Correspondance de Napoléon Ier – Avril – Mai – Juin 1809

Paris, 1er avril 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, répondez au sieur Otto que je ne veux point entendre parler de subsides; que ce n’est point le principe de la France; que cela était bon sous l’ancien gouvernement, parce qu’on avait peu de troupes; mais qu’aujourd’hui la puissance de la France et l’énergie imprimée à mes peuples produiront autant de soldats que je voudrai, et que mon argent est employé à les équiper et à les mettre en campagne.

Faites mettre dans les journaux des articles sur tout ce qu’il y a de provoquant et d’offensant pour la nation française dans tout ce qui se fait à Vienne. Vous pouvez prendre votre texte depuis les premiers armements. Il faut que tous les jours il y ait un article dans ce sens dans le Journal de l’Empire, ou dans le Publiciste, ou dans la Gazette de France. Le but de ces articles est de bien établir qu’on veut nous faire la guerre.

 

Paris, 1er avril 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, faîtes connaître au sieur Durant que je blâme les relations qu’il a eues avec le prince Paul (Paul-Charles-Frédéric-Auguste, prince Paul de Wurtemberg, 19 Janvier 1785-16 avril 1852, fils du roi de Wurtemberg, Frédéric Ier, et beau­ frère de Jérôme Napoléon), que mes ministres ne doivent avoir aucunes relations avec les enfants, à moins qu’elles ne soient publiques et du consentement des parents.

 

Paris, 1er avril 1809

DÉCISION

Il n’y il que les troupes ci­ jointes d’arrivées dans les environs de Würtzburg : les contingents des maisons ducales de Saxe, trois compagnies de la Lippe, quatre des maisons de Swarsbourg (sic), deux de Reuss et deux de Waldeck.

L’uniforme diffère même par bataillon et la solde n’est pas égale; quant à ce second objet j’ai ordonné qu’il n’y aurait, à dater du rassemblement en régiments, qu’une même paye pour tous.

(Würtzburg, 31 mars 1809).

Rouyer

Il faut laisser les unifor­mes différents, faire mettre les épaulettes aux officiers et leur donner des distinctions pour les troupes et laisser les cocardes différentes, puisque chacun appartient à un prince particulier.

 

 

Paris, 1er avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je vous renvoie les états de situation et les dépêches de l’armée d’Espagne. Écrivez au général Reille pour lui apprendre que, dès le 19 de ce mois, l’armée de Saragosse cernait Lérida et occupait Morella, sur les frontières de Valence, à dix lieues de Tortosa ; que le Mortier a de même envoyé reconnaître Montblanch, qui n’est qu’à quatre lieues de Valls, où se trouvait le général Saint-Cyr à cette époque. Tout porte à croire que général Saint-Cyr s’est réuni à l’armée de Saragosse; que Jaca s’est rendu; que s’il attend les Westphaliens pour assiéger Girone, il doit au moins envoyer des colonnes mobiles pour soumettre les environs et faciliter ses communications. Il est donc de la plus grande importance de rétablir et conserver les communications avec le maréchal Ney et le duc de Dalmatie. Écrivez au général Kellermann, à Valladolid, que je suis fort inquiet de ne pas recevoir de nouvelles du maréchal Ney et de ce qui se passe dans la Galice; qu’il faut mettre fin aux insurrections des Asturies, pacifier entièrement tout le nord de l’Espagne et rétablir les communications avec le maréchal Ney. Il  faut avoir un corps de réserve pour être prêt à tout événement. Écrivez au général Junot de tenir tout son corps dans ses mains, autant que possible; de placer une garnison à Jaca, d’envoyer des colonnes mobiles pour rétablir les communications avec les frontières de France et culbuter les retranchements que l’ennemi a pu faire, masquer Lerida et maintenir des débouchés sur Valence; qu’il envoie commander à Jaca l’adjudant commandant Lomet; qu’il peut diminuer la garnison de Pampelune, et surtout qu’il manoeuvre de manière à rendre le 5e corps disponible.

Envoyez cette lettre au commandant de l’Aragon par un officier; celles au maréchal Jourdan et au maréchal Kellermann par l’estafette. Enfin, réitérez au Roi l’importance d’ouvrir et entretenir les communications avec le duc de Dalmatie et le maréchal Ney; sans cela il n’y a rien à faire.

Écrivez au maître des requêtes Fréville qu’on ne sait comment il a pu prétendre que l’Empereur avait voulu faire mettre sous le séquestre de la commission des biens autres que ceux des dix condamnés; il est vrai que les Espagnols ont eu tort de se faire justice eux-mêmes, de manquer par là aux égards dus à l’Empereur; mais il avait eu tort le premier, en faisant séquestrer plus que les biens des condamnés.

 

Paris, 1er avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Strasbourg

Mon Cousin, donnez ordre au duc d’Auerstaedt de porter son quartier général à Nuremberg, et de diriger sur Ratisbonne la division Saint-Hilaire, la division de grosse cavalerie du général Nansouty et les sept régiments de cavalerie légère de la division du général Montbrun; ce qui fera cinq régiments d’infanterie et treize régiments de cavalerie à Ratisbonne. Vous lui prescrirez de laisser du côté de Bayreuth une de ses divisions, d’en avoir une avec lui à Nuremberg et d’en une troisième entre Nuremberg et Ratisbonne. Donnez ordre au général Dupas de se rendre avec sa division à Würzburg.

 

Paris, 1er avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez au général Kellermann de faire tout ce qu’il pourra pour rétablir les communications avec le duc d’Elchingen et de réunir à cet effet le plus de forces possible.

Écrivez au due d’Abrantès de réunir le 5e corps et de le diriger sur Burgos.

Réitérez au Roi qu’il faut surtout qu’il porte son attention sur le nord, et que, si la Romana continue à se maintenir plus longtemps entre la Galice, le Portugal et la Vieille-Castille, il faut s’attendre à beaucoup d’événements malheureux; qu’il faut donc marcher  à lui et le défaire sur-le-champ; qu’il est fort malheureux que cela ne soit pas fait depuis longtemps; que les Anglais instruits de cela feront un débarquement à Vigo; ce qui pourra compromettre sérieusement le duc d’Elchingen

 

Paris, 2 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Strasbourg

Mon Cousin, le corps d’Oudinot doit être à l’heure qu’il est, fort le 18,000 hommes, ou du moins ce qui peut manquer pour le compléter à ce nombre est en route. Je viens d’ordonner la formation de douze bataillons de marche d’Oudinot, indépendamment des quatorze premiers, que je regarde déjà comme dissous. Ces nouveaux bataillons de marche comprendront soixante compagnies, qui, à 140 hommes chacune, feront un supplément de 8,400 hommes. Le corps d’Oudinot sera donc, vers la fin d’avril, de près de 28,000 hom­mes, ce qui ferait 14,000 hommes par division. Il ne tardera pas non plus à recevoir les quatre bataillons qui sont au camp de Bou­logne; ce qui porterait la force de ce corps à 30,000 hommes ou à 15,000 hommes par division. Ce serait évidemment·former des divisions trop fortes et pas suffisamment maniables; mon intention sera alors de revenir à l’organisation primitive que j’avais donnée à ce corps et d’en former trois divisions, chacune de 8 à 10,000 hommes. Cela ne changera rien à la formation des demi-brigades qui se trouveront toutes portées à 2,520 hommes; les bataillons, de six compagnies, seront tous au complet de l’ordonnance; il n’y aura égale ment rien à changer à chaque brigade, qui restera composée de deux demi-brigades ou de 5,000 hommes; il n’y aura seulement qu’à retirer une demi-brigade de ligne et une demi-brigade d’infanterie légère de chaque division pour former la 3e division. Les renseignements que je reçois de la plupart des dépôts m’annoncent qu’ils ont déjà habillé et équipé tous leurs conscrits, et que l’on peut compter que, dans le courant d’avril, le corps d’Oudinot recevra l’augmentation de 8 à 9,000 hommes, et l’armée du Rhin celle de 4 à 5,000 hommes, montant des deux dernières compagnies de leurs 4e bataillons.

 

Paris, 2 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Strasbourg

Mon Cousin, donnez ordre que tous les sapeurs, mineurs, ouvriers d’artillerie, compagnies d’artillerie, destinés pour le quartier général, les officiers à la suite de l’état-major, etc., se rendent à Donauwoerth, où est formé le quartier général. La division Saint-Hilaire est arrivée à Bamberg le 31 mars. Le duc d’Auerstaedt, conformément à l’ordre qu’il a reçu, l’aura dirigée à  Nuremberg. L’ordre que vous lui avez expédié de se diriger sur Ratisbonne la rencontrera probablement en marche. Je suppose que, du 6 au 10 avril, toute la division Saint­ Hilaire sera réunie à Ratisbonne avec la division Nansouty et la division Montbrun, et que le duc d’Auerstaedt aura son quartier général à Nuremberg. Ainsi donc, du 6 au 10 avril, j’aurai à Ratisbonne et aux environs la division Saint-Hilaire avec son artillerie et treize régiments de cavalerie. Il sera nécessaire que le régiment provisoire de grosse cavalerie qui est à Donauwoerth se mette en marche pour rejoindre ces régiments à Ratisbonne.

 

Paris, 2 avril 1809

Au général comte Bertrand, commandant le génie de l’armée d’Allemagne, à Strasbourg

Monsieur le Général Bertrand, faites reconnaître une ligne dont la droite s’appuierait à Kufstein, dont le centre serait couvert par le lac dit Chiem-See, et qui ensuite suivrait la rivière d’Alz jusqu’à son confluent dans l’Inn près de Marktl.

 

Paris, 2 avril 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, les affaires d’Espagne vont mal. Comment est-il pos­sible que vous restiez tant de temps sans avoir des nouvelles du duc d’Elchingen, et que, malgré les mouvements de La Romana entre la Galice et la Castille combinés avec l’insurrection des Asturies, vous fassiez marcher la division Lapisse sur le midi, au lieu de l’employer dans le nord ? Je ne comprends rien à tout cela, et je ne puis prévoir que des malheurs. Le nord va de nouveau s’insurger, et les pertes que je ferai pour apaiser tous ces soulèvements partiels équivaudront à une grosse affaire perdue.

Vous vous leurrez de la soumission de La Romana et de fausses nouvelles. Pendant ce temps, les débris de La Romana se réorganisent, et voilà un mois qu’on les laisse tranquillement se reformer. Dans les affaires d’Espagne, le nord passe avant tout. Le rétablissement des communications avec le duc d’Elchingen est donc la première de toutes les opérations.

 

Paris, 2 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

J’ai donné des lettres de service pour l’armée d’Italie au général Macdonald; il va s’y rendre incessamment. Cet officier a des talents et du nerf; mais je ne me fie point à ses opinions politiques. Cependant les choses sont bien changées ; je suppose qu’il vous servira de tous ses moyens, et qu’il voudra gagner le grade où ses talents et ses anciens services l’appellent.

Je ne lui ai rien dit; il sera employé comme général de division; mais ce sera un des généraux que vous pourrez employer à commander une aile. Cette grâce, qu’il recevra de vous, vous l’attachera entièrement.

Je crois vous avoir mandé d’envoyer un de vos officiers aux avant-postes bavarois, à la source de la Drave, pour avoir des ren­seignements.

Vous ne me parlez pas de la colonne qui doit être partie de Vérone; on a mis, je ne sais pourquoi, quinze jours de retard dans la marche de cette colonne. Faites-lui traverser, le Tyrol à grandes marches.

Il me semble que votre intention est de commencer votre tournée par Montebaldo et Trente; vous reviendrez alors par les gorges de la Brenta. Reconnaissez bien la position près de Caporetto, où je fis bâtir une petite chiuse, et où je remportai, dans mes premières campagnes, un avantage très important contre les Autrichiens.

Le général de division Caffarelli est un officier important, qui a un grand usage de la guerre, une grande activité, beaucoup de zèle, et qui vous sera fort utile.

 

Paris, 3 avril 1809

Au général baron Sahuc, commandant la 19e division militaire, à Lyon

DÉPÊCHE TÉLÉGRAPHIQUE

Les 1,400 Portugais qui ont passé à Lyon étaient-ils en bon état, bien armés, équipés ? Se sont-ils bien comportés ? Ont-ils montré un bon esprit ?

 

Paris, 3 avril 1809

NOTES SUR LES DEMI-BRIGADES PROVISOIRES DE RÉSERVE.

On pourrait réunir à Strasbourg et à Mayence un corps d’armée de réserve, qui serait composé des six demi-brigades ci-après : la 5e, qui se réunit à Sedan, forte de 2.400 hommes; la 9e, à Wesel, de 2,520; la 10e, à Mayence, de 2,520; total, 7,140 hommes; la 11e, à Strasbourg, de 2 ,520; la 12e, à Strasbourg, de 2,520; la 13e, à Metz, de 3,360; total, 8,100 hommes. Ces deux brigades, composées de dix-neuf bataillons, présenteraient une force de 15,840 hommes.

On en formerait deux divisions. La première se réunirait à Strasbourg et serait composée des 11e, 12e et 13e; ce qui ferait une force de 8 à 9,000 hommes; elle pourrait se porter sur les derrières de l’armée et partout où il serait nécessaire. La seconde division, composée des 5e, 9e et 10e, serait d’environ 7 à 8,000 hommes; elle pourrait se porter au secours du royaume de Westphalie, de Hambourg et de la Hollande, et même se porter sur Boulogne, s’il était nécessaire. Mayence serait le vrai point de réunion.

Les 3e et4e demi-brigades provisoires qui se réunissent à Paris, fortes de 4,800 hommes, formeraient une autre réserve qui pourrait se porter également sur Boulogne, le Havre, Cherbourg et sur la Bretagne. Cette réserve, combinée avec celle des côtes de Boulogne, pourrait former un corps de 10,000 hommes, soit sur Boulogne, soit sur le Havre, soit sur Cherbourg; combinée avec la réserve de Pontivy, elle formerait avec la même promptitude un corps de 10,000 hommes en Bretagne.

Quant aux réserves d’Italie, elles ont leur but fixe.

 

Paris, 3 avril 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Il Y a un ouvrage sur Souwarow où se trouvent beaucoup de mauvaises notes. On dit cet ouvrage fait par un abbé. Il faut mettre les scellés sur les papiers de cet abbé, faire cartonner toutes les notes et même faire arrêter la publication de l’ouvrage, qui est tout à fait antinational.

 

Paris, 4 avril 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, renvoyez-moi le projet de note que vous devez passer en réponse à M, de Metternich. J’ai voulu le relire hier au soir et ce matin, et je ne l’ai point trouvé dans mes papiers.

 

Paris, 4 avril 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, remettez demain votre note à M. de Metternich. Je vous renvoie les deux notes de cet ambassadeur.

NOTE REMISE PAR LE COMTE DE CHAMPAGNY M. LE COMTE DE METTERNICH

Paris, 4 avril 1809.

Le soussigné, ministre des relations extérieures, a l’honneur de répondre aux notes de S. Exc. M. l’ambassadeur d’Autriche, des 1er et 3 avril, par lesquelles Son Excellence réclame le visa du ministre sur le passe-port d’un courrier qu’elle se propose d’expédier. Si ce visa n’a pas encore été apposé, c’est qu’il n’est pas au pouvoir du ministre de garantir, par aucune formalité quelconque, les dépêches de M. l’ambassadeur des suites de la représaille que Sa Majesté a ordonné aussitôt qu’elle a été instruite de la violence exercée à Braunau sur un officiel français, porteur des dépêches de son chargé d’affaires à Vienne, et de l’attentat inouï dont l’ouverture de ces dépêches, faite en présence même de celui qui en était porteur, a présenté l’exemple . Jusqu’à ce que la cour de Vienne ait donné sur ce procédé les explications satisfaisantes qu’on est en droit d’attendre, et que les dépêches enlevées soient parvenues au soussigné dans leur intégrité, cette juste représaille sera maintenue. Les dépêches qui seraient saisies, mises en dépôt, serviront à garantir la sûreté de la correspondance du chargé d’affaires de France à Vienne. Il en coûte beaucoup à l’Empereur d’avoir à exercer une pareille représaille; mais le même principe qui l’a déterminé à opposer des armements à des armements lui impose le devoir de venger une insulte par une insulte, comme aussi, si le cas se présentait, de repousser la force par la force. Entre gouvernements indépendants, il n’y a d’autre justice qu’une stricte réciprocité. Ainsi, contraint à des mesures qui contrarient tous ses vœux et qui étaient loin de sa pensée, l’Empereur peut au moins se rendre le témoignage qu’il n’a eu l’initiative d’aucune d’elles.

 

Paris, 4 avril 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je ne vois pas de difficulté à ratifier le traité qu’a fait le sieur Bourgoing. Je suis seulement fâché qu’il n’ait pas spécifié ce que devait coûter chaque chose. J’écris au ministre de la guerre d’envoyer à Varsovie un sous-inspecteur de aux revues, probe et instruit, pour  régler tous les détails d et vérifier l’accroissement en hommes des différents corps. Envoyez-lui la copie de la convention. Faites en même temps connaître au sieur Bourgoing que j’ai ordonné qu’on fît passer à Varsovie les sommes nécessaires pour payer ce qui sera dû pour mars, avril et mai, en partant du jour où l’on a commencé à lever des hommes.

Répondez à mon ministre près le roi de Wurtemberg que je partage les sentiments du Roi sur un acte aussi inouï que la déclaration du ministre d’Autriche; mais il a toujours été dans l’arrière-pensée de celte puissance de redevenir souveraine maîtresse de l’Allemagne. Le Roi a très-bien fait de rappeler son ministre. La lettre du Roi et celle du général autrichien sont propres à mettre dans la collection des pièces relatives à l’Autriche. Faites prendre des renseignements sur cet officier général, et sachez comment il se conduit dans les différents événements.

 

Paris, 4 avril 1809

Au comte Defermon, directeur général de la liquidation de la dette publique, à Paris

Monsieur Defermon, la grande-duchesse de Toscane m’écrit que, dans le seul département de l’Arno, il y a 400 curés qui se trouvent sans pain. Ils avaient leur portion congrue sur les monastères et sur la dépositairerie générale; mais, lorsqu’on a réuni tous ces fonds au Domaine, on n’a pris aucunes mesures pour payer les curés. Je désire que vous approfondissiez cette affaire, et que dans la première conférence vous me proposiez les moyens d’y remédier. Tout ce qui con cerne la Toscane est très-important. Apportez-moi votre travail jeudi. Je désire faire ce qui sera convenable pour contenter le pays.

 

Paris, 4 avril 1809

NAPOLÉON.

A M. Germain, officier d’ordonnance de l’Empereur, à Paris

Monsieur Germain, officier d’ordonnance, vous vous rendrez à Munich en toute diligence, et, après avoir vu M. Otto et vous être fait présenter au Roi, vous vous dirigerez sur Kufstein, où vous res­terez jusqu’à nouvel ordre, Vous m’écrirez tous les jours et vous adresserez vos lettres à M. Otto, Vous conviendrez avec ce ministre d’un chiffre pour correspondre. Si Kufstein était assiégé, vous vous enfermeriez dans la place avec la garnison, que vous engagerez à faire son devoir. Jusqu’à ce que les hostilités commencent, parcourez toutes les frontières voisines, que vous étudierez pour bien connaître le pays. Enfin vous me rendrez compte de tout ce qui se passera de votre côté, en adressant tous vos rapports à M. Otto. Vos chevaux suivront le quartier général.

 

Paris, 4 avril 1809

A M. de Montesquiou, officier d’ordonnance de l’Empereur, à Paris

Vous vous rendrez à Munich en toute diligence, et, après avoir vu M. Otto, le maréchal duc de Danzig, et vous être fait présenter au Roi, vous irez à Passau, où vous resterez jusqu’à nouvel ordre. Vous conviendrez avec M. Otto d’un chiffre pour correspondre, si les che­mins devenaient peu sûrs. Vous écrirez tous les jours, en adressant vos lettres à M. Otto, et les lui faisant parvenir par estafette s’il s’agit de quelque chose d’important. Vous m’enverrez tous les renseignements que vous pourrez recueillir sur les mouvements de l’ennemi et sur sa force à Linz et le long de l’Inn. Vous m’informerez tous les jours du progrès des travaux que l’on fait aux fortifications, ainsi que de l’état des magasins, enfin de tout ce qui peut m’intéresser. En cas de siége, vous vous enfermerez dans la place.

 

Paris, 4 avril 1809

Au comte Aldini. Ministre secrétaire d’État du royaume d’Italie, en résidence à Paris

Le Vice-Roi va faire une tournée. Il emmène probablement avec lui le ministre de la guerre ; mais je suppose que le ministre des finances restera à Milan. Écrivez à ce dernier pour que tous les jours il corresponde avec vous et vous fasse connaître ce qui vient à sa connaissance, afin que je sache ce qui se passe à Milan. Dès le 15, on pourra correspondre avec Milan par le télégraphe. Il faut que tous les jours vous écriviez et qu’on vous écrive  par cette voie. Si le ministre de la guerre restait à Milan, ce serait avec lui que je désirerais que cette correspondance eût lieu.

 

Paris, 4 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, il paraît que le résultat du voyage du prince Ferdinand à Vienne a été de faire renforcer leur armée d’Italie. Ces messieurs s’étaient imaginé que vous n’aviez personne ; mais, d’après les mou­vements que vous avez faits, ils commencent à être persuadés que vous êtes très-nombreux. Faites tout ce qui sera possible pour mena­cer Trieste. Je crois qu’il serait convenable de faire faire des baraques dans le camp d’Osoppo, de manière à pouvoir y placer 8 à 10,000 hommes; ce qui, avec une division de même force, qui serait au camp de San-Daniele, et une autre aux environs de Gemona, ferait trois divisions, qui pourraient se porter, en une marche et demie, sur la Pontebana, sans que l’ennemi en sût rien.

Pendant votre absence, je désire correspondre tous les jours avec Milan. Chargez le ministre des finances d’écrire exactement à Aldini. A dater du 15 avril, il pourra se servir du télégraphe; chargez-le également de recevoir tons les jours les communications télégraphi­ques. Si le ministre de la guerre restait à Milan, je désirerais que ce fût lui qui fût chargé de cette correspondance. Il est nécessaire qu’il y ait un chiffre entre vous et mon cabinet, afin de pouvoir correspondre sûrement pour les choses les plus importantes; je donne ordre qu’on vous en envoie un.

 

Paris, 4 avril 1809

A Élisa, grande duchesse de Toscane, à Florence

Ma Sœur, j’ai reçu votre lettre du 24 mars. J’approuve que le car­dinal Zondadari donne sa démission de son siège de Sienne et vous soit attaché comme premier aumônier. Il est nécessaire que vous présentiez les personnes que l’on peut nommer pour composer votre Maison.

Il faut aussi faire des propositions positives pour le remplacement des maires de Florence, de Livourne, et pour les nominations qui doivent placer partout des sous-préfets capables.

 

Paris, 5 avril 1809

NOTE POUR M. CRETET, COMTE DE CHAMPMOL, MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, À Paris

Faire un rapport sur l’État de la navigation du Pô, pour le Tanaro. Faire connaître quels sont les auditeurs attachés aux ponts et chaussées, quelle répartition en a été faite, quels sont ceux qui ont commencé leurs tournées. Rédiger une instruction sur leur service et la présenter à Sa Majesté.

 

Paris, 5 avril 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je voudrais avoir un homme parlant parfaitement l’allemand et un peu relevé, pour mettre à la tête de mon espionnage en Allemagne. Je voudrais un homme probe, auquel on pût confier de fortes sommes sans craindre qu’il les détournât à son profit, un homme connaissant l’Autriche et la Bohême. Il aurait sous ses ordres des agents de police. Il pourrait même en ramasser beaucoup de ceux qui ont servi les armées autrichiennes, du côté de Strasbourg. Faites une enquête là-dessus, et rendez-moi compte du résultat.

 

Paris, 5 avril 1809

Au comté Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Faîtes insinuer à la comtesse d’Albany qu’elle ait à quitter Florence et l’Italie et à se rendre en France

1)Louise-Maximilienne-Caroline-Emmanuelle, princesse de Stolberg-Gedern, née le 21 septembre 1752, décédée à Florence le 29 janvier 1824, veuve de Charles (1lI) Stuart, amie d’Alfieri.

 

Paris, 5 avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez l’ordre au général Suchet de rendre à Saragosse et de prendre  le commandement du 3e corps. Le duc d’Abrantès reviendra aussitôt qu’il sera remplacé par le général Suchet.

 

Paris, 5 avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, écrivez au duc d’Abrantès qu’avant de quitter l’Aragon il s’occupe de régler trois points importants: 1° d’arrêter avec le commandant du général le plan d’une forteresse à Tudela et d’un réduit sur les hauteurs, avec des flèches détachées qui maintiennent la communication avec la rivière; ces ouvrages seront d’abord faits en terre, mais de manière à pouvoir être revêtus successivement et à devenir une bonne forteresse; 2° de mettre en état siége le fort de Saragosse, et d’y faire placer dix mortiers pour commander la ville; 3° de faire évacuer toute l’artillerie sur la France.

Il est nécessaire qu’il y ait à Saragosse un colonel du génie formant direction et chargé de la conservation des fortifications de Jaca et des détails de celles de Tudela, et de la citadelle de Burgos.

Il faut qu’il y ait également à Burgos un autre directeur chargé du détail des fortifications de Burgos, de Miranda, et de tout ce qui est relatif au Passage et à Saint-Sébastien.

Donnez des ordres pour qu’on travaille sans délai aux ouvrages que j’ai arrêtés pour Miranda, tout en continuant avec la plus grande activité les ouvrages de Burgos.

Ayez soin de suivre de temps en temps la correspondance relative aux fortifications de Tudela, de Miranda, de Burgos et du fort de Jaca. Il faut que Jaca rétablisse promptement et maintienne sa communication avec la France, par Pau.

 

Paris, 5 avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, il ne faut point placer de prisonniers de guerre dans aucun des dix-huit départements de l’Ouest. Je vois avec peine qu’il y en a à Angers; faites-les-en partir sur-le-champ. Ces prisonniers fourniront des déserteurs, qui formeront promptement un noyau de bandits. Cela a été recommandé depuis longtemps; on a eu tort de violer ce principe.

 

Paris, 5 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Strasbourg

Mon Cousin, la route de l’armée sera par Strasbourg, Stuttgart et Ulm. La route du corps du duc d’Auerstaedt sera par Anspach, Ellwangen, Stuttgart et Strasbourg. Ce changement de direction aura lieu à dater du 15 avril.

 

Paris, 5 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Strasbourg

Mon Cousin, je vous renvoie les lettres du duc d’Auerstaedt, du 30 mars. Faites-en part aux généraux Songis et Bertrand, pour qu’ils réunissent l’artillerie et les sapeurs qui ne sont pas nécessaires aux différents services de l’armée, sur Ingolstadt. Répondez au duc d’Auerstaedt qu’il faut garder Stettin comme il est, et laisser les habitants tranquilles. Donnez ordre au général Dupas, quand il passera par Würzburg, d’incorporer le 4e bataillon du l9e , qui s’y trouve, et de renvoyer le cadre au dépôt.

 

Paris, 5 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Strasbourg

Mon Cousin, témoignez mon mécontentement au duc d’Auerstaedt de ce que ses avant-postes ont violé le territoire autrichien. Il y a un moyen de ne pas s’exposer à de pareils évènements, c’est de se tenir à une ou deux lieues en arrière.

 

Paris, 5 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Strasbourg

Mon Cousin, répondez au duc d’ Auerstaedt que, la Saxe étant menacée, il est juste que les troupes saxonnes se concentrent toutes devant Dresde; que le duché de Varsovie n’est pas menacé; qu’il y a plus de forces qu’il n’en faut pour le garder, et que d’ailleurs, d’après les dispositions de la Russie, l’Autriche aura bien autre chose à pen­ser. Envoyez des ordres directement pour que les troupes saxonnes reviennent du duché de Varsovie à Dresde, en laissant le Roi maître de faire rester une compagnie d’artillerie saxonne avec les Polonais. Je vois qu’il y a déjà aux environs de Dresde 10,200 hommes d’in­fanterie, 2,400 de cavalerie et 1,000 d’artillerie; au total, 14,000 hommes autour de la ville; il va en revenir de Pologne à peu près 4,000; ce qui fera en tout 18,000. II y a en outre 4,200 hommes en garnison dans la ville, 1,123 hommes de cavalerie non montés et en marche sur Dresde, et 800 hommes formant deux bataillons de dépôt près de Meissen; total, 6,123 hommes; total général, 24,000 hommes. Vous trouverez ci-joint l’état d’où je tire ces renseignements.

Écrivez au prince de Ponte-Corvo pour qu’il fasse connaître si Dresde se trouverait à l’abri d’un coup de main, en y laissant un bon commandant et 4 à 5,000 hommes; et, en supposant que la famille royale se retirât sur Leipzig, si l’on pourrait avoir ainsi le reste des troupes saxonnes disponibles, c’est-à-dire 18,000 Saxons prêts à se porter partout où il serait nécessaire. Recommandez au prince de Ponte-Corvo, dans le cas où la guerre viendrait à être déclarée inopinément, de faire retirer la famille royale sur Leipzig et Erfurt, et même sur la France si cela convenait au Roi; de laisser garnison à Dresde, et de se diriger avec toutes les troupes saxonnes disponibles sur l’armée française, en manœuvrant pour la joindre du côté du Danube. Faites connaître ma satisfaction au duc d’Auerstaedt des mesures qu’il a prises relativement aux sapeurs.

 

Paris, 5 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-toi d’Italie, à Milan

Mon Fils, vous m’avez envoyé un état d’après lequel je vois qu’il y a 140 places d’officiers vacantes dans votre armée; j’ai écrit au ministre de la guerre à ce sujet; mais, avant que les remplacements puissent avoir lieu par cette voie, il s’écoulera trop de temps. En­ voyez-moi, sans délai, des propositions pour toutes les places vacantes. Deux heures après la réception du projet de décret, je vous le ren­verrai signé. Attachez-vous à faire de bons choix; ne prenez pas trop de jeunes gens; il y a beaucoup de vieux capitaines, de vieux lieute­nants, de vieux sous-lieutenants, qui ont fait la guerre el qu’il faut pousser de préférence.

 

Paris, 5 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’approuve fort que vous ayez préparé six pièces de 6 sur affûts de montagne, pour suivre l’armée; mais voici ce qu’il faudrait faire pour compléter cette idée : organiser un équipage de montagne à la suite de l’armée, qui consisterait en quatre pièces de 6 sur affûts de traîneau et deux obusiers. Les pièces et les obusiers existent à votre parc de campagne; Vous n’aurez pas besoin de les avoir doubles. A Mantoue, on construira, en dix jours, ces affûts de traîneau tels que je m’en suis servi dans ma guerre des Alpes. Vous aurez ainsi douze pièces d’artillerie de montagne; ce qui fait un équipage rai­sonnable, et qui va partout où peut passer un cheval.

Il faudra 150 coups à tirer par pièce, c’est-à-dire 600 coups pour les quatre pièces de 6 et 300 pour les deux obusiers.

Il est nécessaire d’avoir pour cet approvisionnement dix petits caissons portés à dos de mulet. Il faut aussi organiser deux brigades de mulets de bât, chacune de 36 mulets, dont vingt chargés de cartou­ches de 6, trente chargés de cartouches d’obusiers, et vingt-deux charges de cartouches d’infanterie. Moyennant cela, vous pouvez tenir une division de 8 à 10,000 hommes dans la montagne, et être cer­tain qu’elle ne manquera pas d’artillerie et de cartouches.

 

Paris, 5 avril 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

J’ai donné ordre qu’on finît les affaires de Rome et qu’on détruisît ce foyer d’insurrection. D’ailleurs des correspondances ont été trouvées entre les agents de la cour de Rome et les Anglais, qui prouvent que le Pape prête son influence pour agiter les Italiens. Au reçu de lettre, faites diriger des colonnes sur la frontière, pour ensuite les porter avec la rapidité de l’éclair sur Rome. Je donne le même ordre en Toscane. Je désire que Saliceti reste à Rome pour conseiller le général Miollis, qui doit organiser un nouveau gouvernement. Vous pouvez donner l’assurance que le Pape restera évêque et ne se mêlera plus des affaires temporelles.

 

Paris, 5 avril 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, je reçois votre lettre du 1er. Je suis bien aise que l’affaire du général Vandamme soit arrangée; c’est un officier qui a beaucoup de mérite militaire. La démarche de l’Autriche est injuste, révoltante et insensée. Avant que Votre Majesté fasse occuper Mergentheim, je pense qu’il est nécessaire que son ministre soit arrivé. Il faut encore voir jusqu’à la fin du mois comment tout ceci va se passer.

 

Paris, 6 avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Donnez ordre que les citadelles de l’île d’Oléron et de l’île de Ré soient armées et mises en état de défense.

 

Paris, 6 avril 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Strasbourg

Mon Cousin, vous devez avoir reçu l’ordre de faire diriger de Hanovre sur Würzburg la division Dupas. Si vous ne l’aviez pas encore expédié, ne perdez pas un moment à le faire. Vous avez dû donner l’ordre à la division Saint-Hilaire, à la division de cavalerie légère du général Montbrun et à la division de grosse cavalerie du général Nansouty, de se porter sur Ratisbonne. Vous avez dû donner l’ordre au duc d’Auerstaedt de porter son quartier général à Nuremberg. Mandez-lui d’approcher sa division de cuirassiers et une ou deux de ses divisions de Ratisbonne, de manière qu’elles puissent s’y réunir en un jour. A cet effet, la division Saint-Hilaire aura tous ses postes sur la rive droite du Danube, ainsi que les divisions Montbrun et Nansouty. La division Saint-Hilaire n’en aura sur la rive gauche que tout au plus à deux ou trois lieues de Ratisbonne. Les Badois et les Hessois doivent avoir rejoint leurs divisions respectives. J’attends avec impatience de savoir quand ces mouvements auront lieu. Vous ferez connaître au général Dupas que la division Rouyer, composée des contingents des petits princes, formant 11,000 hommes, est sous ses ordres. Ainsi le général Dupas aura une belle division de deux brigades, une française de 5,000 hommes; et l’autre allemande de 6,000 hommes, formant 11,000, et douze pièces de canon. Vous donnerez l’ordre que les sapeurs de Würzburg soient dirigés sur le parc général du génie, à Ingolstadt. Aussitôt que vous serez informé de l’arrivée à Ratisbonne de la division Saint-Hilaire et des divisions Montbrun et Nansouty, vous donnerez l’ordre au quartier général et aux parcs du génie et de l’artillerie de se rendre de Donauwoerth à Ingolstadt.

 

Paris, 6 avril 1809

Au général comte Bertrand, commandant le génie de l’armée d’Allemagne, à Strasbourg

Je vous envoie un projet du général Chambarlhiac. 1° La manière dont il propose d’occuper le Spitzberg paraît défectueuse et contraire aux principes. Sur une étendue de 500 toises, il se trouve trois points attaquables; il faut donc que ces trois points soient bien éga­lement fortifiés, et de plus ôter la crainte d’un débarquement, en gardant 400 toises de flanc du côté de l’Inn et 350 du côte du Danube. Il doit exister sur le Spitzberg un point culminant, soit au centre de la position, soit sur l’un des côtés. C’est sur ce point qu’il faut con­struire un fort ferme. Une fois ce fort construit, il n’y aura rien à craindre; l’ennemi n’ira pas se placer entre le fort et la ville dans un rentrant de 400 toises ; il ne cherchera pas à débarquer par l’Inn ou par le Danube ; il serait foudroyé pr ce fort et par l’enceinte.

2° L’enceinte. Il faut chercher à la fortifier. Une bonne demi-lune placée vis-à-vis une des portes, dans un endroit non domin´´e, flanquerait bien l’enceinte et favoriserait la rentrée des troupes. Il faut chasser les particuliers des tours  de l’enceinte, dans lesquelles ils se sont établis, et armer ces tours avec du petit calibre.

3° Le Fuchsberg doit avoir une petite redoute de 2 à 300 toises de développement. Ce serait une position bien dominante, déjà favorisée par la disposition  du terrain.

4° La tête de pont de l’Inn est nécessaire ; mais, puisqu’il est nécessaire d’occuper le Hammerberg, on ne voit pas pourquoi on se place du côté de gauche aux Jésuites et à droite à la Madelaine; c’est exposer ces deux points à être attaqués par l’ennemi; il paraît bien plus conforme aux règles de se placer comme nous l’avons tracé, de manière que toute cette branche soit flanquée par la tour n° 2 et par l’enceinte de la place. Il y a, du bord de la rivière au sommet de la redoute, 220 toises; il faudrait que cela formât un seul front; enfin il faut le tracer de manière qu’on soit défendu par la tour n° 2.

Même observation pour le Voglauberg.

Ainsi l’on voudrait que les deux redoutes du Voglauberg et du Ham­merberg tirassent leur défense de la rive gauche de l’Inn, ou du moins des ouvrages qu’on établirait sur la rive droite et sur le bord de l’Inn; qu’ils tirassent également défense du réduit, et que les palissades du chemin couvert fussent tracées de manière à n’être point attaquées et à faire un rentrant sur les bords de l’Inn.

Quant au réduit, il me paraît d’une figure bien bizarre; il me semble qu’il serait possible de le simplifier dans son tracé. Pourquoi trois petits bastions, au lieu d’un beau front ? Je désirerais donc, 1° que les deux redoutes de Voglauberg el de Hammerberg, éloignées de 250 toises du réduit, tirassent leur défense des bords de l’Inn et du réduit même; 2° que le réduit opposât un front simple de 200 toises, se fermant à gauche par des ouvrages et réduits. Le réduit, tel qu’il est tracé, n’offre pas assez de capacité. Qu’est-ce qu’un ouvrage qui n’a pas 40 toises de profondeur sur une longueur de 200 toises ? Cet ouvrage, ainsi étranglé, ne peut rien contenir. Il serait plus convenable d’embrasser toute la montagne, Si elle forme un trapèze, ainsi que l’annonce le dessin, il faudrait y tracer un triangle équilatéral de 150 toises de côté ; ce qui donnerait des défenses pour les lunettes.

Donnez des instructions là-dessus. Ce projet me paraît médiocrement conçu.

 

Paris, 6 avril 1809.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Je fais donner l’ordre au contre-amiral Leissègues de se rendre à Venise. Il mènera avec lui un capitaine de vaisseau, chef des mouvements, 3 capitaines de frégate, 18 lieutenants ou enseignes, 30 contre­ maîtres et l50 canonniers de marine; ce qui fera environ 200 hommes de marine indispensables pour la défense de Venise, et qui serviront avec la marine vénitienne. Ces officiers n’auront à se mêler en rien de ce qui regarde l’arsenal et seront sous les ordres du gouverneur de la ville. Donnez des ordres pour qu’on réunisse un grand nombre de radeaux et autres bâtiments armés de canons et d’obusiers, pour défendre les canaux et les lagunes et présenter partout un grand feu. On pourrait préparer six grands radeaux portant chacun quatre grosses pièces de 24, lesquels pourraient se réunir et se concentrer partout où l’ennemi travaillerait. Ces radeaux devraient avoir des épaulements pour mettre à l’abri du boulet. Le temps arrive de s’occuper de l’approvisionnement de Venise, Mantoue et Legnago.

 

Paris, 6 avril 1809

A Elisa, grande-Duchesse de Toscane, à Florence

Ma Sœur, ayez soin qu’on n’établisse à Florence aucune espèce de jeux. Je n’en souffre ni à Turin ni dans aucun point de l’Empire; c’est un sujet de ruine pour les familles et un mauvais exemple à donner. J’en tolère seulement à Paris, parce que, dans cette immense ville, on ne pourrait pas les empêcher, et que c’est un moyen dont se sert la police. Mais mon intention est qu’il n’y en ait dans aucune autre partie de mon empire.

 

Paris, 6 avril 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Qu’est-ce que c’est que le baron de Montry, émigré français au service de l’Autriche ? Quest-ce que c’est qu’un M. de Fresnel qui sert dans l’armée de Bohême avec MM. De Rohan et Wacquant, Français ?

 

Paris, 7 avril 1809

A Elisa, Grande-Duchesse de Toscane, à Florence

Ma Sœur, j’ai donné ordre que la place de Livourne fût mise en état de défense et armée sans délai ainsi que ses trois forts. Il est donc nécessaire que, sans perdre un moment, vous donniez l’ordre aux directeurs d’artillerie et du génie. De faire mettre quarante à cinquante pièces de canon sur les remparts, de relever les parapets, de rétablir les plates-formes et de réparer la ville. Il est nécessaire que vous la fassiez approvisionner de poudre, de cartouches et de tout ce qui est nécessaire pour soutenir un siége.  Indépendamment de l’armement général, il doit y avoir un armement particulier pour les trois forts qui serviraient de réduit à la garnison si elle ôtait forcée, ou en cas d’insurrection. La garnison, étant moindre de 1,000 hommes, couchera dans les forts; et les principaux magasins seront dans les forts. La consigne doit y être très-sévère, et aucun bourgeois ne doit y entrer. Après le relèvement des parapets, le plus important est de s’assurer que les fossés sont pleins d’eau et qu’il y a des écluses et des batardeaux qui permettent d’y faire passer les eaux. Après cet objet important, le pa­lissadement des chemins couverts, le rétablissement des ponts-levis pour fermer les portes, des barrières aux glacis, sont de la plus grande urgence. Faites travailler, dès à présent, à ces différentes réparations.

Je sais qu’on objectera que les faubourgs sont près de la ville. En temps de paix on peut les laisser subsister; mais il faudrait les brûler, si l’on avait une garnison moindre de 12 à 1500 hommes. Si elle est plus considérable, on pourrait établir à la tête des faubourgs des ouvrages de campagne avec des fossés pleins d’eau qui les défendraient. Mais ceci est une question à résoudre plus tard. Ordonnez d’abord l’armement de la place et les travaux nécessaires pour la mettre en état, afin que, si 4 à 5,000 Anglais s’y présentaient, la ville eût le temps de recevoir du secours, ou que, les paysans des environs venant à s’insurger, la ville fût à l’abri de tout événement.

Faites faire, par le directeur du génie, une description de la place qui me fasse bien connaître ce qu’il y a à objecter contre elle; les maisons qui sont bâties sur les glacis , de quels matériaux elles sont construites, ce qu’elles contiennent, et si elles ont du commandement sur les remparts; quel moyen il y a de réunir le vieux fort au fort Murat, en démolissant, s’il le faut, ce qu’on appelle, je crois, le pavillon des officiers, et construisant une espèce de citadelle qui renfermerait le môle, le fort Murat, le vieux fort, l’ouvrage à corne et les deux darses.

Faites-lui faire également le projet de défense des faubourgs avec des ouvrages en terre entourés d’eau. Cela est un ouvrage qui demande du temps, et qui doit être soumis à mon approbation; mais ce qui n’a pas besoin de mon approbation, c’est la mise en état de la place, sans faire attention aux faubourgs qu’on détruirait en cas de néces­sité et dans le temps que l’ennemi investirait la place. Le génie recevra les ordres du ministre de la guerre, mais ils tarderont beau­coup; qu’on ne les attende pas. J’ai mis, pour les travaux à faire, 100,000 francs à la disposition du génie.

 

Paris, 7 avril 1809.

A Elisa, Grande-Duchesse de Toscane, à Florence

Ma Sœur, j’ai reçu votre lettre du 28 mars. J’ai ordonné que l’île d’Elbe serait comprise dans votre gouvernement et ferait partie de la 29e division militaire.

 

Paris, 8 avril 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, faites connaître au roi de Naples que dorénavant il ait à faire marcher avec plus de règle les troupes qu’il envoie à Rome; que, si cela eût été bien mené, je les aurais eues le 1er ou le 2 à Rome; qu’il ne fallait pas les faire marcher par bataillon, mais en masse; que les craintes qu’il témoigne des Anglais ne sont pas fondées; que, occupés comme ils le sont en Espagne, ils se trouveront fort heureux de n’être pas inquiétés en Sicile.

 

Paris, 8 avril 1809

Au vice-amiral, comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Vous trouverez ci-joint l’ordre pour la Victorieuse et le Mohawk d’aller à Venise. Cela me ferait donc 600 matelots français qui se trouveront à Venise en cas d’attaque.

Faîtes-moi connaître quel inconvénient il y aurait que je donnasse le même ordre à l’Étourdi et au Coureur, deux bricks neufs, je crois, que j’ai à Toulon; je les ferais également partir ensemble. Y aurait-il  de l’inconvénient que je donnasse le même ordre à la Tactique, au Cerf et à la Flèche ?

Si la guerre se déclarait, il serait bien avantageux pour moi d’être pendant quinze ou vingt jours maître de l’Adriatique. Ne pourrait-on pas faire partir deux vaisseaux de 74, bons marcheurs, qui iraient droit à Ancône et me donneraient  la supériorité dans cette mer avant que les Anglais en soient instruits. Cette seconde expédition demande du temps, et il faut y penser. Mais le départ des divisions (que je viens d’arrêter, savoir, les deux pour lesquelles je vais envoyer des lettes et les deux pour lesquelles je vous demande un rapport) , est important. Venise ne peut être défendue que par eau, et un matelot peut la servir plus que deux hommes de terre. Si j’avais là 15 à 1800 matelots français, cela donnerait de l’émulation et du mouvement aux 4,000 matelots du pays, et ce serait d’un prodigieux secours.

J’ai donné ordre que l’île d’Elbe ferait partie du gouvernement de la Toscane. Donnez ordre aux bâtiments que j’ai dans cette île de recevoir des ordres de la grande-duchesse.

Proposez-moi la composition d’une division de six petits bâtiments pour être stationnaires sur la côte, et sous les ordres de la grande­ duchesse. Ayez un officier sur lequel on puisse compter, à Livourne, auquel on puisse transmettre les ordres.

Envoyez le dessin d’une de nos mouches à Venise, pour qu’on en construise une; et, si cela est jugé plus avantageux que les bar­ques du pays, on en construira plusieurs pour la navigation de la Dalmatie.

Je vois neuf bâtiments employés à la défense de la côte de Gênes; je n’en vois qu’un à Livourne et trois à l’île d’Elbe. Je vous ai déjà mandé que je désirais plusieurs bâtiments à Livourne. Proposez-moi la composition de six bâtiments, gros et petits, pour Livourne et l’île d’Elbe.

 

Paris, 8 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Strasbourg

Mon Cousin, à dater du 1er avril, toutes les troupes que j’ai en Allemagne seront connues sous le titre d’Armée d’Allemagne, dont je me réserve le commandement en chef. Vous en êtes le major général; le général Songis, commandant l’artillerie; le général Bertrand, le génie; le duc d’Istrie, commandant la cavalerie; le con­seiller d’État Daru, intendant général; le sieur Villemanzy, chargé de la perception des revenus et contributions des pays qui m’appartiennent et inspecteur en chef aux revues de l’armée; le sieur Roguin, payeur général. Ainsi, dès à présent, le payeur du corps du duc de Rivoli doit correspondre avec le payeur général Roguin et recevoir ses ordres pour le service. Le sieur Roguin doit donc se rendre à Donauwoerth, où est le quartier général.

Le dépôt de l’armée, en France, est Strasbourg. C’est à Stras­bourg qu’on passera le Rhin; on ne doit plus le passer ni à Mayence ni sur aucun autre point. La route doit être désormais par Stuttgart et Ulm; de là, elle doit passer par Nuremberg, pour le corps du duc d’Auerstaedt, et par Augsbourg, pour les autres corps. Après Strasbourg, le premier dépôt de l’armée sera Ulm; le deuxième dépôt sera Augsbourg; Je troisième, Donauwoerth ; le quatrième, Ingolstadt. Augsbourg et Ingolstadt doivent être mis à l’abri d’un coup de main.

L’armée doit être composée ainsi :

Le 2e corps, commandé par le duc de Montebello et composé du corps du général Oudinot, formé de trois divisions : la 1e commandée par le général Tharreau; la 2°, par le général Claparède, et, la 3w, par le général Grandjean. Chaque division est composée de trois demi-brigades commandées par trois généraux de brigade ; il doit y avoir un adjudant commandant à chaque division. Le général Grandjean est arrivé à Paris. Chaque division aura douze pièces de canon et sera forte de 8,000 hommes. Le général Oudinot n’aura que deux divisions jusqu’au 1er mai, époque à laquelle se fera l’organisation de la 3e division. La division Saint-Hilaire fera partie du 2e corps; elle est de cinq régiments, dont un d’infanterie légère, et commandée par trois généraux de brigade; elle aura quinze pièces de canon. Une brigade de cavalerie légère de trois régiments, la division de cuirassiers Espagne de quatre régiments, et six pièces de canon, seront attachées au 2e corps; ce qui le portera à 40,000 hommes d’infanterie, 6,000 de cavalerie, et, avec l’artillerie et les sapeurs, à près de 50,000 hommes, ayant cinquante-sept pièces de canon.

Le 3e corps sera commandé par le duc d’Auerstaedt et composé de quatre divisions, dont trois de cinq régiments chacune, et la 4e composée de quatorze 4e bataillons; chaque division commandée par trois généraux de brigade et ayant quinze pièces de canon. Une division de cavalerie légère de….. régiments, la division de cuirassiers Saint-Sulpice de quatre régiments, et six pièces de canon, seront attachées à ce corps, ce qui le portera à 45,000 hommes d’infanterie, 6,000 hommes de cavalerie, et, avec l’artillerie, les sapeurs et les mineurs, à près de 60,000 hommes, ayant soixante-six pièces de canon.

Le 4e corps sera commandé par le duc de Rivoli et composé de quatre divisions françaises formant 30,000 hommes, de 10,000 hommes d’infanterie, alliés, d’une division de cavalerie légère de quatre régiments français et deux régiments alliés formant plus de 5,000 hommes, et de soixante-huit pièces de canon françaises ou alliées ; total, près de 50,000 hommes.

Le 7e corps sera commandé par le duc de Danzig et composé du  corps bavarois, fort de 30,000 hommes d’infanterie et de 4,000 chevaux, avec près de soixante pièces de canon.

Le 8c corps·sera composé de la division Dupas, forte de cinq bataillons français formant 4,000 hommes, el de quatre régiments des princes confédérés formant plus de 6,000 hommes; total : l0,000 hommes d’infanterie et douze pièces de canon; et d’une division wurtembergeoise commandée par le général Vandamme, forte de 10,000 hommes d’infanterie et de 3,000 hommes de cavalerie; total, 20,000 hommes d’infanterie et trente pièces de canon. Ce corps sera commandé par le duc de Castiglione.

Le 9e corps sera formé par l’armée saxonne aux ordres du prince de Ponte-Corvo, et composé de trois divisions réunies à Dresde et de deux du duché de Varsovie, formant près de 50,000 hommes. Le prince de Ponte-Corvo aura sous ses ordres l’armée saxonne, toutes les troupes du duché de Varsovie et les garnisons de Glogau et de Danzig.

Le 10e corps sera formé par la réserve, que commandera le roi de Westphalie, composé des troupes westphaliennes , de 8,000 Hollandais qui sont à Hambourg, et des troupes qui seront à Magdeburg, Stettin, Küstrin et Hambourg.

La réserve de cavalerie sera commandée par le duc d’Istrie et composée de deux divisions de cavalerie légère commandées, l’une par le général Lasalle et l’autre par le général Montbrun, ayant deux généraux de brigade; de la division Nansouty, formant six régiments et ayant douze pièces de canon; et de la division des six régiments de dragons provisoires, formant 6,000 hommes et ayant six pièces de canon.

La Garde impériale sera composée de dix régiments d’infanterie, chacun de l,600 hommes, de quatre régiments de cavalerie et de soixante pièces de canon, formant un présent sous les armes de plus de 22,000 hommes.

Donnez tous les ordres en conséquence.

 

Paris, 8 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Strasbourg

Mon Cousin, j’ai reçu vos lettres du 4 et du 5. Je vois avec plaisir, par celle du 4, que les divisions du 3e corps auront quinze pièces de canon chacune; ce qui fait soixante pièces de canon, et, avec l’artil­lerie de la division de cuirassiers Saint-Sulpice, soixante-six pièces de canon pour le corps aux ordres du duc d’Auerstaedt. Je vois que la division Nansouty sera le 5 avril à la hauteur de Donauwoerth. Je pense que vous avez donné ordre au régiment de marche de grosse cavalerie de se diriger sur Donauwoerth pour y être dissous et incorporé. Je suppose que, aussitôt que le 1er détachement de ma Garde et mes chevaux seront arrivés à Strasbourg, vous les aurez passés en revue, et que, après avoir fait donner à ma Garde ce qui lui aurait manqué, vous l’aurez dirigée avec mes chevaux sur Stuttgart, où je désire qu’ils restent jusqu’à nouvel ordre. Il n’y a aucune espèce de doute que le bataillon de marche du 19e, qui est dans la citadelle de Würzburg, doive être incorporé dans ce régiment, et le cadre retourner au dépôt. Donnez ordre au général Beaumont d’envoyer tous les jours un état pareil à celui qui était joint à votre lettre du 5, sur la formation des six régiments provisoires de dragons. Je vois qu’ils ont déjà 1,200 chevaux. Je suppose qu’avant le 1er ils auront 4,000 chevaux. Je n’ai pas besoin de recommander qu’on les exerce fréquemment.

J’ai vu avec plaisir que les fours d’Augsbourg ont été réparés, et que 25,000 quintaux de farine vont être réunis dans cette place. Je vois par les états qu’il y a à Augsbourg une pièce de 24, six de 18, vingt de 12, ce qui fait vingt-sept pièces de gros calibre, quarante­ cinq de 6, neuf obusiers et six mortiers, en tout quatre-vingt-sept pièces de canon, Si tout cela est approvisionné, c’est déjà beaucoup. Cependant il est bon de faire venir, soit du côté de Nuremberg, soit de Munich, quelques pièces de 24. Je me souviens qu’il y en avait beaucoup et de très-belles du côté de Kronach. Vous pouvez aussi en tirer de Würzburg et de Forchheim. Il faut qu’il y ait dans la place d’Augsbourg beaucoup de cartouches et d’approvisionnements. Donnez ordre qu’on palissade les demi-lunes, qu’ou emplisse d’eau les fossés et qu’on travaille avec la plus grande activité; car mon intention est de rester maître d’Augsbourg et d’y appuyer ma droite. Laissons les Autrichiens faire ce qu’ils veulent dans le Tyrol, vu que je ne veux point m’engager dans une guerre de montagne. Ecrivez à Varsovie que tous les Saxons doivent concentrés autour de Dresde; que cependant le Roi peut laisser 2 ou 300 hommes d’artillerie saxonne dans le grand-duché. Quand je dis de réunir tous les Saxons à Dresde, je ne veux point parler de ceux qui sont à Danzig et dans les places de l’Oder, qui doivent rester dans ces places. Ecrivez an prince Poniatowski qu’il doit former la garde à cheval polonaise, qui doit lui fournir une dizaine de mille hommes; ce qui, avec l’armée polonaise, fera beaucoup plus de monde qu’il n’en faut.

J’approuve que tous les corps renvoient leurs aigles en France, hormis une, qu’ils garderont. En attendant qu’ils aient des enseignes, vous les autoriserez à faire faire pour chaque bataillon des enseignes très-simples, sans devise et le tiers de celles qu’ils avaient autrefois. Ces enseignes sont pour leur servir de ralliement; elles n’auront au­cune décoration de bronze, elles porteront seulement le numéro du régiment et du bataillon. Quant au corps du général Oudinot, il faut que chaque bataillon fasse faire un petit drapeau d’un simple morceau de serge tricolore, portant d’un côté le numéro de la demi-brigade et de l’autre le numéro du bataillon, comme par exemple, 4e bataillon du 6e d’infanterie légère d’un côté, et de l’autre 1e demi-brigade légère, etc. Il faut faire pour cela très-peu de dépense. J’en ferai faire de très-belles, que je donnerai moi-même aussitôt que possible.

 

Paris, 8 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Strasbourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 6 avril, dans laquelle vous me rendez compte que quatre-vingt-dix bateaux ont été frétés. Faites­ moi connaître combien chacun de ces bateaux peut porter. Aussi­tôt qu’il y aura un officier de marine d’arrivé, il faudra l’envoyer parcourir le cours du Danube, d’Ulm à Passau, pour bien connaître cette navigation. Mon intention est d’acheter beaucoup de bateaux à Ratisbonne et à Passau. Ceux-là, je les achèterai à mon compte, et je les ferai monter par les marins français. Il est important d’être maître de manœuvrer sur les deux rives, afin de pouvoir faire, par la réunion de ces bateaux, un ou deux ponts dans un moment.

