Correspondance de Napoléon Ier – Avril 1809

Paris, 1er avril 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, répondez au sieur Otto que je ne veux point entendre parler de subsides; que ce n’est point le principe de la France; que cela était bon sous l’ancien gouvernement, parce qu’on avait peu de troupes; mais qu’aujourd’hui la puissance de la France et l’énergie imprimée à mes peuples produiront autant de soldats que je voudrai, et que mon argent est employé à les équiper et à les mettre en campagne.

Faites mettre dans les journaux des articles sur tout ce qu’il y a de provoquant et d’offensant pour la nation française dans tout ce qui se fait à Vienne. Vous pouvez prendre votre texte depuis les premiers armements. Il faut que tous les jours il y ait un article dans ce sens dans le Journal de l’Empire, ou dans le Publiciste, ou dans la Gazette de France. Le but de ces articles est de bien établir qu’on veut nous faire la guerre.

 

Paris, 1er avril 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, faîtes connaître au sieur Durant que je blâme les relations qu’il a eues avec le prince Paul (Paul-Charles-Frédéric-Auguste, prince Paul de Wurtemberg, 19 Janvier 1785-16 avril 1852, fils du roi de Wurtemberg, Frédéric Ier, et beau­ frère de Jérôme Napoléon), que mes ministres ne doivent avoir aucunes relations avec les enfants, à moins qu’elles ne soient publiques et du consentement des parents.

 

Paris, 1er avril 1809

DÉCISION

Il n’y il que les troupes ci­ jointes d’arrivées dans les environs de Würtzburg : les contingents des maisons ducales de Saxe, trois compagnies de la Lippe, quatre des maisons de Swarsbourg (sic), deux de Reuss et deux de Waldeck.

L’uniforme diffère même par bataillon et la solde n’est pas égale; quant à ce second objet j’ai ordonné qu’il n’y aurait, à dater du rassemblement en régiments, qu’une même paye pour tous.

(Würtzburg, 31 mars 1809).

Rouyer

Il faut laisser les unifor­mes différents, faire mettre les épaulettes aux officiers et leur donner des distinctions pour les troupes et laisser les cocardes différentes, puisque chacun appartient à un prince particulier.

 

 

Paris, 1er avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je vous renvoie les états de situation et les dépêches de l’armée d’Espagne. Écrivez au général Reille pour lui apprendre que, dès le 19 de ce mois, l’armée de Saragosse cernait Lérida et occupait Morella, sur les frontières de Valence, à dix lieues de Tortosa ; que le Mortier a de même envoyé reconnaître Montblanch, qui n’est qu’à quatre lieues de Valls, où se trouvait le général Saint-Cyr à cette époque. Tout porte à croire que général Saint-Cyr s’est réuni à l’armée de Saragosse; que Jaca s’est rendu; que s’il attend les Westphaliens pour assiéger Girone, il doit au moins envoyer des colonnes mobiles pour soumettre les environs et faciliter ses communications. Il est donc de la plus grande importance de rétablir et conserver les communications avec le maréchal Ney et le duc de Dalmatie. Écrivez au général Kellermann, à Valladolid, que je suis fort inquiet de ne pas recevoir de nouvelles du maréchal Ney et de ce qui se passe dans la Galice; qu’il faut mettre fin aux insurrections des Asturies, pacifier entièrement tout le nord de l’Espagne et rétablir les communications avec le maréchal Ney. Il  faut avoir un corps de réserve pour être prêt à tout événement. Écrivez au général Junot de tenir tout son corps dans ses mains, autant que possible; de placer une garnison à Jaca, d’envoyer des colonnes mobiles pour rétablir les communications avec les frontières de France et culbuter les retranchements que l’ennemi a pu faire, masquer Lerida et maintenir des débouchés sur Valence; qu’il envoie commander à Jaca l’adjudant commandant Lomet; qu’il peut diminuer la garnison de Pampelune, et surtout qu’il manoeuvre de manière à rendre le 5e corps disponible.

Envoyez cette lettre au commandant de l’Aragon par un officier; celles au maréchal Jourdan et au maréchal Kellermann par l’estafette. Enfin, réitérez au Roi l’importance d’ouvrir et entretenir les communications avec le duc de Dalmatie et le maréchal Ney; sans cela il n’y a rien à faire.

Écrivez au maître des requêtes Fréville qu’on ne sait comment il a pu prétendre que l’Empereur avait voulu faire mettre sous le séquestre de la commission des biens autres que ceux des dix condamnés; il est vrai que les Espagnols ont eu tort de se faire justice eux-mêmes, de manquer par là aux égards dus à l’Empereur; mais il avait eu tort le premier, en faisant séquestrer plus que les biens des condamnés.

 

Paris, 1er avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Strasbourg

Mon Cousin, donnez ordre au duc d’Auerstaedt de porter son quartier général à Nuremberg, et de diriger sur Ratisbonne la division Saint-Hilaire, la division de grosse cavalerie du général Nansouty et les sept régiments de cavalerie légère de la division du général Montbrun; ce qui fera cinq régiments d’infanterie et treize régiments de cavalerie à Ratisbonne. Vous lui prescrirez de laisser du côté de Bayreuth une de ses divisions, d’en avoir une avec lui à Nuremberg et d’en une troisième entre Nuremberg et Ratisbonne. Donnez ordre au général Dupas de se rendre avec sa division à Würzburg.

