Correspondance de Napoléon Ier – Avril-Mai-Juin 1811

Paris, 1er avril 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je pense qu’il faut donner ordre au général Lauriston de partir. Il faut qu’il soit parti avant dimanche. Il passera par Dresde, où il pourra s’arrêter deux ou trois jours. Il se mettra au fait de toutes les nouvelles et des intérêts de ce pays. De là il ira à Berlin, où il restera deux ou trois jours et se fera présenter à la cour. Je pense que de Berlin il devra passer par Stettin et par Danzig. Il pourra également rester deux jours à Danzig pour s’y re­poser ; de là il se rendra, par Kœnigsberg, Tilsit et Riga, à Saint-Pétersbourg. Il doit s’arrêter deux jours à Kœnigsberg; il peut aussi s’arrêter deux jours à Riga; de sorte que, sans le voyage, il aura douze jours de séjour; ce qui, avec à peu près seize jours de route, fera un mois. En partant le 3 ou 4 avril, il sera le 3 ou le 4 mai à Saint-Pétersbourg. Je pense qu’il est important qu’il parte, et néces­saire qu’il n’arrive pas trop vite, afin que toutes les nouvelles des mouvements sur Danzig aient le temps de s’éclaircir à Saint-Péters­bourg. Tout ce qu’il aura vu à Dresde et à Berlin, il vous le mandera par un courrier de M. de Saint-Marsan, qu’il expédiera de Berlin. Tout ce qu’il aura vu à Stettin, à Danzig et Kœnigsberg, il vous l’écrira par un courrier qu’il fera partir de cette dernière ville; de sorte que nous recevrons de lui deux courriers.

Remettez-moi sous les yeux les instructions à lui donner. Donnez-lui copie des articles secrets et de toutes les pièces qu’il doit connaître. Dans les instructions, expliquez-lui bien notre situation actuelle et ce qui s’est passé depuis Tilsit et Erfurt et la convention polonaise. Faites-lui bien comprendre toutes les questions sur les affaires maritimes et de commerce, qu’il doit très peu connaître, et les réponses à faire sur les prétendus neutres et les bâtiments américains, etc.

 

Paris, 1er avril 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je pense que vous devez écrire à M. de Saint-Marsan de passer une convention avec la Prusse, pour que, indépendamment de la communication directe avec Stettin, je puisse aussi communiquer du Mecklenburg, où j’ai des troupes, avec Stettin. Il ne vous échappera pas que cela serait très économique pour la Prusse, puisque, ce dernier trajet étant plus court, elle aura à nour­rir mes troupes pendant moins de jours.

 

Paris, 1er avril 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je lis votre rapport du 14 mars. Je vois avec peine son contenu. Vous ne deviez pas écrire à mes mi­nistres relativement aux girofles sans avoir pris mes ordres. Mon in­tention n’a jamais été que ces marchandises ne payassent pas les droits. Je ne suis donc plus étonné de ce qui a été dit, que nous avions l’intention d’obliger nos alliés à recevoir nos denrées franches de droits. Ainsi, par la tournure que vous lui avez donnée, une affaire assez simple a été dans le cas de me faire un tort grave en Eu­rope. J’ai voulu que les girofles arrivassent dans les principales places de consommation, et, quant aux droits d’entrée, j’ai désiré seule­ment obtenir qu’ils fussent acquittés sur le produit des ventes. C’était une demande assez simple, et vous en avez fait une affaire de tribut et de vexation. Je désire que vous me proposiez des mesures pour redresser cette fausse direction donnée à l’opération.

Les affaires des relations extérieures sont des affaires qui doivent se traiter longuement; vous devez toujours garder mes lettres trois ou quatre jours sous votre chevet avant de les faire partir.

Il est nécessaire que vous donniez des explications là-dessus au duc de Vicence; car je me souviens qu’on lui en a parlé, et je n’avais pas compris ce qu’on avait voulu lui dire. Profitez du courrier que vous expédiez aujourd’hui pour lui expliquer l’historique de cette affaire.

 

Paris, 1er avril 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieurs, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il est nécessaire que vous fassiez partir un courrier pour Pétersbourg : 1° pour envoyer au duc de Vi­cence copie de la note que vous avez remise hier; 2° pour lui faire part des nouvelles que nous avons reçues de la marche de quatre divisions de Moldavie et de celle des divisions de Finlande et de Si­bérie. Vous manderez au duc de Vicence que j’attends, pour con­naître les dispositions de l’empereur Alexandre, sa réponse à ma lettre; que je désire savoir si, de part et d’autre, ces préparatifs doivent finir; que, dans l’incertitude, je suis obligé de me mettre en garde et d’envoyer des troupes à Danzig pour tenir cette place à l’abri de toute tentative. Vous lui ferez connaître ma dernière conversation avec les députés du conseil du commerce, ce que je leur ai dit pour les détourner de se lier désormais d’intérêt avec le commerce anglais : que l’Angleterre perdrait tous ceux qui s’attacheraient à elle; qu’elle ne pouvait espérer de soutenir ses excessives dépenses qu’en usurpant la souveraineté de tout l’univers, mais que je lui avais ôté cette souveraineté en parvenant à l’exclure de la partie de l’univers qui consomme davantage; que je savais le grand convoi qu’ils expédiaient en ce moment pour la Baltique; qu’à ce sujet des lettres arrivaient de tous côtés; que dans ces lettres on faisait des propositions de com­merce, on demandait des crédits; que je les prévenais bien de ne pas s’y fier ; que ces marchandises seraient arrêtées partout, en Prusse, même en Russie, quelque chose qu’on leur dit, parce que l’empereur Alexandre avait déclaré vouloir rester en guerre contre l’Angleterre, comme seul moyen de maintenir la paix du continent ; que sans doute les contrebandiers, qui sont actifs, trouveraient moyen de passer, soit d’un côté, soit de l’autre, mais que cela ne pourrait pas être secret plus de quinze jours ; qu’on le saurait, et qu’alors je ferais arrêter la contrebande partout où je pourrais la trouver ; que sans doute les contrebandiers chercheraient de toute manière à nouer une trame avec le continent , mais que cette trame je la couperais avec mon épée si cela devenait nécessaire; que jusqu’à présent j’avais été indulgent, mais que cette année j’étais décidé à user de rigueur envers ceux qui feraient des affaires de contrebande. Vous rappellerez ce que j’ai dit à ce banquier genevois dont le fils a fait banqueroute : que son fils avait failli pour avoir escompté sur une partie du dernier con­voi anglais de la Baltique.

Dans cette dépêche, vous ne parlerez pas du comte Lauriston.

Vous ferez bien remarquer au duc de Vicence que tous ces mou­vements de troupes, c’est la Russie qui les a commencés; que nous n’en avons même fait aucun qui puisse justifier la marche de quatre divisions qui se portent de la Moldavie sur la frontière du Grand-Duché.

 

Paris, 1er avril 1811

Au comte Mollien. Ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vous envoie une lettre de M. l’architrésorier. Je ne puis croire que l’année 1810 ait un si grand déficit. D’ailleurs, mandez-lui donc que je ne puis arriver à rien tant qu’il ne me présentera pas un budget de recettes et de dépenses. Je ne sais ce qu’il veut me dire avec les 4 millions qu’on pourrait trouver avec des canons. Est-ce que je peux faire de l’argent avec des canons ? Que ne me mande-t-il aussi que j’ai la valeur des digues ! Peut-on avancer de telles pauvretés ! Faites-lui comprendre que je n’ai pas d’argent à lui envoyer et qu’il faut qu’on trouve des ressources dans le pays.

 

Paris, 1er avril 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous envoie une lettre de trente chasseurs de la Garde pris, il y a deux ans, avec le général Desnouettes. Je vous prie d’en faire passer l’extrait au Transport-Office, de témoigner toute l’indignation qu’inspire une pareille conduite, et de demander catégoriquement que ces hommes soient traités plus humainement, en déclarant que, s’ils n’admettent pas cette demande, un pareil nombre d’Anglais sera plongé dans les cachots; qu’il y a bien de la lâcheté dans cette con­duite envers de braves gens, et que sans doute cette manière d’agir n’est pas connue du prince de Galles, car on ne saurait penser qu’il puisse tolérer une pareille bassesse, inconnue parmi les nations civilisées.

Je vous avais demandé une lettre sur le même traitement qu’on fait subir aux prisonniers sur les pontons. Vous ne me l’avez pas remise. II est temps cependant de mettre un terme aux malheurs des prisonniers français.

Expédiez toujours ce soir la lettre relative aux trente marins de la Garde, et apportez-moi demain la note à envoyer au Transport-Office.

Vous me rendrez la lettre de ces malheureux.

 

Paris, 1er avril 1811

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Monsieur le Duc de Rovigo, qui est-ce qui a autorisé la Gazette de France à mettre l’article fort bête qu’elle contient aujourd’hui sur mon compte ? Est-ce le sieur….       ? Vraiment ce jeune homme fait trop de niaiseries; retirez-lui la direction du journal. Ne vous souve­nez-vous pas que dernièrement il m’a fait figurer dans un bal masqué : comme si j’allais dans un bal masqué ! Voilà la dixième maladresse de ce genre. Il faut la faire tourner en ridicule et la mettre à côté des bruits que les gazettes allemandes avaient fait courir, que j’étais amoureux de la pantoufle de l’Impératrice.

 

Paris, 1er avril 1811

Au baron de la Bouillerie, trésorier général du domaine extraordinaire, à Paris

J’ai lu avec attention vos rapports des 14 et 26 mars. . Mon intention est de ne faire aucune perte de négociations. J’aime tout autant avoir mes fonds à Magdeburg, à Mayence, à Strasbourg et à Munich qu’à Paris. Ainsi je désire que vous cassiez le traité que vous avez voulu faire avec la Prusse. Il serait désagréable de payer 8 pour 100 des fonds que dans trois mois je serai obligé de renvoyer à Magdeburg ou dans toute autre direction de l’Allemagne,

Vous pouvez céder au trésor les 762,000 francs que vous avez à recevoir de Danzig, également les 1,132,000 que vous avez à rece­voir par Dresde, le ministre du trésor ayant besoin d’argent à Dresde et à Danzig.

Faites encaisser à Magdeburg et à Mayence tout ce que vous y avez. Comme je n’ai plus de troupes à Munich, je désire que vous me fassiez connaître ce qu’il m’en coûterait pour renvoyer cet argent sur des points d’Allemagne où j’ai des troupes. Mais je désire que vous preniez des précautions pour que mes fonds à Mayence et à Magde­burg ne soient pas exposés. Je ne connais pour cela qu’un moyen : c’est que les fonds soient mis en dépôt sous inventaire, et qu’ils soient renfermés dans une caisse à deux clefs, dont une sera laissée au caissier et l’autre sera confiée à une personne que je désignerai à Hambourg. Alors on sera sûr d’empêcher le caissier de négocier les fonds et de courir lui-même à sa ruine, et l’on pourra compter sur cet argent quand on aura besoin de le retrouver. Faites faire de même pour la caisse de Mayence. Cependant je vous prie, dans tous les comptes que vous me rendrez, d’appeler mon attention sur les pays étrangers où j’aurai des caissiers.

Vous devez comprendre que l’argent que j’ai en réserve n’est que pour ma politique extérieure. Ainsi donc j’aime tout autant avoir cet argent à Mayence, à Magdeburg , à Strasbourg, et l’avoir en monnaie d’Allemagne, dont je pourrai me servir en Pologne et en Prusse mieux que de l’argent de France, qui y est moins connu.

 

Paris, 1er avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 27 mars. J’ai donné des ordres pour qu’on négociât en Prusse tout ce qui est relatif à la nou­velle route entre le Mecklenburg et Stettin. Vous pouvez en écrire à Saint-Marsan, mais en écrire sans que cela fasse nouvelle et même par la poste.

Je vois que la ville de Hambourg avait 57 compagnies de gardes bourgeoises qui étaient, l’une portant l’autre, d’environ 300 hommes par compagnie; ce qui fait donc 14,000 à peu près. Je vois que vous avez fait rentrer les fusils. Je vous prie de me faire un rapport sur la question de savoir s’il est convenable de désorganiser ces compagnies, qui faisaient la police de la ville. N’est-il pas préférable que la ville fasse elle-même sa police ? Je suppose que la garde dont il s’agit ressemble beaucoup à celle de Vienne, et vous savez que cette dernière nous a servi sans donner lieu à aucun inconvénient. Je pense qu’il est important que les bourgeois, propriétaires et autres gens domi­ciliés se chargent de la police de leur ville. Sans doute que 14,000 fu­sils sont trop, mais on pourrait leur en laisser 6,000. Avant d’en­voyer ces fusils à Stettin, faites-les ranger par calibre et faites-en faire l’inventaire aussi par calibre; vous m’enverrez cet inventaire et je vous ferai connaître mes intentions. Je vous fais la même question relativement aux gardes nationales de Bremen et de Lubeck. Qui vous répondra de la police de ces deux villes ? Je pense qu’il est également important de maintenir ce qui existe, puisque, sans donner lieu à de nouvelles organisations de gardes nationales, qu’on ne connaît pas dans le pays, et sans frais, on atteint le même but, qui est la bonne police de ces villes. Ainsi je vois qu’il faudra donc laisser 6,000 fusils à Hambourg, 3,000 à Lubeck et 3,000 à Bremen. Sur les 30,000, il ne restera plus que 15 à 18,000 fusils à transporter à Danzig.

Je vous dirai la même chose des caisses de tambour. 300 caisses peuvent être trop, mais une cinquantaine est nécessaire. J’attends donc, avant tout, votre rapport là-dessus. Rien ne presse; je ne manque pas d’armes, et, au moindre événement de guerre, j’en en­verrais 300,000 pour armer toute la Pologne.

 

Paris, 2 avril 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez à M. de Saint-Marsan pour savoir s’il est vrai qu’un grand nombre de chariots russes chargés de marchandises traversent la Prusse et se rendent en Saxe. Prenez le même renseignement auprès de mon ministre à Dresde.

 

Paris, 2 avril 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie un mémoire du duc de Raguse sur la demande du prince de Schwarzenberg relative aux affaires d’Illyrie. Il est convenable que vous voyiez aussi le duc, afin de rédiger la réponse et de voir s’il ne serait pas convenable de liqui­der toutes ces affaires de main morte. L’Autriche alors ferait ce qu’elle voudrait des biens du clergé qui sont de son côté, et je m’empare­rais de tous ceux qui sont de ce côté-ci. Les choses seraient égales de part et d’autre, et on leur prouverait par une note que c’est eux qui ont commencé.

Le bruit a couru que l’empereur d’Autriche avait pris le titre de roi de Dalmatie. M. Otto n’a jamais rendu compte de ce fait.

 

Paris, 2 avril 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je reçois l’ordonnance du roi de Naples, du 29 février, par laquelle il prohibe la sortie des graines de coton. Envoyez chercher son ambassadeur, et dites-lui qu’il faut que le Roi rapporte sur-le-champ son ordre, ainsi que ses dispositions précé­dentes sur les draps de France; que le Roi se trompe s’il croit régner à Naples autrement que par ma volonté et pour le bien général de l’Empire. Dites-lui positivement que, s’il ne change pas de système, je m’emparerai du royaume et le ferai gouverner par un vice-roi comme l’Italie. Il faut réclamer aussi sur la vente des nankins.

Dites au ministre de Naples que le Roi marche mal; que, lorsqu’on s’est éloigné du système continental, je n’ai pas même épargné mes propres frères et que je l’épargnerai encore moins. Ajoutez que le royaume est mal administré; qu’il ne s’y fait rien pour la marine dans un pays où il y a tant de milliers de matelots. Il est bien urgent que M. Durand arrive pour redresser la mauvaise direction qu’ont prise les affaires à Naples.

Faites informer par le préfet de Florence contre le consul de Naples à Livourne, lequel vexe mon commerce.

 

Paris, 2 avril 1811

A M. Régnier, duc de Massa, grand-duc, ministre de la justice, à Paris

Les tribunaux de justice ne sont pas organisés dans l’île de Walcheren.

 

Paris, 2 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous prie de donner ordre de me faire un état général de l’ar­tillerie de campagne de l’armée d’Allemagne. Je voudrais la composer de trois corps comme celui du prince d’Eckmühl, avec une réserve de cent vingt pièces de canon pour ma Garde.

Le prince d’Eckmühl a quatre-vingts pièces d’artillerie de ligne, qui, multipliées par trois, égalent deux cent quarante, et de la Garde cent vingt; total, trois cent soixante pièces de ligne. Il y a soixante-quatre pièces de régiment; je n’en mets que soixante-quatre pour les autres régiments, qui n’en auront que deux au lieu de quatre : soixante-quatre multipliés par trois égalent cent quatre-vingt-douze. Il faudra compter ensuite soixante et douze pièces bavaroises, vingt-quatre wurtembergeoises, vingt-quatre de Bade, douze suisses et vingt-quatre de Westphalie, quarante-huit de Saxe, soixante et douze de Varso­vie, soit deux cent soixante et seize; total général, huit cent vingt-huit pièces de ligne. Si je me trompe dans les nombres, vous pouvez les rectifier, parce que j’agis de mémoire.

Cela fait donc, pour toute l’armée d’Allemagne, environ huit cent vingt-huit bouches à feu.

1° Or il faut un approvisionnement à Danzig en poudre et en boulets et de tous objets pour pouvoir rapidement, et après une grande bataille, reconfectionner les munitions. Cet approvisionnement serait pris aux dépens de celui de siège. Il suffit seulement qu’il y ait tout le nécessaire.

Ainsi cela fait cent mille coups de canon. Il faudrait qu’il y eût à Danzig les poudres, boulets, matériaux pour faire des sabots, les boites, les serges nécessaires, etc. Cela ne prendrait guère qu’un quart de l’approvisionnement de Danzig ; mais pendant qu’on confec­tionnerait ces munitions on aurait le temps de faire venir les poudres.

2° Il faut un autre approvisionnement de cent autres mille coups, un tiers à Danzig et les deux autres tiers à Stettin, Küstrin et Magdeburg. Cela devra être tout confectionné. Il devra donc y avoir trente à quarante mille coups de campagne confectionnés à Danzig, et soixante à quatre-vingt mille également confectionnés à Küstrin, Stettin et Magdeburg.

3° Il faut un troisième approvisionnement de cent mille cartouches à balles et à boulet pour l’équipage ci-dessus à Danzig, Stettin, Küstrin et Magdeburg; bien entendu qu’on prendra les approvisionnements de siège 9 puisqu’on aurait le temps de faire venir le rem­placement.

4° Enfin deux approvisionnements attelés.

On aurait donc cinq approvisionnements pour l’équipage de cam­pagne, dont deux confectionnés, attelés et non attelés Y et trois tout confectionnés. Formez-moi cet équipage sur les bases que je viens de déterminer et affectez-y les affûts, le personnel, le matériel et les attelages.

J9ai aujourd’hui neuf bataillons du train en France et deux en Italie, ce qui fait onze; en les portant à 1,400 chevaux, cela ferait 15,000 chevaux. Six bataillons sont nécessaires pour les trois armées; un est nécessaire pour le corps d’observation d’Italie; resteraient donc quatre pour l’équipage de pont, le parc général et le service de la Garde, comme auxiliaires.

La Garde, je crois, n’a de personnel que pour 2,000 chevaux; il faut voir s’il sera possible de l’augmenter. Les cent vingt pièces de la Garde et leurs caissons d’infanterie doivent avoir un bon approvision­nement, parce que dans les batailles la Garde fournit partout; c’est ce qui fait supposer que la Garde ne peut pas avoir moins de 650 voi­tures ou 3,600 chevaux.

Quant aux pontonniers, il faut aussi me présenter un projet pour organiser cette partie. Un directeur général des ponts sera nommé. H aura ses outils, ses pontons, ses bateaux, comme il a son per­sonnel. Chaque compagnie de pontonniers aura une voiture d’ou­tils, comme les sapeurs, et dans cet assortiment d’outils se trouvera compris tout ce qui est nécessaire pour réparer un pont et même pour faire des radeaux, des bateaux et un pont monté, cordages, etc.

Il faut ensuite que le parc général, indépendamment des pontons sur baquets pour jeter un pont, ait en outre trois équipages organisés qu’on puisse détacher avec différents corps d’armée selon les circonstances et particulièrement à l’avant-garde.

Tout cela dépendra de l’équipage général, parce que les équipages seront détachés selon les circonstances. Comme mon intention est de mener à la guerre deux bataillons de 800 ouvriers de marine, j’en attacherai un bataillon aux pontonniers et l’autre au parc du génie; mais il faut qu’ils trouvent aux parcs des pontonniers et du génie tous les outils nécessaires. Par ce moyen on sera organisé de manière à dévorer tous les obstacles.

 

Paris, 2 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous renvoie l’état de situation de l’armée d’Allemagne. Il ne faut pas mettre les deux bataillons du 127e à la 1e brigade; ce serait une chose funeste pour l’armée. I1 faut la composer du 13e d’in­fanterie légère et du 17e de ligne.

La 2e doit l’être du 30e et du 61e ; la 3e des deux bataillons suisses et des deux bataillons du 127e. Au lieu du général Ledru, il faut mettre le général Teste.

Même observation pour la division Friant. Le 128e et les Suisses doivent faire la 3e brigade. Au lieu du général Caudras, il faut mettre le général Dufour.

Même chose pour la division du général Gudin. Le 129e et les Suisses doivent faire une brigade à part.

La division Dessaix est bien. J’approuve que vous y envoyiez le général Lacroix; vous pouvez le faire partir tout de suite.

Quant à la cavalerie légère, il faut l’organiser de la manière suivante :

1e brigade, général Pajol : le 2e de chasseurs et un régiment de lanciers du duché de Varsovie. 2e brigade, général Jacquinot; le 1er de hussards et le 30e de lanciers.

Brigade Piré : le 8e de hussards et le 16e de chasseurs.

Brigade Bordesoulle : le l9e et le 3e de chasseurs.

Toutes ces brigades seront par la suite augmentées avec d’autres régiments alliés.

Quant à la garnison des places, il faut porter, pour le mois d’avril, pour Stettin, cinq bataillons du grand-duché de Berg, formant 4,000 hommes, lesquels seront armés de deux batteries d’artillerie.

Je ne demande pas les quatre régiments de la Confédération, des petits princes de la Confédération, parce que je ne pense pas qu’ils puissent être formés en 1811 ; mais un régiment du prince Primat et un du duché de Wurzburg pourraient être assignés pour les garni­sons de Küstrin et de Glogau.

Le 5e régiment polonais, qui est à Küstrin, sera renvoyé à Thorn. Au mois d’août il doit y avoir à Danzig : 1° le 2e régiment de chas­seurs que j’y ai envoyé; il y aura de plus la légion polonaise, qu’on peut porter à 1,000 hommes; ces deux régiments formeront une bri­gade de 1,600 hommes; 2° la brigade westphalienne, 3,200 hom­mes; 3° la brigade bavaroise, 1,600 hommes; 4° la brigade wurtembergeoise, 1,000 hommes : ce qui fait 7,400 hommes d’augmentation. Cela portera la garnison de Danzig à 15,000 hommes.

A Stettin, au lieu du général Pajol, il faut mettre le général Jacquinot; au lieu du 2e mettre le 108e; mais mettre cela en encre rouge, pour faire comprendre que les troupes sont dans la place, mais n’en forment pas la garnison. J’ai ordonné aussi qu’il y eût à Stettin un autre régiment de la division Dessaix avec le général de brigade; ce qui doit être le 85e et le général Friederichs; mais la vraie garnison au mois d’août sera de cinq bataillons du grand-duché de Berg, avec six pièces d’artillerie. Quatre bataillons resteront à Stettin et un à Küstrin avec un bataillon du prince Primat.

Quant au 5e polonais, il faut le mettre, en encre rouge, à Küstrin, et tenir note qu’il doit se rendre à Thorn.

Quant aux 4e, 5e et 6e régiments proposés pour les garnisons, il faut les porter comme en congé, depuis leur arrivée jusqu’au 1er jan­vier, et leur réunion ne se fera que dans le courant de l’automne prochain.

De sorte que l’armée d’Allemagne serait au mois de juin de 86,000 hommes d’un côté, et de 15,000 à Danzig, 5,000 à Küstrin et Stettin, 2,000 à Glogau; total, 108,000 hommes, sans compter l’armée du grand-duché de Varsovie ni celle de Saxe.

Faites faire sur l’état ci-joint des changements conformes à ces observations.

 

Paris, 2 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, mon intention est qu’on n’envoie pas de prisonniers de guerre pour les travaux des fortifications au Havre. Il y a autour de cette ville un grand nombre d’hommes qui ont besoin de travailler et que le génie peut réunir et employer.

 

Paris, 2 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, j’ai vu l’officier du génie qui vient de Corfou. Je désire qu’il se rende au comité des fortifications pour y rédiger des observations sur les notes que j’ai dictées et sur le projet fait cette année au comité, et qu’on me présente ensuite le projet des instructions à donner pour le directeur des fortifications de Corfou. Je désire surtout qu’on s’occupe de fortifier la hauteur qui est à 600 toises de la place, de laquelle on voit les deux mers et qui do­mine à 2,000 toises aux environs. C’est vraiment là qu’est la défense de Corfou. C’est une espèce de pain de sucre qui domine de 20 toises tout autour. Il faudra placer là cinq rangs de feu, et sous leur pro­tection établir un camp retranché, en forme de double ou triple cou­ronne; mais cette dernière partie serait un ouvrage de campagne. De ce pain de sucre on écraserait tout ce qui voudrait cheminer dessus. Aussitôt que j’aurai approuvé ces plans, il est nécessaire que le même officier du génie retourne à Corfou ; il y portera vos ordres, tant pour ces travaux que pour les autres parties de l’administration. Il y fera connaître que mon intention est de faire un point imprenable de ce fort, auquel on donnera le nom de fort Desaix.

Quant aux approvisionnements, vous devez vous entendre avec le ministre de l’administration de la guerre pour en raisonner avec le général Donzelot. Vous ferez connaître à ce général que, la récolte arrivée, il doit s’approvisionner de maïs pour trois mois; comme au 1er mars, il était approvisionné pour dix mois, c’est-à-dire jusqu’au 1er janvier prochain, et que les expéditions faites par l’Italie lui auront déjà fourni à cette heure ou lui fourniront encore pour trois mois, s’il s’approvisionne de son côté pour trois mois, je pourrai être certain qu’il aura des vivres au moins jusqu’au mois de mai ; que mon inten­tion est, à l’exception des expéditions ordonnées, de n’envoyer plus rien; mais, le mois de septembre arrivant, je lui enverrai du blé et des farines pour deux ans, afin de n’avoir plus à penser à l’approvi­sionnement de ce point important; que, quand même il ne recevrait plus rien, je compte qu’il se procurera des blés jusqu’au mois de mai 1812.

Vous lui ferez considérer de nouveau la grande importance que j’attache à Corfou.

Vous lui ferez connaître que je vois avec peine qu’il ait mis dans l’île de Fano des hommes du 6e de ligne; quelques officiers français avec des Albanais de choix suffisent. Quant aux trois bataillons du 14e, aux deux du 6e et au bataillon italien, il doit toujours les tenir unis sans en ôter un homme. Vous me ferez un rapport sur la compagnie de 70 chevaux qu’il a. Je désire qu’on lui envoie un bon chef d’esca­dron et qu’on lui forme une compagnie de 100 chevaux. Il faudrait lui envoyer de bons cavaliers qui pussent vraiment lui être utiles. Il est important aussi qu’il ait au moins 60 chevaux d’artillerie de siège. Vous lui recommanderez de se procurer en Albanie 16 paires de bœufs, de manière à former huit attelages, qui feraient le service des charrettes à munitions, des affûts et enfin des différents transports. Cette précaution épargnera les canonniers. Quant à l’escadron de cavalerie, il ne pourra lui être envoyé que cet hiver. Il pourra partir de Toulon avec les chevaux et les selles nécessaires; mais il est indispensable de bien connaître ce qui existe à Corfou; si le général Donzelot pouvait se procurer des chevaux en Albanie, on se dispen­serait d’en envoyer. On aura le temps d’ici à septembre de recevoir des renseignements; mais il est indispensable que vous ne perdiez pas cela de vue.

 

Paris, 2 avril 1811

Au général Duroc, duc de Frioul, grand maréchal du palais, à Paris

Je n’approuve point le projet de décret que je vous renvoie. Les vélites nommés officiers ne doivent rien avoir; ils sont supposés avoir de la fortune de chez eux. Mais, comme je désire que les 128 vélites partent pour leurs corps sans aucun délai, je désire que, sur les deux caisses qui sont à votre disposition, 500 francs soient comptés et payés à chacun d’eux demain, afin qu’après-demain aucun d’eux ne soit à Paris.

 

Paris, 2 avril 1811

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, je reçois la lettre de Votre Majesté du 24 mars. Votre Majesté trouvera ci-joint copie de la note que j’ai fait remettre, il y a quelques jours, à l’ambassadeur de Russie. J’ai donc annoncé que je faisais à Votre Majesté la demande d’un de ses régiments. La Saxe, la Bavière, le roi de Westphalie, ont fourni les régiments que je leur avais demandés. Je n’en ai pas demandé à Bade, ni à Hesse-Darmstadt, ni au prince Primat, parce qu’une por­tion équivalente de leur contingent se trouve déjà employée. Votre Majesté ne voudra pas être le seul qui refuse de concourir à une mesure commune de défense. Il s’agit de mettre la place importante de Danzig à l’abri de toute tentative ennemie; et cette mesure, prise soit contre les Anglais, soit contre qui que ce puisse être, est une véritable charge pour la Confédération, puisqu’elle a pour objet d’éloigner la guerre de son sein.

J’espère et je crois, comme Votre Majesté, que la Russie ne fera pas la guerre. Cependant, depuis la fin de l’année dernière, elle a fait construire vingt places de campagne. En ce moment elle crée quinze nouveaux régiments ; les divisions de Finlande et de Sibérie sont en marche pour les frontières du Grand-Duché; enfin, quatre divisions de son armée de Moldavie sont également en marche pour les fron­tières du Grand-Duché. Ce ne sont pas les paroles, mais les faits qui révèlent les intentions des gouvernements. Pourquoi retirer des divi­sions qui sont si utiles à la Russie dans sa guerre contre les Turcs ? Pourquoi créer de nouveaux régiments dans un moment de pénurie où l’on n’a pas d’argent, où l’on a une grande guerre sur les bras et où l’on ne peut subvenir aux dépenses qu’avec du papier monnaie ? Ces renseignements sont des faits. Tout ce qu’on répète à l’empereur Alexandre depuis six mois est faux. Par exemple on lui a fait accroire que j’avais demandé les troupes de la Confédération; il est entré à cet égard dans des détails qui font voir qu’il commence à prêter l’oreille à nos ennemis. L’ukase sur le commerce prouve même que ses dispositions sont changées; non qu’il ne fût le maître de prendre cette mesure, mais on y remarque je ne sais quoi de favorable à l’Angleterre et d’hostile contre la France. Or l’empereur seul en Russie tenait à l’alliance contre l’Angleterre.

Dans ces circonstances, je pense que Votre Majesté ne voudra pas me laisser de doutes sur la Confédération doutes qui culbuteraient entièrement le système où Votre Majesté a trouvé la tranquillité et le bonheur. Votre Majesté peut bien sentir le peu d’importance que je mets à deux bataillons qui ne font pas 1,200 hommes; mais c’est une mesure que j’ai crue nécessaire. J’ai réuni Hambourg et les villes hanséatiques, parce que j’ai cru ne pouvoir pas compter sur le secours de ces villes dans mon système contre l’Angleterre, et parce que l’Angleterre ne reconnaît aucune neutralité sur mer. Si les princes de la Confédération me laissent le moindre doute sur leurs disposi­tions pour la défense commune, je puis le dire franchement, ils se perdront; car je préfère avoir des ennemis à avoir des amis douteux, et cela me serait en effet plus avantageux. Dès que je croirai avoir un ennemi de plus, je lèverai 30,000 hommes de plus; tandis que, si j’ai un ami peu sûr, j’aurai fait un faux calcul en comptant sur ses engagements et les faux calculs conduisent toujours à de faux résultats.

J’ai d’ailleurs le droit de requérir les régiments que je demande, puisque je n’aurais aucune prérogative dans la Confédération el qu’elle ne me serait d’aucune utilité si, en échange de la garantie que je lui donne contre toute puissance, je n’avais le droit d’appeler son contingent dans le moment opportun; car appeler les troupes trop tard, et lorsqu’il n’est plus temps, ne serait qu’un privilège funeste; ce serait la pire des fédérations, et je ne voudrais certainement pas en être le chef.

Les relations de Votre Majesté en Russie ne signifient rien; les dispositions de la cour de l’empereur Alexandre ne signifient pas davantage : entre grandes nations, ce sont les faits qui parlent; c’est la direction de l’esprit public qui entraîne. Le roi de Prusse laissait aller à la guerre quand la guerre était loin ; il aurait voulu la retarder quand il n’en était plus le maître, et il pleurait avant Iéna avec le pressentiment de ce qui allait arriver. Il en a été de même de l’em­pereur d’Autriche; il a laissé s’armer la landwehr, et la landwehr n’a pas été plutôt armée qu’elle l’a entraîné à la guerre. Je ne suis pas loin de penser qu’il en arrivera de même à l’empereur Alexandre. Ce prince est déjà loin de l’esprit de Tilsit; toutes les idées de guerre viennent de la Russie. Si l’empereur veut la guerre, la direction de l’esprit public est conforme à ses intentions; s’il ne la veut pas et qu’il n’arrête pas promptement celte impulsion, il y sera entraîné l’année prochaine malgré lui; et ainsi la guerre aura lieu malgré moi, malgré lui, malgré les intérêts de la France et ceux de la Russie. J’ai déjà vu cela si souvent que c’est mon expérience du passé qui me dévoile cet avenir. Tout cela est une scène d’opéra, et ce sont les Anglais qui tiennent les machines. Si quelque chose peut remédier à cette situation, c’est la franchise que j’ai mise à m’en expliquer avec la Russie. Ainsi, quand j’ai ces inquiétudes, il n’est pas conforme à l’amitié que Votre Majesté m’a témoignée de ne pas les partager; et, si elle apprenait que, par une surprise possible, Danzig, Thorn, Modlin sont enlevés, que me dirait-elle ? Que j’ai mal conduit mes affaires, mais aussi celles de la Confédération.

Enfin, Votre Majesté ne peut pas supposer que, moi, je veuille la guerre. Pourquoi la ferais-je ? Serai-ce pour rétablir la Pologne ? Je le pouvais après Tilsit, après Vienne, cette année même ! Je suis trop bon tacticien pour avoir manqué des occasions si faciles; je n’ai donc pas voulu. Enfin j’ai la guerre d’Espagne et de Portugal qui, s’étendant sur un pays plus grand que la France, m’occupe assez d’hommes et de moyens; je ne puis pas vouloir d’autre guerre. Et cependant j’ai levé cette année 120,000 hommes, j’en lèverai l’année prochaine 120,000 autres, je forme de nouveaux régiments, je remonte ma cavalerie et mon artillerie, depuis que les dispositions de la Russie me sont suspectes et que je crois qu’elle se conduit de manière à faire éclater la guerre en 1812. Je dépense cent millions d’extra­ordinaire cette année; Votre Majesté croira-t-elle que c’est pour m’amuser que je fais des dépenses aussi considérables ? Mais, si je ne veux pas la guerre et surtout si je suis très loin de vouloir être le Don Quichotte de la Pologne, j’ai du moins le droit d’exiger que la Russie reste fidèle à l’alliance, et je dois être en mesure de ne pas permettre que, finissant la guerre de Turquie, ce qui probablement aura lieu cet été, elle vienne me dire : « Je quitte le système de l’alliance, et je fais ma paix avec l’Angleterre. » Ce serait, de la part de l’empereur, la même chose que me déclarer la guerre. Car, si je ne déclare pas moi-même la rupture, les Anglais, qui auront trouvé le moyen de changer l’alliance en neutralité, trouveraient bien celui de changer la neutralité en guerre.

Conserverons-nous la paix ? J’espère encore que oui; mais il est nécessaire de s’armer et de mettre à l’abri de toute tentative la place de Danzig qui est la clef de tout.

Je prie donc Votre Majesté d’envoyer son régiment et de com­prendre que, comme protecteur de la Confédération, je tiens comme chose fâcheuse qu’elle m’ait fait la difficulté qu’elle a élevée; car notre système est fondé sur des liens réciproques, et comment n’a-t-elle pas compris, avec son esprit, que sa lettre relâchait ces liens ?

 

Paris, 3 avril 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, on a vendu dans toutes mes places de l’Oder beaucoup de blé inutilement. On vous a trompé, et ces ventes ont été l’objet de scandaleuses opérations. Je désire que vous n’ordonniez rien relativement à l’administration de mes troupes en Allemagne qu’en subordonnant tout au prince d’Eckmühl et en faisant, à cet effet, passer vos ordres par son intermédiaire.

 

Paris, 4 avril 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, dites au chargé d’affaires de Nassau que j’ai lu avec la plus grande surprise la lettre du nommé Gentil au prince de Nassau. Écrivez à M. le comte Defermon et à mes ministres et chargés d’affaires que les agents de mon domaine extraordinaire n’ont pas le droit de correspondre avec les cours de la Confédération ; qu’ils doivent s’adresser à mes ministres et chargés d’affaires, qui doivent seuls suivre cette correspondance avec les princes près les­quels ils résident et avec les petites cours voisines.

 

Paris, 4 avril 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il est urgent d’avoir quelqu’un à Stutt­gart. Celui qui y est comme chargé d’affaires est un homme bien médiocre et qui n’est fait pour être chargé d’affaires dans aucun pays.

 

Paris, 4 avril 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur le Comte Montalivet, je vous renvoie votre projet sur le pont de Bordeaux. Pour cette année les fonds sont faits. Dans les conseils qui se tiendront au mois de décembre vous m’en parlerez, et on fera alors les fonds pour les années suivantes. En attendant, qu’on aille de l’avant sur les fonds faits.

 

Paris, 4 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Mon intention est que les neufs régiments de cuirassiers que j’ai en France se tiennent prêts à se mettre en campagne, ainsi que les deux régiments de carabiniers, mon intention étant de former quatre divisions de grosse cavalerie. La 1e division sera composée des deux régiments de carabiniers et du 1er de cuirassiers; la 2e division sera composée des quatre régiments qui sont en Allemagne; la 3e divi­sion, des 5e 10e, 11e et 14e de cuirassiers, et la 4e division, des 4e, 6e, 7e et 8e de cuirassiers. Ces quatre divisions auront chacune douze pièces d’artillerie à cheval, ce qui fera quarante-huit pièces de canon. La division qui est en Allemagne est déjà organisée. Proposez-moi l’état-major, l’artillerie et la formation des brigades de ces quatre divisions. Mon intention est que, tant que les régiments n’auront pas plus de 600 chevaux, il ne parte pas plus de trois escadrons, à l’ex­ception des carabiniers et du 1er de cuirassiers qui feront partir leurs quatre escadrons, et, à cet effet, le cinquième escadron de ces régi­ments sera formé sans délai.

Faites-moi connaître si les 5e escadrons dont j’ai ordonné la for­mation au 11e de chasseurs, 12e, etc. sont formés. Les quatorze régiments de cavalerie légère pourraient être réunis en brigades de la manière suivante : 1e brigade de cavalerie légère, le 11e et le 12e ; 2e brigade, le 23e et le 24e de chasseurs; 3e brigade, le 5e et le11e de hussards; 4e brigade, le 4e et le 9e de chasseurs; 5e brigade, le 19e et le 14e de chasseurs; 6e brigade, le 6e et le 8e de chasseurs; 7e brigade, le 25e de chasseurs et le 6e de hussards. J’ai en Allema­gne six régiments de cavalerie légère : cela fera donc vingt régiments, qui, à 600 hommes, font 12,000 hommes, et, à 800 hommes, feront 16,000 hommes; ce qui, avec 10,000 cuirassiers, 4,000 dragons et 4,000 hommes de la Garde, fera 34,000 hommes de cavalerie.

 

Paris, 4 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le général Dessaix doit rester à sa division, mon intention étant qu’au 15 mai tous les généraux et colonels du corps d’armée d’Allemagne soient à leur poste. Cependant il ne faut pas faire d’éclat de cela; il faut seulement refuser les congés qu’on proposerait.

 

Paris, 4 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, écrivez au général Decous que je trouve inutile et imprudent de faire partir en masse, comme il fait, les bâtiments destinés pour Corfou ; qu’il vaut mieux les faire partir un à un; qu’il est plus facile à un seul bâtiment de s’échapper qu’à trente; qu’il faut avoir soin de bien déterminer l’heure à laquelle on doit partir ; que beaucoup de gens pensent qu’il vaut mieux partir de jour, pour passer la nuit en mer et se trouver à mi-canal à l’autre point du jour; qu’on dit que les patrons bocchais, qui, au dernier blocus, faisaient souvent le voyage d’Otrante à Corfou, avaient l’ha­bitude de sortir de jour. Écrivez au général Decous de faire débar­quer toute l’artillerie et tous les effets d’habillement dont les bâti­ments italiens sont chargés, et de faire mettre tous ces effets en dépôt, dans un lieu sûr, à Brindisi; que ces envois ne sont pas urgents, que cela ne doit partir de Brindisi qu’autant que des fré­gates viendraient s’en charger; qu’autrement on doit attendre pour le passage les saisons des longues nuits; que mon intention est donc qu’il ne passe plus rien, si ce n’est du blé, du riz et des légumes secs, parce que ce sont des denrées de première nécessité, encore doit-on attendre un temps décidé et des vents favorables, car rien n’est pressé; qu’à cette exception près on doit retenir tout le reste : vins, eaux-de-vie, vinaigres, viandes salées, etc. tout doit restera Brindisi; que mon intention est aussi qu’aucun homme ne passe; qu’il doit les retenir tous à Brindisi et en former un bataillon pour garder le port.

Vous écrirez à Naples pour qu’il soit pourvu à la nourriture de ces hommes, et vous prendrez des mesures pour assurer leur solde. Ils attendront là qu’une frégate vienne les prendre ou que les nuits d’oc­tobre puissent faciliter leur passage. Ainsi les effets d’artillerie et d’habillement, les vins, les eaux-de-vie, les vinaigres, les viandes salées, etc. doivent être mis en dépôt à Brindisi. Le blé, le riz et les légumes secs doivent seuls continuer de passer. Ajoutez que tous les bâtiments italiens qui se trouveront ainsi déchargés doivent sur-le-champ être renvoyés; ce qui fera quelque économie pour les Gnaoces de mon royaume d’Italie. On les renverra avec un reçu du dépôt de Brindisi. Par suite de ces dispositions, il s’agglomérera à Brindisi et Otrante beaucoup d’hommes du 14e régiment et du 6e, des détache­ments d’artillerie, des détachements italiens et aussi des détachements napolitains. Mais, quand j’ordonne de retenir ici tous les hommes, il est bien entendu que cela ne s’applique pas aux officiers qui seraient expédiés par vous ou par le roi de Naples ; on doit les faire passer sur les meilleures courrières. Il est même nécessaire que le général Decous envoie aussi de temps en temps de ses officiers à Corfou pour avoir des nouvelles, connaître ce qui a passé et vous rendre compte.

Vous devez lui faire adresser tous les jours, par l’estafette, trois exemplaires du Moniteur, et en faire remonter la collection au 1er janvier. Vous lui recommanderez de transmettre ces Moniteur par différentes voies au gouverneur général, afin de le tenir, autant qu’il se pourra, au courant des nouvelles. Le général Decous doit écrire par toutes les occasions, et même il serait à souhaiter qu’il eût un chiffre avec lui pour toutes les choses secrètes qu’on pourra lui donner l’ordre d’écrire. Enfin vous devez le prévenir qu’il est possible que des frégates ou bâtiments de l’État viennent à Tarante ou à Brindisi ; que dans ce cas il doit aussitôt réunir tous les hommes qu’il pourra, pour les faire passer à bord des bâtiments. Il y fera transporter aussi le plus d’approvisionnements qu’il sera possible.

Il doit vous écrire tous les jours. Recommandez-lui de faire par­courir toute la côte pour rechercher les petits bâtiments destinés pour Corfou qui se seraient réfugiés dans les ports depuis Ancône jusqu’à Tarente. Il les réunira à Brindisi, où il fera déposer leur chargement, et les renverra ensuite.

 

Paris, 4 avril 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, plusieurs convois d’argent sont déjà entrés en Espagne; il est nécessaire de numéroter ces convois pour désormais nous entendre.

Le convoi de 3 millions, parti de Bayonne le 16 août dernier, sous le commandement de l’adjudant commandant Gressot, s’appel­lera le premier convoi. Celui de 2,500,000 francs, parti le 2 octobre de Bayonne, sous le commandement du chef de bataillon Corozis, s’appellera le deuxième convoi. Celui de 3 millions, parti le 1er fé­vrier, sous le commandement de l’adjudant commandant Dentzel, s’appellera le troisième convoi. Enfin celui de 4 millions, qui va partir en vertu de mon ordre du 29 mars, sous le commandement de l’adjudant commandant Simonin, sera le quatrième convoi.

Par ces convois, l’armée de Portugal a reçu ou doit recevoir : 1° 2,500,000francs, qui faisaient partie du deuxième convoi et dont 500,000 francs ont été donnés au 9e corps; 2° l,500,000 francs, qui faisaient partie du troisième convoi ; 3° 2 millions, qui font partie du quatrième convoi, dont le départ doit avoir lieu en ce moment de Bayonne; total, 6 millions.

Ainsi l’armée de Portugal aura reçu, après l’arrivée de ce dernier convoi, 6 millions, dont 500,000 francs pour le 9e corps. Restent 5,500,000francs pour l’armée de Portugal; ce qui doit faire le solde de six mois au moins.

L’armée du Midi, 1° a reçu 3 millions qui composaient le premier convoi; 2° elle recevra 500,000 francs qui, en vertu de mon ordre du 29 mars, doivent faire partie du quatrième convoi; total, 3,500,000 francs.

L’armée du Centre, 1° a reçu 1,500,000 francs, qui faisaient partie du troisième convoi; 2° va recevoir 1,500,000 francs, qui partent dans le quatrième convoi; elle aura reçu 3 millions.

Comme les envois d’argent sont très difficiles à l’armée du Midi, je désire que les 500,000 francs qui devaient être envoyés à l’armée du Midi avec le quatrième convoi soient envoyés à l’armée de Portu­gal, ce qui portera à 6,500,000 francs les envois faits au Por­tugal, et qu’en remplacement le trésor envoie à l’armée du Midi 500,000 francs en traites, faisant partie du cinquième convoi.

Un cinquième convoi partira de Bayonne le 15 avril et se compo­sera de 6 millions, dont 3 en argent et 3 en traites. Ces 6 millions seront destinés, savoir :

 

En argent En traites
Pour l’armée du Portugal 2,000,000 1,000,000
Pour l’armée du Midi 1,000,000
Pour l’armée du Centre 1,000,000 1,000,000
3,000,000 3,000,000
6,000,000

Après l’arrivée du cinquième convoi, l’armée de Portugal aura donc reçu en tout 9 millions, dont 500,000 francs pour le 9e corps; l’armée du Midi aura reçu 4,500,000 francs, et l’armée du Centre 5 millions.

Dans ces cinq convois se trouvera compris pour 4 millions de traites, savoir : 1 million de traites dans le quatrième convoi et 3 mil­lions dans le cinquième. Il est nécessaire que ces traites soient divisées en séries, afin que, s’il en était volé en route, on pût, d’un seul trait de plume, les annuler.

Maintenant faites-moi un rapport qui me fasse bien connaître la portion de ces convois qui doit être attribuée sur l’exercice 1810 et celle qui appartient à l’exercice courant; enfin quelle doit être la si­tuation de la solde des armées du Centre, du Midi et du Portugal après la réception de ces cinq convois. Il faudra faire des recherches pour savoir : 1° ce que l’armée de Portugal a reçu de contributions des différentes provinces du nord de l’Espagne avant son entrée en Portugal ; 2° ce que l’armée du Centre a reçu de contributions des pays du centre, et 3° ce que l’armée du Midi a reçu des provinces du midi.

Vous recevrez un décret par lequel j’autorise le trésor à prêter 500,000 francs par mois au roi d’Espagne, et ce à dater du 1er avril. Les 500,000 francs d’avril seront payés sur les 1,500,000 francs que le quatrième convoi conduit à l’armée du Centre ; les 500,000 francs de mai seront payés sur le cinquième convoi.

Écrivez cela au ministre des finances du roi d’Espagne.

 

Paris, 4 avril 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, l’armée du Portugal sera partagée en six divisions, savoir :

1e division : le 6e léger, les 39e, 76e et 69e de ligne.

2e division : le 25e léger, les 27e, 50e et 59e de ligne.

3e division : le 31e léger, les 26e, 66e et 82e de ligne, la légion du Midi.

4e division : les 15e, 47e, 70e et 86e de ligne.

5e division : le 17e d’infanterie légère, les 22e et 65e de ligne, les Hanovriens, Prussiens et Irlandais.

6e division : les 15e, 32e, 2e et 4e légers, les 36e et 130e de ligne.

Par ce moyen, le 6e corps se trouve partagé en deux divisions. Tous les régiments qui ont leur dépôt dans la 12e division militaire forment une division; tous ceux qui ont leur dépôt en Bretagne en forment une autre. Je pense que c’est là la meilleure organisation qu’on puisse donner. Vous laisserez le prince d’Essling maître d’ar­ranger les brigades. Vous lui désignerez seulement les généraux pour les divisions et pour les brigades. Vous le laisserez également maître de verser tous les hommes des 15e et 32e légers dans les 2e et 4e légers, et de renvoyer les cadres du 15e léger à Paris et du 32e à Toulon; cela aura l’avantage de supprimer deux cadres sans diminuer de beaucoup le nombre d’hommes. Cette opération me parait bonne. Quant au bataillon du 34e, le cadre rentrera en France et tous les hommes disponibles seront placés dans le 36e, ce qui augmentera le 36e de 200 hommes. Tous les hommes qui sont aux hôpitaux rejoin­dront également le 36e. Le cadre du 4e bataillon du 28e rentrera en France; tous les hommes disponibles seront placés dans le 36e, ce qui l’augmentera de 300 hommes. Le cadre du 4e bataillon du 75e rentrera en France; tous les hommes disponibles seront placés dans le 36e. Ainsi le 36e régiment recevra de ces trois cadres 700 hom­mes d’augmentation et sera porté à 2,000 hommes. Vous recom­manderez qu’on laisse les cadres entiers. Ces bataillons étant étrangers aux régiments qui composent l’armée, il est nécessaire qu’on en laisse les cadres revenir en entier en France. Le régiment des chas­seurs à cheval hanovriens sera dissous et incorporé dans le 1er de hussards; les officiers qui ne seront pas employés seront envoyés en France pour entrer dans le 30e de chasseurs, qui s’organise à Ham­bourg. Ce qui me porte à dissoudre ces bataillons du 34e, du 20e et du 75e, c’est qu’ils sont tous composés de conscrits qui n’ont jamais rejoint leurs régiments, et que d’ailleurs ils ont beaucoup de traîneurs et d’hommes aux hôpitaux, qu’il vaut mieux laisser à l’armée de Portugal.

Vous ferez connaître au maréchal prince d’Essling qu’il doit faire tous ces mouvements en temps opportun ; lui seul doit en avoir con­naissance. Il peut même y faire les changements qu’il jugera indis­pensables. Vous lui ferez connaître que mes principaux motifs pour mettre tels ou tels régiments ensemble, c’est qu’ils ont leurs dépôts dans la même division ; ce qui doit faciliter la formation des régiments de marche à envoyer pour les recruter.

 

Paris, 4 avril 1811

Au général Duroc, duc de Frioul, grand maréchal du palais, à Paris

Monsieur le Duc de Frioul, le ler régiment de voltigeurs et le 1er de tirailleurs ont encore un vieux cadre de la Garde. Je désire que vous m’en présentiez l’état avec un projet d’ordre pour faire revenir ces vieux cadres et donner à ces deux régiments des cadres pareils aux six autres. Vous enverriez l’ordre au duc d’Istrie, qui serait chargé de l’exécuter. Ces vieux cadres reviendraient à Paris, et je m’en ser­virais pour former un nouveau régiment de chasseurs de la Garde. Par ce moyen, la vieille Garde se composerait de quatre bataillons de grenadiers, de quatre bataillons de chasseurs, de deux bataillons de Hollandais; total, dix bataillons de vieille Garde ou 8,000 hom­mes; et j’aurais ensuite un bataillon de sergents, deux bataillons de caporaux et deux bataillons d’un régiment de jeune Garde que je formerais avec la conscription de cette année; en tout quinze bataillons.

 

Paris, 4 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je vous ai déjà mandé la nécessité d’établir une garde bourgeoise à Hambourg, à Lubeck, à Bremen et à Osnabruck pour la police de ces villes. Pressez l’organisation de la gendarmerie dans tous les pays. Faites-moi connaître ce qui retarde cette organisation. Allez de l’avant et rendez-moi compte. L’Empire est si grand, que les ministres sont accablés de besogne. Je désire que cette gendar­merie puisse être organisée au 1er mai. Je désirerais aussi que les villes de Hambourg, Bremen et Lubeck eussent pour la police du pays une garde à cheval comme l’ancien guet de Paris. Le budget de ces villes doit donner moyen de pourvoir à cette dépense. Mon intention est de faire camper toutes vos divisions après la récolte. Il faudra alors que tout le service se trouve fait par le pays.

Vous me mandez que je ne dois pas compter sur les lanciers ni sur les régiments qui s’organisent à Hambourg; je ne comprends pas bien cela. Est-ce qu’ils ne seraient pas formés au 1er septembre pro­chain ? Envoyez-moi l’état de situation et faites-moi connaître ce qui s’oppose à la formation de ces régiments. Les colonels et majors sont-ils arrivés ? Quels sont les officiers du pays que vous proposez ? Enfin donnez-moi des détails là-dessus.

 

Paris, 4 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, j’avais diminué la correspondance des postes de l’armée comme inutile. Les circonstances ont changé. Je pense que le plus convenable est d’établir une estafette de Hambourg à Danzig. Cela servira aux relations extérieures qui n’envoient plus de courriers. Rapp enverra des officiers porter les dépêches en Russie. Également la correspondance de Varsovie se dirigera par Danzig. On laissera subsister les malles de l’armée pour la correspondance des soldats et pour les affaires de comptabilité. Vous trouverez ci-joint copie du décret que je viens de prendre. Allez de l’avant et faites-le exécuter.

 

Paris, 4 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 30 mars. Je vous ai mandé que, si les circonstances l’exigeaient, il faudrait vous porter à tire-d’aile sur Danzig; mais, dans ce cas, je vous prescrirais les détails de la route et je vous enverrais le tracé de cette marche. Vous mar­cheriez par division, comme en temps de guerre, et sur trois colon­nes, selon les circonstances; une division passerait par le Mecklenburg, d’autres par la route de Magdeburg à Stettin. Mais nous n’en sommes pas encore là. Je ne puis pas abandonner la route entre Magdeburg et Stettin, et j’ai fait écrire à mon ministre à Berlin pour la communication du Mecklenburg avec Stettin.

Vous remarquez que, quand j’aurai 6,000 hommes à Stettin, la Prusse ne devra pas nourrir ce nombre. Voici ma réponse : Vous ferez le calcul de ce que j’aurai de monde à Glogau et Küstrin, et vous totaliserez cela avec les 6,000 hommes que j’aurai à Stettin. Vous verrez si cela passe ou non ce que la Prusse doit nourrir. Si cela passe le nombre convenu, je payerai l’excédant ; si cela ne passe pas, il n’est pas juste que je paye : c’est dans ce sens que vous devez en écrire à mon ministre a Berlin.

L’officier que vous avez envoyé en Suède a été trop de temps pour aller et revenir. Puisque le ministre des relations extérieures ne doit plus envoyer de courriers dans le Nord, il faut que vos officiers aillent comme des courriers. Il me parait avantageux de multiplier ainsi le nombre des officiers d’état-major, du génie et d’artillerie qui connaî­tront parfaitement les chemins.

Je pense qu’à dater du 1er mai vous devez exiger que tous les offi­ciers généraux, colonels et officiers d’état-major soient à leur poste.

Je désire qu’au 1er mai vous fassiez passer à la fois une revue dans tous les régiments, afin de reconnaître le nombre d’officiers et sous-officiers qui manquent dans tous les corps. Vous donnerez ordre que les places de sous-officiers soient remplies, et vous m’enverrez vos propositions pour les places d’officiers. S’il y avait des places de chef de bataillon ou d’escadron vacantes, vous me proposeriez des officiers de choix et sur lesquels on pût bien compter. Je suppose que, dans tous les corps, les soldats ont une paire de souliers aux pieds et deux neuves dans le sac, que l’armement est en bon état, que les soldats ont jusqu’au tire-bourre et à l’épinglette. Recommandez à votre com­mandant d’artillerie que tout ce qui est prescrit par l’ordonnance, que les outils, les rechanges, que tout dans les plus menus détails existe, que je n’entends pas qu’on s’éloigne de ce qui est dit dans l’aide-mémoire de Gassendi. J’approuve que vous fassiez venir à Magdeburg le biscuit qui est à Dresde, d’autant plus qu’on pourra le faire passer, s’il est nécessaire, de Magdeburg sur Stettin, qui est le pivot et où il est toujours besoin d’avoir 500,000 rations. On pourrait, sans ostentation, faire fabriquer 250,000 rations de biscuit à Stettin et autant à Küstrin. Vous savez que le pays entre Stettin et Danzig est pauvre, et que pour marcher en masse il faut avoir ses vivres. Certain de trouver 500,000 rations sur l’Oder, vos caissons arrive­raient là vides; on les chargerait de biscuit, et vous auriez alors les moyens de traverser en masse et avec rapidité tout cet espace.

 

Paris, 4 avril 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, je vous envoie copie d’une lettre que j’écris au ministre de la guerre. Vous sentez l’importance que tous vos petits bâtiments viennent déposer leur chargement à Brindisi et s’en retournent; cela évitera au trésor d’Italie des frais qui sont considérables.

 

Paris, 4 avril 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, il serait possible que j’eusse besoin d’une division ita­lienne de seize bataillons et de 1,500 chevaux. Cette division aura seize pièces de régiment et dix-huit pièces de ligne. Faites-moi un projet pour bien composer cette division. Je désire de bonnes troupes qui aient fait la guerre, non-seulement les cadres, mais la plus grande partie. Il faudrait que cela pût remplacer seize bataillons fran­çais que je laisserais en Italie.

 

Paris, 4 avril 1811

Au roi Charles d’Espagne, à Marseille.

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre que vous m’avez écrite a l’occasion de la naissance de mon fils, et je vous remercie des senti­ments que vous m’y exprimez.

 

Paris, 4 avril 1811

A la reine Louise d’Espagne, à Marseille

Madame ma Sœur, j’ai reçu la lettre que vous m’avez écrite à l’occasion de l’heureux accouchement de l’Impératrice, et je remercie Votre Majesté de la participation qu’elle témoigne à cette faveur nou­velle que la Providence m’a accordée.

 

Paris, 5 avril 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le travail que vous avez fait préparer pour le comte Lauriston. Il ne faut pas appeler cela Instructions, mais Exposé de ce qui s’est passé. Quant aux instruc­tions, vous lui donnerez les suivantes.

Dans les conférences avec M. de Romanzof et avec l’empereur, leur parler toujours clair, mais ne parler ainsi qu’à eux et que là. Dans ces conférences, après avoir laissé parler longtemps, demander la permission de répondre franchement, en se servant de la formule: Voila comme on voit à Paris.

Je ne ferai pas la guerre pour la Pologne, quoique cependant je ne veuille pas souffrir qu’il soit fait aucun empiétement sur le Grand-Duché, ni qu’il lui soit fait aucun tort.

Je ne ferai pas la guerre pour le tarif des douanes, quoique le der­nier ukase soit contraire au traité de Tilsit, et que l’idée de brûler des marchandises d’une puissance amie ou alliée paraisse impliquer contradiction avec les idées d’amitié et d’alliance.

Mais, quelque graves que soient ces griefs, je ne ferai la guerre que dans le cas où la Russie voudrait autre chose que la rive gauche du Danube, ou bien dans le cas où cette puissance, déchirant le traité de Tilsit, ferait sa paix avec l’Angleterre.

Cet ultimatum ne doit jamais être prononcé; mais, si cela était important et que cela devint nécessaire, dans les conversations confidentielles avec M. de Romanzof et l’empereur, le comte Lauriston pourrait être autorisé à le leur laisser entrevoir.

Dans tous les cas, soit avec les aides de camp de l’empereur, soit avec les militaires, soit avec le prince Tolstoï, soit avec les ministres étrangers, quelque chose que le cabinet russe fasse, l’ambassadeur doit toujours rester dans les termes d’une amitié parfaite, dans les idées d’alliance, et ne pas laisser supposer qu’il existe le moindre nuage, ni le moindre sujet de discussion.

L’Empereur fait ainsi connaître ses intentions à son ambassadeur pour que celui-ci sache quels sont les points auxquels on attache de l’importance et puisse diriger sa conduite en conséquence, sans cepen­dant se compromettre en rien; car, ferait-on la paix avec l’Angle­terre, marcherait-on sur Constantinople, l’ambassadeur doit seule­ment prévenir et ne faire aucune démarche qu’il n’y soit spécialement autorisé.

La continuation de la guerre entre la Russie et la Turquie serait sans doute une chose avantageuse à la France, sans cependant qu’on la désire. Si la Russie parvenait à faire sa paix avec la Turquie et à garder la Moldavie et la Valachie, elle ne devrait rien conserver sur la rive droite, ni aucune influence sur la Servie, qui ne doit jamais être gouvernée par un prince grec. La Russie voudrait faire pour la Servie ce qu’elle a fait pour la Moldavie et la Valachie, la mettre d’abord sous la protection d’un prince grec, qui serait nommé par la Porte, pour insensiblement y étendre son influence et arriver, par les Monténégrins et par la Morée, sur la Méditerranée.

A cela l’Empereur est décide à s’opposer. Il sera nécessaire que le comte Lauriston prenne des informations pour connaître indirectement quels sont les projets de la Servie ; mais ces insinuations ne seraient nécessaires que dans le cas où il y aurait des ouvertures de paix avec la Porte. Alors il serait bon de laisser entrevoir l’intérêt que la France prend à empêcher que la Russie n’étende son influence du côté de la Dalmatie, et, s’il est question d’un prince grec en Servie, de ne pas dissimuler qu’il ne saurait convenir à la France de voir un prince grec venir s’établir ainsi sur ses frontières.

Quant à la Moldavie et à la Valachie, on peut dire que la Russie tiendra ces deux provinces de la France. Actuellement la politique de l’Empereur est de ne pas s’en mêler; mais il ne faut pas faire de déclaration, car, si les affaires continuaient à se brouiller entre les deux puissances, il serait probable que la Russie unirait par ne pas conserver ces deux provinces.

Quant à l’Angleterre, il faut, par insinuation et par tous les moyens possibles, empêcher le commerce anglais; avoir à ce sujet des correspondances suivies avec nos consuls et instruire de tout ce qui est relatif à ce point. Il est probable que la moindre apparence d’une paix avec l’Angleterre sera le signal de la guerre, à moins que des circonstances imprévues ne fassent penser à l’Empereur qu’il soit préférable de gagner du temps. Mais il est important que la Russie comprenne les conséquences de la démarche qu’elle ferait.

Quant à la Pologne, il faut présenter la question sous ce point de vue; que l’Empereur fait son possible pour ôter tout soupçon de ce côté, et empêcher que les ennemis des deux empires n’aient aucun prétexte pour troubler l’harmonie; réitérer ces assurances et employer toutes les formes pour prouver que la politique de la France n’est pas là, et a pour but unique l’Angleterre.

 

Paris, 5 avril 1811

1Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous ai demandé depuis longtemps un projet pour former, dans chaque régiment de ligne, une compa­gnie de garnison de vaisseau, qui prendrait le numéro 2 dans le 5e bataillon. Donnez ordre que la garnison du Tilsit et du Friedland soit, en attendant, formée par une compagnie du 18e et par une du 56e.

 

Paris, 5 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, mon intention est de réunir à Stras­bourg une division de quatre bataillons du 10e, de quatre bataillons du 20e, de quatre bataillons du 101e et de quatre bataillons du 1er de ligne. Je viens de vous écrire pour que les huit premiers bataillons aient à se rendre d’Italie à Besançon. Je désire qu’à leur arrivée dans cette ville ils trouvent ordre de se rendre à Strasbourg. Donnez ordre aux colonels de ces quatre régiments de former leurs compagnies de canonnière, si elles ne le sont déjà, conformément à l’organisation sur le pied de deux pièces par régiment. Je vous ai envoyé ordre que le 101e et le 1er de ligne, qui se sont rendus de Naples à Rome, aient à continuer leur route sur Plaisance. Il est nécessaire que leurs quatre bataillons puissent les joindre dans cette dernière ville. Je désire également que le 62e, le 112e, le 29e et le 52e aient leur artil­lerie et leurs pièces, mon intention étant d’en former une division. Je suppose que le 9e, le 13e, le 35e, le 84e, le 106e et le 92e qui sont en Italie, ont également leurs compagnies. Faites-moi un rapport là-dessus.

 

Paris, 5 avril 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac , vous recevrez le décret que je viens de prendre pour l’approvisionnement de Corfou. Vous connaissez l’importance que j’y attache. Mon intention est que Corfou ait son approvisionnement assuré jusqu’au 1er janvier 1814.

Je vois qu’avec ce qu’on envoie de Naples et d’Italie il y a dans ce moment à Corfou des vivres pour jusqu’au ler janvier 1812 au moins; le général Donzelot doit, en outre, après la récolte, s’approvisionner pour trois mois en maïs et légumes du pays : ainsi donc les vivres sont assurés jusqu’au ler avril 1812. Mon intention est que les vins, vinaigres, eaux-de-vie, huiles, viandes salées, chandelles, bois de chauffage, sel et avoines, qui seraient achetés et pas encore partis, soient mis en magasin jusqu’à l’hiver à Brindisi; que ce qui ne serait pas encore acheté ne le soit pas. Je pense que le territoire de l’île produit suffisamment de tous ces articles. Quant aux vins et aux vinaigres, vous me rendrez compte des ressources que l’île et les côtes voisines offrent pour cet approvisionnement. Si les produits du pays y étaient insuffisants, on y suppléerait en septembre. Pendant l’été, j’ai ordonné de ne laisser passer que le blé, le riz et les légumes secs. Quant à la viande, je pense que le gouverneur doit avoir 1,200 bœufs en réserve et un nombre proportionné de moutons et de chèvres; il doit avoir aussi moyen d’en tirer de l’Albanie. En cas d’événements, il renfermerait de force tout le bétail de l’île dans la place et pourrait faire son approvisionnement de viandes salées à fur et à mesure que ces animaux manqueraient de nourriture. Le sel est très-abondant à Corfou, l’huile y est également abondante, et je pense que des distributions d’huile, de riz et de sel pourraient ménager la consommation de la viande.

Prescrivez au général Donzelot de ménager la consommation du blé en mêlant du maïs dans la ration. Si je veux approvisionner Corfou pour deux ans en riz, en blé et en légumes secs, il me suffit de l’ap­provisionner pour un an en viande, à raison de dix distributions de viande par mois : je n’ai besoin par an que de cent vingt jours de viande. Je ne veux également l’approvisionner que pour un an en huiles, en vins, savoir : cent vingt jours de vin par an et le reste en eau-de-vie.

Écrivez au général Donzelot d’essayer si la culture des pommes de terre réussirait ; ce serait d’une grande ressource. Cette culture réussit dans les provinces méridionales d’Espagne.

Des moyens doivent être pris pour assurer la pêche assez abon­dante pour en donner dix fois par mois à la garnison. Il faut avoir en réserve la quantité de filets et autres engins de pêche nécessaire. Le riz, des légumes secs, avec de l’huile, seront donnés comme viande, avec des fromages, dix jours par mois. Ainsi donc il faut avoir cent vingt jours de viande, cent vingt jours de poisson, cent vingt jours de riz , huile et fromage; le gouverneur s’en procurera dans le pays, fera saler des poissons qui abondent et s’en fera une réserve pour les derniers temps du siège.

 

Paris, 6 avril 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur le Comte Montalivet, pourquoi le droit sur le Simplon n’est-il pas encore établi ? Présentez-moi un projet pour rétablir à dater du 1er mai. On perd par ces lenteurs des sommes considéra­bles, et d’ailleurs cette lacune fait tort aux routes du Piémont et du mont Cenis. Il est nécessaire que la taxe soit également établie sur toutes les hauteurs.

 

Paris, 6 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai approuvé le projet présenté pour le Helder. Je désire qu’on trace sur les lieux les ouvrages, que le tracé soit envoyé au comité et qu’on y travaille le plus tôt possible. Je suppose que te glacis, la lunette la plus avancée, deux ou trois bastions, un fossé plein d’eau et un ouvrage sur la digue seraient la manière de mettre ce point à même de faire une défense raisonnable.

Je vous envoie une note sur l’île du Texel. Je désire que le comité trace sur le plan les idées que j’ai omises, et qu’on me fasse con­naître l’emploi des 200,000 francs que j’ai affectés aux travaux de cette année.

NOTE SUR L’ÎLE DU TEXEL. 1)Cette note se trouve au ministère de la guerre, dans la collection du Dépôt des fortifications, sous ce titre: Note dictée par Sa Majesté. Elle se trouve également transcrite sur un registre du Dépôt de la guerre, intitulé : Ordres de l Empereur relatifs à la défense des places.

Il faut considérer l’île du Texel sous le point de vue de la défense de 1811 et 1812 et sous celui de la défense à venir.

La défense de l’île du Texel pour l’avenir dépend d’abord de la pointe du Helder. Le projet pour le Helder est adopté; on y dépen­sera 500,000 francs cette année et 700,000 francs l’année prochaine, et on compte qu’à la fin de 1812 mille ou douze cents hommes pourront s’y défendre pendant le temps nécessaire pour qu’on puisse les secourir.

Par leur défense ils protégeront la batterie de la Révolution, et par la batterie de la Révolution ils resteront maîtres de la passe. Il ne paraît donc pas probable que, tant qu’on ne sera pas maître du Helder, on fera des dépenses considérables dans l’île du Texel, quelle que soit son importance.

Considérant actuellement la défense pour 1811 et 1812 pour l’île du Texel, le fort actuel est estimé   200,000 francs; on ne peut mettre cette année que 200,000 francs pour l’île du Texel : il est donc impossible de penser à démolir ce fort pour le porter ailleurs; on n’aurait rien du tout. Un bataillon d’infanterie fort de 5 à 600 hommes est cependant destiné à la défense du Texel. Le fort actuel n’a guère que 200 toises de tour; il peut donc être considéré comme une redoute carrée de 60 toises de côté intérieur. Il a deux magasins blindés à l’abri des obus et des bombes. Une dépense nécessaire parait être de faire un chemin couvert tout autour, ce qui donnerait à ce chemin couvert 3 ou 400 toises de pourtour, avec trois places d’ar­mes, ce qui serait suffisant pour donner refuge au bataillon.

Il faut faire connaître ce que coûteraient ces ouvrages, les plus importants à faire. Cela établi, il faut donner au fort une autre pro­priété : c’est celle que dans les fossés de la place, en passant par l’écluse, on puisse toujours avoir dix chaloupes au plus et cinq au moins, capables de ramener les 500 hommes en un voyage ou en deux, lesquels se rendraient soit à bord de l’escadre, soit à bord d’une ou deux canonnières qu’on destinerait à cet effet. Or, pour que ces cinq chaloupes puissent rester dans les fossés du fort, il faut qu’elles puissent passer par l’écluse. Si cela n’est pas, que faut-il faire ? Qu’est-ce que cela coûterait ? Cet objet est le second objet de dépense.

Le troisième objet de dépense est de maintenir la communication du fort du Texel avec l’escadre et l’intérieur de la rade. Pour cela faire, il faut empêcher l’ennemi de s’en approcher.

J’ai considéré le fort comme une redoute de 60 toises de côté inté­rieur. J’ai dit qu’il faut tout autour un chemin couvert, demi-hexa­gonal, de 100 toises de côté, ce qui fera 300 toises à peu près, en établissant à droite et à gauche, près la digue, un point fort, de manière à dominer et à être bien maître de la digue.

Cela supposé fait et qu’on puisse se servir de l’écluse, on se trouvera à 300 toises de l’entrée du port. Il suffirait de faire une petite re­doute de 15 toises de côté intérieur.

A 400 toises du fort, je vois qu’il y a un canal qui est favorable à l’établissement d’une batterie de ce côté, qui empêcherait l’ennemi de s’approcher à 400 toises du fort; on en ferait autant du côté du village.

Il faut faire connaître la valeur de deux forts environnés d’eau; ce qu’ils coûteraient; si on peut couper la digue. Les deux forts de droite et de gauche resteraient en communication avec le fort central an moyen d’une inondation, qui paraît déjà exister au pied de la digue. Il faudrait la perfectionner; ce doit être peu de travail.

On environnera tous les ouvrages d’un fossé plein d’eau, et on aurait trois petites demi-lunes ou places d’armes retranchées, l’une sur la route, les deux autres sur les deux digues; ce qui donnera trois sorties, et alors le fort ne laissera pas d’être d’une résistance assez considérable.

On ne peut empêcher la communication, puisque l’ennemi serait éloigné de 400 toises ; bien entendu que cette communication se fera de préférence pendant la nuit, que la garnison aurait dans les fossés de quoi évacuer le fort en cas de nécessité, et des magasins pour recevoir des renforts. Les deux redoutes, éloignées l’une de l’autre de 8 à 900 toises, seraient couvertes par une inondation, un fossé plein d’eau et un chemin couvert.

L’ennemi cheminera-t-il sur les digues ? Il lui faudra d’abord quel­ques jours pour s’emparer des deux sorties qu’il attaquera. S’il che­mine sur la route, il y trouvera une place d’armes retranchée. Ainsi ce fort aurait un degré de résistance tel, que, suivant les circon­stances, on pourrait y jeter 2 ou 3,000 hommes de renfort pour chasser l’ennemi s’il n’était pas en force, ou se retirer si l’attaque était trop forte et qu’on ne pût avoir de secours.

Peut-être vaudrait-il mieux encore tracer le chemin couvert, indé­pendamment du fort établi, sur une grande dimension, c’est-à-dire qu’au lieu de 300 toises on donnerait 500 toises de développement, de sorte qu’on pût par la suite convertir ce chemin couvert en ligne magistrale du fort.

 

Paris, 6 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie une note sur le système à adopter en occupant les hauteurs en avant de Corfou. Je désire que le comité trace, autant qu’on peut l’imaginer ici, les ouvrages à établir sur les monts Supé­rieur et Viglia en fortification demi-permanente, et les lignes de contre-attaque qu’il conviendrait d’établir en supposant que l’ennemi attaquât par la droite, la gauche ou le centre.

NOTE SUR CORFOU.

Le projet qu’on propose pour Corfou consiste dans une multitude d’ouvrages détachés qui n’ont pas de système.

La garnison est supposée de 10,000 hommes; l’armée qui l’attaque, de 20 ou 25,000 hommes, bonnes ou mauvaises troupes. C’est le cas de la fortification d’une belle et grande défense : c’est une petite année contre une grande armée; ce n’est donc pas le cas d’une défense d’inertie, c’est le cas d’une défense active.

La première considération d’une défense active, c’est qu’il ne faut laisser l’ennemi s’établir sur aucun point ayant domination. Il ne faut point s’inquiéter si ce point est à 800 toises, 1,000 toises ou même 1,500 toises de la place; il faut chercher le point qui domine : c’est là qu’il faut s’établir. En effet, du moment que l’on dépasse 400 toises, quel que soit l’éloignement, on ne tire plus de défense de la place; on est réduit à ses propres forces. Et lorsqu’on ne dépasse pas 1,500 toises, il est très-facile de maintenir les communications et d’empêcher l’ennemi de s’établir entre soi et la place; c’est l’affaire de deux redoutes, qui, par leur position couverte, ne peuvent être attaquées.

En raisonnant d’après ces principes, on voit que du fort d’Abra­ham, qui est la fortification permanente, au fort Supérieur il y a 600 toises; que le mont Supérieur a 15 toises de commandement sur tout le terrain environnant à 2,000 toises. Il faut donc s’établir sur le mont Supérieur, par la seule raison qu’il a 15 toises de commandement, quand même il serait à 1,200 toises de la place au lieu d’en être à 600 toises, qui est sa distance réelle.

Il faut donc occuper le mont Supérieur. Il faut tracer sur le mont Supérieur une redoute de 30 toises de côté intérieur, de 20, ou même 15 si les localités y obligent et si, pour avoir 30 ou 40 toises de côté, ce qui serait le meilleur, il fallait trop perdre de commandement. En supposant même qu’elle n’eût que 15 toises, ce serait toujours six pièces de canon sur chaque côté. Mais l’officier qui a vu Corfou pense qu’on peut tracer une redoute de 25 toises de côté sans perdre de commandement. Les localités pourraient permettre de faire un rectangle ou trapèze ou pentagone, de manière à avoir plus de déve­loppement et à pouvoir diriger sur un point donné un plus grand nombre de pièces. Le minimum serait d’avoir six ou sept pièces qui battraient sur un point déterminé avec un grand commandement.

On profitera du commandement de 15 toises qui existe sur tous les environs pour tracer deux autres enceintes; de sorte qu’on aurait une grande masse de feux battant sur toute la campagne, et, comme les enceintes s’agrandissent à mesure qu’on s’abaisse, la deuxième aura un développement double de la première, la troisième plus du triple, c’est-à-dire qu’on aura une immense masse de feux sur le point que l’on voudra défendre.

II faudra mettre la première et la deuxième enceinte à l’abri de l’escalade par quelque revêtement en maçonnerie caché aux feux de la campagne, comme l’ingénieur Crétin l’avait pratiqué à Alexandrie; de sorte que, la troisième enceinte prise, la deuxième se défende par l’escarpement de ses murailles cachées au canon de la campagne.

J’appelle première enceinte la plus élevée, la deuxième celle du milieu, la troisième celle qui est la plus basse.

La première et la deuxième enceinte sont de véritables cavaliers ; la troisième enceinte est la vraie ligne magistrale; on la suppose au même niveau, ou n’ayant qu’un petit commandement sur les mame­lons à 100 toises et autres, cotés 70 pieds ou environ.

On suppose que l’ennemi pourra tenter de pousser ses tranchées sur les hauteurs couvertes de cette troisième enceinte magistrale, et on sent le mal qu’il éprouvera des deux enceintes supérieures.

Il est bon de donner des flancs à celle enceinte magistrale, soit qu’on en fasse un pentagone, soit qu’on en fasse un carré.

Lorsque l’ennemi aura couronné le chemin couvert, passé le fossé, rendu la brèche praticable et forcé la troisième enceinte, il n’aura rien; il faudra qu’il monte à l’assaut de la deuxième enceinte, et enfin qu’il emporte le fort qui couronne le mont Supérieur. La pre­mière enceinte du mont Supérieur ayant 40 toises à peu près de niveau, dans la direction de la place, on doit en profiter pour établir là un blockhaus qui servira de logement à la garnison, et aussi à repousser par la fusillade et par quelques canons de campagne l’en­nemi qui serait parvenu à la première enceinte.

Ainsi l’ennemi, maître de la troisième enceinte, devra s’emparer de la deuxième et arriver à la première, où il trouvera un réduit ou fort blockhaus qui lui ferait essuyer la fusillade de 200 hommes et la mitraille de trois ou quatre pièces dé campagne; enfin l’artillerie du mont Mamelus le battra à 150 toises. Il faudra que la garnison soit bien faible pour ne pas déboucher et culbuter l’ennemi, lorsqu’il sera accablé par tant de feux et qu’il aura à surmonter tant d’obstacles.

Deuxième observation. Jusqu’ici nous avons considéré le mont Supérieur offrant une défense d’inertie; il est évident que par sa position il offre, avec une médiocre fortification, plus de défense que n’en présentent sur les autres points de la place les maçonneries et les autres avantages de la fortification permanente ; mais il faut le considérer à présent sous son vrai point de vue.