Je vois que vous ne savez pas trop la marche que vous devez suivre pour l’incorporation des escadrons de marche. Je vous envoie le décret que j’ai pris, qui vous fera connaître l’état de la question. Réglez-vous là-dessus.

 

Paris, 8 avril 1809

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, commandant le 9e corps de l’armée d’Allemagne, à Dresde

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 30 mars, avec celle du général suédois, du 15 mars, et la réponse que vous lui avez faite. Ce malheureux roi de Suède a fini comme tout le monde le lui avait prédit. Le major général a dû vous faire connaître l’étendue de votre commandement et la direction que vous devez donner à votre mouvement en cas d’hostilités imminentes et qui auraient lieu sans décla­ration de guerre.

 

Paris, 8 avril 1809

Au capitaine Lambert, commandant des frégates la Danaé et la Flore, à Corfou.

Monsieur le Commandant de nos frégates la Danaé et la Flore, vous partirez sans délai pour Ancône. Vous embarquerez sur votre bord le cadre du 3c bataillon du 2e régiment de ligne italien, ainsi qu’un bataillon de 600 Albanais, qui montreraient de la bonne volonté pour venir servir en Italie. Si le gouverneur n’avait pas reçu l’ordre du ministre de la guerre, vous lui présenteriez le présent ordre, et l’exécutera comme s’il l’avait reçu directement de notre ministre.

Dans le cas où des forces supérieures ennemies seraient devant Ancône, vous vous rendriez à Venise.

Vous préférerez, en cas d’évènement, les ports de Dalmatie, de Cattaro, de Raguse ; vous éviterez le port de Trieste et même les ports d’Istrie.

Si quelques hommes des cadres des 3e bataillons du 14e régiment d’infanterie légère et du 6e d’infanterie de ligne étaient restés à Corfou, vous les embarquerez également pour qu’ils rejoignent leurs corps.

 

Paris, 8 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai lu avec intérêt les deux lettres du général Marmont, des 24 et 29 mars. Continuez à l’instruire par le moyen de ces petites barques.

J’ai donné ordre que deux corvettes, bonnes marcheuses, de 200 hommes d’équipage, qui puissent entrer et sortir de Venise, partissent de Toulon pour s’y rendre. J’ai également ordonné aux deux frégates que j’ai à Corfou de se rendre à Ancône. An moyen de ces mesures réunies, vous vous trouverez avoir à Venise, en cas d’événement, 600 matelots français des bâtiments qui sont à Ancône actuellement, 1,100 des quatre bâtiments auxquels j’ordonne d’aller à Ancône; total, 1,700 matelots français; ce qui, avec le double que j’ai de matelots italiens, rendra Venise imprenable.

 

Paris, 8 avril 1809

A Elisa, Grande-Duchesse de Toscane, à Florence

Je reçois votre lettre du 31 mars, Vous recevrez incessamment le décret que j’ai pris pour régler toutes les affaires de la Toscane.

J’ai donné ordre au ministre de la marine de mettre six petits bâtiments à votre disposition, pour stationner entre Livourne et l’île d’Elbe.

Des quatre compagnies de gendarmerie que j’envoie en Toscane, une est déjà arrivée à Plaisance. J’ai ordonné qu’elle fût dirigée sur Florence. Mon intention est de diriger cette force auxiliaire de gendarmerie, avec le général Radet, sur Rome.

 

Paris, 8 avril 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples.

Il est nécessaire qu’il y ait un chiffre entre vous et mon cabinet, afin de pouvoir correspondre sur des objets importants et dans les cas où les chemins ne seraient pas sûrs. Je donne ordre qu’on vous en envoie un.

 

Paris, 9 avril 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieure, à Paris

Monsieur de Champagny, donnez ordre qu’on laisse continuer sa route au courrier autrichien Beck, qui est retenu à Châlons. Il marchera à petites journées et sera accompagné par un gendarme jusqu’à Munich. L’officier de gendarmerie qui l’a arrêté lui donnera un reçu de ses dépêches conçu en ces termes : ” Les paquets dont le sieur Beck, courrier autrichien, était porteur, ont été mis à la poste et parviendront à Vienne par cette voie, et ce par représaille de l’attentat inouï et contraire au droit des gens qui a été commis par la police de Braunau envers un officier français, porteur de paquets du chargé d’affaires de France pour sa cour, paquets qu’on a retenus et violés. “

 

Paris, 9 avril 1809

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Je reçois vos lettres des 22 et 23 mars. Je suis fort aise de ce que vous me mandez des dispositions de la Russie et surtout de M. de Romanzoff. Champagny vous envoie un courrier pour vous faire connaître la situation des choses. Les Autrichiens, après s’être ras­semblés en Bohême, sont revenus sur Salzbourg. Ils rétrogradent aujourd’hui sur Wels. Ils sont fort surpris de la force de mes armées, à laquelle ils ne s’attendaient pas. Effectivement, soit en Dalmatie, soit en Italie, soit sur le Rhin, je leur opposerai 400,000 hommes. Tout est en état. Le prince de Neuchâtel est au quartier général. Daru, tout le monde, est à l’armée. Une partie de ma garde et mes chevaux sont arrivés, il y a deux jours, à Strasbourg. L’autre partie est ici ou arrive d’Espagne. J’ai augmenté ma garde de deux régiments de tirailleurs et de quatre régiments de conscrits. Je vous ai écrit par ma lettre du 24 mars que, si l’empereur voulait m’envoyer trois ou quatre divisions, du moment qu ‘elles auraient passé la Vistule, je me chargerais de leur nourriture et de leur entretien; que, s’il veut agir isolément, il fasse marcher un corps de troupes sur la Galicie. Un aide de camp du duc de Sudermanie arrive demain à Paris. Je vous expédierai dans quelques jours un nouveau courrier; j’attends d’apprendre l’effet qu’aura fait la révolution de Suède en Russie. Je vous envoie l’ordre que j’ai donné au commandant de l’escadre russe à Trieste.

 

Paris, 9 avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je vous renvoie votre correspondance de l’armée d’Espagne. Écrivez au maréchal Jourdan qu’il rend compte des événements comme s’il était historien; qu’il est inconcevable qu’on laisse La Romana , sur les confins de la Galice, ravager les derrières du duc d’Elchingen et du duc de Dalmatie; qu’il n’est pas question de discuter si le duc d’El­chingen a bien ou mal manœuvré; qu’il était plus naturel d’envoyer la division Lapisse culbuter La Romana et rouvrir les communications avec le duc d’Elchingen; que je vois avec peine que l’armée n’est pas commandée, et que ce défaut d’activité occasionnera des événements fâcheux; que donner l’ordre au général Kellermann de marcher sur Villafranca est une absurdité, puisqu’il n’a que de la cavalerie; qu’il peut bien marcher sur Astorga et Benavente, mais non s’engager dans les montagnes; que lui ôter son artillerie est une mesure fausse; que ce général se trouvera ainsi sans aucuns moyens pour enfoncer une maison; que vous lui réitérez, ce que vous n’avez cessé de lui man­der, que la première opération à faire est de se mettre en communi­cation avec le duc d’Elchingen; que les plus grands malheurs peuvent résulter de cette apathie et de cet oubli des premiers principes de la guerre; que la division Lapisse est le corps le plus près, qu’il faut l’envoyer sur-le-champ pour rétablir la communication entre le duc d’Elchingen et Valladolid, et faire passer au duc d’Elchingen des instructions pour qu’il s’organise mieux ; qu’il est inconcevable que, La Romana étant aussi près d’Astorga et de Benavente, on s’expose ainsi les garnisons de ces villes, qu’on n’en évacue pas les hôpitaux, enfin qu’on ne prenne aucune mesure ; que ce n’est pas ainsi qu’on commande une armée ; qu’il est de toute nécessité de ne pas s’avancer dans le sud que le nord ne soit tranquille, qu’on ne sache au vrai la situation des ducs d’Elchingen et de Dalmatie, et qu’on ne se soit défait de La Romana ; qu’en dirigeant les troupes avec tant d lenteur et de mollesse on ne fera pas, avec les immenses armées qu’on a, ce qu’on ferait avec le quart ; que marcher en Andalousie par deux routes nécessitera le maintien de deux communications ; que cela ne peut dépendre désormais que de la situation où l’on se trouvera. Engagez le général Kellermann à ne pas disséminer sa cavalerie ni son artillerie, et à ne pas compromettre la tête de ses postes; que sa conduite relativement à Astorga et Benavente est inconcevable, et qu’il a très-mal fait de ne pas prendre des mesures dans des circonstances si importantes.

 

Paris, 9 avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez au maréchal Jourdan que j’ai vu avec plaisir le rapport du général Sebastiani; qu’il faut établir, de la Sierra Morena à Madrid, deux ou trois postes qu’on pourrait placer dans de vieux châteaux, ou dans des positions naturelles, et où l’on mettrait 800 hommes et un commandant ferme, quatre pièces de canon et deux mois de vivres. Ces postes seraient là à l’abri d’un coup de main et donneraient le temps de venir à leur secours. Lorsque, par suite de l’expédition de Portugal ou de toute autre circonstance, il s’agira de faire l’expédition d’Andalousie, ou même lorsqu’on voudra passer la Sierra Morena, ces postes serviront de point d’appui pour l’évacuation des malades, etc. Il ne manque pas de vieux châteaux et de belles posi­tions dont on peut profiter pour cela. Rien n’est faisable en Espagne si la communication avec le duc de Dalmatie n’est pas rétablie, soit en passant par Alcantara, soit du côté de Badajoz; répétez cela au maréchal Jourdan. Dites-lui que j’ai l’espérance que le duc de Dal­matie sera arrivé le 15 mars à Oporto et le 30 à Lisbonne; que ce ne sera que lorsque la jonction avec ce maréchal sera faite, que lors­que Elvas et Badajoz seront investies par lui, qu’il sera possible de s’engager dans l’Andalousie; qu’il faut, en attendant, assurer le passage du Tage au pont d’Almaraz, et profiter de quelques positions naturelles ou châteaux pour établir la communication de Merida avec Madrid.

 

Paris, 9 avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez ordre au directeur d’artillerie de se rendre à l’île d’Aix et d’y séjourner jusqu’à nouvel ordre, afin de veiller au bon service des batteries et à la défense de ce point important. Il vérifiera s’il y a des cartouches en quantité suffisante. Donnez ordre que la garnison de l’île d’Aix et de la côte vis-à-vis soit portée à 4,000 hommes, tout compris.

 

Paris, 9 avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Les colonels des régiments étrangers au service d’Espagne recrutent des soldats français. Faites-leur connaître que je les ferai arrêter et traduire à une commission militaire pour être punis comme embaucheurs.

Le colonel Hugo entre autres se permet de pareilles imperti­nences. Notifiez-lui qu’il ait à renvoyer tous les soldats français qu’il a pris dans son corps, et qu’au défaut d’obéir promptement à cet ordre, je le ferai arrêter et juger par une commission militaire comme transfuge et embaucheur. Louez le général Kellermann de la fermeté qu’il a montrée dans cette circonstance.

 

Paris, 9 avril 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je vois à l’article de Strasbourg, dans le Journal de Paris, un détail des mesures, que j’ai ordonnées en Allemagne, comme la construction de fours et autres objets importants. Si ce journal a mis cet article de son chef, tancez-le vertement; s’il le tient du journal de Strasbourg, défendez à tout autre journal que ce soit de parler de ce qui se fait à mes armées d’Allemagne. Il est singulier qu’on ne puisse rien faire sans que les journaux servent d’espions.

 

Paris, 9 avril 1809

A Elisa, Grande-Duchesse de  Toscane, à Florence

Ma Sœur, le ministre de la guerre vous enverra un décret que je viens de prendre pour l’armement de la Toscane. Vous pourrez sur-le-champ faire transporter une partie des pièces nécessaires pour les châteaux de Florence, sans cependant trop dégarnir Livourne. Il faut placer six pièces au moins dans les châteaux de Florence et six dans le château de Sienne. Donnez des ordres pour assurer l’exécution de toutes les mesures que j’ai prescrites dans le décret; ordonnez que les commandants des différents châteaux s’y logent ; enfin veillez à ce que le service se fasse conformément à mes intentions. Quant à Orbitello, je manque de renseignements sur l’armement de cette place. Il faut qu’il y ait à demeure, dans chacun de ces forts, un fond de garnison. . Ainsi, faîtes placer vétérans dans chacun de des forts de Florence, pour y faire le service des portes et y être à poste fixe ; faîtes-en placer 100 à Sienne, 100 à Orbitello, et 60 dans chacun des forts de Livourne : cela emploiera ·4 à 500 vétérans. N’y aurait-il d’abord que ce nombre, cela serait suffisant pour, dans un premier moment, mettre ces forts à l’abri d’un coup de main et en état d’attendre des secours. Vous verrez par mon décret que j’ai pourvu à ce que tous les Français qui sont à Livourne, à Sienne, à Florence, aient au besoin des lieux de refuge assurés, et, en même temps, à ce que ces villes puissent toujours être contenues en respect, en si petit nombre que s’y trouvent les Français.

 

Paris, 9 avril 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, le major général vous fera connaître que je vous ai donné le commandement du 10e corps de l’armée d’Allemagne, composé de vos troupes, des troupes hollandaises qui sont à Hambourg, et des garnisons de Küstrin et de Stettin. Votre principale fonction sera de maintenir la tranquillité depuis Hambourg jusqu’au Main. Dans le courant de mai, je vous enverrai deux demi-brigades provisoires que je forme à Wesel et à Mayence. Vous devez avoir 14,000 hommes de vos troupes. Il doit y avoir clans la citadelle d’Erfurt un bataillon du prince Primat; je vous ferai envoyer un bataillon de Würzburg; ce qui vous fera une vingtaine de mille hommes, indépendamment des garnisons des places. Jusqu’à cette heure vous n’avez autre chose à faire que d’exercer ces troupes, de recevoir les états de situation des garnisons el de renforcer autant que possible votre armée.

Si les Anglais débarquaient à Hambourg ou à l’embouchure du Weser, vous seriez en état de vous y porter et de dissiper les rassemblements d’insurgés qui se formeraient. Tâchez d’avoir 18 ou 20 pièces de canon attelées, avec des cartouches et tout ce qui est nécessaire. Il n’y a pas de mal, en attendant, de répandre le bruit que vous com­mandez une armée de 40,000 hommes, formée de vos troupes, de troupes hollandaises et d’un supplément de Français.

 

Paris, 9 avril 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Il faut faire venir La Rochejaquelein à Paris. Quand vous L’aurez vu, vous lui ferez connaître que mon intention est qu’il prenne du service.

 

Paris, 10 avril I809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Strasbourg

Mon Cousin, je réponds à votre lettre du 7. J’ai arrêté le travail proposé par le ministre de la guerre, parce qu’enfin on ne peut pas faire des choses impossibles. On doit trouver en Bavière des munitions de guerre; on doit en envoyer de Mayence, Neuf-Brisach, Huningue, par les charrois du pays, et d’Ulm sur Passau par le Danube. Toute l’artillerie de l’armée est approvisionnée. Il y a une grande quantité de cartouches d’infanterie. La proposition de ne mettre que 25 forges au lieu de 45, et de ne pas donner d’approvisionnement attelé au parc général, afin d’obtenir une réduction de 200 voitures, m’a parut raisonnable; cela épargnera des attelages et des hommes du train. Si l’armée d’Allemagne a un double approvisionnement attelé, soit aux divisions, soit aux parcs des corps d’armée, soit au parc général, elle est bien. Avec double approvisionnement, il y a de quoi soutenir trois grandes batailles comme celle d’Austerlitz; en porter davantage est un embarras inutile. Mais il n’est pas douteux qu’un double approvisionnement ne serait pas suffisant, si l’on n’en avait un troisième en dépôt à quatre ou cinq journées sur les derrières de l’armée. Ainsi, dans la situation actuelle, on doit avoir une réserve de cartouches entre Ulm, Donauwoerth et Ingolstadt, dans des caisses qui se portent sur des charrettes. Si l’armée marche du côté de l’Inn, par exemple, cet approvisionnement de réserve devra venir à Passau, et l’armée qui serait en avant de l’Inn aura ses deux approvisionnements et un troisième à Passau. Si l’armée se portait sur Vienne, elle ne se trou­verait éloignée que de 8 ou 10 jours de son troisième approvisionne­ment. Sans doute il en faudrait alors un quatrième pour remplacer le troisième et pour que l’armée pût le trouver en cas d’un évènement de retraite. Un principe que le général Songis ne doit pas perdre de vue, c’est qu’il n’y a rien de pis que d’avoir des voitures non attelées; ce n’est qu’un embarras. Il faut avoir des caisses qu’on transporte sur les charrettes du pays, et à cinq ou six jours derrière l’armée, et dans des lieux désignés pour servir de dépôts. Il n’y a point une division de l’armée qui n’ait 60 cartouches par homme portant fusil attelées á sa suite ; ainsi il y a donc à la suite de chaque corps d’armée 100 à 120 cartouches. Le parc général en a quelques-unes à sa suite ; le soldat en a 50 dans le sax, et il en a 60 dans les dépôts, qui peuvent arriver à quatre ou cinq jours de distance pour renouveler celles consommées.

Ainsi donc 150 cartouches attelées, soit à la division, soit au corps d’armée, feraient pour l’armée  15 millions de cartouches ou 900 caissons ; 50 cartouches dans le sac feraient 5 millions, et 5 millions dans les dépôts sur les derrières, en échelons, feraient 25 millions de cartouches, ou 200 par homme. Les dépôts doivent être à Ulm, Donauwoerth, Passau, Ingolstadt, et faire leur mouvement en échelons.

En résumé, je suis satisfait si les corps de l’armée ont 10 millions le cartouches, soit à la division, soit au parc du corps d’armée; je le suis si l’armée en a 5 millions pour les soldats, 5 millions au parc général et 5 millions en réserve à transporter par eau ou par les voitures du pays; enfin je le suis s’il y a un approvisionnement simple de coups de canon réparti dans les différents dépôts, en échelons, et se remplaçant successivement.

 

Paris, 10 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Strasbourg

Mon Cousin, les 4,000 hommes d’infanterie, les 600 hommes de cavalerie et les deux pièces de canon qui traversent le Tyrol pour rejoindre le corps du duc de Rivoli, me sont relatés comme devant arriver à Augsbourg le 19; ce qui me ferait penser qu’ils arriveraient le 12 ou le 13 à Innsbruck. Envoyez-leur des instructions pour que, si l’ennemi faisait des mouvements, il ne leur arrive aucune mauvaise venture, et qu’ils ne prennent point une fausse direction.

 

Paris, 10 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Strasbourg

Mon Cousin, faites bien connaître au général Oudinot, aux ducs de Rivoli et d’Auerstaedt, qu’on ne doit se servir des outils attachés aux corps d’armée que devant l’ennemi, et que les travaux d’Augsbourg, d’Ingolstadt, de Passau, des têtes de pont, doivent être faits avec des outils du pays ou des outils de réserve; qu’il faut faire reposer les chevaux des voitures qui portent les 6,000 outils des corps, et qu’il est bon qu’il y ait sur ces voitures quelques câbles pour faciliter le raccommodage des ponts el le passage des rivières. Donnez le même ordre au commandant du génie, afin que ces 6,000  outils partent toujours avec l’armée et en suivent les mouvements.

 

Paris, 10 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Strasbourg

Mon Cousin, donnez ordre sur toute la ligne aux commandants des divisions militaires, aux commandants d’armes et commandants de gendarmerie, qu’on ne laisse passer le Rhin à aucun soldat isolé, autre part qu’à Strasbourg. Donnez ordre qu’il soit mis sur le pont de Strasbourg un poste d’un officier et de.15 hommes, el d’un offi­cier de gendarmerie et de 4 gendarmes, qui empêcheront le passage de tout homme marchant isolément. On doit former à Strasbourg au­tant de dépôts qu’il y a de corps d’armée, où les hommes isolés se reposeront, seront habillés, armés et formés en compagnies. Ces compagnies devront être au moins fortes de 200 hommes et ne parti­ront que par les ordres du major général. Chaque compagnie prendra le nom de première ou deuxième compagnie du 2e corps d’armée, par exemple, etc. L’inspection de ces compagnies doit toujours être passée par le général commandant à Strasbourg, afin d’être assuré que tous les hommes out leurs habits, leurs souliers, leurs armes et leurs cartouches, et qu’ils parlent dans le plus grand ordre.

 

Paris, 10 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Strasbourg

DÉPÊCHE TÉLÉGRAPHIQUE PARVENUE À STRASBOURG LE 13 À MIDI

Je pense que l’empereur d’Autriche doit bientôt attaquer.

Rendez-vous à Augsbourg pour agir conformément à mes instructions, et, si l’ennemi a attaqué avant le 15, vous devez concentrer les troupes sur Augsbourg et Donauwoerth, et que tout soit prêt à marcher.

Envoyez ma Garde et mes chevaux à Stuttgart.

2)En marge de la dépêche on lit ces mots écrits par le major général : «J’ai l’honneur d’observer à Sa Majesté que cette dépêche télégraphique ne me parvient qu’aujourd’hui à Augsbourg, le16 avril, à six heures du matin

 

Paris, 10 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Strasbourg

Mon Cousin, je vous ai écrit par le télégraphe la dépêche ci-jointe.

Des dépêches interceptées, adressées à M. de Metternich par sa cour , et la demande qu’il fait de ses passeports, font assez comprendre que l’Autriche va commencer les hostilités, si elle ne les a déjà commencées. Il est convenable que le duc de Rivoli se rende à Augsbourg avec son corps, que les Wurtembergeois se rendent éga­lement à Augsbourg, et que vous vous y rendiez de votre personne. Ainsi vous aurez en peu de temps réuni à Augsbourg beaucoup de troupes. Communiquez cet avis au duc de Danzig. La division Saint­ Hilaire, les divisions Nansouty el Montbrun doivent être à Ratisbonne depuis le 6. Le duc d’Auerstaedt doit avoir son quartier général à Nuremberg. Prévenez-le que tout porte à penser que les Autrichiens vont commencer l’attaque, et que, s’ils attaquent avant le 15, tout se reploie sur le Lech. Vous communiquerez tout cela confidentiellement au roi de Bavière. Écrivez au prince de Ponte­-Corvo que l’Autriche va attaquer; que, si elle ne l’a pas fait, le langage et les dépêches de M. de Metternich font juger que cela est très-imminent; qu’il serait convenable que le roi de Saxe se retirât sur une de ses maisons de campagne du côté de Leipzig. Prévenez le général Dupas pour qu’il ne se trouve point exposé et pour que, en cas que l’ennemi attaque avant que son mouvement ne soit fini, il se concentre sur Augsbourg. Comme les Autrichiens sont fort lents, il serait possible qu’ils n’attaquassent pas avant le 15; alors ce serait différent, car moi-même je vais partir. Dans tous les cas, il n’y au­rait pas d’inconvénient que la cour de Bavière se tint prête à faire un voyage à Augsbourg.

Si l’ennemi ne fait aucun mouvement, vous ferez toujours faire celui du duc de Rivoli sur Augsbourg, celui des Wurtembergeois sur Augsbourg ou Rain, selon que vous le jugerez convenable, et celui de la cavalerie légère des divisions Nansouty et Saint-Hilaire sur Landshut ou Freising, selon les événements. Le duc d’Auerstaedt aura son quartier général à Ratisbonne; son armée se pelotonnera à une journée autour de cette ville, et cela dans tous les événements. Les Bavarois ne feront aucun mouvement si l’ennemi n’en fait pas. Quant à la division Rouyer, elle se rapprochera de Donauwoerth si elle ne peut pas attendre la division Dupas.

 

Paris, 10 avril 1809

Au général comte Bertrand, commandant le génie de l’armée d’Allemagne, à Augsbourg

Monsieur le Général Bertrand, j’ai reçu votre lettre du 7. Je sup­pose que celle-ci vous trouvera à Augsbourg. Pourrait-on mettre de l’eau dans les fossés de la citadelle d’Augsbourg ? Ne serait-il pas con­venable de construire au pont de Neubourg une petite tête de pont, qui serait protégée par l’enceinte même de la place ? Cet ouvrage aurait l’avantage de flanquer toute la face. Ne serait-il pas convenable de fermer les batteries MM de manière qu’on ne pût pas les tourner à la gorge ? Cela aurait l’avantage que, si l’ennemi passait le Lech, il ne pourrait pas s’avancer sur les troupes qui seraient dans l’enceinte de la tête de pont. Quelle est la partie des environs qui serait inondée, si les fossés d’Augsbourg étaient pleins d’eau ? Il me semble que le seul point attaquable d’Augsbourg est la hauteur du côté de la Wertach, ou bien de l’autre côté, du côté de Landsberg. Faites travailler avec la plus grande activité dans cette place, afin que, mon armée marchant en avant, je puisse y centraliser mes dépôts et que, avec un ramassis de 5 à 6,000 hommes qui se trou­vent toujours sur les derrières d’une grande armée, je n’aie rien à craindre d’une division d’élite de l’ennemi de 15 à 20,000 hommes.

Je pense qu’il est inutile que vous alliez à Wurtzbourg. Il est plus utile que vous alliez à Ingolstadt. Mon intention est de mettre mes dépôts dans cette place lorsque je prendrai la ligne du Lech, et d’y laisser garnison.

Je vous ai envoyé, il y a peu de jours, mes mémoires sur Passau. Il sera nécessaire que vous vous y rendiez pour voir ce qu’on peut faire. Faîtes reconnaître le cours du Danube depuis Donauwoerth jusqu’à Passau, pour bien avoir la situation des rives, savoir s’il y a des ponts en pierre, et quels moyens il y aurait de les défendre. Faîtes faire une reconnaissance particulière de Ratisbonne. Je lis dans votre lettre que les trois têtes de pont du Lech doivent être armées et terminées : je voudrais qu’il fut possible d’établir de doubles têtes de pont sur les deux rives, d’abord pour s’en servir dans tous les sens, et pour que les troupes n’aient rien à craindre du premier cavalier qu’elles verraient sur l’autre rive ou du bruit d’une tentative de l’ennemi pour passer la rivière : c’est ce qui arrive ordinairement et rend peu utiles les têtes de pont, au lieu que, lorsqu’on est fermé de tous côtés, qu’on a des baraques et des vivres pour douze jours, on a du sang-froid et le temps de voir. Bien entendu que la partie de la rive droite du Lech doit être la plus forte.

 

Paris, 10 avril 1809, onze heures du matin

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Udine

Mon Fils, tout porte à croire que les Autrichiens auront commencé les hostilités hier, aujourd’hui ou demain. S’ils attaquent avant le 15, j’ai donné ordre que mon armée d’Allemagne se repliât sur Augsbourg et sur le Lech, afin de pouvoir m’y trouver moi-même pour diriger les premiers coups. Portez sans retard votre quartier à Pordenone; placez la division Broussier entre Pontebba  et la Chiusa, la division Grenier entre la Chiusa et Venzone, la division Lamarque à Osoppo, la division Barbou à Udine, la division italienne du côté d’Udine, l’autre du côté de Codroipo. Concentrez toute l’armée, car les hostilités sont imminentes. Donnez le commandement de Venise au général Vial; ordonnez l’armement et l’approvisionnement de cette place, et de la forteresse de Porto-Legnago. La division Barbou, une division italienne et quelques régiments de cavalerie sons les ordres du général Baraguey d’Hilliers doivent suffire pour tenir en respect ce que l’ennemi peut avoir du côté de Goritz et sur le chemin de Trieste, et vous, avec les divisions Grenier, Seras, Broussier, Lamarque, la garde italienne, une divi­sion italienne, la cavalerie nécessaire , et même la division Barbou si l’ennemi n’était pas en force sur la gauche de l’Isonzo, tenez-vous prêt à déboucher et à attaquer à Tarvis, en évitant les retranchements de l’ennemi et de vous casser le cou sur ses redoutes.

On m’assure que le 15 le télégraphe doit communiquer avec Milan; il me tarde bien de savoir que cette communication est ouverte. Je ne perds pas un moment à vous envoyer cette lettre; je donne l’ordre à Lavalette de vous l’envoyer par une estafette extraordinaire, qui partira ce matin à midi au lieu de minuit.

P. S. Vous pouvez, si vous le jugez convenable, employer Grenier, Macdonald, Baraguey d’Hilliers comme vos lieutenants.

Écrivez en chiffre à Marmont.

Donnez ordre aux bricks italiens et français qui sont à Ancône de se rendre à Trieste.

 

Paris, 10 avril 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je reçois votre lettre du 2 avril, avec la nouvelle de la victoire du maréchal Vidor. J’avais reçu, deux jours avant, la nouvelle du succès du général Sebastiani. Le ministre de la guerre vous envoie des nouvelles de ce qui se passe en Catalogne. Il paraît que le défaut de subsistances a fait penser au général Saint-Cyr qu’il devait se rapprocher de Barcelone.

Le roi de Suède a été culbuté. Le duc de Sudermanie m’a écrit pour me demander la paix; il est régent du royaume. L’Autriche pousse ses mouvements. Je suis fondé à penser qu’elle attaquera le 15. Demain ou après je pars pour l’armée.

Ne vous engagez point imprudemment, et, par-dessus tout, em­pêchez La Romana de soulever le nord; la division Lapisse paraît placée pour cette opération.

Je manque de généraux de cavalerie. Le général Lasalle a eu ordre de revenir; je ne sais pourquoi on ne l’a pas fait partir. Il y a en Espagne plus de généraux de cavalerie qu’il ne faut, et l’Espagne est le pays où il y en a le moins besoin, puisqu’il n’y a pas de manœuvres de cavalerie à faire.

Je ne sais pas comment le général Junot pourrait marcher sur Valence, à moins d’y envoyer le 5e corps, et je le fais venir dan la Biscaye, pour le diriger ou sur le nord ou sur la France, selon les évènements. Les Asturies et la Galice finiront par vous jouer un mauvais tour, si vous les négligez.

 

Paris, 10 avril 1809

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Il résulte des mouvements des Autrichiens et des lettres que j’ai interceptées, qu’ils commenceront les hostilités au plus tard du 15 au 20. Le prince Kourakine m’a remis ce matin la lettre de l’empereur. J’ai reçu du duc de Sudermanie une lettre que j’ai montrée à Kourakine. J’attendrai pour lui répondre si je recevrai (sic) encore des nouvelles de Russie. Toutefois ma réponse sera vague. Champagny vous écrit plus en détail. Si l’empereur ne se presse pas d’entrer en pays ennemi, il ne sera d’aucune utilité. Ses généraux seront prévenus du moment où les hostilités auront commencé, quoique je pense que vous en serez instruit avant par le chargé d’affaires russe à Vienne. Il paraît, par les lettres interceptées, que l’empereur d’Au­triche se rend lui-même à un quartier général, probablement à Salzbourg.

 

Paris, 11 avril 1809

Au général Lacuée, comte de Cessac,

Faites-moi connaître si deux régiments de co0nscrits de la Garde me coûtent plus ou moins cher qu’un régiment de ligne de cinq bataillons de 3,900 hommes, et quelle est la différence. J’ai idée que je dois avoir une grande économie dans les formations de conscrits; j’ai de l’économie dans l’administration et dans le moindre nombre d’officiers. En ayant deux régiments de vieille Garde, 3,600 hommes, deux régiments d’infanterie, 3,600 hommes, quatre régiments de tirailleurs, 6,400 hommes, quatre régiments de conscrits, 6,400 hommes, cela fait 20,000 hommes; ce qui forme un beau corps d’armée. En temps de paix, on peut faire entrer les sous-officiers dans la vieille Garde et n’avoir que deux régiments de vieille Garde, deux de tirailleurs et deux de conscrits, et même moins, et cependant, en temps de guerre, en appelant la réserve, on aurait reformé le corps tel qu’il est aujourd’hui en moins de trois mois.

 

Paris, 11 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Augsbourg

Mon Cousin, donnez ordre au duc d’Auerstaedt de faire lever tous les ponts qu’il avait laissés sur le Main el de rappeler tous les pontonniers qui s’y trouvent.

 

Paris, 11 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Udine

Mon Fils, la 4e demi-brigade provisoire, qui se réunit à Milan, doit être forte de 2,520 hommes. Les 15e, 16e et 17e demi-brigades provisoires, qui se réunissent à Alexandrie, et la demi-brigade pro­visoire italienne, doivent être de la même force; ce qui fera une réserve de 13,000 hommes, existant sur les derrières de l’armée. Les dépôts doivent, je crois, près de 5,000 hommes pour compléter les régiments qui sont à votre armée; donnez ordre qu’ils comblent ce déficit. Les compagnies des 5e bataillons sont partout en marche pour former ces quatre demi-brigades. Pour bien former la 14e demi­ brigade, que vous devez fournir avec les 5e bataillons qui sont à Milan, ordonnez que chacun de ces bataillons ait à envoyer une compagnie à Lodi, ce qui fera neuf compagnies, et, aussi tôt qu’il sera possible, la seconde compagnie. Lorsque cette demi-brigade sera formée, dirigez-la sur Vérone. Le colonel en second qui doit la commander doit être arrivé. Aussitôt que la demi-brigade italienne sera formée, envoyez-la également à Vérone ; nommez un de vos vieux généraux pour la commander. Elles seront à Vérone en bon air et en bonne situation pour se former; et vous serez en mesure d’occuper et d’éclairer soit Montebaldo, soit les gorges du Tyrol, ou de jeter des garnisons dans les places. Je ferai avancer sur Plaisance les trois autres demi-brigades qui se forment à Alexandrie, aussitôt qu’elles seront formées. Faites-moi connaître si je puis compter que ces demi-brigades seront formées et auront plus de 13,000 hommes au 25 avril.

 

Paris, 11 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Udine

Mon Fils, vous devez tenir à Cadore un officier italien intelligent; vous l’autoriserez à lever des compagnies de tirailleurs de Cadore, de 100 hommes chacune. Ces tirailleurs seront habillés le plus à la légère possible. On choisira, autant que faire se pourra, des hommes qui aient servi et sur lesquels on puisse le plus compter. Cet officier correspondra avec les Bavarois, et pourra vous transmettre rapide­ment des nouvelles des mouvements que les Autrichiens feraient dans la vallée de la Drave. En revenant de Trente par Tolmezzo, si vous êtes dans le Frioul, vous serez instruit très promptement de ce qui se passe. Faites-moi tracer par un ingénieur topographe  la route de Cadore dans la vallée de la Piave, celle qui est carrossable, en faisant connaître combien de jours il faudrait pour la mettre en état. Il faut faire reconnaître aussi une route qui de Sacile irait à Cadore. Faites également reconnaître par un ingénieur  géographe et bien tracer  la route de Tolmezzo à Osoppo, par la rive droite du Tagliamento.  Faîtes bien reconnaître la route qui déboucherait entre les retranchements des Autrichiens et Tarvis.

 

Paris, 11 avril 1809

A Elisa, Grande-Duchesse de Toscane, à Florence

Ma Sœur, quand le 62e de ligne et le 23e léger seront arrivés, faites-les partir pour Bologne, car les hostilités sont imminentes. La guerre commencera du 15 au 20. Ce sont les Autrichiens qui attaquent. Les Russes sont avec moi .Je vais partir ces jours-ci pour mon armée d’Allemagne.

J’avais ordonné la formation d’un bataillon de vélites et d’une garde d’honneur; vous ne me parlez point de cette formation. Je vous enverrai d’ailleurs bientôt une demi-brigade de marche, composée de conscrits de cette année et forte de 2,500 hommes. Les quatre compagnies de gendarmerie que je vous envoie vous donneront aussi un renfort de 300 gendarmes.

 

Paris, 11 avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, le major Ameil (Auguste Amiel, 1775 – 1822), du 27e chasseurs, qui est un bon soldat, mais une mauvaise tête, est en prison à Paris pour discussion avec son colonel (le duc d’Arenberg). Il faut  l’envoyer au quartier général du général Montbrun qui l’emploiera. Ce major se distinguera et fera oublier ses sottises.

 

Paris, 12 avril 1809

Au général Clarke, comte de Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je ne veux employer dans l’intérieur aucun des généraux qui n’ont pas passé le temps de la révolution en France. Il faut, en général, que cela vous serve de règle.

 

Paris, 12 avril 1809

NOTE POUR LE COMTE TREILHARD, PRÉSIDENT DE LA SECTION DE LÉGISLATION DU CONSEIL D’ÉTAT, A Paris.

L’apanage de Carignan existe-t-il en droit, nonobstant les circonstances politiques ?

S’il existe, et dans le cas où Sa Majesté consentirait à transférer la jouissance des titres d’apanage dans la possession des biens libres et dégagés de toute substitution et réversibilité à la Couronne, quels sont les droits de la branche cadette et quelle est la portion de l’apanage qu’en bonne et loyale justice on doit donner à cette branche ?

Si l’apanage est considéré comme éteint et n’existant plus, quel est le propriétaire des biens constituant l’apanage, quels sont les ayants droit à l’usufruit et quelle est la condition tant de la branche cadette que de la branche aînée ?

Le document le plus important à prendre en considération dans l’examen de ces questions est le traité du 19 frimaire an VII, par lequel il fut stipulé, article 8, que le prince de Carignan, dont la conduite avait toujours été favorable aux Français, et qui refusa de suivre le Roi, jouirait de ses biens, maisons et autres propriétés s’il restait en Piémont, et pourrait toujours en sortir en vendant ses biens, et en usant ainsi de la faculté accordée, article 5, à tous les autres habitants du Piémont.

 

Paris, 12 avril 1809, huit heures du soir

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Augsburg

Mon Cousin, il est huit heures du soir et le télégraphe me donne la moitié de votre dépêche, d’où il résulte, par une lettre d’Otto, que les Autrichiens auraient passé l’Inn et déclaré la guerre. Je suppose que vous êtes à Augsbourg et que vous avez centralisé toute mon armée sur le Lech. Il faut envoyer des ordres à la division Dupas de se rendre en droite ligne et à grandes marches sur Donauwoerth, ainsi qu’au général Rouyer. Je me mettrai en route dans deux heures; je serai le 14 à Strasbourg.

 

Paris, 12 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Augsbourg

Mon Cousin, recommandez bien au maréchal duc d’Auerstaedt de ne rien laisser à Nuremberg, Bamberg, Würzbourg et Bayreuth ; que les caisses de l’armée restent avec lui ou se rendent à Mayence, de sorte que, Forchheim, Kronach, Würzburg venant à être pris et la cavalerie ennemie inondant le pays, je ne perde rien pour ce qui est nécessaire à la défense.

 

Paris, 12 avril 1809, onze heures du soir

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Valvasone

Mon Fils, à peine arrivé à Vérone ou à Trente, je suppose que vous aurez appris que les Autrichiens ont commencé les hostilités, et que vous vous serez porté à votre quartier général en Frioul. Le télégraphe m’apprend seulement que les Autrichiens ont passé l’Inn et, par là, déclaré la guerre. Je crois vous avoir déjà fait connaître que mes instructions étaient que, si les Autrichiens attaquaient avant le 15, on se repliât derrière le Lech, où je serai de ma personne le 15. J’attends avec impatience d’apprendre ce qu’ils auront fait en Italie; mais toutes les nouvelles me portent à croire qu’ils veulent rester là sur la défensive.

Vous aurez centralisé votre armée dans le Frioul; vous aurez placé une division dans le débouché de Pontebba, et pour menacer constamment de vous porter sur Tarvis. Je pense que vous aurez eu soin qu’il n’y ait aucun embarras à Udine, que tous les dépôts de cavalerie ainsi que les hôpitaux soient au delà de la Piave; Palmanova, Osoppo, contiendront vos derniers embarras. Libre ainsi de tout, vous vous conduirez selon les mouvements de l’ennemi. Autant que je peux le calculer, les principales forces de l’ennemi seront à Tarvis ; si cela est, il ne se portera pas sur Goritz et se concentrera à Laybach.

Laissez sur l’Isonzo de la cavalerie et une douzaine de mille hommes, et portez-vous avec toute l’armée sur Tarvis, en ne donnant rien au hasard et en évitant les retranchements que l’ennemi a fait faire, afin de ne pas se casser le nez contre des redoutes. Je suppose que la route du Tyrol sera difficile; écrivez-moi par l’ duplicata par le Saint-Gothard et par l’estafette ordinaire; j’ai déjà donné l’ordre qu’elle passe par Chambéry et traverse la Suisse. Réunissez bien toute votre armée; instruisez Marmont des hostilités. Je vous ai déjà recommandé de placer la 14e demi-brigade provisoire à Vérone et de faire venir la division composée du 62e, des 23e et 22e légers par Bologne et Ferrare en grande marche sur Trévise, afin de vous servir de réserve. Laissez Miollis à Rome. Vous pouvez nommer Grenier, Baraguey d’Hilliers et Macdonald vos lieutenants généraux, en leur laissant leurs divisions; ils en commanderont deux, puisqu’ils sont plus anciens.

Faites venir à Venise les bricks italiens et français qui sont à Ancône. Je pense que vous devez faire désarmer la frégate française l’Uranie et faire passer l’équipage, officiers, soldats et matelots, à Venise, où ils seront d’un bon service pour la défense des lagunes.

Réitérez les ordres pour que Venise soit bien armée et approvisionnée. Ne vous pressez pas, voyez ce que fait l’ennemi ; ses dispositions doivent vous servir de règle.

 

Paris, 12 avril 1809

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam

La guerre est déclarée. Les Autrichiens ont passé l’Inn le 9, sans déclaration de guerre et sans manifeste, sans même prévenir leur ambassadeur. Levez des hommes, organisez vos gardes nationales et vos troupes pour vous défendre. Il y a longtemps que je ne cesse de vous dire cela. Il ne sera plus temps s’il vous arrive des malheurs.

 

Paris, 12 avril 1809, au soir.

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, vous aurez sans doute appris que les Autrichiens ont passé l’Inn le 9. D’après les ordres que j’ai donnés, mes troupes se concentrent sur le Lech. Je pars dans une heure pour Strasbourg. Probablement je continuerai pour me rendre sur le Lech.

Le major général doit vous écrire pour votre commandement.

Faites connaître ce qui se passe au général Dupas, qui marche sur Würzburg, afin qu’il marche éclairé. Toutes mes troupes se concen­trent sur le Danube. Ayez l’œil sur tout ce qui se passe du côté de Dresde, en Hanovre et du côté de Hambourg. Mais actuellement, c’est surtout du côté de Dresde et de Bayreuth qu’il faut avoir l’oeil. Mettez-vous en communications avec les commandants des provinces, et soyez prêt avec vos troupes pour contenir les coureurs, s’il y en a.

Faites évacuer Altona par mes troupes; les Danois l’occuperont.

Vous pouvez prendre quelques Hollandais pour mener à votre camp volant.

 

Paris, 12 avril 1809

A Charles, prince de Suède, duc de Sudermanie, à Stockholm

Mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Altesse Royale du 17 mars. Elle n’a pas tort de croire au désir que j’ai de voir la Suède heureuse, tranquille et en paix avec ses voisins. Ni la Russie, ni le Danemark, ni moi n’avons fait la guerre à la Suède de plein gré; nous avons, au contraire, tout fait pour éviter des malheurs qui étaient faciles à prévoir. Je me suis empressé de faire part à ces cours des dispositions de Votre Altesse Royale. Je me flatte que leurs sentiments seront conformes aux miens, et j’espère qu’il ne tiendra pas à nous que la Suède soit rendue au bonheur et à la tranquillité. Aussitôt que je connaîtrai les intentions de mes alliés, j’en ferai part à Votre Altesse. En attendant, qu’elle ne doute pas de l’estime que je porte à sa na­tion, du bien que je lui désire, et des sentiments que m’ont depuis longtemps inspirés les vertus et le caractère de Votre Altesse.

NAPOLEON.

 

Paris des Tuileries, 13 avril 1809

ORDRE DU SERVICE PENDANT L’ABSENCE DE S. M. L’EMPEREUR ET ROI.

Nous avons réglé, pour être exécutés pendant la durée de notre absence, les dispositions suivantes.

Tous les ministres correspondront avec nous pour les affaires de leur département. Néanmoins, ils se rassembleront, le mercredi de chaque semaine, dans la salle des séances du Conseil d’État et sous la présidence de l’archichancelier. Ils y porteront les objets de détail et du contentieux de leur administration, lesquels seront remis à l’archichancelier pour nous être transmis dans la forme ordinaire.

Nous entendons, en général, que toutes les affaires qui, dans l’ordre ordinaire du gouvernement et de l’administration, ont besoin de notre signature, continuent à nous être présentées à cet effet.

Toutes les fois qu’un ministre jugera nécessaire une conférence avec d’autres ministres pour traiter une affaire de son département, il en fera la demande à l’archichancelier, qui convoquera à cet effet les ministres dont le concours sera jugé nécessaire.

Les ministres nous écriront tout aussi souvent qu’ils auront à nous entretenir des affaires de leur département.

Toutes les lettres nous seront adressées directement.

 

Paris, 13 avril 1809

Au général Clarke, comte de Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, mon ministre de la guerre, il est nécessaire de remettre sur-le-champ en réquisition les 6,000 gardes nationaux du camp de Saint-Omer, en ajoutant le département de la Somme à ceux qui ont fourni. Vous vous concerterez pour cela avec le ministre de l’intérieur et celui de la police. Vous donnerez le commandement de cette garde au général Rampon et vous enverrez le général Sainte-Suzanne pour commander le camp de Boulogne.

Envoyez le général Degrave pour commander l’île d’Oléron; il faut qu’il y ait au moins 1,500 hommes de garnison. Faites fermer à la gorge la batterie.

Aussitôt que le bataillon qui se forme à Maëstricht sera réuni, envoyez-le à Gand, pour rejoindre la demi-brigade provisoire qui s’y forme, et où doivent se trouver les trois autres bataillons de cette demi-brigade. Pressez la formation de cette demi-brigade, qui est nécessaire pour la défense de l’Escaut.

Envoyez Je général Dumuy prendre le commandement de la 8e division militaire.

 

Strasbourg, 15 avril 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous envoie des lettres de Burghausen. Il est convenable de faire mettre dans les journaux l’extrait des nouvelles officielles de Munich, afin de prévenir toute nouvelle. Il faut d’abord mettre la lettre de l’archiduc Charles qui déclare que les hostilités sont commencées et le lendemain l’extrait des dépêches des 10, 11 et 12. Il faut avoir soin que M. de Metternich ne s’échappe point. J’apprends qu’on retient mes légations, et celle de la Confédération du Rhin. Entendez-vous là-dessus avec le ministre de la police. Il faut faire mettre dans les journaux des articles qui fassent voir l’indignité de la conduite de l’Autriche d’attaquer, tandis qu’elle déclare vouloir rester sur la défensive, et lorsque les légations n’ont pas encore été rappelées.

 

Strasbourg, 15 avril 1809l.

A Eugène Napoléon, vive-roi d’Italie, à Cassano

Mon Fils, je suis à Strasbourg. Je vous ai écrit de Paris. Menacez beaucoup, mais ne vous pressez en rien et marchez avec précaution.

Le 12, les Autrichiens n’avaient pas dépassé Mühldorf. Je suppose que la colonne de 5,000 hommes venant d’Italie à Augsbourg par le Tyrol aura rétrogradé et n’aura pas continué sa marche sur Innsbruck, que les Autrichiens pourraient occuper avant elle.

L’Impératrice est à Strasbourg, Dans une heure je passe le Rhin.

Je laisse les Autrichiens maîtres du Tyrol, afin de les y envelopper s’ils s’enfournaient de votre coté. Ayez soin d’avoir deux barques armées à Peschiera, qui battent le lac.

 

Strasbourg, 15 avril 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Brunswick.

Mon Frère, ayant appris que les Autrichiens avaient passé l’Inn, je suis parti de Paris. J’arrive à Strasbourg. Le 12, aucune affaire d’avant-garde n’avait eu lieu, et les Bavarois ont ordre de se concentrer derrière le Lech et de rester dans les mêmes positions.

Réunissez vos troupes et faites passer par les armes le premier mutin qui remue chez vous. Vous avez dans votre commandement Hambourg et les Hollandais qui y sont ; vous aurez sans doute envoyé quelqu’un pour les reconnaître.

Je serai ce soir à Stuttgart et probablement demain à Donauwoerth.

Envoyez-moi toutes les nouvelles que vous auriez de la Saxe; et, s’il arrivait que les Autrichiens attaquassent de ce côté-là et que les Saxons fussent obligés de se retirer, faites tout ce qui vous sera possible pour les aider.

 

Ludwigsburg, 16 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Augsbourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre par laquelle vous m’annoncez que vous faites partir le corps d’Oudinot pour Ratisbonne. Vous ne me faites pas connaître ce qui nécessite une mesure si extraordinaire qui affaiblit et dissémine mes troupes. Je pense que, si vous n’avez pas été porté à cette décision par des motifs extraordinaires, vous ordonnerez au général Oudinot d’arrêter son mouvement et de se placer entre Ratisbonne et Augsbourg, afin d’être en mesure de se porter sur cette dernière place, si le cas l’exigeait. Quant à l’ordre d’occuper Straubing par le général de Wrede, je ne le comprends pas, parce que j’ignore pourquoi il l’a évacué. Quant à l’ordre d’occuper Landshut, je ne le trouve pas raisonnable. Le maréchal Lefebvre avait bien fait de concentrer ses forces à Munich; deux divisions sont plus fortes qu’une. Je ne comprends pas bien l’esprit de votre lettre du 13 au soir, et j’aurais préféré savoir mon armée concentrée entre Ingolstadt et Augsbourg, les Bavarois en première ligne, comme s’était placé le duc de Danzig, jusqu’à ce que l’on sache ce que l’ennemi veut faire. Il me tarde d’avoir des nouvelles du duc d’Auerstaedt. Il faut se conformer à mon instruction, qui est de rallier mon armée et de l’avoir dans la main. Si l’ennemi devait déboucher par le Tyrol et que l’on fût dans le cas de donner bataille à Augsbourg sans quoi le général Oudinot y fût, ce serait un grand malheur. Si, d’un autre côté, on était obligé d’abandonner Augsbourg, qui n’est pas encore en état de se défendre, et de livrer ainsi nos magasins d’Ulm, ce serait encore un grand malheur. Tout était par­fait si le duc d’Auerstaedt eût été près d’Ingolstadt, le duc de Rivoli avec les Wurtembergeois et le corps d’Oudinot auprès d’Augsbourg. Puisque l’ennemi a attaqué, il faut savoir quel est son plan. Le prin­cipal est qu’Oudinot soit à Augsbourg avant l’ennemi, et qu’il ait les deux bien ouverts. Quant au duc d’Auerstaedt, aux divisions Saint-Hilaire, Nansouty et Montbrun, l’instruction est pour eux comme pour tout le monde : se concentrer entre Ratisbonne, Ingolstadt et Augsbourg ; de sorte qu’il fallait raire juste le contraire de ce que vous avez fait. Il est possible que je parte d’ici aujourd’hui de manière à arriver ce soir à Dillingen. Écrivez-moi par cette route.

 

Ludwigsburg, 16 avril, quatre heures du matin

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, à Augsbourg

Mon Cousin, je suis arrivé à Stuttgart. Je suppose que vous occupez la tête de pont de Landsberg par un détachement, et que vous faîtes faire des patrouilles sur votre extrême droite. J’ai appris qu’on avait envoyé le général Oudinot sur Ratisbonne. J’ai donné l’ordre qu’il arrêtât son mouvement et se tînt à portée de vous, afin qu’il pût vous rejoindre, avant l’ennemi, sous Augsbourg, et que, si les Autri­chiens tentaient quelque chose, votre corps, celui d’Oudinot, celui du général Vandamme et celui du duc de Danzig fussent réunis.

Faites reconnaître une position qui est assez loin derrière Munich, celle de Dachau.

J’attends de savoir ce que l’ennemi aura fait du côté de la Bohème. Il est à penser que les bataillons qui doivent venir d’Italie pour vous renforcer en auront été empêchés par l’insurrection du Tyrol et auront rétrogradé sur Trente.

Écrivez-moi par Dillingen, où il est possible que j’aille ce soir.

 

Stuttgart, 16 avril 1809, une heure du malin

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Sacile

Mon Fils, j’arrive à Stuttgart. Les Autrichiens sont toujours sur l’Inn, vis-à-vis Braunau; du moins telle était encore leur position le 14. Il paraît que le Tyrol s’est insurgé et qu’il y a eu des événements, dans les journées du 11 et du 13, qu’on ne connaît pas bien; il y avait peu de troupes bavaroises. Je suppose que la colonne de mes troupes partie de Brescia sera retournée sur Trente. J’aurais désiré qu’elle pût arriver ici; mais du moins elle vous servira et augmentera d’autant vos forces. Si les Autrichiens jettent de vos côtés des procla­mations incendiaires, comme ils l’ont fait ici, répondez-leur par une proclamation vive, qui rappelle la manière dont ils ont maltraité l’Italie. Réunissez bien vos troupes. Marchez posément, et prenez bien toutes vos mesures avant de rien entreprendre. Je suppose qu’ils n’auront rien tenté de vos côtés.

Donnez des nouvelles en Toscane, à Naples, en Dalmatie. Jusqu’à cette heure les troupes françaises ne se sont pas encore trouvées en présence.

 

Donauwoerth, 17 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Augsbourg

Mon Cousin, j’arrive à Donauwoerth. J’aurais bien désiré vous y trouver; mais, dans l’idée que j’allais à Augsbourg, vous étiez parti pour cette ville. J’ignore absolument où se trouve le duc d’Auerstaedt, et je vois que personne ne sait précisément où il est. Le général Vandamme m’assure que l’ennemi est à Ratishonne. Cela étant, il me semble que ma position est plus naturellement établie ici qu’à Augsbourg, Donauwoerth étant le quartier général et le point de réu­nion de deux corps. J’aurais désiré que vous, allant à Augsbourg, vous eussiez laissé ici Monthion. Rendez-vous le plus tôt possible ici. Il paraît que le duc de Danzig s’est retiré sur Geisenfeld; il me semble qu’il se replie beaucoup sur sa gauche.

 

Donauwoerth, 17 avril 1809, huit heures du matin

Au maréchal Lefebvre, duc de Danzig, commandant le 7 corps de l’armée d’Allemagne, à Geisenfeld

J’arrive à Donauwoerth, où j’ouvre la lettre que vous écrivez, le 16, à neuf heures du soir, au prince de Neuchâtel. Je reste ici.

Envoyez-moi un officier qui connaisse parfaitement la situation de vos troupes et ce qui s’est passé, afin que je sois parfaitement instruit de tout. Faites-moi connaître vous-même où vous croyez les princi­pales forces de l’ennemi.

 

Donauwoerth, 17 avril 1809, dix heures du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Ratisbonne

Mon Cousin, j’arrive à Donauwoerth. J’apprends que vous occupez Ratisbonne. Mon intention a toujours été  de concentrer mes troupes derrière le Lech. Repliez-vous avec toutes vos troupes sur Ingolstadt. Je donne ordre au duc de Danzig de tenir en respect le corps de Landshut et de protéger votre mouvement. La division Friant doit également se replier sur Ingolstadt ; il peut cependant garder des postes d’observation sur l’Altmühl, en considérant l’Altmühl comme une grande tête de pont, à six lieues d’Ingolstadt. Tenez vos troupes resserrées et en ordre ; et si, dans ce mouvement brusque auquel l’ennemi ne s’attend pas, vous trouvez moyen de tomber sur la colonne de Landshut, si elle s’est avancée, ce sera une superbe occasion; mais ne vous éloignez pas de plus d’une demi-marche pour la faire naître.

Pour vous rendre à Ingolstadt, vous devez passer par Neustadt.

De Neustadt, où vous ne pourrez être que demain soir 18, je serai à même de vous donner des ordres. Toutefois, si vous n’en recevez pas, vous devez continuez votre mouvement sur Geisenfeld, vous trouvant ainsi à trois lieues d’Ingolstadt, sans jamais passer sur la rive gauche.

J’attends avec impatience des nouvelles de l’ennemi. Quel est le corps d’armée autrichien qui a débouché à Landshut ? Où se porte­ t-il ? Quelle est la marche des autres colonnes ennemies, dont vous ou le général de Wrede auriez connaissance ?

