Correspondance de Napoléon Ier – Avril-Mai-Juin 1812

Saint-Cloud, 2 avril 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, les cohortes des gardes nationales seront embrigadées de la manière suivante :

La 1e brigade, composée des 8e, 9e, 10e, 11e et 12e cohortes, sera destinée à former une réserve centrale à Versailles; la 2e, com­posée des cohortes des 17e, 31e et 23e divisions militaires, sera des­tinée à la défense de la Hollande ; la 3e, composée des cohortes des 24e et 3e divisions militaires, est destinée à se réunir à Bruges ; la 4e composée des cohortes de la 16e division militaire, se réunira à Anvers; la 5e, composée des cohortes des 15e et 26e divisions mili­taires , se réunira à Boulogne; la 6e, composée des cohortes des 15e et 21e divisions militaires, se réunira à Cherbourg ; la 7e, composée des cohortes des 13e et 4e divisions militaires, se réunira à Pontivy ; la 8e composée des cohortes des 12e et 20e divisions militaires, se réunira à la Rochelle ; la 9e, composée des cohortes des 2e et 22e di­visions militaires, se réunira au Havre; la 10e, composée des cohortes des 18e et 5e divisions militaires, se réunira à Utrecht; la 11e, composée des cohortes des 6e et 19e divisions militaires, se réunira à Anvers; la 12e, composée des cohortes des 7e et 8e divisions mili­taires, se réunira à Toulon ; la 13e, composée des cohortes des 9e, 10e et 11e divisions militaires , se réunira à Périgueux et servira à la défense des Pyrénées; la 14e, composée des cohortes des 27e et 28e divisions militaires, se réunira à Gênes.

Les 2e, 7e et 86e cohortes ne seront point embrigadées.

Je vous envoie ce travail par anticipation, afin que vous puissiez préparer le choix des généraux de brigade à prendre dans chaque division militaire, pour commander ces brigades.

 

Saint-Cloud, 2 avril 1812.

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la garde impériale, à Paris

Mon Cousin, il me vient beaucoup de demandes de jeunes gens de vingt-cinq à trente ans qui se trouvent trop vieux pour entrer dans l’armée comme sous-lieutenants, mais qui désirent servir; ce qui me donne l’idée de former des compagnies de gendarmes d’ordonnance. J’en donnerais le commandement à des hommes dans le genre du comte de Mathan, qui ont servi et qui ont de la fortune. Pro­posez-moi un projet de règlement pour la formation de ces compa­gnies. Quels seraient leur uniforme, leur armement et leur habillement, leur solde ? On en ferait des troupes légères. J’en formerais d’abord quatre compagnies, et j’irais jusqu’à dix ou douze, s’il se présentait des sujets. Il n’y aurait pas de première mise; ils s’équi­peraient à leurs frais. Qu’est-ce qui s’est fait pour la levée des hussards et gendarmes d’ordonnance, tant lors de la campagne de Marengo que dans la campagne de Prusse ?

 

Saint-Cloud, 2 avril 1812.

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la garde impériale, à Paris

Mon Cousin, remettez-moi la situation de ma Garde au 1er avril. Qu’indépendamment de la composition par arme j’y voie la formation de la division Delaborde, composée des 4e, 5e et 6e régiments de voltigeurs et de tirailleurs, douze bataillons ; de la division Roguet, composée des fusiliers, des 1er régiments de voltigeurs et de tirail­leurs et du régiment de flanqueurs, dix bataillons; enfin des dix bataillons de la vieille Garde.

Vous y ferez comprendre l’état des généraux, colonels, majors, de l’artillerie attachée à chaque corps, du génie, des marins, des administrations, etc. Vous y joindrez également la division Claparède, qui ne prendra pas de numéro, mais qui s’appellera division polonaise, et qui est composée des régiments de la légion de la Vistule.

Vous me remettrez en même temps un état qui me fasse connaître ce qu’il y a à faire partir, et un état du mouvement de la Garde depuis le 1er avril jusqu’au 1er mai.

 

Saint-Cloud, 3 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, donnez ordre aux trois régiments de la Vistule de partir le plus tôt possible, et avant le 10 avril, de Sedan, pour se rendre à Dresde par Mayence, Würzburg, Bayreuth et Hof. Avez soin qu’ils aient leurs caissons, leur habillement, leurs souliers et tout ce qui leur est nécessaire. Le général Claparède marchera à la tête de cette division. Donnez-lui des commissaires des guerres, des adjoints et les administrations, ambulances, etc., qui doivent suivre sa division. Il aura aussi avec lui son adjudant-commandant et deux généraux de brigade.

 

Saint-Cloud, 3 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, ma Garde se trouve composée de la division Delaborde, forte de douze bataillons; de la division Roguet, de dix bataillons; de la division des dix bataillons de vieille Garde que commande le général Curial, et d’une division polonaise commandée par le général Claparède, de neuf à dix bataillons. Je ne serais pas éloigné d’en former deux commandements, l’un, composé de la divi­sion Delaborde et de la division Claparède, qui, avec quelques régi­ments de cavalerie et de l’artillerie, ferait un corps d’au moins 15,000 hommes, que commanderait le duc de Trévise; l’autre, composée de la division Roguet, qui est formée de mes fusiliers et des 1er régiments de tirailleurs et de voltigeurs, et de la division des dix bataillons de ma vieille Garde; ce qui, avec la réserve d’artillerie, formerait un corps d’une réelle importance, qui pourrait être com­mandé par le duc de Danzig, qui a de l’énergie au feu, de l’expérience de la guerre. Il me l’a demandé ; sachez s’il l’a demandé sérieusement ; d’abord est-il en état de faire la guerre ? Causez-en avec lui, mais sans m’engager, car je ne suis pas tout à fait décidé.

Je projette aussi de former un 9e corps, qui sera composé de la 12e division, de la division Daendels et de la division princière, qui présentent une force de 30,000 hommes, de 2,000 chevaux et d’une trentaine de pièces de canon. Ce corps pourrait être donné au duc de Bellune. Il lui faudrait des commandants d’artillerie, du génie et des administrations. Dans tous les cas, il est nécessaire de désigner un général de brigade de cavalerie pour commander la brigade de cavalerie de la division Daendels, qui prendrait un dernier numéro.

 

Saint-Cloud, 3 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, donnez ordre au général Dessolle, qui est à Berlin, de se rendre à Posen pour prendre le commandement de la grande Pologne. Il veillera le rétablissement des magasins à Posen et à la police des routes de Posen à Thorn, de Francfort-sur-l’Oder à Posen, de Glogau à Posen et de Posen à Plock. Il se servira partout des auto­rités du pays et des commandants d’armes polonais et prussiens; mais il exigera que tous lui rendent des comptes journaliers, et il pourvoira à ce que tout soit établi sur un bon pied.

 

Saint-Cloud, 3 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, écrivez au maréchal Suchet que je juge nécessaire que le général Reille se rende en Aragon pour prendre sous ses ordres le commandement de cette province si intéressante.

Mon intention est que le général Reille laisse sous les ordres du général Maurice Mathieu 6,000 hommes de ses troupes, savoir : une brigade française et une brigade italienne et au moins 300 chevaux, et qu’il se rende en Aragon avec une brigade française et une brigade italienne. Le général Reille doit laisser en outre en Catalogne ce qui appartient aux corps en garnison à Tarragone, Lérida et Barcelone. Toute la Catalogne, hormis Tortose et Mequinenza, sera sous les ordres du général Decaen, afin qu’il y ait plus d’ensemble.

Le général Reille, placé à Saragosse, pourra empêcher le mal de croître dans l’Aragon, et il pourra s’entendre avec le général Maurice Mathieu et avec le général Caffarelli pour poursuivre de concert les brigands.

Mandez au duc de Raguse que son aide de camp lui fera con­naître que je lui laisse carte blanche; que, vu la nécessité de centraliser le service, j’ai confié au roi d’Espagne le commandement des armées de Portugal, du Midi et de Valence, pour les diriger vers un seul et même but ; que l’occupation des Asturies est la plus grande économie de troupes qu’on puisse faire, sans quoi la canaille filera sur Saint-Sébastien et sur les derrières, et il faudra employer contre elle six fois plus de monde que pour occuper les Asturies.

Mandez au roi d’Espagne, en chiffre, que je lui ai confié la direc­tion politique et militaire de toutes les affaires d’Espagne ; que l’armée de Portugal, qui est composée de huit divisions d’infanterie, est char­gée de tenir une division dans les Asturies, et, dans l’état actuel des choses, a besoin de tenir deux divisions dans le Nord pour contenir la Galice et le nord du Portugal; qu’elle n’aurait donc que cinq et au plus six divisions disponibles pour se porter au secours de Badajoz ; mais que, dans ce cas, il peut disposer de la division de sa garde, de la division de dragons, ce qui, joint aux forces que réunira le duc de Dalmatie, mettra dans le cas de faire échouer l’opération des Anglais; que peut-être le duc d’Albufera pourrait menacer Alicante et occuper Murcie; que si le duc de Raguse s’est porté sur Almeida, place qui n’est pas encore à l’abri d’un coup de main, et a poussé des partis dans toutes les directions, je tiens pour improbable que lord Wellington s’expose à voir, en sept ou huit marches, les Fran­çais entrer dans Lisbonne; mais que, si, au contraire, le duc de Raguse reste dans Salamanque, n’a pas organisé la guerre sur l’Agueda et a laissé prendre au général Wellington l’initiative ou par défaut de subsistance ou par toute autre difficulté locale, il est obligé de suivre l’initiative de l’ennemi : alors il pourra réunir, le siège de Badajoz entrepris, cinq ou six divisions de l’armée de Portugal, ce qu’il y a de disponible à l’armée du Centre, et, avec l’armée du Midi, être supérieur du double à l’armée anglaise, car les Anglais n’ont pas plus de 25 à 30,000 hommes et réunis aux Portugais plus de 50,000 hommes. Il n’y a plus en Espagne aujourd’hui que l’armée anglaise : ou il faut prendre l’initiative sur elle en organisant la défense de Sala­manque , ayant une tête de pont sur l’Agueda et entretenant la guerre dans le nord du Portugal, suivre l’ennemi, ce qui serait prendre l’initiative sur lui ; ou bien, si cela n’est pas exécuté, suivre l’initia­tive de l’ennemi et se porter partout où il se porte ; alors, sans con­tredit, il faut que plusieurs divisions de l’armée de Portugal se por­tent sur le Tage, en laissant des forces suffisantes à Salamanque pour fortifier ce point important et contenir le Nord.

Du reste, il paraît que les Anglais ont 1,500 hommes dans Carthagène, autant dans Alicante, 3 ou 4,000 hommes à Cadix, 30,000 hommes en Portugal, et, de plus, 20 ou 25,000 Portugais sous les armes, disciplinés.

 

Saint-Cloud, 3 avril 1812.

À François Ier, empereur d’Autriche, à Vienne

Monsieur mon Frère et cher Beau-Père, la lettre de Votre Majesté Impériale, qui m’a été remise par le prince de Schwarzenberg, con­tient les assurances d’une amitié qui me sera toujours précieuse, et que j’ose dire méritée par celle que je porte moi-même à Votre Majesté. Multiplier et rendre plus étroits les liens qui m’attachent à elle était un de mes plus vifs et plus constants désirs ; et c’est avec un vrai contentement que j’ai vu les rapports qui étaient entre nous en produire d’analogues entre nos peuples, et établir entre eux une union que le temps, loin de pouvoir l’affaiblir, ne fera qu’accroître. En tout ce qui pourra la cimenter, Votre Majesté me trouvera tou­jours prêt à concourir avec elle, comme à lui donner en toute occa­sion des preuves du sincère attachement et de la haute considération avec lesquels je suis, Monsieur mon Frère et cher Beau-Père, de Votre Majesté, le bon Frère et Gendre.

 

Saint-Cloud, 4 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, l’adjudant-commandant Bourmont ne doit pas être employé au grand quartier général ; vous pouvez le placer auprès du duc d’Abrantès, qui est celui qui l’a mis au service.

Extrait de l’ouvrage intitulé Napoléon et la Grande Armée, par le général Gourgaud.

 

Saint-Cloud, 4 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, faites partir demain 5, dans la nuit, tout ce qui existe de grenadiers et chasseurs à cheval à Paris et à Versailles, ainsi que les dragons et chevau-légers des 1er et 2e régiments en état de partir.

Vous laisserez seulement 50 chasseurs, les mieux montés, qui pour­ront faire quelques doubles journées et rejoindre leur détachement en ne partant que le 8. Lorsque le détachement d’Espagne sera arrivé, le 12, vous ferez partir tout ce qui restera disponible du 2e de lanciers à pied et à cheval. Enfin le 15, au plus tard, tout le reste du détachement d’Espagne partira.

Donnez l’ordre au colonel Henry de renvoyer tout ce qui lui serait inutile.

 

Saint-Cloud, 6 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, je vous renvoie les lettres de votre frère. Répondez-lui que le cacao, le sucre et le café ne sont pas des marchandises anglaises, et ne doivent pas être brûlés. Ce qui doit être brûlé, ce sont les objets de manufacture et de fabrique anglaise, et non les denrées. Mais, comme il n’y a pas de douanes en Corse, il n’y a pas d’inconvénient que le sucre et le café y entrent, sans cependant le permettre, mais en fermant les yeux.

 

Saint-Cloud, 8 avril 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, mon livret de la situation de l’artillerie est du 1er février; je désirerais l’avoir à l’époque du 1er avril, avec le nombre de conscrits que doit recevoir chaque bataillon, et ce qu’il a reçu, la destination donnée à chaque bataillon pour la Grande Armée, et ce qu’il y avait de parti au 1er avril.

 

Saint-Cloud, 8avril 1812.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je réponds à votre rapport du 4 avril. Je vois que sur 1,400 chariots de nouveau modèle, commandés, savoir, 360 à Anvers, 80 à Metz, 40 à Strasbourg, 40 à Auxonne, 20 à Delft, 20 à Douai, 40 à Mayence, 120 à Turin , 40 à Paris, 316 au parc de Sampigny, 40 au parc de Plaisance, 88 à Paris, 196 dans les 10e et 11e divisions militaires, 680 ont été fournis, 150 sont existants à Mayence, 100 à Vérone, et qu’il en reste 470 à fournir.

Je désire que vous fassiez faire un nouveau modèle de caisson, beaucoup plus léger que les caissons ordinaires et destiné à ne porter que 20 quintaux. Il faudrait cependant ne pas changer les dimensions de largeur et de longueur; les changements ne doivent consister, autant que possible, que dans l’allégement des pièces. Alors le parc de Sampigny, qui a encore 140 voitures à faire, et les arsenaux de marine et de terre cesseraient de faire des voilures de l’ancien modèle pour en faire du nouveau. Il y aura donc trois espèces de voitures : l’ancien modèle, qui est le plus lourd; le modèle corrigé, qui a été allégé de 4 à 5 quintaux, et enfin le nouveau modèle, qui sera allégé davantage. Désormais, pour s’entendre, il faudra appeler le modèle le plus lourd le premier modèle, le modèle allégé le deuxième modèle, et le modèle nouveau le troisième modèle.

J’ai ordonné que tout ce qu’il y aurait en Italie, soit à Turin, soit à Plaisance, fût envoyé à Vérone, où ces voitures serviront à charger tous les effets d’habillement que l’armée d’Italie doit faire partir dans le courant de mai. Les 150 chariots qui seront disponibles à Mayence serviront au même objet.

Je vois que les 2e, 9e, 10e et 12e bataillons sont complets ; je vois que le 6e bataillon n’a que 60 chariots pour ses trois premières compagnies et qu’il en manque 60 : prenez les 60 qui manquent à ces compagnies sur les 400 de l’ancien modèle existant à Sampigny; prenez de même sur ce nombre les 200 qui manquent au 7e batail­lon ; cela emploiera donc 260 voitures sur les 400 qui existent à Sampigny. L’expérience seule pourra prouver ce qu’il convient de faire en cette matière. On m’écrit d’Italie qu’on est beaucoup plus satisfait des caissons corrigés, que j’appelle le modèle n° 2 ; on sera donc plus satisfait encore du modèle n° 3, et ils offrent l’avantage de pouvoir mieux porter les caisses et toute espèce d’encombrements.

J’aurai 880 caissons et 680 chariots, total, 1,560 voitures, et par conséquent je serai complet. J’aurai de plus 100 voitures, des modèles n° 1 et 2, qui seront à Vérone et dirigées sur Glogau dans le courant de mai avec les ballots de l’armée d’Italie; 60 caissons du modèle n° 3, qui de Turin seront dirigés sur Vérone pour les con­vois du mois de juillet ; en6n j’aurai à Mayence 150 chariots des n° 1 et 2, qui serviront à porter des ballots d’habillement en avril et mai, et 410 voitures du modèle n° 3, provenant des arsenaux de la marine; ce qui fera 560 voitures pour les convois d’habillement. Mais il vous restera encore à Sampigny 4 ou 500 anciens caissons faits, ou dont on a préparé les pièces et qui peuvent être promptement faits. Vous les dirigerez également sur Mayence, où seront ainsi réunies plus de 1,000 voitures qui assureront le service de tous les convois d’habil­lement pour avril, mai, juin et juillet. D’ici à ce temps, mes idées seront plus claires et j’ordonnerai de nouvelles constructions, puis­qu’il parait qu’il faut de nombreuses voitures pour le service des effets d’habillement de l’armée. Il me semble qu’il y aurait de l’avan­tage, au lieu d’envoyer les ballots sur des voitures qu’on décharge à chaque instant, à les placer sur des voitures qui m’appartiennent, soit caissons, soit voitures des modèles n° 2 et 3, et à ne plus traiter pour les attelages que jusqu’à Magdeburg. De Magdeburg ce serait l’intendant général de l’armée qui serait chargé de les faire arriver sur la Vistule. Par ce moyen, j’aurai une grande quantité de voi­tures de toute espèce, je ne serai pas obligé de brusquer des con­structions de voitures, qui ordinairement sont mal faites aux armées, et, en supposant que ces voitures n’aillent que jusqu’à Magdeburg et Küstrin, j’aurai toujours sur mes derrières toutes les voitures néces­saires pour réparer les pertes très-considérables que l’on fera dans cette partie, et rétablir ce service au complet pour la campagne sui­vante. En résumé, il ne faut faire monter que les caissons dont on a les pièces.

Depuis longtemps vous avez dû ordonner qu’on ne fasse plus de chariots n° 1 ; la plus grande partie de ce qui a été fait doit être du modèle n° 2, dont j’ai reçu un meilleur témoignage. Écrivez, pour ce qu’on vous doit, qu’on arrête la fabrication, et substituez au modèle n° 2 le modèle n° 3, beaucoup plus léger et d’une force suffisante pour porter 2 milliers. Envoyez-en le dessin à l’artillerie, à la marine et en Italie, afin que ce qui reste à construire le soit sur ce nouveau modèle.

Faites-moi connaître ce qui empêche que les bataillons à la com­toise et à bœufs ne soient prêts; sont-ce les hommes, les harnais, les voitures ou les bêtes ? Ce qu’il nous faut d’abord, ce sont les hommes, ensuite les harnais, ensuite les bêtes. En conduisant celles-ci haut le pied, je trouverai partout des voitures ; je trouverai même des chevaux ; mais ce sont des conducteurs français, bien organisés, qui m’assureront un bon service.

Je voudrais donc que tous ces équipages à la comtoise et à bœufs pussent partir dans le courant d’avril ; sans quoi ils me seront inu­tiles ; et je préférerais alors faire partir les hommes bien habillés et bien équipés avec les harnais et ce qu’il y aurait aux dépôts. Avant qu’ils soient arrivés à Danzig, je me serai procuré les charrettes et les bêtes nécessaires pour les compléter.

 

Saint-Cloud, 8 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, écrivez au duc d’Abrantès de répartir la cavalerie de la division Kellermann, ainsi que la 6e division de la réserve, dans les différents points de la Silésie, entre Glogau et Breslau, sans dépasser cependant la limite qui a été fixée par la convention avec la Prusse. Comme il est probable que ces divisions doivent en cas d’évé­nement se porter sur Posen, il serait utile, si le pays le permet et s’il y a suffisamment de fourrages, que, sans occuper la route, les cantonnements fussent placés de manière que par une marche de flanc ces troupes pussent se porter rapidement sur Posen ; que j’ap­prouve le parti de faire marcher son parc lentement ; qu’il faut lui faire faire de petites journées et donner des séjours; que, si les Russes ne font pas de nouveaux mouvements, mon intention est de laisser l’armée d’Italie se reposer à Glogau et dans la Silésie, où le pays est abondant, et qu’ainsi elle pourra se remettre; que mon intention est que son quartier général reste à Glogau, ainsi que toutes ses administrations, et qu’il place son corps dans de bons cantonne­ments , mais de manière que la première division puisse promptement déboucher sur Posen ; que les limites qui doivent séparer ses cantonnements de ceux du duc d’Elchingen sont celles qui séparent la Silésie de la province de Francfort, c’est-à-dire du Neumarck. Écrivez à cet égard au duc d’Elchingen.

 

Saint-Cloud, 8 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, le treizième convoi de fonds pour l’armée d’Espagne sera composé de 3 millions, savoir : 600,000 francs pour l’armée du Nord, 1,600,000 francs pour l’armée de Portugal, 500,000 francs pour le Roi et 300,000 francs pour l’armée du Centre; total, 3 mil­lions, dont moitié en traites et moitié en argent.

Un quatorzième convoi sera composé de 2,400,000 francs, savoir : 500,000 francs pour le Roi, 200,000 francs pour l’armée du Centre, 500,000 francs pour l’armée du Nord, et 1,200,000 francs pour l’armée de Portugal; total, 2,400,000 francs, dont moitié en traites et moitié en argent. Ce convoi partira huit jours après le treizième convoi.

Proposez-moi la composition d’un quinzième convoi, et remettez-moi en même temps la composition des convois expédiés depuis 1812.

 

Saint-Cloud. 8 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, il faut que vous ne donniez pas les développements nécessaires aux ordres que vous donnez, puisque le duc d’Abrantès a si mal compris celui que vous lui avez envoyé, relatif à la marche du 4e corps. Je n’avais pas dit de presser la tête, mais de presser la queue. C’est donc à tort qu’il a avancé la marche de la tête. J’aurais préféré que la tête n’arrivât que le 10 à Glogau, au lieu d’y arriver le 7, parce que cela fera encombrement. Faites faire cette remarque à ce général.

Je suppose que vous avez notifié au gouverneur de Glogau la limite de la haute Silésie que mes troupes ne doivent pas passer. Les relations extérieures ont dû vous en donner connaissance. Faites-la connaître au duc d’Abrantès, afin que dans la répartition de ses cantonnements il ne dépasse pas cette limite.

 

Saint-Cloud, 9avril 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre au général de division Lagrange, inspecteur général de gendarmerie, de partir le 15 pour aller prendre le commandement de la 2e division de réserve de la Grande Armée, composée des quatre demi-brigades de marche qui se réunissent à Cologne. Ce général correspondra avec les majors en second que vous devez sans délai désigner pour commander ces quatre demi-brigades. Il se rendra d’abord dans la 16e division mili­taire, où sont la plus grande partie des dépôts de la Grande Armée, pour les inspecter et faire accélérer les départs.

Je suppose que vous avez donné des ordres pour que les compa­gnies des 5e bataillons qui doivent faire partie de la 2e division de réserve se rendent à Cologne. Ceux qui sont sur le Rhin iront par eau. Ces demi-brigades pourront être réunies à Cologne, à Bonn, à Aix-la-Chapelle, et même à Düsseldorf.

Je désirerais que dans les quinze premiers jours de mai cette divi­sion pût passer le Rhin et se rendre à Magdeburg. Recommandez bien qu’aucun homme ne parte que bien armé, bien habillé et bien équipé et en bon état. Il vaut mieux tarder quelques jours de plus, si cela est nécessaire. Chaque compagnie doit être forte de 150 hom­mes, le cadre non compris. Aucun homme ne doit partir s’il n’est depuis au moins quinze jours au corps et s’il n’est habillé depuis huit jours. Occupez-vous de l’organisation de ces demi-brigades; il est nécessaire qu’elles aient de bons majors en second.

Assurez-vous que les cadres des 5e bataillons qui doivent former les seize demi-brigades provisoires sont complets. S’il y avait des places vacantes il faudrait y nommer sur-le-champ.

 

Saint-Cloud, 9avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, mandez au prince d’Eckmühl que, sans les redoutes qui sont en avant de Pillau, cette place ne pourrait se défendre que peu de temps, puisqu’il n’y a point de magasins à l’abri de la bombe, et que tout y serait donc culbuté par les obus; qu’il faut consulter le général Yorck pour connaître ce qu’il faudrait d’hommes pour garder ces redoutes ; que cette occupation aurait d’autant moins d’inconvénient que ces troupes auraient leur retraite sur la forteresse, et de là sur Danzig, surtout après l’ordre que j’ai donné d’occuper l’extrémité du Nehrung, vis-à-vis Pillau.

 

Saint-Cloud, 10 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, le 2e corps aura son premier dépôt à Küstrin. En conséquence, tous les hommes éclopés, malingres ou ayant besoin de repos, qui appartiendraient aux 6e, 8e et 9e divisions et aux bri­gades de cavalerie légère attachées au 2e corps, seront dirigés sur Küstrin. Le duc de Reggio désignera un officier pour commander ce dépôt. Tous les bataillons de marche destinés pour le 2e corps, aussitôt qu’ils recevront l’ordre de partir de Magdeburg, se dirigeront sur Küstrin. Le dépôt du 3e corps sera également placé à Küstrin. Le duc d’Elchingen formera son dépôt de tous les hommes éclopés, etc. et les fera diriger sur Küstrin. Le dépôt du 4e corps sera placé à Glogau. Le duc d’Abrantès y formera son dépôt de tous les hommes éclopés et sortant des hôpitaux et les dirigera sur Glogau, de même que les bataillons de marche destinés au 4e corps. Il sera nécessaire que les commissaires des guerres et les commandants d’armes placés sur la route soient instruits de cette décision, afin qu’ils dirigent les hommes sortant des hôpitaux et les bataillons de marche sur leurs dépôts respectifs.

L’armée aura des seconds dépôts sur la Vistule, savoir, le 1er corps à Danzig, le 2e corps à Marienburg, le 3e corps et le 4e à Thorn. Mais vous ne ferez d’abord connaître que ce qui est relatif au 1er corps; pour les autres corps, vous attendrez qu’ils aient démasqué leur mouvement et qu’ils aient reçu l’ordre de se rendre sur la Vistule. Il y aura deux dépôts de cavalerie sur l’Oder, savoir, à Berlin et à Glogau. Le général Guiton commandera le dépôt de Berlin. Il y aura deux dépôts sur la Vistule, savoir, un à Marienburg et l’autre à Varsovie. Présentez-moi des commandants pour les trois derniers dépôts.

Les Bavarois auront un dépôt à Glogau, et tout ce qui sera dirigé sur ce corps passera à Glogau. Les Saxons n’auront point de dépôt sur l’Oder, non plus que les Westphaliens. Le dépôt des Wurtembergeois sera à Küstrin. Sur la Vistule, le dépôt des Polonais et les dépôts des Saxons et des Westphaliens seront à Modlin. Le dépôt des Wurtembergeois sera placé dans le même lieu que celui du 3e corps. Le dépôt des Bavarois sera placé au même endroit que le dépôt du 4e corps.

 

Saint-Cloud. 10 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, écrivez au duc de Danzig, qui est à Mayence, que, conformément au désir qu’il m’a témoigné, je lui ai donné le commandement de la division de ma vieille Garde; qu’il est donc néces­saire qu’il fasse partir sans délai ses chevaux et ses bagages pour Dresde; qu’il prenne ses aides de camp, et qu’il puisse être rendu à Dresde en même temps qu’y sera la Garde, c’est-à-dire du 20 au 25 avril.

 

Saint-Cloud, 10 avril 1812.

À Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Kalisz

Mon Frère, je reçois votre lettre par laquelle vous me faites con­naître que vous partez et que vous serez rendu à Kalisz le 12. Si, lors de votre arrivée, il n’y a rien de nouveau, si, après avoir bien établi votre contingent et avoir pourvu à tout ce qui est relatif à l’approvisionnement, rien ne porte à penser que les Russes attaquent, vous pourriez vous rendre, très-incognito et comme pour faire une reconnaissance militaire, à Cracovie et Sandomir. Les connaissances locales que l’on prend soi-même sont toujours bien précieuses. Vous pourrez même visiter les mines de Wieliczka. Si vous faites cette course, qui n’a d’autre but que votre instruction, tâchez de bien gar­der l’incognito, et qu’on ne sache que c’est vous qu’après que vous serez parti. Vous visiterez la citadelle de Cracovie, et vous reconnaî­trez les différentes situations de la rivière. Vous pourriez d’ailleurs avoir un officier à Varsovie qui pût venir vous prévenir promptement à Cracovie s’il y avait quelque chose de nouveau, en même temps qu’il enverrait l’ordre à votre contingent de se mettre en marche. D’ailleurs, je suppose que cette course sera courte. Ma Garde est entièrement partie. Je ne pense pas que les Russes fassent aucun mouvement. Les dernières nouvelles de Pétersbourg, du 29 mars, portaient qu’ils se mettaient en mouvement, mais qu’ils protestaient toujours qu’ils ne voulaient pas attaquer.

 

Saint-Cloud, 12 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Monsieur le Duc de Feltre, la garnison des Iles Saint-Marcouf a l’habitude de se loger hors de la tour, les uns dans un blockhaus, les autres dans des baraques. Mon intention est que vous donniez les ordres les plus précis pour qu’à dater du 1er mai le commandant, les officiers, soldats, employés, magasins, artillerie, génie, tout soit renfermé dans la tour, laquelle sera fermée à la nuit et ne s’ou­vrira qu’après le soleil levé et avec les précautions d’usage, de ma­nière qu’elle soit à l’abri d’une surprise. La tour peut être armée de quarante pièces de canon; il n’y en a que vingt-deux. Il y a cependant dans les îles Saint-Marcouf quarante-cinq bouches à feu. Ne serait-il pas convenable d’en renfermer le plus possible dans la tour ? Toutes les poudres doivent être dans les casemates de la tour. Faites-moi connaître s’il ne serait pas convenable de réduire la défense de l’île à la défense de la tour. Cette tour ne peut pas être attaquée régulière­ment ; elle ne peut être que surprise. On pourrait raser les bâtiments et les ouvrages qui sont dans l’ile du Large et en employer les déblais à former un glacis qui envelopperait la tour. Ce glacis en serait séparé par un large fossé. On se procurerait dans ce fossé des flanquements au moyen de doubles caponnières crénelées et voûtées. La contres­carpe serait faite en pierres sèches. Vers l’est on pourrait établir un chemin couvert. Qu’est-ce qu’il convient de faire de l’ile de Terre ? Une simple petite batterie ne serait-elle pas suffisante, et ne convien­drait-il pas de détruire tout le reste ? Faites-moi un rapport là-dessus. Au 1er mai faites établir le sémaphore dans la tour; on l’a sans raison placé dans l’île du Large.

 

Saint-Cloud, 12 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, vous devez avoir eu communication du traité avec la Prusse. Il n’y est pas question de Spandau ni de Pillau, ayant déclaré que je ne pouvais pas m’empêcher d’occuper ces deux positions.

Quant à Graudenz et à Kolberg, n’ayant pas besoin de ces places, j’ai cependant stipulé qu’on m’enverrait les états de situation, et que l’y mettrais des officiers d’artillerie et du génie pour y faire confectionner des munitions, et être bien informé de tout ce qui se passe dans la place.

En conséquence, donnez ordre au commandant de l’artillerie de mettre à Spandau une compagnie d’artillerie, et au duc de Reggio de mettre un bataillon d’infanterie, non dans la citadelle, mais dans la ville, comme je l’ai ordonné. Écrivez en même temps à mon aide de camp Narbonne. Je désire que le roi n’ait à Spandau qu’un comman­dant et une cinquantaine d’invalides. Il est important que je sois maître de Spandau, qui est la citadelle de Berlin et qui intercepte les communications avec cette ville.

Quant à Pillau, il est nécessaire qu’il y ait une garnison prus­sienne. Faites connaître l’esprit du traité au prince d’Eckmühl. Mon intention est de mettre une garnison française à Pillau, lorsque mes troupes auront passé Königsberg, en laissant dans cette place un commandant prussien et quelques invalides, et le drapeau prussien. Pillau est la citadelle de Königsberg, comme Spandau est la citadelle de Berlin. Vous chargerez le prince d’Eckmühl d’y tenir un officier d’artillerie et un enseigne de vaisseau, intelligents, qui rendront compte tous les jours.

Mandez au prince d’Eckmühl que je ne sais ce qu’il entend par la ligne de démarcation proposée par le général Tauenzien. Il doit y avoir à Kolberg 4,000 Prussiens en garnison; mais je dois recevoir les états de situation de cette place, et y avoir des officiers d’artillerie et du génie qui m’instruisent de ce qui se passe. Donnez donc l’ordre à trois officiers de marine intelligents, du grade d’enseigne de vais­seau, de se rendre à Kolberg. Mettez-y un officier d’état-major du grade de capitaine et un officier d’artillerie du grade de lieutenant. Ces cinq officiers s’établiront à Kolberg. Ils rendront des comptes journaliers, sur les mouvements de la place et sur tout ce qui inté­resse mon service, aux gouverneurs de Danzig et de Stettin.

Donnez ordre au prince d’Eckmühl d’envoyer à Graudenz un offi­cier d’artillerie pour l’informer de ce qui se passe. Écrivez au commandant prussien de Graudenz qu’ayant confié au prince d’Eckmühl le commandement de la ligne de la Vistule, depuis Thorn jusqu’à Danzig, il est nécessaire qu’il lui envoie les états de situation de sa place. Vous enverrez vos lettres pour le duc de Reggio et pour les commandants de Kolberg et de Graudenz à mon aide de camp Narbonne, qui s’en expliquera avec le comte Saint-Marsan et M. de Hardenberg. Je veux avoir à Spandau une compagnie d’artillerie française, un officier français du grade de capitaine, qui ne prendra pas le titre de commandant de la forteresse, mais qui sera intelligent, alerte, qui observera tout et pourvoira à ce que les magasins qui sont dans la ville puissent servir pour mon administration. Il y aura du reste un commandant prussien, une garnison prussienne, qui n’ira pas au-dessus de plus de 80 invalides, et le drapeau prussien flottera sur la place comme appartenant à la Prusse. Il y aura dans la ville un bataillon d’infanterie et une batterie d’artillerie de cam­pagne, de sorte que je puisse me considérer comme entièrement maître de la place, mon intention étant, lorsque la guerre sera déclarée, de mettre garnison dans la forteresse de Spandau, de l’ap­provisionner et de l’armer ; mais il est inutile d’en rien dire. Bornez-vous pour le moment à écrire que j’ai besoin d’être informé de tout ce qui se passe à Kolberg et Pillau, ces places étant près de la mer ; que c’est ce qui a nécessité l’envoi de trois officiers de marine à Kol­berg, et d’officiers d’artillerie et du génie; que je désire qu’on lui facilite les communications. Il faut envoyer dans les places des offi­ciers sages, bien élevés, ayant un bon langage et qui n’aillent point faire de fanfaronnades; il faut qu’ils soient polis et se contentent d’observer et de rendre compte. Vous écrirez aux gouverneurs prus­siens de Graudenz, de Pillau, à peu près dans ces termes, que, l’intention du roi étant que ces places soient sous les ordres de l’état-major de l’armée française, et que les états de situation de la garni­son et des magasins lui soient envoyés, et l’Empereur ayant confié le commandement de la Vistule au prince d’Eckmühl, c’est à lui que ces gouverneurs doivent s’adresser. Vous écrirez à celui de Kolberg qu’il vous les adresse directement. Écrivez au comte Narbonne pour qu’il débrouille ce qui est relatif à la dislocation des troupes prus­siennes, qui doivent être composées de 40,000 hommes, savoir, de 20,000 hommes formant le contingent actif, de 3,000 hommes en garnison à Graudenz, de 4,000 hommes en garnison à Kolberg, de 1,800 hommes à Potsdam, de 10,000 hommes en Silésie. Je désire connaître où se trouvent aujourd’hui ces troupes et leur situation. En général, il est nécessaire que vous envoyiez une copie du traité au comte Narbonne, que je considère comme faisant fonction de mon commissaire pour l’exécution de ce traité.

 

Saint-Cloud, 12 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, je vois par la lettre du colonel prussien Hake, en date du 2 avril, qu’il y aura réunis à Königsberg dix bataillons d’infanterie, quatorze escadrons de cavalerie et une soixantaine de pièces de canon ; et à Breslau huit bataillons d’infanterie et dix escadrons de cavalerie. Si j’avais prévu que les équipages de ces bataillons fussent à Königsberg, je les aurais fait diriger sur Königsberg.

Mon intention est que la division de Breslau ait un général de division pour la commander, et que, si les Russes venaient à com­mencer les hostilités, elle puisse se mettre en marche pour se rendre sur la Vistule. Si, au contraire, les Russes ne bougent point, cette division aura le temps de se former à Breslau. Indépendamment des quatre pièces de 12, je désirerais qu’on pût donner à cette division à Breslau une batterie d’artillerie à cheval et deux batteries d’artil­lerie à pied, lesquelles rentreraient en Silésie lorsque la jonction de cette division aurait eu lieu avec celle de Königsberg. Mais il est probable que cette réunion ne se fera qu’après quelque événement militaire. Il serait donc convenable que cette division eût de l’artil­lerie pour sa défense. Les dix escadrons de cavalerie seront sans doute sous les ordres d’un général. Demandez l’état de situation de cette division, sa force en hommes et en chevaux, et les noms des colonels et officiers.

Voyez aussi M. de Krusemark, et montrez-lui la lettre du colonel Hake, pour qu’il écrive de son côté et donne des éclaircissements.

 

Saint-Cloud, 14 avril 1812.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, organisez l’Italie comme vous avez fait pour votre absence pendant la dernière campagne, soit en chargeant Melzi de présider les ministres, soit en prenant toute autre mesure qui vous paraîtra plus utile. Assurez le service pour mai et juin, et ensuite rendez-vous à Paris le plus tôt possible. Vous y resterez trois ou quatre jours, pendant lesquels, après vous avoir entendu, je pren­drai des dispositions définitives pour l’Italie; et de là vous vous rendrez en toute diligence à Glogau pour rejoindre votre corps d’armée.

 

Saint-Cloud, 15 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, mandez au prince d’Eckmühl que je suppose qu’il a fait réunir les bataillons hessois et badois qui étaient à Danzig avec la 7e division et qui font partie de son corps d’armée; qu’il a fait réunir à la 7e division les 4e bataillons des 5e, 10e et 11e régi­ments polonais, et qu’il aura formé de cette division trois brigades au moins.

Mandez au prince d’Eckmühl de ne pas laisser longtemps ses divi­sions à Danzig pour ne pas épuiser cette ville. Mandez-lui de les faire venir du côté d’Elbing. Avec les Prussiens, le prince d’Eckmühl se trouve avoir ainsi sept divisions d’infanterie. Faites-lui connaître que je vais incessamment donner ordre au duc de Reggio de se porter sur Marienwerder; au duc d’Elchingen de se porter à Thorn ; que, s’il n’y a rien de nouveau, il donne ordre au général Saint-Cyr de se porter sur Plock avec le corps bavarois, en opérant son mouvement du 20 au 26. Arrivé à Plock, le général Saint-Cyr cantonnera ses troupes à un ou deux jours de cette ville; il fera établir un pont sur la Vistule à Plock, et y fera réunir des magasins.

 

Paris, 17 avril 1811

A Lord Castlereagh, secrétaire d’état pour les affaires étrangères, à Londres (Cette lettre a été dictée par l’Empereur au duc de Bassano.)

Monsieur, S. M. l’Empereur et Roi, toujours animée des mêmes sentiments de modération et de paix, a voulu faire de nouveau une démarche authentique et solennelle pour mettre un terme aux mal­heurs de la guerre. La grandeur et la force des circonstances dans lesquelles le monde se trouve aujourd’hui placé déterminent Sa Ma­jesté; elle m’autorise, Monsieur, à vous entretenir de ses dispositions et de ses vues.

Beaucoup de changements ont eu lieu en Europe depuis dix ans, ils ont été la suite nécessaire de la guerre qui s’était allumée entre la France et l’Angleterre ; beaucoup de changements arriveront encore, et ils résulteront de la même cause. Le caractère particulier que la guerre a pris peut ajouter à l’étendue et à la durée de ces résultats. Des principes exclusifs et arbitraires ne peuvent se combattre que par une opposition sans mesure et sans terme, et le système de la pré­servation et de la résistance doit avoir le même caractère d’universa­lité, de persévérance et de vigueur.

La paix d’Amiens, si elle avait été maintenue, aurait prévenu bien des bouleversements. Je renouvelle le vœu que l’expérience du passé ne soit pas perdue pour l’avenir.

Sa Majesté s’est souvent arrêtée devant la perspective des triom­phes les plus certains, et en a détourné ses regards pour invoquer la paix. En 1805, tout assurée qu’elle était des avantages de sa posi­tion , et quelque confiance qu’elle dût à des présages que la fortune devait sitôt réaliser, elle fit au gouvernement de S. M. Britannique des propositions, qui furent éludées sur le motif que la Russie devait être consultée. En 1808, de nouvelles propositions furent faites, de concert avec la Russie : l’Angleterre allégua la nécessité d’une intervention qui ne pouvait être que le résultat de la négociation elle-même.

En 1810, Sa Majesté, ne pouvant se dissimuler plus longtemps que les arrêts du Conseil britannique de 1807 rendaient la conduite de la guerre incompatible avec l’indépendance de la Hollande, auto­risa des ouvertures indirectes qui tendaient également à la paix : elles n’eurent aucun effet, et de nouvelles provinces durent être réunies à l’Empire.

Le moment présent rassemble à la fois toutes les circonstances des diverses époques où Sa Majesté montra les sentiments pacifiques qu’elle m’ordonne de manifester encore aujourd’hui.

Les calamités qui désolent la Péninsule et les vastes contrées de l’Amérique espagnole doivent exciter l’intérêt de toutes les nations et les animer d’une égale sollicitude pour les voir cesser.

Je m’exprimerai, Monsieur, d’une manière que Votre Excellence trouvera conforme à la franchise de la démarche que je suis chargé de faire, et rien n’en montrera mieux la grandeur et la loyauté que les termes précis du langage qu’il m’est permis de tenir. Dans quelles vues et pour quels motifs m’envelopperais-je de formes qui ne con­viennent qu’à la faiblesse, qui seule a intérêt de tromper ?

Les affaires de la Péninsule et des Deux-Siciles sont les différends qui paraissent les plus difficiles à concilier ; je suis autorisé à vous proposer d’en établir l’arrangement sur les bases suivantes :

L’intégrité de l’Espagne serait garantie ; la France renoncerait à toute extension de ses limites du côté des Pyrénées; la dynastie actuelle serait déclarée indépendante, et l’Espagne régie par une constitution nationale des Cortès.

L’indépendance et l’intégrité du Portugal seraient également garan­ties, et la Maison de Bragance régnerait.

Le royaume de Naples resterait au roi de Naples. Le royaume de Sicile serait garanti à la Maison actuelle de Sicile.

Par suite de ces stipulations, l’Espagne, le Portugal et la Sicile seraient évacués par les troupes françaises et anglaises de terre et de mer.

Quant aux autres objets de discussion, ils peuvent être négociés sur cette base, que chaque puissance gardera ce que l’autre ne peut pas lui ôter par la guerre.

Telles sont, Monsieur, les bases de conciliation et de rapproche­ment offertes à S. A. R. le Prince Régent.

S. M. l’Empereur et Roi ne calcule, dans cette démarche, ni les avantages ni les pertes que la guerre, si elle est longtemps prolon­gée, peut présager à son Empire. Elle se détermine par la seule considération des intérêts de l’humanité et du repos des peuples; et, si cette quatrième tentative doit être sans succès, comme celles qui l’ont précédée, la France aura du moins la consolation de penser que le sang qui pourrait couler encore retombera tout entier sur l’Angleterre.

Le ministre des relations extérieures,

Duc de Bassano

 

Saint-Cloud, 18 avril 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez l’ordre au général Roguet de partir pour diriger le mouvement de la 2e division de la Garde, com­posée de la brigade de fusiliers, de la brigade formée du 1er régi­ment de voltigeurs et du 1er régiment de tirailleurs, et du régiment de flanqueurs; ce qui fera dix bataillons. La brigade de fusiliers est partie aujourd’hui; le régiment de flanqueurs part demain.

Donnez ordre que la brigade composée du 1er régiment de tirail­leurs et du 1er de voltigeurs, sous les ordres du général de brigade, parte lundi pour se rendre à Mayence. Le régiment de voltigeurs gagnera une marche. Vous donnerez ordre que chaque bataillon de chaque régiment laisse un piquet de la valeur du cadre d’une compa­gnie; ce qui fera quatre cadres, lesquels recevront chacun 300 conscrits, ou 1,200 hommes en tout. Ces 1,200 hommes, bien habillés, bien armés et bien équipés, partiront lorsqu’ils seront en bon état, mais au plus tard à la fin du mois.

 

Saint-Cloud, 18 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, il faut peu de pièces pour armer les têtes de pont de Marienwerder et de Marienburg, puisque les pièces de campagne aideraient à leur défense. Il faut d’ailleurs prendre les pièces qui seraient le moins utiles à Danzig.

Écrivez au prince d’Eckmühl que j’ai 500,000 quintaux de farine ou de blé à Danzig; que je puis en garder 300,000 dans la ville pour servir à l’armée, en cas d’échec ou de retraite; que 100,000 quintaux suivront l’armée; que je désire qu’il épargne autant que possible les magasins de Danzig, ceux-là étant sous nos mains, nous les trouverons toujours; qu’arrivé à Elbing il y fasse des magasins et s’y procure une grande quantité de farine, ainsi qu’à Marienwerder et à Marienburg; que je désire avoir à Thorn 100,000 quintaux de farine et de blé; que je vois avec plaisir que 40,000 quintaux se trouvent expédies de Küstrin, que j’ai demandé à la Prusse de les envoyer à Thorn; que le corps du duc d’Elchingen, qui doit se rendre à Thorn, se nourrisse le plus possible des blés qu’il trouvera aux environs, car je désire avoir à Thorn 30,000 quintaux de farine destinés à suivre l’armée, et 100,000 quintaux en magasin pour servir en cas d’échec ; qu’après Danzig et Thorn le troisième maga­sin est Marienburg, que je considère comme une place forte ou du moins comme étant à l’abri d’un coup de main.

 

Saint-Cloud, 18 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, mandez au prince d’Eckmühl que, moyennant les quatre bataillons et les quatre escadrons qui, de Berlin et de Franc­fort, se rendent à Königsberg, le général Grawert aura une belle division et beaucoup de cavalerie; que l’artillerie arrivée de Memel doit armer la redoute de Pillau, laquelle correspondra parfaitement avec celle que je fais construire à l’extrémité du Nehrung, vis-à-vis Pillau ; que mon intention est que le prince d’Eckmühl ne passe point la Vistule, ou du moins que ses reconnaissances ne passent pas d’une journée la droite de la Vistule, et qu’il se serve des Prussiens pour éclairer le pays ; que, si les Russes s’emparent de Memel et de la rive droite du Niémen sans passer la rivière, il envoie un parlemen­taire pour demander si cela est une déclaration de guerre, et que, dans le cas où le général russe répondrait que non, mais que c’est une simple disposition militaire, il convienne avec lui qu’on se con­sidérera de part et d’autre comme en paix, à condition qu’on ne passera pas le Niémen; que si, au contraire, les Russes commen­çaient les hostilités et marchaient en force sur Varsovie, il ne fasse que les mouvements nécessaires pour empêcher Varsovie d’être prise; qu’il a l’autorisation, dans ce cas, de mander aux ducs d’Elchingen et de Reggio et au général Saint-Cyr de diriger leurs corps sur Marienwerder et sur Thorn ; mais que je suis fondé à penser que les Russes ne feront aucun mouvement, si ce n’est peut-être pour s’em­parer de Memel, ce qui, militairement parlant, est une opération légitime; je dis militairement parlant, car, sous le point de vue poli­tique, c’est une agression : aussi mon ambassadeur a-t-il l’ordre de quitter Pétersbourg si le cas arrivait; mais le prince d’Eckmühl, qui n’a rien à voir à la politique, peut se considérer comme en paix avec les Russes s’ils ne passent pas le Niémen sans l’avoir déclaré plusieurs jours d’avance, tout comme le prince d’Eckmühl peut prendre des arrangements analogues; qu’au 1er mai toutes mes troupes seront en mouvement, et qu’au 15 mai toute mon armée sera sur la Vistule; et que, comme il est possible qu’à cette époque je me trouve de ma personne à Posen, je donnerai les ordres que nécessiteront les cir­constances. En tout état de choses, je désire que le prince d’Eckmühl ne compromette rien ; qu’il se considère comme maître de Königsberg, puisqu’il y a des Prussiens, comme maître des points qui sont vis-à-vis de Grodno, puisqu’il y a de la cavalerie polonaise; qu’il laisse arriver tranquillement le beau temps, la saison des fourrages, et centralise mes troupes; qu’il ne doit faire des efforts que pour garan­tir Varsovie ; que toutes les mesures qu’il propose par sa lettre du 6 avril ne tendraient qu’à exciter les Russes à commencer l’attaque ; que les travaux que l’on fera sur le Curische-Haff et vis-à-vis de Memel ne seront bons que lorsqu’on sera décidé à se porter sur Königsberg; qu’il faut bien se garder d’ôter les bateaux qui sont sur le Niémen et de rien faire qui montre de l’inquiétude ; qu’il faut, au contraire, être pacifique; que j’aurais pu faire avancer quinze jours plus tôt quelques corps de cavalerie sur la Vistule, si je n’avais craint qu’ils ne trouvassent pas de quoi subsister; au lieu que, partant le 1er mai, à leur arrivée sur la Vistule au 15 mai, l’herbe sera bonne, au moins, à manger.

 

Saint-Cloud, 18 avril 1812, au soir.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, je vous renvoie vos différents ordres, que vous pourrez expédier cette nuit, puisqu’il n’y a pas de temps à perdre. J’y ai fait différentes corrections. Ajoutez aux ducs d’Elchingen, de Reggio, d’Abrantès et au général Saint-Cyr, que cela est en supposant que les Russes n’auraient pas attaqué et que le prince d’Eckmühl, pressé par les circonstances, n’aurait pas envoyé d’autres ordres. Ne dites pas au duc de Reggio de porter vingt jours de vivres; dites-lui d’en porter le plus possible.

Donnez ordre au général Daendels de se rendre de sa personne le 1er mai à Stettin, où il réunira le 1er régiment d’infanterie de ligne de Bade; ce qui, avec le 1er bataillon d’infanterie légère de Bade et le 1er bataillon du 3e de ligne, formera quatre bataillons de Bade, ou 3,000 hommes; il y réunira également les hussards de Bade et l’artillerie, ce qui mettra dans sa main une réserve de 4,000 hommes et de 400 chevaux pour se porter partout où il sera nécessaire. Mandez-lui qu’il y a en outre à Stettin un bataillon de Hesse-Darmstadt (infanterie légère), un escadron de chevau-légers de Hesse-Darmstadt et un autre à Küstrin ; qu’il place des postes d’infanterie et de cava­lerie au pont de Schwedt et sur tout l’Oder, afin que les garnisons de Glogau, de Küstrin et de Stettin soient liées, et que rien ne passe sur l’Oder sans être vu et en règle ; que tout le contingent de Berg se trouvera ainsi rester dans la Poméranie ; que le général Durutte commande à Berlin et qu’il doit avoir une correspondance avec ce général; qu’enfin sa division fait partie du 9e corps, dont le duc de Bellune a le commandement; que ce maréchal, qui se rend à Berlin, lui fera passer tous les ordres de circonstance ; qu’il doit avoir l’œil sur les embouchures de l’Oder et distribuer des piquets de cavalerie de manière à mettre en sûreté tout le pays.

Désignez un général de brigade français, de ceux qui sont le plus près, pour prendre le commandement du Mecklenburg, en attendant que le général Laplane, que j’ai nommé, y soit arrivé.

 

Saint-Cloud, 18 avril 1812.

Au général comte de La Riboisière, commandant l’artillerie de la Grande Armée, à Paris

Monsieur le Général comte la Riboisière, actuellement que vous êtes à Berlin, prenez des renseignements sur la navigation de Magdeburg à Berlin, de Berlin à la Vistule et de Danzig au Niémen, sur la largeur des écluses, sur l’espèce de bâtiments dont on se sert, sur les déchargements qu’il faut faire dans une traversée, et sur le temps qu’on emploie communément dans chaque transport.

 

Palais de Saint-Cloud, 19 avril 1812.

ALLOCUTION DE L’EMPEREUR A LA DÉPUTAT1ON DU MONT-TONNERRE. (Extrait du Moniteur du 20 avril 1812)

Des prélats institués pour prier Dieu s’étaient constitués vos maî­tres : un pareil abus a disparu pour toujours de l’Europe. L’Empire que j’ai fondé vous préserve à jamais de devenir le théâtre de la guerre, et vous range sous des lois uniformes, égales pour toutes les portions du territoire. Un accroissement dans votre agriculture et le développement de votre industrie ont dû être le résultat naturel de ce nouvel ordre de choses. J’agrée les sentiments que vous m’exprimez.

 

Saint-Cloud, 20 avril 1812.