Supposons le fort Supérieur achevé, et aussi bien armé qu’on peut le désirer; s’il ne présente qu’une force d’inertie, l’ennemi en viendra à bout un mois plus tôt ou un mois plus tard ; mais il n’en est pas de même dans son rôle actif. On suppose que les lunettes de la troi­sième enceinte seraient placées sur les mamelons cotés 40, 78, 76 et autres. Comment l’ennemi se présentera-t-il contre ce fort armé de cette grande quantité d’artillerie, avec tout l’avantage de son im­mense commandement, découvrant à 2,000 toises autour de lui ? Viendra-t-il placer sa première ligne ou place d’armes a 600 toises ? Cheminera-t-il ensuite jusqu’à 300 toises, et viendra-t-il s’approcher à 150 toises ? On connaît les avantages considérables que donnera l’artillerie, et le grand avantage qu’aura l’assiégeant qui marchera à la rencontre de l’ennemi, qui poussera à 2 ou 300 toises des batte­ries de flanc protégées par le mont Supérieur, et l’avantage qu’aura la garnison pour déboucher sur ces ouvrages, les raser et engager l’ennemi dans une nouvelle lutte où 10,000 hommes peuvent fort bien en battre 25,000, surtout lorsqu’on pourra la renouveler une deuxième et troisième fois, après avoir rasé les ouvrages de l’ennemi et comblé les tranchées.

Il est un point, les monts Viglia, qui pourrait être un obstacle à ce projet. L’ennemi se retranchera sur ces montagnes, qui, quoique dominées par le mont Oliveto à 300 toises, dérobent cependant leurs revers aux vues de cette hauteur. Alors l’ennemi, fortement établi à 300 toises du mont Supérieur, arrêterait la garnison et la prendrait en flanc si elle s’avança il davantage. De là la nécessité d’occuper les monts Viglia par les principes posés ci-dessus.

L’occupation doit être facile, parce que l’ouvrage du mont Oliveto est déjà établi. Le mont Oliveto a 50 pieds de commandement sur les monts Viglia; il en est éloigné de 200 toises. Le mont Supé­rieur est également éloigné de 200 toises des monts Viglia et les prend à revers. Par ce moyen un ouvrage si important dans le rôle actif de la place rend constamment l’assiégé maître de toute la position.

Si l’ennemi fait ses attaques du côté opposé, il s’établira sur un mamelon à 900 toises du mont Supérieur; mais, aussitôt que son mouvement sera démasqué, la garnison fera des ouvrages, sous la protection du mont Supérieur, dans la direction des ouvrages de l’ennemi, et, en même temps qu’il établira ses batteries, lui opposera des batteries de contre-attaque qu’il sera obligé de détruire; ce qui prolongera ce genre de défense aussi loin qu’on voudra.

Le mont Oliveto est déjà occupé, puisque l’ouvrage a été tracé en février; c’est d’ailleurs la vraie position pour le rôle défensif. Il faut occuper le mont Supérieur comme nous l’avons dit ci-dessus, occuper le mont Viglia le plus près possible du mont Supérieur, n’occuper le mont Mamelus que pour appuyer la communication, pouvoir repren­dre le mont Supérieur et repousser l’assaut qui serait donné à la première enceinte de cette position. On ne fera tous les autres ouvrages que selon le parti que prendra l’ennemi. Il faut les recon­naître d’avance, et les faire aussitôt que l’ennemi démasquera ses attaques.

Le comité fera tracer les lignes de contre-attaque dans les diverses hypothèses où l’ennemi attaquerait par la droite, la gauche ou le centre.

L’art consiste à tenir l’ennemi éloigné du mont Supérieur, à l’en­gager dans une guerre qui lui est désavantageuse, parce que nous sommes maîtres de la position supérieure et que cela est sans remède pour l’ennemi ; à le harasser, à lui tuer du monde, à le fati­guer, parce que l’avantage est pour l’assiégé, qu’il a choisi la position et qu’elle est pour lui ; enfin parce que les lignes de contre-attaque prendront des revers à 300, 400 ou 500 toises du mont Supérieur, sous la protection des batteries formidables et du fort établis sur celte montagne.

S’il arrive enfin qu’il faille céder le mont Supérieur à des forces considérables, on aura pu pendant tout le temps de cette lutte s’éta­blir solidement au mont Mamelus; ce qui obligera l’ennemi à une attaque sérieuse loin de la place. Sans doute ces attaques seront moins avantageuses pour la garnison, puisque l’ennemi aura au moins l’égalité de la position.

En résumé, il faut tracer les fortifications, autant qu’on peut l’imaginer ici, aux monts Supérieur et Viglia, en fortification demi-permanente, et tracer les lignes de contre-attaque dans toutes les hypothèses.

 

Paris, 6 avril 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je vous ai donné ordre de faire partir au 1er avril trois compagnies du 12e bataillon d’équipages pour l’Allemagne, en passant par Wesel. Faites-moi connaître si les trois autres compagnies pourront partir au ler juin et compléter ainsi le bataillon que je destine à l’armée d’Allemagne. La compagnie d’in­firmiers qui est en Hollande y est inutile; je pense donc qu’il est nécessaire que d’ici au mois de juin elle se rende au quartier général du prince d’Eckmühl. Quant aux ambulances, l’armée d’Allemagne doit être composée de cinq divisions, ou de cent bataillons, et de dix régiments de cavalerie. Vous pouvez d’après cette base organiser les ambulances. Faites-moi un rapport sur ce qui est nécessaire, sur ce qui existe, sur ce qui manque et d’où vous pensez le tirer; mais rien de tout cela n’est pressant.

Faites-moi connaître, administration par administration, ce qui est nécessaire pour ce corps d’armée. J’ai mis cinq chirurgiens par régi­ment, espérant qu’avec ce nombre le service se ferait; mais je vois qu’il n’en est rien, parce que ces chirurgiens restent au régiment et ne sont pas convenablement employés. J’attendrai le détail de tout cela pour vous donner des ordres.

Faites-moi connaître quand le 2e bataillon des équipages sera prêt et également où en est l’exécution des ordres que j’ai donnés pour le retour de plusieurs compagnies qui sont en Espagne.

 

Paris, 6 avril 1811

A Alexandre, empereur de Russie, à Saint-Pétersbourg

Monsieur mon Frère, aussitôt que j’ai appris par le duc de Vicence que le choix du comte Lauriston était agréable à Votre Majesté Im­périale, je lui ai donné l’ordre de partir. Je n’envoie pas à Votre Ma­jesté un homme consommé dans les affaires, mais un homme vrai et droit, comme les sentiments que je lui porte; et cependant je reçois chaque jour des nouvelles de Russie qui ne sont pas pacifiques. Hier, j’ai appris de Stockholm que les divisions russes de la Finlande étaient parties pour s’approcher des frontières du Grand-Duché. Il y a peu de jours, j’ai été instruit de Bucharest que cinq divisions ont quitté les provinces de Moldavie et de Valachie pour se rendre en Pologne, et qu’il ne reste plus que quatre divisions des troupes de Votre Majesté sur le Danube. Ce qui se passe est une nouvelle preuve que la répétition est la plus puissante figure de rhétorique : on a tant répété à Votre Majesté que je lui en voulais, que sa confiance en a été ébranlée. Les Russes quittent une frontière où ils sont nécessaires, pour se rendre sur un point où Votre Majesté n’a que des amis. Cependant, j’ai dû penser aussi à mes affaires, et j’ai dû me mettre en mesure. Le contre-coup de mes préparatifs portera Votre Majesté à accroître les siens; et ce qu’elle fera, retentissant ici, me fera faire de nouvelles levées : et tout cela pour des fantômes ! Ceci est la répé­tition de ce que j’ai vu en 1807 en Prusse, et en 1809 en Autriche. Pour moi, je resterai l’ami de la personne de Votre Majesté, même quand cette fatalité qui entraîne l’Europe devrait un jour mettre les armes à la main à nos deux nations. Je ne me réglerai pas sur ce que fera Votre Majesté : je n’attaquerai jamais, et mes troupes ne s’avanceront que lorsque Votre Majesté aura déchiré le traité de Tilsit. Je serai le premier à désarmer et à tout remettre dans la situation où étaient les choses il y a un an, si Votre Majesté veut revenir à la même confiance. A-t-elle jamais eu à se plaindre de la confiance qu’elle m’a témoignée ?

Je charge bien spécialement le comte Lauriston de lui dire com­bien je lui désire de bonheur, combien je suis contrarié de m’imaginer qu’elle éprouve des embarras et de la peine par les fausses notions qu’elle s’est laissé donner de ma politique et de mes senti­ments, et combien je serai heureux de la voir replacée dans la même route qu’à Tilsit et à Erfurt. Je prie Votre Majesté d’accorder une foi entière au comte Lauriston quand il lui dira que je veux la paix, que je n’envie rien à la prospérité de son empire, et qu’au con­traire je me complaisais à penser qu’elle s’était agrandie et avait retiré des avantages de mon alliance.

 

Paris, 6 avril 1811

A Charles Jean, prince royal de Suède, à Stockholm

Mon Cousin, j’ai reçu la lettre que vous m’avez adressée pour m’informer que Sa Majesté le roi de Suède, à la suite d’une indispo­sition grave, avait pris la résolution de vous confier l’administration du royaume. Cette circonstance, pénible pour votre cœur, vous offre l’occasion de montrer à la nation sur laquelle vous êtes appelé à régner ce qu’elle doit attendre de votre dévouement à sa gloire et à son bonheur. Je désire que vos efforts soient couronnés d’un heureux succès. Je vous renouvelle avec plaisir les assurances de mon estime et de mon amitié.

Napoléon.

 

Paris, 8 avril 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il est nécessaire d’écrire à M. de Saint-Marsan qu’il doit entretenir les ouvertures qui lui ont été faites pour un lien plus étroit entre la France et la Prusse; qu’il doit commen­cer par faire connaître que la situation de l’Europe n’est pas telle qu’on le croit relativement à la possibilité d’une rupture entre la France et la Russie, sans dissimuler cependant qu’il existe quelque froid entre les deux puissances ; que Sa Majesté n’en est pas moins sensible aux ouvertures du Roi ; qu’il est chargé de cultiver ces bonnes disposi­tions, d’en connaître l’étendue, d’en causer avec M. de Hardenberg, et de voir jusqu’où elles peuvent se concilier avec les idées de Sa Ma­jesté. Vous en parlerez dans le même sens à M. de Krusemark; vous lui direz : « Le comte de Saint-Marsan a écrit ceci. L’Empereur a été très sensible à cette ouverture; non pas que nous devions avoir k guerre avec la Russie, ce sont des bruits qui n’ont aucun fondement; mais enfin cette communication n’en a pas moins été très agréable. J’en écris à M. de Saint-Marsan, et j’entre avec lui dans de plus grands détails. » Vous devez vous expliquer dans les mêmes termes avec M. Alquier, et ici avec le ministre de Suède : « Nous sommes sensibles à ces ouvertures, nous désirons savoir ce que l’on veut. » Toujours en protestant et repoussant toute idée de possibilité de guerre avec la Russie.

 

Paris, 8 avril 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je ne sais pas si, dans le traité de Tilsit, je me suis réservé de faire communiquer des troupes du grand duché de Varsovie avec Danzig; je désire que vous fassiez des re­cherches à cet égard. Toutefois il faut écrire à mon ministre à Berlin de conclure un traité pour que cette communication soit réglée tant pour mes troupes que pour celles du Grand-Duché. Ces troupes payeront tout comptant. Il faut tracer la route la plus directe entre Thorn et Danzig par la rive gauche de la Vistule. Cette affaire est importante, et je désire qu’elle soit terminée promptement pour qu’il n’y ait plus d’embarras.

 

Paris, 8 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, j’ai retiré de Naples tous mes régiments français. Je n’y ai laissé que le 22e d’infanterie légère. Mon intention est de porter ce régiment à sept bataillons et d’en laisser six dans le royaume de Naples. Ces six bataillons, complétés à 840 hommes chacun et qui seront constamment maintenus à ce complet, feront plus de 5,000 hommes; ce qui formera une bonne division toute française pour le roi de Naples.

Vous voudrez donc bien ordonner les dispositions suivantes. Le 4e bataillon du 22e léger versera tous les hommes disponibles dans le 5e bataillon, qui, par ce moyen, se trouvera au complet de 520 hommes. Le major, qui doit se trouver au 5e bataillon, où est le dépôt, aura le commandement de ce bataillon, qui sera suffisant pour la défense de Nice et forts environnants. Les 4e et 6e bataillons seront formés et complétés par des conscrits réfractaires du 1er régi­ment de la Méditerranée, en prenant des hommes de choix et capa­bles de se faire honneur. Ces deux bataillons seront employés à la garnison de l’île d’Ischia. Aussitôt que cette opération sera faite et aura parfaitement réussi, vous m’en rendrez compte, et je ferai for­mer le 7e bataillon, de sorte qu’il y aura six bataillons complets de ce régiment dans le royaume de Naples.

Mon intention est que le 6e de ligne et le 14e léger soient égale­ment portés à sept bataillons. Le décret que j’ai pris explique suffi­samment mes intentions; je n’ai rien à y ajouter. Vous verrez qu’en conséquence des dispositions de ce décret je retire du 1er régiment de la Méditerranée, pour le 22e léger, 1,650 hommes; pour le 14e léger, 1,350; et du 2e régiment de la Méditerranée, pour le 6e de ligne, 2,150 hommes. Voilà donc l’emploi de 5,500 hommes. Le 1er et le 2e régiment de la Méditerranée peuvent chacun avoir 4,000 hommes. Voilà donc l’emploi des 13,500 conscrits des régi­ments de la Méditerranée.

Il serait peut-être convenable d’envoyer en Corse des boutons des 22e et 14e légers ainsi que du 6e de ligne, pour les attacher aux habits de ces hommes avant leur départ; ce qui serait une économie pour les régiments.

Vous voyez que j’aurai ainsi à Corfou six bataillons français, à Naples six bataillons français, et six pour garder les États Romains. Présentez-moi la nomination des majors en second, des chefs de bataillon et des sous-lieutenants à tirer de l’école de Saint-Cyr, et les différentes dispositions à ordonner en conséquence de mon décret. Écrivez au ministre de la marine pour les 500 hommes qu’il doit faire transporter de l’île d’Elbe à Cività-Vecchia.

 

Paris, 8 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Quatre bataillons de 800 hommes ne peuvent pas être commandés par un colonel. Je désire donc que vous me fassiez un rapport qui me fasse connaître ce qu’il en coûterait pour avoir un major en second à chaque régiment qui a quatre bataillons à l’armée. Je ne parle pas des régiments de l’armée d’Espagne, je ne parle que de ceux de l’armée d’Allemagne. Le prince d’Eckmühl a seize régiments de quatre bataillons chacun; je voudrais que les 1er et 2e bataillons fussent commandés spécialement par le colonel et les 3e et 4e bataillons spé­cialement par le major en second. Quand le régiment formerait une brigade, le général de brigade commanderait les quatre bataillons. Cette méthode parait être avantageuse pour le service à la guerre. Je désire savoir ce que cela coûterait, avant de l’étendre à toute la ligne. Cela aurait aussi l’avantage que, le colonel blessé ou tué, le régiment serait commandé par un officier ne tenant à aucun batail­lon, jusqu’à ce que le major arrive; car il est de principe que, le colonel manquant, le major doit commander le régiment.

 

Paris, 8 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Vous pouvez donner ordre à Danzig qu’on commence à travailler à l’équipage de pont, mais qu’il faut que ce soit sans affectation et de manière que cela ne fasse pas une nouvelle. Il suffit que cet équi­page soit fait avant le 1er janvier prochain. Vous aurez soin de recom­mander que le langage soit que ces pontons sont censés tenir à la défense de la ville.

 

Paris, 8 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Témoignez mon mécontentement au général Miollis de ce que le mont Circeo n’a pas encore de batteries de côte, de sorte qu’il y arrive à chaque instant des événements qui interceptent la communi­cation entre Naples et Cività-Vecchia. Donnez ordre que, vingt-quatre heures après la réception de votre lettre, il envoie des officiers du génie et d’artillerie y construire deux batteries armées de trois à qua­tre pièces de gros calibre et fermées à la gorge. Il fera servir et garder ces batteries par les troupes qui existent, et s’il n’y en a pas suffi­samment, par des troupes qu’il y enverra, de manière que ce point soit bien défendu.

 

Paris, 8 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous envoie une note sur Raguse. J’accorde 200,000 francs cette année, sur les fonds de réserve, pour le fort Impérial sur le mont San-Sergio. Il doit être terminé dans l’année. Le comité doit donner les bases pour la construction de ce fort, afin qu’il remplisse son but et n’excède pas 200,000 francs. Il faut envoyer à Raguse un officier capable de faire les projets et de diriger les travaux. Il faut au moins trois ou quatre officiers pour signer le procès-verbal. Il sera joint à la commission des officiers du génie, des officiers de marine, pour déterminer les lieux où l’on pla­cera les cales et les établissements maritimes.

NOTE SUR RAGUSE.

L’importance de Raguse vient d’abord de sa bonne habitation ; ce sont des gens civilisés au milieu d’un pays barbare. Il faut les défen­dre, même avant de penser à en tirer aucun avantage. On y trouve des églises, de beaux édifices, résultat d’une grande prospérité, une ancienne enceinte de murailles qui a une grande valeur, enfin la rade entre l’île de Lacroma et Raguse, un petit port marchand et surtout les beaux ports du Val d’Orabla et du Val de Gravosa.

Il paraît qu’il n’y a rien à faire à l’enceinte de Raguse. L’île de Lacroma paraît en bon état. La presqu’île de Lapad n’a qu’un seul point où le débarquement soit possible. Entre le port de Gravosa et le point de débarquement il y a 400 toises. Il faudrait occuper cette presqu’île par un fort qui eût action sur le val de Gravosa par une batterie basse ; alors les batteries de l’anse de Lapad et autres dépendraient de ce réduit, qui n’en serait éloigné que de 400 toises. Ainsi, au lieu de mettre le fort de Lapad où on l’a projeté, trop près de l’anse de débarquement, je voudrais le mettre à mi-chemin de la presqu’île, avec deux batteries basses battant, l’une sur le Val de Gravosa, l’autre sur l’anse de débarquement.

Il n’y a rien autre à faire cette année que des projets en grands détails pour l’année prochaine, et des plans à grande échelle, bien cotés.

L’anse de Malfi, l’île de Calamota et les 1,600 toises de côté compris entre Zaton et le point de Mokoscizza exigent une étude particulière.

Si l’ennemi peut s’établir sur un de ces points et battre l’escadre, le port ne serait pas sûr. Il faut donc trois ou quatre forts qui barrent entièrement le passage et empêchent l’ennemi de venir s’établir sur la côte.

Des plans sur grande échelle, avec des dessins bien faits et des cotes, seront soumis au comité dans le mois de décembre. Il ne sera rien fait cette année.

Il parait que l’île de Daxa est en bon état.

Tout cela établi, il faut être maître du plateau de Posanka, qui s’étend le long du Val d’Ombla jusqu’à l’aqueduc, et de là jusqu’au fort Delegorgue ; c’est une étendue de 2,400 toises.

D’abord il faut disputer l’aqueduc le plus longtemps possible; il faut rester maître de la rade de Raguse ; il faut que quatre ou cinq vaisseaux puissent y rester si l’on a perdu les autres rades. D’ailleurs, une place comme Raguse doit avoir une activité de 1,500 toises autour d’elle. La place sera étudiée dans ce sens, et les projets présen­tés pour occuper le plateau depuis le fort Delegorgue, rester maître de l’aqueduc, empêcher l’ennemi de le faire sauter et de l’abattre à coups de canon, établir à cet effet des forts en pierre, casemates s’il est nécessaire, qui empêchent l’ennemi de pénétrer sur la hauteur et défendant bien la vallée. Il faut déterminer à quelle distance les hauteurs de l’autre côté dominent le plateau de Posanka.

Tout ce qu’on vient de dire ne doit s’exécuter que lorsque, le projet étant envoyé au mois de décembre, il sera bien convenu qu’une garnison de 4,000 hommes et une dépense de 4 millions peuvent donner une défense raisonnable au port et aux établissements de Raguse.

On doit supposer que l’ennemi débarque à Stagno ou à Raguse-Vieux; qu’il cheminera lentement pour faire les chemins, et que ce sera une expédition anglaise composée de 7 à 8,000 hommes de cette nation, réunis à un pareil nombre de gens du pays ou d’Autrichiens. Ce serait donc dix à douze vaisseaux de guerre mouillés à Stagno, Raguse-Vieux, ou aux bouches de Cattaro, et 7 à 8,000 hommes de troupes régulières et autant d’auxiliaires qui marcheraient sur Raguse.

Mais, dans toutes les hypothèses, le fort Impérial doit être occupé, puisque c’est le point qui domine à pic la ville.

Si donc on abandonnait l’idée de faire des constructions considé­rables à Raguse, la seule considération des habitants et de notre garnison exigerait qu’on construisît le fort Impérial.

200,000 francs seront accordés cette année sur les fonds de ré­serve. On enverra un officier du génie capable de faire ces projets et de diriger les travaux. Il faut au moins trois ou quatre officiers du génie pour signer le procès-verbal. Le fort Impérial doit être terminé dans l’année.

A la commission des officiers du génie il sera joint des officiers de marine pour déterminer les lieux où l’on placera les cales et les éta­blissements maritimes.

 

Paris, 8 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vois beaucoup d’inconvénient à former un 2e régiment de Walcheren; cela multiplie mes cadres à l’infini, lorsque j’ai des cadres en plus grand nombre que je n’en puis compléter. Je pense donc qu’il est préférable de choisir quatre cadres des 4e bataillons, de ceux dont les dépôts sont dans la 16e et dans la 24e division militaire, dont trois bataillons sont à l’armée d’Espagne, et d’envoyer ces cadres dans l’île de Walcheren, où on les complétera avec des conscrits réfractaires. Par ce moyen j’aurai quatre bataillons qui me défen­draient ces îles; je n’aurais pas de nouveaux cadres, et l’administration des bataillons existant dans les 16e ou 24e divisions militaires les habillerait, sans qu’ils me donnent aucun soin.

Je vous ai mandé également que je voulais former un bataillon de canonniers de Walcheren. Cela peut avoir de l’inconvénient et me constituerait en dépense. Comme mes compagnies d’artillerie ne sont pas complètes, il serait préférable de prendre trois cadres du 8e régiment, un cadre du 9e et d’avoir ainsi quatre compagnies, qui se­raient administrées par les dépôts des 8e et 9e régiments d’artillerie. Cela ne me ferait aucune dépense, et on saurait que ces compagnies ne doivent pas sortir de Walcheren.

Je voudrais faire la même chose pour Belle-Île, en prenant le cadre des compagnies qui sont à Rennes, et pour les îles de Ré et d’Oléron, en prenant des cadres des compagnies d’artillerie qui sont à Toulouse.

Même chose en Corse, en prenant des cadres des compagnies du 4e régiment.

Sans aucune nouvelle dépense, sans faire aucune nouvelle formation, j’aurai pourvu à la défense de mes îles.

Je vous ai mandé d’ordonner au général Donzelot de recruter ses compagnies de canonniers, de sapeurs et mineurs avec les conscrits réfractaires qu’il a reçus.

Enfin je retirerai deux compagnies d’artillerie des quatre que j’ai à Naples, et je les compléterai avec des conscrits réfractaires.

Voilà le système que j’adopte et qui me parait de beaucoup préférable.

Quelque chose qui arrive, je n’augmenterai plus les cadres des régiments de conscrits réfractaires. J’aurai un régiment dans l’île de Walcheren, deux en Corse, un à Belle-Île et un dans l’île de Ré, et je pourvoirai au recrutement de ces cinq régiments par des conscrits réfractaires de la manière que je viens de déterminer.

 

Paris, 8 avril 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je désire que vous vous fassiez mettre sous les yeux les renseigne­ments et les cartes des canaux qui vont de Danzig à Elbing, et du Haff qui de Danzig va à Kœnigsberg. Vous pouvez causer avec les marins de la Garde qui ont été à Danzig et ont navigué sur le Haff, afin de réunir le plus de renseignements et vous mettre en état de me faire un rapport sur la flottille qu’il devient indispensable que j’organise à Danzig. Je désire avoir en réserve à Danzig une flottille telle, qu’elle puisse se rendre par la Vistule à Elbing lorsqu’on serait maître de cette place; que là on puisse l’armer et la faire naviguer dans le Haff; qu’elle puisse me rendre maître du Haff jusqu’à Kœ­nigsberg et servir à bloquer la forteresse de Pillau ; qu’elle puisse aussi sortir par l’embouchure du Haff sur Danzig et faire des incur­sions par mer; enfin qu’elle puisse défendre la rade de Danzig, se porter côte-côte vis-à-vis Kœnigsberg, jusqu’à Memel et même plus loin.

Ainsi le mémoire à faire est compliqué. 1° II faut d’abord con­naître quels sont les bâtiments les plus propres à la navigation de la Baltique; 2° voir quel est le tirant d’eau du Haff et l’espèce des bâti­ments qui peuvent servir. Aussitôt que vous aurez des renseignements et cartes sur les bâtiments dont se servent les Suédois et Russes sur les Sunds, je viendrai à fixer mes idées là-dessus. Pour vous mettre à même de me comprendre, voici quelles sont mes instructions : Si je venais à avoir la guerre avec la Russie, une grande partie de mes moyens serait employée, et je n’aurais plus l’espoir de faire une guerre sérieuse sur mer. Une division de vaisseaux à Brest, une à Toulon et quelques frégates seraient suffisantes. Je pourrais avoir disponibles 10 à 12,000 matelots que j’utiliserais en établissant une grande guerre sur la Baltique, en ayant une flottille qui puisse se porter jusqu’à Kœnigsberg, qui inquiète l’ennemi sur les côtes de la Finlande, sur­tout si l’on considère qu’il est probable que dans une guerre contre les Russes on aurait les Suédois pour soi, si l’on considère aussi que la Baltique est une mer si étroite que les Anglais ne peuvent s’y tenir partout, surtout au commencement et à la fin de la saison. De là l’idée d’avoir une flottille qui me rende maître du Haff, qui se transporte jusqu’au delà de Kœnigsberg et qui puisse rôder dans la Baltique.

Prenez aussi des renseignements sur le Haff qui est à l’embouchure de l’Oder, pour savoir quelle espèce de bâtiments il faudrait sur ce Haff pour communiquer.

Étant dans l’intention de ne plus me dessaisir de Danzig, qui est mon boulevard du Nord, je désire avoir, entre Lubeck, Wismar, Rostock, Stettin et Danzig f des moyens de troubler le commerce anglais, d’être plus fort que les Prussiens, d’appuyer et de seconder les Suédois, enfin, dans tout état de choses, d’armer une puissante flottille avec des bâtiments qui puissent servir de corsaires.

Le principal est que vous preniez d’abord des renseignements sur tout cela, et nous en causerons ensuite ensemble, car je puis seul décider un parti définitif à prendre là-dessus; mais il faut d’abord que vous ayez des éléments pour m’éclairer.

 

Paris, 8 avril 1811

Au général Duroc, duc de Frioul, grand-maréchal du palais, à Paris

Tout ce qu’il y a de chasseurs à Rueil, il faudrait le placer à l’École militaire, de sorte que ces chasseurs occupent l’École mili­taire et Panthemont. Il faudrait que tous les grenadiers fussent à Courbevoie et à la caserne Bonaparte, de manière à avoir 800 places vides à Rueil, 800 places à Courbevoie et 1,200 places vides à Saint-Denis; ce qui ferait 2,800 places, qui seront suffisantes pour les conscrits à recevoir.

Les vélites hollandais qui sont à Saint-Denis iront à Versailles; ce qui réunira tous les Hollandais dans cette ville.

Tout ce qu’il y a de marins à l’École militaire sera envoyé à Vincennes.

Ces changements suffiront pour les besoins du moment, et par ce moyen j’aurai entre Courbevoie, Rueil et Saint-Denis les deux régi­ments provisoires de la jeune Garde que je veux faire.

Il est nécessaire que vous me fassiez un rapport général sur le casernement de la Garde, que je vois très embarrassé. J’ai fait, cette année, augmenter la caserne Bonaparte : combien cela donne-t-il d’augmentation ? 11 faudrait aussi augmenter la caserne de l’École militaire; c’est là le véritable emplacement de la Garde. Faites-moi un projet là-dessus.

 

Paris, 9 avril 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mou Cousin, je désire que vous fassiez partir ce soir le fils du sénateur Porcher, aide de camp du prince d’Essling. Il sera porteur de plusieurs exemplaires du Moniteur d’aujourd’hui, que vous adres­serez au prince d’Essling, au duc d’Istrie, et au général Caffarelli.

Vous manderez au prince d’Essling qu’une estafette ayant été prise, il est à craindre qu’elle ne portât des dépêches de lui, parce que, entre celles qu’a apportées le colonel Pelet et celle écrite le 27 de Guarda, on n’en a reçu aucune.

Vous enverrez par cet aide de camp au prince d’Essling un dupli­cata du travail d’hier. Vous lui ferez connaître que j’ai donné le commandement de la 1e division du 6e corps au général Foy; qu’ainsi il n’y a pas lieu à nommer le général Maucune général de division ; qu’il doit presser l’armement d’Almeida, puisqu’il paraît qu’il faut beaucoup de temps pour démolir cette place et en évacuer l’artillerie.

Vous lui prescrirez de presser le départ du général Drouet avec son corps pour l’Andalousie, par le plus court chemin. Cela est très important, car il est à craindre que les Anglais ne tentent tout pour faire lever le siège de Cadix. Il doit prendre des mesures pour couvrir Almeida et Ciudad Rodrigo, et d’un autre côté se mettre en com­munication avec Madrid et avec Séville, pour combiner ses opé­rations avec l’armée d’Andalousie et secourir cette armée.

Vous écrirez par le même officier au duc d’Istrie pour qu’il presse le départ de tous les régiments provisoires qui doivent se rendre en Andalousie, car il paraît que c’est de ce côté que l’ennemi tourne tous ses efforts.

Vous renouvellerez les ordres que j’ai donnés pour les estafettes.

Vous enverrez des Moniteur à Madrid et au duc de Dalmatie. Vous ferez connaître à Madrid qu’il est très nécessaire de se mettre en communication avec le prince d’Essling; qu’il était le 27 à Guarda, pro­longeant sa gauche sur Alcantara; qu’il a besoin de poudre, de munitions et de vivres, et qu’il faut tâcher de lui en procurer par Alcantara et Placencia.

Vous ferez connaître au général Belliard que nous attendons avec impatience des nouvelles d’Andalousie; que le 3e corps, sous les ordres du général Suchet, a été renforcé de 16,000 hommes, et que, dans le courant de mai, ce général compte entreprendre le siège de Tarragone, entreprise difficile à cause du manque de vivres, mais décisive, par la soumission de ces provinces, qui en sera la suite; que le général Quesnel est enlré à Pnyccrda et manœuvre pour assiéger Urgel; que Campo Verde, alliré dans un piège jusque dans les fossés de la place de Monjuich, a perdu 3,000 hommes.

Vous manderez au général Belliard qu’il est nécessaire de pousser des patrouilles sur Cordoue, aGn de se procurer des nouvelles de l’armée d’Andalousie.

Vous écrirez au duc de Dalmatie, en lui envoyant des Moniteur, pour lui faire connaître que le général Suchet, dont le corps est ren­forcé de 16,000 hommes, va entreprendre le siège de Tarragone, et que, cette place prise, cette armée, qui est très belle, deviendra dis­ponible. Vous lui ferez connaître la position du prince d’Essling, la nécessité de se mettre en communication avec cette armée, dont le principal but est de contenir lord Wellington et de combiner ses opé­rations avec l’armée du Midi. Vous lui écrirez par duplicata pour l’informer de la marche du général Drouet sur l’Andalousie. Si vous avez un chiffre avec lui, vous lui écrirez en chiffre que deux frégates françaises et une gabare de 800 tonneaux, chargées de munitions de guerre et de 600 conscrits de débarquement, sont parties de Toulon pour Malaga; que cette expédition contient des bombes et les munitions nécessaires pour le siège de Cadix ; qu’elle est partie le 4 avril de Toulon et a été prendre des troupes à Porto-Ferrajo. Si vous n’avez pas de chiffre, vous vous contenterez de dire cela de vive voix à l’officier qui le redira au duc d’Istrie, lequel le fera redire au duc de Dalmatie par un officier qu’il lui enverra. Il suffira de mettre sur un calepin : « deux frégates et une flûte de 800 tonneaux, bombes et boulets, 600 conscrits, Porto-Ferrajo, Malaga, 4 avril. » Ces indications seront suffisantes.

Vous ferez connaître au duc de Raguse que j’ai nommé le général Foy pour commander la 1e division du 6e corps. Vous donnerez ordre à ce général de se tenir prêt à partir.

Expédiez toutes ces dépêches. Quand tout cela sera expédié, vous viendrez aux Tuileries à six heures ou à six heures et demie avec l’instruction générale, que vous ferez partir demain par un autre offi­cier que vous enverrez au prince d’Essling.

Portez-moi en même temps les propositions d’avancement et de récompenses.

 

Paris, 11 avril 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je reçois votre rapport du 10 avril, dans lequel vous me faites connaître qu’il y a 12 millions qui n’ont pas été dépensés sur les subsides d’Italie pour 1809 et 1810. Je pense que vous serez d’abord obligé de prendre sur ce fonds 4 mil­lions environ pour l’arriéré d’Illyrie, et vous pouvez déjà commencer par faire vos dispositions en conséquence. La caisse du domaine extraordinaire aura à payer tous les ans à l’administration des mines d’Idria 4 à 500,000 francs, dont elle sera remboursée en mercure et autres produits qui restent déposés à Trieste. Vous pourriez vous arranger à ce sujet avec le trésor du domaine extraordinaire et faire faire pour son compte les payements à la caisse d’Idria.

Enfin le budget de la marine pour Venise n’était que de 2 mil­lions; je viens de le porter à 3 millions, et j’écris au ministre de la marine qu’il peut ordonnancer largement pour ce service. C’est un troisième débouché offert aux fonds que vous avez en Italie; non seulement les dépenses de 1811 ne s’accroîtront pas dans les dépar­tements français au delà des Alpes, mais il est même présumable qu’elles diminueront. Il est vrai que le subside sera diminué de 2 mil­lions. La quantité nominale de 30 millions sera maintenue ; mais j’ai ordonné que sur ce fonds le trésor prendrait 2 millions en actions sur le Monte-Napoleone, qui sont disponibles.

Faites-moi connaître comment vous faites le service de la Corse et de l’île d’Elbe. Au lieu de Toulon, vous pourriez le faire par Livourne.

 

Paris, 11 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il faut mander au roi de Naples que je n’entends pas qu’il permette à mes généraux de quitter l’armée sans ma permission; que c’est contraire à toutes les règles.

 

Paris, 11 avril 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’ai porté à 3 millions le budget de la marine de Venise, qui, dans le budget général de cette année, ne figurait que pour 2 millions. Vous êtes le maître d’ordonnancer tant que vous voudrez pour ce service, et même à l’avance, vu que le trésor a une douzaine de mil­lions en stagnation en Italie, et qu’on ne peut pas retirer ces fonds sans faire des pertes de change. Cette dernière considération est telle, que je voudrais dépenser 2 millions de plus à Trieste et à Venise, si je pouvais le faire utilement. Je pense que, si je ne pouvais pas avoir trois vaisseaux à Malamocco à la fin de septembre, il faudrait au moins en avoir deux. Écrivez dans ce sens à Venise.

L’équipage du Rivoli est déjà fait. Celui de l’autre vaisseau, soit qu’on le compose de Français, soit qu’on le compose d’Italiens, sera facilement fait. Mon intention est donc que ces deux bâtiments de guerre, plus l’Uranie et la Princesse-de-Bologne, puissent être  à Malamocco au mois de septembre; cette division pourrait sur-le-champ cingler pour Ancône ou pour toute autre destination. Au mois de novembre ou au mois de décembre on mettrait le troisième bâti­ment à la mer.

 

Paris, 11 avril 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

La Pallas, l’Hortense et l’Elbe devront être probablement envoyées en novembre prochain à Batavia. Il est donc convenable de les tenir dans la situation où elles sont, de sorte qu’en peu de jours elles puis­sent reprendre le même changement et se rendre à leur destination.

Soit que la sortie de ces frégates ait lieu en novembre par un coup de vent, soit qu’elle ait lieu en conséquence des dispositions qui seront faîtes pour faire sortir mes vaisseaux de Rochefort, soit enfin qu’elle ait lieu par un débloquement, les nouvelles que nous recevrons d’ici en octobre nous apprendront le parti qu’ont pris les Anglais sur Batavia.

Je pense que la Pregel doit être armée en guerre, afin d’avoir une division mobile de deux frégates, d’une corvette et d’un vaisseau dans le port de Brest. Les équipages doivent être constamment à bord, et les bâtiments appareiller fréquemment.

A Cherbourg, la corvette la Diane, la frégate l’Iphigénie et les deux vaisseaux que j’ai dans ce port doivent former le simulacre d’une expédition sur les îles de Jersey et Guernesey. Il faut que les équi­pages n’aient point de communication avec la terre, que tout le monde reste jour et nuit à bord, et que les bâtiments fassent de fréquents appareillages.

Je suppose que vous préparez les deux frégates de Nantes pour les expédier à Batavia au mois de novembre prochain.

 

Paris, 11 avril 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’ai nommé le vice-amiral Allemand commandant de mon escadre de Lorient. Cette escadre doit être de cinq vaisseaux. Il y en a deux à Brest et deux qui vont être terminés à Lorient. Lorsque les vaisseaux de Lorient seront réunis à ceux de Brest, cela pourra faire, au mois d’octobre, un commencement d’escadre à Brest.

Je tiens toujours au projet de former des équipages pour les six vaisseaux de Rochefort, afin d’obliger l’ennemi à tenir six vaisseaux dans ces parages, ou bien d’être toujours à même de faire sortir les nôtres. Vous donnerez pour instruction au vice-amiral Allemand de faire exercer ses équipages, de les empêcher de communiquer avec la terre, et enfin de faire des sorties toutes les fois que cela sera pos­sible. Fournissez-lui des péniches et autres petits bâtiments pour que ses équipages puissent s’exercer, même quand les vaisseaux ne pourraient pas appareiller.

P. S. Je désire bien que vous puissiez aussi fournir à l’escadre de Lorient une ou deux frégates.

 

Paris, 11 avril 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Il est nécessaire que la navigation des bâtiments qui portent des conscrits en Corse varie. Il faudrait qu’ils se dirigeassent tantôt sur Ajaccio, tantôt sur Sagone, tantôt sur le golfe de Valinco, tantôt sur Calvi, et qu’à cet effet ils allassent reconnaître la Corse sur différents points. La navigation naturelle paraît être de reconnaître un promon­toire rouge qui est entre Calvi et Saint-Florent. C’est le point le plus rapproché de France, et c’est là que les croisières ennemies attendent nos bâtiments. S’ils faisaient route à mi-canal en remontant vers Mahon, en longeant la Corse parallèlement et venant ensuite recon­naître les Sanguinaires pour entrer à Ajaccio, ou les points entre Ajaccio ou Bonifacio, cela déjouerait les croisières ennemies. Faites faire une instruction là-dessus par les gens du métier.

 

Paris, 11 avril 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, je désirerais que les vaisseaux le Rivoli, le Saint-Ber­nard et le Regeneratore, et les frégates Uranie et la Princesse-de-Bologne, fussent réunis ensemble à Malamocco en juillet et août, pour sortir les uns après les autres, en mettant le moins d’intervalle possible, et ayant pour refuge les ports de Pola, de Cattaro, de Raguse, mais, sur l’observation qui m’est faite qu’il est difficile que les trois vaisseaux soient finis pour le mois d’août, et vu la nécessité de profiter de ce mois pour faire une expédition qui présente beau­coup plus de chances et d’intérêt local, si d’ailleurs il n’y a pas de vaisseaux ennemis dans l’Adriatique, je désire que tous les efforts soient portés sur le Rivoli et sur l’un des deux vaisseaux le Mont-Saint-Bernard ou le Regeneratore; que ces vaisseaux et la Princesse-de-Bologne et l’Uranie soient tous les quatre rendus le 15 août à Malamocco, avec les chameaux disposés pour franchir la passe et aller compléter leur armement soit sur Pola, soit sur Ancône, selon les événements. Celui des deux vaisseaux qui n’aura pu être prêt au 15 août le sera au 15 novembre. Je vous prie de donner des ordres dans ce sens. Vous me ferez connaître lequel des deux vaisseaux, le Mont-Saint-Bernard ou le Regeneratore, pourra être fini le premier, et sur lequel on concentrera tous les moyens. Si c’est le Mont-Saint-Bernard, qui est un vaisseau français, il est nécessaire que le ministre de la marine en soit instruit pour pourvoir à son équipage.

Faites-moi connaître si l’on a viré en quille l’Uranie et dans quelle situation se trouvent les deux frégates.

 

Paris, 12 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, il est bien important d’organiser la 34e légion de gendarmerie, qui doit se réunir à Hambourg. Je crois qu’elle doit être de 468 hommes, non compris les officiers. Au 25 mars il y avait 150 hommes présents, et en route, provenant des légions de l’intérieur, 174 hommes. Il reste à fournir de vos régiments 83 hommes. Il faut les faire fournir dans les vingt-quatre heures de la réception de cette lettre. Enfin il reste à fournir par les indigènes 78 hommes; faites-les fournir sans délai. Par ce moyen votre légion de gendar­merie sera complète. C’est le colonel Saunier qui est chargé de cette organisation. Allez donc de l’avant et pressez l’opération.

Rendez-moi compte si les trois capitaines et les lieutenants qu’on a choisis parlent allemand ; il me semble que cette condition est fort importante.

 

Paris, 12 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, je réponds à votre lettre du 7 sur la marine ; il faut aller doucement avec la marine; c’est une arme très compliquée, et l’on a bientôt dépensé un million sans obtenir de résultat. Les bâti­ments que vous voulez prendre ne marcheront pas et ne seront alors d’aucune utilité. J’ai envoyé votre lettre au ministre de la marine et je lui ai prescrit de correspondre là-dessus avec le vice-amiral Ver Huell.

 

Paris, 12 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, vous m’avez fait des observations sur l’organisation de votre artillerie. 1 Vous m’avez dit qu’il fallait trois caissons pour l’approvisionnement simple d’un obusier; effectivement un obusier de 6 pouces avait trois caissons qui portaient 156 coups; mais j’ai réglé qu’un obusier de 5 pouces 6 lignes n’aurait que deux caissons, parce que deux caissons contiennent 144 coups et que la différence est peu de chose. 2° La seconde observation est relative à l’équipage de pont et à l’organisation des pontonniers ; il y sera pourvu par l’organisation de l’armée. 3° Vous allez recevoir des conscrits qui remédieront à l’incomplet de vos compagnies d’artillerie et les porteront à 140 hom­mes. 4° Vous vous plaignez du petit nombre d’officiers du bataillon du train et demandez trois bataillons du train; je vous ai déjà mandé que je ne pouvais vous en envoyer que deux ; mais l’état-major va être changé et considérablement augmenté.

 

Paris, 12 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 7 avril. J’ai lu la lettre re­lative au régiment du grand-duché de Berg. Les événements ne sont pas aussi pressés que vous le supposez. Vous aurez six bataillons de Berg, avec l’artillerie et tout ce qui est nécessaire, avant le mois de juillet, et cela est suffisant. Vous aurez pour le même temps vos 4e bataillons. Je viens de prendre un décret pour former un 6e ba­taillon à tous vos régiments. Le ministre de la guerre vous transmettra ces dispositions. J’ai également attaché un major en second aux bataillons de guerre de vos régiments; le colonel commandera en ligne les deux premiers bataillons, et le major en second comman­dera les 3e et 4e bataillons. Mon intention, je vous l’ai déjà mandé, est qu’après le mois de septembre votre corps soit de six divisions, chaque division de trois régiments, chaque régiment de cinq batail­lons de guerre, formant une brigade, et de trois à quatre bataillons auxiliaires; ce qui ferait de cent dix à cent quinze bataillons. Mon intention est également d’augmenter votre corps de deux brigades de cavalerie légère. Alors je vous donnerai trois bataillons du train, au lieu de deux; mais il faudra augmenter votre artillerie en conséquence. La chose principale aujourd’hui est de garnir Danzig. Le régiment bavarois y arrivera dans les premiers jours de mai. Celui de Wurtemberg sera réuni le 16 ; il recevra vos ordres et sera arrivé à Danzig à la fin de mai. J’aurai donc complet à Danzig tout ce que j’ai désiré y avoir. Je vous envoie la composition du régiment wurtembergeois.

 

Paris, 12 avril 1811

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, vous avez bien fait de ne pas envoyer vos deux pièces d’artillerie avec vos régiments pour aller à Danzig, puisque vous avez peu d’artillerie; mais il est nécessaire que vous formiez deux compa­gnies d’artillerie à l’instar des régiments français; vous fournirez les chevaux. J’ordonne qu’on leur donne à Danzig deux pièces avec les caissons. En général, cette méthode serait bonne à établir dans tous vos régiments. Une compagnie d’artillerie ayant ses caissons d’in­fanterie et d’artillerie, un caisson pour porter le pain et un pour la comptabilité, offre beaucoup d’avantages, car partout où va un régi­ment on a besoin d’artillerie. Quant à l’artillerie qui vous manque pour cette organisation, vous n’avez qu’à m’en faire la demande; je vous la donnerai.

 

Paris, 13 avril 1811

Au comte Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

J’ai fixé au 2 juin prochain le baptême du roi de Rome, qui sera célébré dans l’église métropolitaine de Notre-Dame de Paris, à laquelle moi et l’impératrice nous nous rendrons solennellement pour y assister et pour rendre grâces à Dieu sur sa naissance. Après la cérémonie de Notre-Dame, j’irai dîner à l’hôtel de ville de ma bonne ville de Paris, et je verrai tirer un feu d’artifice. Le même jour il sera chanté un Te Deum dans tout l’Empire. Je désire que les fêtes et réjouissances aient lieu en même temps et suivant le mode que vous m’avez proposé, et que pour cela vous adressiez des instructions aux maires des communes en leur fixant les sommes qu’ils peuvent dépenser à ces fêtes. Vous me présenterez la note des mariages que chacune des principales villes pourrait faire en dotant des filles pauvres et orphelines et les unissant à des anciens militaires. Mon inten­tion est aussi que vous convoquiez pour le baptême du roi de Rome les maires des bonnes villes, qui seront accompagnés, chacun, par deux députés choisis parmi les principaux du conseil général. Vous allouerez à chacun les indemnités nécessaires pour les frais de leur voyage, de manière que pendant leur séjour à Paris ils puissent y paraître d’une manière convenable et faire porter à leurs gens la livrée des villes qu’ils représenteront.

 

Paris, 14 avril 1811

Au général Duroc, duc de Frioul, grand-maréchal du palais, à Paris

Vous remettrez l’instruction ci-jointe au sieur Mortemart. Vous lui donnerez des conseils généraux sur la manière dont il doit se conduire. Il faut qu’il ne fasse aucun embarras; sa femme même doit ignorer où il va. Il doit seulement dire qu’il est absent pour un mois.

 

AU BARON DE MORTEMART, CAPITAINE,  OFFICIER D’ORDONNANCE DE L’EMPEREUR, À PARIS.

Monsieur Mortemart, le régiment de Walcheren est composé de cinq bataillons et doit avoir en ce moment 5 à 6,000 hommes de conscrits réfractaires. Vous trouverez ci-joint l’état des effets d’habil­lement partis de Paris et de Lille pour ce régiment. Vous vous rendrez en toute diligence à Flessingue pour vérifier cet état.

Avant d’arriver à Flessingue, vous visiterez le fort Impérial, le fort Napoléon et la batterie du Centre dans l’île de Cadzand; vous me ferez connaître la situation de ces forts. Vous compterez les bou­ches à feu en batterie; vous me rendrez compte du nombre de pièces de 48 et du nombre de plates-formes qu’a chaque mortier à plaque. Vous me ferez connaître la situation des troupes qui sont dans l’île de Cadzand et l’emploi qu’on fait des différentes compagnies et détache­ments des sapeurs, des pionniers français et étrangers, des déserteurs qui s’y trouvent, et s’ils sont organisés en bataillon. Vous reconnaî­trez si les chaloupes canonnières peuvent entrer dans le port de Breskens, combien de chaloupes et de bateaux canonniers ce port peut contenir, combien il y a d’eau dans les hautes mers.

Vous passerez après cela à Flessingue. Vous verrez le général Gilly, commandant l’île de Walcheren; vous verrez le colonel du régiment de Walcheren, et vous m’enverrez un rapport qui m’in­struira, 1° si la quantité de drap qui est annoncée est arrivée; 2° si les habits confectionnés sont bons; 3° si l’on annonce l’époque à laquelle le reste des effets arrivera. Vous passerez les journées, depuis la pointe du jour, à visiter les casernes. Vous verrez faire l’exercice aux conscrits réfractaires. Vous m’enverrez un rapport sur le régiment, bataillon par bataillon; vous me manderez si les chefs de bataillon sont arrivés, si tous les officiers sont arrivés, ceux qui ont donné de leurs nouvelles et ceux dont on n’a pas entendu parler; quel est le nombre des sous-officiers arrivés, de quels corps ils sor­tent, si ce sont de bons ou de mauvais sujets; quelle est la quantité de conscrits réfractaires arrivés, quelle volonté ils ont, si ce sont de beaux hommes; combien il y a de malades, comment ils sont casernés. Vous me parlerez aussi de la quantité de fusils qui sont arrivés.

Vous me rendrez compte de ce que vous auront dit le général Gilly, le colonel, et de ce que vous aurez vu par vous-même, en me faisant connaître l’opinion du général, celle du colonel et celle que vous aurez été à même de prendre sur ce que vous aurez vu.

Vous irez successivement à Middelburg, à Veere et dans les lieux où sont cantonnés les différents bataillons. Tous les jours vous m’enverrez un rapport pour me parler de l’état de la désertion et sur les précautions qu’on prend pour l’empêcher. Vous me parlerez de l’hô­pital militaire de Middelburg que vous visiterez plusieurs fois. Vous me ferez également un rapport sur la cavalerie et sur le service de la gendarmerie. Vous donnerez un coup d’oeil sur la manière dont les douanes font leur service. Quand vous m’aurez satisfait sur toutes ces questions, vous jetterez un coup d’oeil sur les travaux de la marine. A-t-on commencé le magasin général, ou qui empêche de commencer les travaux ? A-t-on travaillé à l’écluse ? Sait-on si le radier a souffert, ou quand le saura-t-on ? Travaille-t-on au quai que les Anglais ont démoli ? Quand sera-t-il rétabli ?

Vous m’enverrez tous les jours le mouvement de la rade. Vous me ferez connaître où sont mouillés les bâtiments de l’escadre, ceux de la flottille, ce qu’on signale des croisières ennemies et les bâtiments de guerre qui mettront tous les jours à la voile.

Vous m’enverrez après cela un rapport sur les travaux du génie. Travaille-t-on au fort Montebello, au fort Saint-Hilaire ? Combien y a-t-il de tombereaux employés ? Combien d’hommes du pays, de pri­sonniers, de sapeurs, de pionniers de toute espèce ?

Vous me ferez connaître la situation des différents camps que j’ai ordonnés sur les dunes, et s’ils se sont bien conservés pendant l’hiver.

Tous les soirs vous rédigerez le rapport de ce que vous aurez vu et fait dans la journée.

Vous pourrez aller à bord de mon escadre voir l’amiral Missiessy, lui demander s’il a quelque chose à me faire dire.

Vous observerez l’esprit public du pays. Vous verrez le maire de Flessingue pour savoir si les indemnités que j’ai accordées à la ville ont été payées et si l’on rétablit les maisons, si cela se fait conformé­ment à mes décrets. Vous verrez le préfet, les sous-préfets, et vous me transmettrez ce que vous en apprendrez.

Quand vous aurez passé une quinzaine de jours dans l’île de Walcheren et que vous m’aurez envoyé une quinzaine de rapports, vous passerez dans l’île de Schouwen. Vous visiterez la place de Zierikzee, vous verrez dans quelle situation est cette place, et vous vous infor­merez de ce que le commandant aura à me dire.

Vous repasserez à Veere et vous viendrez à Goes, Tholen, Berg-op-Zoom. Vous séjournerez deux jours à Goes pour visiter l’île de Sud-Beveland, prendre des renseignements sur l’administration, la police, le militaire, et sur ce qui est relatif à la contrebande. Vous verrez dans quelle situation est la place de Tholen. Vous vous arrêterez assez de temps pour vous mettre en état de me rendre compte de l’esprit et de la manière de servir des corps qui sont dans les îles de Schouwen, de Sud et Nord-Beveland et à Berg-op-Zoom. Vous irez jusqu’à Bath, et vous m’enverrez par la poste d’Anvers les mêmes renseignements sur ce point que sur les îles que je viens de nommer. Vous rentrerez après cela dans l’île de Walcheren.

Je suppose que cette mission vous conduira au 10 ou 15 mai; à cette époque vous recevrez de nouveaux ordres de moi dans l’île de Walcheren. Vos rapports me seront adressés directement; vous les enverrez sous le couvert du duc de Frioul, auquel vous pourrez écrire sur ce qui vous sera particulier dans cette tournée.

Vous m’écrirez de Flessingue pour m’informer si les cadres des 3e et 4e compagnies du 5e bataillon des 65e, 72e, 19e, 43e, 27e et 22e sont arrivés pour prendre des conscrits réfractaires du régiment de Walcheren, et de là passer dans les îles de Schouwen et de Goeree; ou, s’ils ne sont pas arrivés, quand ils arriveront; ce qui manque d’officiers ou de sous-officiers dans les cadres, et si l’on peut y avoir confiance.

 

Parti, 14 avril 1811

Au général comte de La Riboisière, premier inspecteur général de l’artillerie, à Paris

Monsieur le Général Comte la Riboisière, je vous envoie deux rap­ports du ministre de la guerre sur l’organisation de l’artillerie, telle que je l’ai demandée. Je suppose trois corps d’armée, chacun de seize régiments, ce qui forme quarante-huit régiments, chacun à quatre bataillons. Je suppose quatre divisions de cuirassiers, ayant chacune douze pièces d’artillerie à cheval. Faites-moi vos observations sur le plan proposé tant pour les bouches à feu que pour le personnel et les attelages d’artillerie. L’expérience des deux campagnes d’Autriche et de la campagne de Pologne doit vous avoir fait connaître ce qui est nécessaire. Je crois qu’il faut avoir à Danzig et dans les autres places, confectionné et non confectionné, de quoi faire cinq approvisionnements. Ne parlez de ce travail à personne, pas même au ministre de la guerre. Aussitôt que vous l’aurez fait, venez me l’apporter, afin que j’arrête mes idées là-dessus.

 

Paris, 15 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai lu votre travail sur l’organisation de l’artillerie de l’armée d’Allemagne. Il faut quarante-quatre compagnies d’artillerie à pied pour l’équipage d’artillerie des trois corps d’armée, sans y compren­dre la Garde. Ces compagnies seront formées de la manière suivante : les 1e, 3e, 17e et 2e compagnies du 1er régiment d’artillerie; les 6e, 11e et 3e du 3e d’artillerie; quatre compagnies du 4e d’artillerie; les 2e, 3e 13e, 14e et 22e du 5e d’artillerie à pied, ce qui, joint aux six compagnies qui sont en Allemagne, complétera à onze les compagnies que fournit ce régiment; les 1e, 6e, 8e et 18e du 6e régiment; les 7e et 5e du 7e régiment, ainsi que les treize compagnies déjà en Alle­magne; les 3e, 8e, 12e, 13e, 14e et 22e du 8e régiment; trois des six compagnies du 9e régiment qui sont actuellement à Hambourg; les trois autres resteront pour la défense des côtes de Hambourg.

Résumé : quatre compagnies du 1er régiment, onze du 5e, trois du 3e, quatre du 4e, quatre du 6e, quinze du 7e, six du 8e et trois du 9e: total, cinquante compagnies d’artillerie. Il n’en faut que qua­rante-quatre; c’est donc six compagnies de plus. Tous les hommes disponibles dans les autres compagnies de ces régiments seront déta­chés pour compléter ces compagnies. Les conscrits qui arrivent seront chargés de compléter les cadres des compagnies qui restent.

Le service de Walcheren sera fait par une compagnie du 9e et qua­tre du 8e qui seront envoyées. Les cadres de chaque compagnie n’auront que dix canonniers ; le reste sera complété par les conscrits réfractaires les plus beaux, les plus grands et de meilleure volonté.

Le 6e régiment enverra un cadre à l’île de Ré, à l’île d’Aix et à Belle-Île. Ces trois compagnies seront complétées par les conscrits des régiments de Belle-Île et de l’île de Ré à 150 hommes. Vous me présenterez un rapport et projet de décret pour réunir ces compa­gnies d’artillerie, en les complétant, autant que possible, au moins à 80 hommes, afin que, par le défaut du personnel, l’artillerie ne soit pas retardée.

Un cadre de compagnie d’artillerie française sera envoyé dans l’île de Goeree et au Texel et recruté de même. Cette méthode aura l’avan­tage d’avoir à l’armée des canonniers de vingt et un ans, ayant déjà aun an de service.

Il sera ensuite envoyé, pour compléter ces compagnies et réparer leurs pertes, des hommes des dépôts de manière à les porter d’abord à 120 et après à 140 hommes.

Il faut vingt-trois compagnies d’artillerie à cheval. Il y en a déjà à l’armée d’Allemagne sept; il en faut donc encore seize. Le 1er régiment en fournira six nouvelles ; le 5e en fournira une ; le 6e en four­nira quatre, et le 4e en fournira trois.

Quant aux pontonniers, il y a déjà trois compagnies à l’armée d’Allemagne et quatre en France, ce qui fera sept compagnies; trois seront fournies par le 2e bataillon, ce qui fera dix; on n’en demande que sept.

Ainsi, par ce moyen, il y aura pour l’armée d’Allemagne cinquante compagnies d’artillerie à pied, vingt-quatre compagnies à cheval et dix de pontonniers. Quant aux ouvriers, ceux qui seront dans les arsenaux pourront être employés; il n’en manquera pas.

Ce premier aperçu peut être perfectionné par le ministre dans le rapport qu’il fera. Ce qu’il y a à faire consiste à prendre le plus grand nombre d’hommes à Anvers, dans les îles et sur les côtes, sauf à remplacer par des cadres de compagnies de conscrits réfractaires pour les îles, et hors des îles par des cadres de conscrits qu’on complétera à mesure de leur arrivée.

Je désire que vous rédigiez le projet de mouvement pour qu’au 1er mai le nombre d’hommes nécessaire pour compléter à 100 hommes les compagnies d’artillerie de l’armée d’Allemagne soit envoyé.

 

Paris, 15 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois vos lettres du 10. Levez toutes les diffi­cultés, mais organisez votre gendarmerie; qu’elle soit en activité partout avant le 1er juin. Je ne vois pas de difficulté que vous preniez le général d’Hastrel pour chef d’état-major. Je ne vois pas non plus de difficulté à donner une division au général Compans. Mon inten­tion étant de porter votre corps à cinq divisions, le général Morand pourra rester. Je donne, en attendant, ordre au général d’Hastrel de se rendre à Hambourg, où vous l’aurez sous la main jusqu’à ce que j’aie formé la cinquième division. II faut bien se garder de mettre le séquestre sur les propriétés du duc d’Oldenburg; il faut, au contraire, avoir toutes sortes de procédés en ce qui concerne ses intérêts particuliers. Donnez des ordres dans ce sens aux autorités du pays. Il ne faut pas faire attention à l’emprunt qu’il veut faire; cela ne doit pas paraître vous regarder. Si quelque banquier de Hambourg veut lui prêter de l’argent, il faut le laisser faire. Si l’on vous en parle, il faut dire seulement que vous ne pouvez rien faire pour cela sans mon autorisation. Soyez bien persuadé que, dans la situation des choses, le duc d’Oldenburg ne trouverait pas à emprunter, je ne dis pas 9 millions, mais 900,000 francs, surtout sans ma garantie. Il faut laisser aller les choses, sauf à observer ce qui se fait, sans avoir l’air de le savoir.

 

Paris, 15 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, j’ai donné l’ordre qu’au 1er mai tout ce qui est néces­saire pour compléter votre infanterie, votre artillerie, votre génie, vos administrations, tant en personnel qu’en matériel, soit dirigé sur Wesel, pour de là se rendre à votre armée. Les deux bataillons des tirailleurs corses et du Pô partent de Boulogne le 20 avril et se diri­gent par Wesel. Envoyez-moi un état de situation qui me fasse connaître l’effectif, les présents sous les armes de chaque corps, de l’artillerie, enfin de toute votre armée, afin que je comprenne parfaitement sa situation. Faites-moi connaître quand les semestriers auront rejoint. Je suppose que le 33e léger à ses quatre pièces de canon: s’il ne les avait pas, faites-les-lui fournir sur-le-champ avec les caissons.

 

Paris, 16 avril 1811.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je reçois la lettre par laquelle vous me rendez compte que vous avez 1,500 voitures; ainsi il n’y a pas d’inquiétude à avoir sur ce point.

J’approuve que les dépôts des 3e, 6e et 7e bataillons des équipages militaires soient à Nancy, Metz et Mézières. Il est possible que je donne l’ordre de réorganiser à la fois ces trois bataillons; les 1,800 hommes nécessaires seront produits par l’appel de la réserve, et les 3,600 chevaux seront achetés. Ces bataillons ne seront pas rendus avant la mi-avril à Bayonne, et avant la mi-mai à leurs dépôts. On ne peut donc pas compter sur eux avant la fin de juillet, époque où les conscrits arriveront. Il est nécessaire de faire fournir sur-le-champ les harnais et voitures pour que vers le 15 août ces bataillons puissent partir en tout ou en partie. L’achat des chevaux ne peut pas retarder la formation des bataillons en hommes. Je vais bientôt faire l’appel de la réserve. Je ne pense pas qu’elle soit arrivée avant le 15 juin. Il sera temps de passer des marchés pour l’achat des che­vaux, puisqu’ils s’achètent dans la Franche-Comté et dans les cantons où sont ces bataillons. Le principal est d’avoir les harnais prêts et que les cadres ne s’arrêtent pas à Bayonne. Ces six bataillons me suffisent. Je n’ai pas besoin d’en former de nouveaux. 1,500 voitures sont ce qui m’est nécessaire; d’ailleurs, s’il en fallait d’autres, je ferais venir d’autres cadres d’Espagne.

Trois compagnies du 12e bataillon doivent être parties ; j’ai besoin de trois autres au plus tard au 15 mai.

Quant au 9e bataillon, j’en ai également besoin dans le plus court délai possible ; je vois qu’il a 305 soldats et 300 chevaux ; ainsi cela fait au moins de quoi atteler deux compagnies. Il faut rappeler de chez les cultivateurs les 173 chevaux qui y sont. Il est indispensable qu’au 15 mai j’aie au moins 60 voitures de ce bataillon prêtes à partir.

Quant au 2e bataillon, que j’organise à Commercy, j’en ai besoin le plus tôt possible. Votre rapport du 10 avril ne me présente pas la situation de ce bataillon. Vous sentez bien que je n’aurais pas eu l’idée de faire venir le 9e bataillon à Lyon si le 2e pouvait me servir.

Remettez-moi la situation des trois compagnies du 12e bataillon qui sont parties, en hommes, chevaux, harnais et voitures, et la situation des trois autres compagnies, compagnie par compagnie, et faites-moi connaître quand elles pourront partir. Mon intention est qu’elles partent à mesure qu’une compagnie sera en état de partir.

Vous me ferez connaître quand le 2e bataillon sera prêt, compa­gnie par compagnie. Mon intention est qu’à mesure qu’une compagnie sera prête elle parte.

Enfin, je désire savoir quand le 9e bataillon sera prêt à partir de Plaisance, compagnie par compagnie. Je vois que les compagnies de ce bataillon feront le fond des transports pour le mois de juillet, et que les trois autres ne seront prêtes qu’après juillet, c’est-à-dire pour une campagne d’automne.

Je pense qu’il faut réunir dans le 10e bataillon, qui est à l’armée du Portugal, tout ce qu’il y a de disponible des 1e, 4e, 12e et 13e bataillons, et faire revenir les cadres de ces derniers en France. Ce sera une ressource qui pourra être utile pour la campagne d’automne. Je suppose que le 10e pourra avoir 300 chevaux et 75 à 80 voitures. J’ai souvent donné et fait donner l’ordre de rappeler de l’armée de Portugal tous les hommes à pied des bataillons des équipages. Je suppose que ces ordres s’exécuteront. Écrivez au prince de Neuchâtel, et réitérez les ordres les plus positifs pour qu’on ne garde à l’armée de Portugal que le 10e bataillon. Ce bataillon pourra être composé d’un tiers de voitures et le reste de mulets de bât.

Je vous renvoie votre projet de décret pour que vous le rédigiez en conséquence de la présente lettre.

Il suffit que le 10e bataillon d’équipages ait deux compagnies de voitures et qu’il ait quatre compagnies de mulets de bât. Les hommes disponibles des autres bataillons seront employés à compléter ce ba­taillon. Les chevaux et les mulets, l’armée se les procurera en Portugal ; les hommes à pied des autres bataillons reviendront en France. Il serait convenable d’étendre cette mesure à l’armée d’Espagne, qui pourrait n’avoir dans ses bataillons d’équipages qu’une ou deux com­pagnies avec des voitures, et le reste avec des mulets de bât. On peut se procurer des mulets de bât en Espagne.

 

Paris, l6 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je vous envoie deux beaux bataillons espagnols, formant 2,000 hommes, avec un général. Les soldats sont bons; ils ont été engagés de bonne volonté, et voilà deux ans qu’ils sont sous les armes. Je pense qu’ils se battront comme les Portugais et qu’ils auront peu de déserteurs, en ayant soin de ne pas les mettre aux avant-postes ni dans des places fortes de premier ordre. Il est probable qu’ils seront entourés d’embaucheurs ; il sera donc bon d’établir une sur­veillance secrète sur ces bataillons. La police doit avoir les yeux sur eux; elle prendra beaucoup d’agents anglais.

 

Paris, 16 avril 1811

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde

Monsieur mon Frère, je suis fort dans l’obscur sur les dispositions des Russes. Leur langage est tranquillisant, mais les mouvements qu’ils font faire à leurs divisions de Moldavie portent à penser qu’ils en veulent au Grand-Duché. Dans cette circonstance, Votre Majesté peut avoir besoin de direction, et c’est l’objet de cette lettre.

PLACES FORTES.

Je ne connais pas la place de Zamosc. Si elle peut se défendre, il faut l’armer, rapprovisionner pour six mois et y mettre la garnison la plus faible possible ; mais, si elle n’est pas en état de se défendre assez longtemps pour qu’on puisse venir à son secours, il paraît convenable d’en évacuer l’artillerie sur Varsovie et de la faire sauter. Cette place est hors de la ligne d’opération. Le pays étant pour nous, une petite forteresse y est assez inutile; une grande forteresse ou place de dépôt peut seule être importante dans le Grand-Duché, et c’est Modlin. Il faut donc que Votre Majesté charge le prince Poniatowski et les généraux de voir combien de mois de siège Zamosc peut soutenir. Je suppose qu’il faudra que cette place se défende au moins trois mois à partir du premier mois de l’invasion. Il est à présumer que dans ce premier mois le siège n’aura pas commencé. C’est donc à peu près pendant deux mois de siège que la place doit résister.

Praga, Sierock et Modlin ne sont que des têtes de pont d’un camp retranché; ils ne peuvent donc servir qu’à appuyer les mouvements d’une armée; et, si Modlin est, comme je le suppose, hors d’état de se défendre, on ne doit pas exposer une garnison pour garder ce point. D’ailleurs ce sont des places de campagne. On décidera au dernier moment ce qu’on devra en faire. Les approvisionnements qu’on y réunira seront pour la garnison et, dans le cas contraire, pour l’armée.

ARTILLERIE.

Dans le cas où on garderait Zamosc, il faut n’y laisser que l’artil­lerie nécessaire. Il suffit pour la défense de cette place de pièces de 12 et de 16. On doit garder les pièces en fer pour l’armement et Praga, de Modlin et de la Vistule aux environs de Varsovie. On peut même garder huit pièces de 24 pour protéger Praga de la rive gau­che, du côté de Varsovie. Enfin il faut garder les poudres et les bou­lets nécessaires pour cette défense. On gardera à Varsovie toute l’artil­lerie de campagne et les caissons qu’on peut atteler et qui doivent servir aux mouvements de l’armée, et, à mesure qu’on croira qu’on est davantage menacé, on évacuera une partie de ces munitions par échelons entre Varsovie et l’Oder ; de manière qu’à mesure que l’armée se retirera elle puisse rencontrer des munitions suffisantes. Il sera donc nécessaire de former ainsi sur la route des magasins pour les munitions. On pourra prendre des églises, etc., et il faudra me faire connaître l’emplacement de ces magasins. On laissera une partie de l’artillerie nécessaire à Thorn, tout le reste de l’artillerie quelconque, à l’exception des fusils, sera embarqué sur la Vistule, sous prétexte d’une destination pour l’armement de Thorn. Ces bateaux partiront ensemble; ils pourront être expédiés peu de jours après l’ordre qui en sera donné, et de Thorn on pourra ensuite les diriger sur Danzig, où ils seront en dépôt dans une place forte. Cette mesure est d’autant plus importante que l’appât de prendre cette artillerie pourrait porter les Russes à tenter un coup de main sur Varsovie. Ils n’en auront plus l’idée lorsque l’artillerie n’y sera plus. Quant aux huit pièces en bronze qui seront laissées à Varsovie et à celles en fer qui seront à Modlin , on les évacuera à mesure que les choses se prononceront, ou, au dernier moment, on brûlera les affûts et on mettra les pièces hors de service, si on n’a pu les transporter.

ARMES A FEU.

Les armes que j’ai envoyées dernièrement de France doivent être retenues à Dresde, à Glogau et à Küstrin, selon l’endroit où elles se trouvent. Quant aux armes qui sont dans le Duché, on peut en gar­der 4,000 à Varsovie, soit pour les gardes nationales, soit pour l’armée, soit pour les recrues. Le reste devra être dirigé, comme les munitions, en échelons sur la route de Posen. Au moment d’une attaque sérieuse, on évacuerait ces armes sur Glogau et Küstrin. On peut même en évacuer 5 à 6,000 sur Danzig.

ARMÉE.

Les semestriers doivent être rappelés et les corps réunis sous pré­texte d’en faire la revue. Tout doit être rassemblé du côté de Pultusk et de Varsovie. La cavalerie doit rester sur les avant-postes et être placée en échelons, de manière à retarder la marche de l’ennemi et à préserver Varsovie d’une invasion. Des chevaux doivent être levés de tous côtés pour remonter la cavalerie et pour atteler les soixante et douze pièces de campagne nécessaires à l’armée polonaise. Des pièces de régiment doivent être données à chaque corps. Des magasins de biscuit et de vivres doivent être formés sur la ligne d’opéra­tion entre l’Oder et Varsovie. L’armée doit être chargée de défendre aussi longtemps qu’elle pourra la Vistule, et, lorsque cela ne sera plus possible, de manœuvrer toujours lentement sur l’Oder. Les hôpi­taux doivent, en général, être évacués du côté de Kalisz. Il est pro­bable que, si l’on en venait à cette extrémité, l’armée serait rencon­trée sur l’Oder par l’armée française. Ce n’est pas le moment où Votre Majesté doit regarder à un million. Je pense que Votre Majesté doit donner des ordres pour que tous les chevaux d’artillerie soient levés, pour que son artillerie soit attelée, les semestriers rappelés, et enfin son corps d’armée mis dans le meilleur état possible. Si la Russie n’avait affaire qu’au Grand-Duché, je suppose qu’elle pourrait se divertir d’un coup de main; mais, dans l’état actuel des choses, elle doit voir cette entreprise sous un point de vue plus sérieux, et je doute encore qu’elle en ait le projet. Cependant les faits parlent; ses divisions quittent le Danube et se portent sur les frontières du Grand-Duché. Les bruits de Varsovie à cet égard ne sont plus des bruits isolés; ils sont confirmés par tous les avis qu’on reçoit de Stockholm et de Bucharest. Il faut donc se mettre en mesure, et c’est le but de la présente instruction. Le Grand-Duché n’a sans doute pas à crain­dre une invasion; mais enfin tout doit être prévu, et dans ce cas l’art consiste à ne perdre ni canons, ni munitions, ni armes, ni maga­sins. C’est ce que la Bavière a fait constamment dans les dernières invasions qu’elle a éprouvées. Toute son artillerie, tous ses magasins avaient été évacués sur Lindau, sur Augsbourg et sur Ulm. Or la place de Danzig est ici d’un grand avantage pour le Duché, puisqu’on peut tout charger sur des bateaux qui, en huit ou dix jours, seront en sûreté dans cette place et pourront remonter ensuite, quand le danger sera passé. Ces dispositions pour le Grand-Duché font assez connaître à Votre Majesté ce qu’elle doit faire pour la Saxe, puisque, le cas arrivant, il serait assez convenable que l’armée saxonne pût aller au-devant de celle du Grand-Duché. Je pense donc qu’il faut donner dos pièces aux régiments, et, sous prétexte de revues, ras­sembler les divisions, remonter la cavalerie et mettre tout en état. On ne peut pas parler ici de ce que les Prussiens feront en cas de guerre. Comme les protestations de la Russie sont très pacifiques, quoique en contradiction avec les mouvements de troupes, qui peut-être sont le résultat de la peur, on n’a pu que pressentir que la Prusse désirait un rapprochement, sans cependant avoir encore une idée diplomatique à cet égard.

 

Paris, 17 avril 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, par le courrier que vous enverrez à Dresde, écrivez à mes ministres à Dresde et à Varsovie pour qu’ils tiennent la main à ce que, vingt-quatre heures après la réception de ma lettre, des ordres soient donnés pour la réunion de l’armée varsovienne; qu’ils se pénètrent bien du principe de ma lettre, qui est que tout est bien, pourvu qu’on ne perde rien, quand même les Russes viendraient à Varsovie; que les Autrichiens ont toujours été à Munich; mais qu’il ne faut pas que l’armée soit rassemblée en détail; qu’il faut qu’elle soit toute réunie à Varsovie; qu’il faut que la Saxe rappelle ses semestriers, achète des chevaux et organise son artillerie.

 

Palais des Tuileries, 17 avril 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je n’ai eu qu’à me louer des services que vous m’avez rendus dans les différents ministères que je vous ai confiés; mais les affaires extérieures sont dans une telle circonstance que j’ai cru nécessaire au bien de mon service de vous employer ailleurs. J’ai voulu cependant, en vous faisant demander votre porte­feuille, vous donner moi-même ce témoignage, afin d’empêcher qu’il reste aucun doute dans votre esprit sur l’opinion que j’ai du zèle et de rattachement que vous m’avez montrés dans le cours de votre ministère.

 

Paris, 17 avril 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je vous envoie deux projets de traité avec la Westphalie. Je ne puis pas mettre dans un traité avec la Westphalie que je retirerai le nombre de troupes au-dessus de 12,500 hommes, puisque cela dépend des circonstances.

 

Paris, 17 avril 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, le petit traité à faire avec la Prusse pour la route militaire de Stettin à Danzig consiste à obtenir un embranchement qui irait de Konitz à Nackel. Konitz est sur le territoire prussien ; Nackel est sur le territoire polonais. De Nackel on irait à Posen, à Varsovie, à Thorn, comme on voudrait. Ainsi, de Danzig on viendrait à Konitz pour entrer dans le Grand-Duché, et de Stettin, pour entrer dans le Duché, on viendrait également à Konitz et on descendrait de là à Nackel.

 

Paris, 17 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, les régiments de cuirassiers formeront quatre divisions. La 1e division sera telle qu’elle est aujourd’hui en Allemagne. La 2e sera composée des quatre régiments qui formaient la division d’Hautpoul. La 3e sera composée des quatre régiments qui formaient la division du duc de Padoue dans la dernière campagne. La division de réserve sera composée des deux régiments de carabi­niers et du 1er régiment de cuirassiers. Le 14e de cuirassiers rempla­cera le 1er régiment de cuirassiers dans la division où ce régiment servait. Ainsi la réserve ne sera que de trois régiments, mais il sera créé sans délai un 5e escadron à ces trois régiments, afin qu’ils puissent avoir un plus grand nombre d’hommes à cheval.

Proposez-moi pour ces divisions quatre généraux de division, huit généraux de brigade, quatre adjudants commandants et l’artillerie nécessaire, qui doit être de douze pièces d’artillerie à cheval par division, c’est-à-dire de quarante-huit pièces pour les cuirassiers.

Donnez à ces régiments l’ordre de se tenir prêts à entrer en cam­pagne. Présentez-m’en l’état en détail, et qu’au 1er mai ils puissent se mettre en marche pour se diriger vers la frontière.

Recommandez bien aux colonels de n’acheter que des chevaux qui puissent faire la campagne, car des chevaux qui ne pourraient être employés tout de suite ne serviraient à rien.

Le 5e régiment de hussards et le 11e formeront une brigade; le 23e et le 24e de chasseurs en formeront une seconde; le 11e et le 12e de chasseurs en formeront une troisième. Présentez-moi trois généraux de brigade pour commander ces trois brigades, et donnez des ordres aux régiments pour qu’ils se mettent en état. Faites-moi connaître ce que chacune de ces brigades pourra avoir de prêt à partir au 1er mai.

Par ce moyen j’aurai : 1° trois brigades de cavalerie légère, déjà existantes à l’armée d’Allemagne, formant six régiments; 2° six régiments que j’envoie, formant trois brigades ; total, six brigades de cavalerie légère et quinze régiments de cuirassiers, formant quatre divisions.

Faites-moi connaître combien au 1er mai ces régiments auront d’hommes à cheval, et combien ils en auront au 1er juin et au 1er juillet.

 

Paris, 17 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Donnez ordre à la demi-brigade portugaise qui est à Bourges de se rendre à Orléans. Envoyez-lui un ordre de route pour qu’elle marche bataillon par bataillon et à deux jours de distance. Faîtes-moi connaître ce que c’est que le 1er et le 2e régiment de chasseurs portugais et le bataillon de marche qui est à Châteauroux. Mais, en attendant, éloignez cette demi-brigade. Je trouve qu’il y a trop de Portugais dans cette division, et je pense qu’il faudrait la diriger sur l’Allemagne. Je vois que j’ai 3,500 hommes de ces Portugais que je ne veux pas laisser à Grenoble et à Lyon ; je préfère les avoir à l’armée, et il faut les organiser pour ce service. Je pense qu’en incorporant les deux bataillons provisoires qui sont à Lyon et Genève, ainsi que la demi-brigade d’élite, on pourrait avoir 1,000 hommes pour chaque bataillon; ce qui ferait une demi-brigade utile. Mais je pense qu’il est assez important de les ôter de France. Vous pouvez faire appeler le général portugais qui est à Paris, lui expliquer le parti qu’on veut en tirer et l’avantage que cela leur présente, puisqu’ils ne pourraient qu’être très malheureux en Portugal. Faites-moi connaître les géné­raux portugais auxquels on pourrait se fier pour les attacher à chacun de ces régiments. Ce serait toujours une plus grande garantie.

 

Paris, 17 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il y a à Hambourg un entrepreneur de transports pour les douanes qui va transporter par jour 250 milliers pesant à Cologne. Je crois que l’artillerie pourrait profiter du retour de ces transports pour en­voyer des munitions. Cela épargnerait vos chevaux d’artillerie.

 

Paris, 17 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai pris un décret pour former un 6e bataillon aux régiments du prince d’Eckmühl. Je désirerais que ces bataillons se formassent en Allemagne et que les cadres ne revinssent pas en France. On les for­merait avec des dépôts des régiments de l’armée d’Espagne qui sont situés entre la Loire et le Nord. Je crois qu’on pourrait toujours bien tirer près de 10,000 hommes de ces dépôts, soit de conscrits qui vont arriver, soit de vieux soldats qui y sont. Par ce moyen les 6e batail­lons se trouveraient formés eu même temps que les 4e.

Je pense aussi que les régiments de Walcheren, de Belle-Île et de l’île de Ré pourraient fournir quelques hommes; mais il faudrait que ce fût des hommes sûrs et sur lesquels on pût compter. Les régiments d’Italie ont beaucoup de places vacantes, parce qu’ils ont envoyé des officiers aux régiments hollandais. Il est nécessaire qu’il soit nommé à ces places. Toutes ces mesures sont pressantes. Présentez-moi demain un projet de décret pour que tous les régiments, en Italie et en France, qui n’ont pas leurs compagnies d’artillerie, les forment sans délai, et pour qu’il leur soit fourni des caissons, s’ils les ont mis en dépôt, et des moyens pour avoir des pièces, des chevaux et des harnais, s’ils s’en sont défaits. Vous vous concerterez à cet effet avec le ministre de l’administration de la guerre.

