On pourrait conserver les évêchés de Pérouse, de Spolète, de Tivoli, d’Anagni, dont les évêques ont prêté le serment, et celui de Rome, dont le Pape sera l’évêque.

On réunirait tous les autres évêchés à ceux-ci.

On déclarerait que tous les évêques qui ont prêté le serment conserveront leurs évêchés jusqu’à leur décès.

Ces dispositions seraient dans le sens du projet de décret présenté par le ministre. Mais il paraîtrait préférable de suivre, quant à présent, une autre marche, de partir du principe qui sert de règle dans toute cette affaire, pour faire voir au Pape qu’on a tort de vouloir s’opposer au souverain temporel lorsqu’il sait ce qu’il doit faire.

On dirait qu’on ne peut conserver trente-deux évêchés pour une population de 800,000 âmes, tandis qu’en France il n’y a souvent qu’un évêque pour un million d’âmes ; que, les évêques de. . . . . .  ayant refusé de prêter serment, leurs évêchés sont supprimés et réunis aux diocèses des treize évêques qui ont prêté serment.

On aurait soin, en faisant les réunions, de se rapprocher le plus possible de la circonscription qui ne suppose, pour l’avenir, que les cinq évêchés indiqués ci-dessus.

Ainsi on passerait de trente-deux évêchés à treize, pour arriver, avec le temps, aux cinq évêchés qu’on se propose de constituer définitivement. Cette mesure aurait l’avantage de laisser l’espérance aux villes dont les évêques ont prêté serment et de donner raison à ceux qui se sont portés à cet acte d’obéissance. On sentirait ce que leur conduite a d’avantageux pour le Pape, parce qu’on verrait vendre les biens des autres évêchés pour payer la dette publique.

Quant aux chapitres, les membres qui auraient prêté le serment seraient réunis aux chapitres conservés, et les chapitres dont tous les membres auraient refusé le serment seraient supprimés.

On n’aurait pas l’air de se déterminer, soit par caprice, soit même par un système d’organisation, mais de prendre un parti nécessité par la rébellion de quelques évêques: les prêtres savent fort bien que, dans tous les pays qui passent sous une nouvelle domination, on ne résiste jamais à prêter serment à l’autorité. La rébellion des dix-neuf évêques serait un nouveau grief de l’église contre le Pape.

Ce système conduirait, par l’application des mêmes principes, à confisquer, non-seulement en Toscane et en Piémont, mais encore en Italie, les biens des évêchés pour lesquels le Pape ne voudrait pas donner d’institution; ce qui montrerait encore, dans l’obstination du Pape, la cause d’un mal qui serait irréparable pour l’Église. Les dispositions à adopter pour Rome, si elles sont immédiatement suivies du séquestre des biens et des palais des évêques qui auront refusé le serment, et si toute cette affaire est traitée d’une manière sérieuse, ne peuvent manquer d’avoir une influence très-sensible.

Sa Majesté désire que le ministre lui présente demain le projet de décret.

 

Saint-Cloud, 14 juin 1810.

NOTE POUR L’ARCHICHANCELIER DE L’EMPIRE

Il convient, par des mesures sages et indirectes, de faire participer toute la France aux avantages de l’institution des titres héréditaires.

S’il n’en est pas ainsi, cette institution ne sera jamais nationale; elle ne fera point oublier ceux qui, autrefois, jouissaient des prérogatives de la noblesse. Un des moyens les plus propres à raffermir cette institution serait d’y associer les anciens nobles, avec des réserves et des modifications que la prudence commande.

Je ne veux d’autres ducs que ceux que j’ai créés ou que je pourrai créer encore, et dont la dotation aura été accordée par moi. Si je fais quelques exceptions à l’égard de l’ancienne noblesse, ces exceptions seront très-restreintes et ne s’appliqueront qu’à des noms historiques qu’il est utile de ·conserver.

Je ne vois point d’inconvénient d’accorder des titres de comte et de baron.

Quant à ceux des anciens nobles que j’entends associer à la nouvelle institution, il faut, avant tout, qu’ils aient conservé de la fortune.

Pour éviter toute méprise, et afin de bien connaître ce qui reste de l’ancienne caste nobiliaire, on pourrait les diviser en trois classes. La première comprendrait ceux qui sont employés. La seconde, ceux qui, n’ayant point de fortune et portant des noms distingués, mériteraient d’être retirés de l’oubli et de la misère. La troisième classe comprendrait ceux qu’il faut écarter définitivement, tels que les émigrés auxquels on n’a point voulu accorder l’amnistie, et ceux qui sont restés attachés aux princes de l’ancienne dynastie.

La première classe donnerait lieu à une subdivision.

On prendrait ceux des anciens nobles qui sont attachés à la cour ou aux maisons des princes et princesses, tels que les chambellans et écuyers, qui pour la plupart ont de la fortune ou un nom. On conférerait à ceux-là un titre qui deviendrait héréditaire, en instituant un majorat.

Dans la seconde classe on placerait ceux qui sont dans les autorités, soit administratives, soit judiciaires. Sous cette dénomination d’autorités, on ne pourrait aller que depuis les sénateurs jusqu’aux maires, et, dans ce grand nombre de fonctionnaires ayant pour la plupart de la fortune et de l’influence, il deviendrait facile de choisir quatre ou cinq cents individus, qui, se trouvant admis dans la nouvelle situation, contribueraient à l’affermir et à la propager.

On pourrait aussi faire un choix, soit dans les collèges électoraux, soit dans les conseils généraux de départements. Les membres des collèges électoraux ont une sorte d’expectative qui leur est accordée par l’article 10 du premier statut; mais on pourrait les faire jouir de suite de la distinction dont ils n’ont que l’espérance. Cette faveur appliquée encore à quatre ou cinq cents personnes, il résulterait de l’ensemble environ mille familles qui prendraient de nouveaux engagements envers l’État.

Pour bien faire le double choix dont on vient de parler, il faudrait se procurer, de la part des préfets, des listes raisonnées non seulement de ceux qui composent les collèges électoraux et les conseils généraux, mais encore des états contenant l’indication des anciennes familles nobles, en distinguant ceux de leurs membres qui seraient susceptibles de recevoir la distinction dont il s’agit, et en évitant d’y comprendre ceux qui ont émigré et ceux qui jouissent d’une mauvaise réputation.

Quant à la collation du titre, il serait convenable de ne pas donner à un individu le même titre qu’il avait dans l’ancien régime; on aurait la même attention pour les armoiries et les livrées.

Le plan dont on vient d’indiquer les éléments s’appliquerait, mais avec plus d’étendue, au Piémont, à la Toscane et à Rome. Dans ces pays, il y a peu de personnes qui aient rendu des services; mais il y existe des gens qui portent des noms distingués, qu’il faut associer à la nouvelle institution, afin de détruire des souvenirs.

Le rapport doit énoncer l’objet, celui de perfectionner l’institution.

Le rapporteur doit dire que, les vues qu’il contient lui ayant été suggérées par Sa Majesté, ce sont les propres idées de Sa Majesté qu’il reproduit devant elle. Il faut, en second lieu, analyser le système général du rétablissement des titres; on le trouve développé dans les préambules des statuts, sénatus-consulte et règlements, ainsi que dans les rapports qui ont préparé ces actes. Donner des appuis à la dynastie présente, faire oublier l’ancienne noblesse : voilà le but que l’on a voulu atteindre.

Les vues indiquées dans la note doivent être reproduites avec plus d’ordre et plus d’étendue.

Quand on arrivera aux moyens d’exécution, il faut proposer de faire écrire confidentiellement par le procureur général aux préfets, et, à l’égard des pays nouvellement réunis, il faut se procurer des renseignements par la voie des gouverneurs généraux; à ceux-là, l’archichancelier peut écrire.

La rédaction doit être faite de manière que l’Empereur puisse mettre sa décision à la marge, soit qu’elle soit approbative, négative ou modifiante.