A M. de Champagny, duc de Cadore, intendant général des biens de la couronne, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites-moi établir le compte définitif de tout ce que devra produire, aux termes du budget, la démolition des maisons du Louvre. Le baron la Bouillerie ne porte dans son compte, au 31 mars 1812, que 294,000 francs pour cet objet. Cette somme me parait bien peu importante, eu égard au grand nombre de maisons qui ont été démolies sur le Carrousel et sur les terrains du Louvre. Il n’y a rien de porté pour le même objet à l’article Palais de Rome. On a démoli aussi quelques maisons sur ces terrains. Faites établir également le compte du produit de la vente des terrains de Rivoli et des Capucines. Il parait que les terrains de la rue de Rivoli sont estimés 3 millions, que cependant 1,600,000 francs seulement ont été perçus; que ceux des Capucines sont estimés 1,700,000 francs, que cependant 1 million seulement a été perçu. Remettez-moi ces comptes et prenez des mesures pour faire rentrer tout ce qui reste encore à percevoir.

 

Saint-Cloud, 21 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, écrivez au général la Riboisière qu’il est nécessaire qu’il fasse diriger sur Küstrin, et de Küstrin sur Thorn et Posen, les fusils destinés à armer l’insurrection.

 

Saint-Cloud, 23 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, vous donnerez les instructions suivantes au duc de Bellune. Le corps dont il va prendre le commandement se compose de la 12e division ou celle du général Partouneaux, de la 25e divi­sion composée de trois régiments polonais qui étaient en Andalousie, les 4e, 7e et 9e ; ils ont maintenant passé Bayonne et sont en marche pour Sedan. Cela fera une force de plus de 30,000 hommes. La 12e division est en marche de Wesel sur Magdeburg. Mon intention est de la réunir à Spandau et à Berlin ; elle y sera dans la première quinzaine de mai. La division Daendels est dans le Mecklenburg, dans la Poméranie suédoise et à Stettin. La division polonaise ne pourra être à Berlin que vers la fin de mai. Ainsi, pendant le mois de mai, temps nécessaire pour la formation de ce corps d’armée, il est destiné à tenir garnison à Berlin et à assurer les communications de l’armée et la tranquillité du pays. Dans le commencement du mois de juin, trois divisions de la réserve, qui se réunissent à Cologne et à Wesel, et qui formeront près de 40,000 hommes, prendront posi­tion à Magdeburg, à Berlin et sur les côtes. Alors le 9e corps se trouvera formé, bien organisé, et se portera sur la Vistule pour entrer en ligne.

Ainsi , pendant le mois de mai, le duc de Bellune n’a d’autre opé­ration à faire que d’organiser son corps pour contenir la Prusse et surveiller tout le pays entre la Vistule et le Rhin. C’est ce qui m’a déterminé à décider qu’il porterait son quartier général à Berlin, et à placer sous son commandement non-seulement les troupes du 9e corps, mais aussi les garnisons de Stettin, Küstrin et Glogau, la division princière, dont la 1e brigade occupe Hambourg et la seconde Berlin, la garnison de Magdeburg et toutes les troupes qui restent dans le royaume de Westphalie, ainsi que tous les bataillons et esca­drons de marche qui se dirigeront sur Magdeburg et Berlin pour rejoindre l’armée.

Une instruction précise est nécessaire pour cette mission impor­tante. Mon intention est que le duc de Bellune soit rendu le 26 ou le 27 à Berlin, afin de prendre cette place des mains du duc de Reggio. Vous lui adresserez une copie du traité fait avec la Prusse, ainsi que de la convention relative aux subsistances, mais sous le secret, et pour le mettre en état de comprendre la question. À mesure que nous avançons, nous approchons de la guerre, et il faut par conséquent redoubler de fermeté et de vigilance. Le duc de Reggio n’a eu que des instructions vagues pour entrer à Berlin ; on était alors plus éloigné de la guerre ; mais un mois s’est écoulé depuis et a amené des circonstances plus décisives. Voici mes instructions :

Conformément à l’esprit du traité, aucun général ou officier prus­sien ne doit commander à Berlin ; aucune troupe prussienne ne doit s’y trouver; aucun service ne doit s’y faire que par ordre du général français. J’ai confié le commandement de la place de Berlin au général Durutte. Il devra faire défiler la parade tous les jours, donner le mot d’ordre et commander le service. La garde nationale pourra faire le service conjointement avec mes troupes. Le peu d’hommes de troupes régulières qui sont restés à Berlin ne doivent y être que pour la garde du palais; encore recevront-ils l’ordre du commandant français.

Spandau doit être considéré comme la citadelle de Berlin. J’attache la plus grande importance à n’avoir aucune inquiétude sur cette place. Il a été convenu dans le traité que le roi de Prusse serait le maître de la désarmer, et qu’il n’y laisserait qu’une compagnie d’invalides ; mais je me suis réservé de l’occuper, ainsi que Pillau, l’une et l’autre étant nécessaires à la sûreté des communications. J’ai ordonné qu’une compagnie d’artillerie fut mise dans la citadelle, et qu’on se servirait les magasins pour y renfermer des munitions. J’ai recommandé qu’un ou deux bataillons fussent toujours en garnison à Spandau, qu’on y plaçât un commandant d’armes du grade de chef de batail­lon , et que tous les bataillons ou escadrons de marche venant de Magdeburg passassent par Spandau, afin d’y avoir toujours 2 ou 3,000 hommes. Un général de brigade y sera chargé du comman­dement supérieur, et veillera à ce que le service y soit fait avec la plus grande exactitude. Spandau sera sous les ordres du général de division commandant de Berlin. On évitera de mettre des troupes dans la citadelle, si ce n’est la compagnie d’artillerie dont j’ai parlé, jusqu’au commencement des hostilités; mais au premier coup de fusil un millier d’hommes entreront dans la citadelle. Les invalides prussiens y resteront, le drapeau prussien continuera d’y flotter. On pourvoira sur-le-champ à la formation d’un approvisionnement de siège pour six mois ; on approvisionnera l’artillerie de la citadelle et de la place, et on mettra, s’il est nécessaire, les ouvrages en bon état. Jusqu’au moment de la guerre, on doit avoir des ménagements, se contenter de garder l’artillerie qui s’y trouve, n’en rien laisser sortir, n’admettre de troupes prussiennes que la compagnie d’inva­lides, et se trouver en mesure d’être maître de la citadelle, sans l’oc­cuper, en attendant, autrement que par une compagnie d’artillerie qui aura l’air de n’être là que pour soigner les munitions et préparer des artifices.

On doit occuper l’arsenal de Berlin, en conservant tout ce qui est propriété du roi et en ne prenant rien que sur inventaire ; mais il importe d’avoir l’œil à ce qu’il n’y ait dans Berlin ni dans les environs aucun dépôt d’armes, aucun canon, dont la populace puisse s’emparer. Tous les magasins français, tant de vivres que de munitions de guerre, doivent, excepté le moment du passage, être constamment à Magdeburg, Spandau et Küstrin. Il ne doit y avoir aucune troupe dans toute la Prusse, seulement 1,800 hommes à Potsdam, et 3,000 si le roi y demeure, 4,000 à Kolberg, 3,000 à Graudenz et 10,000 dans la haute Silésie. Le commandement du duc de Bellune s’étend sur la partie de la Silésie que nous avons conservée, sur Kolberg, sur toute la côte depuis Kolberg jusqu’à Hambourg, sur la Poméranie et le Mecklenburg. Il doit recevoir de fréquents rapports de tous ces points du commandant prussien de Kolberg et des offi­ciers français que j’y ai établis, du commandant de Magdeburg et du ministre de la guerre de Westphalie, afin de pouvoir, dans les cas imprévus, connaître les forces qu’il aura à sa disposition et prendre des mesures selon les circonstances. La gendarmerie prussienne restera seule dans le pays. Aucune troupe détachée, soit de Potsdam, soit de Kolberg, ne pourra y entrer que sur sa demande.

Vous donnerez l’ordre au commandant de la 32e division militaire, à celui du Mecklenburg, au commandant prussien de Kolberg et aux officiers français qui y ont été envoyés, de correspondre avec le duc de Bellune et de l’instruire de tout ce qui se passera; ce qui ne doit pas empêcher leurs relations ordinaires avec l’état-major général. Vous écrirez dans le même sens aux ministres de la guerre de Westphalie et de Saxe.

Si une descente avait lieu sur les côtes, le duc de Bellune devra en être instruit sur-le-champ, pour faire toutes les dispositions convenables. Vous le préviendrez que l’administration du pays reste tout entière aux agents du roi de Prusse, mais que la surveillance des journaux, des écrits et tous les moyens de police doivent être dans sa main, afin que rien ne donne au peuple une impulsion dangereuse et que le pays n’ait aucun moyen de s’insurger.

La place de Graudenz sera dans un autre système. Vous informerez le duc de Bellune que j’ai ordonné que trois ou quatre officiers intelligents entrassent à Kolberg et à Graudenz ; je m’en suis réservé le droit par le traité. Vous lui manderez qu’il est convenable qu’il aille voir les bouches de l’Oder, afin de faire établir des batteries là où il serait nécessaire. Une partfe de la garnison de Kolberg pourra être établie sur les côtes pour faire le service concurremment avec les troupes françaises; mais le droit réel de garder une garnison prus­sienne n’est que pour Kolberg, comme Potsdam est la seule ville où les troupes françaises ne doivent point passer.

Il est convenable pourtant d’accoutumer le peuple de Potsdam à voir beaucoup d’officiers français, et qu’il y en ait qui aillent souvent y coucher pour voir la ville. Si la curiosité ne les y portait pas assez, il sera nécessaire de les y engager sous ce prétexte.

La meilleure manière d’assurer la tranquillité de la Prusse, c’est de la mettre dans l’impuissance de faire un mouvement, au cas qu’une descente vint à avoir lieu, ou que nous perdissions une bataille.

Il me parait convenable que le duc de Bellune, en acceptant un logement à Berlin, n’accepte aucune table et qu’il représente sur les fonds que je lui accorde. Sa représentation doit être grande. Il est inutile de lui recommander les plus grands égards pour les princes, les ministres et les principaux personnages de Berlin, tout en se saisissant de la police.

Toute insulte faite à un Français doit être jugée par une commis­sion militaire, conformément à nos usages.

Le duc de Bellune organisera sa correspondance, ainsi que je viens de le dire, avec les principaux officiers de son commandement. La 32e division militaire ne fait point partie de l’armée pour l’admi­nistration. Le duc de Bellune ne doit y donner aucun ordre de détail, mais connaître bien l’état des choses, afin de faire les dispositions convenables s’il y avait des mouvements à réprimer ou des descentes à repousser.

Le duc de Valmy, qui commande les 25e et 26e divisions militaires, aura son quartier général à Mayence et à Wesel.

Vous remettrez au duc de Bellune un double du traité fait avec le roi de Danemark, par lequel il sera instruit que ce prince doit fournir au besoin un corps de 12,000 hommes pour se porter soit sur le Zuiderzee, soit sur l’Oder, et contribuer avec mes troupes à repous­ser une descente.

On ne connaît point encore la disposition des Suédois. En atten­dant, l’embargo mis dans la Poméranie et les mesures qui ont été prises doivent être exécutés avec vigueur.

La première brigade de la division Partouneaux ne pouvant arriver à Magdeburg que vers le 8 ou le 10 mai, cela m’a décidé à ordonner à la division wurtembergeoise de rester à Francfort-sur-l’Oder, et de ne pas se rendre sur la Vistule. Le duc de Bellune ne la dérangera de sa position qu’en cas de nécessité. Ainsi, pour les premiers jours de mai, il aura une brigade de la division princière à Berlin ; la divi­sion Daendels dans le Mecklenburg, à Stettin et dans la Poméranie ; la division wurtembergeoise à Francfort-sur-l’Oder, et enfin la Garde impériale, qui arrive à Dresde. Une division de la Garde impériale, commandée par le général Roguet, se dirige sur Berlin ; elle y arri­vera vers le 15 mai, mais seulement pour y passer.

Des travaux ont été ordonnés dans l’Ile de Rügen et dans la Pomé­ranie suédoise. Il en faudra faire aux bouches de l’Oder. Le général de la 32e division militaire, le commandant du génie et le comman­dant du Mecklenburg pourront faire connaître les points principaux à fortifier sur cette côte.

Un adjudant commandant intelligent sera attaché au gouvernement de Berlin, et y restera quand le duc de Bellune en partira avec son corps.

Vous ordonnerez au duc de Bellune de communiquer cette instruc­tion à son successeur. Il est nécessaire, aussi, d’organiser une police près du gouverneur général à Berlin, afin de connaître ce qui se passe et d’avoir l’œil ouvert sur toutes les menées qui pourraient avoir lieu. Étant ainsi assurés de Stettin, de Küstrin, de Glogau, de Torgau, de Spandau, de la Saxe, de Magdeburg, ayant des corps de réserve, ayant l’œil à ce qu’il n’y ait nulle part des rassemblements d’armes, ayant des officiers intelligents à Kolberg et y envoyant quelquefois des aides de camp de confiance, on sera en mesure de ne rien craindre de la déloyauté des Prussiens, si, après un événement malheureux, ils pouvaient être excités à s’y porter.

Le ministre de France à Berlin, le comte de Saint-Marsan, est un homme sur lequel on peut compter et qui possède à un haut degré la confiance des Prussiens. Le gouverneur général devra le ménager et pourra se concerter avec lui en toute sûreté. Le duc de Bellune devra dans toutes les circonstances témoigner les plus grands égards pour le roi et pour le gouvernement prussien, ce qui doit même être porté jusqu’à l’affectation dans toutes les fêtes et circonstances quelconques.

Il serait convenable de former un arrondissement au gouvernement de Danzig, en en plaçant la limite entre Danzig et Kolberg. Par ce moyen, le gouverneur de Danzig serait à portée de surveiller la côte ; il pourrait y envoyer des piquets d’infanterie et de cavalerie, des offi­ciers, et recevoir des rapports.

Indiquez-moi le point où devra finir le commandement du duc de Bellune, et remettez-moi demain la lettre que vous écrirez au mi­nistre du roi de Prusse et au commandant prussien A Kolberg, ainsi que l’instruction que vous donnerez au duc de Bellune d’après cette lettre, dans laquelle je crois avoir tout prévu.

 

Saint-Cloud, 25 avril 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, j’ai demandé le général de division Durutte pour commander à Berlin. Le maréchal duc de Bellune commandera toutes les provinces prussiennes; il est déjà rendu à Berlin. Je vous ai fait connaître mon intention relativement aux places de Spandau et de Pillau, qui, selon le traité, doivent être à ma dispo­sition, et relativement aux places de Kolberg et de Graudenz, qui restent entre les mains des Prussiens. J’ai divisé la côte prussienne de la Baltique en deux parties : la première est mise sous la surveillance du duc de Bellune, et l’autre partie, celle de Danzig, est con­fiée au gouverneur de Danzig. Le gouverneur prussien de Kolberg pourra placer sur cette ligne tous les postes prussiens qu’il voudra et qu’il jugera inutiles à la défense de sa place; mais le duc de Bellune et le gouverneur de Danzig pourront aussi, tant qu’ils en auront le moyen, envoyer des détachements pour faire le service concur­remment avec les Prussiens et s’entendre; il faut être bien d’accord. Pour ce qui est relatif à Berlin, il ne doit y avoir aucun gouverneur ni commandant prussien ; le service doit être uniquement fait par la garde nationale, de concert avec les troupes françaises et sous les ordres du commandant français. Il faut de l’unité dans les affaires militaires. D’ailleurs, ceci est conforme au traité. Je ne veux pas de complication. Il ne doit y avoir à Berlin, centre de la sûreté de mes dépôts et de mes derrières, que des commandants français. Vous savez bien que les Prussiens n’avaient rien demandé pour le palais et que c’est moi qui ai imaginé de leur y laisser une garde. Je désire que l’officier qui y commandera ne soit pas d’un grade plus élevé que celui de capitaine. Écrivez dans ce sens à M. de Saint-Marsan.

 

Saint-Cloud, 25 avril 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, il est convenable que vous parliez beaucoup à M. de Krusemark du commandement du duc de Bellune à Berlin, de la formation du 9e corps et de celle du 10e, qui sera de 40,00 hommes et qui se composera des divisions dont la réunion a lieu aujourd’hui à Cologne, à Wesel, etc. Ces dernières troupes arriveront sur l’Elbe vers le commencement de juin ; les divisions du 9e corps y arriveront dans le courant de mai. En causant avec lui, il est nécessaire que vous donniez matière à sa correspondance en lui faisant connaître que les cent cohortes des gardes nationales sont déjà formées, ce qui va mettre à ma disposition 100 bataillons, qui étaient retenus pour garder la Hollande, Boulogne, Cherbourg, la Bretagne et nos côtes. Il est bon que vous écriviez quelque chose de cela à M. de Saint-Marsan, et que vous lui fassiez connaître l’exis­tence des 9e et 10e corps. Ce langage est toujours utile. Écrivez-en aussi à M. Otto, à M. de Mercy à Munich, enfin à vos principaux correspondants, afin que cela serve à leur langage.

 

Saint-Cloud, 25 avril 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je suppose que vous avez un consul à Kolberg ; cependant je ne reçois jamais de ses lettres. Je vous ai fait connaître que mon intention était qu’il y en eût un à poste fixe. Cette négligence est bien funeste. Faites en sorte d’y avoir promptement un homme de confiance, qui ait un chiffre et qui vous écrive tous les jours. J’ai besoin d’en avoir également à Elbing, à Königsberg, à Memel, etc. Ces postes sont importants, puisqu’ils forment bureau de renseignements et qu’ils sont un lien précieux entre les habitants et l’armée française. Il faut avoir également un homme sûr à Riga, à Libau et tout le long de cette côte. Lorsqu’ils seront forcés d’évacuer le pays et de revenir, il faut qu’ils s’arrêtent au premier quartier général français, puisque la connaissance que ces hommes auront du pays devra nous être fort utile. J’ai besoin plus que jamais de consuls à Rostock, à Wismar, à Stralsund et dans tous les diffé­rents ports danois, afin d’avoir une correspondance très-active sur ce qui se passe du côté de la mer. Il m’en faut un à Altona. Ces hommes doivent écrire tous les jours.

 

Saint-Cloud, 25 avril 1812.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, j’ai signé le décret sur la pêche ; mais s’applique-t-il seulement aux côtes de Hollande, ou s’étend-il à toutes les côtes de France et de la Méditerranée ? Il me semble que partout on réclame en faveur de la pêche, car partout elle est entravée. Ces réclamations sont si intéressantes sous le point de vue de la marine en général, en particulier sous le rapport d’un moyen de subsistance important pour une grande partie de la population, qu’elles méritent toute ma sollicitude. Faites-moi connaître les entraves, qui existent sur toutes les côtes et les mesures à prendre pour les lever.

 

Saint-Cloud, 25 avril 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, répondez au général Molitor que je vois avec plaisir le mouvement qu’il se donne pour pourvoir à la dé­fense de la Hollande; qu’il n’a rien à craindre dans ce moment; que les Anglais ont toutes leurs troupes en Espagne et en Portugal ; qu’il suffit de tenir dans le lac de Haarlem une seule canonnière, afin que les officiers du génie, de l’artillerie, de l’état-major paissent se servir de cette chaloupe, et parcourir le lac pour apprendre à le bien con­naître ; que j’attache une grande importance à ce que le petit corps de garde voûté que j’ai ordonné sur l’écluse soit terminé, pour qu’une cinquantaine d’hommes qui s’y renfermeraient puissent maîtriser ce point important ; que toutes les précautions d’ailleurs sont tellement prises en France qu’il aurait en peu de jours 50 ou 60,000 hommes marchant à son secours; qu’il ne faut point qu’il prenne de chaloupes canonnières, parce qu’elles sont nécessaires dans le Zuiderzee, où les marins s’exercent mieux; qu’il doit s’assurer que la place de Naarden est armée et en bon état; que je désire que, passé le 15 mai, il retourne visiter les forts Lasalle et Dugommier, les forts de l’île du Texel, la place de Brielle, Hellevoetsluis et les forts de l’ile de Goeree. Il est nécessaire qu’à la fin de mai, au plus tard, le fort de l’île de Goeree soit armé et en bon état, ainsi que les forts du Texel et du Helder.

Écrivez au général Chambarlhac qu’il est nécessaire que dans la dernière quinzaine de mai il aille passer la revue des magasins, armement et défense de la place d’Ysendyke, du fort Napoléon et du fort Impérial de l’île de Cadzand, de l’île de Walcheren, du fort Montebello, du fort Saint-Hilaire, de Rammekens, de Zierikzee et de Willemstad; et qu’il revienne par le fort de Bath, Lillo et Anvers. Il vous rendra compte tous les soirs de ce qu’il aura vu, tant sous le rapport des fortifications que sous celui des approvisionnements de siège et aussi de la situation des troupes.

 

Saint-Cloud, 25 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, écrivez au prince d’Eckmühl qu’un officier russe, porteur de lettres de l’empereur de Russie, est arrivé à Paris le 14; qu’il était parti le 8 de ce mois de Saint-Pétersbourg; qu’il est por­teur de différentes propositions ; qu’il paraissait, par ce qu’a dit le prince Kourakine après l’arrivée de ce courrier, que, si toute l’armée française arrivait sur la Vistule, ils avaient le projet de prendre la position du Niémen, et qu’on négocierait dans cette situation ; que le prince d’Eckmühl sera instruit par le général Lauriston de ce qui en sera sur cet objet; mais que, si les Russes ne font pas d’autre mou­vement que celui de s’emparer de Memel et de la rive droite, mon intention n’est pas qu’on regarde les hostilités comme commencées ; que le 15 mai les ducs de Reggio et d’Elchingen seront arrivés sur la Vistule et que la Garde se trouvera réunie à Posen ; que j’ai même retardé de quelques jours le mouvement du 4e corps sur Plock, de peur qu’il ne souffrit trop du défaut de fourrages ; que l’herbe ne sera bonne que dans la dernière quinzaine de mai; qu’il est donc convenable qu’aucune opération importante ne soit obligée avant les premiers jours de juin.

 

Saint-Cloud, 25 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, je vous renvoie les différentes lettres que vous pouvez expédier au duc de Bellune. Il est nécessaire que vous fassiez connaître au ministre de la guerre de Prusse le général de division au­quel j’ai donné le commandement de Berlin, et l’établissement du dépôt de Spandau pour ne pas encombrer la ville de Berlin. Il est également nécessaire que vous écriviez au gouverneur de Kolberg pour la partie de la côte qui doit être sous les ordres du gouverneur de Danzig. Il faut aussi que, dans votre lettre au ministre de la guerre prussien, vous le préveniez que, dans vos instructions au duc de Bellune, vous avez dit un mot de Kolberg, qui doit toujours rester dans les mains des troupes prussiennes.

Quant aux journaux, vous direz qu’il parait convenable que le duc de Bellune y ait une surveillance pour empêcher qu’il y soit inséré rien de contraire à l’intérêt des armées françaises et alliées; tout comme le roi et les autorités prussiennes doivent veiller à ce qu’ils n’impriment rien qui puisse troubler 1e bon ordre et la tranquillité de l’intérieur.

 

Saint-Cloud, 25 avril 1812.

A Alexandre Ier, empereur de Russie

Monsieur mon Frère, ayant lieu de penser que Votre Majesté a quitté Saint-Pétersbourg et que le comte Lauriston n’est plus auprès d’elle, je charge mon aide de camp le comte Narbonne de cette lettre. Il sera en même temps porteur de communications importantes pour le comte Romanzof. Elles prouveront à Votre Majesté mon désir d’éviter la guerre et ma constance dans les sentiments de Tilsit et d’Erfurt. Toutefois Votre Majesté me permettra de l’assurer que, si la fatalité devait rendre la guerre inévitable entre nous, elle ne change­rait en rien les sentiments que Votre Majesté m’a inspirés et qui sont à l’abri de toute vicissitude et de toute altération.

 

Saint-Cloud, 30 avril 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je réponds à votre lettre du 29. Mon intention est qu’on n’enrôle aucun Espagnol, s’il ne s’engage par sa propre volonté, et je n’entends pas qu’on veuille les envoyer aux bataillons de guerre dans l’espérance qu’arrivés là ils se soumettront. Votre lettre me fait prendre le parti de ne garder, recrutés par des Espagnols, que le bataillon de sapeurs, la compagnie d’ouvriers et le cadre du bataillon de Walcheren. Vous verrez par ma lettre de ce jour que je donne un emploi aux trois autres cadres qui sont rendus sur le Rhin, et qui sont destinés à recevoir des Espagnols.

Toutefois je ne m’oppose pas à ce que vous portiez jusqu’à 1,200 hommes le bataillon de Walcheren, en prenant des Espagnols de bonne volonté, parce que, si cette mesure réussissait, j’enverrais un autre cadre.

 

Saint-Cloud, 30 avril 1812.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, j’ai vu avec intérêt votre rapport sur les caissons. Voici comme je les ai classés dans ma mémoire. Le premier modèle pèse 2,460 livres; le second modèle amélioré, 2,038 li­vres; le caisson ordinaire, 1,900 livres. La différence du caisson ordinaire au second modèle n’est donc plus que de 138 livres, ce qui ne peut pas être important.

Vous présentez un troisième modèle qui ne pèse plus que 1,640 li­vres, c’est-à-dire 260 livres de moins que le caisson ordinaire. Si ce chariot peut porter 20 quintaux, il a bien des avantages. Ordonnez qu’on en fasse à Sampigny, à Plaisance, et qu’on en fasse un modèle à Danzig, de sorte que les constructeurs et officiers qui s’y trouvent feront leurs observations. Mais il me paraît que ce troisième modèle a le double avantage de porter autant que le premier en objets d’en­combrement et de peser 800 livres de moins, tandis qu’il peut porter en encombrement plus que le caisson.

Je pense que le n° 3 est préférable au n° 3 bis, puisqu’il est plus léger, plus solide et a la même capacité que le n° 2. Tout ce qui reste à construire en chariots à Danzig, à Plaisance, à Sampigny, ou tout ce que l’artillerie devrait fournir, faites-le faire sur ce modèle.

Donnez-moi l’état de ce qui existe en caissons des divers modèles.

En général, il me revient qu’en Italie on a été content du second modèle ; on le sera bien plus du troisième modèle.

Je désire que le dessin du nouveau modèle n° 3 parte par l’estafette de demain pour Danzig. Le général Éblé, le général Lepin et plusieurs officiers d’artillerie formeront une commission pour le rectifier.

 

Saint-Cloud, 30 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, donnez ordre à la division de Wurtemberg de partir du 5 au 10 mai pour joindre le corps du duc d’Elchingen sur Thorn. Instruisez ce maréchal de cet ordre. Écrivez au duc de Bellune pour lui faire connaître que le 10 mai la tête de la 12e division arrive à Magdeburg; qu’avant ce temps 4 ou 5,000 hommes des bataillons de marche doivent arriver à Spandau; que, s’il n’y voit aucun inconvénient, il donne ordre à cette division de partir le 5; mais que, pour peu qu’il y trouve de l’inconvénient, il peut en retarder le départ; que je désire qu’il ne retienne pas plus tard que le 5 mai le 26e léger, et qu’il le renvoie au corps du duc de Reggio, ainsi que le bataillon du 19e et ce qui serait à Spandau, appartenant à ce corps; que je suppose que les bataillons de marche qui sont arrivés à Berlin sont suffisants pour la garde de Spandau et de Berlin, ainsi que la brigade princière, qui doit former cinq bataillons et plus de 3,000 hommes.

 

Saint-Cloud, 30 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, mon intention est de donner le commandement du 10e corps au duc de Tarente. Ce 10e corps sera composé, 1° de la division d’infanterie prussienne, qui est, je crois, de trois brigades formant 14,000 hommes; on donnera un numéro à cette division; 2° de la 7e division, ayant trois brigades et dix-huit bataillons; 3° d’une division de cavalerie prussienne ; ce qui doit faire de 26 à 28,000 hommes d’infanterie et 3,000 hommes de cavalerie, avec quatre-vingts pièces de canon ; en tout 30 à 32,000 hommes. Remet­tez-moi le projet de formation de ce corps. Mon intention n’est pas cependant qu’il soit formé avant que je sois moi-même arrivé sur les lieux, afin d’éviter les embarras du commandement avec le prince d’Eckmühl.

 

Saint-Cloud. 30 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, répondez au général Narbonne que le général Kleist est suffisant pour commander les cinq bataillons, formant 3,600 hommes , et les six escadrons, formant un millier de chevaux, qui sont à Breslau ; que je pense qu’une batterie d’artillerie à pied et une batte­rie à cheval sont suffisantes; que je désire qu’elles soient fournies sans délai.

Écrivez directement au général Kleist que, jusqu’à ce qu’il puisse être réuni à l’armée prussienne, ce qui aura lieu le plus incessam­ment possible, il doit recevoir les ordres du roi de Westphalie.

Chargez le général Narbonne de consulter à Berlin pour savoir à quel corps on préfère voir attachée la brigade Kleist, ou au corps westphalien que commande le général Vandamme, ou aux Saxons que commande le général Reynier, ou aux Polonais que commande le prince Poniatowski, jusqu’à ce qu’elle ait joint le corps du général Grawert; qu’il est même possible, si les Russes n’attaquent point, que la jonction de la brigade Kleist avec le général Grawert se fasse avant le commencement des hostilités.

Faites connaître au roi de Westphalie la composition de la brigade du général Kleist. Envoyez-lui un duplicata de votre ordre, qu’il fera passer à ce général pour lui faire connaître qu’il est sous ses ordres. Le roi de Westphalie fera en conséquence entrer sous ses ordres cette petite division prussienne, en la plaçant de manière qu’elle ne le gêne point pour les subsistances.

 

Saint-Cloud, 30 Avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, mon intention est qu’il y ait à Erfurt un général de brigade qui ait la surveillance de la route de Mayence jusqu’à Erfurt et d’Erfurt à Magdeburg, sous les ordres du général Michaud. Mon intention est que la citadelle d’Erfurt soit armée; qu’il y ait un offi­cier d’artillerie, un garde-magasin d’artillerie, un officier du génie et un garde-magasin de cette arme, avec une garnison forte constam­ment d’au moins 500 hommes logés dans la citadelle. Concertez-vous avec le ministre de la guerre sur ce qu’il faut en artillerie et en génie pour armer cette citadelle. L’intendant fera les fonctions de commissaire des guerres et formera l’approvisionnement de siège. Les 4e bataillons du 3e et du 105e partiront de Strasbourg pour Erfurt. Ces deux bataillons, forts de 1,500 hommes, resteront pro­visoirement dans cette place.

 

Saint-Cloud, 30 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, donnez ordre au vice-roi de partir pour Glogau et d’y être rendu le 6 mai. Il restera là deux jours pour passer en revue les trois divisions et la garde royale, qui forment le 4e corps, et il vous enverra le rapport détaillé, en faisant porter ses dépêches par un courrier à Küstrin, où passe l’estafette. Le vice-roi se portera ensuite sur Plock pour passer en revue le 6e corps. Il vous écrira fréquemment en envoyant des courriers à Posen, où passe l’estafette.

Il    accélérera la formation de ses magasins à Plock, et préparera tout pour bien cantonner sur l’une et l’autre rive son corps d’armée. Indépendamment de son chef d’état-major, il tiendra près de lui pour l’aider le général Plauzonne, qui est un officier de mérite. Le vice-roi aura sous son commandement le 4e et le 6e corps d’armée et le 3e corps de cavalerie, ce qui lui fera près de 80,000 hommes. Vous lui ferez connaître les lieux d’où il doit tirer ses subsistances; que sa droite va jusqu’à Modlin; que le roi de Westphalie est à Varsovie, commandant les 5e, 8e et 7e corps ; qu’il a sur sa gauche le corps du duc d’Elchingen, et plus loin le prince d’Eckmühl et le duc de Reggio; que, jusqu’à ce que je sois arrivé, il doit exécuter les ordres que lui enverra le prince d’Eckmühl, auprès duquel il doit tenir un officier; que le grand quartier général est à Posen; qu’il pourra pousser ses postes de cavalerie jusqu’à quatre ou cinq jours de Plock, sans cepen­dant rien faire qui inquiète les Russes. Donnez ordre que le 4e corps commence son mouvement du 5 au 10 (envoyez une estafette extra­ordinaire pour donner cet ordre), et qu’il se dirige sur Plock. Il y arrivera dans un temps où il y aura de l’herbe, et dès lors je n’aurai plus d’inquiétude pour les chevaux.. En partant de Glogau il emplira ses caissons de farine et emportera pour plus de vingt jours de vivres, s’il est possible ; il doit déjà en avoir fait filer sur Plock.

Le vice-roi sera ainsi rendu de sa personne à Plock du 10 au 12 mai, en supposant toujours qu’il n’y ait rien de nouveau.

 

Saint-Cloud, 30 avril 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, je vous renvoie votre livre d’ordres. J’y vois quelques erreurs; par exemple, vous écrivez au général Michaud de ne pas faire partir les bataillons de marche qui appartiennent au 2e corps : ce n’est que du 4e corps que j’ai parlé. Vous dites au général Saint-Cyr de ne pas étendre sa cavalerie à plus d’une demi-journée de la Vistule : c’est à trois journées de la Vistule que j’ai dit. Du reste, les instructions au prince d’Eckmühl me paraissent suffisantes ; je ne vois rien à y ajouter.

 

Saint-Cloud, 30 avril 1812.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, mon ministre à Munich rend compte qu’il y a des ras­semblements considérables dans les montagnes des pays vénitiens, composés de déserteurs et de contrebandiers. Faites-moi connaître ce qui en est. Si ce rapport est fondé, donnez ordre aux compagnies de voltigeurs du 13e de ligne, à un bon détachement de gendarmerie italienne, à quatre compagnies de voltigeurs italiennes sous les ordres d’un bon général de brigade, suivi d’une commission militaire, de parcourir ces montagnes pour arrêter les bandits, les faire passer par les armes et dissiper ces rassemblements.

Saint-Cloud, 1er mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, j’ai lu avec attention la seconde partie de votre rapport du 26 de ce mois sur la formation des dix batail­lons de marche à tirer des dépôts employés à la Grande Armée. Vous aviez oublié le 29e léger, le 10e léger, le 36e de ligne, le 44e le 55e et le 51e.

Les dépôts des régiments, ayant déjà fourni des cadres aux qua­tre demi-brigades de marche, n’ont plus qu’une compagnie au dépôt, et cependant la conduite des conscrits jusqu’à la Grande Armée exi­gerait pour l’aller et le retour près de six mois, pendant lesquels ces dépôts se trouveraient dégarnis. J’ai donc décrété que les cadres des 2e et 3e bataillons de Belle-Île, qui sont d’infanterie légère, vien­draient à Mayence recevoir tous les hommes d’infanterie légère que vous proposerez d’envoyer sur cette place ; et que les cadres du 2e ba­taillon de Walcheren, du 4e bataillon de la Méditerranée, du 3e et du 4e bataillon de l’Ile de Ré, recevraient les hommes de l’infanterie de ligne; que le 2e bataillon de Walcheren les recevrait à Wesel, le 4e de la Méditerranée, à Strasbourg, et les deux de l’ile de Ré, à Mayence. Enfin, dans le tableau joint à mon décret, j’ai désigné les différents régiments qui verseront dans chacun de ces six cadres; ce sont ceux que vous désignez dans votre travail pour former les huit premiers bataillons de marche.

Les trois compagnies du 8e léger et les trois du 18e continueront à former un bataillon de marche. Quant aux conscrits tirés des régiments qui sont en Italie, c’est un bataillon que j’ai ajouté à l’état de ce que le cadre du 1er bataillon du 1er régiment de la Méditerranée doit recevoir.

Le 6e bataillon du 37e de ligne était destiné à recevoir des con­scrits réfractaires ; je lui ai donné d’abord les 200 hommes du 37e et ensuite les différents restants de conscrits qui n’étaient pas en nom­bre suffisant pour former une compagnie.

Il restera encore les 5e bataillons des 123e, 124e, 125e, 126e, 127e, 128e et 129e et de beaucoup d’autres qui ont été oubliés, tels que le 150e, le 3e, etc. ; vous en ferez l’objet d’un travail particulier. Par suite de ces dispositions, le 3e bataillon de Belle-Île et le 3e et le 4e de l’île de Ré ne recevront plus d’Espagnols.

 

Saint-Cloud, 2 mai 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre au général Berthier de faire partir de Corse 300 hommes français ou des départements du Piémont, en ayant soin de ne prendre ni Romains ni Toscans, et de les faire passer par Trieste, d’où ils seront envoyés sur le 4e bataillon du 8e léger, dans lequel ils seront incorporés.

 

Saint-Cloud, 2 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, donnez ordre que la division prussienne que com­mande le général Grawert prenne le n° 27. Donnez également des numéros aux brigades de cavalerie prussienne.

 

Saint-Cloud, 3 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, mon intention est de former une division qui portera le nom de 4e division de la réserve, et qui sera composée :

1° Des 2e, 3e et 4e bataillons du régiment de Belle-Île (le 4e ba­taillon de Belle-Île fait déjà partie de la 12e division et se trouve en marche pour Berlin, mais on en opérera la réunion lorsque les deux autres s’avanceront);

2° Des 2e, 3e et 4e bataillons du régiment de l’île de Ré (les cadres des 3e et 4e bataillons sont déjà rendus et doivent être complétés avec des conscrits de 1812, d’après mon dernier décret; donnez ordre que le second bataillon, fort de 900 hommes, parte de l’île de Ré pour se diriger sur Mayence ; laissez le général maître de faire ce qu’il jugera convenable pour que ce bataillon soit bien habillé et bien équipé avant son départ, et pour en ôter les hommes dont on serait moins sûr) ;

3° Des 2e, 3e et 4e bataillons du régiment de Walcheren (le second bataillon sera recruté par des conscrits de 1812, conformément à mon décret; le 3e est recruté par des prisonniers espagnols, et le 4e se compose de conscrits réfractaires qui font déjà partie de la 12e division) ;

4° Du 1er et du 2e bataillon du 1er de la Méditerranée (le 1er est resté à Vérone pour recevoir des conscrits; le 2e a conti­nué sa route fort de 1,200 hommes) ;

5e Enfin, des cinq bataillons du 2e régiment de la Méditerranée.

Les cinq colonels seront présents pour commander eux-mêmes leurs bataillons de guerre.

Cette division sera donc composée de seize bataillons. À cet effet, vous ferez connaître au général Rampon que mon intention n’est pas qu’il emploie, pour les cadres de son organisation des gardes natio­nales, ceux des 1er, 2e, 3e et 5e bataillons du 2e régiment de la Médi­terranée. Il doit former de nouveaux cadres, comme partout ailleurs, et diriger les quatre bataillons du 2e régiment de la Méditerranée sur Mayence. Il sera donc convenable que, sur les conscrits qui restent, on pourvoie aux moyens de recruter ces quatre bataillons.

Comme tous ces régiments n’ont pas de numéros, une fois qu’ils seront rendus à l’armée, je ferai incorporer tous les hommes dans leurs régiments, ou, selon les circonstances, je donnerai des numé­ros à ces nouveaux régiments.

En attendant, la 4e division de la réserve aura cinq colonels et seize beaux bataillons qui doivent se réunir à Strasbourg, Mayence et Wesel.

 

Saint-Cloud. 4 mai 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, envoyez dans la matinée de demain à mon secrétaire archiviste, pour mettre dans mon portefeuille, des copies des derniers traités et conventions relatifs aux affaires actuelles, notamment les traités avec l’Autriche, avec la Prusse, avec le Danemark, etc.; joignez-y la convention d’Erfurt et le dernier traité avec la Suède.

 

Saint-Cloud, 4 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, donnez ordre que la légion de la Vistule que com­mande le général Claparède suive sa marche de Dresde sur Glogau. Donnez ordre au général Girard de se rendre à Sedan, pour prendre le commandement des 4e, 7e et 9e régiments polonais qui arrivent d’Espagne. Il verra si tout est prêt aux dépôts pour refaire leur habillement. Les dépôts partiront de Sedan avec les régiments. Faites-moi connaître s’il y a des nouvelles du 1er régiment de chevau-légers polonais. Donnez ordre que tous les détachements du 1er de chevau-légers polonais, en quelque lieu qu’ils soient, continuent leur route pour se réunir à Posen.

 

Saint-Cloud, 4 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, écrivez en Espagne, au Roi, que c’est au ministre de la guerre que doit être adressée la correspondance d’Espagne, vu que vous partez pour le Nord.

Remettez dans la journée de mardi toutes les affaires des armées d’Espagne au ministre de la guerre, lequel aura un bureau spécial pour suivre celte correspondance, de sorte que, dans la nuit de mardi à mercredi, vous puissiez être prêt n partir.

P. S. N’oubliez pas de lui remettre tous les chiffres; il serait pourtant bon d’en garder une copie, en cas que quelque lettre du Roi nous arrivât à l’armée.

 

Saint-Cloud, 5 mai 1812

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, par mon décret du 5 avril, j’ai fait une distribution de fonds pour la Grande Armée. L’intendant général n’en a employé qu’une partie, et les fonds accordés pour ce mois doivent être susceptibles d’une économie considérable. Il m’a paru que c’était compliquer inutilement les écritures que d’avoir autant de crédits différents que de mois. J’ai pris le parti de faire, chaque mois, une distribution qui comprenne les mois précédents; ainsi j’en fais une pour les mois d’avril et mai; la prochaine comprendra avril, mai et juin; de sorte que celle de décembre comprendra la totalité des fonds qui auront été accordés pour tout l’exercice. En conséquence, chaque décret rapportera les distributions antérieures. Ainsi vous devez donner pour les deux ministères de la guerre et de l’admi­nistration 22 millions et tant pour les deux mois. Vous précompterez ce que vous avez envoyé pour avril, et vous n’aurez à fournir que la différence.

 

Saint-Cloud, 7 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, je vois par la lettre du prince d’Eckmühl du 23 avril qu’il est dans l’erreur; il dit dans cette lettre que nous ne demandons pas à occuper Pillau, parce que, par le traité, les Prussiens doivent l’occuper. Cela est faux. Pourquoi le prince a-t-il ainsi préjugé que par le traité nous ne devions pas occuper Pillau ? Vous donnerez donc l’ordre au prince d’Eckmühl que, aussitôt que les troupes seront en mouvement, il ait à faire occuper Pillau par un commandant et par des détachements de son corps. Le roi de Prusse a dû donner des ordres pour cela. Le prince a également eu tort de laisser retirer les pièces d’artillerie que les Prussiens avaient placées au Nehrung; puisqu’elles y étaient, il fallait les garder. Les pièces qui étaient à Memel en offraient en quantité suffisante pour les ouvrages de Lochstœdt. Je vois que, moyennant les ouvrages des Prussiens, cette pointe du Nehrung est en sûreté ; il faut la fortifier encore, car cette pointe est très-importante. Il faut placer à l’extrémité une forte bat­terie battant la mer. Faites connaître au prince d’Eckmühl que, sans insulter les Prussiens, mais d’une manière naturelle, il faudra aussitôt que possible prendre possession de la citadelle de Pillau. Il y aurait peut-être de l’inconvénient à faire cette opération tant que le corps prussien couvrira Königsberg, mais il faudrait la faire quand nous serons sur la Pregel, de manière que cela ne fût pas offensant pour nos alliés.

 

Saint-Cloud, 7 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, l’équipage de siège étant parti de Magdeburg, donnez des ordres très-précis au général la Riboisière pour qu’il fasse faire les constructions nécessaires et mette en état l’armement de la place de Magdeburg. Mon intention est que cette place soit parfaitement armée, qu’il y ait une grande quantité d’affûts, et que tous les affûts qui y restent soient réparés.

 

Saint-Cloud, 7 mai 1812.

NOTE POUR M. BARBIER, BIBLIOTHÉCAIRE DE L’EMPEREUR, À PARIS.

L’Empereur demande un ouvrage qui a dû être remis à la biblio­thèque de Paris, l’hiver dernier, ou qui peut-être serait resté dans le cabinet de l’Empereur aux Tuileries. C’est un ouvrage du colonel anglais Wilson sur l’armée russe, traduit de l’anglais par le bureau de M. Mounier, et relié, manuscrit, en papier rouge avec dos de maroquin rouge. Je prie M. Barbier d’avoir la complaisance d’en faire la recherche et de me l’envoyer par l’estafette de ce soir.

Il doit y avoir parmi les traductions manuscrites faites au bureau de M. Mounier quelques autres ouvrages sur la Russie (entre autres un ouvrage de M. de Plotho sur l’organisation de l’armée russe) qui pourraient nous être utiles dans le voyage.

Un Montaigne petit format serait peut-être bon à mettre dans la petite bibliothèque.

Le Secrétaire du portefeuille, Meneval.

 

Saint-Cloud, 8 mai 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, les états des divisions militaires qui me sont remis aux 1er et 15 de chaque mois, en conformité des instructions données dans la dernière campagne, sont négligés dans leur rédaction. Recommandez aux généraux des divisions, 1° de faire connaître non-seulement les numéros des bataillons, mais encore les numéros de chaque compagnie; 2° de faire connaître en observation le nombre d’hommes que la loi accorde en ouvriers et aux dépôts, et pourquoi ce nombre est dépassé.

Je vois dans la 2e division militaire que les quatre régiments de la Vistule ont 1,000 hommes disponibles : faites-les partir, et même ceux du 4e; arrivés à Posen, j’en tirerai parti. Je trouve dans l’état de cette division que le 5e bataillon du 12e de ligne a 292 hommes : je ne sais pas si ce bataillon a fourni les compagnies qu’il devait fournir aux demi-brigades de marche ; si le numéro des compagnies y était indiqué, j’en aurais la certitude. Pourquoi, au 1er mai, le 4e bataillon du 14e n’était-il pas parti pour Sedan ? Il devait partir le 30 avril. Il en est de même du 4e bataillon du 88e. Je vois que le 12e de chasseurs avait 150 chevaux, le 11e 130, le 8e de chevau-légers 280, le 7e 150, et le 5e de hussards 50. Pourquoi tout cela ne part-il pas ?

Je vois dans la 3e division que le 69e a 500 hommes, le 76e 550, le 96e 230, le 9e d’infanterie légère 600, le 10e de cuirassiers 150 chevaux, etc. Pourquoi cela ne part-il pas ?

Dans la 5e division militaire, je vois au 1er mai que le 3e de ligne avait 1.800 hommes et le 105e 1,600. Est-ce que les 3e bataillons de ces régiments n’étaient pas encore partis ? Le 18e de ligne avait 600 hommes, le 39e 650, le 57e 260. Ces régiments avaient-ils fourni ce qu’ils avaient à fournir aux bataillons de marche ? Je vois que le détachement du 113e de ligne était encore à Strasbourg. Quand est-ce donc qu’arrivent les cadres du 46e et du 93e ? Je vois aussi des détachements suisses prêts à partir; pourquoi ne les met-on pas en route ?

Dans la 7e division militaire, le 4e de chasseurs a 140 chevaux prêts à partir, le 60e a 700 hommes, etc.

Dans la 24e division militaire, je vois au 1er mai que le 48e avait 650 hommes et le 108e 600 ; avaient-ils fourni les deux compagnies qu’ils doivent fournir aux bataillons de marche ?

Donnez une instruction pour que ces états soient faits exactement au 15 et qu’ils m’arrivent le plus promptement possible.

 

Saint-Cloud, 8 mai 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, faites une circulaire à tous les géné­raux commandant les divisions militaires pour qu’au 1er mai ils passent une revue extraordinaire de leur division, et fassent partir pour sa destination tout ce qu’ils trouveront de disponible en hommes et chevaux, artillerie et chariots. À cet effet, vous enverrez à chacun d’eux l’état de ce que chaque corps doit fournir aux bataillons de marche, aux demi-brigades provisoires, etc., au dépôt de Hanovre, au parc, etc. Ils vous feront connaître ce qui restera ensuite et ce qui manque pour que cela puisse partir à la fin de mai. Mon intention est que vous fassiez partir le plus possible d’hommes et de chevaux. J’ai trois buts : 1° rapprocher les secours de l’armée; 2° profiter du moment où les chaleurs sont moins considérables pour faire faire de longues marches ; 3° débarrasser la France, et par là économiser les blés et les subsistances dans les mois de juin, juillet et août, et diminuer les dépenses de l’administration de la guerre, en évitant la consommation des fourrages, les cohortes de gardes nationales pou­vant suffire à tout.

Vous chargerez votre bureau du mouvement d’aller au-devant de mes vues en me proposant de mettre en marche tous les hommes e les chevaux qui restent en France.

Il faut néanmoins ne pas toucher à l’Italie, qui forme un système à part, ni aux 10e et 11e divisions militaires, qui gardent les Pyré­nées; et il faudra destiner à Bayonne, pour former une forte réserve, tout ce qui appartient aux 15e, 66e, 70e, 26e, 82e, 86e et 47e régi­ments. Tout le reste, après avoir complété ce que j’ai déjà demandé, sera formé en bataillons de marche qui se dirigeront de Strasbourg sur Berlin. Vous m’en proposerez la formation. Dans quinze jours vous aurez ma réponse, et, en attendant, vous préparerez tout pour leur départ. Indépendamment de l’intérêt de l’armée, celui des subsis­tances m’en donne un grand à faire sortir de France plusieurs mil­liers d’hommes et de chevaux quelques mois plus tôt.

 

Saint-Cloud, 8 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, les quatre-vingt-huit cohortes auront quatre-vingt-huit compagnies d’artillerie; j’ai ordonné que ces com­pagnies soient envoyées aux différentes écoles pour se former. Cela donnera de grands moyens pour le service de l’intérieur et la défense des côtes. Puisque rien de ce qui appartient aux cohortes ne doit sortir de France, il sera nécessaire d’employer ces compagnies à la garde des places frontières de l’Escaut, de la Hollande, des côtes de Bretagne, des îles d’Hyères et de Ré. Cela rendra disponible une grande quantité d’artillerie, que j’appellerai à l’armée.

Il sera nécessaire de mettre en mouvement, des dépôts des régi­ments d’artillerie, dès le commencement de juin, une vingtaine de recrues par compagnie, et de former de tous ces hommes un ou deux bataillons de marche, de sorte qu’on soit assuré d’avoir des rempla­cements pour toutes les pertes causées par les maladies ou la guerre.

Quatre compagnies d’artillerie ont été demandées pour les der­rières de la Grande Armée, afin de garder les lignes de communica­tion. Mon intention est qu’il en soit placé une à Spandau, une dans la Poméranie suédoise, une à Marienburg et une à Pillau. Je crois que j’ai ordonné de diriger deux de ces quatre compagnies sur Wesel et deux sur Hambourg; les deux qui sont à Wesel seront dirigées sur Spandau et Pillau, et les deux autres qui sont à Hambourg sur la Poméranie suédoise et Marienburg. Il faudra faire remplacer ces compagnies par deux nouvelles compagnies pour la 32e division mili­taire et deux nouvelles compagnies pour la place de Wesel.

Indépendamment de ces quatre compagnies, il y en a une pour Erfurt, que vous avez déjà désignée, ce qui fera cinq compagnies pour les places fortes de l’armée; il y en aura cinq autres au-delà de la Vistule. Ainsi, sous le titre de l’artillerie sur les derrières de l’armée, il y aura dix compagnies, indépendamment de celles qui sont sous le titre des places de l’Oder, de l’Elbe et de Danzig.

Mon intention est que vous dirigiez, aussitôt que faire se pourra, une partie des compagnies qui sont à l’Ile d’Elbe, aux Iles d’Hyères et à Toulon, pour les envoyer en Italie, où j’ai besoin de plus de compagnies d’artillerie ; mais cela n’aura lieu que lorsqu’elles pour­ront être remplacées par les six compagnies des six cohortes qui tiendront garnison à Toulon.

Les dix compagnies des dix cohortes destinées aux Pyrénées pour­ront fournir à la défense de Cette et au service de Perpignan et de Bayonne ; ce qui vous donnera encore de l’artillerie de ligne disponible.

La brigade de cohortes destinée à garder la Rochelle pourra four­nir les six compagnies à l’ile d’Aix, à l’île d’Oléron et à l’île de Ré (ce qui rendra aussi plusieurs compagnies disponibles), ainsi que les compagnies des cohortes de Bretagne qui garderont Brest, Belle-Île, etc. Faites-moi sur cet objet un rapport qui me fasse connaitre le numéro et la force des compagnies d’artillerie qui deviendront dis­ponibles et ce qui existe aux dépôts des différents régiments.

Il serait bon de pouvoir disposer, dans le courant de l’été, de quelques compagnies pour remplacer à Modlin, à Zamosc et à Thorn, l’artillerie polonaise, qu’on me dit peu instruite.

 

Saint-Cloud, 8 mai 1812

Au général Lebrun, duc de Plaisance, aide de camp de l’empereur, à Paris

Monsieur le Duc de Plaisance, vous partirez dans la journée de demain. Rendez-vous à Aix-la-Chapelle, à Cologne et à Düsseldorf. Vous verrez la situation de la 1e division de la réserve, son habille­ment, l’instruction des hommes, le nombre d’officiers qui manque à chaque régiment. Faites-moi connaître si cette division a ordre de se mettre en marche sur Magdeburg. Voyez aussi les troupes du grand-duché de Berg. Faites-moi connaître quand les deux bataillons com­plets peuvent se mettre en marche, ainsi que ce qui doit partir pour compléter les autres corps.

Vous irez de là à Wesel. Voyez-y la situation des 4e et 5e batail­lons ; le nombre et l’espèce d’hommes ; la désertion qu’il y aurait eue. Voyez aussi les conscrits réfractaires. Faites-moi connaître quand les 6e bataillons du 37e et du 56e, portés à 840 hommes chacun, pour­ront partir pour Spandau. Prenez des renseignements sur la déser­tion qu’auraient eue le 29e et le 4e bataillon du 10e léger. Visitez les remparts de Wesel, afin de voir si l’on arme la place; voyez aussi les travaux du génie et tout ce qui peut m’intéresser. Faites-moi un rapport sur chacune de ces places.