 

 Paris, 1er avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez au général Kellermann de faire tout ce qu’il pourra pour rétablir les communications avec le duc d’Elchingen et de réunir à cet effet le plus de forces possible.

Écrivez au due d’Abrantès de réunir le 5e corps et de le diriger sur Burgos.

Réitérez au Roi qu’il faut surtout qu’il porte son attention sur le nord, et que, si la Romana continue à se maintenir plus longtemps entre la Galice, le Portugal et la Vieille-Castille, il faut s’attendre à beaucoup d’événements malheureux; qu’il faut donc marcher  à lui et le défaire sur-le-champ; qu’il est fort malheureux que cela ne soit pas fait depuis longtemps; que les Anglais instruits de cela feront un débarquement à Vigo; ce qui pourra compromettre sérieusement le duc d’Elchingen

 

Paris, 2 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Strasbourg

Mon Cousin, le corps d’Oudinot doit être à l’heure qu’il est, fort le 18,000 hommes, ou du moins ce qui peut manquer pour le compléter à ce nombre est en route. Je viens d’ordonner la formation de douze bataillons de marche d’Oudinot, indépendamment des quatorze premiers, que je regarde déjà comme dissous. Ces nouveaux bataillons de marche comprendront soixante compagnies, qui, à 140 hommes chacune, feront un supplément de 8,400 hommes. Le corps d’Oudinot sera donc, vers la fin d’avril, de près de 28,000 hom­mes, ce qui ferait 14,000 hommes par division. Il ne tardera pas non plus à recevoir les quatre bataillons qui sont au camp de Bou­logne; ce qui porterait la force de ce corps à 30,000 hommes ou à 15,000 hommes par division. Ce serait évidemment·former des divisions trop fortes et pas suffisamment maniables; mon intention sera alors de revenir à l’organisation primitive que j’avais donnée à ce corps et d’en former trois divisions, chacune de 8 à 10,000 hommes. Cela ne changera rien à la formation des demi-brigades qui se trouveront toutes portées à 2,520 hommes; les bataillons, de six compagnies, seront tous au complet de l’ordonnance; il n’y aura égale ment rien à changer à chaque brigade, qui restera composée de deux demi-brigades ou de 5,000 hommes; il n’y aura seulement qu’à retirer une demi-brigade de ligne et une demi-brigade d’infanterie légère de chaque division pour former la 3e division. Les renseignements que je reçois de la plupart des dépôts m’annoncent qu’ils ont déjà habillé et équipé tous leurs conscrits, et que l’on peut compter que, dans le courant d’avril, le corps d’Oudinot recevra l’augmentation de 8 à 9,000 hommes, et l’armée du Rhin celle de 4 à 5,000 hommes, montant des deux dernières compagnies de leurs 4e bataillons.

 

Paris, 2 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Strasbourg

Mon Cousin, donnez ordre que tous les sapeurs, mineurs, ouvriers d’artillerie, compagnies d’artillerie, destinés pour le quartier général, les officiers à la suite de l’état-major, etc., se rendent à Donauwoerth, où est formé le quartier général. La division Saint-Hilaire est arrivée à Bamberg le 31 mars. Le duc d’Auerstaedt, conformément à l’ordre qu’il a reçu, l’aura dirigée à  Nuremberg. L’ordre que vous lui avez expédié de se diriger sur Ratisbonne la rencontrera probablement en marche. Je suppose que, du 6 au 10 avril, toute la division Saint­ Hilaire sera réunie à Ratisbonne avec la division Nansouty et la division Montbrun, et que le duc d’Auerstaedt aura son quartier général à Nuremberg. Ainsi donc, du 6 au 10 avril, j’aurai à Ratisbonne et aux environs la division Saint-Hilaire avec son artillerie et treize régiments de cavalerie. Il sera nécessaire que le régiment provisoire de grosse cavalerie qui est à Donauwoerth se mette en marche pour rejoindre ces régiments à Ratisbonne.

 

Paris, 2 avril 1809

Au général comte Bertrand, commandant le génie de l’armée d’Allemagne, à Strasbourg

Monsieur le Général Bertrand, faites reconnaître une ligne dont la droite s’appuierait à Kufstein, dont le centre serait couvert par le lac dit Chiem-See, et qui ensuite suivrait la rivière d’Alz jusqu’à son confluent dans l’Inn près de Marktl.

 

Paris, 2 avril 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, les affaires d’Espagne vont mal. Comment est-il pos­sible que vous restiez tant de temps sans avoir des nouvelles du duc d’Elchingen, et que, malgré les mouvements de La Romana entre la Galice et la Castille combinés avec l’insurrection des Asturies, vous fassiez marcher la division Lapisse sur le midi, au lieu de l’employer dans le nord ? Je ne comprends rien à tout cela, et je ne puis prévoir que des malheurs. Le nord va de nouveau s’insurger, et les pertes que je ferai pour apaiser tous ces soulèvements partiels équivaudront à une grosse affaire perdue.