 

Saint·Cloud, 14 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, donnez communication au ministre d’État Defermon de l’article du traité avec la Bavière relatif aux 400,000 francs de rente réservés sur Ratisbonne, et faites-lui connaître les époques auxquelles il doit toucher. Écrivez à mon ministre de presser la nomination de l’agent chargé des payements, et adressez-le au comte Defermon.

Je vous laisse le maître de résoudre comme vous l’entendrez la difficulté relative aux meubles du pays de Bayreuth.

J’approuve que vous négociiez avec la Suisse pour la cession du terrain nécessaire à la construction de la tête de pont de Huningue.

 

Saint-Cloud, 14 juin] 810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, j’ai lu avec attention votre rapport sur le démêlé de mon consul avec le dey d’Alger. Mon agent me paraît bien coupable; il ne devait point compromettre mes intérêts pour de pareilles bagatelles. Témoignez-lui-en mon mécontentement. Voyez le sieur Thainville pour arranger cette affaire. Je ne veux point me brouiller avec le dey pour de pareilles bêtises.

J’approuve fort ce que vous proposez dans votre rapport sur la manière d’établir des communications, par terre, d’Illyrie à Constantinople. Suivez cette affaire avec activité, et proposez-moi toutes les mesures nécessaires pour arriver à ce but.

 

Saint-Cloud, 14 juin 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

J’attache beaucoup d’importance à avoir un pont sur pilotis à Huningue. Je crois avoir fait les fonds pour cela. Faites-moi connaître où en sont les travaux et quand ce pont sera terminé.

 

Saint-Cloud, 14 juin 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Monsieur le Duc de Gaète, vous ferez passer la lettre ci-jointe (lettre au roi Charles-Emmanuel, plus haut) au roi Charles-Emmanuel, à Rome. Vous écrirez à son chargé d’affaires pour lui faire connaître que j’ai ordonné qu’une somme de 100,000 francs par an, à partir du 1er janvier 1810, serait à la disposition du Roi, pour subvenir à ses besoins; qu’en conséquence vous envoyez 50,000 francs pour les six premiers mois de cette année, échéant au 30 juin, et que vous le priez de vous en envoyer le reçu. Vous lui prescrirez la manière dont les payements devront se faire tous les six mois. Vous donnerez ordre que les 50,000 francs pour le premier semestre de l’année partent avec ma lettre.

 

Saint-Cloud, 15 juin 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Faites-moi un rapport sur l’Arc de triomphe, sur les fonds qui y sont destinés cette année. Faites-en pousser vivement les travaux; je veux le terminer. Si cela est nécessaire, je vous donnerai un supplément de crédit de 5 à 600,000 francs.

 

Saint-Cloud, 15 juin 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je vous envoie une note de M. le conseiller d’État Maret. Venez au conseil de lundi armé de tous les renseignements que vous avez sur cette question. J’ai fait prescrire à ce conseiller d’État de s’y trouver avec toutes les pièces qu’il a dans les mains.

Ce conseiller d’État croit qu’à la fin de l’année il n’y aura plus de blé de 1808, ni de 1809. D’après ce qu’il dit de la cherté du seigle, j’en ai défendu l’exportation; j’ai doublé le droit d’exportation du blé.

Ces deux décrets seront exécutés cette nuit. Apportez au conseil de lundi tout ce que le bien du service vous suggérera pour modifier cet état de choses et y remédier. Apportez également le tableau des exportations qui ont eu lieu depuis août.

Cette question est la plus importante de toutes, et il est impossible que je remette plus tard que lundi à asseoir définitivement mes idées là-dessus.

Vérifiez bien et tenez la main à ce que ma réserve de Paris soit entière. Vous avez des inspecteurs, qu’ils vérifient. L’existence de cet approvisionnement est confiée à votre zèle pour mon service.

Voilà huit ans que je sacrifie près d’un million par an pour former cet approvisionnement. Il serait malheureux que cet argent et ces soins fussent perdus au moment où l’on doit en recueillir les fruits. Je ne dormirai tranquille sur cette importante question, que bien assuré que vous faites votre affaire particulière de vérifier que l’approvisionnement de Paris existe. Il n’est aucune mesure de gouvernement plus susceptible d’influer sur le bonheur du peuple et sur la tranquillité de l’administration que la certitude de l’existence de cet approvisionnement.

Il n’est pas hors de vos attributions de vous faire remettre un état des approvisionnements de guerre.

Veillez à ce que les Invalides et les hôpitaux aient leur approvisionnement, et qu’on ne soit pas pris à l’improviste.

S’il était vrai qu’on eût exporté en Angleterre, comme on veut me le persuader, 40 millions depuis août, cette exportation serait de nature à effrayer.

J’ai mis un double droit sur l’exportation des blés. Vous me rendrez compte lundi s’il est possible de l’augmenter davantage, et je désirerais aussi pouvoir, sur les deux millions et demi que je retirerai des droits de douane, augmenter encore mon approvisionnement.

 

Saint-Cloud, 16 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris.

Monsieur le Duc de Cadore, renvoyez au ministre de Suède la lettre du comte d’Essen, avec cette réponse péremptoire, que je n’ai point rendu la Poméranie suédoise pour que ses ports devinssent l’entrepôt des marchandises anglaises; que c’est une mauvaise plaisanterie de prétendre que les marchandises dont le port de Stralsund est plein sont des marchandises d’Amérique; qu’il faut se prononcer clairement que la question se divise en deux parties, l’une relative à la Suède, l’autre à la Poméranie suédoise; que la Suède ne peut attendre aucune protection de moi, et que même je ne puis rester en paix arec elle, si elle n’exécute tout le traité fait avec moi et ne rompt tout lien avec l’Angleterre; la question de la Poméranie suédoise est simple; je demande de nouveau que le comte d’Essen fasse mettre le séquestre sur toutes les marchandises apportées par des bâtiments américains ou neutres; et que, à défaut de cela, une division de troupes françaises qui est en marche sur le Nord va entrer en Poméranie et occuper les ports de cette province; qu’il est un autre moyen de réparer la sottise que j’ai faite en restituant la Poméranie à la Suède, c’est de la remettre entre mes mains pour la garder jusqu’à la paix générale.

Remettez-moi sous les yeux la note que vous avez faite. Il faut l’envoyer par un courrier extraordinaire à Stockholm, et prescrire à mon chargé d’affaires de quitter la Suède et d’annoncer que je vais réoccuper la Poméranie suédoise. Ou le comte d’Essen est d’une grande ignorance, ou il nous croit de grandes dupes. Faites connaître au ministre de Suède à Paris que vous ne doutez nullement que, si l’on tarde à faire droit à ma demande, une division française ne reçoive l’ordre de se tenir prête à entrer en Poméranie, et que ses passeports lui seront remis pour qu’il quitte la France. Vous écrirez à mon consul à Stralsund pour l’instruire de l’état de la question et lui prescrire d’exiger le séquestre de toutes les marchandises américaines, en répondant à toutes les objections qu’il n’y a ni américain ni neutre lorsqu’on est chargé de marchandises coloniales. Il doit dire dans la conversation et répandre dans le pays que les troupes françaises vont rentrer en Poméranie, si l’on ne met le séquestre sur ces marchandises.

 

Saint-Cloud, 16 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je n’ai pas besoin de vous écrire sur les affaires de Westphalie. Vous connaissez mes intentions; donnez des instructions en conséquence. L’idée de soumettre les donataires, mes sujets et attachés à mon service, à une contribution personnelle est si absurde, que vous n’avez pas besoin d’instructions à cet égard.

 

Saint-Cloud, 16 juin 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris.