De Wesel, vous vous rendrez à Cassel; restez-y deux jours. Vous y verrez la Reine, mon ministre. Vous vous procurerez l’état exact des 5e bataillons et des dépôts de cavalerie, avec leur emplacement, des fusils et de l’artillerie. Vous vous informerez de ce qu’il y aurait à craindre de l’esprit des habitants, et vous me ferez connaître ce ‘qu’il faudrait de troupes françaises pour les contenir au besoin ; vous prendrez aussi des renseignements sur la situation de la gendarmerie, et, dans le cas contraire, vous me ferez connaître les secours qu’on pourrait tirer du pays, en supposant une descente des Anglais.

Allez de Cassel à Leipzig et à Brunswick. Vous resterez un jour dans chacune de ces villes pour y faire les mêmes observations. Allez partout dans les hôpitaux ; voyez combien il s’y trouve de Français malades, et s’ils y sont bien traités, et donnez-leur des consolations. Rendez-vous ensuite à Magdeburg, et faites-moi un rapport détaillé sur cette place, les travaux du génie, son armement, la vente des marchandises coloniales, et la quantité de riz et eau-de-vie et autres objets de l’année qui s’y trouvent.

De Magdeburg, vous irez à Spandau. Passez-y un jour pour voir la citadelle et tout ce qui peut être intéressant.

Vous resterez deux jours à Berlin. Voyez-y la situation des troupes.

Arrangez-vous de manière à arriver, si cela est possible, vers le 20 à Posen. C’est dans cette ville que vous m’adresserez tous vos rapports, que vous aurez soin de numéroter.

 

Palais de Saint-Cloud, 8 mai 1812.

ALLOCUTION DE L’EMPEREUR A LA DÉPUTATION DU DÉPARTEMENT DES APPENNINS.

J’ai toujours reconnu dans le peuple de Gênes beaucoup d’attache­ment pour la France. Je suis bien aise de ce que vous me dites. La première fois que je passerai les Alpes, j’irai dans votre départe­ment et au beau golfe de la Spezia. Les chemins et les travaux que j’ai fait entreprendre sur ce point important seront alors terminés.

 

Saint-Cloud, 8 mai 1812.

À M. Melzi, duc de Lodi, chancelier du royaume d’Italie, à Milan (dépêche télégraphique)

Faites-moi connaître s’il y a quelque chose de nouveau en Italie et si tout marche convenablement. Écrivez-moi tous les jours, à Paris, deux mots, que vous adresserez à M. l’archichancelier et qui me fassent connaître la situation de l’Italie. On me les fera parvenir par l’estafette; car je compte partir demain pour Dresde.

 

Mayence, 11 mai 1812. 1)Napoléon a quitté Paris le 9 mai, accompagné, notamment, de l’impératrice

À Frédéric, roi de Wurtemberg, à Ludwigsburg

Monsieur mon Frère, je reçois la lettre de Votre Majesté à mon passage à Mayence. Je la remercie des vœux qu’elle fait pour l’heu­reuse issue des événements qui paraissent se préparer. J’espère qu’ils pourront me fournir de nouvelles occasions de lui donner des preuves de l’estime que je lui porte et de l’intérêt que je prends à l’agrandisse­ment de sa Maison.

 

Dresde, 11 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Une division napolitaine est en marche pour Vérone; donnez ordre qu’elle se forme et se repose dans cette ville. Vous me ferez con­naître quand elle y arrivera, pour que je lui donne des ordres ulté­rieurs, mon intention n’étant pas qu’elle en parte sans mon ordre.

Avant de quitter Paris, j’ai donné ordre au roi de Naples de ren­voyer dans le royaume un régiment de cavalerie et un régiment d’infanterie, afin de moins affaiblir les forces de l’intérieur. La Reine pourra s’en servir pour garnir davantage la Pouille.

Mandez au général Grenier qu’il demeure sous les ordres de la Reine pour défendre Naples, mais que, tant que ce royaume ne sera pas menacé, il doit rester réuni pour marcher au secours de Rome, d’Ancône ou de la Toscane, si l’un ou l’autre de ces points était atta­qué. Je ferai d’ailleurs connaître de Posen mes dispositions ultérieures.

Il serait convenable d’organiser deux batteries d’artillerie au corps du général Grenier.

 

Dresde, 11 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, mandez au duc de Bellune de faire diriger tous les bataillons de marche, savoir, ceux destinés pour les 3e et 4e corps, par le plus court chemin, sur Thorn, ceux du 2e corps sur Marienwerder et ceux du 1er sur Marienburg.

Mettez-moi sous les yeux l’état de situation de tous les dépôts de Magdeburg, Spandau, Stettin, Küstrin, Glogau, etc., pour que je donne ordre d’en faire partir tout ce qui sera disponible.

Donnez ordre également au général Bourcier de faire filer tous les hommes de cavalerie montés et en état, pour rejoindre leurs corps respectifs.

 

Dresde, 11 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, remettez-moi l’état de tous les malades qu’ont actuel­lement les 6e et 7e corps, les Wurtembergeois et autres troupes de la Confédération. Écrivez aux différents gouverneurs pour qu’ils fassent partir des bataillons de marche destinés à remplacer les malades et à recompléter ces régiments.

 

Dresde, 11 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie, à Varsovie, qu’il a eu tort de jeter des ponts sur la Vistule; que c’est une opération mili­taire que jeter des ponts sur un fleuve aussi considérable que la Vistule ; que je l’aurais prescrite si je l’avais jugée convenable ; que, si ce n’est pas encore fait, il ne faut pas le faire ; que les bacs et quelques bateaux de réserve sont suffisants; que des ponts occuperaient un grand nombre de bateaux nécessaires à la navigation et aux approvisionne­ments de l’année; s’ils sont jetés, qu’il les laisse. Écrivez-lui qu’il n’a pas encore envoyé ses observations sur Modlin ; qu’il se rende à Pultusk, de sa personne, pour y voir le pays; j’avais fait établir une manutention à Pultusk, je désire qu’il fasse connaître si elle existe encore, et combien il y a de fours ; qu’il doit voir aussi en quel état sont les ouvrages qui avaient été commencés à Sierock; que je désire qu’il me fasse connaître s’il y a des ponts à Ostrolenka et à Pultusk, et dans quel état se trouvent les ouvrages de campagne que j’ai laissés à ces têtes de pont, enfin dans quel état se trouvent le pont de Mod­lin , le pont et les fortifications de Praga, et combien il y a de fours à Zamosc; qu’il serait nécessaire de commencer à faire filer quelques farines sur Pultusk.

Mandez que toutes les troupes du 3e corps qui seraient à Posen et à Gnesen en partent sans délai pour se diriger sur Thorn.

Écrivez au duc d’Elchingen de faire filer des farines sur Strasbourg et sur Osterode, et de s’assurer de l’état de la manutention d’Osterode.

Mandez au prince d’Eckmühl que, si les moyens de mouture sont rares à Elbing, il commence à faire filer 20,000 quintaux de farine de Danzig sur Elbing; que je mande au duc d’Elchingen d’en envoyer 10,000, de celle qui est à Thorn, sur Osterode. Mandez la même chose à l’intendant général.

 

Dresde, 18 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je reçois le travail qui était joint à votre lettre du 11 mai. Voici quelles sont mes intentions définitives, donnez des ordres pour leur prompte exécution.

La 1e division de la réserve, commandée par le général Lagrange, qui se réunit à Coblentz, Düsseldorf et Aix-la-Chapelle, sera com­posée de la 1e demi-brigade de marche forte de trois bataillons, des 2e, 3e et 4e demi-brigades de marche fortes également de trois batail­lons, et des 6e bataillons des 19e, 37e, 56e 93e, 46e, qui sont à Wesel et à Strasbourg; total, dix-sept bataillons. Vous donnerez l’ordre que ces dix-sept bataillons se portent sur Magdeburg. Vous me ferez connaître leur ordre de marche et le jour où chacun de ces bataillons arrivera à sa destination, afin que je donne les ordres ulté­rieurs. Ces dix-sept bataillons, formant près de 14,000 hommes, seront destinés à tenir provisoirement garnison à Magdeburg, Spandau et Berlin; ce qui me permettra de disposer du 9e corps. Je n’ai donc rien à changer à la formation proposée dans votre état n° 1, qui me parait bien entendu.

La 2e division de la réserve, commandée par le général Heudelet, se réunira sans délai à Munster et Osnabrück. Elle sera composée de la 6e demi-brigade, qui sera portée à quatre bataillons; de la 7e, qui est de quatre bataillons ; de la 8e et de la 9e, qui ont quatre bataillons; enfin de la 17e qui ne sera également que de quatre bataillons. Cette division sera donc organisée conformément à votre état n° 2, hormis que le 5e bataillon de la 17e demi-brigade, com­posée de deux compagnies du 5e bataillon du 28e, de deux du 5e ba­taillon du 43e et de deux du 6e bataillon du 65e au lieu de faire partie de la 17e demi-brigade, formera le 4e bataillon de la 6e demi-brigade. Je désire encore un autre changement, c’est que le 3e batail­lon de la 17e demi-brigade ne soit composé que des six compagnies du 4e bataillon du 25e léger. On y versera à cet effet tout ce qui serait disponible dans le 9e léger. Ces cinq demi-brigades formeront vingt bataillons. Deux généraux de brigade y seront attachés. Vous me ferez connaître le jour où chaque bataillon arrivera à Osnabrück et à Munster, afin que j’en puisse disposer. Le quartier général du général Heudelet sera à Munster.

La 3e division, aux ordres du général Merle, sera composée de la 10e demi-brigade forte de quatre bataillons, de la 11e forte de trois bataillons, de la 12e forte de quatre, et de la 13e forte de trois. Je vous ai fait connaître que j’approuvais la formation que vous me pro­posez par vos états n° 1 et 2, à quelques exceptions près dans ce dernier. J’approuve également votre état n° 3, hormis que je ne veux pas que 113 hommes du 8e de ligne soient incorporés dans le 50e; et si les 5e bataillons des 36e, 51e et 55e ne pouvaient pas fournir les cadres complets de deux compagnies, puisque déjà ces 5e batail­lons ont fourni deux compagnies aux demi-brigades de marche, vous pourriez, avant leur départ de Boulogne, vous servir d’un cadre du 2e régiment de la Méditerranée pour y comprendre ces conscrits. À cet effet, ce cadre se rendrait à Boulogne.

La 4e division sera composée de trois bataillons de Belle-Île, de trois de l’ile de Ré, de trois du régiment de Walcheren, de deux du ler régiment de la Méditerranée, et de trois du 2e régiment de la Méditerranée; ce qui fait quatorze bataillons. J’approuve l’état n° 7.

Vous aurez soin que les hommes du 8e et du 18e léger s’embarquent à Strasbourg pour Wesel. Le 37e de ligne ne peut avoir rien à fournir au 4e bataillon du 2e régiment de la Méditerranée, puisqu’il doit avoir à fournir à son 6e bataillon, indépendamment des demi-brigades de marche. J’approuve également le complément que vous voulez donner au 1er bataillon du 2e régiment de la Méditerranée, mais je ne puis approuver que vous placiez dans le 2e bataillon du 2e régiment de la Méditerranée des hommes du 28e léger, avec de l’infan­terie de ligne : il faut absolument séparer l’infanterie de ligne de l’infanterie légère. Mon intention est que cette 4e division se réunisse à Spandau et à Berlin. Le 4e bataillon de Belle-Île, le 2e de l’île de Ré, le 4e de Walcheren, le 2e de la Méditerranée; tous quatre com­posés d’anciens conscrits réfractaires, ont ordre de se réunir à Span­dau et Berlin, où ils attendront le passage de leur division. Le 2e et le 3e bataillon de Belle-Île doivent se former à Mayence et à Wesel le plus tôt possible. Le 3e et le 4e de l’île de Ré qui se forment à Mayence, le 2e de Walcheren qui se forme à Wesel, le 3e de Wal­cheren qui doit se former à Strasbourg, où il sera composé d’Espa­gnols, le 1er du 1er régiment de la Méditerranée qui se forme à Vé­rone, le 1er du 2e de la Méditerranée qui se formera à Mayence, le 2e du même régiment qui se formera également à Mayence, enfin le 4e bataillon du même régiment qui se formera à Strasbourg, tous ces bataillons, au fur et à mesure de leur formation, se met­tront en marche, passeront le Rhin à Wesel, Mayence ou Strasbourg , et seront dirigés sur Spandau et Berlin. Le général Durutte commandera cette division; et, comme il commande en ce moment à Berlin, sa division se formera ainsi sous ses yeux. Cette réserve se composera donc de quatre divisions : 1e division, le général Lagrange, dix-sept bataillons, à Berlin et à Magdeburg; 2e division, le général Heudelet, vingt bataillons, à Munster et Osnabrück ; 3e division, le général Merle, quatorze batail­lons , d’abord à Utrecht, Boulogne et Chambéry, pour ensuite être dirigés sur Munster et Osnabrück, conformément à l’ordre que je donnerai; 4e division, le général Durutte, quatorze bataillons, à Berlin ; total, soixante-cinq bataillons, dont trente et un à Berlin et trente-quatre à Munster et Osnabrück.

Il est évident que la 1e division recevra la première l’ordre de se rendre sur la Vistule pour être incorporée dans les régiments respec­tifs ; ce qui rendra des cadres, qui retourneront en France pour la conscription de 1813. La 4e division recevra également ordre de se rendre sur la Vistule, où chaque détachement qui aura été incorporé dans les cadres des régiments de réfractaires pourra rejoindre son régiment ou rester réuni dans ces cadres, selon les circonstances. Les 2e et 3e divisions resteront sur les derrières, dans la 32e division, entre l’Oder et l’Elbe. Elles appartiennent aux régiments de l’armée d’Espagne; elles formeront là une réserve qui pourra se porter par­tout où l’on en aura besoin.

Il est nécessaire que les six bataillons qui sont à Wesel et à Stras­bourg, et que j’ai joints à la 1e division, partent de Wesel et de Strasbourg, aussitôt qu’ils seront complétés, pour se rendre en droite ligne sur Berlin.

Vous n’avez plus un moment à perdre pour la formation de ces quatre divisions de réserve. Faites-en part au major général et aux généraux de division qui doivent les commander, et expédiez tous les ordres.

Il faut joindre à ces forces la brigade d’Erfurt, composée d’un bataillon du 3e, d’un du 105e, de deux du 29e et du régiment de marche de Paris; ce qui fera, je crois, six bataillons, ou 4 à 5,000 hommes. Donnez ordre aux deux bataillons du 29e de ligne qui arri­vent de Toulon à Lyon de se diriger avec leur compagnie d’artillerie sur Erfurt; et donnez ordre que le régiment de marche de la ville de Paris, organisé d’après mon ordre du 8 mai, se dirige également sur Erfurt. Cela fera sur ce point une réserve qui, sous les ordres d’un général de brigade, pourra se porter partout où il sera nécessaire.

Votre état n° 4 contient les 1e, 2e et 3e demi-brigades provisoires, ce qui fait 12 bataillons, ou la 1e brigade de réserve de l’armée d’Es­pagne; et les 4e et 5e demi-brigades provisoires, formant les neuf ba­taillons de la 2e brigade de l’armée d’Espagne. Je n’approuve pas que le 2e léger fournisse 200 hommes au 4e léger. Le 9e léger ne doit rien fournir à personne, vu qu’il faut former de nouveau le bataillon qu’il a perdu à Badajoz. Il en est de même du 103e et du 100e, tous ces régiments ayant perdu à Badajoz des bataillons qu’il faut reformer.

Le 34e de ligne a deux bataillons à former ; il ne peut donc rien fournir au 14e. Il faudra alors que le bataillon du 69e (le 4e de la 2e demi-brigade provisoire) attende pour partir qu’on puisse le com­pléter par quelque moyen extraordinaire.

La 1e demi-brigade doit déjà être organisée à Versailles; la 2e doit être en mouvement sur Cherbourg; la 3e doit être en mouvement pour se former à Saint-Lô et à Valognes ; la 4e doit être organisée à Pontivy, et la 5e à la Rochelle. Je n’approuve pas non plus que le 47e, le 70e et le 79e fournissent des conscrits au 26e de ligne et au 82e, parce que ces 5e bataillons, qui sont en Bretagne, auront besoin d’avoir toujours du monde pour faire le service de la cote. Ainsi le bataillon du 26e ne sera que de 300 hommes, celui du 83e que de 300 hommes. Ces deux bataillons, comme celui du 69e, seront com­plétés plus tard.

Je passe à votre état n° 5. Je ne vois aucun avantage à ôter des conscrits du 10e de ligne pour les mettre dans le 67e. Ceci s’applique également aux conscrits du 20e et du 102e. Il me semble que ces 5e bataillons, restant en Italie, doivent offrir des ressources pour les garnisons et les colonnes mobiles. Le 4e bataillon du 67e sera donc complété ultérieurement, ainsi que le 3e bataillon du 7e de ligne et le 4e du 101e. Le 42e peut d’autant moins fournir à ce der­nier qu’il faut reformer le cadre du bataillon que ce régiment a perdu en Espagne. Ainsi je désire que la 14e demi-brigade soit formée de la manière suivante : 1er bataillon, le 6e bataillon du 10e de ligne; 2e bataillon , le 6e bataillon du 20e de ligne ; 3e bataillon, le 3e ba­taillon du 67e; 4e bataillon, deux compagnies du 5e bataillon du 10e de ligne, deux compagnies du 5e bataillon du 20e de ligne, deux compagnies du 4e bataillon du 67e.

La 15e demi-brigade sera formée ainsi qu’il suit : 1er bataillon, le 4e bataillon du 1er d’infanterie légère; 2e bataillon, le 4e bataillon du 3e léger; 3e bataillon, deux compagnies du 3e bataillon du 7e, deux compagnies du 5e bataillon du 102e, deux compagnies du 5e batail­lon du 101e.

Ainsi la brigade d’Alexandrie se composera de trois demi-brigades ou sept bataillons. Quant au 42e, on reformera le cadre qui a été détruit.

Je n’approuve pas davantage que le 23e de ligne et le 60e versent leurs conscrits dans le 62e et le 16e de ligne, puisque d’un moment à l’autre le bataillon du 60e et celui du 23e, qui sont en Espagne, peu­vent revenir au dépôt, et qu’en attendant ces conscrits, conservés à leur 5e bataillon, feront parfaitement le service sur la cote.

Indépendamment de ce, les 4e bataillons qui resteront à compléter le seront par un appel, qui sera fait d’ici à un mois, des hommes de bonne volonté des cohortes, qui consentiront à passer dans la ligne. Mon intention est d’en prendre 150 par cohorte; ce qui fera 12,000 hommes qui serviront à compléter tous ces cadres.

Je désire que tout cela soit en mouvement, et que vous me fassiez connaître les époques d’arrivée de chaque brigade et de chaque bataillon, afin que je sache quand je pourrai disposer de chaque divi­sion , ainsi que de la brigade d’Erfurt.

 

Dresde, 20 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, écrivez au duc de Bellune qu’il faut continuer à traiter les Suédois en amis; qu’en conséquence les troupes et les marins suédois peuvent rester où ils sont ; mais que, si avant que les choses soient décidées il y avait danger que la Poméranie fût attaquée, ces hommes devraient être désarmés et envoyés dans l’intérieur.

Prévenez le duc de Bellune de l’arrivée de la division du général Lagrange, composée de dix-sept bataillons, qui se met en marche pour Magdeburg. Donnez-lui connaissance des ordres que j’ai don­nés pour la réunion d’une brigade à Erfurt et pour l’armement de la citadelle.

Donnez ordre à la division Delaborde (1e de la Garde) de partir de Stettin et de se diriger sur Danzig. Elle pourra marcher en deux colonnes par les deux routes. Instruisez le prince d’Eckmühl de ce mouvement. Faites-lui connaître que je suppose que, indépendam­ment des 1,300 hommes qui resteront à Danzig, il doit y avoir 1,600 hommes de la marine et des dépôts de son armée, et que la division qui y arrive formera avec tout cela une garnison suffisante ; qu’enfin c’est à lui à prendre des mesures pour que cette place impor­tante ne soit jamais dégarnie, en y laissant un régiment français; que je désire que les troupes alliées servent avec les Français pour en prendre l’allure et l’esprit; que, dans le courant de juin, il y aura à Danzig une division de marche composée de bataillons français, ayant à cœur que ce point important soit occupé par mes propres troupes.

 

Dresde, 30 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, donnez ordre au général la Riboisière de faire four­nir 3,000 fusils pour armer les 3e bataillons de la légion de la Vistule qui sont arrivés à Posen. Il prendra ces fusils parmi les meilleurs à Küstrin, et recommandez-lui de faire en sorte que ces trois régi­ments soient bien armés.

Donnez-lui à connaître que 3,000 autres fusils deviennent néces­saires pour armer les 4e, 7e et 9e régiments polonais qui arrivent d’Espagne et qui seront dans le courant de juin à Posen, ces régi­ments ayant besoin chacun d’un millier d’hommes pour être portés au complet.

Voyez ici le ministre de Saxe pour que 3,000 autres conscrits soient rassemblés à Posen pour recruter ces trois régiments, et écri­vez à l’intendant général pour que des mesures soient prises pour babil­ler ces 3,000 hommes.

Par ce moyen, la légion de la Vistule sera composée de trois régiments, chacun de trois bataillons; ce qui fera neuf bataillons. Les trois régiments polonais arrivant d’Espagne seront également composés de trois bataillons chacun, lesquels seront au grand com­plet de 160 hommes par compagnie, qui est l’effectif des régiments polonais. Ces six régiments fourniront donc 18,000 hommes.

Je vois par votre lettre du 18 mai que les 3,000 hommes destinés à la légion de la Vistule sont prêts à Posen. Ne perdez pas un mo­ment pour que les 3,000 hommes nécessaires aux trois régiments qui reviennent d’Andalousie soient également réunis à Posen.

Donnez ordre que ces trois régiments que commande le général Girard, qui arrivent du 21 mai au 2 juin à Sedan, se rendent à Mayence, d’où ils continueront leur route sur Fulde, Erfurt et Posen, en marchant de manière à arriver le plus promptement possible, mais sans trop se fatiguer.

 

Dresde, 21 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, il est convenable que vous envoyiez un de vos aides de camp à Lemberg, en le faisant passer par Varsovie. Vous deman­derez à M. de Metternich s’il a quelque chose à mander au prince de Schwarzenberg. L’envoi de cet aide de camp aura pour objet d’annoncer mon arrivée et de faire connaître que mon quartier général va être porté à Posen. Envoyez quelqu’un qui puisse parler et qui se rende agréable. Cet officier sera charge de porter au prince de Schwarzenberg un chiffre, pour que les choses secrètes soient transmises en chiffre, vu qu’il est à craindre que les Cosaques ne saisissent quelque officier d’ordonnance. Il rapportera l’état de situation de l’armée autrichienne, ce qu’il y a de nouveau et la force des troupes qui se trouvent en Podolie et en Volhynie, opposées au corps autrichien. Votre aide de camp séjournera quatre ou cinq jours au quar­tier général du prince Schwarzenberg. Il reviendra de là par Zamość, s’il n’y a pas d’inconvénient ; il visitera cette place, les fortifications, les magasins, etc., verra la garnison, prendra des renseignements sur la force des ennemis dans les environs de Zamość et jusqu’aux marais de Pinsk. Après quoi il reviendra par Varsovie vous rejoindre à Posen.

Vous chargerez le prince de Schwarzenberg d’envoyer, cinq jours après le départ de votre aide de camp, un autre officier pour porter la situation des cinq jours et faire connaître ce qu’il y a de nouveau sur la ligne et les différents mouvements des Russes.

 

Dresde. 21 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, donnez ordre au 2e régiment de chasseurs à pied de la Garde, au 2e et au 3e régiment de grenadiers à pied, de partir de Glogau le 21 et le 22 pour se rendre à Posen. Donnez ordre au 1er régiment de chasseurs à pied qui est arrivé le 12 mai à Glogau, ainsi qu’au 1er régiment de grenadiers à pied, d’en partir le 23 et le 24 pour Posen. Donnez ordre à toute l’artillerie qui est arrivée avant le 15 mai à Glogau, aux sapeurs et au train du génie, d’en partir le 24 et le 25 pour Posen. Donnez ordre à toute la cavalerie arrivée avant le 15 mai à Glogau d’en partir également pour Posen les 23, 24, 25. Remettez-moi en conséquence un état de la partie de la Garde, infanterie, cavalerie et artillerie, qui restera à Glogau, et de la partie qui en partira en conséquence du présent ordre.

 

Dresde, 21 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, faites connaître au duc d’Elchingen que, la saison des opérations allant commencer, il est nécessaire qu’il pousse la tête de son infanterie sur Osterode et que sa cavalerie s’approche égale­ment de cette place, car il est probable que vers le 1er juin il recevra ordre de porter son quartier général à Osterode. Donnez-lui l’ordre de faire organiser la manutention d’Osterode et d’y faire filer des farines.   ‘

Écrivez au vice-roi qu’il est nécessaire qu’il fasse réorganiser la manutention à Willenberg, qu’il porte la tête de sa cavalerie et même une avant-garde d’infanterie sur ce point; qu’il est probable que, lorsque je saurai quand le 4e corps arrive, dans les premiers jours de juin, il recevra ordre de porter son quartier général à Willenberg.

Mandez au roi de Westphalie qu’il est nécessaire que la cavalerie polonaise se rapproche de la Narew, afin de laisser de la latitude au vice-roi qui a 80,000 hommes à nourrir sur Plock, et qu’il a toute la droite pour se nourrir. Mandez-lui de faire rétablir la manu­tention de Pultusk, d’y faire conduire des farines de Varsovie, de faire rétablir également les fours d’Ostrolenka et d’y former un maga­sin, de farine.

Mandez au prince d’Eckmühl qu’il est nécessaire que la division Bruyère ne gêne point les communications du vice-roi et que sa cava­lerie se retire sur la gauche; que nous voilà au mois de juin, temps où l’herbe doit être bonne. Donnez ordre au général d’artillerie de faire partir de Danzig pour Elbing un équipage de pont attelé. Pré­venez de cet ordre le prince d’Eckmühl, pour qu’il inspecte cet équi­page de pont et s’assure qu’en vingt-quatre heures on puisse jeter un ou deux ponts, s’il le faut, sur la Narew. Demandez quand le second équipage de pont pourra être attelé et se mettre en mouvement.

Vous instruirez le prince d’Eckmühl des ordres que vous donnez sur toute la ligne.

 

Dresde, 21 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, donnez ordre que tous les chirurgiens, toutes les administrations des 1e, 2e et 3e corps, qui se trouveraient dans la 32e division militaire, dans le royaume de Westphalie, en Prusse et sur la rive gauche de l’Oder, partent sans délai pour rejoindre leurs corps respectifs sur la Vistule. Les commissaires ordonnateurs sont responsables de l’exécution du présent ordre. Chargez-les d’envoyer les états de ce qui reste. Cet ordre est commun au Mecklenburg et à la Saxe. Désirant que tout le matériel et les administrations de l’ar­mée se trouvent sur la rive droite de la Vistule, les hôpitaux qui restent dans la 32e division militaire et sur la rive gauche de l’Oder, ainsi que les administrations, doivent être servis par des employés du pays. Écrivez cela aux commandants des différents corps, pour qu’ils fassent rentrer ce qui serait sur leurs derrières appartenant à leurs corps. Faites connaître au prince d’Eckmühl qu’il a eu tort de laisser son personnel sur les derrières, qu’il doit tout réunir à son quartier général, mais que l’ordre que je donne remédie à cela.

 

Dresde, 21 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, envoyez l’ordre au duc de Bellune de faire relever à Spandau les bataillons de marche qui s’y trouvent par un bataillon de Würzburg et par un bataillon français de la division du général Partouneaux. Il donnera à ce régiment une demi-batterie d’artillerie prise sur celle attachée à la division Partouneaux; de sorte que le général Merle se trouve avoir 15,000 hommes et une demi-batterie pour s’assurer de la position importante de Spandau.

Le duc de Bellune fera venir les différents bataillons de marche à Berlin ; il en passera lui-même la revue, et dirigera tout ce qui appar­tient au 1er, au 2e et au 3e corps sur Marienwerder, d’où chaque déta­chement rejoindra son régiment. Tout ce qui appartient au 4e corps sera dirigé sur Plock.

Faites connaître au duc de Bellune qu’il est nécessaire qu’une partie des deux bataillons que je mets à Spandau entre dans la citadelle pour y faire le service, et qu’on procède à l’armement. Il faut qu’un com­missaire des guerres et un officier de santé soient envoyés dans cette place. Faites donner des ordres en conséquence. Tout cela doit se faire sans parler. Si l’on demande la raison de cet armement, on doit répondre que l’importance de cette place exige qu’elle soit mise à l’abri de tout événement et d’une descente des Anglais.

Recommandez au général Merle de donner à dîner aux officiers prussiens et d’être fort honnête avec eux.

 

Dresde, 21 mai 1812.

Au capitaine d’Hautpoul, officier d’ordonnance de l’empereur, à Varsovie

Monsieur le capitaine d’Hautpoul, vous devez être de retour à Varsovie depuis le 20 ; vous m’aurez adressé votre rapport sur Zamość. Je vous envoie une instruction sur une nouvelle mission. Vous vous adresserez au prince Poniatowski pour avoir des lettres de recommandation. Vous lui demanderez des officiers polonais pour vous accompagner dans votre reconnaissance, et vous expédierez ces officiers des différents points avec vos rapports. Il sera convenable que, pour ne point donner d’ombrage, vous passiez pour un officier de l’état-major du prince Poniatowski et que vous preniez en consé­quence l’uniforme polonais.

INSTRUCTION.

Le capitaine d’Hautpoul se rendra de Varsovie à Terespol, et verra d’aussi près que possible la place de Brzesc; si elle est forte, com­ment elle est armée, et quelle résistance elle peut faire. Il notera bien l’itinéraire de Varsovie à Brzesc. Il prendra des informations sur la force des Russes de ce côté, sur ce qu’ils ont dans la direction de Slonime, sur la droite du marais de Pinsk, vers la Lithuanie et vers la gauche.

Il reviendra sur la frontière reconnaître le Bug jusqu’à Nur. Il tiendra note de la largeur de la rivière, de la situation des rives, de la nature du chemin, etc. Il s’informera à Nur de ce que les Russes ont à Briansk et à Bielsk.

Le capitaine d’Hautpoul enverra ses rapports par un officier à Varsovie, d’où ils seront expédiés sur Posen.

De Nur, il ira à Tykocin, longeant la frontière de Pologne. Il verra ce que les Russes ont à Bialystok et sur cette frontière, et recon­naîtra la communication des routes avec Varsovie. Il enverra un nou­vel exprès de Tykocin pour porter ses rapports à Varsovie. Il s’appro­chera le plus près que possible de Grodno pour reconnaître cette place et ce qui s’y fait. Il observera avec soin les différentes commu­nications avec Lyk, avec Augustowo, et dans les différents sens. Il enverra de là un nouvel exprès à Varsovie. Il continuera ensuite sa reconnaissance de la frontière jusqu’à Olitta, et il fera différentes excursions qui puissent lui donner la connaissance du terrain entre Olitta, la Narew et la Vistule. Après quoi il reviendra à Posen.

 

NOTE

1° II existe entre Grodno, Augustowo, Suwalki, Seyny et le Niémen, une forêt très-vaste et marécageuse, qui paraît d’un accès très-difficile : il serait nécessaire d’avoir de bons renseignements sur la nature de cette forêt et des chemins bons ou mauvais qui la tra­versent et facilitent les communications sur Grodno.

2° Il faudrait aussi prendre à Olitta des renseignements sur une autre forêt très-étendue qui couvre une grande portion de pays sur la rive gauche du Niémen depuis Johannisburg jusque vers Maryampol et Preny; il paraît qu’elle oblige à faire des détours pour arriver sur Kovno. Les routes de Johannisburg, de Wilkowyski, de Maryampol, toutes sur Kovno, sont-elles praticables ?

3° En supposant un corps d’armée à Tilsit et un autre corps à Bialystok ou Grodno, comment pourraient-ils communiquer ensemble par des mouvements de flanc ? Quelles seraient les routes à suivre pour se rendre de Tilsit et Insterburg à Olitta, à Meretch, à Grodno, à Bialystok ?

Il faudrait avoir des détails sur la nature de ces routes, des bois et marais à traverser, la population approximative des villes, les res­sources locales, les distances, etc.

 

Dresde, 21 mai 1812.

Au prince Borghèse, gouverneur général des départements au-delà des Alpes, à Turin

Mon Cousin, je suis à Dresde depuis deux jours avec l’Impératrice, avec l’empereur et l’impératrice d’Autriche. Je compte y rester encore quelques jours. Toute mon armée est sur la Vistule. Il n’y a encore rien de nouveau. Les hostilités ne sont pas commencées.

Venant d’apprendre que des vaisseaux anglais sont devant Savone, je pense qu’il est nécessaire de mettre le Pape en sûreté. En consé­quence, vous chargerez le préfet et le commandant de la gendarmerie de faire partir le Pape avec ses gens dans deux bonnes voitures. Le Pape aura son médecin dans sa voiture. Les précautions seront prises de manière qu’il traverse Turin de nuit, qu’il ne s’arrête qu’au mont Cenis, qu’il traverse Chambéry et Lyon de nuit, et qu’il soit ainsi
conduit à Fontainebleau, où les ordres sont donnés pour le recevoir.

Je m’en rapporte à votre prudence et à celle du commandant de la gendarmerie. Ayez soin que la voiture du Pape soit bonne et que toutes les précautions convenables soient prises. Il ne faut pas que le Pape voyage en habits pontificaux, mais seulement en habits ecclé­siastiques, et de manière que nulle part sur la route, excepté au mont Cenis, il ne puisse être reconnu. À moins d’événement, cette mesure n’est pas tellement urgente que vous ne puissiez envoyer chercher le préfet de Montenotte pour concerter d’avance avec lui ce départ.

Vous transmettrez la lettre ci-jointe au duc de Lodi. Je lui écris pour qu’il vous envoie à Turin l’archevêque d’Édesse. Lorsque cet archevêque sera arrivé à Turin, vous lui ferez connaître de ma part que vous avez une mission à lui confier, et aussitôt que vous appren­drez que le Pape sera à une poste au-delà de Turin, vous l’enverrez le rejoindre. Il se placera dans la voiture du Pape et l’accompagnera pendant le reste de la route. Vous ferez connaître à ce prélat que la situation des affaires en Europe et la présence des Anglais devant Savone rendaient le séjour du Pape dangereux dans cette ville ; qu’il faut qu’il soit placé dans le centre de l’Empire; qu’il sera reçu à Fon­tainebleau par les évêques de la députation ; qu’il y occupera le loge­ment qu’il a déjà habité; qu’il y verra les cardinaux qui sont en France, etc.

Vous correspondrez pour l’exécution de ces mesures avec le ministre de la police. Je désire que le plus grand secret soit gardé.

 

Dresde, 22 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, je vois que votre état du quartier général n’est que du 10; cependant c’est aujourd’hui le 22. Écrivez à Posen pour que dans les vingt-quatre heures on vous envoie un nouvel état. Je désire savoir si le major Clicquot, des équipages, est arrivé, ainsi que l’imprimerie. Il est fort urgent que je reçoive ces états pour que je puisse faire mes dispositions. Pourquoi l’état du 1er corps n’est-il qu’au 5 mai ? Je devrais avoir celui du 15. Dans cette situation du 5 mai, je vois qu’il y a bien des hommes détachés. Donnez l’ordre au prince d’Eckmühl de faire venir tout son monde et de ne pas s’em­barrasser des derrières. Le nombre de ses détachés se monte jusqu’à 4,000. Il est bien urgent que le prince d’Eckmühl envoie des ordres particuliers pour rappeler ce qu’il a en arrière, et que tout son corps soit sur la rive droite de la Vistule. Je vois dans l’état de situation de la division Bruyère, an 10 mai, que le 6e régiment des lanciers polonais était encore à Ostrolenka et environs, et que le 8e était encore aux environs de Pultusk. Il est nécessaire que ces régiments se reploient sur la rive gauche de l’Alle.

En général, les états que vous me mettez sous les yeux ont près d’un mois de date; il est ridicule qu’ils soient si arriérés, c’est comme si je n’avais rien. Vous ne prenez pas les mesures nécessaires pour les avoir exactement ; c’est votre faute.

 

Dresde, 22 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, le duc de Bassano a du vous faire connaître que j’ai avancé un million sur l’emprunt de Saxe pour le service de l’armée polonaise; que ce million doit être payé en deux termes ; qu’il est donc nécessaire que le payeur général de l’armée envoie 500,00.0 francs à Varsovie pour les besoins de l’armée, et que les 500,000 autres francs seront payés plus tard. Donnez en conséquence des ordres pour que 500,000 francs soient envoyés à Varsovie vingt-quatre heures après fa réception du présent ordre.

 

Dresde, 22 mai 1812.

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA GUERRE.

Depuis le 1er janvier 1812, il ne sera plus rien accordé au prince d’Eckmühl au-delà du traitement de maréchal commandant un corps d’armée, avec l’extraordinaire par mois.

 

Dresde, 23 mai 1812

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je vous envoie un rapport sur Kolberg. Prenez-en une copie que vous enverrez à M. de Saint-Marsan, et faites repasser ensuite cette pièce au major général. Il paraît par ce rapport que la Prusse a encore beaucoup de magasins à Kolberg, dont elle pourrait se dégarnir pour aider à la subsistance de l’armée.

 

Dresde, 23 mai 1812.

A Madame la comtesse de Montesquiou, gouvernante des Enfants de France, à Paris

Madame la Comtesse de Montesquiou, j’ai reçu toutes vos lettres jusqu’au 16 mai. J’apprends avec plaisir la bonne santé du Roi. J’ai confiance en fait de médecine dans mon premier médecin Corvisart.

 

Dresde, 23 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, faites connaître à la Grande-Duchesse que l’ennemi a l’intention d’attaquer l’île d’Elbe, et qu’elle envoie le prince Félix inspecter la garnison de cette ile, ses moyens de défense, ses magasins, etc.

Le 7e bataillon du 6e de ligne, celui du 14e léger, le 3e bataillon de la Méditerranée, le bataillon colonial italien, forment quatre ba­taillons valant 3,000 hommes; ce qui, avec les deux compagnies d’artillerie, les deux compagnies garde-côtes et le bataillon de l’île d’Elbe, forme une garnison de 4,000 hommes. Il faut un bon com­mandant d’armes à Porto-Ferrajo, un chef de bataillon d’artillerie, un officier supérieur du génie et un bon général pour commander l’île. Je suppose que les magasins sont à l’abri de la bombe, et que la place est approvisionnée de tout ce qui est nécessaire.

Faites-moi connaître la situation du 112e régiment, il doit avoir à présent cinq bataillons et plus de 4,000 hommes sous les armes; ces hommes sont-ils habillés, équipés, armés et en état de marcher ?

Donnez pour instruction à la Grande-Duchesse que, si l’ennemi attaquait soit Rome, soit Ancône, soit Venise, soit Naples, soit Gênes, le bataillon étranger qui est à Livourne, le 112e régiment et les cohortes de gardes nationales de la Toscane, formant un corps de 6,000 hommes, doivent, sous les ordres d’un général de brigade, avec six pièces de canon attelées sur-le-champ par des moyens extra­ordinaires du pays, se mettre en mouvement sur le point menacé.

Instruisez de cette disposition le général Miollis, le général Vignolle commandant en Italie, le prince Borghèse commandant en Piémont.

Le général Miollis a trois bataillons du 6e de ligne, trois bataillons du 14e léger, le 2e bataillon de militaires étrangers et la cohorte des gardes nationales de Rome, en tout huit bataillons, qui formeraient une division de 8,000 hommes. Le général Miollis organiserait sur-le-champ douze pièces de canon, qu’il ferait servir par l’artillerie de ligne qu’il a à Rome, et cette colonne se porterait ou sur Rome , ou sur Livourne, ou sur Naples, ou sur Ancône, ou sur Venise, si ces points étaient attaqués. Il est nécessaire que les bataillons du 6e de ligne et du 14e léger soient portés au grand complet. Instruisez de cela la Grande-Duchesse, le maréchal Pérignon, le général comman­dant en Italie et le prince Borghèse.

Le prince Borghèse aura la 14e demi-brigade provisoire forte de quatre bataillons, la 15e forte de quatre bataillons, la 4e cohorte de gardes nationales formant quatre bataillons, les quatre bataillons du 52e; ce qui ferait seize bataillons ou deux divisions, chacune de 6,000 hommes, à chacune desquelles on attacherait huit pièces de canon attelées par les moyens du pays. Ces divisions se porteraient, selon les circonstances, ou sur Rome, ou sur Venise, ou sur Ancône, sur Gênes, sur Nice, ou même sur Toulon. Il est donc nécessaire que la Grande-Duchesse, le général Miollis, le maréchal Pérignon, le général commandant en Italie, soient prévenus de ces dispositions.

Le général commandant en Italie se trouve avoir, par les disposi­tions que j’ai prises, trois divisions formant 18,000 hommes, savoir, une sur l’Adige, une du côté d’Ancône et une du côté de Milan, les­quelles se porteraient aussi sur les provinces illyriennes avec infan­terie, cavalerie et artillerie.

Ainsi donc il y a en Italie les forces du général Grenier, fort de 8,000 hommes d’infanterie, de 500 chevaux napolitains, de quatorze pièces d’artillerie napolitaines et de dix pièces de régiment ; la divi­sion de Rome, forte de 9,000 hommes et de douze pièces de canon; la division de Toscane, forte de 6,000 hommes et de six pièces de canon; les trois divisions du royaume d’Italie, fortes de 18,000 hom­mes et de 1,500 chevaux; les deux divisions du Piémont, fortes de 12,000 hommes, 1,200 chevaux et de douze pièces de canon.

Ces corps formeront donc une force de 50,000 hommes d’infan­terie et de 3,000 chevaux et de quatre-vingt-quatre pièces de canon, indépendamment de l’armée napolitaine, forte de 40,000 hommes d’infanterie, de 4,000 chevaux et de soixante et dix pièces de canon.

Vous voyez donc qu’on pourrait se porter avec près de 100,000 hom­mes sur un point qui serait menacé, sans compter ce qu’on pourrait tirer de Genève et de la 7e division militaire. Il est nécessaire que vous me remettiez une travail en règle là-dessus, après vous être concerté avec le général Miollis, le général Vignolle, la Grande-Duchesse, le prince Borghèse, le maréchal Pérignon et le général Bertrand.

Le général Bertrand, en cas d’attaque sur Venise, pourrait four­nir une colonne de 2 ou 3,000 hommes, qui appuierait sur la Piave. Il faudrait que le roi de Bavière fut prévenu par le général Vignole; il ne manquerait pas d’envoyer 3 ou 4,000 hommes par Trente.

Si, par contre, le Tyrol s’insurgeait, le général Bertrand ferait passer à Lienz 2 ou 3,000 hommes, le général Vignole enverrait 8 à 9,000 hommes sur Trente, les Bavarois feraient passer une douzaine de mille hommes par Salzburg; ce qui ferait près de 24,000 hommes, qui seraient promptement réunis dans le Tyrol.

Ce qui me parait manquer en Italie, ce sont des compagnies d’artil­lerie françaises; il en manque à Palmanova, à Mantoue, à Venise; il faut aviser aux moyens d’en envoyer.

Le 4e bataillon du 8e léger est à Zara ; ce bataillon a 200 malades, de sorte qu’il n’a que 550 hommes présents. Faites partir de Genève une compagnie de 150 hommes pour le compléter.

J’ai approuvé que vous fassiez passer en Illyrie le 3e bataillon du 23e de ligne, ce qui formera quatre bataillons français ou 3,000 hom­mes dans les provinces illyriennes ; le 4e léger italien y a trois ba­taillons; ce qui fait sept. Il y aura donc dans les provinces illyriennes, indépendamment des Croates, sept bataillons de ligne.

Mandez au général Miollis de faire filer, à fur et mesure, tout ce qu’il pourra sur le 4e léger italien, afin que ce régiment ait une force de 2,400 hommes.

Il y a en Illyrie deux compagnies d’artillerie italiennes qui ne sont qu’à 100 hommes; mandez au général Vignolle de les compléter à 120 hommes. Les deux compagnies d’artillerie françaises sont au complet de 120 hommes.

Je ne serais pas éloigné de faire passer à Trieste le 4e bataillon du 3e léger, qui est à Parme, aussitôt que les cohortes de gardes natio­nales de la 28e division militaire seront formées.

Le 5e bataillon du 10e de ligne, qui est à Plaisance, doit recevoir des hommes et être bientôt d’une véritable utilité.

Je crois que le général Bertrand doit toujours tenir dans le Tyrol, du côté de Lienz, un millier d’hommes français et croates.

Il y a encore dans les 27e et 28e divisions militaires le 4e batail­lon du 7e, qui s’organise et dont il faut presser l’organisation ; le 4e bataillon du 42e; le 3e bataillon du 47e, qui est arrivé d’Espagne; le 4e bataillon du 101e; enfin le régiment suisse. Il me semble que le 4e bataillon du 7e pourrait être joint à la 15e demi-brigade provi­soire, et le 3e bataillon du 67e à la 14e. Le 4e bataillon du 42e, le 4e du 101e et le régiment suisse pourraient former une nouvelle bri­gade, à laquelle il ne faudrait pour la compléter que des hommes.

Faites-moi un rapport sur les différentes parties de cette dépêche, que je dicte de mémoire, et présentez-moi un projet d’organisation.

 

Dresde, 23 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, écrivez au maréchal Pérignon, qui commande à Naples, qu’il est presque certain qu’il sera attaqué avant la fin de l’été ; qu’il est donc nécessaire qu’on s’occupe avec activité à remonter la cavalerie, à organiser des batteries d’artillerie légère et à pied, à recruter les cadres et à en former de nouveaux; que je pense qu’il est indispensable qu’il y ait dans le royaume de Naples 50,000 hommes et 4,000 chevaux et soixante à soixante et dix pièces de canon ; que le corps du général Grenier est compris dans cet effectif; que, pour avoir soixante et dix à quatre-vingts pièces de canon attelées, il faut plus de 300 voitures, ce qui exige 1,500 à 2,000 chevaux du train; qu’il est nécessaire qu’il y ait deux batteries de réserve de pièces de 12 et d’obusiers; que ce ne sera que la grande activité que la Reine mettra dans ses armements et l’aspect de l’état de défense respectable où sera mis le royaume qui imposeront à l’ennemi ; que je désirerais que 500 chevaux napolitains et deux bat­teries, l’une à cheval de six pièces et l’autre à pied de huit pièces, formant quatorze pièces de canon, fussent jointes au corps du géné­ral Grenier ; que mon intention est que le général Grenier se tienne dans ses cantonnements actuels et dans des endroits sains, prêt à se porter, selon les événements, sur Rome, sur Ancône ou sur Flo­rence. Écrivez la même chose au général Grenier.

 

Dresde, 23 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le 1er bataillon du 52e a 233 hommes à la Spezia ; faites rejoindre ces hommes, qui sont désormais inutiles à la Spezia. Le 1er bataillon de ce régiment est fort de 600 hommes, le 2e bataillon de 500 hommes, le 3e de 500 hommes, le 4e de 500 hommes : je désire que les cinq bataillons du 52e soient réunis à Gênes. Faites-moi connaître si ce régiment pourrait fournir trois bataillons de six compagnies fortes chacune de 150 hommes, ce qui ferait un régiment de 2,700 hommes, et ce qui resterait aux 4e et 5e bataillons. Je désirerais ne retirer ce régiment de Gènes que lorsque l’organisation des 82e, 83e, 84e et 85e cohortes du Piémont et de Gènes serait à peu près avancée.

Je désire être instruit de ce qui se passe à Naples, afin de faire passer des ordres à la division napolitaine avant qu’elle ait passé Vérone, si je vois qu’on pourvoit à réparer les pertes par un nouveau recrutement et qu’il n’y ait rien à craindre. Au reste, le travail que je vous demande, par mes lettres de ce jour, sur les bataillons qui sont disponibles en Italie, me mettra à même de juger si je dois faire venir la division napolitaine, qui sera toujours utile sur les derrières de la Grande Armée. Le 4e bataillon du 52e est, je crois, composé d’anciens soldats de la conscription de 1811 ; je ne serais pas éloigné de le joindre aux trois premiers. Je crois vous avoir mandé d’écrire à la Grande-Duchesse de réunir le 112e dans des endroits sains; faute de ce soin, les régiments se perdent. Mon intention est que passé le 1er juin il n’y ait aucune troupe native d’en deçà des Alpes dans les mauvaises parties de la Toscane, de l’État de Rome, de Naples, dans les environs du Pô, à Mantoue, à Palmanova. Les Na­politains, les bataillons étrangers, doivent faire le service dans ces pays. Réitérez l’ordre que les troupes françaises soient placées sur les hauteurs et dans des positions saines. Cette disposition est de la plus haute importance. Tenez la main à son exécution, et chargez quelqu’un de vos bureaux de compulser les états de situation et de s’assurer que mes ordres sont exécutés.

 

Dresde, 23 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, expédiez sur-le-champ un officier au vice-roi pour lui faire connaître que les dispositions contenues dans sa lettre du 10 mai sont mauvaises. Pultusk, Ostrolenka, Rozan et même Przasnysz doivent être occupés par le 5e corps, qui se nourrit par Varsovie. Il doit appuyer la gauche du 4e corps à la Drewenz, et la droite tout au plus à Wyszogrod. Il aurait alors pour se nourrir la manutention de Thorn, celle de Plock et celle de Wyszogrod. Il doit avoir reçu Tordre de se placer en colonnes sur le chemin de Plock à Willenberg; il peut se placer sur trois colonnes, s’il le juge conve­nable; une de Lipno à Rypin et Lautenburg, une de Plock à Soldau, et la troisième de Wyszogrod à Plonsk et Mlaua. Mais tout le pays depuis la ligne de Wyszogrod, Plonsk et Mlaua à la Narew doit être à la disposition du 5e corps. La Wkra peut être la ligne de démar­cation. Faites bien remarquer au vice-roi qu’il doit tenir ses masses près de la Vistule, puisque Wyszogrod, Plock et Thorn sont des endroits abondamment approvisionnés et où il y a une grande quan­tité de vivres.

Écrivez dans le même sens au duc d’Elchingen et au roi de Westphalie.

 

Dresde, 23 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, écrivez au général Rapp que vous avez mis sous mes yeux sa lettre du 9 mai; que j’y ai vu des bâtiments de trois espèces; que ceux de la première espèce ne vont que de Königsberg ou d’Elbing jusqu’à Pillau et de là dans la Baltique ( il paraît que ces bâti­ments sont nombreux, mais le général Rapp ne fait pas connaître ce qui en existe à Königsberg) ; que ceux de la deuxième espèce sont au nombre de cinquante-quatre ; que ce sont des bâtiments qui font la navigation du Frische-Haff, mais qu’ils ne peuvent pas arriver jusqu’à Danzig; qu’enfin les bâtiments de la troisième espèce sont ceux qui peuvent aller de Königsberg à Danzig; que leur nombre n’est que de quarante-deux, qui peuvent aller sans décharger de Danzig à Königsberg, et que ces quarante-deux bâtiments ne peuvent porter ensemble que 30,000 quintaux. Le général Rapp ne fait pas con­naître quel est le tonnage des cinquante-quatre bâtiments de deuxième espèce, ni combien ce nombre de bâtiments pourrait transporter; mais en général ce doit être peu de chose, et, quand même ces bâti­ments porteraient 60 milliers, cela serait bien peu satisfaisant. Il est vrai que le nombre des bâtiments de première espèce n’est pas déterminé; s’il y en a beaucoup, il faudrait en arrher le plus grand nombre possible; et, comme il doit y avoir dans la Vistule des bâti­ments en suffisance pour aller de Danzig à Elbing, le service ainsi partagé pourrait toujours se faire. Toutes les fois qu’on aurait des bateaux de la troisième espèce qui peuvent aller de Danzig à Kœnigs-berg, on les préférerait. Quand on n’en aurait pas, on chargerait d’abord sur des bateaux de la Vistule, qui transporteraient jusqu’à Elbing, et là le chargement passerait sur des bateaux de deuxième et même de première espèce. Enfin il faut avoir des bateaux en quan­tité suffisante pour transporter 2 à 300 milliers de Danzig à Königsberg, soit en rompant charge à Elbing, soit sans rompre charge. Mon intention est donc que le général Rapp réunisse en conseil les deux contre-amiraux, des ingénieurs et les principaux bateliers du pays, et qu’il prenne leur avis sur les différentes questions suivantes :

Combien y a-t-il de bâtiments propres à aller de Danzig à Königsberg ? Combien portent-ils ? Pourrait-on en augmenter le nombre ? Y a-t-il à Danzig des bâtiments qu’avec une légère réparation on pourrait rendre propres à ce service, de manière qu’on pût effectuer le transport de Danzig à Königsberg sans rompre charge à Elbing ? Combien y a-t-il de bateaux pour faire la navigation de Danzig à Elbing ? Combien peuvent-ils porter ? Combien de jours leur faut-il pour l’aller et le retour ? Combien y a-t-il de bateaux qui puissent aller d’Elbing à Königsberg ? Et combien de jours leur faut-il pour ce trajet ? Convient-il de réparer les allèges qui sont à Danzig et de les envoyer vides à Elbing, pour augmenter les moyens de transport d’Elbing à Königsberg ? Ou y en a-t-il déjà suffisamment ?

Il faudrait aussi me procurer des renseignements sur cette autre question : Quels sont les bâtiments qui pourraient aller de Königsberg dans le Niémen et remonter ce fleuve ? Quelles doivent être leurs dimensions ? Ont-ils des écluses à franchir ? Je suppose qu’il y aura suffisamment de ces bateaux.