Les Russes menacent le grand-duché de Varsovie. Ils ont laissé peu de monde sur le Danube et ont rapproché leurs divisions des confins du Grand-Duché. Il est donc instant de presser toutes ces mesures.

Tous ces régiments devant avoir leur direction sur Wesel et Mayence, il sera nécessaire que les conseils d’administration reçoi­vent l’ordre d’acheter les caissons et harnais dans ces pays-là.

 

Paris, 17 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je vous envoie copie d’une lettre que j’écris au roi de Saxe. Vous sentez qu’elle n’est que pour vous. Cette lettre vous fera connaître mes dispositions. En cas de violation du territoire, le prince Poniatowski doit sur-le-champ vous prévenir ainsi que le gouverneur de Danzig. Vous feriez alors toutes vos dispositions pour réunir votre armée sur l’Oder; mais avant que vos mouvements fussent faits, vous recevriez mes ordres. Les Polonais et les Saxons, qui, au nombre de 50,000 hommes, appuieront votre mouvement sur Glogau, vous feront déjà une armée de 120,000 hommes. La garnison de Danzig pourra, dans ce cas, avoir un corps d’observation de 6,000 hommes, infanterie et cavalerie, lequel se tiendrait près de Dirschau et assure­rait les communications avec Thorn ; ce qui aiderait le prince Poniatowski à garder la Vistule. Le principal est que la garnison de Danzig soit complétée et approvisionnée. Il me semble qu’il doit y avoir au 1er mai 12,000 hommes, quatre ou cinq généraux français, beau­coup d’artillerie et de génie. Il me semble également que l’artillerie se trouve approvisionnée. Il est bien urgent cependant que les pou­dres arrivent; je suppose que le convoi est déjà parti et que les 150 milliers de poudre, qui sont le plus important, y seront arrivés avant que la première quinzaine de mai soit terminée. Quant aux approvisionnements en blé et en avoine, en viande et en bois, cette ville abonde ordinairement de tout cela; d’ailleurs le général Rapp ne manquera pas de prendre dans le temps tout ce que le territoire pourra lui fournir, et surtout les bœufs.

Faites-moi connaître, je vous prie, quelle sera, au 1er mai, la force des 10e et 11e régiments polonais qui sont à Danzig et du 5e qui est à Küstrin. Donnez ordre que tous les soldats à pied du régi­ment des chevau-légers polonais qui est à Danzig soient remontés à mes frais; de sorte que, si ce régiment peut fournir 200 hommes, on achète sur-le-champ 200 chevaux. Donnez ordre également qu’aux trois régiments polonais qui sont à mon service on attache des com­pagnies d’artillerie et du train, et qu’il leur soit acheté des chevaux. En cas d’événements imprévus, vous auriez soin de prévenir le roi de Westphalie. Vous voyez que mon intention est que, dans le cas où l’ennemi attaquerait inopinément, mon armée ne passe pas l’Oder que tous les corps ne soient formés et que mes troupes qui se réunissent dans le Tyrol, la division qui se forme en Hollande et ma Garde, ne soient arrivées; ce qui n’empêchera pas que vous n’ayez une avant-garde qui se maintiendra le plus longtemps qu’elle pourra avec Danzig. Raisonnez sur vos cartes dans toutes ces suppositions et faites-moi vos objections.

Cela vous fait sentir assez combien il est important que le blé qui doit exister à Stettin et à Küstrin y existe, et qu’on fasse confectionner le biscuit qui est ordonné. On se servirait des 500,000 rations de Magdeburg, qu’on ferait venir par le canal de Küstrin; ce qui nous ferait sur-le-champ un million de rations.

Je vous ai déjà demandé quelle serait la situation de votre année avant le 1er mai.

Vous ne pouvez pas vous trouver en présence de l’ennemi avant le 1er juin; faites-moi connaître quelle sera votre armée alors, y compris les Saxons, les Polonais, la garnison de Danzig et les Westphaliens. Je suppose qu’au 1er juin une division composée de vos 4e bataillons se réunira à Wesel ; elle pourrait vous rejoindre si cela était nécessaire, mais seulement comme corps de réserve à laisser à Magdeburg ; car ces conscrits seraient encore bien jeunes, n’ayant que deux mois de service, et il me semble qu’on ne peut pas espérer s’en servir avant le mois de juillet; mêlés alors avec d’autres, ils pourraient entrer en ligne. Je pense donc qu’au 1er juillet vous pou­vez vous présenter avec 75,000 hommes, infanterie, cavalerie, artillerie, tout compris; ce qui, avec la garnison de Danzig, les 60,000 Polonais, Saxons et Hessois de Darmstadt, vous fera sur-le-champ 150,000 hommes, assis sur les places de Küstrin, Glogau et Danzig. D’ailleurs il est bien possible que dans peu de jours je prenne la résolution de vous envoyer de nouvelles divisions de cuirassiers et de cavalerie légère, de manière à porter votre cavalerie à 20,000 hommes, y compris ce que vous avez, et à 32,000 hommes, y compris 4,000 Saxons et 8,000 Polonais.

Ayez un chiffre avec le gouverneur de Danzig, et prévenez-le de toutes ces dispositions générales. Il faut qu’il soit très alerte, qu’il monte une police secrète et sache ce qui se passe du côté de Tilsit, Riga, sur les frontières, et vous tienne informé de tout. Il faut surtout qu’il fasse faire le service de sa place avec rigueur, pour éviter toute surprise. Actuellement qu’il a de la cavalerie, il peut la distri­buer dans tous les points du territoire.

 

Paris, 17 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, arrêtez à Küstrin et à Glogau les armes qui se ren­dent à Varsovie. Mettez beaucoup d’officiers d’état-major dans les places de Glogau et Stettin ; ce sont des officiers que vous retrouverez toujours et qui seront placés là pour surveiller. Recommandez-leur la plus grande vigilance ; ils doivent dormir le jour et rester debout toute la nuit, ils doivent avoir l’œil sur tout et vous rendre compte.

 

Paris, 17 avril 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, vous donnerez des ordres pour réunir sans délai, et sans attendre les ordres de mon ministre de la guerre, un corps d’armée entre Vérone, Trente et Bolzano; ce corps sera composé de quatre divisions.

La le division sera formée de deux bataillons du 8e d’infanterie légère, de deux bataillons de Croates, de trois bataillons du 84e, de trois bataillons du 92e; total, dix bataillons, tous portés au grand complet, ce qui fera 8,400 hommes. Le 8e, le 84e et le 92e auront leur compagnie d’artillerie avec leurs caissons et leurs pièces; on donnera également aux bataillons croates deux pièces qu’on organisera en Illyrie; ce qui fera huit pièces de canon. Il y aura en outre douze pièces d’artillerie de ligne attachées à cette division ; on y attachera également une compagnie de sapeurs avec ses outils. Cette division sera partagée en deux brigades, chacune de cinq bataillons.

La 2e division sera composée de sept régiments d’élite. Chaque régi­ment d’élite sera formé de deux bataillons : le 1er bataillon sera com­posé de quatre compagnies de voltigeurs, et le 2e bataillon de quatre compagnies de grenadiers. Chaque régiment aura les caissons, la compagnie d’artillerie et les moyens de transport attachés au régi­ment, hormis qu’il n’y aura que deux caissons d’infanterie, et deux de transport au lieu de quatre. Ces régiments seront ainsi composés, savoir : 1er régiment d’élite : 1er bataillon, quatre compagnies de voltigeurs complétées à 150 hommes; 2e bataillon, quatre compa­gnies de grenadiers complétées à 150 hommes; total, 1,200 hom­mes, du 9e de ligne; 2e régiment d’élite : deux bataillons du 13e, 1,200 hommes; 3e régiment d’élite : deux bataillons du 29e, 1,200 hommes; 4e régiment d’élite : deux bataillons du 35e, 1,200 hom­mes; 5e régiment d’élite : deux bataillons du 53e, 1,200 hommes; 6e régiment d’élite : deux bataillons du 106e, 1,200 hommes; 7e ré­giment d’élite : deux bataillons du 112e, 1,200 hommes; total, 8,400 hommes et quatorze pièces de canon. Il y sera en outre atta­ché douze pièces d’artillerie de ligne.

La 3e division sera composée de quatre bataillons du 1er de ligne, de trois bataillons du 62e, de quatre bataillons du 101e et des deux bataillons espagnols qui sont à Palmanova et à Alexandrie; total, treize bataillons et près de 9,000 hommes. Le 1er, le 62e et le 101e auront chacun leurs pièces de régiment qu’ils formeront à Plaisance.

La 4e division sera composée de seize régiments d’élite italiens, formés par les soixante-quatre compagnies d’élite des différents bataillons de l’armée italienne qui sont en Italie; ce qui fera 9,600 hom­mes. Il y sera attaché huit pièces de canon de régiment et douze pièces de canon de ligne.

Total des divisions de l’infanterie : 36,000 hommes, trente-six pièces de canon de régiment, quarante-huit pièces de canon de ligne. Il y sera de plus attaché deux compagnies d’artillerie, deux compa­gnies de pontonniers et deux compagnies de sapeurs, indépendam­ment de la compagnie de sapeurs par division.

Chaque division formera trois brigades, à l’exception de la pre­mière qui n’en formera que deux.

La garde italienne se préparera à marcher avec ce corps d’armée; elle sera composée de tous les hommes à pied et à cheval disponibles et d’une réserve d’artillerie telle qu’elle pourra être formée.

Le 9e bataillon d’équipages militaires français et deux compagnies d’équipages militaires italiens seront attachés à ce corps d’armée.

Donnez sans délai des ordres pour que tous ces régiments se tien­nent prêts et que les compagnies d’élite soient complétées. Vous laisserez accroire aux colonels qu’ils doivent eux-mêmes commander ces régiments d’élite, afin que la composition en soit bien faite; mais, en réalité, vous ne ferez marcher que quatre colonels et trois majors. Chaque bataillon d’élite sera commandé par un chef de bataillon : ainsi, sur les quatre chefs de bataillon, deux marcheront; vous choi­sirez les meilleurs officiers. Présentez-moi l’organisation après que vous aurez donné les ordres préparatoires pour ce qui vous regarde, afin de ne pas perdre un moment et qu’au 1er mai tout cela se puisse mettre en marche pour Vérone; étudiez cette organisation ; présentez-moi les généraux de division, les généraux de brigade, les états-majors, les administrations, les commissaires de guerre, les officiers du génie et d’artillerie, et tout ce qui est nécessaire pour compléter cette organisation en détail et telle que je puisse ainsi l’envoyer toute faite au ministre de la guerre. Je désire l’avoir demain soir. Faites transporter 200,000 rations de biscuit à Vérone afin de pouvoir rem­plir les caissons; ces biscuits serviront à l’armée. Donnez tous les ordres pour que l’artillerie puisse également se diriger sur Vérone et être prête au 1er mai, de sorte qu’au 15 mai le corps d’armée puisse déboucher sur Trente.

Quant aux bataillons croates et aux deux bataillons du 8e d’infan­terie légère, vous écrirez d’office au général qui commande en Illyrie, pour lui signifier ces dispositions, lui mander qu’il recevra à cet égard les ordres du ministre; mais que, comme ces troupes doivent faire partie du corps d’armée que vous êtes chargé d’organiser, vous croyez devoir l’en prévenir pour qu’il fasse d’avance ses dispositions. Vous lui direz confidentiellement qu’il est possible que ces corps sor­tent d’Illyrie pour entrer en Allemagne, mais que ceci est très secret et pour lui seul. Qu’il commence donc à lever sans délai les deux bataillons croates et à préparer les deux bataillons d’infanterie légère. Ces deux bataillons seront remplacés dans le pays par deux batail­lons croates qui feront le service. Écrivez également d’office à la grande-duchesse, en lui disant qu’il est convenable qu’elle donne des ordres pour l’organisation des voltigeurs et des grenadiers de ses deux régiments; qu’elle va recevoir à cet égard les ordres du ministre de la guerre, mais que vous lui écrivez pour lui en faire parvenir l’avis deux jours d’avance, parce que je désire que ces deux régiments puissent partir le 1er mai; qu’en attendant, et sans rien dire, elle doit donner des ordres pour faire compléter les compagnies et les faire venir à Florence pour en passer la revue.

Quant aux troupes qui composent la division des trois régiments qui viennent de Naples, elles doivent être parties de Rome. Vous pouvez prendre des renseignements sur leur marche dans les bureaux de la guerre et en faire mention dans le travail que vous me présen­terez. J’ai à suivre tant de détails, que je désire que vous vous occu­piez de ce qui est relatif à ce corps d’armée.

Quant à la cavalerie, toute la cavalerie légère de l’armée italienne et française doit se tenir prête à marcher. Je composerai chaque brigade de deux régiments. Faites-moi connaître les généraux de brigade qu’on peut faire marcher, et présentez-moi la composition de ces brigades. Le 49 régiment de chasseurs qui arrive de Rome en fera partie, ainsi que le 9e. Je laisserai en Italie les dragons italiens et deux ou trois régiments de dragons français. A cet effet, le 6e et le 8e de chasseurs formeront une brigade; le 4e et le 9e de chasseurs en formeront une autre ; le 6e de hussards et le 25e de chasseurs forme­ront une 3e brigade ; deux régiments de dragons composeront une 4e brigade ; la 5e brigade sera une brigade italienne. Les régiments de dragons français et italiens et le 19e de chasseurs resteront en Italie; voyez cela en détail. Ainsi le corps d’armée sera donc com­posé de 34,000 hommes d’infanterie, de 6,000 hommes de cavalerie et de près de quatre-vingts pièces de canon, indépendamment de la garde royale; ce qui le portera de 40 à 50,000. Il faut que tout cela puisse se mettre en marche et, s’il est nécessaire, entrer en Allema­gne le 15 mai. La brigade qui partira d’Illyrie se rendra à Laibach, et de là sera dirigée par Villach sur Landshut; elle arrivera en même temps que les autres troupes à Ratisbonne.

Vous me ferez aussi un rapport sur ce qui restera en Italie, en y comprenant toute la conscription de cette année, tant française qu’italienne, qui aura le temps nécessaire pour se former. Il me semble qu’il restera suffisamment de forces pour parer à une insurrection, à un débarquement et protéger les places; en effet, en y comprenant la Toscane, il restera neuf régiments, qui présenteront à peu près la même force que l’armée présente aujourd’hui, puisqu’ils recevront de la conscription l’équivalent de ce que j’en retire, et que, dans la répartition de la réserve, je fournirai à ces régiments un plus grand nombre d’hommes pour les compléter.

 

Paris, 18 avril 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Vous avez dix compagnies formant 900 infirmiers. La compagne de 120 hommes, qui est dans les provinces illyriennes, est inutile; faites-la marcher avec le corps de l’armée d’Italie qui se réunit à Lay­bach. Celle qui est en Portugal est nécessaire. La compagnie qui est à Metz et à Strasbourg, envoyez-là à l’armée d’Allemagne,

Pour celle de Catalogne et pour celles qui sont en Espagne, je n’ai rien à dire.

La 9e compagnie, qui a 69 hommes en Italie et 41 en Illyrie, peut se diriger sur Besançon. La 10e d’Italie peut se retirer à Besançon.

Vous avez ainsi quatre compagnies de 120 infirmiers disponibles.

La Hollande, l’Italie, les provinces Illyriennes, la France ne doi­vent pas avoir de ces compagnies; cela doit être pour l’armée.

Je ne puis comprendre pourquoi il y a deux compagnies d’infirmiers dans les provinces illyriennes, où je n’ai que quatre régiments. Les compagnies qui sont en Italie y sont d’une inutilité absolue, en Italie où le peuple est si charitable, où il y a de superbes établissements.

Envoyez au corps d’armée qui est en Allemagne et au corps qui va se former à Laybach les compagnies qui sont en Illyrie, en Italie, en France, en Hollande. Quatre compagnies d’infirmiers peuvent servir 10 à 15,000 malades. En Allemagne même on n’a besoin d’infirmiers que sur la première ligne.

 

Paris, 18 avril 1811

Au général Lacuée, duc de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

J’ai lu votre rapport du 13 avril. Vous me demandez beaucoup trop de monde pour l’administration, ce serait une deuxième armée. Je vous envoie la note de ce que demande le prince d’Eckmühl ; vous verrez que c’est bien loin de votre proposition. Je vous envoie également un rapport que j’avais demandé au comte Daru ; vous verrez qu’au lieu de 4,000 employés il n’en demande que 2,000; et cepen­dant il a fait son travail sur les mêmes rapports que vous. Je ne puis lever une armée d’employés.

Présentez-moi un projet d’organisation divisé en autant de titres qu’il y aura de corps d’armée.

État-major général : cette organisation ne sera envoyée que lors­qu’il sera question de former l’armée d’Allemagne en grande armée.

Autant que je puis prévoir, l’armée d’Allemagne sera composée de trois corps ; le corps du prince d’Eckmühl aura cinq divisions au lieu de quatre; un autre corps partira de Wesel ou de Mayence; il sera composé de quatre divisions; enfin un troisième corps, qui se formera à Vérone et à Trente, et qui sera composé de trois divisions françaises et d’une italienne; total, treize divisions. Il y aura de plus quatre divisions de cuirassiers (une qui est en Allemagne et trois qui se forment sur Mayence et Wesel), une division de réserve de dragons, qui se forme à Vérone, et dix brigades de cavalerie légère, chacune de deux régiments. Il faut d’abord composer le corps du
prince d’Eckmühl comme il était dans la dernière campagne; ensuite, à mesure que les deux autres corps seront formés, on en formera  également l’administration. Il est donc nécessaire que vous me fassiez connaître ce qui est nécessaire au corps du prince d’Eckmühl, ce qui existe et ce qui manque; que ce qui manque parte sans délai; et, pour n’y pas revenir à deux fois, que dans votre travail, au lieu de quatre divisions, vous en compreniez cinq. Je pense qu’un corps de boulangers doit être attaché à cette armée; le maréchal en fera la divi­sion suivant les circonstances. Je pense qu’une compagnie de con­structeurs de fours doit y être attachée également.

Les six compagnies du 129ebataillon des équipages sont destinées pour ce corps. L’ordonnateur Chambon restera commissaire ordonnateur. Il est d’usage, je crois, de mettre un médecin, ou un chi­rurgien et un pharmacien en chef à la tête du service de santé. La compagnie d’infirmiers doit aussi être attachée au corps d’armée d’Allemagne.

Le corps qui se réunira à Wesel sera composé de quatre divisions; il aura pour son service le 2e bataillon des transports militaires. Le corps qui se réunit en Italie aura pour son service le 9e bataillon d’équipages et deux compagnies d’équipages italiens. Ce corps, qui sera de 40,000 hommes environ, aura une administration moins considérable que le prince d’Eckmühl. Faites-moi connaître si vous avez en Italie des employés qui puissent marcher avec cette organisation.

Les divisions de cuirassiers n’ont pas besoin de transports mili­taires; mais il leur faut des ordonnateurs, des commissaires des guerres, des chirurgiens, etc. Je désire que vous organisiez l’administration de ces divisions comme elle l’était dans la dernière campagne.

Quant au quartier général, il faut suivre l’exemple de la campagne de Pologne, et dès lors le comte Daru et Villemanzy peuvent vous faire connaître ce qui est nécessaire. On est dans l’usage d’avoir au quartier général une espèce de service léger ; je crois qu’on le compose d’une cinquantaine de caissons. Il serait bon d’avoir quelques-uns des ordonnateurs et commissaires des guerres qui ont servi le plus activement en Pologne et qui connaissent mieux le pays. Les 3e, 6e et 7e bataillons des équipages militaires seront attachés au quartier général. Je suppose que vous avez donné ordre aux cadres de ces bataillons de se rendre à Commercy. Les cadres des 6e et 7e bataillons ont dû arriver le 15 avril à Bayonne.

 

Paris, 18 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint le rapport du ministre de l’ad­ministration de la guerre sur l’approvisionnement de siège de Danzig. Vous y verrez que cet approvisionnement est évalué à 3 millions; qu’en ôtant le bois de chauffage évalué 340,000 francs, le vin évalué 900,000 francs et qu’on ne peut pas se procurer, la paille pour le couchage, le foin, qu’on pourra prendre dans le pays à vingt lieues aux environs quand les circonstances l’exigeraient, il ne resterait plus que 1,400,000 francs; encore je crois que les prix sont portés trop haut. Le quintal métrique de blé, par exemple, ne doit pas coûter 18 francs. Je ne parle point de la viande : vous en savez la raison. Cette somme de 1,400,000 francs n’est pas une dépense énorme. Le principal est que le général Rapp aille de l’avant et que l’approvision­nement existe en magasin à Danzig, afin que je sois sans aucune espèce d’inquiétude sur cette place importante. Moyennant cet état, il doit y avoir dans la place 60,000 quintaux de blé. Je vous ai mandé qu’il fallait être assuré d’avoir 100,000 autres quintaux sur lesquels on pût mettre la main en cas d’événement, tant pour les habitants que pour l’armée. Envoyez un commissaire des guerres de confiance pour arranger cela à Danzig. Si la ville ne peut être chargée que de l’approvisionnement journalier, autorisez le général Rapp à faire l’approvisionnement de siège à mes frais jusqu’à concurrence d’un million.

Je vous envoie également un rapport do ministre de l’administra­tion de la guerre sur l’approvisionnement de siège des trois places de l’Oder. Le ministre demande 200,000 francs; il croit pouvoir faire ces approvisionnements avec 100,000 francs. Je pense que vous pourriez y pourvoir avec le produit des denrées coloniales. Je vois que la place de Stettin aura un approvisionnement pour 4,000 hommes pendant un an, Küstrin un approvisionnement pour 3,000 hom­mes pendant un an, et Glogau un approvisionnement pour 3 à 4,000 hommes pendant un an. La facilité que vous avez à Hambourg d’avoir une caisse à votre disposition simplifie et rend le service plus rapide, puisque vous pouvez ouvrir des crédits, non sur les fonds du trésor, ce qui occasionnerait des irrégularités et de la confusion, mais sur la caisse des denrées coloniales. Vous me rendrez compte des crédits que vous aurez donnés, et je donnerai des ordres pour vous couvrir; par ce moyen tout marchera rapidement. L’essentiel est que les places soient approvisionnées pendant un an, surtout Danzig, qui doit l’être pour 15,000 hommes et 1,000 chevaux. Organisez tout cela en règle. Il faut des gardes-magasins pour la approvisionnements de siège autres que les gardes-magasins ordi­naires. Il faut qu’il y ait plusieurs chefs des magasins; que le gouverneur en fasse la revue tous les mois ; qu’il ne se fasse aucun mou­vement sans qu’il en ait l’état journalier, et que l’on ne touche qu’à l’approvisionnement journalier. J’ai établi beaucoup de mesures pour les approvisionnements de siège des places, afin qu’il n’arrive plus ce qui est arrivé, qu’au moment d’un siège la moitié des approvision­nements était mangée. Faites un ordre du jour et annoncez la peine de mort contre tout garde-magasin ou commissaire des guerres qui distrairait ou délivrerait la moindre chose de l’approvisionnement de siège sans l’autorisation du gouverneur; que rien ne peut sortir des magasins, pour cause d’avaries ou toute autre cause, sans que le remplacement précède l’extraction. Organisez l’hôpital de Danzig; je suppose qu’il y a des commissaires des guerres. Il est important que l’approvisionnement de siège soit dans les mains d’agents français. Je ne m’oppose pas à ce que l’approvisionnement journalier soit dans les mains de gens du pays. Tâchez de n’employer que des hommes probes.

 

Paris. 18 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 13 avril. J’ai lu avec intérêt ce que vous écrit le colonel Charrière, et je me suis sur-le-champ fait rendre compte de la situation des régiments. Il est convenable que vous me préveniez de la correspondance des colonels avec les majors, toutes les fois qu’elle contiendra des renseignements de quelque importance.

 

Paris,  18  avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, il ne faut pas que le 3e bataillon bis soit employé aux convois de Magdeburg à Küstrin. Faites faire ces transports par des entrepreneurs du pays, qui rapporteront du sucre à Magdeburg. Tenez vos quatre bataillons entre l’Elbe et le Rhin, afin d’en dispo­ser suivant les circonstances.

J’ai donné des ordres pour que les dépôts du 5e et du 7e régiment d’artillerie envoient, le premier 50 hommes, et le second 150, pour compléter, de 70 à 80 hommes, les compagnies qui ont envoyé des renforts à Danzig.

 

Paris, 19 avril 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je lis votre rapport du 17 avril, par lequel vous me faites connaître que vous avez 10 millions d’assurés à Hambourg. A cela il faut ajouter ce que les douanes rendront dans le courant d’avril, et j’estime cette rentrée de 5 à 6 millions. Cela vous fera donc 15 millions au moins. Je crois, d’après cela, que l’envoi de Mayence est inutile. Si cela peut se faire, contremandez-le et gardez ces fonds. Je vois dans votre rapport que vous avez une réserve de 2 millions à Danzig ; mais vous y comprenez des obligations que la ville ne pourra peut-être pas payer. Je désire avoir à Danzig 3 millions en argent. Faites-les diriger de Hambourg. En résumé, il ne faut rien faire partir de Mayence, ne pas tenir à Hambourg plus de 3 millions, avoir 3 millions à Magdeburg et 3 à Danzig; total, 9 millions, en réserve et hors du service ordinaire. Il n’y aurait pas de mal d’avoir une réserve de 3 à 6 millions à Mayence. Indépendamment de ce, il faut assurer le service des 100,000 francs par mois pour Danzig et des 250,000 francs par mois pour la solde de l’armée d’Allemagne; ce qui, pour les six premiers mois, fait donc environ 2,100,000 francs qu’il faut avoir.

Tout me porte à penser que j’aurai bientôt besoin à Danzig de 2 millions pour un approvisionnement extraordinaire. Ces 2 millions, je les prendrai sur les 3 que je vous demande, et ensuite je les rempla­cerai. Je désire que vous me remettiez un bordereau en règle de tous ces fonds, afin que j’en puisse diriger moi-même tous les mouvements.

 

Paris, 19 ami 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le duc de Feltre, l’armée d’Allemagne sera composée des trois corps :

1° Le corps d’observation de l’Elbe; 2° Le corps d’observation du Rhin ; 3° Le corps d’observation d’Italie.

CORPS D’OBSERVATION DE L’ELBE

Le corps d’observation de l’Elbe sera commandé par le prince d’Eckmühl. Il sera composé de cinq divisions d’infanterie et formé de la manière suivante :

1e Division : 13° léger, cinq bataillons; 17e de ligne, cinq; 30e cinq; 127e deux; total, 17 bataillons.

Le général Morand commandera cette 1e division. Chaque régiment formera une brigade.

2e Division : 15e léger, cinq bataillons; 33e de ligne, cinq; 48e, cinq; 128e deux; total, 17 bataillons.

Le général F riant commandera cette 2e division.

3e Division :   7e  léger,  cinq bataillons;   12e de ligne,  cinq; 21e, cinq; 121e deux; total : 17 bataillons.

Le général Gudin commandera la 3e division.

4e Division : 33e de ligne, quatre bataillons; 57e cinq; 85e cinq; Portugais, trois, total, 17 bataillons.

Cette 4e division sera commandée par le général …

5e Division : 25e de ligne, cinq bataillons; 61e cinq; 108e cinq; 111e cinq; total, 20 bataillons.

Cette 5e division sera commandée par le général Compans.

Le total des cinq divisions est donc de 88 bataillons, lesquels, au complet, feront environ 70,000 hommes.

Le général Hastrel sera chef d’état-major du corps d’observation de l’Elbe. Il y aura cinq adjudants commandants pour les cinq divisions, deux adjudants commandants pour l’état-major général, trente adjoints pour l’état-major général et les divisions, et vingt généraux de brigade pour commander l’infanterie.

Ce corps sera ainsi organisé aussitôt que les 4e et 5e bataillons seront arrivés, c’est-à-dire dans le courant de juin.

La cavalerie sera commandée par le général Bruyère. Elle sera de six régiments français, qui, avec deux régiments polonais de cava­lerie légère, feront huit régiments répartis en quatre brigades.

Il n’est pas question ici de cuirassiers, qui seront portes à la ré­serve générale de l’armée.

Artillerie. — Chaque régiment aura quatre pièces de régiment, ce qui fera douze pièces par division, à l’exception de la 5e, qui en aura seize.

Chaque division aura une batterie d’artillerie à cheval, composée de deux obusiers et de quatre pièces de 6 (cette batterie sera servie par une compagnie), et une batterie d’artillerie à pied, composée de deux obusiers et de six pièces de 8; ce qui fait pour les cinq divisions cinq compagnies d’artillerie à cheval, avec trente bouches à feu, savoir : dix obusiers et vingt pièces de 6 , et cinq compagnies d’artil­lerie à pied servant quarante bouches à feu, savoir : dix obusiers et trente pièces de 8.

Il y aura, en outre, une réserve d’artillerie de deux batteries à pied, chacune de deux obusiers prussiens a longue portée et de six pièces de 12; ce qui fera seize pièces en réserve, et ce qui portera l’artillerie du corps d’armée à vingt-quatre obusiers, cinquante pièces de 6 et de 8 et douze pièces de 12; en tout quatre-vingt-six bouches à feu, qui, jointes aux soixante-quatre pièces des régiments, feront cent cinquante pièces d’artillerie, sans y comprendre les batteries attachées aux divisions de cuirassiers.

CORPS D’OBSERVATION DU RHIN.

Ce corps se réunira de Mayence à Wesel. Il sera composé de qua­tre divisions d’infanterie.

1e Division. — 1e brigade : 5e léger, deux bataillons; 24e, qua­tre; 2e brigade : 10e régiment de ligne, quatre; Espagnols qui sont à Nimègue, deux; 3e brigade : 20e régiment de ligne, quatre; Por­tugais, deux; total, 18 bataillons.

Il y aura deux pièces d’artillerie de régiment au 24e régiment d’in­fanterie légère, aux 10e et 20e de ligne.

2e Division. — 1e brigade : 23e léger, deux bataillons; 26e, qua­tre; 2e brigade : deux bataillons d’élite du 46e de ligne; deux du 125e; régiment suisse, deux bataillons; 3e brigade : deux bataillons d’élite du 72e; deux du 126e; deux bataillons portugais; total, 18 bataillons.

3e Division. — 1e brigade : tirailleurs corses, un bataillon; tirail­leurs du Pô, un; 10e léger, quatre; 2e brigade : deux bataillons d’élite du 56e; deux du 124e; deux bataillons portugais ; 3e brigade : deux bataillons d’élite du 2e de ligne; deux régiments suisses, qua­tre; total, 18 bataillons.

4e Division. — 1e brigade : deux bataillons d’élite du 3e de ligne; deux du 4e; deux du 105e; 2e brigade : deux bataillons d’élite du 37e; deux du 93e; deux du 123e; 3e brigade : deux bataillons délite du 18e de ligne; deux du 19e; trois bataillons portugais; total, 19 bataillons.

Ce qui porte la force totale de l’infanterie de ce corps d’armée à 73 bataillons faisant environ 45,000 hommes.

La 1e division aura six pièces de régiment, la 2e en aura dix, la 3e huit et la 4e seize, ce qui fera en tout, pour les quatre divisions, quarante pièces d’artillerie de régiment.

Les régiments d’élite seront formés comme il sera dit ci-après.

Cavalerie. — La cavalerie sera composée des régiments suivants: 5e de hussards, quatre escadrons; 9e, deux; 11e, quatre; 11e de chasseurs à cheval, quatre; 12e, quatre; 23e, quatre; 24e, quatre; 7e, deux; 13e, deux; 20e, deux; total, 32 escadrons.

Ces trente-deux escadrons formeront quatre brigades.

Artillerie. — Chacune des quatre divisions d’infanterie aura une batterie d’artillerie à cheval, composée de six pièces, et une batterie d’artillerie à pied de huit pièces; ce qui fait pour les quatre divisions vingt-quatre pièces d’artillerie à cheval et trente-deux pièces d’artillerie à pied.

Il y aura, en outre, une réserve d’artillerie de deux batteries à pied, chacune de deux obusiers prussiens et de six pièces de 12; ce qui fait seize pièces en réserve.

En sorte que le total de l’artillerie du corps d’observation du Rhin sera de cent douze bouches à feu, savoir : quarante pièces de régiment , vingt-quatre pièces d’artillerie à cheval et quarante-huit pièces d’artillerie à pied; ce qui donne vingt obusiers, trente pièces de 6 et de 8, et douze pièces de 12, sans compter les pièces de régiment.

 

Paris, 19 avril 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac,  ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

J’ai lu avec attention votre rapport sur la remonte des corps qui sont en Allemagne, en Italie et en France.

Je comprends très bien que les dix régiments de cavalerie qui sont en Allemagne aient traité pour leur remonte en Allemagne et non à leurs dépôts, parce qu’ils ont préféré prendre leurs chevaux en Alle­magne, comme mesure plus économique et plus expéditive; les selles et les hommes disponibles des dépôts leur auront été envoyés. Mais je ne comprends pas comment le dépôt du 23e de chasseurs, qui est en Hollande, achète ses chevaux en Allemagne; c’est à son dépôt qu’il doit traiter, puisqu’il y a ses hommes, ses artistes vétérinaires, ses effets de harnachement et d’équipement : or ce dépôt est, je crois, du côté de Besançon.

Les douze régiments dont les escadrons de guerre sont en Italie et dont les dépôts sont dans la 6e division militaire doivent acheter leurs chevaux dans la 6e division militaire ; c’est là où se rendent les conscrits et l’habillement.

Je suppose que, dans les marchés faits pour les régiments qui sont en Italie, les chevaux ne doivent pas être payés si cher, puisqu’ils doivent être livrés à Besançon.

En général, je vois que les livraisons de cette première partie sont très – tardives ; cependant j’avais espéré que tout serait livré avant le 10  mai, puisque mon décret est du 8 février.

Faites-moi connaître quand la deuxième commande de chevaux pourra être faite. Je voudrais qu’elle fût faite pour tous les corps le plus tôt possible, mais surtout pour ceux de l’armée d’Allemagne, pour lesquels cette deuxième commande est de 1,600 chevaux.

Je vois par votre rapport qu’il manque 848 chevaux pour compléter l’effectif de mes régiments de cavalerie.

Je vois par les états de l’armée d’Allemagne qu’il manque 138 che­vaux; présentez-moi un projet de décret pour en autoriser l’achat.

Il est vrai qu’il manque 900 hommes; mais, outre qu’il y a des enga­gements volontaires, les régiments étant au nombre de dix et la différence étant de cent entre le complet des hommes et celui des chevaux, on peut acheter ces 138 chevaux.

Les régiments de cavalerie de l’intérieur ont besoin de 480 che­vaux. Il leur faut aussi 900 hommes; mais comme leur complet en hommes est de 100 supérieur au complet en chevaux, je crois qu’on peut ordonner cet achat.

Enfin il faut pour les régiments de l’armée d’Italie 200 chevaux.

Remettez-moi un projet de décret pour ordonner une troisième commande, qui n’aura lieu qu’en juin et sur de nouveaux ordres que vous me demanderez en juin.

Mais cela ne parait pas suffisant ; il faut préparer une quatrième commande. Elle ne peut pas regarder l’armée d’Allemagne, puisque les corps de cette armée sont au complet de 1,100 hommes et de 1,000 chevaux ; mais il faut porter à 1,100 chevaux les régiments de grosse cavalerie de l’intérieur; ce qui fera 1,100 chevaux à acheter.

Il faut porter les régiments de dragons qui sont en Italie à 900 che­vaux, ce qui fera 500 chevaux ; les régiments de cavalerie d’Italie à 900 chevaux, ce qui fera 800 chevaux; les 11e, 12e et 24e de chas­seurs et le 5e de hussards à 900 chevaux ; les 7e, 13e et 20e de chas­seurs et le 9e de hussards à 600 chevaux. Bien entendu que la qua­trième commande n’aura lieu qu’après l’appel de la réserve.

Mon intention est de faire une cinquième commande, qui aura lieu au mois de septembre, et qui aurait pour but de porter tons les régiments à 1,100 hommes et à 1,000 chevaux.

Il résulte de cela qu’en comprenant les première et deuxième com­mandes j’aurai un effectif de 10,000 chevaux à l’armée d’Allemagne; que j’aurai 16,000 chevaux dans l’intérieur, et 10,000 chevaux en Italie; total, 36,000 chevaux.

En y comprenant la quatrième commande, je ne changerais rien ou peu de chose en Allemagne; j’augmenterais de 1,100 chevaux en France, de 1,300 chevaux en Italie; ce qui me ferait près de 40,000 chevaux.

 

Paris, 19 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, le 123e régiment (hollandais), qui est arrivé au camp de Boulogne, était mal armé; il y avait beaucoup de galeux; il manquait beaucoup d’officiers, et les sous-officiers étaient peu intelligents.

Faites passer une revue de rigueur du 33e régiment léger, et faîtes-moi connaître ce que je puis en espérer. Faites mettre en état son armement, son habillement; faites-lui fournir des souliers. Le 123e n’avait qu’une paire de souliers aux pieds. Faites remplir les places d’officier et de sous-officier vacantes. Portez une grande attention sur ce régiment, et chargez un général de brigade de sa surveillance particulière. Veillez à ce que ce régiment ait sans délai tout ce qui pour­rait lui manquer.

 

Paris, 19 avril 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, je n’approuve pas l’organisation que vous m’avez présentée, je vous en envoie une nouvelle. Vous ne fournissez pas assez d’Italiens; je veux avoir 12,000 hommes, formant quatre brigades et une seule division. Pour cela faire, il est nécessaire de mettre deux régiments entiers, comme j’ai mis le 84e et le 92e.

Je pense aussi qu’il faut emmener tout ce qu’on pourra de Dalmatie; ce ne sont pas des troupes assez sûres pour les laisser sur les derrières. En envoyant les huit bataillons de deux régiments, vous devez compléter ces bataillons en prenant dans les autres, s’il est nécessaire; rien que ces huit bataillons doivent vous faire 6,000 hommes.

Par cette nouvelle organisation vous verrez que votre corps d’armée se trouvera composé de plus de 40,000 hommes d’infanterie, y compris la garde, de 8,000 hommes de cavalerie et de plus de 140 pièces de canon. Je vous ai déjà mandé de faire faire du biscuit à Mantoue, afin de remplir tous les caissons, qu’on n’ouvrira plus que devant l’ennemi. Il est important que chaque homme ait deux paires de souliers neuves dans le sac et une aux pieds, et qu’on puisse délivrer à Vérone, Trente et Bolzano, au moment du départ, trente cartouches par homme. Ces cartouches doivent être réunies dans les dépôts d’artillerie de ces places et n’être données qu’au départ.

 

Paris, 20 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous envoie l’organisation de l’armée d’Allemagne; je la compose de trois corps.

CORPS D’OBSERVATION DE L’ELBE.

Ce corps aura cinq divisions et quatre-vingts bataillons; chaque régiment aura cinq bataillons et formera une brigade. Il y aura quatre brigades par division, vingt généraux de brigade d’infanterie et cinq de division. Les cinq généraux de division existent; classez dans votre travail les vingt généraux de brigade.

Cette organisation ne doit être que projetée, puisqu’elle ne peut exécutée qu’en juin, temps auquel je suppose que les 5e bataillons pourront rejoindre.

Dans le travail que vous me remettrez, vous mettrez l’organisation définitive de juin en rouge, en portant pour mai l’organisation à quatre bataillons, comme elle est aujourd’hui.

Vous verrez que je compte les batteries à cheval de six pièces et les batteries à pied de huit pièces. Les compagnies d’artillerie peuvent bien servir huit pièces, puisqu’il ne faut que 70 hommes pour les huit pièces et qu’il y a 90 hommes. Ensuite je trouve que deux obusiers sont trop pour six pièces d’artillerie à pied ; les obusiers coûtent trop cher ; au lieu que deux obusiers sur huit pièces sont dans une proportion plus avantageuse.

Je désire que l’artillerie soit organisée comme elle l’est dans l’état, le plus tôt possible, sauf à porter à la réserve ce qui doit servira la 5e division.

CORPS D’OBSERVATION DU RHIN.

Le corps d’observation du Rhin, qui se réunit à Mayence, Wesel, Metz et Maastricht, est composé de quatre divisions; il faut me présenter la nomination des généraux de division et de brigade.

Vous voyez qu’en réunissant ces 45,000 hommes je suppose que les régiments ne doivent passer le Rhin que vers le 1er juin; mais vous porterez dans une colonne ce que je pourrai faire marcher de plus en ne passant le Rhin qu’en juillet. Vous me ferez connaître dans cette hypothèse ce que j’aurais.

Il me semble qu’indépendamment des bataillons d’élite je pourrais avoir en juillet les 1er et 2e bataillons; on laisserait sur les côtes les 3e bataillons, et l’on y enverrait les 4e. Il y aurait ainsi huit com­pagnies d’élite à l’armée, le 1er et le 2e bataillon de huit compagnies également à l’armée, ce qui ferait seize compagnies; deux bataillons de huit compagnies sur les côtes pour la défense de la France; le 5e bataillon au dépôt, recevant des conscrits pour réparer les pertes.

Il est possible que des régiments puissent fournir en juillet trois bataillons au lieu de deux; ce qui ferait vingt compagnies au lieu de seize.

Le tableau que vous ferez dresser me fera connaître la situation des choses, 1° pour passer le Rhin au 1er juillet, c’est-à-dire après avoir reçu et habillé la conscription ; 2° au 1er septembre, après avoir reçu la réserve. Je connaîtrai ainsi quelle est la force du corps d’observation du Rhin aujourd’hui, ce qu’elle sera au 1er juillet, ce qu’elle sera au 1er septembre.

Vous ne devez donner aucun ordre de mouvement; vous devez vous borner à donner des ordres pour préparer la formation des bataillons d’élite, des compagnies d’artillerie, des pièces, des caissons; mais je n’ai pas besoin de vous dire qu’il faut, sans perdre un moment, organiser l’artillerie et le génie. Faites organiser l’artillerie à Wesel et à Mayence, tant le matériel et les attelages que le personnel, afin que l’artillerie ne donne aucun retard.

Je mets dix régiments de cavalerie légère au corps d’observation du Rhin. Vous me ferez connaître combien ces régiments peuvent mettre d’escadrons et d’hommes sur pied pour le 1er juin, combien le 1er juillet, combien pour le 1er septembre, après l’appel de la réserve.

Ainsi, si l’armée d’Allemagne est aujourd’hui de 230,000 hommes, combien sera-t-elle en juillet ? De combien sera-t-elle au 1er septembre ?

Actuellement que l’armée d’Allemagne est organisée, vous devez partir de cette organisation pour régler celle de l’artillerie, du génie, des administrations et du service.

Vous sentez l’importance de tenir très secret l’ensemble de cette organisation.

 

Paris, 20 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous envoie le plan d’organisation du corps d’observation d’Italie. Rédigez cette organisation convenablement. Mon intention est de ne rien envoyer de France. La 1e division sera fournie par l’Illyrie, la 2e et la 3° par les régiments français qui sont en Italie, et la 4e par l’armée italienne. Le 2e régiment d’artillerie à pied qui est en Italie, le régiment d’artillerie à cheval qui est en Italie, les pontonniers, les ouvriers, etc., qui sont en Italie, ceux qui sont en Illyrie, fourniront à tout ce corps. Il faut compléter le 84e et le 92e, en me proposant d’envoyer des hommes de tous les dépôts qui sont dans les 27e et 28e divisions militaires. L’artillerie fera partie de l’artillerie générale du parc de l’armée. Les pontonniers qui sont nécessaires pour le parc général de l’armée marcheront avec ce corps. Mon intention est de le diriger en cas d’événement par Innsbruck sur Dresde, pour se réunir avec le corps d’observation du Rhin, qui, par Wesel et Mayence, se dirigerait sur Magdeburg. Je suppose que je n’ai rien oublié. Vous me ferez connaître après cela ce qui restera en Italie aux régiments.

CORPS D’OBSERVATION DE L’ITALIE.

1e Division. — Cette division sera composée de deux bataillons du 8e d’infanterie légère, deux bataillons croates, trois bataillons du 84e, trois bataillons du 92e.

Le général Delzons commandera cette division. Il aura sous ses ordres les généraux de brigade Huard et       (à choisir parmi ceux qui sont en Illyrie), deux commissaires des guerres et adjoints, un officier supérieur d’artillerie, deux officiers du génie, un inspecteur aux revues, un adjudant commandant (le prendre en Illyrie), et plu­sieurs officiers d’état-major pris dans le grand nombre d’officiers employés à l’état-major ou comme commandants de place ou à d’autres titres, en Illyrie.

On prendra du 2e régiment d’artillerie à pied, en Illyrie, deux compagnies d’artillerie, avec deux batteries, chacune composée et deux obusiers et de six pièces de 6, ce qui fera seize pièces de canon.

Il prendra également : un détachement d’ouvriers, une compagnie de sapeurs et un détachement du train qui sont en Illyrie; enfin tout ce qui est nécessaire pour bien former sa division, il le prendra en Illyrie.

Les deux bataillons du 8e d’infanterie légère auront leur compa­gnie d’artillerie avec leurs caissons.

Les deux bataillons croates auront également leur artillerie; les attelages et le matériel du 18e d’infanterie légère leur seront cédés pour éviter tous délais ; il suffira donc de créer la compagnie de canonniers croates.

Tout ce qui est relatif à l’état-major de cette division, aux deux bataillons du 8* et aux deux bataillons croates, sera réuni à Laybach.

Ces deux bataillons croates seront levés. On leur fera connaître que c’est pour aller sur l’Elbe. On les composera de la manière qui pourra être la plus avantageuse.

Les trois bataillons du 84e et du 92e auront chacun leur compagnie d’artillerie et leurs chevaux. S’ils avaient licencié les chevaux, ils devraient en acheter sur-le-champ en Italie, et partir le ler mai pour se rendre à Trente sous les ordres du général de brigade Huard, qui enverra les états de situation au général Delzons.

Cette division aura deux compagnies d’artillerie à pied, seize bou­ches à feu de ligne, huit pièces régimentaires; total, vingt-quatre pièces de canon. Elle aura en outre, comme il a été dit plus haut, une compagnie de sapeurs avec ses outils attelés, le tout fourni par l’Illyrie.

Le 92e et le 84e n’ont pas de quoi compléter leurs trois bataillons à 2,500 hommes. Je n’ai pas l’intention d’employer les conscrits de cette année : ces jeunes gens me feraient de mauvais soldats et périraient sur les routes d’Allemagne. Mon intention est donc que ces six  bataillons  soient complétés moyennant une  incorporation de 1,200 hommes tirés de tous les dépôts qui sont dans les 27e et 28e divisions militaires. Le ministre de la guerre me présentera à ce sujet un travail et un projet de décret. Par ce moyen, ces bataillons seront portés à leur grand complet et formeront, y compris l’artillerie et les sapeurs, une division de plus de 9,000 hommes.

Il sera tiré des provinces illyriennes : 1° une compagnie d’infirmiers qui s’y trouve; 2° une brigade de maçons constructeurs de fours; 3° des brigades de quarante boulangers.

2e Division. — La 2e division se réunira à Vérone; elle sera com­mandée par le général Broussier.

Elle sera composée de quatre brigades. Les quatre généraux de brigade seront les généraux Almeiras, Roussel, Mallet et Digonnet ; l’adjudant commandant Blanquet sera chef de l’état-major; deux adjoints d’état-major, un commissaire des guerres, un chef de batail­lon d’artillerie, un officier du génie, un sous-inspecteur aux revues seront fournis par l’armée d’Italie.

La 1e brigade sera composée de deux régiments d’élite tirés du 9e régiment et du 13e de ligne; la 2e, de deux régiments d’élite tirés du 29e et du 112e régiment; la 3e, de deux régiments d’élite tirés du 52e et du 53e de ligne, et la 4e brigade, de deux régiments d’élite tirés du 35e et du 106e.

Chaque régiment d’élite sera composé de deux bataillons d’élite : le 1er bataillon sera formé de quatre compagnies de grenadiers et le second de quatre compagnies de voltigeurs.

Les compagnies seront complétées à 150 hommes; ce qui portera chaque bataillon à 600 hommes, le régiment à 1,200 hommes, la brigade à 2,400 hommes et la division à 9,600 hommes.

Le régiment d’élite du 9e sera commandé par un colonel, celui du 13e par un major, celui du 29e par un major, celui du 112e par un colonel, celui du 52e par un major, celui du 53e par un colonel, celui du 35e par un major, celui du 106e par un colonel.

Les huit compagnies de canonniers de ces régiments marcheront avec les régiments d’élite, et, comme de raison, n’emmèneront avec elles que deux caissons de cartouches et deux caissons de transport ; elles mènent deux pièces, ce qui fera seize pièces de régiment. Il y aura, en outre, une batterie de ligne tirée de l’artillerie que j’ai en Italie et composée de deux divisions d’artillerie : savoir, une d’artillerie à cheval, composée de deux obusiers et de quatre pièces de canon, et une d’artillerie à pied, composée de deux obusiers et de six pièces de canon. Total de l’artillerie de la division, trente pièces de canon.

Une compagnie de sapeurs avec son caisson d’outils attelé sert également attachée à cette division.

Les deux régiments d’élite seront fournis sans délai et complétés de vieux soldats. Pour commander les deux bataillons du régiment d’élite, le colonel désignera les deux meilleurs des quatre chefs de bataillon du régiment.

Les bataillons d’élite du 29e et du 112e se réuniront sans délai à Florence, seront prêts à partir le 1er mai et se dirigeront sur Vérone.

3e Division. — La 3e division se réunira à Mantoue : elle sera com­posée de trois bataillons du 1er de ligne, deux bataillons du 62e, trois bataillons du 101e, deux bataillons espagnols.

Cette division sera commandée par le général Partouneaux ; elle sera composée de trois brigades. Les généraux de brigade seront les généraux Pastol, Poujet, Dufour et Heyligers. L’adjudant commandant Mariotti sera chef d’état-major.

Le 4e bataillon du 1er régiment de ligne, le 3e du 62e et le 4e du 101e de ligne, qui sont en France, iront rejoindre leurs régiments par un autre chemin; de sorte que cette 3e division, qui d’abord ne sera forte que de dix bataillons, y compris les Espagnols, le sera de treize après l’arrivée de ces renforts.

Le ministre de la guerre me fera connaître où sont les trois batail­lons qui devront rejoindre, quand ils pourront marcher et par où on devra les diriger pour les réunir.

On aura soin de placer les Espagnols hors de Mantoue en les can­tonnant à Villafranca, Borghetto, Roverbella, etc. En conséquence, le ministre de la guerre détournera la marche des 1er, 62e et 101e régi­ments, qui viennent de Rome, et, au lieu de les laisser continuer leur route sur Plaisance, les dirigera de Bologne sur Mantoue.

Cette division aura une batterie à cheval de six pièces et une à pied de huit pièces; ce qui, joint aux six pièces de régiment, fera vingt pièces de canon.

Les commissaires des guerres, l’artillerie, les officiers du génie, les sapeurs, les attelages de pièces, tout sera fourni par ce qui est en Italie.

4e Division. — La 4e division sera composée de régiments italiens; le général Fontanelli la commandera. L’artillerie, le génie, le train, les transports, les attelages seront également fournis par l’armée italienne.

Cette division aura six officiers du génie italiens, une batterie d’artillerie à cheval de six pièces et une à pied de huit pièces; total, quatorze pièces de ligne. Chaque régiment d’élite aura deux pièces de canon, et, comme il y a cinq régiments d’élite, cela fera dix pièces régimentaires. Total de l’artillerie, vingt-quatre pièces.

La 4e division aura, en outre, deux compagnies de sapeurs, deux compagnies de pontonniers, deux compagnies de transports italiens.

Cette division se formera à Brescia et sera organisée en trois brigades.

Garde royale. — La garde royale formera une division comman­dée par le général de division Pino ; elle se composera de deux bataillons d’élite, de deux d’infanterie légère et de deux bataillons de conscrits de la garde.

Total, 6,000 hommes environ et 600 chevaux.

L’artillerie de cette division se composera d’une batterie d’artillerie à cheval, de douze pièces et d’une réserve de douze pièces de 12, servies par l’artillerie à pied italienne.

La garde se tiendra à Milan prête à partir. Chaque bataillon de la garde aura un caisson d’infanterie et un pour le transport des vivres, ce qui fera 12 caissons, et en outre 3 caissons pour porter les objets divers; en tout 15 caissons.

Cavalerie. — Le général Grouchy commandera la cavalerie de ce corps d’armée.

Cavalerie légère. — La cavalerie légère formera une division composée de quatre brigades.

La le brigade, commandée par le général Gauthrin, aura le 6e de hussards et le 8e de chasseurs. La 2e brigade, commandée par le général Gérard, aura le 6e et le 25e de chasseurs. La 3e brigade, commandée par le général Thiry, aura le 4e et le 9e de chasseurs. La 4e brigade, commandée par un général italien, sera composée de deux régiments de chasseurs italiens.

Réserve de dragons. — Trois régiments de dragons français et un régiment de dragons italiens formeront une réserve de cavalerie.

Deux batteries d’artillerie à cheval seront attachées à cette division.

Les dépôts de ces régiments de cavalerie, qui sont dans la 6e divi­sion militaire, aussitôt qu’ils auront reçu leurs conscrits et leurs remontes, formeront un régiment de marche qui viendra renforcer les escadrons de guerre.

Artillerie. — Le général d’Anthouard commandera l’artillerie du corps d’armée ; cette artillerie sera composée ainsi qu’il suit :

 

Artillerie de régiment Artillerie de ligne Artillerie à cheval
1e Division 8 8 6
2e Division 16 8 6
3e Division 6 8 6
4e Division 10 8 6
Garde royale 12 6
Dragons 12
Réserve 16
Totaux 40 60 42
Total général 142

La réserve sera composée de deux obusiers et six pièces de 12 ita­liens et de deux obusiers et six pièces de 12 français.

Indépendamment de ce, le ministre de la guerre me fera un détail du double approvisionnement nécessaire; cela doit entrer dans la composition du parc de l’armée d’Allemagne. L’Italie fournira tout ce qu’elle pourra fournir; ce qui sera l’objet d’un travail particulier.

Équipages militaires. — Le 9e bataillon d’équipages militaires, qui est à Plaisance, doit faire partir au 1er mai pour Vérone une première compagnie; il en fera ensuite partir une seconde, et toutes les fois qu’il aura ainsi une compagnie prête il la mettra en marche pour Vérone.

État-major général et dispositions diverses. — Le vice-roi commandera.

Le général Porson sera chef d’état-major et se rendra à Vérone ; quatre adjudants commandants lui seront attachés, ainsi que les officiers d’état-major nécessaires.

Le général Franceschi sera attaché à l’état-major pour servir dans le besoin.

Un général pour commander le génie sera proposé.

On proposera également un directeur du parc pour l’artillerie.

L’ordonnateur Joubert sera l’ordonnateur en chef.

Le ministre de l’administration de la guerre présentera tout et qui est nécessaire pour l’organisation administrative de ce corps d’armée, médecins, chirurgiens, boulangers, administrateurs, etc.

Le royaume d’Italie formera une compagnie d’infirmiers italiens, une brigade de maçons constructeurs de fours et une brigade de 160 boulangers italiens, de sorte que ce corps aura 200 boulangers, y compris les 40 tirés d’Illyrie.

Le corps d’armée doit se réunir sur l’Adige, l’Oglio et le Mincio.

 

Paris, 20 Avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous renvoie les renseignements que vous me donnez sur les Portugais; ces renseignements ne sont pas suffisants. Il faut me faire connaître leur organisation, régiment par régiment, bataillon par bataillon, compagnie par compagnie. J’ai besoin de prendre une mesure à l’égard de ces troupes. Mon inten­tion est de les employer à l’armée. Bien nourries, bien payées et mêlées à d’autres, elles seront utiles; mais il est nécessaire de les faire sortir de France, je ne puis pas laisser des troupes suspectes sur mes derrières. Je ne puis pas non plus les désarmer, puisqu’ils sont venus volontairement et que je n’ai pas à m’en plaindre. Par l’organisation que vous recevrez, vous verrez que j’en emploie plu­sieurs bataillons à l’armée. Les trois bataillons d’élite seront employés à l’armée d’Allemagne; je me servirai des autres comme ils sont, en les mêlant avec des Espagnols. Présentez-moi demain un projet pour tirer parti de ces hommes, dissoudre les dépôts, et pour faire mar­cher ces hommes d’une manière utile pour mon service.

 

Paris, 20 avril 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je reçois votre lettre du 19 sur l’em­prunt de la Saxe. Je vous autorise à voir la maison Laffitte et à lui faire connaître que je protège cet emprunt, enfin à faire tout ce qui vous sera possible pour le faire réussir. Il me semble que, sans rien démasquer, il serait convenable de verser sans délai un million; vous en feriez l’avance, et vous vous concerteriez avec Laffitte pour faire croire que c’est lui qui a déjà rempli ce million. Ce qui est pressant, c’est que ce million soit remis sans délai à la Saxe pour l’aider dans les dépenses qu’elle fait pour les armements des Polonais. Je désire donc que le programme de cet emprunt soit sur-le-champ publié, et que Laffitte dise qu’il a assez de demandes pour pouvoir assurer un million. Il est probable que, quand Laffitte aura instruit le ministre de Saxe, celui-ci enverra un courrier. Laffitte peut de cela se faire du crédit, se donner de l’importance et en donner à la place.

 

Paris, 20 avril 1811

A Caroline Napoléon, reine des Deux-Siciles, à Naples

Ma Sœur, j’aime à vous associer à tous les événements heureux pour moi, et je désire que vous soyez la marraine du fils dont la naissance m’a comblé de joie. J’espère que la santé de Votre Majesté lui permettra de se rendre bientôt a Paris pour les cérémonies du baptême, que j’ai fixé au 2 du mois de juin prochain; et, si cette espérance devait être trompée, je l’engage à transmettre sa procura­tion à la personne à qui elle voudra l’accorder. Il me sera très agréable que ces nouveaux liens qui se formeront entre mon fils et ma sœur soient pour le roi de Rome un titre de plus à votre affec­tion. Recevez les assurances de la tendre affection et de la haute estime avec lesquelles je suis,

De Votre Majesté, le bon frère.

 

Paris, 20 avril 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, je vous prie de me rapporter demain ce budget; relisez-le avec attention, pour voir s’il n’y a rien qui puisse indisposer le pays: ce n’est pas le moment de rien faire qui puisse donner lieu à causer.

 

Paris, 21 avril 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous envoie une lettre de l’amiral Ver Huell qui mérite la plus sérieuse considération; car, s’il était vrai qu’on pût construire des vaisseaux à Cuxhaven, ce serait une vraie découverte, puisque les bois qui viendraient à Cuxhaven ne peuvent venir à Anvers. Proies les mesures nécessaires pour faire sonder cette rivière, et envoyés àa ingénieurs pour reconnaître le port de Cuxhaven. Pas un seul de vos agents employés dans la marine de Hambourg n’est arrive; faites-moi connaître quand ils arriveront.

Instruisez-moi de l’individu que vous chargerez de sonder et de prendre en détail connaissance de l’Elbe.

Les dessins pour les corvettes n’ont pas encore été envoyés.

 

Paris, 22 avril 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Il faut achever l’organisation des deux départements de Rome et du Trasimène. Les collèges ne sont pas formés. Faites-moi un rap­port sur les sieurs Spada et Passaglia, sous-préfets de Viterbe et Perugia. A-t-on fait la délimitation du territoire des arrondissements communaux ? Le dépôt de mendicité de Rome n’est pas créé. Il avait été décrété une prime pour l’augmentation des oliviers. Où cela en est-il ? Le port de Cività-Vecchia a besoin d’urgentes réparations; faites-moi un rapport sur ce port.

 

Paris, 22 avril 1811

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Je désire que vous fassiez connaître à chaque ministre que, dans la première semaine de mai, je tiendrai un conseil pour revoir tous les budgets des exercices arriérés, et surtout ceux de 1810 et 1811,  et arriver aux résultats nécessaires pour bien arrêter le budget de 1811, qui ne l’a été jusqu’à présent que provisoirement. Vous en préviendrez les ministres pour qu’ils vous envoient avant le mois de mai leurs états, dont vous devez me présenter le résumé. Le princi­pal but qu’il s’agit de se proposer est de savoir si les fonds accordés pour les exercices antérieurs sont suffisants. Je suis porté à penser qu’ils le sont pour 1808 et 1809, moyennant les fonds de réserve qui existent pour ces exercices; mais il est nécessaire que le trésor éclairasse ce qu’il a à payer à la guerre en sus du budget.

Quant à 1810, vous évaluez les recettes à huit cent cinq millions, au lieu de sept cent quatre-vingt-sept.

Dans les deux cent vingt-cinq millions de la guerre, dix millions sont portés pour l’extraordinaire de la solde de l’armée d’Espagne. Il faut savoir si cela sera suffisant. La solde n’est portée en totalité que pour cent trente et un millions, sans compter la solde des re­traites; cette somme sera-t-elle suffisante ? Voilà la question.

Si trente millions étaient inutiles au fonds de réserve, je voudrais les ôter à cet exercice, mais après que vous vous serez bien assuré par les états des ministres qu’ils n’ont pas besoin de ce fonds. Cette diminution, vous la feriez d’un trait de plume, en ôtant les vingt millions des produits extraordinaires de la régie des douanes, et des recettes diverses et accidentelles jusqu’à la concurrence de dix mil­lions, et en reportant ces produits sur l’exercice de 1811. Par ce moyen, le budget des recettes de 1811, au lieu de neuf cent cinq millions, serait de neuf cent trente-cinq millions. Mon intention est même d’y ajouter dix millions de domaines situés en France et au Piémont; ce qui porterait les recettes à neuf cent quarante-cinq millions.

Enfin je vous prie de voir si l’évaluation des recettes ne pourrait pas être augmentée. Il me semble que les sels et les tabacs au delà des Alpes peuvent rapporter plus de huit millions depuis la réunion de Rome; que les droits réunis peuvent rapporter plus de cent vingt millions, et que, si l’enregistrement a rendu cent quatre-vingt-treize millions en 1810, il doit rendre davantage en 1811, puisqu’il profite de l’augmentation de territoire provenant des départements romains, des Bouches-de-1’Escaut et du Rhin.

Enfin il faudrait mettre un article de recette pour le département de la Lippe, qui rendra bien deux à trois millions; par ces moyens réunis, je voudrais faire monter le budget des recettes à neuf cent cinquante millions. Vous verrez, par les budgets de la guerre et de l’administration de la guerre, que je ne suis pas loin d’avoir besoin de cette somme. Le ministre de la guerre n’a que deux cent cinquante-deux millions; je suis porté a croire qu’il aura besoin de deux cent quatre-vingts millions : augmentation, vingt-huit millions. Le mi­nistre de l’administration de la guerre n’a que cent quarante-deux millions; il aura besoin de cent soixante et dix millions : augmenta­tion, vingt-huit millions. Ainsi vingt-huit millions de supplément à la guerre et vingt-huit millions à l’administration de la guerre feraient un supplément de cinquante-six millions. Il faut calculer sur une augmentation totale de soixante millions.

Vous porterez dans votre compte le budget des dépenses à neuf cent un millions, mais vous y comprendrez trente-huit millions et recette : restent huit cent soixante-trois millions; avec l’augmentation de soixante millions, cela fera neuf cent vingt-trois millions.

Vous voyez que neuf cent trente millions de recette sont de rigueur; neuf cent cinquante millions feront voir à l’Europe une immense prospérité.

 

Paris, 22 avril 1811

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

On m’assure que les biens des évêques, chapitres et corporations religieuses, confisqués à Rome, ne sont pas encore dans les mains du domaine à Rome.

Saint-Cloud, 23 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

L’arrivée de la division de la Cerdagne et de la division du général Plauzonne, qui sont composées de troupes d’élite, donnera au général Baraguey d’Hilliers un renfort de plus de 14,000 hommes, et le mettra à même d’assiéger vigoureusement Figuières et de contenir toute la province. S’il n’y a qu’un millier de miquelets dans la forteresse, il est probable que le siège peut en être brusqué; ordonnez qu’on en fasse les préparatifs à Girone.

Je suis étonné que le général Baraguey d’Hilliers mette dans la place de Girone des gendarmes catalans, après ce qui lui est arrivé à Figuières par la trahison des Catalans.

 

Saint-Cloud, 23 avril 1811

Au général Duroc, duc de Frioul, grand-maréchal du palais, à Paris

Pourquoi ne laisse-t-on pas au public la jouissance de la terrasse de l’eau ? Donnez ordre qu’on lève les consignes et que le public puisse s’y promener comme à l’ordinaire.

 

Saint-Cloud, 24 avril 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je vous envoie une lettre du ministre du trésor sur l’emprunt de la Saxe. Faites sentir au ministre de Saxe l’importance de lever tous les obstacles pour avoir de l’argent pour les dépenses des Polonais, acheter des chevaux pour remonter la cavalerie et compléter l’artillerie. Mais il n’y a pas un moment à perdre.

Écrivez dans le même sens au baron Bourgoing, pour qu’on lève tous les obstacles.

 

Saint-Cloud, 24 avril 1811.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures

Monsieur le Duc de Bassano, remettez-moi un projet de circulaire à mes ministres près les princes de la Confédération, pour demander que des dispositions soient faites pour tenir les contingents prêts à marcher, puisque les Russes ont abandonné la Finlande et la Mol­davie et menacent le Grand-Duché. Apportez-moi cette circulaire pour que je la corrige avec vous.

 

Saint-Cloud, 24 avril 1811

Au comte Mollien, duc de Gaète, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, j’ai lu avec attention vos états et votre rapport sur la solde de 1810. Tout cela est loin d’être clair. J’ai peine à croire que  l’armée d’Allemagne ait coûté 7,550,000 francs pour 1810, quand elle était en partie payée par la Westphalie et les villes hanséatiques. Je n’aurai des idées claires que quand vos états seront ainsi conçus : 1° solde évaluée en 1810 ; 2° payé par la Westphalie ; 3° par les villes hanséatiques ; 4° par le trésor de France. Total. Alors il ne restera aucun doute.

Je désire que vous me fassiez le même calcul pour l’armée d’Espa­gne : solde évaluée en 1810.. . payé par l’Espagne sur les contri­butions. . . par le trésor de France. . . Reste dû. . .

Même état pour l’armée de Portugal.

Les états que vous m’avez remis ne me paraissent pas clairs; je crains qu’il ne se glisse des doubles emplois qui donnent lieu à bien des abus.

Je désire que vous me fassiez un aperçu de la solde en 1811 sur le même plan : solde évaluée en 1811. .. payé par la Westphalie à raison de 12,500 hommes. .. payé sur les fonds des trois nouveaux départements qui n’entrent pas au budget. . . .

Vous ferez le même travail pour les armées d’Espagne, en distin­guant l’armée du Nord, celle du Midi, du Centre, de l’Aragon, de la Catalogne, et notant ce qui est payé par le trésor, ce qui est payé sur les contributions du pays. Même chose pour l’armée de Portugal.

Je vois que j’ai envoyé à l’armée de Portugal, en cinq envois dif­férents, 9 millions. Faites-moi connaître jusqu’à quel mois ces neuf millions solderont cette armée. Je vois par l’un de vos états que 6,780,000 francs sont pour 1810 et 2,220,000 francs pour 1811.

Faites-moi un rapport sur la disposition que vous voulez faire d’une partie du fonds de 10 millions pour les armées d’Espagne et de Por­tugal. Cela doit être en sus du fonds de 2 millions que j’ai accordé.

 

Saint-Cloud, 24 avril 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, vous trouverez ci-joint une circulaire aux évêques. Vous ne la publierez pas; mais vous réunirez chez vous le conseil ecclésiastique, et vous lui communiquerez cette lettre comme étant définitivement arrêtée. Vous recueillerez les obser­vations auxquelles elle donnera lieu, et vous me ferez connaître, à l’insu de tous, l’effet qu’elle aura fait sur le comité et ce que vous eu aurez conclu qu’il y aurait à y changer. Vous ferez connaître à l’archevêque de Tours et aux évêques de Nantes et de Trêves que je les ai choisis pour être chargés d’une mission auprès du Pape. Il est néces­saire qu’ils partent vendredi prochain. Mon intention est que leur mission soit tenue très secrète. Ils se rendront à Savone, en passant par Turin. Vous les munirez des autorisations nécessaires auprès du préfet et de l’officier qui commande le palais du Pape, pour qu’ils soient considérés pour ce qu’ils sont. Je vous envoie leurs instruc­tions. Vous leur ferez remettre par la chancellerie les pleins pouvoirs nécessaires pour conclure une convention avec le Pape ou ses ayants cause. Demain jeudi, à midi, vous m’amènerez ces trois évêques. Ils auront connaissance de la circulaire. Il sera nécessaire, à cet effet, que le conseil ecclésiastique soit réuni chez vous demain à neuf heures du matin, afin que vous lui en donniez communication. Je ferai connaître aux trois députés mes intentions,  qui sont les mêmes que celles exprimées dans l’instruction que vous rédigerez règle et que vous m’apporterez demain à signer.

 

Saint-Cloud, 24 avril 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin , il est convenable que vous envoyiez un officier au général Suchet pour lui faire connaître que, par l’infidélité de deux gardes-magasins qui étaient Catalans, une porte d’un des magasins de Figuières, qui donnait sur le fossé, a été ouverte à deux heures de nuit, et que 800 miquelets se sont introduits par cette porte dans la place et ont pris dans leurs lits 500 Napolitains et Italiens et 150 Français qui étaient dans le fort ; que cet événement désagréable a obligé le général Baraguey d Milliers à concentrer ses forces autour de Figuières; qu’il est donc nécessaire qu’il se porte sur Tarragone; qu’il tienne en respect Campo Verde et l’empêche de faire aucune diversion; que la saison est favorable, et que ce serait un grand malheur si la belle armée qu’il a restait inactive.

 

Saint-Cloud, 24 avril 1811

Au général Duroc, duc de Frioul, grand-maréchal du palais, à Paris

Je vous envoie la copie d’un décret sur le recrutement extraordi­naire de la Garde. Vous verrez que tous les bataillons d’infanterie légère et de ligne fournissent chacun deux hommes, savoir : un homme pour les chasseurs et un pour les grenadiers. Je ne comprends pas les 5e bataillons. Cela produira environ 500 hommes pour chaque arme de chasseurs et grenadiers; 200 hommes leur seront fournis par les fusiliers, ce qui fera 700 hommes, qui porteront à 2,400 hommes les deux régiments des grenadiers et des chasseurs.

J’ai ordonné que les quatre régiments de tirailleurs fourniraient 300 hommes pour les fusiliers, et les quatre régiments de volti­geurs autant. Les régiments de fusiliers, au lieu de perdre, gagne­ront 100 hommes.

Quant au 2e régiment de grenadiers, il suffit de le tenir au complet; les 80 hommes qui lui manquent lui seront fournis par les quatre régiments hollandais, à raison de 20 hommes chacun.

Par ce moyen, la Vieille Garde, au lieu de 4,800 hommes, aura plus de 6,000 hommes.

Je vois, par l’état de situation de la Garde au 15 avril, que les fusiliers-chasseurs avaient en Espagne 1,600 hommes; ce qui fait plus de 200 hommes par compagnie. Ils doivent fournir 200 hommes ; il leur en restera 1,400; ils recevront 300 hommes; ils seront donc au delà du complet.

Les fusiliers-grenadiers ont 1,500 hommes en Espagne. Les quatre régiments de voltigeurs ont 5,500 hommes; ils fourniront 300 hommes ; il leur restera plus de 5,000 hommes, ou 160 hommes par compagnie.

Même observation pour les tirailleurs.

J’ai à Paris 300 fusiliers ou voltigeurs et 300 fusiliers ou ti­railleurs; ce qui peut faire un bataillon de 600 hommes. Ils reçoi­vent 2,000 conscrits, ce qui fera 2,600 hommes. Je compte donner ces 2,600 hommes aux cadres des ler régiments de voltigeurs et de tirailleurs qui viennent d’Espagne; ce qui fera un beau régiment et permettra à la Garde de faire marcher 8,000 hommes d’infanterie. Les trois bataillons de sergents et de caporaux sont de 2,400 hom­mes. Je pourrai donc disposer de 10,000 hommes d’infanterie de la Garde pour aller à l’ennemi. Il faudra tenir la main à ce que les trois bataillons soient complétés par la partie de la Garde qui est en Espagne.

Voilà pour le moment présent. Mais, si la Garde ne part qu’en juillet, je la composerai ainsi, savoir : 1er régiment de grenadiers, 1,600 hommes; 2e régiment de grenadiers, en me servant du cadre du 1er régiment de tirailleurs qui vient d’Espagne, 1,600 hommes; 1er régiment de chasseurs, 1,600 hommes; 2e régiment de chas­seurs, en me servant du cadre du 1er régiment de voltigeurs, l,600 hommes; 2e régiment de grenadiers hollandais, 1,600 hom­mes; deux bataillons de fusiliers-sergents, 1,600 hommes; deux bataillons de tirailleurs et de voltigeurs-caporaux, 1,600 hommes; un 5e régiment de tirailleurs, 1,600 hommes; un 5e régiment de voltigeurs, 1,600 hommes. Total, dix bataillons de la Vieille Garde et huit de la Jeune : dix-huit bataillons ou 15,000 hommes; ce qui, avec 3,000 Italiens, me ferait 18,000 hommes, ou trois belles divi­sions de la Garde à pied.

 

Saint-Cloud, 24 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint le travail du ministre pour l’organisation et l’administration de votre corps d’armée. J’ai décidé qu’on n’enverra que les trois quarts de ce qui est proposé dans ces états. Ainsi, au lieu de 611 employés et de 650 sous-employés pro­posés, vous pouvez compter sur 450 employés et environ 500 sous-employés. Cela sera suffisant. Quelques employés sont utiles et trop d’employés gênent.

 

Saint-Cloud, 24 avril 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, vous trouverez ci-jointes les bases pour l’approvi­sionnement de Magdeburg. Il est nécessaire que vous fassiez des instances auprès de la Westphalie pour que cette puissance complète cet approvisionnement. Comme la base de 15,000 hommes pour un an est considérable, il faudrait demander que le premier tiers existât au 1er juin, le deuxième au 1er août et le troisième au 1er septembre; à moins que des circonstances imprévues n’obligent d’accélérer la mesure. Cette manière de procéder la rendrait plus supportable pour le gouvernement westphalien; mais l’important, c’est que le premier tiers existe. Ce sera donc pour 15,000 hommes pendant quatre mois, ou pour 10,000 hommes pendant six mois.

 

Saint-Cloud, 24 avril 1811

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

J’ai reçu votre lettre du 17 avril. Le prince d’Eckmühl n’a jamais songé à prendre votre 1er de cuirassiers.

Je vois avec plaisir que vous pouvez avoir deux divisions formant 20,000 hommes, dont 2,500 de cavalerie. Les 4,000 hommes que vous avez à Danzig y sont-ils compris ? Je vous prie de m’envoyer l’état de situation de ces troupes et l’organisation que vous voulez leur donner. Combien tout cela aura-t-il de pièces d’artillerie, de caissons et de transports militaires ? Il vous faudrait l’artillerie suivante : au moins une compagnie d’artillerie légère pour la cavalerie; il serait bon d’en avoir une par division, mais à la rigueur une peut suffire; il vous faudrait quatre divisions d’artillerie à pied. L’artillerie légère servirait deux obusiers et quatre pièces de 6; l’artillerie à pied ser­virait par division deux obusiers et six pièces de 6 ; ce qui ferait huit obusiers et vingt-quatre pièces de 6 pour l’artillerie. De plus il vous faudrait en réserve, pour la garde, deux compagnies d’artillerie à pied, chaque compagnie servant deux obusiers et six pièces de 12 ; ce qui ferait pour la réserve quatre obusiers et douze pièces de 12. Total de l’artillerie qui vous est nécessaire : artillerie à cheval, deux obusiers, quatre pièces de 6; artillerie à pied, huit obusiers, vingt-quatre pièces de 6 de réserve, quatre obusiers et douze pièces de 12; total, quatorze obusiers et quarante pièces. Total général, cin­quante-quatre bouches à feu.

Or, pour cinquante-quatre bouches à feu, y compris les caissons d’infanterie, il faut au moins 300 voitures; ce qui fait 1,500 chevaux. Indépendamment de cette artillerie de ligne, il faut former votre artillerie de régiment. Chaque régiment peut avoir sa compagnie, qui servira deux pièces de 3 ; en supposant que vous ayez dix régi­ments, cela vous fera encore vingt pièces de canon. Ce qui portera de cinquante-deux à soixante et quatorze le nombre de pièces de canon de votre armée.

Du moment que vous avez les attelages, les harnais, les hommes du train, les canonniers et les officiers nécessaires pour servir cette artillerie, je ne verrai point de difficulté à vous fournir la plus grande partie du matériel.

Il faudrait aussi avoir quatre compagnies de sapeurs avec dix caissons attelés chargés d’outils.

Alors vous formeriez un petit corps d’armée, auquel on pourrait joindre les troupes du grand-duché de Berg et peut-être quelques autres troupes de la Confédération ; vous auriez ainsi sous vos ordres un corps d’armée qui pourrait se porter partout. Faites-moi un projet là-dessus, en y mettant le nombre d’officiers d’artillerie et du génie que vous avez. Si vous réunissez le personnel que je viens de vous indiquer, je ne verrai pas de difficulté à compléter votre corps d’armée avec les petits contingents de la Confédération à 30,000 hommes, qui vous formeraient alors trois belles divisions.

 

Saint-Cloud, 25 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous ai fait connaître mes intentions sur Flessingue. Je ne suis point d’opinion que les 200,000 francs qu’on avait destinés aux ou­vrages du plateau soient employés aux fronts de Flessingue du côté de Rammekens. Il est possible que ce point se trouve le plus faible de la place; mais les travaux faits au plateau ont un grand avantage, en ce qu’ils ont une action immédiate pour prolonger la défense do fort Montebello, et qu’au fort Montebello est attachée une des grandes propriétés de Flessingue. Ainsi je désire qu’on travaille, comme il a été déterminé, aux ouvrages pour occuper le plateau.

 

Saint-Claiud, 26 avril 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je vous envoie la circulaire que j’ai signée. Expédiez-la sans délai à tous les évêques. Je vous renvoie également l’instruction pour les trois évêques qui se rendent à Savone (MM. de Barrai, Duvoisin et Maonay). Faites-moi connaître les instructions que vous leur don­nerez. Il est nécessaire que vous leur fassiez connaître qu’ils ne doi­vent avouer leurs pouvoirs qu’au moment où ils verraient le Pape disposé à traiter; qu’ils sont autorisés à appeler le cardinal Spina si le Pape le désirait; qu’ils peuvent s’ouvrir au préfet (M. Chabrol de Volvic, préfet du département de Montenotte), qui est un homme sûr et intelligent; qu’ils peuvent négocier et amener la négo­ciation à fin; mais qu’ils doivent, avant de rien signer, vous envoyer la minute de la convention qu’ils pourraient faire, afin d’être bien assurés qu’elle aura mon approbation, avant de la signer; que le jour de leur arrivée à Savone une estafette partira pour Turin, où elle rencontrera l’estafette de Paris, et tous les jours pendant leur séjour à Savone ; qu’ainsi on pourra avoir des nouvelles en quatre jours; qu’également l’estafette qui part tous les jours de Paris por­tera des lettres pour eux; qu’arrivées à Turin ces lettres leur seront envoyées par une estafette particulière; que, s’ils voulaient trans­mettre quelque chose par le télégraphe de Turin, ils pourraient adres­ser leur dépêche télégraphique au chef d’état-major du prince Borghese, qui la fera passer par le télégraphe et leur enverra la réponse par une estafette spéciale; que vous donnerez ordre de préparer leur logement à Savone de manière qu’ils soient ensemble et d’une manière conve­nable; qu’ils doivent tâcher d’être arrivés avant le 6 mai.

Vous aurez soin d’écrire par l’estafette de ce soir à l’officier de gen­darmerie qui commande le palais du Pape, pour le prévenir de l’arri­vée des évêques. Vous lui prescrirez de leur laisser la communication libre et entière avec le Pape, et de se conformer à tout ce qu’ils feront. Vous écrirez en même temps au préfet pour qu’il fasse préparer leur logement et pour qu’il organise l’estafette de Savone à Turin, et au prince Borghèse pour le télégraphe.