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je vous renvoie votre travail pour que vous rédigiez le projet de décret de suppression des évêchés. Le diocèse dont le cardinal Antonelli est titulaire doit être supprimé; celui du nonce du Pape à Vienne doit l’être également; quant à l’autre, il faut attendre les renseignements. Le considérant du décret doit être dans cette forme: ” Considérant que la population des deux départements de Rome et du Trasimène est de 800,000 âmes, ce qui est le terme moyen de la population d’un de nos diocèses de France, et que cependant il existe trente-cinq diocèses dans les deux départements; que le résultat de la multiplicité des diocèses est que le pays se trouve obéré et a une grande partie de son revenu attribué à l’entretien de prélats superflus et inutiles; considérant que dix-neuf évêques de ces diocèses se sont mis d’ailleurs hors de notre protection, en refusant de prêter le serment qui nous est dû; nous avons décrété, etc. ” L’article 1° portera la suppression de ces dix-neuf évêchés et leur réunion à ceux conservés. L’article 2 portera la suppression et réunion des autres. Un article portera que ceux des évêques conservés qui auront moins de 20,000 francs de revenu recevront un supplément de notre trésor. Vous aurez soin de mettre un article qui dise que les biens des couvents, chapitres, abbayes, etc., supprimés, sont réunis au domaine; que l’enregistrement en prendra possession sans délai et en touchera les revenus à partir du ler juillet 1811.

 

Saint-Cloud, 17 juin 1810.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites-moi un rapport sur les conscrits réfractaires. Nous les dirigeons sur des endroits peu sûrs. Ne serait-il pas plus convenable de les diriger sur la Corse et de former là 6 ou 7,000 hommes, que l’on pourrait employer à la conquête de la Sardaigne ? Il suffirait de nommer un bon officier et de bons colonels pour les commander.

 

Saint-Cloud, l7 juin 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Donnez-moi une note d’ouvrages anglais récemment publiés sur les affaires politiques et militaires. A-t-on tout ce qu’on a imprimé sur le parlement et les pièces officielles d’Espagne ? Ayez les imprimés du parlement de l’année sur les différentes questions: Wellesley, Espagne, Amérique, le budget. Faites venir tout cela en volumes que vous me remettrez.

 

Saint-Cloud, 17 juin 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, au château de Ferrières, près Paris

Je vous prie de m’envoyer la note que vous a communiquée le sieur Fagan, que vous avez envoyé à Londres pour sonder lord Wellesley, et qui vous a rapporté une réponse de ce lord, que je n’ai jamais connue.

 

Saint-Cloud, 18 juin 1810.

A M. Fouché, duc d’Otrante, au château de Ferrières, près Paris.

Je vous ai écrit hier pour vous demander la pièce que M. Fagan a rapportée de lord Wellesley. Je vous récris aujourd’hui pour vous faire connaître que mon intention est que vous me remettiez, avec cette pièce, toutes les pièces, sans exception, relatives à Ouvrard, à Labouchère, à Fagan et aux renseignements qu’il vous a apportés sur les individus qui tenaient la correspondance de Londres à Paris relative à cette affaire. Faites attention que j’ai droit, et qu’il est important pour moi et pour vous que toutes les pièces sur ces affaires et autres de cette espèce me soient remises sans réserve; en un mot, que vous me remettiez le portefeuille de votre ministère. Je vous envoie mon secrétaire du cabinet Mounier, qui attendra et me rapportera toutes ces pièces.

 

Paris, 19 juin 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR.

Le service des ponts et chaussées devient si étendu et si important, qu’il est impossible de le bien faire en se livrant à tous les détails, en ne portant pas une attention plus spéciale sur les principaux travaux et en ne centralisant pas quelques parties qui resteraient toujours sous la direction, l’influence et l’administration du directeur général.

On pourrait proposer les mesures ci-après:

Réunir dans un bureau spécial tout ce qui concerne les routes, ponts, digues, desséchements de marais des départements d’Italie.

A la tête de ce bureau serait un maître des requêtes avec trois auditeurs italiens, dont deux seraient toujours en Italie el un à Paris. Le maître des requêtes ferait de fréquents voyages; il serait à désirer qu’il pût être Italien.

Réunir de même sous un maître des requêtes et deux ou trois auditeurs les polders, les digues, rivières, chemins et autres travaux de la Belgique et des départements ci-devant hollandais.

Dans la distribution des auditeurs attachés aux ponts et chaussées, affecter particulièrement à des auditeurs désignés tout le contentieux des marais du Cotentin, de Rochefort, de la Somme, de Dunkerque, etc. Ces auditeurs suivraient tout ce qui serait relatif à ces marais, aux contributions imposées, à leur répartition, à leur produit, à leur emploi, etc.

Ces dispositions exigeraient un plus grand nombre d’auditeurs aux ponts et chaussées et rien ne s’opposerait à ce que ce nombre fût augmenté.

Sa Majesté désire que le ministre de l’intérieur fasse un projet de règlement pour le service des auditeurs et des maîtres des requêtes attachés aux ponts et chaussées.

 

Saint-Cloud, 19 juin 1810

Au comte Collin de Sussy, directeur général de l’administration des douanes, à Paris

Il se fait de nouveau des expéditions de grains des ports de Hollande, surtout de Rotterdam, en corrompant les douaniers et par l’intermédiaire de gens sans aveu qui se rendent caution que ces expéditions ne sont pas destinées pour l’Angleterre. Envoyez sur-le-champ des instructions pour remédier à ces abus.

 

Saint-Cloud, 20 juin 1810

A Alexandre Ier, empereur de Russie, à Saint-Pétersbourg

Monsieur mon Frère, le prince Kourakine m’a remis la lettre que Votre Majesté a bien voulu m’écrire pour me féliciter sur mon mariage. Ce ministre d’État m’a également exprimé, au nom de Votre Majesté, les vœux qu’elle forme pour mon bonheur et pour celui l’Impératrice, ma bien-aimée épouse et compagne. Ses sentiments m’ont vivement touché, et l’intérêt marqué qu’elle veut bien prendre à ma satisfaction ne peut que l’augmenter encore.

Je partage bien sincèrement le désir de Votre Majesté pour forcer l’Angleterre à la paix. L’union intime du continent et particulièrement l’assurance qu’elle me donne de concourir de tous ses moyens à un but aussi désirable me font espérer que nos efforts réunis seront couronnés d’un heureux succès.

Je saisis avec bien de l’empressement cette occasion pour renouveler à Votre Majesté les assurances de la sincère estime et de l’amitié inaltérable avec lesquelles je suis, Monsieur mon Frère, de Votre Majesté Impériale le bon Frère.

NAPOLÉON.

 

Saint-Cloud, 20 juin 1810

A Louis X, Grand-Duc de Hesse-Darmstadt, à Darmstadt.

Mon Frère, j’ai reçu avec beaucoup de satisfaction la lettre que vous m’avez écrite pour me féliciter sur mon mariage. Le prince Chrétien, votre frère, que vous avez chargé de me la remettre, s’est acquis de nouveaux droits à mon estime par la manière dont il a rempli la mission que vous lui avez confiée. Je ne doute pas qu’il ne s’empresse, à son retour, de vous faire connaître les sentiments que je l’ai chargé de vous exprimer en mon nom. Ils sont conformes au sincère attachement et à l’affection que je conserve pour vous et sur lesquels vous pouvez toujours compter.

 

Saint-Cloud, 21 juin 1810

NOTE SUR LA DÉFENSE DE CORFOU.

La garnison de Corfou est forte aujourd’hui de 5,000 hommes de terre et de 1,000 marins formant l’équipage des chaloupes et bricks en station à Corfou; ce qui fait 6,000 hommes. En cas de siége, surtout, il faudrait lever un corps d’habitants, qu’on ferait servir comme ouvriers, aides canonniers, et pour d’autres ouvrages.

Ces 6,000 hommes ne peuvent être attaqués avec quelque succès que par 18,000 hommes; expédition tellement considérable, qu’elle est hors des forces des Anglais, puisque, en Belgique, ils n’ont eu que 12,000 hommes, qu’ils n’ont en Sicile que 6,000 hommes, et qu’en Portugal même, où ils portent tant d’intérêt, ils n’en ont que 24,000.

On peut donc prévoir le cas où les Anglais pourraient attaquer Corfou arec 9, 10 ou 11,000 hommes dont il n’y aurait tout au plus que 8,000 Anglais, et les 3,000 autres composés de déserteurs de toutes les nations. En supposant qu’ils pussent débarquer, et qu’on ne pût les chasser de l’île, on serait obligé de se renfermer dans la place, et on se trouverait exposé au bombardement et à toutes les suites fatigantes qu’il entraîne. On conçoit que, dans ce cas, si l’on avait un camp retranché sous la place, il pourrait y avoir telle chance où les 5 ou 6,000 Français pourraient battre les ennemis, et, par le résultat d’une victoire, les obliger à se rembarquer, tandis que, si on se renfermait dans la place, on ne ferait plus une guerre active et l’on n’aurait plus aucune chance de succès.