Il est de la plus grande importance que les bateaux ne manquent pas et que cette navigation se fasse sous la direction des officiers de marine. Le contre-amiral Dumanoir sera chargé de tous les détails du service depuis Danzig jusqu’à Königsberg. Le contre-amiral Baste sera placé à Königsberg et sera chargé du même service dans le Frische-Haff et dans tous les canaux de communication de Königsberg au Niémen. Il est nécessaire que ces deux contre-amiraux con­certent l’organisation de leur service et vous en rendent compte. Il faut qu’ils aient partout des officiers de marine, et que des marins placés sur tous les bâtiments nous mettent à l’abri de la mauvaise volonté des bateliers du pays. Vous enverrez copie de ma lettre à l’intendant général. Vous l’enverrez aussi au prince d’Eckmühl, qui, étant sur les lieux, pourra prendre des renseignements de son côté.

Trois ingénieurs des ponts et chaussées arrivent de Russie. J’ai donné ordre qu’on les retint; on les attachera à ce service.

Il est nécessaire que vous ayez au quartier général un officier de marine pour suivre la correspondance et les détails de ce service.

 

Dresde, 24 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, vous ferez connaître au général Heudelet que mon intention est qu’il tienne son quartier général à Munster et qu’il soit en correspondance avec le commandant de la 32e division militaire, avec celui du Mecklenburg, avec le gouverneur de Magdeburg, avec le général commandant la 31e division, avec le commandant de la 17e division et avec le ministre de la guerre du royaume de Westphalie; il sera du reste sous les ordres du duc de Bellune, qui est à Berlin et qui commande toutes mes troupes entre le Rhin et la Vistule. Le général Heudelet a sous ses ordres la 2e division de la réserve, composée de la 6e demi-brigade, forte de 4 bataillons; de la 7e demi-brigade, forte de 4 bataillons; de la 8e demi-brigade, forte de 4 bataillons; de la 9e demi-brigade, forte de 4 bataillons ; de la 17e demi-brigade, forte de 4 bataillons, total, 20 bataillons. Il a en outre sous ses ordres la brigade qui se réunit à Erfurt et qui est composée de 6 bataillons; ce qui fait un total de 26 bataillons. Mon intention est qu’il envoie sans délai la 7e demi-brigade pour tenir garnison à Hambourg; la 6e pour tenir garnison dans le Mecklen­burg; la 8e pour tenir garnison à Brème; la 9e pour tenir garnison à Munster, et la 17e à Osnabrück; que ces troupes ne doivent faire le service des côtes qu’en cas d’événements extraordinaires; qu’elles doivent être tenues réunies dans les villes, pour faciliter leur formation et leur instruction; que le général Heudelet doit parcourir leurs différentes garnisons pour les faire manœuvrer; que les deux batail­lons du prince Primat, restant dans la 32e division militaire, seront suffisants pour le service de la côte et ce qu’on appelle le service de la division; qu’enfin cette division de vingt bataillons de la réserve ne doit être là que pour se former, s’organiser et se mettre à même d’entrer en ligne.

Le régiment de la Confédération n° 6, qui est à Hambourg, se rendra dans la 31e division militaire, où il relèvera les trois batail­lons du 125e, qui viendront rejoindre la 12e division à Berlin. Le régiment n° 4 partira sur-le-champ de Hambourg pour la Pomeranie suédoise. Moyennant l’arrivée de la 6e demi-brigade dans le Mecklen­burg, le régiment des gardes de Hesse-Darmstadt rejoindra le quar­tier général à Marienburg, pour être attaché au quartier général et en faire le service. Enfin les autres troupes de Hesse qui sont dans le Mecklenburg rejoindront leurs corps dans la Pomeranie suédoise, et le général Daendels réunira toute la brigade de Berg à Stettin, en retirant même ce que ce corps a en garnison à Küstrin.

Vous ferez connaître au général Heudelet que, si une descente avait lieu en Hollande à Delfzyl, à Hambourg, ou dans la Poméranie suédoise, il aurait à s’y porter sur-le-champ avec ses vingt-six bataillons; que, si une insurrection quelconque avait lieu en Westphalie ou sur tout autre point, il faudrait y faire marcher la réserve d’Erfurt, ainsi que les forces qu’il aurait à Munster; que mon inten­tion est d’envoyer la 17e demi-brigade tenir garnison à Magdeburg, mais que j’attends, avant de donner cet ordre, qu’on m’ait rendu compte de la formation de cette demi-brigade et de l’arrivée des ba­taillons des 126e, 127e, 128e et 129e, qui doivent être en ce moment en retard. Il faut informer le général Heudelet que 10,000 Danois doivent en cas de descente coopérer avec lui ; que huit 4e escadrons de dragons doivent se mettre en marche pour le Hanovre; qu’ils ne seront d’abord composés que de 800 hommes, mais que successive­ment ils seront portés à 2,000 chevaux; que cette cavalerie doit faire partie de sa division. La 32e division doit avoir deux batteries de canon. Il est nécessaire que deux autres batteries soient attachées à la division Heudelet. J’en ai écrit au ministre de la guerre et j’en réitère l’ordre.

Ainsi le général Heudelet aura dans la main vingt-six bataillons, formant 18,000 hommes, 2,000 hommes de cavalerie et trente pièces de canon. Deux généraux de brigade et un adjudant comman­dant lui seront nécessaires. En supposant donc que, dans le courant de juillet, les Suédois, les Anglais ou même les Russes tentassent quelque chose, il serait en mesure de leur résister.

Donnez l’ordre au général Michaud, commandant à Magdeburg, qu’aussitôt que la tête de la division Lagrange sera arrivée à Magde­burg il fasse partir le régiment westphalien qui est à Magdeburg pour se rendre à Glogau.

Prévenez la reine de Westphalie de la formation de la réserve d’Erfurt et de l’organisation de la division Heudelet.

Prévenez le général Heudelet qu’il doit s’assurer par lui-même que la citadelle d’Erfurt est armée, approvisionnée et en état de se défendre.

Vous ferez part de toutes ces dispositions au maréchal duc de Bellune, la division Heudelet étant sous ses ordres.

Moyennant l’arrivée du régiment de la Confédération n° 4 et des troupes de Hesse-Darmstadt dans la Poméranie suédoise, toute la brigade de Berg, composée aujourd’hui de cinq bataillons et qui bientôt sera augmentée de deux autres, doit se réunir à Stettin, afin de pouvoir se mettre en mouvement sur la Vistule, ou y être aussitôt que la 1e division de la réserve, aux ordres du général Lagrange, sera arrivée à Magdeburg. Vous ferez comprendre au duc de Bellune que je désire que le 9e corps puisse dans le courant de juin se porter sur la Vistule. Il se trouvera remplacé par les 1e, 2e, 3e et 4e divi­sions de la réserve. Prévenez de tous ces ordres le ministre de la guerre, afin surtout qu’il organise promptement deux batteries d’artil­lerie pour la division Heudelet.

 

Dresde, 24 mai 1812.

Au général Durosnel, aide de camp de l’empereur, à Dresde

Monsieur le Comte Durosnel, vous trouverez ci-joint copie d’un mémoire du général Rapp sur les moyens de transport par eau de Danzig à Königsberg. Je vous remets aussi copie de la réponse que je charge le major général de faire au général Rapp. Rendez-vous à Danzig; vous y verrez les principaux bateliers, les ingénieurs de marine et les deux contre-amiraux, et vous me rapporterez un mémoire, bien détaillé, sur toutes les questions posées dans ma lettre au major général. Voyez par vous-même si mes ordres relatifs à l’embarquement des équipages de siège, à l’embarquement des équipages de pont et du génie et à l’embarquement des vivres ont été exécutés, si tout a filé, et si tout sera rendu à Elbing an 1er juin. Voyez également si le premier équipage de pont, bien attelé, a été sur Elbing, et quelles sont les ressources des 2e et 3e équipages de pont en matériel, personnel et attelages; enfin voyez tout ce qui peut intéresser mon service à Danzig, soit pour l’équipage de siège, soit pour l’équipage de réserve, soit pour les approvisionnements du génie et l’artillerie. Voyez tout en détail et rapportez-moi des renseigne­ments sur tout. Vous passerez à Elbing pour vous assurer que tous les objets qui auraient été dirigés sur Elbing y sont arrivés, et que, si on a dû les débarquer, ils sont déjà rembarqués sur d’autres bâti­ments propres à la navigation du Frische-Haff. Vous attendrez de nouveaux ordres à Danzig.

 

Dresde, 26 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je réponds à votre lettre du 18, par laquelle vous me rendez compte de l’embrigadement des cohortes de gardes nationales ; mais vous ne me faites pas connaître les généraux de brigade que vous avez chargés du commandement de chaque bri­gade, ce qui est très-important, puisqu’il faut que chaque brigade ait un chef qui préside à son organisation , qui corresponde avec vous pour les places vacantes, et qui veille à son instruction. Ayez soin que la brigade composée des 55e, 56e, 57e, 58e, et des 18e et 19e cohortes, qui doivent se réunir à Utrecht, soit répartie entre Utrecht, Arnheim et Nimègue; qu’elle soit placée dans des endroits sains; qu’elle ne fasse point de service sur les côtes sous quelque prétexte que ce soit, à moins d’un débarquement d’ennemis; sans quoi ces six cohortes, composées d’hommes nés au cœur de la France, se réduiront à rien.

Les cohortes composées de Belges, faisant partie de la 3e brigade, doivent faire le service des côtes et des endroits malsains, comme étant acclimatées. Il ne faut pas placer dans ces parties la cohorte composée d’anciens Français ; elle doit être placée à Bruges et même à Gand. Il faut placer à Ostende, qui est un pays malsain, la cohorte belge. Si les établissements ne peuvent pas contenir les cohortes qui ne seront pas placées dans l’Ile de Cadzand, on peut en mettre deux à Gand. Le commandant de la brigade résidera à Bruges, où il sera à portée de faire mouvoir les différentes cohortes, selon les événe­ments. On pourrait même se dispenser d’envoyer des cohortes à Cadzand avant le mois de novembre, et laisser la cohorte de l’Escaut, qui ne serait supprimée qu’en novembre.

La brigade de cinq cohortes qui s’organise à Lille, qui doit tenir garnison à Malines, doit s’étendre à Bruxelles et n’occuper que des endroits sains. Je n’aime pas à voir de cohorte à Breda; Bruxelles, au contraire, est sain. II suffit que le général qui commande ces cinq cohortes réside à Malines et ait l’autorisation de les réunir au moindre mouvement; elles auront plus de latitude et profiteront des établissements existants. Les environs de Bruxelles, de Malines, de Louvain, d’Anvers, le beau village de Saint-Nicolas, peuvent très-bien contenir la brigade de Lille et celle de Besançon.

Je désire que vous me remettiez un tableau de la formation des brigades, des généraux désignés pour les brigades, et de l’emplace­ment qu’occupe chacune.

Attachez-vous à l’esprit de l’ordre que j’ai dicté, et écartez-vous de la lettre. Un jour ou deux de distance ne sont rien quand il s’agit de la santé des troupes; des pays sains avant tout. À quoi servent des hommes malades, dont on ne peut rien faire quand l’ennemi se présente ?

Je vous recommande surtout les cohortes de l’ancienne France, que je dirige sur Anvers et sur Utrecht. Entrez dans les plus petits détails, et occupez-vous sérieusement de les placer dans des pays extrêmement sains.

 

Dresde, 26 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, mandez au prince d’Eckmühl qu’il est ridicule de penser à construire une estacade du côté de Pillau et à y disposer de gros bâtiments chargés de pierres; qu’aujourd’hui que je suis à l’armée on ne doit point faire de pareilles choses sans mon ordre, qu’il suffit d’avoir de bonnes batteries aux deux pointes, et que les Anglais ne s’y frotteront point; qu’il fasse placer trois mortiers de chaque côté, indépendamment des pièces de 24; qu’il n’y a peut-être pas d’incon­vénient à prendre quelque gros bâtiment à Königsberg et à l’installer comme ponton; et encore la distance du Nehrung à Pillau n’étant que de 3,000 toises, cela parait inutile; qu’il ne faut point tenter des choses qui nous rendent ridicules.

 

Dresde. 26 mai 1812.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Elbing.

Mon Cousin, le major général vous a fait connaître mes inten­tions pour le mouvement de votre corps d’armée. Tout est subor­donné à l’arrivée de l’équipage de pont, car tout mon plan de cam­pagne est fondé sur l’existence de cet équipage de pont bien attelé et aussi mobile qu’une pièce de canon. J’ai donné ordre qu’il fût arrivé le 1er à Elbing; j’espère qu’il le sera au moins le 3. Je suppose que l’équipage de siège sera aussi arrivé à Elbing et embarqué sur des bâtiments propres à la navigation du Frische-Haff. Il faut que les poudres et tout s’y trouvent, mais cela est moins pressé que l’équi­page de pont; si donc cet équipage avait besoin de quelques centaines de chevaux et qu’on ne pût se les procurer dans l’île de Nogat, je préférerais que quelques voitures de votre second approvisionnement restassent sans attelage. Je ne saurais trop vous recommander de prendre les mesures les plus efficaces pour que vous conserviez le moins de bagages possible, et pour que tous les habits, souliers et selles que les corps auraient avec eux soient envoyés à Marienburg et à Danzig, afin que tous les caissons puissent être employés et char­gés de farines, pain, riz, légumes et eaux-de-vie, hormis ce qui est nécessaire pour les ambulances. Le résultat de tous mes mouvements réunira 400,000 hommes sur un seul point; il n’y aura rien alors à espérer du pays, et il faudra tout avoir avec soi. Les bagages laissés en arrière pourront rejoindre après la première expédition.

La passe de Pillau n’a que 600 toises de largeur; des batteries établies des deux côtés croiseront leurs boulets à 300 toises, et, en y ajoutant quelques mortiers et obusiers, pas une chaloupe ne pourra passer. Les idées d’estacade sont ridicules; il serait plus convenable de faire construire à Pillau trois ou quatre bâtiments formant chaloupes canonnières et pouvant prêter le flanc à une frégate et aller en mer. Je verrai cela quand je serai à Danzig. J’arriverai le 29 à Posen, le 31 à Thorn, le 2 à Marienburg et le 3 à Danzig. Ne dites rien de tout cela; ce n’est que pour vous seul. Aussitôt que j’aurai vu Danzig et que je serai assuré des choses importantes, je compte entrer en campagne, et l’armée se mettra partout en mouvement. Vous avez mal à propos alarmé la Prusse pour Pillau. C’est tout simple. Il faut aupa­ravant détacher le corps prussien. Je compte former un 10e corps des Prussiens et de la 7e division, et en donner le commandement au duc de Tarente.

Il me sera difficile de voir les corps en détail, autrement que sur le champ de bataille et dans les moments perdus. Préparez toutefois les états de remplacement, en y joignant les états de service de chaque officier, afin que je puisse finir le travail dans un moment. La manière dont je voyais les corps est trop fatigante et demande trop de temps. Je pourrai les voir ainsi dans les moments perdus.

J’ai ici l’empereur d’Autriche, l’impératrice, le roi de Prusse, le prince royal, beaucoup de princes et beaucoup de monde.

Le 1er corps d’armée autrichien, que commande le prince de Schwarzenberg, est réuni à Lemberg et va se mettre en marche. Il est fort de 35,000 hommes. Je suppose que tous vos constructeurs de fours sont à l’avant-garde. Ceux du duc de Reggio ont ordre d’établir une manutention à Guttstadt; ceux du duc d’Elchingen à Osterode; ceux du vice-roi à Willenberg, et ceux du 5e corps à Pultusk et Ostrolenka. Resserrez votre cavalerie légère sur votre gauche, puisque celle du 2e corps occupe Guttstadt.

 

Dresde, 26 mai 1812

A Eugène, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 5e corps de la Grande Armée, à Plock

Mon Fils, le major général vous aura fait connaître le mouvement que vous devez faire exécuter à votre corps d’armée, qui doit se for­mer sur trois colonnes. Vous devez avoir, le 6, votre quartier général à Soldau, vous n’y resterez pas longtemps, mon intention étant
d’ouvrir incessamment la campagne. Je serai le 30 à Posen. Je désire connaître, par un de vos officiers que vous m’y enverrez, la situation de votre corps d’armée. Le général Poniatowski occupera Modlin et sera à votre droite -à Sierock et Pultusk ; le duc d’Elchingen, à votre gauche, aura son quartier général à Osterode, occupera Allenstein
et Hohenstein et se liera avec votre cavalerie légère. Il est possible que du 7 au 8 je vous donne l’ordre de marcher sur Rastenburg, Lœtzen, etc. Faites connaître par les ingénieurs géographes les routes dans la direction d’Ortelsburg, Sensburg, Lœtzen, Rhein, Arys et même de Johannisburg. Poussez le plus de vivres que vous pourrez sur Willenberg. Placez sur votre gauche les Français, c’est-à-dire le 4e corps, les Bavarois à droite. Informez-vous si vous pouvez trouver quelques ressources vers Rastenburg. Il faut que vous ayez avec vous pour vingt jours de vivres, et que vos convois se rendent rapidement dans la direction de Plock, Wyszogrod, Ltpno et même Thorn. Je ne vous parle point de la cavalerie; elle pourra subsister. Dans ce mo­ment on trouve de nouveaux fourrages. Vous garderez le secret sur ce mouvement ultérieur. Faites croire, au contraire, que vous allez marcher sur Varsovie. Mon quartier général sera au 1er juin à Thorn et immédiatement après à Osterode.

Je suppose que vous avez fait moudre le blé avec la plus grande activité, et que de 10,000 quintaux vous avez porté à 20,000 quin­taux vos approvisionnements de farine. Toute l’armée finira par être réunie sur un même champ ; chaque corps se serrant coude à coude aura bientôt épuisé les ressources du pays : il ne restera que l’herbe. Ayez donc des bœufs, de l’eau-de-vie, des légumes secs, du riz, etc. ; ne portez aucun effet d’habillement ni de harnachement; embarquez tout cela à Plock et mettez-y un bon officier pour conduire le tout. Diminuez la charge de vos fourgons, on en aura besoin pour le transport du biscuit; d’ailleurs, il faut s’attendre à être harcelé par les Cosaques. Envoyez d’avance à Willenberg, faites-y construire une belle manutention de sept à huit fours. Une fois le mouvement com­mencé, votre route de communication sera par Thorn, tant pour le 6e que pour le 4e corps. Je ferai lever le pont de Plock, aussitôt qu’il sera jugé inutile. Prenez des moyens efficaces pour réunir à Willenberg tout ce que vous pourrez de farine, blé, bestiaux, etc. Ayez toujours en avant une compagnie de constructeurs de fours, de boulangers, sapeurs, etc., pour établir vos manutentions avant votre arrivée à Rastenburg et autres endroits où vous devez prendre position.

Votre bataillon de transport en bœufs est-il arrivé, ainsi que le corps du général Guyon ? Les troupes sont-elles incorporées ? Il faut renvoyer en Italie les cadres des 5e bataillons.

 

Dresde, 26 mai 1812.

A Jérôme, roi de Westphalie, commandant les 5e, 7e et 8e corps de la Grande Armée, à Varsovie

Mon Frère, le major général vous a fait connaître mes intentions pour le mouvement à opérer, du 5 au 6 juin, par les 5e, 7e et 8e corps. L’intendant général aura donné des ordres pour le rétablissement des manutentions de Pultusk, d’Ostrolenka et de Przasnysz, et pour faire filer des farines sur Pultusk, Makow, Przasnysz, Ostrolenka et Praga.

Le commandant du génie aura donné des ordres pour jeter un pont à Pultusk, pour relever la télé de pont, l’armer et rétablir les batteries qui, de la rive droite, défendent la gauche, pour rétablir les têtes de pont et les redoutes qui avaient été établies à l’intersection de la Narew et du Bug.

Il faut que vous établissiez sur le Bug un pont pour communiquer facilement dans la presqu’île. Ce pont doit être le plus près possible de Praga, dans un point cependant où les communications avec Pultusk ne soient pas gênées par les marais et soient faciles.

Il est indispensable que votre mouvement se fasse de manière que les postes avancés de cavalerie ne soient pas dérangés, et que ce qui est devant l’ennemi reste dans ses positions, car la guerre n’est pas déclarée de manière à empêcher la communication sur les frontières ennemies. Le Grand-Duché doit avoir des douanes qui aient ordre de ne rien laisser passer du Grand-Duché en Russie, en recevant tout ce qui arriverait.

Tenez un officier d’état-major vis-à-vis Brzesc aux débouchés. Il faut que les ponts sur la Narew et le Bug soient tels que les corps puissent facilement communiquer entre eux. Je vous recommande la tête de pont de Pultusk et de Sierock sur la Narew et le Bug, parce qu’il serait possible que, dans un second mouvement, je laissasse l’ennemi maître du pays depuis les glacis de Praga, me contentant de conserver Praga, Modlin, la rive gauche de la Vistule et la rive droite de la Narew, depuis Modlin jusqu’à Sierock; et de là, selon les circonstances, j’abandonnerais aussi la presqu’île et me tiendrais à la rive droite de la Narew jusqu’à Rozan et Ostrolenka; ou bien je garde­rais le Bug depuis Sierock jusqu’à Brok. Il est donc convenable que le pont que vous ferez établir dans la presqu’île soit le plus près pos­sible de Sierock. Quant au pont de Sierock, comme il est suppléé par celui de Modlin, on pourrait se contenter du pont sur le Bug et du pont de Pultusk sur la Narew, et supprimer le pont de Sierock (si cela devenait nécessaire et qu’il fut sans aucune valeur) situé à Nieporent, c’est-à-dire placé sur les deux rives réunies.

Il sera convenable qu’après avoir fait vos dispositions vous alliez voir Sierock, Pultusk, Ostrolenka, les bords de l’Omulew, et que vous veniez jusqu’à Brok. Faites reconnaître la petite rivière de la Liwiec, qui pourrait servir d’avant-poste en cas que les avant-postes se trouvassent trop près du Bug.

Faites commander à Lublin 100,000 rations de pain biscuité, et répandez le bruit de votre arrivée de ce côté avec 100,000 hommes. Il faut faire toutes les démonstrations pour faire croire que vous allez vous réunir aux Autrichiens avec 100,000 hommes; mais le vrai est que votre mouvement sera inverse, ce que je ne vous confie que pour vous seul, et ce que je désire que vous teniez très-secret, sans le communiquer même à votre chef d’état-major.

Le 4e corps de cavalerie, qui doit porter son quartier général à une ou deux marches de Praga, pourra pousser des postes de cava­lerie légère jusque sur le Bug pour observer les mouvements de l’ennemi. Il est nécessaire que la grosse cavalerie ne dépasse pas la Liwiec. Ce corps sera toujours à même de manœuvrer selon mes projets généraux et de s’approcher du Bug et de la Narew, si je le juge convenable. Placez le quartier général du général Latour-Maubourg du côté de Stanislawow, où il pourra surveiller le chemin de Brzesc.

Faites-moi connaître le nombre de pontons que vous avez à vos trois corps. Ayez avec vous vingt jours de vivres en biscuit et pain biscuité, farines, sans toucher aux magasins généraux.

U est possible que le 6 juin je commence des mouvements de guerre, sans cependant être en guerre, vu que j’ai six ou huit jours de marche sur le territoire de Prusse ou du Grand-Duché.

Le pain que vous ferez faire à Lublin, pour votre prétendu mou­vement sur ce point, pourra servir au corps autrichien, que je ferai serrer probablement sur ma droite. Manœuvrez et placez vos postes de cavalerie légère comme si vous alliez en Volhynie. Envoyez des espions de ce côté, et faites préparer votre logement à Lublin.

Personne ne doit être dans votre confidence, pas même votre chef d’état-major.

 

Dresde, 27 mai 1812

NOTE POUR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A DRESDE.

Monsieur le Duc de Bassano causera de cette note avec le chance­lier 2)M. de Hardenberg, chancelier de Prusse. Il lui fera comprendre que, comme politique, je me fie à la Prusse, et qu’il serait absurde de ne pas s’y fier; mais que, comme militaire, je ne puis laisser les places de Pillau et de Spandau dans d’autres mains que les miennes, et qu’il faut que je sois maître d’en changer la garnison tous les jours et toutes les fois que je le jugerai convenable; que mon premier sentiment avait été de demander la remise de ces places par le traité, mais que c’eût été une clause déshonorante pour la Prusse ; que les deux places sont d’ailleurs peu de chose, et que je trouve que le biais que j’ai pris est le plus con­venable; qu’il y a une chose simple à faire pour Pillau , c’est que le roi augmente son armée des 2,000 hommes de la garnison de cette place; qu’alors cette place se trouvant sans garnison, lorsqu’on mar­chera en avant, j’y mettrai celle qui conviendra; que ces 2,000 hom­mes feront plaisir au général Grawert et à toute l’armée prussienne, qui préférera être un peu plus forte qu’un peu plus faible, et que cet arrangement lèvera toute difficulté; que, quant à la place de Kolberg, il est nécessaire que le général qui y commande, indépendam­ment de fa garnison nécessaire à la défense de cette place qui doit rester dans son enceinte, ait à son ordre des colonnes mobiles avec de l’artillerie pour éclairer le pays et s’opposer à un débarquement, en ne cédant que devant des forces majeures et se retirant alors dans la place de Kolberg.

 

Dresde, 27 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il y a dans le royaume d’Italie plus de 30,000 hommes d’infanterie et de 2,000 chevaux.

La première division active que commande le général Fresia, dont le quartier général est à Trévise, est composée de deux brigades, savoir : la brigade du général Schill, formée de quatre bataillons du 13e de ligne, forts de 3,000 hommes et de deux pièces de canon, placée à Udine; et la brigade du général Zucchi, formée de quatre bataillons du 5e de ligne italien, d’un bataillon du 1er de ligne et d’un bataillon du 7e de ligne italien, ce qui fait six bataillons ou 4,000 hommes, placée à Padoue. Cette division, avec la 3e compagnie d’ar­tillerie italienne, 160 chevaux du train attelant six pièces de canon, et le 4e régiment de chasseurs italiens, fort de 600 chevaux, présente une force de 8,000 hommes. Prévenez de l’existence de cette division le général Bertrand, afin que, si Trieste était menacée, cette division puisse se porter à son secours. Donnez ordre en même temps qu’un escadron du 4e de chasseurs italiens soit placé plus à portée de Trieste.

Moyennant ces dispositions, Trieste et l’Illyrie n’ont rien à craindre. Il est important que le général Bertrand et les généraux qui comman­dent cette division s’entendent bien ensemble, pour ne pas attendre des ordres de Milan.

La 2e division active que commande le général Barbou est compo­sée d’une brigade, formée d’un bataillon du 4e régiment italien, d’un bataillon du 6e, d’un escadron du 1er de chasseurs italien et d’un escadron des dragons . Le 4e bataillon du 6e italien est à Sinigaglia. Laissez le général Barbou maître de l’y laisser, ou même de le mettre à Mantoue, s’il le juge nécessaire.

La 2e brigade de la 2e division active est composée de deux batail­lons du 112e que la Grande-Duchesse envoie à Bologne, d’où ils seront prêts à se porter sur Ancône ou sur tel autre point de l’Italie qui serait menacé.

Cette division doit être en mesure de se porter sur Rome, sur Venise, sur Ancône ou sur Gênes, selon les circonstances.

Indépendamment de ces forces, les places ont leur garnison; Palmanova à 1,500 hommes; Venise, 4,200; Legnago, 700; Mantoue, 3,000 hommes, etc.

Trieste me paraît beaucoup trop dégarnie, puisque deux bataillons français et les trois bataillons italiens sont en Dalmatie et à Raguse. Il serait bon d’avoir à Trieste un bataillon français. Avant que le 23e de ligne y soit arrivé , ce qui peut tarder, donnez ordre au général Schill d’y envoyer un bataillon français du 13e de ligne; ce qui, joint à l’escadron du 4e de chasseurs, qui sera placé sur l’Isonzo, et aux Croates, mettra cette place à l’abri de toute insulte. Faites éga­lement passer à Trieste deux compagnies d’artillerie française du 3e régiment, fortes chacune de 120 hommes, afin d’assurer ce point important.

 

Dresde, 27 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, envoyez à Bayonne, pour augmenter la réserve du général Lhuillier, le 3e et le 105e qui ont eu ordre de se rendre à Nantes.

Aussitôt que la 5e demi-brigade provisoire, composée des 6e ba­taillons des 26e, 66e et 82e et du 3e bataillon du 121e fort de plus de 200 hommes sera organisée, vous dirigerez cette demi-brigade sur Bayonne, où elle augmentera la réserve, puisqu’il y a dans la 12e division les cohortes qui se réunissent à la Rochelle, qui suffisent pour la garde des îles et des côtes.

Donnez ordre au général Dumuy qu’aussitôt que les cohortes seront habillées il les emploie à la défense des îles et du littoral de la Pro­vence, de sorte qu’on n’ait rien à craindre des tentatives de l’ennemi.

Donnez également ordre au général Miollis qu’aussitôt que sa cohorte sera formée il s’en serve pour garnir les points les plus im­portants des côtes.

 

Dresde, 27 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, j’ai ordonné au général d’artillerie de réunir à Elbing, bien attelés, deux équipages de pont, et de les faire conduire dans les premiers jours à peu près à la hauteur de Tilsit, ainsi que tout ce qui est nécessaire en cordages, ancres, etc., pour la construction d’un troisième pont avec les bateaux et les bois du pays ; l’existence de trois ponts est donc assurée. Le génie doit aussi avoir trois ponts sur pilotis, les cordages et les fers pour deux, les bois tout entiers pour un, avec les sonnettes et autres ustensiles pour pouvoir les construire rapidement. Mon intention est que vous donniez ordre au génie que ces équipages soient embarqués sans délai et se rendent à Elbing, d’où ils pourront suivre les mouvements de l’armée. Il est important que dans les premiers jours de juin tout cela soit réuni et en route. Écrivez au commandant du génie de s’entendre avec le gouverneur de Danzig pour l’embarquement et le départ du tout. Par ce moyen, j’aurai pour le Niémen trois ponts de bateaux et de plus trois ponts de pilotis.

Donnez l’ordre au roi de Westphalie, au vice-roi, au duc d’Elchingen, au duc de Reggio et au prince d’Eckmühl de vous envoyer sans délai l’état de tous les bateaux, nacelles, agrès, etc., qui sont à la suite de leurs corps d’armée. Il est nécessaire aussi que les Polonais attellent ce qu’ils ont de ces équipages. Demandez au commandant du génie l’état des bateaux, cordages, sonnettes, etc., qui se trou­vent avec les compagnies du train du génie, afin que j’aie l’ensemble de mes moyens sur cet objet.

 

Dresde, 27 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, donnez ordre au gouverneur de Danzig de réunir les vice-amiraux, les meilleurs capitaines et pilotes pratiques, afin de connaître au juste le tirant d’eau de la passe de Pillau et du Frische-Haff, et le cours ordinaire de la navigation de ce golfe et des canaux de Danzig et de Königsberg. Je désire qu’on me présente un projet pour construire sur un des points du Frische-Haff des bâtiments de guerre capables de défendre le Frische-Haff, la passe de Pillau et même de prendre la mer à Pillau.

 

Dresde, 27 mai 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde

Mon Cousin, envoyez un officier à Küstrin pour y attendre l’arrivée du général Roguet, et lui porter l’ordre d’arriver sur la Vistule par le plus court chemin et le plus tôt possible. Vous ferez connaître à ce général que le quartier général va se rendre à Osterode ; que sa division, en passant la Vistule, doit se diriger sur Guttstadt, et qu’il prenne plusieurs directions, afin que sa division arrive toute à la fois; qu’il consulte les forces de ses troupes pour ne point les fatiguer, et considère en même temps que, dans les premiers jours de juin l’armée devant entrer en grandes opérations militaires sur la Pregel, il serait agréable que sa division pût arriver de bonne heure. L’officier que vous enverrez vous rapportera la réponse du général Roguet, son itinéraire jour par jour et étape par étape, afin que l’on sache tou­jours où se trouve cette division.

Votre officier prendra aussi des renseignements sur l’équipage de siège qui se rend de Magdeburg à Küstrin, sur la quantité de munitions qui arrive de Magdeburg à Küstrin, et sur ce qui serait déjà passé.

 

Dresde, 28 mai 1812.

INSTRUCTIONS POUR L’ARCHEVÊQUE DE MALINES, AMBASSADEUR DE L’EMPEREUR PRES LE DUC DE VARSOVIE.

(Ces instructions, signées par le duc de Bassano, ministre des relations extérieures, ont été dictées par l’Empereur)

Le roi de Saxe, par son décret du 26 de ce mois, a créé une sorte de gouvernement spécial du duché de Varsovie, et lui a conféré des pouvoirs extraordinaires pour tout ce qui tient à l’administration.

C’est auprès du duc de Varsovie, et spécialement auprès du gou­vernement qu’il a investi de son autorité, que M. l’archevêque de Malines aura à exercer ses fonctions avec le caractère d’ambassadeur de l’Empereur.

Ce gouvernement réside dans un conseil des ministres.

Le conseil des ministres a été créé par l’article 8 de la constitution; il a un président nommé par le roi hors des membres du ministère. Les affaires sont discutées dans ce conseil, pour être présentées à l’approbation du roi. Telle est son existence constitutionnelle, et telles sont ses attributions d’après la constitution.

Son existence et ses attributions ont été étendues par le décret du roi qui lui confère, dans les cas d’urgence que peuvent présenter les circonstances actuelles, toute la plénitude du pouvoir attribué par le statut constitutionnel au roi lui-même.

L’exercice de cette autorité doit être déterminé selon les circon­stances actuelles et selon les circonstances à venir.

Dans les circonstances actuelles, le conseil doit statuer sur tout ce qui concerne l’administration, et déférer aux demandes qui lui seront faites pour l’intérêt soit de l’entretien, soit de la conservation des armées alliées.

Quant à l’entretien des armées alliées, la première tâche qu’il doit s’efforcer de remplir avec activité, c’est de former des magasins et d’employer tous les moyens du pays pour faire concourir les ressour­ces qu’il présente à la subsistance des troupes et au bon état de tous les services.

Quant à la conservation des armées, il doit prendre toutes les mesures de haute police dont il serait requis à cet effet. Il doit aussi porter une attention et un zèle particuliers à tout ce qui concerne la bonne organisation, le recrutement, le complètement, l’armement, l’équipement et l’entretien de tous les corps et de tons les services de l’armée du duché.

L’ambassadeur de l’Empereur auprès de ce gouvernement a donc un premier devoir et un devoir immédiat à remplir, c’est de procu­rer l’exécution de tout ce qui importe à l’entretien et à la conserva­tion des armées alliées. Il doit à cet effet entrer dans tous les détails de l’administration du duché, dont il convient qu’aucun ne lui soit étranger. Il doit appuyer toutes les demandes qui seront faites par les autorités militaires françaises et en procurer la plus prompte exécu­tion. Il doit correspondre à ce sujet avec le major général de l’année et avec les généraux commandant en chef les corps qui la composent.

Les circonstances à venir, pendant lesquelles le conseil des mi­nistres aura à exercer son autorité, sont celles qui vont procurer à la Pologne son rétablissement comme nation et la réunion des membres de ce corps politique qui avaient été séparés par la violence.

Le conseil des ministres donnera la première impulsion, en con­voquant la diète par une proclamation ; il en a le pouvoir, puisque le roi lui a délégué tous les siens.

La diète convoquée, la confédération de la Pologne partira de son sein et selon le mode d’exécution qui sera indiqué ci-après. Le con­seil des ministres n’aura pas une partie nécessairement active dans l’insurrection; il doit la favoriser de toute son influence, de tous ses moyens; il doit surtout se consacrer particulièrement à l’administra­tion et remplir la tâche importante et difficile de maintenir l’ordre au milieu de l’insurrection même, de régulariser les levées, les arme­ments, la perception et l’emploi des ressources des pays confédérés. L’ambassadeur exercera sur cette partie des fonctions du conseil des ministres la même surveillance et la même direction supérieure dont l’exercice lui est confié dans la situation présente des choses.

Les développements dans lesquels on vient d’entrer ne compren­nent pas encore la partie de ses fonctions pour laquelle l’Empereur compte le plus sur son activité, sa sagacité et ses lumières. C’est pour tout ce qui tient au rétablissement et à la confédération de la Pologne qu’il aura à en faire usage, pour répondre aux vues de l’Empereur.

Son premier soin doit être de consulter les Polonais qui connais­sent le mieux la Pologne, son histoire, son caractère national, les hommes puissants et les dispositions des provinces actuellement occu­pées par la Russie. Après les avoir entendus et les avoir appréciés, il se composera une sorte de comité qu’il présidera et qu’il consultera sur les mesures les plus convenables et sur la marche à adopter pour donner une grande impulsion à la nation. Il se formera ainsi une opinion qui lui sera propre, et il pourra juger ce qui doit être con­servé ou modifié dans le plan qui va être tracé.

Le décret par lequel le roi a donné des pouvoirs extraordinaires au conseil des ministres serait d’abord publié. Il commencerait déjà à fixer l’attention des Polonais sur leur avenir. Le conseil des ministres convoquerait ensuite la diète, ainsi qu’il a été dit ci-dessus, par une proclamation rédigée de manière à exciter au plus haut degré l’atten­tion et la curiosité publiques. Il conviendrait, si cela était possible, que son ouverture eût lieu du 10 au 15.

Lorsque la diète serait convoquée, elle pourrait recevoir une péti­tion de Irait ou dix des personnages les plus considérables de la Pologne par leur nom et leur existence dans les provinces russes, tels que le prince Adam Czartoryski, l’ainé des Radziwill, le prince Jablonowski, etc., etc. Cette pétition devrait être écrite dans un style propre à faire déjà une vive impression.

Des motions seraient faites dans la diète pour demander que dans les circonstances actuelles de la patrie un comité, nommé dans le sein de la diète, fût chargé de proposer les moyens dont elles exigent l’emploi. Ce comité devrait être composé des hommes les plus dis­tingués et les plus influents ; il ferait un long rapport sur les mal­heurs de la Pologne, sur l’espoir de la renaissance de la patrie, etc. ; il proposerait de proclamer l’existence du royaume de Pologne et du corps de la nation polonaise, que la force seule a pu détruire. Il établirait que partout où des Polonais sont réunis ils ont, comme leurs pères, le droit de se confédérer pour le salut de la patrie. Il proposerait un décret pour déclarer la Pologne rétablie et pour con­stituer la diète en confédération de Pologne.

Les diétines du duché de Varsovie seraient sur-le-champ convo­quées pour adhérer à la confédération. Tous les sujets mixtes, tous les sujets des provinces russes seraient admis à se confédérer. Les diétines des provinces qui seraient encore occupées par les Russes, ne pouvant se réunir publiquement, pourraient adhérer secrètement et envoyer leur adhésion à Varsovie.

Le rapport du comité de la diète devrait être européen et polonais, mais en s’attachant à développer les basses intrigues, les violences qui ont causé la ruine de la patrie polonaise ; on ménagerait avec soin la Prusse et l’Autriche, qui, loin d’être opposantes, accèdent d’avance aux événements qui se préparent. Le rapport serait en entier dirigé contre la Russie.

Un des premiers actes de la confédération serait le rappel des Polonais, officiers ou soldats, qui sont au service des Russes.

Au moment où la diète se confédérerait, elle nommerait on maré­chal et un conseil de la confédération. Ce maréchal et ce conseil, dont le choix est extrêmement important, feraient quelques jours après leur proclamation.

La diète pourrait nommer aussi divers comités de confédération dans les différents palatinats. Ces comités feraient également des proclamations.

Les proclamations, les discours des membres de la diète, les décla­rations ou manifestes de chaque confédéré, etc., seraient imprimés, publiés et répandus avec profusion.

Ces diverses mesures et les autres dispositions que la connaissance plus parfaite du pays mettra dans le cas de proposer doivent être prises de manière à frapper fortement l’opinion. Il ne suffit pas d’une proclamation; il faut des actes multipliés. H faut tout à la fois des proclamations, des rapports à la diète, des motions des députés, et, s’il est possible, autant de discours, de déclarations et manifestes particuliers qu’il y aura d’adhésions individuelles à la confédération. Il faut enfin qu’on ait à publier chaque jour des pièces de tous les caractères, de tous les styles, tendant au même but, mais s’adres­sant aux divers sentiments et aux divers esprits. C’est ainsi qu’on parviendra à mettre la nation tout entière dans une sorte d’ivresse.

Les comités des divers palatinats enverront des agents partout pour colporter toutes les pièces imprimées et les faire pénétrer dans toutes les parties de la Pologne. Les Russes ne peuvent occuper l’im­mensité du pays. Il faut créer des intelligences sur leurs derrières, établir des foyers d’insurrection partout où ils ne seront pas en force, enfin les placer dans une situation semblable à celle où s’est trouvée l’armée française en Espagne et l’armée républicaine dans le temps de la Vendée et de la chouannerie. Ce mouvement doit être facile­ment imprimé, et doit devenir général aussitôt qu’il sera appuyé par un événement militaire de quelque importance. Il faut qu’alors toute la Pologne se trouve remuée et qu’elle entre tout entière en insur­rection. Les seuls ménagements à garder sont relatifs aux provinces encore autrichiennes. On doit éviter d’indisposer un allié qui va au-devant de ces opérations.

Comme ambassadeur, M. l’archevêque de Malines ne doit prendre aucune part ostensible à ces mouvements; mais il doit tout voir, tout savoir, tout diriger, tout animer.

Lorsque la confédération sera formée, elle enverra une députation à l’Empereur pour lui présenter l’acte de confédération et lui deman­der sa protection. L’Empereur répondra aux députés en louant les sentiments qui animent les Polonais. Il leur dira que ce n’est qu’à leur zèle, qu’à leurs efforts, à leur patriotisme, qu’ils peuvent devoir la renaissance de la patrie. Cette mesure, que l’Empereur se propose de garder, indique assez à son ambassadeur l’attitude qu’il doit avoir et la conduite qu’il doit tenir.

Ces développements suffisent pour lui faire connaître les trois objets que l’Empereur a en vue en lui confiant la mission dont il est revêtu.

Premier objet. Avoir à Varsovie une ambassade française qui, par son rang, son existence, sa maison, domine toutes les autorités, soit françaises, soit polonaises, civiles ou militaires. Un officier géné­ral, de quelque grade qu’il eût été, aurait dominé difficilement les généraux de son grade, les ministres et les grands du pays. Un ambassadeur y parviendra avec d’autant moins de peine que son caractère politique, son rang dans la hiérarchie ecclésiastique et son caractère personnel imposeront davantage. Sa maison doit être un centre où toutes les classes, tous les intérêts viendront aboutir. Il donnera à toutes les réclamations, à toutes les révélations et même à tous les conseils un organe naturel et convenable.

Deuxième objet. L’ambassadeur doit exercer non-seulement une grande influence, mais une autorité réelle sur l’administration. Il assiste aux séances du conseil. Son rang ne sera point contesté, puis­que son caractère l’autorise à ne céder le pas qu’aux têtes couron­nées et aux princes du sang. Ainsi placé, son influence s’exercera naturellement avec autorité et sans blesser aucun amour-propre. Rien ne s’opposera à ce qu’il s’immisce dans tous les détails : d’abord parce qu’on verra dans toutes ses démarches l’autorité de l’Empereur, et que toute résistance serait inutile; ensuite parce qu’il n’inquiétera l’ambition de personne. Il doit profiter de sa position, ainsi qu’on l’a déjà établi, pour que le duché soit aussi utile qu’il peut l’être à l’armée, et pour qu’il concoure, par toutes les ressources qu’il peut offrir, à cette guerre dont les suites seront si heureuses pour la Polo­gne. Le duché réclamait depuis longtemps une autorité centrale; elle existe pour le pays par le pouvoir en quelque sorte royal dont le conseil des ministres est revêtu; elle existe surtout par la présence de l’ambassadeur, qui réunira pour ainsi dire dans sa main les ministres, les généraux, les commandants, les ordonnateurs, etc.

Le troisième objet renferme tout ce qui tient à l’insurrection et à la confédération de la Pologne.

Il est un autre point sur lequel il convient d’entrer dans quelques détails. Le baron Bignon, résident de l’Empereur, avait établi un ser­vice pour se procurer des renseignements sur la composition, l’état de situation, remplacement et les mouvements des troupes. A l’aide de ces renseignements et des diverses correspondances ministérielles, on est parvenu à former l’état dont une copie est ci-jointe. M. l’am­bassadeur doit continuer ce travail et le regarder comme un des soins les plus importants qui lui sont confiés. Il en chargera spéciale­ment son premier secrétaire. M. Bignon lui fera connaître ses procédés et ses moyens. L’ambassadeur y donnera un développement plus grand encore. Les fonds nécessaires seront mis à sa disposition. I1 doit avoir une douzaine d’agents polonais sur les divers points des frontières, sur les routes, dans les pays voisins des provinces russes, et même, s’il est possible, dans le pays ennemi. Varsovie sera le point fixe et central où tout aboutira, et il s’établira de ce point une correspondance rapide avec le bureau qui suit ces opérations sous ma direction, au quartier général. Les habitants du pays, mis en mou­vement avec habileté, interrogés avec discernement, doivent fournir à l’ambassadeur une récolte utile et abondante.

Il se mettra aussi en rapport avec les préfets et sous-préfets de la frontière, avec les autorités autrichiennes à Lemberg, avec les am­bassadeurs de France à Vienne et à Constantinople, avec les consuls de l’Empereur à Jassy et à Bucharest. Il les invitera à correspondre avec lui et à lui communiquer tout ce qui peut faire connaître les projets et les mouvements de l’ennemi sur les divers pays où peuvent s’é­tendre ses opérations.

M. le baron Bignon aura l’ordre de rester à Varsovie tout aussi longtemps que l’ambassadeur aura besoin de recevoir de lui les ren­seignements locaux dont il a une parfaite connaissance. M. l’am­bassadeur aura à choisir un interprète polonais et un interprète russe. M. Bignon pourra le diriger dans ce choix, qui est d’une grande importance.

Les quatre auditeurs attachés à son ambassade sont versés dans plusieurs parties de l’administration; ils seront pour l’ambassadeur des espèces de chefs de bureau pour les divers services. (MM. Victor de Broglie, Aubernon, Amédée de Brevannes et Brunet de Panat, auditeurs au Conseil d’État, avaient été nommés, par décret du 28 mai 1812, auditeurs d’ambassade attachés à l’ambassade de Varsovie.)

L’ambassadeur, à son arrivée à Varsovie, fera connaître au con­seil des ministres le caractère dont il est revêtu. Il fera procéder à son installation. Il entrera immédiatement en fonctions, mais il ne laissera rien imprimer avant d’avoir reçu de nouveaux ordres.

Il emploiera les dix premiers jours du mois de juin à monter sa maison, et il attendra jusqu’au 15 pour recevoir les autorités, la noblesse (mot illisible) avec les cérémonies d’usage.

 

Dresde, 28 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous renvoie la correspondance d’Espagne.

Écrivez au général Lhuillier d’avoir l’œil sur Saint-Sébastien et d’avoir toujours 3,000 hommes dans la main pour les diriger sur cette place, si elle avait besoin d’être secourue.

Il est nécessaire d’avoir beaucoup de monde à Bayonne; activez la marche du 3e et du 105e et de la 5e demi-brigade provisoire sur Bayonne. Tenez là deux généraux de brigade, afin que le général Lhuillier puisse toujours disposer de beaucoup de forces, pour être en mesure d’agir selon les circonstances. Réunissez un millier d’hommes de cavalerie, tirés des dépôts de l’armée d’Espagne, et dirigez-les, formés en régiment de marche, sur Bayonne. Prenez dans les dépôts du Midi de quoi former et atteler une batterie de six pièces de canon.

Prescrivez au général Lhuillier de tenir ses troupes dans la vallée de Bastan, à Bayonne, à Saint-Jean de Luz et à Irun, en les nour­rissant bien, les baraquanl, les formant et en les exerçant.

 

Dresde, 28 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, faites connaître au général d’artillerie que je viens de donner au ministre de la guerre l’ordre de porter au nombre de vingt les compagnies d’artillerie destinées à faire le service sur les derrières de la Grande Armée. Treize existent à Magdeburg, dans les places de l’Oder, à Danzig, à Spandau, à Pillau, à Marienburg, à Erfurt; sept compagnies sont donc à envoyer, lesquelles seront destinées, savoir : une nouvelle pour Spandau, une nouvelle pour Pillau, à placer à la pointe du Nehrung pour battre la passe du côté de Danzig, une pour Thorn, enfin quatre pour suivre l’armée et occuper les ouvrages qui seront faits jusqu’à la Pregel, où se trouvera l’armée.

J’ai ordonné au ministre de la guerre de recruter les compagnies d’artillerie employées à l’armée, à 120 hommes les compagnies à pied, et à 100 hommes les compagnies à cheval. Recommandez au général d’artillerie de ne laisser aucune compagnie du 9e régiment d’artillerie seule. Celle qui est à Spandau peut rester, parce qu’il va y être joint une autre compagnie française. Celle qui est à Marienburg peut y rester à cause du peu d’importance de cette place. Si elle acquérait de l’importance, on enverrait la compagnie du 9e à Danzig et on la remplacerait à Marienburg par une compagnie qu’on tirerait de Danzig.

 

Dresde, 28 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, écrivez à l’intendant général que toute la réserve des hôpitaux, sans en rien distraire, doit être dirigée sur Danzig. C’est là que tous les moyens en hôpitaux et en habillement doivent être réunis.

 

Dresde, 28 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, mon intention est que la 7e division soit organisée de la manière suivante, savoir : 4 bataillons du 5e régiment polonais, 4 bataillons du 10e, 4 bataillons du 11e, 2 bataillons de Saxons et 2 bataillons bavarois; total, 16 bataillons formant trois brigades.

Les trois bataillons westphaliens, les deux bataillons de Wurtem­berg, tiendront garnison à Danzig, à la pointe de Nehrung, à Marien­burg et à Pillau. En conséquence, le prince d’Eckmühl donnera ordre au 2e bataillon saxon de Rechten de rejoindre le 1er bataillon, et au 1er bataillon wurtembergeois de le remplacer à Danzig. Il placera un bataillon westphalien à Pillau, à la pointe de Nehrung, un à Königsberg et le troisième à Marienburg.

 

Dresde, 28 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, écrivez au prince d’Eckmühl que, comme j’arrive, il faut qu’il ne fasse rien pour Pillau qu’y envoyer un petit nombre d’hommes, cela a l’air de vouloir s’emparer de la place; qu’il a mal compris mon ordre, qu’il ne devait occuper Pillau que lorsque le corps prussien n’y serait plus, qu’alors tous les ordres pour cela seraient donnés; qu’au lieu de cela, il a fait un tapage inutile, ce qui a humilié les Prussiens et fait un mauvais effet. Répétez-lui qu’à pré­sent que je suis à l’armée il ne fasse rien là-dessus.

 

Dresde, 28 mai 1812.

NOTE POUR LE PRINCE MAJOR GÉNÉRAL, À Dresde.

Le major général écrira au commandant de l’artillerie que j’ai ordonné que l’équipage de siège descendît sur ses bateaux jusqu’à Elbing, pour suivre sur le Frische-Haff le mouvement de l’armée; mais cet équipage ne doit partir d’Elbing que lorsqu’il recevra un ordre spécial.

Il doit également y avoir, rendu à Elbing et embarqué, un attirail de cordages, d’ancres et de tout ce qui est nécessaire pour construire un pont avec des bateaux du pays.

On embarquera tous ces matériaux s’il n’est pas possible de les atteler. Il doit y avoir, embarqués sur le Frische-Haff, deux équi­pages de pont sur pilotis ; il est nécessaire qu’avant le 6 ils soient à Elbing sur des bateaux prêts à mettre à la voile.

20,000 quintaux de farine, 2,000 quintaux de riz et 500,000 rations de biscuit doivent être prêts à mettre à la voile d’Elbing le 6 au plus tard. Enfin l’équipage de siège du génie doit également être prêt à partir avec l’équipage d’artillerie.

Écrire au général Rapp qu’il est nécessaire qu’il veille à ce que tous les ordres suivants soient ponctuellement exécutés.

Artillerie. — L’artillerie doit avoir mis en marche deux équipages de pont avec bateaux et un équipage attelé, qui doit être rendu à Elbing dans les premiers jours de juin; des cordages, des ancres, des fers pour un équipage de pont à faire avec des bateaux du pays, lequel doit être attelé, s’il est possible, et, s’il n’est pas possible, il faut l’embarquer à Elbing sur le Frische-Haff.

Génie. — Le génie doit avoir de quoi construire deux ponts sur pilotis, avec sonnettes et tout ce qui est nécessaire ; cela doit être embarqué.

Subsistances. —20,000 quintaux de farine, 500,000 rations de biscuit, 2,000 quintaux de riz, doivent être embarqués à Elbing. Tout cela formera le premier convoi. Ce premier convoi doit être prêt à partir d’Elbing dans les premiers jours de juin. Le contre-amiral Baste sera chargé de l’organiser et de l’escorter.

Deuxième convoi. —Équipage de siège de Danzig, équipage de siège du génie. Cet équipage de siège doit être, au plus tard le 6 juin, embarqué sur le Frische-Haff à Elbing et prêt à partir.

Enfin 20,000 quintaux de farine, 2,000 quintaux de riz et 500,000 rations de biscuit.

Le deuxième convoi sera également sous les ordres du général Baste et ne partira que sur un ordre exprès ; mais il faut que le pre­mier puisse mettre à la voile le 6, et le deuxième, au plus tard, le 8 ou 9, et cela d’Elbing. Le major général écrira dans ce sens au prince d’Eckmühl, aux généraux de l’artillerie et du génie, à l’in­tendant général, au général Rapp et au contre-amiral Baste, qui doit organiser des péniches pour escorter ces convois.