Vous vous leurrez de la soumission de La Romana et de fausses nouvelles. Pendant ce temps, les débris de La Romana se réorganisent, et voilà un mois qu’on les laisse tranquillement se reformer. Dans les affaires d’Espagne, le nord passe avant tout. Le rétablissement des communications avec le duc d’Elchingen est donc la première de toutes les opérations.

 

Paris, 2 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

J’ai donné des lettres de service pour l’armée d’Italie au général Macdonald; il va s’y rendre incessamment. Cet officier a des talents et du nerf; mais je ne me fie point à ses opinions politiques. Cependant les choses sont bien changées ; je suppose qu’il vous servira de tous ses moyens, et qu’il voudra gagner le grade où ses talents et ses anciens services l’appellent.

Je ne lui ai rien dit; il sera employé comme général de division; mais ce sera un des généraux que vous pourrez employer à commander une aile. Cette grâce, qu’il recevra de vous, vous l’attachera entièrement.

Je crois vous avoir mandé d’envoyer un de vos officiers aux avant-postes bavarois, à la source de la Drave, pour avoir des ren­seignements.

Vous ne me parlez pas de la colonne qui doit être partie de Vérone; on a mis, je ne sais pourquoi, quinze jours de retard dans la marche de cette colonne. Faites-lui traverser, le Tyrol à grandes marches.

Il me semble que votre intention est de commencer votre tournée par Montebaldo et Trente; vous reviendrez alors par les gorges de la Brenta. Reconnaissez bien la position près de Caporetto, où je fis bâtir une petite chiuse, et où je remportai, dans mes premières campagnes, un avantage très important contre les Autrichiens.

Le général de division Caffarelli est un officier important, qui a un grand usage de la guerre, une grande activité, beaucoup de zèle, et qui vous sera fort utile.

 

Paris, 3 avril 1809

Au général baron Sahuc, commandant la 19e division militaire, à Lyon

DÉPÊCHE TÉLÉGRAPHIQUE

Les 1,400 Portugais qui ont passé à Lyon étaient-ils en bon état, bien armés, équipés ? Se sont-ils bien comportés ? Ont-ils montré un bon esprit ?

 

Paris, 3 avril 1809

NOTES SUR LES DEMI-BRIGADES PROVISOIRES DE RÉSERVE.

On pourrait réunir à Strasbourg et à Mayence un corps d’armée de réserve, qui serait composé des six demi-brigades ci-après : la 5e, qui se réunit à Sedan, forte de 2.400 hommes; la 9e, à Wesel, de 2,520; la 10e, à Mayence, de 2,520; total, 7,140 hommes; la 11e, à Strasbourg, de 2 ,520; la 12e, à Strasbourg, de 2,520; la 13e, à Metz, de 3,360; total, 8,100 hommes. Ces deux brigades, composées de dix-neuf bataillons, présenteraient une force de 15,840 hommes.

On en formerait deux divisions. La première se réunirait à Strasbourg et serait composée des 11e, 12e et 13e; ce qui ferait une force de 8 à 9,000 hommes; elle pourrait se porter sur les derrières de l’armée et partout où il serait nécessaire. La seconde division, composée des 5e, 9e et 10e, serait d’environ 7 à 8,000 hommes; elle pourrait se porter au secours du royaume de Westphalie, de Hambourg et de la Hollande, et même se porter sur Boulogne, s’il était nécessaire. Mayence serait le vrai point de réunion.

Les 3e et4e demi-brigades provisoires qui se réunissent à Paris, fortes de 4,800 hommes, formeraient une autre réserve qui pourrait se porter également sur Boulogne, le Havre, Cherbourg et sur la Bretagne. Cette réserve, combinée avec celle des côtes de Boulogne, pourrait former un corps de 10,000 hommes, soit sur Boulogne, soit sur le Havre, soit sur Cherbourg; combinée avec la réserve de Pontivy, elle formerait avec la même promptitude un corps de 10,000 hommes en Bretagne.

Quant aux réserves d’Italie, elles ont leur but fixe.

 

Paris, 3 avril 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Il Y a un ouvrage sur Souwarow où se trouvent beaucoup de mauvaises notes. On dit cet ouvrage fait par un abbé. Il faut mettre les scellés sur les papiers de cet abbé, faire cartonner toutes les notes et même faire arrêter la publication de l’ouvrage, qui est tout à fait antinational.

 

Paris, 4 avril 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, renvoyez-moi le projet de note que vous devez passer en réponse à M, de Metternich. J’ai voulu le relire hier au soir et ce matin, et je ne l’ai point trouvé dans mes papiers.

 

Paris, 4 avril 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, remettez demain votre note à M. de Metternich. Je vous renvoie les deux notes de cet ambassadeur.

NOTE REMISE PAR LE COMTE DE CHAMPAGNY M. LE COMTE DE METTERNOCH

Paris, 4 avril 1809.