Enfin, quand même les Anglais auraient 18,000 hommes, on sent qu’on ne pourrait faire une défense brillante, et la prolonger pendant le temps nécessaire pour les dégoûter ou jusqu’à ce qu’on pût avoir des secours, qu’en faisant une guerre de siége offensive.

Une guerre de siége purement passive ne peut avoir d’autre résultat que de prolonger la défense un mois de plus ou un mois de moins.

Corfou ayant déjà trois lignes d’enceinte, il faut trois siéges.  Ainsi on peut prévoir que le commandant pourra résister quatre mois ; mais, enfin, au bout de ces quatre mois, il sera perdu. Le résultat, au contraire, qu’on peut espérer d’une guerre de siège active ou offensive, est incalculable.

Je pense donc qu’il est nécessaire que, dans les positions les plus avancées, à 4 ou 500 toises de la lunette Saint-Roch, dans des points qui sont probablement donnés par le terrain, on établisse cinq à six redoutes, qui, appuyées à la mer de droite et de gauche, seraient placées sur une étendue de 1,000 à 1,100 toises. Ces cinq ou six redoutes seraient donc éloignées entre elles d’environ 150 toises, vu la largeur des redoutes qu’on suppose être de 40 toises de côté intérieur. On aurait soin que les côtés qui sont attaquables par l’ennemi aient le profil de siège, c’est-à-dire des parapets de 3 toises et des remparts de 4 toises de largeur, avec un relief de dix pieds au moins sur la campagne. En les construisant, on y placerait des magasins à poudre, blindés et couverts en terre. Les cotés de la place pourraient avoir un bon profil de campagne.

La construction de ces six redoutes doit être d’une petite dépense. On pourrait charger un bataillon de ces ouvrages. En un mois de temps ces ouvrages seront massés et en état de défense, et l’on pourra toujours continuer à les perfectionner.

Le tracé sera fait de manière que les ouvrages se flanquent entre eux le plus possible. Par la suite, on pourra couvrir ces cinq ou six ouvrages par un chemin couvert, qui n’empêcherait point de déboucher par-dessus les glacis pour aller à l’ennemi. Il serait inutile de le palissader, si ce n’est dans les angles saillants qui seraient en avant des redoutes, parce que le chemin couvert ferait partie de la fortification des redoutes et donnerait un second rang de feux; mais, dans l’intervalle des redoutes, le chemin couvert ne serait point palissadé, de manière qu’il n’y eût aucun obstacle pour aller en bataille à l’ennemi et revenir de même. Ce chemin couvert ne doit être entrepris que lorsque les redoutes auront toute leur perfection.

Je suppose ces redoutes faites, ce qui peut être avant le mois de septembre; on peut les armer de huit à dix pièces de canon de fer ou canons de toute espèce. L’armée française étant rangée en bataille derrière ces redoutes, l’ennemi ne pourrait point les attaquer de vive force; et, s’il faisait cette sottise, ce serait le cas de déboucher de derrière les redoutes, et, dans ce cas, 5,000 hommes peuvent en battre 15,000. L’ennemi ne tentera point une opération si folle. L’ennemi sera donc obligé d’ouvrir la tranchée; je suppose qu’il l’ouvrira à 500 toises; il sera obligé, pour se couvrir, de faire des ouvrages de 1,800 toises de développement, parce qu’il voudra appuyer sa droite et sa gauche à la mer pour ne pas craindre d’être tourné. Il cheminera sur une ou deux redoutes, mais il sera toujours obligé d’essuyer les feux des trois redoutes; celles sur lesquelles il cheminera seront alors remplies d’artillerie; et alors aussi la garnison commencera une guerre active, en faisant des lignes de contre-attaque, en cheminant contre les cheminements de l’ennemi. Il est probable que les redoutes peuvent être placées de manière à avoir un grand commandement; quels avantages n’auront point, sous la protection des forts placés en arrière et qui les dominent, ces cheminements qui marcheront à l’ennemi ! C’est alors que des batteries établies dans ces lignes de contre-approche rendront ces siéges actifs. C’est là qu’un commandant et de bons officiers pourront déployer toutes les ressources de la guerre. Le siége ainsi conduit, le temps nécessaire pour réduire ces lignes, est incalculable. Deux et trois mois peuvent se passer dans ces opérations; mais, en supposant que l’habileté ou la supériorité de l’ennemi soit tellement considérable, que ces redoutes ne puissent tenir que quinze ou vingt jours, c’est un prolongement de défense qui ne peut être donné par aucun ouvrage isolé, d’autant plus que, pendant ce temps-là, l’ennemi sera éloigné de 1,200 toises de la place, que la ville sera tout à fait couverte, ainsi que la presqu’île de San-Pantaleone.

On travaillera perpétuellement à ces redoutes, de sorte que, si la place n’était assiégée qu’au mois de mai prochain, ces redoutes seraient des forts très-considérables.

On sent facilement qu’une guerre active ne peut être établie entre les forts Abraham et Saint-Sauveur, parce que l’ennemi, une fois maître de la presqu’île de San-Pantaleone, a un grand développement et de grands avantages pour attaquer la ville et prendre en flanc les cheminements et la défense de l’assiégé.

Ce qu’on propose a donc l’avantage de rendre maître de la presqu’île de San-Pantaleone et d’obliger l’ennemi à de grands développements. S’il était possible d’appuyer la gauche de manière qu’on fût maître de la pêcherie de Callikiapoulo, ce serait un grand avantage.

Je ne puis pas penser que ces ouvrages doivent coûter plus d’une trentaine de mille francs en gratifications pour les troupes, qui doivent travailler pour se couvrir pour leur propre défense, par honneur et avec la plus grande activité. Il faut charger chaque bataillon de la garnison d’une de ces redoutes; elles porteront le nom de redoutes Impériales, un numéro et le nom du bataillon qui aura été chargé de la construction. Si la garnison de Sainte-Maure, au lieu de rester pendant deux ans les bras croisés, eût remué de la terre, il n’y a pas de doute que les Anglais n’eussent pas réussi, et peut-être n’eussent-ils rien tenté. C’était l’usage des Romains, et c’est celui de l’Empereur. Sa Majesté est surprise qu’un aussi bon officier que le gouverneur n’ait encore entrepris aucun système d’ouvrages en terre, qui eût ajouté une grande force à la place. La marine doit fournir des travailleurs, la ville doit aussi en fournir gratis, ou à très-bon marché. Aussitôt qu’on aura suffisamment établi cette première ligne, il faudra en établir une deuxième; ce sera une ligne qui partira du fort Saint-Sauveur, aura devant elle l’étang des salines, s’appuiera à la mer et empêchera l’ennemi de s’établir dans la presqu’île de San-Pantaleone. On ajoutera au système des lignes deux forts: un entre le fort Saint-Sauveur et les salines, l’autre entre les salines et la mer, qui pourront être réunis par une ligne en arrière, si on le juge nécessaire.

On comprend que cette redoute sera protégée par le fort Saint-Sauveur et qu’elle ne pourra être attaquée que par un côté, et peut-être pourrait-elle avoir, au moyen des salines, une petite inondation en avant, ou un fossé plein d’eau.

Enfin, comme on sent que c’est spécialement entre les salines et la mer que l’ennemi voudra percer, on construira trois redoutes à 100 toises l’une de l’autre, de manière que l’ennemi ait à les prendre successivement ; et, lorsqu’on verra qu’il sera près de s’emparer de la première, on coupera l’isthme en arrière, pour laisser entrer l’eau de la mer et multiplier les obstacles sur les cheminements de l’ennemi; on rendra ainsi les abords de ces redoutes fort difficiles.