Le major général fera connaître au général de l’artillerie qu’il serait nécessaire d’ajouter à ces convois une certaine quantité de cartouches d’infanterie et de coups de canon, surtout 4e 12 et d’obusier, vu qu’il est probable que ces pièces seront employées dans le premier moment pour le passage des rivières. Mais il est nécessaire qu’il me fasse un rapport là-dessus pour que j’approuve les mouvements d’artillerie sur Königsberg. Il serait naturel de préférer Pillau, vu que c’est une place forte.

 

Posen, 31 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Posen.

Mon Cousin, je vous renvoie une lettre de l’intendant général à laquelle je ne comprends rien. Je suppose qu’il n’a pas voulu dire que les ambulances des divisions seraient débarquées : cela serait si fou que je ne puis croire qu’il ait donné un pareil ordre. Les quatre caissons d’ambulance nécessaires par division ne peuvent être embarqués ; mais le reste, comme amas de linge, amas de matelas, effets d’équipages militaires, qu’on m’a dit à Paris devoir occuper 150 caissons, doit être embarqué sur la Vistule et envoyé à Danzig pour laisser les caissons disponibles pour le transport du pain. Ne perdez pas un moment pour rectifier ces ordres, et prévenez-en les maréchaux ; car ce serait un grand malheur si Ton avait désorganisé les ambulances.

 

Posen, 31 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Posen.

Mon Cousin, je vois avec surprise que le général Delaborde, au lieu de partir le 24, n’est parti que le 28. Mandez-lui de brûler le séjour de Slolpe et de diriger la marche de son infanterie de manière à arriver le 8 juin à Dirschau ; de brûler également le séjour de Konitz pour sa cavalerie, et de la faire marcher de manière à arriver le 7 ou, au plus tard, le 8 à Dirschau.

Posen, 1er juin 1812

Au comte Collin de Sussy, ministre des manufactures et du commerce, à Paris

Monsieur le Comte de Sussy, la taxation du blé par le préfet de Caen à 33 francs l’hectolitre est fort extraordinaire. Je ne conçois pas comment ce préfet a ainsi méconnu le principe. Je m’attendais à ce que vous me diriez un mot des motifs qui l’ont décidé. J’approuve que vous lui ayez remis les 100,00 francs provenant de la vente des farines ; mais je pense que la meilleure opération que devrait faire la municipalité de Caen serait de faire venir des blés du département de la Roer. Donnez-en l’autorisation, en vous assurant que ce blé vient bien de la Roer. En employant 100,000 écus pour cet objet, c’est la meilleure manière de prêter 100,000 écus aux habitants de Caen. Si vous voulez vous servir de Vanlerberghe pour cette opéra­tion, je ne m’y oppose pas.

 

Posen, 1er juin 1812.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, les régiments de la Vistule ont laissé 724 hommes au dépôt de Sedan, lesquels n’attendaient pour partir que des capotes. Cependant ces hommes ne partent point. Il est fâcheux d’être obligé de laisser en France, où ils sont inutiles, des hommes qui seraient si utiles ici ; mettez-les en état de partir sans délai. Les régiments de la Vistule qui sont à Posen n’ont pas encore leurs shakos, qu’ils devaient recevoir à leur départ à Paris.

 

Posen, 1er juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Posen

Mon Cousin, écrivez au duc de Bellune de voir M. de Hardenberg et de demander que des ordres soient donnés à Kolberg pour que les officiers français y soient bien traités, qu’ils puissent tout voir et aller partout ; pour qu’en cas d’événement ils servent sous les ordres du commandant de Kolberg comme officiers prussiens, et pour que le commandant de Kolberg ait des colonnes mobiles sur les côtes, à droite et à gauche, et qu’il se comporte bien en cas d’attaque de l’ennemi.

 

Posen, 1er juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Posen

Mon Cousin, donnez ordre au général de division Partouneaux de partir avec le 29e et le 10e régiment d’infanterie légère formant qua­tre bataillons, avec les trois bataillons du 126e et un général de brigade, dans la journée du 3 juin, de Berlin, pour se rendre en toute diligence à Stettin. Donnez ordre à l’artillerie de cette division, qui arrive le 3 à Magdeburg, d’en partir le 4 pour Stettin. La 2e bri­gade, composée du 44e et du régiment provisoire, restera à Berlin jusqu’au 9. Le 10 juin cette 2e brigade partira pour Stettin. Le 125e se dirigera en droite ligne de la 32e division sur Stettin. Ainsi toute la division Partouneaux se trouvera réunie dans cette dernière place. Le régiment formé de deux bataillons de Walcheren et de Belle-Île, qui arrive le 9 juin à Berlin, y remplacera la 2e brigade. Le 4e ba­taillon de Walcheren et le 4e de Belle-Île, appartenant à la 4′ division de réserve, resteront à Berlin jusqu’à nouvel ordre. Le 6e bataillon da 19e de ligne, qui appartient à la le division de réserve, tiendra garnison à Spandau. Ainsi, par ce moyen, la 1e brigade, avec l’artillerie de la division Partouneaux, sera disponible à Stettin dès le 8 ou le 9 juin ; la 2e brigade sera rendue et disponible à Stettin le 15 ; de sorte que le 15 cette division, avec son artillerie, pourra partir de Stettin pour se porter partout où il sera nécessaire.

Donnez ordre aux cinq bataillons de la brigade de Berg de partir sans délai pour se rendre à Danzig, avec ses quatorze pièces d’artil­lerie et le régiment de cavalerie. Il est nécessaire d’accélérer ce mou­vement, de manière que le 1e bataillon arrive vers le 10, et les autres, ainsi que l’artillerie et la cavalerie, du 10 au 15. La brigade badoise fera le même mouvement de la manière suivante : le 1e régi­ment de ligne partira le 4 de Stettin pour se rendre en toute diligence à Danzig; le bataillon du 3e régiment, qui est à Küstrin, en partira pour Danzig le 3; le 1er bataillon du 1er d’infanterie légère, qui est à Stettin, en partira aussitôt qu’un bataillon de la division Partou­neaux sera arrivé, c’est-à-dire au plus tard le 7 ; de sorte que les huit pièces d’artillerie et la brigade de Bade, forte de cinq bataillons, seront réunies également du 10 au 15 à Danzig. Le général Daendels suivra le mouvement de cette seconde brigade. Le régiment d’infan­terie des gardes du grand-duc de Hesse a déjà reçu ordre de se rendre au quartier général. Le bataillon d’infanterie légère de Hesse-Darmstadt, qui est à Stettin avec ses pièces d’artillerie, tiendra garnison dans la Poméranie suédoise, aussitôt qu’un bataillon de la division Partouneaux sera arrivé à Stettin. Le régiment n° 4 de la division princière a dû partir le 27 mai de Hambourg pour la Poméranie suédoise. Enfin vous donnerez ordre au régiment westphalien qui est à Magdeburg de partir, non pour Glogau, comme le porte mon der­nier ordre, mais pour la Poméranie suédoise, aussitôt qu’une demi-brigade de la division Lagrange, qui a dû partir vers le 1er juin de Cologne, sera arrivée à Magdeburg. La garnison de la Poméranie suédoise sera donc composée du régiment de la Confédération n° 4, fort de 2 bataillons, du bataillon d’infanterie légère de Hesse-Darmstadt et du régiment westphalien qui est à Magdeburg; total, 6 ba­taillons de Hesse-Darmstadt et 6 pièces de canon; ce qui, appuyé de la division Partouneaux, qui sera à Stettin, et de la division Heudelet, qui occupera le Mecklenburg et la 32e division militaire, fournira une force suffisante pour la défense des côtes.

Vous ordonnerez au général Lagrange de placer ainsi ses quatre demi-brigades de marche : la plus reculée, celle qui a encore des détachements à recevoir de France, il la laissera à Magdeburg pour former la garnison de cette place; les autres demi-brigades fileront sur Berlin, où elles seront casernées, afin de pouvoir les former plus promptement et d’y maintenir une discipline plus sévère. Du moment que deux demi-brigades de cette division seront arrivées à Berlin, les bataillons de Walcheren et de Belle-Île et ce qui pourrait s’y trouver appartenant à la 4e division de la réserve se dirigeront sur Stettin pour former la garnison de Stettin. Tonte la division Durutte, qui est la 4e se formera à Stettin, ce qui rendra alors disponible la division Partouneaux. La 3e division de la réserve, composée des 10e, 11e, 12e et 13e demi-brigades provisoires, qui vont partir de France, se réunira à Berlin; ce qui rendra disponible toute la division Lagrange, qui alors se dirigera sur Stettin, Danzig ou Thorn, selon les circonstances.

Ainsi la division Daendels doit le plus tôt possible se diriger sur Danzig, savoir : la brigade de Berg, cavalerie, infanterie, artillerie, l’infanterie et l’artillerie de Bade et la cavalerie de Hesse-Darmstadt, ce qui fera 10 bataillons, 2 régiments de cavalerie et 22 pièces de canon ; les deux bataillons de Berg qui sont en route rejoindront à Danzig, ainsi que les deux escadrons du même grand-duché, ce qui portera alors cette division à douze bataillons. La division Partouneaux sera d’abord en observation à Stettin, prête à soutenir la Poméranie suédoise, à se porter sur Hambourg, sur les embou­chures de l’Oder et partout où on en aura besoin ; et vers la fin de juin, quand elle en recevra l’ordre, elle se portera sur Danzig. La division polonaise du général Girard sera la 3e division du 9e corps aux ordres du duc de Bellune. Elle se réunira à Berlin. Je donnerai l’ordre pour son mouvement aussitôt que je connaîtrai sa marche. Il est probable que dans le courant de juin elle aura dépassé l’Oder. A la fin de juin tout le 9e corps, composé de trois divisions d’infan­terie, d’une brigade de cavalerie et de cinquante-six pièces de canon, se trouvera sur la Vistule, formant réserve à toute l’armée, qui alors sera à 60 lieues en avant. La 1e division de la réserve (la division Lagrange) filera également sur la Vistule. Cette 1e division devra être dissoute, puisqu’elle n’est composée que de 5e et de 6e batail­lons; mais, en attendant qu’elle rejoigne l’armée, elle pourra être sous les ordres du duc de Bellune, ce qui portera ce corps à cinquante-six bataillons. Il ne restera plus alors en arrière, sur la gauche de l’Oder, que trois divisions de la réserve : la 2e division, forte de cinq demi-brigades, tenant garnison dans la 32e division et dans le Mecklenburg; la 3e, tenant garnison à Berlin, et la 4e, tenant garnison à Stettin. Ces trois divisions formeront quarante-six batail­lons, prêts à se porter sur Hambourg, sur la Poméranie suédoise et sur tel point quelconque qui serait attaqué. Elles fourniront aussi un supplément nécessaire de garnison à Stettin. La Poméranie aura sa garnison particulière; comme il est dit ci-dessus. Berlin et Spandau auront également leur garnison particulière. Küstrin aura aussi sa garnison. Il sera nécessaire de nommer un maréchal à Berlin pour commander cette réserve. Je fais choix du maréchal duc de Castiglione. Écrivez au ministre de la guerre pour savoir si ce maré­chal est en état.

La 1e division de la réserve, comme je l’ai dit, n’a pas besoin d’artillerie, puisqu’elle est composée de demi-brigades de marche. La 2e doit avoir douze pièces de canon, ainsi que j’en ai donné l’ordre au ministre de la guerre. La 3e et la 4e doivent également avoir deux batteries. Écrivez au ministre de la guerre pour qu’elles les aient dans le courant de juillet. Quant à la cavalerie de la réserve, elle sera composée de huit escadrons de dragons, qui doivent faire partie de la Grande Année.

Il est nécessaire que le duc de Bellune connaisse bien les corps qui composent les quatre divisions de la réserve. Je suppose que vous avec ces détails. Si vous ne les aviez pas, vous pourriez les faire prendre à mon bureau. Vous donnerez ordre que le régiment de cava­lerie de Bade soit attaché jusqu’à nouvel ordre à la division Partou­neaux, n’étant pas convenable de dégarnir de cavalerie tous les derrières. Recommandez au duc de Bellune de bien organiser les divisions Partouneaux et Daendels. Quoique cette dernière se rende sans délai à Danzig, elle fait toujours partie de son corps d’armée.

Ainsi donc il y aura dans le courant de juillet sur les derrières le 9e corps et la 1e division de réserve, formant cinquante-six batail­lons, ou plus de 40,000 hommes d’infanterie, cinquante à cinquante-six pièces de canon et 1,500 hommes de cavalerie.

Le général Partouneaux doit avoir deux généraux de brigade.

Il y aura en arrière, en seconde ligne, la 2e division de la réserve dans la 32e division, forte de 20 bataillons; la 3e division à Berlin, 12 bataillons; la 4e division à Stettin, 12 bataillons; total, 44 ba­taillons; plus huit escadrons de dragons formant 1,500 hommes, et trente-six pièces d’artillerie; et ce, indépendamment des 2 bataillons de garnison de la 32e division, des 6 de garnison de la Poméranie suédoise, du bataillon de Küstrin, des 3 de Berlin et des 2 de Glogau ; total, 14 bataillons de garnison.

Les trois divisions de la réserve pourront toujours se mettre en mouvement, pour se porter partout où il sera nécessaire, et forme­ront avec la réserve d’Erfurt un corps de 30 à 40,000 hommes suffi­sant pour garantir de toute descente la Poméranie, le Mecklenburg, dégager Kolberg, ou se porter au secours de la 32e division; d’autant plus qu’en cas d’événements imprévus on pourrait tirer 2,000 hommes de la Saxe et quelques secours de la Prusse et de la Westphalie.

En communiquant ces mesures au duc de Bellune et lui donnant ces ordres, vous lui ferez connaître que l’important est que j’aie, avant le 15 juin à peu près, toute la division Daendels à Danzig, afin de mettre cette côte à l’abri d’une descente et de n’être pas obligé pour cela de dégarnir mon armée.

Envoyez un officier en poste au duc de Bellune, afin qu’il me rap­porte le compte de l’exécution de mes ordres et le détail du mouve­ment de toutes les troupes. Il rapportera aussi la situation exacte des troupes, parce que mon intention est de les compléter en dirigeant des bataillons de marche sur ces corps.

Faites connaître l’ensemble de ces dispositions au ministre de la guerre, pour qu’il sente l’importance de diriger le plus tôt possible les 10e, 11e et 12e demi-brigades sur Berlin. Cette 3e division de la réserve sera confiée au général Seras. Vous me présenterez quelqu’un pour le remplacer dans le commandement de Glogau. En me faisant connaître l’exécution de mes ordres, soumettez-moi un tableau qui indique le jour où chacun de ces corps arrivera. Mon intention étant de former des 2e, 3e et 4e divisions de la réserve un corps d’année, il est nécessaire d’y attacher un officier supérieur d’artillerie, et que ce corps soit en mesure dans le courant de juillet.

 

Posen, 1er juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Posen

Mon Cousin, écrivez au duc de Bellune de donner tous les ordres nécessaires pour que Spandau soit mis en état de soutenir un siège, si cela était nécessaire, passé le 15 juin. Il faut donc qu’il y ait un général commandant, un officier d’artillerie, un officier du génie, un garde-magasin d’artillerie, un garde-magasin du génie et un garde-magasin des vivres, attachés à la place. J’ai ordonné qu’il y eût deux compagnies d’artillerie, fortes d’au moins 140 hommes chacune, pour le service de cette place.

 

Posen, 1er juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Posen

Mon Cousin, donnez ordre au duc d’Elchingen de faire rejoindre la cavalerie légère de son corps d’armée par la cavalerie légère wurtembergeoise, a6n d’en augmenter sa cavalerie, et que cette troupe marchant ensemble prenne un meilleur esprit que si elle marchait isolée avec son infanterie.

 

Posen, 1er juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Posen

Mon Cousin, donnez ordre que le 4 juin un des 3e bataillons des régiments de la Vistule, complété à 840 hommes, bien habillé, bien armé et en bon état, se dirige sur Thorn, où il tiendra garnison. Donnez ordre que du 4 au 12 un deuxième bataillon parte également pour Thorn. Enfin donnez l’ordre qu’un troisième bataillon, égale­ment complété à 840 hommes, parte avant le 15. Ces bataillons seront sous les ordres d’un major ou colonel pris parmi ceux qui sont à la suite ; il sera nommé par le général Claparède. Ces bataillons resteront à Thorn jusqu’à nouvel ordre et jusqu’à ce qu’ils soient suffisamment instruits et capables d’être placés en ligne. Je ne vous parle pas des compagnies de voltigeurs ni de celles de grenadiers; ces bataillons, destinés à être versés dans les autres, ne doivent point en avoir; ils seront, en attendant, utiles à Thorn. Je suppose que vous en ferez passer la revue avant leur départ, et que vous vous serez assuré qu’ils sont en bon état et ne manquent de rien. Donnez aussi l’ordre au dépôt de Posen de fournir aux soldats de la Vistule une paire de souliers, afin qu’ils en aient une au sac et une aux pieds.

 

Posen, 1er juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Posen

Mon Cousin, donnez ordre au général d’artillerie de faire embar­quer à Danzig 25,000 coups de canon et 2 millions de cartouches, et de les faire transporter dans la citadelle de Pillau ; de porter le dépôt de cartouches de Thorn à 4 millions en y venant les 2 millions qui sont embarqués avec l’équipage de siège de Magdeburg. Le dépôt de Thorn sera ainsi composé de 4 millions de cartouches françaises et de 1,500,000 cartouches polonaises. Donnez ordre que 1,200,000 cartouches polonaises partent sans délai de Thorn pour Modlin ; que 500,000 cartouches françaises partent également de Thorn pour Modlin; ce qui portera le dépôt de Modlin à plus de 2 millions de cartouches polonaises el françaises. Donnez ordre que 300,000 cartouches françaises de Thorn soient envoyées à Marienwerder pour y être à la disposition du duc de Reggio, que 300,000 soient envoyées à Marienburg et 300,000 à Plock à la disposition du vice-roi. Le dépôt de 4 millions de cartouches françaises sera donc réduit à 2,600,000 (en comprenant ce qui doit arriver de Küstrin), et celui des car­touches polonaises à 300,000. Il y aura donc encore à Thorn 2,900,000 cartouches.

Donnez ordre au général d’artillerie de garder l’équipage de pont près Marienburg, dans l’ile de Nogat, et de faire connaitre le jour où il y sera arrivé pour que je puisse donner des ordres ultérieurs. Il doit faire courir le bruit à Danzig que cet équipage se rend à Var­sovie. Donnez ordre que l’équipage de siège de Danzig, s’il n’est pas encore à Elbing, s’arrête vis-à-vis Marienburg. Donnez ordre que l’équipage de siège de Magdeburg se rende à Thorn, où il restera jus­qu’à nouvel ordre.

 

Posen, 1er juin 1812

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Posen

Mon Fils, je suis ici depuis hier. Je serai demain à Thorn, où je resterai après-demain.

Faites un marché pour transporter, à raison de 1,000 quintaux par jour, 10,000 quintaux sur Willenberg. Ce marché sera passé au meilleur prix possible par votre ordonnateur avec les gens du pays. Je mettrai à cet effet des fonds à votre disposition. Vous le ferez exé­cuter sous l’approbation de l’intendant. On pourra le continuer pour 10 autres milliers de quintaux si l’intendant l’approuve.

Je viens de requérir 2,000 chevaux à Marienburg. Vous y êtes compris pour 120 chevaux pour vos équipages italiens; cependant, comme cela détournerait les hommes à pied que vous enverriez pour chercher ces chevaux, si vous pouvez acheter des chevaux du côté de Plock, je vous y autorise et vous accorderai des fonds. L’artillerie de votre corps d’armée ayant besoin de 500 chevaux, j’ai ordonné qu’il en fût fourni 1,000 à Glogau, tant pour votre artillerie française que pour votre artillerie italienne. Il est nécessaire que vous envoyiez des hommes à pied pour les chercher. J’ai ordonné que votre bataillon de bœufs reçût en passage à Glogau des bœufs en bon état, en rempla­cement des mauvais. Si, à l’arrivée de ces bataillons à Plock, il se trouvait encore des bœufs qui fussent en mauvais état, on pourrait en choisir à Modlin ou en acheter dans le pays pour remplacer les mauvais. Ces 300 voitures, qui vous porteront 3,000 quintaux, vous seront d’une grande utilité.

Envoyez un de vos officiers du génie intelligent, pour bien recon­naître le pays depuis Johannisburg jusqu’à Rastenburg, Angerburg et Goldap. Il suivra les bords de la Goldap et s’avancera par Augustowo jusqu’à la frontière près de Grodno. Tenez un officier d’état-major au village le plus près de Grodno, pour vous instruire de tous les mouvements et de tous les renseignements qui viendront là à sa connaissance. En général, faites prendre par un homme de confiance connaissance de tous les pays situés entre la Narew et le Niémen, depuis le point qui est vis-à-vis Grodno jusqu’à Tykocin, Willenberg, Angerburg, Augustowo, etc., etc., afin que vous connaissiez bien toutes ces localités, où il est possible que vous ayez à manœuvrer. Vous me ferez passer une copie de toutes les reconnaissances et renseignements que vous recevrez.

Je suppose que vous ne pouvez pas être embarrassé pour du blé. Si cependant vous éprouviez quelque embarras, il y a de grands magasins à Plock, à Wyszogrod et Wloclawek; faites-en prendre là, faites moudre et faites-en transporter une grande quantité sur Willenberg et Soldau. Dans la saison, les chevaux ne doivent pas mourir de faim ; l’herbe doit être bonne à manger.

J’ai besoin de recevoir de vous un rapport qui me fasse connaître combien vous avez de pontons pour les passages de rivières, et com­bien vous avez de coups de canon à tirer par pièce. Il me semble que vous avez laissé bien des caissons à Glogau qui tarderont à vous rejoindre.

 

Posen, 1er juin 1812.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Posen

Mon Fils, je reçois votre lettre du 31 mai, par votre aide de camp qui a passé par Thorn. Comme il n’y a de Thorn à Plock que sept heures de chemin, venez me voir à Thorn le 3 ou 4.

Il n’y a pas d’inconvénient de laisser un hôpital de 300 malades à Plock; ils joindront après à Thorn. Je vous ai écrit fort en détail aujourd’hui pour vous autoriser à puiser dans les magasins à Wloclawek, à faire moudre de la farine et à la diriger sur Willenberg.

J’ai ordonné une levée de chevaux à Glogau; il sera nécessaire que les charretiers italiens que vous avez menés avec vous rentrent à Glogau.

J’ai, à Glogau, fait donner des bœufs au bataillon d’équipages ita­lien, qui va bien ; vous avez tort d’en désespérer : j’espère qu’il sera avant le 10 à Plock. Si le général Guyon passe le 4 ou le 5 , il pourra facilement vous rejoindre, et les bataillons de marche être dissous. Si les cadres appartiennent aux cinq bataillons, il sera convenable de les renvoyer. Je vous ai autorisé à passer des marchés pour ame­ner des farines à Willenberg ; quand vous en enverriez une vingtaine de milliers de quintaux, ce ne serait pas trop. Je suppose que vous ne mangerez point de vos bœufs et que vous les garderez jusqu’à ce que vous soyez en mouvement.

Faites-moi passer les reconnaissances des pays que vous avez fait visiter.

L’état-major ici n’a point de traces du mouvement du 2e bataillon de la Méditerranée. Envoyez-moi l’itinéraire de ce bataillon, qui, étant composé de conscrits réfractaires, n’appartient pas à votre corps d’armée. Quant au 1er bataillon, s’il est parti le 19 mai, il arrivera à Glogau vers le 15 juin. J’ordonne qu’il tienne garnison à Glogau; les hommes seront bien fatigués, je désire qu’ils s’y reposent entière­ment; cela me mettra à même de retirer les deux bataillons qui s’y trouvent.

Faites en sorte que des convois partent tous les jours de Plock et de Wloclawek, afin d’entretenir vos manutentions. Je suppose que vous avez des cartouches, et qu’on n’attendra pas au dernier moment pour vider les caissons de cartouches dans les gibernes, et après ren­voyer les caissons au moment où le corps se porte en avant, ce qui serait trop long. J’ai ordonné que 300,000 cartouches fussent en­voyées à Plock à votre disposition ; faites-les filer sur Soldau, si vos soldats n’en ont pas besoin pour garnir leurs gibernes.

J’ai ordonné la formation de six compagnies de charrettes du pays, de 100 charrettes chaque compagnie, à Plock, à Bromberg, à Thorn, etc. ; ces 600 charrettes seront à votre disposition et pour le service de votre corps d’armée. Comme je suppose que votre ordon­nateur recevra cette décision de l’intendant général, faites procéder à l’organisation des 100 voitures qui doivent être formées à Plock.

 

Posen, 1er juin 1812.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Plock

Mon Fils, j’ai nommé le général Dessolle pour votre chef d’état-major. Le général de brigade Plauzonne pourrait être le chef d’état-major du duc d’Abrantès. Vous garderez quelques jours le général Charpentier, jusqu’à ce que vous soyez certain d’être content du général Dessolle; alors je placerai le général Charpentier dans un gouvernement.

Tant que vous n’aurez que le 4e corps et les Bavarois, vous pouvez toujours conserver immédiatement le commandement du 4e corps ; mais, comme il peut arriver que vous ayez quelquefois trois corps d’armée sous vos ordres, il serait convenable que le duc d’Abrantès eût un état-major séparé. Que cela ne vous gêne pourtant pas pour donner immédiatement vos ordres au 4e corps, pendant que vous y êtes et que vous n’avez que deux corps d’armée.

 

Posen, 1er juin 1812

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Plock

Mon Fils, il y a 22,000 quintaux de blé à Plock, dans des maga­sins que j’ai fait séquestrer. Finissez toutes les formalités, et mettez la main dessus. Faites convertir ce blé en farine et passez des marchés pour le faire transporter à Willenberg. J’ai fait de même séquestrer une grande quantité de blé à Wloclawek ; j’ai ordonné que 25,000 quintaux en seraient tirés pour être transportés sur Modlin; faites-moi connaître s’ils sont partis. 17,000 quintaux doivent être mis à votre disposition ; preoez4es sans délai et faites-les diriger sur Willenberg, et passez des marchés pour que ce transport paisse se faire à raison de 1,000 quintaux par jour. Pour ne pas trop entasser de blé à Willenberg, vous pouvez en déposer dans des positions en arrière, comme Soldau, etc.

J’ai ordonné qu’on dirigeât 300,000 cartouches de Thorn sur Plock, elles seront à votre disposition et compléteront votre approvisionnement. J’ai pris des mesures pour que les 100 caissons que vous avez laissés à Glogau soient attelés dans la première quinzaine de juin. Je suppose que vous y avez laissé des charretiers, du moins des Italiens; mais, en attendant, je donne des ordres pour qu’on tienne à votre disposition 10,000 coups à Thorn et 10,000 autres à Modlin, ce qui fera un demi-approvisionnement pour votre corps d’armée. Votre général d’artillerie pourra les tenir en arrière, et les faire avancer lorsqu’il en aura besoin.

 

Posen, 1er juin 1812

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant les 5e, 7e et 8e corps de la Grande Armée, à Varsovie

Mon Frère, je suis depuis hier à Posen. Vous avez reçu une lettre de moi contenant des instructions générales, qui ont dû être précé­dées par des ordres de l’état-major général à exécuter du 1er au 7 juin.

L’ordonnateur de la droite vous aura fait connaître les mesures que j’ai prescrites à l’intendant général pour l’approvisionnement de Pultusk, de Modlin et de Varsovie. Il est nécessaire qu’il y ait 10,000 quintaux de farine à Pultusk et 25,000 à Modlin pour l’approvisionnement de l’armée qui suivra le cours de la Narew ; il faut en avoir en outre 25,000 quintaux à Varsovie. Je fais tirer ces approvisionnements des différents magasins qui sont le long de la Vistule depuis Plock. L’ordonnateur vous aura également fait connaître mon ordre du jour relatif au 16e bataillon d’équipages et les mesures prises pour avoir 600 voitures du pays à la suite de votre corps. Pressez l’exécution de ces mesures. Nous sommes dans une saison où les chevaux ne peuvent pas périr de faim ; l’herbe doit être déjà bonne à manger.

Je pars probablement cette nuit pour Thorn, où je serai demain et après, et où je recevrai de vos nouvelles.

Je désire que vous reconnaissiez l’Omulew, Pultusk, Ostrolenka, Nowogrod, Lomza; mais, si vous allez si loin, il faut y aller incognito.

Tenez un officier à Tykocin et un à Terespol vis-à-vis Brzesc, pour vous faire des rapports sur ce qui se passe à Bialystok et sur la frontière russe. Faites reconnaître la ligne de Johannisburg à Nowogrod. Accréditez par tous les moyens le bruit de votre marche sur Lublin. Accréditez aussi le bruit de ma prompte arrivée à Var­sovie. Que le général Reynier fasse courir le bruit qu’il va passer le pont de Pulawi pour se porter sur Zamość ; prévenez-en le commandant de Zamość, afin que des dispositions soient faites pour recevoir ce corps. Vous donnerez l’ordre à l’officier que vous aurez en obser­vation à Tykocin d’envoyer des rapports sur Osterode et Thorn, et par estafette, toutes les fois que cela sera important. Le département dont le chef-lieu est à Siedlce doit vous fournir des ressources. Il est important que vous ayez vos vingt jours de vivres indépendam­ment des magasins de Pultusk, Ostrolenka et Modlin.

 

Thorn, 3 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Thorn.

Mon Cousin, écrivez au général Éblé, directeur des ponts de l’armée, que les Prussiens ont à Tapiau un pont de bateaux dans le meilleur état, qu’ils ont replié; c’était le même qu’ils avaient à Tilsit; qu’ils ont à Königsberg cent pontons propres à jeter un pont de 800 pieds de longueur. Qu’il fasse reconnaître ces objets et les compagnies de pontonniers que pourrait avoir l’armée prussienne, afin de pouvoir se servir dans l’occasion des uns et des autres.

 

Thorn, 3 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Thorn.

Mon Cousin, faites connaître au duc d’Elchingen qu’après-demain 5 la Garde occupera jusqu’à Strassburg; qu’il est donc nécessaire que son corps soit placé depuis Strassburg jusqu’à Osterode. Recomman­dez-lui également de former un dépôt des hommes malingres et fatigués, et de le laisser à Thorn, surtout les Wurtembergeois, et déformer également un dépôt de chevaux éclopés et de les diriger sur Thorn, soit de ses trois brigades de cavalerie, soit du 2e corps. Qu’il nomme un capitaine pour commander ce petit dépôt.

 

Thorn, 4 juin 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

On ne peut pas être plus mécontent que je ne le suis relativement aux deux compagnies de sapeurs qui étaient à l’île d’Elbe. Elles sont nues. Comment l’ordonnateur a-t-il pu les laisser partir dans cet état ? Vous verrez que, par un ordre du jour, j’ai ordonné une enquête à ce sujet.

Je suis extrêmement mécontent que l’ordonnateur Jacqueminot ait quitté l’armée au moment où il commençait à connaître le service et sans attendre même l’arrivée de celui qui devait le remplacer. Si je ne m’étais ressouvenu des services de son père, sénateur, je l’aurais mis à l’ordre de l’armée et déshonoré. On sollicite pour venir à l’armée et non pour la quitter. Donnez-lui ordre que dans un mois il ait rejoint, et faites comprendre au sénateur le danger que son fils a couru et le mauvais préjugé que cela laisse dans mon esprit.

 

Thorn, 4 juin 1812.

NOTE POUR LE PRINCE MAJOR GÉNÉRAL, à Thorn.

Il y aura à Thorn des hôpitaux pour 1,200 malades, savoir : l’hôtel de ville pour 600 ; trois des hôpitaux actuellement existants, 300; et des couvents pour 300. L’intendant général se fera remettre ces établissements dans la journée. On supprimera sur-le-champ l’hôpital des fiévreux, qui est très mauvais, et, comme il n’y a que 300 hommes, on les mettra sans délai dans une partie de l’hôtel de ville. L’autre partie de cette maison pourra n’être évacuée que dans huit ou dix jours. La municipalité se placera ailleurs. On établira un hôpital à Wloclawek dans un couvent et une maison qui a déjà été affectée à cet usage. Cet hôpital sera affecté au 4e corps et aux Bava­rois. Les 5e, 7e et 8e corps enverront leurs malades aux hôpitaux de Varsovie; le 3e corps et la Garde, à Thorn ; le 2e à Marienburg; le 1er, à Elbing.

Il a été ordonné d’établir à Danzig un hôpital dans l’abbaye d’Oliva. Cet établissement est très-important, parce que l’air d’Oliva est très-sain, avantage qui n’existe pas à Danzig.

Il sera convenable d’établir un hôpital à Osterode, un à Königsberg, un à Welhau, un à Soldau et un à Willenberg pour le 4e corps et les Bavarois; un à Pultusk pour le 5e corps. L’hôpital de Thorn sera entretenu par les fonds de l’armée.

Le major général donnera tous les ordres nécessaires à l’intendant général, au commandant de la place et au commandant du génie, pour que les hôpitaux de Thorn soient établis sans retard.

 

Thorn, 4 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Thorn.

Mon Cousin, écrivez au prince d’Eckmühl que, lorsque vous lui avez donné l’ordre de se procurer pour vingt jours de vivres, vous avez entendu que cela se ferait régulièrement et sans fourrager le pays; que la terreur et la désolation sont en Pologne par la conduite des Wurtembergeois ; qu’il est tenu de mettre un terme à cette ma­nière de faire; qu’il fasse mettre à l’ordre le mécontentement de Sa Majesté contre les Wurtembergeois, et qu’il prenne les mesures les plus promptes pour que le pays ne soit pas dévasté, sans quoi nous allons nous trouver comme en Portugal.

 

Thorn, 4 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, je vous prie de me présenter dans la matinée l’organisation du service de l’intendant général, car je ne comprends pas quels sont les ordonnateurs qu’il a mis à la tête des différents services.

Il ne suffit pas que l’intendant soit content, il faut que cette organisation soit conforme à l’expérience de tous les temps.  L’intendant ne peut pas être partout, ni savoir tout; il faut donc que la responsa­bilité pèse non-seulement sur lui, mais sur les ordonnateurs, et que je les connaisse. II est convenable de me les présenter, ainsi que les chefs de service, le payeur général de l’armée, etc., et que désormais l’ordre soit établi de manière que le quartier général marche en règle et par journée, comme un régiment. J’ai ordonné de punir le payeur, qui n’a pas couché cette nuit au quartier général.

 

Thorn, 4juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Thorn.

Mon Cousin, il y a à Thorn un hôpital de fiévreux très-malsain et très-mal établi. Donnez ordre à l’ordonnateur chargé des hôpi­taux, au général commandant la place et aux premiers médecin et chirurgien de se concerter pour choisir un autre local. Il est très-important d’avoir un bon hôpital à Thorn, et il ne faut rien épargner pour cela. En conséquence de l’insalubrité de l’hôpital actuel, écrivez au vice-roi de laisser un hôpital à Plock pour les Bavarois et le 4e corps, et d’y placer les malades qui se trouveraient dans son corps d’armée; d’autant plus qu’en cas d’événement il pourrait être utile qu’il pût diriger ses blessés sur Plock, pour ne pas trop encom­brer Thorn.

 

Thorn, 4 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Thorn.

Mon Cousin, vous ne recevez pas suffisamment de nouvelles, soit des commandants de place, soit des gouverneurs. Chargez quelqu’un de suivre cette correspondance pour que, toutes les fois qu’il y aura un retard dans les envois des commandants de place, vous puissiez leur faire connaître que cette négligence a été remarquée par vous et leur en témoigner votre mécontentement.

 

Thorn, 4 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Thorn.

Mon Cousin, il me paraît qu’il y a de l’anarchie dans la place de Thorn, je ne vois pas la nécessité d’y tenir à la fois pour commandants un général français et un général polonais; le général polonais me parait suffire. Il faut lui donner pour adjoints les officiers fran­çais qui sont nécessaires, de manière qu’il n’y ait à Thom qu’un seul commandant, ayant les moyens convenables. Voyez à organiser cet état-major dans la matinée.

Je viens de vous écrire pour retenir à Thorn le bataillon wurtembergeois qui devait en partir aujourd’hui. Lorsque le bataillon du 3e régiment de la Vistule, que j’ai ordonné de former à Posen, sera arrivé à Thorn, on pourra, selon les circonstances, disposer du bataillon wurtembergeois et le faire rejoindre.

Chargez un adjudant commandant de rester à Thorn pour l’inspec­tion des dépôts, magasins et dépôts de cavalerie qui sont à Thorn, et pour correspondre exactement avec vous sur le service de l’armée, mais sous les ordres militaires du commandant de la place. Du mo­ment que le service de la place de Thorn sera assuré par le bataillon wurtembergeois, vous donnerez ordre au dépôt du 5e régiment polo­nais de partir de Thorn pour se diriger sur Danzig par la rive gauche, afin qu’il ne gêne pas nos mouvements.

 

Thorn, 4 juin 1812

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Elbing

Mon Cousin, je vous envoie mon aide de camp, le général Hogendorp, qui est destiné à prendre le commandement de Königsberg, de Pillau et de la province de Königsberg. Assistez-le de commis­saires des guerres et de tout ce qui lui sera nécessaire. Mon intention est qu’il n’entre à Königsberg qu’avec votre 1e division.

Faites connaître au général Grawert que le général Kleist est parti de Plock pour le rejoindre avec la brigade de Silésie.

Toute ma Garde se réunit ici. Je compte la voir demain, finir quelques affaires de l’administration et me rendre à Marienburg et Danzig. Faites-moi connaître si l’équipage de pont est arrivé à Marienburg, et si les 20,000 quintaux de riz et de farine sont arrivés à Elbing. Presque toute l’armée se nourrira par Königsberg et la Passarge. Je pense donc qu’il faudra par jour plus de 4,000 quintaux, ce qui fera pour dix jours 40,000 quintaux. Vous m’avez, je crois, mandé qu’il y en avait 40,000 quintaux à Königsberg. Les 20,000 quintaux qui sont embarqués porteront cet approvisionnement à 60,000 quintaux. Je suppose que Königsberg, Wehlau et autres points de la Passarge doivent fournir des moyens de mouture. Mon intention est que 20,000 quintaux de farine suivent les premiers 20,000. Ce n’est pas le blé, mais la farine qui pourra manquer. Pour des masses comme celles-ci, si les précautions ne sont pas prises, les moutures d’aucun pays ne pourront suffire. Je suppose qu’on moud à force à Danzig et à Elbing.

 

Thorn, 5 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Thorn.

Mon Cousin, le quartier général partira après-demain 7, et arri­vera le 10 à Osterode. Vous donnerez ordre que le petit quartier général, qui est parti ce matin 5 et y arrive le S, parte le 9 pour Heilsberg, où il arrivera le 10. Vous donnerez ordre que mon service de guerre se repose un jour à Osterode et de là continue sa route sur Heilsberg.

 

Thorn, 5 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Thorn.

Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie que les hommes malin­gres qui sont aux hôpitaux de convalescence de Varsovie peuvent y rester, parce que, au premier événement, ces hommes seraient en peu d’heures rendus à Modlin ; que le principal est de ne pas laisser à Varsovie de gros magasins et de renfermer tout dans la place de Modlin.

Faites connaître au roi de Westphalie que j’ôte les Westphaliens de la 1e division et que je la fais venir à Marienburg ; que, lorsque la division Daendels sera arrivée à Danzig, mon intention est de lui renvoyer sa brigade. Écrivez la même chose au prince d’Eckmühl, afin que les Westphaliens le sachent et ne soient pas fâchés de se trouver en garnison.

 

Thorn, 5 juin 1812

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Thorn

Mon Fils, vous recevrez du major général des ordres pour votre mouvement sur Rastenburg. Ce n’est qu’un premier mouvement, car il doit se continuer sur Seyny, mon intention étant de réunir là, le 17 et le 18, tout votre corps d’armée, pendant que le 1er, le 2e, le 3e et la Garde seront réunis à Wilkowyszki, que le roi de Westphalie sera à Pultusk avec les 5e et 8e corps, le 7e corps sur Praga, et les Autrichiens arrivés à Lublin se trouvant déjà sur nous. Il vous est facile de comprendre que, dans cette position, si l’ennemi prenait l’offensive pour marcher sur Varsovie, s’il débouchait par Bialystok, vous vous trouveriez sur son flanc droit, et que, s’il débouchait par Olitta, vous vous trouveriez sur son flanc gauche. S’il débouchait sur vous, vous vous appuieriez sur l’armée ; de là, la nécessité que votre corps change de ligne d’opération. Il peut garder encore long­temps celle de Plock. Mais, aussitôt que les ennemis commenceront leur mouvement, le 18 arrivé, il faudra que votre ligne se dirige sur Thorn et même sur Marienburg. Alors, en supposant le roi de West­phalie se repliant sur Modlin, votre ligne n’est pas compromise et vous pouvez manœuvrer, au contraire, tranquillement pour vous placer sur la ligne d’opération de l’ennemi.

 

Thorn, 5 juin 1812.

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant les 5e, 7e et 8e corps de la Grande Armée, à Varsovie

Mon Frère, je reçois votre lettre que m’apporte votre aide de camp. Le major général vous écrit pour vous faire connaître le plan d’opé­rations que vous avez à faire. Dans ce métier-ci, et sur un si grand théâtre, on ne réussit que sur un plan bien établi et qu’avec des élé­ments bien d’accord. Il faut donc bien étudier vos ordres et ne faire ici ni plus ni moins que ce qu’on vous dit, surtout pour ce qui est mouvement combiné.

Annoncez que je vais voir le dépôt de Danzig, et qu’immédiate­ment après je reviens passer la revue du corps du vice-roi, celle des Polonais à Pultusk, et à Varsovie celle des deux autres corps. Faites faire à Varsovie tout ce qui peut accréditer cette nouvelle. Établissez une bonne police aux frontières, et faites que rien ne passe en Russie, ni courriers, ni postes, sous quelque prétexte que ce soit. Tout ce qui en viendra doit être envoyé au quartier général. Don­nez ordre au prince Poniatowski de correspondre avec le vice-roi et avec le général Rapp, pour leur faire connaître ce qu’il y a de nouveau.

Il est nécessaire aussi que vos trois corps correspondent avec le major général. C’est le major général qui ne doit correspondre qu’avec vous; mais les commandants de ces corps doivent envoyer exacte­ment le détail de leur position au major général.

Il paraît qu’il y a assez de blé à Modlin ; ce qui manque, c’est de la farine. Pultusk, Ostrolenka et Varsovie doivent avoir pourtant assez de moyens de nourriture. J’ai donné pour cela tous les ordres nécessaires. Faites-moi connaître jusqu’où, dans les mois de juin et de juillet, la Narew est navigable. Porte-t-elle bateau en ce moment jusqu’à Nowogrod et Lomza ?

Je crois vous avoir fait connaître ce que vous avez de mieux à faire au début de la campagne : d’abord, faire croire que vous allez entrer en Volhynie et tenir l’ennemi le plus possible sur cette partie, pen­dant que, le débordant sur son extrême droite, j’aurai gagné sur lui douze ou quinze marches dans la direction de Pétersbourg ; je me trouverai sur son aile droite, je passerai le Niémen et lui enlèverai Vilna, ce qui est le premier objet de la campagne.

Le mouvement du prince de Schwarzenberg sur Lublin ne démasquera pas entièrement ce dessein, puisque l’ennemi pourra croire que, réunis à Zamość, nous partirons de là pour entrer en Volhynie.

Quand cette opération sera démasquée, l’ennemi prendra un des deux partis suivants : ou il se ralliera dans l’intérieur de ses États pour se trouver en force de livrer bataille, ou il prendra lui-même l’offensive. Ainsi, pendant que l’extrémité de la droite serait débor­dée , il pourrait marcher sur Varsovie, soit en débouchant sur Ostro­lenka et Pultusk, soit en débouchant sur Nur et Sierock, soit en débouchant en droite ligne sur Praga. Tous les dépôts de mon armée doivent être réunis dans Modlin, mais lentement et sans précipita­tion. Votre corps est destiné à défendre Varsovie; et, à cet effet, le 5e corps à Ostrolenka, le 7e corps à Sierock et Praga, votre quartier général à Pultusk, telle est la position que vous recevrez ordre de prendre vers le 10. Le 7e corps, de retour de Lublin, mettra dans votre main tout votre corps réuni ; et alors, si l’ennemi attaque par Ostrolenka ou entre le Bug et la Narew, le corps du vice-roi se trouve sur son flanc droit; s’il attaque par Brzesc et par Zamość, ou s’il vient droit sur Praga avec des forces considérables, le 8e corps d’abord, le 7e ensuite, et après le 7e les Autrichiens, gardent Praga et Varsovie. Modlin et Sierock seront couverts avec le 5e et le 8e corps, et plus tard avec les 5e, 7e et 8e corps. Pendant que l’ennemi serait sur les remparts de Praga et sur les bords de la Vistule, se contentant d’appuyer Modlin, Sierock et Pultusk, vous vous trouverez réuni à l’armée, et par mon mouvement à droite toute son armée se trouverait débordée et jetée dans la Vistule.

Il n’est point hors de propos que la garde nationale de Varsovie soit organisée, au moins plusieurs bataillons; ils ne peuvent qu’être utiles au service.

D’ailleurs, je me trouverai toujours en position de pouvoir vous donner de plus grandes explications et d’ajouter des développements à cette instruction générale.

Si l’ennemi prenait brusquement l’offensive et que le général Reynier eût quelque peine à regagner Varsovie, ce qui n’est guère probable, vous le soutiendriez par le 4e corps de cavalerie et par le 8e corps. Mais, en général, vous devez calculer comme probable que tout votre corps d’armée finira par se porter de Pultusk sur Ostrolenka, sur Nur, sur Bialystok ou sur Grodno. Il est nécessaire que la tête de pont de Pultusk soit achevée et bien armée, ainsi que les ouvrages de Sierock. On m’assure qu’il y a une tête de pont sur la rive gauche, à Sierock; il faut la faire mettre en état.

Je me conserverai la rive droite; mais il est possible que j’aban­donne toute la rive gauche; bien entendu toutefois que je ne l’aban­donnerai qu’à des farces supérieures, et non à une division de 12 à 15,000 hommes, ni à quelques régiments de Cosaques.

 

Thorn, 5 juin 1812.

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant les 5e, 7e et 8e corps de la Grande Armée, à Varsovie

Mon Frère, je pars celte nuit pour Danzig. Mon quartier général se dirige sur Osterode, où probablement je serai le 9. Communiquez fréquemment avec le vice-roi, a6n de pouvoir faire passer les nou­velles de la droite à la gauche.

 

Thorn, 5 juin 1812

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Elbing

Mon Cousin, je reçois vos lettres du 4 juin. Mon intention était effectivement de n’occuper Pillau que lorsque votre corps serait i Königsberg. Tout ce qui a été fait pour faire penser que j’attachais une grande importance à Pillau est contraire à mes intentions. Le général de l’artillerie a donné ordre à l’équipage de pont de se réunir à Marienburg; l’Ile de Nogat a paru une position plus avantageuse. Depuis, cet équipage de pont, qui est sous les ordres du général Éblé, a reçu ordre de se rendre par le plus court chemin à Heilsberg, il doit partir demain. Le bataillon du Danube et l’équipage de marins partent de Danzig pour le rejoindre. Le parc du génie est parti également pour le joindre, de Thorn, le 3; ce qui réunira, sous le commandement du général Éblé, un matériel important qui comprendra tout ce qui est nécessaire. Étant instruit que l’équipage de siège n’avait pas assez d’eau pour venir de Danzig à Elbing, j’ai ordonné qu’il vînt à Dirschau et de là à Marienburg; il est là plus en sûreté. Cet équipage de siège ne doit pas arriver à Königsberg avant d’avoir reçu de nouveaux ordres. J’étais bien aise de le savoir où il est, hors de tout danger; mon intention est qu’il n’en parte que lorsque j’aurai démasqué mon mouvement.

Je crois que les fusils destinés aux troupes de Bade sont en route ; leur gouvernement leur envoie des fusils de calibre français. Le bataillon que vous avez laissé à Dirschau peut aller à Danzig pour y tenir garnison, ou tenir garnison à Marienburg.

J’ai retardé mon départ pour voir la Garde, mettre en règle les affaires de l’administration, donner les derniers ordres, et mettre tout en mouvement. Je compte partir cette nuit et passer par la rive gauche. Je serai demain à Marienburg, où je compte vous voir. Vous devez vous mettre en mouvement le 7 ; vous recevrez des ordres du major général pour occuper les bords de la Pregel. Il faudra que votre corps marche en colonnes pour occuper les points d’Insterburg et de Wehlau, en même temps que Königsberg. Les 20,000 quin­taux de farine que j’ai fait embarquer ne doivent pas être débarqués à Königsberg, mais filer sur la Pregel, lorsque mes troupes y seront arrivées, et être débarqués à Insterburg, où je compte établir un grand centre d’approvisionnements et de manutention. Les bateaux retourneront à Königsberg pour reprendre des vivres.

J’ai envoyé le général Hogendorp pour commander à Königsberg. Nommez un officier très-sûr pour commander sous ses ordres à Pillau. La passe n’étant que de 400 toises, il n’y a rien à craindre, et l’en­trée de bâtiments ennemis est impossible.

Apportez-moi à Marienburg l’état de toutes les farines qui sont disponibles à Elbing; je désirerais en envoyer la plus grande quantité possible sur la Pregel. Le duc de Tarente doit être arrivé à Königsberg, et le corps prussien sera le 9 ou le 10 à Labiau. La brigade du général Kleist a passé la Vistule et est en marche pour rejoindre les Prussiens. Vous verrez par la lettre ci -jointe que le général Lepin a été contre mes intentions en envoyant up officier à Memel. Vous n’au­riez point dû le souffrir; cela a été une grande faute.

 

Thorn, 6 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Thorn.

Mon Cousin, donnez ordre au vice-roi de partir le 7 de Soldau pour porter son quartier général à Rastenburg, où il sera arrivé le 12; de placer le quartier général du 3e corps de cavalerie à Lœtzen, occupant par sa cavalerie légère Oletzko ; de placer le quartier général du corps du général Saint-Cyr à Ortelsburg, occupant par sa cava­lerie légère Johannisburg et Arys, et correspondant avec la cavalerie légère du prince Poniatowski qui occupera Nowogrod. Le 4e corps occupera ainsi Drengfurt, Rœssel, Sensburg, Bischofsburg.

Donnez ordre au duc d’Elchingen de diriger son corps d’armée par Allenstein, Wartenburg, Seeburg, jusqu’à Passenheim, Bischofs­burg, Bischofstein, Schippenbeil et Gerdauen. 11 ne fera rien passer par la roule de Guttstadt et de Heilsberg, ni cavalerie, ni infanterie, afin de laisser cette route libre. Il portera son quartier général à Gerdauen. Le 2e corps de cavalerie sera établi à Nordenburg, ayant la cavalerie légère sur Goldap et Darkehmen. Il est convenable que ce mouvement se trouve fait le 12. Il fera construire des fours à Ger­dauen. Il occupera Schippenbeil, Gerdauen, Friedland, Altenburg, Nordenburg.

Donnez ordre au duc de Reggio de faire filer son corps d’armée par Mohrungen, Liebstadt, Wormditt, Landsberg, et Preussich-Eylau, où il portera son quartier général. Il partira le 8 pour y être le 12. Rien ne passera ni à Guttstadt, ni à Heilsberg, ni à Bartenstein. Il occupera Domnau, Kreuzburg, Landsberg, Zinten. Il tirera ses vivres de Brandenburg, de Braunsberg et d’Heiligenbeil ; il placera sa cava­lerie dans l’endroit le plus favorable, mais de manière à pouvoir se porter en deux marches sur Wehlau ; son corps se trouvera par là comme en réserve.

Les parcs du génie et des ponts doivent avoir eu l’ordre de se rendre à Heilsberg.

Vous donnerez ordre au duc de Danzig de diriger la brigade de chasseurs qui arrive le 9 à Osterode sur Guttstadt, où elle peut être le 10. Elle ne doit pas passer par Allenstein. Les grenadiers qui arri­vent le 10 se rendront le 11 à Guttstadt, de sorte que la Garde pas­sera par Heilsberg et Guttstadt. Elle pourra arriver le 12 à Heilsberg. Le petit quartier général se rendra à Heilsberg.

Donnez ordre au prince d’Eckmühl de faire entrer la tête de ses troupes à Königsberg le 9, et de s’y porter de sa personne s’il le juge convenable, et de diriger ses colonnes de manière que le 12 son quartier général soit placé à Insterburg, et que Tapiau, Wehlau et Insterburg soient occupés par son corps d’armée. Le 1er corps de cavalerie sera à Gumbinnen; la cavalerie légère sera placée dans la direction de Kovno, Georgenburg (en russe Yourbourg) et Olitta, s’appuyant sur celle du 2e corps. Toutes les brigades de cavalerie de son corps d’armée seront placées entre le Niémen et la Pregel, sur les débouchés de Tilsit, pour couvrir ses divisions. Les Prussiens occuperont le 9 Labiau, ayant une première ligne de cavalerie le long du Niémen. Ils occu­peront Tilsit et auront une colonne avec deux batteries d’artillerie sur la pointe, vis-à-vis Memel.

 

Danzig, 7 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig

Mon Cousin, il est nécessaire d’avoir à Marienburg un magasin de 10,000 quintaux de farine. Le prince d’Eckmühl y a fait conduire 5,000 quintaux de blé, qui seront convertis en farine; donnez l’ordre à d’intendant général et, pour plus prompte exécution, au général Kapp, de faire partir de Danzig pour Marienburg 5,000 quintaux de farine, ce qui complétera ce magasin à 10,000 quintaux. Donnez ordre de construire à Marienburg, avec des ouvriers du pays (pour ne pas employer ceux de l’armée qui doivent tous être en avant), six fours; les fours de la ville peuvent fournir 8,000 rations de pain; les six fours en fourniront 18,000; ainsi, en cas d’événement, cette ville pourrait nourrir un corps d’armée. Il suffira que ces fours soient construits dans le cours de juin. Ordonnez également que les six fours de Marienwerder soient finis dans le cours du mois de juin, et qu’il y ait dans cette ville un magasin de 3,000 quintaux de farine fournis par le magasin de Thorn.