Le soussigné, ministre des relations extérieures, a l’honneur de répondre aux notes de S. Exc. M. l’ambassadeur d’Autriche, des 1er et 3 avril, par lesquelles Son Excellence réclame le visa du ministre sur le passe-port d’un courrier qu’elle se propose d’expédier. Si ce visa n’a pas encore été apposé, c’est qu’il n’est pas au pouvoir du ministre de garantir, par aucune formalité quelconque, les dépêches de M. l’ambassadeur des suites de la représaille que Sa Majesté a ordonné aussitôt qu’elle a été instruite de la violence exercée à Braunau sur un officiel français, porteur des dépêches de son chargé d’affaires à Vienne, et de l’attentat inouï dont l’ouverture de ces dépêches, faite en présence même de celui qui en était porteur, a présenté l’exemple . Jusqu’à ce que la cour de Vienne ait donné sur ce procédé les explications satisfaisantes qu’on est en droit d’attendre, et que les dépêches enlevées soient parvenues au soussigné dans leur intégrité, cette juste représaille sera maintenue. Les dépêches qui seraient saisies, mises en dépôt, serviront à garantir la sûreté de la correspondance du chargé d’affaires de France à Vienne. Il en coûte beaucoup à l’Empereur d’avoir à exercer une pareille représaille; mais le même principe qui l’a déterminé à opposer des armements à des armements lui impose le devoir de venger une insulte par une insulte, comme aussi, si le cas se présentait, de repousser la force par la force. Entre gouvernements indépendants, il n’y a d’autre justice qu’une stricte réciprocité. Ainsi, contraint à des mesures qui contrarient tous ses vœux et qui étaient loin de sa pensée, l’Empereur peut au moins se rendre le témoignage qu’il n’a eu l’initiative d’aucune d’elles.

 

Paris, 4 avril 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je ne vois pas de difficulté à ratifier le traité qu’a fait le sieur Bourgoing. Je suis seulement fâché qu’il n’ait pas spécifié ce que devait coûter chaque chose. J’écris au ministre de la guerre d’envoyer à Varsovie un sous-inspecteur de aux revues, probe et instruit, pour  régler tous les détails d et vérifier l’accroissement en hommes des différents corps. Envoyez-lui la copie de la convention. Faites en même temps connaître au sieur Bourgoing que j’ai ordonné qu’on fît passer à Varsovie les sommes nécessaires pour payer ce qui sera dû pour mars, avril et mai, en partant du jour où l’on a commencé à lever des hommes.

Répondez à mon ministre près le roi de Wurtemberg que je partage les sentiments du Roi sur un acte aussi inouï que la déclaration du ministre d’Autriche; mais il a toujours été dans l’arrière-pensée de celte puissance de redevenir souveraine maîtresse de l’Allemagne. Le Roi a très-bien fait de rappeler son ministre. La lettre du Roi et celle du général autrichien sont propres à mettre dans la collection des pièces relatives à l’Autriche. Faites prendre des renseignements sur cet officier général, et sachez comment il se conduit dans les différents événements.

 

Paris, 4 avril 1809

Au comte Defermon, directeur général de la liquidation de la dette publique, à Paris

Monsieur Defermon, la grande-duchesse de Toscane m’écrit que, dans le seul département de l’Arno, il y a 400 curés qui se trouvent sans pain. Ils avaient leur portion congrue sur les monastères et sur la dépositairerie générale; mais, lorsqu’on a réuni tous ces fonds au Domaine, on n’a pris aucunes mesures pour payer les curés. Je désire que vous approfondissiez cette affaire, et que dans la première conférence vous me proposiez les moyens d’y remédier. Tout ce qui con cerne la Toscane est très-important. Apportez-moi votre travail jeudi. Je désire faire ce qui sera convenable pour contenter le pays.

 

Paris, 4 avril 1809

NAPOLÉON.

A M. Germain, officier d’ordonnance de l’Empereur, à Paris

Monsieur Germain, officier d’ordonnance, vous vous rendrez à Munich en toute diligence, et, après avoir vu M. Otto et vous être fait présenter au Roi, vous vous dirigerez sur Kufstein, où vous res­terez jusqu’à nouvel ordre, Vous m’écrirez tous les jours et vous adresserez vos lettres à M. Otto, Vous conviendrez avec ce ministre d’un chiffre pour correspondre. Si Kufstein était assiégé, vous vous enfermeriez dans la place avec la garnison, que vous engagerez à faire son devoir. Jusqu’à ce que les hostilités commencent, parcourez toutes les frontières voisines, que vous étudierez pour bien connaître le pays. Enfin vous me rendrez compte de tout ce qui se passera de votre côté, en adressant tous vos rapports à M. Otto. Vos chevaux suivront le quartier général.

 

Paris, 4 avril 1809

A M. de Montesquiou, officier d’ordonnance de l’Empereur, à Paris

Vous vous rendrez à Munich en toute diligence, et, après avoir vu M. Otto, le maréchal duc de Danzig, et vous être fait présenter au Roi, vous irez à Passau, où vous resterez jusqu’à nouvel ordre. Vous conviendrez avec M. Otto d’un chiffre pour correspondre, si les che­mins devenaient peu sûrs. Vous écrirez tous les jours, en adressant vos lettres à M. Otto, et les lui faisant parvenir par estafette s’il s’agit de quelque chose d’important. Vous m’enverrez tous les renseignements que vous pourrez recueillir sur les mouvements de l’ennemi et sur sa force à Linz et le long de l’Inn. Vous m’informerez tous les jours du progrès des travaux que l’on fait aux fortifications, ainsi que de l’état des magasins, enfin de tout ce qui peut m’intéresser. En cas de siége, vous vous enfermerez dans la place.