Vous pourrez prendre les fonds nécessaires pour les dépenses sur l’extraordinaire des cultes, qui est à votre disposition particulière; tout cela se régularisera après.

 

Saint-Cloud, 25 avril 1811.

CIRCULAIRE POUR LA CONVOCATION DU CONCILE NATIONAL.

Monsieur l’évêque de…..    les églises les plus illustres et les plus populeuses de l’Empire sont vacantes; une des parties contractantes du Concordat l’a méconnu. La conduite que l’on a tenue en Allema­gne depuis dix ans a presque détruit l’épiscopat dans cette partie de la chrétienté. Il n’y a aujourd’hui que huit évêques ; grand nombre de diocèses sont gouvernés par des vicaires apostoliques. On a troublé les chapitres dans le droit qu’ils ont de pourvoir, pendant la vacance du siège, à l’administration du diocèse, et Ton a ourdi des manœu­vres ténébreuses tendant à exciter la discorde et la sédition parmi nos sujets. Les chapitres ont rejeté des brefs contraires à leurs droits et aux saints canons.

Cependant les années s’écoulent; de nouveaux évêchés viennent à vaquer tous les jours; s’il n’y était pourvu promptement, l’épiscopat s’éteindrait en France et en Italie comme en Allemagne. Voulant pré­venir un état de choses si contraire au bien de la religion, aux prin­cipes de l’Église gallicane et aux intérêts de l’État, nous avons résolu de réunir, au 9 juin prochain, dans l’église de Notre-Dame de Paris, tout les évêques de France et d’Italie en concile national.

Nous désirons donc qu’aussitôt que vous aurez reçu la présente vous ayez à vous mettre en route, afin d’être arrivé dans notre bonne ville de Paris dans la première semaine du mois de juin.

 

Saint-Cloud, 26 avril 1811

INSTRUCTIONS POUR M. L’ARCHEVÊQUE DE TOURS ET MM. LES ÉVÈQUES DE NANTES ET DE TRÊVES.

Nous avons convoqué un concile qui s’assemblera le 9 juin pro­chain pour mettre un terme aux circonstances fâcheuses de l’Église. Nous considérons le Concordat comme n’existant plus, puisqu’une des parties contractantes l’a violé. Et nous entendons que nos évêques soient institués comme ils l’étaient avant le concordat de Fran­çois 1er, que nous avions renouvelé, et de la manière qui sera établie par le concile et qui aura reçu notre approbation.

Cependant nous avons résolu de vous envoyer près du Pape, pour lui exposer l’état affligeant de la chrétienté et les malheurs que pro­duisent et peuvent produire l’ignorance et l’obstination de ses conseils. Nous avons ordonné à notre chancellerie de vous expédier des pou­voirs en forme pour vous autoriser à négocier, conclure et signer une convention; mais notre intention est que vous ne vous serviez de ces pouvoirs que toutes les fois que vous trouveriez le Pape dans une disposition d’esprit raisonnable, et qu’éclairé par vos conseils et vos avis il abandonnerait l’esprit de vertige qui le conduit depuis plu­sieurs années.

Nous avons voulu vous faire connaître nous-même les conditions des conventions que vous êtes autorisé à conclure avec le Pape, et dont l’une aurait pour objet les affaires particulières à la circonstance de l’institution des évêchés, et l’autre les affaires générales en tout ce qui concerne le Pape. Chacune de ces conventions est absolument indépendante de l’autre : elle doit être par acte séparé.

Pour ce qui regarde l’institution des évêques, nous consentons et nous nous engagerons à revenir au Concordat, aux deux conditions suivantes :

1° Que le Pape instituerait tous les évêques que nous avons nommés ;

2° Qu’a l’avenir notre nomination serait communiquée au Pape dans la forme ordinaire; qu’elle serait en même temps notifiée au métropolitain; que, si trois mois après la cour de Rome n’avait pas institué, l’institution devrait être donnée par le métropolitain à l’égard de ses suffragants et par le plus ancien des suffragants à défaut de métropolitain, ou lorsqu’il s’agirait de son siège; le tout, sans qu’on puisse alléguer aucune raison de non communications, d’empêche­ment de territoire, d’interception de courriers.

Une autre convention peut se faire, si telle est l’intention du Pape.

Son but serait de régler les affaires générales; elle pourrait reposer sur les bases suivantes :

Nous accorderons au Pape le retour dans la métropole de Rome, pourvu qu’il nous prête le serment que prescrit le Concordat et que les papes ont toujours prêté aux empereurs.

Dans le cas où il refuserait de prêter ce serment, nous ne pour­rons consentir à ce qu’il demeure à Rome ; mais nous consentirons à ce qu’il aille résider à Avignon ; que là il ait l’administration de tout le spirituel avec la chrétienté; que les puissances chrétiennes qui voudront avoir auprès de lui des chargés d’affaires ou des résidents en soient maîtresses, et que ces chargés d’affaires, résidents ou mi­nistres aient les immunités accordées par le droit public aux agents diplomatiques ; qu’il ait les honneurs souverains et la liberté de com­muniquer avec les églises étrangères; que, quant à son temporel, deux millions seront affectés à son entretien ; ces deux millions, payés soit par nous, soit par tous les princes chrétiens, seront pris sur les bénéfices de la chrétienté, selon que cela s’accordera le mieux avec la manière de voir du Pape.

Quant à l’exercice du pouvoir spirituel du Pape dans l’intérieur de notre Empire, si le Pape va à Rome et prête serment, nous n’exi­geons rien autre chose; s’il ne croit pas devoir prêter ce serment et qu’il aille à Avignon, nous exigerons de lui la promesse qu’il ne fera rien dans notre Empire de contraire aux quatre propositions de l’Église gallicane.

Nous ne pouvons que répéter que ces deux objets sont distincts et ne peuvent jamais être confondus dans une même convention ; car l’institution canonique n’est pas une faveur que nous fait le Pape, c’est, au contraire, une marque de déférence et de considération accordée en France aux papes. Cela ne doit donc rien avoir de com­mun avec la seconde convention.

Nous devons vous dire que nous n’admettons aucun délai ni pré­texte quels qu’ils soient : les affaires de l’Église languissent depuis trois ans; elles ne peuvent traîner plus longtemps. Il est indispensa­ble que votre mission soit terminée et que vous soyez de retour à Paris avant le 1er juin.

Si ces premiers articles parviennent à être réglés, vous pourrez assurer le Pape de notre désir de nous entendre pour arranger et aplanir toutes les questions subséquentes, telles que les diocèses à établir à Bois-le-Duc, Amsterdam, Rotterdam, Hambourg, Montauban, Bremen, etc., les divers objets relatifs à la gloire et à la pro­spérité du christianisme, ce qui sera relatif à la protection à accorder aux religieux de la terre sainte, à la reconstruction du Saint-Sépulcre, aux missions, au rétablissement de la Daterie, des archives pontifi­cales et de ce qui est nécessaire et convenable à un pape pour le libre exercice de ses fonctions spirituelles.

Vous correspondrez avec notre ministre des cultes, auquel il est convenable que vous écriviez tous les jours.

Si vous connaissiez moins bien la situation des choses, nous vous parlerions de la bulle d’excommunication, des pratiques mises en usage pour exciter du désordre dans l’Empire, anéantir la juridic­tion épiscopale, accréditer des vicaires apostoliques sans en donner connaissance ni à nous ni à nos évêques; mais nous désirons oublier le passé et tout arranger.

Faites bien connaître que, dans aucun cas, le Pape ne peut ret­irer dans la souveraineté de Rome, parce que cela serait contraire aux lois de l’Empire, et parce que la France ne reconnaîtra jamais aucune influence spirituelle de la part d’un pontife qui serait souverain étranger.

Vous ne manquerez pas de prévenir le Pape de la réunion du concile et de ce que fera l’Église de France, conduite par l’exemple des temps antérieurs et par la nécessité du salut et du bien de la religion.

 

Saint-Cloud, 27 avril 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, M. de Saint-Marsan n’envoie pas assez de renseignements sur ce que fait la Prusse. Est-il vrai que les troupes qui étaient en Silésie évacuent cette province pour se rendre sur les côtes ? Et à quoi doit aboutir le pont qu’on veut construire entre Stettin et Küstrin ? Au lieu d’exciter, il faudrait que M. de Saint-Marsan ralentit ces armements, fit connaître d’ailleurs que ces me­sures ne peuvent donner que de la méfiance, empêchât enfin qu’on ne rappelât les semestriers, qu’on n’augmentât les cadres et qu’on ne fit des mouvements qui pourraient être mal interprétés.

Je crois qu’il serait convenable d’envoyer à Berlin et en Prusse plusieurs agents secrets, hommes intelligents et sûrs, qui s’y ren­draient sous prétexte de commerce et verraient ce qui se fait. Ces agents devraient être envoyés : un dans la Silésie, un à Berlin et dans les provinces entre Berlin et l’Elbe, et le troisième du côté de Kolberg, de Kœnigsberg et dans le nord.

Je crois aussi que l’envoi à Berlin d’un bon secrétaire de légation serait utile. M. de Saint-Marsan ne voit pas assez. Il est bien clair qu’on arme du côté de la mer, et que le pont qu’on va faire auprès de Schwedt a pour objet de pouvoir promptement se porter au delà de l’Oder. On assure qu’on lève les semestriers et qu’on fait beaucoup de recrues en Prusse. Il faudrait écrire aussi à mes ministres en Saxe et en Westphalie pour qu’ils éveillent l’attention de ces cours et fas­sent bien connaître tout ce qui se fait.

 

Saint-Cloud, 27 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai lieu de croire qu’il se commet des infidélités dans les bureaux de la conscription. Les étrangers savent sur-le-champ tout le travail qu’on y fait. Il serait nécessaire que le conseiller d’État Dumas prit quelques mesures pour découvrir les coupables.

 

Saint-Cloud, 27 avril 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, recommandez bien au général Thouvenot de prendre un soin particulier de Saint-Sébastien et de surveiller le service de manière que cette place ne puisse pas être surprise.

 

Saint-Cloud, 27 avril 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au duc de Raguse, sous l’adresse du duc d’Istrie, pour lui faire connaître qu’il est nécessaire qu’il prenne toutes les mesures convenables pour organiser son armée; que je le laisse maître de l’organiser en six divisions, sans faire de corps d’armée ; qu’il peut renvoyer en France les généraux et officiers qui ne lui con­viendront pas. Il aura soin de les diriger d’abord sur Valladolid, où ils attendront des ordres.

Mandez-lui qu’aussitôt que le général Brenier, qui commande à Almeida, sera rentré dans la ligne, il le fasse reconnaître et remploie comme général de division, avancement qu’il est inutile de lui donner tant qu’il restera dans la place; que c’est un très bon officier, qu’on peut employer utilement.

 

Saint-Cloud, 27 avril 1811

Au général Duroc, duc de Frioul, grand-maréchal du palais, à Paris

Je vous envoie le travail du général Sorbier sur l’artillerie. Voici les bases que j’adopte :

L’artillerie restera comme elle est, de quatre compagnies à cheval. Chaque compagnie servira six bouches à feu. Mais j’ai en Espagne deux compagnies qu’il n’en faut pas retirer; il ne faut donc plus y compter; restent deux.

J’ai six compagnies d’artillerie à pied de la Garde en France. J’ap­prouve que vous les portiez à 120 hommes. Elles serviront chacune une batterie de huit pièces de canon, savoir : quatre batteries de deux obusiers et six pièces de 6, et deux batteries de deux obusiers à grande portée et six pièces de 12.

Trois compagnies de conscrits serviront chacune huit pièces, qui restent en Espagne. Ainsi, à la prochaine campagne en Allemagne, la Garde aura deux compagnies d’artillerie à cheval ou douze bouches à feu et six compagnies à pied ou quarante-huit bouches à feu; total, soixante. La ligne fournirait quatre compagnies d’artillerie à cheval, soit vingt-quatre bouches à feu, et six compagnies d’artillerie à pied ou quarante-huit bouches à feu. Total général, cent trente-deux.

La Garde aurait donc en Allemagne cent trente-deux pièces de canon, formant la grande réserve de l’armée.

Ainsi ce projet n’exige d’autre augmentation que de porter à 120 hommes les compagnies qui sont à 100. Il faut le faire par un appel sur tous les régiments de la ligne.

Quant aux ouvriers, il ne faut pas les augmenter. S’il est néces­saire, on prendra une compagnie auxiliaire dans la ligne; une pour les pontonniers, une pour les sapeurs.

Quant au train, celui de la ligne ayant été augmenté, celui delà Garde recevra la même organisation que la compagnie de la ligne, afin d’éviter la confusion et d’avoir une organisation uniforme, mais il suffira de porter le train de la Garde à six compagnies; ce qui fera l,400 chevaux ou 2,800 pour les deux bataillons. En déduisant les compagnies qui sont en Espagne, il faudra voir ce qui reste. Si ce n’est pas suffisant pour atteler les cent trente-deux bouches à feu, on prendrait quelques compagnies auxiliaires dans la ligne.

 

Saint-Cloud, 27 avril 1811

Au prince Lebrun, lieutenant-général de l’empereur, en Hollande, à Amsterdam

Je reçois votre lettre du 24 avril ; je ne la comprends point. Vous m’écrivez toujours comme si je n’avais à penser qu’à la Hollande. Donnez-moi plus d’explications dans vos lettres. Je ne connais pas ce que c’est que le sieur Lemosys, ce que c’est que le capitaine Tavernier, et je ne sais pas ce qui s’est passé.

 

Saint-CloUd, 27 avril 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, je donne le titre de bonne ville à Milan, Venise, Bolo­gne, Brescia, Vérone et Mantoue.

 

Saint-Cloud, 28 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Pour tout ce qui est relatif aux corps d’observation de l’Elbe, de l’Italie et du Rhin, je vous ai ordonné de faire faire les mouvements préparatoires, c’est-à-dire les achats de chevaux, la formation des compagnies d’élite, mais aucun mouvement. J’attends que vous m’ayez rendu compte de la formation du corps d’observation du Rhin pour vous donner des ordres.

Ne faites aucun mouvement que je ne l’aie approuvé.

 

Saint-Cloud, 28 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Aussitôt que les nouveaux renforts seront arrivés en Catalogne, il faudra rouvrir les communications avec Barcelone et écrire au duc de Tarente de venir prendre le commandement de la haute Cata­logne, car il parait que Baraguey d’Hilliers ne sait ce qu’il fait et a bien peu la confiance du soldat et de l’armée. On me rend compte que, dans l’attaque sur Figuières, un bataillon du 3e d’infanterie légère a été forcé et écrasé, tandis que deux bataillons et un régi­ment de cavalerie qui pouvaient aller à son secours n’en ont pas reçu l’ordre, quoique les soldats eux-mêmes le demandassent à grands cris. Demandez un rapport à ce sujet au général Baraguey d’Hilliers. Comment ne s’y est-il pas lui-même porté au premier bruit ?

 

Saint-Cloud, 28 avril 1811

Au baron de La Bouillerie, trésorier du domaine extraordinaire, à Paris

J’ai lu avec attention le compte du domaine extraordinaire arrêté au 31 décembre 1810, que vous m’avez remis. Ce compte doit être la base d’où il faut partir pour tous les comptes à régler à l’avenir pour le domaine extraordinaire : il doit donc être appuyé de pièces justificatives.

L’état n° 1 commence par établir la recette de la manière conve­nable, puisqu’elle part des recettes des 3e, 4e et 5e coalitions. Vous devez avoir justifié des comptes de ces trois coalitions, et avoir des décrets de moi qui apurent ces comptes, tant en recettes qu’en dé­penses. Mais je remarque qu’en 1810 vous avez reçu sur la 3e coalitio….néant, et dès ce moment elle parait terminée; que pour la 4e coalition vous avez reçu 1,700,000 francs ; que pour la 5e vous avez, en 1810, reçu 31 millions et 11 millions pour l’Espagne. Je désirerais donc savoir ce que les mêmes raisons de recettes en 1810 rendront en 1811 et 1812, c’est-à-dire ce qu’il faudrait ajouter sur chacune de ces coalitions, indépendamment de ce que vous avez reçu, et ce que cela devrait rendre.

Par exemple, vous portez à l’article Provinces conquises, contribu­tions de toute nature, 110 millions reçus en 1800 et 558,000 francs reçus en 1810. Je désire savoir ce que cela rendra en 1811 ; et pour cela il faut que votre état contienne une colonne indiquant ce que vous avez dû recevoir; car qu’est-ce qui me prouve que vous avez porté tout ce que vous avez reçu, que vos receveurs ont porté tout ce qu’ils ont reçu ? Ainsi j’ai la certitude que le trésor justifie de tout ce qu’il a reçu, parce que le ministre des finances m’en remet le contrôle, par l’état de ce que toutes les régies ont dû rendre. Si vos comptes peuvent s’établir comme je le demande, j’aurai le compte non seulement de ce que vous avez reçu, mais de ce que vous avez dû recevoir, et dès lors de ce que vous recevrez. Faites-moi connaître s’il est possible de faire ce travail.

Vous portez en recette 28 millions de bénéfice, et vous affectez 23 millions de dépenses sur ces bénéfices; mais qu’est-ce qui me prouve que ces bénéfices n’ont pas été plus considérables ?

Cela me conduit à l’état n° 2. J’y vois ce que vous avez reçu en 1809 et en 1810, mais je ne vois pas ce que vous deviez recevoir. Or il y a une portion de ce compte qu’il vous appartient entièrement d’établir, ce sont les fonds que vous faites valoir : ainsi sur 1810 il reste k recouvrer les intérêts de 1809; il en reste beaucoup de 1810.

Je vous prie de me faire un tableau qui me fasse connaître com­bien, indépendamment des 13 millions que vous avez reçus, vous deviez recevoir. Faites-moi connaître aussi ce que rendra le Domaine comme intérêts en 1813.

Par ce moyen, je verrai quels sont les chapitres qui doivent encore.

avril 1811 (Cette pièce ne porte pas de date de jour; elle se trouve placée parmi les pièces de la correspondance de Napoléon Ier entre deux pièces du 28 avril).

NOTE.

Cuxhaven offre l’avantage de pouvoir contenir les chantiers de construction, car il parait qu’on pourra construire des vaisseaux de guerre sur l’Elbe; il aurait encore l’avantage de contenir la flottille; enfin il aurait celui d’être le point de réunion et de rendez-vous des Français qui sont dans les trois départements et qui s’y trouveraient à l’abri de toute incursion. Il y aura toujours à Hambourg, Brème et Lübeck 8 à 10,000 Français, soit employés, soit gendarmerie, douanes ou dépôts; ces hommes , au lieu d’errer dans l’Allemagne, auraient là un point d’appui dans des circonstances où l’armée serait en avant. Cuxhaven aurait donc tous les avantages, excepté celui de donner un point sur l’Elbe.

Hambourg aurait tous ces avantages ; la flottille pourrait s’y reti­rer; les vaisseaux de ligne, il est vrai, ne pourraient y arriver; mais il est difficile, d’ici à quelques années, de se résoudre à faire des chantiers de construction dans une partie de l’Empire aussi éloi­gnée et si peu affectionnée. Les ponts et chaussées paraissent avoir le projet d’y établir un port. Il sera facile d’être maître de ce port et des îles qui couvrent l’Elbe vis-à-vis Hambourg. Dès lors 8 à 10,000 hommes, qu’on suppose enfermés dans Hambourg, auraient non seulement à une la possession de la ville, mais aussi celle de tout le litto­ral de l’Elbe. L’ennemi, pour attaquer cette place, sera obligé i ne circonvallation immense. A tous ces avantages Hambourg joint celui d’être la capitale, la position centrale, et de se garder elle-même.

Quelle garnison et quelle dépense faudrait-il pour occuper cette place, et pour avoir deux ou trois points bien retranchés, en forme de citadelles, pour contenir les habitants ?

Dœmitz a l’avantage de donner un point sur l’Elbe, le plus près de l’Oder; mais il s’éloigne beaucoup de Hambourg; il ne contribue directement ni indirectement à la défense de cette ville ; les transports de Hambourg, Brème et Lübeck sur ce point doivent être difficiles. Toutefois il est nécessaire que le comité pèse les avantages et les inconvénients de ces localités, réunisse les mémoires et les plans et me mette le tout sous les yeux.

Le seul point d’appui de tout le Nord est Magdeburg, et Magdeburg est beaucoup trop loin; un point de refuge devient nécessaire. Dans cette matière ce qui arrête toujours, ce sont les garnisons; il faut calculer que dans les trois départements il y aura toujours 1,500 douaniers, 1,000 hommes de la marine, 500 hommes de gendarmerie, ce qui forme déjà 3,000 hommes d’élite, indépendam­ment des gardes forestiers, des percepteurs des droits réunis, des divers percepteurs des impositions, des autres Français établis à Ham­bourg, des habitants qui seront vraiment affectionnés à la France, des Français même qui s’y établiront; on peut compter tout cela pour près de 6,000 hommes.

Les dépôts de l’armée, qu’on suppose toujours en avant, serait un objet de 4 ou 5,000 hommes; et enfin un corps d’observation, qu’il est impossible de ne pas laisser sur les côtes, formera toujours un corps de 5 à 6,000 hommes.

On voit donc qu’on pourra toujours réunir un corps de 14 à 15,000 hommes pour contenir et garder cette ville.

Si l’armée, au contraire, n’est pas en avant, mais en Hollande, en France ou sur d’autres frontières, occupée d’une autre guerre, les fortifications de Hambourg seraient encore utiles ; car les Anglais débarqueraient seuls, ou de concert avec les Danois, une armée de 25,000 hommes pour s’en emparer.

Si donc la ville de Hambourg présentait des facilités pour son occupation, il y aurait de fortes raisons pour en profiter.

Sa grande population est sans doute une objection ; mais Gênes est aussi peuplée, Anvers, Strasbourg, Lille, Mayence, Danzig, sont des villes tout aussi peuplées, et enfin, dans la situation des armées d’aujourd’hui, il faut de grandes villes pour servir de dépôts.

La population de Barcelone est plus forte; et cependant qu’ont-ils pu faire ? Malgré leur rage et leur passion, ils ont manqué de pain, et il n’y a jamais eu que 4,000 Français de garnison.

En coordonnant deux ou trois points forts où des mortiers puissent brûler la ville, en ayant une bonne citadelle où seraient placés tous les établissements d’artillerie, toutes les casernes, les munitions et les vivres, les dépôts, la grande population cesserait d’être un obstacle.

L’emplacement de cette citadelle devrait être entre Hambourg et l’Elbe, de manière à être maître de l’entrée du port et à s’étendre jusqu’à la rive gauche par des ouvrages extérieurs, de manière qu’en supposant Hambourg pris cet immense camp retranché pût faire une bonne résistance. II est urgent d’avoir là une très bonne place.

Au premier aspect du plan de Hambourg, on voit que l’attaque est sur un espace de 1,400 toises; c’est donc l’objet de deux ou trois beaux forts extérieurs.

Il faudrait présenter le projet d’une citadelle, placée immédiate­ment sur la rive droite de l’Elbe, qui se liât, s’il était possible, avec le château de Harbourg, de sorte que l’ennemi ne pût se placer entre la citadelle et la ville, et qu’on restât maître des îles; et, comme ces îles peuvent être inondées, on peut les occuper par des forts qui feraient un système dont on tirerait le parti qu’on voudrait.

Le problème se réduirait à ce que l’ennemi ayant pris Hambourg n’eût encore rien. Alors l’ennemi serait obligé d’employer une armée de 30 ou 40,000 hommes contre 12 ou 15,000 hommes de toute espèce de troupes, qui l’arrêteraient extrêmement longtemps.

 

Saint-Cloud, 29 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, les onze bataillons du train que j’ai en Allemagne, en France et en Italie, me paraissent suffisants, puis­qu’ils me fournissent plus de 16,000 chevaux, pour mettre en bon état le service de l’armée d’Allemagne.

Je désirerais donc que les trente-sept compagnies du train dont les cadres reviennent d’Espagne restassent en tout ou en partie à Pau, Toulouse ou Auch et fussent là complétées en hommes, en harnais et en chevaux. On réunirait ainsi 4 à 5,000 chevaux d’artillerie pour remonter, au mois d’août, tous les équipages de l’armée d’Espagne.

Je désirerais également que tous les hommes à pied de la cava­lerie de l’armée d’Espagne qui reviennent en France fussent envoyés dans un dépôt général, et que là on pût réunir 3 à 4,000chevaux, qui remonteraient la cavalerie de cette armée.

La même mesure sera prise pour les équipages militaires.

Je ne veux faire aucun mouvement rétrograde : cela n’est que pour les hommes qui n’auraient pas dépassé Bayonne et Bordeaux.

Donnez ordre qu’on retienne à Rayonne et Bordeaux les hommes qui arriveraient, et rendez-m’en compte.

 

Saint-Cloud, 29 avril 1811

NOTE DICTÉE EN CONSEIL D’ADMINISTRATION DU COMMERCE.

Au prochain conseil, les ministres des relations extérieures, de l’intérieur et des finances, et le directeur général des douanes, pré­senteront à Sa Majesté un rapport sur notre position actuelle à l’égard des Américains.

Ils placeront sous les yeux de Sa Majesté les dernières circulaires sur cet objet, et proposeront ce qu’il y a à faire pour le commerce des États-Unis, en empêchant les abus.

Par exemple, les permis ou licences choquent les États-Unis; il leur parait, ce qui est vrai, que c’est une restriction à la liberté du commerce, mais, en laissant subsister les permis ou licences pour les particuliers, il n’y aurait peut-être point de difficulté à admettre les Américains avec des marchandises de leur cru, et sous la condi­tion d’exporter des soies, des vins, etc.

Il faudrait aussi s’assurer que les marchandises importées par eux proviennent réellement des États-Unis ; pour établir cette preuve d’ori­gine, il est indispensable d’exiger des certificats, des papiers de bord, visés par des consuls français; on pourrait, pour prévenir les faux , y faire ajouter quelque chose en chiffre.

Par cette méthode, la question serait à peu près résolue pour les bâtiments qui viennent directement d’Amérique; mais elle devient plus difficile pour ceux qui sont conduits en Angleterre ou qui ne viennent en France qu’après y avoir relâché.

Les bâtiments qui entrent dans les ports anglais ou qui en sortent sont dans le cas d’être arrêtés par les corsaires français, d’après les décrets de Milan et de Berlin. Pour juger si ce droit subsiste, il faut savoir ce qu’a fait le congrès.

La loi d’Amérique défend aux bâtiments américains d’aller en An­gleterre, et aux marchandises anglaises d’entrer en Amérique. Tout bâtiment américain qui va en Angleterre est saisi en Amérique.

Ce qu’on fait en Amérique, on peut le faire en pleine mer, puisque l’État conserve la même juridiction sur ses sujets : le gouvernement américain pourrait donc faire saisir au milieu de l’Océan par ses fré­gates ou ses corsaires les bâtiments américains en contravention à l’acte de non-intercourse, qui auraient relâché en Angleterre ou qui s’y dirigeraient.

De là il résulte que tout bâtiment qui a touché en Angleterre ou qui s’y dirige est désavoué par les Etats-Unis, est en opposition aux lois de ce gouvernement et hors de sa protection ; ce n’est plus qu’un contrebandier.

Par conséquent les navires français peuvent exercer la répression qu’exerceraient les vaisseaux du gouvernement américain.

Par conséquent le gouvernement français peut faire arrêter dans ses ports tout bâtiment américain venant d’Angleterre, parce que par ce seul fait il a cessé d’être américain, attendu qu’il est impossible qu’un bâtiment avoué par les États-Unis arrive d’Angleterre : ce n’est pas un bâtiment dénationalisé, c’est un bâtiment anglais.

Cette manière de venir au système du blocus de l’Angleterre serait fondée sur les termes de l’intercourse.

Sa Majesté désire que ses trois ministres pèsent tout cela pour savoir comment on doit concilier les facilités à accorder au commerce des Etats-Unis avec les décrets de Milan et de Berlin, qui sont des lois fondamentales dérivant de la nature des choses.

Tout souverain doit protéger son pavillon, non seulement pour moi-même, mais en faveur des neutres. Lors donc qu’une autre puis­sance viole ce pavillon, on doit lui faire la guerre.

Les États-Unis n’ont point déclaré la guerre à l’Angleterre, mais ils ont reconnu les décrets de Berlin et de Milan, puisqu’ils ont autorisé leurs nationaux à commercer avec la France et leur ont défendu toute relation avec l’Angleterre. En vrai droit public, l’Empereur devait exiger que les États-Unis déclarassent la guerre à l’Angleterre: mais enfin c’est faire la guerre en quelque sorte que de consentir à l’application du décret de Berlin aux bâtiments qui auront commu­niqué avec l’Angleterre.

Dans cette hypothèse, on dirait : « Les décrets de Berlin et de Milan sont rapportés quant aux États-Unis ; mais, comme tout bâti­ment qui a relâché en Angleterre ou qui s’y dirige est un bâtiment sans aveu, que les lois américaines punissent et confisquent, on peut le confisquer en France. »

Si ce raisonnement pouvait être établi, il ne resterait plus qu’à prendre des précautions pour ne pas recevoir sur les bâtiments américains d’autres denrées que celles provenant des Etats-Unis.

Les passeports des consuls, les chiffres, et enfin quelques for­malités qui constitueraient un nouveau mode de certificat d’origine, pourraient donner quelques garanties.

On pourrait éviter les visites prescrites par le décret de Berlin, qui sont trop rigoureuses, et y substituer des visites simples, qui n’auraient pour but que de s’assurer de l’origine des marchandises et du bâtiment.

Enfin, s’il était impossible de tracer dans ce système une boute théorie, le mieux serait de gagner du temps, en laissant les princi­pes de cette matière un peu obscurs, jusqu’à ce qu’on vit les Etats-Unis prendre un parti; car il ne parait pas que ce gouvernement puisse rester longtemps dans sa situation actuelle relativement à l’Angleterre, avec laquelle il a d’ailleurs des discussions politiques pour les affaires de l’Amérique espagnole.

 

Saint-Cloud, 29 avril 1811

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 14, dans laquelle vous me faites connaître le départ de votre brigade pour Danzig, ainsi que du bon état où elle est et le bon esprit qui l’anime. J’ai reçu cette nou­velle avec plaisir.

Le baptême du roi de Rome a lieu le 2 juin; arrangez-vous pour être à Paris à cette époque. Je serai bien aise de vous voir.

Puisque la reine va aux eaux, témoignez-lui mes regrets. Je sou­haite que les eaux lui soient utiles et remplissent ce que vous désirez.

 

Saint-Cloud, 30 avril 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je vous envoie un rapport que je reçois du prince d’Eckmühl sur deux contrebandiers qu’il vient d’ar­rêter à Hambourg. Vous y verrez que la contrebande est plus active que jamais en Prusse; qu’elle se fait par Kolberg, et de là se dirige sur Leipzig et Francfort. Parlez-en ici au ministre de Prusse. Il faut écrire en Saxe pour se plaindre de ce qu’on laisse tranquille ce com­merce de contrebande, et demander pourquoi les marchandises an­glaises, qui s’accumulent ainsi à Leipzig, ne payent pas les droits. Envoyez un agent pour veiller sur ce qui se passe aux foires de Leip­zig et de Francfort. Écrivez également à M. de Saint-Marsan qu’il se laisse duper par la Prusse; que, si les intentions du gouvernement prussien étaient franches, il n’aurait pas besoin de faire un pont sur l’Oder ni de réunir des troupes à Dirschau ; que tous ces mouvements sur les côtes sont inutiles, puisqu’on n’a rien à craindre d’une des­cente des Anglais; qu’enfin si, avant de nous être entendus, la Prusse fait des armements, ils sont contre moi, et je ferai aussitôt occuper le pays; qu’il faut donc que la Prusse reste tranquille, qu’elle ne rappelle aucun semestrier, qu’elle ne fasse aucun mouvement tant que ma querelle avec la Russie ne sera pas terminée; qu’on a pu vou­loir lui faire accroire qu’on envoyait des troupes contre les Anglais, mais qu’on sait bien que les Anglais ne feront pas de descente.

 

Saint-Cloud, 30 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vois par une lettre de la grande-duchesse que deux capitaines du second bataillon étranger de l’île d’Elbe sont indiqués comme peu sûrs et mauvais sujets; que dans les officiers du régiment italien deux sont désignés comme ivrognes et d’une conduite peu régulière.

On m’assure que dans les trois bataillons de la Méditerranée qui sont à l’île d’Elbe il y a deux ou trois hommes à ôter pour mettre dans le bataillon colonial qui est en Corse; il me semble qu’il faut les ôter sans délai et les envoyer au bataillon en Corse : il ne faut que quelques hommes par compagnie pour corrompre tout un régiment.

 

Saint-Cloud, 30 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre rapport sur l’organisation du génie, et je l’approuve.

Il est nécessaire que les dix-neuf compagnies qui appartiennent au corps d’observation de l’Elbe soient toutes en Allemagne. Quant à celles des corps d’observation du Rhin et d’Italie, il faut en laisser les deux tiers dans les places. Un tiers suffira pour les premières marches de ces corps; on sera à temps de faire marcher le reste quand ces troupes se mettront en mouvement.

Les huit compagnies de sapeurs destinées pour le corps d’observa­tion de l’Elbe doivent exister en Allemagne. Quant à celles pour les corps d’observation du Rhin et d’Italie, il suffira d’en faire rejoindre le tiers ; le reste pourra continuer les travaux jusqu’au moment où l’on mettra les corps en marche.

La compagnie de mineurs qui est à Cherbourg doit faire partie du corps d’observation du Rhin. Il sera temps de la faire rejoindre quand ce corps passera le Rhin.

La 1e compagnie de mineurs doit faire partie du corps d’observa­tion d’Italie. Il sera temps, quand le corps d’Italie devra entrer en Allemagne, que cette compagnie quitte Osoppo.

Les compagnies de sapeurs qui sont à Wesel, à Ostende et Anvers seront à temps de partir quand le corps d’observation du Rhin, auquel elles appartiennent, passera le Rhin. Cependant il sera né­cessaire qu’il y ait deux ou trois compagnies quand on formera le corps.

Ce qui est important, je le répète, c’est que le corps d’observation de l’Elbe, qui doit former l’avant-garde, soit en tout et pour tout prêt à marcher.

Quant aux trois compagnies du train qui se forment à Metz, il faut les compléter en tout, chevaux, voilures, harnais, hommes, etc.

Je pense que, dans tous les cas, il doit y avoir en France une compagnie de sapeurs à Ostende, une à Anvers et une au Helder.

Quant aux 300,000 francs qui sont nécessaires, vous pouvez les prendre d’abord sur les fonds du budget; on les régularisera après. L’important est de mettre sans délai en état tout le matériel du génie.

 

Saint-Cloud, 30 avril 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je reçois votre travail du 29 avril sur la composition de l’artillerie de l’armée d’Allemagne. Les bases n’en sont pas bonnes. Il paraît qu’il y a eu erreur dans la copie de ma lettre. Je n’ai pas demandé de pièces de 8 ; j’ai demandé que les bat­teries fassent de huit pièces de canon. Toutes les divisions de cuiras­siers et de dragons doivent avoir douze pièces d’artillerie à cheval, et non pas six. Ainsi le corps d’observation de l’Elbe doit être com­posé de deux batteries de 12, formées chacune de six pièces de 12 et de deux obusiers à grande portée; de cinq batteries d’artillerie à cheval, formées chacune de deux obusiers de 5 pouces 6 lignes et de quatre pièces de 6; de cinq batteries d’artillerie à pied, composées chacune de deux obusiers de 5 pouces 6 lignes et de six pièces de 6 ; ce qui fait cinquante pièces de 6, vingt obusiers de 5 pouces 6 lignes, douze pièces de 12 et quatre obusiers à grande portée ; total, quatre-vingt-six bouches à feu; plus deux batteries d’artillerie à cheval, com­posées de deux obusiers et de quatre pièces de 6, pour la division de cuirassiers qui est en Allemagne. Je préfère, pour la règle, que cela soit porté sur la réserve de cavalerie. Mais, comme cela doit exister en Allemagne, il faut le porter au corps, en encre noire, pour tota­liser, et à la réserve de cavalerie, en rouge. C’est donc quatre-vingt-dix-huit bouches à feu qu’il faut au corps de l’Elbe.

Le corps d’observation du Rhin sera composé de deux batteries de réserve de huit pièces chacune, savoir : six pièces de 12 et deux obusiers à grande portée; quatre batteries à cheval, chacune de deux obusiers et de quatre pièces de 6; et de quatre batteries d’artillerie à pied, chacune de deux obusiers et de six pièces de 6; ce qui fera douze pièces de 12, quarante pièces de 6, quatre obusiers à grande portée, et seize obusiers de 5 pouces 6 lignes ; total, soixante et douze bouches a feu.

Le corps d’observation d’Italie sera comme vous l’avez présenté.

Les divisions de grosse cavalerie doivent avoir deux batteries d’artil­lerie à cheval, chacune de deux obusiers et de quatre pièces de 6.

Quant à l’artillerie de la Garde, elle sera organisée de la manière suivante : deux batteries à cheval, chacune de deux obusiers et qua­tre pièces de 6; deux batteries à pied, chacune de deux obusiers à grande portée et de six pièces de 12; enfin quatre batteries à pied, chacune de deux obusiers et de quatre pièces de 6; ce qui fera pour le service de la Garde seize obusiers, douze pièces de 12 et trente-deux pièces de 6; total, soixante bouches à feu.

Les deux batteries d’artillerie à cheval qui sont en Espagne, les trois compagnies de régiment qui sont également en Espagne ne comptent point dans ce nombre de pièces.

Il sera joint à la Garde quatre batteries d’artillerie à cheval servies par la ligne, chacune de deux obusiers et de quatre pièces de 6; deux batteries à pied, chacune de deux obusiers et de six pièces de là; enfin quatre batteries à pied, chacune de deux obusiers et de six pièces de 6; ce qui fera soixante et douze pièces d’artillerie. Ainsi la réserve de l’armée, jointe aux soixante pièces de la Garde, sera de cent trente-deux bouches à feu. Les compagnies du train de la Garde qui sont en Espagne y resteront. Les deux bataillons devront suffire autant que possible à tout service. A cet effet, les compagnies du train de la Garde seront portées au même complet que la ligne, et, si cependant cela ne suffit pas, on y suppléera par le train de la ligne.

Ordonnez tous ces mouvements, sans prendre mes ordres, pour compléter l’artillerie du corps d’observation de l’Elbe comme je viens de le déterminer. Mais vous ne devez faire aucun mouvement pour ce qui regarde le corps d’observation du Rhin que lorsque j’aurai approuvé ce mouvement et donné un nouvel ordre.

Je vous renvoie donc votre travail pour que vous le corrigiez.

Je ne conçois pas trop pourquoi vous ôtez du corps d’observation de l’Elbe deux compagnies du 5e régiment qui y sont, pour y mettre deux compagnies du 2e régiment. Il ne faut, en général, rien ôter au corps de l’Elbe pour donner aux autres corps, puisque ces corps ne se rencontreront peut-être jamais. Ainsi il faut employer au corps de l’Elbe tout son matériel de l’artillerie, du génie, du train, n’avoir rien à lui envoyer que de nouveau et n’avoir rien à lui retirer

Je voudrais placer le 1er d’artillerie à cheval à la réserve d’artil­lerie de l’armée, devant marcher avec la Garde.

Il ne faudrait pas donner deux compagnies du 2e régiment d’artil­lerie à cheval pour l’escorte de l’artillerie ; il vaudrait mieux former un escadron de marche de 200 hommes de cavalerie légère ou de dragons.

 

Saint-Cloud, 30 avril 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, il est arrivé de Mayence dans l’île de Walcheren 560 habits; le drap en est mauvais et les habits sont trop étroits de la poitrine et trop longs; on sera obligé de les refaire en entier. Il est arrivé des magasins de Paris 1,084 habits, qui sont gaiement trop étroits de la poitrine. 940 vestes et 400 culottes sont arrivées des magasins de Mayence : c’est un véritable rebut de magasin. 1,600 shakos sont également arrivés; ils sont bons; 3,200 chemises idem; 1,600 paires de bas idem; 3,300 paires de souliers idem. Ainsi, au 20 avril, il est arrivé bien peu de chose. L’hôpital de Middelburg est extrêmement mauvais : les hommes y meurent beaucoup. Voyez à remédier à tout cela.

 

Saint-Cloud, 30 avril 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Mon intention est qu’en réparant le magasin général de Flessingue on le voûte pour le mettre à l’abri de la bombe. Dans une place comme Flessingue, tout bâtiment qui n’est pas à l’abri de la bombe est sans résultat. Je préfère donc, si cela est nécessaire, que ce magasin soit moins élevé, mais que les premiers étages soient à l’abri de la bombe. Faites-moi un rapport là-dessus.

 

Saint-Cloud, 30 avril 1811

Au capitaine Montmorency, officier d’ordonnance de l’empereur, à Paris

Monsieur le Comte Montmorency, rendez-vous à la Rochelle; vous ferez le tour de la place; vous compterez le nombre des pièces qui sont en batterie, vous noterez de quel calibre elles sont; vous verrez les travaux qu’on y fait, la garnison qui s’y trouve.

De là, vous passerez dans l’île de Ré, où vous séjournerez cinq ou six jours. Vous ferez le tour de l’île; vous prendrez note des bat­teries et de leur armement, ainsi que des forts qui la défendent; vous prendrez le nom des officiers qui y commandent, et me rendrez compte de tout ce qui peut m’intéresser. Vous verrez la garnison, le régiment de conscrits réfractaires. Vous vous informerez si les capi­taines, lieutenants, sous-lieutenants, sergents et caporaux sont arrivés; combien il en manque; combien il y a de bataillons de formés; si l’habillement est arrivé, si les conscrits sont habillés; si l’armement est arrivé et si les conscrits sont armés ; quand ils seront habillés et armés; quelle volonté ils ont. Si cinq ou six jours ne vous suffisent pas, vous resterez plus longtemps pour vous mettre en état de me donner le plus de détails possible. Vous m’enverrez tous les jours un rapport de ce que vous aurez vu.

Vous reviendrez de l’île de Ré à la Rochelle, et de là vous suivra le long de la côte jusqu’à l’embouchure de la Charente. Vous prendrez connaissance du nombre et de la force des batteries, du nombre d’hommes employés à chacune d’elles, de la manière dont le service se fait, des travaux qu’on y fait; vous noterez celles qui sont fermées à la gorge.

De la batterie de Fouras vous retournerez, par la rive droite de la Charente, jusqu’à Rochefort, de batterie en batterie, en faisant les mêmes observations. Vous m’enverrez un premier rapport de Rochefort. Vous visiterez les remparts de cette place; vous prendrez note de la quantité de pièces qui sont en batterie et de leur calibre, du nombre d’ouvriers qui travaillent à l’arsenal,  de l’emplacement des cales et des lieux où sont les bâtiments en désarmement. Vous m’enverrez l’état de situation des troupes.

De Rochefort vous vous rendrez à l’île d’Aix. Vous visiterez les travaux qu’on y fait, les batteries, leur armement et leur approvi­sionnement, les commandants, les troupes, enfin tout ce qui inté­resse mon service. Vous y passerez une nuit entière. Vous irez voir ensuite les vaisseaux et frégates en rade. Vous reviendrez à Rochefort, d’où vous m’enverrez le rapport de votre visite à l’île d’Aix et sur l’escadre.

A Rochefort, vous descendrez la rive gauche de la Charente jus­qu’à l’île Madame, et de là à l’embouchure de la Gironde. Vous remonterez de la rive droite de la Gironde jusqu’à Blaye, et vous m’enverrez le résultat de vos observations pendant cette tournée sur tout ce qu’il m’importe de connaître.

De Blaye vous pourrez aller passer deux jours à Bordeaux, après quoi vous reviendrez en droite ligne dans l’île de Ré ; vous y passera deux jours pour revoir les progrès qu’a faits le régiment de l’île de Ré, et vous retournerez à Paris.

 

Saint-Cloud, 30 aprile 1811

AU PRÉSIDENT DU SÉNAT DU ROYAUME D’ITALIE, À MILAN.

Signor Présidente del senato, desidero che facciate conoscere al senato il mio aggradimento pei sentimenti che mi esprime all’occasione della nascita del re di Roma. Mi fa piacere l’intendere che i popoli del mio regno d’Italia abbian trovato in questo fausto avvenimento nuovi motivi di speranze, e dato nuovi contrassegni d’attaccamento alla mia persona. Niuna cosa potrà mai esser più grata al mio cuore di ciò che mi confirma l’amore de’ miei popoli.

Saint-Cloud, 1er mai 1811

Au général comte Dumas, directeur des revues et de la conscription militaire, à Paris

Monsieur le Comte Dumas, les besoins de l’artillerie à pied et à cheval, des sapeurs et des mineurs, des bataillons du train d’artillerie, des équipages militaires et de la cavalerie, sont tels que, si on pre­nait tout sur la réserve de 1811, il serait à craindre que cette réserve ne fût épuisée et qu’il ne restât plus rien pour les grands besoins de l’infanterie. Je pense donc qu’il faut dresser l’état de ce qui est néces­saire pour porter les régiments de cavalerie à 1,100 hommes et tout le reste au grand complet ; mais qu’on n’en devra donner qu’une partie sur la réserve, une partie sur ce qu’on va lever encore en Toscane et en Hollande, et l’autre partie enfin sur la conscription de 1812.

Il faudrait cependant procéder de manière que tous les besoins de l’armée de l’Allemagne fussent satisfaits. Je vois que pour la cavalerie il faut 3,600 hommes pour la porter au complet que j’ai déterminé, savoir : pour les régiments qui sont en Italie à 900 hommes, et ceux de l’intérieur à 1,000 hommes ; et que de suite, si on devait y com­prendre la première et la deuxième augmentation, il faudrait en outre 9,000 hommes, c’est-à-dire la moitié de la réserve. Il me semble qu’en accordant à la cavalerie les 3,600 hommes sur la réserve, ce serait suffisant.

L’artillerie ne doit être portée qu’au complet de 120 hommes, au lieu de 140; et, quand par la première réserve l’artillerie ne serait porté qu’à 100, qu’à 90 hommes même par compagnie, cela serait d’abord suffisant; on compléterait ensuite sur la conscription de 1812.

Les besoins du train d’artillerie et des bataillons d’équipages militaires sont déterminés par le complet auquel je les ai portés et par les chevaux qu’ils doivent servir.

Quant aux besoins de l’infanterie, je veux compléter tous les régiments au grand complet, non seulement les bataillons de guerre, y compris les 6e bataillons pour les régiments où j’en ai créé, mais encore les 5e bataillons.

Quant à l’armée d’Espagne, je suppose qu’avec la réserve de 1811 et la conscription de 1812, je devrais pouvoir arriver a ce résultat.

Si la guerre venait à éclater cette année, je lèverais sur-le-champ la conscription de 1812. De sorte que tous les régiments de cava­lerie se trouveront portés à 1,100, les compagnies d’artillerie à 120, et toutes les compagnies d’infanterie à 140 hommes, dans les 4e et 5e bataillons et dans les 6e bataillons que je fais former en ce moment. Je verrai ensuite la portion de ce recrutement que je prendrai sur la réserve et celle que je prendrai sur la conscription de 1812. Je destine spécialement la conscription de 1812 à la garde du territoire français et de l’Italie. D’abord, en laissant cent trente et un 5e bataillons, à 500 hommes par bataillon , j’aurai 70,000 hommes, plus une quarantaine de 4e bataillons qui arrivent d’Espagne et les 6e bataillons que j’ai formés; tout cela réunira cinquante autres ba­taillons, de manière que j’aurai dans l’intérieur de l’Empire de 100 à 140,000 hommes, artillerie, sapeurs, cavalerie, tout compris; ce qui serait suffisant pour la garde de tous les établissements en France.

Remettez-moi un état là-dessus : la conscription de 1811, la réserve non comprise, étant répartie dans les corps et arrivée à sa destination, quel est l’effectif de tous les régiments ? Et que manque-t-il encore à leur complet ?

 

Saint-Cloud, 2 mai 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Magdeburg doit être approvisionné par la Westphalie. Cette puis­sance doit également pourvoir aux travaux des fortifications. J’ai déclaré à cet égard au roi que, si ces dépenses n’étaient pas faites, je prendrais pour moi la ville, son administration et ses revenus. Écrivez toujours aux officiers du génie de commencer les travaux. Le prince d’Eckmühl fera fournir par avance une somme de 50,000 francs: le roi la remboursera, ou je garderai Magdeburg.

 

Saint-Cloud, 2 mai 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le livret de l’artillerie et du génie au 15 mars est plein de fautes; je vous prie de m’en envoyer un plus correct. Ce livret n’indique pas les cadres des compagnies qui ont eu ordre de revenir d’Espagne ni celles qui sont déjà revenues; ce qui m’oblige de vous demander un projet de travail sur les bases suivantes.

Les trois compagnies du 4e principal, les deux compagnies du 1er bis et les quatre du 13e bis, en tout les neuf compagnies qui se réu­nissent à Metz, y resteront pour y être complétées avec des conscrits de 1812. Mon intention est que ces neuf compagnies, qui pourront avoir 1,500 hommes et 3,000 chevaux, puissent être employées en deuxième ligne, en Allemagne, en Hollande ou sur les côtes.

Les trois compagnies du 9e bataillon bis, qui sont à Mayence, y resteront également, et on y joindra trois autres compagnies tirées d’un des trois bataillons principaux; ce qui fera six compagnies, qui pourront recevoir 7 à 800 hommes et servir 12 à 1500 chevaux, qu’on pourrait de Mayence porter sur tous les points de l’Allemagne où cela serait nécessaire.

Ainsi, sur trente-sept compagnies qui reviennent d’Espagne, quinze, recrutées par les conscrits de 1812, seront employées pour le service de l’Allemagne, de l’intérieur ou de l’Italie; ce qui, avec les onze bataillons déjà disponibles, me parait plus que suffisant. Je désire donc que les vingt-deux autres compagnies qui reviennent d’Espagne soient centralisées à Pau, à Toulouse et à Auch. Elles y seront com­plétées sur-le-champ, en hommes par un appel sur la réserve de 1811, et en chevaux et en harnais de manière à pouvoir disposer, au mois d’août, de 5,000 chevaux pour remonter les équipages d’ar­tillerie de l’armée d’Espagne. La répartition de ces vingt-deux com­pagnies en trois dépôts devra être faite par armée : dans l’un devront être réunies les compagnies des armées de Catalogne et d’Aragon; dans l’autre, celles du nord de l’Espagne et de Portugal ; dans le troi­sième, celles des armées du Centre et du Midi. Remettez-moi un projet là-dessus. Aussitôt que ce projet sera arrêté, tous les hommes isolés qui arriveront d’Espagne, appartenant aux compagnies qui sont à Mayence et à Metz, continueront leur route; ceux appartenant aux compagnies réparties dans les trois dépôts d’Auch, de Pau et de Toulouse devront s’y rendre; enfin tous ceux qui appartiendront aux bataillons restés en Espagne rejoindront leurs dépôts ou un dépôt général, afin d’y recevoir des chevaux et de pouvoir recruter les bataillons qui sont en Espagne.

A ce projet vous joindrez le devis de la dépense, un projet de décret pour la levée des hommes à prendre sur la réserve et un projet pour mettre à votre disposition les fonds nécessaires pour les achats de chevaux et de harnais, mon intention étant d’avoir au moins 5,000 chevaux prêts à entrer en Espagne au mois d’août.

Pour que ce travail soit complet, je désire que vous me remettiez un état général de tous mes bataillons du train divisé ainsi : Alle­magne, Italie, intérieur, armées d’Espagne et de Portugal. Vous subdiviserez ce dernier article de la manière suivante : armées de Catalogne et d’Aragon; armées du Centre et du Midi; armées de Portugal et du nord de l’Espagne, et enfin les dépôts des cadres qui rentrent et la force à laquelle je me propose de les porter; de manière que je voie l’effectif et le présent sous les armes au 1er avril, et hommes, en chevaux et en harnais, ce qui manque pour arriver au complet projeté, ce que j’ai accordé, ce qui reste à accorder, et dès lors ce que j’aurai dans le courant de juillet.

 

Saint-Cloud, 2 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai rendu un décret pour établir deux tours aux batteries de Vaubas et de Cornouailles qui défendent le goulet à Brest.

Je désire que vous me remettiez les projets qui ont été rédigés pour achever le camp retranché, de manière que l’ennemi se trouve aussi éloigné de l’enceinte de Brest qu’il l’est de l’enceinte de Recouvrante.

Présentez-moi aussi le projet de ce qui reste à faire pour fermer la presqu’île de Kelern et pour assurer les batteries de l’île Longue, afin de mettre ces positions à l’abri de toute insulte.

Je désire aussi que vous me présentiez les projets et devis de ce qui reste à faire pour achever l’enceinte du port de Brest.

 

Saint-Cloud, 2 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai examiné le projet de Rochefort, et j’ai rendu un décret par lequel j’accorde 500,000 francs sur le fonds du budget du génie pour fermer la place, y disposer des parapets et terre-pleins et construire sur la rive gauche de la Charente un chemin couvert avec des lunet­tes; ce qui, protégé par l’inondation, suffira pour mettre ce côté à l’abri de l’insulte. Ainsi, avec 500,000 francs, Rochefort sera à l’abri de toute surprise et pourra se défendre un certain temps.

Si vous envoyez une note sur le système du camp retranché à éta­blir autour de Rochefort, il faut en faire rédiger le projet conformé­ment à cette note et le présenter au conseil de novembre prochain.

Il est indispensable de mettre l’île Madame dans un état tel qu’elle puisse se défendre, même quand le continent serait au pouvoir de l’ennemi.

 

Saint-Cloud, 2 mai 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Il y a beaucoup de chapeliers, de bonnetiers, de cordonniers, de tailleurs, de selliers qui sont à Paris sans ouvrage. Je désirerais que vous prissiez des mesures pour faire faire 500 paires de souliers par jour, avec la condition d’employer 1,000 ouvriers cordonniers et de ne point prendre de souliers tout faits; ce qui ferait par mois 15,000 paires de souliers. Vous prendrez les précautions nécessaires pour vous assurer que les souliers que vous ferez faire seront bons.

Je voudrais faire faire également 250 shakos par jour, une tren­taine de selles par jour et un certain nombre d’effets d’habillement, en ayant soin que ces travaux emploient toujours de nouveaux ou­vriers. Comme il y a d’autres ouvriers qui n’ont pas d’ouvrage, voyez s’il serait convenable de faire faire une centaine de caissons des équipages militaires, en veillant à ce qu’ils fussent bien faits; on pourrait les avoir à aussi bon marché qu’à Sampigny.

 

Saint-Cloud, 2 mai 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, les 12e, 2e et 9e bataillons du train des équipages militaires ne sont pas suffisants pour l’armée d’Alle­magne; deux autres bataillons sont nécessaires, et les cadres doivent être en marche pour Sampigny. Avec ces cinq bataillons le service de l’armée d’Allemagne sera assuré, puisque cela fera plus de 1,200 voi­tures; ce qui, avec les caissons des régiments, sera le triple de ce que jamais en eut aucune grande armée.

Il faut donc penser à l’armée d’Espagne. Je désire que les cadres des autres bataillons que j’avais fait revenir restent à Bayonne et soient de là dirigés sur Pau et sur tout autre endroit convenable ; que d’au­tres qui viennent de Catalogne soient dirigés sur Toulouse ou Carcassonne, et que des mesures me soient proposées pour réunir dans ces dépôts les hommes isolés appartenant aux bataillons qui restent atta­chés au service des armées d’Espagne. Je désire également qu’on jette un nouveau coup d’œil sur les équipages militaires qui existent en Espagne, et qu’on réitère l’ordre de faire venir les hommes à pied, en faisant revenir de nouveaux cadres et en resserrant ceux qui res­tent, afin de compléter en hommes, en chevaux, en voitures, en harnais, tous les cadres qu’on aura pu réunir dans les 10e et 11e di­visions militaires, et de pouvoir disposer, avant le mois d’août, de 3,000 chevaux pour remonter les équipages de l’armée d’Espagne. Je suppose qu’il faudra réorganiser ces bataillons comme vient de l’être le 10e c’est-à-dire leur donner deux compagnies avec des cais­sons, en prenant ceux qui se trouvent dans la 10e division militaire, et quatre compagnies avec des mulets de bât.

Pour avoir un travail complet, je désire que vous me remettiez un état de tous les bataillons du train, indiquant pour chacun où se trouvent les compagnies, le présent au 1er avril, les caissons et les chevaux qu’il a, le complet que j’ai ordonné et que vous proposez, les achats qui se font, ce qui reste à ordonner, et enfin le résultat qu’on aura dans le courant de l’été et ce qui se trouvera disponible, soit pour l’armée d’Allemagne, soit pour l’armée d’Espagne. Enfin présentez-moi des projets de décrets pour lever sur la réserve ce qui est nécessaire pour compléter les bataillons d’Espagne, et pour mettre à votre disposition les fonds nécessaires pour l’achat des mulets, chevaux, harnais, voitures et bats de mulet. Faites ce travail avec soin et remettez-le-moi le plus tôt possible, afin qu’ayant le nécessaire  pour   l’Allemagne j’assure   également le nécessaire pour l’Espagne.

 

Saint-Cloud, 2 mai 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

L’établissement d’un canal de Nantes à Brest est encore une grande question. On demande trente millions et quinze ans. Il parait que la navigation de Nantes à Quimper n’est pas très difficile, et qu’il suffi­rait de faire un canal de Quimper à Châteaulin. La navigation de Nantes à Brest sera extrêmement lente, fort coûteuse; elle ne sera d’aucune utilité, non seulement en temps de paix, mais même en temps de guerre, lorsque nous aurons quelques vaisseaux. Je désire que vous me fassiez connaître quelles sont les difficultés de la navigation de Quimper à Brest, et si un canal partant de Quimper ne suffirait pas; ce qui pourrait se faire en trois ans et coûterait cinq à six millions. Mais que le canal soit fait ou non, il n’en est pas moins vrai qu’on ne cessera pas de construire à Brest; les besoins de répa­rations et de radoubs seront considérables, et ce grand port d’arme­ment ne sera jamais suffisamment approvisionné. Cependant les bois de la Loire demandent un emploi. Tous les projets pour construire des vaisseaux à l’embouchure de la Loire ont été rejetés. S’il est démontré qu’il faille renoncer à l’idée si séduisante de construire des vaisseaux à Paimbœuf ou Mindin, il reste à savoir s’il ne convien­drait pas de commencer des vaisseaux ou à Mindin ou à Saint-Malo ou dans la Vilaine. Là les bois se rendraient dans la Vilaine par mer ou par un canal joignant la Vilaine à la Loire; ce qui ne ferait qu’une dépense de trois millions. Ce canal faisant la première partie de la jonction de la Loire à Brest, ce serait toujours autant de fait.

Sous ce point de vue, les chantiers à établir dans la Vilaine seraient dès lors les mêmes que s’ils étaient établis à Nantes; mais, la Vilaine étant jointe à la Rance par un canal qui sera bientôt terminé, la communication se trouverait établie entre Nantes et Saint-Malo; et, si l’on ne peut construire des vaisseaux dans la Vilaine, les bois de la Loire pourraient être transportés de la Vilaine à Saint-Malo, où l’on construit des vaisseaux, et de là se rendre à Brest au moment favorable.

 

Saint-Cloud, 3 mai 1811

Au général comte Dumas, directeur des revues et de la conscription militaire, à Paris

Je vous prie de me remettre un état de situation et effectif de loin les corps de mon armée au 1er avril 1811, bataillon par bataillon, compagnie par compagnie, en indiquant le lieu où se trouvent cha­que bataillon et chaque compagnie.

Vous y joindrez ce que quelques régiments doivent recevoir par la conscription de Hollande, de Toscane et de Rome, et la situation de ces corps après qu’ils auront reçu ces conscrits. Une colonne comprendra le nécessaire à chaque régiment, comme je l’ai réglé, savoir: les bataillons à six compagnies et à 840 hommes, les corps qui ont six bataillons à six bataillons, les régiments de cavalerie qui ont cinq escadrons à cinq escadrons. Vous porterez le complet de tous les régiments de cavalerie à 1,100 hommes et à 1,000 chevaux, l’artillerie à cheval à … hommes par compagnie, l’artillerie à pied à 120 hommes. Cela étant, vous aurez le complet général de mon armée, et l’on verra ce qui manque et si, avec la réserve qui me reste à lever, la conscription de Hollande, de la Toscane, de Rome et la conscription de 1812, je puis porter mon armée au grand complet.

Il sera nécessaire que vous fassiez cet état par armée. Les batail­lons du train seront au complet, savoir : les onze qui sont en France de 1,000 hommes, et les cadres des douze compagnies qui rentrent en France à 150 hommes par compagnie. Les bataillons des équi­pages militaires seront complétés comme cela est ordonné.

 

Saint-Cloud, 3 mai 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je viens de demander au grand-duc de Bade un régi­ment d’infanterie avec une compagnie d’artillerie et deux pièces de canon attelées. J’ai fait la même demande au grand-duc de Hesse-Darmstadt. Vous dirigerez ces deux régiments sur Magdeburg; avant qu’ils y soient arrivés, je pourrai leur donner une destination défini­tive. On pourrait envoyer les deux régiments à Danzig; c’est pour cela qu’ils sont censés être mis en marche. Si, en effet, les approvisionnements de cette place sont parfaitement assurés, comme je le pense, il n’y a pas d’inconvénient à y avoir quatre bataillons de plus. Peut-être serait-il plus convenable de les envoyer à Küstrin et de faire passer à Danzig le régiment polonais qui est à Küstrin, quoique je préférerais de beaucoup voir cette place si importante occupée par des Français; et, lorsque les cinq bataillons arriveront, on pourrait peut-être y placer quatre 5e bataillons. Je penserais que les Polonais sont plus sûrs que les Badois, les Hessois ou les Westphaliens ; faites-moi connaître quelle est votre opinion.

 

Saint-Cloud, 3 mai 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, vous devez écrire au général Rapp pour lui faire connaître que ni lui, ni le commissaire des guerres chargé des appro­visionnements de siège, ni les commandants de l’artillerie et du génie, ne doivent, sous quelque prétexte que ce soit, s’éloigner de 500 toi­ses des ouvrages avancés de la place, c’est-à-dire de la portée du canon.

Recommandez-lui de mettre un embargo sur tous les bâtiments, afin que tout le blé reste; on ne saurait trop en avoir. Faites-lui connaître que je lui ai envoyé une garnison de 15,000 hommes pour qu’il forme une division mobile, qu’il composera de 2,000 chevaux, de six pièces d’artillerie à cheval, de six pièces d’artillerie à pied, de douze pièces de régiment et de huit bataillons, savoir, quatre polo­nais, deux westphaliens, un bavarois et un wurtembergeois; que cette division est destinée à tenir la campagne, sans cependant se laisser couper de la place ; qu’en attendant il fasse exercer ses trou­pes aux grandes manœuvres ; qu’il s’occupe de compléter les régiments polonais et de se mettre parfaitement en état ; que je lui enverrai une batterie d’artillerie légère; que, quant à la batterie d’artillerie à pied, il lui sera facile de se procurer des attelages pour traîner ces six pièces; qu’il doit avoir sous ses ordres un général de division, un général commandant le génie, un général commandant l’artillerie, au moins cinq généraux de brigade.

Je suppose qu’on travaille avec la plus grande activité aux fortifications. Je désire que tous les huit jours il vous envoie le bulletin de ces travaux. Il faut qu’il fasse des projets pour les lignes de contre-attaque  à établir lorsque l’ennemi aurait démasqué ses attaques.

Quand l’ennemi remue de la terre, il faut qu’il en remue; c’est le moyen de prolonger le siège à l’infini. Combien les Prussiens avaient-ils de monde dans la place de Danzig au commencement du siége ? Ils n’avaient pas, je crois, une garnison aussi forte.

Recommandez aux commandants de Küstrin et de Glogau de faire le service avec la plus grande exactitude; ils ne doivent pas se cou­cher la nuit, mais dormir le jour. Il n’y aurait pas d’inconvénient à envoyer une compagnie d’artillerie de plus, prise parmi celles attachées au parc ; quand on marcherait en avant, elle vous rejoindrait.

Je ne parle pas d’instructions à donner au général Rapp en cas de rupture ; on aura toujours le temps : l’essentiel est d’avoir un chiffre avec lui. D’ailleurs, dans ce cas, comme vous vous porteriez sur Stettin, vous seriez en communication avec lui, et lui se tiendrait en communication, le plus longtemps qu’il pourrait, avec l’armée polonaise sur Varsovie.

 

Saint-Cloud, 3 mai 1811

A Louis X, grand-duc de Hesse-Darmstadt, à Darmstadt

Mon Frère, j’ai demandé deux régiments polonais, un régiment saxon, un régiment bavarois et un régiment wurtembergeois pour occuper la place importante de Danzig, qui est le boulevard de la Confédération et qui peut être menacée soit par une descente, soit par les forces considérables que les Anglais envoient dans la Baltique. Je désirerais que Votre Altesse disposât d’un de ses régiments, avec deux pièces de canon attelées et leurs caissons, pour augmenter la garnison de ce point important. Je la prie de mettre ce régiment en marche sur Magdeburg, en faisant connaître au prince d’Eckmühl du jour de son départ, la route qu’il suivra et l’époque de son arrivée à Magdeburg, pour que ce maréchal lui donne une direction ultérieure.

 

Saint-Cloud, 4 mai 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je reçois votre lettre du 3 mai.  Lorsque vous m’avez proposé le sieur… pour secrétaire général du ministère de l’intérieur, vous ne m’avez pas dit qu’il était dans les affaires. Mon intention n’est pas de mettre dans une place aussi importante, de nommer secrétaire géné­ral d’un ministère qui est celui du commerce, un homme qui a une maison de commerce et dont les affaires sont fort embrouillées. Il faut plusieurs années pour liquider une maison de commerce. D’ail­leurs, j’ai pour principe de ne pas confier mon administration à des personnes accoutumées à ne soigner que leurs affaires particulières. J’avais pensé que c’était un de vos compagnons d’études, élevé comme vous dans le barreau, et non un homme qui appartint à la carrière du commerce. Pendant que le sieur… est auprès de votre personne, mettant à profit l’ascendant qu’il a sur vous, il est admis dans beaucoup de spéculations; aussi cette nomination a-t-elle déjà fait un mauvais effet. Je viens de la révoquer.

 

Saint-Cloud, 4 mai 1811

Au général Duroc, duc de Frioul, grand-maréchal du palais, à Paris

Monsieur le Duc de Frioul, je vous renvoie vos états sur la situa­tion des corps de la Jeune Garde. Je ne sais pas si ce qui est porté dans la colonne que j’ai indiquée (A) est ordonné ou seulement pro­jeté. Cela est nécessaire à dire. Il faut en outre distinguer, dans la colonne de ce qui est en Espagne, ce qui est présent sous les armes de ce qui est malade ou prisonnier.

J’ai ordonné aux 5e, 79e, 11e, 81e, 60e, 10e et 20e régiments de ligne de diriger chacun 200 hommes sur la Garde, ce qui fait 1.700 hommes; je crois avoir, en outre, demandé 100 hommes aux 8e, 18e et 23e d’infanterie légère, ce qui fait un total de 1,700 hom­mes; j’en ai en outre demandé deux par bataillon à chaque régiment de ligne, ce qui fait 1,000 hommes; j’ai donc demandé 2,700 hom­mes à l’armée pour la Garde.

Je désire que vous me fassiez connaître ce qui me manque pour avoir au ler juin : un 1er régiment de grenadiers, complété à 1,600 hommes; un 2e de grenadiers (le 2e sera le cadre du 1er régiment de tirailleurs), à 1,600 hommes; un 3e de grenadiers (les Hollandais), à 1,600 ; total des grenadiers, 4,800 hommes; le 1er régiment de chasseurs, complété à 1,600 hommes; le 2e de chasseurs, à 1,600; le bataillon de sergents, à 840; celui des tirailleurs caporaux, à 1,600 : en tout, treize bataillons et 10,440 hommes.

Ce qui me manquera pour faire ce complément je l’appellerai des fusiliers. J’aurai en outre 2,400 hommes du nouveau régiment de la Jeune Garde que je formerai; ce qui complétera l’infanterie de la Garde à 12,000 hommes.

 

Saint-Cloud, 4 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le duc de Feltre, faites connaître au général Baraguey d’Hilliers qu’il doit donner ordre à la division Plauzonne d’entrer en Catalogne pour venir à son secours.

 

Saint-Cloud, 4 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

L’île d’Elbe n’est pas suffisamment gardée. Mon intention est que vous donniez ordre au 2e bataillon étranger, auquel il parait qu’on ne peut pas se fier, de passer en Corse, et à un autre bataillon, bien complet et bien habillé, de passer du régiment de la Méditerranée à l’île d’Elbe. Je désire qu’indépendamment de leurs chefs de bataille, ces bataillons soient commandés par un major en second que vous enverrez, afin d’être sans inquiétude sur la position importante de l’île d’Elbe.

P. S. Le général commandant en Corse doit faire passer sans délai ce bataillon. Je désire qu’il s’assure que sur les 900 hommes qu’il doit avoir il y en ait 6 à 700 d’anciens Français en deçà des Alpes.

 

Saint-Cloud, 4 mai 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Je pense qu’il est convenable que tous les habillements et effets d’habillement que vous avez à Bordeaux soient transférés à Bayonne; qu’il faut également ordonner qu’on confectionne à Bayonne pour un million de rations de biscuit.

Il est bon que l’administration des vivres de la guerre augmente les réserves à Bayonne, de manière à avoir, en cas d’événement, des ressources toutes prêtes en farines, blés et légumes. J’avais ordonné un transport de biscuit à Santona. Faites-moi connaître si cet envoi est parti.

Je pense qu’il faudrait traiter avec une maison de Bayonne pour transporter 10,000 quintaux métriques de blé pour nourrir les habi­tants de Santander; vous prendriez les précautions convenables pour que ce blé n’aille pas ailleurs. Cette maison ferait l’opération pour son compte. Le blé étant très-cher dans cette province, elle y gagne­rait beaucoup.

 

Saint-Cloud, 4 mai 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je désire que vous me fassiez un rapport sur Cività-Vecchia, dont le port tombe en ruine. Cela m’intéresse sous le point de vue mari­time et sous le point de vue moral.

 

Saint-Cloud, 4 mai 1811

A M. de Montaigu, chambellan de l’empereur, à Paris

Vous vous rendrez à Lyon; vous y resterez deux jours. Si le 10e et le 20e sont arrivés, vous m’enverrez leur situation et combien il y a de vieux soldats. Vous verrez à Lyon les travaux qu’on fait à l’île Perrache, aux ponts, et vous m’enverrez un rapport sur tout ce qui peut m’intéresser. Vous me parlerez des manufactures.

Vous irez à Avignon; vous verrez les travaux qu’on y fait; vous visiterez la succursale des Invalides, vous prendrez note du nombre d’hommes qui s’y trouvent, et vous m’enverrez un rapport sur la situation de cet établissement.

De là vous irez à Toulon ; vous m’écrirez tous les jours, en me rendant compte des mouvements de l’arsenal, des mouvements de l’escadre et du dépôt du fort Lamalgue. Vous irez tous les jours au fort Lamalgue pour voir les conscrits réfractaires. Les cadres des deux bataillons du 22e d’infanterie de ligne sont aux îles d’Hyères pour être complétés par des conscrits réfractaires du dépôt du fort Lamalgue. Le 6e bataillon du 1er de ligne est dans l’île de Pomègue, près de Marseille; il doit être complété par des conscrits réfractaires.

Les cadres de quatre autres bataillons sont à Toulon, répartis dans la presqu’île formée par le cap Sepet et dans les îles d’Hyères, et doivent également être complétés par des conscrits réfractaires. Vous irez voir ces bataillons dans les îles d’Hyères et dans la presqu’île de Sepet. Vous vous informerez des lieux où sont les cadres du 2e régi­ment de la Méditerranée. Vous vous informerez auprès du colonel des officiers et sous-officiers qui sont ou ne sont pas arrivés, si l’habillement est arrivé, s’il est en bon état, et vous me ferez connaître jour par jour l’état des différents bataillons.

Vous irez tous les jours sur l’escadre et à l’arsenal ; vous verrez les travaux qu’on fait au Petit-Gibraltar et me rendrez compte de leurs progrès.

Quand vous aurez passé quinze jours à Toulon et que vous sera instruit que le 5e bataillon du 102e qui doit recevoir des conscrits à l’île Sainte-Marguerite, a reçu ces conscrits, vous irez le voir.

Vous irez voir le bataillon qui est à Pomègue et au château d’If, dans la rade de Marseille.

Quand vous aurez tout visité, vous attendrez de nouveaux ordres à Toulon. Vous aurez soin d’écrire tous les jours.

 

Saint-Cloud, 7 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je reçois votre rapport du 4 sur le régiment illyrien; mon intention est que le tiers des officiers soit français, et le reste belges, français, officiers au service d’Autriche, venant du dépôt de Passau. Aucun officier français qui n’a point servi avec nous dans nos guerres ne doit être employé dans nos régiments fran­çais. Vous devez tous les employer dans le régiment illyrien et dans les 127e, 128e et 129e régiments. Ne me proposez jamais de passes dans les régiments français ni d’avancement dans les états-majors pour ces officiers sans me l’avoir auparavant fait observer.

Laissez le général Delzons maître de diriger sur Trévise les 3e et 4e bataillons du régiment illyrien. Ce régiment sera bien placé à Trévise pour se former entièrement. Je crois avoir nommé un général allemand pour en diriger l’instruction, le général Wedel ou le général Latour. Je suppose que le colonel et les premiers officiers sont arrivés.

 

Saint-Cloud, 7 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Beaucoup d’ouvriers n’ont pas d’ouvrage à Paris. Comme je désire leur en donner, je vous prie : 1° de faire une commande extraordi­naire de harnais d’artillerie, afin d’employer une grande quantité d’ouvriers de cette espèce ; 2° d’ordonner pour la Garde un certain nombre de lits, et autres meubles de cette espèce, qui puissent don­ner de l’occupation aux ouvriers des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau; enfin de faire construire, s’il est nécessaire, des caissons et charrettes d’artillerie, des caisses à contenir des cartouches, etc., afin de donner des secours aux ouvriers, surtout pendant mai et juin.

 

Saint-Cloud, 7 mai 1811.

Au général Duroc, duc de Frioul, grand-maréchal du palais, à Paris

Le faubourg Saint-Antoine manque d’ouvrage; je désire lui en donner, surtout ce mois-ci qui précède les fêtes. Il est nécessaire que vous alliez à Paris voir les gens de mon Garde-Meuble et mon architecte Fontaine, et que l’on fasse une commande telle que pen­dant les mois de mai et de juin 2,000 ouvriers du faubourg Saint-Antoine, qui font des chaises, des tables, des commodes, des fauteuils, et qui sont sans ouvrage, en aient sur-le-champ. Commandez des pièces qui puissent servir soit au Louvre, tels que des châssis, fenêtres qui seront nécessaires pour la nouvelle galerie, soit pour le fonds du Garde-Meuble, pour Versailles et pour les autres palais. Je ne suppose pas que cette commande coûte plus de 3 à 400,000 francs. Que vos idées soient arrêtées demain, et qu’on commence sans délai. Concertez-vous avec Fontaine pour former dès demain des ateliers dans le Louvre et employer le plus grand nombre d’ouvriers possible aux démolitions, afin de donner de l’ouvrage à ceux qui n’en ont pas. Voyez à ce que les travaux de Versailles prennent la plus grande activité et qu’on emploie là 2 ou 3,000 travailleurs. Il me semble qu’il y a les travaux du parc et d’autres qui peuvent occuper beau­coup de monde.

 

Saint-Cloud, 7 mai 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vous envoie la traduction des journaux anglais. Vous y verrez que le 18 avril Wellington avait passé le Tage. Je vous prie de faire copier ces dépêches et de les envoyer ce soir au duc d’Istrie et de Raguse, et même au général Belliard. Ainsi il paraît qu’il n’y avait plus du côté de la Castille que la moitié de l’armée anglaise. Les événements qui se seront passés du côté d’Almeida auront déjà instruit les généraux de l’armée de ces nouvelles et les mettront à même de prendre le parti convenable d’appuyer sur le Tage. Vous voyez que ce que j’avais prévu est arrivé, qu’on a eu la simplicité de laisser du monde dans Olivenza et de faire prendre là 300 hommes. Olivenza a été pris le 14. Il me semble étonnant que, depuis le 4 que le duc de Dalmatie était prévenu du passage de lord Beresford, jusqu’au 25 avril, il n’ait pas pris des mesures pour dégager Badajoz avant l’arrivée de Wellington. Renvoyez-moi ces gazettes aussitôt que vous les aurez fait copier.

 

Saint-Cloud, 7 mai 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, toutes les nouvelles que l’on reçoit de Russie sont pleines de protestations de l’empereur Alexandre pour la continuation de la paix et de l’alliance. Rien ne me porterait donc à penser que la Russie eût la volonté de commencer aucune hostilité. Quoi qu’il en soit, tous les préparatifs pour mettre votre corps d’armée en état, loin d’être ralentis, doivent être continués, cependant j’ai cru devoir vous donner cet avis pour votre gouverne. Lorsque vous trouver de l’économie à mettre douze ou quinze jours de plus à faire faire une chose, je pense qu’il faut adopter ce parti de préférence. Vos 4e et 6e bataillons vont arriver dans le courant de juillet, ce qui vous permettra de porter alors votre corps d’armée à cinq divisions; et, dans le cas où ces préparatifs devraient se prolonger jusqu’à l’année prochaine,  je désirerais savoir si sans inconvénient vos régiments pourraient fournir les cadres nécessaires pour former un 7e bataillon. Il est bien important que les généraux de division passent la revue de leurs troupes afin de faire les propositions, et qu’au 1er juillet il n’y aucune place vacante d’officier ni de sous-officier, et que tout soit rempli. Je désirerais savoir combien d’années de service ont vos capitaines, vos lieutenants, vos sous-lieutenants, ainsi que vos ser­gents et caporaux. Si vos régiments avaient en ligne six bataillons, cela formerait une très belle brigade ; ce qui permettrait de composer, avec vos seize régiments et les trois que vous organisez , c’est-à-dire avec vos dix-neuf  régiments, six belles divisions; chaque division forte de trois brigades, et chaque brigade de six bataillons. Cela vous ferait donc cent huit bataillons ou près de 90,000 hommes ; ce serait véritablement une armée. Je désire donc que vous me fassiez une réponse  à cette question : vos régiments pourraient-ils au mois d’octobre fournir les cadres d’un 7e bataillon, en le composant de bons officiers et sous-officiers, sans s’affaiblir ? Je pense que le 127e et le 129e, ainsi que le 30e de chasseurs, seront formés d’ici le mois d’octobre et pourront tout à fait être en ligne et vous être d’une grande utilité à la campagne prochaine. Je pense aussi que vos régiments de cavalerie doivent avoir dans le courant de l’été 9,000 hommes à cheval.

 

Saint-Cloud, 8 mai 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je désire que, pendant les mois de mai et juin, les secours des comités de bienfaisance soient doublés, et ce à dater de demain 9, et que les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau ils soient i triplés, s’il est nécessaire. Vous donnerez également ordre que, pendant les mois de mai et juin, à Rouen et à Lyon, les secours des comités  de bienfaisance soient triplés. Faites cela avec le moins d’éclat possible. Donnez des ordres pour que tous les travaux prennent plus d’activité, surtout dans les mois de mai et de juin; qu’aucun ouvrier ne reste sans ouvrage.

Je mets sur mon domaine à votre disposition 300,000 francs pour être distribués par les comités de bienfaisance de Paris, 100,000 francs pour être distribués par ceux de Rouen, et 200,000 francs par ceux de Lyon.

Donnez des ordres pour que les travaux de Perrache à Lyon soient triplés sur-le-champ. Ces travaux sont de nature à y mettre autant de monde qu’on veut. Il me semble que la plus grande partie consiste dans des digues et à combler.

Mon intention est qu’au 10 mai 3,000 personnes y soient em­ployées. Je n’admettrai d’excuse qu’autant qu’il ne se sera pas pré­senté ce nombre de personnes. Réunissez la députation de Lyon, voyez les mesures qu’on pourrait prendre pour les ouvriers et pour leur fournir à tous de l’ouvrage.