 

Donauwoerth, 17 avril 1809, dix heures du matin

Au général comte Bertrand, commandant le génie de l’armée d’Allemagne, à Augsbourg

Monsieur le Général Bertrand, j’arrive à Donauwoerth; rendez­ vous-y sans délai. J’ai écrit, par un aide de camp du duc de Rivoli, au prince de Neuchâtel de se rendre à Donauwoerth. Lorsque vous recevrez celle-ci, rendez-vous chez lui et assurez-vous qu’il a reçu ma lettre, sans quoi la vôtre lui servira.

Faites connaître au commandant de la place et au général Oudinot que je suis ici. Voyez aussi l’ancien électeur de Trèves; dites-lui la même chose et ajoutez que je ne tarderai pas à aller le voir.

 

Donauwoerth, 17 avril 1809, onze heures du malin

Au maréchal Davout, duc de Danzig, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Geisenfeld

Mon Cousin, je donne ordre au duc d’Auerstaedt de se porter d’abord par Neustadt pour s’appuyer sur Ingolstadt. Mon intention est que vous vous rendiez à l’avant-garde, à Neustadt, où se trouve le général de Wrede, et que vous réunissiez vos troupes pour tenir en respect le corps de Landshut, ou vous porter au secours du duc d’Auerstaedt, s’il était nécessaire, pendant qu’il fera son mouvement, et coopérer à la défaite du corps de Landshut, si le retour inopiné du duc d’Auerstaedt le surprenait et mettait à même de lui faire du mal. J’attends avec impatience des nouvelles de l’ennemi. Quel est le corps d’armée autrichien qui a débouché à Landshut ? Où se porte­ t-il ? Quelle est la marche des autres colonnes dont vous ou le général de Wrede auriez connaissance ?

P. S . .Je reçois à l’instant la lettre ci-jointe du général de Wrede. Vous sentez combien il est important de tenir votre corps réuni pour soutenir le duc d’Auerstaedt et lui donner le temps de se replier sur Neustadt et Geisenfeld. Il n’y a pas d’inconvénient que vous lui fassiez connaître les positions que vous prenez pour protéger son mouvement, et que vous lui fassiez connaître que je lui ai envoyé, à dix heures du malin, l’ordre de se porter sur Ingolstadt par la rive droite du Danube.

 

Donauwoerth, 17 avril 1809, à midi.

Au général de Wrede, commandant la 2e division bavaroise (7e corps), à Biburg

Sa Majesté, étant arrivée elle-même sur la ligne de son armée, il ordonné au duc de Danzig de réunir tout son corps sur votre avant­ garde, et de manœuvrer entre l’Isar et Neustadt pour contenir la colonne ennemie et favoriser le mouvement du duc d’Auerstaedt, qui a ordre de se rendre demain à Neustadt, afin que l’armée se trouve réunie entre Ingolstadt et Augsbourg.

Ecrivez au duc d’Auerstaedt qu’il a reçu l’ordre directement de l’Empereur, par un de ses officiers d’ordonnance parti à onze heures du matin, de se rendre avec tout son corps à Neustadt; que s’il n’avait pas reçu cet ordre, vous êtes autorisé à lui en écrire, parce que l’ordre aurait pu être intercepté et que l’ordre de quitter Ratisbonne et de se rendre à Neustadt, doit être considéré comme un ordre de l’Empereur signé de lui, dont vous êtes chargé de lui transmettre  le duplicata. Cela tient aux intentions de l’Empereur, qui veut avoir tout son monde dans la main.

Il est possible que le retour brusque du duc d’Auerstaedt, qui a avec lui plus de 60,000 hommes joints au corps bavarois, vous mettre à même d’écraser l’ennemi qui a débouché sur Landshut. Vous recevrez les ordres du duc d’Auerstaedt, mais je vous écris directement afin que vous manoeuvriez en conséquence, indépendamment des autres corps bavarois. (On lit sur la minute : « Cette lettre devait être expédiée par le major général, mais signée par l’Empereur. »)

 

Donauwoerth, 17 avril 1809

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, à Augsbourg

Je reçois vos deux lettres du 15 et du 16 avril. .Je ne fais que d’arriver à Donauwoerth. Il est possible qu’avant d’aller à Augsbourg je me porte au corps du duc d’Auerstaedt. Tenez-vous toujours en mesure avec des moyens de quatre jours de pain, afin de pouvoir marcher du moment que l’ennemi s’approchera un peu et qu’on con­naîtra bien ses dispositions.

 

Donauwoerth, 17 avril 1809, une heure après midi

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, à Augsbourg

Vous recevrez dans la nuit l’ordre de partir demain, à deux heures du matin, avec votre corps d’armée et celui du général Oudinot. Le major général rédige dans ce moment vos instructions, mais vous devrez, au reçu de cette lettre, faire vos dispositions. Préparez-vous quatre jours de biscuit:, quatre jours de pain, et organisez Augsbourg comme si cette place devait être assiégée. Laissez-y un général com­mandant les dépôts français des deux corps, les malades, un régi­ment badois et un hessois, quelques adjoints français, quatre officiers du génie, un officier d’artillerie et deux commissaires des guerres.

Deux compagnies d’artillerie qui sont ici vont se rendre à Augsbourg. Ces troupes occuperont la tête de pont et la ville. Faites fermer toutes les portes d’Augsbourg; que personne n’y entre ni n’en sorte, afin que l’on ignore votre mouvement. Que les corps de cavalerie que vous avez empêchent d’aller sur la route de Munich.

Le général Moulin, que j’ai destiné au commandement d’Augsbourg, va s’y rendre. Instruisez-le de ce qu’il a à faire. Cerné par toute l’armée ennemie, il faut qu’il s’y défende et s’y maintienne jusqu’à ce que les pièces de siège soient arrivées et la brèche faite. Donnez les derniers ordres pour que les fossés soient remplis. Tout ce qui arrivera de Français isolés, de compagnies, bataillons et escadrons de marche, accroîtra la garnison. Il ne devra sortir d’Augsbourg que des convois de pain, par suite des ordres que vous donnerez, et sous escorte; que les bagages, embarras, femmes, etc., restent à Augsbourg. Le général qui commandera à Augsbourg, indépendamment que sa communication sera libre par la rive droite du Lech, communiquera librement avec Ingolstadt par la rive gauche.

Votre marche a pour but de se combiner avec celle de l’armée, pour prendre l’ennemi en flagrant délit et détruire ses colonnes. Il faut donc que vous soyez léger, que vous n’ayez point de queue, que le parc d’artillerie soit avec le corps d’armée, que, deux heures après qu’il aura débouché, il n’y ait plus rien sur la route. Répondez-moi dans la nuit, et faites-moi connaître s’il y a suffisamment de munitions, vivres et approvisionnements à Augsbourg; vous sentez que je parle dans le cas de siège. S’il y a, en munitions et approvisionnements, de quoi tenir douze ou quinze jours, c’est tout ce qu’il faut. En partant, vous mettrez la place en état de siège, et dès ce moment tout doit obéir au commandant. Tous les bagages qui se trouveraient entre Ulm el Augsbourg doivent être renfermés dans Augsbourg, de sorte que, quand même des partis ennemis viendraient entre Ulm et Augsbourg, ils ne nous enlèvent rien.

Quant aux voyageurs qui ne voudraient pas être renfermés dans Augsbourg, ils peuvent passer par Landsberg; quoique dans les cinq ou six premiers jours il vaille mieux que rien ne passe.

Répandez le bruit que vous marchez, partie en Tyrol et partie sur Munich. Votre payeur peut vous suivre, pourvu que son trésor soit attelé par ses chevaux.

Quant aux dépôts de cavalerie, les chevaux éclopés, on peut les tenir sur les remparts d’Augsbourg.

Faites déjà vos dispositions pour qu’à quatre heures du malin la queue de vos colonnes ait dépassé Friedberg. Poussez de fortes reconnaissances sur Dachau, afin d’être assuré, quand vous partirez, que l’infanterie ennemie n’est pas arrivée dans cette position.

Faites en sorte que je reçoive cette nuit l’état de situation de votre corps en hommes, en chevaux et en cartouches d’infanterie et de canon.

P. S.Préparez tout; ne faîtes aucun éclat prématuré, et que ces positions ne soient connues du public que lorsque vous serez parti.

 

Donauwoerth, 17 avril 1809, six heures du soir

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Ratisbonne

Mon Cousin, depuis ce matin que je suis arrivé, je vous ai expédié le général Savary, mon officier d’ordonnance Vence, un officier d’artillerie, un major bavarois, et j’ai chargé le général de Wrede et le duc de Danzig, auxquels j’ai écrit par plusieurs occasions, de vous faire connaître mes intentions. Il est six heures du soir ; je vous expédie votre aide de camp, qui vous porte le duplicata de mes ordres et qui me promet d’être arrivé avant six heures du matin. On a entendu du canon entre Pfaffenhofen et Freising.

Le duc de Rivoli et le général Oudinot partent d’Augsbourg, avant le jour, pour se diriger, par Aichach sur Pfaffenhofen. La division Nansouty, le général Demont et le général Vandamme seront à Ingolstadt, où je crois être demain ; les Bavarois entre Neustadt et Ingolstadt. Ainsi j’espère demain avoir deux fois dans la journée des nouvelles, puisque nous marchons à la rencontre l’un de l’autre. Je ne sais si l’ennemi occupe en force Straubing ou s’il débouche de ce côté. J’ignore ce qu’il a sur l’Altmühl. La journée de demain sera une journée préparatoire pour se rapprocher, et je suppose que mercredi nous pourrons, selon les circonstances, manœuvrer sur les colonnes qui ont débouché par Landshut et ailleurs, et mettre en route ce qui serait entre le Danube, l’Isar, et peut-être même l’Inn. Masquez votre mouvement à Bellegarde le plus que vous pourrez, sauf, après avoir l’emporte des avantages sur l’Isar, à revenir sur Ratisbonne, si le général Bellegarde s’y engage.

Votre aide de camp vous remettra mon ordre du jour.

Si le canon continue à tirer demain contre les Bavarois, accélérez votre marche pour venir à leur secours. Il se pourrait que dès demain vous pussiez faire beaucoup de mal à la colonne ennemie de Landshut. Tout porte à penser que la route n’a pas été interceptée sur la rive droite; d’ailleurs vous pourriez correspondre par les deux routes. L’essentiel est de donner beaucoup de vos nouvelles et de nous faire savoir ce que vous auriez appris à Ratisbonne.

Vos cinq divisions, y compris celle du général Demont, les six divisions qu’amène le duc de Rivoli, les trois divisions de cuirassiers sont dans le cas de battre toutes les forces de la monarchie autri­chienne réunies; mais il faut avant tout que nos communications soient assurées, et marcher par système. Si vous arrivez demain à Neustadt, vous serez à huit lieues de mon quartier général, comme je serai à huit lieues du duc de Rivoli. Le duc de Danzig sera encore plus près. Je pourrai ainsi donner des ordres demain après midi pour le complément de l’opération méditée. Le général Rouyer sera aujourd’hui à Nördlingen et demain à Donauwoerth. J’ai mis une bonne garnison dans Augsbourg, qui est à l’abri d’un coup de main. Mes chevaux ne sont pas encore arrivés; si vous pouvez m’envoyer un ou deux des vôtres, sans trop vous gêner, faites-le. Le général de brigade Gautier est parti, il y a deux heures, pour Ingolstadt; il sera sous les ordres du général Demont. Le général Nansouty a été reprendre le commandement de sa division. Ne laissez juste que la cavalerie nécessaire en observation, et menez-en avec vous le plus que vous pourrez.

 

Donauwoerth, 17 avril 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je suis arrivé à Donauwoerth le 17, à quatre heures du matin. Les Autrichiens ont fait leur déclaration de guerre comme vous l’avez appris, et nous sommes en pleine manœuvre. Il n’y a encore rien eu de sérieux de fait de part et d’autre. Ma santé est bonne. Des événements importants ne tarderont pas à avoir lieu. Les Tyroliens sont insurgés.

 

Donauwoerth, 17 avril 1809

A M. Otto, ministre plénipotentiaire, près du roi de Bavière

Monsieur Otto, vous trouverez ci-joint une proclamation écrite à la hâte; arrangez-la avec M. de Montgelas; qu’elle soit traduite et imprimée en allemand avant la nuit, et envoyée à Augsbourg. Faîtes­ la imprimer aussi séparément en français. Envoyez-en une copie à Stuttgart; envoyez-en également des copies à Strasbourg et à Mayence, pour qu’on l’imprime et la répande dans toute l’Allemagne. J’écris au Roi de Wurtemberg d’en faire une; quant à moi, je fais la mienne. Il faut que celle du roi de Bavière soit placardée dès demain dans Augsbourg. Il faut en envoyer un bon nombre à la division de Wrede, au quartier général et dans l’armée alliée.

A L’ARMÉE.

Soldats ! Le territoire de la Confédération a été violé. Le général autrichien veut que nous fuyions à l’aspect de ses armes et que nous lui abandonnions le territoire de nos alliés. J’arrive au milieu de vous avec la rapidité de l’aigle.

Soldats ! J’étais entouré de vous lorsque le souverain d’Autriche vint à mon bivouac de Moravie. Vous l’avez entendu implorer ma clémence et me jurer une amitié éternelle. Vainqueurs dans trois guerres, l’Autriche a dû tout à notre générosité: trois fois elle a été parjure ! Nos succès passés nous sont un sûr garant de la victoire qui nous attend. Marchons donc, et qu’à notre aspect l’ennemi reconnaisse ses vainqueurs !

 

Donauwoerth, 17 avril 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuutgart

Je suis arrivé à Donauwoerth. J’ai trouvé le duc d’Auerstaedt avec son corps d’armée à Ratisbonne. L’ennemi débouchera par Landshut. Quelques coups de sabre ont été donnés à l’avantage de la cavalerie bavaroise, Le général Deroy, après avoir défendu une demi-journée le passage de la rivière, s’est retiré.

Je me suis décidé à me mettre demain en mouvement et, sans plus tarder, à attaquer l’ennemi. Je pense qu’il est convenable que Votre Majesté fasse une proclamation pour répondre aux invectives et aux injures de l’ennemi, et qu’elle la fasse répandre dans toute l’Europe. Je prie Votre Majesté d’écrire à Bade et à Darmstadt pour que l’on en fasse autant. Le roi de Bavière a fait la sienne.. Je m’en rapporte là-dessus au zèle de Votre Majesté pour la cause commune, à son attachement pour moi et à sa sagacité.

Je prie Votre Majesté de tenir ses ministres à Dresde, Cassel et Berlin, instruits de ce qui se passe, afin de détruire les mauvais bruits que fait répandre l’ennemi.

 

Donauwoerth, 17 avril 1809

A Maximilien-Joseph, roi de Bavière, à Munich

Je suis arrivé à Donauwoerth, il cinq heures du matin. Berthier est venu me joindre. Davout est à Ratisbonne avec son corps d’armée. Le général Deroy a eu une trentaine d’hommes tués et une centaine de blessés devant Landshut; il a voulu s’opposer au débouché du corps ennemi par Landshut. Le général de Wrede a eu une affaire de cavalerie où les troupes de Votre Majesté se sont distinguées et ont culbuté les hussards autrichiens et fait quelques prisonniers.

J’ai donné ordre au duc de Danzig de réunir entre Neustadt et Landshut tout le corps bavarois.

Le duc d’Auerstaedt descend sur Ingolstadt; il est probable que je me porterai demain à Ingolstadt.

Le général Oudinot et le duc de Rivoli se mettent en marche demain d’Augsbourg. Tout porte à penser que mercredi ou jeudi nous aurons des affaires, et, si j’y vois jeu, je chasserai les ennemis de la Bavière, sans attendre plus longtemps; mais nous avons besoin de pain. Que Votre Majesté ordonne de faire 100,000 rations par jour; autant de Dillingen, d’Aichach, et les fasse filer par eau sur Donauwoerth. Cette mesure est importante. Que Votre Majesté donne de ses nouvelles à Stuttgart, pour qu’on n’ait point d’inquiétude, et pour prémunir contre les faux bruits qu’on se plaira sans doute à répandre.

Dans cette circonstance, il est important que Votre Majesté fasse une proclamation; mais il faut qu’elle soit faite promptement: la célérité en est le mérite; qu’elle soit imprimée dans la nuit, envoyée à Stuttgart, Strasbourg, Mayence, etc., répandue partout.

 

Donauwoerth, 18 avril 1809

À Davout

(dix heures du matin)

Mon cousin, j’arrive à Donauwoerth. J’apprends que vous occupez Ratisbonne. Mon intention a toujours été de concentrer mes troupes derrière le Lech. Repliez-vous avec toutes vos troupes sur Ingolstadt. Je donne ordre au duc de Danzig de tenir en respect le corps de Landshut et de protéger votre mouvement. La division Friant doit également se replier sur Ingolstadt; il peut cependant garder des postes d’observation sut l’Altmühl comme une grande tête de pont, à six lieues d’Ingolstadt. Tenez vos troupes resserrées et en ordre; et si, dans ce mouvement brusque auquel l’ennemi ne s’attend pas, vous trouvez moyen de tomber sur la colonne de Landshut, si elle s’est avancée, ce sera une superbe occasion; mais ne vous éloignez pas de plus d’une demi-marche pour la faire naître.

Pour vous rendre à Ingolstadt, vous devez passer par Neustadt. De Neustadt, où vous ne pourrez être que demain soir 18, je serai à même de vous donner des ordres: Toutefois, si vous n’en recevez pas, vous devez continuer votre mouvement sur Geisenfeld, vous trouvant ainsi à trois lieues d’Ingolstadt, sans jamais passer sur la rive gauche.

J’attends avec impatience des nouveaux de l’ennemi. Quel est le corps d’armée autrichien qui a débouché à Landshut ? Où se porte-t-il ? Quelle est la marche des autres colonnes ennemies, dont vous ou le général de Wrede auriez connaissance ?

(six heures du soir)

Mon cousin, depuis ce matin que je suis arrivé, je vous ai envoyé le général Savary, mon officier d’ordonnance Vence, un officier d’artillerie, un major bavarois, et j’ai chargé le général de Wrede et le duc de Danzig, auxquels j’ai écrit par plusieurs occasions, de vous faire connaître mes intentions. Il est six heures du soir; je vous expédie votre aide de camp, qui vous porte le duplicata de mes ordres et qui me promet d’être arrivé avant six heures du matin. On a entendu du canon entre Pfaffenhofen et Freising.

Le duc de Rivoli et le général Oudinot partent d’Augsbourg, avant le jour, pour se diriger par Aichach sur Pfaffenhofen. La division Nansouty, le général Demont et le général Vandamme seront à Ingolstadt. Ainsi j’espère demain avoir deux fois de vos nouvelles, puisque nous marchons à la rencontre l’un de l’autre. Je ne sais si l’ennemi occupe en force Straubing ou s’il débouche de ce coté. J’ignore ce qu’il a sur l’Altmühl. La journée de demain sera une journée préparatoire pour se rapprocher et je suppose que mercredi nous pourrons, selon les circonstances, manoeuvrer sur les colonnes qui ont débouché par Landshut et ailleurs, et mettre en déroute ce qui serait entre le Danube, l’Isar, et peut-être même l’Inn. Masquez votre mouvement à Bellegarde le plus que vous pourrez, sauf, après avoir remporté des avantages sur l’Isar, à revenir sur Ratisbonne, si le général Bellegarde s’y engage.

Votre aide de camp vous remettra mon ordre du jour.

Si le canon continue à tirer demain contre les Bavarois, accélérez votre marche pour venir à leur secours. Il se pourrait que dès demain vous pussiez faire beaucoup de mal à la colonne ennemie de Landshut. Tout porte à penser que la route n’a pas été interceptée sur la rive droite; d’ailleurs, vous pourriez correspondre par les deux routes. L’essentiel est de donner beaucoup de vos nouvelles et de nous faire savoir ce que vous auriez appris à Ratisbonne.

Vos cinq divisions, y compris celle du général Demont, les six divisions qu’amène le duc de Rivoli, les trois divisions de cuirassiers sont dans le cas de battre toutes les forces de la monarchie autrichiennes réunies; mais il faut avant tout que nos communications soient assurées, et marcher par système. Si vous arrivez demain à Neustadt, vous serez à huit lieues de mon quartier général, comme je serai à huit lieues du duc de Rivoli. Le duc de Danzig sera encore plus près. Je pourrai ainsi donner des ordres demain après-midi pour le complément de l’opération méditée. Le général Rouyer sera aujourd’hui à Nördlingen, et demain à Donauwoerth. J’ai mis une bonne garnison dans Augsbourg, qui est à l’abri d’un coup de main. Mes chevaux ne sont pas encore arrivés; si vous pouvez m’envoyer un ou deux des vôtres, sans trop vous gêner, faîtes-le. Le général de brigade Gautier est parti, il y a deux heures, pour Ingolstadt; il sera sous les ordres du général Demont. Le général Nansouty a été reprendre le commandement de sa division. Ne laissez juste que la cavalerie nécessaire en observation, et menez-en avec vous le plus que vous pourrez.

 

Donauwoerth, 18 avril 1809, quatre heures du matin

Au maréchal Lefebvre, commandant le 7e corps d’armée d’Allemagne, duc de Danzig, à Neustadt

Le général Savary arrive; il m’a remis vos deux lettres, qui m’instruisent que vous avez reçu mes ordres. J’espère qu’à trois heures du matin vous aurez mis en marche, pour se porter en avant, la division du Prince royal, afin de réunir vos trois divisions. Il paraît que l’archiduc Charles, avec trois corps d’armée, se dirige entre Landshut et Ratisbonne; il faut donc que vous manœuvriez sur son flanc gauche, pour garder sa marche sur Ratisbonne, maintenir votre communication avec le duc d’Auerstaedt, et faire une diversion qui occupe un nombre d’hommes égal au vôtre. J’espère qu’avant neuf heures du matin vous serez de votre personne avec les divisions de Wrede et Deroy; et vous ferez comprendre aux Bavarois ce que j’attends d’eux dans ces journées. J’espère qu’avant onze heures la division du Prince royal aura rejoint, et que vous donnerez avec plus ou moins d’activité, selon que vous apprendrez que le duc d’Auerstaedt sera plus ou moins engagé.

Le duc de Rivoli et le général Oudinot sont en marche sur Pfaffenhofen, où ils seront ce soir. Je me porte moi-même à Ingolstadt. Envoyez-moi souvent de vos nouvelles dans la journée, si cela est nécessaire. Vous sentez l’urgence de la circonstance; je n’ai pas besoin de vous recommander d’agir sérieusement. Communiquez avec le duc d’Auerstaedt et faites-lui connaître ce que vous apprendrez par les déserteurs, afin qu’il agisse selon les circonstances.

 

Donauwoerth, 18 avril 1809

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, à Aichach

Mon Cousin, je reçois votre lettre. La division que vous avez à Landsberg et les quatre régiments de cavalerie légère doivent tâcher de gagner Aichach, ou au moins faire ce qu’ils pourront sur la route d’Augsbourg à Aichach; mais il est indispensable que le général Oudinot, avec son corps et trois autres divisions, que vos cuirassiers et ce que vous avez d’autre cavalerie, couchent à Pfaffenhofen.

Dans un seul mot vous allez comprendre ce dont il s’agit. Le prince Charles, avec toute son armée, a débouché hier de Landshut sur Ratisbonne; il avait trois corps d’armée évalués à 80,000 hommes.

Les Bavarois se sont battus toute la journée avec son avant-garde, entre Siegenburg et le Danube. Cependant, aujourd’hui 18, le duc d’Auerstaedt, qui a 60,000 hommes français, part de Ratisbonne et se porte sur Neustadt. Ainsi lui et les Bavarois agiront de concert contre le prince Charles. Dans la journée de demain 19, tout ce qui sera arrivé à Pfaffenhofen de votre corps, auquel se joindront les Wurtembergeois, une division de cuirassiers et tout ce qu’on pourra, pourra agir, soit pour tomber sur les derrières du prince Charles, soit sur la colonne de Freising et de Moosburg, et enfin entrer en ligne. Tout porte donc à penser qu’entre le 18, le 19 et le 20, toutes les affaires d’Allemagne seront décidées. Aujourd’hui 18, les Bavarois peuvent encore continuer à se battre sans grand résultat, puisqu’ils cèdent toujours du terrain; mais ils harcèlent et retardent d’autant la marche de l’armée ennemie. Le duc d’Auerstaedt est prévenu de tout, et le général de Wrede lui envoie tous les prisonniers. Aujourd’hui il est possible que l’on ne tire que quelques coups de fusil. Entre Ratisbonne et le lieu où était le prince Charles, il n’y avait encore que neuf lieues. Ce n’est donc que le 19 qu’il peut y avoir quelque chose, et vous voyez actuellement, d’un coup d’œil, que jamais circonstance ne voulut qu’un mouvement soit plus actif et plus rapide que celui-ci. Sans doute que le duc d’Auerstaedt, qui a près de 60,000 hommes, peut à la rigueur se tirer honorablement de cette affaire; mais je regarde l’ennemi comme perdu si Oudinot et vos trois divisions ont débouché avant le jour et si, dans cette circonstance importante, vous·faites sentir à mes troupes ce qu’il faut qu’elles fassent. Envoyez des postes de cavalerie au loin. Il paraît que les Autrichiens n’ont à Munich et sur cette direction qu’un corps de 12,000 hommes. L’importance de votre mouvement est telle, qu’il est possible que je vienne moi-même joindre votre corps. Votre cavalerie, qui était à Dachau, peut en partir, se diriger et venir vous joindre à Pfaffenhofen. Quant au général qui est à Lands­berg, il forme avec son corps votre arrière-garde, qui sera à six ou sept heures de distance. Cela peut être utile et n’a pas d’inconvénient. S’il le faut, il aura toujours rejoint le deuxième ou le troisième jour. Enfin les quatre régiments de cavalerie légère peuvent, dans la journée de demain, ou après-demain au plus tard, avoir rejoint votre tête.

Activité, activité, vitesse ! Je me recommande à vous.

 

Donauwoerth, 18 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Trévise

Mon Fils, je pars pour Ingolstadt. Vous savez l’insurrection du Tyrol. L’armée manœuvre en tous sens contre l’ennemi; des événements importants ne tarderont pas à avoir lieu. Je n’ai point de vos nouvelles depuis vos lettres du 9, de Vérone. Je suppose que la colonne française qui venait à Augsbourg par Innsbruck se sera repliée sur vous. Ce sera un bon renfort qui pourra vous servir. Tout me porte à penser que l’ennemi n’est pas nombreux de votre côté.

 

Donauwoerth, 18 avril 1809

A Charles, prince de Suède, duc de Sudermanie, à Stockholm

Mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Altesse Royale. Je m’intéresse à tout ce qui peut arriver d’heureux à la Suède et à elle. J’avoue que les circonstances où se trouve sa nation sont singulière­ment pénibles. Le parti qu’elle a pris d’entrer en négociation avec la Russie m’a paru convenable. J’interviendrai autant qu’il me sera possible pour tout ce qui peut intéresser Votre Altesse. Les circonstances dans lesquelles ses envoyés m’ont trouvé, au milieu des fatigues et des mouvements militaires les plus précipités, ne me permettent pas d’entrer dans de plus grandes explications. L’empereur Alexandre est généreux et grand : qu’elle s’en rapporte à lui. Je garderai près de moi le jeune officier qu’elle veut laisser à ma suite; et, du moment que j’aurai plus de loisir et que je connaîtrai mieux les intentions de mes alliés sur ses affaires actuelles, je le renverrai à Votre Altesse, avec une explication plus précise.

 

Ingolstadt, 18 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Ingolstadt

Le major général enverra l’ordre au 6e régiment de chasseurs, qui doit être arrivé à Donauwoerth, de partir avant le jour pour être arrivé demain de bonne heure à Ingolstadt.

Même ordre sera donné aux détachements de la Garde qui seront arrivés à Donauwoerth ou à Dillingen.

Je compte que vous aurez donné l’ordre pour que le quartier général se rende à Ingolstadt.

Ingolstadt, 18 avril 1809, cinq heures du soir

ORDRE AU CAPITAINE GALBOIS, ATTACHÉ A L’ÉTAT-MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE.

Le capitaine Galbois retournera sur-le-champ près du maréchal Davout; il passera par Vohburg et Neustadt et de là à Ratisbonne. Aussitôt qu’il aura causé avec le maréchal Davout, il reviendra me rendre compte.

Il fera connaître au maréchal Davout ce qu’il apprendra de ce qui s’est passé dans la journée au corps du duc de Danzig; que je n’en ai aucune connaissance, mais que je suppose que le corps du duc de Danzig, fort de 80,000 hommes, a battu la plaine jusqu’à l’Isar et l’a secouru si cela a été nécessaire.

Le général Demont est à Vohburg avec sa division; 8,000 hommes de cavalerie, la division Nansouty et la cavalerie wurtembergeoise sont en colonne sur la route d’ici à Vohburg.

Le général Vandamme, avec 12,000 Wurtembergeois, couche ce soir à Ingolstadt.

Le duc de Rivoli avec le général Oudinot et 80,000 hommes doivent arriver ce soir à Pfaffenhofen.

L’Empereur, à une heure du matin, se décidera a se porter de sa personne à Neustadt, après qu’il aura reçu le rapport de la journée; il lui importe donc bien de connaître la situation du duc d’Auerstaedt et des différents corps de l’ennemi.

Si cela ne détourne pas cet officier, il verra le général de Wrede ou le duc de Danzig pour causer avec eux et leur donner connaissance de ces détails.

P. S. Cet officier engagera celui qui commande à Vohburg, celui qui commande à Neustadt et les généraux de division bavarois de m’envoyer des officiers et les rapports de ce qui se serait passé ou de ce qu’ils apprendraient.

 

Donauwoerth, 18 avril 1809

Au comte Otto, ministre de l’Empereur près le roi de Bavière, à Munich

Monsieur Otto, je pars dans une heure pour me rendre à Ingolstadt. Tontes les troupes bavaroises se réunissent à Neustadt. Le général Deroy a eu le 6 au débouché du pont de Landshut une affaire où il a eu une vingtaine de tués et un certain nombre de blessés légèrement. Le général de Wrede a échangé quelques coups de canon. Les nouvelles sont que l’ennemi débouche en grande force par Landshut. Le duc de Rivoli et le général Oudinot sont partis d’Augsbourg, à la pointe du jour, pour se porter sur les derrières et sur le flanc de l’ennemi. Les affaires s’engagent. Donnez des nouvelles à Stuttgart, à Strasbourg et à  Paris, afin qu’on n’y ait pas d’inquiétude. Ecrivez qu’on manœuvre et qu’il n’y a rien de nouveau le 17 au soir. Que même ce peu de lignes filent jusqu’à Berlin d’où M. de Saint-Marsan les acheminera sur Saint-Pétersbourg.

 

Ingolstadt, 19 avril 1809, midi

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, à Freising

Je reçois votre lettre de ce matin six heures. Je suppose que vous aurez fait pousser les 4,000 que vous avez devant vous de manière qu’ils n’échappent pas, et que cela ne se bornera pas aux 400 prisonniers que vous m’annoncez.

A Au et à Freising il n’y a pas grand-chose, peut-être le reste du corps que vous avez battu et qui, en entier, était de cinq régiments.

Nos opérations se dessinent. Voici le véritable état des choses. Le prince Charles, avec toute son armée, était ce matin à une journée de Ratisbonne et a sa ligne d’opération sur Landshut. Le duc d’Auerstaedt, cette nuit et ce matin, a évacué Ratisbonne pour se porter sur Neustadt et se joindre avec les Bavarois. Je m’attendais donc au­jourd’hui à une affaire; cependant il est midi, et le canon ne s’est pas encore fait entendre. Vous voyez que, par cette manœuvre, je refuse ma gauche, voulant avancer ma droite que vous formez et qui, dès aujourd’hui, commence à entrer en jeu. Ce soir ou demain on se battra peut-être à la gauche.

Poussez le corps d’Oudinot sur Au et sur Freising. Poussez des postes sur Munich pour savoir ce qu’il y a. Les habitants du pays étant pour nous, vous pouvez envoyer des estafettes partout.

De Freising et d’Au, selon les renseignements que je recevrai au­jourd’hui, je vous dirigerai sur Landshut; et alors le prince Charles se trouverait avoir perdu sa ligne d’opération, sa protection qui est l’Isar, et serait attaqué par sa gauche.

Je vous dis de porter une division à Au et pas toutes sur Freising, parce que, si la gauche était engagée plus que je ne le désire, la division qui sera à Au aura fait une marche au secours de la gauche.

Tout ceci doit s’éclaircir aujourd’hui, et les moments sont précieux. Tenez le corps d’Oudinot disponible et placez vos quatre divisions au­tour de Pfaffenhofen, sur les trois directions de Neustadt, Freising et Au, afin que, selon les circonstances, une d’elles marche la première et dirige les colonnes sur le point où il faudra marcher. Ici, tout est calcul d’heures. Du reste, 12 ou 15,000 de cette canaille que vous avez battue ce matin doivent être attaqués, tête baissée, par 6,000 de nos gens.

Une heure après midi.

P. S. Au lieu de placer une division d’Oudinot à Au, ainsi qu’il est dit dans le primata qui vient de vous être expédié par un officier d’ordonnance, vous placerez cette division sur Neustadt, afin qu’elle gagne une marche pour soutenir la gauche; et l’autre division, vous la placerez comme il est dit ci-dessus, sur Freising

Cette lettre fut expédiée en primata et duplicata au maréchal Masséna : le primata, à midi, par un officier d’ordonnance de l’Empereur; le duplicata, à une heure de l’après-midi, par un aide de camp du maréchal, qui retournait près de lui. A ce moment, l’Empereur, montant à cheval, changea les disposi­tions qu’il venait de prescrire pour le corps d’Oudinot; il dicta alors le post­-scriptum ci-dessus, qui modifie ses premiers ordres.

 

Ingolstadt, 19 avril 1809

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, commandant le 9e corps de l’armée d’Allemagne, à Gera

Mon Cousin, j’ai reçu toutes vos lettres. La guerre que j’ai à soutenir est de concert avec la Russie. Vous êtes entré pour quelque chose dans cette combinaison. Voyez donc une preuve de mon estime, et du cas que je fais de vous dans la destination que je vous ai donnée.

L’Autriche a précipité ses mesures. Le major général vous écrit ce qui doit servir de règle à votre conduite. Je suis arrivé à l’armée depuis deux jours; j’ai mis tout en mouvement, et j’espère chasser bientôt cette nuée d’Autrichiens au delà de l’Inn. Tenez-nous au courant des mouvements des Russes du côté de la Galicie, et de ce qui arrivera au cabinet. La Saxe est en guerre avec l’Autriche; aucun ministre ni envoyé autrichien ne doit être souffert à Dresde, et il ne doit exister aucune communication avec la Bohême. Remettez la lettre ci-jointe à mon ministre.

P. S. Vous trouverez ci-jointe la proclamation’ à l’armée, et ne la saurez-vous faire imprimer ?

Ingolstadt, 19 avril 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, j’ai reçu votre lettre du 5. Je suis sur le champ de bataille; je ne puis que m’en rapporter à vous sur tout ce que vous ferez pour le bien de mon service et pour la sûreté de mes flottes et de mes arsenaux.

 

Ingolstadt, 19 avril 1809

A M. Bourgoing, ministre plénipotentiaire près du roi de Saxe

Monsieur Bourgoing, j’ouvre la lettre que vous écrivez à M. de Champagny. Le ministre d’Autriche à Dresde doit être chassé sans délai, celui de Saxe à Vienne rappelé, et la guerre déclarée. Le Roi doit, je pense, quitter Dresde pour se rapprocher du Rhin. Je n’ai pas besoin de vous dire que tous mes palais de France sont à sa disposition. Toutefois son absence de sa capitale ne sera pas longue. Depuis deux jours que je suis arrivé à l’armée, tout est en mouvement. Il n’y a encore rien d’important. Avant sept ou huit jours, il se passera des événements qui confondront l’orgueil et l’ingratitude de l’Autriche.

P. S. Vous remettrez la lettre ci-jointe au Roi.

Ingolstadt, 19 avril 1809

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde (Le roi de Saxe était à Leipzig depuis le 16 avril)

Votre Majesté aura vu, dans la déclaration de l’Autriche, le peu de raison qu’elle a de faire la guerre. Je ne l’ai apprise que par le passage de l’Inn, car cette déclaration ne m’a jamais été remise. Je ne suis rendu sur-le-champ à l’armée, et: avant huit jours les Autrichiens verront l’étendue du précipice qu’ils ont creusé sous leurs pas. Je pense qu’il serait convenable que Votre Majesté s’éloignât du théâtre de la guerre. Dresde est évidemment trop près, et, soit que les troupes de Votre Majesté entrent en Bohême, soit qu’elles manœuvrent pour se joindre à moi sur le Danube, l’absence de Votre Majesté me paraît également commandée par les circonstances. Je pense que Votre Majesté aura rappelé son ministre et renvoyé celui de l’Autriche. Je considère mon chargé d’affaires comme prisonnier à Vienne et privé de l’exercice de ses fonctions diplomatiques depuis la violation de ses courriers. Cependant, M. de Metternich, qui part de Paris, sera échangé contre lui.

 

Vohburg, 20 avril 1809, six heures et demie du matin

Au général Vandamme, commandant les troupes wurtembergeoises, à Neustadt

Vous êtes à Neustadt. Vous avez des troupes à Mühlhausen et près de Siegenburg. Portez-vous à Siegenburg avec toutes vos forces; prenez sous vos ordres tous les Wurtembergeois. L’officier porteur de cette lettre donnera en passant l’ordre au général de brigade wurtembergeois, qui est en réserve, de se porter à Siegenburg. Je monte à cheval pour me rendre aux avant-postes, et je dirigerai moi-même les mouvements. Vous déboucherez par Siegenburg avec tous les Wurtembergeois.

 

Vohburg, 20 avril 1809, six heures et demie du matin

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, à Freing

Tous les rapports de ce matin sont que l’ennemi bat en retraite à toutes jambes. Le champ de bataille est couvert de ses morts. Les divisions Friant et Saint-Hilaire et une division bavaroise ont seules été engagées.

Je monte à cheval pour aller moi-même reconnaître la situation des choses aux avant-postes, attaquer l’ennemi, s’il occupe encore quelques positions, et le poursuivre l’épée dans les reins, s’il bat en retraite. Je vous prie de votre côté de ne pas perdre un moment et de le surprendre au passage de l’Isar.

P. S. Plus vous vous rapprocherez de Landshut et mieux cela vaudra. Sans doute que, si vous pouviez aller à Landshut, cela serait préférable; mais tâchez d’aller à Moosburg.

 

Abensberg, 20 avril 1809.

Soldats bavarois ! Je ne viens point à vous comme Empereur des Français, mais comme Protecteur de votre patrie et de la Confédération allemande. Bavarois ! Vous combattez aujourd’hui seuls contre les Autrichiens. Pas un Français ne se trouve dans les premiers rangs; ils sont dans le corps de réserve, dont l’ennemi ignore la pré­sence. Je mets une entière confiance dans votre bravoure. J’ai déjà reculé les limites de votre pays; je vois maintenant que je n’ai pas assez fait. A l’avenir je vous rendrai si grands, que pour faire la guerre contre les Autrichiens vous n’aurez plus besoin de mon secours. Depuis deux cents ans les drapeaux bavarois, protégés par la France, résistent à l’Autriche. Nous allons dans Vienne, où nous saurons bientôt la punir du mal qu’elle a toujours causé à votre patrie. L’Autriche voulait partager votre pays en baronnies, vous diviser et vous distribuer dans ses régiments. Bavarois ! Cette guerre est la dernière que vous soutiendrez contre vos ennemis; attaquez-les à la baïonnette et anéantissez-les.

 

Rohr, 21 avril 1809, cinq heures du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Teugen

La journée d’avant-hier et d’hier est un autre Iéna. Le duc de Rivoli a dû arriver hier à Landshut, depuis hier trois heures après midi. Vous n’avez devant vous qu’un rideau de trois régiments d’in­fanterie. J’ai fait occuper hier les villages de Thann; on y a trouvé beaucoup de blessés.

J’ordonne ce matin au duc de Danzig, avec les divisions française Demont et bavaroise Deroy et les cuirassiers Saint-Germain, de se porter sur Langquaid, de mettre en déroute cette arrière-garde qui couvre leurs parcs et leurs blessés, et de tout ramasser dans la journée. Si vous entendez le canon, ce sera cela; en cas de besoin, vous devrez l’appuyer.

La division Boudet a couché à Neustadt. Je lui donne ordre de se rendre à Abensberg. Cette belle division est sous vos ordres.

Voilà ce que vous avez à faire. Le duc de Danzig va poursuivre les parcs, les équipages et même le prince Charles s’il prend la direction de l’Isar et qu’il aille à Landshut par Eckmühl, soit qu’il aille à Straubing, appuyez-le s’il en est besoin.

Lorsque vos derrières seront nettoyés, que vous aurez ramassé hommes, bagages perdus, vous vous porterez sur Ratisbonne; vous attaquerez Bellegarde et Klenau. Vous les poursuivrez et les acculerez dans les montagnes de la Bohême; vous ferez en sorte que la rive gauche du Danube soit purgée et qu’il ne puisse rentrer que des débris.

Je me rends à Landshut, et, aussitôt que j’aurai fait tout le mal possible à l’ennemi, je le préviendrai sur l’Inn. J’attends dans la journée fréquemment de vos nouvelles. Je serai sur la route de Rohr à Landshut.

 

Rohr, 21 avril 1809

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Leipzig

J’écris à Votre Majesté sur le champ de bataille. Je ne lui dirai qu’un mot. Les journées du 19 et du 20 ont été pour l’armée autrichienne ce que la journée d’Iéna a été pour l’armée prussienne. J’écrirai plus au long à Votre Majesté lorsque j’aurai eu un moment de repos. Si elle n’a pas quitté Dresde, je pense qu’elle y peut rester sans inquiétude. Je serai dans peu de temps à Vienne. Dieu s’est plu à accorder une éclatante protection à la justice de ma cause et à punir l’ingratitude, la perfidie et la mauvaise foi de la cour d’Autriche.

 

Rohr, 21 avril 1809

A M. Otto, ministre de France près le roi de Bavière

Envoyez copie de la note ci-jointe au prince Eugène, au roi de Naples, à la grande-duchesse de Toscane, au gouverneur général à Turin, et écrivez pour que cent coups de canon soient tirés dans toutes mes places d’Italie, et faites imprimer la proclamation de l’Empereur à l’armée, en allemand et en français.

NOTE

L’armée autrichienne a été frappée par le feu du ciel qui punit l’ingrat, l’injuste et le perfide; elle est pulvérisée. Tous ses corps d’armée ont été écrasés. Plus de vingt de ses généraux ont été tués blessés; un archiduc a été tué ; deux, blessés. On a plus de l,000 prisonniers, des drapeaux, des canons, des magasins, des bagages. De cette armée qui a osé venir braver l’armée française peu de débris repasseront l’Inn. Comme à Iéna, on remarque que le sort de la guerre est surtout tombé sur ceux qui l’ont provoquée; le prince de Liechtenstein, un des plus furibonds, a été blessé mortellement.

L’Empereur, hier, a lui-même manœuvré et attaqué, entouré de 40,000 hommes de troupes de la Confédération du Rhin ; Sa Majesté les a haranguées, et ces troupes ont montré le plus grand enthousiasme.

 

Landshut, 21 avril 1809, sept heures et demie

Au général Saint-Sulpice, commandant la 2e division de cuirassiers de la réserve, à Essenbach

Le général de division Saint-Sulpice doit avoir, indépendamment de sa division de grosse cavalerie, la brigade d’infanterie légère de Wurtemberg et un régiment de cavalerie légère wurtembergeois can­tonnés autour d’Essenbach. Mon intention est qu’il tâche de déposter l’ennemi, qui doit être à une lieue en avant d’Essenbach, afin de pouvoir pousser plusieurs patrouilles jusqu’à Ergoltsbach. Il doit expédier des estafettes qui iront jusqu’à ce qu’elles trouvent l’ennemi, placer des postes à deux lieues sur toutes les routes, afin que, si l’ennemi se présentait, on soit à couvert des alertes, envoyer une patrouille d’infanterie et cavalerie légère, même 50 cuirassiers, sur Ratisbonne. Il faut aussi beaucoup éclairer la route de Straubing et celle de Landau. Il m’enverra, le soir, des rapports de tous ses postes, estafettes et espions.

 

Landshut, 22 avril 1809, deux heures et demie du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, sur les hauteurs d’Eckmühl

Mon Cousin, le général Piré arrive. Je vous ai envoyé le général Oudinot avec la division Tharreau et la division Boudet. Mon mouvement sur Landshut et l’avant-garde qui est déjà à moitié chemin de l’Inn doivent décider la retraite de l’ennemi, qui tient probablement pour évacuer son artillerie. S’il en était autrement et que l’ennemi tînt toute la journée, et que vous jugiez pouvoir tenir votre position ou toute autre position analogue, et qu’une diversion de 25,000 hommes sur Eckmühl fournît des positions favorables pour s’emparer de cette position, qui est derrière l’ennemi, vous pourrez me le mander. Je puis avoir votre réponse avant une heure après midi, et déjà j’ai ordonné au général Vandamme et aux divisions Gudin et Friant et aux cuirassiers d’être avant midi à Ergoltsbach, ayant leur avant­ garde à Neufahrn et sur la petite rivière de Laber. Tâchez de vous mettre en communication, par des paysans et par la traverse, avec ces troupes.

Si enfin vous pensez que votre position n’est pas tenable, vous êtes maître de prendre celle qui vous conviendra, en ayant soin seulement de protéger la communication qui passe par Bohr, Rottenburg et Landshut, afin que nous puissions nous réunir promptement. Je voulais remettre celle lettre à Piré, qui est déjà parti. Si vous entendez une canonnade du côté d’Eckmühl, parce qu’il serait possible que l’ennemi se portât en avant et qu’on s’engageât, dans quelque position que vous soyez, soutenez-la. Aussitôt que l’ennemi évacuera et fera sa retraite pour rentrer chez lui, poussez-le, en mettant Ou­dinot en première ligne et vos divisions fatiguées en seconde ligne.

P, S. Il est quatre heures. Je me suis résolu à me mettre en marche, et je serai sur Eckmühl à midi et dans le cas d’attaquer vigoureusement l’ennemi à trois heures. J’aurai avec moi 40,000 hommes. Envoyez-moi des aides de camp avec des escortes bavaroises pour m’apprendre ce que vous avez fait ce matin; il me semble qu’en prenant, soit par Rohr, soit par Rottenburg, soit par Langquaid, ayant les habitants pour nous, ils ne craignent pas de tomber entre les mains de l’ennemi, puisqu’ils peuvent les cacher.

Je serai de ma personne avant midi à Ergoltsbach. Si l’on entend la canonnade, cela me dira assez qu’il faut attaquer. Si je ne l’entends pas et que vous soyez en position d’attaquer, faites tirer une salve de dix coups de canon à la fois à midi, une pareille à une heure, et une pareille à deux heures. Mon aide de camp Lebrun partira à quatre heures et un quart; je suis décidé à exterminer l’armée du prince Charles aujourd’hui ou au plus tard demain.

Cette lettre est pour le duc de Danzig; communiquez-la-lui.

Landshut, 22 avril 1809, trois heures du matin

ORDRES DICTÉS AU MAJOR GÉNÉRAL

Donner ordre au général de Wrede de partir avec sa division et d’appuyer le mouvement du maréchal Bessières, qui a couché ce soir à Geisenhausen, de manière il jeter l’ennemi le plus loin qu’on pourra sur l’Inn. La division bavaroise partira de sa position actuelle à quatre heures du matin.

Ordre au duc de Rivoli de réunir entre Landshut et Ergolding, dans la plaine, trois de ses divisions, leur artillerie, la division Espagne; il réunira là les divisions les plus près d’ici; il faudrait que la première division pût être réunie sur la rive gauche à six heures du matin, pour pouvoir partir sur-le-champ. Le duc de Rivoli se mettra en marche avec ses trois divisions pour se diriger sur Eckmühl et cerner l’ennemi; l’Empereur marchera avec. La quatrième division se réunira à Landshut pour en garder la position et appuyer au besoin le maréchal Bessières, qui est entre l’hm et l’Isar avec la division bavaroise et la cavalerie légère.

La division Gudin partira à quatre heures du matin pour être arrivée à Ergoltsbach à neuf heures.

Le général Morand partira à cinq heures du matin pour être arrivé à neuf heures à Martinshaun. Les cuirassiers Saint-Sulpice monteront à cheval à six heures et suivront le mouvement de la division Gudin. Ils seront sous les ordres du duc de Montebello.

Au général Rouyer : Le duc d’Auerstaedt ayant envoyé la division Boudet à Ingolstadt, elle est suffisante pour défendre Eckmühl; d’ailleurs Sa Majesté ne se soucie plus du Danube. S’il y avait des circonstances extraordinaires, il faudrait couper tous les ponts et se borner à garder Ingolstadt.

 

Landshut, 22 avril 1809, trois heures du matin

Au maréchal Lannes, duc de Montebello, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne, à Landshut

Le due d’Auerstaedt est toujours aux prises. Le général Vandamme est parti avec l’infanterie wurtembergeoise et trois régiments de cavalerie légère pour marcher sur Eckmühl. Je désire que vous partiez de manière à être arrivé à sept heures à Ergoltsbach; vous prendrez en passant à Essenbach la division Saint-Sulpice. Vous pousserez devant vous les Wurtembergeois jusqu’à Neufahrn et même jusqu’à la petite rivière de Laber. Indépendamment des Wurtembergeois, des cuirassiers Saint-Sulpice, vous aurez sous vos ordres les divisions Gudin et Morand.

Je m’y porterai moi-même aussitôt que possible. Vous me ferez connaître les nouvelles que vous apprendrez de ce côté. Vous choisirez sur la petite rivière de Laber une bonne position. Mon intention est que, aussitôt que vous aurez reçu des nouvelles du maréchal Davout, vous marchiez sur Eckmühl, et d’attaquer l’ennemi de tous côtés. Je fais appuyer votre mouvement par le duc de Rivoli et ses trois divisions, qui viennent d’arriver. Puisque l’ennemi est têtu, il faut l’exterminer. Faites partir, sans perdre un moment, la division Gudin; ces troupes ne pourraient partir trop tôt.

 

Landshut, 22 avril 1809 , trois heures et demie du matin

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de cavalerie de l’armée d’Allemagne

Mon Cousin, je sais que vous êtes arrivé à Geisenhausen. Je dési­rerais avoir des rapports sur la force de l’ennemi. La division bavaroise du général de Wrede va vous joindre. Je partirai aujourd’hui pour cerner les corps de l’armée autrichienne de Bohême qui sont venus à Eckmühl. J’aurai avec moi le duc de Rivoli et trois de ses divisions, de sorte qu’il vous restera le général de Wrede et la 4e division du duc de Rivoli, en réserve devant Landshut.

P. S. Témoignez beaucoup de confiance au général de Wrede.

 

Landshut, 22 avril 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, sur les hauteurs d’Eckmühl

Mon Cousin, j’ai causé avec le général Piré, et, un quart d’heure après, je vous ai envoyé un de mes officiers d’ordonnance. Je vous envoie mon aide de camp Lebrun pour vous informer que je dirige sur EckmÜhl les divisions Gudin et Morand, les cuirassiers Saint­ Sulpice et une brigade de Wurtembergeois. Le duc de Rivoli suivra avec trois divisions et les cuirassiers Espagne. Concertez-vous avec le duc de Danzig sur ce que vous devez faire en cas d’attaque, dans quelque position que vous vous trouviez, et faites en sorte que les divisions Oudinot et Boudet puissent concourir à la bataille, ainsi que les divisions du duc de Danzig, savoir deux divisions de Bavarois et la division Demont. Si le prince Charles reste aujourd’hui et que la position soit attaquable, j’espère l’attaquer à quatre heures, surtout si je vous entends engagé. Envoyez-moi des Bavarois par la traverse, qui viennent me joindre et me donner de vos nouvelles. S’il y a possibilité de me joindre, le duc de Danzig peut envoyer un fort parti pour se lier avec moi. Il faut exterminer l’armée autrichienne et venger le régiment qui a été enlevé.

 

Landshut, 22 avril 1809

Au général Rouyer, commandant les troupes des princes confédérés, à Ingolstadt

Je vous préviens, Général, que tout ce qui est depuis Donauwoerth jusqu’à Vohburg est à vos ordres. S’il y avait des événements extraordinaires, c’est à vous à tout disposer sans attendre des ordres. Si l’ennemi forçait du côté de Donauwoerth, tout ce qui serait sur le Danube regagnerait Ingolstadt, ou Augsbourg, s’ils n’avaient pas le temps de regagner Ingolstadt.. Il ne faut pas oublier les troupes qui sont à Neuburg ; elles se replieront sur Ingolstadt d’abord, ou enfin sur Augsbourg, si elles n’avaient pas le temps de rejoindre Ingolstadt. Nous manœuvrons aujourd’hui; nous lui portons le dernier coup, nous lui avons fait 30,000 prisonniers, pris toute son artillerie, ses bagages.

 

Château d’Egglofsheim, 23 avril 1809

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, à Egglofsheim

Ordre au duc de Rivoli de se diriger avec les trois divisions qui iront ici sur Straubing, de s’emparer du pont de bateaux que l’ennemi aurait pu faire à Straubing, de pousser des reconnaissances dans toutes les directions pour arrêter sur les deux rives du Danube les bagages et les colonnes de l’ennemi.

Le maréchal Bessières à l’ordre de passer l’Inn aujourd’hui avec la division Molitor et la division Wrede.

 

Quartier impérial de Ratisbonne, 24 avril 1809.

PROCLAMATION À L’ARMÉE

Soldats ! Vous avez justifié mon attente. Vous avez suppléé au nombre par votre bravoure. Vous avez glorieusement marqué la différence qui existe entre les soldats de César et les cohues armées de Xercès.

En peu de jours, nous avons triomphé dans les trois batailles rangées de Thann, d’Abensberg et d’Eckmühl, et dans les combats de Peising, de Landshut et de Ratisbonne. Cent pièces de canon, quarante drapeaux, 50,000 prisonniers, trois équipages de pont, tous les parcs de l’ennemi portés sur six cents caissons attelés, trois mille voitures attelées portant ses bagages, toutes les caisses des régiments, voilà le résultat de la rapidité de vos marches et de votre courage.

L’ennemi, enivré par un cabinet parjure, paraissait ne plus conserver aucun souvenir de vous. Son réveil a été prompt; vous lui avez apparu plus terribles que jamais. Naguère il a traversé l’Inn et envahi le territoire de nos alliés. Naguère il se promettait de porter la guerre au sein de notre patrie. Aujourd’hui, défait, épouvanté, il fuit en désordre; déjà mon avant-garde a passé l’Inn. Avant un mois nous serons à Vienne.

 

24 avril 1809, Quartier général de Ratisbonne

PREMIER BULLETIN DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE

L’armée autrichienne a passé l’Inn le 9 avril. Par là les hostilités ont commencé, et l’Autriche a déclaré une guerre implacable à la France, à ses alliés et à la Confédération du Rhin.

Voici quelle était la position des corps français et alliés :

Le corps du duc d’Auerstaedt, à Ratisbonne;
Le corps du duc de Rivoli, à Ulm;
Le corps du général Oudinot, à Augsbourg;
Le quartier général, à Strasbourg;
Les trois divisions bavaroises, sous les ordres du duc de Danzig, placées, la le,  commandée par le Prince royal, à Munich, la 2e, commandée par le général Deroy, à Landshut, et la 3e, commandée par le général de Wrede, à Straubing;
La division wurtembergeoise, à Heidenheim ;
Les troupes saxonnes, campées, sous les murs de Dresde;
Le corps du duché de Varsovie, commandées par le prince Poniatowski, sous Varsovie.

Le 10, les troupes autrichiennes investirent Passau, où s’enferma un bataillon bavarois; elles investirent eu même temps Kufstein, où s’enferma également un bataillon bavarois. Ce mouvement eut lieu sans tirer un coup de fusil.

Les Autrichiens publièrent dans le Tyrol la proclamation ci-jointe (Moniteur du 3 mai 1809). La cour de Bavière quitta Munich pour se rendre à Dillingen.

La division bavaroise qui était à Landshut se porta à Achdorf, sur la rive gauche de l’Isar.