 

Paris, 4 avril 1809

Au comte Aldini. Ministre secrétaire d’État du royaume d’Italie, en résidence à Paris

Le Vice-Roi va faire une tournée. Il emmène probablement avec lui le ministre de la guerre ; mais je suppose que le ministre des finances restera à Milan. Écrivez à ce dernier pour que tous les jours il corresponde avec vous et vous fasse connaître ce qui vient à sa connaissance, afin que je sache ce qui se passe à Milan. Dès le 15, on pourra correspondre avec Milan par le télégraphe. Il faut que tous les jours vous écriviez et qu’on vous écrive  par cette voie. Si le ministre de la guerre restait à Milan, ce serait avec lui que je désirerais que cette correspondance eût lieu.

 

Paris, 4 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, il paraît que le résultat du voyage du prince Ferdinand à Vienne a été de faire renforcer leur armée d’Italie. Ces messieurs s’étaient imaginé que vous n’aviez personne ; mais, d’après les mou­vements que vous avez faits, ils commencent à être persuadés que vous êtes très-nombreux. Faites tout ce qui sera possible pour mena­cer Trieste. Je crois qu’il serait convenable de faire faire des baraques dans le camp d’Osoppo, de manière à pouvoir y placer 8 à 10,000 hommes; ce qui, avec une division de même force, qui serait au camp de San-Daniele, et une autre aux environs de Gemona, ferait trois divisions, qui pourraient se porter, en une marche et demie, sur la Pontebana, sans que l’ennemi en sût rien.

Pendant votre absence, je désire correspondre tous les jours avec Milan. Chargez le ministre des finances d’écrire exactement à Aldini. A dater du 15 avril, il pourra se servir du télégraphe; chargez-le également de recevoir tons les jours les communications télégraphi­ques. Si le ministre de la guerre restait à Milan, je désirerais que ce fût lui qui fût chargé de cette correspondance. Il est nécessaire qu’il y ait un chiffre entre vous et mon cabinet, afin de pouvoir correspondre sûrement pour les choses les plus importantes; je donne ordre qu’on vous en envoie un.

 

Paris, 4 avril 1809

A Élisa, grande duchesse de Toscane, à Florence

Ma Sœur, j’ai reçu votre lettre du 24 mars. J’approuve que le car­dinal Zondadari donne sa démission de son siège de Sienne et vous soit attaché comme premier aumônier. Il est nécessaire que vous présentiez les personnes que l’on peut nommer pour composer votre Maison.

Il faut aussi faire des propositions positives pour le remplacement des maires de Florence, de Livourne, et pour les nominations qui doivent placer partout des sous-préfets capables.

 

Paris, 5 avril 1809

NOTE POUR M. CRETET, COMTE DE CHAMPMOL, MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, À PARIS

Faire un rapport sur l’État de la navigation du Pô, pour le Tanaro. Faire connaître quels sont les auditeurs attachés aux ponts et chaussées, quelle répartition en a été faite, quels sont ceux qui ont commencé leurs tournées. Rédiger une instruction sur leur service et la présenter à Sa Majesté.

 

Paris, 5 avril 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je voudrais avoir un homme parlant parfaitement l’allemand et un peu relevé, pour mettre à la tête de mon espionnage en Allemagne. Je voudrais un homme probe, auquel on pût confier de fortes sommes sans craindre qu’il les détournât à son profit, un homme connaissant l’Autriche et la Bohême. Il aurait sous ses ordres des agents de police. Il pourrait même en ramasser beaucoup de ceux qui ont servi les armées autrichiennes, du côté de Strasbourg. Faites une enquête là-dessus, et rendez-moi compte du résultat.

 

Paris, 5 avril 1809

Au comté Fouché, ministre de la police générale, à paris

Faîtes insinuer à la comtesse d’Albany qu’elle ait à quitter Florence et l’Italie et à se rendre en France

1)Louise-Maximilienne-Caroline-Emmanuelle, princesse de Stolberg-Gedern, née le 21 septembre 1752, décédée à Florence le 29 janvier 1824, veuve de Charles (IlI) Stuart, amie d’Alfieri.

 

Paris, 5 avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez l’ordre au général Suchet de rendre à Saragosse et de prendre  le commandement du 3e corps. Le duc d’Abrantès reviendra aussitôt qu’il sera remplacé par le général Suchet.

 

Paris, 5 avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, écrivez au duc d’Abrantès qu’avant de quitter l’Aragon il s’occupe de régler trois points importants: 1° d’arrêter avec le commandant du général le plan d’une forteresse à Tudela et d’un réduit sur les hauteurs, avec des flèches détachées qui maintiennent la communication avec la rivière; ces ouvrages seront d’abord faits en terre, mais de manière à pouvoir être revêtus successivement et à devenir une bonne forteresse; 2° de mettre en état siége le fort de Saragosse, et d’y faire placer dix mortiers pour commander la ville; 3° de faire évacuer toute l’artillerie sur la France.