Faites la même chose à Rouen. Ouvrez des ateliers. Je désire qu’il y ait 2 à 3,000 ouvriers d’employés, indépendamment du pont.

Pour Paris, ordonnez qu’on multiplie les ateliers au canal Saisnt-Maur. On peut y employer 2 à 3,000 personnes d’ici à peu de jours. Enfin prenez des mesures pour que, sous aucun prétexte que ce soit, la police ne trouve aucun ouvrier qu’elle ne puisse envoyer à un ate­lier. Instruisez de tout cela le préfet de police.

Il est possible que les hôpitaux, les hospices et les dépôts de mo­dicité aient besoin de lits et autres meubles; si cela était, ce serait le cas d’en faire la commande.

 

Saint-Cloud, 8 mai 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vous avais envoyé un mémoire du prince d’Eckmühl sur le service de l’armée d’Allemagne. J’attends un rapport de vous. Je vous envoie un projet de décret dont je désire que vous me remettiez la rédaction. Ce projet fait rentrer au bout des six premiers mois les recettes et les dépenses des trois nouveaux départements du nord dans le budget de l’État. Si vous le préférez, ces fonds pourraient rester indépendants et se consommer au trésor comme fonds spéciaux; mais peut-être y a-t-il plus de règle lorsque tout rentre au trésor en recette et en dépense. Il parait que pour les six premiers mois de 1811 les 250,000 francs par mois et les 100,000 francs pour Danzig seront suffisants; mais il est probable que pour les six derniers mois il faudra des sommes plus considérables.

 

Saint-Cloud, 8 mai 1811

Au général Duroc, duc de Frioul, grand-maréchal du palais, à Paris

Je vous ai écrit pour que vous fassiez travailler pour mon Garde-Meuble les ouvriers du faubourg Saint-Antoine, pour que vous fassiez accélérer les démolitions du Louvre et de Versailles, enfin pour occu­per le plus grand nombre d’ouvriers de toute espèce à des travaux utiles à ma maison pendant les mois de mai et de juin. Je vous écris comme au commandant de ma Garde. La Garde doit avoir un accrois­sement de caissons ; elle doit avoir besoin de harnais, etc. Voyez le gé­néral Sorbier et les autres commandants de ma Garde pour que pen­dant ces deux mois ils fassent travailler les ouvriers aux fournitures dont ils ont besoin. La Garde n’a pas le nombre de lits nécessaire. Ces lits se font, je crois, dans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau. On pourrait commander aux ouvriers de ces faubourgs un certain nombre de lits, livrables à la fin de mai et de juin, afin d’être sûr qu’on emploie dès ce moment une grande quantité d’ouvriers.

 

Saint-Cloud, 8 mai 1811

A Elisa Napoléon, Grande-Duchesse de Tosacane, à Florence

Ma Sœur, j’ai appris avec peine la mort de votre fils. Je prends une part sincère à toute la douleur que vous cause ce malheureux événement.

 

Saint-Cloud, 10 mai 1811

Au comte Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je vois dans le Journal de Paris des folies du préfet de Strasbourg pour la vaccination. Cette manière de conduire les citoyens n’est pas conforme à mes intentions. Il faut les éclairer, mais non pas prendre des moyens de cette violence.

 

Saint-Cloud, 10 mai 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, j’ai donné ordre que votre artillerie fût complétée pour cinq divisions et composée, savoir : de deux batteries de ré­serve, servies par l’artillerie à pied, chacune de deux obusiers à grande portée et de six pièces de 12 ; de cinq batteries à cheval (une par division) , chacune de deux obusiers et de quatre pièces de 6; de cinq batteries à pied, chacune de deux obusiers et de six pièces de 6 ; enfin de deux batteries à cheval pour les cuirassiers ; ce qui fait vingt-huit obusiers, douze pièces de 12, cinquante-huit pièces de 6; total, quatre-vingt-dix-huit bouches à feu, lesquelles, étant jointes aux soixante-quatre pièces de l’équipage de campagne, foot un total de cent soixante-deux bouches à feu. Par ce moyen, vos cinq divisions seront organisées. Le nombre des voitures sera donc de 992. Vous ne devez avoir que deux bataillons du train.

 

Saint-Cloud, 10 mai 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, vous avez ordonné que les colonels remissent aux généraux de brigade les propositions pour l’avancement ; que ceux-ci les remettraient aux généraux de division, et que vous les recevriez des généraux de division pour les envoyer au ministre de la guerre. Cela est contraire au principe général établi en France de la commu­nication directe des ministres de la guerre avec les chefs des corps. Cette communication existe depuis Louis XIV, et l’on ne s’en est ja­mais départi. Il est donc nécessaire que vous laissiez aux colonels la correspondance directe avec le ministre de la guerre, soit pour l’avan­cement, soit pour les notes, soit pour la comptabilité. Cela n’em­pêche pas qu’on ne doive faire dans votre armée aucun mouvement sans votre ordre. Mais la correspondance des colonels avec le ministre est fondamentale en France. Vous avez mal vu cela.

 

Saint-Cloud, 11 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’approuve l’organisation de l’artillerie telle qu’elle est présentée dans votre rapport du 7. Je vous autorise à faire les mouvements du matériel et du personnel pour compléter entièrement le corps d’observation de l’Elbe, ainsi que l’artillerie de la 1e division de la réserve de la cavalerie qui est en Allemagne. Faites donc diriger sans délai de Strasbourg sur le corps de l’Elbe les 121 voitures qui sont nécessaires pour le complément de 992 voitures. Quant aux 45 voitures d’excédent, laissez-les au parc de l’armée d’Allemagne, afin de ne faire aucun mouvement inutile.

Donnez les ordres pour mettre en ordre le personnel et le matériel du corps d’observation du Rhin et de l’Italie; mais n’en donnez aucun pour le mouvement du matériel, du personnel et des attelages, sans avoir reçu mes ordres.

J’en dis autant pour la réserve de la grosse cavalerie. Faites réunir à Vérone et Pavie l’artillerie du corps d’observation d’Italie.

Faîtes mettre en état le matériel de la Garde, mais ne donnez aucun ordre pour le mouvement sans avoir obtenu mon approbation.

Donnez des ordres à Danzig pour que l’équipage de pont, tel qu’il est porté dans les états, soit prêt au 1er août, mais tout cela sans trop d’affectation.

Quant an personnel du corps d’observation de l’Elbe, comment, par exemple, ôter à la division de cuirassiers les deux compagnies du 5e d’artillerie qui y sont, pour en mettre deux autres ? Comme le corps d’observation de l’Elbe occupe lui-même beaucoup de terrain, il ne faut faire aucun mouvement inutile; il ne faut pas que la com­pagne qui est dans le Mecklenburg soit obligée de se porter ou sur Danzig ou sur Stettin. Si vous n’avez pas là-dessus les renseigne­ments nécessaires, laissez une certaine latitude au général d’artillerie.

J’approuve que le ler principal et le 3e bataillon du train soient employés au corps d’observation de l’Elbe.

J’approuve que le 9e principal et trois compagnies du 8e principal soient employés au corps d’observation du Rhin; que les trois autres compagnies du 8e principal soient employées à la réserve de la cava­lerie; que le 9e bataillon principal soit employé à la Garde; le 14e principal, au parc, ainsi que le 11e bis, en remplacement du 8e bis qui est en Allemagne et qui sera désigné pour les ponts. De sorte que j’aurai employé à la Garde et au parc le 6e principal, le 14e principal et le 11e bis; ce qui fera 3,500 chevaux.

Je vois avec plaisir que le 15 mai les voitures destinées au corps d’observation de l’Elbe pourront partir, et qu’au ler juin les autres seront prêtes pour les corps d’observation du Rhin et d’Italie, pour la Garde et pour la grosse cavalerie.

Je désire connaître les besoins de l’armée d’Espagne en artillerie ; ils sont assez considérables en attelages. J’ai formé un dépôt général à Auch, et je vous ai autorisé à lui fournir 1,000 chevaux. Mais j’ai besoin de connaître la situation de toute mon artillerie en pièces, en affûts, caissons, munitions, à Bayonne, à Burgos, à Valladolid, à Madrid, à Salamanque, et répondez-moi à cette question : Suffirait-il d’envoyer des chevaux pour atteler le matériel que les corps au­raient laissé, ou faut-il envoyer aussi du matériel ? Il est nécessaire que vous me répondiez à cette question le plus tôt possible.

 

Saint-Cloud, 11 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je désire former à la fin de juin trois divisions : la 1e, appelée Division du midi d’Espagne, la 2e, Division de l’armée de Portugal, et la 3e, Division des armées et de Catalogne.

La 1e division comprendra autant de bataillons de marche qu’on en pourra former avec la conscription reçue aux dépôts de tous les régiments faisant partie de ces armées, en déduisant ce qu’ils auront fourni aux bataillons dont je viens d’ordonner la formation. Ainsi la 1e division, qui est celle du Midi (cette armée étant composée de vingt-cinq régiments d’infanterie, en supposant que chaque régiment pourra fournir deux compagnies), serait composée de huit bataillons ou 6,400 hommes.

L’armée de Portugal a, je crois, vingt-quatre régiments.

L’armée d’Aragon et celle de Catalogne en ont seize ou dix-huit ; ce qui ferait de vingt à vingt-cinq bataillons, formés en trois divi­sions, ou plus de 20,000 hommes. Faites-moi un projet là-dessus. II faut avoir soin de mettre ensemble pour former un bataillon les régiments qui forment une division. Ainsi les onze régiments qui sont devant Cadix formeraient trois bataillons comprenant ces onze régiments ; ceux du 5e corps formeraient deux bataillons ; ainsi se suite.

 

Saint-Cloud, 11 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

On a volé à Berg-op-Zoom 75 boulets, et ces vols faits à l’artil­lerie se réitèrent. Donnez ordre au général Bizanet de faire des visites pour rechercher les objets d’artillerie et boulets qui se trouveraient dans la ville. Écrivez au général, au maire et au sous-préfet de Berg-op-Zoom pour leur faire connaître le danger de ce défaut de surveil­lance. Il y a à Berg-op-Zoom trois compagnies du régiment prussien. Il y a 100 hommes qui ont déserté dans le mois; c’est le dépôt de Gorcum qui les a fait déserter; on m’en a dit beaucoup de mal. Je voulais le garder jusqu’à la fin de l’année, mais je me décide à dissoudre ce dépôt. Chaque régiment se recrutera de son côté.

Donnez ordre que les hommes du dépôt du 123e soient habillés, afin qu’il puisse envoyer 400 hommes à ses bataillons de guerre.

Faites-moi un rapport sur la place de Berg-op-Zoom. Il paraît qu’il n’y a ni manutention, ni caserne, ni magasin à poudre à l’épreuve. On assure qu’il y a des réparations urgentes à y faire.

Qui est-ce qui commande la place de Tholen ?

 

Saint-Cloud, 11 mai 1811

A M. Régnier, duc de Massa, Grand-Juge, ministre de la justice, à Paris

Faites-moi connaître quand la justice française sera établie dans le département des Bouches-de-l’Escaut. Cela devient très important.

 

Saint-Cloud, 11 mai 1811

Au général comte de La Riboisière, premier inspecteur général de l’artillerie, à Paris

Prenez les renseignements nécessaires pour me faire directement, et sans confier à personne mon secret, le projet d’un équipage né­cessaire pour assiéger et prendre Spandau, tiré de Magdeburg ; d’un équipage pour assiéger Kolberg, tiré de Stettin et Küstrin ; d’un équi­page nécessaire pour assiéger Neisse, tiré de Glogau et complété avec l’artillerie que peut avoir la Saxe.

Faites-moi connaître quels seraient les équipages nécessaires pour mener de front ces trois sièges, ce qui existe dans ces places et ce qu’il faut y envoyer, le personnel qu’il faudrait et les attelages d’artillerie.

 

Saint-Cloud, 12 mai 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, renvoyez au général Suchet son aide de camp Ricard avec l’ordre de se porter sur Tarragone. Faites-lui comprendre la nécessité de laisser la brigade Klopicki pour défendre le pays du côté de la Navarre. Vous lui ferez connaître la victoire que le général Baraguey d’Hilliers a remportée le 3 du mois sur Campo Verde, qui, à la tête de 12,000 hommes de ses meilleures troupes, a voulu intro­duire un convoi dans Figuières; 1,200 mulets qui formaient le convoi ont été pris, cent officiers et 2,000 hommes ont été faits prisonniers, et le reste tué et dispersé dans tous les sens. Vous ferez connaître au général Suchet qu’il est malheureux que, tandis qu’il a tant de forces dans les mains, il les laisse dormir, et qu’il n’ait pas profité de ces circonstances pour investir Tarragone.

 

Saint-Cloud, 12 mai 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je vois par votre lettre du 7 mai que le 2e régional du grand-duché de Berg, fort de 1,600 hommes, est prêt; ce qui, avec les régiments de Bade et de Hesse-Darmstadt, forme trois nouveaux régiments. Je ne désire pas envoyer ces forces à Danzig, où il y a suffisamment de monde. Faites venir le régiment du grand-duché de Berg à Magdeburg. Comme ce régiment m’appartient, chargez un général de brigade d’en prendre un soin particulier et d’envoyer des notes sur ses officiers, sur son habillement et sur son armement. Faites-moi connaître les places qui s’y trouvent vacantes, et quel degré de confiance je dois attacher aux officiers et surtout à celui qui commande.

Les régiments de Hesse-Darmstadt et de Bade doivent se réunir également à Magdeburg. Je destine ces trois régiments à tenir garnison dans les deux places fortes de Stettin et de Küstrin. Aussitôt que vous aurez pris connaissance de ces régiments, vous me ferez connaître de quelle manière vous pensez qu’il est plus utile de les distribuer. Je pense que le régiment du grand-duché de Berg pourrait être mieux placé à Stettin, en ce qu’il s’y trouverait avec des troupes françaises et apprendrait d’elles à bien faire le service. D’un autre coté, il est nécessaire d’avoir à Küstrin le régiment sur lequel on peut le plus compter. Je suppose que le régiment de Hesse-Darmstadt doit être un régiment très sûr, puisque autrement il compromettrait l’existence de son prince. Toutefois j’aurai le temps d’avoir votre opinion sur la distribution de ces régiments. Il en faudra mettre deux à Küstrin et un à Stettin. Le 5e polonais, qui est à Küstrin, pourra alors en partir et se rendre à Danzig. Par ce moyen, les trois régiments polonais seront réunis à Danzig.

J’ai donné l’ordre au général de division Grandjean, qui parle allemand, de se rendre à Danzig. Il commandera en second la place et pourra commander la division active. Moyennant ce, le général Bachelu n’aura plus de mission spéciale et servira dans la garnison, selon son grade et la date de son brevet.

Le général Kister doit également s’être rendu à Danzig ; le général Pajol doit y être; il y a en outre le général westphalien et un général polonais; ce qui fait un général de division et cinq généraux de bri­gade. Vous donnerez pour instruction spéciale au général Rapp de ne jamais sortir de la place. Toutes les fois que le général Grandjean sortira avec des troupes, le général Pajol l’accompagnera. Sans doute le général Rapp pourra envoyer avec le général Grandjean le général Kister ou le général polonais; mais il devra toujours garder le général Bachelu dans la place, afin que, dans le cas où il lui arriverait quel­que accident, il y ait toujours un autre commandant jusqu’à la rentrée de la division. J’ordonne au ministre de la guerre d’envoyer une compagnie d’artillerie légère, avec une batterie attelée, à Danzig.

Il faut ordonner au général Rapp, indépendamment des douze pièces de régiment, d’organiser une batterie d’artillerie à pied; de sorte qu’il puisse avoir en campagne, en cas d’événement, douze bataillons, formant 9 à 10,000 hommes d’infanterie, six pièces d’artillerie légère, six pièces d’artillerie à pied, douze pièces d’artil­lerie de régiment et environ 2,000 chevaux ; ce qui fera une division de 11 à 12,000 hommes et vingt-quatre bouches à feu; avec ces moyens il se trouvera plus fort que les forces prussiennes réunies aux environs.

 

Saint-Cloud, 13 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie une lettre du major général sur les  épreuves que le duc de Dalmatie a fait faire à Séville. Où en sont ces épreuves en France ? S’il est vrai qu’on ait lancé des bombes à 3,000 toises, c’est une chose bien importante pour la marine et bien essentielle à avoir dans l’île de Cadzand et à Flessingue.

 

Saint-Cloud, 14 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites-moi connaître pourquoi le prix du sel du côté de Strasbourg est augmenté d’un sou par livre.

 

Saint-Cloud, 14 mars 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, donnez ordre au commandant de la flottille sur la côte de Hollande de faire fréquemment et au moins deux ou trois fois par semaine des visites dans toutes les îles qui sont le long de la côte, depuis le Texel jusqu’à l’île de Wangeroog, à l’embouchure du Weser, afin de prendre connaissance des marins qui s’y trouvent, de reconnaître ceux qui font le commerce avec Heligoland, et de saisir les marchandises prohibées, s’il y en a. Je n’en­tends jamais parler des rapports des commandants des flottilles. Je désire que vous m’en remettiez un bulletin toutes les semaines, avec l’indication de leur situation et de ce qu’ils ont fait.

 

Saint-Cloud, 14 mai 1811

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police général, à Paris

Je vous envoie un rapport fort intéressant sur un voyage fait à Helgoland. Faites-moi connaître comment est organisée la police dans le département d’Emden. Je suppose qu’il y a à Emden un com­missaire général, et je crois convenable d’établir un commissaire spécial à Jever pour toute la côte. Donnez-moi aussi des renseigne­ments sur les sous-préfectures de ce département. Je crois que tous les sous-préfets doivent être d’anciens Français parlant allemand.

Je n’entends pas encore parler de gendarmerie. Il sera nécessaire qu’un capitaine de gendarmerie surveille spécialement la côte.

Enfin écrivez au commandant de la division pour que toujours des patrouilles d’infanterie et de douaniers rôdent dans les îles de la côte et surtout dans celle de Waageroog.

 

Saint-Cloud, 14 mat 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je suis surpris du mauvais état dans lequel vous est arrivé le détachement du 3e de cuirassiers. Comment le colonel ne vous fait-il pas connaître d’où cela vient ? Demandez des renseigne­ments à ce colonel. J’écris au ministre de la guerre pour faire punir le major.

 

Rambouillet, 15 mai 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, mandez au baron Bourgoing, à Dresde, et au ministre de Saxe, ici, que je ne trouve aucun incon­vénient qu’on garde Zamosc; qu’il faut qu’on travaille sans cesse à mettre cette place en état, qu’on l’approvisionne pour cinq mois, avec la clause de ne toucher aux approvisionnements que lorsque la place sera investie de tous côtés, et qu’on y mette un bon commandant d’artillerie et un bon commandant du génie.

Mandez à mon résident à Varsovie combien ces bruits du rétablis­sement de la Pologne par les Russes sont ridicules.

Voyez le baron la Bouillerie pour savoir quels sont les payements à faire par la Saxe qui sont en retard, et combien il y a de billets qui écherront l’année courante. Je ne serais pas éloigné de convertir, tout cela en emprunt. Le ministre de Saxe n’a point encore fait de demande pour l’emprunt; aussitôt qu’il l’aura faite, voyez le comte Mollien pour qu’il avance deux millions.

Écrivez à mon ministre en Suisse qu’il est urgent que les régiments suisses soient complétés, et de traiter la question de la répartition des contingents entre les différentes communes.

Assurez-vous auprès du prince Poniatowski si le général Bertrand lui a remis les projets des travaux de Modim. Écrivez à mon résident à Varsovie que je désire beaucoup qu’on travaille à faire les trois forts en terre.

 

Rambouillet, 15 mai 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, j’ai chargé le ministre de la guerre de voir le prince Poniatowski et de lui communiquer un décret que j’ai pris pour former un 4e bataillon an 5e régiment polonais qui est à Küstrin et aux 10e et 11e régiments qui sont à Danzig, et pour organiser une division polonaise de ces trois régiments d’infanterie et du 9e de cavalerie polonais. J’ai écrit là-dessus au roi de Saxe, et je lui ai demandé de plus qu’il fut ajouté une 19e compagnie pour le dépôt à chacun des onze régiments d’infanterie polonais.

 

Rambouillet, 15 mai 1811

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Vos commissaires de police d’Anvers et de Boulogne inquiètent toute la France pour des bêtises. Il faut qu’ils vous adressent tout ce qui vient à leur connaissance, mais non que, sous prétexte d’être bien informés, ils fassent des circulaires aux commandants militaires, pour leur dire, par exemple, que 30,000 hommes vont tomber sur l’Escaut. Ordonnez-leur que, sous aucun prétexte, ils ne communiquent rien à personne. C’est justement ce que veulent les Anglais, faire courir des bruits qui tiennent tout en mouvement.

 

Rambouillet, 15 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre,  M. Daru vous envoie un décret sur l’organisation d’une division polonaise des 5e, 10e et 11e régiments d’infanterie et du 9e de cavalerie polonais, et sur l’augmentation d’un 4e bataillon aux 5e, 10e et 11e régiments d’infanterie. Vous trouverez ci-joints des états qui vous feront connaître ce que cela coûtera. Parlez-en au prince Poniatowski pour qu’il donne des ordres pour la formation des 4e bataillons. Vous lui direz que j’en écris au roi de Saxe, dont il prendra les ordres avant de rien exécuter de ce qui concerne le grand-duché de Varsovie.

 

Rambouillet, 15 mai 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je réponds à votre lettre du 5 mai (bureau des hôpitaux). J’approuve ce que vous jugez nécessaire de faire pour mettre la partie des ambulances qui concerne le corps d’observation de l’Elbe en état d’entrer en campagne; vous pouvez donner les ordres convenables.

Il n’en est pas de même des corps d’observation du Rhin et d’Italie. Je désire que vous réunissiez chaque chose au lieu où elle se trouve, savoir : à Mayence ce qui est à Mayence, à Metz ce qui est à Metz, à Paris ce qui est à Paris, à Strasbourg ce qui est à Strasbourg, à Passau ce qui est à Passau, à Ulm ce qui est à Ulm; et que cela fait, vous preniez mes ordres et ne fassiez aucun mouvement ni dé­placement, qui ne manqueraient point de contrarier mon plan général.

Même observation pour ce qui fait partie du corps d’observation d’Italie : réunir à Vérone ce qui est à Vérone, à Milan ce qui est à Milan, à Alexandrie ce qui est à Alexandrie, à Gènes ce qui est à Gènes, à Laybach ce qui est à Laybach. Ne faites pour ce corps, comme pour celui du Rhin, aucun mouvement sans avoir reçu mon ordre, parce que la direction du corps d’observation d’Italie n’est pas encore claire.

 

Rambouillet, 16 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre rapport du 15 mai. Vous me répondez, pour vous justifier de ce que quinze gendarmes restent sans armes dans l’île de Walcheren, que vous avez donné l’ordre. Il vaudrait mieux n’avoir pas donné d’ordre et que ces hommes fussent armés. Lorsque vous donnez des ordres, prenez des mesures pour qu’ils soient exécutés et punissez ceux qui commettent une faute aussi grave. Pourquoi renouveler un ordre ? Un ordre doit toujours être exécuté ; quand il ne l’est pas, il y a crime, et le coupable doit être puni. Les rênes d’un ministère de la guerre doivent être tenues d’une main plus ferme que cela.

Le chef de bataillon Balzon n’est pas à Sud-Beveland. Il faut faire une enquête là-dessus et le traduire à une commission militaire si le fait est vrai, ne se fût-il absenté que vingt-quatre heures.

J’approuve la nomination du capitaine Guettrel pour commandant d’armes à Nord-Beveland.

Donnez-moi l’état des services du général de brigade Charnotet, qui est à Flessingue. Il faut dans ce poste un homme capable et sûr.

Présentez-moi un décret pour mettre un adjudant capitaine dans la place de Tholen, un à Schouwen et un dans l’île de Nord-Beveland.

 

Rambouillet, 16 mai 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je crains que vous ne vous occupiez pas assez du 33e régiment d’infanterie légère. On m’assure qu’il y a un grand nombre de femmes à la suite de ce régiment. Faites-moi connaître ce qui en est. Il ne faut garder que le nombre de femmes prescrit par l’ordonnance et renvoyer les autres. Ce régiment a besoin de toute votre attention.

 

Rambouillet, 17 mai 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je vois avec plaisir que les régiments de vos trois départements vont bientôt être formés. Il faut les compléter à cinq bataillons, comme nos régiments français, et, s’il est possible, faire marcher à la fin de l’année les quatre bataillons au lieu de trois. Je crois avoir nommé les colonels, majors et chefs de bataillon. Mon intention n’est pas de mettre des conscrits français dans ces régiments, je ne le puis pas ; mais j’ai le projet de les compléter avec la con­scription du pays. Je compte lever au mois de juillet dans vos trois départements la conscription de 1810. Elle doit produire 6 ou 7,000 hommes; ce qui complétera vos régiments de 10 à 11,000 hommes, en ayant soin qu’un tiers des officiers soit des Français tirés de nos anciens régiments, qu’un tiers soit des Français sortant du service d’Autriche et venant du dépôt de Passau, et que le dernier tiers soit des officiers des troupes du pays. Avec cela on doit avoir un très bon régiment. Faites-moi connaître les officiers qui sont nommés et si mes intentions là-dessus sont remplies.

 

Rambouillet, 17 mai 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, je vous envoie la copie de ma lettre au roi de Saxe sur la formation d’une division polonaise à Danzig, sur l’organisation de l’armée du Grand-Duché et l’addition d’une 19e compagnie aux onze régiments d’infanterie composant cette armée.

 

Rambouillet, 17 mai 1811

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde

Monsieur mon Frère, j’envoie à Votre Majesté un décret que je viens de prendre pour qu’elle autorise son ministre de la guerre et son ministre des finances à faire les dispositions nécessaires pour son exécution.

Le 5e régiment restera pour le moment à Küstrin ; je prendrai des mesures pour le  réunir à Danzig aux 10e et 11e; en attendant, le 4e bataillon de ce régiment peut être formé à Danzig. La division qui sera formée de ces trois régiments sera la quatrième division de l’ar­mée du Grand-Duché. Il reste dans le Grand-Duché onze autres régiments d’infanterie; je pense qu’il faut en former trois divisions, savoir : une division de quatre régiments, la seconde de quatre régiments et la troisième de trois régiments. On y joindra deux régiments de cavalerie, et l’on fera commander chaque division par un général de division, trois généraux de brigade et un adjudant commandant, un.

Chaque régiment aura deux pièces de canon servies par sa compagnie d’artillerie.   Indépendamment  de cette  artillerie,  chaque division aura une compagnie d’artillerie à cheval servant deux obusiers, quatre pièces de 6, et une compagnie d’artillerie à pied servant deux obusiers et six pièces de 6 ; total, vingt à vingt-deux bouches à feu par division. Les trois divisions auront une compagnie de sapeurs avec ses outils.  Il restera neuf régiments de cavalerie, qui formeront trois brigades de trois régiments chacune. Il y aura au parc deux divisions d’artillerie de réserve de huit pièces de canon chacune servies par l’artillerie à pied. La deuxième division détachera un de ses régiments pour la garnison de Zamosc. En cas qu’on abandonne la ligne de la Vistule et qu’on garde Modlin, la 2e division fournirait un de ses régiments pour la garnison de Modlin. La garnison de Thorn, en cas que cette place dût être gardée, serait fournie9 selon les circonstan­ces, ou par la 4e division ou par la 2e. En cas qu’on opérât en avant de la Vistule, les dépôts de l’armée polonaise et de l’armée française suffiraient pour fournir les garnisons de Thorn et de Modlin.

Voilà l’organisation que je désire que Votre Majesté donne à son armée. Le prince Poniatowski pourrait avoir le commandement des 1e, 2e et 3e divisions de la réserve de cavalerie. La 4e division, qui se réunit à Danzig, ferait partie immédiate du corps commandé par le prince d’Eckmühl. Voilà les dispositions provisoires; les autres seraient prises selon les circonstances. On pourrait donc supposer que le corps du prince Poniatowski serait composé en ligne de 22,000 hommes d’infanterie et de 10,000 hommes de cavalerie, et de soixante et dix-huit bouches à feu; ce qui avec l’artillerie ferait un corps de 30,000 hommes, qui serait porté à 46,000 hommes par la division à ma solde. Dans ces calculs je ne comprends point le régiment qu’on suppose détaché à Zamosc.

Peut-être Votre Majesté pensera-t-elle qu’il conviendrait de former une 19e compagnie aux onze régiments d’infanterie du Grand-Duché et de la compléter à 200 hommes, afin d’avoir au dépôt des moyens de recruter les régiments. En faisant cela, on aurait onze compagnies de plus, formant plus de 2,000 hommes, qui pourraient servir aux garnisons de Modlin ou de Thorn, lorsque ces places seraient couvertes par l’armée; et l’on aurait les moyens d’alimenter un peu la corps, vu que ces compagnies pourraient être portées à 3 ou 400 hommes, lorsque les circonstances l’exigeraient.

 

Rambouillet, 19 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie une note que j’ai dictée sur la défense de Corfou en général et particulièrement sur l’importance de la position du mont Supérieur, où l’on doit établir le fort Desaix. C’est sur cette position que repose tout le système de défense de l’île.

J’approuve la redoute (modèle A) bastionnée, proposée par le comité pour la défense de l’île d’Aix.

NOTE SUR LA DÉFENSE DE CORFOU.

 

Rambouillet, 19 mai 1811,

Le comité n’a pas bien senti mon idée. Dans la position actuelle de Corfou, la défense est appuyée à droite au fort Abraham, et à gauche au port de Paléopolis. C’est un développement de plus de 1,200 toi­ses. L’ennemi pourra établir trois attaques; ce sont donc trois points à défendre : la presqu’île de Chrysopolis et le fort San-Salvador, qui forment la gauche, le fort Saint-Roch, qui est le centre, et le fort Abraham, à droite. Par l’occupation du mont Troïlo (Le mont Troïlo, dit aussi le mont  Supérieur), l’ennemi do­mine le fort Abraham et le fort Saint-Roch à 300 toises, et du mont Sainte-Hélène il domine le fort San-Salvador à 350 toises. Quant au camp retranché de la presqu’île de Chrysopolis, les ouvrages sont si faibles qu’on n’en parle pas. Le jour donc où l’ennemi sera établi sur le mont Troïlo et sur le mont Sainte-Hélène et qu’il y aura formé sa ligne de contrevallation, la garnison de Corfou, fut-elle égale au nombre de l’armée assiégeante, sera forcée de rentrer dans ses ouvrages et n’aura plus à opposer que la force d’inertie de ses murailles. Elle finira donc par succomber en très peu de temps, ou se rendra à des forces égales ou à peu près égales aux siennes.

De là l’idée de choisir un point qui mette la ville et les établisse­ments militaires à l’abri d’un bombardement. C’est sur ce seul point que doit se centraliser tout le système de défense, et il doit être déter­miné de manière qu’il soit impossible à l’ennemi de faire aucune attaque sans auparavant s’en être emparé. Le mont Supérieur réunit ces avantages. En portant donc toute la défense sur le mont Supé­rieur, il en résultera que ni le fort Abraham, ni le fort San-Salvador, ni la presqu’île ne peuvent être attaqués. Il faut que l’ennemi s’em­pare du fort Desaix avant de s’approcher. Le fort Desaix avec des ouvrages en terre sera plus fort que les autres, quoique revêtus de maçonnerie; il pourra servir de point d’appui aux lignes de contre-approches, et enfin, ce fort pris, les ouvrages permanents de la place ont encore toute leur force. Cela étant, il ne faut point tracer au mont Supérieur un fort de petites dimensions, comme celui que pré­sente le comité; il faut un tracé en grand, qui offre une grande défense, et que l’on puisse augmenter successivement les ouvrages pendant cinq ans et même pendant dix. La position est belle, il faut y adapter toutes les ressources de l’art : c’est par ce secours qu’on peut obtenir de grands résultats.

Avant d’aller plus loin, on s’arrêtera à l’idée principale, que l’en­nemi ne doit pas cheminer sur Corfou avant d’avoir pris le fort Desaix. On ne discutera pas la marche de l’ennemi sur le fort Abraham, car il lui est impossible de passer sans que les tranchées ne soient plongées et enfilées du mont Supérieur. Il est plus probable qu’il se diri­gera contre les ouvrages qui forment la presqu’île; mais alors on pourra s’avancer par des lignes de contre-approches et forcer l’ennemi à cheminer sous des feux de flanc très meurtriers, ce qui arrêtera nécessairement la marche de ses attaques. Ces lignes de contre-approches doivent se rattacher au fort Desaix et lui donner toute la sphère d’activité possible. Le comité devra les tracer dans les deux hypothèses, soit que l’ennemi cherche à cheminer sur les monts Viglia et Olivetto, soit qu’il se dirige sur la presqu’île. Ce tracé servira d’indication au gouverneur de l’île et aux officiers du génie pour tons les moyens de défense.

Le fort Desaix doit être une double couronne qui sera plongée du mont Supérieur et qui doit être tracée sur les collines en avant, mais de manière à ne pas être dominée. Les fronts seront de la dimension ordinaire des grands tracés, et les profils les mêmes que ceux des places fortes. Il y aura de bons chemins couverts avec places d’armes et réduits casemates, enfin des demi-lunes et des contre-gardes. Le plateau du mont Supérieur doit être à la fois le réduit et le cavalier de cette double couronne. Il faudra y établir deux rangs de batteries, de sorte que l’ennemi soit plongé à 400 toises, à 300, enfin jusqu’au pied de la couronne, et que, s’il parvient à s’en emparer, il en soit chassé par le feu de ces batteries. Il faut aussi occuper le mont Mamalus de manière qu’il concoure à la défense d’une partie de la double couronne.

En supposant que cette année on établisse la couronne avec son chemin couvert et le réduit du mont Supérieur, on pourra l’année prochaine construire les demi-lunes et les contre-gardes; une autre année on pourra commencer à revêtir ce qui sera jugé le plus utile.

Ainsi l’ennemi sera obligé d’attaquer le fort Desaix, et alors on n’aura qu’une seule attaque au lieu de trois à surveiller. On se ser­vira des lignes de contre-approches pour défendre les flancs, dans le cas où l’ennemi, masquant les feux du fort Desaix, voudrait chemi­ner sur le mont Olivetto ou sur la presqu’île.

Le fort Desaix aura sur les forts Abraham et San-Salvador l’avan­tage d’un bon tracé, qui, au lieu d’être dominé par les hauteurs à 2 ou 300 toises, ne sera dominé par rien; qui, au contraire, domi­nera toute la campagne, et enfin aura derrière lui un cavalier, à côté un fort sur la colline Viglia, et le mont Mamalus pour défendre sa gorge. Tant d’avantages pourront encore être augmentés et rendront la place susceptible d’une défense proportionnée aux forces respec­tives des deux armées. Les lignes de contre-approches ne seront donc plus destinées à empêcher l’ennemi de cheminer sur la place, mais bien sur le fort Desaix. Ce dernier avantage, qui seul, le débarque­ment effectué, peut sauver Corfou, est l’effet nécessaire de la bonne position du fort Desaix. Dans les forts situés en avant des forts Abra­ham et San-Salvador on ne pourrait obtenir aucun de ces résultats. Le fort Desaix, au lieu d’affaiblir la garnison, l’économise. Dans l’état actuel, l’occupation des forts Abraham, Saint-Roch, San-Salvador et de la presqu’île exige beaucoup de monde. La garnison peut être attaquée sur tous les points et le serait indubitablement ; l’ennemi arrivera avec tous les moyens nécessaires; il faut donc que la garnison ait aussi tous les moyens de repousser ces différentes attaques; ce sera par l’occupation du fort Desaix. 7 à 800 hommes suffiront pour sa garnison, et l’on pourra camper derrière le fort une grande partie des autres troupes pour se porter où besoin sera.

Corfou a aujourd’hui cinq bataillons français, qui, avec les sa­peurs et les canonniers, font 5,000 hommes; un bataillon italien, 1,000 hommes; le reste des troupes monte à 1,500 hommes. Corfou a donc aujourd’hui près de 8,000 hommes de troupes françaises et italiennes. On ne comprend pas dans ce nombre les 2,000 Albanais ou Sept insulaires. Avec ces forces on peut occuper les monts Viglia et Olivetto, et fortifier l’île de Vido de manière que 500 hommes y soient à l’abri de toute attaque. Corfou recevra d’ailleurs trois autres bataillons; il est abondamment pourvu en artillerie et en munitions; il y a une grande quantité d’outils, et l’on en enverra encore cet automne. Ainsi, à moins que l’ennemi n’ait des forces très considé­rables, on pourra ouvrir les lignes de contre-approches en avant du fort Desaix.

Le système qu’on a établi est fautif; c’est à un seul point qu’il faut faire centraliser toute la défense; ce point existe, c’est le mont Supérieur. Sans doute que, le fort Desaix pris, ce serait le mont Mamalus et le mont Olivetto qui formeraient la deuxième ressource de la garnison et qui pourraient prolonger la défense de la place; il aurait pour troisième ligne de défense les forts Abraham, Saint-Roch et San-Salvador; après ce serait l’enceinte de la place, et enfin la citadelle. Ce sera donc cinq défenses successives qui toutes se resserreront en raison des pertes de la garnison. Il importe beaucoup à l’honneur du commandant et à la gloire des armes françaises de prolonger la défense. On doit tenir jusqu’au dernier moment, sans calculer si l’on sera secouru ou non. Se rendre un jour plus tôt est un crime militaire. Un commandant ne doit voir que sa place, et en prolonger la défense sans chercher aucune raison politique. Ainsi le plus ou le moins de temps que l’ennemi emploiera à assiéger Corfou, le plus ou le moins de pertes qu’il y fera, le plus ou le moins d’hon­neur qu’acquerra la garnison, tout cela tient à la durée de la défense; mais le succès dépend éminemment de la position dominante du fort Desaix.

 

Rambouillet, 19 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Donnez ordre qu’il soit placé deux pièces de campagne à la bat­terie d’Agay ou à la batterie de la Baumette, département du Var. Ces deux pièces de canon seront destinées à suivre les mouvements des chaloupes ennemies qui viennent se cacher entre les rochers pour prendre les caboteurs.

 

Rambouillet, 19 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous répondrez au général Gilly, com­mandant l’île de Walcheren, que vous désapprouvez qu’il ait mis à la disposition de la marine 900 hommes du régiment de Walcheren pour les travaux de Flessingue; qu’il ait à les reprendre et à les réincorporer dans le régiment; qu’avec ces 900 hommes il se trouve avoir 6,600 hommes, indépendamment de ce qu’il a reçu dans le courant de mai; qu’il doit avant tout garder quatre bataillons, au moins 3,000 hommes, sous les armes pour la défense de l’île, les tenir campés, les visiter et soigner leur instruction, en accordant des primes et des encouragements aux officiers, en annonçant que l’Em­pereur visitera dans le courant de l’été les travaux de Flessingue, et que, s’il trouve que le régiment de Walcheren soit en bon état, il enverra les officiers qui auront eu le plus de part à cette améliora­tion à l’armée d’Allemagne. Vous le préviendrez de l’envoi que vous faites de 150 sous-officiers. Le régiment de Walcheren doit donner 1,800 hommes aux douze cadres des compagnies destinées aux îles de Goeree et de Schouwen, et 1,600 aux cadres de l’armée d’Alle­magne. Il ne doit plus rien donner à la marine. Si donc ces deux détachements étaient fournis, cela ferait 6,600 hommes; il manque­rait au régiment 12 à 1500 hommes pour tout ce qu’il a à fournir. Comme il doit recevoir encore 6,000 hommes, rien n’empêche le général Gilly, jusqu’à ce qu’il en ait reçu un nombre suffisant, de ne donner aux cadres des compagnies des îles de Goeree et Schouwen que 100 hommes au lieu de 150 (aux cadres qui ne seraient pas encore partis). Comme les cadres des compagnies de l’armée d’Alle­magne ne partiront de Walcheren qu’à la fin de juin, il peut se servir d’une partie des officiers pour discipliner et former ces hommes, jusqu’à ce qu’il ait reçu le nombre d’hommes nécessaire pour com­pléter le régiment de Walcheren, fournir les 1,800 hommes aux douze cadres des îles de Goeree et de Schouwen, les 1,600 hommes aux cadres de l’armée d’Allemagne, 400 hommes aux cadres des bataillons de sapeurs, 280 hommes aux cadres des deux compagnies d’artillerie; total, 8,000 hommes; ce qui, avec 1,000 malades, fera 9,000 hommes, et il doit en recevoir 12,000. Écrivez-lui de vous envoyer l’état de recrutement du régiment et sa composition en hommes par départements. Autorisez-le à donner des gratifications aux officiers qui s’occupent le plus de l’instruction et à leur promettre que ceux qui se distingueront passeront dans d’autres régiments.

 

Rambouillet, 19 mai 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous prie de me faire connaître votre opinion sur le projet de décret suivant :

1° Tous les ports de la Méditerranée, depuis et compris Nice jusqu’à Terracine, sont du département de notre ministre de la marine.

2° Tous les ports de Corse et de Corfou font partie da départe­ment de la marine.

3° Tous les ports de la mer du Nord, compris Anvers et Flessingue, Hambourg et Lubeck, sont dans le département de la marine.

4° Les capitaines des ports, les travaux relatifs aux réparations, tout ce qui est du ressort de la police, les phares, sont du ressort du département de la marine.

Les raisons qui me porteraient à opiner pour ce décret sont les suivantes. Les capitaines de port sont nommés par le ministre de l’intérieur, sur la proposition des municipalités, qui les choisissent parmi les hommes du pays. L’inconvénient est peu grave que Péris, le capitaine du port de Marseille, soit capitaine marchand; mais, comme il est hors de la surveillance de la marine, il y a dans tout cela des accointances. Pour l’intérêt même des ports de France, je désirerais que la marine eût l’ingérence des ports de commerce; cela regarde et intéresse la marine. En effet, est-il possible d’imaginer qu’à Toulon il y ait un capitaine du port marchand qui ne soit pas sous les ordres de la marine, et que celui de Marseille n’ait rien à faire avec la marine ? S’il s’agit des travaux de réparation, qui ne sent que ces travaux doivent être dirigés par le département de la marine ? Le Havre est dirigé par l’intérieur, ainsi que Dieppe; Anvers même l’était; d’où il s’ensuit qu’on fonde des radiers de marine, que des vaisseaux de guerre qui pourraient y trouver refuge n’en trouvent point.

Dans les ports de commerce, la marine est plus que l’intérieur à même d’y soigner les intérêts de la marine militaire. Que de vais­seaux, que de frégates, qui, en conséquence de la bonne tenue de ces ports, seraient sauvés dans le cours de cent ans, et que de sommes seraient économisées !

Lorsque le ministre de la marine n’a pas dans sa main les individus, les bureaux que concerne cette partie, il ne peut pas y pourvoir. Par exemple, à Ostende, des bâtiments de guerre de haut bord trou­veraient leur salut dans ce port, si l’on y travaillait; et, en y dépen­sant deux ou trois millions, on sauverait des vaisseaux.

Les travaux des ports de l’Escaut ne sont point du ressort de l’intérieur. La marine en a la pensée et peut en concevoir l’utilité; cette pensée lui viendrait si elle avait dans son administration les répara­tions du port d’Ostende. Je dis la même chose des écluses de chasse; celles d’Ostende et du Havre sont du plus grand résultat pour la marine. Il faut donc qu’elles soient dans la main de la marine.

Ces raisons me font penser qu’il faudrait étendre cette mesure à tous les ports de l’intérieur. Au moins il n’y a pas de doute pour les départements réunis. Il vaut mieux avoir à Hambourg un capitaine français qu’un capitaine qui a servi avec les Anglais. J’attends un mémoire raisonné sur cette partie, sur ce qui s’est fait depuis Louis XIV sur cette matière, quel inconvénient il peut y avoir que le ministre de la marine soit chargé de tous les ports, même des anses, et ait la protection de ces côtes, et qu’est-ce que le ministre de l’intérieur a à faire dans tout cela ? Je vous envoie le projet du décret. Vous sentez que je ne connais pas assez ce mécanisme des ports pour n’avoir pas besoin de beaucoup de discussion là-dessus.

 

Rambouillet, 19 mai 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 14 mai. Je demande effec­tivement depuis longtemps si mon décret est exécuté et si vous avez terminé l’organisation administrative, financière et judiciaire des trois départements. Je viens de demander ce travail aux différents ministres. Le mieux serait d’envoyer un auditeur attaché à l’intérieur, un de la justice, un des finances, avec le travail et tous les détails néces­saires, et de les adresser au ministre secrétaire d’État. Faites ces expéditions sans délai, afin que je puisse organiser le pays pour le ler juillet, si cela est possible.

 

Rambouillet, 20 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Les colonels proposent souvent des avancements qui ne sont pas mérités et qui tiennent à leur faveur. L’impossibilité où je suis d’avoir pour l’armée d’Allemagne des rapports d’inspecteurs me porte à ordonner que pendant l’année 1811 le prince d’Eckmühl fasse, pour cette armée, les fonctions d’inspecteur ; qu’il envoie le général d’Hastrel, son chef d’état-major, pour inspecter les régiments, vérifier leur comptabilité, arrêter leur effectif et pourvoir aux remplace­ments. Il faut désormais que les états de propositions que vous m’enverrez soient appuyés de notes du prince d’Eckmühl, faisant fonction d’inspecteur.

 

Rambouillet, 20 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Vous trouverez ci-joint le budget de l’artillerie arrêté à 22, 490,000 francs. Il faut que vous y conformiez toutes les autres dépenses. Cette année étant extrêmement chère par l’achat des chevaux et les dépen­ses des parcs, il ne faut pas faire de dépenses inutiles.

 

Rambouillet, 21 mai 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je vous renvoie la dernière lettre de Savone. Je pense qu’il est convenable de montrer toutes ces dépêches au cardinal Fesch, qui les communiquera aux évêques, si cela lui parait convenable. Je suppose que vous travaillez à un exposé clair et simple de nos relations avec le Pape, qui ont amené les événements actuels; je suppose aussi que le comité ecclésiastique travaille à toutes ces affaires.

 

Rambouillet, 21 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, mon Ministre de la guerre, je réponds à votre lettre du 20 mai, bureau de l’artillerie. Je ne puis point asseoir mes idées sur l’état que vous m’avez envoyé; je ne le crois point exact. Au lieu de mettre sous mes yeux un état rédigé à Séville, je désire que vous m’en fassiez un rédigé sur les états directs que vous avez dans vos bureaux ou dans ceux du major général, et envoyés par les commandants d’artillerie d’Aragon, de Navarre, Saint-Sébastien, Vitoria, Burgos, Almeida, Ciudad-Rodrigo, Ségovie, Madrid.

Il doit y avoir à Burgos des pièces de gros calibre, je crois de 24, que j’y ai fait mettre moi-même lorsque j’ai été en Espagne. Il y a constamment aussi des pièces de 12 ; car dans l’état que vous m’envoyez je ne vois point la quantité des pièces de calibre qui sont entrées en Espagne avec les corps venant d’Allemagne. Tous ces corps avaient les batteries de 12 et presque tous les ont laissées dans le nord de l’Espagne. Je désire aussi que les états que vous me remettrez spécifient l’artillerie française et l’artillerie espagnole.

Je désire également que vous me donniez un état général de toute l’artillerie française qui est entrée en Espagne, et, en outre, de l’artillerie qui existe maintenant à Bayonne, à Toulouse et à Blaye.

Toutefois je m’aperçois qu’il y a une quantité de pièces et de cais­sons en Espagne fort au delà des besoins que je puis avoir, puisque je vois 600 pièces de canon et 1,100 caissons ou voitures de toute espèce. Mais ce qui doit attirer toute mon attention, c’est le manque absolu d’approvisionnement.

Il faudrait à Burgos deux millions de cartouches, 100,000 kilogrammes de poudre, indépendamment de la poudre nécessaire pour la défense de la place, et 30,000 cartouches à canon, à balles ou à boulet. Alors, du dépôt de Burgos, on pourrait approvisionner facilement l’armée de Portugal et celle du Centre.

Il est à prévoir que toutes les munitions qui sont en Andalousie pourraient être perdues par un mouvement rétrograde de l’armée sur Madrid, et par suite celles de Madrid, par un reploiement sur Somo-Sierra. L’armée venant par là à se concentrer aurait besoin d’appro­visionnements plus considérables dans le nord. Il faut donc que Burgos, Pampelune, et par suite Bayonne, soient en état de les fournir promptement.

Aussitôt que j’aurai les états que je demande, je ferai connaître mes intentions sur les divers placements de l’artillerie. Il ne faudrait point de pièces à Tolède; il y en a trop en Andalousie, beaucoup trop à Madrid.

Faites des recherches pour me présenter un projet tendant à faire rétrograder sur Burgos toute l’artillerie française qui serait en Andalousie, Madrid, les provinces de Salamanque et de Valladolid, excepté l’artillerie qui est attelée et ce qui pourrait devenir nécessaire pour servir de rechange, afin que, dans tous les événements qu’il est de la prudence de prévoir, une grande quantité d’artillerie française ne tombât pas au pouvoir de l’ennemi, et qu’ensuite le dépôt de Burgos pût réparer toutes les pertes.

En Andalousie, comme dans la Manche et la Castille, on peut employer la petite artillerie espagnole pour la défense des postes et des places, et me ménager ainsi à Burgos de grands moyens, en faisant rétrograder sur cette place toute l’artillerie française qui se trouve dans l’Andalousie, la Manche et les Castilles. En donnant ainsi à toute l’artillerie du Midi et du Centre un mouvement rétro­grade sur Burgos, il faudrait faire la même opération en Aragon et ramener toute l’artillerie sur Pampelune. En partant de Saragosse, il ne faut point s’exposer à perdre une seule pièce d’artillerie française, ni même d’artillerie espagnole, et enfin le moins possible d’artillerie de siège qui pourrait ensuite servir à l’ennemi. Toute l’artillerie de ce côté sera donc ramenée à Pampelune, et on ne laissera que ce qui est nécessaire pour servir à la défense du petit fort qu’on a construit près de Saragosse et pour la défense aussi de la citadelle de Lerida.

Il faudrait établir ou du moins augmenter et mettre dans la plus grande activité les arsenaux de Pampelune et de Burgos; on y em­ploiera tout le fer et le bois qu’on pourra se procurer dans le pays, afin de mettre en état le plus promptement possible tout le matériel de l’artillerie.

Bayonne doit avoir pour approvisionnement trois millions de cartouches, 30,000 coups de canon à balles et à boulet, et 250,000 kilo­grammes de poudre. L’arsenal doit être assez en activité pour mettre en état tout le matériel qui s’y trouve.

Je suis prévenu que dans les Landes, et même à Bordeaux, il existe des caissons qui ont été abandonnés dans le passage de l’armée; il faut tous les réunir à Toulon et à Bayonne.

L’armée d’Espagne étant composée de celles du Midi, du Centre, de Portugal, du Nord et d’Aragon, ce qui forme cinq armées, il doit y avoir cinq commandants de l’artillerie indépendants les uns des autres. Mais il est nécessaire d’avoir un directeur général, lequel se tiendra à Burgos; il recevra les états des commandants de l’artillerie des corps d’armée ; il surveillera les approvisionnements et la comptabilité, aura seul le droit d’adresser des demandes à Bayonne, correspondra directement avec vous ; par ce moyen l’anarchie où se trouve maintenant l’artillerie de l’armée d’Espagne cessera. Le com­mandant de l’artillerie de l’armée du Midi agira d’après les ordres de son général en chef, recevra tout de lui et rendra compte au directeur général du matériel de l’état de son artillerie et des fonds qui sont destinés. Mais, lorsqu’il aura besoin d’objets provenant des places de Burgos, Pampelune ou de la France, il ne pourra les obte­nir que par l’intermédiaire du directeur général. Lors même qu’il aura besoin du matériel de l’armée du Centre, ce ne pourra être que par son autorisation, surtout toutes les fois que le commandant de l’armée du Centre refuserait d’acquiescer aux demandes de celui du Midi.

Il devient nécessaire aussi de n’avoir à chaque armée qu’un général d’artillerie et de ne laisser en Espagne que le nombre nécessaire d’offi­ciers supérieurs de cette arme : il y en a aujourd’hui beaucoup trop.

J’attache beaucoup d’importance à l’organisation de l’artillerie de l’armée d’Espagne et surtout à la formation des réserves, de manière à m’ôter toute sollicitude à ce sujet et à répondre aux vues que je pourrais avoir dans le mois d’août prochain.

Je désire donc que, sans perdre de temps, vous me fassiez un rapport, et que vous me proposiez tous les mouvements convenables pour arriver à ce résultat. Ayant ainsi à Burgos, Pampelune, Bayonne près d’un million de kilogrammes de poudre, indépendamment de celle qui serait nécessaire pour la défense de Pampelune et de Burgos, on sera toujours à même d’en fournir pour la défense d’Almeida et Ciudad-Rodrigo, et peut-être même pour les besoins des armées du Centre et du Midi.

Faites un rapport d’instruction que vous me soumettrez sur le commandant en chef d’artillerie de l’armée d’Espagne : je ne l’appelle point général en chef de l’artillerie, parce que, ses attributions étant dans un cas nouveau, il est convenable de prendre un nouveau titre. Il aura le traitement, les bureaux et le nombre d’officiers qui lui seront nécessaires pour le mettre à même de diriger cette grande ma­chine. II est bon même qu’il ait, pour envoyer en mission, quelques jeunes officiers, afin d’obtenir les renseignements qui ne lui paraî­traient pas assez clairs.

Les forges d’Orbaicete seront sous les ordres du directeur général, ainsi que toutes les poudreries qu’on pourrait établir dans les diffé­rentes parties de l’Espagne.

Dans votre lettre vous me proposez d’envoyer 200,000 kilogrammes de poudre à Bayonne. J’approuve cette mesure et vous pouvez l’exécuter de suite.

Vous me dites avoir un grand nombre de projectiles à Burgos et à Valladolid, qui pourraient être envoyés à Madrid et en Andalousie; mais ce ne sera que lorsque j’aurai des états exacts de ces différents dépôts que je pourrai prononcer sur leur destination.

Je n’approuve point le dépôt à Valladolid ; cette place serait trop promptement au pouvoir de l’ennemi en cas d’échec, et on serait à perdre un matériel trop considérable. C’est de Burgos que tout doit partir pour les approvisionnements.

Je ne vois point d’inconvénient à subvenir, par des fonds tirés du trésor public de France, aux frais des forges d’Orbaicete, de la pou­drerie de Pampelune et de la raffinerie de Saragosse. Faites-moi connaître l’évaluation de cette dépense pour l’année 1811.

 

Rambouillet, 21 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le major et le chef du 1er bataillon du régiment de Walcheren, l’adjudant-major du 5e bataillon, trois aides-majors, six capitaine, trois lieutenants et cinq sous-lieutenants, un sergent-major, vingt-neuf sergents, vingt fourriers et cent huit caporaux manquaient encore au 15 mai. Pressez l’arrivée du chef de bataillon et des capitaines, faites presser également le départ de Paris des sous-officiers que j’ai désignés. Un régiment comme celui-là a besoin de tous ses officiers et sous-officiers, sans quoi il n’y a rien à espérer.

Le quartier-maître nommé….         n’est pas un homme de bonne réputation; proposez-en sur-le-champ un autre à ma nomination.

Il y a dans le bataillon colonial de Flessingue beaucoup d’hommes à réformer. Faites-en passer la revue et donnez-leur la réforme; ils ne sont bons qu’à encombrer. Faites-moi connaître ce que aurez fait là-dessus.

Donnez des ordres au général Gilly et au général Rousseau pour que les chaloupes canonnières soient toujours en mouvement, qu’elles tiennent perpétuellement la ligne d’embossage et ne soient jamais dans le port, qu’elles fassent des patrouilles autour de l’île. J’apprends que les ennemis viennent sonder jusque sous les batteries de Nolle; cela est honteux.

 

Rambouillet, 21 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre rapport du 20 mai, bureau de l’artillerie, par lequel vous me proposez d’envoyer en Allemagne 300 conscrits pour recru­ter les compagnies du 7e régiment et 250 pour le 5e. Il faudra bien se résoudre à cette mesure s’il n’y a pas moyen de faire autrement, mais elle est contraire au bien du service. Ces conscrits, pendant l’été, se formeront en France, et en mars prochain feront de bons canonniers. N’ayant pas l’habitude militaire et le travail d’école, en allant en Allemagne ils perdront leur temps sur les grandes routes, altére­ront leur santé et peupleront les hôpitaux. Dans l’artillerie il faut des hommes d’un an de service au moins. Le service de l’artillerie est plus indépendant, et les compagnies sont morcelées et détachées. Je préférerais donc faire revenir une partie des compagnies des 7e et 5e en France, s’il n’y a pas moyen de tirer des hommes des dépôts de ces régiments en France pour les recruter. J’ai l’idée que ce moyen existe. Je préfère toute combinaison à celle d’envoyer des conscrits de cette année en Allemagne. Par contre, ordonnez que les conscrits aillent à leurs dépôts, qu’ils s’instruisent, et qu’en août, au plus tard, ils aillent tous au polygone et commencent à tirer des pièces de cam­pagne et de siège, de manière qu’au mois d’octobre ils aient trois mois de polygone.

Comme j’ai réglé le complet de l’artillerie à pied à 120 hommes, vous ordonnerez, pour les compagnies qui sont sur l’Oder et à Danzig, que 20 hommes seront en subsistance et n’appartiendront à aucune compagnie. Pour peu que vous envoyiez quelques canonniers de France, vous recruterez les compagnies d’Allemagne à 100 hommes. Présentez-moi toute combinaison, je le répète, autre que d’envoyer des conscrits en Allemagne. Je préférerais même ne laisser en Alle­magne que des compagnies de 80 à 90 hommes, sauf à les compléter après, selon les circonstances.

 

Rambouillet, 21 mai 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, on a été obligé de détruire dans le golfe de Sagone, en Corse, les flûtes la Nourrice et la Girafe. Il n’est pas possible de concevoir comment le préfet maritime de Toulon a poussé la négligence jusqu’à envoyer tant de bâtiments à Sagone, sans demander qu’on y construisit des batteries capables de protéger ces bâtiments ; la grande perte que je viens de faire en est le résultat. Depuis cinq ou six ans que cette navigation a lieu, cela est impardonnable. Donnez ordre qu’un officier de marine se rende en Corse pour désigner les points où des batteries sont nécessaires à dresser dans le golfe de Sagone, et tracer ces batteries, pour que la naviga­tion qui se fait sur ce point pour l’exploitation des forêts soit sûre.

Concertez-vous avec le ministre de la guerre pour que le général commandant en Corse avec l’officier commandant le génie et celui commandant l’artillerie se rendent sur ce point et fassent élever deux ou trois batteries de cinq ou six pièces de 36 ou de 24.

Chargez également un officier de marine de visiter, de concert avec les officiers envoyés par la guerre, le mouillage de Saint-Floreal et d’Ajaccio, et de s’assurer qu’ils sont protégés.

 

Rambouillet, 21 mai 1811

A Élisa Napoléon, grande-duchesse de Toscane, à Florence

Ma Sœur, je désire avoir des renseignements sur le mont Argentaro. A-t-on commencé les travaux ? Les 5e bataillons du 29e et du 112e y sont-ils rendus ? Les conscrits y sont-ils arrivés de l’île d’Elbe et de Corse ? Envoyez-moi une description détaillée du mont Argentaro; j’ai l’intention d’y faire un établissement pour la protection des côtes de Toscane et de l’État romain. On m’assure que cet endroit est très sain. Les conscrits qui arrivent au 29e et au 112e sont-ils habillés ? Faites-moi connaître tout cela dans le plus grand détail.

 

Rambouillet, 21 mai 1811.

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

La circonstance me parait extrêmement favorable pour l’expédition de Sicile. Si vous réunissez 15,000 hommes à Reggio, vous aurez tous les calmes de l’été pour les faire arriver. Mes forces en Italie sont considérables et ma conscription a recruté les cadres; ainsi on sera à même de parer aux événements. Selon tous les rapports de Londres, les Anglais n’ont pas 4,000 hommes en Sicile. Le pays est mécontent; eux-mêmes l’avouent. Jamais une plus belle occasion ne se présentera. Ils seront, cet automne, repoussés d’Espagne et du Portugal ; alors ils reviendront en force réoccuper la Sicile avec 15 ou 20,000 hommes, et l’expédition deviendra impossible. Arrivé à Naples, je pense que vous devez faire vos préparatifs. Envoyez prendre à l’île d’Elbe et en Corse le 4e bataillon du 22e léger et le nécessaire pour former le 6e bataillon.

 

Caen, 24 mai 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je trouve bien extraordinaire que mon consul à Bucharest ait été assez simple que de se servir d’un courrier autrichien pour envoyer des dépêches importantes. Faites-lui sentir dans une lettre en chiffre l’inconséquence et la folie de cette conduite.

 

Caen, 24 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie cinq états pour vous servir de direction dans un rapport que vous me ferez au 15 juin, pour donner une nouvelle organisation au 1er juillet, aux différents corps d’observation.

Corps d’observation db l’Elbe. — Ce corps restera à quatre divi­sions jusqu’au 1er juillet. A cette époque, il sera formé à cinq divi­sions. Les 4e et 6e bataillons s’y réuniront dans les lieux indiqués, de sorte qu’au commencement d’août l’organisation soit complète, et que ce corps ait acquis toute la consistance qu’on peut en attendre.

Corps d’observation du Rhin. — Au 1er juillet, ce corps prendra le titre de Corps d’observation des cotes de l’Océan. Il sera formé, comme le porte l’état n° 2, par la réunion de tous les conscrits et de tous les bataillons.

Corps d’observation d’Italie. — Ce corps conservera la même dénomination, mais il sera organisé comme il est porté au n° 3.

Corps d’observation de réserve. — Ce corps sera créé conformément au n° 4.

Enfin, dans un cinquième état, vous trouverez les éléments de la situation des forces de l’Empire, en conduisant les quatre corps que je crée hors des frontières.

Je n’ai pas besoin de vous dire que vous ne devez donner aucun ordre, faire aucun mouvement en conséquence de ces états, vous devez vous borner à me faire un rapport général au 15 juin, époque à laquelle vous me demandera en même temps mes ordres.

En attendant, toutes les dispositions nécessaires pour porter au complet le corps d’observation de l’Elbe, tel qu’il a été arrêté, doivent avoir lieu.

 

NOTE

CORPS D’OBSERVATION DE L’ELBE.

Le corps d’observation de l’Elbe doit être composé de cinq divi­sions. Il restera à quatre divisions jusqu’au 1er août et ne sera composé de cinq divisions qu’à cette époque, à laquelle les 6e et 4e ba­taillons auront rejoint.

Je vous ai déjà fait connaître que la composition de ces divisions doit être faite de la manière suivante :

Division Morand. — 13e léger, cinq bataillons; 17e de ligne, cinq; 30e, cinq; total, 15 bataillons.

Division Friant. — 15e léger, cinq bataillons; 33e de ligne, cinq; 48e cinq; total, 15 bataillons.

Division Gudin. — 7e léger, cinq; 12e de ligne, cinq; 21e cinq; total, 15 bataillons.

Division Dessaix. —33e léger, quatre; 85e de ligne, cinq; 108e cinq; total, 14 bataillons.

Division Compans. — 61e, cinq; 111e, cinq; 25e, cinq; 57e, cinq; total, 20 bataillons.

Les 127e, 128e et 129e seraient, à raison de trois bataillons, répartis dans les divisions qui par suite de circonstances quelconques se trouveraient les plus faibles.

Chaque division aurait quatre brigades, et chaque brigade se composerait de cinq bataillons ; quatre généraux de brigade seraient attachés à chaque division ; les cinq divisions formeraient en tout  vingt brigades et quatre-vingt-dix-huit bataillons.

Je ne parlerai pas de l’artillerie, du génie, des transports ni de l’administration: tout cela a déjà été ordonné. Il reste à régler le mode d’exécution.

On procédera de la manière suivante : au 1er juillet, les 4e bataillons, complétés de tous les conscrits destinés aux 6e bataillons, se mettront en marche pour se diriger sur les quatre points suivants : ceux de la 1e division, sur Wesel; ceux de la 2e sur Cologne;  ceux de la 3e, sur Düsseldorf, et ceux de la 4e sur Aix-la-chapelle. Les cadres des 6e bataillons, qui sont actuellement à Wesel et à Munster, se rendront dans ces différentes places, et par ce moyen il y aura à Wesel les 4e et 6e bataillons du 13e léger, les 17e, 30e et 61e de ligne; total, huit bataillons ;  à Cologne, le 6e bataillon du 15e léger, les 4e et 6e bataillons des 33e, 48e et 11e de ligne; total, sept batail­lons; à Düsseldorf, les 4e et 6e bataillons du 7e léger, des 12e et 11e de ligne, et le 6e du 25e de ligne; total, sept bataillons; à Aix-la-Chapelle, les 4e et 6e bataillons des 57e, 85e et 108e ; total, six bataillons.

A Wesel, huit bataillons; à Cologne, sept; à Düsseldorf, sept; à Aix-la-Chapelle, six; total, vingt-huit bataillons.

Un général de brigade, de ceux qui sont destinés pour l’armée d’Allemagne, sera attaché à chacun de ces quatre camps, et chargé de surveiller la formation et l’instruction des bataillons qui doivent les composer. Vous nommerez ces quatre généraux. Ils devront se rendre, aussitôt, chacun dans les dépôts qui fournissent au camp dont il est chargé. Ils feront la revue des 4e bataillons, vérifieront l’état de l’habillement ; ils feront la revue des officiers à réformer et dresseront l’état des places vacantes pour les 4e et 6e bataillons.

Ces généraux correspondront à cet effet avec le générai Compans, que vous chargerez de suivre cette organisation.

Mon intention est qu’aucun mouvement n’ait lieu que par mes ordres. En conséquence, au 15 juin, d’après le compte qui vous aura été rendu par le général Compans, vous me ferez un rapport sur la situation de ces dépôts, et, selon le plus ou moins d’activité de l’arrivée des conscrits, selon les circonstances plus ou moins pressantes, je me déciderai ou à maintenir le mouvement de 3,000 hommes qui doivent être tirés des dépôts de l’armée d’Espagne pour les 6e bataillons de l’armée d’Allemagne, ou à y suppléer de toute autre manière.

Quant aux compagnies que doit fournir le dépôt des conscrits de l’île de Walcheren, elles doivent rester tout le mois de juin dans l’île et n’en partir ensuite qu’en passant par Willemstad, et en traversant la Hollande pour rejoindre leurs régiments du coté de Braunau, de manière que la direction de leur route les éloigne toujours de la France. Je compte d’ailleurs que ce dépôt pourra fournir plus de monde qu’il n’a encore été déterminé; cette augmentation sera réglée ultérieurement.

Les choses étant ainsi préparées, il reste à disposer les mouve­ments pour la cavalerie.

Les dépôts des quatre régiments de cuirassiers et des six de cava­lerie légère qui sont en France ont des hommes, des chevaux et des selles à envoyer en Allemagne. Proposez-moi la réunion de tous les détachements que ces dépôts peuvent fournir dans un point central, sur la route de Hambourg, et chargez un général de brigade, déjà désigné pour servir dans la cavalerie de l’armée d’Allemagne, d’aller parcourir ces dépôts et d’activer la formation de ces détachements.

Un régiment de marche formé au point de réunion pourra partir ensuite sous les ordres de ce général et se rendre en Allemagne pour compléter la cavalerie de l’armée.

 

CORPS D’OBSERVATION DU RHIN.

L’organisation des régiments d’élite existera jusqu’au 1er juillet Les régiments d’élite qui font partie des corps d’observation du Rhin et d’Italie seront alors dissous.

Le corps d’observation du Rhin sera composé de quatre divisions, organisées de la manière suivante :

1e Division. — 1e brigade : quatre bataillons du 24e léger, quatre du 4e de ligne; 2e brigade : quatre bataillons du 19e, quatre du 123e; 3e brigade : deux bataillons de Portugais d’élite, deux du 4e régiment suisse.

2e Division. — 1e brigade : quatre bataillons du 20e léger, quatre du 72e de ligne ; 2e brigade : quatre bataillons du 46e de ligne, quatre du 126e; 3e brigade : deux bataillons portugais, deux du régiment illyrien.

3e Division. — Quatre bataillons du 18e de ligne, quatre du 93e, quatre du 56e, quatre du 124e, deux bataillons espagnols et deux suisses.

4e Division. — Un bataillon de tirailleurs corses, un de tirailleurs du Pô, quatre du 2e de ligne, quatre du 37e, quatre du 125e et quatre bataillons suisses.

Chaque division ayant trois brigades, il y aura en tout douze bri­gades; chaque division étant de vingt bataillons, le total du corps d’observation du Rhin sera de quatre-vingts bataillons.

Chaque régiment aura ses deux pièces d’artillerie, ce qui fera huit pièces par division, hormis que la 4e division n’en aura que six; au total, trente pièces régimentaires. L’artillerie, le génie, les admi­nistrations seront organisés comme le porte l’organisation du corps d’observation du Rhin.

Mode d’exécution. —Au 1er juillet tous les conscrits seront arrivés aux régiments.

 

La 1e division sera organisée au camp de Boulogne; les quatre bataillons du 24e léger, des 4e, 19e et 123e de ligne s’y rendront. Les 4e bataillons de ces régiments et tous les conscrits des dépôts par­tiront, du ler au 15 juillet, de Metz, Nancy, Douai et Berg-op-Zoom, pour aller compléter les régiments au camp de Boulogne. Aussitôt après leur arrivée le tiercement aura lieu, de sorte que les bataillons soient égaux en hommes anciens et aient la même con­sistance.

La 2e division se réunira au camp de Boulogne et sera organisée de la même manière.

La 3e division sera organisée au camp d’Utrecht, et il y sera pro­cédé de la même manière.

La 4e division sera organisée au camp d’Emden, et l’on procédera de la même manière.

Les Espagnols, les Portugais, les Suisses et les Illyriens se réu­niront, savoir :

Les Suisses qui sont à Avignon partiront pour Paris au 1er juillet, les Suisses qui sont à Rennes, pour Boulogne au 1er juillet, ainsi que les Suisses qui sont à Berg-op-Zoom.

Les Portugais partiront au ler juillet pour leur destination.

Ainsi, à cette époque, le corps d’observation du Rhin aura deux divisions au camp de Boulogne et deux en Hollande. Il changera alors de dénomination et prendra celle de Corps d’observation des côtes de l’Océan.

Les 4e compagnies de voltigeurs et de grenadiers des bataillons d’élite passeront dans les 4e bataillons, qui céderont deux de leurs compagnies aux bataillons d’où ces compagnies d’élite seront tirées, de sorte que tous les bataillons seront égaux, de six compagnies, dont une de grenadiers et une de voltigeurs.

Artillerie. – Au 1er juillet tout se mettra en marche, et l’artille­rie, personnel, matériel et attelages, se formera à Metz et à Mayence.

Les dispositions seront faites de manière qu’il n’y ait pas de mou­vement rétrograde, car ma pensée secrète est que le corps d’obser­vation des côtes de l’Océan puisse devenir un corps de l’armée d’Alle­magne, et, en faisant volte-face sur Mayence ou Wesel, trouver son artillerie à Mayence, à Wesel ou à Maastricht.

Le 2e bataillon des équipages militaires sera destiné au service de ce corps et restera à Commercy.

La 1e division sera commandée par le général Legrand, la 2e divi­sion par le général Vandamme, la 3e division par le général Verdières, et la 4e division par le général Souham.

 

Cavalerie – La cavalerie sera composée de quatre brigades. Ces quatre brigades seront prêtes à partir au 1er juillet. Quatre généraux de brigade de cavalerie y seront attachés et s’occuperont de les mettre en bon état.

Les quatre brigades seront réunies, savoir : la 2e brigade, en Hollande; la 1e, dans la 16e division militaire; la 3e, sur la Meuse ; la 4e sur le bas Rhin, dans les lieux où les fourrages seront à meil­leur marché.

Tout ceci doit servir de base au ministre pour le rapport qu’il me fera le 15 juin; car aucun ordre pour des mouvements extérieurs ou préparatoires ne doit être donné par le ministre avant qu’il ai reçu mon approbation définitive au 15 juin.

On prendra des officiers du génie et de l’artillerie, en se conformant à ce qui est réglé pour le corps d’observation du Rhin.

Quant aux généraux de brigade, ceux que m’a présentés le ministre ne me sont pas connus. Il faut des hommes de guerre et de choix: bon nombre de ceux qui sont en Hollande peuvent être choisis.

Le ministre me proposera les seize généraux de brigade d’infanterie et de cavalerie nécessaires pour ce corps.

 

CORPS D OBSERVATION D’ITALIE.

Le corps d’observation d’Italie recevra au 1er juillet, conformément au rapport que vous fera le ministre de la guette le 15 juin, l’organisation suivante :

1e Division. —Deux bataillons du 8e léger, deux bataillons croates, quatre du 84e et quatre du 92e; total, 13 bataillons.

2e Division. — Trois bataillons du 9e, trois du 13e, trois du 53e et trois du 106; total, 12 bataillons.

3e Division. — Trois bataillons du 35e, deux bataillons espagnols ; deux bataillons d’élite du 29e ; deux du 112; deux bataillons illyriens; total, 11 bataillons.

Division italienne, 9,000 hommes.

Total de l’infanterie, 36,000 hommes.

L’artillerie, le génie, la cavalerie et les équipages militaires seront organiser comme il a déjà été arrêté.

Ce corps d’observation sera réuni, selon les ordres soumis à mon approbation, à Trente, Bolzano, Brescia, Laybach, Bassano, Vérone et Vicence.

NOTE.

D’ici au 1er juillet, le corps d’observation d’Italie conservera son organisation telle qu’elle a été établie par le denier rapport du ministre, afin que si d’ici au 1er juillet, j’avais besoin de le mettre en mouvement, il pût marcher selon ladite organisation.

 

CORPS D’OBSERVATION DE RÉSERVE

Il sera créé un corps d’observation de réserve. Ce corps d’observation sera composé de la manière suivante :

1e Division, composée de douze bataillons, formant 8,000 hom­mes; deux bataillons du 5e léger, qui sont à Cherbourg ; deux batail­lons d’élite du 3e de ligne, qui se rendent à Rennes; deux bataillons du 105e, qui se rendent à Rennes (cette brigade, qui sera la 1e, se réunira à Rennes) ; trois bataillons du 81e dont un est dans la 7e di­vision militaire et les deux autres à Pampelune; trois bataillons du 60e, dont deux sont à Toulon et le troisième dans la 7e division mili­taire ; lesquels se réuniront à Rennes, en route, à un point d’inter­section, et rejoindront le 81e à Pampelune, où se formera la 2e brigade.

2e Division, composée de douze bataillons, savoir : deux batail­lons du 23e léger, qui se réuniront à Lyon ; deux bataillons d’élite du 52e, qui se réuniront à Toulon; quatre bataillons du 10e de ligne, (qui se réuniront à Lyon; quatre bataillons du 20e de ligne, qui se réuniront à Lyon.

3e Division, composée de seize bataillons, savoir : quatre batail­lons du 10e léger, qui sont en Bretagne; quatre du ler de ligne, quatre du 62e, quatre du 101e.

Le 10e léger se réunira à Rennes, les 1er, 62e et 101e se réuniront à Lyon.

La 4e division sera formée par une division italienne de 6,000 hom­mes, qui se réunira également à Lyon.

Ces quatre divisions porteront ce corps à 32,000 hommes d’infanterie.

Le corps d’observation de réserve est destiné à se réunir à Bayonne et à passer en Espagne. Il se mettra, à cet effet, en mouvement au 1er juillet. L’organisation définitive des divisions se fera à Bayonne. Cependant rien ne devra se mettre en mouvement que le ministre n’ait pris mes derniers ordres; il me les demandera au 1er juin.

1e Division. — Les deux bataillons du 5e léger partiront de Cher­bourg pour Reims. Le 3e bataillon du 81e partira de son dépôt pour Pau. Les deux bataillons du 60e qui sont à Toulon en partiront pour Bayonne; le 3e bataillon partira de son dépôt pour se rencontrer en route avec les deux premiers, faire le tiercement, et il se rendra à Pampelune. Mais pour faire ce mouvement, il faut que Cherbourg et Toulon soient gardés.

2e Division. — Les deux bataillons du 23e léger se rendront, au 1er juillet, à Lyon, où, avec les 10e et 20e de ligne, ils formeront dix ou douze bataillons qui doivent composer la 2e division.

Les deux bataillons du 52e resteront à Toulon jusqu’à ce que le mouvement du reste de la division ait lieu sur Bayonne ou sur un autre point.

3e Division. — Le 1er de ligne, qui a un bataillon à Marseille et trois bataillons qui vont à Lyon, se réunira à Bayonne. Mais les uns et les autres ne partiront qu’à la fois et lorsque la direction sera décidée.

Le 62e qui a deux bataillons à Toulon et deux à Lyon, se réunira avec les quatre bataillons du 1er de ligne.

Le 4e bataillon du 101e, de la Spezia, se dirigera sur Lyon pour rejoindre ses deux premiers bataillons.

Pour remplir ce but, comme on l’a dit plus haut, il faut pourvoir à la garnison de Toulon. A cet effet, le 3e bataillon du 8e léger, qui est à Genève, se dirigera sur Toulon vers le 1er juillet, après avoir reçu tous les conscrits. Le 4e bataillon du 18e, le 4e du 5e, le 4e du 11e, le 4e du 23e et le 3e du 75e de ligne, se dirigeront également sur Toulon au 1er juillet.

Ces six bataillons, qui auront reçu leurs conscrits et seront ainsi complétés, formeront une force suffisante pour la garnison de Tou­lon, de Marseille, de Cette et de toute la côte de la Méditerranée. Le 3e bataillon du 79e, au lieu d’aller à Toulon, ira à Cette; et, comme les conscrits qu’il reçoit sont du département du Var, on prendra une direction qui l’éloigne de ce département, en lui faisant traverser le Vivarais.

Il faut également pourvoir à la garnison de la Spezia. Les 5e ba­taillons des 101e et 67e fourniront suffisamment de monde pour la garnison de la Spezia.

Le 52e fournira suffisamment pour Gênes. Il fournira un bataillon à Savone.

Le 101e, qui aura deux bataillons complets à Savone, offrira une force suffisante pour la surveillance de toute la côte.

Il y aura en outre à Toulon le 5e bataillon du 22e léger, fort de 500 hommes, le 3e bataillon du 32e léger et le dépôt du 16e.

Quant à la garde des côtes de la Belgique, il y aura quatre batail­lons du 3e de ligne qui, recevant 1,200 conscrits, seront forts de 500 hommes chacun, ce qui est à peu près leur complet, en remplacement des 1,600 hommes du régiment d’élite; trois bataillons du 105e, d’égale force; le régiment de Belle-Île; les 4e et 5e bataillons des 47e 86e, 70e, et 15e forts d’à peu près 500 hommes; ce qui fera donc, indépendamment du régiment de Belle-Île, quinze bataillons pour la sûreté de ces côtes.

Il y aura à la suite du corps de réserve six brigades de marche, imposées de la manière suivante :

La 1e brigade sera formée de six bataillons, chacun de six compagnies ; chaque compagnie de 150 hommes, fournis par les vingt-sept régiments français et les trois régiments polonais qui font partie de l’armée du Midi et de l’armée du Centre. Cette brigade se réunira Tours. Il y sera attaché un colonel en second pour la commander, deux majors en second, qui commanderont chacun trois bataillons. Cette brigade sera forte de 5,000 hommes.

La 2e brigade sera composée de six bataillons, formés par une compagnie au moins des dépôts de l’armée de Portugal, et par deux compagnies, s’ils peuvent les fournir. Cette brigade se formera à Bordeaux ; un colonel en second la commandera, et deux majors en second commanderont chacun trois bataillons. Cette brigade formera 4,000 hommes.

La 3e brigade sera composée d’un bataillon de 500 hommes, fournis par chacun des 118e, 119e, 120e et 121e régiments. Cette brigade, commandée par un major en second, se formera à Bayonne. Elle sera forte de 2,000 hommes.

La 4e brigade sera composée de quatre bataillons, fournis par les 14e, 115e, 116e et 117e. Cette brigade, commandée par un major en second, se formera également à Bayonne. Elle sera forte de 2,000 hommes.

La 5e brigade sera formée de deux bataillons tirés des 44e, 51e et 55e, à 500 hommes chacun. Elle sera commandée par un major en second et se formera à Versailles. Elle sera forte de 3,000 hommes.