La division commandée par le général de Wrede se porta sur Neustadt.

Le duc de Rivoli partit d’Ulm et se porta sur Augsbourg.

Du 10 au 16, l’armée ennemie s’avança de l’Inn sur l’Isar. Des partis de cavalerie se rencontrèrent, et il y eut plusieurs charges, dans lesquelles les Bavarois eurent l’avantage. Le 16, à Pfaffenhofen, les 2e et 3e régiments de chevau-légers bavarois culbutèrent les hussards de Stipsicz et les dragons de Rosenberg.

Au même moment, l’ennemi se présenta en force pour déboucher par Landshut. Le pont était rompu, et la division bavaroise commandée par le général Deroy opposait une vive résistance à ce mouvement; mais, menacée par des colonnes qui avaient passé l’Isar à Moosburg et à Freising, cette division se retira en bon ordre sur celle du général de Wrede, et l’armée bavaroise se centralisa sur Neustadt.

DÉPART DE L’EMPEREUR DE Paris LE 13

L’Empereur’ apprit par le télégraphe, dans la soirée du 12, le passage de l’Inn par l’armée autrichienne, et partit de Paris un instant après. Il arriva le 16, à trois heures du matin, à Ludwigsburg, et dans la soirée du même jour à Dillingen, où il vit le roi de Bavière, passa une demi-heure avec ce prince, et lui promit de le ramener en quinze jours dans sa capitale et de venger l’affront fait à sa Maison en le faisant plus grand que ne furent jamais aucun de ses ancêtres. Le 17, à deux heures du matin, Sa Majesté arriva à Donauwoerth, où était établi le quartier général, et donna sur-le­ champ les ordres nécessaires.

Le 18, le quartier général fut transporté à Ingolstadt.

COMBAT DE PFAFFENHOFEN, LE 19.

Le 19, le général Oudinot, parti d’Augsbourg, arriva à la pointe du jour à Pfaffenhofen, y rencontra 3 ou 4,000 Autrichiens, qu’il attaqua et dispersa, et fit 300 prisonniers.

Le duc de Rivoli, avec son corps d’armée, arriva le lendemain à Pfaffenhofen.

Le même jour, le duc d’Auerstaedt quitta Ratisbonne pour se porter sur Neustadt et se rapprocher d’Ingolstadt. Il parut évident alors que le projet de l’Empereur était de manœuvrer sur l’ennemi, qui avait débouché de Landshut, et de l’attaquer dans le moment même où, croyant avoir l’initiative, il marchait sur Ratisbonne.

BATAILLE DE THANN, LE 19.

Le 19, à la pointe du jour, le duc d’Auerstaedt se mit en marche sur deux colonnes. Les divisions Morand et Gudin formaient sa droite; les divisions Saint-Hilaire et Friant formaient sa gauche. La division Saint-Hilaire, arrivée au village de Peising, y rencontra l’ennemi plus fort en nombre, mais bien inférieur en bravoure, et là s’ouvrit la campagne par un combat glorieux pour nos armes. Le général Saint-Hilaire, soutenu par le général Friant, culbuta tout ce qui était devant lui, enleva les positions de l’ennemi, lui tua une grande quantité de monde et lui fit 6 ou 700 prisonniers. Le 72e se distingua dans cette journée, et le 57e soutint son ancienne réputation. Il y a seize ans, ce régiment avait été surnommé en Italie le Terrible et il a bien justifié ce surnom dans cette affaire, où seul il a abordé et successivement défait six régiments autrichiens.

Sur la gauche, à deux heures après midi, le général Morand rencontra également une division autrichienne, qu’il attaqua en tête, taudis que le duc de Danzig, avec un corps bavarois parti d’Abens­berg, vint la prendre en queue. Cette division fut bientôt débusquée de toutes ses positions et laissa quelques centaines de morts et de prisonniers. Le régiment entier des dragons de Levenehr fut détruit par les chevau-légers bavarois, et son colonel fut tué.

A la chute du jour, le corps du duc de Danzig fit sa jonction avec celui du duc d’Auerstaedt.

Dans toutes ces affaires, les généraux Saint-Hilaire el Friant se sont particulièrement distingués.

Ces malheureuses troupes autrichiennes, qu’on avait amenées de Vienne au bruit des chansons et des fifres, en leur faisant croire qu’il n’y avait plus d’armée française en Allemagne, et qu’elles n’auraient affaire qu’aux Bavarois et aux Wurtembergeois,  montrèrent tout le ressentiment qu’elles concevaient contre leurs chefs de l’erreur où ils les avaient entretenus, et leur terreur ne fut que plus grande à la vue de ces vieilles bandes, qu’elles étaient accoutumées à considérer comme leurs maîtres.

Dans tous ces combats, notre perte fut peu considérable, en comparaison de celle de l’ennemi, qui surtout perdit beaucoup d’officiers et de généraux, obligés de se mettre en avant pour donner l’élan à leurs troupes. Le prince de Liechtenstein, le général de Lusignan et plusieurs autres furent blessés. La perte des Autrichiens en colonels et officiers de moindre grade est extrêmement considérable.

BATAILLE D’ABENSBERG, LE 20.

L’Empereur résolut de battre et de détruire le corps de l’archiduc Louis et celui du général Hiller, forts ensemble de 60,000 hommes. Le 20, l’Empereur se porta à Abensberg. Il donna ordre au duc d’Auerstaedt de tenir en respect les corps de Hohenzollern, de Rosenberg et de Liechtenstein, pendant que, avec les deux divisions Morand et Gudin, les Bavarois et les Wurtembergeois, il attaquait de front l’armée de l’archiduc Louis et du général Hiller, et qu’il faisait couper les communications de l’ennemi par le duc de Rivoli, en le faisant passer à Freising et de là sur les derrières de l’armée autrichienne. Les divisions Morand et Gudin formèrent la gauche et manœuvrèrent sous les ordres du duc de Montebello. L’Empereur se décida à combattre ce jour-là à la tête des Bavarois et des Wurtembergeois. Il fit réunir en cercle les officiers de ces deux armées et leur parla longtemps; le prince royal de Bavière traduisait en allemand ce qu’il disait en français. L’Empereur leur fit sentir la marque de confiance qu’il leur donnait. Il dit aux officiers bavarois que les Autrichiens avaient toujours été leurs ennemis; que c’était à leur indépendance qu’ils en voulaient; que depuis plus de deux cents ans les drapeaux bavarois étaient déployés contre la Maison d’Autriche: mais que cette fois il les rendrait si puissants, qu’ils suffiraient seuls désormais pour lui résister. Il parla aux Wurtembergeois des vic­toires qu’ils avaient remportées sur la Maison d’Autriche lorsqu’ils servaient dans l’armée prussienne et des derniers avantages qu’ils avaient obtenus dans la campagne de Silésie. Il leur dit à tous que le moment de vaincre était venu pour porter la guerre sur le territoire autrichien. Ces discours, qui furent répètés aux compagnies par les capitaines, et les différentes dispositions que fit l’Empereur, produisirent l’effet qu’on pouvait en attendre.

L’Empereur donna alors le signal du combat et mesura les ma­nœuvres sur le caractère particulier de ces troupes. Le général de Wrede, officier bavarois d’un grand mérite, placé au-devant du pont de Siegenburg, attaqua une division autrichienne qui lui était opposée; le général Vandamme, qui commandait les Wurtember­geois, la déborda sur son flanc droit. Le duc de Danzig, avec la division du Prince royal et celle du général Deroy, marcha sur le village de Neuhausen pour arriver sur la grande route d’Abensberg à Landshut. Le duc de Montebello, avec ses deux divisions françaises, força l’extrême gauche, culbuta tout ce qui était devant lui et se porta sur Rohr et Rottenburg. Sur tous les points la canonnade était engagée avec succès. L’ennemi, déconcerté par ces dispositions, ne combattit qu’une heure et battit en retraite. Huit drapeaux, douze pièces de canon, 18,000 prisonniers, furent le résultat de cette affaire, qui ne nous a coûté que peu de monde.

COMBAT ET PRISE DE LANDSHUT, LE 21

La bataille d’Abensberg ayant découvert le flanc de l’armée autri­chienne et tous les magasins de l’ennemi, le 21, l’Empereur, dès la pointe du jour, marcha sur Landshut. Le duc d’Istrie culbuta la cavalerie ennemie dans la plaine en avant de cette ville.

Le général de division Mouton fit marcher au pas de charge sur le pont les grenadiers du 17e, formant la tête de la colonne. Ce pont, qui est en bois, était embrasé, mais ne fut point un obstacle pour notre infanterie, qui le franchit et pénétra dans la ville. L’ennemi, chassé de sa position, fut alors attaqué par le duc de Rivoli, qui débouchait par la rive droite. Landshut tomba en notre pouvoir, et, avec Landshut, nous prîmes 30 pièces de canon, 9,000 prisonniers, 600 caissons de parc attelés et remplis de munitions, 3,000 voitures portant les bagages, trois superbes équipages de pont, enfin les hôpitaux et les magasins que l’armée autrichienne commençait à former. Des courriers, des aides de camp du général en chef le prince Charles, des convois de malades venant de Landshut, et très­ étonnés d’y trouver l’ennemi, eurent le même sort.

BATAILLE D’ECKMÜHL, le 22.

Tandis que la bataille d’Abensberg et le combat de Landshut avaient des résultats si importants, le prince Charles se réunissait avec le corps de Bohême commandé par le général Kollowrath, et obtenait à Ratisbonne un faible succès. 1,000 hommes du 65e, qui avaient été laissés pour garder le pont de Ratisbonne, ne reçurent point l’ordre de se retirer. Cernés par l’armée autrichienne, ces braves, ayant épuisé leurs cartouches, furent obligés de se rendre. Cet événement fut sensible à l’Empereur. Il jura que dans les vingt-quatre heures le sang autrichien coulerait dans Ratisbonne pour venger cet affront fait à ses armes.

Dans le même temps, les ducs d’Auerstaedt et de Danzig tenaient en échec les corps de Rosenberg, de Hohenzollern et de Liechtenstein. Il n’y avait pas de temps à perdre. Le 22 au matin, l’Empereur se mit en marche de Landshut avec les deux divisions du duc de Montebello, le corps du duc de Rivoli, les divisions de cuirassiers Nansouty et Saint-Sulpice et la division wurtembergeoise. A deux heures après midi, il arriva vis-à-vis d’Eckmühl, où les quatre corps de l’armée autrichienne, formant 10,000 hommes, étaient en position sous le commandement de l’archiduc Charles. Le duc de Montebello déborda l’ennemi par la gauche avec la division Gudin. An premier signal, les ducs d’Auerstaedt et de Danzig et la division de cavalerie légère du général Montbrun débouchèrent. On vit alors un des plus beaux spectacles qu’ait offerts la guerre. 1l0,000 ennemis attaqués sur tous les points, tournés par leur gauche et successivement dépostés de toutes leurs positions. Le détail des événements militaires serait trop long: il suffit de dire que, mis en pleine déroute, l’ennemi a perdu la plus grande partie de ses canons et un grand nombre de prisonniers; que le l10e d’infanterie légère de la division Saint-Hilaire se couvrit de gloire en débouchant sur l’ennemi, et que les Autrichiens, débusqués du bois qui couvre Ratisbonne, furent jetés dans la plaine et coupés par la cavalerie. Le sénateur général de division Demont eut un cheval tué sous lui. La cavalerie autrichienne, forte et nombreuse, se présenta pour protéger la retraite de son infanterie; la division Saint-Sulpice sur la droite, la division Nansouty sur la gauche, l’abordèrent; la ligne de hussards et de cuirassiers ennemis fut mise en déroute; plus de 300 cuirassiers autrichiens furent faits prisonniers. La nuit commençait. Nos cuirassiers continuèrent leur marche sur Ratisbonne. La division Nansouty rencontra une colonne ennemie qui se sauvait, la chargea et la fit prisonnière; elle était composée de trois bataillons hongrois de 1,500 hommes.

La division Saint-Sulpice chargea un autre carré dans lequel faillit être pris le prince Charles, qui ne dut son salut qu’à la vitesse de son cheval. Cette colonne fut également enfoncée et prise. L’obscu­rité obligea enfin à s’arrêter. Dans cette bataille d’Eckmühl, il n’y eut que la moitié à peu près des troupes françaises engagée. Poussée l’épée dans les reins, l’armée ennemie continua à défiler toute la nuit, par morceaux et dans la plus épouvantable déroute. Tous ses blessés, la plus grande partie de son artillerie, quinze drapeaux et 20,000 prisonniers sont tombés en notre pouvoir. Les cuirassiers se sont, comme à l’ordinaire, couverts de gloire.

COMBAT  ET PRISE DE RATISBONNE, LE 23,

Le 23, à la pointe du jour, on s’avança sur Ratisbonne, l’avant­ garde formée par la division Gudin et par les cuirassiers des divisions Nansouty et Saint-Sulpice. On ne tarda pas à apercevoir la cava­lerie ennemie qui prétendait couvrir la ville. Trois charges successives s’engagèrent; toutes furent à notre avantage. Sabrés et mis en pièces, 8,000 hommes de cavalerie ennemie repassèrent précipitamment le Danube. Sur ces entrefaites, nos tirailleurs tâtèrent la ville. Par une inconcevable disposition, le général autrichien y avait placé six régiments sacrifiés sans raison. La ville est enveloppée d’une mauvaise enceinte, d’un mauvais fossé et d’une mauvaise con­trescarpe. L’artillerie arriva; on mit en batterie des pièces de 12. Ou reconnut une issue par laquelle, au moyen d’une échelle, on pou­vait descendre dans le fossé, et remonter ensuite par une brèche faite à la muraille. Le duc de Montebello fit passer par cette ouver­ture un bataillon, qui gagna une poterne et l’ouvrit: on s’introduisit alors dans la ville. Tout ce qui fit résistance fut sabré; le nombre des prisonniers passa 8,000. Par suite de ses mauvaises dispositions, l’ennemi n’eut pas le temps de couper le pont, et les Français passè­rent pêle-mêle avec lui sur la rive gauche.

Cette malheureuse ville, qu’il a eu la barbarie de défendre, a beaucoup souffert; le feu y a été une partie de la nuit; mais, par les soins du général Morand et de sa division, on parvint à le dominer et à l’éteindre.

Ainsi à la bataille d’Abensberg, l’Empereur battit séparément les deux corps de l’archiduc Louis et du général Hiller. Au combat de Landshut, il s’empara du centre des communications de l’ennemi et du dépôt général de ses magasins et de son artillerie. Enfin à la bataille d’Eckmühl, les quatre corps de Hohenzollern, de Rosenberg, de Kollowrath et de Liechtenstein furent défaits et mis en déroute. Le corps du général Bellegarde, arrivé le lendemain de cette bataille, ne put qu’être témoin de la prise de Ratisbonne et se sauva en Bohême.

Cette première notice des opérations militaires qui ont ouvert la campagne d’une manière si brillante sera suivie d’une relation plus détaillée de tous les faits d’armes qui ont illustré les armées françaises et alliées.

Dans tous ces combats, notre perte peut se monter à 1,200 tués et 4,000 blessés. Le général de division Cervoni, chef d’état-major du duc de Montebello, fut frappé d’un boulet de canon et tomba mort sur le champ de bataille d’Eckmühl; c’était un officier de mérite et qui s’était distingué dans nos premières campagnes. Au combat de Peising, le général Hervo, chef de l’état-major du duc d’Auerstaedt, a été également tué; le duc d’Auerstaedt regrette vivement cet officier, dont il estimait la bravoure, l’intelligence et l’activité. Le général de brigade Clément, commandant une brigade de cuirassiers de la division Saint-Sulpice, a eu un bras emporté; c’est un officier de courage et d’un mérite distingué. Le général Schramm a été blessé. Le colonel du 14e de chasseurs a été tué dans une charge. En général, notre perte en officiers est peu considérable. Les 1,000 hommes du 65e qui ont été faits prisonniers ont été la plu­part repris. Il est impossible de montrer plus de bravoure et de bonne volonté qu’en ont montré les troupes.

A la bataille d’Eckmühl, le corps du duc de Rivoli n’ayant pu encore rejoindre, ce maréchal est resté constamment auprès de l’Empereur; il a porté des ordres et fait exécuter différentes manœuvres.

A l’assaut de Ratisbonne, le duc de Montebello, qui avait désigné le lieu du passage, a fait porter les échelles par ses aides de camp.

Le prince de Neuchâtel, afin d’encourager les troupes et de donner en même temps une preuve de confiance aux alliés, a marché plusieurs fois à l’avant-garde avec les régiments bavarois.

Le duc d’Auerstaedt a donné dans ces différentes affaires de nouvelles preuves de l’intrépidité qui le caractérise.

Le duc de Rovigo, avec autant de dévouement que d’intrépidité, a traversé plusieurs fois les légions ennemies pour aller faire connaître aux différentes colonnes les intentions de l’Empereur.

Des 220,000 hommes qui composaient l’armée autrichienne, tous ont été engagés, hormis les 20,000 hommes que commande le général Bellegarde et qui n’ont pas donné. De l’armée française, au contraire, près de la moitié n’a pas tiré un coup de fusil. L’ennemi, étonné par des mouvements rapides et hors de ses calculs, s’est trouvé en un moment déchu de sa folle espérance, et transporté du délire de la présomption dans un abattement approchant du désespoir.

Extrait du Moniteur, du 3 mai 1809.

 

Ratisbonne, 25 avril 1809

Au général Clarke, comte de Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je vous ai mandé de faire partir le régiment de Westphalie pour Strasbourg; donnez-lui l’ordre de se diriger sur Augsbourg.

Le 1er régiment provisoire de chasseurs à cheval doit être également dirigé sur Augsbourg.

Les six régiments provisoires de dragons qui s’organisent à Stras­bourg doivent bientôt être en état d’entrer en campagne. Faites-vous rendre compte si les colonels en second sont rendus à leur poste et s’il y a suffisamment d’officiers. Il me semble que ces six régiments doivent bientôt former 4,000 hommes. Faîtes-leur donner six pièces d’artillerie légère, et qu’ils se mettent en marche, du 1er au 5 mai, pour se rendre à Augsbourg.

Les cuirassiers me rendent ici des services inappréciables. Ce sont de bonnes et excellentes troupes de cavalerie. Entendez-vous avec le ministre Dejean pour qu’ils soient bien entretenus, qu’il leur soit fourni de bons chevaux, et qu’ils soient recrutés de manière à augmenter plutôt que de diminuer pendant la guerre. II me tarde d’apprendre que tous ces régiments sont portés à 1,000 hommes, et que leurs 4e escadrons sont complétés.

Donnez ordre au général Bourcier, qui est en Espagne, de se rendre à Augsbourg, pour y prendre le commandement des dépôts de cavalerie de l’armée d’Allemagne.

Ayez soin que mon décret sur l’incorporation dans les régiments de l’armée du -Rhin des conscrits destinés à des corps de l’armée d’Espagne soit exécuté, et que bientôt les 4e escadrons des régiments de chasseurs et de hussards soient disponibles. Continuez à faire organiser les 5e et 6e compagnies, et faites-les ensuite diriger sur Augsbourg. Faites également partir tous les 4e bataillons qui doivent être à Saint-Denis.

Lorsque les deux demi-brigades réunies à Saint-Omer formeront 3,000 hommes, et que les gardes nationales seront organisées, faites aussi partir pour Strasbourg les 4e bataillons du camp de Boulogne. Vous me ferez connaître la situation des demi-brigades qui se réunissent à Paris, Metz, Sedan, Wesel et Mayence.

Aussitôt que la garnison de la Martinique sera débarquée, elle joindra ses corps, les 82e, 26e et 66e régiments. Ces régiments demandent une attention particulière de votre part. Portez leurs sept bataillons au complet, de manière que ces trois régiments forment un corps de 20,000 hommes, que je pourrai faire venir en Allemagne, en le faisant remplacer, pour la garde des côtes, par des gardes nationales ou des troupes disponibles en Espagne.

 

Ratisbonne, 25 avril 1809

Au général Clarke, comte de Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, dans la répartition des conscrits, il faut avoir soin d’en donner beaucoup au 65e, ce régiment ayant perdu 1,000 hommes qui ont été faits prisonniers par suite d’une fausse manœuvre. Les officiers rentrent en France. Il faut reformer ce régiment, et lui donner 1, 000 hommes sur la conscription des quatre années, et 1,000 sur la conscription de 1810.

Les 10 000 hommes des anciennes conscriptions seront répartis de la manière suivante : 1,000 hommes au 65e régiment, 6,000 pour les dépôts de la Garde, dont 3,000 seront dirigés sur Strasbourg (ce sont ceux des départements qui se détourneraient trop s’ils venaient à Paris) et 3,000 sur Paris (ce sont ceux des départements dont la distance permet de passer par Paris sans trop s’éloigner).

Entendez-vous avec l’inspecteur aux revues, le commissaire des guerres et le quartier-maître de la Garde, pour leur babillement. Les habits seront confectionnés à Paris, aux ateliers de la Garde, et envoyés à Strasbourg.

Les 6,000 hommes seront donnés, savoir : 3,000 hommes aux deux nouveaux régiments de tirailleurs de la Garde que je forme par le décret ci-joint, et. 3,000 hommes serviront à compléter les régi­ments de conscrits, tirailleurs et fusiliers.

Les 3,000 hommes restant des 10,000 seront répartis entre la cavalerie, l’artillerie et les corps de l’armée qui en auraient le plus besoin.

Moyennant la formation de deux nouveaux régiments de tirailleurs de la Garde, ma Garde sera composée de deux nouveaux régiments de fusiliers, de quatre régiments de tirailleurs, de quatre régiments de conscrits et de deux régiments de vieille Garde; ce qui fera douze régiments.

Quant à la répartition des 30,000 conscrits de 1810, comme il m’est difficile d’entrer dans ce détail, je ne puis que m’en rapporter à ce que vous ferez. Je désirerais seulement qu’il fût formé un dépôt de 3,000 conscrits à Strasbourg et un dépôt de 3,000 à Grenoble, pour envoyer aux régiments des armées du Rhin et d’Italie qui au­raient le plus souffert.

Il faut que ces dépôts soient bien organisés et que leur habillement soit confectionné, en établissant à Strasbourg et à Grenoble un conseil d’administration de confection comme celui que j’avais établi à Bordeaux, en se servant pour tous les habits d’un seul bouton à aigle.

Le dépôt de Strasbourg sera surveillé par le duc de Valmy; il faudrait chercher un officier intelligent pour le dépôt de Grenoble, et, à mesure que les corps auront fait des pertes extraordinaires, on tirera de ces dépôts pour leur envoyer.

Il ne resterait plus que 21,000 hommes à distribuer, dont 1,000 au 65e. Je désire que dans cette répartition on prenne en considération les divisions Friant et Saint-Hilaire, qui ont le plus souffert jusqu’à présent.

 

Ratisbonne, 25 avril 1809

Au général Lacuée, comte de Cessac, directeur général des revues et de la conscription militaire, à Paris

J’ai reçu l’état comparatif de ce que coûtent un régiment de cinq bataillons et deux régiments de conscrits de la Garde. Il résulte qu’il y a une économie de 400,000 francs. D’après cette considération, je me suis résolu à créer deux nouveaux régiments de tirailleurs, qui seront formés par les conscrits des années antérieures. La Garde sera donc composée de deux régiments de vieille Garde, deux régiments de fusiliers, un régiment de tirailleurs (dont les officiers et sous-offi­ciers sont de la Garde, ce qui sera changé le plus promptement pos­sible), deux régiments de tirailleurs organisés comme les régiments de conscrits, et enfin quatre régiments de conscrits; en tout, onze régiments d’infanterie, faisant 17,600 hommes.

 

Ratisbonne, 25 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Caldiero

Mon Fils, je reçois à la fois vos deux lettres du 14 et du 17. Je vois par elles qu’il m’en manque plusieurs, car j’ai ignoré votre mouvement de retraite sur le Frioul et ce qui est arrivé à la colonne que j’avais en Tyrol. Il est fâcheux que vous ayez livré bataille sans avoir votre cavalerie. Vos lettres contenant point de détails, je suppose que je recevrai aujourd’hui ou demain un officier qui me fera connaître en quoi consistent mes pertes de ce côté.

Vous verrez par une proclamation l’analyse des succès que j’ai tenus ici, après huit jours de manoeuvres. Mes troupes ont passé l’Inn et seront bientôt à Linz et à Salzburg.

Vous avez eu tort de vous inquiéter de ce que l’ennemi avait dans Tyrol. Si vous vous êtes affaibli pour couvrir Vérone, vous avez eu tort; devant livrer la bataille, il fallait réunir toutes vos troupes, si vous l’aviez gagnée, vous n’aviez rien à craindre des troupes qui étaient dans le Tyrol. Je ne puis vous donner aucune instruction, ignorant les événements qui se sont passés; toutefois il faut bien tenir la ligne de l’Adige, et j’espère que bientôt mes mouvements appelleront à la défense de Vienne, en tout ou en partie.

La division Miollis doit bientôt être arrivée; ce qui vous renforcera autant.

Je suppose que vous instruisez de tout le prince Borghèse et que vous faites mettre mes places en état, que vous avez désarmé mes frégates d’Ancône et réuni tous les équipages pour la défense de Venise. Faites approvisionner Mantoue et toutes mes forteresses.

 

Ratisbonne, 25 avril 1809

A M. Louis d’Affry, landammann de la Suisse

Très-cher et grand ami, je reçois votre lettre du 18 avril que me remet M. Reinhard. J’approuve toutes les mesures prises pour assurer la neutralité de la Suisse. Votre territoire ne sera jamais attaqué par moi, mais il le sera par mes ennemis aussitôt qu’ils seront en état de le faire. Les événements qui viennent de se passer font penser que ce moment n’est pas près d’arriver. Toutefois les mesures que vous avez prises et les intentions que la Diète a manifestées sont très-convenables; car, si une seule fois la Suisse laissait violer son territoire par la Maison d’Autriche, elle serait perdue pour toujours. Il est très-certain que, lors de la guerre de 1805, et peut-être même dans celle-ci, le cabinet de Vienne avait cherché à troubler la Suisse et à y pénétrer; projets vains, que le succès de mes armes a dissipés, mais qui cependant ne doivent point être oubliés et qui doivent pour l’avenir servir de règle à la Suisse.

 

Ratisbonne, 25 avril 1809

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Leipzig

J’ai expédié un officier d’ordonnance à Votre Majesté pour lui faire connaître les premiers succès que j’ai obtenus sur les corps du prince Louis et du général Hiller, formant ensemble 60,000 hommes. Au­jourd’hui je ne veux pas tarder plus longtemps à faire part à Votre Majesté des victoires que j’ai remportées, à Eckmühl et à Ratisbonne, sur le corps réunis des généraux Hohenzollern, Rosenberg, Kollowrath, et la réserve du prince Liechtenstein, commandés par le prince Charles et formant 110,000 hommes. L’ennemi a évacué Munich et se retire sur la Bohême, poursuivi à marches forcées par le maréchal, duc d’Auerstaedt. J’ai mandé au prince de Ponte-Corvo d’entrer en Bohême avec les troupes de Votre Majesté. Tout a donc favorisé mes armes, et j’éprouve une singulière satisfaction à voir que les États de Votre Majesté n’ont point été inquiétés par l’ennemi et qu’elle pourra, sous peu de jours, rentrer dans sa capitale.

Je pars demain pour me porter sur l’Inn; mon avant-garde n’en est pas éloignée.

 

Ratisbonne, 25 avril 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté du 22 avril. L’arrivée des Autrichiens sur l’Altmühl et Nuremberg est véritable; mais bien des choses se sont passées depuis. La bataille de Ratisbonne a terminé le destin de l’armée autrichienne. J’ai sur-le-champ fait passer le Danube à une partie de mes troupes pour poursuivre vivement l’ennemi. Je ne doute pas que Bellegarde ne se soit replié pour gagner la Bohême; s’il ne l’avait pas fait, il serait poursuivi l’épée dans les reins. Je ne pense donc pas qu’il y ait aujourd’hui une espèce de danger; cependant, s’il en était autrement, je pense que Votre Majesté devrait se retirer sur Strasbourg. Du reste, je vais me porter sur la droite et vais passer l’Inn; mon avant-garde l’a passée; mais je ne quitterai pas Ratisbonne que je ne sois assuré que la rive gauche du Danube est purgée.

 

Ratisbonne, 25 avril 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, le corps de Bellegarde était aujourd’hui 25 à Schwarzenfeld; il se retire par la Bohême. Le prince de Ponte-Corvo avec les Saxons va le suivre. Votre Majesté ne doit donc avoir aucune inquiétude. Je désirerais qu’elle pût envoyer 2,000 hommes, cavalerie et infanterie, sur la frontière du Vorarlberg pour contenir Kempten, Füssen et empêcher l’insurrection du Tyrol de se répandre. Cette colonne mobile, qui pourrait se porter partout, serait, je pense, fort utile pour maintenir la tranquillité dans toute la Souabe.

 

Ratisbonne, 25 avril 1809

A Louis X, grand-duc de Hesse-Darmstadt, à Darmstadt

Mon frère, je reçois votre lettre du 20 avril, que m’apporte le prince Émile. Je le vois avec plaisir se livrer au métier des armes, qui a  toujours été celui des princes de sa Maison; je suis certain qu’il répondra aux désirs de Votre Altesse et à l’opinion que j’ai de sa famille.

 

Ratisbonne, 26 avril 1809, trois heures du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Regenstauf

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 25 à onze heures du soir, où je vois que vous pensez que le prince Charles se serait porté sur Passau par Cham. Cette marche de flanc serait bien hasardeuse. Nous devons être aujourd’hui 26 à Passau. D’ailleurs vous ne dites point sur quoi vous fondez cette opinion. Les renseignements donnés par le général Montbrun, qui les a pris sur les lieux, sont tout opposés. Tout porte donc à penser qu’il a pris la direction qu’annonce le général Montbrun; cette marche est plus naturelle. Cependant j’attends de connaître positivement ce qui en est; il m’importe beaucoup d’être éclairé sur cette affaire.

Hemau étant libre et Bellegarde s’étant retiré sur Schwandorf, il ne faut pas épuiser votre cavalerie en courses inutiles du côté de Nuremberg; de simples estafettes suffisent; et employez le 12e de chasseurs à talonner l’arrière-garde de Bellegarde. Je pense qu’avec votre corps d’armée vous devez vous porter sur Bruck, où vous saurez positivement le parti que prendra le prince Charles. Le général de division Dupas, avec une brigade française de 5,000 hommes et une brigade composée des contingents des petits princes, que com­mande le général Rouyer, formant une division de 10,000 hommes, se rend à Ratisbonne, où je suppose qu’il sera arrivé le 27. Je retiens le général Boudet à Straubing jusqu’à nouvel ordre; il y est arrivé hier 25, à dix heures du soir. J’ai bien de l’impatience à savoir ce que fait l’ennemi.

 

Ratisbonne, 26 avril 1809, quatre heures du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Regenstauf

Mon Cousin, comme il serait possible que je partisse d’ici ce ma­tin, je désirerais avoir, avant de partir, les rapports d’avant-garde et savoir sur quoi est fondée l’idée que vous avez que l’ennemi se retire sur Passau; est-ce conjecture, ou votre opinion est-elle appuyée sur des témoignages ? Le duc de Rivoli, qui était à Straubing, me mandait le 25 qu’à huit lieues à la ronde il n’y avait pas d’ennemis.

 

Landshut, 26 avril 1809, trois heures après midi

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Regenstauf

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 26 par un officier d’ordonnance.

Le général Boudet est avec sa division à Straubing; il me mande que l’on dit dans le pays que le général Lichtenstein est à Cham et que les avant-postes arrivent à moitié chemin de Cham à Straubing. Je suppose que le mouvement du duc de Rivoli sur Straubing les aura attirés de ce côté. Le général Boudet restera en position jusqu’à nouvel ordre, et j’attendrai de nouvelles circonstances ou un besoin commandé, pour le retirer de Straubing. Je lui ai envoyé un régiment de cavalerie légère wurtembergeoise. Le duc de Rivoli a dû arriver à Passau; je n’en ai point encore de nouvelles. L’ennemi paraît avoir des forces imposantes du côté de Salzbourg dans le Tyrol.

J’attends de vos nouvelles avec impatience.

P. S. Je n’ai pas besoin de vous répéter que votre instruction est générale, et que, du moment où l’ennemi se sera retiré en Bohême, vous devez marcher sur Passau, laissant à Ratisbonne la division Dupas, jusqu’à ce que le prince de Ponte-Corvo ait appuyé sur Ratisbonne.

Il est important que vous vous trouviez à la bataille qui doit avoir lieu entre Passau et Vienne.

 

Landshut, 26 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Landshut

Mon Cousin, le bulletin, n’étant qu’une esquisse légère des événements, ne peut pas satisfaire l’amour-propre des officiers; il est donc nécessaire que vous fassiez un relevé des rapports des généraux, pour en former un canevas dans lequel on fera connaître les faits particuliers. Je vous envoie à cet effet un rapport du duc de Danzig. Proposez-moi également les récompenses à accorder à chaque corps, les avancements et les distinctions demandés par les généraux.

 

Landshut, 26 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Landshut

Mon Cousin, le dépôt général de cavalerie de l’armée sera placé à Landshut. En conséquence, tout ce que les régiments de cavalerie auraient du côté de Ratisbonne, Dillingen, Nördlingen, etc., se réunira à Landshut. En attendant l’arrivée du général Bourcier, vous nommerez un officier supérieur pour prendre le commandement de ce dépôt. Quand le dépôt passera plus de 8,000 chevaux, il sera divisé en dépôts de chasseurs, hussards grosse cavalerie, placés à Moosburg et autres endroits favorables pour le fourrage.

 

Landshut, 26 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Landshut

Mon Cousin, donnez ordre que les onze bataillons de marche que commande le général Marion, qui arrivent demain à Augsbourg, se rendent à Munich. Ordonnez également que les 3e, 4e et 5e bataillons de marche, que la 14e compagnie de marche et que le détachement du 122e régiment se mettent en marche, et que cette colonne, forte de 5 à 6,000 hommes, se rende à Munich, d’où elle ne partira que d’après de nouveaux ordres. Donnez l’ordre que toute la cavalerie destinée pour le général Colbert, le duc de Rivoli, la brigade Piré, tout ce qui est destiné pour la brigade Jacquinot, se rende également à Munich, et que la cavalerie destinée à renforcer la division Montbrun reste à Augsbourg. Les trois compagnies d’Anhalt se rendront à Ratisbonne. Quant à ce qui n’arrive que le 28, je me réserve de donner des ordres. Vous me remettrez cela sous les yeux demain soir. Le détachement de Portugais à cheval attendra à Augsbourg le détachement d’élite à pied, afin que ces deux corps marchent ensemble. Vous mettrez à Munich un commandant qui rendra compte de l’arrivée de ces détachements au fur et à mesure. Vous me remet­trez sous les yeux, le 29, l’arrivée de ces détachements à Munich, afin que j’en dispose suivant les circonstances.

 

Landshut, 26 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Caldiero

Mon Fils, je ne conçois rien à votre correspondance; vous m’avez écrit le 17 et le 19, et vous ne me dites rien. J’ignore comment s’est passée la bataille, le nombre d’hommes, de pièces de canon que j’ai perdus, d’où est venue cette défaite. Cette conduite est étrange. Au lieu de m’envoyer officier sur officier, vous ne m’envoyez que de mauvais courriers qui ne savent et ne disent rien. Vous portez votre attention sur le Tyrol, d’où vous n’avez absolument rien à craindre. Indépendamment d’un de mes corps qui marche sur Salzburg, que voulez-vous que fassent une douzaine de mille hommes qu’une poignée d’hommes au Monte-Baldo peut tenir en respect ? Tout cela est insensé. Il faut que la bataille ait été bien terrible pour que vous ayez abandonné la Piave. Je ne puis asseoir mon jugement, puisque j’ignore ce qui s’est passé et quelle est la situation de mon armée. Mais laisser bloquer Venise sans des raisons très-fortes, et par la seule terreur ridicule du Tyrol, est une opération insensée. La première de toutes les choses à faire, c’est de m’envoyer des détails très-circonstanciés, ensuite de m’envoyer un officier tous les jours pour me tenir informé de ce qui se passe. Si vous craignez une agression par le Tyrol, faites occuper les positions que j’ai occupées dans les campagnes d’Italie; tous les tambours de votre armée les connaissent.  Je fis occuper le Monte-Caldo, la Corona, Rivoli et l’Adige ; l’ennemi était maître d’Innsbruck, de la Bavière et du Tyrol, et c’est surtout en empêchant la jonction de ce qu’il avait dans le Tyrol avec le Frioul que je l’ai battu.

Je vois que vous ne savez pas bien l’histoire de ces campagnes, puisque vous dites que, si l’ennemi vient par le Tyrol, il faudra lui abandonner la plaine de Vérone. Il ne peut déboucher par le Tyrol, si vous occupez les hauteurs de Rivoli, et il ne peut pas forcer la position de Rivoli, si vous occupez la Corona et le Monte-Caldo. Je reste à concevoir comment mes troupes ont été battues par cette canaille d’Autrichiens. Ils étaient 300,000 ici; je les ai toujours battus, n’étant qu’un contre sept. L’armée d’Italie passait pour valoir cette armée. Si vous êtes maître de Bassano, l’ennemi n’osera jamais passer Trente; vous le couperiez par les gorges de la Brenta.

Quelque mal qui soit arrivé, si j’avais une parfaite connaissance de l’état des choses, je prendrais mon parti; mais je trouve ridicule et affreux que, la bataille ayant eu lieu le 16, nous nous trouvions au 26 sans que j’en aie la plus légère idée; cela déroute ici toutes les combinaisons de campagne, et je ne vois pas ce qui peut vous avoir dicté cette singulière conduite. Je suppose que les corps qui étaient à Florence sont arrivés. J’espère être bientôt à Salzburg et couper tout ce qui est dans le Tyrol. Mais, pour Dieu ! Instruisez­ moi de ce qui se passe, et faites-moi connaître la situation de mes affaires en Italie.

 

Landshut, 26 avril 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, vous aurez vu dans le bulletin les évènements qui se sont passés ici. Je suppose que vous ferez imprimer votre rapport au sénat en français et en allemand. Je n’entends pas parler de la Russie. On m’assure cependant qu’un courrier est arrivé dernièrement au prince Kourakine. Voici les dernières lettres du sieur Dodun. Faîtes mettre l’extrait de tout cela dans le Moniteur. Je vous ai envoyé, il y a quelques jours, d’autres pièces de lui. Je suis étonné qu’il n’ait pas demandé ses passeports et ne soit pas retiré.

 

Landshut, 27 avril 1809, six heures et demie du matin

Au maréchal Lannes, duc de Montebello, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne

Le mouvement du duc de Rivoli a décidé l’ennemi à se porter sur Passau. Il est important de passer promptement l’Inn et la Salza, afin de faire une diversion pour le duc de Rivoli.

Le duc de Danzig se porte sur Salzburg, poussant devant lui la division ennemie. Je serai de bonne heure à Neumarkt avec les cuirassiers, une division de cavalerie légère, quelque chose de ma Garde et les Wurtembergeois.

Aussitôt que vous aurez passé la Salza, éclairez-vous sur la droite et sur la gauche. Il ne serait pas impossible qu’on coupât un corps d’armée ennemi qui vient du Tyrol.

 

Landshut, 27 avril 1809, neuf heures du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Nittenau

Mon Cousin, le duc d’Istrie est à Oetting. Je n’ai pas de nouvelles du duc de Rivoli, que je crois à Passau. Je pars pour passer la Salza et me joindre avec lui. Je donne ordre au général Boudet de partir de Straubing aujourd’hui pour rejoindre le duc de Rivoli à Passau. 200 hommes d’un escadron de marche appartenant à la brigade de cavalerie légère du général Pajol resteront à Straubing sous les ordres du major Ameil. Ils seront sous vos ordres pour vous instruire de tout ce qui se passera, et, lorsque vos troupes seront à Cham, ils les rejoindront pour être incorporés dans leurs régiments. Tout porte à penser que les ennemis se retirent en Bohême, probablement pour tâcher de gagner Budweis. Toutefois il est très-important de tâcher d’arriver à temps pour la bataille qui doit se livrer. Point de nouvelles du prince de Ponte-Corvo depuis le 20. Ce soir mon quar­tier général sera à Neumarkt. Un parlementaire que le prince de Liechtenstein envoyait à Straubing pour savoir ce qui se passait a été retenu; gardez-le le temps nécessaire, après quoi vous le renverrez.

 

Landshut, 27 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Caldiero

Mon Fils, il est neuf heures du matin et je n’ai pas encore de nouvelles de mon armée d’Italie. Je vous ai expédié hier Cavaletti. J’espère toujours, que vous n’aurez pas évacué la Piave et que vous n’aurez pas abandonné au pillage le beau pays entre cette rivière et l’Adige. Au reste je ne puis avoir aucune idée sur rien, puisque j’ignore tout et que vous n’avez pas encore daigné me faire donner le moindre renseignement sur ce qui s’est passé.

Le roi de Bavière est rentré à Munich. Le siége de Passau et celui Kufstein seront levés dans la journée. Mes troupes ont passé l’Inn,  et demain probablement j’en aurai à Salzburg. Tout ce qui était dans le Tyrol de ce côté-ci se sauve à toutes jambes. Sans l’inconcevable échec que vient d’essuyer mon armée d’Italie, dès ce moment les destins de la Maison d’Autriche seraient entièrement terminés. Il me tarde bien de voir quelqu’un qui sache ce qui s’est passé.

 

Mühldorf, 27 avril 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je ne sais ce que signifient ces embarras pour le départ de M. de Metternich. Il faut l’envoyer à Strasbourg, et de là à mon quartier général, d’où il sera échangé aux avant­ postes avec ma légation. Le ministre de la police lui donnera un officier de gendarmerie pour l’accompagner, ou bien on recevra sa parole d’honneur par écrit qu’il suivra cette direction. Vous pourrez le faire accompagner par un élève des relations extérieures pour constater l’échange. Je trouve la lettre de M. de Lavallette mauvaise. Il était tout simple de répondre qu’on attendait les ordres de l’Em­pereur et que notre légation n’était point échangée.

 

Mühldorf, 27 avril 1809

NOTE POUR M. OTTO

Le duc de Rivoli est arrivé le 26 à Passau. 400 hommes retranchés ont voulu lui disputer le passage de la rivière; il les a pris, a débloqué le fort et pris position à Schärding. De l’autre côté, les corps des ducs d’Istrie et de Montebello ont passé l’Inn à Mühldorf.

Nous voilà en Autriche et nous marchons à grandes journées.

Rien ne peut peindre le désordre et le découragement où sont tombés tous ces gens-ci.

 

Burghausen, 29 avril 1809

A M. Otto, ministre de France près le roi de Bavière

Monsieur Otto, il est convenable que vous fassiez mettre dans les journaux d’Augsbourg ou de Munich, selon le lieu où vous vous trouverez, la note des prisonniers qui passent et des articles de toutes couleurs sur les victoires de l’armée, afin d’animer les peuples de la Confédération  contre les violences qu’exercent les Autrichiens contre les Bavarois et les Wurtembergeois. Envoyez de ces articles à Cassel à M. Reinhard, à Francfort à M. Hédouville, à Hanovre, à Ham­bourg. Faites faire quelques pamphlets par des Bavarois contre la Maison d’Autriche, qui servent d’antidote à ce qu’elle imprime, et faites-les répandre en Allemagne.

Quand nos troupes seront tout à fait entrées en Autriche, il serait possible que des communes bavaroises fussent inquiétées par des partis autrichiens venant de Bohême. Pour prévenir ces incursions, il serait convenable que les ponts depuis Straubing jusqu’à Passau fussent gardés par des compagnies de bourgeois armés, qui puissent les défendre contre des partis de cavalerie. On pourrait les armer avec les armes autrichiennes prises à Ratisbonne et ramassées sur le champ de bataille. On peut également mettre à chacun de ces ponts une escouade de canonniers avec deux ou trois pièces de canon. Concertez-vous là-dessus avec le ministre de la guerre bavarois. Stimulez le Roi et son ministre, pour qu’on fasse des recrues pour tenir les régiments au complet et qu’on achète des chevaux pour remonter la cavalerie. Cela est extrêmement important.

P. S. Faites passer la lettre ci-jointe à mon ministre à Berlin.

 

Burghausen, 29 avril 1809

Au comte de Saint-Marsan, ministre de l’Empereur, à Berlin

Monsieur de Saint-Marsan, je reçois votre lettre du 21. Les victoires que j’ai remportées aux batailles d’Abensberg, de Thann, Eckmühl et de Ratisbonne calmeront les têtes de vos écoles. Je suis entré hier à Salzburg, et j’ai envoyé un détachement pour tourner  l’armée ennemie. Je compte être sous peu de jours à Vienne. Jusqu’à ce que M. de Champagny se soit rendu auprès de moi, continuez à m’adresser directement tous les renseignements que vous aurez sur la Pologne, sur les Russes et sur ce qui se passera autour de vous; et, lorsque vous aurez à me transmettre quelque chose d’important, chargez-en un de vos secrétaires de légation.

 

Burghausen, 29 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Burghausen

Mon Cousin, mon intention est de former dans le comté de Hanau un corps d’observation qui sera commandé par le duc de Valmy, qui aura sous ses ordres les généraux de division Rivaud et Beaumont, le général de brigade Boyer et deux autres généraux de brigade que nommera le ministre de la guerre. Ce corps sera composé, 1° de trois régiments provisoires de dragons, les plus en état des six qui se forment à Strasbourg, au choix du général Beaumont, qui partira avec ces trois régiments; 2° des 4e bataillons des 75e, 36e, 46e et 50e qui sont à Paris el qui reçoivent l’ordre de se porter sur  Mayence; 30 des demi-brigades provisoires de réserve qui se réunissent à Mayence, à Metz et à Sedan, formant 8,000 hommes; 4° de douze pièces d’artillerie qui seront organisées à Mayence. Tout cela formera un corps de 14,000 hommes, qui portera le nom de corps d’observation de l’Elbe. Donnez les ordres directement pour ce qui fait partie de l’armée, c’est-à-dire pour les trois régiments provisoires de dragons, au général Beaumont. Si sa division était déjà partie, il se porterait sur Hanau avec ses trois meilleurs régiments, et les trois autres continueraient leur route sur Augsbourg, sous les ordres du général de brigade Picard. Pour les troupes qui sont dans l’intérieur de la France, transmettez les ordres au ministre de la guerre. Recom­mandez au duc de Valmy de porter, aussitôt que possible, son quartier général à Hanau, d’y réunir ses troupes, et surtout de les faire donner ensemble et de ne pas les éparpiller; enfin de faire grand bruit de la formation de son corps et de répandre qu’il est de 50,000 hommes, avec lesquels il devra se porter partout où il serait nécessaire.

 

Burghausen, 29 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Burghausen

Mon Cousin, donnez ordre à la compagnie de canonniers bavarois qui est au pont de Rain, sur le Lech, de se rendre à Straubing, pour garder le pont de cette ville; elle mènera avec elle douze pièces de canon; elle laissera un sous-officier et quatre hommes pour gar­der le pont de Rain avec les six pièces de canon qui y resteront. Demandez au gouvernement bavarois les états de situation et l’emplacement des dépôts de l’artillerie. Mandez au roi de Bavière qu’il serait nécessaire qu’on armât quelques mille hommes des habitants de Straubing, Passau et autres villes le long du Danube, afin de garder les ponts qui existent sur le fleuve et se mettre à l’abri des partis ennemis qui viendraient lever des contributions.

 

Burghausen, 29 avril 1809

Au maréchal Lefebvre, duc de Danzig, commandant le 7e corps de l’armée d’Allemagne, à Freylassing

Mon Cousin, je suppose que vous êtes arrivé aujourd’hui à Salzburg. Envoyez une forte avant-garde d’infanterie et de cavalerie sur le chemin de Spital jusqu’à seize lieues, la cavalerie à Rastadt, Bruck et Leoben. Faites que cette avant-garde annonce l’arrivée d’une armée de 40,000 hommes pour couper tout ce qui serait dans le Tyrol. Sachez si Chasteler, qui s’est porté sur Brixen, s’est retiré ; s’il ne l’est pas, ce mouvement doit le faire retourner. Je pense que cette avant-garde doit être composée d’une brigade.

Aussitôt que vous aurez débloqué Kufstein, réunissez-en la garnison avec de la cavalerie, artillerie, et vous y ajouterez ce qui sera nécessaire pour former une colonne, que vous porteriez à la frontière pour observer ce qu’ils font dans le Tyrol.

Faites imprimer et publier ce qui s’est passé avec le prince Louis, Hiller, et avec des proclamations apprenez-leur le danger qu’ils courent.

Portez le général de Wrede à Strasswalchen et, avec la tête de votre corps, tenez-vous à Salzburg pour être à portée de soutenir vos deux avant-gardes, surtout celle qui sera sur le chemin de Rastadt.

Faites briser les armes de la Maison d’Autriche à Salzburg. Faites appeler les milices et rapporter les armes à Salzburg. Faites-vous remettre l’état des milices qui se sont armées, et faites publier que, si sous huit jours elles ne sont pas rentrées dans leurs foyers, les communes seront traitées militairement. Faites arrêter les officiers autrichiens que l’empereur a laissés dans le Tyrol; ils serviront d’otages contre les traitements que l’on fera éprouver aux baillis bavarois. Faites arrêter les agents de l’insurrection. Nommez une com­mission de gouvernement, composée de cinq membres, qui administreront le pays en mon nom; faites-leur prêter serment de ne rien faire contre le bien de mon service.

Faites travailler sur-le-champ à la citadelle; mettez-y quelques canons de Kufstein; faites-y faire des palissades, et prenez des mesures telles que, dans cinq jours, elle soit en état de soutenir trois mois de siége et puisse me répondre de la tranquillité de la ville.

Quant à l’économie, veillez à ce que les caisses ne soient point pillées. Mettez le séquestre sur tout ce qui appartient aux Autrichiens.

Le major général va envoyer un commandant pour la citadelle, et l’intendant général un administrateur pour la province. Mettez sur­-le-champ en confection 200,000 rations de biscuit.

 

Burghausen, 29 avril 1809

Au maréchal Kellermann, duc de Valmy, commandant l’armée de réserve, à Strasbourg

Mon Cousin, rendez-vous à Mayence afin d’avoir l’œil sur la Westphalie et de porter au Roi tons les secours que vous pourrez. Je donne l’ordre au ministre de la guerre de diriger sur Hanau quatre bataillons, formant 3,000 hommes, qui sont à Paris. Réunissez à Hanau les trois demi-brigades provisoires qui se forment à Sedan, à Metz et à Mayence ; cela vous fera 10 à 11,000 hommes d’infanterie. Je donne ordre au général Beaumont de partir de Strasbourg avec trois régiments provisoires de dragons formant 1,500 à 2,000 chevaux, et de se rendre à Hanau, où vous réunirez le plus tôt possible tout ce corps, qui sera fort de 12 ou 13,000 hommes. Vous y emploierez le général de division Rivaud et le général de brigade Boyer. Ces troupes réunies vous formeront un corps qui portera le nom de Corps d’observation d l’Elbe avec lequel vous pourrez vous porter partout où il sera nécessaire, pour prêter secours au roi de Westphalie et rétablir la tranquillité. Mais il est nécessaire que cela ne donne point par petits paquets, mais ensemble et sous votre direction.

Si vous avez des généraux de brigade dans votre commandement, nommez-en deux que vous attacherez à votre corps, indépendamment du général Boyer.

Correspondez fréquemment et par courriers avec le ministre de la guerre, et répandez partout le bruit que vous vous portez sur Hanau avec un corps d’observation de 50,000 hommes.

 

Burghausen, 29 avril 1809, deux heures de l’après-midi

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Kurn

Mon Cousin, le général Rouyer a dû arriver le 27 à Ratisbonne.

Le général Dupas a dû y arriver le 27. Ainsi je suppose que demain soir vous aurez à votre disposition, à Straubing, une brigade française forte de 5,000 hommes et 5,000 Saxons avec quatorze canons. Vous aurez également 200 hommes de cavalerie du général Rouyer et 200 commandés par le major Ameil , qui, avec le régiment wurtembergeois qui est en garnison à Ratisbonne, formeront un total de plus de 12,000 hommes, qui seront parfaitement placés à Straubing sur la rive droite du Danube. Je fais donner ordre à une compagnie de canonniers bavarois, qui est à Rain avec douze pièces de canon, de se rendre à Straubing. Il sera bon de les y laisser dans tout état de choses, pour défendre le pont quand nous n’y serons plus. Don­nez ordre au commandant bavarois qui est à Straubing de former deux ou trois bataillons bourgeois, que vous réunirez à Straubing et que vous armerez avec les fusils autrichiens provenant du désarmement de Ratisbonne.

Les dernières nouvelles que j’ai de vous sont du 27. Nous sommes arrêtés ici pour réparer le pont de la Salza, qui est tout à fait détruit. Nous avons occupé Salzburg et fait bon nombre de prisonniers.

 

Burghausen, 29 avril 1809

Au général comte Bertrand, commandant le génie de l’armée d’Allemagne, à Burghausen

Monsieur le Général Bertrand, mon intention est que la citadelle de Salzburg soit sur-le-champ mise en état de défense. Envoyez-y un officier du génie avec une escouade de sapeurs; donnez-lui les fonds nécessaires pour commencer les travaux. On commencera par les palissades et ouvrages les plus urgents jusqu’à ce que je donne les instructions nécessaires d’après le plan qui me sera soumis aussitôt; car mon intention est que cette citadelle soit mise dans six jours à l’abri d’un coup de main. La place sera organisée en matériel et en personnel tirés de la garnison de Kufstein.

 

Burghausen, 29 avril 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je viens d’ordonner la formation d’un corps d’observation de l’Elbe, dans le comté de Hanau, fort de 18,000 hommes et de 2,000 chevaux, sous les ordres du duc de Valmy; mais il faut lui donner le temps de se former et ne pas l’éparpiller. Ce corps passera sous vos ordres aussitôt qu’il sera formé et augmentera le 10e corps. Il est destiné non-seulement à se porter sur l’Elbe et dans le Hanovre, mais aussi sur les côtes, si les Anglais faisaient quelques tentatives. Pour ce premier moment, il me semble que la nouvelle de nos victoires, le régiment du grand-duché de Berg et les deux bataillons français qui vous sont arrivés, doivent suffire pour calmer les têtes.

 

Burghausen, 29 avril l809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je vous ai écrit ce matin par l’officier que vous m’avez envoyé. Je reçois au moment même votre lettre du 24. J’ordonne au duc de Valmy de se rendre sur-le-champ à Mayence, où va être réunie une division de 12,000 hommes. Je suppose que la nouvelle de nos victoires aura calmé un peu les têtes chez vous. Mes troupes sont entrées à Salzburg et à Passau, et marchent sur Linz et Vienne. Je serai sous peu de jours sous les murs de Vienne. On me mande que le général Rivaud vous a déjà envoyé deux bataillons français et deux bataillons du grand-duché de Berg. J’eusse désiré que ces troupes eussent marché ensemble afin de ne pas éprouver d’échec. Vous avez bien fait de faire venir à vous une partie des Hollandais. Vous devez sentir actuellement combien il est fâcheux que vous n’ayez pas gardé la légion de la Vistule; vous auriez 9,000 hommes d’infanterie et 1,500 de cavalerie, dévoués et qui vous auraient mis à l’abri de tout événement. Vous devez regretter aussi de n’avoir pas organisé votre garde comme je vous l’avais conseillé. Je désire que cet événement vous donne plus de confiance dans mes conseils.

 

Burghausen, 29 avril l809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Je reçois votre lettre du 22; M. Otto m’en communiqué une du 23. J’approuve que vous ayez gardé le régiment de Berg; je lui avais envoyé l’ordre de venir; mais gardez-le, s’il vous est néces­saire. Vous pouvez faire venir la division qui est à Hambourg, quoique ce soient des troupes hollandaises. J’ordonne à Kellermann de se rendre à Mayence; il pourra être à même de vous fournir les secours que les circonstances et ses moyens pourront permettre.

Votre royaume est sans police, sans finances, sans organisation.