Il est nécessaire qu’il y ait à Saragosse un colonel du génie formant direction et chargé de la conservation des fortifications de Jaca et des détails de celles de Tudela, et de la citadelle de Burgos.

Il faut qu’il y ait également à Burgos un autre directeur chargé du détail des fortifications de Burgos, de Miranda, et de tout ce qui est relatif au Passage et à Saint-Sébastien.

Donnez des ordres pour qu’on travaille sans délai aux ouvrages que j’ai arrêtés pour Miranda, tout en continuant avec la plus grande activité les ouvrages de Burgos.

Ayez soin de suivre de temps en temps la correspondance relative aux fortifications de Tudela, de Miranda, de Burgos et du fort de Jaca. Il faut que Jaca rétablisse promptement et maintienne sa communication avec la France, par Pau.

 

Paris, 5 avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, il ne faut point placer de prisonniers de guerre dans aucun des dix-huit départements de l’Ouest. Je vois avec peine qu’il y en a à Angers; faites-les-en partir sur-le-champ. Ces prisonniers fourniront des déserteurs, qui formeront promptement un noyau de bandits. Cela a été recommandé depuis longtemps; on a eu tort de violer ce principe.

 

Paris, 5 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Strasbourg

Mon Cousin, la route de l’armée sera par Strasbourg, Stuttgart et Ulm. La route du corps du duc d’Auerstaedt sera par Anspach, Ellwangen, Stuttgart et Strasbourg. Ce changement de direction aura lieu à dater du 15 avril.

 

Paris, 5 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Strasbourg

Mon Cousin, je vous renvoie les lettres du duc d’Auerstaedt, du 30 mars. Faites-en part aux généraux Songis et Bertrand, pour qu’ils réunissent l’artillerie et les sapeurs qui ne sont pas nécessaires aux différents services de l’armée, sur Ingolstadt. Répondez au duc d’Auerstaedt qu’il faut garder Stettin comme il est, et laisser les habitants tranquilles. Donnez ordre au général Dupas, quand il passera par Würzburg, d’incorporer le 4e bataillon du l9e , qui s’y trouve, et de renvoyer le cadre au dépôt.

 

Paris, 5 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Strasbourg

Mon Cousin, témoignez mon mécontentement au duc d’Auerstaedt de ce que ses avant-postes ont violé le territoire autrichien. Il y a un moyen de ne pas s’exposer à de pareils évènements, c’est de se tenir à une ou deux lieues en arrière.

 

Paris, 5 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Strasbourg

Mon Cousin, répondez au duc d’ Auerstaedt que, la Saxe étant menacée, il est juste que les troupes saxonnes se concentrent toutes devant Dresde; que le duché de Varsovie n’est pas menacé; qu’il y a plus de forces qu’il n’en faut pour le garder, et que d’ailleurs, d’après les dispositions de la Russie, l’Autriche aura bien autre chose à pen­ser. Envoyez des ordres directement pour que les troupes saxonnes reviennent du duché de Varsovie à Dresde, en laissant le Roi maître de faire rester une compagnie d’artillerie saxonne avec les Polonais. Je vois qu’il y a déjà aux environs de Dresde 10,200 hommes d’in­fanterie, 2,400 de cavalerie et 1,000 d’artillerie; au total, 14,000 hommes autour de la ville; il va en revenir de Pologne à peu près 4,000; ce qui fera en tout 18,000. II y a en outre 4,200 hommes en garnison dans la ville, 1,123 hommes de cavalerie non montés et en marche sur Dresde, et 800 hommes formant deux bataillons de dépôt près de Meissen; total, 6,123 hommes; total général, 24,000 hommes. Vous trouverez ci-joint l’état d’où je tire ces renseignements.

Écrivez au prince de Ponte-Corvo pour qu’il fasse connaître si Dresde se trouverait à l’abri d’un coup de main, en y laissant un bon commandant et 4 à 5,000 hommes; et, en supposant que la famille royale se retirât sur Leipzig, si l’on pourrait avoir ainsi le reste des troupes saxonnes disponibles, c’est-à-dire 18,000 Saxons prêts à se porter partout où il serait nécessaire. Recommandez au prince de Ponte-Corvo, dans le cas où la guerre viendrait à être déclarée inopinément, de faire retirer la famille royale sur Leipzig et Erfurt, et même sur la France si cela convenait au Roi; de laisser garnison à Dresde, et de se diriger avec toutes les troupes saxonnes disponibles sur l’armée française, en manœuvrant pour la joindre du côté du Danube. Faites connaître ma satisfaction au duc d’Auerstaedt des mesures qu’il a prises relativement aux sapeurs.

 

Paris, 5 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-toi d’Italie, à Milan

Mon Fils, vous m’avez envoyé un état d’après lequel je vois qu’il y a 140 places d’officiers vacantes dans votre armée; j’ai écrit au ministre de la guerre à ce sujet; mais, avant que les remplacements puissent avoir lieu par cette voie, il s’écoulera trop de temps. En­ voyez-moi, sans délai, des propositions pour toutes les places vacantes. Deux heures après la réception du projet de décret, je vous le ren­verrai signé. Attachez-vous à faire de bons choix; ne prenez pas trop de jeunes gens; il y a beaucoup de vieux capitaines, de vieux lieute­nants, de vieux sous-lieutenants, qui ont fait la guerre el qu’il faut pousser de préférence.