La 6e brigade sera composée de deux compagnies des 6e et 3e légers, 42e et 7e de ligne, et de quatre compagnies de marche italiennes, fournies par chacun des régiments italiens. Cette brigade, formant deux bataillons ou 1,600 hommes, se réunira à Turin et sera commandée par un major en second.

Ces six brigades formeront ensemble 17,600 hommes.

Au 15 juin, le ministre me proposera d’ordonner les mouvements pour la formation de ces brigades, en me faisant connaître ce que chaque dépôt pourra fournir en officiers, sous-officiers et soldats.

La cavalerie du corps d’observation de réserve sera composée des deux régiments provisoires de dragons qui se forment, des régiments qu’on formera avec les hommes arrivant aux dépôts de Niort et de Saintes, du régiment de marche de chasseurs qui a été formé à Gand, enfin de tout ce qu’on pourra former des dépôts des corps de l’armée d’Espagne, avec les 6,000 chevaux de remonte que j’ai accordés. On en fera l’état.

L’artillerie du corps d’observation de réserve sera formée par le matériel qui existe à Saint-Sébastien, Pampelune, Burgos, Valladolid et à l’armée de Portugal; et, pour le personnel, par tout ce qui existe en Espagne et qu’on pourra se procurer après que les trois corps d’observation de l’Elbe, des côtes de l’Océan et d’Italie seront organisés.

Les attelages seront fournis par les détachements que j’ai destinés à former le dépôt d’Auch par mon décret du … et pour lesquels j’ai accordé des chevaux, et par des détachements de chevaux qui seront pris dans le corps d’observation des côtes de l’Océan, si les corps d’observation des côtes de l’Océan et d’Italie ne devaient pas être mis en activité.

Même chose pour les transports militaires. On se servira de ce que j’ai ordonné de réunir au dépôt de Pau par mon décret du …

 

ETAT DES FORCES QUI SERONT EN FRANCE ET EN ITALIE AU 1er SEPTEMBRE 1811.

Le corps d’observation de l’Elbe, le corps d’observation du Rhin, le corps d’observation d’Italie, le corps d’observation de réserve, la réserve générale de cavalerie, la Garde impériale, seront en partie sur les frontières et en partie au delà des frontières de France et d’Italie.

ROYAUME DE NAPLES.

Il restera dans ce royaume :

Trois bataillons du 22e léger; les 4e et 6e bataillons qui se for­maient aux îles d’Hyères et sont composés de réfractaires (ils seront envoyés par mer à Naples) : cinq bataillons, 4,000 hommes; quatre bataillons suisses, 2,400 hommes; quatre bataillons du régiment la Tour-d’Auvergne, 4,000 hommes; deux bataillons d’Issembourg, 2,000 hommes; artillerie, génie, etc., 600 hommes ; total, 13,000 hommes.

Le roi de Naples a, en y comprenant sa garde, 30,000 de troupes napolitaines, dont 3,000 hommes de cavalerie. Il serait donc possible de retirer une colonne de 6,000 Napolitains ou autres troupes pour pouvoir se coordonner avec Rome et la Toscane, ou mieux encore de continuer l’expédition de la Sicile pour contenir les Anglais.

CORFOU.

Il y aura à Corfou :

Le 3e bataillon du 14e d’infanterie légère, deux bataillons du 6e de ligne, un bataillon italien, deux bataillons du régiment dIsembourg, l’artillerie, le génie, les troupes septinsulaires et albanaises; ce qui formera en tout 11,000 hommes.

Les ordres sont déjà donnés et les dispositions prises pour qu’il soit envoyé à Corfou le 7e bataillon du 14e léger formé en Corse, ainsi que les 6e et 7e bataillons du 6e de ligne, en les tirant des deux régiments de la Méditerranée ; ce qui augmentera les forces qui sont à Corfou de trois bataillons français ou 2,700 hommes, et formera un total de 13,000 hommes.

23e DIVISION MILITAIRE.

La Corse aura cinq bataillons du 1er régiment de la Méditerranée et cinq bataillons du 2e; ce qui fait dix bataillons. Elle en fournira trois à l’île d’Elbe, et même un ou deux en Toscane. A cet effet, après qu’on aura pris nos ordres, il sera formé dans ces dix bataillons seize compagnies de grenadiers et de voltigeurs, qu’on pourra composer des Français et des meilleurs sujets. Ce corps formera ainsi quatre bataillons d’élite ou 2,000 hommes, qui serviront pour toute la Toscane et l’Italie.

30e DIVISION MILITAIRE.

Il y aura dans cette division six bataillons du 14e léger et du 6e de ligne mis au complet par les régiments de la Méditerranée; ce qui fera 4,800 hommes, sans compter les vétérans et la gendarmerie. En cas de besoin, le roi de Naples enverrait sa colonne de 5 à 600 hommes, la Corse détacherait les bataillons d’élite des régiments de la Méditerranée, enfin le royaume d’Italie et la Toscane feraient aussi marcher des troupes sur Rome.

29e DIVISION MILITAIRE.

Il se trouvera dans cette division dix bataillons des 29e et 112e régi­ments, auxquels il manquera les huit compagnies d’élite; la Grande-Duchesse à un bataillon d’élite. L’île d’Elbe sera gardée par trois bataillons de la Méditerranée : on peut donc considérer que cette division aura plus de 10,000 hommes.

Il y aura cinq bataillons du 52e, hormis les compagnies d’élite, trois bataillons du 102e. On formera des cinq bataillons du 67e, du 101e et du 3e léger, une demi-brigade de 1,500 hommes.

Il y aura en outre deux bataillons du 10e de ligne (le 6e et le 7e). Ces bataillons, complétés au moyen de la conscription, feront un total de 8,000 hommes, sans compter les troupes de la marine.

27e DIVISION MILITAIRE.

II n’y aura que quatre 5e bataillons, qui formeront une demi-brigade de 2,000 hommes avec le 6e bataillon du 20e régiment; ce qui sera suffisant, cette division n’ayant point de côtes, et le royaume d’Italie et la 28e division pouvant lui offrir des secours considérables.

Il sera convenable de réunir, sur les 18 ou 20,000 hommes qui se trouveront en Toscane et en Piémont, deux divisions actives de 4 ou 5,000 hommes chacune, prêtes à se porter partout où il serait nécessaire.

ROYAUME D’ITALIE.

Le royaume d’Italie aura sept 4e ou 5e bataillons et sept 5e bataillons, ce qui fait environ 10,000 hommes d’infanterie française. Il y aura en outre plus de 20,000 hommes de troupes italiennes, avec 2,000 chevaux italiens ou français; ce qui formera, avec l’artil­lerie et le génie, un effectif de près de 40,000 hommes, nombre suffisant pour les garnisons de toutes les places et former des colonnes pour faire face soit au débarquement, soit aux troubles de l’intérieur. Il faudra qu’il reste en Italie un millier de chevaux d’artillerie, afin d’avoir toujours attelées huit batteries d’artillerie.

On dressera en détail, aux bureaux de la guerre, les états d’après les données ci-dessus, afin de faire connaître ce qui manque au com­plet de ces forces, et proposer les mesures nécessaires pour arriver au résultat indiqué.

FRANCE. – COTES DE LA MÉDITERRANÉE.

Toulon est le point important des côtes de la Méditerranée. Les six 4e bataillons qui ont été désignés dans les notes sur le corps d’observation de réserve pour se rendre à Toulon y formeront une garnison de 4,800 hommes. Le 5e bataillon du 22e léger, le 5e du 1er de ligne, le 5e du 10e avec les huit 5e bataillons de l’armée le Dalmatie qui sont dans la 27e division militaire, et le 3e du 32e léger (en le considérant comme un 5e bataillon), font douze bataillons qui seront formés en trois demi-brigades, chacune de quatre 5e bataillons ou 2,000 hommes; ce qui, joint aux six 4e bataillons ci-dessus, serait une force de 11 à 12,000 hommes, beaucoup plus que suffisante pour défendre Toulon, Marseille, Nice, Cette, et contenir tout l’intérieur.

COTES DE L’OCÉAN. – 3e DIVISION MILITAIRE.

Les seize 5e bataillons de l’armée d’Allemagne formeront quatre demi-brigades, chacune de quatre bataillons, chaque bataillon de quatre compagnies, commandé par un major en second. Ces quatre demi-brigades formeront une division de 8,000 hommes qui tiendra garnison à Hambourg. Une division de 6,000 hommes de troupes de la Confédération portera cette force, avec 1,000 hommes de cava­lerie, à 15,000 hommes, prêts à marcher en cas d’événements; ce qui fera 25,000 hommes sur ce point, ce qui est suffisant pour contenir le pays, empêcher la contrebande et s’opposer à toute expédi­tion anglaise de 5 ou 6,000 hommes, force selon leur coutume. Si l’on avait à repousser une plus forte expédition, cela entrerait dans le calcul des forces actives.

HOLLANDE

Il sera complété pour la Hollande vingt 4e bataillons dont les corps sont en Espagne et dont les cadres en sont revenus. On formera de ces vingt bataillons deux divisions, chacune de 8,000 hommes, l’une pour la 31e division et l’autre pour la 17e. Ces deux divisions se coordonneront entre elles.

ANVERS.

Il sera formé des 5e bataillons du corps d’observation du Rhin une division de quatre demi-brigades ou 8,000 hommes, qui occu­pera un camp auprès d’Anvers. Il sera formé des 5e bataillons des vingt-sept régiments de l’armée du Midi en Espagne, des dix-huit de l’armée de Portugal, de ceux qui sont en Aragon ou en Catalogne et en deçà des Alpes (ce qui doit faire plus de quatre-vingts régi­ments), vingt demi-brigades. Ces vingt demi-brigades formeront cinq divisions, chacune de quatre demi-brigades ou 8,000 hommes. La 1e sera à Boulogne, la 2e à Cherbourg, la 3e en Bretagne, la 4e à la Rochelle et la 5e à Paris. Il y aura en outre en Bretagne le régi­ment de Belle-Île, les quatre 4e bataillons des quatre régiments qui sont dans cette province. Ainsi, sur quelque point que l’ennemi dé­barque, il y trouvera des forces considérables. Par exemple, s’il débarquait sur l’Escaut, la division d’Anvers, celle de Boulogne, celle de Paris seraient réunies en peu de jours et formeraient sur ce point 32,000 hommes, Walcheren étant en outre gardée par 6,000 hommes du régiment de Walcheren.

GARDE NATIONALE.

Si les préparatifs de l’ennemi dans le courant de l’hiver font penser nécessaires quelques nouvelles mesures de précaution, on formerait une division de garde nationale à Saint-Omer de 12,000 hommes, et une autre de la même force entre Cherbourg et Rouen; ce qui permettrait de diriger au besoin 24,000 hommes de plus sur l’Escaut , ou de disposer de 30,000 hommes pour les porter, au moindre événement, en Bretagne. Indépendamment de ces deux corps de gardes nationales locales fournis par la Belgique, la Normandie, la Flandre et les départements qui avoisinent Paris, on pourrait facilement lever par département une compagnie d’élite ; ce qui ferait cent belles compagnies ou un corps de 15,000 hommes.

A toutes ces forces il faut joindre, à Anvers, à Brest et à Toulon, c’est-à-dire dans les trois grands établissements maritimes, une grande quantité de troupes formées des marins et des ouvriers des arsenaux.

Il convient que le ministre me présente le moyen de compléter tous les 4e bataillons qui rentrent en France, et le projet de leur formation en demi-brigades, composées chacune de quatre bataillons, le bataillon de quatre compagnies, la 5e compagnie restant pour former le dépôt.

 

Caen, 24 mai 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à  Paris

Il est indispensable d’avoir un préfet maritime à Toulon. Faîtes-moi une proposition là-dessus.

 

Caen, 24 mai 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

On se plaint, à Brest, des fournitures qu’on y envoie de Paris. On cite, entre autres, des chapeaux que l’administration achète 4 francs 45 centimes, et qu’on a trouvés plus beaux et mieux faits à Brest et au prix de 3 francs 25 centimes.

 

Caen, 25 mai 1811

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Je suis extrêmement satisfait de la Normandie et de la ville de Caen. Demain je partirai pour Cherbourg. Je pense que je n’irai pas à Grandville, cela m’éloignerait trop. Je compte être toujours de retour à la fin du mois.

J’ai pris un décret pour ajourner le Corps législatif, comme cela a été fait pour le couronnement.

 

Caen, 26 mai 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre lettre. Je nai pas encore vu Lecoulteux; ainsi je ne puis vous rien dire sur les opérations de l’armée de Portugal. Je ne veux pas perdre un moment à vous recommander d’écrire tous les jours au maréchal Marmont et de lui envoyer les Moniteur; il y en a plusieurs qui contiennent des nouvelles d’Espa­gne. Faites connaître au maréchal Marmont qu’il a un entier pouvoir pour réorganiser son armée, en former six ou sept divisions, et pour renvoyer les généraux qui ne lui conviennent pas; qui peut prendre les colonels en second du corps du général Drouet pour leur donner le commandement des régiments vacants, en choisissant des officiers vigoureux; qu’il doit renvoyer les administrations qui lui sont inutiles et concentrer son corps dans sa main ; qu’il doit lever dans la province de Salamanque et par ses derrières tous les mulets qu’il pourra trouver, qu’il y en a beaucoup dans ces provinces ; que le duc d’Istrie a ordre de le seconder de tous ses moyens et de lui donner même tout ce qu’il pourra de ma Garde; que des marchés sont passés pour l’achat de 4,000 mulets de bat et du train d’artillerie à Bayonne, mais que nécessairement il faudra du temps.

Écrivez au duc d’Istrie qu’il donne 500 chevaux on mules de ses attelages, chevaux et harnais, et même du matériel, pour remonter parfaitement l’artillerie du duc de Raguse, car il faut que cette armée ait son artillerie mobile et en bon état; qu’il peut lever des mulets, en attendant qu’il lui arrive des chevaux pour les remplacer; que 4,000 chevaux d’artillerie et des équipages sont en mouvement sur Bayonne; qu’il ne doit pas garder de matériel inutile à Salamanque, mais tout évacuer sur Burgos; qu’il doit pourvoir aux besoins de l’armée de Portugal avec la plus grande activité; que, si les Anglais se portent sur Ciudad-Rodrigo, il réunisse ses forces pour aller au secours du duc de Raguse et livrer enfin une belle bataille. Vous lui représenterez qu’il n’écrit pas assez souvent, qu’au lieu d’écrire tous les jours il n’écrit presque pas et ne fait pas connaître ce qui se passe.

Recommandez au duc de Raguse de bien reformer son armée, de livrer bataille aux Anglais s’ils se portent sur Ciudad-Rodrigo; que, dans ce cas, le duc d’Istrie peut le renforcer d’une division d’artillerie de 10,000 hommes de ma Garde; qu’il doit annoncer son arrivée prochaine et sa marche sur Lisbonne aussitôt que la récolte sera faite.

Voyez le ministre de la guerre et de l’administration de la guerre pour qu’on active les achats que j’ai ordonnés pour la remonte des détachements des bataillons du train et des équipages des dépôts d’Auch, de Pau et de Toulouse.

Je pense qu’il faut envoyer un officier au duc d’Istrie pour lui faire connaître que j’espère qu’il prendra toutes les mesures pour être décidément utile à l’armée de Portugal.

 

Caen, 27 mai 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, rendez-vous auprès du roi d’Espagne, et portez-lui une lettre que vous calquerez sur celle que je vous écris.

Le roi d’Espagne peut partir quand il le jugera à propos; s’il ne veut pas attendre mon retour, il en est le maître.

L’armée du Centre est entièrement sous ses ordres. Le général Belliard ne doit pas prendre le titre de major général, mais de chef d’état-major de l’armée du Centre. Si le Roi n’est pas content de ce général, il peut en proposer un autre qui ait sa confiance. Il est le maître de suspendre, de renvoyer, de traduire à des commission militaires les généraux et officiers de l’armée du Centre, d’administrer les provinces comprises dans l’arrondissement de cette armée il le jugera le plus convenable au bien de mon service.

A l’armée du Nord, j’ai besoin d’un maréchal qui commande les troupes qui sont dans cette province. Le duc d’Istrie ne parait pas convenir au Roi ; je ne serais pas éloigné de le remplacer par le maréchal Jourdan, si cela est agréable au Roi et à ce maréchal. Mais je ne puis rien changer à l’organisation de l’armée du Nord, qui doit rester comme elle est, hormis de la mettre sous les ordres d’un maréchal français qui ait davantage la confiance du Roi.

Dans ce gouvernement, la justice doit se rendre au nom du Roi. Les commandants doivent lui envoyer des rapports journaliers. L’intendant général Dudon doit envoyer au Roi l’état de la perception des contri­butions de leur emploi. Le Roi doit avoir auprès du général en chef de l’armée du Nord un commissaire espagnol, pour veiller à  ce que le quart du revenu des provinces de cette armée soit versé à Madrid, pour le service du Roi et pour secourir l’armée du Centre.

Je consens que, toutes les fois que les provinces auraient les moyens nécessaires pour se garder et se garantir des incursions des guérillas, elles puissent rentrer entièrement dans l’administration espagnole, en ne fournissant que ce qui sera convenu.

Je ne peux que dire la même chose de l’armée du Midi. Le maréchal qui commande cette armée doit envoyer des rapports au Roi et l’instruire de tout ce qui se passe. Les budgets en recette et en dépense des différentes provinces doivent être envoyés au Roi, qui y tiendra un commissaire pour percevoir le quart des revenus,.

La même méthode sera suivie pour l’armée d’Aragon.

Je satisfais ainsi aux désirs que m’a exprimés le Roi, hormis sur le point qui touche au commandement général de mes troupes. Je ne peux pas donner le commandement général de mes armées en Espagne, parce que je ne vois pas d’homme capable de les conduire, et que le commandement doit être simple et un. Dans la note que le Roi m’a présentée, tout est complexe et confus. Il est dans la nature des choses qu’un maréchal qui résiderait à Madrid et dirigerait les opérations voudrait en avoir la gloire avec la responsabilité, et que les commandants des armées du Midi et du Portugal se croiraient moins sous les ordres du Roi que de son chef d’état-major, et par conséquent n’obéiraient pas.

Indépendamment du commandement de l’armée du Centre, le Roi aurait le commandement des troupes qui entreraient dans l’arrondissement de cette armée. Si l’armée du Midi se repliait sur l’armée du Centre, elle serait sous les ordres du Roi; de même pour l’armée de Portugal. Le Roi aurait le commandement de ces deux armées si elles se groupaient dans ce territoire.

Dans celle des armées où le Roi se rendrait, il aurait les honneurs du commandement. Mais mon intention est de ne rien changer au com­mandement militaire, ni à l’armée du Nord, ni à l’armée d’Aragon, ni à l’armée du Midi, ni à l’armée de Portugal, hormis ce qu’il est nécessaire d’établir pour que le Roi ait des rapports de tout ce qui se passe, connaisse tout, et puisse se servir de ces relations, dans une position centrale, pour instruire les autres généraux. Cette communication de renseignements, d’observations, de conseils, peut même avoir lieu par le canal du ministre de la guerre espagnol.

Vous devez ajouter que le Roi doit correspondre directement avec vous; que toutes ses lettres doivent être signées par lui ; que les vôtres lui seront adressées directement ; qu’il doit les ouvrir et communiquer à son chef d’état-major ce qu’il jugera convenable; que tous les comptes rendus et états de situation doivent vous être envoyés; que tout doit être simple et net, les rapports vrais et exacts, et que le Roi doit vous instruire de tout, comme cela est d’usage dans une armée.

Vous ferez connaître au Roi que 500,000 francs par mois lui seront envoyés jusqu’au 1er juillet; mais qu’à compter du ler juillet il recevra un million par mois pendant le reste de l’année.

Enfin vous devez vous concerter avec le Roi pour organiser l’armée du Centre, en retirer les généraux qui lui déplaisent, faire des exemples des généraux qu’il accuse et leur faire rendre les sommes qu’ils ont dilapidées. C’est au Roi que je m’en prendrai si les officiers et son armée ne sont pas contenus dans la discipline convenable; il doit faire des exemples et envoyer des rapports détaillés sur tout, tous les jours.

Vous m’enverrez la copie de votre lettre au Roi et le rapport de ce qu’il vous dira dans cette entrevue et de ce qu’il compte faire. Je désire que vous n’envoyiez aucune lettre là-dessus, soit aux gouverneurs des provinces, soit aux généraux commandant les armées, sans me les avoir communiquées.

Je veux faire tout ce qui peut donner un nouvel éclat à l’entrée du Roi en Espagne, mais rien de ce qui pourrait désorganiser l’armée d’Andalousie ou les autres armées.

 

Cherbourg, 28 mai 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai vu avec peine qu’on ait dépensé 12 à 15,000 francs pour faire un pont-levis et réparer la citadelle de Caen. Il y a aussi dans cette place une cinquantaine de canons qui sont inutiles. Faites-moi un rapport là-dessus.

Il me semble qu’il faudrait démolir cette citadelle et la vendre à la ville; ses promenades y gagneraient; ce serait d’ailleurs une éco­nomie , puisque cela entraîne toujours la guerre dans quelque dépense.

 

Cherbourg, 29 mai 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au général Suchet que je n’entends pas parler de lui; qu’il paralyse des forces considérables en ne faisant rien, tandis que de grands coups se frappent partout.

 

Cherbourg, 29 mai 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au général Belliard qu’il y a beaucoup d’ar­tillerie à Tolède et autres places de l’armée du Centre qu’il serait con­venable de réunir sur Madrid. Écrivez la même chose au duc d’Istrie. Toute l’artillerie et les munitions d’artillerie, hormis ce qui est néces­saire à l’armée de Portugal, doivent être centralisées sur Burgos.

 

Cherbourg, 29 mai 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, au 15 juin il partira un 6e convoi de fonds qui sera composé de quatre millions, savoir :

Pour l’armée du Midi, 500,000 francs en traites;

Pour l’armée du Centre, 500,000 francs en numéraire, pour le prêt de juin fait au Roi; 500,000 francs, pour le même, en traite.

Pour l’armée du Nord, 500,000 francs, dont 250,000 francs en traites et 250,000 francs en argent; sur cette somme, 300,000 francs seront envoyés au général Bonnet;

Pour l’armée de Portugal, deux millions, savoir : un million en traites et un million en argent.

Ce convoi partira le 15 juin, sous l’escorte des nouveaux batail­lons qui seront arrivés alors à Bayonne, ces nouveaux bataillons ayant ordre d’entrer en Biscaye sans délai, pour être incorporés. Au 1er juillet, un septième convoi composé de quatre autres millions sera envoyé. Vous m’en présenterez la distribution avant le 15 juin.

Alençon, 1er juin 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je vous renvoie les lettres de Savone (lettres des évêques en mission auprès Pape), afin que vous ayez la collection. J’attends que vous m’envoyiez la lettre du Pape au cardinal Fesch. Rapprochez cela des protestations qu’a faites le Pape, et mettez-moi cela sous les yeux. Je suppose que vous avez préparé votre exposé et réuni toutes vos pièces.

 

Alençon, 1er juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 29 mai. Je ne comprends pas bien l’organisation des bataillons coloniaux, et comment on doit mettre les armes à la main à de mauvais sujets. Les soldats mauvais sujets et incorrigibles, qu’il est dangereux de conserver dans les corps réguliers, qui troublent la tranquillité dans l’intérieur, doivent bien faire partie de ces bataillons, mais au lieu d’être armés de fusils devraient être armés de pioches et travailler. Faites-moi un rapport sur cela. Dans les bataillons, il ne sera laissé d’armes qu’aux hommes de la 1e compagnie, qu’on composera des hommes les plus sages et dont on sera le plus content. Les autres n’auront que des pioches et outils de pionniers, ne jouiront d’aucune masse et seront mis pour les travaux à la disposition du génie, qui sera chargé de les solder. On pourrait peut-être en faire autant des bataillons étrangers.

 

Alençon, 1er juin 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Remettez-moi un état de situation des troupes, par ordre numé­rique, au 15 mai. Je vous prie de faire faire cet état avec plus de soin que n’a été fait le dernier, qui est plein de fautes. Il ne faut pas qu’on porte comme exécutés les ordres qui sont donnés. Il faut qu’à chaque régiment on mette la date de l’état de situation et qu’on copie à l’encre rouge les ordres qu’on a donnés, en mentionnant quand ils seront exécutés. Dans les observations, en mettant le nombre d’hom­mes que les corps reçoivent de la conscription, il faut désigner le département.

 

Alençon, 1er juin 1811.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au duc de Raguse qu’il est nécessaire que son artillerie soit bien remontée et bien approvisionnée avant de faire au­cun mouvement important; qu’il faut qu’il ait au moins soixante pièces de canon attelées, avec les approvisionnements, et que son armée soit parfaitement reposée et réorganisée; qu’il est maître de donner l’ordre au duc d’Abrantès, et à tous les généraux qui ne lui conviendraient pas, de rentrer en France; enfin qu’il doit arranger son armée de manière qu’elle soit parfaitement dans sa main et qu’il n’éprouve aucun obstacle; que, indépendamment de la brigade Wattier, le duc d’Istrie a ordre de lui remettre 500 chevaux d’artillerie et de lever tous les mulets qu’il sera possible de trouver ; qu’il doit rappeler tous les détachements de son armée qui se trouvent isolés dans les villes du sixième et du septième gouvernement; et qu’inces­samment des troupes devant remplacer, dans la Biscaye et dans la Navarre, les régiments provisoires composés d’hommes appartenant à l’armée de Portugal, il se trouvera par là obtenir une augmentation de 9,000 hommes ; que 2,000 chevaux d’artillerie sont en mou­vement pour se rendre à Bayonne, et que 4,000 hommes de cavalerie appartenant à son armée vont le rejoindre. Je suppose que le duc de Raguse vous a envoyé l’état de situation de l’armée; vous ne me l’avez pas envoyé, de sorte que depuis plus de trois mois je n’ai plus aucune idée de ce que c’est que l’armée de Portugal.

Mandez au duc d’Istrie que je donne ordre que 500 chevaux de la Garde partent le 5 juin de Paris pour se rendre à Bayonne. Donnez-lui l’ordre d’envoyer à Bayonne des soldats du train de la Garde pour prendre ces chevaux, afin que les hommes qui les conduiront puis­sent revenir à Paris. Comme je pense qu’il aura levé 300 mulets, il aura ainsi 800 chevaux ou mulets; ce qui lui permettra de donner à l’armée de Portugal, indépendamment des 500 chevaux qu’il lui aura donnés, les mulets qu’il aura levés. Vous donnerez l’ordre au duc d’Istrie de mettre la brigade du général Wattier à la disposition du duc de Raguse. Cette brigade fera désormais partie de l’armée de Portugal. Réitérez l’ordre au duc d’Istrie de fournir à cette armée ce dont elle aura besoin et d’approvisionner Ciudad-Rodrigo pour six mois.

 

Alençon, 1er juin 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre lettre. Je suppose que vous envoyez les Moniteur en Espagne. Instruisez le maréchal Marmont qu’une bataille a eu lieu le 16, à 5 lieues de Badajoz, entre le maréchal Soult, qu’on suppose fort de 25 à 30.000 hommes, et les alliés, composés des Espagnols de Castaños et de Blake, des Portugais et Anglais de Beresford et de Hill. Les Anglais disent dans leurs jour­naux qu’ils ont perdu 8,000 hommes, dont 3 généraux anglais et que lord Wellington allait se porter avec 12,000 hommes pour renforcer Beresford.

 

Alençon, 3 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre la guerre, à Paris

Le 4e bataillon du 22e, qui est aux îles d’Hyères, n’a aucun habillement. Il n’a pas de chef de bataillon ; il est fort urgent d’en envoyer un. Il paraît qu’il manque à ce bataillon des officiers; présentez-les à ma nomination. En attendant, vous pouvez y diriger les officiers que j’ai nommés à Cherbourg, parmi lesquels il y a un chef de ba­taillon, et que j’avais désignés pour le régiment de Walcheren, si toutefois ce régiment de Walcheren n’a pas besoin de ces officiers. La paille pour les camps aux îles d’Hyères est très mauvaise. Il serait bien essentiel que le roi de Naples envoyât ses canonnières à Port-Gros pour prendre le bataillon du 22e et le conduire, en longeant la côte, à Naples.

 

Chartres, 3 juin 1811

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Le général Miollis devrait vous écrire exactement pour vous faire connaître de quelle manière les affaires marchent à Rome. Mon in­tention est de finir ce qui se passe dans cette ville. Vous devez ordon­ner que tous ceux qui refuseraient le serment, sous quelque prétexte que ce soit, soient arrêtés, à commencer par les curiali, et qu’on prenne des mesures vigoureuses pour sortir de cette ridicule situation. Il me parait nécessaire d’avoir un rapport général sur la situation de Rome, afin qu’on puisse y adopter des mesures proportionnées aux circonstances où ce pays se trouve.

 

Chartres, 3 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

L’artillerie n’a pas déterminé de quelle manière devaient être faites les plates-formes des mortiers à plaque, et ce défaut d’instruction rend à peu près inutiles ces mortiers. Je m’étais déjà aperçu au fort Impérial de Cadzand que les plates-formes étaient insuffisantes. J’ai fait essayer plusieurs bombes sur la batterie de Cherbourg, et je me suis convaincu qu’après avoir tiré une bombe un même mortier n’en pouvait tirer une seconde qu’après plusieurs heures et des fatigues énormes pour remettre le mortier en batterie. Il est nécessaire que vous fassiez une instruction pour déterminer de quelle manière doi­vent être faites les plates-formes des mortiers à plaque. Je ne parle pas des moyens de solidité, qui sont connus et employés dans l’artil­lerie. Les dimensions doivent être différentes ; cette plate-forme doit être le double de la plate-forme ordinaire. La première moitié doit être horizontale, afin de ne point influer sur le tir; la seconde moitié doit faire un angle de 10 à 15 degrés. Il sera bon de faire des expériences pour bien déterminer cet angle, afin de réunir à la solidité de la deuxième partie de la plate-forme le résultat tout aussi impor­tant d’offrir un obstacle au recul du mortier, tel que cela ne le fasse point verser. Je suis fondé à penser que l’angle que je viens de déter­miner remplirait ce double but.

C’est par défaut de pareilles instructions que les mortiers du fort Impérial n’ont été d’aucune utilité pour la défense de Flessingue, et que les canonnière, après des fatigues énormes pour tirer un coup, prenaient le parti de ne plus tirer : or les mortiers ne peuvent faire d’effet qu’en multipliant les coups, vu l’incertitude du tir.

 

Chartres, 3 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Vous me mandez que les trois petits bataillons tirés du régiment de Walcheren et destinés à tenir garnison dans l’Ile de Schouwen ont été organisés, et que les cadres des 3e et 4e compagnies du 5e ba­taillon du 65e ont servi à former le 1er bataillon. Je ne comprends pas trop tout cela. Ces deux compagnies doivent continuer à former la 3e et la 4e compagnie du 5e bataillon du 65e, correspondre avec le major, et être soldées, habillées et entretenues par les soins du dépôt. Il ne faut donc pas appeler ces bataillons, 1e, 2e ni 3e, mais  détachement du 19e, détachement du 65e, détachement du 72e; et les armes qu’a fournies le général Gilly-Vieux doivent être fournies au compte des corps.

 

Chartes, 3 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Est-ce que vous avez donné ordre à deux cadres de compagnie du 37e de se rendre de la 6e division militaire en Hollande ?

Cela résulterait de ce que je lis dans les états que présente le général Dumas. Ce serait une chose fâcheuse. Puisque les conscrits du corps arrivent à Besançon, il n’y avait pas d’utilité à affaiblir ces cadres. La com­position de l’armée aujourd’hui est telle que vous ne devez prescrire aucun mouvement sans mon ordre. Si vous m’aviez soumis ce mouvement, je ne l’aurais pas approuvé.

 

Chartres, 3 juin 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois vos lettres du 28 mai. Écrivez au général Rapp que son observation n’a pas le sens commun ; qu’il ne faut pas être grand grec pour savoir qu’il est utile de séparer les régiments et les bataillons des nations différentes, et que je suis surpris qu’il n’ait pas compris que je ne voulais pas laisser la place importante de Danzig à la disposition des troupes d’une seule nation. Faites-lui connaître qu’il doit composer sa division mobile de troupes de diffé­rentes nations, et la garnison de Danzig également de troupes de différentes nations.

 

Palais de Saint-Cloud, 4 juin 1811.

Au comte Garnier, président du Sénat, à Paris

Monsieur le Comte Garnier, président du Sénat, entre toutes les grâces qu’il a plu à la divine Providence de répandre sur nous et sur notre Empire depuis notre avènement au trône, celle qu’elle vient de nous accorder par la naissance d’un fils est une des marques les plus signalées que nous puissions recevoir de sa protection. En con­séquence, nous avons résolu d’en rendre de solennelles actions de grâces. Nous nous transporterons à cet effet, avec notre très chère épouse et compagne, l’Impératrice et Reine, le 9 de juin présent mois, dans l’église métropolitaine de Notre-Dame de Paris, pour assister au Te Deum qui sera chanté dans cette circonstance solen­nelle, et au baptême de notre cher fils, le Roi de Rome, qui sera célébré en même temps. Nous vous faisons cette lettre pour que vous ayez à faire connaître au Sénat que nous désirons qu’il se rende ledit jour, 9 juin, dans l’église métropolitaine de Paris, pour concourir avec nous à remercier Dieu de cet heureux événement qui assure le bonheur de nos peuples.

 

Saint-Cloud, 4 juin 1811

DÉCISION.

Le duc de Feltre, ministre de la guerre, rend compte à l’Empereur, sur le rapport du prince d’Eckmühl, que depuis longtemps les Prussiens rassemblent une grande quantité d’artillerie et de munitions de guerre à Kolberg, et que les arsenaux de Berlin sont dans la plus grande activité. Renvoyé au ministre des relatons extérieures, pour me faire un rapport sur la conduite des Prussiens sur lesquels il faut s’expliquer franchement. Tout cela est aujourd’hui une mauvaise plaisanterie.

Saint-Cloud, 5 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre, par une estafette extra­ordinaire, à 500 chevaux bien harnachés du 6e bataillon du train d’artillerie qui est à Besançon et à 500 du 1er bataillon de partir en deux convois et de se rendre à Auxonne. Ordonnez qu’autant que possible ce soient les hommes des mêmes compagnies qui servent ces chevaux. A leur arrivée à Auxonne, faites-les atteler à 250 voi­tures de poudre, savoir : moitié chargées de cartouches à balles et à boulet, et moitié de cartouches d’infanterie. Si vous jugez convena­ble de leur faire atteler ces munitions, même à Besançon, je n’y vois pas d’inconvénient. Si enfin à Besançon et à Auxonne vous n’avez pas la quantité de caissons chargés de cartouches à balles et à boulet et d’infanterie que je demande, vous feriez charger de la poudre sur des charrettes d’artillerie qui se trouveront dans ces deux villes. Vous dirigerez ces transports sur Auch.

A leur arrivée à Auch, ces 1,000 chevaux seront servis par les hommes du dépôt d’Auch. La remise des chevaux et des harnais sera faite en règle, et les hommes du 6e et du 11e bataillon retournerait à Besançon. Il est convenable qu’en partant de Besançon tout le monde croie n’aller qu’à Auxonne, que le directeur d’Auxonne soit dans le secret et les fasse partir d’Auxonne de manière que le secret soit encore gardé dans les premiers jours de la route. Avant que ce convoi arrive à Auch, vous m’aurez remis le grand travail de l’artillerie et j’aurai pu déterminer où ces chevaux devront se rendre en partant d’Auch. Prenez des mesures pour que la remise des chevaux et des harnais se fasse en règle et pour que les hommes retournent promptement à Besançon. Vous instruirez de cette mesure le prince de Neuchâtel, qui en donnera avis au général Marmont. Cela fera 1,500 chevaux qui auront été dirigés sur l’Espagne. Il me semble que le directeur d’Auxonne peut seul avoir ce secret; il faut que cela s’exécute de manière qu’on ne sache ni à Besançon ni à Auxonne que le convoi va à Auch.

Je désire envoyer encore 1,000 chevaux en Espagne, en les pre­nant tant dans le 14e que dans les deux autres bataillons qui sont encore en France. Faites-moi connaître où sont ces bataillons, où je pourrai prendre ces chevaux, ce qu’ils doivent atteler, et enfin s’il y aura suffisamment d’hommes au dépôt d’Auch pour recevoir la remise de ces chevaux.

Je n’ai pas besoin de vous recommander que les voitures autres que celles d’artillerie prennent le moins de charge possible. Je vous laisse même le maître de les atteler de 6 chevaux au lieu de 4, afin que les chevaux soient moins fatigués.

Je trouve qu’il y a suffisamment de pièces et de caissons en Espa­gne; ce qu’il faut y envoyer, ce sont des munitions. S’il est des points de la route où il y ait des munitions, tels que La Rochelle ou quelque autre place, une partie de ces chevaux pourrait y être envoyée pour prendre un chargement.

 

Saint-Cloud, 6 juin 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, on m’assure que le baron Alquier a demandé à la cour de Suède une campagne qui lui a été accordée. Cela me paraît extraordinaire; rendez-m’en compte.

Vous ferez connaître au comte Lauriston que, le prince Kourakine ayant quitté depuis longtemps la maison de campagne que je lui avais donnée, il n’est pas convenable qu’il accepte celle qui lui est offerte, et que, s’il a besoin d’une maison de campagne, il faut qu’il la loue ; mais tout cela sans affectation et sans laisser rien apercevoir.

 

Saint-Cloud, 6 juin 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Faites-moi connaître s’il existe sur les fonds des départements des fonds sur lesquels on pourrait donner une gratification aux préfets du Calvados, de la Manche, de l’Orne, d’Eure-et-Loir, afin de les indemniser des frais qu’a pu leur occasionner mon passage dans leur département.

 

Saint-Cloud, 6 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le général Suchet écrit, en date du 21 mai, qu’il a investi Tarragone; qu’il s’est emparé de plusieurs forts autour; qu’il a ouvert la tranchée, repoussé toutes les sorties de l’ennemi ; qu’il l’a battu toutes les fois qu’il s’est présenté au secours de la place; que Campo Verde, avec les débris de son armée, est entré à Tarragone par mer, et qu’il serait temps et nécessaire que le duc de Tarente se portât sur Montserrat avec une partie de l’armée de Catalogne. Envoyez un de vos officiers au général Baraguey d’Hilliers pour qu’il se mette à la tête d’un camp volant et fasse diversion en faveur du général Suchet.

 

Saint-Cloud, 6 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, les circonstances étant moins argentés du coté du Nord, je désire que vous ordonniez aux cadres des 6e bataillons de l’armée d’Allemagne qui sont à Wesel et à Munstera de retourner à leurs dépôts. Envoyez cet ordre par l’estafette de Hambourg. Ces bataillons se formeront mieux à leurs dépôts et tout se fera plus en règle.

Vous donnerez l’ordre que les hommes disponibles dans les 4e et 5e bataillons aux dépôts soient d’abord employés à porter au complet de 700 hommes, les cadres compris, les 4e bataillons, et que le surplus soit donné aux 6e bataillons ; et vous me rendrez compte de la situation des 4e et 6e bataillons au 1er juillet (tout cela pour l’armée d’Allemagne ).

Vous devez regarder comme non avenues les dispositions que j’avais ordonnées pour que des détachements des dépôts de l’armée d’Espagne fussent employés à compléter les bataillons de l’armée d’Allemagne.

Vous devez également regarder comme non avenu l’ordre que j’ai donné pour que les 150 conscrits réfractaires incorporés dans les compagnies du 5e bataillon des différents régiments de l’armée d’Alle­magne soient versés dans les 6e bataillons. Mon intention est que pour toutes les compagnies qui sont dans l’île de Walcheren vous me rendiez compte de leur situation, et me fassiez connaître si elles sont habillées, armées et dans le cas de partir. Je vous enverrai alors l’autorisation de les faire venir par eau sur le Zuiderzee et de les diriger du Zuiderzee par terre sur Hambourg, où elles seront in­corporées dans les bataillons de guerre et serviront à les compléter.

Mon intention est qu’un autre cadre de compagnie du 5e bataillon de ces régiments se rende dans l’île de Walcheren, aussitôt qu’il y aura suffisamment de conscrits, pour prendre 150 conscrits réfrac­taires et les transporter dans le nord de l’Allemagne pour être incor­porés dans les bataillons de guerre; ce qui porterait ces bataillons au grand complet.

Faites-moi un rapport sur toute cette opération.

Je désirerais avoir tous les huit jours des détails sur ce qui se passe aux dépôts des conscrits réfractaires, sur leur nombre, les progrès de leur instruction, leur habillement, la désertion et sur tout ce qui peut me mettre à même d’être parfaitement instruit de leur situation.

 

Saint-Cloud, 6 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, les deux bataillons du train d’artillerie, en Italie, ont besoin de 600 hommes, puisqu’ils reçoivent 1,280 che­vaux. Vous donnerez ordre au commandant de la 29e division mili­taire de choisir, parmi les 600 conscrits réfractaires qui arrivent de Corse au mont Argentaro, les 100 hommes dont on peut être le plus sûr et qui auraient l’habitude de manier des chevaux, et de diriger ces hommes sur Vérone, où ils seront habillés et incorporés dans le 7e bataillon du train d’artillerie. Vous aurez soin d’ordonner que, s’il n’y a que 300 hommes arrivés au mont Argentano, on n’en prenne que 50, sauf à compléter le nombre prescrit à mesure qu’ils arriveront.

Vous donnerez ordre que le 5e bataillon du 102e qui est dans l’île Sainte-Marguerite où il reçoit des conscrits réfractaires du dépôt de Toulon, choisisse également 50 hommes des plus sûrs et qui n’appartiennent pas aux départements de la Provence; que ces 50 hommes soient envoyés par mer à Gènes, et de là débarqués et dirigé par terre sur Vérone, où ils seront incorporés dans le 7e bataillon du train.

Enfin vous ordonnerez que 50 hommes des meilleurs sujets, et sur lesquels on peut le plus se fier, soient pris dans les compagnies du 5e bataillon du 22e léger, qui est aux îles d’Hyères, et soient éga­lement dirigés sur Gènes et de là sur Vérone.

Vous prescrirez les mesures convenables pour que ces hommes soient envoyés avec des sergents et officiers, et embarqués de manière à être surveillés.

 

Saint-Cloud, 6 juin 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je viens de prendre un décret pour organiser dans les régiments d’infanterie de ligne une compagnie qui sera destinée à la garnison des vaisseaux. Cent régiments fourniront chacun une compagnie. Il ne sera mis cette année à votre disposition que cinquante-cinq compagnies à savoir : pour le Texel, cinq; pour l’embouchure de la Meuse, deux ; pour l’escadre d’Anvers, dix-huit; total, 25 compagnies pour le nord; à Cherbourg, deux; à Brest, une; à Lorient, cinq; à Rochefort, trois; total, 11 compagnies pour le centre; à Toulon, seize; à Gènes, une; à Venise, deux; total, 19 compagnies pour le midi; total général, 55 compagnies.

Dans le même décret vous verrez que les garnisons des frégates, corvettes, bricks, chaloupes canonnières, etc., seront fournies par l’artillerie de la marine.

A cette occasion, je pense qu’il est convenable d’augmenter le nombre des canonniers de la marine. Faites-moi un rapport sur leur organisation, régiment par régiment, bataillon par bataillon, compagnie par compagnie. Je crois que les compagnies d’artillerie de la marine doivent avoir un effectif de 200 canonnière et que les cadres se composent d’un petit nombre d’officiers et de sous-officiers, parce que vous embarquez peu d’officiers. L’arsenal d’Anvers et le voisinage de celui d’Amsterdam sembleraient exiger l’existence d’un état-major d’artillerie de la marine à Anvers. Cela serait utile sous un autre point de vue, en ce que cette réunion d’officiers pourrait, dans un cas imprévu, être fort utile sur l’Escaut. Je vois que le 1er régiment a quatre bataillons et un effectif de 3,900 hommes, sur lesquels 800 prisonniers, qui sont à effacer et à porter seulement pour mé­moire. Ce 1er régiment est à Brest. Le 2e régiment a cinq bataillons, au lieu de quatre, et 4,900 hommes, dont 900 prisonniers qu’il faut également effacer. Le 3e régiment, qui est à Rochefort, a sur 2,000 hommes 500 prisonniers. Ce régiment pourrait servir à la fois Rochefort et Lorient ; et le 4e régiment, qui est à Lorient, pour­rait être envoyé à Anvers. Il résulte que les quatre régiments ont 13,000 hommes d’effectif, sur lesquels il y a 3,000 prisonniers; il reste donc 10,000 hommes. Je désire avoir des renseignements détaillés sur ces régiments, que je crois très utile de compléter et de mettre en bon état.

 

Saint-Cloud, 6 juin 1811.

DÉCISION.

Le duc de Feltre, ministre de la guerre, fait connaître à l’Empereur que   des péniches ennemies, portant 20 à 25 hommes, sans canon, viennent sonder les passes de l’Escaut, en face de l’escadre et de la flottille, sans qu’on leur donne la chasse.

 

Je prie le ministre de la marine de me faire enfin  un rapport là-dessus, car il est trop ridicule que des péniches ennemies viennent tous les jours nous insulter à la portée de terre.  Il est inouï que toute une escadre souffre ce déshon­neur. Il n’y a donc pas de canots à cette escadre ! Est-il donc si diffi­cile d’attacher une bonne division de huit ou dix péniches à cette es­cadre, lesquelles, soutenues par les canonnières et bâtiments lé­gers, mettent un terme à ces insultes ?

Saint-Cloud, 6 juin 1811

A Élisa Napololéon, Grande Duchesse de Toscane, à Florence

Ma Sœur, je reçois votre lettre du 28 mai. Je vois avec plaisir que l’on envoie de Corse les 600 conscrits destinés à remplir les cadres des compagnies du 5e bataillon placé au mont Argentaro; mais il est nécessaire que les conscrits sortent d’Orbitello et soient placés au mont Argentaro, où on les campera dans des baraques. Voilà la saison où Orbitello est très malsain, au lieu que le mont Argentaro est très sain. Ces conscrits seront habillés, équipés et entretenus par le dépôt des deux régiments qui sont en Toscane. Tenez un officier supérieur au mont Argentaro qui discipline et instruise ces troupes. Établissez-y une bonne police pour que ces jeunes gens ne désertent point et se forment. Mon intention est de réunir plusieurs milliers d’hommes au mont Argentaro, parce que c’est une position dont l’air est sain, et qui est une réserve naturelle pour se porter partout où il serait nécessaire.

 

Saint-Cloud, 7 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre que le 10e de ligne s’em­barque le 10 de ce mois à Lyon sur deux bateaux, et arrive à Pont-Saint-Esprit, d’où il continuera sa route sur Pau.

Vous donnerez ordre au 20e régiment de ligne de partir le 11.

Je suppose donc que le 12 et le 13 les troupes seront à Pont-Saint-Esprit, et que dans les premiers jours de juillet elles seront à Pau.

Donnez ordre que, le 12, les deux bataillons du 60e qui sont à Toulon partent pour Pau.

Faites-moi connaître si les compagnies d’artillerie des 60e, 10e et 20e sont avec ces régiments, et si elles ont leurs pièces, leurs caissons et attelages; car il est important qu’elles aient tout ce qui est nécessaire pour entrer en campagne. Ayez soin qu’il y ait à Pau les cartouches nécessaires à ces régiments, pour leur entrée en Espagne. Ils n’entreront, au reste, en Espagne que d’après les ordres que je donnerai. Vous préviendrez le prince de Neuchâtel, qui prendra mes ordres pour leur destination ultérieure.

Vous donnerez  l’ordre aux deux bataillons suisses qui sont à Rennes de se rendre à Cherbourg. Donnez ordre d’y réunir tout le  113e et vous me ferez connaître quand les bataillons du 5e léger pourront se rendre à Rennes et s’y réunir avec les bataillons d’élite du 3e et du 105e.

Vous ferez connaître au général commandant la 8e division militaire que les deux bataillons d’élite du 52e doivent arriver à Toulon pour remplacer le 60e et que ces bataillons se rendent de Gênes à Toulon pour y tenir garnison.

Faîtes-moi connaître quand les bataillons des 8e et 18e légers, des 23e, 81e, 79e, 5e, 60e et 11e de ligne, qui sont à Genève et à Chambéry et qui doivent être complétés par des conscrits, pourront partir pour se rendre à Toulon, où je voudrais réunir ces huit bataillons pour tenir garnison sur les côtes.

Je continue à laisser les bataillons suisses à Avignon, afin qu’en cas d’événement le général commandant la 8e division puisse les faire venir sur les côtes; mais il ne doit le faire qu’en cas de nécessité.

Donnez ordre que trois compagnies du 24e de ligne qui sont à Lyon soient complétées à 420 hommes ; faites-en passer la revue, et faîtes-moi connaître quand ce bataillon de trois compagnies sera en état de partir pour Paris.

Enfin faites-moi connaître quand les  1e, 62e et 101e de ligne arriveront à Turin.

 

Saint-Cloud, 7 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je lis votre rapport du 5 juin, ainsi que les états qui y sont joints, sur le travail de l’artillerie.

Personnel. — Le général Éblé aurait parfaitement convenu à place de directeur général à Burgos. Le général Ruty est trop loin; avant qu’il arrive il s’écoulera plusieurs mois. Le général Foucher, qui est à l’armée du Nord, est rendu sur les lieux; il faut donc l’investir de cette fonction. Il faut laisser le général Charbonnel avec le général Reynier à l’armée de Portugal, et le général Ruty à l’armée du Midi ; Il faut laisser tous les colonels qui sont à l’armée du Midi; cela est trop loin, leur retour est exposé à trop de chances, et d’ailleurs la guerre que l’on fait de ce côté est trop active pour qu’ils n’y soient pas nécessaires. Le colonel Douence, qui est à Madrid, pourra venir à Burgos sous les ordres du général Foucher. Il faut laisser le chef d’état-major Raffron à l’armée d’Aragon. J’approuve que les colonels et chefs de bataillons que vous jugez inutiles aux armées du Centre, de Portugal, d’Aragon et du Nord, rentrent; mais, quant à armée du Midi, il ne faut pas y toucher.

J’ai signé le décret qui nomme le général Foucher directeur de l’artillerie en Espagne, et j’ai approuvé les instructions que vous lui donnez. Venons actuellement au matériel.

Matériel. — Par votre état n° 3 je vois que l’armée du Nord a trente-six pièces. Je suppose que dans ce nombre celles de la Garde ne sont pas comprises. Donnez-moi quelques détails là-dessus. La Garde seule a douze pièces d’artillerie à cheval et vingt-quatre pièces de régiment; total, trente-six. Indépendamment de cela, les divisions du général Seras, du général Caffarelli, du général Reille et du général Bonet ont des bouches à feu.

Si l’armée d’Aragon n’a que vingt-six pièces de canon, elle en a évidemment trop peu, et si elle devait descendre dans le Midi, il lui faudrait beaucoup plus d’artillerie.

Je vois qu’il y a treize pièces de campagne à Saragosse et à Pampelune. Les pièces ne peuvent pas manquer. Les affûts sont également suffisants dans ces deux places. Il y a suffisamment de caissons à Pampelune; il y en a quelques-uns à Saragosse. Je ne pense pas que l’armée d’Aragon, dans sa situation actuelle, où elle est augmentée de l’armée de Catalogne, puisse avoir moins de soixante pièces d’artillerie. Faites-moi un projet d’équipage de cette force, en y compre­nant soit ce qui est attelé, soit ce qui est prêt à Pampelune, Saragosse, Tortose et Lerida. Je suppose que les 89 caissons que vous portez à Pampelune et les 59 caissons espagnols sont chargés. Je fais la même supposition pour ceux de Saragosse.

Je ne m occupe pas de l’armée du Midi, qui a les dépôts de Séville et de Grenade et qui paraît abondamment pourvue.

L’armée de Portugal a quarante-huit pièces de canon. Il y en a à Burgos quarante et une; il y en a à Saint-Sébastien et à Valladolid. Enfin cette armée pourrait tirer de Madrid et de Ségovie le complément dont elle a besoin. L’armée de Portugal ne peut pas avoir moins de quatre-vingt-quatre pièces de canon. Elle pourra tirer ses caissons de Pampelune, de Burgos, de Valladolid, et enfin en prendre sur les 180 qui sont à Madrid. Je suppose tous ces caissons pleins.

J’ai besoin d’organiser pour le corps de réserve un nouvel équipage d’artillerie qui doit avoir soixante bouches à feu, et des caissons d’infanterie pour un corps de 40,000 hommes. Il me semble qu’il faudrait spécialement les tirer de Pampelune, Burgos, Ségovie et Madrid. Les canons et les affûts, à ce qu’il me semble, ne manquent pas dans ces différentes localités.

Un approvisionnement complet attelé, tant pour l’armée d’Aragon que pour les armées de Portugal et de réserve, suffit. Il faudrait, en outre, un demi-approvisionnement dans des caissons non attelés, en dépôt à Burgos, Pampelune et Madrid, et enfin il faudrait un approvisionnement complet en caisses et emmagasiné à Burgos et à Pampelune.

Je vois qu’il y a entre Pampelune, Saint-Sébastien, Burgos, Saragosse et Valladolid 18,000 boulets de 12 et 4,000 cartouches à balles de 12 : ce qui fait 22,000 coups de canons de 12, ou l’approvisionnement de quatre-vingt-huit pièces de 12 à 250 coups. Cela parait fort satisfaisant, il ne s’agirait que d’y mettre la proportion de cartouches à balles.

Il y a 26,000 boulets de 8, 7,000 cartouches à boulet de 8 et 800 cartouches à balles de même calibre; ce qui fait 34,000 coups de 8 à tirer, ou l’approvisionnement de cent cinquante-deux pièces de 8 à 250 coups. Cela paraît encore très satisfaisant.

Il y a 8,000 boulets de 6. II n’y a pas de cartouches à balles, pas de cartouches à boulet de ce calibre. Cela fait l’approvisionne­ment de trente-deux pièces de canon à 250 coups.

Il y a 4,000 boulets de 4,  16,000 cartouches à boulet de 4, 3,000 cartouches à balles; ce qui fait près de 60,000 coups à tirer.

II y a 14,000 obus, dont 6,000 sont à Valladolid; ce qui fait pour cinquante-six obusiers.

Il n’y a que deux millions de cartouches d’infanterie dans ces différentes places. Ce n’est pas suffisant; mais il y a 163,000 kilo­grammes de plomb ; ce qui fait pour 6 millions de cartouches. Il y a près de 100,000 kilogrammes de poudre; ce qui est évidemment insuffisant.

Ainsi, dans les places de Pampelune, de Saint-Sébastien, de Burgos, de Valladolid, de Saragosse (on pourrait même y comprendre Lerida, qui appartient à ce même système d’une ligne de réserve), il y a suffisamment de plomb, de cartouches d’infanterie, de cartou­ches à canon, mais il manque de cartouches à balles et environ 100,000 kilogrammes de poudre.

La seconde ligne de dépôt peut comprendre Ségovie, Madrid et Tolède. Il s’y trouve 4,000 boulets ou cartouches de 12, 12,000 car­touches de 8, 6,000 de 6, 20,000 de 4. Il serait bien important que le dépôt de Tolède fût évacué sur Ségovie et Madrid. Ce dépôt parait inutile. A Madrid, je crois qu’il y a 6,000 cartouches et 50,000 kilogrammes de plomb; mais qu’il n’y a que 43,000 kilogrammes de poudre; ce qui n’est pas suffisant.

Jaen, Cordoue, Séville, Grenade, Malaga et le siège de Cadix paraissent suffisamment approvisionnés.

Les états en détail que vous ferez dresser sur les bases que je viens de donner mettront cela davantage au clair; mais au premier coup d’œil il me semble qu’il ne faut en Espagne que de la poudre; qu’il est bien important de ne plus y envoyer de nouvelles pièces et de prendre les pièces et les caissons français et espagnols qui se trouvent dans les différentes places pour former les nouveaux équipages. Il y a à Valladolid des boulets de 24; il faudrait en diriger quelque-uns sur Madrid. Quant à Bayonne, il y a cent quatorze pièces de canon, et trente-six à Toulouse; c’est beaucoup plus qu’il n’en faut. Il y a 70 affûts; il n’y aurait pas d’inconvénient à en commander quelques-uns à Toulouse. Il y a près de 200 caissons; il me semble donc qu’il y en a suffisamment. Il y a, de même, suffisamment de projectiles; mais il n’y a pas assez de cartouches d’infanterie. Il me paraît y avoir suffisamment de plomb et même suffisamment et poudre.

Je pense donc que ce qu’il y a de plus urgent à envoyer en Espagne, c’est 100,000 kilogrammes de poudre. Ils existent à Bayonne, mais il faudra les y remplacer. Il y a à Bayonne 160 charrettes à boulets; il faut les mettre en état et y diriger 200 autres voitures, soit charrettes à boulets, soit chariots à munitions.

Ainsi je désire un nouveau travail qui organise : 1° un approvi­sionnement de soixante bouches à feu pour l’armée d’Aragon, en y destinant les caissons qui sont attelés et ceux qui se trouvent à Lerida, Tortose, Saragosse, et en prenant le complément à Pampelune; 2° un approvisionnement de quatre-vingt-quatre bouches à feu pour l’armée de Portugal ; qu’on prenne les affûts et les caissons parmi ceux qui sont attelés à Ciudad-Rodrigo, à Valladolid, à Tolède, à Madrid et à Ségovie; 3° enfin que l’on organise un équipage de soixante bou­ches à feu pour le corps de réserve, en prenant tout ce qui sera nécessaire à Saint-Sébastien, Burgos, Valladolid et Pampelune.

L’artillerie doit avoir ses affûts de rechange, ses forges de campagne, un approvisionnement complet, et dans des caissons un petit approvisionnement d’un huitième, également attelé, pour le parc ; un demi-approvisionnement non attelé, mais dans des caissons, pour l’armée de Portugal, à Ciudad-Rodrigo, Ségovie, Madrid et Valladolid, Burgos et Pampelune; un demi-approvisionnement, également dans les mêmes lieux, pour l’armée d’Aragon et le corps de réserve, et enfin un approvisionnement complet pour ces trois équipages dans les dépôts de première et deuxième ligne, savoir : ceux de première ligne, Burgos, Saint-Sébastien et Pampelune, et ceux de deuxième ligne, Ciudad-Rodrigo, Madrid et Ségovie.

Lorsque ces états seront faits, je crois qu’il sera reconnu qu’il ne manque que de la poudre. Avec ces mêmes états il sera facile de prescrire les évacuations qui doivent avoir lieu de Madrid et Ciudad-Rodrigo sur Bayonne et Pampelune, afin de ne laisser dans ces postes importants, qui peuvent être compromis, que ce qui est nécessaire pour les armées qui les couvrent.

Il sera aussi nécessaire que vous fassiez un projet d’armement pour Burgos, Pampelune et Saint-Sébastien. Je ne vois pas qu’il y ait d’obusiers, de mortiers ni assez de grosses pièces à Burgos. Après les ouvrages que je viens de faire sur les hauteurs de Burgos, il fau­drait que ce point important fût mieux armé. Il faut aussi avoir les yeux sur Pampelune pour en tenir l’artillerie en bon état.

Il n’y a pas suffisamment de forges ni de charrettes à boulets et de chariots à munitions qu’on chargerait de tonneaux de poudre. Il doit y en avoir à Besançon et à Auxonne. Je vois que, selon les états, il y a entre Bayonne, Toulouse et Blaye 200 caissons; je suppose qu’il y en a au moins 56 à la Rochelle, où ils sont inutiles; cela fera donc environ 260 caissons qui seront là en réserve. Je vois qu’il y a entre les armées d’Aragon, de Portugal et du Nord plus de 350 caissons attelés; qu’entre Pampelune, Burgos, Valladolid, Madrid, il y a environ 180 caissons et 100 caissons espagnols ; ce qui ferait 350 cais­sons attelés, 280 non attelés, 260 de réserve; total, 890 caissons, sans y comprendre les caissons de l’armée du Midi ni tout ce que l’on peut retirer de Seville, Malaga et Ciudad-Rodrigo, où je suppose qu’il y en a une grande quantité.

Il ne faut pas perdre un instant pour ordonner de retirer de Ciudad-Rodrigo l’artillerie de campagne, qui s’y trouve inutile à la défense de la place.

Je viens actuellement à l’état D.

J’ai donné ordre au maréchal duc d’Istrie de fournir de son maté­riel, en caissons et autres objets, tout ce qui sera nécessaire à l’armée de Portugal. II n’y a pas d’inconvénient à ce que les 500 chevaux de la Garde, à leur arrivée à Bayonne, prennent 100 charrettes à bou­lets, les chargent de tonneaux de poudre et les conduisent à Burgos, où ils les laisseront. Au lieu de 500 chevaux, j’en ai fait partir 1,000 de Besançon. Je ne m’oppose pas à ce qu’ils prennent des caissons à Besançon ou à Auxonne, mais peut-être serait-il préférable qu’ils prissent les caissons à Bordeaux, à la Rochelle. Il y en a, je crois, sur d’autres points de leur route. Je pense aussi qu’il serait utile de mener quelques forges et quelques chariots à munitions qu’on chargerait de poudre, en ayant soin de les charger légèrement.

Quant aux chevaux, j’ai tout dit dans mon décret. Voilà déjà 2,500 chevaux dirigés sur l’Espagne, et, aussitôt que je connaîtrai l’état de situation des dépôts, on pourra en procurer davantage.

Je ne fais pas de difficulté de mettre 50,000 francs à la disposition du commandant de l’artillerie de Portugal, de mettre pareille somme à la disposition du directeur général à Burgos et de faire tra­vailler les forges d’Orbaiceta ainsi que la poudrerie de Pampelune.

En général, ces états m’ont paru bien faits, et les nouveau que je demande pourront être promptement mis en règle.

 

Saint-Cloud, 8 juin 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au général Dorsenne qu’il fasse travailler avec la plus grande activité aux travaux de Burgos; qu’il est nécessaire qu’il y ait dans cette place six mortiers et six obusiers, indépendamment d’une vingtaine de pièces de campagne de tout calibre, et qu’on y réunisse beaucoup d’approvisionnements et de munitions; que je désire qu’il envoie tous les quinze jours l’état de situation des travaux, et qu’il fasse connaître particulièrement si l’ouvrage à corne que j’ai ordonné sur la hauteur est massé, et si l’on a commencé la maçonnerie du réduit.

 

Saint-Cloud, 8 juin 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Répondez au général Belliard que vous n’avez pas mis sa lettre sous mes yeux; qu’il avait sans doute perdu la tête quand il l’a écrite, qu’offrir sa démission pour ne pas avoir exécuté mes ordres, c’est déclarer qu’on ne veut pas obéir; que c’est avoir encouru la peine capitale ; que ces 3,000 hommes et 1,200 chevaux auraient pu sauver l’armée du Midi; qu’il est très coupable ; qu’il aurait pu évacuer Cuenca ou tout autre point, mais qu’il devait exécuter les ordres de l’Empereur ; qu’il y a dans sa lettre deux ou trois passages qui ne sont pas d’un soldat; que, si tous les aviez mis sous les yeux de Sa Majesté elle l’aurait fait arrêter et aurait fait un exemple de ce manquement à la discipline militaire; que, par égard pour ses anciens services, et par l’amitié que vous lui portez, vous n’avez pas laisse connaître à l’Empereur ces phrases inconvenantes, et que vous vous êtes bornés à dire que mes ordres avaient été exécutés; que cette affectation de sentiments d’honneur et de personnalité est le comble du ridicule  et de l’indiscipline militaire; que l’honneur d’un général consiste à obéir, à maintenir les subalternes sous ses ordres dans le chemin de la probité, à faire régner une bonne discipline, à se livrer si exclusivement aux intérêts de l’État et du souverain, et à dédaigner entièrement ses intérêts particuliers; que vous voyez, par le ton qu’il prend, qu’il a désappris la France, et que, quand il est question d’exécuter les ordres de l’Empereur, il croit avoir à parler au roi d’Espagne.

 

Saint-Cloud, 8 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je réponds à votre rapport du 8 juin.

J’ai demandé un million de poudre pour l’Espagne, mais par votre rapport je vois qu’il y a entre Bayonne, Burgos et Pampelune 900 kilogrammes. Il me suffira donc que vous preniez, en premier les poudres de la marine : au Ripault, près Tours, quatre-vingt-milliers; à Saint-Jean-d’Angely, cinquante-sept milliers; à Saint-Médard, prés Bordeaux, vingt milliers; à Toulouse, vingt milliers, à la Rochelle, soixante milliers; à l’île de Ré, soixante milliers; à Brouage, quinze milliers; à Nantes, quinze milliers; total, trois cent vingt-neuf milliers. Ce qui, joint aux deux cent cinquante milliers qui sont dans le nord de l’Espagne, fera une quantité beaucoup plus que suffisante. Il suffira que cette distribution des convois arrive successivement et par partie entre toute l’armée.

Les 500 chevaux de la Garde partiront haut le pied, ne feront aucun séjour, enfin arriveront droit à Bayonne; là seulement ils s’attelleront à des caissons de poudre et à tout ce qui sera jugé nécessaire dans le travail général qui sera fait d’ici là.

Les 1,000 chevaux qui partent de Besançon, faites-leur atteler, si le bureau de l’artillerie le juge nécessaire, une soixantaine de cais­sons chargés de munitions confectionnées, qui doivent exister à Besançon et à Auxonne et qu’il est bon d’employer parce qu’elles vieilliraient. Cela n’exigera que 500 chevaux. Faites atteler les autres à toutes les charrettes d’artillerie à vide. S’il n’y en a pas un nombre suffisant à Besançon et à Auxonne, il doit y en avoir à La Fère et à Paris, et vous devez d’ailleurs avoir le temps d’en faire venir de Douai et de Saint-Omer. Enfin vous pouvez faire acheter s’il est nécessaire de bonnes voitures de commerce.

Ayant ainsi des voitures, vous dirigerez ces chevaux sur le Ripault, Saint-Médard, la Rochelle, où ils prendront toutes les poudres et autres munitions et les transporteront à Bayonne.

J’approuve fort que 40 caissons de munitions confectionnées soient mis en état à la Rochelle. On les portera dans l’état et on les enverra chercher ensuite. Provisoirement ils sont bien là.

Ce plan est de beaucoup préférable au vôtre, puisqu’il permet que les chevaux fassent la plus grande partie de la route sans être chargés.

Ne perdez pas de vue qu’il faut au dépôt d’Auch 1,000 hommes au lieu de 500, puisque indépendamment des 1000 chevaux qui viennent de Besançon, vous devez en avoir acheté 1,000, en vertu de mon décret. C’est donc 2,000 chevaux qui vont se trouver à ce dépôt.

Donnez l’ordre au 14e bataillon de se rendre à Douai, où il se complétera, se formera et sera moins cher qu’en Hollande.

C’est à tort que trois compagnies du 8e principal ont été envoyées en Allemagne, donnez-leur ordre de revenir sans délai. Il ne doit y avoir en Allemagne que quatre bataillons. Si j’ai ordonné que trois compagnies du 8e principal fussent cantonnées autour de Magdebourg, c’est que j’ai pris le 8e principal pour le 8e bis et que j’ai cru que ces trois compagnies appartenaient aux quatre bataillons qui rester en Allemagne.

Faites-moi connaître quand on pourra disposer des quinze qui se réunissent à Mayence et à Metz. Je sais qu’ils ont 4000 hommes. Quand les hommes et les harnais seront-ils fournis ?

Je désire que vous n’employiez pas les courriers, qui font nouvelle dans une ville, mais les estafettes, en adressant vos ordres au comte Lavallete, pour qu’il les transmette par cette voie. Cela arrivera plus tôt, vous coûtera moins cher et ne fera pas de nouvelles.

Je vous ai écrit aujourd’hui sur l’état général de l’artillerie de l’armée d’Espagne; hors les objets de détail que je puis n’avoir pas saisi, il me semble en gros qu’il y a de tout, que rien n’est pressé et qu’il suffit qu’à Burgos et Pampelune les affûts soient mis en état. La poudre est certainement ce qui paraît le plus nécessaire. Je ne sais pas s’il y a aussi suffisamment de forges.

 

Paris, 8 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le corps d’observation de réserve sera composé de la manière suivante :

1e Division. — 81e : quatre bataillons. Deux bataillons sont à Pampelune; un bataillon est à Gènes et partira pour Pampelune lorsque ses conscrits seront habillés et armés, sur le rapport qui en sera fait. Le 4e bataillon, qui est en Catalogne, rejoindra à Pampelune aussitôt que faire se pourra. La compagnie d’artillerie rejoindra à Pampelune, et ce régiment aura ses deux pièces d’artillerie et ses caissons.

10e de ligne : quatre bataillons. Ce régiment rejoindra à Pampelune.

40e de ligne : quatre bataillons. Ce régiment rejoindra à Pampelune.

60e de ligne : quatre bataillons. Les deux bataillons qui sont à Toulon se rendront à Pampelune. Le 3e bataillon, qui est dans la 7e division militaire, en partira, lorsqu’il aura ses conscrits, avec le 3e bataillon du 81e, sur le rapport qui en sera fait. Le 4e bataillon rejoindra aussitôt que faire se pourra.

Le total de la 1e division sera ainsi de seize bataillons.

Cette division se réunira à Pampelune. Le général Reille la com­mandera ; les généraux de brigade Pannetier et Bourke y seront em­ployés. Un adjudant commandant, des adjoints, un officier du génie, un d’artillerie, les administrations, seront pris dans la Navarre. Chaque régiment aura ses deux pièces de canon; ce qui fera huit pièces pour la division.

2e Division. — 5e léger : quatre bataillons. Deux bataillons se rendront de Cherbourg à Rennes. Les deux bataillons qui sont à l’armée d’Aragon rejoindront aussitôt que faire se pourra.

3e de ligne : deux bataillons, qui se réuniront à Rennes.

105e de ligne : deux bataillons, qui se réuniront à Rennes.

10e léger : quatre bataillons. Ce régiment se réunira Rennes; le 4e bataillon s’y rendra lorsqu’il sera formé et habillé.

52e de ligne : deux bataillons d’élite. Ces bataillons sont à Toulon et rejoindront à Vitoria.

Les régiments auront chacun leurs deux pièces d’artillerie. Cette division, qui se réunira à Vitoria, sera commandée par le général Caffarelli. Deux généraux de brigade, un adjudant commandant, les adjoints, les officiers du génie et d’artillerie, les administrations, commissaires des guerres y seront pris en Espagne.

La 2e division sera ainsi composée de quatorze bataillons.

3e Division. — La 3e division se réunira à Pont-Saint-Esprit. Elle sera composée de la manière suivante :

1er de ligne : quatre bataillons. Les trois premiers bataillons arri­vent à Turin. Le 4e bataillon partira de Marseille aussitôt qu’il aura reçu ses conscrits.

1er de ligne : quatre bataillons. Deux bataillons sont à Turin: les autres partiront de Marseille.

23e léger : quatre bataillons. Deux bataillons sont à Auxonne aussitôt qu’ils auront reçu leurs conscrits, ils se rendront par eau à Pont-Saint-Esprit. Les deux autres bataillons, qui sont en Catalogne, se réuniront aux deux premiers aussitôt que faire se pourra.

101e de ligne : quatre bataillons. Deux bataillons sont à Turin ; un bataillon partira de la Spezia.

Cette division sera ainsi composée de seize bataillons. Un général de division, deux généraux de brigade, un adjudant commandant, quatre adjoints, des officiers du génie et d’artillerie, des administra­tions, des commissaires des guerres, seront nommés pour se rendre à Pont-Saint-Esprit et être employés dans cette division.

Vous ayant ainsi fait connaître mes intentions, vous préparerez les ordres de mouvement, mais vous ne les exécuterez que sur mon approbation.

ARTILLERIE. — L’artillerie des régiments comprendra vingt-quatre pièces de canon; ce qui sera suffisant pour la guerre d’Espagne.

Soixante pièces de canon seront préparées pour l’artillerie du corps d’armée; le matériel sera pris à Pampelune, à Burgos, à Saint-Sébastien, à Madrid; les attelages seront fournis par les dix-huit  cadres qui sont à Auch.

Les bataillons d’équipages militaires seront les trois bataillons qui sont à Pau.

Les compagnies d’artillerie seront fournies par les compagnies autres que celles destinées pour les corps d’observation de l’Elbe, du Rhin et de l’Italie. La compagnie du 4e régiment, qui est à Toulon, celle qui est à Bayonne, pourront être employées au parc.

Le commandant de l’artillerie se rendra à Bayonne pour organiser cette artillerie.

De ces soixante pièces, rien n’ira avec les divisions, tout sera tenu en réserve, selon les états qui seront dressés par le bureau de la guerre.

GÉNIE. — Des caissons avec 6,000 outils attelés se réuniront à Bayonne.

L’état-major de l’armée du Nord servira pour le corps de réserve, en officiers d’état-major, administrations, chirurgiens, etc.; il est donc inutile d’en former.

Je désire que tous les ordres pour ces corps soient concertés avec le major général, qui a plus de temps pour cela, et qui me remettra les états plus en règle.

Tout ce qui fait partie du corps d’observation de réserve doit être indépendant des corps d’observation de l’Elbe, du Rhin et d’Italie, auxquels rien ne doit être dérangé.

DIVISION ITALIENNE. — Il y aura une division de dix bataillons ita­liens formant 8,000 hommes, laquelle se réunira sans délai à Gre­noble; le vice-roi sera chargé de la formation de cette division, et de donner tous les ordres de mouvement.

Cette division formera la 4e division du corps d’observation de réserve, qui sera ainsi porté à 40,000 hommes d’infanterie.

Paris, 8 juin 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au duc d’Istrie qu’avant de faire évacuer les Asturies par le général Bonet il pense bien à ce qu’il fait; que je regarde cette mesure en elle-même comme fort mauvaise; que le général Bonet, occupant Oviedo avec 6,000 hommes, couvre toute la plaine de Valladolid, de Léon, et menace de se porter en Galice; que sa position est à la fois défensive pour Valladolid, les montagnes de Santander et de la Biscaye, et offensive contre la Galice ; que c’est à cette position que j’attribue que les Galiciens n’ont rien entre­pris; qu’ils craignent à chaque instant d’être attaqués par lui et qu’il n’arrive par ce chemin sur leurs derrières; que, si le général Bonet évacuait les Asturies, le duc d’Istrie serait obligé de le placer à Santander; qu’alors il n’aurait fait que découvrir Léon et Valladolid, donner toute liberté aux insurgés d’inquiéter la plaine et de se porter même sur Astorga et Benavente; que ce sera un pas rétrograde; que la junte d’Oviedo se reformera et infestera toutes ces montagnes; que c’est une détestable opération.

Le général Bonet ne devrait évacuer Oviedo que dans le cas où, momentanément, il serait nécessaire de le réunir pour livrer bataille aux Anglais; ce serait une absence de quinze jours, après laquelle il devrait retourner; mais ce cas n’arrivera probablement pas. Les corps se portent aujourd’hui dans le Midi. Quant aux frontières du Portugal, toute l’artillerie non attelée, la poudre, les munitions de guerre et tout ce qui est inutile à la défense de Ciudad-Rodrigo, doivent s’évacuer sur Burgos. Il y a à Salamanque de l’artillerie et des cais­sons non attelés qu’il est convenable d’envoyer sur Burgos; et, si jamais des événements inattendus obligeaient le duc d’Istrie à évacuer Valladolid, il ne laisserait dans cette place aucun objet d’artillerie. On m’assure qu’il y a des caissons à Palencia et autres lieux. Ecrivez-lui de faire évacuer tout cela sur Burgos.

 

Paris, 9 juin 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Vous ne m’avez proposé aucune récompense pour les officiers du brick l’Abeille 2)Le 26 mai 1811, l’Abeille, brick de 20 canons, commandée par l’enseigne provisoire de Mackau, avait poursuivi dans le canal de Corse le brick anglais Alacrity, et s’en était emparé après un brillant combat.

 

Saint-Cloud, 10 juin 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre au général Caffarelli de faire tracer et travailler à construire à Miranda une tête de pont, pour que, dans tout événement, le passage de l’Èbre soit assuré. Les localités exigent que cette tête de pont ait l’étendue convenable; mais il sera construit une tour de deuxième espèce, en maçonnerie, qui servira de garde, de magasin et de réduit pour la tête de pont. Le ministre de la guerre vous enverra le plan de cette tour. La tête de pont doit être telle que l’armée soit assurée de toujours passer tranquillement. Mandez au général Caffarelli qu’il serait convenable de bâtir quelques tours sur les hauteurs dans les défilés de Vitoria à Irun. Une dizaine de ces tours, placées sur les sommités, qui donneraient retraite à une trentaine d’hommes, seraient d’un grand intérêt ; ce seraient des vedettes qui éclaireraient les hauteurs et nous en tiendraient toujours maîtres. Chacune de ces tours ne peut pas coûter plus de 10,000 francs. Ce serait de l’argent et des travaux bien employés.

 

Saint-Cloud, 10 juin 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, mandez au général Monthion qu’à la première nouvelle du mouvement des brigades sur la frontière, il aurait dû faire marcher sur Bayonne une partie des 31e léger, 114e 115e, 117e, 119e et 120e. Or ces sept régiments pouvaient offrir chacun au moins trois compagnies de 300 hommes ; ce qui aurait fait une de 2,000 hommes pour la garde de Bayonne. Donnez ordre à ce général de faire passer la revue des 4e et 5e bataillons au 15 juin, et de vous faire connaître leur situation, le nombre des conscrits qu’ils ont reçus et de ceux qu’ils doivent recevoir, ainsi que l’état de l’habillement et armement, afin que j’ordonne la formation d’un régiment provisoire, qui formera une réserve de 2 ou 3,000 hommes dans ses mains.

 

Saint-Cloud, l0 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre au général Defrance de diriger le régiment de marche de l’armée du Midi de Niort sur Saintes ; en organiser les escadrons de ce régiment ; d’y faire dans le personnel tous les changements qu’il croira utiles au bien du service; de faire monter de préférence les officiers, sous-officiers et cavaliers qui seront le plus en état de faire la guerre, sans cependant inter­vertir l’ordre des régiments en faisant passer d’un cadre à un autre, il fera partir du 15 au 20 juin ce régiment de marche pour Bayonne.

Donnez également l’ordre que le régiment de Portugal soit dirigé sur Saintes.

Tous les détachements que les corps auront encore à fournir à ces régiments s’arrêteront aux dépôts de Niort et de Saintes, et à mesure que les états m’en seront remis, je donnerai des ordres pour en former des escadrons de marche. Donnez ordre au régiment provisoire et chasseurs et de hussards de continuer sa route d’Orléans sur Niort, où le général Defranre fera les mêmes changements en officiers et en hommes, sans cependant prendre dans un régiment pour placer dans un autre. Ce régiment provisoire sera dissous, et il en sera formé un régiment de marche organisé de la manière suivante : les détache­ments des 5e, 10e, 21e et 27e de chasseurs, 2e et 10e de hussards appartenant à l’armée du Midi, seront réunis en deux escadrons ; les détachements du 22e de chasseurs,  du  1e et du  3e de hussards, appartenant à l’armée de Portugal, formeront deux autres escadrons ; enfin le détachement du 4e de hussards, appartenant à l’armée d’Aragon, formera un 5e escadron.

 

Saint-Cloud, 10 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le 5e bataillon du 102e, qui est à l’île Sainte-Marguerite, manque de fusils. On se plaint qu’au fort Sainte-Marguerite les affûts sont pourris.

 

Saint-Cloud, 10 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il est important, pour parer à tous les événements, de s’assurer du pont de la Bidassoa. Mon intention, en conséquence, est qu’il soit construit une tête de pont et, pour réduit à cette tête de pont, une tour de deuxième espèce capable de contenir un corps de garde et un magasin. Par ce moyen, la tête de pont sera gardée et le pont en sûreté. Faites tracer cette tête de pont et travailler à cette tour, qui doivent être entièrement armées au ler septembre. J’ordonne également que l’on construise une tête de pont sur l’Èbre, à Miranda.

Vous enverrez au major général le plan de ces tours.