Par ce moyen j’aurai sur la Vistule un magasin à Thorn, un à Marienwerder, un à Marienburg et le magasin central de Danzig.

Réitérez l’ordre à Danzig, à Elbing, à Marienburg, à Bromberg et à Thorn que l’on fasse moudre le plus possible; car, dans des armées de la force de celle-ci, il est toujours possible de se procurer du blé, mais non de la farine, si on ne s’y prend deux ou trois mois d’avance.

 

Danzig, 8 juin 1812.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Elbing

Mon Cousin, j’ai causé un moment avec votre officier. Il m’a dit que le Niémen avait 60 toises de large à Tilsit ; qu’il n’avait pas me­suré ce fleuve à Kovno; que cependant il en avait fait la reconnais­sance et n’en avait jugé la largeur que par évaluation. Je n’ai pas jugé à propos de l’entendre davantage. Je vous le renvoie. Si cet officier a l’habitude de faire ainsi ses reconnaissances et de se tromper des deux tiers, il vous induira souvent en erreur.

 

Danzig, 9 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, faites connaître au gouverneur de Danzig que la garnison de cette place se compose : des dépôts du 1er corps, formant 1,300 hommes; des dépôts de la Garde, 100; d’un bataillon de dépôt des 10e, 11e et 5e polonais, 600; de cinq compagnies d’artil­lerie françaises, polonaises et bavaroises ; d’un régiment wurtembergeois fort de deux bataillons et de 1,300 hommes ; du régiment n° 5 de la division princière, arrivant de Berlin, fort de deux bataillons et de 1,300 hommes, et du dépôt du régiment de lanciers polonais de Varsovie, dont il doit activer la remonte; que toutes ces troupes présentent une force d’environ 6,000 hommes, indépendamment des détachements d’ouvriers et des matelots de la marine; qu’indépendamment de ces forces la division Daendels, composée de la brigade de Berg forte de 5 bataillons et de 14 pièces d’artillerie, de la brigade de Bade forte de 5 bataillons et de 8 pièces de canon, et de la brigade de cavalerie du général Delattre forte de deux régiments de cavalerie alliés formant 1,200 à 1,500 chevaux, se rend à Danzig; que cette division doit y prendre position et être, sous les ordres du gouver­neur, chargée de pourvoir à la défense de cette place importante, de la garde des communications de Danzig avec Pillau, de Danzig avec Stettin, et de la conservation de la tranquillité sur les derrières de l’armée entre l’Oder et la Pregel;

Que le général Hogendorp est gouverneur de Königsberg ; qu’il a sous ses ordres trois bataillons westphaliens et un bataillon badois pour la défense de Königsberg, de Pillau et de la pointe du Nehrung;

Que le général chargé de la défense de Marienburg et de Marienwerder a sous ses ordres un bataillon westphalien ;

Enfin qu’un général polonais est à Thorn avec cinq bataillons.

Vous recommanderez au gouverneur de Danzig de tenir des correspondances avec tous ces commandants, et d’avoir une colonne entre Danzig et Pillau, de manière que, Pillau ou la pointe du Nehrung étant menacée, cette division puisse marcher sur-le-champ à sa défense ; d’avoir une colonne entre Danzig et Kolberg, de manière à surveiller la côte, à empêcher l’ennemi de prendre langue et d’opérer un débarquement ; de placer la colonne de droite de manière qu’elle puisse venir promptement au secours de la pointe de Hela.

Des signaux doivent être établis pour que, la place venant à être menacée d’un débarquement, toutes les forces se réunissent rapidement pour s’y opposer, empêcher la place d’être cernée, ou à tout événement s’y renfermer ; et tout cela ferait une garnison de 18,000 hommes. En cas d’un débarquement imprévu et considérable, le général Rapp pourrait faire venir la garnison de Thorn, un détachement de la garnison de Kolberg et ce qui serait disponible à Posen.

Vous ferez connaître l’ensemble de ces dispositions au général Hogendorp ; vous en direz quelque chose au général commandant à Thorn, lequel aura une correspondance avec le gouverneur de Danzig, afin que celui-ci, selon l’urgence des circonstances, puisse lui envoyer une partie de son monde s’il était menacé.

Le commandant actuel de la place de Danzig est parfaitement incapable; il faut le renvoyer en France et nommer un général de brigade ou un colonel pour commander la place.

Faites-moi connaître quels sont les adjoints qui s’y trouvent, quels sont les commandants des différents forts, afin de compléter le ser­vice de la place en officiers français.

 

Danzig, 9 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig

Mon Cousin, écrivez au prince d’Eckmühl de dire au général prussien que tout ce qui est à Pillau appartient à la Prusse; mais que, comme nous sommes en avant, les fusils qui s’y trouvent nous seraient utiles ; que je remettrai un pareil nombre de fusils fran­çais à Berlin ; que je ferai de même pour tout ce que l’on sera forcé de prendre à Pillau, munitions pour munitions.

 

Danzig, 9 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig

Mon Cousin, vous donnerez ordre au général Delaborde, comman­dant la 1e division de la Garde, de partir le 10 de Marienburg pour se rendre à Königsberg, en faisant de bonnes marches. Donnez ordre au maréchal duc de Trévise de se rendre à Marienburg le 9 pour commander cette division, et de rester à Königsberg avec elle. Donnez-lui l’ordre de former un petit dépôt des hommes malingres et des effets inutiles, comme l’a fait la Garde à Thorn, et d’envoyer ce dépôt à Danzig.

 

Danzig, 9 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig.

Mon Cousin, donnez ordre au général Éblé de partir de Heilsberg pour être rendu le 13, au plus tard le 14, à Friedland, 1° avec l’équipage de pont, 2° avec le bataillon du Danube, 3° avec le 4e ba­taillon d’équipages de flottille, 4° avec le grand parc du génie, 5° avec le corps du génie de la Garde.

 

Danzig, 10 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig.

Mon Cousin, donnez ordre au duc d’Istrie de réunir tous les gre­nadiers à cheval, les dragons et chasseurs de la Garde et leur artil­lerie, qui ont dû arriver le 10 à Osterode, sur Heilsberg, où ils pourront ainsi arriver le 12 ou le 13. Donnez-lui le même ordre pour l’artillerie de la Garde, à l’exception des parcs dont le général Sorbier est maître de disposer comme il l’entendra.

Donnez ordre à la division Claparède, qui arrive le11 à Oste­rode, d’en partir le 12 pour se rendre à Bartenstein. Donnez ordre à tous ces corps de compléter, à leur passage à Osterode, leurs vivres en pain.

Donnez ordre à la division Roguet, qui arrive le 12 à Marienwerder, de se procurer là pour dix jours de vivres et d’en partir pour se rendre à Schippenbeil.

Donnez l’ordre au duc de Danzig que la division de la vieille Garde, qui arrive le 13 à Heilsberg, en parle le 14 pour Schippenbeil.

Donnez ordre an duc d’Elchingen d’évacuer Schippenbeil et Bartenstein.

Donnez ordre au petit quartier général, qui est à Heilsberg, de se rendre à Schippenbeil. Donnez ordre à tous mes bagages de se rendre à Schippenbeil. Quant au grand quartier général, présentez-moi un projet pour le diviser mieux qu’il n’a été jusqu’à cette heure. Il fau­drait distinguer le quartier général du major général et celui de l’in­tendant. Je désire envoyer le quartier général de l’intendant à Königsberg, puisque je dois me nourrir par là. Je désire qu’il ait avec lui ses bureaux, le payeur général, le médecin en chef et tous les chefs de service; mais il faut que le chirurgien en chef, les ambulances et tout ce qui est nécessaire pour un champ de bataille rejoignent le petit quartier général. Votre quartier général doit se composer de la partie la moins nécessaire de votre état-major et de vos bureaux.

Donnez ordre au quartier général de partir demain d’Osterode pour être rendu le 13 à Königsberg.

Donnez ordre au prince d’Eckmühl de faire partir son parc du génie, qui arrive le 11 à Königsberg; faites-lui connaître qu’il est convenable qu’il soit rendu le plus tôt possible à Insterburg, parce qu’il pourrait être nécessaire pour les travaux des ponts.

Faites connaître au duc de Tarente la position du corps du prince d’Eckmühl.

Donnez ordre au prince d’Eckmühl qu’aussitôt qu’il sera assuré que le duc de Tarente occupe Tilsit il ait à diriger sa cavalerie légère un peu plus à droite, sur le chemin de Georgenburg.

Donnez ordre au général Éblé, qui doit arriver le 14 à Friedland, de continuer son mouvement le 15, pour être rendu le 16 ou le 17 à Insterburg.

Faites connaître au prince d’Eckmühl qu’il est nécessaire que son quartier général soit rendu le 13 à Insterburg.

Donnez ordre au roi de Naples d’être rendu, avec l’état-major de la cavalerie, le 13 ou le 14 à Gumbinnen.

Écrivez au vice-roi que je viens de recevoir l’état de ses troupes au 18; qu’il est nécessaire que ses marins, ses compagnies du génie et tout ce qui est nécessaire pour aider au passage des ponts gagnent Rastenburg ; que la brigade de cavalerie qui va à Johannisburg doit être la brigade bavaroise, mais que les deux brigades attachées à son corps doivent être à Nikolaiken et à Rhein.

 

Danzig, 10 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig

Mon Cousin, je pars demain pour me rendre à Königsberg, où je serai le 12 à deux heures du matin. Faites-le savoir à Heilsberg, à Osterode, à Thorn, à Varsovie, au roi de Westphalie et au général Éblé. Faites connaître à Varsovie , au général qui y commande, que, après avoir passé la revue du corps du prince d’Eckmühl, je me rendrai à Varsovie pour voir le 5e corps et la droite; qu’il fasse tout ce qui est nécessaire pour accréditer cette nouvelle.  Instruisez le prince d’Eckmühl de mon arrivée le 12 au matin à Königsberg, où je désire le voir avant qu’il en parte.

Donnez ordre qu’un bureau de votre état-major reste encore quel­que temps à Osterode, afin de diriger tous les courriers et officiers en dépêche sur Königsberg ou Gumbinnen, selon l’endroit où sera le quartier général.

 

Danzig, 10 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig.

Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie que je suppose que, comme je l’ai ordonné, la tête du corps du général Reynier sera arri­vée à Lublin ; qu’aussitôt que la tête des Autrichiens sera arrivée à Zamość, ce que je suppose avoir lieu du 15 au 18, il sera néces­saire que le général Reynier rétrograde à marches forcées sur Praga ; que tout le 8e corps se porte sur Sierock et Pultusk ; que le quartier général du Roi soit porté à Pultusk le 14 et à Ostrolenka le 17, et que le quartier général du prince Poniatowski soit porté à Nowogrod le 18, occupant la ligne de la Písek; ces mouvements ne doivent avoir lieu que du 15 au 18; que le général Saint-Cyr, avec le 6e corps, sera le 16 à Ortelsburg, et aura sa cavalerie légère à Johannisburg ; le vice-roi sera à Rastenburg ; le 3e corps de cava­lerie à Lœtzen et Oletzko; que, cette époque arrivée, le 7e corps doit aussitôt que possible repasser la Narew pour venir appuyer le 5e et le 8e corps, en laissant cependant de fortes garnisons à Praga, à Modlin et le long de la Vistule, jusqu’à ce que les Autrichiens, arrivés à Praga, puissent couvrir Varsovie et la gauche de la Vistule.

Si l’ennemi prenait l’offensive sur la droite de la Narew, soit que le Roi prit la ligne de la Písek, soit qu’il rétrogradât sur celle de l’Omulew, l’ennemi prêterait le flanc au vice-roi, qui tomberait sur sa droite. Si c’était entre la Narew et le Bug que l’ennemi vint à effectuer un mouvement offensif, le 5e et le 8e corps pourraient déboucher par Ostrolenka et Pultusk et tomber sur la droite de l’ennemi. Tandis que l’ennemi s’enfoncerait ainsi dans des opérations qui ne le conduiraient à rien, puisqu’en dernière analyse il trouve­rait la Vistule, il aurait perdu bien des marches, et la gauche de noire armée, qui aurait passé le Niémen, arriverait sur son flanc et sur ses derrières avant qu’il pût se relever. Que si, au contraire, l’ennemi ne fait aucun mouvement, le Roi doit le menacer, par des mouvements de troupes légères, de se porter sur Grodno et Bialystok; qu’il doit à cet effet faire avancer ses pontons et annoncer ouvertement ce projet; mais le plan général étant de refuser la droite et d’avancer la gauche, ce ne serait réellement qu’après que la gauche aurait passé et que ce mouvement aurait produit son effet sur les cantonnements ennemis de Grodno et de Bialystok, que la droite se mettrait à la poursuite de l’ennemi, afin de l’occuper et de l’empêcher de se porter tout entier sur la gauche, sans pourtant jamais se compromettre ; qu’il est donc indispensable de bien étudier les positions, de ne pas engager d’échauffourée et de bien connaître le plan général des opérations; qu’il doit correspondre souvent avec le vice-roi.

Vous lui manderez que je me rends de ma personne à Königsberg; que probablement je serai le 15 à Insterburg; e qu’il doit adresser ses lettres par Rastenburg, d’où le vice-roi leur donnera une direction ultérieure; qu’il doit toujours faire courir le bruit que j’arrive.

 

Danzig, 10 juin 1812

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Willenberg

Mon Fils, je vois par votre lettre que vous ne serez arrivé que le 18 à Rastenburg. Le 1er corps sera à Insterburg le 13; le 3e corps sera à Gerdauen ; le quartier général sera à Schippenbeil ; le grand quartier général de la cavalerie (du roi de Naples), à Gumbinnen ; le 2e corps de cavalerie, à Goldap.

Je pars demain matin pour être à la pointe du jour à Königsberg. J’y resterai le 13, le 14, le 15; je crois que je serai le 16 à Inster­burg. Vous vous trouverez dans votre position de Rastenburg à vingt lieues de Königsberg, à vingt-quatre lieues de Nowogrod et à une cinquantaine de lieues de Varsovie. Le générai Saint-Cyr, qui se réunit à Ortelsburg, sera à moins de dix-huit lieues de Nowogrod et à quinze lieues de Johannisburg.

Il est nécessaire que vous sachiez ce que fait le prince Poniatowski et les nouvelles qu’il a, afin d’être informé constamment de ce qu’il y a de nouveau sur la droite de l’armée.

Passé le 14, si vous aviez des nouvelles importantes, il faudrait me les envoyer par deux directions : Insterburg et Königsberg. Nous sommes encore en paix avec la Russie; cependant noua voilà au dernier moment. Si l’ennemi prenait l’offensive sur vous, vous vous feriez appuyer par le général Saint-Cyr; le 2e corps, le 3e corps, la Garde, qui sera à Schippenbeil le 14, et même le 1er corps, qui est sur la Pregel, viendraient facilement à votre secours.

Changez votre ligne d’opération; ne la prenez plus par Plock et par Willenberg, mais par Thorn et Osterode sur Rastenburg; cela ne doit pas vous empêcher de tirer les ressources que vous pourrez avoir de Plock.

Si l’ennemi prenait l’offensive sur le 1er corps, vous recevriez des ordres sur ce que vous auriez à faire. S’il prenait l’offensive sur votre droite, c’est-à-dire sur le 5e corps, qui jusqu’à ce jour est toujours derrière l’Omulew, vous tomberiez facilement sur le flanc droit de l’ennemi. S’il le fallait même, le 5e corps pourrait faire des marches rétrogrades pour se joindre aux 7e et 8e corps et attirer l’ennemi sur Pultusk. Vous pourriez, si cela était nécessaire, être appuyé par quelques corps de la gauche et tomber sur la droite de l’ennemi. Entendez bien cela avec le roi de Westphalie et le prince Poniatowski.

La marche de l’armée est un mouvement que je fais par ma gau­che en refusant constamment ma droite, puisque le 7e corps, qui marche en partie sur Lublin pour faire croire à l’ennemi qu’il va se réunir aux Autrichiens pour marcher en Volhynie, va, le 12, se reployer rapidement sur Varsovie, ce qui rendra disponible le 8e corps, qui renforcera le 5e. Le 7e corps lui-même sera bientôt disponible par l’arrivée des Autrichiens sur Praga. De sorte que, vers le 20, le 1er, le 2e et le 3e corps, la Garde impériale et deux corps de cavalerie manœuvreront pour passer le Niémen, soit entre Kovno et Grodno, soit entre Kovno et Tilsit. Le 4e et le 6e corps, qui sont sous vos ordres, et un corps de cavalerie, formant le centre, manœu­vreront, ayant leurs lignes d’opération sur Thorn et la basse Vistule, pour être toujours liés avec ma gauche. Inquiétez l’ennemi du côté de Grodno, et, lorsque le passage sera effectué, venez à marches forcées pour passer au même pont ou bien passer sur Olitta et Meretch, si l’ennemi ne fait pas de résistance. Je donnerai des ordres pour cela. Vers le 18, le 5e et le 8e corps se placeront à Nowogrod ; quelques jours plus tard, ils seront soutenus par le 7e corps. Cette droite est destinée à garder Varsovie, à se tenir appuyée toujours à la Narew, en communiquant toujours avec vous par sa gauche, mais gardant sa ligne d’opération sur Varsovie; et en cas que l’ennemi fut tellement fort sur Nowogrod que le roi de Westphalie crût devoir reculer de quelques marches, il reculerait sur Pultusk, et l’ennemi vous prêterait son flanc droit à vous, qui avez votre ligne d’opération sur la basse Vistule et qui devez rester réuni avec la gauche. L’armée ayant passé le bas Niémen, toute la droite pourra se porter, selon la circonstance, sur Grodno ou Bialystok, où elle serait jointe par le corps autrichien.

Je vous fais connaître ainsi les diverses combinaisons de ma mar­che, pour que vous connaissiez bien le rôle que vous avez à remplir et que vous preniez toutes les mesures pour changer votre ligne d’opé­ration, qui, après avoir reculé sur Thora, reculerait, s’il le fallait, sur Danzig, c’est-à-dire sur Marienburg.

 

Danzig, 11 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig

Mon Cousin, écrivez au duc de Bellune que la 1e demi-brigade de marche de la division Lagrange, forte de 2,400 hommes, arrive le 23 juin à Magdeburg; que ce jour-là même les Westphaliens peu­vent partir pour Stralsund ; que la 2e arrive le 25 et la 3e le 27 ; que ces demi-brigades peuvent être rendues à Berlin le 1er juillet. Faites connaître que mon intention est que cette division soit ou baraquée ou casernée, et que personne ne loge chez les bourgeois ; qu’il serait bon qu’aucun homme n’entrât à Berlin, et qu’il faut les placer dans des lieux sains, du côté de Spandau, parce qu’il y a de mauvaises maladies à Berlin, que ces jeunes gens gagneraient. La vie des camps leur fera du bien. Vous manderez au duc de Bellune que ce sera vers les premiers jours de juillet que les nouvelles des premières affaires arriveront; que je vois avec plaisir l’arrivée de ces troupes à cette époque, afin que, s’il y avait des affaires douteuses, il se trouvât davantage en force. A la même époque, la division Partouneaux se trouvera tout entière cantonnée du côté de Stettin et la division Heudelet dans la 32e division militaire.

Mandez que je ne veux pas mettre de Français à Küstrin, parce que l’air y est mauvais; qu’il vaudrait mieux, si cela était nécessaire, y mettre un bataillon de Würzburg.

 

Danzig, 11 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig

Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie que, dans sa lettre du 8, il fait connaître que le corps de Bagration remonte sur Brzesc et que le corps d’Essen se réunit à Bialystok ; qu’il est fâcheux que le Roi n’ait pas envoyé, au lieu de sa simple analyse, les rapports ori­ginaux, afin qu’on pût les comparer à ceux que nous avons. Mandez-lui que la lettre que vous lui avez écrite le 10 lui fait connaître suffisamment mes intentions; mais que nous sommes tellement éloignés, que c’est aujourd’hui à lui à manœuvrer, selon les circon­stances, dans l’esprit général de ses instructions ; que le mouvement du général Bagration sur Brzesc peut avoir pour but de regagner les marches que j’ai sur lui, afin de pouvoir défendre le passage du Niémen et se trouver à portée de couvrir Vilna avec toutes les forces réunies pour donner là une bataille; que, s’il s’aperçoit que les mouvements de l’ennemi ont ce but et que Bagration, de Brzesc, remonte sur Grodno, il doit lui-même accélérer ses mouvements pour se porter sur Ostrolenka et Nowogrod avec son corps d’armée, et se trouver toujours en mesure d’être opposé à la gauche de l’en­nemi, c’est-à-dire à l’armée de Bagration; que, si au contraire l’en­nemi, s’a percevant que je viens le déborder par sa droite, veut prendre l’offensive sur mes flancs, hypothèse qui a été calculée dans le temps, et veut se diriger soit de Brzesc sur Praga, soit de Bialystok sur Pultusk, dans ce cas il devra aussi activer le passage de ses forces sur Pultusk et Ostrolenka, afin de garder toujours la rive droite de la Narew et de maintenir ses communications avec le vice-roi; que le vice-roi a ordre de s’appuyer toujours sur ma gauche; que sa ligne d’opération est sur Thorn ; que le roi de Westphalie doit toujours garder sa ligne d’opération sur Modlin, se tenir toujours bien réuni, correspondre avec le vice-roi, de sorte que celui-ci puisse tomber sur le flanc droit de l’ennemi; que ce mouvement d’attaque de l’ennemi, qui est assez naturel et qui a été prévu dès le commencement, ne peut en rien influer sur mes opérations offensi­ves ; que l’important est que la droite ne se commette pas contre des forces supérieures et manœuvre réunie, de position en position ; que, si la plus grande partie de l’armée russe se trouvait à cette attaque de flanc, il ne pourrait jamais rien arriver à la droite, qui aurait toujours pour refuge le camp retranché de Modlin et la rive gauche de la Vistule; mais qu’aussitôt qu’un pareil mouvement de la part des Russes serait décidé je tomberais avec toute mon armée sur leur flanc droit et sur leurs derrières; qu’il est bien difficile que l’ennemi s’expose ainsi à une perte totale; que, si toutefois il le faisait, la marche qui vient d’être tracée doit faire connaître au Roi comment il doit agir.

Envoyez un aide de camp intelligent au prince Poniatowski ; qu’il revienne sur Schippenbeil et puisse nous rapporter des nouvelles de la droite et de ce qu’on pense de ce côté. Dites à cet officier de s’assurer si l’ennemi veut prendre l’offensive, ou filer pour regagner sa droite.

 

Danzig, 11 juin 1812

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Ortelsburg

Mon Fils, je serai demain à Königsberg. Je vous ai expédié hier un officier d’ordonnance; je vous expédie encore un officier avant de partir. Mon petit quartier général se rend à Schippenbeil. Je suppose que vous avez des nouvelles de Varsovie. Je vous ai ordonné d’en­voyer directement des officiers au prince Poniatowski et d’envoyer aussi auprès du roi de Westphalie, afin d’avoir des nouvelles de la droite. Mes dernières nouvelles de Varsovie sont du 8 ; on y disait alors que l’armée de Bagration remontait sur Brzesc, de Loutsk où il était, et que celle d’Essen se portait sur Bialystok. Vous avez dû avoir des nouvelles précises de celle d’Essen par le prince Ponia­towski et par le préfet de Lomza. Il me semble que je vous avais mandé d’avoir des officiers d’état-major vis-à-vis Grodno et du côté de Lomza. Je suppose que vous connaissez bien la marche que vous devez tenir; instruisez-en le général Saint-Cyr. En supposant les nouvelles vraies que Bagration remonte vers Brzesc, je ne pense pas qu’il puisse y être réuni avant le 16. Quant à Essen, comme il était à peu de distance de Bialystok, s’il a voulu s’y réunir, il y aura été très-promptement. Dans ce mouvement, l’ennemi peut avoir deux buts : ou de filer rapidement sur le nord pour défendre le Niémen, voyant que je lui ai déjà gagné beaucoup de marches, et tâcher d’ar­river pour couvrir Vilna, et alors votre rôle se trouve être le même que celui de l’armée; ou bien, de Bialystok et de Brzesc, il prendra l’offensive en tombant sur mon flanc, et débouchant de Bialystok sur Ostrolenka, de Brzesc sur Varsovie, et peut-être même de Grodno.

Je vous ai fait connaître dans ces circonstances ce que vous aviez à faire, qui est toujours de vous appuyer à gauche, de changer votre ligne d’opération et de faire en sorte que l’ennemi n’entame rien. Mais cependant je continue dans mon projet, et, s’il s’enfourne ainsi, je me trouverai avoir passé le Niémen et être sur ses derrières.

Écrivez, je vous prie, au prince Poniatowski et au roi de Westphalie pour savoir si tous ces mouvements sont bien compris. Le Roi, avec ses trois corps de la droite, ayant sa ligne d’opération sur Modlin, doit battre l’ennemi si l’ennemi est inférieur, et lui disputer le terrain s’il est plus fort. En supposant que l’ennemi avec des forces considé­rables s’entêtât dans son mouvement, je ne verrais pas même d’incon­vénient à ce que le Roi se retirât dans le camp retranché de Modlin, en occupant Praga et la rive de la Vistule. Votre ligne d’opération se trouvant sur Thorn, vous n’auriez rien à craindre de cet état de choses.

Aussitôt que je connaîtrai les projets de l’ennemi, je me rappro­cherai de ma personne de Schippenbeil, afin d’être plus à portée de donner des ordres.

Mais, je vous le recommande, disposes des piquets de manière à avoir fréquemment des nouvelles du prince Poniatowski et de la droite. Indépendamment des postes, qui souvent sont mai montées, vos officiers peuvent prendre des chevaux de piquets placés toutes les trois lieues.

 

Königsberg, 13 juin 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, les cohortes commençant à arriver du côté de Cherbourg, je crois qu’il serait nécessaire de faire filer une des demi-brigades qui s’y trouvent sur Bayonne. Cela aurait le double avantage d’ôter des consommateurs d’un point où le service des subsistances est difficile, et de renforcer la réserve de Bayonne.

Je crois aussi vous avoir mandé d’y envoyer la 5e demi-brigade, formée des détachements des 26e, 82e et 66e, qui se réunit dans la 12e division militaire et qu’il faut compléter. Je suppose que vous avez dirigé également le 3e et le 105e sur Bayonne. Il est nécessaire d’avoir beaucoup de forces de ce côté. Envoyez-y quelques généraux de brigade.

Faites une circulaire pour activer l’habillement des cohortes. Il y a de rembarras dans quelques endroits. Les préfets des chefs-lieux doivent faire toutes les avances nécessaires pour presser les confections.

 

Königsberg, 13 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, donnez ordre à la 7e division de se réunir pour que j’en passe la revue demain 14, après-midi, et de partir le 15 pour se rendre à Labiau, sous les ordres du duc de Tarente. Deux batail­lons de cette division resteront à Königsberg pour en augmenter la garnison. Vous donnerez l’ordre au duc de Tarente de se mettre en mouvement le 16, pour occuper le 18, avec une partie du corps prussien, Tilsit, et le 19, avec la division Grandjean, le pays vis-à-vis Georgenburg. Ces divisions pourront se placer à deux lieues en arrière, de manière qu’elles aient leurs avant-postes et compagnies de voltigeurs sur la rivière. La gauche des Prussiens sera à Labiau; la cavalerie légère couvrira toute la rivière et correspondra par sa droite avec la division de cavalerie légère du général Bruyère.

La cavalerie du duc de Reggio poussera de Wehlau des postes sur le corps du duc de Tarente. Le prince d’Eckmühl aura ses deux bri­gades sur le chemin de Georgenburg à Tilsit.

 

Königsberg, 13 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, je vous  envoie une lettre de l’ordonnateur Deschamps, en date de ce jour, qui fait connaître la mauvaise situation où se trouve le 2e corps sous le rapport des subsistances. La faute en; est tout entière au duc de Reggio et à l’ordonnateur. Si le duc vous l’avait écrit tous les jours pour vous faire connaître sa situation, et si l’ordonnateur avait de même écrit à l’intendant général, on aurait su à quoi s’en tenir et on y aurait pourvu. Écrivez au duc de Reggio qu’il ne rend aucun compte. Donnez-lui l’ordre d’envoyer ses rapports deux fois par jour ; d’écrire ce qu’il y a de nouveau et ce qui est relatif à l’administration ; que son corps est le seul dont on ne connaisse pas tous les jours la situation. Écrivez aussi à son chef d’état-major pour lui témoigner mon mécontentement : du moment où j’ai connu la pénurie où se trouvait le 2e corps, j’ai ordonné que, indépendamment des 4,000 quintaux qui lui ont été accordés à Wehlau par ma décision de ce matin, on lui en envoyât aujourd’hui 2,000 de Königsberg, et que 4,000 autres quintaux fussent également à la disposition du duc de Reggio à Königsberg; j’ordonne encore que 200,000 rations de biscuit et 40,000 rations de pain biscuité soient mises à sa disposition ; mais il est indispensable qu’il envoie des voitures. Faites connaître à ce maréchal qu’il doit se rendre à Wehlau et de là suivre le mouvement de l’armée; qu’il ne restera qu’un jour à Wehlau ; qu’il est donc important qu’il prenne des mesures pour avoir tous ces approvisionnements, qui lui assureront vingt ou vingt-cinq jours de vivres.

 

Königsberg, 13 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Danzig, au duc d’Istrie et au général Sorbier, commandant l’artillerie de la Garde, de diriger leurs mouvements de manière, sans cependant trop fatiguer leurs troupes, à arriver le 17 ou le 18 à Insterburg. Donnez ordre au grand et au petit quartier général de diriger leur marche de manière à être le 17 à Insterburg.

 

Königsberg, 13 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, donnez ordre au roi de Naples de partir de Gumbinnen le 16 au matin, et de porter son quartier général le 18 à Wilkowyszki ; de placer la division Bruyère sur les trois directions d’Insterburg, de Kovno et de Preny, les deux divisions de cuirassiers du 1er corps entre Stallupœhnen et Wirballen, et de porter le quartier général du 2e corps le 17 à Kalwarya, la cavalerie légère sur la direction d’Olitta, de Meretch et de Grodno.

Le 3e corps de cavalerie doit porter, le 17, son quartier général à Oletzko, ayant des postes dans la direction de Meretch et de Grodno.

Les 1er et 2e corps obéiront au roi de Naples; mais le 2e corps rendra compte au duc d’Elchingen, qu’il couvre, de toutes les nou­velles qu’il apprendra.

Le 3e corps restera sous les ordres du vice-roi ; mais il recevra l’ordre de l’état-major général de la cavalerie pour s’y conformer, toutes les fois que cela ne sortira pas du système dans lequel se trouve le vice-roi.

Napoléon.

P. S.  Adressez des ordres directement, pour la 2e division de cavalerie et pour la 3e, au duc d’Elchingen et au vice-roi, en leur faisant connaître l’ordre que ces divisions doivent recevoir du roi de Naples.

 

Königsberg, 14 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, il est temps que vous pensiez à organiser les derrières de l’armée et que vous preniez vos mesures pour que cette organisa­tion soit complète. Le service des hôpitaux, celui des magasins, celui des postes et même celui de la police, n’est organisé nulle part. Les commandants d’armes ne sont pas encore établis. J’ai nommé un gouverneur de la vieille Prusse, qui réside à Königsberg. Il faut qu’il y ait des commandants de place à Pillau, à Tapiau, à Wehlau, à Insterburg, à Gumbinnen, à Stallupœhnen, à Wilkowyszki ; il faut qu’il y en ait à Elbing, Marienburg, Marienwerder, Bromberg, Thorn et Posen. La ligne de communication de l’armée à Königsberg sera par Wilkowyszki, Insterburg et Wehlau. Celle de l’armée avec la France sera par Insterburg, Wehlau e Friedland, Guttstadt, Osterode, Thorn, Posen, Berlin, Magdeburg et Mayence.

Réitérez vos ordres pour qu’aucun homme isolé ne passe les places de Thorn, Marienwerder et Marienburg ; mais qu’ils y soient réunis pour être ensuite envoyés à l’armée par compagnies de marche de 100 hommes au moins. Ordonnez au général de l’artillerie d’avoir des fusils à Thorn, ainsi qu’à Marienwerder et Marienburg, dans les ouvrages des têtes de pont, afin d’armer tous les hommes isolés qui y passeraient, revenant des hôpitaux.

Lorsque l’armée aura passé le Niémen, on fera la mène chose : on désignera deux ou trois points où tous les hommes revenant des hôpitaux devront être réunis, et d’où ils ne partiront que bien armés et bien habillés.

Remettez-moi l’état des officiers propres à être commandants d’armes, et proposez-moi le travail d’organisation des places.

 

Königsberg, 14 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, j’ai ordonné d’établir à Königsberg des hôpitaux pour 12,000 malades. Ordonnez au gouverneur de faire choisir sur-le-champ les locaux nécessaires. Écrivez au prince d’Eckmühl de faire choisir également les locaux nécessaires aux hôpitaux que j’ai ordonné d’établir à Gumbinnen et à Stallupœhnen pour 1,000 hommes chacun; au roi de Naples, pour ceux qui seront établis à Wilkowyszki, Wirballen, Kalwarya et Mayampol ; au duc de Reggio, pour ceux de Wehlau et de Tapiau, et à l’ordonnateur de ma Garde, pour celui d’Insterburg; au duc d’Elchingen, pour ceux de Goldap, Angerburg et Darkehmen. Chacun de ces hôpitaux devant recevoir 1,000 malades, j’aurai sur la Pregel et l’Aile des hôpitaux pour 24,000 malades ou blessés. Défendez en conséquence toute évacua­tion, sans mon ordre, plus bas que La vieille Prusse.

 

Königsberg, 14 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, votre aide de camp m’apporte votre seconde lettre sur la navigation de la Pregel. Je viens d’ordonner que 20,000 quin­taux de blé fussent répartis entre Wehlau, Insterburg et Tapiau, pour être convertis en farine. J’ai envoyé 50 gendarmes d’élite au général Durosnel, que j’ai chargé de commander la place de Wehlau jusqu’à ce que ce grand approvisionnement fût consommé et qu’on eût nommé un commandant de place. Je le charge aussi de nommer des garde-magasins provisoires et de prendre toutes les mesures de conservation nécessaires. Organisez de même les magasins à Insterburg, à Gumbinnen, à Wilkowyszki; les hommes que vous aurez mis là seront ensuite remplacés par les garde-magasins de l’armée, quand le quartier général arrivera. Faites aller jusqu’à Gumbinnen tout ce qui est transporté par terre; ce sera toujours une marche de plus en avant. Vous devez avoir reçu du major général l’ordre que votre corps soit réuni le 17 à Gumbinnen. Le duc de Reggio doit être le 16 à Wehlau, et la Garde le 17 à Insterburg. Je compte que vous avez une manutention à Gumbinnen ; quand elle sera établie, envoyez-en construire une à Wilkowyszki. Placez des relais comme vous l’avez ordonné. Si les bateaux ne peuvent porter que 10 quintaux, il fau­drait réunir 500 bateaux, ce qui ferait des moyens de transport pour 5,000 quintaux par voyage. Il serait convenable que, toutes les res­sources que peut offrir le pays, vous les employassiez à faire transporter des farines de Wehlau sur Insterburg, et tous les moyens de transport qui partent de Königsberg iraient droit à Gumbinnen. D’après ce que m’a dit l’ordonnateur Thomas, il paraît qu’il va en­voyer environ 8,000 quintaux sur Gumbinnen. Il est important de réexpédier aussitôt ces voitures sur Wehlau, pour faire un nouveau voyage de Wehlau à Insterburg.

 

Königsberg, 15 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, donnez ordre au commandant et à l’état-major du 17e bataillon d’équipage de flottille, avec tous les marins de cet équi­page qui se trouvent à Danzig, d’en partir sans délai pour Königsberg. Il restera seulement une compagnie pour le service de Danzig. Une compagnie complète du même 17e bataillon sera chargée de la dé­fense de Pillau ; elle aura deux petites canonnières ( qui existent déjà ) et trois à quatre grands canots, les meilleurs marcheurs qu’on pourra trouver à Königsberg et Pillau, qu’on armera d’autant d’avirons qu’ils pourront en porter, et qui serviront d’abord au passage de la pointe du Nehrung à Pillau, ensuite à faire sentinelle sur la passe et à se porter sur toute péniche et autres petits bâtiments qui tenteraient d’insulter la passe. En cas que Pillau fût attaqué, cette compagnie, forte de 80 hommes, servirait aux batteries. Une autre compa­gnie du même équipage fera le même service à Memel, où il y aura trois petites chaloupes canonnières françaises, indépendamment des quatre ou cinq prussiennes qui y existent. Les six autres compagnies de cet équipage seront employées jusqu’à nouvel ordre, une avec l’équipage de siège et de pont du génie de l’année, une avec l’équi­page de siège de Magdeburg, les quatre autres resteront pour la navi­gation des deux lacs, du Niémen et de la Pregel. Il est inutile de mettre cinq marins par bâtiment ; il n’est pas même nécessaire d’en mettre dans tous ; il suffit d’en avoir un certain nombre pour corres­pondre dans un convoi, et de pouvoir, en cas d’événement, les réunir pour aider à un coup de main. Le 4e bataillon de la flottille sera tout entier réuni pour le passage des ponts.

Le bataillon de l’Escaut sera partagé en deux; deux compagnies resteront à Danzig et deux seront attachées aux ateliers de Kœnigs-berg. En conséquence, vous donnerez ordre que deux des compa­gnies qui sont à Danzig, charrons et autres, en partent sans délai pour se rendre à Königsberg.

 

Königsberg, 15 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, donnez Tordre au gouverneur de Königsberg de faire cesser tous les travaux qui se font au camp de Lochstaedt. Vous lui ferez connaître que j’ai à Pillau 25 ouvriers et une compagnie d’artillerie prussienne. Il fera placer la compagnie d’artillerie moitié dans les ouvrages du Nehrung et moitié dans la place, mêlée avec les canonniers français. Le bataillon du 61e ayant quitté la ville de Pillau, il n’y aura plus qu’un bataillon de Bade dans la ville; donnez l’ordre d’y envoyer un des deux bataillons saxons qui sont à Königsberg, de sorte qu’à Pillau et au Nehrung il y aura un bataillon de Bade, 700 hommes (vous ferez rentrer tous les détachements qu’il doit avoir en arrière ) ; un bataillon saxon, 700 hommes ; un bataillon westphalien, 700 hommes; deux compagnies d’artillerie française de l’équipage de siège (qui y resteront jusqu’à ce que celles qui sont en route y soient arrivées), 200 hommes; une compagnie d’artillerie prussienne, 100 hommes; enfin une compagnie d’invalides prus­siens, 100 hommes; de sorte qu’il y aura en tout 2e500 hommes.

J’ai ordonné que 6,000 quintaux de farine de Pillau fussent envoyés à Königsberg; vous ordonnerez que l’on renvoie de Königsberg à Pillau, et par les mêmes bateaux, 6,000 quintaux de grains, que Ton fera moudre dans les environs, les communications par eau rendant les transports faciles; de sorte qu’il y aura les 12,000 quintaux de farine qui doivent exister dans les magasins de Pillau. Il ne restera alors à Königsberg qu’un seul bataillon saxon. Vous y ferez venir le bataillon westphalien resté à Marienburg et à Elbing. J’ai d’ailleurs ordonné que les bataillons de marche français qui sont à Thorn se rendissent à Königsberg; vous en réitérerez l’ordre. Le premier des trois bataillons de la Vistule formé à Posen doit se rendre à Thorn; lorsque le second sera formé, il se rendra à Thorn pour remplacer le premier, qui viendra à Königsberg, et, lorsque le troi­sième sera formé, il remplacera à Thorn le second, qui viendra éga­lement à Königsberg. Vous donnerez l’ordre qu’ils ne séjournent pas à Posen aussitôt qu’ils seront habillés. Si leurs fusils ne sont pas arrivés à Thorn, ils en prendront à Königsberg, où le gouverneur leur fera donner des fusils prussiens de Pillau ; de sorte que dans peu de jours il y aura à Königsberg un bataillon saxon, un batail­lon westphalien , trois bataillons de marche français, deux bataillons polonais.

Il doit y avoir à Pillau une compagnie entière de marins du 17e bataillon, forte de 80 hommes. Vous donnerez l’ordre que le régiment de chevau-légers saxon qui doit arriver à Thorn dans le courant de juin se dirige sur Königsberg. Vous donnerez l’ordre au gouverneur de Danzig d’envoyer un bataillon de Bade pour tenir garnison à Marienburg et à Elbing. Il y aura à Danzig 4 bataillons de Bade, 2 bataillons prussiens, 1 bataillon de Wurtemberg, et les dépôts du le corps, sans compter que dans sept jours il doit y arriver 7 batail­lons de Berg. Aussitôt que ces 7 bataillons y seront arrivés; un ba­taillon de Berg se rendra à la pointe du Nehrung, et le bataillon westphalien qui y est partira pour Königsberg pour rejoindre son régiment, mon intention étant de le mettre en ligne. Cela diminuera la garnison de Danzig, qui se trouvera n’être plus que de 14 batail­lons. Les deux bataillons de la Méditerranée venant de Vérone doi­vent arriver incessamment à Glogau : je crois vous avoir ordonné qu’aussitôt que ces bataillons y seraient arrivés les deux bataillons saxons qui y sont en partiraient pour Königsberg; de sorte qu’il y aura alors 2 bataillons polonais, 4 bataillons saxons, 2 bataillons badois, 1 bataillon du grand-duché de Berg, 2 bataillons westphaliens, plus le régiment de chevau-légers saxon, 2 pièces de canon westphaliennes, 4 pièces de canon saxonnes; ce qui formera une division de 6,000 hommes avec six pièces de canon. Vous ordonne­rez au gouverneur de Königsberg d’aller lui-même, le plus tôt possible, à Pillau et au Nehrung, de faire mettre des signaux de corres­pondance entre Pillau et Danzig, de manière à pouvoir se parler pour transmettre des signaux d’alarme. Si l’ennemi tentait quelque chose par mer sur Königsberg, le gouverneur de Danzig enverrait au secours une division par le Nehrung; et de même, si Danzig était attaqué, le gouverneur de Königsberg enverrait une division a son secours. Il est nécessaire que ces deux commandants s’entendent. Il faut nommer un commandant d’armes à Königsberg, un intendant et un commissaire des guerres, de manière que le service s’y fasse en règle. Il faut y laisser un officier de gendarmerie, parlant alle­mand , avec des gendarmes français ; il prendra sous ses ordres une partie de la compagnie des gendarmes prussiens. Il faut envoyer on armurier établir un atelier à Pillau pour réparer les fusils qui y sont, que je prends à mon compte ; j’en rendrai un pareil nombre au roi de Prusse de ceux venant de France. Il faut aussi disposer des trou­pes prussiennes qui sont ici. Des trois compagnies d’artillerie, une est à Pillau, les deux autres partiront pour Tilsit pour être à la suite du général Grawert; il les laissera à Memel pour l’armement de cette place, mon intention étant de l’armer aussitôt qu’elle sera occupée. Tous les autres corps resteront sous les ordres du gouverneur. La cavalerie pourrait être distribuée en petits détachements à Insterburg, Gumbinnen, Stallupœhnen, Rastenburg, Osterode, avec un com­mandant d’armes dans chaque poste. Ces commandants d’armes prussiens rendraient compte au gouverneur. Ici, à Osterode et à Rastenburg, il y aurait un commandant d’un grade supérieur qui commanderait chacun une portion du territoire. On peut avoir ainsi 1,500 hommes pour la police, la sûreté de l’armée et les convois. Les Français arrêtés seraient envoyés aux commandants supérieurs d’Osterode, de Rastenburg et de Gumbinnen, qui les adresseraient ensuite au gouverneur pour être jugés et punis. 2 ou 300 chevaux resteraient ici à la disposition du gouverneur pour son secours et pour se porter partout, ainsi que la valeur d’un bataillon pour aider au service de la ville. Vous déterminerez le point du Nehrung qui sépare le commandement de Danzig de celui de Pillau. On établira une police sévère pour les pêcheurs; le meilleur moyen serait de ne les laisser pêcher que dans le Frische-Haff : ce serait ôter aux enne­mis qui voudraient tenter quelque chose contre Danzig ou Königsberg les moyens d’être instruits. Vous ferez connaître au général commandant à Pillau qu’il y a trop de pièces contre la mer et que l’on a négligé la terre; le danger est plutôt du côté de la terre; aucun ennemi ne sera assez insensé pour passer à 300 toises des batteries; il doit se trouver du côté de la terre en état de soutenir un siège contre un ennemi qui débarquerait pour cela, et donner le temps à la garnison de Danzig de venir à son secours.

 

Königsberg, 15 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, donnez ordre au général d’artillerie d’Arancey, commandant l’équipage de siège à Elbing, d’envoyer en poste un officier supérieur de son parc pour prendre connaissance de la navigation de Labiau à Tapiau, et de la double communication qui existe avec le Niémen par le canal de Frédéric et par le Curische-Haff. Cet officier restera à Labiau et à Tapiau ; il vérifiera par lui-même tous les pas­sages et prendra tous les renseignements nécessaires pour que l’équi­page de siège, quand j’aurai donné l’ordre de le mettre en mouve­ment sur le Niémen, éprouve dans ces passes le moins de difficultés possible. Il se pourrait que , d’après les renseignements que fournira cet officier, le général d’Arancey put se procurer à Elbing beaucoup de petits bateaux qui eussent les dimensions convenables pour faire le trajet d’Elbing au Niémen, sans qu’on fût obligé de décharger. Il me semble qu’il se trouve de ces bateaux à Elbing.

 

Königsberg, 15 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, donnez ordre sur-le-champ à Bromberg que les 30,966 fusils conduits par des Saxons et destinés à l’insurrection soient dirigés sur Elbing, où ils resteront embarqués jusqu’à nouvel ordre. Le général Latour me fera connaître le jour de leur arrivée. Donnez ordre que les 35,000 fusils venant de France par Magdeburg et destinés également à l’insurrection se rendent à Thorn. Réitérez l’ordre à Mayence, à Wesel, à Magdeburg et au ministre de la guerre, pour que tous les fusils, sabres et autres armes destinées pour l’in­surrection soient dirigés sans délai sur la Vistule.

 

Königsberg, 15 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, le général de brigade Sokolnicki sera attaché à ma
Maison militaire, tant pour me servir d’interprète que pour être chargé
d’un service spécial près de moi. Donnez-lui des ordres en conséquence. Il jouira du traitement de général de division français.

 

Königsberg, 15 juin 1812

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Rastenburg

Mon Fils, vous recevrez l’ordre de porter votre quartier général le 20 à Oletzko et d’y être avec votre corps d’armée, de placer les Bavarois à Lyk et le 3e corps de cavalerie près de Seyny. Le roi de Westphalie aura, le 30, son quartier général à Nowogrod. Le duc d’Elchingen sera à Kalwarya; le prince d’Eckmühl, à Wilkowyszki; le duc de Reggio, à Gumbinnen; la Garde, après le 1er corps. Mon quartier général sera probablement ou à Wilkowyszki ou à Stallupœhnen. Le duc de Tarente sera à Tilsit, en position vis-à-vis Georgenburg. Le corps autrichien du prince Schwarzenberg sera à cette époque à Lublin. Cet ensemble vous sera nécessaire pour juger les mouvements. Je calcule que le général russe Wittgenstein sera retenu avec ses trois divisions vis-à-vis Georgenburg, Tilsit et Memel, et un embarquement a lieu par le Haff pour le menacer; que les quatre autres divisions de l’armée de Tolly, avec la Garde impé­riale, pourront se trouver sur Kovno et Olitta; que le général Essen, avec ses quatre divisions, pourra se trouver entre Grodno et Meretch, le général Bagration sur Brzesc et Bialystok. Dans cette situation, mon intention est de passer entre Kovno et Olitta. Je pourrai jeter quatre ou cinq ponts à la fois et y passer avec les 1er, 2e, 3e corps et la Garde, et même avec les 4e et 6e corps, débouchant rapidement sur Vilna. Dans cette supposition le roi de Westphalie pousserait rapidement de Nowogrod sur Bialystok pour suivre Bagration. Je compte que les premiers coups seront tirés le 22 ou le 23, du côté de Kovno. Comme je serai à mon quartier général de Gumbinnen le 18 et le 19, je vous ferai passer de là mes ordres pour les mouve­ments ultérieurs. Je vous dirigerai sur Kalwarya ou Seyny, selon les circonstances. Il faut que le 6e corps appuie toujours sur vous. Le passage une fois effectué, si l’ennemi abandonnait la rivière, je sup­pose que vous avez des bateaux avec vous ; vous avez des pontons et des marins et vous pourriez facilement jeter un pont d’une soixan­taine de toises; ce qui pourrait vous abréger votre route d’une marche et vous dispenserait de venir passer sur les ponts que j’aurais jetés. Vous devez d’ailleurs trouver quelques moyens de passage dans le pays. Combien avez-vous de bateaux ? Il est convenable que vous instruisiez le général Saint-Cyr de mes projets; que vous ayez l’œil sur ce que fait l’ennemi du côté de Grodno; que vous soyez en grande, sûre et rapide communication avec le prince Poniatowski, et que vous ne vous fiiez pas à la poste pour cela, mais que ce soit par le moyen de piquets de cavalerie, dont les chevaux servent aux officiers en dépêche, que la correspondance puisse avoir lieu.

Je n’ai pas besoin de vous recommander le secret sur ces dis­positions.

Ralliez toutes vos troupes, surtout vos troupes françaises. Si vous avez des cartouches sur vos derrières, faites-les avancer pour servir aux remplacements. Continuez à faire approvisionner Willenberg, si cela est possible, à moins que vos convois ne puissent venir jusqu’à votre camp. Je suppose que vous partirez de Rastenburg avec vos vingt jours de vivres, puisque j’ai fait mettre 900,000 rations à votre disposition. Toutefois, si ce que je vous ai donné ne suffisait pas, je ne verrais pas d’inconvénient à vous donner encore 10,000 quin­taux de farine à Wehlau, pourvu qu’il vous fût possible de les envoyer prendre. En partant de Rastenburg, formez-y un hôpital; laissez-y un très-bon commandant de place et un détachement de cavalerie et de gendarmerie. Veillez à ce que la poste reste organisée. Indépendamment du commandant, laissez-y un officier qui ait votre confiance et qui puisse diriger tous les courriers de Varsovie et de la droite sur le lieu où je serai.

 

Königsberg. 15 juin 1812

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant les 5e, 7e et 8e corps de la Grande Armée, à Varsovie

Mon Frère, le major général vous a fait connaître vos ordres, suivant lesquels vous devez avoir votre quartier général le 20 à Nowogrod, le vice-roi à Oletzko et les Bavarois à Lyk. Tout me porte à penser que les premiers coups de fusil auront lieu du 22 au 23. Les corps russes de la gauche ne pourront donc guère en être instruits que le 24 ou le 25. Je n’ai rien à ajouter aux instructions générales que je vous ai données, ni pour le cas où l’ennemi prendrait l’offen­sive ; il me semble que tout a été prévu, et que dans ce cas mes intentions vous ont été bien expliquées.

Je porte demain mon quartier général à Wehlau, après à Insterburg, et le 18 à Gumbinnen. Adressez-moi vos dépêches par Rastenburg. J’ordonne au vice-roi de laisser là un commandant de place intelli­gent et un peu de gendarmerie. Le commandant de place dirigera les courriers.

Aussitôt que j’aurai passé le Niémen, je me résoudrai peut-être à marcher sur Vilna. Alors je prêterai le flanc à l’armée de Bagration. Il sera donc nécessaire que vous le suiviez de près pour que vous puissiez prendre part au mouvement que je ferai contre cette armée. Si je parvenais à la séparer du reste des troupes russes et que je pusse tomber sur son flanc droit, il faudrait que vous fussiez en mesure de l’attaquer en même temps que je l’attaquerai.

J’ai vu deux bataillons de vos brigades qui m’ont paru bien; je les ai remis en ligne, parce que j’ai pensé que c’était le meilleur moyen de les rapprocher de vous. Aussitôt qu’on pourra se rejoindre, je les remettrai dans votre corps.

La nouvelle de la paix des Turcs avec la Russie est controuvée. J’ai reçu des lettres de Bucarest du 28, et la paix n’était pas faite.

Faites toujours courir le bruit que je viens à Varsovie. Ne touchez pas à vos vingt jours de vivres. Vous ne devez y toucher qu’en pré­sence de l’ennemi. On se plaint beaucoup de la discipline de vos troupes : on dit que chacun fait ce qu’il veut. Maintenez Reynier et Vandamme.

Si vous arrivez sur Bialystok et Grodno, il sera convenable d’or­ganiser le pays. Vous chargerez le prince Poniatowski de ce soin. Il y mettra des Polonais. Vous trouverez là des ressources con­sidérables.

Les Saxons ont avec eux un équipage de pontons ; faites venir à vous sur-le-champ ces pontons ; je vois que les Polonais en ont aussi ; cela vous sera précieux ; les Saxons, venant derrière, n’en ont pas besoin. Je vous ai déjà demandé des renseignements sur le nombre de pontons que vous avez.