C’est la presqu’île de San-Pantaleone qu’il faut défendre, si, rebuté par ces obstacles, l’ennemi chemine sur le fort Abraham (il paraît que c’est la partie la plus forte de la place), et on aura rempli son but. Puisque cette presqu’île est si importante à conserver, il faut établir plusieurs redoutes partout où l’ennemi pourrait débarquer, et y avoir des batteries de côtes.

En débouchant par les salines, on se trouvera avoir des positions sur le flanc de l’ennemi; rien n’empêchera d’ailleurs que, lorsque ces deux ouvrages seront faits, on n’occupe encore le mont Olivetto par de forts ouvrages en terre.

Une place comme Corfou, avec la garnison qui doit y être, ne peut se défendre qu’en remuant de la terre et en obligeant l’ennemi à dix siéges avant qu’il soit arrivé sur la première enceinte de la place. Si on laisse l’ennemi arriver à 20 toises de la place, ou si l’on ne prétend disputer le terrain que par des affaires de postes ou de tirailleurs, ce qui est impossible vu la supériorité de l’ennemi, on n’entend point les moyens de vaincre.

Corfou est inattaquable de trois côtés : la ligne occupée par la fortification n’a que 600 toises, de sorte qu’une garnison de 4 à 5,000 hommes courrait risque, si elle ne faisait rien, de laisser prendre les forts et la ville, et de rentrer ensuite dans la citadelle avec une garnison trop considérable pour pouvoir y être contenue; et on aurait la douleur de voir capituler, après trois mois de siége , une garnison de 3,000 hommes, devant une armée qui n’aurait plus sous les armes que 5 à 6,000 hommes. Une place comme Corfou, dont la garnison ne peut sortir que prisonnière ou victorieuse, ne doit se rendre que faute de vivres, ou bien les officiers qui la commandent ne connaissent pas toutes les ressources de la guerre.

 

Saint-Cloud, 22 juin 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE.

Sa Majesté désire que les membres de la section lui présentent, au prochain conseil, la distribution, port par port, de la somme de cent dix-huit millions, à laquelle s’élève, selon le ministre, la dépense de la marine en 1809. On comprendra dans la dépense tant ce qui a été payé dans les ports que ce qui a été payé à Paris, en rapportant à chaque port ce qui lui appartient, de sorte qu’on voie à l’article de chaque port, par exemple du port du Havre, tout ce que le port du Havre a dépensé dans l’année pour chacun des articles du budget. L’état particulier du port du Havre, comme celui de tous les autres ports, aura autant de colonnes qu’il y a de chapitres dans le budget.

Le ministre de la marine apportera au conseil, qui aura lieu de vendredi en huit, un projet provisoire de budget pour la dépense de chacun des ports en 1810. Ce budget déterminera, pour chaque port, la dépense en commis, en bureaux, administration, ouvriers, matériel, etc., et fera connaître les travaux que chacun de ces ports doit faire dans l’année. Ces projets de budget seront établis pour 1810, comme si l’année n’était pas commencée. On les appliquera ensuite à l’exercice 1811. Les 100 millions qui seront affectés à la marine pour cet exercice se trouveront distribués dès le commencement de l’année, de sorte que chaque port arrêtera nécessairement ses dépenses au moment où il aura épuisé son budget, sauf alors, et selon les circonstances, à faire des fonds extraordinaires, s’il y a lieu.

 

Saint-Cloud, 23 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie votre rapport sur la proposition du pacha de Berat. Je ne désire point prendre possession du fort d’Avlona ; ce serait me mettre en guerre avec la Porte. Il suffit que ce pacha s’engage à tenir ses forts bien armés et en état défense contre les forces anglaises ou autres. A cet effet, le gouverneur de Corfou offrira les secours d’ingénieurs et toute l’aide nécessaire pour les mettre en état, mais secrètement pour ne pas compromettre l’indépendance du pacha, et il aura un agent auprès de lui ; il lui fournira en cachette les armes, la poudre et les munitions dont il aurait besoin, et même un léger subside; enfin il favorisera ce pacha et la confédération de Chamoury par tous les moyens qui sont en son pouvoir. Traitez bien l’agent qu’il a à Paris, donnez-lui des secours, s’il en a besoin, et renvoyez-le avec cette réponse. Il verra, en passant à Corfou, le général Donzelot pour l’exécution de ces mesures. Vous écrirez au sieur Latour-Maubourg de protéger ce pacha à la Porte et d’appuyer toutes ses démarches pour lui faire restituer le Berat. En résumé, je désire soutenir ce pacha et accroître par des moyens secrets sa force et sa prépondérance; je ferai même quelques sacrifices pour cela, mais je ne souhaite rien de plus.

 

Saint-Cloud, 23 juin 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je reçois vos différentes lettres. Il n’y a pas d’inconvénient à retarder d’un mois la prestation de serment des curés (de l’état pontifical); mais il faut partir du principe que je veux le serment sans restriction et sans modification.

 

Saint-Cloud , 23 juin 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Je vous envoie un arrêté de la Consulte qui supprime les dîme dater de 1811. Il sera donc nécessaire de comprendre cela dans les modifications qu’essuiera le projet.

 

Saint-Cloud, 23 juin 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DES FINANCES.

En exécution de mon décret du 3 février 1810 qui a réuni au domaine de l’État les biens de l’apanage de Carignan en Piémont, l’enregistrement a dû se mettre en possession desdits biens. Faites-les comprendre parmi ceux qui doivent être vendus cette année en Piémont, en exceptant le château de Racconigi et les dépendances, dont il est possible que je dispose.

J’ai institué deux majorats en faveur de la maison Carignan, l’un de comte, avec un revenu de 100,000 francs de rente sur le grand-livre, pour Albert-Charles de Carignan; l’autre de baron, avec un revenu de 50,000 francs de rente également sur le grand-livre, pour Joseph de Savoie. Faites inscrire ces majorats au grand-livre.

Celle inscription aura lieu sans qu’on puisse dire qu’on crée de nouvelles rentes, puisque cette disposition éteint 230,000 francs de rente sur la dette publique du Piémont et donne de plus pour 3,300,000 francs de domaines à vendre en Piémont.

Cette constitution de majorats est dans un cas particulier, puisqu’elle donne lieu à la réversibilité au domaine de l’État, attendu qu’elle résulte de la suppression d’un apanage dont les biens appartiennent à l’État.

 

Saint-Cloud, 23 juin 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Voyez le duc de Frias, et faites-lui mes plaintes des dispositions faites par le Roi relativement à la Catalogne. Dites-lui que l’inconvénient de pareilles mesures est de croiser les opérations et de maintenir le pays dans un état d’insurrection. Il est inconvenant et même dangereux de faire des règlements pour un pays où il n’a pas de troupes et où il ne commande pas.

 

Saint-Cloud, 23 juin 1810,

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il faut que vous envoyiez un officier au duc de Reggio pour lui donner l’ordre de former un camp à Utrecht, et de se tenir prêt, avec le 1er régiment de chasseurs, deux autres régiments de cavalerie, les 56e, 93e, le 24e léger et un autre régiment d’infanterie et douze pièces de canon, à marcher sur Amsterdam, qu’il est urgent de faire occuper. Je saurai, par le retour de l’officier que vous enverrez, quand il pourra être prêt, et je lui enverrai des ordres sur la conduite qu’il doit tenir.

 

Saint-Cloud, 23 juin 1810

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, j’ai lu avec attention votre rapport du 20. J’approuve les motifs qui vous ont fait proposer de doter l’hôtel des Invalides. Il est évident que, tant que ses recouvrements se feront sur les fonds de l’État, dans les moments de guerre qui sont des moyens de désordre, on pourra souvent négliger d’acquitter cette dette si importante. Il me semble que le meilleur moyen serait d’adopter le système de la marine. Ainsi on pourrait faire sur les traitements de réforme une retenue de 3 pour 100 par mois qui serait versée dans la caisse des Invalides. Les saisies de denrées coloniales, les séquestres sur les villes, les contributions imposées sur pays ennemi supporteraient également une retenue de 3 pour 100, qui serait versée dans la caisse des Invalides. La solde des agents militaires que paye le ministère de la guerre et le vice-connétable, supérieure à 2,000 francs, pourrait supporter la même retenue de 3 pour 100, qui serait versée dans la caisse des Invalides. Il me semble que tout cela pourrait produire un revenu de 7 à 8 millions, et, comme les dépenses des Invalides ne s’élèvent qu’à 4 millions, ce serait 4 à 5 millions qu’on pourrait placer sur le grand-livre, qui, en peu d’années, augmenteraient considérablement le revenu de cet établissement. Faites-moi un rapport là-dessus.