 

Saint-Cloud, 11 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Donnez ordre qu’au 1er juillet les 1er et 2e bataillons d’élite des 19e, 46e, 4e, 72e et 123e soient annulés. Les grenadiers et voltigeurs rentreront dans leurs bataillons. Ces compagnies seront maintenues à leur complet de 140 hommes comme les autres. Le surplus rentrera dans les basses compagnies. Vous ordonnerez, à cet effet, que les quatre compagnies des 6e bataillons du 19e et du 46e et que les compagnies des 4e bataillons du 72e, du 123e et du 4e qui sont à leur dépôt, en partent au 1er juillet pour se rendre au camp de Boulogne, où elles rejoindront leur régiment. Chaque bataillon reprendra ses grenadiers et voltigeurs; de sorte que le 19e de ligne sera composé de 1,800 hommes, actuellement existant à Boulogne, et de 1,200 hommes, qui se réuniront avec le 6e bataillon; ce qui fera 3,000 hommes, ou les 1er, 2e, 3e et 4e bataillons à 750 hommes chacun.

Le 46e sera composé des 1,540 hommes actuellement existant et des 1,200 qu’amènera le 6e bataillon; ce qui fera 2,800hommes ou 700 hommes par bataillon.

Le 79e sera composé des 2,100 hommes qui existent actuellement et des 700 qui arriveront du dépôt avec le 4e bataillon ; ce qui fera 800 hommes.

Le 4e régiment sera composé des 2,100 hommes existant à Boulogne et des 800 venant du dépôt; ce qui fera 3,000 hommes ou 750 hommes par bataillon.

Enfin le 123e fera partir de son dépôt tout ce qu’il a de disponible, de manière que les quatre bataillons aient au moins 650 hommes pour le total du régiment.

Tous les bataillons seront tiercés (aux compagnies d’élite près), de manière que les anciens soldats soient mêlés également dans les bataillons.

Vous donnerez également l’ordre aux 3e et 4e bataillons du 44e, au 4e bataillon du 51e ainsi qu’aux 4e bataillons du 55e et du 36e complétés chacun à 800 hommes, de se rendre au camp de Bou­logne. Les bataillons des 36e, 51e et 55e seront mis sous les ordres d’un major en second, pour en former une espèce de régiment sous les rapports des manœuvres et de la discipline; mais ces bataillons continueront d’appartenir à leur régiment pour la comptabilité.

Il y aura donc au camp de Boulogne vingt-cinq bataillons, faisant 16 à 18,000 hommes, qui seront campés, exercés et mis dans le meilleur état.

Vous donnerez ordre que tout ce qu’il y a de disponible au 24e d’infanterie légère soit placé dans le 4e, de manière à compléter ce bataillon à 800 hommes. Le 5e bataillon enverra également 500 hommes, au 1er juillet, pour être distribués entre les trois premiers bataillons qui, étant à 1,840 hommes, seront portés à 2,340, et le 4e bataillon sera porté à 750 hommes. Ce 4e bataillon, jusqu’à nouvel ordre, restera à Metz. Par ce moyen, ce régiment aura plus de 3,000 hommes et les quatre bataillons prêts à marcher.

Quant au 26e, le dépôt enverra 300 hommes pour renforcer les trois premiers bataillons; ce qui portera ces trois premiers bataillons à 2,300 hommes; il restera 750 hommes pour le 4e bataillon, qui se rendra également à Anvers. Ce régiment aura donc quatre batail­lons sous les armes et 2,000 hommes. Le tiercement s’y opérera de manière à mettre égalité entre les bataillons.

Donnez ordre que les 156 hommes des Pyrénées-Orientales qui sont dans le 3e de ligne passent à Metz au 26e d’infanterie légère, et que, en place, le 20e d’infanterie légère donne 156 hommes des Ardennes au 23e léger.

Donnez ordre que les 3e et 4e bataillons du 23e léger soient com­plétés au moins à 700 hommes et prêts à partir au 1er juillet. Faite passer la revue par le commandant de la 18e division militaire au 18 juin, afin de connaître quand ces deux bataillons pourront se mettre en marche.

Hollande. — Le bataillon d’élite du 2e régiment de ligne sera dissous au 1er juillet. Donnez l’ordre que les quatre compagnies du 6e bataillon partent de Besançon avec 1,000 hommes ; ce qui, avec les 2,000 hommes qui sont en Hollande, complétera les quatre batail­lons à 750 hommes, les grenadiers et les voltigeurs rentrant dan leur bataillon.

La même opération sera faite au 37e : le 6e bataillon partira 4e Besançon également avec 1,000 hommes et portera les quatre bataillons de ce régiment à 3,000 hommes.

Même opération sera faite au 56e : le 6e bataillon partira avec 1,000 hommes et portera les quatre bataillons de ce régiment qui se rendront au camp d’Utrecht à 3,000 hommes.

Même opération au 18e de ligne, qui se rendra au camp d’Utrecht: le 4e bataillon partira avec 1,000 hommes, se réunira à ce qui est à La Haye et formera quatre bataillons de 3,000 hommes.

Vous ferez la même chose pour le 93e : le 6e bataillon partira de Besançon avec 1,000 hommes.

Ici comme pour le camp de Boulogne, chacun des quatre batail­lons aura ses compagnies d’élite, qui seront toutes réduites au complet des basses compagnies, c’est-à-dire à 140 hommes.

Les 124e, 125e et 126e éprouveront le même changement : les batail­lons d’élite seront dissous et les quatre bataillons de chaque régiment seront au camp d’Utrecht à peu près de la force de 3,000 hommes.

Brest. — Vous donnerez ordre que le dépôt du 3e régiment de ligne, qui est à Strasbourg, fasse partir 1,200 hommes pour le camp de Brest, afin de compléter les 1er, 2e et 3e bataillons du 3e de ligne à 500 hommes, le bataillon d’élite n’étant plus au régiment et se trouvant parti pour l’Espagne.

Vous donnerez le même ordre pour le 105e, qui fera partir 900 hom­mes pour les trois premiers bataillons.

Enfin le 4e bataillon du 10e léger, qui est à Schelestadt, partira avec 1,000 hommes, afin d’avoir quatre bataillons du 10e à Brest, chacun fort de 750 hommes. Le camp de Brest sera alors composé de dix bataillons, formant 6,000 hommes.

Italie. — Les bataillons d’élite d’Italie seront tous supprimés au 1er juillet. Les compagnies rentreront dans les bataillons et auront le même effectif que les autres compagnies.

Les 5e bataillons fourniront tout ce qu’ils ont de disponible aux 4e bataillons, de manière que les quatre premiers bataillons du 9e de ligne, les quatre du 13e, les quatre du 35e, les quatre du 53e, du 84e, du 92e, du 106e, du 29e et du 112e forment trente-six batail­lons, chacun complété de 750 à 800 hommes.

P. S. J’ai ordonné que les mouvements s’opéreraient au 1er juillet; cependant, comme il est possible qu’il manque des habits et autres effets aux conscrits, vous donnerez en conséquence l’ordre aux dépôts de faire partir au 1er juillet ce qui serait bien armé, équipé et arrivé au régiment depuis vingt jours, et au 15 juillet le reste. Les généraux commandant les divisions militaires qui passeront la revue de ces dépôts vous enverront à l’avance l’état de ce qui doit partir au 1er et au 15 juillet, de sorte qu’au 1er août les camps de Boulogne, d’Utrecht, tout soit conformément à ma lettre.

 

Saint-Cloud, 11 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Donnez ordre qu’au 1er juillet les 4e bataillons des 114e, 113e, 116e, 117e, 118e, 119e, 120e, 121e, 122e de ligne et 31e léger réunissent à Bayonne; ce qui fera dix 4e bataillons; qu’à cet effet les 5e bataillons de dépôt fournissent à ces bataillons tout ce qu’ils ont de disponible, de manière à les porter à 800 hommes. Mandez sur-le-champ qu’une revue soit passée de ces 4e bataillons, afin de connaître quelle sera leur force au 1er juillet et ce qui pourrait manquer. Le nombre d’hommes nécessaire pour les compléter 1,840 hommes chacun sera pris sur l’appel de la réserve et dirigé direc­tement sur Bayonne. Le cadre du 4e bataillon du 121e a eu ordre de se rendre à l’île de Ré : c’est une mauvaise mesure. Le 5e bataillons de ce régiment est en Navarre, et il y a au dépôt 500 hommes environ; il est donc nécessaire de donner contre-ordre à ce 4e bataillon et de le faire revenir à son dépôt pour prendre ces 500 hommes au 1e juillet; et, lorsque tous ces hommes seront exercés ou bien équipés, il se rendra à Rayonne.

Les cadres des 4e bataillons des 14e, 27e, 39e, 59e, 69e, 76e de ligne et 17e d’infanterie légère, 28e, 34e, 65e, 75e et 86e de ligne ont ordre de rentrer en France. Ils arrivent à Bayonne du 15 au 20 juin. Les cadres des 4e bataillons des 19e, 25e et 46e de ligne, 15e et 32e d’infanterie légère rentrent également. Les cadres des 19e, 25e et 16e continueront leur route pour le dépôt. Ces régiments n’ayant rien de commun avec l’Espagne, ces cadres ne doivent plus retourner en Espagne. Il en est de même du cadre du 15e d’infanterie légère : il faut lui faire continuer sa route sur Paris. Celui du 32e doit être dirigé sur Toulon, où il pourra prendre des conscrits réfractaires au fort Lamalgue.

Restent donc douze cadres rentrant d’Espagne, qui, avec les dix qui de l’intérieur doivent se rendre à Bayonne, font vingt-deux 4e bataillons.

Mon intention est que ces vingt-deux bataillons soient tous campés dans les baraques de bois que j’ai fait établir en avant de la ville ; que l’inspection en soit passée pour compléter les cadres des officiers, sous – officiers, caporaux et tambours, remplacer les officiers et sous-officiers hors de service, et compléter tous ces cadres à 800 hommes: ce qui fera pour l’armée d’Espagne une réserve de 16 à 18,000 hommes.

Je désire que vous envoyiez à Bayonne quatre colonels en second pour se partager le détail de la surveillance et l’organisation de ces bataillons.

L’un commandera les bataillons du 14e, du 114e, du 115e, du 116e, du 117e et du 121e, appartenant à l’armée d’Aragon;

Le second commandera le 118e, le 119e, les 120e et 122e, apparte­nant à l’armée du Nord;

Le troisième commandera le 17e et le 31e léger, le 27e, le 29e, le 59e, le 69e, le 76e, le 65e et le 86e, appartenant à l’armée du Portugal ;

Enfin le quatrième commandera le 34e, le 28e et le 75e, apparte­nant aux armées du Centre et du Midi.

Ces quatre colonels en second réuniront successivement sous leur commandement tous les 3e et 4e bataillons qui arriveront d’Espagne en conséquence des ordres donnés, et qui appartiendront aux armées d’Aragon, du Nord, de Portugal, du Centre et du Midi. Vous don­nerez à chaque colonel en second un major en second pour aide, lorsque son commandement comprendra plus de quatre bataillons. Cela formera quatre brigades, qui s’appelleront brigades des 4e ba­taillons de l’armée d’Aragon, de l’armée du Nord, de l’armée de Por­tugal, des armées du Centre et du Midi.

Le général Monthion commandera cette réserve et en passera fréquemment la revue.

Us bataillons des 114e, 115e, 116e, 117e, 118e 119e, 120e, 121e, 122e de ligne et 31e léger se mettront en marche de leurs dépôts respectifs au 1er juillet.

Le dépôt du 122e fera partir sur-le-champ de Vendôme tout ce qu’il a de disponible pour la Rochelle, où cela complétera le 4e bataillon.

Les 400 hommes du 2e léger seront incorporés dans le cadre du 17e léger, qui arrive à Bayonne.

II faudrait sans délai faire partir des dépôts des 14e, 27e, 39e, 59e, 69e, 76e de ligne, 17e léger, 28e, 34e, 65e, 75e et 86e de ligne tout ce qu’il y a de disponible, pour être incorporé dans lesdits 4e bataillons.

Les cadres du 2e d’infanterie légère sont arrivés à Paris ; il faudra les compléter, afin que ces bataillons, avec le 5e bataillon du 32e, le 5e du 58e et le 5e du 12e léger, puissent former une brigade de 3 à 4,000 hommes à diriger sur l’Espagne. On a l’avantage d’avoir ces troupes sous les yeux à Paris et de pouvoir facilement les armer et les équiper.

Je remarque que, dans les bataillons de marche du Midi et Portugal, le 28e a 137 hommes, le 34e, 62, le 75e 66, le 14e 65, le 39e 76 et le 65e 150. Donnez ordre que ces deux bataillons partent le 15 juin d’Orléans, et que, arrivés à Bayonne, tous les détachements qui appartiennent aux 4e bataillons réunis dans cette ville y soient incorporés. On fera alors du reste un bataillon de marche.

 

Saint-Cloud, 11 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai fait faire une grande quantité d’outils, mon intention étant d’en donner aux corps. II me parait convenable de commencer par le 24e léger. Vous donnerez ordre que les caporaux de ce régiment aient des haches ; ils remettront leurs briquets et on leur donnera des haches en échange.

Faites également donner des haches et des pics à boyau au batail­lon de marche de la Garde qui part cette semaine pour l’Espagne ; on leur donnera moitié haches et moitié pics à hoyau. Il serait nécessaire que vous fissiez faire un petit règlement là-dessus. On obtiendra de la troupe qu’elle porte des haches et des pics à boyau; il n’y a que les pelles qui paraissent embarrassantes. On fera sentir dans l’instruction que vous ferez faire que la hache est une arme plus défensive que le sabre, et que cet outil peut servir en outre à faire des abatis et à aider aux fortifications, de même que les pics à boyau. En général, mon intention serait d’en donner à tous les caporaux de l’armée.

 

Saint-Cloud, 11 juin 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je réponds à votre lettre du 8. Je ne veux pas désorganiser le 2e bataillon d’équipages militaires. Les conscrits de la réserve ne doivent pas tarder à être levés; il faut donc suivre ponctuellement ce que disent les décrets. Je vois que vous n’aurez 1,000 mulets que dans le mois d’août; il faudrait faire en sorte qu’ils soient rendus avant le 10 août à Bayonne. Je vois par l’état que vous me remettez que les 3e, 4e et 13e bataillons des équi­pages militaires n’ont que 600 hommes; les conscrits que ces batail­lons ont à recevoir doivent leur être bientôt donnés; il faut donc que les chevaux soient promptement fournis à ces bataillons. Je vois avec peine que tout cela tardera beaucoup. On m’écrit de Pau que l’on ne répare point les harnais ; que ce dépôt ne respire pas l’activité. Donnez une forte impulsion à tout cela. Tâchez d’avoir les mulets avant le 1er août, afin qu’ils puissent être à Burgos avant le 1e septembre.

Quant à l’objet de votre seconde lettre du 8, j’approuve que le matériel destiné au 12e bataillon soit conduit par des chevaux du 2e bataillon jusqu’à six marches de Commercy, de sorte que, partant le 13, ces détachements seront rentrés le 25 à Commercy, et que le 2e bataillon aura, le 25, ses 150 voitures en état de marcher et prêtes à se porter sur le point où je voudrai les diriger. Le 9e ba­taillon qui est à Plaisance, les trois compagnies du 12e bataillon qui sont à Strasbourg, sont dans le même cas. Vous en ferez passer la revue, et, sur le compte que vous me rendrez, je vous donnerai probablement l’ordre d’envoyer les compagnies du 12e au corps d’ob­servation de l’Elbe.

 

Saint-Cloud, 11 juin 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 10 juin. J’approuve que vous ordonniez un achat de 600 chevaux pour le 2e régiment de lanciers polonais qui se réunit à Sedan. Il n’a que 300 hommes; il en aura 6 ou 700 bientôt. Vous pouvez lui fournir des selles et des brides, de celles que vous faites faire à Paris.

Je désire que vous donniez ordre au 11e chasseurs qui est à Verdun, et ainsi voisin de Sedan, de fournir 30 chevaux au 1er régiment de lanciers. Ces chevaux seront fournis tout équipés; il faut que ce soit de bons chevaux, pouvant entrer sur-le-champ en campagne, et des équipements neufs. Cette remise sera faite avant le 20 juin, afin que ces détachements puissent partir le 20 de Niort, avec le 1er régi­ment de marche qui partira pour se rendre en Andalousie. Le 5e de hussards, qui est également voisin, lui en donnera 30 autres ; ce qui, avec ce qu’il y a au dépôt, formera un détachement de 120 hommes montés.

Vous porterez pour la quatrième commande, lorsqu’elle aura lieu, ces régiments (les 11e et 12e de chasseurs et le 5e de hussards), afin de leur remplacer leurs 30 chevaux.

Cette opération faite, vous donnerez ordre au dépôt du 1er régi­ment de lanciers de se rendre à Niort. Vous me proposerez de le placer dans un endroit voisin, entre Niort et Bordeaux, où le four­rage soit à bon marché et où il soit à même de recevoir les homme à pied et de les monter.

Aussitôt que vous aurez des nouvelles de l’arrivée d’hommes dé­montés, de lanciers, etc., en France, vous me demanderez un crédit pour acheter des chevaux, afin que ces régiments soient toujours en bon état.

 

Saint-Cloud, 11 juin 1811

Au comte de Ségur, grand maître des cérémonies, à Paris

Monsieur le Comte de Ségur, je ne puis qu’être mécontent de ce que vous avez laissé entrer à l’audience diplomatique un grand nom­bre de Français qui se sont présentés comme Espagnols. Je ne le voie que par la liste destinée pour le Moniteur. Faites connaître au chargé d’affaires d’Espagne combien cela est inconvenant. J’espère que cela n’arrivera plus.

 

Saint-Cloud, 12 juin 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, j’ai formé un second régiment de lanciers polonais qui se réunit à Sedan, dont les officiers, sous-officiers et soldats sont polonais. Ce régiment n’a que 300 hommes; je désire le porter à 1,000 hommes.

Écrivez au baron Bourgoing pour qu’il demande à la cour de Saxe que chaque régiment de cavalerie du Grand-Duché fournisse 50 hommes démontés, pris parmi les meilleurs sujets, de belle taille et tous Polonais. Ces 800 hommes seront dirigés sur le dépôt de Sedan, où ils seront montés et armés sur-le-champ; et l’on aura ainsi un bon régiment de cavalerie, sans affaiblir le Grand-Duché, qui n’a pu suffisamment de chevaux.

 

Saint-Cloud, 12 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Mandez au maréchal Macdonald qu’il serait bien important que, sans exposer le blocus de Figuières, il pût, avec un corps de 5 ou 6,000 hommes, auquel il pourrait même joindre l’escadron du 20e qui est à Mont-Juif, se porter sur Barcelone pour battre la campa­gne, se porter sur Vich, détruire les rassemblements qui se forment là, se porter sur le Montserrat pour le prendre, ou, s’il ne juge pas prudent de l’attaquer, au moins le menacer et faire une diversion en faveur de Tarragone; mais que le principal est de bien garder le blocus de Figuières; que je m’en rapporte à lui pour cet objet; que je suppose qu’il a fait rembarquer les Anglais qui avaient un moment débarqué.

 

Saint-Cloud, 12 juin 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, j’ai accordé aux cinq régiments de dragons qui sont en Italie, et dont les dépôts sont dans la 6e division militaire, 900 hommes à prendre sur tous les dépôts des régiments de dragons employés en Espagne, et je leur ai accordé 500 chevaux sur la première commande, 400 sur la deuxième et 200 sur la troi­sième; total, 1,100 chevaux. Je désirerais qu’une partie de ces 1,100 chevaux fût dirigée sur le dépôt de Saintes, où ils seraient distribués aux dragons à pied qui arrivent de tous côtés à Saintes. La moitié de ces chevaux pourrait être envoyée sans selles. Je suppose que les 500 chevaux de la première commande sont déjà rendus dans la 6e division militaire; il ne s’agit donc, sur ces 500 chevaux, que d’en faire partir 400, qui seront conduits par 200 hommes et livrés au général Defrance, à Saintes. Quant aux deuxième et troisième commandes, qui font un total de 600 chevaux, je ne sais pas s’il y en a déjà de fournis et s’il serait possible de les détourner en chemin; il faudrait savoir où se font les achats. Si l’on pouvait ainsi prendre 1,000 chevaux, on ordonnerait après cela d’autres remontes en rem­placement pour ces cinq régiments. Je suppose qu’indépendamment de ces 1,000 chevaux déjà ordonnés, et dont vous avez passé le marché pour le dépôt de Saintes,  il en faudra d’ici à un mois l,000 autres, vu le grand nombre de dragons à pied. Je préfèrerais donc, comme avance, prendre les 1,000 chevaux de ces cinq régi­ments. Cela serait d’autant plus avantageux que les hommes n’y sont pas encore arrivés. On pourrait faire la même chose pour les régi­ments de cavalerie légère qui sont en Italie et qui ont leur dépôt dans la 6e division militaire. Je leur ai accordé 383 conscrits sur la réserve qui n’est pas encore levée et 1,156 chevaux, savoir : 570 sur la pre­mière commande, 570 sur la deuxième et 16 sur la troisième; sur ces 1,156 chevaux on pourrait en prendre 500 que l’on dirigerait également sur le dépôt de Niort; ce qui, avec les 1,000 chevaux que vous devez déjà avoir commandés pour ce dépôt, ferait 1,500 che­vaux. Je suis fondé à penser qu’avant un mois il arrivera suffisam­ment d’hommes à pied à ce dépôt pour monter ces 1,500 chevaux. Ce serait alors une augmentation de 500 chevaux à faire sur les re­montes suivantes pour ces cinq régiments.

Par les derniers états de situation que j’ai eus du major général, on connaissait déjà 1,100 dragons qui étaient en marche et seront arrivés dans le courant de juin au dépôt de Saintes ; on n’avait pas encore l’état de ceux de l’armée de Portugal, qu’on suppose s’élever au nombre de 900. D’un autre côté, il y avait déjà 500 hommes de cavalerie légère arrivés, et avant la mi-juillet on pouvait s’attendre à 1,000 autres.

Je désire que vous me présentiez un état qui me fasse bien con­naître la situation des remontes de la cavalerie d’Espagne et mes ressources. Cet état doit comprendre : 1° ce que les dépôts avaient reçu avant octobre; 2° la distribution des 3,000 chevaux accordés par mon décret du 18 octobre; 3° la distribution des 3,000 chevaux accordés par mon décret du 3 mars; 4° la distribution des 2,000 chevaux accordés par mon décret du 7 mai pour la remonte des dépôts de Niort et de Saintes, et enfin celle des 1,500 chevaux pris aux dépôts d’Italie, dans la 6e division; et, comme aucuns chevaux ne sont entrés en Espagne, cela devrait donc me présenter dans le courant de l’été près de 10,000 chevaux.

Je vois également que les 3e, 4e et 13e bataillons d’équipages ont à Pau, avec le dépôt des hommes isolés, plus de 700 hommes; on pourrait donc organiser sans délai les trois compagnies de voiture. Les caissons existent à Pau. Il faudrait pour cela 750 chevaux. Je pense qu’il serait convenable d’y envoyer 300 chevaux des 600 du 6e qui est à Metz, et 300 du 7e qui est à Nancy. Faites-moi connaître si ces chevaux sont achetés, où ils doivent être et comment on pour­rait envoyer sans délai, sur les marchés déjà faits, 600 chevaux à Pau. Par ce moyen, ces trois bataillons auraient l,300 mulets et 600 chevaux ; ils pourraient au 15 août entrer en Espagne, faire leur service et être d’un grand secours.

Faîtes-moi un prompt rapport sur ces différents projets.

 

Saint-Cloud, 13 juin 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, il est nécessaire qu’un corps de réserve de dix bataillons avec deux compagnies d’artillerie et une compagnie de sapeurs, un général de division et deux généraux de brigade, soit sans délai à Grenoble. Proposez-moi la formation de cette division qui est destinée à former une réserve, où sont déjà quarante bataillons français, pour l’armée d’Espagne.

 

Saint-Cloud, 13 juin 1811.

Au comte Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Pourquoi ne travaille-t-on pas à la machine de Marly ni au pont de Maisons. On travaille faiblement au pont de Sèvres.

 

Saint-Cloud, 13 juin 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, faites remettre au roi d’Espagne un million sur la caisse de service. Cette somme sera régularisée plus tard.

 

Saint-Cloud, 13 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il sera nécessaire de faire construire des baraques ou espèces de granges en bois sur la dune qui domine le Helder. L’eau, dit-on, y est meilleure, l’air plus vif, et l’on espère que les soldats se maintiendront là en santé. Demandez au général de division un rapport sur les troupes qu’il doit laisser au Helder. Je désire qu’au 15 juillet il n’y laisse que le tiers des troupes, campées comme je viens de le dire, et que le reste soit embarqué sur les vaisseaux de guerre.

 

Saint-Cloud, 13 juin 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je désire que vous fassiez une lettre au Transport-Office pour demander le retour de tous les prisonniers, qui sont en Angleterre provenant de la capitulation de Bailén, de l’armée de Dupont. Faîtes un raisonnement pour prouver combien cela est juste.

 

Saint-Cloud, 13 juin 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je désire que vous me fassiez un rapport sur le port d’Ostende. Il me parait important, s’il est possible, d’entreprendre quelques travaux pour qu’une frégate, ou même un vaisseau de guerre, qui ne pourrait pas entrer dans l’Escaut, pût entrer à la haute mer dans Ostende et y trouver refuge. S’il ne fallait que deux à trois millions pour obtenir un tel résultat, mon intention serait de faire entreprendre ce travail sans délai, car il n’y a pas de doute que dans l’espace de dix ans ce port nous sauverait plusieurs vaisseaux de guerre.

Je désire aussi que vous ne perdiez pas de vue le Havre. Il serait très possible que des vaisseaux qui seraient devant Cherbourg ne pussent pas regagner cette rade et fussent obligés de se réfugier au Havre. Dans ce cas, il faudrait qu’il leur fut possible d’entrer dans le bassin. Ce n’est pas le courant d’eau qui ferait obstacle, puisque le vaisseau se déchargerait pour entrer, c’est la largeur de l’écluse; mais je crois que pour en rendre l’ouverture suffisante il y aurait peu de chose à faire. Faites-moi un rapport sur ces deux projets t qui m’intéressent beaucoup.

 

Saint-Cloud, 13 juin 1811.

INSTRUCTION POUR LE CAPITAINE ATTHALIN, OFFICIER D’ORDONNANCE DE L’EMPEREUR , A PARIS.

Monsieur le capitaine Atthalin partira sans délai pour se rendre à Boulogne, d’où il enverra son premier rapport.

Il verra à Boulogne la situation des troupes qui s’y trouvent, l’état de leur habillement, de leur armement, combien il y a de malades, comment elles sont campées.

Il visitera les fortifications et me rendra compte de l’état où il les aura trouvées, fort par fort.

Il visitera l’arsenal de la marine, la flottille. Il me fera connaître combien il y a de bâtiments en embossage. Il entrera dans des détails sur la situation de la flottille, si elle pourrait tenir la mer et ce qu’il faudrait pour la mettre en état.

De là il ira à Calais, à Dunkerque et Ostende. Il séjournera un jour dans chacun de ces ports. Il rendra compte de l’effet des écluses de chasse de Dunkerque, d’Ostende, si elles ont beaucoup approfondi les passes, et n’omettra rien de ce qui pourra m’intéresser.

De là il se rendra par Blankenberghe à l’Écluse, d’où il enverra une note sur les travaux qu’on fait à cette place.

II suivra la route nouvellement faite de l’Écluse à Breskens, où il passera deux jours. Il verra le fort Impérial, le fort Napoléon, le fort du Milieu. Il rédigera là un rapport, non seulement sur les fortifi­cations et l’artillerie, mais sur la situation des troupes, sur les détails de toute espèce, sur les maladies, enfin sur tout ce qui peut mériter mon attention.

Il ira à bord de l’escadre; il prendra note des sorties.

II passera ensuite à Flessingue. Il restera douze jours dans l’Ile de Walcheren, et me fera un long rapport sur le campement du régi­ment de conscrits réfractaires de Walcheren et des autres troupes qui se trouvent dans cette île, sur l’esprit qui anime ces conscrits, sur les hôpitaux ; il donnera ses idées sur le cas qu’on peut faire de ces jeunes gens. Il parlera en détail dans ses rapports des travaux du génie, des travaux maritimes, du bassin, de l’écluse, du magasin général et de tous les autres travaux entrepris. Il instruira de tout ce qui partira de l’île et y arrivera.

Le douzième jour il partira pour l’île de Schouwen. Il fera un rapport pareil sur les troupes qui sont dans cette île, sur l’instruc­tion et la tournure des conscrits réfractaires. Il se fera rendre compte des mouvements des flottilles qui sont aux ordres des commandants des îles, et verra si tout se fait comme je l’ai ordonné.

Il ira visiter l’île de Goerce et la place de Willemstad. Il fera sur ces deux points les mêmes observations que dans les autres lieux qu’il aura visités.

Il ira de là à Hellevoetsluis, à Brielle et au Helder.

Il restera quatre jours au Helder, qu’il visitera en détail. Il verra l’escadre hollandaise. Il visitera les passes du Zuiderzee, les travaux qu’on fait dans l’île du Texel. II restera une dizaine de jours dans ces parages, soit à bord de l’escadre de l’amiral Dewinter, soit au Helder, soit à Medemblik, pour visiter les chantiers et reconnaître si les vaisseaux en construction sont poussés avec activité. Il rendra compte de ce qu’il aura observé sur les équipages, sur les garnisons, sur les officiers, les travaux, et, là comme partout ailleurs, sur ce qui est susceptible de m’intéresser.

Il verra les îles et les passes par où l’on peut s’introduire dans le Zuiderzee.

Après avoir rempli sa mission de ce côté, il ira à Harlingen, et, en longeant la côte, jusqu’à Groningen; il parlera dans son rapport de l’état des batteries de côte.

Il visitera la baie de Delft, l’embouchure de la Jahde, celle du Weser, à Cuxhaven.

M. Atthalin écrira tous les jours, de toutes les postes, longuement et avec détail. Il nommera les commandants des places et îles qu’il visitera, fera connaître leur âge, leur capacité. Il fera mention des douanes, de ce qui concerne la contrebande, etc.

Le terme de sa mission sera Hambourg. Il prendra connaissance du projet de fortifications qu’on propose pour cette place et soumet­tra ses idées. Il passera cinq ou six jours à Hambourg, il enverra de là un rapport sur la situation de l’armée, sur la cavalerie, l’infanterie, l’artillerie, le train, les équipages militaires, et sur ce qu’il peut être important que je connaisse.

Il ira visiter Lubeck et me rendra compte de tout ce qu’il y aura vu.

Il attendra à Hambourg de nouveaux ordres.

 

Saint-Cloud, 13 juin 1811

Au capitaine d’Hautpoul, officier d’ordonnance de l’Empereur, à Paris

Monsieur l’Officier d’ordonnance d’Hautpoul, vous partirez demain pour remplir la mission qui est tracée dans l’instruction ci-jointe.

INSTRUCTION POUR LE CAPITAINE D’HAUTPOUL.

Saint-Cloud, 13 juin 1811.

M. l’officier d’ordonnance d’Hautpoul se rendra à la Rochelle et de là à l’île de Ré. Il visitera ces deux points. Ci-joint est la note des cadres envoyés à l’île de Ré pour recevoir des conscrits réfractaires. M. le capitaine d’Hautpoul enverra un rapport détaillé de la situation du régiment de l’île de Ré, sur l’habillement et l’armement, sur l’espèce d’hommes, sur l’esprit qui anime ce régiment, sur les offi­ciers, sur le nombre d’hommes fournis aux cadres des compagnies envoyées à l’île de Ré, et sur la situation de ces compagnies. Il verra manœuvrer les troupes, visitera l’hôpital et prendra note de tout ce qui peut m’intéresser.

Il rendra compte de l’état de l’armement de la place de la Rochelle, des batteries de côtes et de l’armement de l’île de Ré.

Après avoir séjourné deux jours dans l’île de Ré, il passera à l’île d’Aix, où il inspectera l’artillerie. Il ira voir la batterie d’Énette et m’enverra un rapport détaillé de tout ce qu’il aura observé dans cette inspection.

Il ira à bord de l’escadre en rade. Il verra si elle fait les manœuvres convenables, si les conscrits s’exercent et dans quelle situation sont les bataillons de marins qui montent les vaisseaux.

De l’île d’Aix il ira à l’île d’Oléron ; il visitera la batterie des Saumonards et rendra compte de l’état de défense de cette île.

Il se transportera au dépôt de Niort. Ci-joint est un résumé des ordres que j’ai donnés concernant ce dépôt et ceux de Saintes, d’Auch et de Pau. M. le capitaine d’Hautpoul vérifiera si ces ordres sont exécutés, et fera un rapport sur la situation du dépôt de Niort, sur l’habillement, l’armement, l’équipement, les remontes, sur l’esprit des soldats, sur les officiers et sur l’époque où les différents corps seront en état d’entrer en campagne.

Il fera les mêmes observations au dépôt de Saintes.

Lorsque sa mission sera terminée dans ces deux dépôts de cava­lerie, il se rendra à Auch, où il passera trois jours. Il enverra de là un rapport détaillé sur la situation des bataillons du train d’artillerie, sur les chevaux, harnais, et sur ce qu’on peut tirer de ce dépôt en état de faire la guerre.

De là il ira à Pau, où il fera le même rapport sur les équipages militaires.

Enfin il ira à Bayonne; il visitera l’artillerie en détail, les affûts, les caissons, et verra comment on les répare. Il visitera les manutentions, les magasins de vivres et de munitions, les baraques, où les troupes qui y sont campées.

Il ira voir le tracé de la tête de pont de la Bidassoa et le lieu où l’on a le projet de placer la tour.

Il aura soin de mander tout ce qu’il apprendrait sur ce qui se passe en Espagne.

Après avoir passé à Bayonne quinze jours qu’il emploiera a tout voir et a s’instruire de tout, M. d’Hautpoul reviendra par Pau et Auch, pour voir les  progrès qu’ont  faits  ces dépôts  depuis son passage.

Il ira visiter le dépôt de Toulouse.

Il repassera par les dépôts de Saintes et Niort, pour constater les progrès de ces dépôts.

M. d’Hautpoul écrira tous les jours, longuement, et n’omettra rien de ce qui peut mériter l’attention.

 

Saint-Cloud, 14 juin 1811

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

L’Empereur remarque, dans l’exposé , fait par son ministre de l’intérieur, de la situation de l’Empire, qu’à l’article des fonds spé­ciaux il ne suffit pas de parler des 750,000 francs destinés aux travaux de Flessingue, qu’il faut encore comprendre les deux ou trois millions de fonds spéciaux destinés aux travaux de Cherbourg et d’Ostende.

Sa Majesté remarque encore que les divisions et l’emploi des vingt-deux millions qui forment le budget du génie militaire demandent de nouveaux développements. Ces vingt-deux millions n’ont pas une destination uniforme; une partie des fonds est destinée à l’entretien des places, une autre partie est destinée aux achats de terrains et constructions nouvelles. Il convient que ces détails soient présentés succinctement et fidèlement.

Dans les travaux publics qui sont sous la direction immédiate du ministère de l’intérieur, c’est moins l’origine détaillée des fonds qu’il faut présenter que leur emploi. Il faut énumérer les travaux faits sur l’Escaut, le Texel et sur les côtes de l’Océan et de la Méditerranée, à Alexandrie, etc., rappeler tous les fonds qui y sont destinés, indépendamment de quatre millions fournis par le trésor d’Italie pour un semblable emploi.

Dans l’énumération des travaux qui intéressent la marine, il faut parler des ouvrages faits aux ports d’Anvers, Flessingue, Terneuse, Cherbourg, Brest, Toulon, la Spezia, Cività-Vecchia, et des fonds fournis pour ces ouvrages par le trésor de l’Empire, indépendamment des fonds que fournit aussi le royaume d’Italie. C’est surtout le résul­tat de l’emploi de ces fonds qu’il faut indiquer, en distinguant dans tous les travaux dont le compte est présenté ceux qui ont eu pour objet l’embellissement de Paris et tous les nouveaux établissements d’utilité publique, soit dans la capitale, soit ailleurs.

Soixante-huit millions, de toute origine, ayant été destinés aux travaux des ponts et chaussées, il est convenable d’en bien faire con­naître l’emploi par le résultat et la nature des travaux.

Suivre la même marche dans l’analyse des travaux de Paris, en faisant connaître l’emploi des vingt militons qui y ont été affectés.

Idem pour les sommes assignées aux travaux de la seconde section.

Sa Majesté ne croit pas qu’il ait été dépensé onze millions en seuls travaux d’architecture et d’embellissement dans ses palais. Cette somme doit aussi comprendre une partie du mobilier nouveau que Sa Majesté a fait préparer pour ses palais.

 

Saint-Cloud, 14 juin 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il serait nécessaire de se servir des généraux, officiers supérieurs et ordinaires qui sont en Espagne pour former l’état-major de l’artil­lerie du corps d’observation de réserve. Il faut envoyer le moins de monde possible en Espagne, et il ne faut rien déranger du corps d’observation du Rhin et de l’Elbe; car, au milieu de l’hiver, il fau­drait faire revenir tout le monde en poste : cela fatigue les individus et n’est bon à rien.

 

Saint-Cloud, 14 juin 1811

Au général comte Suchet, commandant l’armée d’Aragon devant Tarragone

M. Meckenem vient d’arriver, Monsieur le comte Suchet; l’Em­pereur a vu avec plaisir les nouveaux succès que votre armée a obtenus en s’emparant du fort de l’Olivo. Le ministre de la guerre vient d’écrire au duc de Tarente de tâcher de faire une diversion en votre faveur, soit vers le Montserrat, soit de toute autre manière. Beaucoup de troupes sont en mouvement pour entrer en Navarre. Quand elles seront arrivées, non seulement on vous renverra la colonne du général Klopicki, mais encore vous recevrez des renforts par un régiment de marche composé des détachements des différents régiments de votre armée. Je vais soumettre à l’Empereur l’avancement que vous avez demandé pour les troupes qui se sont distinguées à la prise du fort de l’Olivo. L’Empereur continue à être toujours satisfait de la conduite des bonnes et braves troupes à vos ordres.

Par ordre de l’Empereur, Le prince de Neuchâtel et de Wagram, Alexandre.

 

Saint-Cloud, 15 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je réponds à votre rapport sur le matériel de l’artillerie. Je désire que vous me présentiez de nouveaux états avec les changements suivants.

Je ne veux rien fournir de Bayonne que de la poudre. Je voudrais n’en tirer aucune pièce, aucun affût et, s’il est possible, aucun caisson. Je voudrais prendre de préférence, ou au moins sans distinction, l’artillerie, les affûts et caissons espagnols, comme les français. Je voudrais même faire rentrer successivement l’artillerie française en France et n’employer plus en Espagne que de l’artillerie espagnole.

Le nombre des caissons que vous demandez me parait trop fort d’un huitième; un approvisionnement et demi me parait suffisant; or vous portez un approvisionnement et cinq huitièmes, c’est donc un huitième de caissons à ôter partout. Les bases pour les caissons d’infanterie me paraissent trop élevées. Je dis pour les caissons et non pour les cartouches; car l’armée peut être divisée en armée ac­tive et armée stationnaire ; les postes et les garnisons qui se servent des cartouches qui sont dans les places composent l’armée stationnaire. Je crois que vos bases sont bonnes pour les cartouches. Il doit y porter les modifications suivantes pour ce qui concerne les caissons :

Pour les caissons, l’armée d’Aragon ne doit être considérée que comme  ayant 25,000  baïonnettes ;  l’armée de  Portugal ne doit compter que pour 35,000 baïonnettes; l’armée de réserve que pour 10,000. L’armée du Nord, étant de la Garde, doit faire un système à part et ne sera pas comprise ici. Cette manière de calculer fait une grande réduction dans le nombre des caissons et des chevaux. Mais il est nécessaire d’avoir une plus grande quantité de caissons d’infan­terie à Bayonne et dans les dépôts, pour pouvoir approvisionner dans le cas où l’on marcherait sur Lisbonne.

Le nombre de cartouches que vous exigez peut être diminué de trois millions lorsqu’il y a de la poudre et des boulets dans les places, et l’on peut ne confectionner ces trois millions que selon les besoins.

Les cent mille coups de canon me paraissent suffisants, vu qu’il y a de la poudre et des boulets, et que d’ailleurs un grand approvi­sionnement doit exister à Bayonne, soit pour les cas fortuits, soit pour l’expédition de Lisbonne, qui exigerait alors tout autre calcul.

On peut aussi économiser en organisant différemment l’artillerie de l’armée d’Aragon. On suppose qu’elle comprend quatre divisions, avec douze pièces par division et deux divisions de réserve; une pièce de 8, un obusier et quatre pièces de 4 formeront une division d’artil­lerie. Le commandant de l’artillerie sera le maître d’organiser les divisions paires avec deux pièces de 8 et quatre pièces de 4, et les divisions impaires avec deux obusiers et deux pièces de 4; ce qui ferait pour huit divisions huit pièces de 8, huit obusiers et trente-deux pièces de 4. Les deux divisions de la réserve seraient compo­sées chacune de trois pièces de 12, de deux obusiers et d’une pièce de 4; ce qui ferait pour l’armée d’Aragon six pièces de 12, douze obusiers et trente-quatre pièces de 4.

Pour l’armée de Portugal, il y a quatre ou six pièces de régiment; elles devraient compter. Les divisions devraient être formées de même. Cette armée ayant six divisions, cela ferait douze obusiers, douze pièces de 8 et quarante-huit pièces de 4; deux divisions de réserve seraient composées chacune de quatre pièces de 12, de deux obusiers; ce qui ferait huit pièces de 12, douze pièces de 8, seize obu­siers et quarante-huit pièces de 4.

Le corps d’observation de réserve, formé à quatre divisions, aurait son matériel organisé de la même manière que celui d’Aragon, hormis que les deux divisions de réserve auraient chacune quatre pièces de 12 et deux obusiers. Je désirerais que les quatre obusiers de la réserve fussent des obusiers prussiens ou des licornes, qui portent plus loin. Ainsi l’armée de Portugal et celle de réserve venant à agir sur Lisbonne auraient seize pièces de 12 et un grand nombre d’obusiers. L’armée d’Aragon agissant sur Valence aurait aussi besoin de six pièces de 12. En général, les pièces de 12 sont très nécessaire en Espagne, puisqu’on s’y défend dans des bicoques et, par exemple, Abrantès aurait été pris si l’armée de Portugal avait eu des pièces de 12 et des obusiers.

C’est sur ces données que vous devez m’organiser les équipages. L’artillerie de l’armée de Portugal doit, ce me semble, être organisé avec l’artillerie qu’elle a et ce qui est à Madrid.

Ainsi je suppose que j’économiserai des chevaux et des caissons par cette nouvelle organisation, mais ces chevaux et ces caissons, je veux les retrouver pour former un grand parc, sous le titre de parc général, qui partira de Bayonne pour approvisionner l’armée de Por­tugal si elle prenait l’offensive. Dans ce parc général il faudra faire entrer les agrès nécessaires pour un équipage de pont sur le Tige, les outils de mineurs, etc. ; mais, comme ces opérations ne se décideront qu’autant qu’on sera parfaitement tranquille sur le Nord, on pourra employer un, deux ou trois des bataillons du train destinés aujourd’hui pour le Nord, sauf à les remplacer par les quinze cadres qui sont à Metz et à Mayence et que vous compléteriez pendant l’hiver. Ainsi les attelages seraient trouvés pour le parc général, qui devrait contenir un approvisionnement complet en cartouches d’infanterie el de canon pour les équipages de l’armée de Portugal el surtout pour les obus et les pièces de 12.

 

DISCOURS DE LEMPEREUR, A L’OUVERTURE DU CORPS LÉGISLATIF LE 16 JUIN 1811.

Messieurs les Députés des départements au Corps législatif, la paix conclue avec l’empire d’Autriche a été depuis cimentée par l’heureuse alliance que j’ai contractée. La naissance du roi de Rome a rempli mes vœux et satisfait à l’avenir de mes peuples.

Les affaires de la religion ont été trop souvent mêlées et sacrifiées aux intérêts d’un État du troisième ordre. Si la moitié de l’Europe s’est séparée de l’Église de Rome, on peut l’attribuer spécialement à la contradiction qui n’a cessé d’exister entre les vérités et les principes de la religion qui sont pour tout l’univers, et des prétentions et des intérêts qui ne regardaient qu’un très petit coin de l’Italie. J’ai mis fin à ce scandale pour toujours. J’ai réuni Rome à l’Empire. J’ai accordé des palais aux papes à Rome et à Paris. S’ils ont à cœur les intérêts  de la religion, ils voudront séjourner souvent au centre des affaires de la chrétienté; c’est ainsi que saint Pierre préféra Rome au séjour même de la Terre-Sainte.

La Hollande a été réunie à l’Empire : elle n’en est qu’une émanation; sans elle l’Empire ne serait pas complet.

Les principes adoptés par le gouvernement anglais, de ne con­naître la neutralité d’aucun pavillon, m’ont obligé de m’assurer des débouchés de l’Ems, du Weser et de l’Elbe, et m’ont rendu indis­pensable une communication intérieure avec la Baltique. Ce n’est pas mon territoire que j’ai voulu accroître, mais bien mes moyens maritimes.

L’Amérique fait des efforts pour faire reconnaître la liberté de son pavillon. Je la seconderai.

Je n’ai qu’à me louer des souverains de la Confédération du Rhin.

La réunion du Valais avait été prévue dès l’acte de Médiation, et considérée comme nécessaire pour concilier les intérêts de la Suisse avec les intérêts de la France et de l’Italie.

Les Anglais mettent en jeu toutes les passions. Tantôt ils suppo­sent à la France tous les projets qui peuvent alarmer les autres puis­sances, projets qu’elle aurait pu mettre à exécution s’ils étaient entrés dans sa politique; tantôt ils font un appel à l’amour-propre des nations pour exciter leur jalousie; ils saisissent toutes les circon­stances que font naître les événements inattendus des temps où nous nous trouvons : c’est la guerre sur toutes les parties du continent qui peut seule assurer leur prospérité. Je ne veux rien qui ne soit dans les traités que j’ai conclus. Je ne sacrifierai jamais le sang de mes peuples pour des intérêts qui ne sont pas immédiatement ceux de mon Empire. Je me flatte que la paix du continent ne sera pas troublée.

Le roi d’Espagne est venu assister à cette dernière solennité. Je lui ai accordé tout ce qui était nécessaire et propre à réunir les intérêts et l’esprit des différents peuples de ses provinces. Depuis 1809, la plupart des places fortes d’Espagne ont été prises après des sièges mémorables; les insurgés ont été battus dans un grand nombre de batailles rangées. L’Angleterre a compris que cette guerre tournait à sa fin, et que les intrigues et l’or n’étaient plus suffisants désormais pour la nourrir: elle s’est trouvée contrainte à en changer la nature, et d’auxiliaire elle est devenue partie principale. Tout ce qu’elle a de troupes de ligne a été envoyé dans la péninsule; l’Angleterre, l’Ecosse, l’Irlande sont dégarnies. Le sang anglais a enfin coulé à grands flots dans plusieurs actions glorieuses pour les armes françaises. Cette lutte contre Carthage, qui paraissait devoir se décider sur les champs de bataille de l’Océan ou au delà des mers, le sera donc désormais dans les plaines des Espagnes ! Lorsque l’Angleterre sera épuisée, qu’elle aura enfin ressenti les maux qu’avec tant de cruauté elle verse depuis vingt ans sur le continent, que la moitié de ses familles seront couvertes du voile funèbre, un coup de tonnerre mettra fin aux affaires de la péninsule, aux destins de ses armées, et vengera l’Eu­rope et l’Asie en terminant cette seconde guerre punique.

Messieurs les Députés des départements au Corps législatif, j’or­donne à mon ministre de mettre sous vos yeux les comptes de 1809 et de 1810 : c’est l’objet pour lequel je vous ai réunis. Vous y verrez la situation prospère de mes finances. Quoique j’aie mis, il y a trois mois, cent millions d’extraordinaire à la disposition de mes ministre de la guerre pour subvenir aux dépenses des nouveaux armements qui alors paraissaient nécessaires, je me trouve dans l’heureuse situa­tion de n’avoir à imposer aucune nouvelle surcharge à mes peuples. Je ne hausserai aucun tarif; je n’ai besoin d’aucun accroissement dans les impositions.

 

Saint-Cloud, 17 juin 1811

Au général Lacée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je réponds à votre lettre du 16. Le 2e bataillon d’équipages militaires ne doit entrer dans aucun de vos calculs. J’ai besoin de 1,300 mulets pour Pau, que vous four­nissez très tard. Je désire que vous fassiez la répartition de ces mu­lets entre les départements voisins des Basses-Pyrénées, et que vous chargiez les préfets de les requérir et de les diriger sur Pau, en leur faisant connaître le prix que vous voulez en donner. Vous aura ainsi, non pas 1,300 mulets, mais 3 à 4,000.

Quant aux 600 chevaux, vous n’avez pas l’autorisation de les acheter, puisque vous n’avez pas de fonds. Ils sont compris dans la troisième commande, pour laquelle je n’ai pas encore fait de fonds. Vous pouvez prendre ces 600 chevaux à Metz. Cela peut être fait de deux manières : 1° en recevant à Pau , en juillet et août, au lieu de les recevoir à Metz et à Nancy, les 600 chevaux pour lesquels vous avez passé les marchés, si les fournisseurs voulaient les livrer à Pau, 2° si cela n’est pas possible, vous devez passer des marchés pour les 600 autres pour Metz. Vous en avez les fonds; vous les appliquez à Pau. Répartissez-les entre les départements des 10e, 11e et 20e divisions militaires. Les préfets les requerront et les dirigeront sur Pau, où ils seront rendus avant le mois d’août. Par ce moyen, j’aurai les 600 chevaux et les 1,300 mulets pour le 1er août.

Quant aux caissons, je préfère avoir des charrettes de routiers, portant dix milliers, à larges jantes et attelées par 8 chevaux. Chaque 1e compagnie des 3e, 4e et 13e bataillons des équipages militaires servirait 20 de ces voitures; ce qui ferait 60 charrettes de rouliers, portant 600 milliers, ou de quoi nourrir 60,000 hommes pendant dix jours.

Le 10e bataillon vient d’arriver à Pau de l’armée de Portugal, fort de trois compagnies. Vous les ferez servir toutes trois à atteler 60 charrettes. Par ce moyen, j’aurai à l’armée 120 charrettes por­tant 1,200 milliers.

La 2e compagnie du 1er bataillon des équipages vient d’arriver à Pau. Cette compagnie servira 40 caissons de transports militaires.

J’aurai donc quatre bataillons des équipages militaires, formant seize compagnies, savoir : quatre compagnies du 3e bataillon, qua­tre compagnies du 4e, quatre compagnies du 13e, trois compagnies du 10e, une compagnie du 1er bataillon; total, seize compagnies qui serviraient 120 charrettes portant 1,200 milliers, 40 caissons por­tant 60 milliers, 1,200 mulets portant 140 milliers; total, 1,400 milliers, ou pour une armée de 70,000 hommes pendant vingt jours. Les charrettes sont faciles à se procurer à Paris, à Bayonne, à Bordeaux. Les hommes existent. Pour les chevaux, il en faut 1,200, dont 1,000 pour atteler 120 charrettes, et 200 pour atteler 40 cais­sons; de même des mulets, 1,200.

Vous avez des fonds pour l’achat des mulets; vous en avez pour 600 chevaux, à prendre sur les fonds faits pour les achats de Metz; il vous restera à en obtenir pour 600 autres. Les 60 caissons que vous avez sont plus que suffisants : 40 pour l’armée d’Allemagne et 20 pour le corps de réserve.

 

Saint-Cloud, 17 juin 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, les quatre bataillons du 10e de ligne se réuniront à Pau ; ils seront munis de 50 cartouches par homme; ils se repose­ront deux jours, trois jours s’il est nécessaire, pour réunir leurs bagages et leur train; après quoi ils partiront, réunis, pour Pampelune. Le même ordre sera donné au 20e de ligne et au 60e. Voyez le ministre de la guerre pour que les compagnies de voltigeurs de ces régiments les rejoignent sans délai.

La 1e division du corps d’observation de réserve sera commandée par le général Reille. Elle sera composée de deux brigades, qui seront commandées par le général de brigade Pannetier, et par le général de brigade Bourke.

La 1e brigade, commandée par le général Pannetier, est de quatre bataillons du 10e régiment de ligne et de quatre bataillons du 81e de ligne. La 2e brigade, commandée par le général Bourke, est de quatre bataillons du 60e de ligne et quatre bataillons du 20e.

Le général Reille prendra un adjudant commandant, un officier du génie, un officier d’artillerie, un commissaire des guerres et deux ou trois adjoints dans la Navarre.

Chacun de ces régiments aura sa compagnie d’artillerie régimentaire composée de deux pièces de canon, 3 caissons à canon, 4 cais­sons d’infanterie, 4 caissons de transports militaires, 1 caisson d’am­bulance et 1 caisson à papiers. La division aura donc huit pièces de régiment, 10 caissons d’infanterie et 10 de transports militaires. Il y sera joint, selon les circonstances, une ou deux batteries et réserve.

Le 9e régiment de hussards fera partie de cette division. Vous fera connaître au général Reille qu’il est important qu’il emploie cet troupes avec la plus grande activité pour détruire la bande de Mina, et en même temps qu’il prenne des mesures pour organiser sa divi­sion, et qu’il ait 200,000 cartouches en réserve avec des pierres à feu. Mandez-lui de vous faire connaître ce qu’il restera d’officiers dans la Navarre auxquels on puisse confier le commandement du pays. Son mouvement ne devant avoir lieu qu’au mois de septembre, il a les mois de juillet et d’août pour détruire entièrement Mina.

Écrivez au général Caffarelli pour lui faire connaître la composition de la 2e division du corps de réserve dont il aura le commandement pour la grande guerre. Cette division sera de deux brigades, savoir: 1e brigade : quatre bataillons du 5e léger, quatre bataillons d’élite des 3e et 195e de ligne; 2e brigade : quatre bataillons du 10e léger, deux bataillons d’élite du 52e de ligne.

En attendant, il se servira des troupes qui lui arrivent pour seconder le général Reille et contribuer à la destruction de Mina et à pacifier le pays.

Il est nécessaire qu’il y ait à Vitoria 300,000 rations de biscuit.

Cette division doit avoir huit pièces d’artillerie, autant de caissons d’infanterie et de transports militaires qu’il y a de bataillons. Il y sera joint, selon les circonstances, une ou deux batteries de position. Deux généraux de brigade, de ceux qui sont dans le gouvernement du général Caffarelli, commanderont les deux brigades. Le général Caffarelli les désignera. Un adjudant commandant, quatre adjoints à l’état-major, un commissaire des guerres, un officier du génie et un d’artillerie seront attachés à cette division.

Donnez ordre que les 3e, 105e et 52e de ligne se rendent à Bayonne, y séjournent, réparent leurs armes, prennent des car­touches et partent pour Tolosa, où ils recevront des ordres du géné­ral Caffarelli.

 

Saint-Cloud, 17 juin 1811

Au comte de Lavallette, directeur général des postes, à Paris

La malle de Gœteborg porte une très grande quantité de lettres venant d’Angleterre, adressées à Paris. Donnez ordre que cette malle de Gœteborg soit retardée de cinq jours, que toutes les lettres soient saisies et remises aux agents de la police qu’en chargera le prince d’Eckmühl.

P. S. Faites cela pour l’aller et le retour. Il ne faut point y mettre de mystère. Cela doit se faire publiquement, motivé sur ce que c’est le canal de la correspondance avec l’Angleterre.

 

Saint-Cloud, 18 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je reçois votre rapport du 15 sur les différents corps d’observation. Je réponds d’abord à ce qui concerne le corps d’observation de la réserve.

CORPS D OBSERVATION DE LA RÉSERVE.

1e Division. — Donnez ordre qu’au 1er juillet le 4e bataillon du 81e complété à 700 hommes bien armés et bien équipés, soit dirigé sur Lyon, où il s’embarquera sur le Rhône, débarquera à Pont-Saint-Esprit et de là se rendra à Pau.

Le bataillon du 60e qui est à Genève partira également pour Lyon et suivra la même route.

Si le général qui commande la division ne trouvait pas que ces bataillons fussent encore en état de partir, il pourra suspendre leur départ jusqu’au 10 juillet.

Moyennant ces dispositions, la première division de réserve sera complétée.

2e Division. — Donnez ordre aux deux bataillons du 5e léger de se rendre à Bayonne et aux trois bataillons du 10e léger de se réunir à Rennes.

Il est bien nécessaire alors de pourvoir à la garnison de Brest. Les quatre compagnies des 4e bataillons, tant du 3e de ligne que du 105e qui restent au dépôt, se compléteront chacune à 200 hommes et partiront pour Brest, où les hommes seront incorporés dans les trois premiers bataillons; dans le cours de juillet, deux autres compagnies du 4e bataillon conduiront 500 autres soldats; de sorte que les trois premiers bataillons recevront 1,300 hommes, ce qui les mettra à leur complet.

S’il n’y avait pas 800 hommes prêts à partir au 1e juillet, on ne ferait partir que trois compagnies ou 600 hommes.

Au 1er juillet, faites passer la revue du 4e bataillon du 10e léger, afin de connaître quand il pourra partir pour rejoindre les trois pre­miers bataillons.

3e Division. — Donnez ordre au 1er de ligne de partir de Grenoble le 25, au 62e de partir le 26 et au 101e de partir le 27.

Ces régiments se rendront à Valence, où ils s’embarqueront pour Pont-Saint-Esprit, et de là se rendront à Nîmes.

Donnez ordre au 23e léger de partir d’Auxonne; il s’embarquera sur la Saône, changera de bateau à Lyon et se rendra ainsi par eau d’Auxonne à Pont-Saint-Esprit ; de là il se rendra à Nîmes.

Donnez ordre au 4e bataillon du 1er de ligne, qui est à Marseille, et aux 3e et 4e bataillons du 62e, qui sont à Toulon, d’en partir pour se rendre à Nîmes. Ainsi les quatre bataillons des régiments de cette division seront réunis. Mais Toulon ne sera pas suffisamment gardé. Vous donnerez ordre que le bataillon du 8e léger, celui du 18e léger et celui du 23e de ligne, qui sont dans la 7e division militaire, soient complétés avec tout ce que le 5e bataillon a de disponible et se mettent en marche au 1e juillet pour Toulon. Donnez le même ordre pour les 5e, 11e, 79e. Nommez deux majors en second, l’un pour commander les trois premiers bataillons, l’autre pour commander ces trois dernier.

Par ce moyen, Toulon aura six bataillons, indépendamment des deux bataillons suisses; ce qui sera suffisant.

CAMP DE BAYONNE.

Je vous ai donné ordre qu’au 1er juillet les 4e bataillons des 14e, 114e, 115e, 116e, 117e et 121e complétés avec tout ce que les 5e bataillons ont de disponible, se rendissent à Bayonne; vous nom­merez un colonel en second pour surveiller l’instruction et avoir le détail de ces six bataillons, qui seront connus sous le nom de bri­gade de l’armée d’Aragon. Au 10 juillet, le général Monthion en pas­sera la revue et vous enverra l’état de situation, avec des notes sur les officiers et sous-officiers, sur l’habillement et l’armement. Tous les officiers qui seraient hors d’état de servir seront proposés pour la retraite.

J’ai donné le même ordre pour les 4e bataillons des 118e, 119e, 120e et 122e. Ces quatre bataillons seront sous les ordres d’un colonel en second et composeront la 2e brigade, qui sera connue sous le nom de brigade de l’armée du Nord.

Les 4e bataillons des 17e, 31e, 27e, 39e, 59e, 69e, 65e, 76e et 86e légers formeront la brigade de Portugal. Vous donnerez deux majors en second au colonel en second qui doit la commander.

La 4e brigade sera celle de l’armée du Midi; elle sera composée des 4e bataillons des 34e, 28e et 75e.

Donnez ordre au bataillon du 6e d’infanterie légère, qui est à Phalsbourg, d’en partir au 1er juillet, s’il est au complet de plus de 600 hommes ; autorisez le général qui commande la division à en retarder le départ, si ce bataillon n’est pas encore en état. A son arrivée à Bayonne, le bataillon du 6e se joindra à la brigade du Portugal.

Ce qui fera vingt-quatre bataillons sous l’inspection du général Monthion.

Donnez ordre que tout ce qu’il y a de disponible aux dépôts des 14e, 17e, 27e, 39e, 59e, 69e, 76e, 65e, 86e, 34e, 28e et 75e se dirige sur Bayonne pour y compléter les 4e bataillons de leurs régiments. Il sera appelé 8,000 conscrits sur la réserve pour com­pléter ces 4e bataillons et les porter à 20,000 hommes. Recom­mandez que tout ce qui passera désormais à Bayonne, soit hommes isolés, soit hommes sortant des hôpitaux, qui appartiendraient à ces régiments, soit retenu et placé dans les 4e bataillons de leurs régiments.

RÉGIMENTS DE MARCHE D’ESPAGNE ET DE PORTUGAL.

Enfin deux régiments de marche seront formés : le premier, qui sera le régiment de marche des armées d’Espagne, sera composé de la manière suivante, savoir :

1er bataillon : une compagnie da 9e léger, deux du 27e, deux du 21e, une du 28e. Ce bataillon se formera à Compiègne.

2e bataillon : deux compagnies du 12e léger, deux du 2e, deux du 4e. Ce bataillon se formera à Saint-Denis.

3e bataillon : trois compagnies du 32e de ligne, deux du 58e, un du 43e. Ce bataillon se formera à Vincennes.

4e bataillon : deux compagnies du 8e de ligne, deux du 45e, deux du 5 4e. Ce bataillon se formera à Metz.

5e bataillon : deux compagnies du 63e de ligne, deux du 94e, deux du 95e, deux du 96e. Ce bataillon se formera à Metz.

6e bataillon : deux compagnies du 40e de ligne, deux du 88e, un du 100e, deux du 103e. Ce bataillon se formera à Metz.

7e bataillon : deux compagnies du 16e de ligne, deux du 64e, deux du 26e, une compagnie de chacun des trois régiments polonais. Ce bataillon se formera à Bordeaux.

Un colonel en second sera chargé de la formation de ce régiment; il aura sous ses ordres deux majors en second : le premier sera à Compiègne et commandera les 1e, 2e et 3e bataillons; l’autre sera à Metz et commandera les 4e, 5e et 6e bataillons. Le 7e bataillon se joindra au régiment à son passage pour Bordeaux.

Chaque compagnie sera fournie par le 5e bataillon, qui la com­plétera à 150 hommes. Elle sera habillée et mise en bon état. Il y aura trois officiers par compagnie et le nombre des sergents et capo­raux sera complet.

Au 10 juillet, ces compagnies se mettront en marche. A la même époque, les majors en second seront rendus l’un à Compiègne et l’autre à Metz. Le colonel en second restera à Paris et recevra la correspondance des majors en second, un chef de bataillon sera chargé de passer la revue du 7e bataillon à Bordeaux et correspondra avec le colonel en second.

Ainsi ce premier régiment de marche aura sept bataillons et sera fort d’environ 7,000 hommes.

Au 15 juillet, vous me rendrez compte de sa situation pour que je puisse donner l’ordre définitif du mouvement. Vous remarquerez que je n’y comprends pas les 34e, 28e, 75e, 51e et 55e, parce que  ces régiments ont leurs 4e bataillons à compléter.  Il est bien entendu que tout ce que les 34e, 28e et 75e peuvent avoir de disponible à leurs 5e bataillons doit se mettre en marche le 15 juillet pour se rendre à Bayonne et y être incorporé dans les 4e bataillons qui sont au camp sous cette ville.

Le 2e régiment, qui sera le régiment de marche de Portugal, sera composé de la manière suivante, savoir :

1er bataillon : une compagnie du 25e léger, une du 22e de ligne, deux du 50e. Ce bataillon se réunira à Orléans.

2e bataillon : deux compagnies du 26e de ligne, deux du 66e, deux du 82e. Ce bataillon se réunira à Bordeaux.

3e bataillon : deux compagnies du 47e de ligne, deux du 70e, deux du 15e. Ce bataillon se réunira à Rennes.

Ces bataillons se trouveront formés au 25 juillet, de manière à pouvoir être rendus au 1er septembre à Bayonne.

Moyennant ces dispositions, je me trouve avoir pourvu à tout ce qui est relatif au corps d’observation de réserve, à ce qui était néces­saire pour les garnisons de Brest et de Toulon et à l’organisation préparatoire convenable pour tout ce que les dépôts d’Espagne et de Portugal pourraient fournir.

Il ne reste plus qu’à faire l’appel des 8,000 conscrits qui doivent être dirigés sur Bayonne pour porter au grand complet les vingt-quatre bataillons qui s’y réunissent.

Si les dépôts d’Espagne peuvent fournir plus que je ne leur demande, vous me le ferez connaître.

Le génie et l’artillerie sont l’objet d’un travail à part. Les disposi­tions sont faites pour les équipages militaires.

Pour la cavalerie les dispositions sont également faites. Il me parait que les dépôts de Saintes et de Niort, les régiments de marche du Midi et de Portugal et tout ce que les dépôts ont ordre d’envoyer compléteront, d’ici au 1er janvier, un corps de 10,000 chevaux.

Je suppose que vous ne tarderez pas à me faire connaître tout ce que les dépôts auront fait partir au 15 juin, et que vous leur avez renouvelé l’ordre de faire partir tout ce qu’ils auront encore de dis­ponible du 15 au 1er juillet, et ainsi de suite tous les quinze jours.

Je suppose également que vous avez envoyé au ministre de l’admi­nistration de la guerre l’organisation des trois divisions du corps de réserve.

 

Saint-Cloud, 18 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je viens de prendre un décret par lequel j’ordonne la formation de neuf régiments de chevau-légers. Trois existent; les six autres sont des régiments de dragons convertis en régiments de chevau-légers. Ainsi le nombre des régiments de dragons, au lieu de trente, ne serra plus que de vingt-quatre.

Mon intention est que tous ces régiments de chevau-légers soient armés de lances.

Les six régiments de chevau-légers qui étaient dragons porteront l’uniforme vert, afin que le fonds de l’approvisionnement de drap du dépôt puisse servir. Ils pourraient porter les couleurs qu’ils ont aujourd’hui ; on pourrait même leur laisser le casque, et par ce moyen il n’y aurait que la selle, l’armement et la coupe de l’habit à changer.

J’ai prescrit fort au long dans le décret ce qui devrait être fait en Espagne pour l’incorporation. Cependant vous laisserez dans les instructions à chaque maréchal la latitude d’y faire les changements qu’il jugerait indispensables. Vous leur ferez connaître que, s’ils ont plus d’hommes que de chevaux, et que par conséquent ils ont à renvoyer des hommes en France, ce sont les hommes des régiments supprimés qu’ils doivent renvoyer de préférence.

Il est nécessaire de donner des ordres pour que les régiments qui cessent d’être dragons n’achètent plus pour leur remonte des chevaux de dragon, et fassent désormais des achats propres à l’arme des chevau-légers. Les chevaux et les selles de dragon qui existent aujour­d’hui doivent être dirigés sur Saintes.

Quant au 30e de dragons, il faudrait le faire rentrer en France, en le faisant passer par le mont Cenis jusqu’à Lyon. Arrivés à Lyon, tous les hommes seront embarqués sur la Saône et remonteront jusqu’à Auxonne, hormis la moitié qui, sous les ordres des officiers et sous-officiers nécessaires, conduira au dépôt de Saintes tous les chevaux harnachés et équipés. Immédiatement après la remise de ces chevaux, les hommes reviendront à leur dépôt, où se formera le régiment de chevau-légers.

Les trois autres régiments étant déjà chevau-légers, je n’ai rien y changer.

Il est nécessaire que vous expédiiez sur-le-champ des ordres au général Defrance afin qu’il ne fasse entrer aucun officier, sous-officier et soldat des cinq régiments qui changent dans la compositions des régiments de marche de Portugal et du Midi. Vous lui expédierez le décret et vos instructions par une estafette extraordinaire. S’il en était entré dans la composition de ces régiments et qu’ils fussent déjà partis, il les ferait arrêter à Bordeaux pour subir les changements nécessaires.

Vous lui ferez connaître que, dans les cas imprévus où il serait embarrassé, le principal est que la plus grande quantité possible d’hommes et de chevaux parte pour l’Espagne, et qu’il est maître d’y pourvoir, en rendant sur-le-champ compte.

 

Saint-Cloud, 18 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites-moi connaître si, au 1er juillet, je puis disposer des 5e et 6e compagnies du train du génie, ayant chacune leurs 50 voilures atte­lées, et portant par compagnie 9,000 outils. Si je ne peux les avoir pour le 1er juillet, faites en sorte qu’elles soient organisées le plus tôt possible. Je suppose que les chevaux ont été achetés et les outils con­fectionnés. Il faut renoncer à donner des outils à l’infanterie; ils sont trop lourds et gêneraient le soldat dans sa marche; il finirait par les jeter : ce serait une très grande perte; faites-en faire la remise au génie. Vous recevrez un décret par lequel j’ordonne que l’on com­plète les compagnies du train de l’armée de Portugal et les compagnies des sapeurs de l’armée de réserve. Vous prendrez les fonds sur le budget du génie; ce sera un objet de 250,000 francs. Faites en sorte qu’au 15 août cela existe à Bayonne.

 

Saint-Cloud, 18 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, j’ai lu avec attention le projet d’orga­nisation du corps d’observation de l’Elbe à mettre en exécution au mois d’août.

La 1e division sera commandée par le général Morand, et aura le général Dalton pour la 1e brigade, le général Lhuillier pour la 2e et le général Bonnamy pour la 3e.

Je vois que cette division manquera de 1,400 hommes pour être à un effectif de 13,000 hommes.

La 2e division sera commandée par le général Friant, et aura le général Dufour pour la 1e brigade, le général Grandeau pour la 2e brigade, le général Duppelin pour la 3e.

La manquera 800 hommes à celte division pour être au grand complet.

La 3e division sera commandée par le général Gudin, et aura pour généraux de brigade les généraux Leclerc, Boyer et Desailly.

La 4e division sera commandée par le général Dessaix, et aura pour généraux de brigade les généraux Barbanègre, Friederichs et Leguay.

La 5e division sera commandée par le général Compans. Cette division aura besoin de quatre généraux de brigade.

Le 15e léger n’est porté dans vos états que pour quatre bataillons, le 4e bataillon n’y étant pas porté. Même observation pour le 25e de ligne. Or, comme ces deux 4e bataillons sont arrivés d’Espagne, il faut aviser à les compléter, et alors les seize régiments formeront soixante et dix-neuf bataillons, qui, à 840 hommes chacun, feront 66,000 hommes. Il manquera pour les compléter : à la le division, 1,400 hommes; à la 2e, 800; à la 3e, 500; à la 4e, 800; à la 5e, 1,400; et enfin les deux bataillons des 15e et 25e, 1400 ; total 6,300 hommes. Il faudrait que dans le courant de l’été le régiment de Walcheren fournit ces 6,300 hommes. Le bataillon de Goeret a déjà 900 hommes, celui de Schouwen 900 hommes. Mon intention est de ne rien négliger pour avoir 840 hommes présents sous la armes dans les soixante et dix-neuf bataillons du corps d’observation de l’Elbe, dans le courant de septembre prochain.

Aussitôt qu’on aura pu juger du succès de l’envoi des conscrits réfractaires dans des régiments du Nord, on continuera ces envois jusqu’à parfait complément.

Il faut que les 127e, 128e et 129e puissent fournir neuf bataillons au 1er septembre et douze au 1er janvier. Il faudra pourvoir au com­plètement de ces régiments par l’appel de la conscription de 1810 et par celle de 1811, l’année prochaine. Faites-moi connaître un projet pour la levée de cette conscription, de sorte que le corps d’observation de l’Elbe présente, au mois de septembre prochain, 72,000 hommes d’infanterie présents sous les armes.

 

Saint-Cloud, 18 juin 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, les caissons des équipages militaires ne portent que 1,000 rations. Je les trouve parfaitement approvi­sionnés pour le service de la distribution de la troupe et pour porter du pain du magasin au camp. Ils ne sont bons qu’à cela. Veut-on les employer à transporter du biscuit, on est obligé de le mettre en barils, sans quoi tout se brise; on ne porte pas plus de 1,000 ra­tions, et les barils ne tardent pas à mettre les caissons hors de service. Veut-on les employer pour transporter du blé, de la farine, des sacs de riz, des sacs d’avoine, des bottes de foin, des tonneaux de vin ou d’eau-de-vie, ils n’y sont pas propres. Cela me porte donc à changer l’organisation des transports militaires, à donner à tous les bataillons de l’armée un caisson conforme à votre modèle, à avoir un caisson par bataillon, servi par les équipages militaires, et à tout le reste substituer de bonnes charrettes de roulier à larges jantes, attelées de 8 chevaux et conduites par 4 hommes, pouvant l’être au besoin par 3, et portant 10 milliers.

Le corps d’observation de l’Elbe est de quatre-vingts bataillons, formant 60,000 hommes. Chaque bataillon aura son caisson qui lui portera pour un jour de pain. Je désire avoir 80 caissons de trans­ports militaires servis par deux compagnies; mais, comme je destine ces compagnies à ce corps d’armée, je désire que les quatre autres, au lieu de servir 160 caissons du modèle actuel, servent 80 char­rettes de roulier à larges jantes et portant chacune 10 milliers.

Quatre compagnies servant 160 caissons portent 160 milliers, et quatre compagnies du même nombre d’hommes et de chevaux, avec 80 charrettes, porteront 800 milliers. Dans le premier cas on ne porte du pain que pour deux jours, dans le dernier on en porte pour dix jours.

Je désire organiser le service de 120 charrettes de roulier, portant 1,200 milliers de biscuit en barils; ce serait pour 60,000 hommes pendant vingt jours. Cette méthode sera très bonne à employer dans la Pologne, en Portugal et dans tous les pays où les vivres sont chers. Ces charrettes formeront des magasins ambulants qui vien­dront aussi vite que les autres caissons ou à peu près; et iraient-elles plus doucement, elles arriveront toujours assez à temps, puisqu’elles ne doivent que remplacer les vivres que porte le soldat. Présentez-moi un rapport sur cet objet, qui me paraît fort important.

On aura besoin, par exemple, de porter des vivres en Portugal, il faut y renoncer avec les caissons, il faut y renoncer avec les mu­lets. Deux bataillons serviront 240 voitures, lesquelles porteront 2,400,000 rations de biscuit : ce sera donc des vivres pour 60,000 hommes pendant quarante jours, ce qui est réellement un magasin ambulant. Les mulets de bat, les caissons d’équipages seraient destinés à venir puiser à ces magasins. Cela servirait beaucoup mieux que 480 voitures d’équipages militaires, qui emploient le même nombre d’hommes et de chevaux et ne portent des vivres que pour six à sept jours. En admettant ce nouveau moyen de transport, on aurait assez des voitures actuelles; il faudrait adopter un modèle et employer les matériaux à construire de grosses voitures.

 

Saint-Cloud, 18 juin 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, remettez au ministre Marescalchi le discours que vous devez prononcer demain à l’ouverture du concile. Vous le lirez en français, et, immédiatement après, le comte Marescalchi le lira en italien. Je vous renvoie ce discours avec les changements que je consens à y faire.

Sa Majesté Impériale et Royale nous a chargé de vous faire con­naître l’objet pour lequel il a convoqué le concile.

Dans le royaume d’Italie, neuf sièges devinrent vacants en 1805  et 1806, savoir : les archevêchés de Ferrare et d’Udine, les évêchés de Brescia, Pavie, Crema, Vigevano, Forli, Rimini et Vérone.

Sa Majesté nomma les plus dignes. Le Pape n’eut rien à objecter ni contre la pureté de leurs mœurs et leur piété, ni contre leur doc­trine. Toutes les formalités réglées par le Concordat pour le royaume d’Italie avaient été remplies. Le Pape, mal conseillé, voulait tenir le pays en fermentation en agitant les consciences; il voulait que la Romagne fut le prix de son consentement à donner les bulles. Les événements ultérieurs le firent renoncer à cette tentative. La victoire de Friedland fut remportée le 14 juin 1807, et dans les mois sui­vants l’institution canonique fut enfin donnée.

Dans l’Empire, le siège de Malines étant devenu vacant en avril 1808, l’évêque de Poitiers fut nommé à cet archevêché. Le Pape donna la bulle, mais elle était contraire au Concordat. Il était déclaré dans cette bulle qu’elle émanait du propre mouvement du Saint-Père. Elle contenait même des expressions injurieuses, et depuis ce temps l’archevêché de Malines n’a point été définitivement pourvu.

Des archevêchés et évêchés sont ensuite devenus vacants au nombre de dix, savoir : les archevêchés de Paris, d’Aix, de Florence ; les évêchés d’Orléans, d’Aix-la-Chapelle, de Liège, de Metz, de Nancy, de Saint-Flour et d’Asti. L’Empereur a également fait ses nominations aux termes du Concordat pour l’Empire. Les demandes d’institution adressées suivant l’usage et des démarches réitérées au nom de l’Empereur pour l’expédition des bulles avaient été sans succès. Sa Majesté, ne désirant que la paix de l’Eglise, engagea plusieurs cardinaux, archevêques et évêques à écrire au Pape. Ils le conjure­nt de donner les bulles nécessaires et de ne pas rompre un concordat qui lui était aussi avantageux. Il a persisté dans son refus.

Des discussions temporelles étant survenues entre l’Empereur et le pape, celui-ci a voulu chercher un moyen de triompher dans ces discussions par un refus absolu de bulles d’institution.

Ainsi, dans l’état des choses actuel, il y a, outre les dix sièges des évêques nommés sans être institués, quinze autres sièges vacants ; savoir : dans le royaume d’Italie, deux archevêchés : Milan, Bologne; cinq évêchés : Caorle, Torcello, Cesena, Mantoue, Bellune; et, dans l’Empire, l’archevêché de Bourges et les évêchés d’Acqui, Brugnato, Colle, Massa, Montalcino, Veroli, Città di Castello. Ce sont vingt-cinq diocèses en souffrance, et de ces diocèses la plupart sont des plus considérables de la chrétienté.

Sa Majesté avait encore, dans le même désir de la paix, consenti que provisoirement les évêques par elle nommés administrassent, suivant l’usage, en vertu des pouvoirs conférés par les chapitres des siéges vacants. Des brefs émanés du Saint-Père et par lui adressés aux chapitres de Paris, de Florence et d’Asti, leur ont défendu de donner des pouvoirs aux évêques que l’Empereur et Roi avait nommés, et par ce moyen le Pape a essayé de susciter des troubles dans l’Église et dans l’État. Les chapitres de l’Empire et ceux du royaume d’Italie ont unanimement et de la manière la plus solennelle professé une doctrine contraire à celle de ces bulles, qui, rédigées comme aux temps désastreux de Grégoire VII, ont excité l’indignation générale.

Les projets sinistres du Pape ont été rendus nuls par la fermeté des chapitres à maintenir leurs droits et par le bon esprit des peuples habitués à ne respecter que les autorités légitimes.

Cependant Sa Majesté, considérant les manquements réitérés pendant dix années de suite à la foi des concordats, et que le Pape était décidé à tout mettre en usage pour s’arroger dans la personne de ses vicaires les droits de tous les évêques, a décidé et nous a chargé de déclarer que, ces concordats, qui sont des actes synallagmatiques, ayant été violés par le Pape, elle n’entend plus, de sa part, les tenir, parce qu’elle ne veut plus que les vues temporelles de la cour de Rome puissent jamais servir de prétexte aux refus de bulles d’institution canonique des évêques.

Sa Majesté déclare qu’elle ne souffrira jamais qu’en France, comme en Allemagne, la cour de Rome exerce, à la vacance des évêques, aucune influence par des vicaires apostoliques, parce que, la reli­gion chrétienne étant nécessaire aux fidèles et à l’État, son existence serait compromise dans les pays où des vicaires que le gouvernement ne reconnaîtrait pas seraient chargés de la direction des fidèles.

Sa Majesté déclare en même temps qu’elle est prête à pourvoir de la manière qui sera indiquée par le concile, à la transmission de l’épiscopat, tel qu’il existe sans interruption depuis les apôtres.

C’est aussi par les vues temporelles de la cour de Rome qu’en Allemagne la religion s’y trouve comme anéantie : presque toutes les églises y sont dépourvues d’évêques.

La religion catholique ne serait plus uniforme, ni dès lors universelle, s’il dépendait des papes d’en interrompre ou d’en intervertir le régime essentiel. Tout ce que les Anglais et d’autres peuples ont dit de l’incompatibilité de la religion catholique avec l’indépendance des gouvernements lui serait alors justement appliqué.