 

Königsberg, 15 juin 1812

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, le major général vous envoie un ordre de mouve­ment suivant lequel votre corps doit être réuni à Wilkowyszki le 20. De Gumbinnen il n’y a que deux marches; en partant le 19, vous serez donc le 20 à Wilkowyszki. Les deux bataillons du 25e vous rejoignent et passent aujourd’hui à Königsberg. J’ai ordonné qu’il n’y eût pas un seul homme du 111e demain à Königsberg. Les 4e et 6e bataillons du 25e sont partis de Danzig; celui du 61e est égale­ment parti de Pillau. Un détachement de 200 hommes du 25e que vous aviez laissé près d’Elbing, a eu ordre de rejoindre. Il est pro­bable que du 22 au 23 on se battra, et que ce sera à deux marches plus loin que Wilkowyszki. Il est donc convenable que vous réunis­siez le plus tôt possible vos détachements, et principalement vos troupes françaises. Vous avez pour vos escortes les troupes du Mecklenburg et les autres troupes allemandes; vous pouvez donc ne pas donner ces corvées aux troupes françaises et les ménager. Il me semble que vous ne suivez pas assez ce système, qui est important. Comme vous êtes éclairé par la cavalerie du 1er corps de réserve sur les directions de Kovno et Olitta, placez votre cavalerie légère sur la direction de Georgenburg, entre le Niémen et vous. Ayez des officiers d’état-major du côté de Georgenburg et ailleurs, qui vous instruisent promptement du mouvement offensif que ferait l’ennemi. Consultez vos états de situation, et rappelez tous vos détachements. Aussitôt que les voitures qui vous sont expédiées de Königsberg, et qui vous portent à Gumbinnen 10 à 12,000 quintaux de farine, seront arri­vées, je crois qu’il serait convenable qu’après leur déchargement vous les renvoyassiez sur-le-champ à Insterburg pour s’y recharger, et alors ce qu’elles apporteraient dInsterburg filerait jusqu’à votre camp de Wilkowyszki.

 

Königsberg, 16 juin 1812

A Madame de Montesquiou, gouvernante des Enfants de France, à Paris

Madame la Comtesse de Montesquiou, je reçois votre lettre du 6 juin. Je ne puis que vous témoigner ma satisfaction des soins que vous prenez du Roi. J’espère que vous m’apprendrez bientôt que les quatre dernières dents sont faites. J’ai accordé pour la nourrice tout ce que vous avez demandé ; vous pouvez lui en donner l’assurance.

 

Königsberg, 16 juin 1812

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, je reçois votre rapport du 5 juin. Les prêtres, étant sujets comme les autres, sont soumis au même serment. Mais il faut distinguer : il y a le serment ecclé­siastique, qui a été prescrit par le Concordat; la seule peine que j’impose au prêtre qui ne veut pas le prêter, c’est la perte du béné­fice ecclésiastique dont il jouit. Mais le serment d’obéissance aux constitutions de l’Empire et de fidélité à l’Empereur est dû par tous les citoyens ; ceux qui refusent de le prêter encourent la peine portée par mon décret. Écrivez donc à l’évêque, et faites comprendre à ces malheureux combien ce refus serait contraire à leurs devoirs. Quand ils auront prêté ce dernier serment, ils sortiront seulement de leur exil. Pour qu’ils puissent rentrer dans leurs bénéfices, il faut qu’ils prêtent le serment du Concordat.

 

Königsberg, 16 juin 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le bataillon de la garde du prince Borghèse et celui de la Grande-Duchesse étant remplacés par des gardes nationales, je désirerais que ces deux bataillons demandassent eux-mêmes à se rendre à l’armée; et, cela étant, vous les dirigeriez sur Berlin. Cela ferait une pépinière d’officiers et de sous-officiers qui me seraient utiles. La cohorte de Toscane et une de celles du Piémont feraient le service du palais de ces deux princes.

 

Königsberg, 16 juin 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre à la première brigade napolitaine, qui est à Vérone, de se mettre en marche pour se diriger sur Nuremberg, où elle recevra de nouveaux ordres. Vous me ferez connaître quand elle y arrivera.

Donnez ordre à la 2e brigade de se diriger de Bologne sur Vérone.

Le général de division Detrès restera avec la 2e brigade.

 

Königsberg, 16 juin 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, tous les cadres qui composent la divi­sion Lagrange auront bientôt rejoint. Il faut faire rentrer d’Espagne tous les cadres inutiles. Il y a, je crois, dans l’intérieur un bon nombre de cadres qui ne sont pas pleins. Faites-moi un rapport sur tout cela.

La formation des cohortes n’avance pas; vous ne m’avez encore envoyé aucun état d’officiers à confirmer.

Je crois vous avoir mandé qu’il était convenable de faire filer sur Bayonne les demi-brigades qui étaient à Cherbourg. C’est 4,000 hommes environ qui seront utiles à Bayonne, et dont le départ soulagera la Normandie sous le rapport de la consommation. Si les cir­constances d’Espagne devenaient urgentes, vous pourriez encore, sans attendre mes ordres, diriger également sur Bayonne la demi-brigade de Pontivy. Vous voyez que cela ferait à Bayonne une masse de forces très-considérable, puisque cela y réunirait deux cohortes, quatre demi-brigades formant, je crois, 16 bataillons, et 5 ou 6 ba­taillons de la réserve de Bayonne; cela ferait donc un total de 22 à 24 bataillons ou 15 à 18,000 hommes; réserve qui mettrait dans le cas, surtout après l’été, de secourir efficacement le Nord.

Je vous recommande de porter une attention spéciale sur tous les dépôts de cavalerie de l’armée d’Espagne, afin de pouvoir en tirer 3 à 4,000 chevaux, qu’on joindrait à cette réserve.

Faites également partir les 10e, 11e et 12e brigades pour Berlin; elles sont fort inutiles en France, et rien ne porte à penser que les Anglais puissent rien tenter.

J’ai ordonné que le régiment de marche de Paris fût dissous à son arrivée à Berlin ; les cadres rentreront en France.

Je désirerais qu’on pût faire revenir les deux bataillons du 29e, qui sont en Catalogne, sur Erfurt, où ils seront réunis aux deux autres bataillons du même corps. J’ai ordonné que le 5e bataillon du même régiment vînt à Lyon, ce qui me rendrait disponible un très-beau régiment.

Portez un soin particulier à bien organiser la réserve de Baronne, en en formant une bonne division, composée de trois brigades. Ils peuvent camper dans les baraques que j’ai fait faire, qui sont excel­lentes pour les troupes, et s’y bien exercer.

 

Königsberg, 16 juin 1812

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, des critiques s’élèvent sur la conduite du capitaine de vaisseau qui était dans Lorient; on dit qu’il aurait pu sortir et secourir les deux frégates. Il s’est élevé de pareils soupçons sur la conduite du commandant de la Danaé, qui, dit-on, aurait pu sortir lors de l’affaire du Rivoli. Je désire que vous fassiez une en­quête sur ces deux faits. (L’Ariane et l’Andromaque ; poursuivies par des bâtiments anglais, ces deux frégates échouèrent à l’île de Croix, et se firent sauter après avoir com­battu avec vigueur).

 

Königsberg, 16 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg.

Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie que, si l’ennemi ne fait aucun mouvement offensif, il serait préférable que le général Reynier, au lieu de se replier sur Praga, se portât sur Siedlce, ce qu’il pourrait faire en trois ou quatre marches ; il couvrirait là beau­coup mieux Praga et Varsovie; en supposant qu’il parte le 18 de Lublin, il peut être le 21 à Siedlce; les Autrichiens arrivent le 32 à Lublin; il sera alors en communication avec eux; les Autrichiens venant à Siedlce le 25, et couvrant Praga, le général Reynier pourra filer en deux jours sur Brok et formerait la droite du Roi ; dans toutes ces positions, la principale instruction du général Reynier serait tou­jours de couvrir Praga et Varsovie; alors il suffirait que des derniers échelons on prît un régiment saxon pour tenir Praga et un autre pour tenir Modlin ; tout le reste pourrait manœuvrer comme je viens de le dire ci-dessus; que nous attendons avec impatience de connaître si Bagration continue son mouvement de Brzesc sur Grodno; que, dans ce cas, il serait convenable que le Roi pressât son mouvement sur notre droite, afin de se trouver plus près de nous que Bagration de Vilna; qu’il serait même convenable que le prince Poniatowski avec son corps d’armée se portât sur Johannisburg, afin d’être plus en mesure d’arriver sur le point du passage, qui sera entre Olitta et Kovno, avant le général Bagration.

 

Königsberg, 16 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, écrivez au duc d’Elchingen que son corps s’éloigne mal à propos de la route qui lui est tracée, et que partout il porte la dévastation; les Wurtembergeois ont été mal à propos sur la Pregel et interrompent tous les systèmes de l’armée.

 

Königsberg, 16 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, il faudrait écrire au duc de Reggio qu’il est néces­saire qu’il envoie toutes les voitures de son armée chargées de farine prise à Wehlau verser leur chargement dans les magasins d’Insterburg. Ces voitures reviendront ensuite se recharger à Wehlau. En partant le 17 au matin, ces voitures seront le 17 au soir à Insterburg; elles seront de retour le 18 au soir à Wehlau; elles pourraient donc être le 19 à Insterburg et le 20 à Gumbinnen; quand même elles n’arri­veraient que le 21 à Gumbinnen, cela n’aurait pas un grand incon­vénient, et le corps du duc de Reggio aurait poussé en avant 4 à 5,000 quintaux de farine.

Écrivez au duc de Danzig et au duc d’Istrie d’envoyer toutes les voitures vides qu’ils auraient et toutes celles qui se trouvent à leur suite pour prendre un chargement de farine à Wehlau. Donnez-leur même l’ordre de vider dans les magasins d’Insterburg les voitures qui seraient chargées, afin d’augmenter d’autant les magasins et de faire partir les voitures le 18 pour Wehlau, de sorte que le 20 ces voitures chargées à Wehlau aient rejoint à Stallupœhnen. Le but de ces mouvements est d’augmenter d’autant les magasins d’Insterburg.

 

Königsberg, 16 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, donnez ordre à la Garde de partir aujourd’hui pour aller coucher à Tapiau. Ils partiront demain de Tapiau pour s’appro­cher le plus possible (à une lieue) d’Insterburg.

 

Königsberg, 16 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, les routes de l’armée entre la Vistule et le Niémen seront les suivantes : on prendra à Thorn les vivres pour deux jours jusqu’à Graudenz; le commandant prussien de Graudenz fournira les vivres pour un jour jusqu’à Marienwerder ; à Marienwerder, les vivres pour un jour jusqu’à Marienburg; là, les vivres pour un jour jusqu’à Elbing; à Elbing, on prendra les vivres pour trois jours jus­qu’à Königsberg; à Königsberg, séjour; on prendra les vivres pour un jour jusqu’à Tapiau ; à Tapiau, les vivres pour deux jours jusqu’à Gumbinnen ; à Gumbinnen, deux jours de vivres jusqu’à Wilkowyszki. Ainsi les troupes seront douze jours en route de Thorn à Gumbin­nen, y compris le séjour de Königsberg; elles prendront un séjour à Gumbinnen. Ce sera treize jours. Toutes les routes intermédiaires seront supprimées; cependant on conservera à Osterode un com­mandement avec une garnison prussienne, un garde-magasin, une manutention, et on y entretiendra 10,000 quintaux de farine. Il y aura un pareil établissement à Rastenburg.

La communication de l’armée avec Varsovie se fera ainsi : on prendra à Varsovie deux jours de vivres jusqu’à Pultusk ; à Pultusk, trois jours de vivres jusqu’à Willenberg ; à Willenberg, trois jours de vivres jusqu’à Rastenburg, où on prendra trois jours de vivres jus­qu’à Gumbinnen. Il y aura des commandants français, des manuten­tions et magasins de farine à Willenberg et Pultusk.

La communication de Danzig avec l’armée se fera ou par Pillau ou par Marienburg : par Pillau, on prendra à Danzig des vivres pour trois jours jusqu’à Pillau ; à Pillau, des vivres pour deux jours jus­qu’à Königsberg, etc. Si la route se fait par Marienburg, on prendra à Danzig des vivres pour deux jours jusqu’à Marienburg, d’où on suivra la ligne.

La communication de Königsberg à Tilsit se fera en prenant à Königsberg des vivres pour un jour jusqu’à Tapiau; à Tapiau, un jour de vivres jusqu’à Lœbau, où on fournira deux jours de vivres jusqu’à Tilsit.

Ainsi il faut à Thorn un commandant de place : il y existe ; il faut à Marienwerder un commandant et une manutention : il en existe à Marienburg, Elbing, Königsberg, Tapiau, Insterburg. Il faut un commandant à Osterode et Willenberg : il en existe un à Pultusk ; il en faut un à Rastenburg. Tous les autres commandants et commis­saires des guerres doivent être rappelés.

Il faut avoir soin de mettre des employés français dans les hôpi­taux qu’on doit établir et leur donner l’ordre de correspondre avec le général Latour à Elbing et avec le général Hogendorp à Königsberg pour la vieille Prusse.

Vous donnerez l’ordre que les routes de Marienwerder à Marien­burg et Elbing et de Marienburg à Dirschau soient raccommodées et entretenues.

 

Königsberg, 16 juin 1812

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Königsberg

Mon Cousin, je reçois votre lettre. Je viens de témoigner mon mécontentement au maréchal Ney sur les désordres que commettent ses troupes.

Je pars cette nuit pour être demain à la pointe du jour à Wehlau, où je passerai la revue du corps du duc de Reggio. J’irai probable­ment le soir à Insterburg. Je pense que vous avez besoin de toute la journée du 17 pour vous réunir. Je viendrai donc chez vous le 18.

Le 10e corps, que commande le duc de Tarente, doit border le Niémen jusque vis-à-vis Georgenburg; la division prussienne doit être à Tilsit, et la division Grandjean vis-à-vis Georgenburg ; mais celle-ci ne doit être en position que le 19. Votre cavalerie légère, que vous tiendrez sur vos flancs, mais que je désire pourtant voir à la revue, doit avoir des petits piquets pour assurer vos flancs. Envoyez un offi­cier de votre état-major du côté de Georgenburg pour savoir ce qui se passe.

 

Königsberg, 16 juin 1812

Au général comte Durosnel, aide de camp de l’empereur, à Wehlau

Monsieur le Général Durosnel, prenez des mesures pour qu’à Wehlau on n’embarque aucune avoine et que les moyens de transport ne soient employés qu’à porter des farines. Mettez des gendarmes d’élite aux différents moulins jusqu’à Gumbinnen. Faites passer des marchés pour les moulures et envoyez du blé dans les moulins. Mettez des sentinelles à Wehlau ; ne laissez passer aucune voiture chargée d’avoine ; qu’elles soient toutes déchargées et rechargées de farine et de riz.

 

Insterburg, 17 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Insterburg

Mon Cousin, donnez l’ordre aux constructeurs de la Garde de partir en toute hâte pour arriver le plus tôt possible à Stallupœhnen et y construire trois manutentions, chacune de six fours. Donnez ordre au duc de Reggio d’envoyer ses constructeurs en toute diligence à Wirballen pour y construire deux manutentions, chacune de six fours. Donnez ordre au duc de Reggio d’envoyer demain à Gumbin­nen ses boulangers, pour prendre la manutention de Gumbinnen demain à minuit.

 

Insterburg, 17 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Insterburg

Mon Cousin, donnez ordre au général Delaborde de partir demain de Wehlau pour se rendre en arrière d’Insterburg. Il laissera deux bataillons à Wehlau pour la police de la place, la garde des maga­sins et les travaux d’embarquement et de débarquement.

Donnez ordre au général commandant à Königsberg d’envoyer à Wehlau un bataillon prussien de 500 hommes pour garder les magasins et travailler au chargement et déchargement des bateaux. Aussi­tôt que ce bataillon sera arrivé, les deux bataillons de la Garde en partiront pour rejoindre à volonté leur division.

Réitérez l’ordre à l’intendant général de réorganiser les magasins de Wehlau , d’Insterburg et de Gumbinnen. Il y a le long de la Pregel beaucoup de moyens de mouture ; mais il faut en tirer parti et les mettre en grande activité, et ils offriront des ressources précieuses à l’armée. Recommandez à l’intendant de faire adresser à l’or­donnateur Joinville l’état de tous les convois dirigés sur le quartier général, soit de Thorn, soit de Königsberg.

Envoyez un officier d’état-major au duc de Reggio pour lui dire que j’ai passé par l’autre rive et qu’ainsi je n’ai pu voir son corps d’armée, mais que je le passerai demain en revue ici, s’il est arrivé avant mon départ; sans quoi je le verrai à Gumbinnen; qu’il peut envoyer quelques boulangers à Insterburg, où ils trouveront de la farine et où ils pourront faire quelques rations de pain.

 

Insterburg, 17 juin 1812

ORDRE.

Le canal de Bromberg et la navigation de la Netze et de la Warta seront mis dans le meilleur état.

Une commission, composée d’un officier du génie que désignera le directeur de Danzig, du sieur Senft, conseiller à la régence de la Nouvelle Marche, et d’un ingénieur que nommera le ministre de l’intérieur du duché de Varsovie, se réunira le 25 de ce mois à Bromberg.

Cette commission déterminera tous les travaux à faire provisoire­ment, sans interrompre la navigation.

Elle fera enlever les pilotis qui obstruent les passages et construire les écluses nécessaires, soit en pierre, soit en bois.

Une somme de 100,000 francs, qui sera imputée sur les fonds de réserve de la Grande Armée fixés à 3 millions par le budget du 28 mai dernier, sera mise à la disposition de ladite commission pour être employée, sans attendre une autre autorisation, aux travaux qui  seront jugés les plus urgents.

Dans le courant du mois de juillet, la commission nous adressera un rapport sur le système des travaux qu’elle proposera pour accé­lérer cette navigation, et le devis de la dépense qui devra en résulter.

L’intendant général et le commandant en chef du génie de l’armée sont chargés de l’exécution du présent ordre.

 

Insterburg, 17 juin 1812

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Insterburg

Mon Fils, l’officier d’ordonnance Tascher m’a remis votre lettre.

Retardez votre mouvement jusqu’à nouvel ordre; car, avant tout, il faut que vous ayez des vivres. En passant à Wehlau, j’ai vu le convoi des voitures que vous avez envoyées, qui vous arrive. Vous devez recevoir aussi le convoi de Königsberg; mais il est fâcheux que vous n’ayez pas envoyé vos voitures faire un voyage sur Pillau. Rassemblez toutes vos troupes sous Rastenburg le 18 et le 19. Faites-moi con­naître combien vous avez de pain le 19 au soir. Je me déciderai alors à vous donner un ordre de mouvement. Dans ce pays-ci, le pain est la principale chose.

 

Insterburg, 17 juin 1812, huit heures du soir.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Insterburg

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 16 juin. Je ne passerai demain la revue de votre corps que passé quatre heures du soir. Je pense que tout ce temps vous est nécessaire.

Ayez une conversation sérieuse avec la régence pour qu’elle prenne des mesures pour réunir du blé et qu’on puisse alimenter tous les moulins. L’équipage de pont n’arrivera pas demain à Gumbinnen et ne pourra être que le 21 à Wilkowyszki. Je suppose que vous vous êtes assuré de vingt-cinq jours de vivres pour votre corps d’armée indépendamment des farines que portent les treize cents voitures d’équipages auxiliaires. Je suppose que ces treize cents voitures portent 8,000 quintaux. Je compte sur vos vingt-cinq jours de vivres, sur les attelages qui appartiennent à vos compagnies, sur les caissons des corps, sur le 12e des équipages militaires et sur les deux compagnies du 14e. Faites cuire le plus qu’il vous sera possible. Je suppose que, dans la journée de demain et jusqu’au 19 au matin, vos dix-sept fours pourront cuire pour tous mes corps d’armée. Vos boulan­gers seront sur-le-champ remplacés par ceux du 2e corps, afin que vous puissiez envoyer cuire aux fours de Wilkowyszki.

J’ai passé aujourd’hui la moitié de la journée à Wehlau.

Je crois que 3,000 quintaux de farine vont bientôt arriver à Insterburg. C’est des voitures qu’il faudrait pour les transporter ; ramas­sez toutes celles que vous pourrez. J’écris au roi de Naples pour qu’il ramasse toutes les voitures de son corps d’armée ; la cavalerie en a une grande quantité, et cela nous ruine absolument. Je mande au roi qu’il dirige toutes ses voitures vides, par convois de cent, sur Insterburg pour s’y recharger, et pour les escorter vous lui fournirez des troupes allemandes. Aussitôt que vos dix-sept fours seront con­struits devant Wilkowyszki, il faudra en construire une trentaine vis-à-vis Kovno. Je vais faire partir demain matin les constructeurs de la Garde et ceux du 2e corps, qui se joindront aux vôtres pour faire cette construction avec ensemble, non pas positivement au même endroit, mais au moins à quelque distance l’un de l’autre. Ramassez le plus de voitures qu’il vous sera possible, et envoyez-les se charger à l’embarcadère d’Insterburg.

 

Insterburg, 18 juin 1812

Au général comte Durosnel, aide de camp de l’empereur, à Welhau

Monsieur le Général Durosnel, s’il y a encore à Tapiau du biscuit, de l’eau-de-vie et des farines, faites-les-y laisser: ils serviront à remonter sur Labiau. Ordonnez au commissaire des guerres de les faire partir pour cette destination ; cela servira à notre premier convoi sur le Niémen. Faites constater ce qui reste encore à Tapiau, afin que nous puissions savoir sur quoi compter pour le Niémen.

 

Gumbinnen, 19 juin 1812

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE, A paris.

Le ministre de la marine fera sentir au conseiller d’État………………………………………………………………. qu’il tombe en enfance. Il y a autant d’ignorance des faits que de pages dans son mémoire 3)Mémoire intitulé Aperçu d’un projet d’acte de navigation pour l’Empire français, substitué aux licences. Il est tout simple qu’un conseiller d’État, chargé d’affaires de marine, ignore ces questions-là; mais alors, s’il n’est un insensé, il ne doit pas vouloir régenter avant de s’instruire des choses.

 

Gumbinnen, 19 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, donnez l’ordre au prince d’Eckmühl de faire établir ses fours à l’intersection de la route de Wilkowyszki à Kovno et de celle de Kovno à Preny, soit au village de Naugardyszki, soit à Keturek ou Gerwis ; il fera en sorte de s’adosser à quelque église, qui pourra lui servir de magasin. On a isolé les fours à Königsberg, ce qui est un grand inconvénient quand il n’y a pas à portée quelques grands bâtiments pour servir de magasins.

 

Gumbinnen, 19 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, envoyez un aide de camp au duc de Tarente. Mandez-lui qu’il fasse filer 6,000 quintaux de farine, de celle qu’il a à Labiau à la disposition des Prussiens; de les tenir embarqués pour les faire filer dans le Niémen aussitôt que le passage sera effectué et la rive droite déblayée; qu’il fasse fabriquer à Tilsit 150,000 rations de pain biscuité, pour l’embarquer et l’envoyer à l’armée après le pas­sage ; que je désire qu’il envoie sur la rive droite des officiers pour l’instruire de ce qui se passe; votre aide de camp s’y rendra; qu’il faut que le duc se rende à Tilsit pour connaître le lieu où il pourra jeter son pont, et qu’il doit choisir un emplacement favorable pour le couvrir sur-le-champ d’une bonne tête de pont; qu’il vous fasse connaître combien de jours il faut pour que son équipage de pont arrive à Tilsit, et pour jeter un pont sur la rive droite.

 

Gumbinnen, 19 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, j’ai envoyé deux gendarmes pour faire venir ici les deux compagnies du 14e bataillon des équipages, qui doivent être à deux lieues et qui portent 1,200 quintaux de farine. Aussitôt que ces deux compagnies seront arrivées, ce qui doit être avant le jour, on versera ces 1,200 quintaux aux magasins de la Garde. On a trouvé ici 200 quintaux de farine. J’ai déjà trouvé une manutention qui n’allait plus par défaut de farine. Ordonnez en conséquence que les 200 quintaux de farine chargés sur les trente voitures du petit quar­tier général soient déchargés sur-le-champ, que ce déchargement ait lieu avant dix heures du soir, et que les dix-huit fours et ceux de la ville aillent toute la nuit avec la plus grande activité. Mon inten­tion est d’avoir ici pour huit jours de pain pour la Garde, afin de n’avoir plus aucune sollicitude et d’être assuré qu’elle ne manque pas. La Garde et le quartier général formant une consommation de 20,000 rations, il faudra donc 160,000 rations pour huit jours, ce qui emploiera 1,600 quintaux de farine. De ces 1,600 quintaux, 1,200 seront pris sur deux compagnies du 14e, 200 sur les farines qui existent ici et 200 sur celles qui existent dans ce moment aux moulins. Aussitôt que les deux compagnies du 14e seront arrivées, les caissons du petit quartier général reprendront leurs 200 quintaux de farine et se tiendront prêts à partir à dix heures du matin. Il faut qu’on fabrique à tous les dix-huit fours, de manière À pouvoir livrer demain, avant midi, quatre jours de vivres à la Garde. Les bou­langers de la Garde resteront toute la journée de demain et toute la nuit, afin de fabriquer pour les quatre autres jours. Toutes les voi­tures de la cavalerie, toutes celles chargées d’avoine et toutes celles qu’on pourra se procurer dans la ville, seront réunies pour porter ces quatre jours de vivres. Un commissaire des guerres et des déta­chements seront laissés à cet effet. Donnez les ordres en conséquence. Aussitôt que les deux compagnies du 14e bataillon des équipages auront été déchargées, elles repartiront pour l’embarcadère d’Insterburg, où elles prendront un nouveau chargement de 1,200 quintaux de farine. Vous leur ordonnerez d’être dans la journée de demain à Insterburg, afin d’être de retour ici le 21 et de continuer ensuite leur route sur l’année.

 

Gumbinnen, 19 juin 1812

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Wilkowyski

Mon Cousin, faites partir le général Haxo pour se rendre demain vis-à-vis Kovno ; il verra la position à prendre par les troupes, et si le passage est facile depuis Kovno jusqu’à Preny, où il sera conve­nable de placer les batteries et la tête de pont ; enfin il verra la lar-ï geur de la rivière et recueillera tous les renseignements.

Il fera construire des fours à une lieue de Kovno, dans le lieu le plus convenable.

 

Gumbinnen, 19 juin 1819, dix heures du soir.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, donnez ordre au vice-roi de continuer son mouve­ment sur Oletzko et Surcalki et de faire en sorte de n’avoir éprouvé qu’un seul jour de retard. Faites-lui connaître que le roi de West-phalie sera après-demain, 21 , réuni à Xouogrod. Donnez ordre au duc de Reggio de faire partir demain la division Legrand pour se rendre à Stallupœhnen avec sa cavalerie légère. Il fera partir après-demain à trois heures du matin les deux autres divisions, en leur donnant une direction différente, afin d’éviter l’encombrement. Qu’il fasse filer son parc d’artillerie et tous ses convois à la hauteur d’une lieue en avant du camp de la 1e division actuelle, afin qu’après-demain la Garde n’éprouve aucun ambarras sur la principale com­munication.

Donnez ordre aux constructeurs de fours de la Garde de continuer leur mouvement sur Wilkowyszki, où ils se rendront avec les con­structeurs de fours du prince d’Eckmuhl, afin de construire là une manutention de dix fours pour la Garde, à peu près dans le même endroit.

Donnez ordre au maréchal duc de Trévise, à Insterburg, d’y séjourner encore demain, d’y réunir la division Claparède et de la prendre sous son commandement; de faire prendre quatre jours de farine à chacun de ses soldats dans leurs sacs, ce qui leur fera quatre jours de pain, et de se procurer en outre à Insterburg huit jours de pain pour ses deux divisions, ce qui lui fera douze jours de vivres. Vous lui ferez connaître qu’il n’y a rien à espérer d’ici à dix jours. Il prendra les farines dans les magasins d’Insterburg ou à l’embarcadère.

 

Gumbinnen, 20 juin 1812

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Wilkowyski

Mon Cousin, j’ai retardé le mouvement de la Garde et celui du 2 corps d’un jour. Le 2e a seulement fait avancer sa 1e division sur Stallupœhnen. Je désire apprendre si vos fours de Wilkowyszki sont achevés et quand les fours dont j’ai ordonné la construction à une lieue de Kovno seront achevés et en état de cuire. Il faut que les constructeurs s’accoutument à faire cela en quarante-huit heures, parcee qu’il y aurait bien de l’inconvénient à démasquer des mouve­ments beaucoup avant. Aussitôt le passage effectué, on devra en construire autant à Kovno. Je ne compte pas attaquer avant le 23 ou le 24. Il me semble qu’il vous arrive aussi tous les jours beaucoup de convois appartenant aux corps d’armée ou aux divisions ; il est bon de laisser arriver tout cela.

J’ai envoyé les constructeurs de la Garde pour construire une manu­tention pour la Garde, près de celle que vous avez fait faire; il est bon qu’elle ne soit pas éloignée de plus d’une demi-lieue du même endroit.

Je fais jeter le 22 le pont de Tilsit. J’espère que la tête de pont sera faite avant que les Russes se portent à l’attaquer.

 

Gumbinnen, 20 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Reggio de faire partir sa
ï division, qui est en avant, demain à deux heures du malin, pour se rendre entre StaUapœhnen et Wirballen. La 3e division partira à quatre heures poar se rendre aussi entre StalLupœhnea et VVirballea. Faites-lai connaître que, comme tonte la Garde sait, il est néces­saire que ce départ se fasse promptement. Il sera convenable que ces divisions suivent les directions données par le prince d’Eckmâhl, afin de désencombrer le chemin. La Garde partira à cinq heures dn matin, infanterie, cavalerie et artillerie, pour se rendre à Stallu-pœhnen. Le petit quartier général partira à deui heures du matia pour se rendre à WirbtUen. Le grand quartier général se rendra à Stallupœhnen.

Napoléon.

P. S. La 1e division, qui est à Wirbalkn, partira demain, à la pointe du jour, pour se rendre en avant de Wilkowyszki et y occu­per le camp d’une des divisions du prince d’Eckmuhl.

 

Gumbinnen, 19 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Coasin, doonei Tordre an doc d’Elchmgen de placer ses -poBtonnîen, ses sasears et sa batterie de réserve de 12 à ton avant-garde, tûn qu’ile puissent déboatber avec les premiers bataillons, pour se porter sar le Niémen et favoriser le passage, quand ils en recevront Tordre. Écrivez au vice-roi de placer tout son personnel des posts, ses marins, ses eepeurs et ses batteries de réserve de 12 à son quartier général, afin qae loot cela poisse se porter rapidement sur le lieu du passage et favoriser l’établissement 4es ponts. Écrivez la même chose au prince d’Eckmühl et au duc de Reggio.

 

Gumbinnen, 19 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, donnez ordre au vice-roi d’être arrivé le 23 à Kalwarya avec son corps d’armée, et le 6e corps entre Suwalki et Kalwarya. Faites-lui connaître que, comme il est possible que je fasse jeter un pont par le duc d’Elchingen à Preny ou à Balwieriyaiki, Il est à présumer que c’est là qu’il passera. Recommandez-lui de bien faire observer par sa cavalerie légère et le 3e corps les débouchés de Merelch, Grodno et Olitta.

 

Gumbinnen, 20 juin 1812

ORDRES POUR JÉRÔME NAPOLÉON, ROI DE WESTPHAL1E,

COMMANDANT LES 5e, 7e et 8e CORPS DE LA GRANDE ABMÉE, A PULTUSK.

L’Empereur ordonne que le 5e corps se mette en marche le 22 pour élre le 25 à Augustowo ; que le 8e se mette en marche le 23 pour se porter sur Raygrod ; que ces deux corps aient avec eux leurs vingt jours de vivres. Le 4e corps de cavalerie couvrira ces deux corps sur la route de Bialystok et de Grodno, et poussera ses postes sur l’une et l’autre direction.

Le 6e corps sera à Suwalki le 23, et le quartier général du vice-roi sera le même jour à Kalwarya. L’équipage de pont qui appartient au 7e corps marchera avec le 5e.

Le 7e corps, qui doit arriver le 21 ou le 22 à Siedlce, marchera le 23 sur Brok, laissant une brigade d’infanterie, avec de la cava­lerie et de l’artillerie, à Siedlce, jusqu’à ce que le corps autrichien qui doit arriver le 25 y soit arrivé. Le 2-4, aussitôt qu’il sera certain que l’ennemi ne peut plus mettre d’obstacle à l’arrivée des Autri­chiens à Siedlce, cette brigade rejoindra à Brok sa division.

Le 8e corps sera affaibli par uu régiment laissé à Modlin et un autre laissé à Praga. Si, dans l’intervalle du 22 au 25, l’ennemi se portait sur Varsovie, la brigade qui sera à Siedlce se portera sur Praga et Sierock, et le corps qui sera à Brok se portera sur Pultusk et Ostrolcnka; mais cette hypothèse est peu probable. Le général Reynier sera toujours chargé de couvrir Varsovie, Praga et Modlin.

Le 24 et le 25, où Tannée prendra l’offensive, les Autrichiens étant en position à Siedlce, si l’ennemi n’a rien tenté d’offensif, le roi de Westphalie pourra donner ordre au 7e corps de s’approcher de Bialystok et Grodno, en supposant que la marche du Roi et les mou­vements de l’armée accélèrent le mouvement de l’ennemi sur Vilna.

 

Gumbinnen, 20 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen.

Mon Cousin, faites connaître au duc de Tarente qu’il est néces­saire qu’il réunisse 150,000 rations de pain biscuité à Tilsit, pour qu’il puisse les envoyer à l’armée par le Niémen, aussitôt que nous aurons passé cette rivière et que nous serons maîtres des deux rives. Je désire également qu’il réunisse à Labiau 6,000 quintaux de farine sur des bateaux, a6n de leur faire remonter le Niémen aussitôt que nous serons maîtres de la rivière.

 

Gumbinnen, 20 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen.

Mon Cousin, le duc de Trévise aura le commandement de la 2e division de la Garde, commandée par le général Roguet, de la 1e, commandée par le général Delaborde, et de la division Clapa-rède. H partira demain avec les divisions Delaborde et Claparède pour se rendre à Gumbinnen. Il emportera pour douze jours de vivres en pain et farine; 60,000 rations de biscuit sont à sa disposition à l’embarcadère d’Insterburg, il les y fera prendre. Je suppose que le général Claparède a eu un jour de séjour a Insterburg; s’il n’en avait pas eu, on lui en accorderait un. Le général Roguet, qui arrivera le 21 à Insterburg, recevra des ordres de prendre pour quinze jours de vivres, en pain, farine et biscuit, à l’embarcadère. Il est né­cessaire que le duc de Trévise ait un chef d’état-major, et que l’administration de la Garde organise ses ambulances et toutes ses administrations.

 

Gumbinnen, 20 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen.

Mon Cousin, envoyez un ingénieur géographe faire le croquis de la position qu’occupe aujourd’hui le corps du prince d’Eckmûhl; envoyez-en un également .pour faire celui qu’occupe la réserve de cavalerie. L’un suivra le prince d’Eckmûhl et l’autre le roi de Naples, pour m’envoyer cela tous les soirs. Vous en enverrez, pour le même objet, un au corps du duc d’Elchingen et un auprès du roi de Westphalie (le vice-roi ayant des ingénieurs géographes, il est inutile de lui en envoyer); de sorte que j’aie la position de toutes les brigades de cavalerie, des divisions et des parcs mise sur des croquis. Donnez ordre de m’envoyer cela tous les jours.

 

Gumbinnen, 20 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, donnez ordre à l’équipage de pont qui arrive aujour­d’hui 20 à U ilkowyszki de diriger sur Maryarnpol, demain 21, un équipage capable de jeter un pont de 60 toises, avec une compagnie de pontonniers ; la compagnie de pontonniers qui est au 3e corps, les sapeurs du 3e corps s’y réuniront. Cet équipage de pont sera aui ordres du duc d’Elchingen. Le reste de l’équipage de pont se dirigera sur Kovno, sous les ordres et la garde du prince d’Eckmuhl, qui réglera son mouvement de manière que cet équipage ne soit pas com­promis et soit toujours couvert par ses troupes. Il serait convenable que cet équipage arrivât dans la nuit du 22 au 23.

Donnez ordre au duc d’Elchingen de partir demain de Kalwarya et de porter son quartier général à Maryampol, de n’envoyer aucunes troupes à plus d’une demi-lieue sur la route de VVilkouyszki et de IVilkouyszkt à Kovno, où le gros de l’armée se trouve. Vous lui ferez connaître qu’il trouvera à Maryampol un équipage de pont capable de jeter un pont de 60 toises, qu’il prendra sous ses ordres; qu’il y joindra, comme je l’ai ordonné, sa batterie de réserve, ses sapeurs et tous les moyens qu’il aura pour effectuer un passage. Donnez-lui ordre, aussitôt que les fours de Maryampol seront con­struits, d’en faire construire près de Preny, mais pourtant assez loin pour que l’ennemi ne s’en aperçoive pas. Son équipage sera tenu un peu en arrière. Faites-lui savoir que le quartier général sera demain 21 à Wilkouyszki, que je désire qu’il tienne son corps réuni le plus possible et qu’il observe avec sa cavalerie les débouchés d’Olitta et de Meretch.

 

Gumbinnen, 20 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, faites connaître au prince Schwarzenberg que je compte que le 25 il sera à Siedlce ; qu’à cette même époque le général Reynier sera à Sierock ; que dans cette situation, si l’ennemi partait de Brzesc pour se porter sur Varsovie, le général Schwarzenberg se porterait alors sur Praga, Modlin, Sierock, se réunirait au général Reynier, qui marcherait avec lui, soit pour attaquer l’ennemi si l’ennemi était plus faible, soit, dans le cas contraire, pour couvrir Sierock, Modlin et la rive droite de la Narew ; que le 23 le roi de Westpbalie sera à Augostowo, le général Gouvion Saint-Cyr à Suwalki, le vice-roi à Kalwarya, et toute la gauche de rarmée, avec le quartier général, sur Movno; qu’il est probable que, dans la journée du 23 au- 24, les hostilités commenceront, et que l’offen­sive que prendra la gauche de l’armée en Courlande et sor Vtlaa accélérera le mouvement 4e l’armée ennemie de notre droite sur notre gauche ; que, dans cet état de choses, le prince Schwarzenberg pourra se concerter avec le général Reynier pour marcher, soit par Bialystok, soit par Bnesc, à la suite de l’ennemi et lui faire tout le mal con­venable, sans perdre de vue toutefois qoe son but principal doit être de couvrir Varsovie et Modlin; qu’il est à espérer que, dans la jour­née du 26, il sera instruit de ce qui se sera passé à Kovno le 24 et le 25 ; ce qui donnera des lumières sur la situation de l’ennemi et le mettra à même de recevoir des instructions pour ses mouvements ultérieurs.

 

Gumbinnen, 20 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, écrivez an prince de Schwarzenberg que, étant instruit que les envois d’argent de Vienne avaient éprouvé des retards et qu’il avait besoin d’argent, vous envoyez l’ordre au payeur générai de remettre 500,000 france à sa disposition; que, le payeur n’arri­vant ici qu’après-demain, on ne sait pas s’il y a suffisamment de fonds à Varsovie pour faire cette dépense; qu’en tout cas vous donnez ordre au payeur de Varsovie, s’il a les fonds, de les remettre au payeur autrichien, et, s’il ne les a pas, de les remettre du moins jusqu’à la concurrence de ce qu’il a. M. de Parr, en passant à Varsovie, s’informera auprès da payeur s’il peut payer.

 

Gumbinnen, 20 juin 1812

Au capitaine d’Hautpoul, officier d’ordonnance de l’empereur, à Gumbinnen

Monsieur l’Officier d’ordonnance d’Hautpoul, portez les lettres ci-jointes à Wilkowyszki, au prince d’Eckmühl et au roi de Naples. Rendez-vous ensuite aux avant-postes, auprès du général Bruyère; parcourez les avant-postes sur toute la ligne de Kovno jusqu’à Preny, et retournez auprès du général Bruyèree où vous resterez pour prendre parfaite connaissance des localités, en attendant mon arri­vée, à moins qu’il ne survienne quelque chose de très-important; auquel cas vous viendriez m’en rendre compte. Voyez bien surtout les environs du village de Preny, où. la rivière fait un coude, et le lieu où il faudrait établir des batteries et construire le pont vis-à-vis Kovno.

 

Gumbinnen, 20 juin 1812, huit heures du soir

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Wilkowyski

Mon Cousin, je reçois vos différentes lettres. J’ai mis à Tordre do jour le général Subertie et le général wurtembergeois. J’ai supprimé la brigade vurtembergeoise et l’ai mise à l’ordre de l’armée, c’esfi-à-dire de l’Europe. J’ai fait écrire au prince royal qu’il courait risque d’avoir les plus grands désagréments s’il n’y mettait ordre ; mais de votre côté tàcbez d’arrêter on des pillards, pour l’envoyer au préfet de l’armée, qui le fera fusiller.

Vous verrez par les ordres que j’ai donnés que je désire que les équipages passent en droite ligne par la route de Kovno (par la route de Skraudze). Je détache un équipage de pont de 60 toises sur Maryampol/J’ai besoin de faire mon principal passage à Kovno, à cause de l’intersection des deux rivières et âe la plus grande proxi­mité de Tilsit, d’où je dois tirer mes approvisionnements ; mais l’armée est si grande, que je ferai jeter un pont à Preny, où je ferai passer le duc d’Ekhiftgen et le vice-roi’ L’équipage d’ailleurs peet de partout aller à Preny; de Skraudze il peut aller à Preny; quand même il serait plus bas, il peut encore y aller. 11 faut donc que cet équipage passe sur la route de Skraudze; mais il est bien important que l’équi­page et les troupes ne soient pas vus. Vous ne devez pas occuper Maryampol, où le corps du duc d’Elchingen est placé. N’allez pas non plus sur Zapiecyszki, parce que le chemin est impraticable et démasquerait tous nos mouvements. Ayez bien soin de ne montrer aucun homme d’infanterie, ni aucun cuirassier. Il faut que le premier homme d’infanterie que verra l’ennemi soit un pontonnier. Laissez vos boulangers aux fours de Wilkowyszki, afin d’y faire cuire toutes les journées des 21 et 22 pour votre compte, à moins toutefois que vous n’ayez du biscuit. J’ai réduit la ration de la Garde à 12 onces de pain, 5 onces de farine et 1 once de riz ; par ce moyen on épargne beaucoup de pain. Il a passé ici depuis hier des chariots qui vous portent plus de 4 à 5,000 quintaux de farine pour vous.

 

Gumbinnen, 20 juin 1812

ORDRE DU JOUR.

La Garde prendra dans la journée pour six jours de pain que les soldats porteront sur eux. La ration sera composée de la manière suivante : 12 onces de pain, 5 onces de farine, 1 once de riz. Ces vivres seront pour le 20, le 21, le 22, le 23, le 24 et le 25.

Il sera distribué demain six autres jours de vivres à la Garde. Les régiments laisseront à cet effet des piquets et des voitures par bataillon pour les porter.

Les boulangers resteront aujourd’hui et demain 21 à Gumbinnen pour fabriquer du pain. La Garde aura ainsi des vivres pour les 26, 27, 28, 29, 30 et 1er juillet.

Il est recommandé aux soldats de ménager leurs vivres et d’en avoir soin. Les officiers feront des inspections tous les matins pour s’assurer que chaque soldat n’a mangé que le jour de vivres qu’il devait, et qu’il a le reste pour le nombre de jours voulu.

 

Gumbinnen, 20 juin 1812.

1er BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE.4)On ne trouvera pas ci-après tous les Bulletins de la Grande Armée pendant la campagne de 1812 : la Commission n’a cru devoir reproduire que les Bulle­tins dont le texte manuscrit porte des corrections de l’Empereur et ceux qui, en raison de leur importance exceptionnelle, ne sauraient être considérés comme l’œuvre de l’état-major, et ne peuvent être attribués qu’à l’Empereur.

 

A la fin de 1810, la Russie changea de système politique : l’esprit anglais reprit son influence ; l’ukase sur le commerce en fut le pre­mier acte.

En février 1811, cinq divisions de l’armée russe quittèrent à marches forcées le Danube et se portèrent en Pologne. Par ce mou­vement, la Russie sacrifia la Valachie et la Moldavie.

Les armées russes réunies et formées, on vit paraître une pro­testation contre la France, qui fut envoyée à tous les cabinets. La Russie annonça par là qu’elle ne voulait pas même garder les apparences.

Tous les moyens de conciliation furent employés de la part de la France : tout fut inutile.

A la fin de 1811, six mois après, on vit en France que tout ceci ne pouvait finir que par la guerre; on s’y prépara.

La garnison de Danzig fut portée à 20,000 hommes. Des approvisionnements de toute espèce, canons, fusils, poudre, munitions, équipages de pont, furent dirigés sur cette place ; des sommes con­sidérables furent mises à la disposition du génie pour en accroître les fortifications. L’armée fut mise sur le pied de guerre. La cavalerie, le train d’artillerie et les équipages militaires furent complétés.

En mars 1812, un traité d’alliance fut conclu avec l’Autriche; le mois précédent, un traité avait été conclu avec la Prusse.

En avril, le 1er corps de la Grande Armée se porta sur l’Oder; le 2e corps se porta sur l’Elbe; le 3e corps sur le bas Oder; le 4e corps partit de Vérone, traversa le Tyrol et se rendit en Silésie.

La Garde partit de Paris.

Le 22 avril, l’empereur de Russie prit le commandement de son armée, quitta Pétersbourg et porta son quartier général à Vilna.

Au commencement de mai, le 1er corps arriva sur la Vistule, à Elbing et à Marienburg ; le 2e corps, à Marienwerder ; le 3e corps, à Thorn ; le 4e et le 6e corps, à Plock ; le 5e corps se réunit à Varsovie; le 8e corps, sur la droite de Varsovie; le 7e corps, à Pulawi.

L’Empereur partit de Saint-Cloud le 9 mai, passa le Rhin le 13, l’Elbe le 29, et la Vistule le 6 juin.

 

Gumbinnen, 21 juin 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je reçois votre lettre du 11 juin, qui me rend compte de l’arrivée des six cohortes de garde nationale à Cherbourg. Cela étant, je pense qu’il est convenable de diriger les deux demi-brigades qui étaient destinées à la garde de Cherbourg sur Bayonne, pour en augmenter la réserve ; car j’attache une grande importance à avoir là une force considérable qui puisse remédier à ce qu’on pourra faire dans le Nord. Faites-moi connaître quelle sera, dans le courant de juillet, la situation de la réserve de Bayonne.

Dirigez les 3e bataillons du 127e et du 128e sur Berlin, par la route qui les éloigne davantage de la 32e division militaire; mais ne faites partir ces soldats que lorsqu’ils seront déjà un peu disciplinés.

 

Gumbinnen, 21 juin 1812.

ORDRE DICTÉ AU MAJOR GÉNÉRAL.

Ordre au roi de Naples de faire appuyer le 2e corps de cavalerie de Maryampol sur la route de Kovno, sans cependant montrer ni cuirassiers ni artillerie sur la rive gauche, et que de la rive droite on n’aperçoive pas plus de mouvement qu’à l’ordinaire ; mais de le disposer de manière que Sa Majesté puisse faire passer, le 23 à midi, si elle le trouve convenable, le pont de Kovno à tout le 1er et le 2e corps de cavalerie avec ses soixante pièces d’artillerie légère, de manière qu’on puisse battre la campagne et avoir des nouvelles de l’ennemi. Sa Majesté sera ce soir à Wilkowyszki, où il est conve­nable que le roi de Naples l’attende.

Le 3e corps de cavalerie reçoit l’ordre d’être rendu le 23 entre Maryampol et Preny, sans cependant faire des marches qui fatiguent la cavalerie.

Adresser l’ordre au vice-roi et au roi de Naples.

 

Gumbinnen, 21 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, écrivez au prince Poniatowski qu’il devait retenir le parlementaire russe, le bien traiter, envoyer ses dépêches à l’état-major général, ici, et attendre de nouveaux ordres; que désormais, s’il s’en présente, c’est ainsi qu’il doit agir. Écrivez la même chose au roi de Westphalie.

 

Gumbinnen, 21 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, écrivez au contre-amiral Baste qu’il ne doit plus rien être dirigé sur Wehlau; que tout doit être envoyé de Tapiau sur Labiau ; qu’il se rende lui-même à Labiau, afin d’accélérer le mou­vement sur le Niémen, et ensuite du Niémen sur Kovno, aussitôt que nous serons maîtres des deux rives; que ces convois doivent être faits avec la plus grande activité et ont besoin de tous ses soins, puisque l’armée n’aura plus moyen de se nourrir que par là.

 

Gumbinnen, 21 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, les caissons du petit quartier général sont partis avec
demi-charge; envoyez sur-le-champ un exprès avec l’ordre que toute
la charge soit réunie sur vingt caissons, et que les vingt autres, vides,
soient envoyés à Insterburg pour se recharger. Témoignez mon mécon­tentement à l’ordonnateur………….. de ce qu’il va ainsi en avant avec des caissons vides. J’ai vu quelquefois des administrateurs insouciants, nais je n’en ai pas vu de plus bêtes.

 

Gumbinnen, 21 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Reggio de continuer son mouvement demain 22. La division Legrand se portera sur la route de Kovno, à deux ou trois lieues en avant de Pilwiszki, de sorte que dans un jour elle puisse se porter à Kovno, s’il est nécessaire. Le duc de Reggio continuera sa marche avec ses deux autres divisions, à la pointe du jour, pour se porter en avant de Pilwiszki. Son quartier général sera à Pilwiszki, son parc en avant de Pilwiszki, de sorte que tout son corps d’armée puisse passer le pont.

Donnez ordre au duc de Danzig de se porter demain 22 à une lieue en avant de Pilwiszki.

Même ordre au duc d’Istrie.

Même ordre au général Sorbier.

Donnez ordre au duc d’Elchingen de se porter demain 22 à trois lieues en arrière de Preny, avec le détachement de l’équipage de pont qui lui a été remis, de ne laisser apercevoir aucun homme de cavalerie ni d’infanterie ; mais de se placer de manière que le 23 à midi, si l’Empereur lui en donne l’ordre, il puisse passer au village de Preny. Il aura soin que de la rive droite on ne voie aucun mou­vement extraordinaire et surtout aucun homme d’infanterie.

Donnez ordre au vice-roi de se porter sur Maryampol aussitôt qu’il pourra, de manière que le plus tôt possible il puisse passer la rivière, soit au pont de Preny, soit au pont de Kovno.

Donnez ordre au duc de Trévise de faire partir la division Delaborde, la division Claparède et la division Roguet, pour se porter demain en avant de Wirballen.

 

Gumbinnen, 21 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen

Mon Cousin, donnez ordre au prince d’Eckmühl de se porter avec son corps d’armée dans la direction de Kovno, de manière à être arrivé le 23 au matin, de bonne heure, avec l’équipage de pont. Il placera son corps à deux lieues de la rive droite et de manière que l’ennemi ne puisse s’en apercevoir. Il disposera tout de manière que l’Empereur soit le maître de jeter le pont sur le Niémen le 23 à midi, et de faire déboucher aussitôt tout son corps d’armée. Du reste, on manœuvrera de manière que la rive droite ne puisse apercevoir aucun homme d’infanterie, ni aucun cuirassier, ni plus de mouvement qu’à l’ordinaire.

 

Gumbinnen, 21 juin 1812

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Oletzko

Mon Fils, vous avez reçu des ordres du major général pour être rendu le plus tôt possible à Kalwarya. La cavalerie du 3e corps a ordre de se porter sur Maryampol. La cavalerie de votre corps d’armée servira à vous éclairer sur Meretch et Olitta. Si cela est possible, il faudra être le 24 entre Maryampol et Preny, afin de pouvoir passer sur le pont que le duc d’Elchingen établira.

J’ai ordonné au roi de Westphalie de se porter avec les 5e et 8e corps sur Augustowo, et de marcher de là sur Grodno.

Les hostilités commenceront le 24. Je passerai la rivière à Kovno. Probablement je ferai passer le duc d’Elchingen de Kovno à Preny. Vous tâcherez d’être, avec votre corps d’armée, prêt à passer sur le pont. Le général Reynier est en observation à Brok; les Autrichiens sont à Siedlce pour couvrir Varsovie.

Tenez- vous en correspondance avec le roi de Westphalie, auquel j’ai donné ordre d’appuyer sur la gauche et de prendre sa ligne d’opé­ration sur Königsberg, en cas que l’ennemi débouchât sur sa droite.

Je serai ce soir à Wilkowyszki, et le 23 très-près de Kovno. Pré­parez tous vos moyens de passage.

 

Gumbinnen, 21 juin 1812

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant les 5e, 7e et 8e corps de la Grande Armée, à Nowogrod

Mon Frère, vous aurez reçu des ordres de l’état-major général pour prendre position sur Augustowo, et pour que le général Reynier se trouve en corps d’observation sur Brok ou Ostrow.

Les Autrichiens seront, à ce qu’il paraît, le 23 ou le 24 à Siedlce.

Le général Reynier doit toujours avoir pour but de couvrir Var­sovie, Pultusk et Ostrolenka.

Vous devez appuyer sur le centre. En cas que l’ennemi tournât votre droite, votre ligne d’opération sera sur Königsberg. Tâchez que les Polonais arrivent le 23 à Augustowo, et faites porter une avant-garde sur Grodno avec beaucoup de troupes légères. Faites avancer votre pont dans cette direction. Il est probable que je vous donnerai l’ordre de vous porter sur Grodno avec toute votre armée, mettant par ce mouvement sur vos derrières ce qui se trouve à Bialystok. Ce mouvement ferait évacuer toute cette province. Vous serez en continuité avec l’armée, de manière que tout donnera toujours en masse, et l’on opérera alors contre le général Bagration, selon la position qu’il occupera.