 

Paris, 5 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’approuve fort que vous ayez préparé six pièces de 6 sur affûts de montagne, pour suivre l’armée; mais voici ce qu’il faudrait faire pour compléter cette idée : organiser un équipage de montagne à la suite de l’armée, qui consisterait en quatre pièces de 6 sur affûts de traîneau et deux obusiers. Les pièces et les obusiers existent à votre parc de campagne; Vous n’aurez pas besoin de les avoir doubles. A Mantoue, on construira, en dix jours, ces affûts de traîneau tels que je m’en suis servi dans ma guerre des Alpes. Vous aurez ainsi douze pièces d’artillerie de montagne; ce qui fait un équipage rai­sonnable, et qui va partout où peut passer un cheval.

Il faudra 150 coups à tirer par pièce, c’est-à-dire 600 coups pour les quatre pièces de 6 et 300 pour les deux obusiers.

Il est nécessaire d’avoir pour cet approvisionnement dix petits caissons portés à dos de mulet. Il faut aussi organiser deux brigades de mulets de bât, chacune de 36 mulets, dont vingt chargés de cartou­ches de 6, trente chargés de cartouches d’obusiers, et vingt-deux charges de cartouches d’infanterie. Moyennant cela, vous pouvez tenir une division de 8 à 10,000 hommes dans la montagne, et être cer­tain qu’elle ne manquera pas d’artillerie et de cartouches.

 

Paris, 5 avril 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

J’ai donné ordre qu’on finît les affaires de Rome et qu’on détruisît ce foyer d’insurrection. D’ailleurs des correspondances ont été trouvées entre les agents de la cour de Rome et les Anglais, qui prouvent que le Pape prête son influence pour agiter les Italiens. Au reçu de lettre, faites diriger des colonnes sur la frontière, pour ensuite les porter avec la rapidité de l’éclair sur Rome. Je donne le même ordre en Toscane. Je désire que Saliceti reste à Rome pour conseiller le général Miollis, qui doit organiser un nouveau gouvernement. Vous pouvez donner l’assurance que le Pape restera évêque et ne se mêlera plus des affaires temporelles.

 

Paris, 5 avril 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, je reçois votre lettre du 1er. Je suis bien aise que l’affaire du général Vandamme soit arrangée; c’est un officier qui a beaucoup de mérite militaire. La démarche de l’Autriche est injuste, révoltante et insensée. Avant que Votre Majesté fasse occuper Mergentheim, je pense qu’il est nécessaire que son ministre soit arrivé. Il faut encore voir jusqu’à la fin du mois comment tout ceci va se passer.

 

Paris, 6 avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Donnez ordre que les citadelles de l’île d’Oléron et de l’île de Ré soient armées et mises en état de défense.

 

Paris, 6 avril 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Strasbourg

Mon Cousin, vous devez avoir reçu l’ordre de faire diriger de Hanovre sur Würzburg la division Dupas. Si vous ne l’aviez pas encore expédié, ne perdez pas un moment à le faire. Vous avez dû donner l’ordre à la division Saint-Hilaire, à la division de cavalerie légère du général Montbrun et à la division de grosse cavalerie du général Nansouty, de se porter sur Ratisbonne. Vous avez dû donner l’ordre au duc d’Auerstaedt de porter son quartier général à Nuremberg. Mandez-lui d’approcher sa division de cuirassiers et une ou deux de ses divisions de Ratisbonne, de manière qu’elles puissent s’y réunir en un jour. A cet effet, la division Saint-Hilaire aura tous ses postes sur la rive droite du Danube, ainsi que les divisions Montbrun et Nansouty. La division Saint-Hilaire n’en aura sur la rive gauche que tout au plus à deux ou trois lieues de Ratisbonne. Les Badois et les Hessois doivent avoir rejoint leurs divisions respectives. J’attends avec impatience de savoir quand ces mouvements auront lieu. Vous ferez connaître au général Dupas que la division Rouyer, composée des contingents des petits princes, formant 11,000 hommes, est sous ses ordres. Ainsi le général Dupas aura une belle division de deux brigades, une française de 5,000 hommes; et l’autre allemande de 6,000 hommes, formant 11,000, et douze pièces de canon. Vous donnerez l’ordre que les sapeurs de Würzburg soient dirigés sur le parc général du génie, à Ingolstadt. Aussitôt que vous serez informé de l’arrivée à Ratisbonne de la division Saint-Hilaire et des divisions Montbrun et Nansouty, vous donnerez l’ordre au quartier général et aux parcs du génie et de l’artillerie de se rendre de Donauwoerth à Ingolstadt.