Ce n’est pas avec un luxe désordonné que l’on fonde des monarchies. Ce qui vous arrive (révolte au sein de l’armée westphalienne), je m’y attendais. Je désire que cela vous corrige. Prenez des manières et des habitudes conformes à celles du pays que vous gouvernez. C’est ainsi que vous vous gagnerez les habitants par l’estime, qui ne va jamais qu’avec l’ opi­nion des mœurs et la simplicité. Au reste, je sens que ce n’est pas le moment de sermonner; faites des exemples sévères.

 

Burghausen, 30 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Caldiero

Mon Fils, je reçois votre lettre du 22, qui m’arrive par la poste. Je vois avec peine que vous ayez abandonné la Piave. Vous trouvez étrange que l’ennemi ne s’y soit pas présenté; j’aurais été étonné qu’il l’eût fait et qu’il ne se soit pas contenté de conquérir en un jour tout le pays de l’Isonzo à la Piave. Si, au lieu de couper le pont de la Piave, vous eussiez garni la tête de pont, et que vous eussiez montré l’intention de vous y défendre, l’ennemi n’aurait pas été passer cette rivière, Venise n’eût pas été bloquée, et tout le pays entre la Piave et l’Adige livré au pillage. Mais si, contre toute attente, l’ennemi eût tenté de passer la Piave, et que vous n’eussiez pas été dans le cas de vous y opposer, qui vous eût empêché de vous retirer ? Vous aviez: vingt-quatre heures devant vous. Je vois avec peine que vous n’avez ni habitude ni notion de la guerre. J’ignore encore la situation de mon armée, l’état de mes pertes en hommes, en généraux, en drapeaux, en canons, et je suis livré aux rapports des Autrichiens, qui sont nécessairement exagérés. Ne valait-il pas mieux me faire connaître l’état des choses ? Il est douloureux: de penser que, sans raison, tout le pays entre la Piave et l’Adige ait été pillé par les Au­trichiens. La Piave était une assez bonne ligne pour que vous ayez essayé de la garder. Les Autrichiens sont si peu accoutumés à faire ainsi la guerre, qu’ils ont été étonnés que vous n’ayez pas conservé la ligne de la Livenza, qui était une bonne ligne de ralliement pour vous; aussi ne conçoivent-ils pas que vous ayez abandonné la Piave.

A la guerre on voit ses maux et on ne voit pas ceux de l’ennemi ; il faut montrer de la confiance. Jusqu’à ce que l’ennemi eût tenté de forcer le pont de la Piave, vous deviez vous maintenir dans la tète de pont, si vous étiez toujours à même de couper le pont, quand même l’ennemi eût passé plus haut ou plus bas. Le résultat de cela est très-fâcheux pour moi et pour mes peuples d’Italie.

La guerre est un jeu sérieux, dans lequel on peut compromettre sa réputation et son pays; quand on est raisonnable, on doit se sentir et connaître si l’on est fait ou non pour ce métier. Je sais qu’en Italie vous affectez de mépriser Masséna; si je l’eusse envoyé, ce qui est arrivé n’aurait point eu lieu, Masséna a des talents militaires devant lesquels il faut se prosterner; il faut oublier ses défauts, car tous les hommes en ont. En vous donnant le commandement de l’armée, j’ai fait une faute; j’aurais dû vous envoyer Masséna et vous donner le commandement de la cavalerie, sous ses ordres. Le prince royal de Bavière commande une division sous le duc de Danzig. Les rois de France, des empereurs même régnants, ont souvent commandé un régiment ou une division sous les ordres d’un vieux maréchal. Je pense que, si les circonstances deviennent pressantes, vous devez écrire au roi de Naples de venir à l’armée; il laissera le gouverne­ment à la Reine. Vous lui remettrez le commandement et vous vous rangerez sous ses ordres; cela sera d’un bon effet et convenable, il est tout simple que vous ayez moins d’expérience de la guerre qu’un homme qui la fait depuis seize ans. Je n’ai point de mécontentement des fautes que vous avez faites, mais de ce que vous ne m’écrivez pas, et que vous ne me mettez point à même de vous donner des conseils et même de régler ici mes opérations. Si vous saviez l’histoire, vous sauriez que les quolibets ne servent à rien, et que les plus grandes batailles dont l’histoire fasse mention n’ont été perdues que pour avoir écouté les propos des armées. Je vous répète donc que je pense qu’à moins que l’ennemi ne se soit déjà retiré, et peut-être même dans tous les cas, il est convenable que vous écriviez au roi de Naples de venir à l’armée, vous faisant un mérite et une gloire de servir sous un plus ancien que vous. Vous lui manderez que vous êtes autorisé par moi à cette démarche et qu’à son arrivée il trouvera ses lettres de commandement.

 

Burghausen, 30 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Caldiero

C’est aujourd’hui le 30, c’est-à-dire le treizième jour depuis que vous avez perdu votre bataille, et je n’ai aucune nouvelle de ce qui  s’est passé. Je n’avais pas le droit de m’attendre à un procédé si extraordinaire, qui compromet mes opérations. Ce procédé est inouï. Comment, au lieu de recevoir de vous des rapports détaillés jour par jour, de recevoir des officiers qui me donnent des détails sur tout ce qui s’est passé, je ne sais que ce que les Autrichiens publient, et je ne trouve des détails que dans leurs journaux ! Qui peut vous porter à une si étrange conduite ? Quel ordre voulez-vous que je donne à mon armée d’Italie, et comment ne sentez-vous pas que l’ignorance où vous me laissez compromet sérieusement mes opérations ? D’où vient ce silence ? Avez-vous perdu la tête, et qu’est-ce que cela veut dire ? Comment ignoré-je tout ? Je vous ai envoyé des officiers; je suppose que vous avez fait partir des officiers qui ont été témoins oculaires de la bataille et qui m’apportent un compte de tous les événements qui se sont passés. Je suppose que vous n’aurez point perdu la tête au point d’évacuer la ligue de la Piave.

Mes troupes sont entrées à Salzbourg, et une forte colonne se porte sur Rastadt, pour couper tout ce qui viendrait de Spital. Si je savais ce qui est arrivé à mon armée d’Italie, je pourrais agir plus fortement; mais, dans le doute et l’obscurité où je suis, je ne puis avoir que des idées sinistres. Envoyez-moi l’état de situation de mes corps, écrivez-moi longuement et faites-moi connaître l’état de mes affaires. On peut perdre une bataille, mais non oublier à ce point le sentiment des convenances et de son devoir. Plus je réfléchis, et plus je me persuade que mes affaires sont perdues en Italie et que vous n’osez me le dire. Et ce devrait être au contraire une rai­son de ne me laisser rien ignorer. Bientôt l’armée ennemie d’Italie va se trouver sur mon flanc droit. J’ai besoin de connaître sa force, enfin tous les détails qui m’intéressent tant. Si vous ne pouvez pas écrire, qui empêche Charpentier, Caffarelli ou un de vos aides de camp de le faire ? On est aussi très alarmé à Paris, et, des détails, vous les deviez aussi au ministre de la guerre en France.

Braunau, 1er mai 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je ne puis voir qu’avec peine que les journaux impriment les proclamations françaises d’après les traductions allemandes, de manière qu’ils font qu’on ne parle pas français. Quand on ne les leur fait pas mettre, ils devraient bien attendre et ne pas me faire parler comme un traducteur. En pareil cas, les journaux doivent ne pas mettre mon nom, et de la traduction faire une analyse, en la mettant eux-mêmes en bon français, s’ils ne veulent pas attendre la proclamation originale.

 

Braunau, 1er mai 1809, dix heures du matin

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne

Le général Vandamme aura son quartier général à Altheim, y réunira son infanterie légère et tout ce qu’il pourra des Wurtembergeois, dans le jour ou dans la nuit.

 

Braunau, 1er mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne

Donnez l’ordre qu’il soit formé à Braunau un dépôt de cavalerie et un d’infanterie, et que tous les hommes fatigués des deux armes y soient laissés. Mettez à la suite des dépôts de cavalerie un officier de cavalerie. Les petits dépôts formés entre le Danube et l’Isar seront laissés à Landshut, et ceux formés entre l’Isar et l’Inn seront laissés à Braunau.

 

Braunau, 1er mai 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne

Le point de dépôt principal de l’armée est Passau. C’est là où, en cas de retraite, mon intention est de passer l’Inn, et c’est autour de Passau que j’ai le projet de constamment manœuvrer en cas d’un mouvement rétrograde de l’armée. Braunau, Schärding, Burghaus en sont pour moi des points indifférents. Mon intention est de laisser constamment à Passau au moins 10,000 hommes de garnison; Passau doit donc être le centre de toutes mes munitions de guerre, magasins de réserve et de tous mes hôpitaux.

Communiquez la copie de cette dépêche au général d’artillerie, au général du génie et à l’intendant de l’armée, pour que chacun s’y conforme dans les détails de son service.

GÉNIE.

Passau a un fort sur la rive gauche du Danube, à l’abri d’un coup de main; il faut qu’il soit constamment approvisionné pour 1,000 hommes pendant quatre mois.

Passau est un isthme de 400 toises, ayant ancienne enceinte, fossé et contrescarpe. Il est nécessaire que cette enceinte soit armée, le fossé nettoyé et une demi-lune établie devant la porte, qui flanque toute l’enceinte. Par ce moyen, cette place sera à l’abri d’un coup de main, même avec une petite garnison. Mais cette enceinte est dominée par une hauteur sur laquelle il sera établi un fort revêtu en bois comme l’est celui de Praga; mais, en attendant, il aura toute la force d’un ouvrage de campagne. Enfin, lorsque ces premiers ouvrages seront avancés, on fera sur la rive gauche du Danube un ouvrage qui augmentera la solidité et la force de ce fort. On prendra tous les moyens pour remplir les trois buts suivants:

1° Se rendre maître absolu du cours de l’Inn et de celui du Danube, de manière que rien ne puisse passer sans être coulé bas;

2° Être maître du pont du Danube et pouvoir manœuvrer sur les deux rives sans que l’ennemi puisse l’empêcher;

3° Être maître du pont de l’Inn de manière à pouvoir manœuvrer sur les deux rives sans que l’ennemi puisse l’empêcher.

Comme il n’y a point de temps à perdre en discussion, vous ferez connaître au général du génie que je lui donne plein pouvoir pour commencer les travaux, en remplissant ces différents buts.

Comme je suis dans l’intention de laisser une garnison à Passau, il y aura suffisamment d’hommes pour sa défense. La place sera inattaquable, parce que l’ennemi devra ouvrir la tranchée contre l’ouvrage en terre, situé favorablement, avant d’approcher l’enceinte de la place. On déblayera le pourtour de la ville sur le côté qui fait face à l’Inn et sur celui qui fait face au Danube, et l’on cherchera à placer des pièces sur l’enceinte et là où cela pourra être favorable à la défense de la place.

On établira sur la rive droite de l’Inn un camp retranché et un réduit, de manière que le pont soit situé à l’abri de toute attaque et que 1,000 hommes puissent le défendre contre 10,000, et de manière aussi que 12 ou 15,000 hommes puissent y trouver un refuge et s’y battre avec avantage.

Ordonnez au général du génie qu’il y ait deux compagnies de sapeurs. Le général Chambarlhiac sera chargé en chef de conduire ces travaux. Il faut qu’il ait suffisamment d’officiers du génie pour travailler à tous les ouvrages à la fois. Qu’il donne au général Chambarlhiac l’argent nécessaire pour les travaux. Comme je laisse là 10,000 hommes de garnison, ils pourront fournir 5,000 travailleurs par jour, indépendamment de 4, ou 5,000 paysans.

On reconnaîtra bien les routes qui arrivent à Passau et particulièrement celle de la rive droite du Danube qui le descend sans passer à Schärding et qui remonte du côté de Straubing, de manière que, si l’ennemi était maître de l’Inn, on pût se retirer sans lui prêter le flanc.

ARTILLERIE

Le travail de l’artillerie pour Passau doit être considéré sous deux points de vue, comme devant contribuer à la défense de la place et comme dépôt de l’armée.

Comme contribuant à la défense de la place: on fera venir toute l’artillerie prise à l’ennemi sur le champ de bataille de Ratisbonne, les douze pièces du pont de Rain, dont j’ai ordonné que six fussent à Schärding; enfin on fera venir des pièces de 21 et des obusiers soit d’Augsbourg, Würzburg et du haut Palatinat; mais il faut que l’artillerie soit en grande quantité. L’isthme ayant 400 toises, le pourtour autour de la rivière et les ouvrages, tout cela doit demander l’emploi au moins de cent pièces de canon. On y placera un colonel d’artillerie, deux officiers en résidence, deux compagnies d’artillerie, une escouade d’ouvriers, un artificier et, en outre, trois compagnies d’artillerie bavaroise.

Comme dépôt de l’armée: c’est là où doivent être les armes de rechange, les ateliers d’armuriers, les cartouches de canon et d’infanterie qui doivent être en première ligne. On fera venir d’Ulm et d’Augsbourg les munitions qui s’y trouvent, sauf à remplacer à Augsbourg les munitions qui doivent être en deuxième ligne. On observera que tout le pays entre Vienne et Passau peut être franchi en peu de jours; que Passau n’est qu’à 80 lieues de Vienne, que l’on peut faire en dix jours. Il n’y aura plus aucun transport d’artillerie ni sur Burghausen, Braunau ou Schärding; tout doit être à Passau et à Augsbourg.

INTENDANT GÉNÉRAL

Ce service se considère également sous deux points de vue:

Pour la défense de Passau, il faut des magasins, en biscuit, farine et eau-de-vie, pour 10,000 hommes pendant quarante jours, des hôpitaux pour 3,000 malades et enfin tous les dépôts de l’armée.

On maintiendra toujours comme magasin de réserve un million de rations de biscuit, deux millions de rations de farine, de l’eau-de­-vie en proportion, 200,000 rations d’avoine, de manière à avoir pour toute l’armée pendant trente jours, et que 150,000 hommes puissent manœuvrer autour pendant quinze jours. Un événement peut me forcer à évacuer Vienne; mon intention est de manœuvrer autour de Passau.

Le dépôt général de la cavalerie sera établi le long de l’ Inn et du Danube; Passau sera le quartier général; c’est là où seront les selles, brides, pour remonter la cavalerie.

Vous ferez comprendre aux trois chefs d’administration combien le point que je leur donne est favorable pour le transport et les arrivages; au commandant du génie combien ce point lui est favorable, puisqu’il a à sa disposition les bois de l’Inn et du Danube.

Mon intention est que, sur les 810 marins du bataillon qui est en marche, 210 restent à Passau pour activer les travaux, et que l’on fasse dans le pays des réquisitions d’ouvriers, enfin que l’on n’épargne rien pour activer ces travaux.

MARINE.

A la position de Passau est aussi attachée la navigation du Danube.

Le bataillon de marins qui est à la hauteur d’Augsbourg se dirigera sur Passau; vous ordonnerez au général du génie sous les ordres de qui il sera, de faire faire, en s’entendant avec les ingénieurs de la marine et le capitaine Baste, six barques bastinguées et armées, pour être maître du Danube. On achètera pour mon compte des barques pour le double objet de transporter des troupes et de construire des ponts sur le Danube et sur l’Inn. On aura soin d’enrôler des pilotes, que l’on conservera en les payant bien.

 

Braunau, 1er mai 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armé d’Allemagne, à Straubing

Mon Cousin, l’empereur était hier à Sternberg. Le prince Louis était derrière l’Enns avec les débris de son corps. Le général Hiller est près de Steyer. Demain je serai à Linz et sur la Traun; arrivez le plus tôt possible à Passau. Il paraît qu’ils ont brûlé le pont de Linz. Ils comptent sur le pont de Mauthausen pour communiquer avec le prince Charles. Il est probable que nous leur enlèverons ce pont avant qu’ils aient pu se joindre; le prince Charles ne pourra se réunir alors qu’à Krems ou sous Vienne. La division Dupas se dirige par Donauvœrth et Ingolstadt sur Ratisbonne et sur Passau; envoyez·-lui l’ordre, ainsi qu’à la division Rouyer, de se porter sur Passau, vu que 8 ou 10,000 hommes me sont nécessaires à Passau pour garder mes derrières. Si le général Dupas n’était pas arrivé, je serais obligé d’y laisser une de vos divisions, cc qui serait fort malheureux. Activez votre marche le plus que vous pourrez pour vous porter d’abord à Passau et ensuite sur Linz tandis que nous marcherons en avant. Le général Dupas avec un corps de 10,000 hommes sera suffisant pour garder Passau. Vous trouverez à Passau le général Bertrand . J’ai ordonné qu’on travaillât aux ouvrages de cette place avec la plus grande activité; qu’on établît sur l’Inn des ouvrages tels que 40,000 hommes ne puissent pas forcer la division Dupas; qu’on rétablît également l’enceinte qui forme la presqu’île; qu’on fît une demi-lune flanquée et un ouvrage sur la hauteur; qu’on réunît sur-le-champ à Passau des vivres pour 10,000 hommes pendant un mois. Quant à l’artillerie, le général Dupas a ses onze pièces attelées. J’ordonne que les six pièces qui étaient à Straubing avec la compagnie bavaroise se dirigent sur Passau; faites-y passer les pièces autrichiennes qui ont été prises à l’ennemi sur les différents champs de bataille, pour servir à l’armement de cette place. Il est convenable de ne rien laisser à Ratisbonne; faites venir la division wurtembergeoise et autres corps qui s’y trouveraient, à Passau. Cependant, jusqu’à ce que le prince de Ponte-Corvo soit arrivé, il est prudent de laisser sur le Danube un ou deux régiments de cavalerie légère, pour empêcher les incursions de l’ennemi du côté de la Bohême.

A Passau, il y a un bourgeois qui a pris au collet un capitaine de sapeurs et a failli le faire prendre prisonnier; faites arrêter cet individu et faites-le juger par une commission militaire.

Accélérez votre marche. J’ai intercepté beaucoup de courriers; l’alarme est à Vienne et on travaille à l’évacuer.

 

Braunau, 1er mai 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Caldiero.

Mon Fils, mon quartier général sera ce soir à Ried. Je ne doute pas que l’ennemi ne se soit retiré devant vous; il faut le poursuivre vivement, en venant me joindre le plus tôt possible par la Carinthie. La jonction avec mon armée pourra se faire au delà de Bruck. Il est probable que je serai à Vienne du 10 au 15 mai. Aussitôt que vous serez à Villach, vous enverrez des partis sur Spital pour se joindre au corps que j’ai à Salzburg.

 

Braunau, 1er mai 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg

Je reçois la lettre de Votre Majesté du 28 avril. Les princes de Hohenlohe, de Stadion, etc., doivent être jugés plus d’après le code politique que d’après le code civil. Ce sont des princes qui ont cessé de l’être; leurs droits et leurs prétentions font ombrage à la souveraineté. Dans tous les temps, leurs biens auraient été confisqués. L’acte de la Confédération les a traités favorablement; mais il leur a imposé des obligations. La première était l’obéissance à leur souverain.

Je pense donc que Votre Majesté, sans entrer dans des formes civiles, doit déposséder les Hohenlohe, etc., s’ils se sont mal comportés, séquestrer leurs personnes et confisquer leurs propriétés, en leur accordant une pension pour les mettre à l’abri de l’indigence. On ne doit aucun ménagement à des hommes qui n’ont usé de l’existence que leur donnait leur fortune, que pour exciter des désordres. Le seul moyen de leur ôter leur influence est de leur ôter leurs propriétés. Votre Majesté aura bientôt communication d’un décret qui a pour objet, comme mesure de haute politique, de séquestrer les princes et les comtes qui ne se sont pas conformés à l’acte de la Confédération. En France, les Français qui portent les armes contre moi ne sont que du ressort de la justice criminelle; mais mon opinion est qu’il est plus dans la nature des choses que tout ce qui était prince ou immédiat soit jugé par le droit politique.

 

Wels, 3 mai 1809

Au maréchal Lannes, duc de Montebello, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne, à Kremsmünster

Je voulais attendre des nouvelles pour vous expédier votre aide de camp; comme elles tardent, je vous le renvoie.

Portez-vous aujourd’hui sur Steyr; envoyez un régiment de cavalerie légère sur Kronsdorf par Neuhofen.

Le duc d’Istrie et le général Oudinot arrivent aujourd’hui à Enns, et probablement le duc de Rivoli.

Je resterai aujourd’hui à Wels. Donnez-moi des renseignements sur l’état du chemin, dans cette saison, de Steyr à Amstetten; on le dit bien mauvais.

Le duc d’Auerstaedt est aujourd’hui à Passau avec son corps; il sera après-demain à Linz.

P. S. Toute l’instruction générale aujourd’hui est de faire le plus de mal possible au corps qui se retire à Linz.

 

Enns, 4 mai 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, mon ministre de la guerre, j’avais ordonné que trois régiments provisoires de dragons se rendissent à Hanau. Je viens d’ordonner que deux de ces régiments se dirigent sur Augsbourg; un seul restera à Hanau. J’ai désigné le 6e, si ce régiment fait partie des trois qui ont marché de ce côté.

Ayez soin que le régiment provisoire qui est à Hanau soit formé le plus tôt possible, et qu’à cet effet les hommes destinés pour ce régiment se dirigent sur Mayence, au lieu d’aller à Strasbourg.

J’ai passé la Traun, comme vous le verrez dans le bulletin; je jette un pont sur l’Enns, que je passerai demain. M’éloignant ainsi, j’ai ordonné que, indépendamment du corps d’observation du Weser qui se réunit à Hanau, il se forme à Augsbourg une division de réserve composée de cinq régiments provisoires de dragons, du régiment de Berg, d’un régiment de Wurtemberg et de plusieurs corps tirés de la Bavière.

Correspondez avec le général Beaumont, afin que, s’il y avait quelques mouvements du côté du Tyrol, mes frontières en soient instruites de bonne heure.

Le but de cette réserve est de protéger les terres de la confédération des partisans et de toute espèce de mouvements.

Activez le plus que vous pourrez la formation des régiments provisoires.

Je vous ai déjà écrit pour la formation à Augsbourg du 65e régiment. Il y a déjà les officiers et 200 hommes ;il y arrivera encore 400 hommes sortant des hôpitaux. Dirigez sur Augsbourg ce qu’il y a au dépôt et les conscrits destinés pour ce régiment. Concertez-vous avec le général Dejean pour diriger sur Augsbourg tout ce qui est nécessaire pour ce régiment.
Je ne reçois aucun compte d’Italie. Envoyez des officiers pour savoir ce qui s’y passe et connaître les pertes que l’on a faites, soit dans les batailles, soit dans le Tyrol, afin que le général Dejean les porte en compte et que l’on donne aux régiments de cavalerie dont les dépôts sont en Piémont de quoi les réparer.

Le 14e régiment de chasseurs à cheval a beaucoup perdu dans une charge à Ratisbonne; ayez soin de lui faire donner ce qui lui manque.

Les deux excellents bataillons de tirailleurs corses et les tirailleurs du Pô ont beaucoup perdu au combat d’hier; ayez soin que le général Lacuée leur donne tous les Corses et 300 hommes de plus des conscrits du Piémont. Ces bataillons ont un excellent esprit.

Ayez soin que tous les hommes qui partent de Strasbourg soient formés en bataillons de marche de 600 hommes, avec numéro. Dirigez-les d’abord sur Augsbourg, et ensuite sur Passau, qui devient le centre des mouvements, administrations et magasins de l’armée.

Les régiments de cuirassiers qui ont leurs dépôts en Piémont sont faibles; j’ai ordonné que tout ce qui est en Espagne soit effacé; ne perdez pas un moment pour les compléter, afin que dès que ma jonction sera faite avec l’armée d’Italie, ces détachements puissent venir me joindre.

Il faut calculer que mes régiments de carabiniers et de cuirassiers ont perdu, l’un dans l’autre, chacun 100 chevaux; il faut donc qu’on leur donne des hommes et des chevaux; mais surtout recommandez qu’on prenne des chevaux vieux, car des jeunes chevaux ne servent à rien.

 

Enns, 4 mai 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Enns

Donnez ordre au général Vandamme de partir sur-le-champ pour prendre position à Linz avec sa division. Il fera rétablir le pont et former une tête de pont. Il organisera les magasins et prendra le commandement de toute la province. Si son infanterie ne pouvait pas y être aujourd’hui, qu’au moins il y soit avec sa cavalerie, et qu’il prenne des mesures pour qu’aucun prisonnier ne se sauve.

 

Enns, 4 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Enns

Donnez l’ordre à M. Daru de nommer un intendant pour la province  de la haute Autriche et un commissaire ordonnateur pour le service de l’armée.

Donnez l’ordre au duc d’Auerstaedt, aussitôt qu’il sera à Linz, de faire réparer le pont et de faire travailler à une tête de pont.

Le général Vandamme placera des troupes de cavalerie, infanterie et artillerie sur la rive gauche, aussitôt que le pont sera avancé; il organisera la province. Vous lui ferez connaître que pendant tout le temps que le duc d’Auerstaedt sera à Linz il aura le commandement supérieur de la province, et que lui-même sera sous les ordres du duc d’Auerstaedt.

 

Enns, 4 mai 1809.

Au maréchal Lannes, duc de Montebello, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne, à Steyer

Mon Cousin, le général Claparède avec sa division a passé hier, à midi, le pont d’EbeIsberg, a pris de vive force la ville. Toute l’armée autrichienne, forte de 30 ou 40,000 hommes, était rangée en bataille dans la plus belle position. L’ennemi ayant tiré des obus sur la ville y a mis le feu, qui a pris avec une telle rapidité qu’on n’a pu, pendant trois heures, communiquer avec le général Claparède, qui a tenu contre cette multitude. Le général Legrand est arrivé, qui a décidé la retraite de l’ennemi avec deux régiments. On a fait 4,000 prisonniers et pris quatre pièces de canon et un drapeau. Mais notre perte est forte; on ne peut l’évaluer à moins de 400 tués et 8 à  900 blessés. Je suis arrivé avec les divisions Nansouty et Molitor, et l’affaire était déjà finie. Aussitôt que j’ai su qu’ils avaient la sottise d’attaquer de vive force cette position renommée, et la seule redoutable sur la Traun qu’il fallu enlever, je me suis douté de quelque échauffourée.

L’ennemi a passé en désordre toute la nuit. Nous sommes entrés à la pointe du jour à Enns. :Il y a laissé tous ses magasins et a brûlé le pont, qu’on va remplacer par un pont de radeaux, qu’on espère finir dans la journée.

Les divisions Oudinot et Molitor sont ici avec le corps du duc de Rivoli. Aussitôt que j’aurai reçu vos lettres de Steyr et que je saurai si vous avez pu rétablir le pont, je vous ferai connaître les mouvements de demain.

 

Enns, 4 mai 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à San-Pietro.

Mon Fils, j’ai passé la Traun et l’Enns. J’ai eu hier un combat à Ebelsberg, où j’ai fait 6,000 prisonniers. Je n’ai point de vos nouvelles depuis le 23, c’est-à-dire depuis onze jours. Je ne sais rien, si ce n’est par les gazettes autrichiennes. Vous me dites qu’une colonne s’est laissé couper dans le Tyrol, mais vous ne me dites pas quelle était sa force, ni de quels corps d’infanterie et de cavalerie elle était composée. Si vous n’envoyez pas au ministre de la guerre un état de vos pertes, comment peut-il les connaître ? Quant à moi, mes manœuvres sont en l’air 1 parce que je ne sais ni où vous êtes, ni ce que vous avez fait, ni ce que vous avez perdu. Le monde ne pourra pas croire que je ne sache pas encore ce que vous avez fait depuis le 1l avril. Je vous l’ai écrit, depuis, tant de fois, que je suppose que vous m’enverrez relation et état de situation. Je suppose, quand vous lirez cette lettre, que je serai à Vienne. Je devrais savoir par vous-même l’état de l’armée ennemie qui est contre vous, et qui va tomber sur mon flanc droit. Comme je suis trop loin pour protéger les Alpes et les départements de la 27° division, ayez soin d’envoyer l’état de vos pertes au ministre de la guerre. Le pire de tout est de ne pas connaître la vérité. Comment est-il possible au Gouvernement de réparer les pertes s’il ne les connaît pas ?

 

Enns, 4 mai 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, j’ai passé hier la Traun. Il y a eu un combat à Ebelsberg, où j’ai fait 6,000 prisonniers. On travaille aujourd’hui à rétablir le pont sur l’Enns. M’éloignant ainsi de mes derrières, j’ai formé un corps d’observation à Hanau et une division de réserve à Augsbourg. Elle sera commandée par le général sénateur Beaumont, composée de cinq régiments provisoires de dragons, forte de près de 3,000 hommes. Je désire que le régiment que Votre Majesté veut me donner pour garantir la Souabe soit joint à cette division. Le général Beaumont a particulièrement pour instruction de correspondre avec mes ministres à Munich, Stuttgart et Carlsruhe, de veiller à la sûreté des trois cours, de surveiller ce qui viendrait du Tyrol et de se porter partout où il y aurait des insurrections.

 

Enns, 5 mai 1809, huit heures du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Baierbach

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 3 mai. Je suppose que vous arrivez aujourd’hui à LInz. Vous y trouverez les instructions du major général pour l’organisation de la province. Faites abattre partout les armes de la Maison d’Autriche. Laissez la garde bourgeoise, si elle est peu nombreuse. Ordonnez un désarmement général. Faites mettre le séquestre sur les caisses et magasins. Nommez une commission pour administrer la province. Faites réparer le pont de Linz. Le général Vandamme avec les Wurtembergeois doit se trouver à Linz; le pont une fois réparé, il faut travailler à une tête de pont où les Wurtembergeois puissent tenir contre une force égale ou double. Le pont fini, faites une incursion pour avoir des nouvelles de ce qui se fait en Bohême. Ralliez votre corps à Linz, où je suppose qu’il sera rallié demain; approvisionnez-vous de vivres et donnez-lui un peu de repos. Prenez des mesures pour vous réparer de toutes les consommations faites; écrivez-moi un mot là-dessus.

Correspondez tous les jours avec le général Dupas. Laissez-lui le 12e  régiment de chasseurs. Faites rentrer tous les escadrons de marche, afin de les incorporer dans les corps respectifs. Ordonnez aux généraux Dupas et Rouyer de ne pas garder une seule ordonnance des escadrons de marche; rien n’est plus nuisible au service. Envoyez-moi l’état de situation de la division Dupas. Recommandez-lui d’activer les mesures pour faire arriver des cartouches d’infanterie et à canon, et de faire travailler jour et nuit aux fortifications qu’a tracées le général Bertrand, afin que dans huit ou dix jours sa division puisse se défendre contre des forces quadruples. Prescrivez-lui d’avoir des détachements d’infanterie et des piquets de cavalerie sur Deckendorf et de veiller sur ce que fait l’ennemi de ce côté. Tant qu’il n’est pas menacé d’être attaqué, il peut avoir trois colonnes de 4 ou 500 hommes avec des pelotons de cavalerie et deux ou trois pièces d’artillerie légère, longeant le Danube et protégeant cette partie contre les partisans ennemis; bien entendu que la division française restera toujours réunie. Il doit se mettre en correspondance avec les baillis bavarois pour avoir des nouvelles de ce qui se passe.

On entend ce matin du canon; je suppose que c’est vous qui passez le long du Danube. Recommandez qu’on ne prenne pas cette route et qu’on passe par Efferding, en faisant un détour par Strasam, Dirnau, etc. Le duc de Montebello passe à Steyr. Ici, à Enns, le pont est entièrement brûlé. Je fais jeter un pont de bateaux qui sera fini à midi. L’ennemi a disparu de ce côté; même à Mauthausen et sur la rive gauche du Danube on ne voit plus rien. J’attends avee impatience mes 2,000 marins qui sont partis le 28 de Strasbourg, pour avoir quelques bateaux armés sur le Danube.

Il résulte des correspondances interceptées que l’on a intérêt de cacher beaucoup de choses à Linz.

 

Enns, 5 mai 1809

Au maréchal Lannes, duc de Montebello, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne, à Steyr

Il est sept heures; les bateaux sont encore à une lieue du pont; on me rend compte qu’ils seront placés avant midi; ainsi, probablement, le pont sera terminé ce soir. Calculez là-dessus et ne vous avancez pas. De ce côté-ci, nous ne voyons pas d’ennemi sur la rive gauche du Danube, ni sur la rive droite de l’Enns. Je suppose que c’est votre mouvement qui les a fait disparaître sur la rive droite de l’Enns. Si le pont est fini à huit heures, la cavalerie ira près de Strengberg.

 

Enns, 5 mai 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant le 10e corps de l’armée d’Allemagne, à Cassel

Monsieur mon Frère, on vous a envoyé de Mayence mon régiment d’infanterie du grand-duc de Berg. Actuellement vous devez avoir des Hollandais et des Français, qui, dans ces circonstances, sont plus sûrs. Je désire donc que, dès que ce régiment ne vous sera plus nécessaire, vous le dirigiez sur Augsbourg, où j’en ai besoin. J’ai également pensé qu’à Hanau le 6e régiment provisoire de dragons, fort de 600 hommes et qui le sera de 1,000, suffisait; j’en ai tiré deux compagnies provisoires. Si vous préfériez garder le régiment du grand-duché de Berg et envoyer en place un de vos régiments d’in­fanterie, je ne vois point de difficulté à ce changement, qui peut avoir de l’utilité

Il y a eu hier un combat à Ebelsberg 3)cf article dédié, où j’ai fait 6,000 prisonniers. Il est probable que sous peu de jours je serai à Vienne.

Indépendamment du corps d’observation du Weser que j’ai réuni à Hanau, j’ai formé une division de réserve que commande le général sénateur Beaumont et qui est réunie à Augsbourg.

 

Enns, 5 mai 1809, neuf heures du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Baierbach

Mon Cousin, je suppose que vous êtes arrivé à Linz.

Le général Vandamme a 3 ou 4,000 hommes sur la rive gauche.

Il me semble que ces hommes sont bien exposés si le pont n’est pas promptement rétabli; n’omettez donc rien pour qu’il le soit le plus promptement possible.

J’ai ordonné qu’on travaillât à une tête de pont ; mettez-y la plus grande activité.

La journée d’aujourd’hui reposera un peu votre corps, mais j’ai bien besoin d’avoir des renseignements sur ce que fait le prince Charles. Le duc de Montebello a passé hier Steyer; ce matin, le corps d’Oudinot et une division du duc de Rivoli ont passé l’Enns ici; tout cela va se réunir à Amstetten. Le mouvement qu’ont fait l’archiduc Louis et le général Hiller sur Linz, dans la journée du 3, fait penser qu’ils espéraient se joindre là avec l’archiduc Charles. Un général-major qui a été fait prisonnier par le général Vandamme, et qui commandait la landwehr de Bohême, m’a dit ce matin qu’il était sous les ordres du général Klenau, mais qu’il avait reçu l’ordre de l’état-major de passer sous ceux du général Hiller. Tout cela fait supposer que le prince Charles espérait d’abord se réunir à Linz. Selon les renseignements que vous m’avez envoyés, il m’a paru que le prince Charles ne pouvait pas être sur Linz avant le 6 ou le 7. Je suppose qu’il aura pris aujourd’hui la direction de Krems ou de Vienne.

 

Enns, 5 mai 1809

Au comte Fouché, ministre de la police général, à Paris

Qu’est-ce qu’un nommé La Chalumelle, avocat, qu’on me désigne comme un malveillant, et qui tient de très mauvais propos au palais de justice ?

 

Enns, 6 mai 1809, dix heures du soir

Au maréchal Lannes, duc de Montebello, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne, à Steyr

Le duc d’Istrie a passé à quatre heures du matin le pont d’Enns, se dirigeant sur Amstetten. Le général Oudinot, les divisions Molitor et Boudet l’ont passé. La division Claparède va suivre.

Le duc d’Auerstaedt est à Linz avec tout son corps d’armée; le général Vandamme a passé le Danube à Linz et envoie des partis sur Budweis pour avoir des nouvelles de l’ennemi.

 

Enns, 6 mai 1809, midi

A L’Impératrice Joséphine, à Strasbourg

Mon amie, j’ai reçu ta lettre. La balle qui m’a touché ne m’a pas blessé; elle a à peine rasé le tendon d’Achille. Ma santé est fort bonne; tu as tort de t’inquiéter. Mes affaires ici vont fort bien. Tout à toi.

P. S.  Dis bien des choses à Hortense et au duc de Berg

 

Enns, 6 mai 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous envoie un courrier de Pétersbourg que j’ai reçu ici. Expédiez à M. de Caulaincourt un courrier pour lui faire part de nos succès. Écrivez-lui en chiffre qu’il doit ne rien signer sur l’état futur de la Maison d’Autriche et ne plus s’en entretenir, mais écouter et m’instruire, regardant les circonstances comme changées.

P. S. Je vous envoie des lettres du sieur Bourgoing et un long mémoire, que je n’ai pas lu, sur un individu. Prenez les mesures que vous jugerez convenables.

 

Enns, 6 mai 1809, dix heures du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Baierbach

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 6 mai,  à une heure après midi. Les ducs de Montebello et d’Istrie ont passé l’Ybbs et l’Erlaf. On a fait 500 prisonniers; l’armée ennemie se sauve dans le plus grand désordre. Nous serons demain à Melk. Faites aller vos 300,000 rations de pain en trois convois de 100,000 rations chacun. Mettez des hommes intelligents à la tête de chaque convoi. Ordonnez-leur de ne jamais aborder sur la rive gauche, mais toujours sur la rive droite. Que le premier convoi vienne aborder au village d’Ybbs, près l’embouchure de la rivière de ce nom, d’où on lui donnera l’ordre de continuer sur Melk, selon les circonstances. Le deuxième convoi peut aborder plus loin et se faire avertir par le premier s’il peut avancer. Indépendamment de l’avantage d’avoir du pain, nous aurons celui de pouvoir faire un pont à Krems avec ces bateaux, ce qui est d’une grande importance.

J’avais fait préparer, dans la campagne dernière, une tête de pont à Linz. Cette tête de pont doit être une espèce de camp retranché, où 10,000 hommes puissent se défendre contre une force triple ou quadruple, avec un réduit. Faites-y travailler avec la plus grande activité; c’est extrêmement important. Être dominé n’est rien; le principal est de donner le temps à des troupes d’arriver et de déboucher par là, ou à ceux qui défendent le pont, de se retirer et de le brûler.

 

Enns, 6 mai 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Castelfranco.

Mon Fils, c’est aujourd’hui le 6 mai, et je n’ai pas de nouvelles de vous. Mon avant-garde est à Amstetten; nous serons dans peu de jours à Vienne, et j’ignore tout de mon armée d’Italie. Les Autrichiens disent dans leur rapport qu’ils vous ont pris trois aigles, seize pièces de canon et 6.000 prisonniers. Vos lettres ne me disent rien; j’ignore si ces relations sont vraies ou fausses. J’ai besoin aussi d’avoir des renseignements sur l’armée qui vous est opposée. Vous devriez m’écrire trois fois par jour, et vous ne m’écrivez pas une seule fois en huit jours. Par un courrier que je vous ai expédié avant-hier, je vous ai mandé qu’en passant la Traun j’avais fait 7,000 prisonniers. J’espère qu’à l’heure qu’il est vous m’avez envoyé tous les renseignements que je demande et qu’il me tarde fort d’avoir.

 

Enns, 6 mai 1809

A Catherine, reine de Westphalie, à Cassel

Madame ma Sœur, j’ai reçu vos deux lettres des 29 et 30 avril. Je vois avec plaisir que vous êtes arrivée à Strasbourg. Ce qu’on a dit de ma blessure est controuvé; une balle m’a frappé, mais ne m’a pas blessé. Le Roi m’a écrit que tout allait mieux. Je réunis d’ailleurs 60.000 hommes à Hanau pour obvier à tout.

 

Enns, 7 mai 1809, dix heures du matin.

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Linz.

Mon Cousin, je pars à l’instant pour porter mon quartier général à Melk, où je suppose qu’est arrivé le duc de Montebello. Le duc de Rivoli est à Amstetten, où sera aujourd’hui ma Garde. Le grand quartier général est à Strengberg. Envoyez aujourd’hui une division occuper Enns. Je vous ai mandé de faire filer vos convois sur Ybbs, Wallsee et Melk. Dans chacun de ces endroits il y aura un commandant français, de l’infanterie, de la cavalerie et de l’artillerie. J’ai nommé le général Puthod pour commander la province de Linz. Traitez bien le général Vandamme et ne vous disputez pas. L’empereur d’Autriche doit avoir dit, il y a peu de jours, à Amstetten, à la députation de Linz, qu’il était certain que le général Hiller tiendrait trois jours; ce qui me fait supposer qu’aujourd’hui 7, ou demain 8, le prince Charles doit arriver sur Linz. S’il se présente en force, je n’ai pas besoin de vous dire que vous devez brûler le pont, et vous m’en rendrez compte; mais je suppose qu’il se dirige sur Krems, où j’espère que vous arriverez avant lui. J’espère avoir assez de bateaux pour jeter là un pont j et peut-être me déciderai-je alors à manœuvrer sur les deux rives. J’attends de vos nouvelles avec impatience. Tenez-vous prêt à partir à tout moment pour venir en deux jours à Melk. Peut-être serait-ce une bonne précaution de placer votre seconde division entre Ebelsberg et Linz, de manière que, recevant l’ordre de partir dans la nuit, vos trois divisions puissent se mettre en marche à la fois. J’espère recevoir avant minuit de vos nouvelles.

 

Enns, 7 mai 1809, dix heures du matin.

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armee d’Allemagne, à Amstetten

Envoyez un officier intelligent pour commander la place de Wallsee, avec un piquet de 60 chevaux, une compagnie de 80 à 100 hommes et une pièce de canon des troupes alliées. Vous lui recommanderez de surveiller la rive droite du Danube, surtout d’être aux aguets sur la rive droite, pour que pas un seul bâtiment ne puisse passer, s’il n’est pour l’armée. 3 à 400,000  rations de pain et de biscuit partent de Linz et de Passau; je leur donne l’ordre de mouiller à Wallsee et d’y prendre langue pour continuer leur route.

Vous ferez le même détachement pour Ybbs, où les bateaux prendront également langue. Les deux commandants correspondront entre eux et avec celui qui sera place à Melk. Les patrouilles sur la rive droite du Danube se croiseront avec les différents postes et vous instruiront de tout ce qu’elles apprendraient de nouveau sur la rive opposée. Elles ne laisseront passer aucun bateau de commerce, s’il n’est destiné pour l’armée. Elles réuniront tous les bateaux qu’elles pourront rassembler pour pouvoir jeter un pont sous Vienne au moment où on le demanderait.

Envoyez un rapport, tous les jours, sur ce qui se passera de Linz à Melk et sur les mouvements du Danube. Ordonnez aux commandants de faire faire du pain et de vous l’envoyer.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809, deux heures du matin.

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la cavalerie de l’armée d’Allemagne devant Mautern.

Mon Cousin, quelques coups de canon de la batterie des cuirassiers auraient pu décider hier l’ennemi à évacuer Mautern. Le général Saint-Hilaire part pour s’y rendre, à trois heures du matin. Il faut obliger l’ennemi à brûler son pont, et s’emparer de Mautern. Si l’ennemi avait brûlé le pont et évacué, il sera bien d’arrêter la marche de la division Saint-Hilaire, afin de ne pas fatiguer la troupe. Un bataillon ou deux suffiront pour occuper Mautern. Envoyez la brigade Jacquinot à Traismauer; elle veillera sur la rive du Danube jusqu’à Tulln, fera faire du pain dans tous ces endroits et se dirigera aussitôt sur Saint-Pölten. Elle ramassera les bateaux qu’elle pourra trouver et se mettra en communication avec le général Colbert, qui est ce soir à Sieghartskirchen.

 

Saint-Pölten, 9 mai, quatre heures du matin

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Saint-Pölten

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Rivoli de porter son quartier général à Saint-Pölten et de placer ses divisions en échelons, celle qui est en tête aux portes de Saint-Pölten, et celle qui est en queue à Melk. Recommandez qu’on continue de surveiller les points d’Ybbs et de Melk, où aboutissent les routes de Bohème, et chargez le général de division qui commandera ces postes d’avertir de ce qui se passerait de l’autre côté du Danube. Chargez-le de recevoir les rapports du poste de Wallsee et de le renforcer, si cela était nécessaire, et mettez à cet effet sous ses ordres un régiment de cavalerie wurtembergeois,.

Donnez ordre au duc de Montebello de placer les divisions Claparède et Demont en colonnes sur la route de Vienne, entre Saint-Pölten et Diendorf, afin de faire place, entre Saint-Pölten et Melk, au corps du duc de Rivoli

Donnez ordre au général Nansouty de faire monter sa division à cheval aujourd’hui à huit heures du matin, d’arriver jusqu’aux portes de la ville et de venir prendre des ordres.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809, quatre heures du matin.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Saint-Pölten.

Mon Cousin, faites connaître au duc d’Auerstaedt que, conformément à mes derniers ordres, deux de ses divisions doivent être en ce moment en marche de Linz sur Melk; qu’il est trop éloigné pour que je puisse lui donner des ordres jour par jour, qu’il serait convenable qu’une de ses divisions arrivât à Melk aussitôt que possible et que l’autre également en approchât; qu’il est maître, avec sa 3e division, de se porter sur Enns ou de rester encore à Linz, selon les nouvelles qu’il aura; que l’important est de nous faire filer beaucoup de pain; que j’ai placé à Wallsee et à Ybbs des commandants; qu’il est nécessaire que le général Vandamme corresponde avec ces commandants pour être instruit de ce qui se passerait de nouveau; qu’il sera convenable qu’il fasse filer de sa cavalerie légère dans cette direction, pour surveiller la rive droite du Danube; qu’il envoie un parti de cavalerie et d’infanterie wurtembergeoise avec un officier français sur Steyr, pour savoir s’il n’y a rien de nouveau de ce côté; qu’il place un bataillon wurtembergeois avec un officier intelligent à Enns, et ait toujours des postes au confluent de l’Enns et du Danube, afin de surveiller Mauthausen et la route de Bohême  qui aboutit à ce point; qu’il instruise, en cas de mouvements sur la rive gauche, les commandants de Linz, de Wallsee, d’Ybbs, de Melk, le quartier général et toute la ligne. Vous ferez connaître au duc d’Auerstaedt la situation de tous les corps de l’armée.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809, quatre heures du malin.

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Linz.

Mon Cousin, le major général vous a envoyé l’ordre de mouvement de l’armée. Celle du prince Louis et du général Hiller a évacué Saint-Pölten. Les trois quarts de cette armée ont passé le pont de Krems, l’autre quart s’est dirigé sur Vienne. La proclamation insérée dans les journaux de Vienne du 6 porte à penser qu’ils veulent défendre la ville avec la landwehr et les habitants. L’empereur a passé à Krems. Tout porte à penser que le prince Charles a pensé pouvoir se réunir à Linz aux autres corps et que, ayant perdu cet espoir, il a cru se réunir à Krems ou à Vienne. Tout cela est probable, mais n’est pas certain. Le général Oudinot est ce matin à Sieghartskirchen; le général Saint-Hilaire avec le maréchal Bessières, à l’abbaye de Göttweg, vis-à-vis Mautern, pour chercher à s’en emparer et à brûler le pont qui va à Krems. Le duc de Rivoli, qui a couché à Melk,  y laisse une division, et les autres se rendent ici. Je suppose que vos deux divisions sont en marche et que le prince de Ponte­-Corvo se trouve entre Passau et Ratisbonne. Vous ne m’avez point donné de nouvelles du général Dupas; envoyez quelqu’un pour savoir comment vont ses travaux. Il est convenable qu’il donne signe de vie.

Si de Budweis, où il paraît que le prince Charles était il y a quelques jours, il voulait manœuvrer sur nos derrières, il pourrait déboucher par les ponts de Mauthausen ou de Linz. Le général Vandamme, qui sera chargé de surveiller ce point, devra avoir le commandement d’Enns, et surveiller la route de Mauthausen et celle qui arrive à Linz. Il faut aussi qu’il y ait un parti à Steyr pour surveiller les routes qui y aboutissent. Je pense que votre présence est encore nécessaire à Linz. Profitez- en pour bien placer vos postes vis-à-vis Mauthausen et Linz et à Steyr, et le bien faire entendre au général Vandamme. ll doit avoir une communication avec le prince de Ponte-Corvo. Vos deux divisions qui sont en marche ne doivent pas trop se presser, mais mettre tout le temps nécessaire. Le second débouché par où l’ennemi peut marcher sur nous est Krems et Melk, qui peuvent être considérés comme un seul; mais l’un et l’autre sont si près de Vienne que c’est presque dans le centre des opérations. Une des choses qui peuvent nous embarrasser, c’est le pain. Envoyez-nous par eau et faites débarquer sur Ybbs et Melk tout le pain que vous pourrez. De Melk on l’enverra chercher par terre, car il ne faut pas songer à le faire passer devant Krems. Envoyez-nous par terre des convois de pain, farine et biscuit. Procurez-vous des voitures dans les environs de Linz, et au pis aller envoyez-nous votre bataillon d’équipages chargé de biscuit ou de pain. Tâchez de savoir positivement où se trouve le prince de Ponte-Corvo; il me tarde qu’il se rapproche de nous. Envoyez-nous la plus grande partie de votre cavalerie légère. Recommandez bien à vos convois de débarquer à Mayerhofen, premier village avant Melk, et d’en prévenir sur-le-champ le commandant de Melk, pour qu’il me le fasse savoir.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne

Le général Savary prendra 150 hommes du régiment de Wurtemberg qui est ici et une compagnie de sapeurs, et se rendra sans délai à Mautern pour surveiller les mouvements de l’ennemi et de toute ]a rive. Il me fera connaître plusieurs fois dans la journée ce qu’il y a de nouveau. Puisqu’il nous est impossible de profiter de ce pont, dont la défense est si favorable à l’ennemi, il le fera brûler.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809.

Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne

Mon Cousin, il est nécessaire que vous fassiez placer au village de Mayerhofen, en avant de Melk, un parti de cavalerie avec un officier intelligent, pour faire débarquer les convois de pain et les faire venir par terre à Saint-Pölten; il serait même convenable d’y mettre un commissaire des guerres. Il faut choisir un officier d’état-major actif et intelligent, qui rendrait compte de tout ce qu’il apprendrait du Danube, des barques qui arriveraient, etc. Il aurait soin de faire filer le pain, et de cacher les barques dans les îles du Danube, afin que, lorsqu’on en aurait une quantité suffisante, on puisse, le plus a l’improviste possible, faire un pont du côté de Melk, si on le jugeait nécessaire.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne

Mon Cousin, écrivez au duc de Rivoli que je lui ai donné ordre de mettre un commandant à Ybbs et un à Wallsee, avec une compagnie d’infanterie, un piquet de 60 chevaux et une pièce de canon; qu’il n’a pas fait connaître si cette disposition avait été exécutée; qu’il charge un officier de son état-major, avec une centaine de chevaux, de se placer entre ces deux postes et d’avoir l’œil sur la rive du Danube, afin de reconnaître l’ennemi et l’empêcher de jeter des partis sur la droite de ce fleuve; qu’il est nécessaire que ces commandants fassent des rapports journaliers; qu’il faut mettre  à cet effet des Français pour commander ces postes; que j’ai mis un commandant Melk; qu’il y laisse un dépôt d’une centaine d’hommes, les plus fatigués, qui, en même temps, se reposeront; que des bateaux chargés de pain doivent arriver; comme ils ne pourront pas passer à Krems, ils débarqueront au village de Mayerhofen, en avant de Melk.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809.

Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Saint-Pölten

Mon Cousin, donnez ordre au duc d’Istrie de se rendre avec les cuirassiers Espagne et la brigade .Jacquinot sur Dienrdorf; de là, selon les nouvelles qu’il recevra du général Colbert, il se dirigera sur Sieghartskirchen.

P- S. Recommandez au maréchal Bessières de laisser à Mautern la valeur d’un escadron de cavalerie, indépendamment du bataillon de voltigeurs, et deux pièces d’artillerie de la division Espagne, et de reconnaître si l’ennemi a beaucoup de bâtiments et s’il a laissé des forces. Dans ce cas, il faut brûler les ponts. Si, au contraire, l’ennemi avait tout à fait abandonné l’autre rive, il faudrait se contenter d’enlever deux travées de notre côté, de manière que l’ennemi, en se l’accommodant de son côté, ne pût passer le pont.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Saint-Pölten

Mon Cousin, écrivez au général Beaumont, commandant le corps de réserve d’Augsbourg, que je suppose qu’il est arrivé à Augsbourg, où il a sous ses ordres 3,000 chevaux et 6 à 7,000 hommes d’infanterie que le général Moulin y a retenus; que j’ai ordonné au duc de Danzig d’entrer à Innsbruck; que je suppose que cela en imposera aux Tyroliens; mais qu’enfin, si l’on continuait à avoir des inquiétudes dans la plaine, il va bientôt avoir des moyens d’y mettre ordre; que le prince de Ponte-Corvo doit être arrivé à Passau avec son corps; qu’aussitôt que les inquiétudes seront dissipées et tous les détachements réunis, il les fasse filer sur l’armée par colonne de 4 à 5,000 hommes, mêlée d’infanterie et de cavalerie, qui porterait le titre de colonne de avec le nom de l’officier qui la commanderait. Par ce moyen, les événements inattendus qui pourraient survenir sur la route, seraient au-dessous de la force de cette colonne. Mandez-lui que vous espérez qu’il correspondra fréquemment avec vous.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne

Mon Cousin, écrivez au duc de Danzig que j’espère que dans la journée d’hier il aura marché sur Kufstein et culbuté tous ces Tyroliens; que cela est de la plus grande nécessité; que jusqu’à cette heure il n’a fait que de petits piquets qui n’ont point réussi et qui n’ont fait que compromettre les choses; qu’il doit se mettre en correspondance avec Munich et Augsbourg, et que, s’il apprenait qu’il se fait des incursions en Bavière, il marche sur Innsbruck, en laissant non-seulement une forte garnison à Salzbourg, mais même un corps d’observation pour tenir en respect ce qui serait à Rastadt; que son opération est de bloquer Kufstein, et d’en imposer aux Tyroliens; que voilà quatre ou cinq jours qu’il est là et que ce but n’est pas encore rempli.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Saint-Pölten

Mon Cousin, écrivez au général Moulin que j’approuve le parti qu’il a pris de retenir à Augsbourg tout ce qui arriverait pour l’armée, jusqu’à ce que les incursions des Tyroliens aient été arrêtées. Il doit y avoir déjà aujourd’hui près de 6,000 hommes. Le général de division Beaumont avec ses dragons ne doit pas tarder à y arriver. Je ne doute pas non plus que la cavalerie de la Garde, si elle est arrivée, n’ait mis en déroute ces Tyroliens j si elle ne l’avait point fait, le général Beaumont le fera. Aussitôt que les troupes désignées pour l’armée pourront rejoindre, c’est-à-dire qu’on sera sans alarmes sur les incursions des Tyroliens, il les dirigera par masse de 4 à 5.000 hommes. Les accidents sont à craindre; il est donc bon de présenter toujours une masse imposante. Il est convenable qu’il fasse connaître au prince de Ponte-Corvo, qui se trouve soit à Ratisbonne, soit entre cette ville et Passau, la situation de ses environs; car, s’il était sur le point ou même en danger d’être cerné, le prince de Ponte-Corvo pourrait le dégager. Dites-lui que j’ai ordonné au duc de Danzig de se porter sur Innsbruck pour dissiper les rassemblements des Tyroliens. Écrivez également au roi de Bavière que j’ai donné au duc de Danzig l’ordre de se porter sur Innsbruck; qu’à tout événement on aurait bientôt à Augsbourg 10 à 12,000 hommes de troupes; que même dans ce moment on peut y rassembler 7 ou 8,000 hommes; que le général Beaumont doit y arriver avec 3,000 hommes de cavalerie; qu’enfin en cas de nécessité le prince de Ponte-Corvo se porterait à Augsbourg. Faites-lui connaître la situation des choses ici.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809, six heures après midi

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Linz.