Sa Majesté veut protéger la religion de ses pères. Elle veut la conserver, et cependant ce ne serait plus la même religion si elle n’avait plus d’évêques, et si un seul prétendait se substituer au pouvoir de tous. Sa Majesté entend, comme empereur et roi, comme protecteur de l’Église, comme père de ses peuples, que les évêques soient institués suivant les formes antérieures au Concordat, et sans que jamais un siège puisse vaquer au delà de trois mois, temps plus que suffisant pour un remplacement.

Sa Majesté nous a aussi spécialement chargé de vous déclarer qu’elle continuera de protéger la religion ; qu’elle n’a jamais, à cet égard, rétrogradé ; qu’elle ajoutera encore aux bienfaits dont elle a voulu la combler; mais Sa Majesté n’entend pas que les ennemis de son gouvernement veuillent se servir de la religion pour troubler l’État, ni qu’ils prêchent une fausse doctrine, ni qu’ils alarment les consciences de ses sujets, ni qu’ils cherchent à détruire l’épiscopat, et que par des intérêts temporels ils causent ainsi des ébranlements à la religion. Sa Majesté ne trouve de garantie contre les abus que l’expérience a constatés et qu’elle a elle-même éprouvés que dans la continuité de l’existence des évêques, qui, attachés au sol par tous les liens de l’honneur, de la patrie et du sang, ont intérêt à repousser ce qui serait tenté dans le système de Grégoire VII et des autres papes qui ont imaginé ou qui ont cherché à maintenir les prétentions subversives consignées dans la bulle In cœna Domini. Que le siége de Rome soit le premier, qu’il soit le centre d’unité, mais que tous les sièges se transmettent, quand même celui de Rome aurait la volonté et l’intérêt d’anéantir l’épiscopat. La religion est le bien de tous les peuples, de toutes les nations ; aucune localité, aucun homme, aucune dignité, aucun corps ne peut avoir le droit de l’obscurcir, de le faire tourner à son profit, en confondant les idées les plus simples du temporel et du spirituel, et en mettant de l’incertitude dans les consciences qui ne seraient plus dirigées par les évêques.

 

Saint-Cloud, 19 juin 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez à mon ministre en Saxe, et parlez au ministre de Saxe à Paris, pour qu’on fournisse les fonds nécessaires pour travailler à la place de Modlin avec la plus grande activité, et pour faire non seulement les ouvrages en terre, mais commencer aussi les travaux de maçonnerie. Cette place fait la sûreté du Grand-Duché.

 

Saint-Cloud, 19 juin 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je vous ai entretenu depuis longtemps du plan de guerre que j’avais arrêté contre les Anglais. Les circon­stances de la guerre d’Espagne rendent la réalisation de ces projets encore plus nécessaire.

Boulogne. — Il y aura au 1e août à Boulogne une armée de 40,000 hommes sous les ordres d’un maréchal. Il faut donc qu’il y ait un contre-amiral, et qu’on arme tous les bâtiments nécessaire pour porter ces 40,000 hommes, savoir : 10 prames portant des chevaux; 108 chaloupes canonnières en quatre divisions; 108 ba­teaux canonniers en quatre divisions; 162 péniches en six divisions; 56 bâtiments de la flotte pour le transport de l’armée; total, 450 bâtiments, pour 44,000 hommes et 2,000 chevaux.

Mon intention est de me rendre à Boulogne au mois d’août, de faire appareiller cette flottille et de la tenir ainsi en mouvement, il faudrait, ce me semble, pour cet objet 3 ou 4.000 matelots.

Faites-moi connaître : 1° la situation du matériel et de tout ce qui est nécessaire pour atteindre le but proposé; que j’aurai votre rapport, je donnerai des ordres pour l’armement;  il faut qu’on commence à y travailler avec une grande activité au 1er juil­let; 2° ce qu’il en coûtera d’extraordinaire pour les réparations; 3° le moyen d’avoir les 4,000 matelots nécessaires. Je suppose qu’il faudra à Boulogne quatre bataillons de flottille. Dans cette nouvelle situation de choses, vous pouvez diriger les matelots qui arrivent du Nord en grande partie sur Boulogne.

Vous me ferez connaître ce que chaque bâtiment peut porter. Vous me remettrez sous les yeux les règlements qui avaient été faits pour la flottille. Vous me ferez connaître si elle peut sortir dans une marée, quelle est la distribution à faire des bâtiments entre les ports de Boulogne, d’Ambleteuse et de Wimereux.

Donnez ordre qu’on mette à la mer toutes armées les deux balancelles qui sont à Boulogne, et qu’on essaye leur marche. Si l’on en est content, on ordonnera la construction de huit autres de ces balancelles.

Anvers. — Il faut presser l’armement de l’Auguste, du Pacificateur et de l‘Illustre, afin que ces vaisseaux soient en rade de Flessingue au 15 août.

Les quinze vaisseaux de cette escadre pourront porter 8,000 hommes.

Pressez l’arrivée des deux frégates de Dunkerque, qui pourront porter 500 hommes.

Les six frégates hollandaises, en comptant celles de Rotterdam armées en flûte, peuvent porter 3,000 hommes.

Les six corvettes ou bricks peuvent porter 500 hommes, et les deux vaisseaux hollandais 2,000 hommes; ce qui ferait des moyens d’embarquement pour 11,000 hommes et 200 chevaux. Cela ne serait pas suffisant pour faire croire à une expédition. Il faudrait y ajouter une dizaine de grosses flûtes, les plus grosses qu’on pourrait trouver en Hollande, ou à Anvers ou à Flessingue, capables de porter 1,000 hommes et 1,000 chevaux de plus ; ce qui ferait 15,000 hom­mes et 1,200 chevaux.

Il faudrait avoir dans le Zuiderzee six ou sept vaisseaux, deux fré­gates et huit ou dix gros transports pouvant porter 6,000 hommes et 1,000 chevaux; ce qui ferait pour ces deux expéditions plus de 20.000 hommes et de 2,000 chevaux.

Pendant tous les mois de septembre, d’octobre et de novembre, la flottille de Boulogne serait en appareillage et en ligne d’embossage.

Les troupes seraient, pendant le même temps, embarquées à Flessingue et sur le Zuiderzee. On tiendrait ainsi les Anglais en haleine pendant octobre et novembre.

CHERBOURG. — II y aura à Cherbourg deux vaisseaux, une frégate, une corvette, les deux flûtes du Havre qu’il faut faire partir, deux prames et dix des plus gros bâtiments qui soient à Cherbourg et au Havre, qu’il faut mettre en état. Il faut envoyer du Havre à Cherbourg les flûtes l’Escaut et le Rhône, la Corvette le Vésuve et les gabares la Ville-d’Orléans et la Ville-de-Liège.

L’expédition de Cherbourg pourrait porter ainsi 6,000 hommes, qui resteraient embarqués depuis le 1e septembre jusqu’au 15 novembre.

Cette côte sera donc menacée par 80,000 hommes embarqués; ce qui, joint aux mesures politiques que je prends pour nourrir un parti en Irlande, aura des résultats satisfaisants.

Présentez-moi un rapport détaillé sur ces différentes expéditions, et faites-moi connaître ce qu’il en coûtera d’extraordinaire. Je n’ai besoin de rien acheter à Boulogne. Je crois qu’indépendamment des deux flûtes j’ai au Havre de grosses corvettes ou gabares. Il doit y avoir, dans la marine hollandaise, des bâtiments qui ont appartenu à l’ancienne compagnie, qu’on pourrait mettre en état. Il faut, au reste, me faire un rapport sur les dépenses extraordinaires qu’occasionne­ront ces expéditions, sans y comprendre celles de l’armement de la flottille et de l’armement des quinze vaisseaux, qui sont des dépenses ordinaires. Quant à ce qui regarde les hommes et les chevaux, c’est une chose à part. Il faut calculer ce que coûtent vos vivres et cal­culer ce que coûtent ceux de terre. Je pense que la différence n’est pas grande.

Quant à l’escadre de Toulon, elle restera en appareillage comme elle l’est, en veillant à ce qu’elle ait les vivres nécessaires pour une longue course et qu’elle paraisse combinée pour de grandes opérations. Il faudrait faire en sorte d’avoir le plus tôt possible le seizième vaisseau en rade; d’avoir, de plus, trois ou quatre frégates et tout ce qui peut faire supposer à cette escadre un grand but; enfin aviser à tous les moyens pour accréditer l’idée qu’elle est destinée à au grande expédition.

Réitérez l’ordre que l’escadre de Lorient se rende à Brest; il serait avantageux qu’elle pût y arriver dans le courant de septembre.

Il serait convenable de finir le Tromp à Rotterdam, afin de le faire passer à Anvers.

Remettez-moi avant le 23 un rapport sur tout cela.

Saint-Cloud, 19 juin 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Donnez des ordres et prenez des mesures pour que six vaisseaux de ligne, dont un de 80 et un de trois ponts, soient armés à Rochefort, et envoyés en rade, de manière à y être au mois de septembre

Vous prescrirez les dispositions suivantes pour appuyer la gauche de la rade :

1° Une bombarde portant quatre mortiers à la Gomer de 12 pouces, lesquels, tirés à petite charge, de manière à porter à 1,300 toises, ne fatigueraient pas les bombardes et leur permettraient de résister longtemps, et portant de plus deux mortiers de 12 pouces à plaque, portant à 2,000 toises;

2° Deux prames dans le genre de celle qui est à Cherbourg et portant quatorze canons, quatorze pièces de 36.

Une batterie flottante ou vaisseau à trois ponts, portant trois batteries de 30 et pouvant porter de quatre-vingt-dix à cent pièces de canon. On construira cette batterie flottante à neuf; ou l’on prendra le Tourville on le démâtera, on fera les réparations nécessaires pour qu’il puisse contenir les trois batteries, et l’on doublera l’épaisseur du bois de la batterie, partie en liége, bois et cordages, de manière que le vaisseau soit à l’abri du boulet. Ce vaisseau sera placé sur des corps morts, entouré de ses prames et de ses bombardes, de manière à appuyer la gauche.

On ajouterait à chaque vaisseau deux canonnières portant du 24, et trois excellentes péniches, indépendamment des canots.

Je donne ordre qu’il soit placé à l’île d’Aix huit pièces de 48.

Je pense même qu’il serait utile que la première batterie de la batterie flottante fût composée de pièces de 48.

 

Saint-Cloud, 19 juin 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Ordonnez qu’il soit désigné un vaisseau de l’escadre de Toulon, commandé par un capitaine distingué, et prescrivez qu’à dater de juillet les manœuvres de ce vaisseau soient faites à l’anglaise.

Même ordre pour un vaisseau de l’escadre de l’Escaut.

Les amiraux vous rendront compte tous les mois des observations qu’ils auront faites.

 

Saint-Cloud, 20 juin 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, j’ai toujours sur le cœur ce serment prêté au Pape, qui me parait fort intempestif. Faites des recherches pour connaître ce que veut dire ce serment, s’il était d’usage et comment les parlements voyaient cela. Ayez soin de ne rien laisser imprimer que je ne l’aie vu. Le mandement même ne doit pas être imprimé avant que vous ne me l’ayez soumis. Veillez à ce qu’il n’y ait dans l’assemblée aucun folliculaire ni étranger; il faut qu’il n’y ait que les évêques; quant aux prêtres qu’on propose d’y admettre, j’autoriserai, si cela est absolument nécessaire, l’entrée d’une douzaine de prêtres dont vous me remettrez avant la liste, avec des renseignements sur chacun d’eux; il faut que ce soit de bons prêtres, et non des réacteurs. Le rapport que vous faites au concile ne doit pas être imprimé. Vous devez simplement le remettre, après l’avoir lu, au comité du concile. Ce comité ne pourra faire imprimer son rapport que quand je l’aurai approuvé, en n’y joignant que les pièces qui seront convenues. Il est nécessaire que vous veniez souvent à mon lever me rendre compte de ce qui se sera passé.

 

Saint-Cloud, 20 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites-moi faire un état à colonnes de tous les convois d’artillerie partis de Wesel et de Mayence pour Danzig, avec l’endroit où ils se trouvent chaque jour. Dans la colonne qui désignera les convois, on in­diquera de quelle espèce de chevaux ils sont attelés, sous quelle escorte ils marchent, et par quelles voitures et de quelles sortes de voitures ils sont composés. Cet état m’est nécessaire pour bien connaître ces grands mouvements et juger de l’importance de ces convois.

Un autre état de cette espèce m’est également nécessaire pour l’artillerie de l’armée d’Espagne.

Il est d’usage de me changer ces états tous les quinze jours, en y mentionnant les augmentations survenues dans l’intervalle.

 

Saint-Cloud, 20 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez au roi de Naples que mon intention est que mes troupes ne soient pas disséminées; qu’il réunisse les trois bataillons suisses, les trois bataillons de la Tour-d’Auvergne, les trois bataillons d’Issembourg et les trois du 22e léger dans un camp ou au plus deux, sous les ordres d’un général français ; que je n’entends pas qu’aucun géné­ral napolitain ni au service de Naples commande mes troupes.

 

Saint-Cloud, 20 juin 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je trouve votre lettre au général Reille entortillée et mal rédigée. Mandez à ce général qu’au 20 juillet les trois compagnies du 5e bataillon du 25e de ligne et les trois compagnies du 5e bataillon du 46e seront incorporées, les unes dans le 81e et les autres dans le 60e, et que les cadres, officiers et sous-officiers, rentreront à leurs dépôts en France; qu’au 20 juillet les 1er et 2e régiments provi­soires d’infanterie seront dissous, et qu’il en sera formé les corps suivants, savoir : 1° un bataillon de marche, sous le nom de bataillon de marche de l’armée d’Aragon, qui sera composé des com­pagnies des 14e, 44e et 12e; ce bataillon sera réuni à Tudela, où il restera jusqu’au 1er août, terme auquel vous lui ferez passer des ordres ; 2° un second bataillon de marche sous le nom de bataillon de marche de l’armée de Portugal, qui sera composé des compagnies des 4e, 2e et 3e; lequel bataillon se rendra à Burgos, où il restera jusqu’au 1er août, terme auquel vous lui ferez parvenir des ordres; que les quatre compagnies du 122e et les trois compagnies du 12e lé­ger se rendront à Burgos où elles resteront jusqu’à nouvel ordre; et que les deux compagnies du 15e léger seront incorporées dans le 5e léger à son arrivée à Vitoria.

Vous manderez au général Caffarelli que les quatre bataillons d’élite des 3e et 105e arriveront du 10 au 20 juillet en Biscaye; qu’il doit placer ces bataillons à Irun et à Tolosa, et réunir à Vitoria tout ce qui appartient à l’armée de Portugal ; que le 20 juillet il dirige les quatre bataillons de l’armée de Portugal sur Burgos, en conser­vant à Vitoria le 3e bataillon du 50e et celui du 25e léger; mais qu’aussitôt que le 52e et le 5e léger seront arrivés il fasse partir aussi­tôt ces deux 3ee bataillons pour Burgos.

Vous aurez soin d’être ponctuellement instruit de l’époque de l’arrivée de ces bataillons à Burgos. Vous prendrez mes ordres au 10 juillet sur la formation d’une brigade de marche qui sera dirigée sur l’armée de Portugal selon les circonstances d’alors, et en force ; car cette armée peut se trouver engagée dans des opérations où il serait utile que 6 ou 7,000 hommes marchassent à la fois.

 

Saint-Cloud, 21 juin 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je désire que vous fassiez toucher légèrement au ministre de Suède que je vois avec peine que la prin­cesse royale vienne en France sans en avoir obtenu la permission ; que c’est hors d’usage, et que je regrette qu’elle quitte son mari dans une circonstance aussi importante. Il est convenable de parler égale­ment au ministre de Suède des entrevues de Gœteborg et des relations de la Suède avec les Anglais.

 

Saint-Cloud, 22 juin 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, il est nécessaire que vous envoyiez sans délai un courrier à Saint-Pétersbourg. Je vous ai envoyé votre projet de lettre à Lauriston; il faut lui en écrire une autre sur les insinuations que M. de Romanzof a faites relativement à la Saxe. Il est embarrassé à cet égard. Dites-lui qu’il s’embarrasse de bien peu de chose; que le roi de Saxe lève 1,500 chevaux par le même principe que j’en ai levé 30,000, qu’il lève 1,500 chevaux par le même prin­cipe que j’ai porté mes régiments de cavalerie et de cuirassiers à 1,200 chevaux , par le même principe que j’ai formé mes 6e batail­lons, que je forme neuf nouveaux régiments de chevau-légers; que le roi de Saxe a fait quelques dépenses parce que je lui ai facilité un emprunt; que, si je lui ai facilité cet emprunt, c’était pour qu’il se mit en état; qu’enfin la Saxe arme par le même principe que la Westphalie lève ses 4e bataillons, par le même principe que 20,000 hom­mes sont à Danzig, qu’on dépense trois millions dans cette place, et que 400 bateaux et 500 voiles y sont arrivés ou doivent y arriver chargés d’artillerie et de munitions.

Dites à Lauriston qu’il comprend mal ma position ; que la Russie sait tout cela; que je l’ai dit à tous les Russes, parce qu’il faudrait être bien aveugle pour ne pas voir toutes mes routes chargées de con­vois, de détachements en marche, de convois militaires, et qu’on ne peut pas dépenser vingt-cinq millions par mois pour un objet sans que tout soit en mouvement dans un pays; mais que ces mouvements, je ne les ai ordonnés qu’après que la Russie m’eut fait connaître qu’elle pouvait changer et saisir le premier moment favorable pour commencer des hostilités.

La création de vingt places fortes sur les frontières, le mouvement des divisions de Finlande et de Moldavie, la déclaration de l’empe­reur Alexandre qu’il est prêt, ne sont-ce pas des renseignements bien suffisants pour s’apprêter aussi ? Croirait-on en Russie que nous voulons recevoir la loi ? Dans toute cette discussion, le comte Lauriston doit parler franchement: nous voulons la paix, mais nous sommes prêts à la guerre. Nous n’étions pas prêts parce que depuis la paix de Vienne nous n’avons fait que désarmer et que je ne pouvais pu croire possible une rupture avec la Russie. Déjà la création des places fortes depuis dix-huit mois m’avait surpris; mais, depuis, les mouve­ments des divisions de Finlande et de Moldavie, la formation des 5e bataillons en régiments de ligne, le manifeste remis à toutes les cours de l’Europe sur l’Oldenburg, et le grand rassemblement sur les frontières du Duché, rassemblement que depuis on a porté en arrière, tout enfin m’a fait comprendre qu’il fallait se mettre en mesure. J’ai dépensé cent millions, et je suis en mesure. Si je n’ai pas fait armer la Bavière, Wurtemberg et Bade, c’est que je n’ai pas pensé avoir besoin de ces troupes au premier moment, et que j’ai cru qu’on serait toujours à temps de les faire armer après les hostilités.

Dans votre lettre à Lauriston, ajoutez :

« L’Empereur trouve fort extraordinaire que vous vous soyez trouvé si court de discussion dans cette circonstance. Sa Majesté a fait publiquement toutes ces dispositions; elle a tout déclaré au prince Kourakine. L’empereur Alexandre ayant dit qu’il était prêt depuis deux mois, il était tout simple de répondre : Si vous êtes prêt depuis deux mois, ce qui dans un si vaste empire suppose que ces mouve­ments sont ordonnés depuis quatre mois, ne trouvez donc pas mau­vais que, actuellement que vous êtes prêt, on s’apprête.

Vous avez dû voir, Monsieur le Comte, dans le discours de Sa Majesté au Corps législatif, et vous verrez par les comptes de finances qui vont s’imprimer, que Sa Majesté ne dissimule pas que les incartades de la Russie lui coûtent cent millions; et cependant vous avez dû remarquer combien ce discours était pacifique. La Russie a espéré qu’on n’était pas en mesure et qu’on serait effrayé par ses armements. Toutefois, si elle veut la paix, qu’elle dise ce qu’elle veut, et fasse finir, par un arrangement quelconque, cette que­relle qu’elle a ouverte par un manifeste. Le prétexte qu’on veut réta­blir la Pologne est un prétexte banal. Si l’on avait voulu rétablir la Pologne, on l’aurait rétablie; d’ailleurs, le projet de convention offrait toute sûreté, et la France n’en est pas venue au point de faiblesse et de mépris que cette assurance ne doive pas suffire. Si l’on a des inquiétudes, qu’on dise ce qu’on veut. Quant à la cession d’un district de Pologne, partez bien de ce principe qu’il faudrait que les armées russes nous eussent ramenés sur le Rhin pour nous faire consentir à un démembrement si déshonorant. L’Empereur veut la paix ; elle lui est avantageuse; mais la paix doit être aussi désirée par la Russie, si elle sait calculer.

L’Empereur n’a pas armé lorsque la Russie armait en secret ; il a armé publiquement et lorsque la Russie était prête, d’après ce que dit l’empereur Alexandre lui-même. L’Empereur n’a pas fait de mani­feste ni de querelle aux yeux des cours de l’Europe; il n’a pas même fait de réponse; enfin l’Empereur ne demande pas mieux que de remettre les choses dans l’état où elles étaient. Il l’a proposé; au lieu d’envoyer quelqu’un pour négocier, on dit des choses peu solides. L’intention de l’Empereur n’est donc pas que vous niiez les armements et que vous mettiez la Saxe dans une position embarrassante; mais que vous demandiez avec instance qu’on fasse cesser cet état violent, non pas par des récriminations, mais par des explici­tions sincères et en cherchant des moyens d’arrangement si l’on peut en trouver. La Russie est en guerre contre l’Angleterre et la Turquie, et elle fait pourtant, par sa conduite extraordinaire, tout ce qu’elle peut faire de plus avantageux à l’Angleterre et à la Turquie.

Vous ne devez pas dissimuler que, si Ton ne s’arrange pas, ooo-seulement j’ai armé, mais j’armerai encore; j’ai appelé la conscrip­tion de cette année et j’y ajouterai celle de 1812. J’ai dépensé ceal millions d’extraordinaire, je peux en dépenser cent autres sans tou­cher à ma réserve, comme on s’en convaincra en lisant les comptee de finances.

Vous devez donc conjurer l’empereur de mettre un terme à tout cela, en ne laissant cependant aucun espoir de toucher à la Pologne; cela serait déshonorant, et pour l’Empereur l’honneur est plus cher que la vie. »

Dans une lettre confidentielle, je désire que vous témoigniez à Lauriston que je ne trouve pas qu’il ait étudié et qu’il connaisse la question. Que m’importe à moi si les Anglais en sont venus à avoir accès auprès de l’empereur et à lui faire voir des choses qui n’existent pas? ce qui m’importe à moi, c’est si l’on fait quelque chose pour perdre la Pologne. Faites comprendre à Lauriston que je désire la paix et qu’il est bien temps que tout cela finisse promptement. Mandez lui que, l’arrivée de Caulaincourt et ses dernières lettres fai­sant espérer que l’empereur revient à des dispositions différentes, que tout ceci n’est que le résultat d’un malentendu, si la Russie ne fait plus de mouvements, je n’en ferai plus; que j’avais demandé à la Bavière et à Bade de nouveaux régiments, et que je viens de contremander cette demande; que j’ai arrêté le départ de convois qui étaient destinés pour les places de l’Oder; que, quant aux convois en ce moment en chemin et dont on pourrait apprendre l’arrivée  à Danzig, il faut qu’on remarque la distance, qui explique que ce sont des mouvements effectués d’après des ordres donnés il y a deux mois.

Écrivez aussi au baron Bourgoing; dites-lui que la position de la Saxe n’est pas du tout embarrassante, puisque l’Empereur met dans un rapport dix fois plus fort que ce que fait la Saxe, et que d’ailleurs l’empereur de Russie a déclaré lui-même qu’il était prêt.

Écrivez à Lauriston, relativement aux bâtiments américains dont il annonce l’arrivée, que pas un n’est américain, que tous sont des bâtiments masqués, pour le compte des Anglais.

 

Saint-Cloud, 21 juin 1811

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

On m’assure que le sieur    … , conservateur des forêts, a des affaires très dérangées, qu’il y a même prise de corps contre lui. Faites-moi un rapport là-dessus. C’est un homme à remplacer.

 

Saint-Cloud, 21 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie une note sur le 30e de dragons. Il faut me faire connaître quel est ce colonel et envoyer un général sévère ou un bon inspecteur aux revues, à l’improviste, pour faire l’inspection de ce régiment.

 

Saint-Cloud, 21 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous renvoie les projets sur l’île d’Yeu ; on les discutera en décembre. Je trouve les ouvrages trop considé­rables; ils exigent trop d’hommes, trop de dépenses, trop d’artillerie, et ne pourront pas être faits en trois mois.

L’île d’Yeu n’est pas, comme l’île d’Aix, assez près du continent pour que l’ennemi, venant à s’en emparer, s’y maintienne difficile­ment et ne soit exposé à en être chassé par les renforts que l’on pourrait envoyer; elle est trop éloignée, se trouvera abandonnée à ses propres forces, et l’ennemi, par la supériorité de sa marine, empêchera qu’on n’y porte des secours. Il est donc évident que, si nous faisons des forts considérables à l’île d’Yeu et que l’ennemi s’en em­pare, nous ne la reprendrons plus. Il est également vrai que, si l’ennemi veut bien décidément s’en emparer, on ne pourra pas s’y opposer. La garnison se défendra, mais les 500 hommes qui la com­poseront seront pris au bout d’un mois : ce serait donc des forts pour l’ennemi; ils lui assureraient la possession de l’île; il vaut mieux ne pas en faire.

Cependant les 300 hommes que nous avons ordinairement à l’île d’Yeu peuvent se trouver attaqués et pris par une descente de 5 à 600 hommes; ils n’ont pas de quoi capituler; ils n’auront pas même le temps de s’embarquer dans le port et de gagner le large ; il faudra donc faire assez pour que 300 hommes défendant l’île aient un réduit pour se replier, et que l’ennemi sache que, pour s’en emparer, il faudra débarquer du canon et tous les moyens nécessaires pour faire un siège. Or un siège ne peut s’entreprendre que par une expédition venant de Londres ; mais un commandant d’escadre devant Rochefort peut débarquer 6 ou 700 hommes et en prendre 300 que nous aurions à l’île d’Yeu. Une batterie d’un seul côté, avec une caserne et un magasin, défendrait le port. Un ouvrage en terre sur la hauteur avec un réduit mettrait les 300 hommes à l’abri d’insulte. Il faudra débarquer du canon pour pouvoir prendre ces ouvrages; alors c’est une opération qui doit être ordonnée et concertée en Angleterre, quand l’ennemi voudra la tenter.

Il importe beaucoup qu’il y ait peu de matériel d’artillerie à l’île d’Yeu, et de ne pas attirer l’attention de l’ennemi sur ce point, vu la facilité qu’il aurait de l’attaquer, étant si efficacement protégé par ses forces maritimes.

Il ne faut pas dépenser à l’île d’Yeu plus de 150,000 francs, et l’on ne doit y construire que les ouvrages nécessaires pour qu’un com­mandant d’escadre ne soit pas tenté de l’attaquer, et qu’il lui soit impossible de s’en emparer en débarquant 5 ou 600 hommes.

Mon intention est d’ajourner au mois de décembre les projets sur l’île d’Yeu, et d’employer 150,000 francs à l’île d’Aix, afin de pousser avec activité les travaux sur ce point, qui est d’une si grande importance.

 

Saint-Cloud, 21 juin 1811

Au vice-amiral, comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, j’avais ordonné que l’amiral Dewinter fit une revue des régiments hollandais pour en retirer tous les marins. Je ne sais pas s’il a passé cette revue ni ce qu’elle a produit.

Envoyez-moi la situation des équipages de haut bord au 15 juillet (le dernier état que j’ai est du 15 mai), et poussez enfin l’organisa­tion de ces équipages.

Je dois avoir cette année vingt et un vaisseaux en rade de Flessingues, savoir : douze qui existaient au 1er janvier dernier, six qui seront mis à l’eau cette année et trois provenant de Rotterdam. Je dis trois de Rotterdam, parce que je désire que vous fassiez terminer sans délai ces vaisseaux, qui sont à leurs 23 vingt-quatrièmes. Ces vingt et un vaisseaux exigent vingt et un équipages. Les trois vaisseaux hollandais auront trois équipages hollandais avec canonniers français, garnison française, la moitié des officiers et le tiers de la maîstrance français. Il faut les accoutumer à se nourrir absolument comme les nôtres. Sur les six vaisseaux français qu’on doit lancer cette année, trois peuvent avoir des équipages hollandais et trois des équipages français. Nous aurions donc alors dans l’escadre quatre équipages danois, six équipages hollandais et onze équipages français.

Au Texel, je dois avoir cette année sept vaisseaux hollandais. Je désire également que la garnison de ces vaisseaux soit française, et qu’à fur et mesure que le ministre de la guerre aura organisé les compagnies de garnison on les mette à bord. Je désire que dès cette année les canonniers soient français, et qu’il y ait quelques officiers français mêlés avec les hollandais.

Les conscrits de la Hollande devront donc fournir les équipages de treize vaisseaux.

Il y avait 4,000 matelots hollandais avant la conscription. La conscription et l’inscription maritime en ont, je crois, donné 4,000. On a dû trouver où l’on doit trouver dans les régiments hollandais 2,000 matelots; cela fait donc 10,000 matelots. Or treize équipages n’en exigent que 6,000. Je désire que dans l’état de situation que vous me remettrez de chaque port vous me fassiez connaître l’équi­page qui monte chaque vaisseau.

 

Saint-Cloud, 21 juin 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je vois par le dernier état de situation que je n’ai que quarante équipages de vaisseaux organisés, formant 16,000 hommes à l’effectif, et qu’il manque 4,600 hommes au com­plet. Ainsi voilà donc l’emploi de 4,600 conscrits. Mais ces quarante équipages ne suffisent point pour deux vaisseaux de guerre et trois frégates que j’ai à Venise, pour quatre frégates que j’ai à Corfou, seize vaisseaux de guerre et six frégates que j’ai à Toulon, un vais­seau qui va être mis à l’eau à Gènes, six vaisseaux de guerre et trois frégates à Rochefort, quatre vaisseaux de guerre à Lorient, deux fré­gates à Nantes, deux vaisseaux de guerre et deux frégates à Brest, trois vaisseaux de guerre et une frégate à Cherbourg, quinze vaisseaux de guerre à Anvers; total, quarante-neuf vaisseaux de guerre. Sur ces quarante-neuf vaisseaux, les équipages de quatre sont danois : restent donc quarante-cinq équipages français. On ne peut pas mettre moins de cinq équipages pour les frégates ; ce qui fera donc cinquante équipages ou 25,000 matelots; il y en a 16,000; déficit 9,000.

Il n’y a qu’un équipage dans le Texel; il en faut deux autres. Il y en a deux dans l’Elbe et dans l’Ems. Il en faut un à Danzig. Il y en a un dans l’Escaut, il en faudrait un nouveau. Il y en a un à Boulogne; il en faudrait quatre. Il y en a cinq jusqu’à Bayonne, cela ne parait pas suffisant; il en faudrait encore au moins un. Il y a quatre équipages dans la Méditerranée. Il y a donc quatorze équipages ou 6,600 matelots, et dès lors il en manque au complet 8,000. Il faut huit autres équipages, ce qui exige encore 9 à 10,000 hommes. Il manque donc pour les équipages des flottilles environ 18,000 hom­mes; on peut ôter les deux bataillons du Texel qui sont au compte de la Hollande; ce qui réduit le nombre nécessaire à 16,000.

Ainsi il manque sur les vaisseaux de guerre 9,000 hommes, et sur la flottille 16,000. Il manque donc 25,000 hommes, c’est-à-dire qu’il faudrait le double de ce que nous avons. Je ne comprends donc pas pourquoi vous trouvez tant de difficultés à faire des levées, et vous dites qu’il n’y a pas assez de bâtiments.

Je me résume : je voudrais, cette année, soixante-trois équipages de haut bord , dont cinquante équipages français de haut bord, dont dix-huit dans la Méditerranée, dont trois à Venise, sept à Rochefort, quatre à Lorient, deux à Brest, trois à Cherbourg, seize à Anvers, et treize hollandais , dont six à Anvers, sept au Texel ; total, soixante-trois équipages de haut bord, plus vingt-deux de flottille, dont deux hollandais; ce qui fait quatre-vingt-cinq équipages, faisant 32,000 hommes pour les équipages de haut bord et 27,000 pour la flottille.

Cet effort me parait nécessaire pour atteindre le but que je me propose.

 

Saint-Cloud, 22 juin 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, faites connaître au ministre de Naples que je suis obsédé tous les jours par des gens auxquels le roi accorde un Ordre ; qu’il doit écrire à sa cour que désormais je n’accorderai à aucun Français la permission de porter cet Ordre ; et que, pour ne pas s’attirer un affront, le roi ne doit plus donner son Ordre à personne; qu’il a été déjà donné à beaucoup trop de monde en France, et que cela devient ridicule.

 

Saint-Cloud, 22 juin 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez à mon ministre en Saxe, et parlez au ministre de Saxe ici, pour leur faire connaître que les paroles de la Russie sont bonnes; qu’elle paraît effrayée depuis que j’ai relevé le gant, mais que rien n’est décidé; que le but de la Russie parait être d’obtenir, en indemnité du duché d’Oldenburg, la cession de deux districts de la Pologne, ce que je ne veux pas faire, par honneur et parce que cela anéantirait tout à fait le Grand-Duché ; qu’il est donc possible que cela traîne en longueur, mais que je suis
constant dans mes dispositions ; que le prince d’Eckmühl a 130,000 hommes dans la main; que je désire que le corps saxon soit tenu prêt à partir et que les états de situation de ce corps soient envoyés tous les mois au prince d’Eckmühl, ainsi que l’indication des lieux où il se trouve. Demandez la même chose pour les trois divisions polonaises du Grand-Duché. Vous ajouterez que je suppose que les deux divisions saxonnes, les trois divisions polonaises et une division westphalienne pourraient former, en cas d’événement, une force de 60,000 hommes, qui, joints aux 130,000 du corps du prince d’Eckmühl et à 12,000 hommes que pourraient fournir les princes de la Confédération au premier moment, feraient 200,000 hommes; qu’une deuxième ligne de même force est répartie entre les camps de Boulogne et d’Utrecht, sur le Rhin, sur l’Adige, dans la Bavière et de Wurtemberg, ce qui réunirait en quelques jours 400,000 hommes sur la Vistule; qu’il est extrêmement important que l’on travaille aux places de Modlin et de Thorn avec la plus grande activité; qu’il faut non seulement commencer les ouvrages avancés que j’ai ordonné, mais aussi les travaux en maçonnerie, afin qu’aux mois de septembre et d’octobre on puisse armer Thorn et Modlin et compter sur ces places; qu’il faut que l’argent ne manque pas; que l’emprunt a déjà fourni deux millions et fournit encore; qu’on ne saurait trop appuyer sur la nécessité de travailler avec la plus grande activité à ces deux places, surtout à Modlin; que c’est cette place qui couvre réellement Varsovie, et qu’elle est de la plus haute importance; que je vois avec peine que les ouvrages en maçonnerie ne soient pas commencer qu’il faut y employer un millier de maçons et pousser le plus vivement possible ces travaux.

Écrivez dans le même sens au baron Bignon. L’emprunt a déjà produit des fonds ; on pourrait d’ailleurs avancer encore sur cet emprunt.

 

Saint-Cloud, 21 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le 17 juin il y avait à Niort 380 hom­mes au dépôt de cavalerie légère, sur lesquels 124 hommes sont désignés pour la réforme, pour les eaux ou pour la retraite. Autori­sez le général Defrance à faire les fonctions d’inspecteur pour débarrasser ce dépôt de tous les hommes inutiles. Les 256 restants sont en état de partir. La caserne de Niort manque de fournitures. Les hommes du dépôt de cavalerie légère de Niort sont très mal habillés: ils ont tous besoin de sabres et de carabines; il n’y a pas à ce dépôt 50 sabres. Y avez-vous dirigé un millier de sabres, un millier de carabines et un millier de paires de pistolets ? Cela est urgent. Ce dépôt réclame huit mois de solde; avez-vous pris des mesures pour les faire payer ? car il ne serait pas juste que ces hommes entrassent en Espagne avec un arriéré. Le major que vous avez chargé du commandement de ce dépôt n’était pas encore arrivé au 17 juin.

 

Saint-Cloud, 23 juin 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vous envoie des lettres relatives à une affaire fort désagréable qui vient d’arriver au 60e. Le payeur Jehannot, et je suis surpris qu’un payeur ne sache pas que la solde est due au soldat, ne devait pas défendre de payer le soldat; il devait le faire solder ou du moins prendre mes ordres. Je savais que ce régiment devait partir, et je l’aurais fait solder. Tout cela est d’autant plus extraordinaire qu’on savait bien que l’Illyrie n’était pas un pays indépendant et qu’il n’y avait pas de fonds. Témoignez mon mécon­tentement à ce payeur. Dans tous les cas imprévus, il doit prendre mes ordres, et d’ailleurs toujours partir du principe que le soldat ne doit pas souffrir de ces difficultés : la solde lui est due.

Le payeur de Toulon est un malavisé ; il aurait bien pu avancer le payement d’une somme de 100,000 francs.

Je remarque dans la lettre du payeur général qu’il dit au payeur de solder « s’il a des fonds ». Cette manière de donner un ordre est ridicule. Le payeur d’une ville comme Toulon doit avoir des fonds, et d’ailleurs son métier était d’en trouver. Cette lettre ne fait pas hon­neur au payeur général. Donnez ordre que ce régiment soit entièrement soldé de tout ce qui lui est dû avant son arrivée à Pau, où il se rend. Il passe par Toulouse; il y sera le 4 juillet; vous pouvez le faire solder à Toulouse.

 

Saint-Cloud, 23 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je suis instruit que des généraux, des états-majors, des commissaires des guerres attachent à leur service des hommes pris dans les corps, ce qui affaiblit les régiments; cet abus a lieu surtout en Espagne. Donnez ordre qu’on arrête ces sol­dats et qu’ils soient renvoyés à leurs corps.

 

Saint-Cloud, 23 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 22, sur le casernement de la Garde à Ram­bouillet. Faites établir la caserne que vous proposez pour 100 hommes et 70 chevaux; à la rigueur, cela peut suffire pour les voyages.

Il n’y a pas assez de casernes aux environs de Paris. Je voudrais en avoir à Rambouillet, à Fontainebleau et entre Saint-Cloud, Compiègne et Courbevoie. A Rambouillet, je voudrais une caserne qui pût contenir un bataillon d’infanterie de 840 hommes et deux esca­drons de cavalerie de 250 hommes et 250 chevaux. Faîtes-moi connaître dans quel endroit on pourrait la placer et ce qu’elle coûterait. La Garde tiendrait toujours là un bataillon et deux escadrons. Je voudrais avoir à égale distance d’une lieue de Courbevoie, de Rueil et de Saint-Cloud, une caserne capable de contenir 4,000 hommes, dans le genre de celle de Courbevoie; de sorte que, si l’on voulut manœuvrer, on réunirait la caserne de Rueil, celle de Courbevoie et la nouvelle caserne, et l’on aurait une division.

 

Saint-Cloud, 23 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le corps d’observation de l’Elbe a quatre divisions d’infanterie. Au 15 août il sera porté à cinq divisions moyennant le départ des 4e et 6e bataillons.

Si ce corps devait marcher entre le 15 août et le 1er septembre, on répartirait les deux premiers bataillons des 127e, 128e et 129e entre les divisions. Ainsi donc, au 1er septembre, ce corps serait composé de cinq divisions françaises et d’une 7e division, qui est la division de Danzig, que doit commander le général Grandjean.

La 1e division doit avoir trois régiments ou quinze bataillons fran­çais, et deux bataillons des trois régiments qui se forment à Ham­bourg; ce qui ferait dix-sept bataillons, composant trois brigades. Les 2e et 3e divisions seraient de même force; la 4e division aurait seize bataillons et trois brigades : le 33e léger ne doit avoir que qua­tre bataillons; la 5e division aurait vingt bataillons et quatre brigades. La 7e division serait composée des trois premiers bataillons des trois régiments qui sont à Danzig, savoir, le 5e, le 10e et le 11e, soit neuf bataillons; de quatre bataillons westphaliens, de deux batail­lons saxons, de deux bataillons bavarois et d’un bataillon wurtembergeois; total, 18 bataillons et 4 brigades. Ces dix-huit formeraient quatre brigades de la manière suivante : 1e brigade, cinq bataillons polonais; 2e brigade, quatre autres bataillons polo­nais; 3e brigade, quatre bataillons westphaliens ; 4e brigade, deux bataillons saxons, le bataillon wurtembergeois et les deux ba­taillons bavarois.

Ces sept divisions se composeraient donc de cent cinq bataillons et vingt brigades; ce qui ferait 88,000 hommes d’infanterie.

Il resterait en outre 7 à 8,000 hommes pour le fond de la garnison de Danzig.

Les garnisons de Küstrin, Stettin et Glogau seraient formées par les troupes du prince primat de Darmstadt et du grand-duché de Berg.

La 7e division sera toute réunie à Danzig. Le général Grandjean sera sous les ordres du général Rapp, gouverneur général, et en même temps correspondra directement avec le prince d’Eckmühl pour tout ce qui concerne la formation et la situation de sa division. Qua­tre généraux de brigade seront attachés à cette division, savoir : trois généraux de brigade français et un général polonais.

Ce qui restera pour la garnison de Danzig se composera de trois bataillons polonais, de deux bataillons westphaliens, de deux saxons et d’un wurtembergeois; total, 8 bataillons, indépendamment de l’artillerie et des sapeurs. Ces huit bataillons seront plus que suffi­sants du moment que le corps d’observation de l’Elbe sera sur la Vistule; mais il est bien entendu que la 7e division doit rester con­stamment dans le territoire de Danzig et sous les ordres du général Rapp, pendant tout le temps que le corps d’observation de l’Elbe restera sur les derrières. J’ai donc, dès ce moment, près de 25,000 hommes à Danzig.

Cavalerie. — Le prince d’Eckmühl a sept régiments de cavalerie légère, y compris le 9e de chevau-légers ou 30e de chasseurs; il a, en outre, un régiment de chevau-légers polonais à Danzig : c’est donc huit régiments, qui doivent présenter 7,200 hommes à cheval au 1er septembre. Je porte 100 chevaux par régiment, pour la diffé­rence de l’effectif au présent. Le prince d’Eckmühl a, en outre, une division de cuirassiers, qui, en septembre, doit avoir 4,000 hommes à cheval. Cela fait donc 11,000 chevaux.

Les trois divisions de cuirassiers qui sont restées en France, ne pouvant être employées à d’autre service qu’à la guerre d’Allemagne, sont prêtes à se porter au corps d’observation de l’Elbe. En septem­bre, chaque régiment serait de 800 chevaux, hormis les carabiniers et le 1er de cuirassiers, qui seront à 900 chevaux; cela ferait donc 9,000 chevaux, qui, joints aux 11,000 existant en Allemagne, por­teraient la cavalerie à plus de 20,000 chevaux.

Artillerie. — Chacun des seize régiments du corps d’observation de l’Elbe ayant quatre pièces de canon, cela ferait soixante-quatre pièces ; la 7e division en aurait dix-huit, ce qui ferait quatre-vingt-deux pièces de régiment. Chacune des six divisions doit avoir quatorze pièces, ce qui ferait quatre-vingt-quatre, et, en outre, une réserve de seize pièces; total, 100. Les quatre divisions de cuirassiers doivent en avoir quarante-huit. Total général, 230 bouches à feu.

Les quatre bataillons du train qui sont au delà du Rhin doivent être complétés en matériel, personnel et attelages, et enfin doivent être tenus dans le meilleur état. Toutes les compagnies d’artillerie à pied et à cheval doivent être portées au grand complet par des conscrits qui, si aucune nouvelle circonstance ne presse, partiront à la fin de septembre de leur dépôt, où on leur aura fait faire le polygone pen­dant les mois d’août et de septembre.

Les compagnies de sapeurs seront portées également au grand complet par des conscrits.

Dans le courant de juillet, d’août et de septembre, toutes les com­pagnies d’infanterie seront mises au grand complet de 140 hommes, indépendamment des malades, par des envois de conscrits réfractaires, qui seront tirés de Walcheren et autres dépôts.

Le seul corps d’observation de l’Elbe formera donc une armée de six divisions d’infanterie, de quatre brigades de cavalerie légère et de quatre divisions de grosse cavalerie, formant un total, l’artillerie comprise, de 120,000 hommes, indépendamment de ce qui est employé pour les garnisons de Danzig, Stettin , Küstrin et Glogau.

L’armée du roi de Saxe est prête à partir, forte de 20,000 hommes d’infanterie et de 4,000 chevaux.

L’armée du grand-duché de Varsovie a 24,000 hommes d’infan­terie et 10,000 de cavalerie.

L’armée de Westphalie a 12,000 hommes d’infanterie et 3,000 de cavalerie.

En cas d’événement, toutes les troupes seraient sous les ordres du prince d’Eckmühl. Ainsi il y a dans ce moment réunis sons la main du prince d’Eckmühl 145,000 hommes d’infanterie, 40,000 de cavalerie et 15,000 d’artillerie; total, 200,000 hommes.

Mon intention est que vous continuiez à faire tous les mouvements nécessaires pour compléter le corps d’observation de l’Elbe. Sans doute il n’y a pas de presse; mais mon intention est que, en cas de circonstances extraordinaires, ce corps puisse en vingt-quatre heures se mettre en mouvement et se porter sur la Vistule. Les sapeurs, l’artillerie (matériel et personnel), l’administration el les transports militaires doivent être complétés.

Quant aux équipages, chaque bataillon doit avoir son caisson; il y a cent neuf bataillons, c’est 109 caissons. Le 12e bataillon ayant 236 voitures doit être tout entier dans l’arrondissement du corps d’observation de l’Elbe, et rester à la disposition du maréchal prince d’Eckmühl.

Il ne doit jamais rien manquer à ce corps d’armée. Au mois de février, le corps d’observation de l’Elbe sera augmenté d’une division, qui sera la 6e ; elle sera composée d’un régiment infanterie légère que je désignerai et des 127e, 128e et 129e régiments complétés à quatre bataillons, chacun ayant ses quatre pièces de régiment et sa compagnie d’artillerie.

Ainsi le corps d’observation de l’Elbe se trouvera augmenté de seize bataillons, de plusieurs divisions d’artillerie et de seize pièces de régiment; ce qui portera ce corps de 120 à 130,000 hommes.

À la même époque et avec la conscription de 1812, tous les 5e bataillons de ces vingt régiments formeront six brigades, en réunissant à la même brigade les 5e bataillons des régiments qui sont dans la même division. Ces 5e bataillons seront tous complétés à 560 hommes ce qui fera deux petites divisions ou 12,200 hommes; on y attachera deux batteries d’artillerie. Ces troupes seront chargées de prendre position sur les derrières et d’occuper Hambourg, Magdebourg et la côte.

C’est dans ce sens que tout doit être organisé et dirigé. Ainsi, pour le corps d’observation de l’Elbe, tout doit être mis en mouvement.

 

Saint-Cloud, 23 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le corps d’observation d’Italie doit rester organisé comme il est jusqu’au 1er janvier, mais seulement sur le papier.

Passé le 1er janvier, tous les 4e bataillons doivent marcher. Le 29e se rendra à Toulon, ce qui pourtant ne change rien au corps d’observation d’Italie, dont ce régiment fera toujours partie.

Au lieu du 30e de dragons, devenu régiment de chevau-légers, il faut mettre le 28e. Le 19e de chasseurs doit être porté comme faisant partie du corps d’observation d’Italie.

Vous ordonnerez qu’au 1er juillet les bataillons d’élite soient dissous ; que les 4e compagnies de grenadiers et de voltigeurs soient affectées aux 4e bataillons. Ainsi tous ces 4e bataillons auront leur compagnie d’élite; du reste, ils seront remis à l’effectif des autres. Les compagnies d’artillerie garderont leurs caissons et leurs pièces; mais vous ordonnerez d’utiliser tous ces chevaux, sans cependant les fatiguer.

Vous ordonnerez que les compagnies d’artillerie se réunissent à Vérone au 1er juillet. Un officier d’artillerie leur fera faire le polygone et les exercices nécessaires pour compléter leur instruction. Vous ferez connaître ces dispositions au général qui commande mes troupes en Illyrie. Il pourra employer les deux bataillons croates pour le service d’Illyrie, ainsi que le 8e d’infanterie légère. Mon intention est que le 8e, au lieu de deux bataillons, en ait trois au corps d’observation d’Italie. A cet effet, le 3e bataillon, qui se réunit à Toulon, ira le joindre avant le mois de janvier prochain.

Les compagnies d’artillerie des régiments qui sont en Illyrie, hormis celles de Zura et de Raguse, feront également polygone.

 

Saint-Cloud, 23 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre que les bataillons d’élite du corps d’observation de l’Océan soient dissous de la même manière  que les bataillons d’élite d’Italie.

Vous porterez dans la 1e division du corps d’observation de l’Océan le 4e bataillon du 19e. Ainsi, au lieu de 10 hommes qui manquent, ce sera 850.

Vous comprenez comme existants 300 hommes du dépôt de Walcheren; or mon intention est d’employer ces bataillons de Schouwen et de Goeree à recruter les corps de l’Elbe. Vous ne devez donc plus compter sur ces 300 hommes pour le 19e du corps de l’Océan.

Vous donnerez ordre que dans le courant de juillet les 4e babil­lons des 26e léger, 4e, 19e, 123e, 26e, 72e, 46e, 126e, 18e, 93e, 56e, 124e, 2e, 37e et 125e de ligne rejoignent leurs régiments. Vous laisserez le colonel et le général commandant la division choisir le jour de départ qui sera le plus commode pour le soldat, mais de manière que tous ces bataillons aient rejoint au 10 août. Vous donnerez ordre que tout ce qui est disponible dans les 5e bataillons soit employé à compléter ces 4e bataillons.

Ainsi ces corps m’offriront en infanterie 66,000 hommes; ce qui, avec les dix régiments de cavalerie, les six de chevau-légers et l’artillerie, fera une armée de plus de 80,000 hommes.

Le corps d’observation de l’Océan doit avoir au camp de Boulogne deux divisions, formant quarante bataillons, et un régiment de cavalerie.

Le camp d’Utrecht doit former une division composée de vingt bataillons.

Enfin un camp près d’Emden doit recevoir une division de dix-huit bataillons.

Ces camps doivent être formés du 15 août au 1er septembre. Un maréchal commandera les camps d’Utrecht et d’Emden; un autre maréchal commandera le camp de Boulogne.

Faîtes-moi connaître ce que me coûteront ces camps, comme sup­plément de solde, s’il y en a à donner, comme vivres de campagne, comme réparation de baraques, etc. Écrivez à cet effet au ministre de l’administration de la guerre. Envoyez-lui les états pour que je puisse calculer quelle augmentation de dépense cela me fera par mois.

Pour pouvoir faire ce mouvement, j’aurai besoin de pourvoir à la garnison de Paris et aussi à celle du Havre; il faut également pour­voir à la garnison de toutes les côtes de la Hollande. Je pense que moins on y emploiera de monde, mieux cela vaudra. Les bataillons des conscrits de Walcheren sont suffisants à Schouwen et à Goeree. La réunion de tous les voltigeurs et quelques détachements de cava­lerie des 23e et 24e de chasseurs seront suffisants pour la garde des côtes.

Les Anglais ne peuvent embarquer aucune troupe d’expédition, pas même 1,500 hommes; il est donc inutile de perdre la moitié de mes troupes sans raison sur la côte. Il suffit d’y avoir des canonniers et des détachements de voltigeurs et de cavalerie pour surveiller la con­trebande et prêter main-forte aux douanes. Une colonne mobile pla­cée au Helder, une autre à mi-chemin entre le Helder et l’embou­chure de la Meuse, une troisième à l’embouchure de la Meuse, me paraissent suffisantes. De même, dans la 31e division militaire, une colonne mobile sera placée à Harlingen, une autre entre Harlingen et Emden et une troisième à Emden. Vous avez dû recevoir des ren­seignements là-dessus; remettez-moi un projet.

Mon intention est qu’en juillet le 124e quitte la Zeeland, et qu’il ne reste à Flessingue que les cinq bataillons de Walcheren. Ce régi­ment doit prendre tous les jours de la consistance.

Je termine ici tout ce qui est relatif au système d’organisation du corps d’observation de l’Océan.

Mon projet est de menacer les Anglais et, du 1e septembre au 1er octobre, d’embarquer des troupes sur mes vaisseaux de l’Escaut, ainsi que sur mes flottilles de Boulogne et du Zuiderzee, et enfin d’avoir cette expédition prête à se porter en Irlande.

Un corps de 6,000 hommes à Cherbourg est nécessaire; ils seront pris sur le camp de Boulogne.

Je désire revoir tous les projets relatifs à cette expédition d’Irlande, puisque enfin les Anglais continuent à se dégarnir pour l’Espagne. Rien ne doit être plus facile, vers la fin d’octobre, que de jeter 25,000 hommes en Irlande.

 

Saint-Cloud, 23 juin 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, on a acheté une si grande quantité de chevaux en France, tant pour l’Espagne que pour remonter les corps de l’intérieur, que la France est épuisée de chevaux. Il faudrait vous occuper sérieusement à faire des achats dans le Hanovre, le Mecklenburg et le Holstein. Je vois que vos quatre régiments de cuirassiers ont reçu ordre d’acheter, en Allemagne, sur la première commande 625 che­vaux et sur la deuxième 329. Ils doivent acheter 296 chevaux dans l’intérieur ; mais les marchés ne sont pas passés ; je pense que vous devez les faire acheter en Allemagne. Vu les réformes que vous aurez faites dans ces régiments, lors même que ces achats seraient complé­tés , ces régiments seront à moins de 900 chevaux, l’un portant l’autre. Or mon intention est qu’ils soient tous à 1,000 chevaux.

Quant aux six régiments de chasseurs et hussards, on a traité pour acheter 1,678 chevaux; on doit en fournir en France 350; les mar­chés sont faits; mais après qu’ils auront reçu ces l,678 chevaux, ces régiments n’auront, l’un portant l’autre, que 7 à 800 chevaux: il leur manquera encore 15 à 1000 chevaux pour être au complet de 1,000. Je tiens pourtant à ce que tous mes régiments de cavalerie en Allemagne aient 1,000 chevaux. Ils sont à l’avant-garde et doivent marcher les premiers; il faut donc que ce soit une cavalerie belle et nombreuse. Vous avez des généraux de cavalerie; faites passer la revue de tous vos régiments. Ne permettez pas qu’on reforme des chevaux, puisque après peu de temps ils se remettent, et qu’en temps de guerre on les change. Occupez-vous des moyens de pouvoir entrer au mois de septembre en campagne avec 1,000 chevaux, c’est-à-dire chaque escadron étant à 250 hommes. Ne comptez pas sur la France pour des chevaux, surtout pour ceux de cuirassiers. On a la plus grande peine à en procurer aux autres régiments.

 

Saint-Cloud, 23 juin 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 18 juin. Vous avez eu tort d’écrire la lettre, dont il est question dans votre rapport du 28 avril, aux gouvernements de la Confédération pour leur proposer de donner un supplément de solde à leurs officiers pour frais de table. L’officier ne doit avoir que sa ration ; il est suffisamment payé. Je ne veux accorder aucun supplément ; je dis je ne veux, parce qu’il n’y a pas de possibilité. En Espagne on n’a rien; en Italie on n’a rien ; en Illyrie on n’a rien : on ne doit rien avoir à Danzig. Cela n’a été qu’une espèce de contribution de guerre que cette autorisation à l’officier à vivre chez les habitants ; mais elle n’a jamais été donnée en temps de paix et dans un pays ami. Il est également nécessaire qu’il ne soit rien payé d’extraordinaire dans la 32e division militaire. Il faut payer la solde et rien autre chose, parce que ces frais extraordinaires ne pourraient pas être alloués par le trésor. Ce serait détruire notre puissance dans sa source que de pousser les choses à l’excès. Faites donc connaître au général Rapp que je n’alloue rien et ne puis rien allouer.

 

Saint-Cloud, 24 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous recevrez un décret qui dissout l’armée de Naples et forme un corps d’observation de l’Italie méri­dionale. Ce corps sera commandé par le général Grenier et sera com­posé d’une division de trois brigades.

La 1e brigade sera composée des cinq bataillons du 22e régiment d’infanterie légère, et commandée par le général Sénécal; la 2e bri­gade, des six bataillons du régiment de la Tour-d’Auvergne, et com­mandée par le général Lanchantin ; et la 3e brigade, de quatre batail­lons du régiment d’Isembourg, et commandée par le général Decous.

Les deux généraux de brigade restants, savoir : le général Moitié sera détaché à Otrante pour suivre la correspondance et l’approvisionnement de Corfou, il correspondra avec le général Grenier; le général Fressinel sera à la disposition du général Grenier, pour être employé selon les circonstances.

L’adjudant-commandant Thomas sera le chef d’état-major de cette division.

Deux compagnies d’artillerie à pied et deux batteries de six pièces de canon seront attachées à cette division. Tous les employés, com­missaires des guerres, ordonnateurs, officiers du génie et d’artillerie autres que ceux nécessaires pour le service de la division, resteront en France. Un commissaire des guerres restera à Otrante pour être chargé des détails relatifs à l’approvisionnement de Corfou.

Vous avez du donner l’ordre au 1er régiment suisse de se rendre à Rome. Vous donnerez le même ordre à deux compagnies d’artillerie des quatre qui sont dans le royaume de Naples, et à tout le matériel d’artillerie, au train et à tout ce qui se trouverait à Naples apparte­nant à la France, non employé dans le corps de l’Italie méridionale

Ce corps se réunira dans les lieux les plus sains, entre Naples, Capoue et Gaète. Il sera exclusivement sous les ordres du général Grenier, qui correspondra directement avec vous et recevra vos ordres. Il ne sera point employé à la police du pays, et ne sera commandé par aucun officier au service du roi de Naples. Le général Grenier veillera à ce qu’aucun homme ne soit débauché. Il emploiera tout son temps à l’organisation de son corps, à mettre sa comptabi­lité en état, à former de bonnes troupes et à se mettre en état de se porter avec 8 ou 9,000 hommes sur quelque point de l’Italie que ce soit. Il pourvoira à ce qu’il ait ses ambulances et hôpitaux. Ce corps sera soldé, nourri et habillé par le roi de Naples et aura les vivres de campagne. Il y sera attaché un payeur divisionnaire qui rendra ses comptes au trésor. Comme c’est moi qui ai habillé les régiments à Naples, le général Grenier réclamera tous les habille­ments fournis à mes troupes en 1810 et 1811.

Vous notifierez mon décret au roi de Naples. Vous lui ferez con­naître qu’ayant besoin de réunir toutes mes troupes j’ai dissous l’armée de Naples et formé un corps d’observation sous les ordres du général Grenier; que je laisserai ce corps suffisamment de temps dans le royaume de Naples pour être assuré qu’il peut s’en passer; que, tout le temps qu’il restera dans ses États, il sera nourri, payé, entretenu et habillé par le trésor napolitain ; que, par le traité que j’ai fait avec lui, il doit me fournir un contingent; que je désire savoir la partie de ce contingent qui est prête à partir; que j’y comprends les troupes napolitaines qui sont en Espagne.

Vous ordonnerez au général Grenier d’adresser des ordres aux dif­férents régiments pour la prompte réunion de son corps, et de porter tous ses soins à la discipline, l’instruction et la bonne tenue des régiments. Vous lui écrirez que je compte que du 1er au 15 août ce corps sera disponible entre Naples et Gaète, prêt à se porter où il sera nécessaire.

 

Saint-Cloud, 24 juin 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Faites-moi connaître : 1° ce qu’est l’arsenal qu’on construit à côté du bassin à Boulogne; 2° si vous avez besoin des huit cents pièces de fonte de 18 et de 24 qui sont à l’arsenal de la marine. Il me semble que ces pièces n’ont été cédées par la guerre qu’à défaut de pièces de fer. Aujourd’hui qu’il ne manque point de pièces de fer, il faudrait ordonner qu’elles rentrassent dans les places de Flandre, d’où elles ont été tirées et où elles font faute.

Je vois qu’on a fait déjà 400 fusées à la Congrève. Afin d’avoir des épreuves et de savoir à quelle distance elles vont, ordonnez qu’on en tire.

 

Saint-Cloud, 24 juin 1811

Au général comte Bertrand, gouverneur général des Provinces illyriennes, à Trieste

Monsieur le Comte Bertrand, indépendamment de votre correspon­dance avec le ministre, je désire que vous m’écriviez directement. Faites-moi connaître la situation de la solde. Il est urgent de met­tre l’administration eu bon état. Il y avait quelque désordre précé­demment.

On m’a remis un projet sur Zara et sur Raguse ; puisque vous pouvez voir par vous-même sur les lieux, j’ai ordonné qu’on vous envoyât ces projets; vous m’en rendrez compte.

Faîtes-moi connaître quelle est la situation des régiments illyriens et ce qu’a produit la conscription.

Les mines d’Idria doivent bien aller, puisque le domaine extraor­dinaire leur fait les avances nécessaires. Je ne verrais pas d’inconvénient à faire donner par le domaine extraordinaire de semblable secours aux autres mines qui en auraient besoin, mais en échange de produits fabriqués et à un prix raisonnable.

 

Saint-Cloud, 25 juin 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez à mon chargé d’affaires à Constantinople de porter plainte contre la conduite d’Ali-Pacha et de l’acte d’hostilité qu’il vient de commettre envers des individus qui se sont sauvés de Sainte-Maure. Faites demander satisfaction de cet acte, que je regarde comme un acte d’hostilité.

 

Saint-Cloud, 25 juin 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, faites passer un million à l’armée de Catalogne, en attendant que vous m’ayez remis votre rapport » sur la solde de cette armée, et que vous m’ayez fait connaître ce qui lui est dû.

 

Saint-Cloud, 25 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Les bataillons du train d’artillerie, étant à 1,000 hommes et 1,500 chevaux, ne sont pas suffisamment commandés. Vous étiez chargé de me présenter un décret pour en confier la direction un officier supérieur et en augmenter les cadres. Cela me parait très important.

 

Saint-Cloud, 25 juin 1811.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je vous ai déjà mandé que les 260 chevaux de la 2e et de la 3e commande, destinés aux régiments du corps d’observation de l’Elbe et dont on n’a pas passé les marchés en France, ne devaient pas être achetés en France, et que vous deviez mander aux colonels de faire passer eux-mêmes ces marchés dans les pays où se trouvent leurs corps : ceux qui sont à Danzig, à Danzig ; ceux qui sont à Stettin, à Stettin; en Hanovre dans le Hanovre, etc. Vous me remettrez un projet de décret pour ordonner une sixième commande, qui aura lieu également dans les pays où se trouvent les régiments, et qui servira à remplacer ce que les corps ont perdu et les chevaux qui ont été réformés; de sorte que les quatre régiments de cuirassiers aient leurs 4,000 chevaux, les quatre régiments de chasseurs pareil nombre, et les deux de hussards leurs 2,000, et qu’au total la cavalerie du corps de l’Elbe ait 10,000 hommes mon­tés. Ce sera un millier de chevaux à acheter. Cette sixième commande, qui serait faite dans le courant d’août,  devrait être dirigée de manière qu’au 15 septembre les 10,000 chevaux fussent présents, équipés et montés. J’ai grandement à cœur que le corps d’observation de l’Elbe soit au grand complet pour tout.

 

Saint-Cloud, 25 juin 1811.

Au vice amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, voici les renseignements que l’on me donne sur Boulogne : 1° avec 100,000 francs on peut mettre en état d’aller en Angleterre les dix meilleures prames ; 2° avec 300,000 francs on peut mettre en état d’aller en Angleterre les cinquante-quatre meilleures chaloupes canonnières; 3° avec 600,000 francs on peut mettre en état d’aller en Angleterre deux cent seize bateaux canonniers, savoir : cinquante-quatre armés de pièces de 24 ou de 18 ou de caronades équivalentes et le reste portant du 6 ou du 8 seu­lement; 4° avec 25,000 francs on peut mettre en état d’aller en Angleterre les cinquante-quatre meilleures péniches; ce qui fait trois cent trente bateaux, exigeant une dépense d’environ un million et 3,000 matelots, et portant 31,000 hommes et 1,000 chevaux. On n’évalue pas ce que coûteraient les six autres prames et les autres canonnières et péniches, mais on estime que ces bâtiments ont besoin d’une refonte entière.

Il y a aujourd’hui à Boulogne un équipage de 1,200 matelots pleins de zèle et de bonne volonté. Étant dans l’intention de dépenser un million à Boulogne pour les réparations, il restera encore un million pour les dépenses de réparations ordinaires et autres, qui auront lieu pendant les cinq mois de l’année qui restent à courir.

Cette flottille de guerre serait divisée en trois parties. La première partie serait composée de cinq prames, de vingt-sept chaloupes canonnières, de vingt-sept bateaux canonniers armés de pièces de 24 et de neuf péniches; ce qui ferait soixante à soixante et dix bâtiments et formerait une première ligne d’embossage. Cette ligne d’embout exigerait moins de 900 matelots pour la servir; il en existe 1,200 ainsi cette première partie pourrait sortir et se mettre en mouvement dès le mois prochain. La deuxième partie de la flottille serait com­posée à peu près de même, et serait destinée à remplacer la première et à sortir alternativement. Les cent soixante-deux bateaux canonniers restants et les trente-six péniches formeraient la troisième partie. Ces bâtiments n’entreraient pas dans la ligne d’embossage, mais sorti­raient plusieurs fois pendant l’arrière-saison pour se placer derrière la ligne d’embossage, et leur présence donnerait quelque inquiétude en Angleterre.

On emploie dans ce moment 500 ouvriers de tous métiers à Bou­logne; ce qui emploie 25,000 francs par mois pour la main d’oeuvre. On pense qu’en triplant le nombre de ces ouvriers on pourrait, dans les mois de juillet, d’août et de septembre, réparer et mettre en état les trois cents bâtiments. Dans le mois de juillet on pourrait faire sortir la première ligne d’embossage et commencer à faire sensation en Angleterre dans les premiers jours d’août.

Je vous prie d’écrire par estafette à Boulogne pour avoir tous ces renseignements, afin de me présenter sans délai un rapport avec un projet de décret sur ces bases.

On suppose qu’entre Ambleteuse, Wimereux et Boulogne, ces trois cents bâtiments sortiraient dans une marée, surtout si l’on sup­posait déjà dehors une ligne d’embossage. On regarde les péniches comme tout à fait hors d’état de servir, ainsi que la flottille de trans­port. Il me semble qu’il serait convenable de s’en défaire entièrement en les démolissant pour en employer les matériaux à construire d’au­tres bâtiments. On ne fait à Boulogne aucun cas des balancelles.

Résumé : II n’est plus question de donner à la flottille l’extension qu’elle avait, mais d’organiser des moyens pour que 40,000 hommes, avec un millier de chevaux et l’artillerie nécessaire, puissent en un jour passer en Angleterre. Il est indispensable pour mes projets ulté­rieurs que ces moyens consistent en trois cent vingt bâtiments et soient prêts au 15 septembre. Je ne prends point de décret, parce que j’attends votre rapport; mais il est indispensable que les travaux commencent au 1er juillet.

 

Saint-Cloud, 26 juin 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, par le traité que j’ai fait avec le roi de Naples, le roi s’est engagé à construire un certain nombre de vaisseaux et de frégates. Je désire que vous me présentiez un projet de note ayant pour objet de faire connaître à cette cour que, si elle ne prend pas des mesures pour construire deux vaisseaux et tant de vaisseaux par an, ce qui doit faire tant en telle année, je déclarerai le traité non avenu. Vous enverrez cette note à mon ministre à Naples, afin qu’il presse les travaux des constructions avec la plus grande activité.

 

Saint-Cloud, 26 juin 1811.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je vous envoie un canevas pour la note à présenter au ministre de Naples ici. Vous enverrez la même note à mon ministre à Naples pour qu’il la remette au ministre Gallo. Vous ferez connaître de vive voix, dans la conversation, au ministre de Naples qu’il n’est pas juste que le roi de Naples ne fasse rien pour la cause commune; que j’ai réduit les troupes françaises qui étaient dans le royaume, rappelé les généraux, et n’ai laissé qu’une seule division ; qu’il n’y a pas aujourd’hui 8,000 Français dans le royaume de Naples ; vous mettrez sous ses yeux, et vous donnerez le même argument au baron Durand, la différence qu’il y a entre le royaume de Naples et le royaume d’Italie, qui est cependant aussi une de mes conquêtes; que le royaume d’Italie me rend trente millions par an, met 60,000 hommes à ma disposition, dépense trois millions par an pour les places fortes de Palmanova, Mantoue, Legnago, Peschiera, qui couvrent mes frontières, m’a déjà offert plusieurs frégates, a en mer trois vaisseaux de ligne et en aura bientôt neuf ou dix, et m’a fourni plus de 1,500 matelots. Je ne demande rien de nouveau au roi de Naples, mais j’insiste sur l’exécution des traités. Il y a tout ce qu’il faut dans le royaume; il ne s’agit que de dépenser de l’argent, et il le faut, puisque c’est l’exécution des traités.

Vous recommanderez au baron Durand de faire de cela l’objet constant de ses soins et de presser sans cesse le ministère.

Vous écrirez au ministre de la marine pour le prévenir de la pro­position que vous faites d’envoyer en France cinq équipages, formant 3,000 matelots, et de mettre à sa disposition un vaisseau et une frégate cette année. Il sera nécessaire qu’il envoie des officiers de marine pour recevoir ces matelots et ces vaisseaux.

Vous ne manquerez pas d’ajouter, dans votre conversation, et votre correspondance, que sous le gouvernement du roi la Hollande ne m’était d’aucun secours ; qu’elle me fournit aujourd’hui 10,000 matelots et a douze vaisseaux en rade. Enfin vous devez faire de cette matière importante l’objet spécial de votre correspondance avec mon ministre, et de vos conversations avec le ministre de Naples ici et avec le ministre de la marine. Je suppose que le ministre de Naples et le baron Durand ont le traité; s’ils ne l’avaient pas, il faut le leur faire connaître.

 

Saint-Cloud, 26 juin 1811

Au baron de La Bouillerie, trésorier général du domaine extraordinaire, à Paris

J’ai lu avec attention le compte que vous m’avez remis. Je désire­rais une manière plus claire pour les 1,172,000 francs de virement de la caisse du domaine à la caisse centrale.

Il résulte de votre compte que le domaine extraordinaire avait au 1er juin 353,666, 000 francs, mais sur cette somme 135,159,000 francs appartiennent aux revenus de 1810 et 1811 et, par conséquent sont compris dans ces budgets puisque j’ai fait des disposition de dépenses. Le trésor du domaine extraordinaire n’est donc que de  346,507,000 francs, qui sont dans votre portefeuille, dans les valeurs suivantes, savoir : 85 millions argent comptant; 84 millions placés au trésor; 38,200,000 francs de valeurs, telles qu’effets de la Banque, de la caisse d’amortissement, effets sur particuliers, valant de l’argent comptant; 61,480,000 francs de bons de Westphalie, de Bavière, de Saxe et de Danzig; 71,154,000 francs de bons de Vienne et de Prusse; 18,160,000 francs d’effets qui ne sont d’aucune valeur, comme déjà donnés ou allant être donnés : ce sont des rentes sur le Monte-Napoleone, sur l’État, etc. En ôtant ces 18,160,000 francs des 346,507,000 francs, l’avoir du domaine extraordinaire se trouve être de 328,347,000 francs, valant de l’argent comptant. Voyez le comte Defermon pour savoir si ce fonds est susceptible d’être aug­menté dans l’année, soit par résultat de traités faits avec les diffé­rents débiteurs de Hesse-Cassel, soit par la vente de domaines de la rive gauche du Rhin, qui se montent à des sommes plus considérables que vous ne les portez, soit par quelque autre objet que ce soit.

Mais il faut encore de ces 328,347,000 francs déduire les sommes que je me suis engagé à payer par un décret, telles que les huit mil­lions pour l’achèvement du Louvre que vous devez encore sur les trente-six millions. Je ne sais pas si votre compte est entièrement soldé avec le trésor.

Je vous prie de m’apporter des explications là-dessus vendredi, afin que j’aie des idées bien nettes sur mon avoir.

 

Saint-Cloud, 26 juin 1811

A M. de Caulaincourt, duc de Vicence, grand écuyer, à Paris

Monsieur le Duc de Vicence, mes officiers d’ordonnance sont sous vos ordres ; je désire que vous preniez les mesures nécessaires pour leur instruction et tout ce qui les regarde. Faites-moi un rapport sur les traitements dont ils jouissent et sur ce que je leur accorde pour leur premier équipement. L’expérience des dernières campagnes a démontré la quantité de chevaux nécessaire pour leur service. Ils doivent avoir des chevaux partout où j’en envoie. Ils doivent suivre les exercices d’infanterie, de cavalerie et d’artillerie de la Garde, afin de prendre les connaissances de ces trois armes nécessaires pour leur service. Faites-moi également un règlement pour leurs voyages, afin de savoir comment ils doivent être payés quand ils vont en mission, et par qui, et pour savoir également comment doivent leur parvenir les instructions à leur faire passer.

 

Saint-Cloud, 27 juin 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, écrivez au général Bertrand qu’il doit aviser aux moyens d’occuper Lussin-Piccolo; qu’on peut s’y porter du continent de Dalmatie avec des chaloupes canonnières; qu’il doit y envoyer 400 hommes et y faire établir un fort; que cela contiendra les Anglais et sera une chose utile à toute l’Adriatique.

 

Saint-Cloud, 27 juin 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Donnez ordre que la flottille de l’Ems soit complétée sur-le-champ, et que les six bateaux canonniers qui manquent lui soient remis. Ordonnez également que le nombre de ces bâtiments canonniers  soit augmenté, de sorte qu’immédiatement après avoir reçu vos ordres la flottille de l’Ems ait vingt bateaux canonniers. On peut tirer ces bâtiments soit du Texel, soit de tout autre endroit. Donnez ordre au commandant de cette flottille d’en tenir constamment douze à quinze sur les Wadden. Ces quinze bateaux canonniers seront divisés en cinq sections, composées chacune de trois bateaux canonniers. Le commandant les placera entre les neuf îles depuis celle de Rottum jusqu’à celle de Langeroog, de sorte que les commandants de ces bateaux canonniers, ayant des troupes à bord, soient chargés de la surveillance d’une ou deux îles, sachent ce qui se passe et puissent répondre de la correspondance qu’on voudrait faire passer par ces îles. Le commandant de la flottille, avec ses canonnières et le reste de ses bateaux canonniers, se porterait alors sur l’une ou l’autre de ces îles, selon les circonstances.

Donnez ordre au commandant de la flottille du Texel d’avoir une division de canonnières à l’embouchure de l’Ems, ayant une section entre Rottum et Schiermonnikoog, et de surveiller les correspon­dances et les passes d’Ameland et de Schiermonnikoog.

La flottille des villes hanséatiques aura spécialement six bateaux canonniers chargés de surveiller les îles et passages de Wangeroog et Spiekeroog.

Par ce moyen, les trois flottilles concourront également à la défense des Wadden, qu’il faut surveiller, parce que les Anglais communiquent par là et font filer par là leurs marchandises sur le continent.

Il serait convenable de joindre à ces bateaux canonniers quelques bonnes péniches, afin de descendre plus facilement dans ces îles et d’être toujours à portée de les bien visiter.

 

Saint-Cloud, 27 juin 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Je vous ai mandé que vous étiez maître de diriger sur Danzig les bataillons westphaliens. Je désire toutefois que vous ayez de bons renseignements sur l’esprit des officiers et des soldats. Si vous n’en êtes pas sûr, gardez-les à Magdeburg. Je vois qu’il en déserte beau­coup de Danzig.

 

Saint-Cloud, 27 juin 1811.

NOTES POUR LE COLONEL DU GÉNIE DEPONTHON, SECRÉTAIRE DU CABINET DE L’EMPEREUR.

Écrire à M. Atthalin (officier d’ordonnance de l’Empereur) que les renseignements qu’il donne sur les places fortes et fortifications sont suffisants, mais que ses rapports sur le personnel des troupes sont incomplets. Par exemple, il ne donne pas assez de détails sur les dépôts des 96e et 55e à Boulogne; il ne dit pas combien l’on attend de conscrits, de quels départements, s’il y a de la désertion, ce qu’il y a d’arrivé, de quelle qualité est l’habillement, s’il y a des plaintes, si des officiers manquent aux cadres.

Il faut que de l’île de Walcheren il envoie des rapports très détaillés sur ces différents objets : l’Empereur attend ses rapports pour ordon­ner le départ de nouveaux conscrits réfractaires pour les régiments qui sont en Allemagne. Les compagnies dont les cadres ont été rem­plis par des conscrits réfractaires de ce régiment, et qui sont destinées pour l’armée d’Allemagne, sont-elles parties ? Ont-elles eu des déser­teurs ? Cette mesure réussit-elle ? M. Atthalin doit entrer dans des détails sur les dispositions ordonnées par Sa Majesté et sur ce qui a été exécuté.

Écrire dans le même sens à M. d’Hautpoul (officier d’ordonnance de l’Empereur). Lui dire de voir en détail les quatre bataillons, de prendre note des places vacantes, etc., de visiter avec attention l’artillerie et les équipages de campagne qui sont dans les dépôts qu’il parcourt, et de faire en sorte que ce qui concerne le personnel dans ses rapports ne laisse rien à désirer.

 

Saint-Cloud, 29 juin 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Au 20 juin, il n’y avait dans le magasin du régiment de l’île de Ré que 320 habits, 28 vestes et 98 culottes. Le 1er bataillon, qui est à l’île d’Aix, était seul habillé; les autres bataillons avaient reçu des draps , mais n’étaient pas encore parfaitement habillés ; de sorte qu’il parait que, quoiqu’on ait beaucoup fourni à ce régiment, on n’a pas fourni suffisamment. Il y a suffisamment de gibernes, mais il manque la moitié des autres objets d’équipement.

Les hôpitaux sont insuffisants dans l’île de Ré.

 

Saint-Cloud, 29 juin 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Donnez ordre qu’aucun traitement extraordinaire, même celui du duc d’Istrie, ne soit payé que lorsque la solde sera payée. Témoignez mon mécontentement au duc d’Istrie de ce qu’il a contrarié à cet égard les dispositions du général Caffarelli à Vitoria, lorsque cette armée a tant de besoins.

 

Saint-Cloud, 29 juin 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, vous aurez vu dans le Moniteur une relation du siège de Tarragone, où les Italiens sont cités honorablement. Il faut me proposer des récompenses pour ceux qui se sont distingués.

 

Saint-Cloud, 30 juin 1811

RÉPONSE DE L’EMPEREUR A L’ADRESSE DU CORPS LÉGISLATIF.

Monsieur le Président et Messieurs les Députés du Corps législatif, j’ai été bien aise de vous voir près de moi dans cette circonstance si chère à mon cœur.

Tous les vœux que vous formez pour l’avenir me sont très agréables. Mon fils répondra à l’attente de la France; il aura pour vos enfants les sentiments que je vous porte. Les Français n’oublieront jamais que leur bonheur et leur gloire sont attachés à la prospérité de ce trône que j’ai élevé, consolidé et agrandi avec eux et pour eux. Je désire que ceci soit entendu de tous les Français. Dans quelque position que la Providence et ma volonté les aient placés, le bien, l’amour de la France est leur premier devoir. J’agrée vos sentiments.

AUX DÈPUTATIONS DES DÉPARTEMENTS DE L’ELBE, DU WESER ET DE L’EMS.

Messieurs les Députés des départements de l’Elbe, du Weser et de l’Ems, vous êtes réunis pour toujours à l’Empire. Aucune transaction politique ne peut vous en détacher. Vous remplirez toutes vos obli­gations de Français; vous jouirez de tous les privilèges attachés à cette qualité. J’agrée vos sentiments.

References   [ + ]

1. Cette note se trouve au ministère de la guerre, dans la collection du Dépôt des fortifications, sous ce titre: Note dictée par Sa Majesté. Elle se trouve également transcrite sur un registre du Dépôt de la guerre, intitulé : Ordres de l Empereur relatifs à la défense des places.
2. Le 26 mai 1811, l’Abeille, brick de 20 canons, commandée par l’enseigne provisoire de Mackau, avait poursuivi dans le canal de Corse le brick anglais Alacrity, et s’en était emparé après un brillant combat