 

Saint-Cloud, 24 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, portez au conseil de demain lundi la lettre du sieur Otto, du 8 juin, avec les échantillons de coton qui y sont joints.

(Un sieur Angelo, médecin à Vienne proposait de faire du coton avec des chardons et autres plantes indigènes)

 

Saint-Cloud, 24 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, le ministre de la guerre vous communiquera l’ordre que je donne au duc de Reggio de marcher sur Amsterdam, Vous enverrez à ce ministre, qui les fera remettre par le duc de Reggio, des instructions en conséquence au sieur Sérurier.

Le sieur Sérurier insinuera qu’il n’y a qu’un moyen de se tirer d’embarras, c’est que mes troupes soient reçues en triomphe à Amsterdam, que la ville donne un grand repas aux soldats, et que le Roi et la cour donnent l’exemple des prévenances et des égards envers la France; que c’est le seul moyen d’effacer l’outrage que l’on a fait à mes aigles à Haarlem, en leur refusant le passage et en menaçant de tirer sur elles. Après que l’expédition du duc de Reggio sera consommée, le sieur Sérurier demandera que tous les canons soient envoyés sur les cotes, et qu’on cesse de s’occuper des lignes.

 

Saint-Cloud, 24 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez à mon consul à Stralsund pour lui donner des lumières. Faites-lui bien comprendre que tous les certificats de mes consuls, qui accompagnent les marchandises coloniales arrivant sur bâtiments américains ou autres, sont des certificats faux. Vous lui ferez connaître qu’il a eu tort de permettre la levée du séquestre des cotons, soi-disant français, qui sont à Stralsund.

 

Saint-Cloud, 24 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je pense qu’il est convenable que le sieur Alquier parte demain pour se rendre à Stockholm. Vous lui donnerez pour instruction d’appuyer chaudement, mais sans me compromettre, le prince de Danemark, et d’avoir soin de ne faire aucune déclaration publique qui puisse m’entremêler dans ces affaires.

Écrivez également au sieur Didelot ce que veulent faire les Suédois, et ajoutez que cela me paraît fort convenable aux intérêts du Danemark.

Faites mettre dans les journaux une notice, comme nouvelles de Stockholm, de ce qui s’est passé relativement aux légations anglaises.

 

Saint-Cloud, 24 juin 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Vous donnerez les instructions suivantes au duc de Reggio. Aussitôt qu’il aura réuni assez de troupes à Utrecht pour marcher sur Amsterdam, il écrira à mon chargé d’affaires que les troupes françaises ont été insultées; qu’on leur a fermé les portes de Haarlem, qu’il demande réparation de cette offense; que les aigles françaises peuvent aller dans tous les pays alliés et amis ; que, depuis quinze ans, constamment les troupes françaises ont été dans toutes les parties de la Hollande; que le traité ne fait exception d’aucun point; que c’est donc un outrage gratuit que la Hollande a fait aux troupes françaises; que l’Empereur y a été très-sensible et a ordonné que de nouvelles forces entrassent en Hollande; que ses instructions ne lui prescrivaient pas d’entrer à Amsterdam, vu qu’il n’avait rien à y faire mais que le défi qui a été porté aux troupes françaises en leur fermant les portes, et les intrigues anglaises tendant à armer les Hollandais contre les Français, ont provoqué l’ordre qu’il a reçu de se présenter devant Amsterdam; que c’est aux Hollandais à voir s’ils veulent nous traiter en alliés et amis ou en ennemis, et s’ils veulent se livrer au conseils perfides qui s’agitent autour du Roi pour perdre la Hollande. Le duc de Reggio s’arrangera pour être devant Amsterdam deux jours après l’envoi de cette lettre.

Vous aurez soin que votre courrier soit porteur d’une lettre du duc le Cadore au sieur Sérurier pour le prévenir du présent ordre, que vous communiquerez à ce ministre. Vous ajouterez au duc de Reggio qu’il n’y a qu’un moyen pour prévenir tout embarras, c’est que la ville d’Amsterdam reçoive en triomphe mes troupes et leur donne une fête qui fasse disparaître toute acrimonie; car, dans aucun pays, je ne souffrirai qu’on ait l’air de repousser et d’insulter les troupes françaises.

 

Saint-Cloud, 24 juin 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’approuve que les trois compagnies du 6e d’artillerie qui sont sur l’Escaut se rendent à Rennes, à leur dépôt, et puissent être employées la défense de la Bretagne; que les trois compagnies du 8e soient envoyées à leur dépôt et employées à renforcer les garnisons, si le soin s’en faisait sentir, sur les côtes de Normandie et de Picardie.

Ainsi, des seize compagnies, il n’en restera que dix, savoir: trois du 1er, trois du 3e et quatre du 5e. Vous les répartirez ainsi: deux dans l’île de Walcheren; deux dans l’île de Cadzand; deux à Bruges; quatre à Anvers; avec l’ordre, à la moindre apparence d’expédition, aux quatre d’Anvers et à celles de Bruges, de se diriger dans l’île de Cadzand.

Je suppose que le personnel d’artillerie des îles de Sud-Beveland et Schouwen est déjà formé; sans quoi on distribuerait une compagnie dans ces îles.

 

Saint-Cloud, 24 juin 1810

A Charles XIII, roi de Suède, à Stockholm.

Monsieur mon Frère et Cousin, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté  du 2 juin.. Je prends une part sincère à tous ses chagrins (mort de Frédéric-Christian, duc de Holstein-Augustenburg, prince héréditaire de Suede) et je suis peiné des embarras que cette nouvelle circonstance lui donne. J’ai eu quelque satisfaction de voir par sa lettre que la Providence lui avait ménagé des ressources. Je ne puis que la remercier de la communication qu’elle me confie et du cas qu’elle veut faire de mon opinion. Le projet de resserrer les liens de la Suède avec le Danemark parait avoir des avantages spéciaux pour son pays. Il ne me reste qu’à réitérer à Votre Majesté l’assurance que tout ce qui peut contribuer à la prospérité de la Suède et à votre bonheur en particulier m’inspirera toujours un singulier intérêt.

Napoléon.

 

Saint-Cloud, 25 juin 1810

NOTES POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, DICTÉES EN CONSEIL D’ADMINISTRATION DU COMMERCE.

Les Américains ont levé l’embargo sur leurs bâtiments; ainsi tous les bâtiments américains peuvent partir d’Amérique pour venir en France; mais ceux qui y viendraient seraient séquestrés, parce que tous auraient violé le blocus, parce que tous ou auraient été visités par des bâtiments anglais ou auraient touché en Angleterre. Il est donc probable qu’aucun bâtiment américain ne viendra dans nos ports sans s’être assuré de ce que veut faire la France à leur égard.

On peut faire deux choses: ou déclarer qu’on rapporte les décrets de Berlin et de Milan, et rétablir le commerce comme il était auparavant; ou annoncer qu’on rapportera ces décrets au 1er septembre, si alors les Anglais ont rapporté les arrêts du conseil. Ou les Anglais rapporteront leurs arrêts du conseil, et alors il y aura à examiner si l’état qui s’ensuivra nous sera avantageux. Cet état n’aura aucune influence sur la législation des douanes, qui réglera toujours à volonté les droits et les prohibitions. Les Américains pourront apporter du sucre et du café dans nos ports; les corsaires ne les arrêteront pas , parce que le pavillon couvre la marchandise; mais, quand ils viendront dans un port de France ou dans un pays sous l’influence de la France, ils trouveront la législation des douanes par laquelle on pourra dire qu’on ne veut pas du sucre et du café apportés par les Américains, parce que ce sont des marchandises anglaises, qu’on ne veut point de tabac, etc., qu’on ne veut point de telle ou telle marchandise qu’on peut, comme on le voudra, mettre au rang des marchandises prohibées.