Mon Cousin, l’ennemi a coupé le pont de Krems. Demain à midi je serai devant Vienne. Les habitants sont armés et paraissent vouloir se défendre. Nous verrons si ce sera une seconde scène de Madrid. Je réunis sous Vienne les corps des ducs de Montebello et de Rivoli. Je désire que vous réunissiez le vôtre à Saint-Pölten, ayant de la cavalerie légère et un régiment d’infanterie à Mautern. Laissez aussi un régiment d’infanterie, un détachement de cavalerie et du canon à Melk, pour protéger notre communication. S’il n’y a rien de nouveau à Linz, je désire que vous soyez demain de votre personne à Saint-Pölten, où les divisions Friant et Gudin seront réunies. Quant à la division Morand, vous avez carte blanche. Si rien n’exige sa présence à Linz, mettez-la en marche pour arriver en trois jours sur Saint-Pölten. Ayez soin de disposer des Wurtembergeois comme je vous l’ai fait connaître. J’ai mandé au prince de Ponte-Corvo, qui était le 6 à Retz, de se rapprocher de Linz.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809

Au général Colbert, commandant la cavalerie légère du 2e corps, à Freundorf

Le général Oudinot part à la pointe du jour avec l’infanterie pour se porter au débouché du bois. Envoyez des parties sur Tulln; tâchez de saisir des barques. Le général Jacquinot se portera aujourd’hui à Traismauer; communiquez avec lui. Commandez du pain partout, et dirigez-le sur Saint-Pölten, où l’armée se réunit.

Donnez-moi des nouvelles de Vienne; à Sieghartskirchen on doit en avoir d’hier. Quels travaux, quelles batteries a-t-on faits ? Quelles portes de la ville veut-on défendre ? Quelles proclamations a-t-on faites ? Vous ne m’avez rien dit de tout cela. Envoyez-moi aussi ce que vous trouverez aux postes aux lettres.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 3 mai. Il y aura demain un mois que les Autrichiens ont déclaré la guerre, et demain je serai devant Vienne. On dit que les milices et les levées en masse s’y sont réunies et veulent s’y défendre.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809

A l’Impératrice Joséphine, à Strasbourg

Mon Amie, je t’écris de Saint-Pölten. Demain je serai devant Vienne ; ce sera juste un mois après le même jour où les Autrichiens ont passé l’Inn, et violé la paix.

Ma santé est bonne ; le temps est superbe, et le soldat fort gai ; il y a ici du vin.

Porte-toi bien.

Tout à toi.

 

Saint-Pölten, 10 mai 1809

Au prince Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Je reçois votre lettre du ler mai que m’apporte le généra] d’Anthouard. Elle ne m’en dit pas davantage que les autres. Heureusement que d’Anthouard m’a donné quelques détails. Il n’en est pas moins vrai que j’ai besoin d’avoir un rapport officiel de ce qui s’est passé. Vous croyez me rendre des comptes et vos lettres ne me disent rien.

Mon avant-garde arrive aujourd’hui devant Vienne. On dit que les habitants veulent se défendre. Je pars pour m’y rendre. Je vous expédierai de là d’Anthouard. Suivez vivement l’ennemi partout où il se retire. S’il se retire partie sur Klagenfurt, partie sur Laybach, suivez-le sur Klagenfurt en plus grande force. Il est nécessaire de faire notre réunion le plus tôt possible, afin que, s’il cherche à tomber sur mon flanc droit, vous soyez là pour le contenir.

Je suppose que le général Marmont aura de son côté fait quelque mouvement; vous ne m’en donnez aucune nouvelle; cependant on m’assure que vous en avez du 30 avril. Expédiez-moi deux courr­iers par jour, et écrivez-moi des lettres détaillées de tout ce qui se fait et se passe, afin que tous les jours je sache le lieu où sont tous vos régiments.

Il paraît que le 35e de ligne a été isolé et cerné par l’ennemi. Il est de principe à la guerre qu’une avant-garde doit être composée de 10 à 12,000 hommes. Faites-moi connaître si le général Sahuc a bivouaqué avec sa troupe, ou s’il était dans les maisons, et com­ment il a été surpris. S’il n’était pas bivouaqué et s’il était dans les maisons, faites-le arrêter et conduire à Paris.

Les Autrichiens auront empesté mes États d’Italie de leur papier.

Il ne faut pas le recevoir dans les caisses de l’État; car ce n’est que du chiffon.

On dit que l’évêque d’Udine s’est mal comporté. Si cela est faites-le fusiller; il est temps de faire un  exemple de ces mauvais prêtres, et tout est permis au premier moment de votre rentrée. Que cela soit fait dans les vingt-quatre heures après la réception de cette lettre. C’est une rigueur qui est utile. S’il y a quelque autre individu qui se soit mal comporté, faites-le arrêter.

Si la ville de Trieste vient à être en votre pouvoir, imposez-lui une contribution de 50 millions, et faites arrêter quarante des principaux habitants pour sûreté de payement. Faites également séquestrer tous les navires, jusqu’à ce que la contribution soit entièrement acquittée.

Toutes les fois que vous serez en présence de l’ennemi, bivouaquez avec vos troupes. Il y a longtemps que j’ai cet usage, et je m’en suis bien trouvé. Cela donne l’exemple à tout le monde.

Je suppose que vous êtes aujourd’hui à Udine. Quelque direction que prenne l’ennemi, talonnez-le, afin qu’il n’ose se mettre entre vous et ma droite.

 

Schönbrunn, 11 mai 1809, midi

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, à  Schönbrunn

Ordre à Masséna d’arrêter sa dernière division à Sieghartskirchen, son avant-dernière à Puckersdorf, et de faire arriver les deux premières  sur Vienne.

L’Empereur ordonne, Monsieur le Duc, que vous mettiez votre 1e et votre 2e division en position à Simmering, l’une à droite, l’autre à gauche de la route. Vous ferez occuper les deux faubourgs en arrière de vous, pour y maintenir l’ordre et la police. Envoyez à l’avance votre chef d’état-major auprès du général Andréossy, pour se concerter avec lui sur la manière d’occuper ces deux faubourgs. Ce sont les deux faubourgs qui sont le plus près de la rive droite du Danube, route de Vienne à Presbourg.

Le prince de Neuchâtel, major général

4)A ce moment important de la campagne de 1809, il y a plusieurs ordres directs de Napoléon 1er qui n’ont pas été retrouvés. On a cru devoir publier des lettres du major général qui en tiennent lieu. Ces lettres sont d’ailleurs écrites par ordre de l’Empereur, et les minutes en ont été conservées dans l’ancienne secrétairerie d’Etat, parmi les papiers du cabinet impérial.

 

Schönbrunn, 11 mai 1809.

Au général comte Nansouty, commandant la 1e division des cuirassiers légère du 4e corps

Ordre à la division Nansouty de rester dans sa position.

 

Schönbrunn, 11 mai 1809.

Au général Marulaz, commandant  la 2e brigade de cavalerie légère du 4e corps

L’intention de l’Empereur, Général, est que vous vous portiez avec votre brigade au village de Simmering, route de Vienne à Presbourg, pour y relever le général Colbert, auquel vous remettrez l’ordre ci­ joint de se concentrer sur la route de Neustadt, pour y soutenir, en cas de besoin, le régiment qui s’y est rendu depuis hier.

 

Schönbrunn, 11 mai 1809

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de cavalerie de l’armée d’Allemagne, à Penzing

Avis des deux ordres ci-dessus au duc d’Istrie.

L’intention de l’Empereur est que la brigade Jacquinot éclaire sur le chemin de Nussdorf et Schönbrunn, et se lie avec le géneral Piré, qui doit être le long du Danube jusqu’à Mautern.

 

Schönbrunn, 11 mai 1809, onze heures et demie du soir.

Au général Songis, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

L’intention de l’Empereur, Monsieur le Général, est de jeter un pont sur le Danube demain ou après-demain; il faut donc prévenir les pontonniers et prendre toutes les mesures possibles pour avoir des bateaux, des cordages et des ancres. L’Empereur voudrait jeter ce pont entre Presbourg et Vienne. On pense qu’à Fischament, à huit lieues au-dessous de Vienne, le Danube se trouve réuni dans un seul lit, et que dans cet endroit il n’y a point d’île. Il faudrait donc envoyer un officier reconnaître cette position ou toute autre qui pourrait être propice. L’officier que vous désignerez se rendra auprès du duc de Rivoli, qui a son quartier général à Simmering, sur la route de Presbourg. Il lui demandera un fort parti en cavalerie pour l’escorter dans sa reconnaissance, dont l’objet est de choisir l’endroit le plus propice pour jeter un pont au-dessous de Vienne.

Le prince de Neuchâtel, major général

P. S. Je donne le même ordre au général Bertrand; tâchez que votre officier se réunisse à celui qu’il enverra.

 

Schönbrunn, 12 mai 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, nous sommes entrés dans Vienne. Le frère de la duchesse de Montebello vous donnera des détails. L’ordre du jour vous fera connaître l’état des choses; vous pouvez le faire imprimer et lire dans tous les théâtres.

 

Schönbrunn, 12 mai 1809.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Munich

Monsieur de Champagny, nous sommes maîtres de Vienne, puisque vous êtes à Munich, rendez-vous ici, mais faites-le de manière qu’il ne soit question d’aucune idée de paix.

Vous trouverez ci-joint mon ordre du jour. Envoyez-le par courrier extraordinaire à Leipzig, à Berlin, à Varsovie, à Saint-Pétersbourg, à Stuttgart, à Cassel.

 

Schönbrunn, 12 mai 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à San-Daniele

Mon Fils, je reçois votre lettre de Vicence du 3 mai. Je sais que vous avez pris l’intendant de l’armée ennemie et les papiers qu’il avait avec lui; envoyez-moi la copie de ce qu’ils contiennent d’important.

Nous sommes maîtres de Vienne, des faubourgs depuis le 10, et de la ville aujourd’hui, après un bombardement. Votre aide de camp, qui s’est trouvé ici, vous donnera des détails. Je vous envoie mon ordre du jour, que vous pourrez faire imprimer et envoyer partout. Je suppose que l’ennemi est aujourd’hui chassé de toute l’Italie, et que vous l’aurez poursuivi dans toutes les directions. Il paraît que ce qu’il y a d’ennemis ici se rallie dans la Moravie.

P. S.  Envoyez l’ordre du jour à Naples, à Rome, en Toscane, en Piémont.

 

Schönbrunn, 12 mai 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples.

Vous trouverez ci-joint l’ordre du jour. L’ennemi a tenu vingt­ quatre heures dans la ville, ce qui m’a obligé de la bombarder. On a pénétré dans le Prater en passant un bras du Danube, et il s’est rendu. Il se rallie, à ce qu’il paraît, du côté de Brünn.

Les Anglais ne peuvent rien tenter contre vous; toutes leurs expéditions sont à Lisbonne; d’ailleurs vous avez plus de forces qu’il ne vous en faut; c’est plutôt vous qui êtes dans le cas de menacer la Sicile.

Je suis décidé pour les affaires de Rome; tenez vos troupes prêtes; dans peu de jours j’enverrai mes ordres définitifs.

Mon armée n’a jamais été si belle et si nombreuse; les cuirassiers n’ont jamais mieux fait; ils sont à 1,000 chevaux par régiment. Sous Ratisbonne, ils ont chargé et défait des corps de 10,000 hommes de cavalerie autrichienne avec une singulière intrépidité. La cavalerie ennemie est dans la terreur et n’ose se montrer nulle part.

 

Schönbrunn, 12 mai 1809

A l’Impératrice Joséphine, à Strasbourg

Je t’expédie le frère de la duchesse de Montebello pour t’apprendre que je suis maître de Vienne, et que tout ici va parfaitement. Ma santé est fort bonne.

 

Schönbrunn, 13 mai 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Munich

Monsieur de Champagny, il faut donner l’ordre que M. de Metternich vienne ici sous l’escorte de la gendarmerie, pour être échangé contre la légation française, qui a été arrêtée et conduite à Pest, en Hongrie.

 

Schönbrunn, 13 mai 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je n’approuve pas la proposition d’appeler dans les dépôts des sous-officiers retirés. Cette mesure donnerait l’alarme; nous n’en sommes pas aux expédients. Mais je vous autorise à tirer des demi-brigades de vétérans ceux qui ont été instructeurs, et à les détacher dans les dépôts qui se trouvent dans les divisions militaires où sont placées les demi-brigades de vétérans. Ils ne seront que détachés, et continueront à être payés à leurs demi-brigades. Cela pourra être utile et sera sans inconvénient.

 

Schönbrunn, 13 mai 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je ne puis que vous témoigner mon extrême mécontentement de l’absolu dénuement où vous me laissez de reconnaissances et de cartes sur Nickolsburg, sur Austerlitz, sur les environs de Vienne, sur la Hongrie. Je ne trouve dans mon bureau topographique aucun des renseignements que j’ai fait prendre moi-même. Mes reconnaissances sur l’Inn, vous ne me les avez envoyées que lorsque je n’en avais plus besoin. Par un principe ridicule, on ne veut m’envoyer que des copies, et, comme on copie très-lentement, rien ne m’arrive à temps, et je suis privé de matériaux importants. Cette manière de faire le service est mauvaise. Si l’on me fait cela, à moi, que fait-on aux généraux ? A quoi sert le dépôt de la guerre, s’il ne fournit pas aux généraux des reconnaissances qui puissent leur servir dans leurs opérations ? Donnez ordre que dans les vingt-quatre heures on m’envoie les originaux (je ne veux point de copies) des cartes, plans, reconnaissances et mémoires sur la Moravie, sur la Bohême, sur la Hongrie, sur l’Autriche. Sans doute qu’il eût été préférable d’avoir des copies, mais il fallait qu’elles fussent faites avant la déclaration de guerre.

 

Schönbrunn, 13 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Rivoli d’employer ses sapeurs, ses pontonniers et ses officiers du génie et la division Molitor à jeter un pont dans le lieu déjà reconnu, à quelques lieues de Vienne, sur la route de Presbourg. On m’assure qu’il y a déjà cinquante bateaux j ce nombre doit être suffisant.

Donnez l’ordre à la division Molitor de prendre position et de protéger cet établissement.

 

Schönbrunn, 13 mai 1809

Au général Songis, commandant de l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur le Général Songis, envoyez une compagnie de pontonniers à Nussdorf pour rétablir le pont où il était dans la dernière campagne. Le général Bertrand y enverra une compagnie de sapeurs. Je désire que l’on établisse un second pont, ainsi que je l’ai déjà ordonné, entre Vienne et Presbourg.

 

Schönbrunn, 13 mai 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Saint-Pölten

Mon Cousin, le mouvement du général Vandamme sur Krems n’a pas le sens commun. Puisqu’il était à Freystadt, il devait rester à Freystadt et continuer à éclairer la route de Budweis. Si malheureusement un parti ennemi se présentait, cette colonne serait coupée.

Cette manière de faire la guerre est insensée. Recommandez au général Vandamme de se renfermer dans ses instructions, qui sont de garder Linz et d’éclairer toute cette partie. S’il peut pousser jusqu’à Budweis, ce ne peut qu’être utile.

 

Schönbrunn, 13 mai 1809, midi.

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, commandant le 9e corps de l’armée d’Allemagne, à Passau.

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 10. J’approuve le parti que vous avez pris de laisser au roi de Saxe les compagnies et l’artillerie­ qui sont sur les derrières.
Je vous ai instruit hier de mon entrée à Vienne; il a fallu bombarder la ville et y mettre le feu avec trente obusiers.

Vous aurez aujourd’hui le séjour que vous avez demandé et même demain. Je sens que vos troupes doivent avoir besoin de repos.

 

Schönbrunn, 13 mai 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant le 10e corps de l’armée d’Allemagne, à Cassel

Mon Frère, votre aide de camp vous fera connaître les événements qui se sont passés ici. La division hollandaise que vous avez fait venir et vos troupes vous mettront à même de repousser les attaques des Prussiens. Le roi de Prusse ne participe probablement pas à ces mouvements, mais il est si faible qu’il est entraîné malgré lui par la faction autrichienne. Le roi de Saxe a 2,000 hommes de ses troupes venant de Pologne, qu’il a gardés. Enfin, insensiblement, le duc de Valmy finira par avoir une bonne division à Hanau. Il n’y a rien à craindre des Anglais, qui ont envoyé toutes leurs forces en Portugal. Il me semble que de Magdeburg vous serez dans le cas de bien couvrir votre pays et de pouvoir vous porter sur tous les points qui seraient menacés.

 

Vienne, 13 mai 1809

SEPTIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE.

Le 10, à neuf heures du matin, l’Empereur a paru aux portes de Vienne avec le corps du maréchal duc de Montebello; c’était à la même heure, le même jour et un mois juste après que l’armée autrichienne avait passé l’Inn et que l’empereur François II s’était rendu coupable d’un parjure, signal de sa ruine.

Le 5 mai, l’archiduc Maximilien, frère de l’impératrice, jeune prince âgé de vingt-six ans, présomptueux, sans expérience, d’un caractère ardent, avait pris le commandement de Vienne et fait les proclamations ci-jointes.

Le bruit était général dans le pays que tous les retranchements qui environnent la capitale étaient armés, qu’on avait construit des redoutes, qu’on travaillait à des camps retranchés et que la ville était résolue à se défendre. L’Empereur avait peine à croire qu’une capitale si généreusement traitée par l’armée française en 1805 et que des habitants dont le bon esprit et la sagesse sont reconnus eussent été fanatisés au point de se déterminer à une aussi forte entreprise. Il éprouva donc une douce satisfaction lorsque, en approchant des im­menses faubourgs de Vienne, il vit une population nombreuse, des femmes, des enfants, des vieillards, se précipiter au-devant de l’armée française et accueillir nos soldats comme des amis.

Le général Conroux traversa les faubourgs et le général Tharreau se rendit sur l’esplanade qui les sépare de la cité. Au moment où il débouchait, il fut reçu par une fusillade et par des coups de canon, -et légèrement blessé.

Sur 300,000 habitants qui composent la population de la ville de Vienne, la cité proprement dite, qui a une enceinte avec des bastions et une contrescarpe, contient à peine 80,000 habitants et l, 300 maisons. Les huit quartiers de la ville qui ont conservé le nom de faubourgs, et qui sont séparés de la ville par une vaste esplanade et couverts du côté de la campagne par des retranchements, renferment plus de 5,000 maisons et sont habités par plus de 220,000 âmes qui tirent leurs subsistances de la cité, où sont les marchés et les magasins

L’archiduc Maximilien avait fait ouvrir des registres pour recueillir les noms des habitants qui voudraient se défendre: trente individus seulement se firent inscrire; tous les autres refusèrent avec indignation. Déjoué dans ses espérances par le bon sens des Viennois, il fit venir dix bataillons de landwehr et dix bataillons de troupes de ligne, composant une force de 15 à 16.000 hommes, et se renferma dans la place.

Le duc de Montebello lui envoya un aide de camp porteur d’une sommation; mais des bouchers et quelques centaines de gens sans aveu, qui étaient les satellites de l’archiduc Maximilien, s’élancèrent sur le parlementaire, el l’un d’eux le blessa. L’archiduc ordonna que le misérable qui avait commis une action aussi infâme fût promené en triomphe dans toute la ville, monté sur le cheval de l’officiel’ fran­çais et environné par la landwehr.

Après cette violation inouïe du droit des gens, on vit l’affreux spectacle d’une partie d’une ville qui tirait contre l’autre, et d’une cité dont les armes étaient dirigées contre ses propres concitoyens.

Le général Andréossy, nommé gouverneur de la ville, organisa dans chaque faubourg des municipalités, un comité central des subsistances et une garde nationale composée des négociants, des fabricants et de tous les bons citoyens, armés pour contenir les prolétaires et les mauvais sujets.

Le général gouverneur fit venir à Schönbrunn une députation des huit faubourgs. L’Empereur la chargea de se rendre dans la cité pour porter la lettre ci-jointe, écrite par le prince de Neuchâtel, major général, à l’archiduc Maximilien. Il recommanda aux députés de représenter à l’archiduc que, s’il continuait à faire tirer sur les faubourgs et si un seul des habitants y perdait la vie par ses armes, cet acte de frénésie, cet attentat envers les peuples, briserait à jamais les liens qui attachent les sujets à leur souverain.

La députation entra dans la cité le 11, à dix heures du matin, et l’on ne s’aperçut de son arrivée que par le redoublement du feu des remparts. Quinze habitants des faubourgs ont péri, et deux Français seulement ont été tués.

La patience de l’Empereur se lassa. Il se posta avec le duc de Rivoli sur le bras du Danube qui sépare la promenade du Prater des faubourgs, et ordonna que deux compagnies de voltigeurs occupas­sent un petit pavillon sur la rive gauche pour protéger la construction d’un pont. Le bataillon de grenadiers qui défendait le passage fut chassé par ces voltigeurs et par la mitraille de quinze pièces d’artillerie. A huit heures du soir, ce pavillon était occupé, et les matériaux du pont réunis. Le capitaine Pourtalès, aide de camp du prince de Neuchâtel, et le sieur Susaldi, aide de camp du général Boudet, s’étaient jetés les premiers à la nage pour aller chercher les bateaux qui étaient sur la rive opposée

A neuf heures du soir, une batterie de vingt obusiers, construite par les généraux Bertrand et Navelet à cent toises de la place, com­mença le bombardement; 1,800 obus furent lancés en moins de quatre heures, et bientôt toute la ville parut en flammes. Il faut avoir vu Vienne, ses maisons à  huit, à neuf étages, ses rues resserrées, cette population si nombreuse dans une aussi étroite enceinte, pour se faire une idée du désordre, de la rumeur et des désastres que devait occasionner une telle opération.

L’archiduc Maximilien avait fait marcher, à une heure du matin, deux bataillons en colonne serrée, pour tâcher de reprendre le pavillon qui protégeait la construction du pont. Les deux compagnies de voltigeurs qui occupaient ce pavillon, qu’elles avaient crénelé, reçurent l’ennemi à bout portant; leur feu et celui des quinze pièces d’ar­tillerie qui étaient sur la rive droite couchèrent par terre une partie de la colonne; le reste se sauva dans le plus grand désordre.

L’archiduc perdit la tête au milieu du bombardement, et au moment surtout où il apprit que nous avions passé un bras du Danube et que nous marchions pour lui couper la retraite. Aussi faible, aussi pusillanime qu’il avait été arrogant et inconsidéré, il s’enfuit le premier et repassa les ponts. Le respectable général O’Reilly n’apprit que par la fuite de l’archiduc qu’il se trouvait investi du commandement.

Le 12, à la pointe du jour, ce général fit prévenir les avant­ postes qu’on allait cesser le feu et qu’une députation allait être en­voyée à l’Empereur

Cette députation fut présentée à Sa Majesté dans le parc de Schönbrunn. Elle était composée de MM. le comte de Dietriechstein, maréchal provisoire des États, le prélat de Klosterneuburg, le prélat des Écossais, le comte de Pergen, le comte Veterani, le baron de Bartenstein, M. de Mayenberg, le baron de Hasen, référendaire de la basse Autriche, tous membres des Etats; l’archevêque de Vienne; le baron de Lederen, capitaine de la ville; M. Wohlleben, bourgmestre; M. Mähr, vice-bourgmestre; MM. Egger, Prick et Heyss, conseillers du magistrat.

Sa Majesté assura les députés de sa protection; elle exprima la peine que lui avait fait éprouver la conduite inhumaine de leur gouvernement, qui n’avait pas craint de livrer sa capitale à tous les malheurs de la guerre, qui, portant lui-même atteinte à ses droits, au lieu d’être le roi et le père de ses sujets, s’en était montré l’ennemi et en avait été le tyran. Sa Majesté fit connaître que Vienne serait traitée avec les mêmes ménagements et les mêmes égards dont on avait usé en 1805. La députation répondit à cette assurance par les témoignages de la plus vive reconnaissance.

A neuf heures du matin, le duc de Rivoli avec les divisions Saint­-Cyr et Boudet s’est emparé de la Leopoldstadt.

Pendant ce temps le lieutenant général O’Reilly envoyait le lieutenant général de Vaux et M. Belloute, colonel, pour traiter de la capitulation de la place. La capitulation ci-jointe a été signée dans la soirée, et le 13, à six heures du matin, les grenadiers du corps d’Oudinot ont pris possession de la ville.

Quartier impérial de Schönbrunn,  13 mai 1809.

PROCLAMATION A L’ARMÉE

Soldats ! Un mois après que l’ennemi passa l’Inn, au même jour, à la même heure, nous sommes entrés dans Vienne. Ses landwehrs, ses levées en masse, ses remparts créés par la rage impuissante des princes de la Maison de Lorraine, n’ont point soutenu vos regards. Les princes de cette Maison ont abandonné leur capitale, non comme des soldats d’honneur qui cèdent aux circonstances et aux revers de la guerre, mais comme des parjures que poursuivent leurs propres remords. En fuyant de Vienne, leurs adieux à ses habitants ont été le meurtre et l’incendie: comme Médée, ils ont de leurs propres mains égorgé leurs enfants.

Soldats ! Le peuple de Vienne, selon l’expression de la députation de ses faubourgs, délaissé, abandonné, veuf, sera l’objet de vos égards. Je prends les bons habitants sous ma spéciale protection. Quant aux hommes turbulents et méchants, j’en ferai une justice exemplaire.

Soldats ! Soyons bons pour les pauvres paysans et pour ce bon peuple qui a tant de droits à notre estime. Ne conservons aucun orgueil de nos succès; voyons-y une preuve de cette justice divine qui punit l’ingrat et le parjure.

 

Schönbrunn, 14 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne

Mon Cousin, donnez ordre au duc d’Istrie d’envoyer le général Montbrun avec la brigade Jacquinot et la brigade Piré à  Bruck, à  neuf lieues de Vienne, pour couper la route de Presbourg en Italie et couvrir tout le pays entre le lac de Neusiedl et le Danube, ce qui fait un espace de six lieues. Ces brigades auront sur leur gauche la brigade Marulaz, qui longe le Danube, laquelle pourra rester en seconde ligne pour se porter au secours des deux premières; de sorte que le duc de Rivoli pourra partir avec cette brigade sans découvrir l’m’mée d’aucun côté. Il est nécessaire que celte position soit prise demain. La brigade Colbert, qui est à  Neustadt, recevra l’ordre de couvrir depuis le lae jusqu’à  Neustadt et de se lier avec les partis du aimeraI Montbrun. En cas d’événement extraordinaire, le général Montbrun donnera des ordres à  ces quatre brigades. l,a division Nan­ souty sera cantonnée à  Laxenburg, et la division Espagne à  Himberg. Le général Montbrun correspondra avec ces deux généraux, dont il eouvrira les cantonnements, et par lesquels il pourra être soutenu à  tout événement. Par ee moyen, nous serons couverts de tous côtés. Ileeommandez au général Colbert de pousser des partis jusqu’au pied de la montagne qui va à  Leoben. Aussitôt que le général Bruyère sera arrivé, il sera placé au même lieu, à  Bruck, sous les ordres du gé­ néral Montbrun. Il doit venir par Altenmarkt. La brigade badoise, eommandée par le général Lauriston, se mettra en marche par Med­ ling, pour venir à  sa rencontre sur Altenmarkt et dissiper les attrou­ pements de paysans.

 

Quartier impérial de Schönbrunn, 14 mai 1809.

ORDRE DU JOUR.

L’Empereur voit avec peine les désordres qui se commettent en arrière de l’armée; ils deviennent tels, qu’ils doivent fixer toute son attention. De mauvais sujets cherchent à  déshonorer l’armée, et, au lieu de se trouver à  leurs drapeaux et devant l’ennemi, ils restent en arrière, où ils commettent toute espèce d’excès, et même des crimes.
Sa Majesté ordonne aux généraux-gouverneurs, commandant les provinces, de former sur-le-champ des colonnes mobiles, composées chacune d’un adjudant commandant ou colonel, d’un chef d’escadron, d’un capitaine d’infanterie, d’un officier de gendarmerie faisant fonc­ions de rapporteur, d’un magistrat du pays.

Ces officiers formeront autant de commissions militaires qu’il y a de colonnes mobiles.

La première de ces commissions étendra sa juridiction sur le cercle de Vienne; la deuxième, sur le cercle de Saint-Pölten; la troisième, sur le cercle de Steyr; la quatrième, sur le cercle de Linz; la cin­quième, sur le cercle d’Untermanhartsberg.

A la suite de ces commissions et sous les ordres de l’adjudant commandant, il Y aura trois brigades de gendarmerie, de 60 hommes à  cheval et 90 hommes d’infanterie. Chaque détachement de cavalerie sera commandé par un chef d’escadron et chaque détachement d’infanterie le sera par un capitaine. Chaque détachement a~ra le nombre d’officiers prescrit par les règlements militaires en raison de sa force.

Tout traîneur qui, sous prétexte de fatigue, se sera détaché de son corps pour marauder, sera arrêté, jugé par une commission militaire et exécuté sur l’heure.
L’adjudant commandant de chaque colonne mobile rendra compte tous les jours au major général du lieu où il se trouvera et des opérations de la commission.
Ces colonnes, qui seront fortes de plus de 150 hommes, se diviseront en autant de petites patrouilles que l’adjudant commandant jugera convenable, afin de se porter partout où besoin sera.

Auprès de chaque commission il y aura un magistrat de cercle.

Chaque commission se rendra sur tous les points où elle jugera sa présence nécessaire, dans l’arrondissement du cercle.

Le présent ordre du jour sera affiché dans toutes les villes et villages sur la route de Strasbourg à  Vienne, et lu aux différents régiments et détachements qui passeront. Il en sera remis un exemplaire à  chaque commandant de troupes de passage.

 

Camp impérial de Schönbrunn 14 mai 1809.

ORDRE.

1° La milice dite landwehr est dissoute.

2° Une amnistie générale est accordée à  tous ceux de ladite milice qui se retireront dans leurs foyers dans le délai de quinze jours, au plus tard, après l’entrée de nos troupes dans les pays auxquels ils appartiennent.

3° Faute par les officiers de rentrer dans ledit délai, leurs maisons seront brûlées, leurs meubles et leurs propriétés confisqués.

4° Les villages qui ont fourni des hommes à  la milice dite landwehr sont tenus de les rappeler et de livrer les armes qui leur ont été remises.

5° Les commandants des diverses provinces sont chargés de prendre les mesures pour l’exécution du présent ordre.

 

Quartier général de Schönbrunn, 14 mai 1809.

ORDRE POUR LES SUBSISTANCES DANS LES ETATS DE LA CONFEDERATION OCCUPES PAR LES ARMEES FRANCAISES

L’Empereur, voulant déterminer d’une manière précise les fournitures dues aux troupes, afin que les bourgmestres et autres agents des pays, préposés à  cet effet, puissent y pourvoir d’une manière régulière et uniforme;

Voulant, en outre, faire connaître aux militaires ce qu’ils ont droit de demander, et aux habitants ce qu’ils ont à  fournir, afin d’éviter des refus ou des demandes exagérées, d’où naissent souvent des plaintes et des mécontentements réciproques,

Ordonne:

ARTICLE 1er. – Les troupes seront nourries dans leurs logements, d’après l’ancien usage établi en Allemagne; l’officier à  la table de son hôte, ainsi qu’il a été ordonné dans les campagnes précédentes.

Les sous-officiers et soldats recevront, indépendamment de leurs rations de pain (de sept hectogrammes et demi ou vingt-quatre onces) :

Au déjeuner, la soupe et l’eau-de-vie (un seizième de pinte) ;

Au dîner, la soupe, dix onces de viande, légumes et un demi-pot de bière ou vin;

Au souper, des légumes et le demi-pot de bière ou vin.

Ainsi la ration du soldat se composera de vingt-quatre onces de pain de munition, quatre onces de pain de soupe, seize onces de viande, deux onces de riz ou quatre onces de légumes secs, un seizième de pinte d’eau-de-vie, une pinte de bière ou une bouteille de vin, selon le pays.

ART. 2. – MM. les officiers généraux surveilleront l’observation du régime prescrit ci-dessus, et puniront les contrevenants au présent ordre, lorsque les autorités locales dénonceront les abus.

ART. 3. – Les habitants fourniront aux troupes françaises des vivres et boissons de bonne qualité, afin de prévenir les contestations qui résulteraient de l’inobservation des règles prescrites pour la fixation de la nourriture de l’armée.

ART. 4. – MM. les officiers et les corps de toutes armes, ainsi que les administrateurs militaires, continueront à  recevoir le nombre de rations de fourrage fixé par le tarif arrêté le 15 prairial an XII par le ministre directeur de l’administration de la guerre.

La ration de fourrage sera composée ainsi qu’il est ordonné par l’arrêté du Gouvernement du 19 germinal an x.

Ces deux arrêtés relatifs aux fourrages seront rapportés à  la suite du présent ordre.

ART. 5. – Conformément à  la décision du 6 avril 1809, MM. les officiers généraux, adjudants commandants, aides de camp, officiers d’état-major, colonels et chefs d’escadron de cavalerie, recevront, dans les quartiers ou cantonnements fixes, et quand il y aura des magasins formés, les rations de fourrage pour le nombre de chevaux qu’ils auront et dont l’existence sera constatée par les revues de MM. les inspecteurs aux revues, pourvu toutefois que ce nombre de chevaux n’excède pas la moitié en sus de celui déterminé par la loi.

Ainsi celui à  qui il est attribué huit rations de fourrage et qui justifiera par revue avoir douze chevaux pourra recevoir douze rations, et celui qui a droit à  trois rations et qui justifiera, aussi par une revue, avoir cinq chevaux recevra un pareil nombre de rations, parce qu’il ne serait pas possible de nourrir le cinquième cheval avec une demi­ ration.

ART. 6. – Les chevaux de réquisition sont exclusivement affectés au transport des subsistances, munitions de guerre, effets d’habillement, équipages des corps, effets d’hôpitaux, à  l’évacuation de malades et convalescents.

ART. 7. – Il n’est dû ni voiture ni chevaux pour le service personnel des militaires, fonctionnaires militaires, officiers de santé et employés d’administration, auxquels il est accordé des rations de fourrage pour chevaux de selle et de fourgon. A l’égard des officiers, et autres, envoyés en mission ou porteurs d’ordres d’urgence, le Gouvernement leur allouant des frais de poste, ils ne peuvent plus prétendre à  aucune fourniture de chevaux de réquisition.

ART. 8. – Les commissaires des guerres qui auraient ordonné des fournitures au delà  des proportions indiquées, ou qui auraient fait fournir des moyens de transport dans les cas non prévus par le présent ordre, et ceux qui les auraient fait continuer, en demeure­ront personnellement responsables.

 

Schönbrunn, 14 mai 1809.

DÉCISION

M. de Stichaner, commissaire général du roi de Bavière au cercle du bas Danube, expose à l’Empereur que l’ordre de détruire le faubourg Saint-Nicolas à Passau entraîne la démolition des bâtiments des salines royales. M. de Stichaner supplie l’Empereur d’épargner ces bâtiments, dont la destruction serait une perte sensible pour le Gouvernement et pour les habitants de la ville. Renvoyé au major général pour répondre que la sûreté de la place va avant tout. Passau doit être fortifié, non pour le moment, mais pour toujours, la Bavière ne pouvant avoir une place mieux située. Je suis mécontent des habitants; ce sont ceux de la Bavière les moins opposés aux Autrichiens. Ils n’auraient pas montré la vigueur nécessaire pour repousser les mauvais citoyens.

 

Schönbrunn, 14 mai 1809

A Barbier (Antoine Alexandre Barbier – 1765-1825. Bibliothécaire de Napoléon depuis 1807)

L’Empereur a trouvé sa bibliothèque mal organisée.

Il y a beaucoup de livres inutiles. De ce nombre sont les ouvrages suivants, que Sa Majesté a fait ôter de la bibliothèque: les Oeuvres de Parny, 5 volumes in-12; les Oeuvres de Bertin, 2 volumes in-12, petit format; le Théâtre des Auteurs du deuxième Ordre, 8 volumes in-12; les Discours sur Tacite et Salluste, 4 volumes in-12; les Vies des célèbres marins, 12 volumes in-12, petit format ; les Lettres de Dupaty sur l’Italie, 3 volumes in-12 ; Les trois règnes de la nature, de Delille, 2 volumes in-12; l’histoire de Jovien, 2 volumes in- 12 ; les Lettres de Madame de Sévigné, 11 volumes in-12 ; les Bucoliques, 1 volume in-12 ; les Morceaux choisis de Buffon, 1 volume in-12; les Mémoires de La Rochefoucauld, 1 volume in-12 ; les Souvenirs de Madame de Caylus, 1 volume in-12, petit format; la Bible de Cologne, 1 volume in-12; l’Iliade, 2 volumes in-12; le Tasse, 2 volumes in-12 ; le Camoëns, 3 volumes in-12 ; l’Enéide, 4 volumes in-12;  le Milton, 3 volumes in-12.

Les six derniers ouvrages sont à échanger contre une Bible de Sacy, in-12; une Iliade, petit in-12; un Tasse, petit in-12, italien et français; un Camoëns, petit in-12; une Enéide, en prose, petit in-12; un Milton, en prose, petit in-12.

L’Empereur veut qu’aucun des ouvrages de poésie et de littérature ne soit in-12. Ce format doit être réservé seulement pour l’histoire et pour les chroniques.

La collection des romans grecs est d’un trop grand format. La Bible de Cologne est d’un caractère illisible.

L’Enéide et le Milton sont en vers; Sa Majesté en désire des traductions en prose.

Onze volumes de Mme de Sévigné occupent trop de place; il faudrait trouver un choix de ses lettres en petit format.

Tous les autres livres sont rejetés comme inutiles.

Voici les livres que Sa Majesté désire que M. Barbier envoie pour les remplacer : un Tacite en français, in-12; un Gibbon, in-12 ; un Diodore de Sicile, in-12 ; le poème de La Pitié, petit in-12 ; un Gil Blas, petit in-12.

Les Mémoires de Retz sont d’un très-vilain papier et d’une mauvaise impression; il faudrait les changer contre quelque chose de mieux.

En résumé, il faut renvoyer les ouvrages suivants:

un Tacite en français; 2.- un Gibbon; 3.- un Diodore de Sicile ; 4.- les Mémoires de Retz; 5.- un choix de Lettres de Madame de Sévigné; 6.- une Bible de Sacy; ces six ouvrages in-12; 7.- une Iliade; 8.- une Enéide en prose; 9.- un Tasse, italien et français; 10.- un Camoëns; 11.- un Milton, en prose; 12.- un choix des romans grecs; 13.- un Gil Blas; 14.- le poème de La Pitié.

Tout cela (à partir du 7.-) dans le plus petit format possible.

Par ordre de l’Empereur, Méneval.

 

Schönbrunn, 14 mai 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Vous recevrez le décret par lequel j’ai ordonné le séquestre et la confiscation, dans les États de la Confédération du Rhin, des biens des ci-devant princes et comtes de l’Empire qui ne se sont pas con­formes aux dispositions des articles 7 et 31 de l’acte de la Confédération, et spécialement de ceux qui sont restés au service d’Autriche. Je comprends dans cette mesure les Stadion, les Metternich, les Liechtenstein, les Sinzendorf, les Fürstenberg, etc.; ainsi elle doit produire des sommes considérables.

Il faut que tous mes ministres soient chargés de faire la recherche des individus et des propriétés auxquels cette mesure s’applique; qu’ils s’entendent avec les commissaires que les princes de la Con­fédération doivent nommer, et qu’ils veillent à mes intérêts, et sur­tout qu’ils correspondent exactement avec vous sur cet objet. Chargez quelqu’un dans vos bureaux de suivre spécialement cette affaire.

 

Schönbrunn, 14 mai 1809

Au comte Fouché, ministre de la police général, à Paris

Je reçois votre lettre du 7 mai. La nouvelle de la Prusse jusqu’à cette heure paraît controversée. Schill est un brigand ; au moins les apparences sont qu’il n’est pas approuvé.

 

Schönbrunn, 14 mai 1809

A Elisa Napoléon, Grnde-Duchesse de Tosacane, à Florence

Je vois dans une de vos lettres que vous envoyez des rapports au ministre d’État Regnaud, pour m’être remis. Je ne sais ce que veux dire cette marche. Regnaud ne travaille pas avec moi. Vous ne devez vous adresser qu’aux ministres qui me présenteront vos rapports dans leur travail et non aux conseillers d’État qui n’ont rien à y faire.

 

Schönbrunn, 15 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, je ne sais ce que les 11e et 12e chasseurs font à Passau; donnez-leur l’ordre de rejoindre sans délai à Vienne.

Je ne sais pourquoi on a laissé à  Wels une compagnie de voltigeurs et une de fusiliers du 105e; donnez ordre qu’elles rentrent. Donnez ordre au général Saint-Hilaire de faire reformer les compagnies de voltigeurs du 72e et du 105e et les compagnies du 105e qui ont été perdues, de faire nommer à toutes les places vacantes d’officiers et de sous-officiers; tous ceux qui sont prisonniers seront portés à la suite. En réponse à son rapport, vous 1ui ferez connaître que je suis mécontent des dispositions qui ont été prises. D’abord, on n’a pas envoyé un chef élevé en grade pour diriger l’opération; secondement, une réserve de 100 hommes avec dix mille cartouches aurait dû être placée dans la maison et n’en jamais sortir; avec cette réserve, on n’aurait eu rien à craindre. Tout cela a été fort mal dirigé.

Ecrivez au duc de Valmy de ne pas détourner les différents détachements de chasseurs et de hussards de la route qu’a tracée le ministre de la guerre d’après mes ordres; qu’il ne doit composer le corps de Hanau que des troupes que j’y ai destinées; que du reste il conservera le commandement de ce corps de réserve, mais qu’il ne dérange en rien la marche de l’armée ; qu’il y a dans le Nord plus de troupes qu’il n’en faut; que tout ce qu’on dit des Prussiens est controuvé; que le principal est de faire beaucoup de tapage, et de faire croire qu’il y a un corps de 60,000 hommes; qu’il peut revenir à Strasbourg en laissant le général Rivaud, et après s’être assuré que toutes les mesures pour l’organisation du corps sont prises et s’exécutent; que l’inspecteur aux revues, l’ordonnateur et le payeur de la 26e division militaire rempliront les fonctions d’inspecteur aux revues, d’ordonnateur et de payeur du corps de Hanau, et le général Royer celles de chef d’état-major.

Donnez ordre que le général Grandjean remplace le général Tharreau dans le commandement de sa division.

 

Schönbrunn, 15 mai 1809, huit heures du matin

Au général comte Lauriston, commandant les troupes détachées du 4e corps, en route sur Altenmarkt (brigade de Bade et brigade de Hesse-Darmstadt)
Monsieur le Général Lauriston, vous trouverez ci-joint une lettre du général Bruyère. Il parait par cette lettre qu’il n’y a rien à  Altenmarkt. Envoyez un détachement pour désarmer le pays et le réduire à l’obéissance. N’étant plus obligé de vous porter en force sur Altenmarkt, le général Bruyère pourra profiter des services du duc d’Auerstaedt. Donnez-lui ordre de renvoyer par Altenmarkt sur Vienne la plus grande partie de sa cavalerie, qui est inutile dans ces montagnes, en gardant simplement 200 à 300 chevaux pour poursuivre l’ennemi. Portez-vous partout où vous saurez qu’il y aurait un corps ou rassemblement de landwehr, surtout dans la direction de Neustadt à Leoben. Mais aussitôt que Altenmarkt, la vallée de la Schwem seront purgés d’ennemis, que vous aurez désarmé Baden et les environs, rendez-vous à Neustadt, où vous pourrez recevoir mes ordres.

P. S. Vous trouverez ci-joint une lettre du général Colbert.

Comme vous deviez avoir trois régiments badois, il me semble que vous pourrez faire face à la fois aux deux expéditions. Envoyez un de vos trois régiments avec le détachement de cavalerie qu’a envoyé le général Colbert pour dissiper les rassemblements en avant d’Altenmarkt, dont parle le général Bruyère, et portez-vous avec vos deux autres régiments, pour soumettre le pays, sur les sommités des montagnes entre Leoben et Neustadt.

 

Schönbrunn, 15 mai 1809, dix heures du matin.

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Saint-Pölten

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 14. Le général Lauriston, avec 6,000 Badois, marche sur Altenmarkt et se met en communication avec le général Bruyère, auquel il donnera ordre de renvoyer sa brigade à Vienne, en gardant seulement 200 chevaux pour son expédition de Maria-Zell, mais comme il est moins propre que tout autre à cette expédition, qui est une affaire d’infanterie, chargez-en 1a brigade de Bade et celle de Hesse-Darmstadt.

Chargez-vous de la faire faire. Envoyez quatre ou cinq bataillons avec deux pièces de canon, 200 chevaux et un officier intelligent, capable de dissiper tout ce qui se trouve à  Maria-Zell.

J’ai lu avec bien de la peine le rapport du major ….. Cet homme est un fou auquel il ne faut pas donner le commandement d’une expédition en chef. Ses expéditions n’ont pas le sens commun. C’est en jouant ainsi la vie des hommes qu’on perd la confiance des soldats. Je ne veux point de poste à  Mauthausen; je n’en veux nulle part qu’à  Linz et à  droite et à  gauche des routes, pour’ former un système. Les autres postes doivent être sur la rive droite, vis-à-vis ceux-là.

L’opinion de ce pays-ci est que le prince Charles cherche à  donner une bataille; il faut donc tenir vos troupes reposées pour pouvoir vous porter partout où il serait nécessaire. Ayez toujours trois ou quatre jours de pain; ne harcelez pas vos troupes par des fatigues inutiles.

Le prince de Ponte-Corvo s’est mis en marche, le 14, de Passau pour Linz; il y arrive donc ce soir. J’ai joint à  son commandement la division Dupas, ce qui lui forme un corps assez considérable, et je lui donne l’ordre de faire une forte reconnaissance en Bohême.

Onze heures du matin.

P. S. Je suppose que le régiment français que vous aviez à  Linz et celui que vous aviez à  Enns sont tout réunis, et que votre corps d’armée se trouve tout entier dans votre main, entre Melk et Saint-­Pölten. Si l’ennemi tentait de passer le Danube à Krems, il faudrait en prévenir aussitôt le général Demont, qui est avec sa division à Klosterneuburg.

 

Schönbrunn, 15 mai 1809. Onze heures du matin.

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, commandant le 9e corps de l’armée d’Allemagne, à Linz

Mon Cousin, je vois par votre dernière lettre de Passau qu’aujourd’hui 15, vous arrivez à Linz, et que votre corps d’armée y sera entièrement réuni demain, 16. Je vois que vous avez 3,000 hommes de cavalerie, 17,000 hommes d’infanterie et quarante-huit pièces de canon; ce qui fait un corps de 22,000 hommes. Le général Vandamme a à  Linz, ou en avant de cette ville, 1,000 hommes de cavalerie et 8,000 hommes d’infanterie avec une vingtaine de pièces de canon. Ainsi, réuni avec ce corps, vous auriez plus de 30,000 hommes. Le major général vous enverra ce soir des ordres de mouvement pour entrer en Bohême. Visitez les ouvrages de la tête de pont de Linz et veillez à  ce qu’ils soient dans le meilleur état possible.

Complétez votre approvisionnement de cartouches et de munitions de guerre. Je compte que dans la journée du 17 mon pont sera jeté sur le Danube, et que je pourrai passer sur la rive gauche. Votre mouvement va donc se coordonner avec celui des autres corps de l’armée.

Je suppose que vous avez laissé à Passau le général de division Rouyer avec une division de 6,000 hommes; cela est très-important. Passau est un centre d’opération, un dépôt de magasins et de parcs, et pour rien au monde je ne veux le perdre.

Aussitôt que nous serons réunis, j’augmenterai la division Dupas d’un ou deux régiments.

 

Schönbrunn, 15 mai 1809, onze heures du matin.

Au général comte Andréossy, gouverneur de Vienne

L’intention de Sa Majesté, Monsieur le Général Andréossy, est que la garde nationale de Vienne soit portée au nombre de 6,000 hommes, y compris un escadron de 200 hommes à cheval. On disposera pour le service de cette garde de 1,500 fusils et 1,500 piques. Il y aura moitié fusils et moitié piques pour armer les hommes de garde. Les armes seront mises en dépôt, où les hommes commandés de service les prendront.

L’Empereur ordonne que l’on procède sur-le-champ à former un corps de gendarmerie, tel qu’il a été formé en 1805 par l’ordre en date du ….. Quant aux fusils de chasse, les propriétaires sont tenus d’en faire la déclaration. Vous ferez un rapport pour en faire connaître la quantité, et Sa Majesté décidera.

A l’égard des armes de guerre commandées par le gouvernement autrichien, leur fabrication sera continuée d’après les ordres du commandant de l’artillerie française, non-seulement pour nous procurer des armes, mais encore pour faire travailler les ouvriers. Bien entendu que tous les marchés sont subrogés au commandant de l’artillerie.
L’ancienne régence sera sur-le-champ remise en place. L’intendant général nommera près d’elle un commissaire français.

Il sera formé sans délai une commission des États, qui sera en gouvernement et en permanence, pour pourvoir à tous les besoins de l’armée ainsi qu’à ceux du pays.
L’intendant général nommera près la commission des Etats un commissaire français. Vous ferez faire à cette commission une proclamation dont l’objet sera de faire rentrer dans leurs foyers les landwehr, et de faire connaître les intentions de l’Empereur et la protection qu’il accorde au peuple. Vous verrez l’archevêque, et vous lui ferez faire un mandement pour le même objet, et vous ferez répandre ces actes avec profusion.

Sa Majesté désire que vous formiez un comité de police composé de trois membres, un de l’ancienne police, un français et un autre qu’on nommera. Faites rétablir les anciens journaux, dans la même forme et avec les mêmes titres, en supprimant les armes et ce qui est personnel à la Maison d’Autriche. La première chose à  mettre dans les journaux ce sont les bulletins, proclamations, ordres du jour, moins les phrases de circonstance qui pourraient humilier la nation, mais en ayant soin d’y laisser démasquer la conduite des princes de la Maison d’Autriche.

Le prince de Neuchâtel, major général. (Pour ces importantes dispositions, on n’a pas trouvé l’ordre direct de l’Empereur.)

 

Quartier impérial de Schönbrunn, 15 mai 1809.

PROCLAMATION AUX HONGROIS.

Hongrois ! L’Empereur d’Autriche, infidèle à ses traités, méconnaissant la générosité dont j’avais usé envers lui après trois guerres consécutives, et notamment celle de 1800, a attaqué mes armées. J’ai repoussé cette injuste agression. Le Dieu qui donne la victoire et qui punit l’ingrat et le parjure a été favorable à mes armes : je suis entré dans la capitale de l’Autriche et je me trouve sur vos frontières. C’est l’empereur d’Autriche, et non le roi de Hongrie, qui m’a déclaré la guerre; par vos constitutions, il n’aurait pu le faire sans votre consentement. Votre système constamment défensif et les mesures prises par votre dernière diète ont fait assez connaître que votre voeu était pour le maintien de la paix.

Hongrois ! Le moment est venu de recouvrer votre indépendance.

Je vous offre la paix, l’intégrité de votre territoire, de votre liberté et de vos constitutions, soit telles qu’elles ont existé, soit modifiées par vous-mêmes, si vous jugez que l’esprit du temps et les intérêts de vos concitoyens l’exigent. Je ne veux rien de vous, je ne désire que vous voir nation libre et indépendante. Votre union avec l’Autriche a fait votre malheur. Votre sang a coulé pour elle dans des régions éloignées, et vos intérêts les plus chers ont été constamment sacrifiés à  ceux de ses états héréditaires. Vous formiez la plus belle partie de son empire, et vous n’étiez qu’une province toujours asservie à des passions qui vous étaient étrangères. Vous avez des moeurs nationales, une langue nationale; vous vous vantez d’une illustre et ancienne origine : reprenez donc votre existence comme nation. Ayez un roi de votre choix, qui ne règne que par vous, qui réside au milieu de vous, qui ne soit environné que de vos citoyens et de vos soldats. Hongrois ! Voilà  ce que vous demande l’Europe entière qui vous regarde; voilà  ce que je vous demande avec elle. Une paix éternelle, des relations de commerce, une indépendance assurée, tel est le prix qui vous attend, si vous voulez être dignes de vos ancêtres et de vous-mêmes.

Vous ne repousserez pas ces offres libérales et généreuses, et vous ne voudrez pas prodiguer votre sang pour des princes faibles, toujours asservis à des ministres corrompus et vendus à l’Angleterre, à cet ennemi du continent, qui a fondé ses prospérités sur le monopole et sur nos divisions.

Réunissez-vous en diète nationale dans les champs de Rakos, à la manière de vos aïeux, et faites-moi connaître vos résolutions.

NAPOLÉON.

 

Schönbrunn, 16 mai 1809

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne

L’Empereur, Monsieur le duc de Rivoli, apprend que le Danube n’est pas gardé, et la position qu’occupe l’ennemi exige la plus grande surveillance. Il faut au moins un bataillon de service au pont brûlé sur la rive droite; il faut éclairer toute la rive avec des postes d’infanterie et de cavalerie; enfin il faut la plus grande surveillance, pour avoir connaissance de tout ce que fait l’ennemi et l’empêcher de rien entreprendre.

L’Empereur, Monsieur le Duc, désire que vous m’envoyiez par mon aide de camp des nouvelles de ce qui se passe. On dit que l’ennemi a des postes dans l’île en face de Leopoldstadt. Envoyez-moi également ce soir l’emplacement de tout votre corps d’armée.

 

Schönbrunn, 16 mai 1809, deux heures après midi.

Au général Vandamme, commandant les troupes wurtembergeoises (8e corps), à Linz

Du moment que les premières troupes du prince de Ponte-Corvo seront arrivées, Général, l’Empereur ordonne que vous partiez avec 6,000 hommes d’infanterie, un régiment de cavalerie et six pièces de canon, pour vous porter sur Steyr et dissiper les rassemblements qui se forment de ce côté. Vous êtes déjà  instruit de ces rassemblements par l’avant-garde que vous avez de ce côté et qui vous envoie ses rapports.

 

Schönbrunn, 17 mai 1809.

NOTE POUR LE COMTE DE CHAMPAGNY, MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A VIENNE.

L’intention de l’Empereur est de faire communiquer au Sénat, du 5 au 10 juin, avec un rapport du ministre des relations extérieures, les deux décrets ci-joints pris par Sa Majesté au sujet des Etats du Pape.

Sa Majesté désire que ce rapport développe les motifs établis dans les considérants; qu’il prouve que lorsque Charlemagne fit les papes souverains temporels, il voulut qu’ils restassent vassaux de l’Empire; qu’aujourd’hui, loin de se croire vassaux de l’Empire, ils ne veulent même pas en faire partie; que Charlemagne, dans sa générosité envers les papes, eut pour but le bien de la chrétienté, et qu’aujourd’hui ils prétendent s’allier avec les Protestants et les ennemis de la chrétienté; que le moindre inconvénient qui résulte de semblables dispositions est de voir le chef de la religion catholique en négociation avec les Protestants, lorsque, d’après les lois de l’Eglise, il devrait s’éloigner d’eux et les excommunier (il y a sur cet objet une prière qui se récite à Rome).

Les armées françaises sont à Naples et dans la haute Italie; elles se trouvent coupées par les États du Pape. La première pensée de Sa Majesté fut de laisser au Pape sa puissance temporelle, ainsi que l’avait fait Charlemagne, en lui demandant de contracter, comme souverain, une alliance offensive et défensive avec le royaume de Naples et celui d’Italie, pour l’intérêt de la presqu’île. Le Pape refusa. Il aurait alors fallu se résoudre à voir les Anglais se placer entre les armées françaises de Naples et d’Italie, couper leurs communications, établir à Rome le centre de leurs complots, et cette ville devenir le refuge des brigands suscités ou vomis par les ennemis de Sa Majesté dans le territoire de Naples. De là  vint la nécessité de l’occupation militaire de Rome.

Cette mesure indispensable excita des réclamations sans fin et des hostilités permanentes, contre le prince le plus puissant de la chrétienté, par le chef de la religion. Ce n’était pas comme chef de la religion que le Pape s’élevait contre les mesures de prudence adoptées par une nation catholique, c’était comme souverain; et on ne tarda pas à voir le pouvoir spirituel, influencé par les ennemis de l’Église romaine, soutenir l’autorité temporelle. Il en résulta une source d’inquiétudes et des germes de dissensions dans l’intérieur même des vastes états de Sa Majesté.