Maintenez le plus grand ordre, empêchez le gaspillage. On se plaint que les officiers westphaliens se sont fait nourrir à Varsovie ; cela ne vaut rien, surtout pour les personnes qui vous approchent.

Tenez-vous en correspondance avec le vice-roi par votre gauche. Le général Reynier pourra se porter sur Bialystok, aussitôt que vous serez arrivé à Grodno, ayant toujours pour principale instruction de couvrir Varsovie.

Les Autrichiens se tiendront en observation contre le corps de Bagration.

Je vous ai mandé plusieurs fois de faire avancer les pontons qu’ont les Saxons sur lavant-garde du 5e corps. Faites-y filer vos sapeurs, etc., afin que le passage se fasse très-rapidement.

Napoléon.

Je serai cette nuit à Wilkowyszki.

 

Wilkowyszki, 22 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Wilkowyski

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Reggio de partir à la petite pointe du jour, demain 23, pour se diriger sur Kovno. Ses divisions bivouaqueront à une lieue du 1e corps, de manière à être en trois heures de temps sur Kovno. La cavalerie légère restera avec le corps d’armée et ne le dépassera point.

Donnez ordre au duc de Danzig de partir demain, à la pointe du jour, pour s’approcher le plus qu’il pourra de Kovno.

Donnez ordre au duc d’Istrie d’arriver, demain 23, à mon quar­tier général à Kukta, à une lieue et demie avant d’arriver à Kovno.

Donnez ordre au général Sorbier de faire avancer les trente-deux pièces de 12 de réserve le plus près qu’il pourra de Kukta, dans la journée de demain, sans cependant mettre les chevaux hors d’état de servir.

Donnez ordre au duc de Trévise de partir demain avec ses trois divisions, et de faire avancer le plus possible la division Roguet. Il portera son quartier général en avant de Pilwiszki.

Donnez ordre au petit quartier général d’être rendu demain,  de bonne heure, au village de Maurucza, à quatre lieues en arrière de Kovno.

Donnez ordre au grand quartier général de partir, après demain 24, pour se rendre à Wirballen, et d’être le 25 à Wilkowyszki.

Écrivez au duc de Tarente que je serai ce soir à Kukta, à une lieue et demie derrière Kovno.

 

Wilkowyszki, 22 juin 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Wilkowyszki.

Mon Cousin, vous enverrez ma proclamation à l’armée. Donnez ordre aux maréchaux commandant les 1er, 2e, 3e corps, la Garde et la cavalerie, de ne la publier que le 24 à la pointe du jour. Écrivez au duc de Tarente qu’il fasse connaître cette proclamation le 25 à la 7e division, et que, quant aux corps prussiens, il ne la leur com­munique pas, mais qu’il leur en fasse une à sa volonté, dans laquelle il leur dira en peu de mots que la guerre a commencé et que la Russie la veut. Écrivez au roi de Westphalie de la faire connaître aux 5e, 7e et 8e corps, seulement dans la journée du 26 au matin. Envoyez la proclamation au prince Schwarzenberg, et, comme elle n’est pas convenable pour son corps d’armée, chargez-le d’y substi­tuer celle qui lui conviendra, en faisant seulement connaître que la guerre a commencé. Il ne publiera cette communication que le 26. Communiquez ma proclamation au vice-roi ; il en donnera connais­sance à son corps et aux Bavarois le 25. Les gouverneurs de Königsberg et de Danzig la publieront le 27. Envoyez-la, par l’estafette de ce jour, à mes ministres à Vienne et à Berlin; envoyez-la également à mon ministre à Varsovie. Ils ne la feront publier que le 26. Ainsi cette proclamation sera pour toute l’armée, à l’exception des Autrichiens et des Prussiens, auxquels les commandants de ces corps feront des proclamations particulières.

 

Wilkowyszki, 23 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Wilkowyszki

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Reggio de faire avancer sa batterie de réserve de pièces de 12 et d’obusiers aussi loin qu’il sera possible sur le chemin de Kovno. Faites-lui connaître qu’il serait néces­saire qu’elle pût être arrivée et se parquer auprès de celle du prince d’Eckmühl demain 23, ayant l’intention d’employer cette batterie pour protéger le passage.

Donnez ordre au général Sorbier de faire avancer la batterie de 12 de la Garde et de faire connaître quand elle pourrait se trouver près de Kovno, désirant l’avoir pour protéger le passage, s’il est possible qu’elle arrive.

 

Wilkowyszki, 23 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Wilkowyszki

Mon Cousin, le général Tarayre, jusqu’à nouvel ordre, comman­dera Kovno. Faites-le toujours partir devant moi. Il aura à cet effet sous ses ordres de la gendarmerie du quartier général. Faites en sorte qu’il arrive à Kovno un des premiers, afin d’y mettre sur-le-champ l’ordre et d’empêcher tout gaspillage. Mettez le général Vedel pour commander à Wilkowyszki jusqu’à nouvel ordre, ce point étant important à raison de sa proximité de l’armée. Laissez-lui 25 gen­darmes et une compagnie de Badois, que fournira le prince d’Eckmühl ; qu’il joigne à cette force quelques gardes nationales et qu’il rétablisse l’ordre dans cette partie du département de Lomza.

 

Quartier impérial de Wilkowyszki, 22 juin 1812

PROCLAMATION A LA GRANDE ARMÉE.

Soldats ! La seconde guerre de la Pologne est commencée ; la pre­mière s’est terminée à Friedland et à Tilsit. A Tilsit la Russie a juré éternelle alliance à la France et guerre à l’Angleterre. Elle viole aujourd’hui ses serments ! Elle ne veut donner aucune explication de son étrange conduite que les aigles françaises n’aient repassé lu Rhin, laissant par là nos alliés à sa discrétion. La Russie est entraînée par la fatalité; ses destins doivent s’accomplir. Nous croirait-elle donc dégénérés ? Ne serions-nous donc plus les soldats d’Austerlitz ? Elle nous place entre le déshonneur et la guerre : le choix ne saurait être douteux. Marchons donc en avant : passons le Niémen, portons la guerre sur son territoire. La seconde guerre de la Pologne sera glo­rieuse aux armes françaises, comme la première. Mais la paix que nous conclurons portera avec elle sa garantie et mettra un terme à la funeste influence que la Russie a exercée depuis cinquante ans sur les affaires de l’Europe.

 

Quartier impérial de Wilkowyszki, 22 juin 1812

ORDRE POUR L’ARMÉE.

TITRE 1er

L’Empereur ordonne aux maréchaux et généraux commandant les corps d’armée, aux généraux commandant les divisions et les bri­gades, et aux chefs de corps, de prendre toutes les mesures néces­saires pour maintenir l’armée dans le plus grand ordre et empêcher les désordres qui commencent à désoler le pays. En conséquence:

1° Chaque maréchal ou général commandant un corps d’armée nommera une commission prévôtale composée de cinq officiers, devant laquelle seront traduits tout soldat qui, à la suite de l’armée, se sera absenté de son régiment sans cause légitime, tout maraudeur, tout individu qui sera surpris soit pillant, soit molestant les habi­tants du pays. Cette commission condamnera les coupables à mort et les fera exécuter dans les vingt-quatre heures.

2° II sera établi à Maryampol, pour le département de Lomza, une commission prévôtale de cinq officiers, auprès de laquelle il sera formé une colonne mobile, composée de 200 habitants du pays (garde nationale), de 10 gendarmes et de 40 hommes de cavalerie française. Cette colonne sera commandée par un officier général ou supérieur, français. Elle se subdivisera en dix petites colonnes ou patrouilles, fortes chacune de vingt-cinq hommes, lesquelles parcourront le pays dans tous les sens et arrêteront tout traînard ou marau­deur et tout fauteur de désordres. Les individus arrêtés seront con­duits devant la commission prévôtale de Maryampol et, s’ils sont coupables, condamnés conformément à ce qui est dit ci-dessus.

3° II y aura pour la province de Königsberg une commission pré­vôtale, qui siégera à Königsberg; elle sera composée de cinq officiers et organisée par le gouverneur.de Königsberg. Il sera formé auprès de cette commission une colonne mobile, composée de 100 hommes de cavalerie prussienne, de 200 hommes d’infanterie prussienne, de 10 gendarmes français et de 40 hommes de cavalerie et d’infanterie françaises. Cette colonne mobile se divisera en de petites colonnes qui parcourront le pays dans tous les sens, arrêteront les maraudeurs et traînards, tous les individus prévenus de délits, et les traduiront à Königsberg devant la commission prévôtale.

4° Une commission prévôtale sera établie à Varsovie sous les ordres du général Dutaillis, gouverneur de Varsovie, qui sera chargé de son organisation. 300 hommes de troupes polonaises du Grand-Duché et 10 gendarmes formeront la colonne mobile, qui sera par­tagée en dix petites colonnes chargées de parcourir les départements de Varsovie, de Kalisz, de Cracovie, de Lublin et de Siedlce. La garde nationale leur prêtera partout main-forte, et tout traîneur, maraudeur, etc., sera arrêté et jugé par la commission prévôtale de Varsovie.

5° II y aura une pareille commission à Posen. 300 hommes de la garde nationale, de la cavalerie polonaise, 10 gendarmes français et 20 hommes tirés des dépôts formeront la colonne mobile, qui sera partagée en 10 petites colonnes, pour parcourir les départements de Posen et de Bromberg et arrêter tous les maraudeurs.

6° II y aura une commission prévôtale à Danzig. Le gouverneur fournira dix petites colonnes de 30 hommes chacune, pour parcourir la Poméranie jusqu’à l’Oder, arrêter tous les traineurs et maraudeurs et les traduire devant la commission prévôtale.

7° II y aura une commission prévôtale à Elbing, pour la province de Marienwerder. 10 gendarmes français et 50 hommes de cavalerie prussienne formeront la colonne mobile, qui se partagera en cinq patrouilles ou petites colonnes, qui seront constamment en mouvement.

8° II sera formé à Berlin une pareille commission prévôtale sous les ordres du gouverneur, qui organisera autant de petites colonnes qu’il sera nécessaire pour mettre la police entre l’Oder et l’Elbe.

TITRE II.

9° Il est expressément défendu aux commandante des différents postes et passages sur l’Oder et sur la Vistule, notamment à ceux de Varsovie, de Plock, de Thorn, de Graudenz, de Marienwerder, de Marienburg et d’Elbing, de laisser passer aucun soldat isolé. Les hommes isolés, sortant des hôpitaux, convalescents, ou absents de leur corps sous quelque prétexte que ce soit, seront retenus par les commandants de Glogau, Küstrin et Stettin, jusqu’à ce que ces commandants en aient pu réunir 100 bien armés et bien habillés pour former une compagnie qu’ils dirigeront sur les places de la Vistule.

10° Les commandants de place sur la Vistule retiendront également tous les hommes isolés, jusqu’à ce qu’ils aient pu en réunir 100 qu’ils puissent former en compagnie de marche et diriger sur Königsberg.

11° Les commandants de Königsberg, Wehlau, Insterburg et Gumbinnen empêcheront le mouvement de tous les hommes isolés et retiendront tous les hommes sortant des hôpitaux intermédiaires, jusqu’à ce qu’ils puissent en former des compagnies de 100 hommes, bien armés et en état de rejoindre ; ils les dirigeront alors sur Kovno.

12° Les commandants de place, directeurs d’hôpitaux, commis­saires des guerres donnant des feuilles de route et garde-magasins fournissant des vivres aux hommes isolés, seront responsables de l’inexécution de la présente mesure.

Les commissaires des guerres, directeurs d’hôpitaux et garde-magasins recevront à cet égard des instructions de l’intendant général.

13° Les colonnes mobiles arrêteront tous les individus en contravention au présent ordre, et les dirigeront sur la place la plus voisine.

14° Le présent ordre sera imprimé, lu à l’ordre de tous les corps, mis à l’ordre de toutes les places et affiché à la porte de tous les hôpi­taux, de tous les baillis et de tous les hôtels de ville des communes.

 

Camp impérial de Naugardyszki, 23 juin 1812

ORDRE POUR LE PASSAGE DU NIEMEN.

Le prince d’Eckmühl sera chargé de faire jeter les ponts, de commander le passage et de passer le premier avec son corps d’armée. Le général Éblé sera sous ses ordres, avec tout l’équipage de pont, les parcs du génie, les ouvriers et marins qui lui sont attachés.

A huit heures du soir, l’équipage de pont se mettra en mouve­ment , savoir : le général de division Morand, à la tête de trois compagnies de voltigeurs du 13e d’infanterie légère, commandées par un chef de bataillon de choix, 50 sapeurs et un capitaine du génie. Chaque sapeur aura son outil. Chaque voltigeur aura un outil sur son sac. Il leur sera distribué de plus des paquets de cartouches, de sorte que chaque voltigeur ou sapeur ait soixante cartouches au moment du passage.

Le général Éblé divisera son pont en quatre parties, étant dans l’intention de jeter quatre ponts. Une ou deux compagnies de pontonniers seront attachées à chaque pont ; il leur sera attaché également une ou deux compagnies de sapeurs, une ou deux compagnies d’ou­vriers , une ou deux compagnies de marins, sous les ordres d’un offi­cier supérieur de pontonniers. Les marins et officiers du génie, quel que soit leur grade, seront subordonnés aux officiers de pontonniers.

Un des ponts sera jeté vis-à-vis la butte, à la gauche de la Jesia; les deux autres, entre celui-là et le village de Poniemon, de manière qu’il y aura au moins 150 toises d’un pont à l’autre; à dix heures du soir, les trois ponts étant arrivés devant leur emplacement et dans le plus grand silence, les bateaux seront mis à l’eau. Les 300 hom­mes seront jetés de l’autre côté ; il ne sera fait aucun feu, à moins de nécessité absolue. Le chef de bataillon barricadera ses 300 hommes dans le village en faisant des coupures.

Le général Pernety fera placer au même moment les batteries de réserve du 2e corps sur la butte.

La batterie de réserve du 2e corps se mettra en marche à six heures pour s’approcher de Poniemon et être portée sur la droite, dans l’endroit qui sera reconnu le plus favorable au-delà de l’île.

Une compagnie du 4e bataillon du 13e d’infanterie légère sera jetée dans l’île qui est vis-à-vis Poniemon.

La batterie légère et la batterie à pied de la division Morand seront placées, la batterie à cheval, sur la gauche de la Jesia, entre le mamelon et l’embouchure de la Jesia; la batterie à pied, quatre pièces à portée du deuxième pont et quatre pièces sur la droite du troisième pont.

Les quatre batteries à cheval du corps d’armée resteront avec leur division.

Les quatre batteries à pied seront placées au village de Poniemon et distribuées en quatre batteries, entre la batterie de réserve et le dernier pont. La batterie de la 2e division sera la première; celle de la 3e sera la seconde ; celle de la 4e, la troisième, et celle de la 5e sera la quatrième. Chaque batterie devant passer avec sa division, cela se fera par un simple mouvement à gauche.

Le corps d’armée prendra les armes à sept heures.

On s’assurera que les soldats ont mangé la soupe. On fera l’inspec­tion des sacs et des cartouches, et l’on s’assurera qu’ils ont avec eux pour quatre jours de vivres, sans les bagages et caissons, rien ne devant passer.

A huit heures, le corps se mettra en marche et se placera entre Alexota et la Jesia sur seize lignes, chaque régiment formant une ligne à la distance d’un demi-bataillon, le colonel et l’état-major du régiment placés devant l’aigle du 1e bataillon; le général de brigade en avant, au centre de sa brigade; les pièces de régiment à la droite de chaque ligne et constamment attelées, avec tous les cais­sons et ambulances des régiments ; le général de division en arrière du centre de la 3e ligne, avec les commissaires des guerres, admi­nistrations et ambulances de la division ; la batterie à cheval sur la gauche de la division.

Il y aura, d’une division à l’autre, la distance d’un demi-bataillon. Les divisions seront par ordre de numéros.

La brigade de cavalerie légère sur deux lignes, chaque régiment formant une ligne, ayant le général de brigade à sa tête; les chevaux sellés, mais débridés.

Tous les officiers de l’état-major du corps d’armée, entre la 1e et la 2e division, avec les commissaires de guerres, officiers du génie, etc.

Les compagnies de sapeurs seront à leur division; ils seront avec les batteries à cheval, tous les caissons de cartouches, le parc d’ar­tillerie des trois divisions et les caissons d’outils, de manière qu’à dix heures tout se trouve ainsi en position.

Le 13e d’infanterie légère sera en bataille à côté des pontonniers, où se trouve le général Morand, afin d’être employé, selon les cir­constances, à renforcer les hommes sur la rive droite, ou pour tout autre service.

A dix heures du soir les trois ponts doivent être jetés. La division Morand débouchera sur trois colonnes, c’est-à-dire par brigade, chaque brigade ayant à sa tête les pièces de régiment. Le général de division passera par le pont du centre. La batterie d’artillerie légère passera par le pont de gauche, c’est-à-dire par celui situé avant l’embouchure de la Jesia, à la queue de la brigade qui passe sur ce pont. La batterie à pied passera moitié au pont de droite et moitié au pont du centre.

Le général Pajol passera avec les deux compagnies d’élite de sa brigade, l’une au pont du centre et l’autre au pont de droite.

La division passée prendra une position qui appuie sa droite et sa gauche au Niémen (cette position s’explique par la courbure très-prononcée du Niémen au point de passage), son artillerie en position, et attendra ainsi le jour. Elle pourra se porter 1,000 toises en avant, laissant toujours les trois compagnies de voltigeurs au village et dans le réduit.

La cavalerie ne fera aucune patrouille ; elle restera seulement en forme de grand’garde, une compagnie dans la direction de Kovno, et l’autre dans la direction du fleuve montant; tout le monde sous les armes et à cheval.

Dans cet état de choses, le prince d’Eckmühl prendra mes ordres pour l’heure où devra passer la 2e division. Les ordres les plus sévères seront donnés pour empêcher le gaspillage. Le général Sau­nier, commandant la gendarmerie du ler corps, se rendra avec 50 gendarmes et un bataillon, dès la pointe du jour, à Kovno. Le général Tarayre, désigné pour être le commandant de la place, un commissaire des guerres, un garde-magasin, un inspecteur des vivres du 1e corps, s’y rendront également et prendront possession de la ville. Ils placeront des postes pour ne laisser entrer personne dans la ville, ni soldats, ni officiers, ni généraux, ni état-major général; ils convoqueront les bourgmestres à l’hôtel de ville et m’enverront les bourgmestres et les habitants qui pourront me donner des nouvelles.

Le général Morand aura soin, aussitôt qu’il sera passé, de mettre une sauvegarde de 10 hommes dans le couvent de Sainte-Croix.

Demain, à cinq heures, les constructeurs de fours du 1er corps, avec une compagnie de sapeurs, entreront en ville pour y établir des fours.

Le quatrième pont sera placé sur les hauteurs d’Alexota, en ar­rière; il restera là en réserve avec les pontonniers, sapeurs et marins. Le commandant de ce quatrième pont, après avoir placé ses pontons qui resteront attelés toute la nuit, se rendra auprès du général Éblé, aux trois ponts, afin que, si on s’apercevait qu’il n’y eût pas assez de bateaux pour les trois ponts, il m’en fut rendu compte, et que cet officier, parfaitement instruit de la localité, pût les aller prendre lui-même sans confusion ni retard ; il aurait à cet effet reconnu le chemin qu’il devrait prendre.

Aussitôt que la ville sera occupée, le quatrième pont sera jeté au passage ordinaire d’Alexota, et, comme la rivière n’a que 50 toises, il restera encore des pontons pour jeter un pont sur la Viliya. Ce pont sera tenu attelé, si toutefois les dimensions qu’on a données à la rivière se trouvent vérifiées.

Toute la cavalerie du 1er et du 2e corps montera à cheval à sept heures et se placera sur la hauteur en arrière d’Alexota ; elle se for­mera en autant de lignes que de régiments, chaque division ayant son artillerie, laquelle sera mise en batterie, en partie sur les hauteurs d’Alexota; les pièces resteront attelées.

Aussitôt que chaque division sera formée, les hommes mettront pied à terre; ils s’établiront au bivouac; les chevaux seront sellés, mais débridés.

Chaque général de division bivouaquera à la tête de sa division ; chaque général de brigade à la tête de sa brigade

L’état-major de la cavalerie s’établira dans la maison du médecin d’Alexota, à dix heures du soir, sans faire aucun feu ni aucun bruit

Un second ordre que le prince d’Eckmühl recevra dans la soirée lui fera connaître les mouvements qu’il peut avoir à faire après le passage.

Toutes les voitures de bagages, de vivres, la réserve du parc, des vivres, seront placées dans un seul endroit et éloignées au moins de 1,000 toises de la rivière, n’obstruant aucune route; il ne passera qu’une seule voiture, celle du prince d’Eckmühl et son caisson.

Parc d’artillkrie. — Chaque pièce passera avec son approvisionnement complet ; les caissons d’infanterie attachés aux divisions passeront également. Le parc de réserve sera placé à 1,000 toises du rivage.

Demain , à cinq heures du matin, le directeur du parc prendra les ordres du major général pour le passage de son parc.

Demain, également à cinq heures du matin, le vaguemestre du 1er corps prendra les ordres du major général sur le nombre de voitures et caissons dont le passage sera autorisé ; ce qui ne pourra avoir lieu qu’après que le corps aura pris position et qu’on aura des nou­velles de l’ennemi.

 

Kovno, 24 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, donnez l’ordre au duc de Reggio de faire jeter son pont sur la Viliya, de faire passer la division Legrand, sa cavalerie légère et ses cuirassiers, de faire venir les deux autres divisions, ses batteries de réserve, son parc, de manière que cela soit arrivé avant neuf heures du matin.

Donnez-lui l’ordre d’envoyer un officier d’état-major parcourir, cette nuit, avec un détachement de marins, les rives du Niémen jus­qu’à la petite rivière de Naviaja, et de faire descendre les bateaux qu’on trouverait pour faire le pont d’Alexota. Écrivez la même chose au génie, qui enverra un détachement de marins et de sapeurs pour faire la même opération sur la rive gauche.

Envoyez sur-le-champ un officier au général Grandjean à Georgenburg pour lui annoncer le passage, le mouvement du duc de Reggio sur la rive droite en descendant du Niémen, et pour qu’il en instruise le duc de Tarente; pour que, s’il a encore sa division, il passe le Niémen, se mette en correspondance et se joigne avec le duc de Reggio ; ou, s’il s’est porté sur Tilsit pour y passer le Niémen, l’officier portera l’ordre au duc de Tarente de se mettre en mouve­ment pour faire sa jonction avec le duc de Reggio.

Recommandez au général Grandjean d’envoyer les bateaux qu’il aurait pour construire des ponts ici.

Renouvelés les ordres pour que les convois de subsistances nous arrivent par le Niémen et Tilsit.

 

Kovno, 24 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, il sera formé à Kovno un petit dépôt de cavalerie. Donnez ordre au roi de Naples de renvoyer ses hommes et ses che­vaux éclopés à ce petit dépôt et de nommer un officier pour le com­mander. Recommandez-lui de s’alléger le plus qu’il sera possible. Ayez soin de lui attacher un ingénieur géographe qui envoie deux fois par jour un croquis de la situation du pays. Faites demander à cet ingénieur des renseignements sur la rivière de Strava, sa largeur, sa profondeur et la hauteur de ses eaux. Aussitôt que la cavalerie aura passé Jijmory, il est nécessaire qu’il envoie de fortes brigades de cavalerie légère pour s’éclairer sur les débouchés d’Olitta, car, si je suis bien informé sur tout ce qui se passe sur cette route, il pourrait y avoir quelques bons coups à faire. Il est nécessaire aussi que le roi de Naples soit certain que sa cavalerie légère a battu tout le pays entre la Viliya et le Niémen et qu’on s’assure, 1° que l’ennemi n’a sur la Viliya aucun pont, 2° qu’il n’y a ni infanterie ni établissement. Je désire que l’ingénieur géographe attaché au Roi ne perde pas un moment à vous envoyer un croquis de tout le cours de la Viliya et de celui du Niémen jusqu’au coude. Faites connaître au Roi que, jus­qu’à ce qu’il se trouve dans des pays de grande plaine, il ne doit pas trop s’encombrer de cavalerie ; qu’il faut ménager les cuirassiers ; qu’il n’est question que de repousser les troupes légères de l’ennemi et d’avoir de ses nouvelles dans les directions d’Olitta et de Vilna, et de me mettre à même de prendre le parti le plus convenable. Recom­mandez au roi de Naples de laisser des piquets depuis son avant-garde jusqu’à Kovno, de manière qu’indépendamment des postes on puisse correspondre par des officiers d’ordonnance ; ce qui est un moyen sûr et prompt. Recommandez bien au roi de Naples d’être sûr que Skorouli a été bien reconnu, ainsi que toute la route de Skorouli à Jijmory. Mandez au roi que le maréchal Ney, qui est à Kormilof, reçoit l’ordre d’envoyer de fortes reconnaissances à Skorouli.

 

Kovno, 25 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, donnez l’ordre au duc d’Elchingen de se porter sur Kormilof, où, selon les circonstances, je lui donnerai l’ordre de prendre la route de Jijmory ; que, si Skorouli n’avait pas encore été reconnu par la brigade de cavalerie légère qui a passé hier, il sera convenable qu’il le fasse reconnaître et qu’il s’assure que l’ennemi n’a plus personne entre cette partie de la Viliya et le Niémen. Vous lui ferez connaître que le duc de Reggio a passé la Viliya à Kovno ; que le prince d’Eckmühl est à Roumchichki; qu’il envoie tous les renseignements qu’il pourra se procurer, et surtout que ses officiers d’état-major et ingénieurs géographes envoient avec les rapports un croquis du pays; car nos cartes sont si défectueuses qu’on n’y trouve plus rien. Qu’il fasse connaître à quelle heure il sera à Kormilof.

 

Kovno, 25 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, écrivez au duc de Reggio que je suppose que sa cava­lerie légère a déjà passé la Viliya à Kovno , qu’il faut qu’il envoie faire une reconnaissance dans la direction d’Yanof ; qu’à trois lieues de Kovno il y a un embranchement de la route qui va à Chaty et de là à Poneveje et qui gagne la Dvina. Poneveje est sur le chemin de Chavli à Vilna. Il est nécessaire d’éclairer cette route jusqu’à Jeïmy. De Kovno la route va jusqu’au village de Bivili, sur la rivière de Neviaja. Trois lieues plus loin se trouve la poste qui est au village de Bobty, et six lieues plus loin se trouve Keïdany. A Keïdany a été longtemps le prince Wittgenstein, avec deux divisions; il est conve­nable de savoir s’il y est encore. C’est là qu’il doit faire marcher en force la cavalerie légère, soutenue par les cuirassiers et la division Legrand, qui doit faire une marche dans la direction de Bobty ; que je suppose que la rivière, à cette hauteur, est peu de chose; que si cela est nécessaire toutefois, on y jettera un pont, et qu’alors les patrouilles pourront se diriger jusqu’à Georgenburg et faire sa réu­nion avec la division Grandjean, c’est-à-dire avec le 10e corps. De Bobty il sera facile de savoir si le prince de Wittgenstein est à Keïdany, ou s’il est retourné sur Rossieny, ou s’il a marché sur Vilkomir pour rejoindre la grande armée à Vilna, et enfin quelle direction il a prise: Mon intention est, s’il se trouve encore à Keïdany, de marcher à lui pour le déloger. Votre 2e division prendra position à moitié chemin de Kovno à Bobty. La 3e passera le pont et tiendra position sur la rive droite de la Viliya, s’éclairera sur la route de Yanof, au moyen de troupes légères, jusqu’à l’embouchure de la rivière dans le Niémen. Il faut s’assurer si l’ennemi est en position sur la rive droite de la rivière. Si l’ennemi n’était déjà plus en position sur les bords de la rivière, des patrouilles de cavalerie légère se porteront sur Vilki, dans le double but d’avoir des nouvelles des troupes que l’ennemi aurait sur la rive droite du Niémen, et de réunir tous les bateaux que l’on trouvera et les envoyer sur Kovno.

 

Kovno, 25 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, écrivez au roi de Naples :

“J’enverrai ce soir une instruction à Votre Majesté sur la manière dont l’Empereur entend qu’on fasse les reconnaissances, afin de ne compromettre aucune partie de sa cavalerie légère. Sa Majesté espère que le prince d’Eckmühl aura rallié son armée, et que vous aurez, de votre côté, rallié votre cavalerie. Il faut vous concerter avec le prince d’Eckmühl pour choisir une bonne position, mais qui ne soit pas plus avancée que Jijmory. Avant de faire un pas en avant, il faut que l’échiquier soit plus débrouillé. Il est surtout bien nécessaire qu’on soit entièrement maître de toute la rive gauche de la Viliya. Le vice-roi ne peut être sur la ligne que dans deux jours. Il ne peut pas être question actuellement de marcher sur Vilna; pour diriger un aussi grand mouvement, l’Empereur s’y portera de sa personne; d’ailleurs il faut que le flanc gauche soit parfaitement assuré.”

 

Kovno, 25 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, donnez ordre au général Grouchy, commandant le 3e corps de cavalerie, de partir de Dobile, demain à deux heures du matin, de manière à arriver aux ponts à sept et huit heures, de les passer et d’instruire au quartier général de son arrivée. Ordonnez-lui de se faire précéder par un aide de camp qui fasse connaître au juste le moment de son arrivée.

 

Kovno, 25 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, écrivez au duc de Tarente pour qu’il marche avec la plus grande activité sur Rossieny ; que nous avons un pont sur la Viliya et que le duc de Reggio marche sur Keïdany, en même temps que nous marchons sur Vilna ; qu’il envoie des ordres pour que les subsistances viennent à Tilsit et nous soient envoyées ; que nous en avons grand besoin.

 

Kovno, 25 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, écrivez au duc d’Elchingen de reconnaître sérieuse­ment Yanof ; d’y envoyer une bonne colonne d’infanterie et de cava­lerie, et, s’il est nécessaire, d’appuyer celte colonne de tout son corps d’armée; de savoir tout ce qui se passe là ainsi qu’à Skorouli, et de bien s’assurer que l’ennemi n’a aucun pont ni aucun établissement sur la rive gauche de la Viliya ; que je désire beaucoup avoir un rap­port positif là-dessus. Si l’ennemi a du monde du côté de Yanof, il faudrait connaître le numéro des divisions qui sont là, et qui les commande.

 

Kovno, 25 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, faites connaître au vice-roi que j’ai passé à Kovno, que le prince d’Eckmühl marche sur Vilna et est déjà à Roumchichki ; que, comme son corps d’armée n’est encore, aujourd’hui 25, qu’à Kalwarya, je vois qu’il ne pourra être que le 27 ou 28 dans le cas de passer la rivière; qu’il est probable que je lui enverrai un équi­page de pont pour passer au village de Piloni. Qu’il fasse passer de mes nouvelles au roi de Westphalie.

 

Kovno, 25 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, le bataillon du Danube passera sous les ordres du génie, qui sera chargé de construire deux ponts de radeaux, l’un sur le Niémen et l’autre sur la Viliya vis-à-vis Kovno, et deux ponts de pilotis dans le même endroit.

Le général Éblé sera chargé de construire un autre pont vis-à-vis Kovno, tout composé de bateaux du pays. A cet effet, des détachements de pontonniers et de marins du 4e bataillon longeront les deux rives de la rivière qui sont actuellement libres, en descendant, et feront remonter tous les bateaux qu’ils trouveront. Les marins de la Garde seront attachés au génie pour la prompte exécution de ces deux objets. Donnez ordre au général Éblé de se concerter avec le général Chasseloup pour lever tous les obstacles et se prêter un secours mutuel, afin que je puisse le plus tôt possible faire lever mes quatre ponts actuels.

 

Kovno, 25 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Le major général ordonnera au capitaine Zakrzewski, attaché à l’état-major du duc de Danzig, de partir sur-le-champ avec le sieur Heichel, pour aller acheter dans les environs de Kovno les froments, seigles ou farines que celui-ci indiquera.

II fera mettre un détachement de quelques hommes à la disposi­tion du capitaine Zakrzewski pour lui faciliter les moyens de trouver des voitures et de protéger l’arrivage de ces denrées.

L’ordonnateur du quartier général expédiera sur-le-champ un mandat de 3,500 francs en faveur du capitaine Zakrzewski, laquelle somme lui sera remise pour le mettre en état de payer les grains ou farines immédiatement après leur sortie de chez les propriétaires.

Le capitaine Zakrzewski fera conduire les grains et farines à la manutention de Kovno, où la qualité et la quantité en seront consta­tées, et il rendra compte au commissaire ordonnateur du quartier général de l’emploi de la somme qui lui aura été confiée, en produi­sant à l’appui de son compte les quittances des vendeurs.

Kovno, 26 juin 1812, trois heures et demie du matin

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Roumchichki

Mon Cousin, au moment même m’arrive votre aide de camp avec cet élève de l’université. Vos convois doivent commencer à arriver. Réunissez vos troupes et reposez-vous. Reconnaissez une bonne posi­tion en cas que l’ennemi marche à vous. Pressez par tous les moyens la rentrée du général F riant et celle du général Compans. Rappelez tous vos détachements, afin de réunir votre armée. Il est nécessaire que vous vous teniez en garde contre une opération qui arriverait de Vilkomir sur vous. Au reste, j’envoie le duc d’Elchingen avec son corps à Skorouli et le duc de Reggio avec le sien à Yanof. Le résultat de cette opération commencera à éclaircir notre position et à bien faire connaître l’échiquier. Jusqu’à cette heure le roi de Naples a peut-être été trop vite. L’armée ne fait que se réunir, et il ne faut pas marcher contre une armée tout entière comme l’on marche con­tre une armée battue. Le duc de Tarente a passé le pont de Tilsit et marche sur Rossieny. La division du général Grandjean, qui était restée vis-à-vis Georgenburg, s’est emparée de la ville.

Je désire beaucoup que vos ingénieurs géographes envoient un croquis avec description, qui fasse connaître le pays : s’il y a des bois, si ce sont des plaines, des collines, etc. Je vois avec peine qu’ils n’envoient rien de tout cela.

 

Kovno, 26 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno.

Mon Cousin, donnez ordre au général Éblé de commencer à midi à lever un des trois ponts de bateaux, de le charger sur ses baquets et de le faire partir demain matin, pour être rendu dans la journée du 27 au village de Piloni, où il sera jeté un pont pour le passage de farinée d’Italie. Il enverra avec ce pont un officier supérieur de pontonniers qui prendra les ordres de l’officier commandant l’artillerie du 4e corps pour la jetée du ponte qui aura lieu aussitôt que le vice-roi l’ordonnera et pourra passer. Vous recommanderez au général Éblé de lever celui des trois ponts dont le passage est le plus difficile à cause de ses abords.

Écrivez au vice-roi pour lui faire connaître que demain matin un pont de bateaux part pour se rendre à Piloni; qu’il envoie ses marins et ses sapeurs pour jeter ledit pont, sur lequel il passera avec le 4e et le 6e corps et sa cavalerie. Vous lui ferez connaitre que nous occupons Jijmory et que nous sommes à dix lieues de Vilna.

Napoléon.

P. S. Écrivez au vice-roi que je désirerais fort que son pont pût être jeté dans la nuit du 27 au 28, afin que dans la journée du 28 il se trouvât en ligne.

 

Kovno, 26 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, vous me rendez compte qu’il y a 520 gendarmes à l’armée. Ce nombre est suffisant, mais il est mal distribué; il faut n’en laisser que 5 à Berlin, n’en laisser que 5 à Posen et à Thorn ; n’en donnez pas aux équipages de l’état-major général; je ne vois pas pourquoi des gendarmes seraient employés pour garder des bagages ; toute espèce de troupes peut garder des bagages. Mettez aux vôtres vos guides, qui sont faits pour cela ; cela vous économisera 1 officier et 22 hommes. Ôtez ceux du roi de Naples. Donnez-lui des guides ou qu’il prenne des chevau-légers ; cela fera une économie de 7. Je laisse ceux de l’intendant, parce que je suppose qu’ils ne sont pas pour ses bagages, mais pour faire exécuter ses ordres. Ôtez les 5 du secrétaire d’État, les 2 du duc de Trévise et du duc de Danzig, ceux des inspecteurs aux revues, ceux qui sont distribués aux différentes sauvegardes. Ainsi voilà bien des gendarmes qui redeviennent dispo­nibles. Des hommes sont nécessaires sans doute pour les services dont ils étaient chargés ; mais prenez dans la compagnie des guides, qui peut être augmentée, prenez aussi dans la cavalerie. Un gen­darme n’est pas un homme à cheval; c’est un agent qui doit être placé dans chaque poste, parce que ce service est le plus important, qui doit être chargé de la police sur les derrières de l’armée et ne doit être employé ni en sauvegarde, ni pour des escortes, ni pour garder aucune espèce de bagages. Je ne m’oppose pas à ce que vous demandiez un escadron de cavalerie jusqu’à l’arrivée du régiment de Bade, que vous pourrez employer au service de l’état-major. Tous les corps d’armée ont trop de gendarmerie; on s’en sert, non pour la police, mais pour l’escorte des bagages, et ce n’est pas leur métier. Présentez-moi un projet de règlement à ce sujet; ce n’est pas que je trouve que le service qu’ils font ne soit pas à faire, mais je pense que ce service ne doit pas être fait par eux. En faisant ces réformes dans les différents corps, vous pourrez très-bien ne donner à chaque corps que 40 gendarmes. Je ne verrai pas d’inconvénient à autoriser chaque général et chaque individu qui a droit de faire escorter ses bagages à lever pour ce service un certain nombre de Polonais. En attendant, prenez de la cavalerie : 2 ou 300 hommes de cavalerie de plus ou de moins ne sont rien ; 200 gendarmes de plus assurent la tranquil­lité de l’armée et le bon ordre.

 

Kovno, 26 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint l’état des convois qui sont partis le 25 pour Tilsit. Envoyez un officier à leur rencontre. Écrivez au général Bachelu, à Georgenburg, pour qu’il protège de tous ses moyens l’arrivée de ces convois. Ce serait une chose bien précieuse que d’avoir ces 7,000 quintaux de farine le plus tôt possible. Votre officier se rendra de là à Tilsit pour présider lui-même à cette opération et faire filer les convois. Il me semble que les administrations veulent décharger ces convois à Tilsit; faites sentir combien c’est absurde, et que votre officier ait soin de les faire filer sans retard;  qu’il voie les officiers prussiens qui offriront des escortes pour le halage.

 

Kovno, 26 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Kovno

Mon Cousin, écrivez au duc d’Elchingen que nos avant-postes sont à cinq lieues de Vilna, qu’Yevé est occupé par nos troupes, qu’il paraît que le général Baggovoute s’est porté de Yanof sur Tchabiehki, où il a passé la Viliya, et qu’il se dirige par Mousniki, Ghedroïtsy, Koltyniany et Vidzy ; que j’ignore le mouvement qu’aura fait le général russe Wittgenstein, mais qu’il était à Keïdany le 25 ; qu’il paraît que le général Wittgenstein commande le 1er corps de la droite, que le général Baggovoute commande le 2e et le général Toutchkof le 3e; que chacun de ces corps parait être de deux divisions fortes de 20,000 hommes; qu’on suppose que de Troki le gros de l’armée se porte sur Vilna et de Vilna sur Sventsiany ; que Yanof est évacué, comme je le suppose. Je désire que dès aujourd’hui il pousse une avant-garde aussi loin qu’il pourra sur Yegoujine ; que demain matin il marche de manière à faire une grande journée et à arriver le plus près possible, par exemple jusqu’au village de Palki, dans la direc­tion de Vilna; que je me porte cette nuit à Jijmory; que le 27 nous pourrions entrer à Vilna.

Écrivez au duc de Reggio et au duc de Tarente pour leur commu­niquer les mêmes détails sur la droite de l’ennemi et sur notre posi­tion respective. Faites connaître au duc de Reggio qu’il est nécessaire qu’il marche demain sur Jeïmy, pour attaquer Wittgenstein, ou du moins connaître le mouvement qu’il fait et dégager entièrement le Niémen. Écrivez au duc de Tarente que le duc de Reggio est arrivé aujourd’hui à Yanof et marche sur Jeïmy et Chaty ; qu’il attaquera Wittgenstein, à moins que celui-ci ne se retire sur Chavli ; que j’espère que le duc de Tarente se porte sur Rossieny, en laissant des postes d’infanterie sur la rive gauche du Niémen, pour être parfaite­ment sûr de la navigation.

 

Vilna, 29 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, donnez ordre au prince d’Eckmühl que la division Friant soit à la disposition du roi de Naples, et que la division Gudin passe à neuf heures du matin le pont de la Viliya, pour être égale­ment à la disposition du Roi; que la division Morand parte à trois heures du matin et se dirige sur Mikhalichki; elle sera éclairée par la brigade de cavalerie légère polonaise, qui, à cet effet, rejoindra cette route à Lovarichki, en partant de la position où elle se trouve à une heure du matin. La division Compans partira également à trois heures du matin pour se rendre à Ochmiana; elle aura avec elle la brigade Pajol, et un régiment de cette division se réunira sur Soletchniki et sera sous les ordres du général Bordesoulle. Le prince d’Eckmühl se rendra de sa personne à Mikhalichki et mènera avec lui la division Valence. Donnez ordre au général Nansouty de partir avec la division Saint-Germain pour appuyer la division Bruyère et pour suivre l’ennemi sur Korkojichki, en prenant les ordres du roi de Naples, qui manœuvrera sur la rive droite, et se concertant avec le prince d’Eckmühl, qui se porte sur Mikhalichki.

Donnez ordre au roi de Naples de partir avec le corps de Montbrun, le corps de Nansouty, la division Saint-Germain sur la rive gauche, les divisions Friant et Gudin, et de chasser l’ennemi de Niementchine et de le suivre dans sa retraite ; de se lier avec le duc d’Elchingen, qui doit être ce soir à Mieïchagola, et de le diriger dans le même sens sur l’ennemi, en le chargeant d’envoyer de fortes reconnaissances sur Vilkomir pour savoir ce qui existe là.

Donnez ordre au duc d’Elchingen d’appuyer le roi de Naples et d’envoyer une reconnaissance sur Vilkomir; faites-lui connaître que le duc de Reggio se porte sur Chaty pour attaquer le général Wittgenstein.

Enfin vous donnerez ordre au roi de Naples d’avoir des postes de cavalerie toutes les trois lieues, afin de correspondre facilement; vous donnerez le même ordre au général Nansouty et au prince d’Eckmühl.

Recommandez aux commandants de ces trois colonnes de correspondre fréquemment avec vous, afin que je puisse faire des disposi­tions pour les soutenir. Il serait nécessaire aussi que, dans chacune de ces trois directions, trois compagnies de voltigeurs partissent le plus tôt possible pour appuyer la cavalerie. A moins qu’on n’eût une connaissance positive de la marche de l’ennemi et qu’on ne sût bien ce qu’on fait, il ne faudrait pas trop fatiguer les troupes. Il faut éclairer les trois routes, non-seulement par des partis, mais encore par des gens du pays.

 

Vilna, 29 juin 1812

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant les 5e, 7e et 8e corps de la Grande Armée, à Grodno

Sire, l’Empereur me charge de prévenir Votre Majesté que nous sommes entrés hier à Vilna, que l’ennemi a évacué après avoir brûlé le pont et des magasins immenses. L’Empereur suppose que Votre Majesté est dans ce moment à Grodno. Le corps de Bagration est à Ochmiana. Votre Majesté doit donc se diriger avec son corps d’armée sur Ochmiana. Votre Majesté donnera de nos nouvelles au prince de Schwarzenberg. Il résulte des estafettes interceptées qu’il n’existe plus de troupes en Volhynie. Si cela se vérifie et qu’il n’y ait plus de forces de ce côté, le prince de Schwarzenberg doit manœuvrer dans la direction de Brzesc à Slonime.

Par ordre de l’Empereur, AlEXANDRE, prince de Neuchâtel et de Wagram.

 

Vilna, 30 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, envoyez ordre au général Éblé de se diriger sur Vilna avec tous ses équipages de pont. Il fera lever le pont qui sert dans ce moment au vice-roi, aussitôt qu’il aura passé. J’ai besoin d’avoir promptement ici un premier détachement de l’équipage de pont, et ensuite le tout. Le service de Kovno se fera par un pont sur pilotis sur le Niémen, et par un pont de radeaux sur la Viliya. A Vilna le service se fera par un pont sur pilotis et par les radeaux qui s’y trou­vent. Donnez l’ordre au génie de faire venir son parc à Vilna, en laissant au plus deux compagnies de sapeurs à Kovno et les officiers nécessaires aux travaux. On laissera aussi une compagnie de sapeurs et les officiers nécessaires à Vilna; le bataillon du Danube et les marins de la Garde se rendront à Vilna. Il restera à Kovno un officier et cinquante marins du 4e équipage; donnez ordre que deux compagnies du bataillon de l’Escaut se rendent à Kovno. Ainsi le bataillon de l’Escaut aura une compagnie à Danzig, une à Königsberg et deux à Kovno. Les outils attelés et une compagnie d’ouvriers se rendront à Vilna. J’approuve l’idée du général Chasseloup, et j’accorde au génie le bataillon du Danube et deux compagnies du bataillon de l’Escaut. Quant au 4e équipage de marins, il a son service particulier ; il aidera au génie, aux postons et à la navigation. Demandez au général du génie quand le parc se mettra en mouvement pour Vilna. Donnez ordre au général d’artillerie de faire venir deux millions de cartouches et vingt mille coups de canon à Vilna; tout cela peut venir par eau, le Niémen est entièrement libre. Recommandez au général Chasseloup de me faire tous les huit jours un rapport exact sur les travaux de Kovno et de Vilna.

Napoléon.

 

Vilna, 30 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, mandez au duc d’Elchingen que je pensais qu’il serait hier à Mieïchagola ; qu’il est indispensable qu’il s’y porte sans délai et qu’il pousse de fortes reconnaissances sur Vilkomir ; que son ordre portait de savoir ce qui avait passé à Mousniki ; que j’espérais que dès le 28 il aurait fait cette reconnaissance, qui lui aurait donné des renseignements sur la direction de Baggovoute; que Wittgenstein était à Vilkomir le 27; qu’il n’avait laissé personne à Keïdany ; que le duc de Reggio est beaucoup plus fort que Wittgenstein ; que ce n’était donc que par un changement de direction dans la marche de Baggovoute que le duc de Reggio aurait pu avoir affaire à forte partie; qu’en conséquence j’avais prescrit au duc d’Elchingen de s’assurer de la marche de Baggovoute, et que c’est avec peine que je vois qu’il ne l’ait pas fait ; que je viens de recevoir des nouvelles du duc de Reggio, qui de Chaty s’est porté sur Vilkomir, où il a trouvé les 5e et 14e divi­sions composant le corps de Wittgenstein, avec Ouvarof et le grand-duc Constantin, que tout cela devait faire,16,000 hommes environ; qu’il les a vivement poussés, leur a enlevé le pont de Vilkomir et fait 500 prisonniers ; que ce corps ennemi se retire sur Dinabourg ; qu’en conséquence j’ordonne au roi de Naples, qui marche avec trois divisions d’infanterie et cinq de cavalerie, de diriger plus franchement sa route sur Sventsiany, et que je désire que lui occupe sans délai Mieïchagola et de là se dirige sur Ghedroïtsy, où il se mettra en communication avec le duc de Reggio, et d’où il pourra marcher sur Vilkomir ou sur Sventsiany, selon les circonstances ; qu’il sera convenable qu’aussitôt que Sventsiany sera occupé par nos troupes il s’élève, en colonne, de manière à être à la même hauteur et en communication; que le prince d’Eckmühl marche de son côté avec deux divisions contre plusieurs colonnes ennemies, campées du côté d’Ochmiana; que trois divisions de Bagration venaient à marches forcées sur Vilna, qu’elles en étaient déjà à deux marches le lende­main de notre entrée à Vilna; qu’on marche contre elles et qu’on les poursuit; qu’on prend tous les jours beaucoup de magasins et d’officiers, que nous en sommes déjà à la 5e et 6e estafette venant de Russie et adressées au général en chef qui était ici; qu’on évalue la perte des magasins qu’ils ont déjà brûlés en première, deuxième et troisième ligne à 15 à 20 millions; que, d’après tous les renseigne­ments pris, l’ennemi avait sur la droite, depuis les marais de Pinsk, quatre corps d’armée, chacun de deux divisions, savoir : 1° le corps de Wittgenstein, composé des 5e et 14e divisions formant 12,000 hommes (or le duc de Reggio en a plus de 30,000) ; 2° le corps de Baggovoute, composé des 4e et 17e divisions, 12,000 hommes; 3° le corps de Chouvalov, composé de la 1e division de grenadiers et de la 3e division, 12,000 hommes ; 4° enfin du corps de Toutchkof composé des 7e et 11e divisions, 12,000 hommes; que ces huit divisions ne font pas 48,000 hommes d’infanterie; que les cinq sixièmes sont des recrues; que, si on y ajoute 10,000 hommes de la garde impériale, on voit que toute l’infanterie qui était ici dans le nord a peine à s’élever à 60,000 hommes; qu’avec l’artillerie et la cavalerie, etc., cela ne forme pas une armée de 80,000 hommes; qu’on sait positivement que les divisions russes sont composées, savoir : les grandes de six régiments, les moyennes de cinq, quel­ques-unes de quatre; mais, pour calculer plus que moins, on les évalue toutes à six; qu’un régiment n’a à l’armée que deux bataillons ; qu’un bataillon n’est que de quatre compagnies; que par conséquent il n’y a pas 1,000 hommes par régiment.

Réitérez l’ordre au duc d’Elchingen de se mettre en communica­tion avec le duc de Reggio, et, s’il se trouve vis-à-vis Baggovoute, qui n’a pas 14,000 hommes, qu’il l’attaque vivement.

 

Vilna, 30 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, mandez au duc de Reggio que je suis satisfait de la conduite qu’il a tenue et de la manière dont il a manœuvré. Faites-lui connaître la direction que prend le roi de Naples et celle du duc d’Elchingen, ainsi que la composition réelle de l’armée russe, telle que je l’ai mise dans la dépêche que je vous ait dit d’envoyer au duc d’Elchingen. Dites-lui que le général Wittgenstein n’avait devant lui que 15,000 hommes, y compris les chevaliers-gardes ; que j’ai l’état de situation de ce corps, qui a été intercepté, et que, indépendam­ment, tous les éléments que j’ai conduisent à ce résultat. Recom­mandez-lui de ne point fatiguer ses troupes, de les rallier, de tâcher d’organiser les subsistances et d’établir une bonne police. Dites-lui que je suppose que, moyennant la brigade Corbineau, il a des nou­velles du maréchal-duc de Tarente, qui de son côté doit lui donner des siennes. Faites-lui aussi connaître que les immenses magasins que l’ennemi avait ici ont été brûlés. Faites connaître au duc de Tarente qu’il n’a plus personne devant lui, Wittgenstein se retirant sur Dinabourg ; mandez-lui de faire occuper Poneveje, Chavli et Telchi ; qu’il fasse ménager les habitants du pays, qui sont pour nous. Dites-lui qu’il ne serait pas impossible qu’il reçût l’ordre de marcher sur Mitau, puisqu’il paraît que toute l’armée ennemie se retire sur Dinabourg et Disna. Il faut qu’il fasse mettre en très bon état la place de Memel. J’attends avec impatience de voir, d’après les plans et rapports des officiers du génie, ce que c’est que cette place et ce que l’on peut en attendre. Ce point mis en état, on pourrait y débarquer l’équipage de siège pour le siège de Riga. Recommandez au duc de Tarente de correspondre avec le duc de Reggio par ses avant-postes et aussi par Kovno. Dites-lui que nous attendons toujours avec impatience les convois de Tilsit.

 

Vilna, 30 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, envoyez au duc d’Elchingen un officier qui se rende en toute diligence sur Souderva. Il lui fera connaître que la division Bruyère était hier soir à Niementchine; et que le général Montbrun a envoyé des reconnaissances pour correspondre avec lui; que le duc de Reggio ayant marché jusqu’à Chaty, il m’est très-important de connaître que l’ennemi ne fait aucun mouvement de sa droite sur lui; qu’il parait que le général Wittgenstein est toujours à Keïdany. Écri­vez au roi de Westphalie que je suppose que le 29 il sera entré à Grodno ; que je désire qu’il se rende avec la plus grande activité à la suite de l’ennemi ; que je fais marcher des divisions sur la tête du général Bagration, qui, je suppose, aura pris la route de Minsk.

 

Vilna, 30 juin 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, je reçois votre lettre. Je vous envoie un rapport du général Bordesoulle; vous y verrez la marche du corps de Doktourof, qui marchait sur Ochmiana ; tâchez de savoir quelle est la direction qu’ont prise les Russes d’Ochmiana, afin de pouvoir non-seulement diriger le général Morand, mais aussi de pouvoir l’écrire au général Nansouty, qui appuiera sur la droite. Je donne ordre à la division Dessaix de partir à la pointe du jour pour vous appuyer. Je ferai partir à la pointe du jour le plus de cavalerie possible. Si vous avez les cuirassiers de Valence, comme je l’espère, vous pourrez faire de bonnes et belles choses.


 

References   [ + ]

1. Napoléon a quitté Paris le 9 mai, accompagné, notamment, de l’impératrice
2. M. de Hardenberg, chancelier de Prusse
3. Mémoire intitulé Aperçu d’un projet d’acte de navigation pour l’Empire français, substitué aux licences
4. On ne trouvera pas ci-après tous les Bulletins de la Grande Armée pendant la campagne de 1812 : la Commission n’a cru devoir reproduire que les Bulle­tins dont le texte manuscrit porte des corrections de l’Empereur et ceux qui, en raison de leur importance exceptionnelle, ne sauraient être considérés comme l’œuvre de l’état-major, et ne peuvent être attribués qu’à l’Empereur