Alors il est évident qu’on ne s’engagerait à rien; mais on aurait l’avantage de laisser entrer les marchandises dont on aurait besoin; ainsi on pourrait avoir du sucre du Brésil, des cotons de Géorgie, des bois de merrain, des huiles de poisson. On pourrait même recevoir sans inconvénient les sucres, les cafés, les cotons de la Martinique, de la Guadeloupe et de Saint-Domingue, les épiceries de Cayenne et toutes les productions de l’île de France; mais il faudrait trouver des moyens de s’assurer que ces denrées ont réellement cette origine. Ce système ne serait praticable que si l’on pouvait être certain de ne pas recevoir des sucres, des cafés et des cotons anglais.

On a le temps de méditer encore sur ce projet. Mais il faut examiner, en attendant, s’il ne conviendrait pas de donner des licences, sous le nom de permis, pour une vingtaine de bâtiments et pour l’introduction des cotons de Géorgie. Cette mesure serait organisée de manière que les expéditions ne pussent se faire que dans un seul port d’Amérique qui serait désigné, qu’avec des certificats d’origine délivrés par un seul consul français qui serait également désigné; que les bâtiments ne pourraient entrer que dans un ou deux ports de France désignés; qu’indépendamment des certificats d’origine il y aurait une lettre chiffrée écrite au ministre des relations extérieures par le consul qui les aurait délivrés; qu’enfin les bâtiments seraient tenus de prendre en retour des vins, des eaux-de-vie, des soieries et autres marchandises françaises pour la valeur de la cargaison.

Le permis serait envoyé en Amérique; le consul désigné remplirait le nom des bâtiments et des capitaines, et il tiendrait un registre des bâtiments expédiés sous les numéros des permis, etc.

Ces diverses dispositions pourraient être renfermées dans un projet de décret que le ministre de l’intérieur est chargé de présenter à Sa Majesté aussitôt qu’il l’aura médité et qu’il en aura arrêté la rédaction.

 

Saint-Cloud, 26 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie les pièces relatives au Valais. Je désire que vous ayez une conférence avec le sieur Touzard, secrétaire général de cette république, qui est à Paris. Vous vous ferez remettre par lui un mémoire sur ces questions : 1° Est-il de l’intérêt du Valais que le Valais soit réuni à la France ? Quelle espèce d’opposition y rencontrerait-on ? 2° Si on ne réunit pas le Valais à la France, quels sont les moyens d’améliorer la constitution, de manière à détruire toute influence des prêtres et du parti contraire à la France ? Vous proposerez les mêmes questions à mon chargé d’affaires. Vous me remettrez, 1° la constitution ancienne du Valais, 2° la constitution de 1802, 3° celle actuelle, avec les projets remis par mon chargé d’affaires et par le sieur Touzard ; 4° la liste des personnes à appeler ici pour opérer ces changements. Vous joindrez à ces pièces une carte du Valais, avec la division par dizaine et la population par dizaine. Enfin vous me remettrez avec tout cela un rapport contenant votre opinion sur la réunion du Valais, ou sur le parti qu’il faudrait adopter, si je maintiens son indépendance, pour détruire l’influence des prêtres et des ennemis de la France.

 

Saint-Cloud, 26 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris.

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie un projet de convention à faire avec le roi de Westphalie pour différents arrangements de finances. Je pense que les stipulations faites par moi doivent passer par le ministre des relations extérieures, et que ce serait un grand inconvénient d’accorder à tout autre le droit de conférer avec des étrangers. Remettez-moi, 1° un projet de convention tel que je le demande, 2° un pouvoir au comte Defermon et des instructions pour conclure cette convention, de manière que, dans les difficultés de la négociation, le comte Defermon vous rende compte, et que ce soit vous qui preniez mes ordres pour cet objet.

Actuellement, voici l’esprit dans lequel j’entends rédiger cette convention et les instructions à donner à M. Defermon. Le projet actuel ne me convient pas. L’article 1er est inutile. Je trouve de l’inconvenance à mettre en doute que la possession du donataire ait besoin de la sanction du roi de Westphalie; c’est un objet terminé qui n’a pas besoin de stipulation. L’article 2 est dans le même cas. Cela ne regarde pas le roi de Westphalie. L’article 3 ne stipule rien; c’est une affaire de calcul, cela ne peut pas être un article de convention. Je n’approuve pas l’article 4. Les domaines que j’ai en Hanovre et en Westphalie se montent à 11,494,690 francs, sur lesquels j’ai donné 11,143,942 francs; il ne reste donc plus à ma disposition que 350,748 francs, savoir: 188,000 francs en Westphalie et 162,748 francs en Hanovre. N’en ayant point disposé, je suis maître de les donner au roi de Westphalie, et je les lui donne. Ainsi on doit dire: “Les 188,000 francs dont S. M. l’Empereur et Roi n’a pas disposé en Westphalie et les 162,748 francs dont il n’a pas disposé en Hanovre, formant la somme de 350,748 francs, seront cédés au roi de Westphalie. Les revenus seront perçus par le domaine extraordinaire jusqu’au 1er juillet 1810, et, à partir de cette époque, les revenus appartiendront au Roi.

” En échange, le Roi versera, au moment de la ratification de la présente convention, 70 bons de 100,000 francs, représentant, au denier vingt, la somme de 7 millions, capital des 350,000 francs de revenu concédés. Ces bons, à dater du 1er juillet 1810, porteront intérêt de 5 pour 100 payable par semestre et seront remboursables dans les trois années qui suivront la sortie de toutes les troupes françaises du royaume de Westphalie, à raison de 30 bons par an. L’intérêt sera payé à Paris, aux porteurs des bons, chez un banquier délégué à cet effet par le Roi. Il sera fait sur lesdits intérêts, au profit du roi de Westphalie, la retenue du dixième, laquelle sera supportée par chaque donataire porteur de bons. »

Une autre partie de biens dont je n’ai pas encore disposé est celle qui appartient aux numéros de la 4e classe, qui ne sont pas distribués. La cession de ces biens doit être stipulée dans les mêmes termes que ci-dessus, à la charge par le Roi de remettre 100 bons de 80,000 francs, représentant, au denier vingt, la somme de 8 millions, capital de 4.00,000 francs de revenu à concéder sur les numéros vacants; mais la clause ci-après doit être ajoutée:

” Avant de remettre lesdits biens au roi de Westphalie, les directeurs de l’enregistrement prendront les titres d’hypothèque et feront les réserves et déclarations nécessaires pour que lesdits biens ne puissent être vendus, qu’après que les bons auront été remboursés en totalité. Jusqu’alors la dette de ces bons aura une hypothèque spéciale sur les biens. “

Voilà les deux articles pour ce qui me regarde; le premier traite des biens qui appartiennent encore au domaine extraordinaire: je consens à céder ces biens sans hypothèque pour 70 bons; l’autre traite des biens qui sont déjà affectés à des dotations dont les numéros sont encore vacants. Ces numéros, au lieu d’être dotés avec des domaines, le seront avec des bons; et, lorsque je les emploierai en distributions, les donataires sauront que ce n’est pas moi qui leur garantis la valeur des bons, mais que cette garantie leur est assurée par une hypothèque spéciale sur des terres en Westphalie, qui ne peuvent être vendues qu’après que les bons auront été remboursés. Après cela, vient l’article 7, relatif à un bien particulier du prince d’Orange. Ce bien, je l’ai donné à la Légion d’honneur; mais je consens à stipuler que, moyennant un bon d’un million portant intérêt à 5 pour 100, à dater du 1er juillet 1810, et moyennant hypothèque sur ledit bien jusqu’au remboursement des bons, ce bien soit cédé par la Légion d’honneur au roi de Westphalie.

Dans cette première partie, je me trouverai avoir ainsi disposé de ce qui m’appartient; la seconde partie doit être relative à ce qui ne m’appartient plus.