Pour couper court à ces discussions, si contraires au bien de la religion, si contraires au bien de l’Empire, Sa Majesté n’a qu’un seul moyen, c’est de révoquer la donation de Charlemagne et de réduire les papes à ce qu’ils doivent être, en mettant le pouvoir spirituel à l’abri des passions auxquelles l’autorité temporelle est sujette. Jésus-Christ, né du sang de David, ne voulut point être roi. Pendant des siècles les fondateurs de notre religion n’ont point été rois. Il n’est aucun docteur, aucun historien de bonne foi qui ne convienne que la puissance temporelle des papes a été funeste à  la religion. Si des dissensions ont si longtemps agité l’intérieur de la France, la cause en était, non dans le pouvoir spirituel, mais dans le pouvoir temporel de Rome. Si de grandes nations se sont séparées de l’Église, la cause en était encore dans l’abus du pouvoir de Rome. Lorsqu’un Jules donnait ses armées pour couper la retraite à Charles VIII, ce n’était pas pour l’intérêt des papes comme pontifes, mais pour l’intérêt des papes comme souverains. De cette confusion de l’un et l’autre pouvoir, de cet appui qu’ils se prêtaient réciproquement pour favoriser leurs usurpations mutuelles, naquit la nécessité où se trouvèrent nos ancêtres d’établir les libertés de l’Eglise gallicane, et naît aujourd’hui celle de séparer ces deux pouvoirs.

Dans le dernier siècle, le moyen, souvent employé, de mettre les papes à la raison, fut de s’emparer d’Avignon. On voyait sans cesse à Rome les intérêts de l’Église, ces intérêts qui devraient être immuables et indépendants de toute considération terrestre, négligés par des considérations d’intérêt temporel. Le pape, comme chef de la chrétienté, doit avoir dans tout le monde chrétien une égale influence, et cependant cette influence doit varier au gré des circonstances et de la politique des États. Aucun intérêt personnel ne devrait gêner les affaires spirituelles. Et comment ne les gênerait-il pas, lorsque le pape souverain et le pape pontife peuvent avoir des intérêts contraires ? “Mon empire n’est pas de ce monde ” a dit Jésus-Christ, et par cette doctrine il condamnait à jamais tout mélange des intérêts de la religion et des affections mondaines.

L’intérêt de la religion et celui des peuples de France, d’Allemagne, d’Italie, ordonnent également à Sa Majesté de mettre un terme à cette ridicule puissance temporelle, faible reste des exagérations des Grégoire, etc., qui prétendaient régner sur les rois, donner des couronnes et avoir la direction des affaires de la terre comme de celles du ciel. Que, dans l’absence des conciles, les papes aient la direction des choses de l’Église, en tant qu’elles ne touchèrent pas aux libertés de l’Eglise gallicane, à  la bonne heure; mais ils ne doivent se mêler ni des armées ni de la police des Etats. S’ils sont les successeurs de Jésus-Christ, ils ne peuvent exercer d’autre empire que celui qu’ils tiennent de lui, et son empire n’était pas de ce monde.

Si Sa Majesté ne fait pas ce que seule elle pourrait faire, elle laissera à  l’Europe des semences de discussions et de discordes. La postérité, en la louant d’avoir rétabli le culte et relevé les autels, la blâmera d’avoir laissé l’Empire, c’est-à-dire la plus grande majorité de la chrétienté, exposé à l’influence de ce mélange bizarre, contraire à la religion et à la tranquillité de l’Empire. Cet obstacle ne peut être surmonté qu’en séparant l’autorité temporelle de l’autorité spirituelle, et en déclarant que les États du Pape font partie de l’Empire français.

DÉCRET.

NAPOLÉON, Empereur des Français, Roi d’Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin, etc.

Considérant que lorsque Charlemagne, empereur des Français et notre auguste prédécesseur, fit donation de plusieurs comtés aux évêques de Rome, il ne les leur donna qu’à  titre de fiefs et pour le bien de ses États, et que par cette donation Rome ne cessa pas de faire partie de son empire;

Que, depuis, ce mélange d’un pouvoir spirituel avec une autorité temporelle a été, comme il l’est encore, une source de discussions, et a porté trop souvent les pontifes à  employer l’influence de l’un pour soutenir les prétentions de l’autre; qu’ainsi les intérêts spirituels et les affaires du ciel, qui sont immuables, se sont trouvés mêlés aux affaires terrestres, qui par leur nature changent selon les circonstances et la politique des temps;

Que tout ce que nous avons proposé pour concilier la sûreté de nos armées, la tranquillité et le bien-être de nos peuples, la dignité et l’intégrité de notre Empire avec les prétentions temporelles des papes, n’a pu se réaliser,

Nous avons décrété et décrétons ce qui suit:

ARTICLE 1er. – Les États du Pape sont réunis à  l’Empire français.

ART. 2. – La ville de Rome, si célèbre par les grands souvenirs dont elle est remplie, et premier siége de la chrétienté, est déclarée ville impériale et libre.
Le gouvernement et l’administration de ladite ville seront organisés par un statut spécial.

ART. 3. – Les restes des monuments élevés par les Romains seront entretenus et conservés aux frais de notre trésor.

ART. 4. – La dette publique est constituée dette impériale.

ART. 5. – Les terres et domaines du Pape seront augmentés jusqu’à  concurrence d’un revenu net, annuel, de deux millions.

ART. 6. – Les terres et domaines du Pape ainsi que ses palais seront exempts de toute imposition, juridiction et visite, et ils jouiront d’immunités particulières.

ART. 7. – Le ler juin de la présente année, une consulte extraordinaire prendra, en notre nom, possession des États du Pape, et fera les dispositions nécessaires pour que le régime constitutionnel soit organisé et puisse être mis en vigueur le 1er janvier 1810.

Donné, en notre camp impérial de Vienne, le 17 mai 1809.

 

Camp impérial de Vienne, 17 mai 1809.

DÉCRET.

NAPOLÉON, Empereur des Français, Roi d’Italie, protecteur de la Confédération du Rhin, etc., nous avons décrété et décrétons ce qui suit:

ARTICLE Ier. – La consulte extraordinaire créée par notre décret de ce jour pour les États romains sera organisée et composée de la manière suivante, savoir :

Le général de division Miollis, gouverneur général, président; le sieur Saliceti, ministre du roi de Naples; les sieurs De Gerando, Janet et Del Pozzo, maîtres des requêtes en notre Conseil d’État, et Balbe, auditeur en notre Conseil d’État, secrétaire.

ART. 2. – La consulte extraordinaire est chargée de prendre possession des États du Pape en notre nom, et de faire les opérations préparatoires pour l’administration du pays, de manière que le passage de l’ordre actuel au régime constitutionnel eu lieu sans froissement, et qn’il soit pourvu à tous les intérêts.

ART. 3. – Des mesures seront présentées dans le plus bref délai possible pour l’exécution des articles 3, 4, 5 et 6 de notre décret de ce jour.

ART. 4. – La consulte extraordinaire correspondra avec notre ministre des finances.

ART. 5. – Notre ministre des finances est chargé de l’exécution du présent décret.

 

Schönbrunn, 17 mai 1809.

Au comte Gaudin, ministre des finances, à Paris.

Vous recevrez deux décrets pour la prise de possession, l’organisation et l’administration des Etats du Pape. Ces décrets doivent être tenus secrets à Paris.
Faites partir sur-le-champ pour Rome les membres de la consulte extraordinaire. Donnez-leur pour instructions d’éviter ce qui a blessé en Toscane, et de se conduire de manière que le passage de l’ancien ordre de choses au nouveau ait lieu sans secousse et avec régularité. Que l’on pourvoie à tous les intérêts et qu’il n’y ait point de froissement. La consulte commencera par la division du territoire en départements. Il ne paraît pas qu’il doive y en avoir plus de trois ou quatre. La consulte nommera provisoirement les préfets, les conseillers de procédure, les membres des conseils généraux, les commandants des départements et la gendarmerie, qui sera organisée par le général Radet. Quatre compagnies de gendarmerie, qui auront été formées à  Plaisance et dont le ministre de la guerre vous fera connaître l’emplacement et la situation, se rendront sur-le-champ à Rome pour composer les cadres. On formera autant de compagnies qu’il y aura de départements. Quant à  la ville de Rome, la consulte nommera un sénat de soixante membres, dont trente choisis parmi les princes et les familles de premier ordre et trente parmi les autres habitants les plus distingués. Ce sénat formera le corps municipal; il sera chargé de la police, etc. Vous recommanderez qu’on use envers le Pape de ménagements et d’égards. On lui laissera ses meubles, ses tableaux, ses bijoux, les palais qu’il voudra conserver et les biens qu’il choisira. Mais du reste on ne tolérera aucune opposition. Mon intention est de ne retirer, pour le trésor, aucun produit de la ville de Rome. Elle jouira de toutes les impositions qui se percevront sur ses habitants. J’y aurai un palais, qui fera partie de ma liste civile et qui doit être convenablement doté. Quant aux contributions des départements, mon intention n’est pas qu’on suive le système français; on n’y fera aucun changement pour cette année; mais on pourra proposer, pour les années suivantes, les modifications qui sont d’accord avec les habitudes du pays. Aujourd’hui la contribution foncière rapporte peu; et le maconato, ou droit de mouture, est le produit principal. Quoique cette imposition soit contraire aux principes que nous avons en France, on la laissera subsister. On n’augmentera pas la contribution foncière. Mon intention est que les peuples éprouvent plutôt diminution qu’augmentation. Le Code civil sera mis en activité, soit au 1er juillet, soit au 1er août, selon que la consulte le jugera praticable. Les tribunaux seront organisés sans retard. Il y aura à  Rome une cour d’appel. La marine de Cività-Vecchia et d’Ostie sera organisée sur un rapport que fera le ministre de la marine. Lorsque cette affaire sera finie, c’est-à-dire dans le courant de juin, vous vous entendrez avec le ministre de la guerre sur l’organisation de l’artillerie, du génie et de tout ce qui concerne le militaire.

 

Schönbrunn, 17 mai 1809, huit heures du matin.

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Saint-Pölten

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 16. J’ai donné ordre au général Vandamme de se porter sur Steyr, pour de là marcher sur Maria-Zell. Le général Lauriston s’est porté sur Altenmarkt et a dissipé tous les rassemblements. Le général Bruyère revient sur Vienne par Baden. Le général Lauriston a ordre de marcher entre Leoben et Neustadt. Je désire que le général Vandamme dissipe les rassemblements de Maria-Zell. Envoyez-lui des proclamations pour que cela porte le calme dans le pays.
P. S. Dirigez une de vos divisions à  une demi-marche de Saint-Pölten à Vienne, pour qu’elle puisse y être en une journée.

 

Schönbrunn, 17 mai 1809

Au maréchal Lannes, duc de Montebello, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne, à Nussdorf.

Ordonnez qu’on continue à  faire à Nussdorf des démonstrations de passage, pour tenir en haleine l’ennemi.

 

Schönbrunn, 17 mai 1809

DÉCISION

Le ministre de la guerre prie Sa Majesté de vouloir bien régler le traitement qui doit être payé à S. A. I. le prince Felix, en sa qualité de général de division commandant les troupes du grand-duché de Toscane. Aucun autre que son grade.

 

Schönbrunn, 17 mai 1809

A Eugène Napoléon, vice -roi d’Italie, à Tarvis

Mon Fil, vous trouverez ci-joint des pièces qui ont été publiées ici. Faîtes-les imprimer en français et en italien et répandre dans la presqu’île. On n’a ici aucune nouvelle du général Marmont. Le duc de Danzig a battu, le 13, le général Chasteler entre Kufstein et Innsbruck, et est enté le 15 à Innsbruck.  Votre aide de camp, d’Anthouard, vous aura fait connaître les évènements qui se sont passés à la prise de Vienne. J’ai donné ordre au duc de Danzig de marcher sur Leoben par Salzburg : le général Lauriston, parti de Vienne, est arrivé sur les hauteurs qui séparent Leoben de Vienne; du moment que vous serez arrivé à Klagenfurt, la jonction pourra se faire promptement. Envoyez-moi donc un officier ou un courrier tous les jours; vous pouvez m’envoyer des officiers des corps.  Envoyez-moi des détails, des états de situation de mon armée, et faîtes-moi connaître les lieux où se trouvent tous les corps. L’archiduc Ferdinand, commandant l’armée autrichienne de Galicie, s’était d’abord emparé de Varsovie, par capitulation; mais, depuis, ayant battu en retraite, les Polonais ont tout repris; le 29 ils lui ont enlevé  un pont sur la Vistule et fait 2.000 prisonniers. L’ennemi est donc battu de tous côtés. Les immenses matériaux qu’il faut pour faire un pont sur le Danube sont rassemblés. J’espère passer le 18 ou le 19 e dissiper les armées qui se sont réunies entre le Danube et la Moravie.

P.S. Faîtes passer en Hongrie les exemplaires de ma proclamation aux Hongrois.

 

Schönbrunn, 17 mai 1809.

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples.

J’ai ordonné que les troupes des Etats du Pape fassent partie de mon armée de Naples; vous en aurez le commandement, l’armée d’Italie étant occupée ailleurs. Vous trouverez ci-joint les décrets que j’ai pris sur Rome. Lorsque Miollis et Saliceti y seront, vous prendrez vos mesures afin d’y avoir des forces suffisantes pour ne craindre aucun mouvement ni rumeur. Je pense que tout doit rester secret jusqu’au 1er juin. J’ai chargé le ministre des finances de donner à la consulte des instructions, dont je vous envoie copie pour plus de célérité. Elle correspondra avec lui pour tout ce qui tient au gouvernement et à l’administration, et avec vous pour les affaires militaires et pour la tranquillité du pays.

 

Schönbrunn, 18 mai 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Saint-Pölten

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 17, qui m’annonce que le général Duppelin est arrivé à Maria-Zell. Envoyez-lui les imprimés ci-joints pour qu’il les répande en Styrie. Écrivez-lui de charger les bourgmestres et les moines de Maria-Zell de maintenir la tranquillité, en les prévenant que, si les rassemblements recommencent, on brûlera la ville.

P. S. Qu’il tâche d’avoir des nouvelles de ce qui se passe à  Graz. Il est nécessaire que, lorsque vous réunirez votre corps, ces bataillons rejoignent. Les matériaux pour le pont commencent à  être réunis. Nous commencerons l’opération ce soir; elle durera probablement deux jours. S’il n’y a rien de nouveau, dirigez le général Friant sur Vienne et le général Gudin à  mi-chemin. Le général Friant peut partir à une heure du matin et être rendu à neuf ou dix heures à Vienne.

NOTE POUR LE GÉNÉRAL ARMSTRONG, MINISTRE DES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE A Paris.

(Cette note, dictée à  Schönbrunn le 18 mai 1809, devait porter la signature du ministre des relations extérieures: elle fut envoyée à  M. de Champagny, qui se trouvait alors à  Vienne.)

Le soussigné, ministre des relations extérieures, a mis sons les yeux de S. M. l’Empereur et Roi les différentes lettres de Son Excellence le ministre des États-Unis d’Amériquc, il a reçu ordre d’y faire la réponse suivante :

Les mers appartiennent à  toutes les nations. Tout bâtiment naviguant sous le pavillon d’une nation quelconque, reconnu et avoué par elle, doit être au milieu des mers comme s’il était dans ses propres ports. Le pavillon arboré au mât d’un vaisseau marchand doit être respecté comme s’il était au haut d’un clocher dans un village.

En cas de guerre entre deux puissances maritimes, les neutres ne doivent suivre la législation ni de l’une ni de l’autre. Tout bâtiment doit être garanti par son pavillon, et toute puissance qui le viole se met en état de guerre avec la puissance à laquelle il appartient. Insulter un vaisseau marchand qui porte le pavillon d’une puissance, c’est faire une incursion dans un village ou dans une colonie appartenant à cette puissance, Sa Majesté déclare qu’elle considère les bâtiments de toutes les nations comme des colonies flottantes appartenant aux dites nations. Par une suite de cc principe, la souveraineté et l’indépendance d’une nation est une propriété de ses voisins. Si un citoyen français était insulté dans un port ou dans une colonie américaine, le gouvernement des Etats-Unis ne nierait pas qu’il en est responsable; de même, le gouvernement des États-Unis doit être responsable de la violation d’une propriété française à bord d’un bâtiment ou colonie flottante américaine; ou, ce gouvernement ne pouvant point garantir l’intégrité de ses droits et l’indépendance de son pavillon, Sa Majesté ne peut considérer les bâtiments américains violés par des visites, par des contributions ou autres actes arbitraires, que comme n’appartenant plus aux Etats-Unis et dénationalisés,

Mais, toutes les fois que le gouvernement des États-Unis d’Amérique ordonnera que ses bâtiments marchands soient armés pour repousser l’injuste agression de l’Angleterre, pour soutenir son droit et sa souveraineté contre le refus que fait cette puissance de reconnaître ce grand principe que le pavillon couvre la marchandise, et contre son injuste prétention de soumettre à  sa législation les pavillons neutres, Sa Majesté est prête à  les reconnaître et à les traiter comme neutres.

 

Schönbrunn, 18 mai 1809

NOTE POUR LA RÉUNION DU LOUVRE ET DES TUILERIES.

Faire la réunion par une galerie semblable à  celle du bord de l’eau, en adoptant l’idée d’avoir tout l’espace entre les deux palais vide, comme il a été proposé par le Bernin: ce projet sera le plus simple et le moins dispendieux. Il n’y aura à regretter que l’arc de triomphe, qu’il faudra nécessairement abattre, à  moins qu’on ne trouve moyen de placer des monuments entre lui et le Louvre, de manière à  cacher la fausse direction. Il faudrait chercher à  conserver ce beau monument. Il sera facile de partager par des grilles l’espace entre les deux palais, que l’on trouve trop grand. On pourra en faire une partie en jardin.

La nouvelle galerie devra être d’une architecture uniforme. On ne s’arrêtera pas à  chercher à  la rendre absolument semblable à  celle en face, qui est de différents ordres. Le grand espace dérobera non­seulement cette différence d’architecture, mais aussi les différentes directions des galeries et les différentes ouvertures des angles de la place. On admire bien la place Saint-Marc à Venise, qui est tout irrégulière dans ses dimensions et dans son architecture. Je reproche au nouveau projet de M. Fontaine de ne pas cacher entièrement les défauts de la réunion, d’être inexécutable et excessivement cher comme galerie avec terrasse ,enfin de ne pas donner de grands jardins d’hiver suffisants pour la population de Paris, comme l’Empereur le demande.

Les autres projets surchargent l’espace de bâtiments inutiles et qui coûteront très-cher, sans remplir le principal objet de la demande de Sa Majesté, qui est d’avoir un beau et grand jardin d’hiver.

La cour habite habituellement peu Paris. Les Tuileries et le Louvre arrangés suffiront pour le logement du souverain de la France et des souverains étrangers qui viendront le visiter.

Il est préférable que les grands fonctionnaires habitent des hôtels à eux appartenant ou écartés du palais. Les appartements que l’on fera dans la nouvelle galerie seront mal distribués, incommodes, d’un entretien dispendieux pour le souverain. Il arrivera par la suite du temps ce qui est toujours arrivé: ces appartements, donnés à  la place, finiront par devenir en jouissance aux officiers en faveur ou à leurs familles; chacun y fera des distributions et changements à sa fantaisie et pour sa plus grande commodité, et par là on ruinera les bâtiments comme on avait fait dans le Louvre et la galerie; on compromettra même la sûreté de tout le palais.

Je pense qu’il vaudrait mieux placer la bibliothèque dans les étages supérieurs de la nouvelle galerie. Le rez-de-chaussée servirait pour les écuries du palais et les remises. Des constructions se trouveraient en face pour les archives. On pourrait aussi avoir une orangerie au rez-de-chaussée, en place des galeries ouvertes actuellement, que l’on fermerait en hiver pour les transformer en orangerie. On conserverait pour le trésorier et le secrétaire d’Etat, qui ont besoin d’être logés près du palais, les logements commencés déjà  dans la nouvelle galerie.

Le projet, en conservant l’espace vide, a l’avantage de coûter moins cher, d’être plus tôt et plus certainement terminé. Il sera bâti ailleurs, pour remplacer les bâtiments que l’on ne fera pas dans son enceinte. Il économisera les frais de construction d’une bibliothèque, qu’il faut bien placer ailleurs qu’elle est à  présent.

 

Ebersdorf, 19 mai 1809

Au général Clarke, duc d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, vous avez beaucoup trop alarmé Paris sur les affaires de Prusse; si même il était vrai qu’elle nous eût attaqués, c’est bien peu de chose que la Prusse, et je ne manquerais pas de moyens de la soumettre, à  plus forte raison lorsque ces bruits sont controuvés.

Vous n’avez pas mis assez de prudence dans cette affaire; il est d’un mauvais effet qu’une puissance s’imagine que je suis au dépourvu. Il y a un tas de mesures qui ne signifient rien et qui font sensation.

La surveillance du ministre de la police sur le ministre de Prusse ne vaut rien. Le ministre de la police est parti de là  pour faire mille bavardages qui sont déplacés.

 

Ebersdorf, 19 mai 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je vois dans votre lettre du 13 qu’on a des alarmes à Paris. On ferait mieux de dormir, d’aller à l’Opéra, à des fêtes, au bois de Boulogne, etc. Le général Blücher n’a point remué. La Prusse ne pense guère à me faire la guerre; les Russes marchent contre les Autrichiens. Le maréchal Davout est à Vienne et le prince de Ponte­-Corvo à Linz. Il y a peu d’esprit à Paris; mais aussi il ne faut pas que le gouvernement prenne des mesures qui alarment. Vous n’avez pas besoin de parler à Fouché ni à Cambacérès de la plaisante guerre de la Prusse, ni de laisser voir des choses que l’art consiste à cacher. C’est montrer la corde que de faire marcher de misé­rables compagnies de conscrits en poste (Cette mesure aurait été prise sur la nouvelle d’une invasion de Schill en Westphalie).

Si le ministre de la police pense qu’il soit nécessaire d’envoyer des troupes à Beaupreau, vous pouvez tirer un bataillon de 500 hommes du corps que commande le général Dufour, en les prenant à Rochefort, à la Rochelle ou à l’île d’Aix. Il faut faire une punition exemplaire de la commune qui a laissé assassiner un gendarme.

 

Ebersdorf, 19 mai 1809

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, la conduite du sieur Victor Hugues à  Cayenne, aussi bien que celle du capitaine général de la Martinique, mérite une enquête. Donnez ordre à  l’un et à  l’autre de s’éloigner de trente lieues de Paris, dans une ville que vous désignerez. Demandez des notes au capitaine général de la Martinique sur le peu de défense qu’a opposé le fort Bourbon. Comment a-t-il pu se rendre si promptement ? Pourquoi la garnison n’a-t-elle pas été libre et non prisonnière ? Enfin pourquoi n’a-t-il pas fait excepter de la capitulation le préfet colonial, qui est un employé civil ? Quant au sieur Victor Hugues, il m’importe d’avoir des indications sur sa fortune, pour savoir si ce n’est pas pour la sauver qu’il a abandonné mon île de Cayenne sans défense. J’ai besoin d’avoir des enquêtes et des rapports détaillés sur ces colonies.

Puisque vous n’avez pas pu débarquer tous vos approvisionnements à  Barcelone, faites-les débarquer à  Rosas.

 

Ebersdorf, 19 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

Mon Cousin, donnez l’ordre le plus formel au duc de Valmy de ne rien détourner pour le corps de Hanau de ce qui est destiné pour l’armée, ni troupes, ni artillerie, ni équipages militaires, S’il n’exécute pas rigoureusement cet ordre, je serai obligé de lui ôter le commandement de ce corps.

Mon Cousin, donnez ordre au général Pajol de se porter avec un régiment de cavalerie d’abord sur Tulln, où il se mettra en communication avec un autre régiment de cavalerie que vous enverrez, sous les ordres d’un officier intelligent, à  Sieghartskirchen; avec cette brigade de cavalerie il se portera au secours du général Vandamme, qui aujourd’hui s’est porté entre Mauthausen et Altenburg pour attaquer l’ennemi qui menaçait de passer. Prévenez le général Vandamme du nom de ces deux régiments, de la direction qu’ils prennent et de l’heure à  laquelle ils arriveront, par un officier qui pourra rapporter des nouvelles de ce qui se passerait ce soir et cette nuit. Chargez le général Pajol et l’officier supérieur que vous enverrez à  Sieghartskirchen de correspondre fréquemment avec vous et de laisser à  cet effet quelques postes sur la route. Tenez-vous prêt, avec les divisions Friant, Morand et Gudin, à  partir à  deux heures de la nuit pour vous porter partout où il sera nécessaire, en faisant faire cependant le moins de mouvements possible ce soir à  ces divisions. Il me paraît que la division Friant seule aura besoin de sortir de la ville, afin d’être relevée par la division Claparède. La division Friant peut se réunir tout entière entre Schönbrunn et Vienne, en bataille, ayant son artillerie et prête à  partir. Si vos parcs et quelques autres choses appartenant à votre corps d’armée se trouvent sur la route de Saint-Pölten, faites-les marcher sur Vienne,

Il est nécessaire, du reste, de faire le moins de mouvements possible jusqu’à ce qu’on voie ce que veut faire l’ennemi. Il ne serait pas impossible que je ne fasse pas bouger votre corps de la journée de demain. Je donne ordre que les deux brigades de la division Claparède occupent Vienne, et qu’une division occupe Nussdorf jusqu’à  Klosterneuburg. Ayez bien soin que tous les postes du général Morand soient relevés dans la nuit.

 

Ebersdorf, 19 mai 1809, trois heures du soir.

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de cavalerie de l’armée d’Allemagne.

L’intention de l’Empereur, Monsieur le Duc, est que la division Espagne soit rendue ici demain à cinq heures du matin, avec son artillerie et prête à  passer le Danube; que la division Saint-Sulpice soit également rendue à  un quart de lieue d’Ebersdorf à six heures du matin, et enfin la division Nansouty à huit heures.

Je vous préviens que l’Empereur donne au général Lasalle une division composée des brigades Piré et Bruyère. L’intention de Sa Majesté est que ces deux brigades soient rendues demain, à cinq heures du matin, à Ebersdorf, pour passer le pont.

Je vous prie également de donner l’ordre au général Colbert de partir de sa personne, avec deux de ses régiments, pour être le plus tôt qu’il pourra devant Ebersdorf, pour y passer le Danube.

Vous ordonnerez au général Colbert de laisser 500 chevaux au général Lauriston; il faut que le général Colbert prévienne le général Lauriston de son mouvement. Je vous préviens que je donne l’ordre au général Marulaz de reployer ses postes et de se rendre devant Ebersdorf avec sa brigade, pour y passer le pont.

Le prince de Neuchâtel, major général.

 

Ebersdorf, 19 mai 1809, trois heures et demie du soir.

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, à Vienne.

L’Empereur, Monsieur le Duc de Rivoli, ordonne que le général Marulaz reploie tous ses postes, et que demain, à cinq heures du matin ,il soit rendu avec sa brigade à  Ebersdorf pour passer le pont.

Le général Montbrun, qui est à Bruck, couvrira la route de Presbourg; vous direz au général Marulaz de faire prévenir le général Montbrun.

L’Empereur ordonne également que tout votre corps d’armée soit prêt à  passer le pont demain de bonne heure.

 

Ebersdorf, 19 mai 1809, quatre heures du soir.

Au maréchal Lannes, duc de Montebello, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne, à Nussdorf

L’intention de l’Empereur, Monsieur le Duc, est que votre corps d’armée soit prêt à passer le Danube demain à neuf heures du matin.

 

Ebersdorf, 19 mai 1809, quatre heures du soir.

Au général comte Gudin, commandant la 3e division du 3e corps, à Sieghartskirchen.

Il est ordonné au général Gudin de partir demain à trois heures du matin de Sieghartskirchen, pour être rendu à  neuf heures du matin à Nussdorf, entre Klosterneuburg et Vienne, sur la rive droite du Danube; il surveillera toute la rive de ce fleuve jusqu’à Vienne. Je préviens de cet ordre M. le duc d’Auerstaedt.

 

Ebersdorf, 19 mai 1809,huit heures du soir.

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, commandant le 9e corps de l’armée d’Allemagne, à Linz.

L’intention de l’Empereur, Prince, est que vous entriez en Bohême et que vous manoeuvriez soit sur Budweis, soit sur Zwettel, selon les circonstances et les mouvements de l’ennemi.

L’Empereur espère que le pont qu’il fait jeter au-dessous de Vienne sera prêt demain avant midi, et que dans la journée toute son armée sera sur la rive gauche.

Votre premier but, Prince, doit toujours être de couvrir Linz; le second, d’éloigner l’ennemi du Danube, de Krems jusqu’à Vienne.

Le général Vandamme a l’ordre de mettre son quartier général à Enns, de laisser 2,000 hommes à la tête de pont de Linz et d’occuper Steyr. Ainsi cela laisse votre corps disponible .

 

Ebersdorf, 19 mai 1809, huit heures du soir.

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Saint-Pölten.

L’intention de l’Empereur, Monsieur le Duc, est que vous fassiez retirer tout ce que vous avez du côté de Maria-Zell, en y laissant seulement une forte patrouille d’observation. S’il n’y a rien de nouveau, l’intention de l’Empereur est que vous partiez de Saint-Pölten , de manière à être rendu demain à  midi à Vienne. Avant le jour, vous ferez partir vos pontonniers, vos sapeurs et vos outils, pour se rendre à  Nussdorf, où vous donnerez l’ordre qu’on jette un pont. Vous savez que Nussdorf est entre Klosterneuburg et Vienne. J’ai envoyé directement l’ordre au général Gudin de partir demain, à quatre heures du matin, de Sieghartskirchen, pour se rendre à  Nussdorf et surveiller toute la rive droite du Danube jusqu’à Vienne.

Vous ordonnerez qu’on ramasse toutes les barques aussitôt que la rive gauche sera libre; ce qui doit être dans la journée de demain, puisque les ponts que l’Empereur fait faire à Ebersdorf, à  deux lieues au-dessous de Vienne, seront faits avant midi, et que notre cavalerie inondera la plaine.

Vos pontonniers seront très-nécessaires pour établir des trailles à l’emplacement des ponts brûlés de Vienne, pour pouvoir communiquer par la route la plus directe sur Brünn; car noire pont, comme je vous l’ai dit, est à  deux grandes lieues au-dessous de Vienne.

L’intention de l’Empereur est que vous fassiez filer votre cavalerie par Mautern et Tulln, ce qui éclairera la rive droite du Danube; hormis cependant un régiment qu’il sera nécessaire de laisser du côté de Krems.

Quant à  la division Morand, vous la placerez de manière à  remplir le double but de couvrir, depuis Melk jusqu’à Vienne, la rive droite, de garder Saint-Pölten et de pouvoir se réunir sur Vienne aussitôt que l’ennemi aura abandonné la rive gauche.

Je donne l’ordre au prince de Ponte-Corvo d’entrer en Bohême en manoeuvrant sur Budweis ou Zwettel, suivant les circonstances et les mouvements de l’ennemi.

Quant au général Vandamme, il doit se placer de sa personne à Enns et laisser 2,000 hommes à la tête de pont de Linz. Il occupera Steyer pour contenir l’Alt-Mark et Enns; il observera les débouchés de Mauthausen; il fera occuper Wallsee et Ybbs, et il renverra à Vienne les troupes qui se trouvent dans ces derniers points, et enfin se tiendra prêt à se porter, avec toute la masse de ses forces, sur Steyer, suivant les événements. Dans le dernier cas, il laisserait 2,000 hommes à la tête de pont de Linz, de manière à ce que le prince de Ponte-Corvo fût disponible.

 

Vienne, 19 mai 1809.

NEUVIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE.

Pendant que l’armée prenait quelque repos dans Vienne, que ses corps se ralliaient, que l’Empereur passait des revues pour accorder des récompenses aux braves qui s’étaient distingués et pour nommer aux emplois vacants, on préparait tout ce qui était nécessaire pour l’importante opération du passage du Danube.

Le prince Charles, après la bataille d’Eckmühl, jeté sur l’autre rive du Danube, n’eut d’autre refuge que les montagnes de la Bohême. En suivant les débris de l’armée du prince Charles dans l’intérieur de la Bohême, l’Empereur lui aurait enlevé son artillerie et ses bagages; mais cet avantage ne valait pas l’inconvénient de promener son armée, pendant quinze jours, dans des pays pauvres, montagneux et dévastés.

L’Empereur n’adopta aucun plan qui pût retardé d’un jour son entrée à Vienne, se doutant bien que, dans l’état d’irritation qu’on avait excité, on songerait à défendre cette ville, qui a une excellente enceinte bastionnée, et à opposer quelque obstacle. D’un autre côté, son armée d’Italie attirait son attention, et l’idée que les Autrichiens occupaient ses belles provinces du Frioul et de la Piave ne lui laissait point de repos.

Le maréchal duc d’Auerstaedt resta en position en avant de Ratisbonne pendant le temps que mit le prince Charles à déboucher en Bohême, et immédiatement après il se dirigea par Passau et Linz sur la rive gauche du Danube, gagnant quatre marches sur ce prince. Le corps du prince de Ponte-Corvo fut dirigé dans le même système. D’abord il fit un mouvement sur Egra, ce qui obligea le prince Charles à  y détacher le corps du général Bellegarde; mais par une contre­marche il se porta brusquement sur Linz, où il arriva avant le général Bellegarde, qui, ayant appris cette contre-marche, se dirigea aussi sur le Danube.

Ces manoeuvres habiles, faites jour par jour selon les circonstances, ont dégagé l’Italie, livré sans défense les barrières de l’Inn, de la Salza, de la Traun et tous les magasins ennemis, soumis Vienne, désorganisé les milices et la landwehr, terminé la défaite des corps de l’archiduc Louis et du général Hiller et achevé de perdre la réputation du général ennemi. Celui-ci, voyant la marche de l’Empereur, devait penser à se porter sur Linz, passer le pont et s’y réunir aux corps de l’archiduc Louis et du général Hiller; mais l’armée française y était réunie plusieurs jours avant qu’il pût y arriver. Il aurait pu espérer de faire sa jonction à  Krems; vains calculs ! il était encore en retard de quatre jours, et le général Hiller, en repassant le Danube, fut obligé de brûler le beau pont de Krems. Il espérait enfin se réunir devant Vienne; il était encore en retard de plusieurs jours.

L’Empereur a fait jeter un pont sur le Danube, vis-à-vis le village d’Ebersdorf, à deux lieues au-dessous de Vienne. Le fleuve, divisé en cet endroit en plusieurs bras, a quatre cents toises de largeur. L’opération a commencé hier 18, à quatre heures après midi. La division Molitor a été jetée sur la rive gauche, et a culbuté les faibles détachements qui voulaient lui disputer le terrain et couvrir le dernier bras du fleuve.

Les généraux Bertrand et Pernety ont fait travailler aux deux ponts, l’un de plus de deux cent quarante, l’autre de plus de cent trente toises, communiquant entre eux par une île. On espère que les travaux seront finis demain.

Tous les renseignements qu’on a recueillis portent à  penser que l’empereur d’Autriche est à  Znaym.

Il n’y a encore aucune levée en Hongrie. Sans armes, sans selles, sans argent, et fort peu attachée à la Maison d’Autriche, cette nation paraît avoir refusé toute espèce de secours.

Le général Lauriston, aide de camp de Sa Majesté, à la tête de la brigade d’infanterie badoise et de la brigade de cavalerie légère du général Colbert, s’est porté à Neustadt sur Bruck et sur le Semmering-Berg, haute montagne qui sépare les eaux qui coulent dans la mer Noire et dans la Méditerranée. Dans ce passage difficile, il a fait quelques centaines de prisonniers.

Le général Duppelin a marché sur Maria-Zell, où il a désarmé un millier de landwehr et fait quelques centaines de prisonniers.

Le maréchal duc de Danzig s’est porté sur Innsbruck; il a rencontré, le 14, à  Wörgl, le général Chasteler avec ses Tyroliens; il l’a culbuté et lui a pris 700 hommes et onze pièces d’artillerie.

Kufstein a été débloqué le 12. Le chambellan de Sa Majesté, Germain, qui s’était renfermé dans cette place, s’est bien montré.

Voici quelle est aujourd’hui la position de l’armée. Les corps des maréchaux ducs de Rivoli et de Montebello et le corps des grenadiers du général Oudinot sont à Vienne, ainsi que la Garde impériale. Le corps du maréchal duc d’Auerstaedt est réparti entre Saint-Pölten et Vienne. Le maréchal prince de Ponte-Corvo est à Linz avec les Saxons et les Wurtembergeois; il a une réserve à Passau. Le maréchal duc de Danzig est avec les Bavarois à  Salzburg et à Innsbruck.

Le colonel comte de Czernitchef, aide de camp de l’empereur de Russie, qui avait été expédié pour Paris, est arrivé au moment où l’armée entrait à Vienne. Depuis ce moment, il fait le service et suit Sa Majesté. Il a apporté des nouvelles de l’armée russe, qui n’aura pu sortir de ses cantonnements que vers le 10 ou 12 mai.

 

Ebersdorf, 20 mai 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je réponds à votre lettre du 12. Il faut envoyer les 941 hommes destinés aux 15e et 10e légers et au 57e régiment en Portugal, comme je l’ai ordonné.

Encore une fois, la Prusse ne bougera pas; si elle bouge, je suis là pour la punir. Des événements extraordinaires ne peuvent plus avoir lieu. Je suis d’ailleurs en mesure de pourvoir à tout. La seule chose que vous puissiez faire sans mon ordre, c’est de faire des dispositions, en cas d’événements imprévus, pour Wesel, Mayence ou Strasbourg; pour le reste de l’Allemagne, n’y pensez pas.

J’approuve les mesures que vous avez prises pour porter au grand complet les sept régiments polonais, les régiments de la Tour d’Auvergne et d’Isembourg, et les régiments irlandais.

Je désire que les prisonniers autrichiens ne me coûtent rien et qu’ils soient répartis entre les paysans.

Faites un travail sur les mineurs, sapeurs et pontonniers, et faites partir des dépôts tout ce que vous pourrez pour les compléter.

 

Ebersdorf, 20 mai 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je reçois vos lettres du 13. Je vois que la 3e demi-brigade provisoire n’est qu’à 1,200 hommes et la 4e à 600 hommes. Cependant tous les corps qui doivent fournir à ces demi-brigades ont beaucoup de monde; faites donc accélérer la formation de ces demi-brigades.

Vous avez eu tort de diriger les détachements de dragons des dépôts de Versailles sur Hanau, puisqu’il n’y a point de régiments provisoires de dragons à Hanau. Continuez à les diriger sur Strasbourg, où se forment ces régiments.

Je suppose qu’en cas d’événements du côté de l’Escaut vous avez pris des mesures pour y diriger le général Rampon avec ses 6.000 gardes nationaux; que le général Sainte-Suzanne, avec ce qu’il a de disponible au camp de Boulogne, peut se réunir à  Gand avec les demi-brigades de Gand, de Maestricht et de Saint-Omer; enfin que vous prenez des mesures à Paris pour les deux demi-brigades qui s’y forment. Tout cela a besoin d’être activé.

Les deux demi-brigades qui se forment à  Paris doivent être fortes de 5,000 hommes; il est nécessaire qu’elles soient prêtes et à la main, pour les porter sur tous les points de la côte qui seraient menacés.

 

Ebersdorf, 20 mai 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire

Je vois avec pitié le peu de consistance de l’opinion de Paris, les craintes perpétuelles et les effets de la badauderie et de la malveil­lance. J’en suis fâché pour le peuple de Paris, et pour vous qui y êtes. Il faut avoir peu d’esprit pour croire à ces inepties et donner tête baissée dans la croyance que la Prusse nous déclare la guerre. Il est vrai aussi que le ministre de la guerre a fait ce qu’il a pu pour alarmer le public, et qu’on a donné ainsi source à des bruits qui n’ont pas le sens commun.

 

Ebersdorf, 20 mai 1809

Au comte Fouché, ministre de la police général, à Paris

Vos bulletins de police ne sont que des bulletins d’Angleterre et des relations extérieures; il n’y est point question de ce qui se passe dans l’intérieur de la France. J’apprends par le ministre de la guerre un événement qui s’est passé dans le département de la Loire-Inférieure, l’assassinat d’un gendarme à Chaudron par une bande de brigands qui, après avoir promené ce militaire pendant six heures, l’ont percé de neuf coups de fusil. Je vous envoie le rapport du ministre. Si le fait est vrai, lancez un mandat d’arrêt contre le maire et les dix principaux habitants, et faites-les venir à Paris. Concertez-vous avec le ministre de la guerre pour qu’un bataillon soit envoyé à Beaupréau, si cette, mesure est jugée nécessaire; on le prendra parmi les troupes qui sont à Roche fort.

Je vous invite à laisser la politique de côté et à me donner fréquemment des nouvelles de ce qui regarde l’intérieur des départe­ments. Le fait que je viens de citer, je devais l’apprendre par vous avant de l’apprendre par aucun ministre. J’attache de l’importance à ces faits et non à des balourdises sur la Russie et la Prusse, à l’égard desquelles on ne peut rien savoir.

 

Au bivouac sur le Danube, 21 mai 1809, neuf heures du soir.

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Vienne.

Le pont s’étant rompu, on a perdu du temps. L’ennemi a attaqué avec toutes ses forces, et nous n’avions que 20,000 hommes de passés. L’affaire a été chaude. Le champ de bataille nous est resté.

Il faut nous envoyer ici tout votre parc, le plus de munitions possible. Envoyez ici le plus de troupes que vous pourrez, en gardant celles qui sont nécessaires pour garder Vienne. Envoyez-nous aussi des vivres.

Faites venir, en échelons, de Saint-Pölten, ce qu’il faudra pour garder Vienne.

 

Rive gauche du Danube, à  la tête de pont, 22 mai 1809, midi et demi.

(Il n’a pas été retrouvé d’autre pièce relative aux opérations de la journée du 22 mai).

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Vienne.

L’interruption du pont nous a empêchés de nous approvisionner; à  dix heures nous n’avions plus de munitions. L’ennemi s’en est aperçu et a marché sur nous. Deux cents bouches à feu, auxquelles depuis dix heures nous ne pouvions répondre, nous ont fait beaucoup de mal.

Dans cette situation de choses, raccommoder les ponts, nous envoyer des munitions et des vivres, faire surveiller Vienne, est extrêmement important. Écrivez au prince de Ponte-Corvo pour qu’il ne s’engage pas dans la Bohême, et au général Lauriston pour qu’il soit prêt à se rapprocher de nous. Voyez M. Daru pour qu’il nous envoie des effets d’ambulance et des vivres de toute espèce.

Aussitôt que le pont sera prêt, ou dans la nuit, venez vous aboucher avec l’Empereur.

 

Ebersdorf, 23 mai 1809, après minuit.

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, dans l’île Lobau.

L’Empereur arrive au premier pont sur le petit bras. Le pont de chevalets est rompu. On donne des ordres pour le réparer; mais il est nécessaire que vous y envoyiez des sapeurs pour faire deux ponts de chevalets au lieu d’un. Mais ce qui sera plus long, c’est le premier pont sur le grand bras, qui est à  moitié défait et qui ne peut être reconstruit au plus tôt que vers la fin de la journée de demain. Il est donc nécessaire que vous teniez fortement la tête du premier pont, que vous passerez demain matin, c’est-à-dire de placer de l’artillerie et de retirer les pontons pour faire croire à  l’ennemi, d’après votre disposition, que nous nous réservons les moyens de rejeter le pont pour passer; ce qui tiendra l’ennemi en respect. Mais le fait est qu’il faudra, aussitôt que les pontons seront retirés, les faire charger sur les haquets, avec les cordages, ancres, poutrelles, madriers, etc., pour les envoyer de suite au pont du grand bras, pour lequel il manque quatorze ou quinze bateaux. Vous enverrez les compagnies de pontonniers qui sont avec vous, pour aider à faire le pont. Vous sentez combien tout ceci demande d’activité, etc.

L’Empereur passe de l’autre côté pour activer tous les moyens, et surtout pour vous faire passer des vivres. L’important est donc de vous tenir fortement et avec beaucoup de canons dans la première île, et d’envoyer vos pontons pour le pont rompu.

 

Ebersdorf, 23 mai 1809, une heure du matin.

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne, à Vienne.

Il est de la plus grande importance, Monsieur l’Intendant général, qu’aussitôt la réception de cette lettre vous nous fassiez charger sur des bateaux 100,000 rations de pain ou de biscuit, si vous pouvez les fournir, et autant de rations d’eau-de-vie; que vous leur fassiez descendre le Danube pour se rendre à la grande île, où est notre pont de bateaux, c’est-à-dire au deuxième bras à gauche. Une grande partie de l’armée se trouvera cette nuit dans cette île et y aura besoin de vivres. Envoyez un employé qui descendra avec les bateaux, et, arrivé à  la tête du pont, il fera prévenir le duc de Rivoli, qui se trouvera dans la grande île vis-à-vis Ebersdorf, afin qu’il ordonne la distribution de ces vivres, dont il a le plus grand besoin.

Dans la situation des choses, rien n’est plus pressant que l’arrivée de ces vivres.

 

Ebersdorf, 23 mai 1809

DIXIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE.

Vis-à-vis Ebersdorf, le Danube est divisé en trois bras séparés par deux îles. De la rive droite à la première île, il y a deux cent quarante toises; cette île a à peu près mille toises de tour. De cette île à la grande île, où est le principal courant, le canal est de cent vingt toises. La grande île, appelée In-der-Lobau, a sept mille toises de tour, et le canal qui la sépare du continent a soixante et dix toises. Les premiers villages que l’on rencontre ensuite sont Aspern, Essling et Enzersdorf. Le passage d’une rivière comme le Danube, devant un ennemi connaissant parfaitement les localités et ayant les habitants pour lui, est une des plus grandes opérations de guerre qu’il soit possible de concevoir.

Le pont de la rive droite à  la première île et celui de la première île à celle d’ln-der-Lobau ont été faits dans la journée du 19, et, dès le 18, la division Molitor avait été jetée par des bateaux à rames dans la grande île.

Le 20, l’Empereur passa dans cette île et fit établir un pont sur le dernier bras, entre Aspern et Essling. Ce bras n’ayant que soixante-dix toises, le pont n’exigea que quinze pontons et fut jeté en trois heures par le colonel d’artillerie Aubry.

Le colonel Sainte-Croix, aide de camp du maréchal duc de Rivoli, passa le premier dans un bateau sur la rive gauche.

La division de cavalerie légère du général Lasalle et les divisions Molitor et Boudet passèrent dans la nuit.

Le 21, l’Empereur, accompagné du prince de Neuchâtel et des maréchaux ducs de Rivoli et de Montebello, reconnut la position de la rive gauche et établit son champ de bataille, la droite au village d’Essling et la gauche à celui d’Aspern, qui furent sur-le-champ occupés.

Le 21, à quatre heures après midi, l’armée ennemie se montra et parut avoir le dessein de culbuter notre avant-garde et de la jeter dans le fleuve : vain projet ! Le maréchal duc de Rivoli fut le premier attaqué, à Aspern, par le corps du général Bellegarde. Il manoeuvra avec les divisions Molitor et Legrand, et, pendant toute la soirée, fit tourner à la confusion de l’ennemi toutes les attaques qui furent entreprises. Le duc de Montebello défendit le village d’Essling, que le maréchal duc d’Istrie, avec la cavalerie légère et la division de cuirassiers Espagne, couvrit la plaine et protégea Enzersdorf. L’affaire fut vive; l’ennemi déploya deux cents pièces de canon et à peu près 90,000 hommes, composés des débris de tous les corps de l’armée autrichienne.

La division de cuirassiers Espagne fit plusieurs belles charges, enfonça deux carrés et s’empara de quatorze pièces de canon. Un boulet tua le général Espagne, combattant glorieusement à  la tête des troupes, officier brave, distingué et recommandable sous tous les points de vue. Le général de brigade Fouler fut tué dans une charge (Fouler, que l’on croyait mort, avait été blessé et fait prisonnier).

Le général Nansouty, avec la seule brigade commandée par le général Saint-Germain, arriva sur le champ de bataille vers la fin du jour. Celte brigade se distingua par plusieurs belles charges. A huit heures du soir le combat cessa, et nous restâmes entièrement maîtres du champ de bataille.

Pendant la nuit, le corps du général Oudinot, la division Saint­Hilaire, deux brigades de cavalerie légère et le train d’artillerie passèrent les trois ponts.

Le 22, à quatre heures du matin, le duc de Rivoli fut le premier engagé. L’ennemi fit successivement plusieurs attaques pour reprendre le village. Enfin, ennuyé de rester sur la défensive, le duc de Rivoli, attaqua à son tour et culbuta l’ennemi. Le général de division Legrand s’est fait remarquer par ce sang-froid et cette intrépidité qui le distinguent.

Le général de division Boudet, placé au village d’Essling, était chargé de défendre ce poste important.

Voyant que l’ennemi occupait un grand espace de la droite à  la gauche, on conçut le projet de le percer par le centre. Le duc de Montebello se mit à la tête de l’attaque, ayant le général Oudinot à la gauche, la division Saint-Hilaire au centre et la division Boudet à la droite. Le centre de l’armée ennemie ne soutint pas les regards de nos troupes. Dans un moment tout fut culbuté. Le duc d’Istrie fit faire plusieurs belles charges qui toutes eurent du succès. Trois colonnes d’infanterie ennemie furent chargées par les cuirassiers et sabrées. C’en était fait de l’armée autrichienne, lorsqu’à sept heures du matin un aide de camp vint annoncer à l’Empereur que, la crue subite du Danube ayant mis à flot un grand nombre de gros arbres et de radeaux coupés et jetés sur les rives dans les événements qui ont eu lieu lors de la prise de Vienne, les ponts qui communiquaient de la rive droite à la petite île et de celle-ci à  l’île d’ln-der-Lobau venaient d’être rompus. Cette crue périodique, qui n’a ordinairement lieu qu’à  la mi-juin par la fonte des neiges, a été accélérée par la chaleur prématurée qui se fait sentir depuis quelques jours. Tous les parcs de réserve qui défilaient se trouvèrent retenus sur la rive droite par la rupture des ponts, ainsi qu’une partie de notre grosse cavalerie et le corps entier du maréchal duc d’Auerstaedt. Ce terrible contre-temps décida l’Empereur à  arrêter le mouvement en avant. Il ordonna au duc de Montebello de garder le champ de bataille qui avait été reconnu et de prendre position, la gauche appuyée à un rideau qui couvrait le duc de Rivoli et la droite à Essling. Les cartouches à canon et d’infanterie que portait notre parc de réserve ne pouvaient plus passer.

L’ennemi était dans la plus épouvantable déroute, lorsqu’il apprit que nos ponts étaient rompus. Le ralentissement de notre feu et le mouvement concentré que faisait notre armée ne lui laissaient aucun doute sur cet événement imprévu. Tous ses canons et ses équipages d’artillerie qui étaient en retraite se représentèrent sur la ligne, et, depuis neuf heures du matin jusqu’à sept heures du soir, il fit des efforts inouïs, secondés par le feu de deux cents pièces de canon, pour culbuter l’armée française. Ses efforts tournèrent à sa honte; il attaqua trois fois les villages d’Essling et d’Aspern, et trois fois il les remplit de ses morts. Les fusiliers de la Garde, commandés par le général Mouton, se couvrirent de gloire et culbutèrent la réserve, composée de tous les grenadiers de l’armée autrichienne, les seules troupes fraîches qui restassent à  l’ennemi. Le général Gros fit passer au fil de l’épée 700 Hongrois, qui s’étaient déjà  logés dans le cimetière du village d’Essling. Les tirailleurs, sous les ordres du général Curial, firent leurs premières armes dans cette journée et montrèrent de la vigueur. Le général Dorsenne, colonel-commandant la vieille Garde, la plaça en troisième ligne, formant un mur d’airain seul capable d’arrêter tous les efforts de l’armée autrichienne. L’ennemi tira quarante mille coups de canon, tandis que, privés de nos parcs de réserve, nous étions dans la nécessité de ménager nos munitions pour quelques circonstances imprévues.

Le soir, l’ennemi reprit les anciennes positions qu’il avait quittées pour l’attaque, et nous restâmes maîtres du champ de bataille. Sa perte est immense. Les militaires dont le coup d’oeil est le plus exercé ont évalué à plus de 12,000 les morts qu’il a laissés sur le champ de bataille. Selon le rapport des prisonniers, il a eu 23 généraux et officiers supérieurs tués ou blessés. Le feld-maréchal­-lieutenant Weber, 1,500 hommes et quatre drapeaux sont restés en notre pouvoir.

La perte de notre côté a été considérable : nous avons eu 1,100 tués et 3.000 blessés. Le duc de Montebello a eu la cuisse emportée par un boulet, le 22, sur les six heures du soir. L’amputation a été faite, et sa vie est hors de danger. Au premier moment on le crut mort; transporté sur un brancard auprès de l’Empereur, ses adieux furent touchants. Au milieu des sollicitudes de cette journée, l’Empereur se livra à la tendre amitié qu’il porte depuis tant d’années à ce brave compagnon d’armes. Quelques larmes coulèrent de ses yeux, et, se tournant vers ceux qui l’environnaient : “Il fallait, dit-il, que dans cette journée mon coeur fût frappé par un coup aussi sensible, pour que je pusse m’abandonner à d’autres soins qu’à ceux de mon armée “. Le duc de Montebello avait perdu connaissance; la présence de l’Empereur le fit revenir; il se jeta à son cou en lui disant : “Dans une heure vous aurez perdu celui qui meurt avec la gloire et la conviction d’avoir été et d’être votre meilleur ami.”

Le général de division Saint-Hilaire a été blessé; c’est un des généraux les plus distingués de la France.

Le général Durosnel, aide de camp de l’Empereur, a été enlevé par un boulet, en portant un ordre.

Le soldat a montré un sang-froid et une intrépidité qui n’appartiennent qu’à des Français.

Les eaux du Danube croissant toujours, les ponts n’ont pu être rétablis pendant la nuit. L’Empereur a fait repasser, le 23, à l’armée, le petit bras de la rive gauche, et a fait prendre position dans l’île d’In-der-Lobau, en gardant les têtes de pont.

On travaille à  rétablir les ponts. On n’entreprendra rien qu’ils ne soient à l’abri des accidents des eaux et même de tout ce que l’on pourrait tenter contre eux. L’élévation du fleuve et la rapidité du courant obligent à des travaux considérables et de grandes précautions.

Lorsque, le 23 au matin, on fit connaître à l’armée que l’Empereur avait ordonné qu’elle repassât dans la grande île, l’étonnement de ces braves fut extrême. Vainqueurs dans les deux journées, ils croyaient que le reste de l’armée allait les rejoindre; et, quand on leur dit que les grandes eaux, ayant rompu les ponts et augmentait sans cesse, rendaient le renouvellement des munitions et des vivres impossible, et que tout mouvement en avant serait insensé, on eut de la peine à les persuader.

C’est un malheur très-grand et tout à fait imprévu que des ponts formés des plus grands bateaux du Danube, amarrés par de doubles ancres et par des cinquenelles, aient été enlevés; mais c’est un grand bonheur que l’Empereur ne l’ait pas appris deux heures plus tard: l’armée poursuivant l’ennemi aurait épuisé ses munitions et se serait trouvée sans moyen de les renouveler.

Le 23, on a fait passer une grande quantité de vivres au camp d’In-der-Lobau.

La bataille d’Essling, dont il sera fait une relation plus détaillée qui fera connaître les braves qui se sont distingués, sera aux yeux de la postérité un nouveau monument de la gloire et de l’inébranlable fermeté de l’armée française.

Les maréchaux ducs de Montebello et de Rivoli ont montré dans cette journée toute la force de leur caractère militaire.

L’Empereur a donné le commandement du 2e corps au comte Oudinot, général éprouvé dans cent combats, où il a montré autant d’intrépidité que de savoir.

(Moniteur du 31 mai 1809)

 

Ebersdorf, 24 mai 1809, quatre heures du matin.

Au général comte de Lauriston, commandant les troupes détachées du 1er corps, à Stuppach.