Pour les donataires auxquels j’ai déjà assigné leur numéro, mais qui n’ont pas leur investiture, on peut stipuler que le domaine extraordinaire leur proposera de participer aux conditions de cession exprimées ci-dessus, et que, s’ils les adoptent, le Roi leur fera donner à chacun un bon de 80,000 francs, représentant leur dotation de 4,000 francs de revenu, lequel bon portera, ainsi qu’il a été dit, intérêt à 5 pour 100, et aura hypothèque spéciale sur les biens qui étaient précédemment affectés à la dotation de leur numéro.

Quant aux donataires déjà en possession de leur lot, et dont la dotation n’excéderait pas 4, 000 francs de revenu, on stipulera également qu’ils pourront céder au Roi les biens dont ils jouissent moyennant les conditions ci-dessus; et que l’Empereur, intervenant par suite du droit que donne la réversibilité desdits biens au domaine extraordinaire, consent à l’échange.

Ainsi vous voyez que le traité doit avoir deux parties principales: que la première, ayant pour objet les biens qui sont à ma disposition, doit contenir les articles relatifs aux biens restant disponibles, aux lots affectés aux numéros vacants, et autres biens du prince d’Orange; enfin que la seconde partie, ayant pour objet les biens dont j’ai déjà disposé, doit régler les intérêts des deux classes suivantes de donataires, savoir: ceux qui ont le numéro de leur dotation, mais qui n’ont pas encore leur investiture, et ceux qui, ayant des dotations de 4,000 francs de revenu et au-dessous, dont ils jouissent actuellement, consentiraient à céder leur lot au Roi.

 

Saint-Cloud, 26 juin 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites-moi un rapport sur le régiment de gardes nationales de la Garde. Faites-moi connaître, 1° si l’on a réduit ce régiment à deux bataillons; 2° si les officiers du cadre du 3e bataillon ont été envoyés en Espagne; 3° si j’ai fait un appel de 1,000 hommes dans les compagnies de réserve départementales pour compléter ce régiment; 4° si j’ai nommé les officiers des deux bataillons que je garde; 5° quand ce régiment pourra entrer en campagne.

 

Saint-Cloud, 26 juin 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général, à Paris

Je reçois votre lettre du 25 juin, par laquelle vous me faites connaître que vous avez fait paraître le premier volume composé des relations de six batailles des premières campagnes d’Italie. Le deuxième volume pourrait être composé des relations de la bataille du Tagliamento, du combat de Neumarkt, des batailles des Pyramides, du mont Thabor, d’Aboukir et de Marengo.

Vous composeriez le troisième volume des relations des batailles d’Ulm, d’Austerlitz, d’Iéna, d’Eylau et de Friedland.

Le quatrième volume contiendrait les batailles d’Eckmühl, d’Essling et de Wagram.

 

Saint-Cloud, 27 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez à mon ministre à Madrid qu’il doit rester dans les mêmes principes.

Faites répondre de vive voix au chargé d’affaires de Hollande que j’ai fait marcher des troupes parce qu’on a insulté ma légation à Amsterdam, parce qu’on a tué de mes officiers à Rotterdam, et qu’à Haarlem on a refusé de laisser passer mes patrouilles; que c’est insulter à mes troupes; qu’on a poussé la folie jusqu’à calculer sur leur petit nombre pour chercher à les empêcher de marcher partout où les besoins du grand empire pouvaient l’exiger; que cette augmentation de forces m’est nuisible à moi-même ainsi qu’à mes troupes, parce que le pays est malsain; que les malheurs de la Hollande viendront de n’avoir pas connu sa position et de s’être mise dans le cas d’être menée par la force.

Faites donner des passeports à cette femme anglaise qui veut venir chercher son mari sur le continent.

 

Saint-Cloud, 27 juin 1810.

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, parmi les chanoines qui on refusé de prêter serment et qui ont été envoyés à Plaisance, il en est plusieurs qui ne sont pas nés dans les départements romains. Faites-en faire le dépouillement, et ordonnez que les étrangers soient renvoyés chez eux. Il doit y en avoir de Naples, de la Sicile, de la Sardaigne, de la Corse, de la Toscane, des pays vénitiens et du royaume d’Italie, de Gênes, du Piémont. Ceux qui appartiennent au royaume d’Italie seront renvoyés dans leurs communes, les Génois et Toscans chez eux; vous en enverrez l’état au ministre de la police.

Les Napolitains et les Siciliens seront envoyés à Naples, et les autres dans leurs pays respectifs. Par ce moyen, le rassemblement de ces chanoines à Plaisance sera considérablement diminué.

 

Saint-Cloud, 28 juin 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES.

Le ministre des relations extérieures est invité à faire connaître si son prédécesseur lui a remis les lettres qu’il a reçues de Sa Majesté. (Les archives des affaires étrangères ne possèdent aucune des lettres adressées par l’Empereur à Talleyrand) (ndlr : Talleyrand vendit une partie de sa correspondance avec Napoléon à Metternich, qui s’empressa de faire faire des copies d’un certain nombre d’autres, avant de les renvoyer à Talleyrand ! )

 

Saint-Cloud, 28 juin 1810.

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Il faudrait réunir un conseil pour prendre un parti sur la machine de Marly. On fait un projet dont l’exécution coûtera de 4 à 5 millions et ne sera pas terminée en quatre ou cinq ans. On peut faire cela d’une manière plus économique et en moins de temps. Il est nécessaire de prendre là-dessus l’avis des gens de l’art. Vous me présenterez le résultat de ce conseil.

 

Saint-Cloud, 28 juin 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je pense qu’il n’est pas très-important d’assimiler l’organisation des compagnies du train à la composition des batteries; il y a le double approvisionnement, il y a le parc, et, si l’on veut qu’une compagnie serve 36 voitures, il n’y a pas de mal qu’on ait 230 chevaux, savoir: 180 chevaux pour les 36 voitures, et les autres 50 chevaux pour le parc; et, comme, lorsqu’on perd des chevaux, c’est le parc qui doit fournir aux divisions, on peut n’avoir à la batterie qu’une seule compagnie du train.

 

Saint-Cloud, 30 juin 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous prie de réitérer vos ordres à Toulon pour qu’aucun capitaine ne couche à terre, que chacun reste à son poste comme en présence de l’ennemi, et ne s’éloigne point de son bord et de la rade pour aller à des bastides ou ailleurs. Il m’est revenu que des officiers employaient des matériaux de bord et des ouvriers de bord à faire construire soit des bateaux pontés, soit des corsaires, soit des bastides. On me dit qu’il y a des officiers qui louent des bateaux de pêche à des particuliers.

Faites connaître au préfet maritime que je ne veux souffrir aucun de ces abus. Le préfet maritime, étant rentré dans ses droits, doit correspondre avec vous.

 

Saint-Cloud, 30 juin 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Donnez ordre au duc de Reggio de faire faire la reconnaissance de toutes les îles de Hollande, depuis Schouwen jusqu’à Emden. Recommandez-lui de faire mettre sur la carte toutes les batteries qui existent pour la défense des côtes, avec l’indication du nombre de pièces qui composent l’armement de chaque batterie.

 

Saint-Cloud, 30 juin 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le chef de bataillon Boutin a déjà été envoyé du côté de Tunis et d’Alger, et a, je vois, fait des rapports sur la situation de ces places. Je désire que vous l’expédiiez encore une fois, soit pour Tunis, soit pour Alexandrie. Concertez avec lui le prétexte à donner à son voyage et qu’il puisse en rapporter la vraie situation d’Alexandrie, du Caire, de Damiette, de Salehyeh, d’El A’Rych, de Gaza, de Jaffa, de Saint -Jean-d’Acre. Il pourrait effectuer son retour par Tripoli et Smyrne. En passant, il prendrait des renseignements sur tous ces points. Il pourrait se faire donner par le général Bertrand des notes de tous les points fortifiés de notre temps, pour vérifier dans quel état ils son aujourd’hui. Il prendrait note des forces qui gardent le pays, et enfin il remettrait tous les renseignements militaires et civils.