Monsieur le Général Lauriston, je reçois votre lettre du 23. Le général de brigade Colbert va venir vous joindre avec le reste de sa cavalerie. Votre corps d’observation est utile pour avoir des nouvelles de la marche de l’armée d’Italie; mais aujourd’hui que le pays est calmé, il me semble que des partis de cavalerie sont suffisants. Le vice-roi me mande que, le 14 ou le 15, une partie de l’armée ennemie, battant en retraite et fuyant devant lui, devait se trouver près de Villach. Si de là  elle avait suivi la route de Bruck, vous devriez commencer à  en avoir des nouvelles. Si au contraire elle a suivi la route de Cilli et Marburg, afin d’avoir son flanc droit appuyé à la Hongrie, il serait toujours important d’en avoir des nouvelles. Je me serais défait dans la journée du 22 de l’armée du prince Charles; mais, à six heures du matin, lorsque l’affaire s’engageait, mes ponts ont été rompus, et j’ai manqué d’artillerie et de munitions; ce qui m’a arrêté toute la journée en panne et m’a forcé de me contenter de garder le champ de bataille.

 

Ebersdorf, 24 mai 1809, onze heures du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, au camp Ebersdorf.

L’Empereur, Monsieur le Maréchal ,trouve qu’il est nécessaire de répartir les pièces de 12 que vous aviez données au général Demont dans les divisions de votre corps d’armée. Il y a de l’inconvénient à réunir toutes ces pièces en une seule division. On sera toujours à même de les réunir sur un seul point ,dans un jour de bataille, si on le trouve utile.

Je donne l’ordre au général Songis de vous faire remettre de suite trente pièces de canon autrichiennes de 3 ou de 5 avec trente caissons. Je vous préviens que le général Songis ne pourra mettre à votre disposition ni canonniers ni attelages de chevaux; il faut donc que vous vous procuriez par le moyen des corps des canonniers et des attelages. Vous attacherez deux de ces pièces à chaque régiment. Il ne faut pas, Monsieur le Duc, envoyer des caissons sur Passau; s’il y en a de partis, faites courir après pour les faire revenir. Si les approvisionnements vous manquent, changez des calibres français contre des calibres autrichiens. Cette mesure, qui peut se faire sur les lieux, est préférable à toute autre, car il ne faut rien envoyer à Passau; c’est trop loin.

 

Ebersdorf, 24 mai 1809, cinq heures du soir.

Au général Vandamme, commandant les troupes wurtembergeoises (8e corps), à Enns.

L’Empereur, Monsieur le Général Vandamme, ordonne que vous vous mettiez en marche avec toutes vos troupes réunies pour porter votre quartier général à  Saint-Pölten. Vous vous ferez successivement suivre par les troupes que vous avez à  Steyr, Linz et partout ailleurs en arrière de Melk. Il est très-important que vous arriviez le plus tôt possible, afin que toutes les troupes du duc d’Auerstaedt qui sont à  Saint-Pölten et environs puissent se rendre à Vienne. Vous ferez occuper la position de Melk et de Mautern avec une partie de votre corps pour contenir celui de l’ennemi qui est à  Krems; vous aurez aussi un corps d’observation qui éclairera le Danube depuis Mautern jusqu’à Vienne, sur la rive droite; celui de Melk éclairera jusqu’à  Mautern : ainsi tout sera gardé.

Vous tiendrez un parti entre Maria-Zell et Lilienfeld; tout a été soumis dans cette partie, où il ne faut plus qu’observer. Vous retirerez tous les postes que vous avez à  Linz, Enns, Steyer, etc., qui seront occupés par les troupes du prince de Ponte-Corvo.

 

Ebersdorf, 24 mai 1809, cinq heures du soir.

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, commandant le 9e corps de l’armée d’Allemagne, à Auhof

Nous avons eu, le 21 et le 22, Prince, une bataille assez sérieuse sur la rive gauche du Danube, aux villages d’Essling et d’Aspern. L’ennemi était dans la plus parfaite déroute à huit heures du matin, quand nos deux ponts sur les deux grands bras du Danube ont été emportés par la crue des eaux, ce qui a obligé l’Empereur à rester en position, une partie de notre cavalerie, les parcs de nos divisions et le corps du duc d’Auerstaedt étant restés sur la rive droite. Notre perte se monte à  4,000 blessés environ; l’ennemi a perdu beaucoup plus de monde. Nous avons fait 1,500 prisonniers, dont un feld­maréchal, pris quatre drapeaux, plusieurs pièces de canon. Le prince Charles avait réuni toutes ses forces; le corps de Bellegarde et celui de Kollowrath s’y trouvaient; il ne peut donc y avoir en Bohème que la division autrichienne de Jellachich.

Sur le compte que j’ai rendu à Sa Majesté, elle vous laisse les officiers d’artillerie français qui sont avec vous.

Je vous ai fait écrire par le duc d’Auerstaedt que vous ne deviez pas entrer trop avant en Bohême, jusqu’à ce que nos ponts soient rétablis et que l’Empereur ait pris lui-même le parti de déboucher de nouveau sur la rive gauche.

Le duc de Danzig a pris Innsbruck. Ainsi les insurrections de ce côté sont finies, et il n’y a plus d’inquiétudes à  avoir. L’Empereur ordonne au général Vandamme de se porter à Melk et de mettre son quartier général à Saint-Pölten. Ce général a l’ordre de marcher avec tout son corps.

La tête de pont de Linz doit donc être gardée par vous, Prince, ainsi que les points d’Enns et de Steyr. Les points d’Ybbs et de Wallsee doivent être également surveillés par vos troupes. L’intention de l’Empereur est que vous fassiez faire autour de vous de fortes incursions, même sur la rive gauche; que vous ne souffriez pas d’ennemis à  deux ou trois marches de vous. Poussez donc le plus promptement possible le général Vandamme sur Melk avec toutes ses forces réunies, afin que l’Empereur puisse attirer à lui et disposer de toutes les troupes du duc d’Auerstaedt, et même, s’il y avait lieu , de toutes les troupes du général Vandamme. Il n’est pas impossible, Prince, que l’Empereur vous fasse remplacer par le duc de Danzig à Linz et vous appelle sur Vienne. Comme l’île de Lobau forme notre tête de pont sur la rive gauche du Danube, aussitôt que l’Empereur pourra être assuré que ses ponts sont solides, il pourra se décider à une bataille générale. Si vous pouviez organiser six pièces de 3 ou de 5, dont trois au 19e régiment et trois au 5e d’infanterie légère, cela vous ferait dix-huit pièces françaises, ce qui serait bien important, car l’ennemi a une grande quantité d’artillerie.

 

Ebersdorf, 21 mai 1809, neuf heures du soir.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf.

Mon Cousin, donnez ordre que la division Montbrun soit placée à Bruck, que la brigade Colbert se porte à Neustadt, et la division Lasalle à Hainburg; qu’à  trois heures du matin le 7e de hussards rejoigne la division Montbrun; ce régiment est à  Neudorf et fait partie du corps du duc d’Auerstaedt. Donnez ordre que la division Nansouty soit placée à Fischament et Schwechat; que la 2e division de cuirassiers soit placée entre Laxenburg et Neustadt, et la 3e division de cuirassiers entre Laxenburg et Bruck. Recommandez au duc d’Istrie de donner ces ordres de manière qu’il n’y ait aucune interruption, que la frontière soit toujours couverte, qu’on sache ce qui se passe du côté de Presbourg, et qu’on éclaire cette rive, pour savoir si l’ennemi ne travaille pas à quelque pont ou passage dans cette direction. Écrivez au duc d’Auerstaedt de prendre des mesures pour annoncer son quartier général à Neustadt et du côté de Bruck avec 40 à 50,000 hommes; qu’il fasse faire cette annonce par la brigade Colbert.

 

Ebersdorf, 24 mai 1809

A Louis-Charles-Ausguste, prince royal de Bavière, commandant la 1e division du 7e corps de l’armée d’Allemagne, à Salzburg.

Je reçois votre lettre Je vous remercie de ce que vous me dites. Je n’ai point de nouvelles du duc de Danzig depuis le 16.  Je vous prie de me faire connaître la situation des ennemis du côté de Rastadt et d’Innsbruck, et d’envoyer des postes de cavalerie pour contenir le pays jusqu’au delà de Lambach. Je ne sais pas si le duc de Danzig est entré à Innsbruck.

Le 22, j’avais passé le Danube et j’étais sur le point de détruire ce qui restait de forces au prince Charles: une crue du Danube a rompu mes ponts; ce qui a empêché le passage d’une partie de l’armée et de mes parcs. J’ai donc dû me borner à garder ma position et à réparer les ponts. L’ennemi s’en étant aperçu, il s’est engagé une assez vive canonnade, où la perte a été considérable de part et d’autre. Une perte qui m’a été surtout sensible est celle du duc de Montebello; vous savez l’amitié que je porte à ce maréchal ; cependant il est hors de danger. J’ai été bien aise de vous prévenir de tout ceci, pour que de mauvais bruits que répandrait l’ennemi ne vous fassent point concevoir d’inquiétude. Je suis encore occupé aujourd’hui à rétablir mes ponts; ce qui est une grande affaire, car cette rivière est fort large et fort difficile.

 

Ebersdorf, 23 mai 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris.

Je reçois votre lettre du 19. Vous avez vu par le bulletin ce qui s’est passé ici. La crue du Danube m’a privé de mes deux ponts pendant plusieurs jours. Je suis parvenu enfin  à les rétablir ce matin. Le duc de Montebello en sera quitte pour une jambe de bois. Durosnel a été enlevé par un coup de canon, portant un ordre. Vienne est toujours fort tranquille.

Je suppose qu’on aura enfin mis dans les journaux de Paris la déclaration de guerre de la Russie à l’Autriche.

 

Ebersdorf, 25 mai 1809

Au général Songis, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

Je suis d’autant plus fondé à penser que les ponts de radeaux réussiront parfaitement ici, que je me rappelle que, dans les campagnes de 1740, le comte de Saxe, depuis maréchal, fit construire deux ponts de radeaux à Linz.

 

Ebersdorf, 25 mai 1809

Au général Songis, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

Je vous ai adressé hier des ordres, Monsieur le Général Songis, pour mettre à la disposition de M. le maréchal duc d’Auerstaedt trente pièces de canon de 3 ou de 5, autrichiennes, avec trente caissons, pour être attachées aux régiments de son corps d’armée, à raison de deux par régiment.

L’Empereur ordonne aussi qu’il soit attaché deux pièces d’artillerie de 3 ou de 5, autrichiennes, à chaque demi-brigade du corps du général Oudinot. En conséquence, l’intention de l’Empereur est que vous fassiez remettre, dans la journée de demain, à la disposition de M. le général  Oudinot, vingt-quatre pièces de 3 ou de 5 et vingt-quatre caissons, chargés chacun de 150 à  200 coups, Le général Oudinot se procurera dans son corps les canonniers pour servir ces pièces ainsi que les attelages, et dans toutes les circonstances ces pièces défileront avec l’aigle de la demi-brigade.

Sa Majesté ordonne pareillement que vous fassiez remettre à la disposition du duc de Rivoli vingt-quatre pièces de canon de 3 ou de 5, autrichiennes, et vingt-quatre caissons chargés comme les précédents, pour être attachés aux douze régiments français de son corps d’armée, à raison de deux par régiment.

C’est donc, par conséquent, pour le corps du duc d’Auerstaedt, 30 pièces; pour celui du général Oudinot, 24; pour celui du duc de Rivoli, 24; total, 78 pièces. Faites fournir sans délai ces 78 pièces. 57 ont été prises ici; les autres doivent exister sur le nombre pris à Vienne, à Krems ou ailleurs.

Rendez-moi le plus tôt possible, Général, un compte détaillé sur l’exécution de ces dispositions, afin que je puisse le mettre sous les yeux de l’Empereur.

 

Ebersdorf, 25 mai 1809, trois heures après midi.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne.

Mon Cousin, donnez ordre que la division Demont repasse le pont après l’artillerie. Elle rentrera au corps du duc d’Auerstaedt. Elle rendra au 2e corps toute l’artillerie qu’elle lui a empruntée, et reprendra celle qu’elle avait au 3e corps, matériel et personnel.

P. S. Le corps du général Oudinot repassera après la division Demont; il ne restera dans l’île que le corps du duc de Rivoli.

 

Ebersdorf, 26 mai 1809

Au général Songis, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

Mon intention est que l’artillerie de l’armée soit distribuée de la manière suivante. Vous ferez en conséquence les changements nécessaires aux différents corps. Les raisons qui me portent à ces changements n’ont pas besoin d’être développées.

2e CORPS: quatre pièces de 12; trente de 6; quatorze obusiers de 6 pouces; total, quarante-huit pièces.

3e CORPS : sept pièces de 12; vingt-sept de 8; dix-huit de 4,; huit obusiers de 6 pouces; total, soixante.´

4e CORPS : huit pièces de 12; quarante-cinq de 6; treize obusiers de 5 pouces 4 lignes; total, soixante-six.

RÉSERVE DE CAVALERIE : dix pièces de 8; dix de 4; six obusiers de 5 pouces 4 lignes; total, vingt-six.

Total général, deux cents bouches à feu.

Successivement, les améliorations susceptibles pourront être faites en ôtant les pièces de 4 aux bataillons et en leur donnant des pièces de 6 en place. Il est assez indifférent à un bataillon d’avoir des pièces de 4 ou des pièces de 8, ou des pièces de 6.

Par ce moyen, on pourra ôter de l’artillerie de position les pièces de 4, et on les remplacera par des pièces de 8; ce qui fera une grande amélioration.

Quand il sera possible d’ôter les obusiers de six pouces pour les remplacer par des obusiers de 5 pouces 4 lignes, nous n’aurons que des pièces de 12, de 6, des obusiers de 5 pouces 4 lignes et des pièces de 8, à un seul corps; c’est le résultat auquel il faut lâcher d’arriver. Envoyez-moi actuellement l’état de l’artillerie auxiliaire, car je suppose que dans ces deux cents pièces de canon n’est pas comprise l’artillerie des étrangers. Quelle est la situation de celle-ci ?

 

Ebersdorf, 26 mai 1809

Au général Songis, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

Il y a près du pont sept à huit pontons qui ne servent pas au pont.

Je désire que vous les chargiez sur des haquets et que vous les fassiez conduire dans l’île pour servir à faire un autre pont.

Faites-moi connaître à quelle heure cela sera prêt, parce que, si l’ennemi a évacué la rive gauche, comme tout le porte à penser, mon intention est d’y faire passer un corps pour fouiller la plaine.

Envoyez des haquets à Klosterneuburg charger les pontons qui s’y trouvent.

Il sera bon de remplacer les pontons au grand pont par des bateaux, afin que l’on puisse jeter sur le dernier bras deux ponts comme celui qui y était; il avait quatorze pontons.

Il y a aussi sur ce bras plusieurs moulins dont les bateaux pourraient servir

 

Ebersdorf, 26 mai 1809, huit heures du matin

Au maréchal Lefebvre, duc de Danzig, commandant le 7e corps de l’armée d’Allemagne, à Salzburg

L’Empereur, Monsieur le Duc, reçoit votre lettre du 22 mai, par laquelle vous lui annoncez que vous vous portez sur Leoben, que vous êtes parti le 23 et que vous marchez, suivant les circonstances par Salzburg ou par Rastadt. Vous devez donc être aujourd’hui ou  Salzburg ou à Rastadt, et sur Leoben vers le 30 de ce mois. Il est possible, Monsieur le Duc, que l’armée d’Italie envoie des reconnaissances par Spital sur Rastadt, et sur Leoben par Klagenfurt. Si cela arrivait, il est nécessaire que vous fassiez connaître au général commandant l’armée d’Italie qu’il faut qu’il se dirige sur Leoben. Si vous êtes à  Salzburg, ou si d’autres circonstances ont dérangé votre marche, vous devez avoir pour but de vous rapprocher de Vienne par le chemin le plus court, afin de pouvoir prendre part aux évènements et à la bataille qui se prépare d’ici à sept ou huit jours. Si vous êtes sur Leoben, il faut le même jour envoyer une avant-garde sur le Semmering, qui est le pendant des eaux et la montagne qui  sépare la Styrie de l’Autriche. Dans ce moment, le général Lauriston y est avec une petite colonne.

Si la route d’Italie par Innsbruck et le Tyrol est rétablie, faite connaître au général commandant l’armée d’Italie qu’il doit se diriger sur Vienne, et en même temps vous  lui ferez part de vos mouvements.

 

Ebersdorf, 26 mai 1809, trois heures du soir.

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le le 4e corps de l’armée d’Allemagne, dans l’île Lobau.

Un officier de pontonniers a rendu compte, Monsieur le Duc, que l’ennemi travaillait à notre ancienne tête de pont, annonçant le projet d’en faire une demi-lune. L’Empereur  est impatient d’avoir des nouvelles. Si cela est, il faut commencer le feu et ne pas souffrir qu’un homme s’établisse de ce côté-là.

 

Ebersdorf, 27 mai 1809

A l’impératrice Joséphine, à Strasbourg

Je t’expédie un page pour t’apprendre qu’Eugène m’a rejoint avec toute son armée, qu’il a rempli parfaitement le but que je lui avais demandé, qu’il a presque entièrement détruit l’armé ennemie qui était devant lui.

Je t’envoie ma proclamation à l’armée d’Italie, qui te fera comprendre tout cela.

Je me porte fort bien. Tout à toi.

P. S. Tu peux faire imprimer cette proclamation à Strasbourg, et la faire traduire en français et en allemand, pour qu’on la répande dans toute l’Allemagne. Remets au page qui va à Paris une copie de la proclamation.

 

Ebersdorf, 27 mai 1809

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, commandant le 9e corps de l’armée d’Allemagne

Mon Cousin, je vous écris par le page que j’expédie à l’Impératrice, pour vous annoncer l’arrivée du vice-roi et de mon armée d’Italie. La division Jellachich, qui se retirait du Tyrol, est tombée tout entière dans ses mains à Saint-Michel près Leoben. Cette armée a eu des avantages tels qu’elle avait fait près de 25.000 prisonniers à l’ennemi, avant d’avoir passé la Drave; l’archiduc Jean est rentré en Hongrie avec les débris de son armée qui ne montent pas à 12.000 hommes, et j’estime à 60.000 hommes les renforts  qui m’arrivent avec l’armée d’Italie. Mon armée de Dalmatie est arrivée à Laybach.

 

Ebersdorf, 27 mai 1809, midi.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Bruck

Mon Fils, votre aide de camp Bataille arrive. La proclamation ci­ jointe, que vous ferez imprimer et distribuer à l’armée, vous fera connaître ma satisfaction. Réunissez toutes vos troupes à Bruck et occupez le Semmering. Dites à Lauriston de faire retourner toutes ses troupes sur Neustadt. Comme je suppose que j’aurai de vos nouvelles dans la journée et que vous m’enverrez des états de situation, je vous enverrai des ordres. J’espère que Macdonald est arrivé à Graz; organisez provisoirement les provinces de Carniole et de Carinthie comme elles l’ont été dans mes premières campagnes, en y nommant un commissaire de gouvernement pris dans les États. Envoyez à la rencontre du duc de Danzig, qui arrive avec les Bavarois, de Salzburg sur Leoben; faites-lui connaître votre arrivée. Mon intention est que, de la position où il se trouvera, il se dirige par le plus court chemin sur Vienne. J’ai un grand désir de vous voir. Je suis toujours à me battre avec le Danube, qui m’a encore enlevé mes ponts ce matin; aussitôt que je les aurai consolidés, je détruirai le prince Charles, qui est de l’autre côté du fleuve. Faites-moi connaître la situation de votre artillerie et de vos approvisionnements. Nommez des commandants pour chacune des provinces de Carniole et de Carinthie.

Vous trouverez ci-joint différentes pièces que vous ferez réimprimer et répandre partout. Je vous embrasse.

 

Camp impérial d’Ebersdorf, 21 mai 1809.

PROCLAMATION

Soldats de l’armée d’Italie, vous avez glorieusement atteint le but que je vous avais marqué. Le Semmering a été témoin de votre jonction avec la Grande Armée. Soyez les bienvenus. Je suis content de vous !

Surpris par un ennemi perfide avant que vos colonnes fussent réunies, vous avez dû rétrograder jusqu’à l’Adige. Mais, lorsque vous reçûtes l’ordre de marcher en avant, vous étiez sur les champs mémorables d’Arcole, et là vous jurâtes sur les mânes de nos héros de triompher. Vous avez tenu parole à la bataille de la Piave, aux combats de San-Daniele, de Tarvis, de Goritz; vous avez pris d’assaut les forts de Malborghetto, de Prediel, et fait capituler la division ennemie retranchée dans Prewald et Laybach. Vous n’aviez pas encore passé la Drave, et déjà 27.000 prisonniers, soixante pièces de bataille, dix drapeaux avaient signalé votre valeur. Depuis, la Drave, la Save, la Mur n’ont pu retarder votre marche. Là colonne autrichienne de Jellachich, qui la première entra dans Munich, qui donna le signal des massacres dans le Tyrol, environnée à  Saint-Michel, est tombée dans vos baïonnettes. Vous avez fait une prompte justice de ces débris dérobés à la colère de la Grande Armée.

Soldats, cette armée autrichienne d’Italie, qui, un moment, souilla par sa présence mes provinces, qui avait la prétention de briser ma couronne de Fer, dispersée, battue, anéantie, grâce à vous, sera un exemple de la vérité de cette devise: Dio me la diede, guai a chi la tocca !

 

Ebersdorf, 27 mai 1809, neuf heures du soir

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Bruck

Mon Fils, un aide de camp de Lauriston m’apporte votre lettre du 26 à onze heures du soir. Reposez-vous et procurez-vous du pain. Je vous prie de m’envoyer l’état de situation de toute votre artillerie et les lieux où elle est. Si vous ne voyez pas d’inconvénient à ce que vous vous rendrez près de moi, venez; ce sera le plus court moyen de me mettre au fait de tout. Je pense que, si le prince Jean est parti de Graz, il n’y a pas d’inconvénient. Vous aurez vu, par la proclamation que je vous ai envoyée, combien je suis content de vous et  de mon armée. Le Tyrol et le Vorarlberg sont pacifiés.  Le duc de Danzig est arrivé à Innsbruck le 20. Il doit être en marche sur Leoben et Rastadt. .Je pense vous avoir écrit ce matin de lui mander de se diriger sur Vienne par le plus court chemin. Je suppose que vous aurez fait prendre les lettres à Bruck et à Graz

 

Ebersdorf, 28 mai 1809, dix-heures du matin.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Bruck

Mon Fils, je vous renvoie votre aide de camp.. Je désirerais avoir l’état de situation de votre corps d’armée.

Je suppose que la division Durutte est composée de deux bataillons du 22e, de quatre bataillons du 23e, et de quatre bataillons du 62e.  Je suppose que ces dix bataillons forment au moins 6,000 hommes présents sous les armes. Je suppose que la division Seras est composée d’un bataillon du 35e, de trois bataillons du 53e, de quatre bataillons du 106e et de deux bataillons du 79e; je la suppose également de 6,000 hommes. Je ne sais ce que c’est que la 3e division; je suppose que c’est une division italienne qui est avec le 112e, ct qu’elle est également de 6,000 hommes. Je suppose que la division Pacthod vous a rejoint avec la division Grouchy. La division Pacthod doit être composée de deux bataillons du 8e léger, de quatre bataillons du 52e, de quatre bataillons du 102e et de quatre bataillons du 11e de ligne, que je suppose former 6,000 hommes. Sans comprendre le corps détaché du général Macdonald, vous devriez avoir aujourd’hui à Bruck 24,000 hommes d’infanterie, 4,000 hommes de cavalerie et 2,000 hommes de la garde; ce qui ferait 80,000 hommes et soixante pièces de canon. Le général Macdonald, que je suppose sur le point d’arriver à Graz, vous renforcera de 15,000 hommes. Ainsi votre arrivée me renforce de 45,000 hommes, non compris le corps du général Marmont. Rectifiez mes idées là-dessus, et occupez-vous de l’artillerie et des munitions; cela est extrêmement important. Faites avancer vos pontonniers, vos sapeurs à l’avant-garde. Faites venir d’Italie tout le personnel d’artillerie que vous pourrez; vous en avez besoin, et l’Italie est le pays où j’en ai le plus. Faites avancer le bataillon du 93e, celui du 67e, et toute la cavalerie et l’infanterie appartenant aux divisions Molitor et Boudet, de l’ancienne colonne qui a essuyé un échec dans le Tyrol.

Faites-les diriger à grandes marches pour compléter ces divisions. Il doit y avoir aussi un bataillon du 36e et un du 37e. Les corps doivent avoir leur artillerie complète. Donnez-leur des pièces de 8, autrichiennes. Les régiments se procureront des harnais, des charretiers et des chevaux.

Au delà du Danube, où je me suis battu pendant deux jours, l’ennemi m’a présenté près de quatre cents pièces de canon. J’aurais anéanti l’armée du prince Charles sans le Danube, qui a rompu mes ponts; ce qui m’a décidé à ne pas m’aventurer, et m’a privé de mes parcs et d’une partie de l’armée. Vous trouverez le bulletin qui vous mettra au fait de tout cela.

Voici la position de ma cavalerie légère aujourd’hui. Le général Lasalle est sur Hainburg, ayant des postes sous Presbourg; le général Montbrun est à OEdenburg, poussant des postes du côté de Graz. Je suis occupé à établir sur le Danube mes ponts, qui ont été enlevés une seconde fois, et à les consolider avec des chaînes et des pilotis.

La grande affaire dans ce moment-ci est que Macdonald arrive à Graz; que votre artillerie, vos parcs, vos traînards soient arrivés; que vous soyez bien organisé. J’avais jadis fait mettre Klagenfurt à l’abri d’un coup de main; faites refaire les mêmes ouvrages. Si l’enceinte a été conservée, ce sera toujours un dépôt de vivres et de munitions que l’ennemi ne pourra pas enlever.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809

Au prince Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Je sais qu’il y a des individus de Padoue qui se sont mal comportés. Rendez-m’en compte pour que j’en fasse un exemple éclatant. Je sais que le maire d’Udine a eu la lâcheté d’ôter sa décoration, tandis que l’évêque et d’autres ne l’ont pas fait, et qu’ainsi ce n’était pas obligation. J’attends votre rapport là-dessus.

Quant à Padoue, s’il y a quelque grande famille qui se soit mal comportée, je veux la détruire de fond en comble, de manière qu’elle serve d’exemple dans les annales de Padoue.

Faites exécuter avec plus de rigueur que jamais le décret contre ceux qui ont pris les armes contre nous, et faites mettre le séquestre sur leurs biens, qui doivent être confisqués et vendus.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809, midi.

Au général comte Lauriston, commandant les troupes détachées du 4e corps de l’armée d’Allemagne, à Neustadt

Portez-vous sur OEdenburg, à six lieues de Neustadt, et envoyez de forts reconnaissances sur Raab et Körmönd, places situées sur la Raab et qui sont le chemin de Graz en Hongrie, afin d’être tou­jours éclairé sur les mouvements que pourrait faire le prince Jean.

Je crois que vous deveztrouver à OEdenburg le général Montbrun; toutefois vous pouvez y aller avec la brigade Colbert, laissant une partie de votre infanterie en échelons.

Je vous envoie des proclamations que vous répandrez en Hongrie, ainsi que des imprimés sur l’arrivée de l’armée d’Italie,

Le général Marulaz doit se trouver du côté de Bruck et le général Lasalle à Hainburg.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809, huit heures du soir.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Bruck

Mon Fils, Tascher me porte des drapeaux et votre lettre du 27.

J’ai donné ordre à Lauriston de se porter avec une brigade de cavalerie et deux régiments d’infanterie badois, qui forment son petit corps d’observation, sur OEdenburg, d’où il poussera des partis sur les flancs du prince Jean, qui probablement se rend à Raab. Attirez à vous tout le général Baraguey d’Hilliers, tout le général Grouchy. Retirez aussi tout ce qui est inutile sur vos derrières. Ordonnez  qu’on fortifie Klagenfurt, qu’on mette de l’eau dans les fossés et qu’on y forme un grand magasin; j’y avais déjà fait ces dispositions il y a seize ans. Faites venir le plus d’artillerie possible; il faut en faire venir. non-seulement attelée, amis encore par réquisition, sur Klagenfurt. Je compte que votre armée, en en ôtant tout au plus un ou deux bataillons italiens, que vous laisserez à Klagenfurt, sera sur Bruck demain et après , et que le corps de Macdonald sera à Graz. Il me tarde que Marmont soit arrivé à Laybach et qu’il envoie sur Graz les détachements que Macdonald aurait laissés à Laybach. La situation des choses dans le Midi me décidera sur le parti que je prendrai pour l’armée de Dalmatie. J’attends l’état de situation de tous vos corps, avec les lieux où ils se trouvent et des détails sur votre artillerie. La division que vous avez envoyée dans la direction de Neustadt peut continuer sa route pour occuper le Semmering, et partir sur Neunkirchen et se mettre en correspondance avec Lauriston pour se lier.

Envoyez la lettre ci-jointe à Borghèse par votre premier courrier.

Je lui mande d’envoyer sur Osoppo tout ce qu’il a de disponible appartenant aux sept régiments des divisions Molitor et Boudet, aux quatre régiments de cuirassiers et aux cinq régiments de cavalerie légère. Je vous envoie cette lettre sous cachet volant, pour que vous en fassiez autant dans tout le royaume, et que vous fassiez fournir, soit par l’armée italienne, soit par l’armée française, tout ce qu’elles ont de disponible pour renforcer les cadres. Je suppose que vous aurez formé sur la Livenza ou sur le Tagliamento un dépôt de cavalerie, et que vous avez laissé quelqu’un à la tête pour vous alimenter. Ayez à Osoppo un homme marquant pour mettre à la tête de vos dépôts: c’est là qu’il faut tout diriger. Donnez ordre qu’on n’en laisse partir aucun homme isolé, mais qu’on fasse des bataillons de marche de 5 à 600 hommes d’infanterie et cavalerie.

J’ai donné ordre que les États du Pape feraient partie de l’armée de Naples, el j’ai chargé le Roi d’en prendre possession. Les États du Pape feront partie de la France, ayant pris un décret pour détruire le gouvernement temporel du Pape.

Écrivez au roi de Naples pour l’instruire de notre jonction; envoyez-lui la lettre ci-jointe. Vous trouverez aussi une lettre pour la grande-duchesse, dans laquelle je lui donne l’ordre de faire partir pour Osoppo tout ce qu’il y aura à Florence de disponible des 23e léger, 62e, 13e et 112e de ligne. Je suppose que vous avez pourvu à ce qu’il soit laissé de petites garnisons à Palmanova et à Osoppo. Si Miollis est retourné à Rome et que Lemarois n’y soit plus nécessaire, il faut le diriger sur Osoppo, où il aura le commandement du Frioul; il surveillera les dépôts, tiendra la main à ce que tout en parte en bon état, et servira d’intermédiaire entre vous et le royaume d’Italie.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant le 10e corps de l’armée d’Allemagne, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 20 mai, que m’apporte votre aide de camp. J’ai des nouvelles de Berlin, du 22, c’est-à-dire postérieures de quatre jours à celles que vous me donnez, et elles ne font mention de rien de ce que vous m’écrivez. Vous vous alarmez trop facilement. Il est connu de tout le monde que le duc d’Oels forme un corps pour l’Angleterre; mais ce corps est en Bohême et n’est pas de plus de l,500 hommes. Le général Blücher est à son poste et n’a pas envie de remuer. La Prusse ne demande pas mieux que de conserver sa neutralité. Les Russes ont dénoncé les hostilités contre l’Autriche et sont entrés en Galicie.

Je ne sais ce que c’est qu’un général d’Albignac, auquel vous donnez le commandement d’une troupe. Vous avez une division hollandaise qui est forte de plus de 6,000 hommes, c’est plus qu’il ne vous faut. On ne reçoit ici aucune situation ni état d’emplacement de vos troupes, et l’on ignore où elles sont. Le corps de Hanau n’est pas sous vos ordres, et le duc de Valmy ne peut en détacher un seul homme sans mon ordre. Vous avez assez de monde pour maintenir, la tranquillité chez vous. Si de grandes expéditions d’Anglais avaient lieu, vos forces ne seraient pas sans doute suffisantes; ce serait à moi à y pourvoir et à combiner le corps de Hanau avec votre corps d’armée. Le régiment du grand-duché de Berg ne vous est bon à rien; si de grandes secousses arrivaient, il vous manquerai; faîtes-lui continuer sa route pour l’armée. Le Tyrol et le Vorarlberg sont parfaitement soumis. Les grands succès obtenus par l’armée d’Italie et sa jonction, qui a eu lieu à peu de lieues de Vienne, ont achevé de soumettre la Styrie, la Carniole, la Carinthie, la haute et la basse Autriche. La crue du Danube m’empêche de pouvoir consolider mes ponts et d’entrer dans la Bohême et dans la Moravie.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809

A Elisa, grande-duchesse de Toscane, à Florence.

Ma Soeur, faîtes partir pour Osoppo tout ce qu’il y aurait de disponible dans le duché, appartenant aux 23e léger, 13e, 112e et 62e de ligne et au 9e chasseurs. Cette lettre vous parviendra par le canal de l’armée d’Italie. Ma jonction avec cette armée a été faite heureusement, il y a deux jours. Les affaires vont ici fort bien, et ma santé est fort bonne.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je vous ai écrit de Schönbrunn, le 17, pour vous faire connaître que mon intention était que les États du Pape fussent sous vos ordres et pour vous charger d’en prendre possession pour la France. Ne craignez point de débarquement. Les Anglais sont occupés en Portugal et en Espagne. Ayez une grosse division sur Rome, et soyez prêt à vous y porter.

Faites partir pour Osoppo tout ce qui reste dans votre royaume, appartenant aux régiments qui ont quitté l’armée de Naples. Donnez l’ordre au 14e léger, au 6e de ligne, qui sont à Rome, d’en partir en toute diligence pour Padoue. Tâchez également d’envoyer un bataillon à Ancône, qui mette à même de disposer des deux bataillons du 22e léger qui y sont. Si vous pouvez disposer d’un on deux régiments napolitains, faites-les partir pour l’Allemagne, où ils se formeront. Ils iront d’abord à Padoue et de là à Osoppo.

Je pense que, dans cette circonstance, il serait convenable de vous tenir à Rome, du moins quelque temps, pour être plus près de la haute Italie.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809.

TREIZIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE.

Dans la nuit du 26 au 27, nos ponts sur le Danube ont été enlevés par les eaux et par des moulins qu’on a détachés. On n’avait pas encore eu le temps d’achever les pilotis et de placer la grande chaîne de fer. Aujourd’hui, l’un des ponts est rétabli. On espère que l’autre le sera demain.

L’Empereur a passé la journée d’hier sur la rive gauche pour visiter les fortifications que l’on élève dans l’île Lobau, et pour voir plusieurs régiments du corps du duc de Rivoli, en position dans cette espèce de tête de pont.

Le 27, à midi, le capitaine Bataille, aide de camp du prince vice-roi, a apporté l’agréable nouvelle de l’arrivée de l’armée d’Italie à Bruck. Le général Lauriston avait été envoyé au-devant d’elle, et la jonction a eu lieu sur le Semmering-Berg. Un chasseur du 9e, qui était en coureur en avant d’une reconnaissance de l’armée d’Italie, rencontra un chasseur d’un peloton du 20e, envoyé par le général Lauriston. Après s’être observés pendant quelque temps, ils reconnurent qu’ils étaient Français et s’embrassèrent. Le chasseur du 20e marcha sur Bruck, pour se rendre auprès du vice-roi, et celui du 9e se dirigea vers le général Lauriston pour l’informer de l’approche de l’armée d’Italie. Il y avait plus de douze jours que les deux armées n’avaient pas de nouvelles l’une de l’autre. Le 26, au soir, le général Lauriston était à Bruck, au quartier général du vice-roi.

Le vice-roi a monté dans toute la campagne un sang-froid et un coup d’oeil qui présagent un grand capitaine.

Dans la relation des faits qui ont illustré l’armée d’Italie pendant ces vingt derniers jours, Sa Majesté a remarqué avec plaisir la destruction du corps de Jellachich. C’est ce général qui fit aux Tyroliens cette insolente proclamation qui alluma leur fureur et aiguisa leurs poignards. Poursuivi par le duc de Danzig, menacé d’être pris en flanc par la brigade du général Duppelin, que le duc d’Auerstaedt avait fait déboucher par Maria-Zell, il est venu tomber comme dans un piége en avant de l’armée d’Italie.

L’archiduc Jean, qui, il y a si peu de temps, et dans l’excès de sa présomption, se dégradait par sa lettre au duc de Raguse, a évacué Graz hier 27, ramenant à peine 20 ou 25,000 hommes de cette belle armée qui était entrée en Italie. L’arrogance, l’insulte, les provocations à la révolte, toutes ses actions, portant le caractère de la rage, ont tourné à sa honte.

Les peuples de l’Italie se sont conduits comme auraient pu le faire les peuples de l’Alsace, de la Normandie ou du Dauphiné. Dans la retraite de mes soldats, ils les accompagnaient de leurs voeux et de leurs larmes. Ils reconduisaient par des chemins détournés et jusqu’à cinq marches de l’armée les hommes égarés. Lorsque quelques prisonniers ou quelques blessés français ou italiens, ramenés par l’ennemi, traversaient les villes et les villages, les habitants leur portaient des secours. Ils cherchaient pendant la nuit les moyens de les travestir et de les faire sauver.

Les proclamations et les discours de l’archiduc Jean n’inspiraient que le mépris et le dédain, et l’on aurait peine à se peindre la joie des peuples de la Piave, du Tagliamento et du Frioul, lorsqu’ils virent l’armée de l’ennemi fuyant en désordre, et l’armée du souverain et de la patrie revenant triomphante.

Lorsqu’on a visité les papiers de l’intendant de l’armée autrichienne, qui était à la fois le chef du gouvernement et de la police et qui a été pris à Padoue avec quatre voitures, on y a découvert la preuve de l’amour des peuples d’Italie pour l’Empereur. Tout le monde avait refusé des places; personne ne voulait servir l’Autriche; et, parmi sept millions d’hommes qui composent la population du royaume, l’ennemi n’a trouvé que trois misérables qui n’aient pas repoussé la séduction.

Les régiments d’Italie, qui s’étaient distingués en Pologne et qui avaient rivalisé d’intrépidité dans la campagne de Catalogne avec les plus vieilles bandes françaises, se sont couverts de gloire dans toutes les affaires. Les peuples d’Italie marchent à grands pas vers le dernier terme d’un heureux changement. Celte belle partie du continent, où s’attachent tant de grands et d’illustres souvenirs, que la cour de Rome, que cette nuée de moines, que ses divisions avaient perdue, reparaît avec honneur sur la scène de l’Europe.

Tous les détails qui arrivent de l’armée autrichienne constatent que dans les journées du 21 et du 22 sa perte a été énorme. L’élite de l’armée a perdu selon les aimables de Vienne, les manœuvres du général Danube ont sauvé l’armée autrichienne.

Le Tyrol et le Vorarlberg sont parfaitement soumis. La Carniole, la Styrie, la Carinthie, le pays de Salzburg, la haute et la basse Autriche, sont pacifiés et désarmés.

Trieste, cette ville où les Français et les Italiens ont subi tant d’outrages, a été occupée. Les marchandises coloniales anglaises ont été confisquées. Une circonstance de la prise de Trieste a été très­ agréable à l’Empereur: c’est la délivrance de l’escadre russe. Elle avait eu ordre d’appareiller pour Ancône; mais, retenue par les vents contraires, elle était restée au pouvoir des Autrichiens.

La jonction de l’armée de Dalmatie est prochaine. Le duc de Raguse s’est mis en marche aussitôt qu’il a appris que l’armée d’Italie était sur l’Isonzo. On espère qu’il arrivera à Laybach avant le 5 juin.

Le brigand Schill, qui se donnait, et avec raison, le titre de général au service de l’Angleterre, après avoir prostitué le nom du roi de Prusse comme les satellites de l’Angleterre prostituent celui de Ferdinand à Séville, a été poursuivi et jeté dans une île de l’Elbe. Le roi de Westphalie, indépendamment de 15,000 hommes de ses troupes, avait une division hollandaise et une division française; et le duc de Valmy a déjà réuni à Hanau deux divisions du corps d’observation, commandées par les généraux Rivaud et Despeaux, et composées des brigades Lameth, Clément, Taupin et Vaufreland.

La pacification de la Souabe rend disponible le corps d’observation du général Beaumont, qui est réuni à Augsbourg et où se trouvent plus de 3,000 dragons.

La rage des princes de la Maison de Lorraine contre la ville de Vienne peut se peindre par un seul trait. La capitale est nourrie par quarante moulins établis sur la rive gauche du fleuve: ils les ont fait enlever et détruire.

(Moniteur du 4 juin 1809.)

 

Ebersdorf, 29 mai 1809

Au général Clarke, comte de Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, faites partir pour Strasbourg, des différents dépôts de cavalerie légère dont les régiments sont en Espagne, ainsi que des dépôts dont les régiments sont en Allemagne, tout ce qu’ils ont de disponible, formé en compagnies de marche. Tous les détachements dont les régiments sont à l’armée d’Allemagne rejoindront leurs régiments. Pour ceux dont les régiments sont en Espagne, sur l’avis que vous me donnerez de leur départ de Strasbourg, je prendrai des décrets pour les incorporer dans les régiments qui sont ici; de sorte que les dépôts des régiments de cavalerie légère qui sont en Espagne concourront à porter au complet les régiments de cavalerie légère qui sont ici, comme les dépôts de dragons concourent à la formation des six régiments provisoires de dragons.

Quant à la grosse cavalerie, le régiment que commande le chef d’escadron Turenne arrive et va être incorporé. J’en ai demandé un autre de 600 hommes. Donnez ordre que tout ce qui est disponible dans les dépôts se rende à Strasbourg pour former d’autres détachements.

J’ai un millier de cuirassiers à pied. Beaucoup de jeunes soldats ont jeté leurs cuirasses ; faîtes-en envoyer deux mille, en les dirigeant sur Passau. Nos cuirasses sont excellentes; elles ont à la fois l’avantage de la légèreté et le degré de résistance nécessaire.

Tous les chevaux d’artillerie que j’ai demandés doivent être envoyés à l’armée. Il y a en Espagne beaucoup de personnel de l’artillerie et du train; je vous autorise à en retirer ce que vous jugerez convenable.

Tous les jours je me convaincs du grand mal qu’on a fait à nos armées en ôtant les pièces de régiment. Je désire donc que, dans l’organisation, chaque régiment ail deux pièces de 3; mais, pendant tout le temps que nous n’aurons que des pièces et des boulets de 4, on leur donnera des pièces de 4. Les canonniers, chevaux, hommes du train, seront fournis par les régiments. Ici, je fais donner aux régiments toutes les pièces autrichiennes de 3 prises à l’ennemi.

Les marches el les batailles détruisent plus que l’on ne prend à l’ennemi et qu’on ne peut se fournir dans le pays. Envoyez à l’armée de forts détachements des différents dépôts d’artillerie et du train. J’ai donné l’ordre au prince Borghèse, et réitérez-le-lui, de faire partir quatre compagnies du 4e régiment d’artillerie et tous les sapeurs d’Alexandrie, hormis une compagnie, pour Klagenfurt, et de là sur Vienne.

Faites-moi connaître, par le retour de l’estafette, ce que les dix dépôts de hussards et les vingt-six dépôts de chasseurs feront partir pour Strasbourg.

 

Ebersdorf, 29 mai 1809

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

J’ai 1,000 cuirassiers à pied. Les marches et les batailles détruisent un très-grand nombre de chevaux; j’ai ordonné de passer des marchés ici et à Passau pour en acheter. Mais tous les moyens que nous pouvons avoir ici et ceux que vous avez ne sont pas de trop pour tenir une cavalerie an complet. Augmentez donc de 100 chevaux les commandes de remontes et de selles des quatorze régiments de grosse cavalerie; c’est-à-dire, indépendamment de ce que vous avez commandé, passez des marchés pour 1,400 chevaux et 1,400 harnachements.

Voyez le ministre de la guerre et faites partir des dépôts de grosse cavalerie tout le disponible, et, s’il y avait plus de chevaux que d’hommes, envoyez deux chevaux par homme. En passant à Passau et à Schönbrunn, ce second cheval trouvera un cavalier.

 

Ebersdorf, 29 mai 1809

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Dejean, un tas d’aventuriers arrivent avec des passeports de l’intérieur et se font donner des vivres pour eux et leurs chevaux. Je ne puis concevoir cet abus qui est très onéreux au trésor. Il y en a qui viennent avec trois ou quatre chevaux. Réprimez cet abus.

 

Ebersdorf, 29 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

Mon Cousin, donnez ordre, 1° que le village qui forme la tête de pont de Linz soit rasé; 2° que, sur l’emplacement de ce village , on établisse un réduit à la tête de pont; 3° que le général du génie Chambarlhiac soit chargé de la direction de ces ouvrages comme à Passau; 4° qu’un chef de bataillon du génie y soit rendu demain, et que deux officiers du génie français soient mis sous ses ordres; enfin que cette position soit inexpugnable, et que 8,000 hommes puissent s’y défendre contre 80,000. Donnez ordre que les 200 hommes des 13e et 24e de chasseurs qui étaient restés en observation du côté de Maria-Zell retournent à leurs régiments.

 

Ebersdorf, 29 mai 1809

Au général comte Bertrand, commandant le géni de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

Monsieur le Général Bertrand, les pontons que j’avais ont été abîmés par le Danube. Il faut employer une partie des ouvriers de la marine, à Vienne ou à Klosterneuburg, à construire soixante pontons, à peu près comme ceux que nous avions. Nous devons avoir une quarantaine de haquets, il restera donc à s’en procurer vingt. Ces pontons serviront indépendamment des ponts du Danube. Il sera impossible de passer le dernier bras, à moins de quatre ponts débouchant devant l’ennemi. L’un sera formé par les bateaux que le capitaine Baste a ramassés, et qui iront par eau; le second, par ces petits bateaux qui sont au bord du Danube et qu’il faut calfater; le troisième, par seize pontons qu’il faut que les ouvriers de la marine aient faits dans trois ou quatre jours; le quatrième pourrait être fait en radeaux ou en bateaux, venant du côté de l’eau. Le directeur des ponts de Vienne assure qu’il y a plus de cent cinquante bâtiments sous l’eau; il faut employer une partie des marins à les retirer et à les mettre en état. Je désirerais avoir quelques bateaux armes d’obusiers ou de pièces de 3, et un projet de batterie, qui serait remorquée par ces bateaux, de quatre pièces de 12, avec un épaulement qui mît à l’abri du feu de l’ennemi.

 

Ebersdorf, 30 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

Mon Cousin, faites prendre dans les jardins de Vienne une de ces échelles qui servent à tailler les arbres, qui forment un système avec un plateau au-dessus, et faites-la porter dans l’île. Cette échelle, étant portative et n’ayant besoin d’être appuyée à rien, pourra se placer à l’abri du feu de l’ennemi. Un officier pourra s’y tenir en observation avec une lunette et rendra compte plusieurs fois par jour de ce qu’il verra de nouveau.

Quartier impérial d’Ebersdorf, 30 mai 1809, onze heures du soir.

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

L’Empereur, Monsieur Daru, désire avoir demain à son lever un état de tous les magasins de l’armée, notamment de ceux de Vienne, soit en pain, biscuit, vin et farine. Faites-moi connaître également les ressources en viande, c’est-à-dire bœufs, vaches ou moutons, ce qui existe en ce moment et ce qu’on peut espérer des mesures prises ou à prendre, et quelles sont ces mesures. Faites-moi connaître comment l’on pourrait donner à l’armée pour huit jours de pain, biscuit ou farine; ce qui sera indispensable pour les opérations qui vont avoir lieu relativement au passage du Danube. Enfin l’Empereur désire, indépendamment de ces états que vous m’enverrez dans la nuit, que vous veniez vous-même, à neuf heures, demain, lui rendre compte de la situation des choses.

P. S. Faites-moi connaître si vous avez donné des ordres pour faire construire les fours que Sa Majesté veut avoir dans la grande île

 

Ebersdorf, 31 mai 1809

A l’Impératrice Joséphine, à Strasbourg

Je reçois ta lettre du 26. Je t’ai écrit que tu pouvais aller à Plombières. Je ne me soucie pas que tu ailles à Baden; il ne faut pas sortir de France. J’ai ordonné aux deux princes de rentrer en France.

La perte du duc de Montebello, qui est mort ce matin, m’a fort affligé. Ainsi tout finit. !

Adieu, mon amie. Si tu peux contribuer à consoler la pauvre maréchale, fais-le. Tout à toi.

NAPOLÉON

 

Ebersdorf, 31 mai 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 24 mai. La lettre du général Kellermann que les Auglais publient comme interceptée est évidemment fausse. Le Tyrol et le Vorarlberg sont soumis. Portez la plus grande attention sur les menées de cette poignée de brigands de l’Ouest.

Le Danube grossit toujours. J’occupe toujours la rive gauche, où je fais construire des ouvrages inexpugnables, comme têtes de pont. Mais je ne suis pas assez sûr de ces ponts pour y fonder de grandes opérations et culbuter l’armée du prince Charles. Je fais piloter un pont du Danube; un grand nombre de sonnettes y travaillent; ce sont de grands et immenses travaux. Ma jonction est faite avec l’armée d’Italie, qui a eu de grands succès en route.

P. S. Le duc de Montebello est mort ce matin 31, à six heures; faites-le dire à son beau-père. Que la duchesse reste à Paris. Je suis bien peiné !

 

Ebersdorf, 31 mai l809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, le duc de Montebello est mort ce matin. Je vous prie de faire appeler M. Gueheneuc et de le lui dire. J’écris à Munich et à Strasbourg pour que, si la duchesse était en route, on l’empêche d’aller plus avant. Faites donner des lettres patentes à son fils aîné.

Le duc de Montebello a péri moins de ses blessures que d’une fièvre pernicieuse qui s’est jointe à la maladie. Il été assisté, dans ses derniers moments, par le docteur Franck.

P. S. Vous trouverez ci-joint une lettre que vous ferez remettre à M. Gueheneuc, qui la donnera à la duchesse quand il sera temps.

 

Ebersdorf, 31 mai 1809.

A la maréchale Lannes, duchesse de Montebello, à Paris

Ma Cousine, le maréchal est mort ce matin des blessures qu’il a reçues sur le champ d’honneur. Ma peine égale la vôtre. Je perds le général le plus distingué de mes armées, mon compagnon d’armes depuis seize ans, celui que je considérais comme mon meilleur ami. Sa famille et ses enfants auront toujours des droits particuliers à ma protection. C’est pour vous en donner l’assurance que j’ai voulu vous écrire cette lettre, car je sens que rien ne peut alléger la juste douleur que vous éprouverez.

 

Ebersdorf, 31 mai 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

L’Empereur, Monsieur le Duc d’Auerstaedt, m’ordonne de vous faire connaître que son intention est que vous fassiez partir aujourd’hui, à une heure après midi, une de vos divisions d’infanterie, munie de son artillerie. Cette division se dirigera sur Presbourg, et prendra ce soir son bivouac de manière à arriver demain matin de bonne heure sur cette ville, pour y enlever la tête de pont que l’ennemi a commencée sur la rive droite.

 

Ebersdorf, 31 mai 1809, six heures du soir

Au général Vandamme, commandant les troupes détachées du 3e corps, à Mautern

Il est six heures du soir, Général, et nous recevons votre lettre de ce matin à sept heures, par laquelle vous annoncez que l’ennemi tente un passage entre Krems et Hollenburg et que vous marchez à lui. L’Empereur attend avec impatience les détails de ce qui se sera passé cette après-midi. Le général Pajol, avec un régiment de cavalerie, se porte de Klosterneuburg pour vous rejoindre, longeant la rive droite du Danube. Vous aurez sans doute prévenu le prince de Ponte-Corvo et le duc de Danzig; le premier est à Linz, le second doit être à Steyr ou à Lambach. L’ennemi ne peut pas effectuer un passage considérable sans avoir un pont, et vous devez facilement rompre son pont en détachant tous les moulins et les gros bateaux et en les lançant au cours du fleuve. Ce moyen, qui a réussi contre nous sur notre pont d’Ebersdorf, doit avoir le même résultat contre le pont que l’ennemi aurait jeté. Le corps du duc d’Auerstaedt se rassemble, et, selon les nouvelles que nous ne tarderons pas à avoir de vous, il se mettra en mouvement cette nuit. Si vous n’étiez pas parvenu à jeter aujourd’hui l’ennemi dans le fleuve, et que ses démonstrations soient sérieuses, tout ce qui est en ligne de Melk sc replierait derrière l’Enns et couvrirait le prince de Ponte-Corvo et le duc de Danzig. Tout ce qui serait à Saint-Pölten se replierait du côté de Sieghartskirchen et Vienne.

L’armée d’Italie, comme vous le savez, est arrivée à Neustadt.

 

Ebersdorf, 31 mai 1809, huit heures du soir.

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, commandant le 9e corps de l’armée d’Allemagne, au camp de Linz

Le général Vandamme, Prince, vous aura instruit que l’ennemi a, ce matin 31, jeté 1,200 hommes sur la rive droite du Danube. Ce général réunissait ses troupes à sept heures du matin pour marcher à l’ennemi; ce qui aura été pour vous, Prince, une nouvelle raison pour activer votre marche.

Si vous avez été remplacé par le duc de Danzig à Linz, ce maréchal peut vous appuyer par une de ses divisions et par une grande partie de son artillerie, qui peut prendre une position intermédiaire entre Linz et vous. Si l’ennemi, au lieu d’une simple incursion sur la rive droite, veut entreprendre une sérieuse occupation, vous pourrez vous réunir avec le général Vandamme et le duc de Danzig, être placé de manière à contenir l’ennemi, en prenant position à Melk et en le menaçant par son flanc droit. Dans un cas aussi important, Prince, une division bavaroise serait plus que suffisante pour défendre la tête de pont de Linz, puisque enfin, si elle était attaquée sérieusement, ce qui ne paraît pas probable, elle aurait toujours la ressource de passer le Danube et de brûler le pont; bien entendu que pareille opération ne pourrait être justifiée que par la plus impérieuse nécessité. Nul doute, Prince, que, si l’ennemi veut établir un pont à Krems, il ne fasse cette opération avec la plus grande partie du corps de Kollowrath, qui est devant vous, car nous avons toujours ici en présence l’armée ennemie;nous sommes sur la rive gauche du Danube, et par conséquent il ne peut pas se dégarnir devant nous.

Si au contraire, Prince, le duc de Danzig n’a pas reçu l’ordre que je lui ai envoyé de se porter sur Linz, il doit avoir aujourd’hui dépassé Steyr et Amstetten : alors vous appuieriez ce maréchal avec une portion de vos troupes, en ne laissant dans la tête de pont de Linz que ce qui peut être nécessaire pour sa défense. Je vous envoie la copie de la lettre que j’écris au duc de Danzig, auquel j’adresse une copie de celle-ci.

Ebersdorf, 31 mai 1809, huit heures du soir.

Au maréchal Lefebvre, duc de Danzig, commandant le 7e corps de l’armée d’Allemagne

Vous trouverez ci-joint, Monsieur le Duc, la copie de la lettre que j’écris au prince de Ponte-Corvo, parce qu’elle vous est commune. Si vous avez passé Steyr, Monsieur le Duc, el que vous soyez sur Amstetten, continuez votre route avec votre corps d’armée et rendez-vous sur Melk. Écrivez an prince de Ponte-Corvo pour qu’il vous soutienne, et tâchez d’opérer votre jonction avec le général Vandamme. Si l’ennemi a jeté un pont, le moyen de le détruire est de lancer au courant du fleuve les moulins, les radeaux et les gros bateaux.

Vous savez que la tête de l’armée d’Italie arrive ce soir à Neustadt.


 

References   [ + ]

1. Louise-Maximilienne-Caroline-Emmanuelle, princesse de Stolberg-Gedern, née le 21 septembre 1752, décédée à Florence le 29 janvier 1824, veuve de Charles (1lI) Stuart, amie d’Alfieri.
2. En marge de la dépêche on lit ces mots écrits par le major général : «J’ai l’honneur d’observer à Sa Majesté que cette dépêche télégraphique ne me parvient qu’aujourd’hui à Augsbourg, le16 avril, à six heures du matin
3. cf article dédié
4. A ce moment important de la campagne de 1809, il y a plusieurs ordres directs de Napoléon 1er qui n’ont pas été retrouvés. On a cru devoir publier des lettres du major général qui en tiennent lieu. Ces lettres sont d’ailleurs écrites par ordre de l’Empereur, et les minutes en ont été conservées dans l’ancienne secrétairerie d’Etat, parmi les papiers du cabinet impérial.