 

Paris, 6 avril 1809

Au général comte Bertrand, commandant le génie de l’armée d’Allemagne, à Strasbourg

Je vous envoie un projet du général Chambarlhiac. 1° La manière dont il propose d’occuper le Spitzberg paraît défectueuse et contraire aux principes. Sur une étendue de 500 toises, il se trouve trois points attaquables; il faut donc que ces trois points soient bien éga­lement fortifiés, et de plus ôter la crainte d’un débarquement, en gardant 400 toises de flanc du côté de l’Inn et 350 du côte du Danube. Il doit exister sur le Spitzberg un point culminant, soit au centre de la position, soit sur l’un des côtés. C’est sur ce point qu’il faut con­struire un fort ferme. Une fois ce fort construit, il n’y aura rien à craindre; l’ennemi n’ira pas se placer entre le fort et la ville dans un rentrant de 400 toises ; il ne cherchera pas à débarquer par l’Inn ou par le Danube ; il serait foudroyé pr ce fort et par l’enceinte.

2° L’enceinte. Il faut chercher à la fortifier. Une bonne demi-lune placée vis-à-vis une des portes, dans un endroit non domin´´e, flanquerait bien l’enceinte et favoriserait la rentrée des troupes. Il faut chasser les particuliers des tours  de l’enceinte, dans lesquelles ils se sont établis, et armer ces tours avec du petit calibre.

3° Le Fuchsberg doit avoir une petite redoute de 2 à 300 toises de développement. Ce serait une position bien dominante, déjà favorisée par la disposition  du terrain.

4° La tête de pont de l’Inn est nécessaire ; mais, puisqu’il est nécessaire d’occuper le Hammerberg, on ne voit pas pourquoi on se place du côté de gauche aux Jésuites et à droite à la Madelaine; c’est exposer ces deux points à être attaqués par l’ennemi; il paraît bien plus conforme aux règles de se placer comme nous l’avons tracé, de manière que toute cette branche soit flanquée par la tour n° 2 et par l’enceinte de la place. Il y a, du bord de la rivière au sommet de la redoute, 220 toises; il faudrait que cela formât un seul front; enfin il faut le tracer de manière qu’on soit défendu par la tour n° 2.

Même observation pour le Voglauberg.

Ainsi l’on voudrait que les deux redoutes du Voglauberg et du Ham­merberg tirassent leur défense de la rive gauche de l’Inn, ou du moins des ouvrages qu’on établirait sur la rive droite et sur le bord de l’Inn; qu’ils tirassent également défense du réduit, et que les palissades du chemin couvert fussent tracées de manière à n’être point attaquées et à faire un rentrant sur les bords de l’Inn.

Quant au réduit, il me paraît d’une figure bien bizarre; il me semble qu’il serait possible de le simplifier dans son tracé. Pourquoi trois petits bastions, au lieu d’un beau front ? Je désirerais donc, 1° que les deux redoutes de Voglauberg el de Hammerberg, éloignées de 250 toises du réduit, tirassent leur défense des bords de l’Inn et du réduit même; 2° que le réduit opposât un front simple de 200 toises, se fermant à gauche par des ouvrages et réduits. Le réduit, tel qu’il est tracé, n’offre pas assez de capacité. Qu’est-ce qu’un ouvrage qui n’a pas 40 toises de profondeur sur une longueur de 200 toises ? Cet ouvrage, ainsi étranglé, ne peut rien contenir. Il serait plus convenable d’embrasser toute la montagne, Si elle forme un trapèze, ainsi que l’annonce le dessin, il faudrait y tracer un triangle équilatéral de 150 toises de côté ; ce qui donnerait des défenses pour les lunettes.

Donnez des instructions là-dessus. Ce projet me paraît médiocrement conçu.

 

Paris, 6 avril 1809.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Je fais donner l’ordre au contre-amiral Leissègues de se rendre à Venise. Il mènera avec lui un capitaine de vaisseau, chef des mouvements, 3 capitaines de frégate, 18 lieutenants ou enseignes, 30 contre­ maîtres et l50 canonniers de marine; ce qui fera environ 200 hommes de marine indispensables pour la défense de Venise, et qui serviront avec la marine vénitienne. Ces officiers n’auront à se mêler en rien de ce qui regarde l’arsenal et seront sous les ordres du gouverneur de la ville. Donnez des ordres pour qu’on réunisse un grand nombre de radeaux et autres bâtiments armés de canons et d’obusiers, pour défendre les canaux et les lagunes et présenter partout un grand feu. On pourrait préparer six grands radeaux portant chacun quatre grosses pièces de 24, lesquels pourraient se réunir et se concentrer partout où l’ennemi travaillerait. Ces radeaux devraient avoir des épaulements pour mettre à l’abri du boulet. Le temps arrive de s’occuper de l’approvisionnement de Venise, Mantoue et Legnago.

 

Paris, 6 avril 1809

A Elisa, grande-Duchesse de Toscane, à Florence

Ma Sœur, ayez soin qu’on n’établisse à Florence aucune espèce de jeux. Je n’en souffre ni à Turin ni dans aucun point de l’Empire; c’est un sujet de ruine pour les familles et un mauvais exemple à donner. J’en tolère seulement à Paris, parce que, dans cette immense ville, on ne pourrait pas les empêcher, et que c’est un moyen dont se sert la police. Mais mon intention est qu’il n’yen ait dans aucune autre partie de mon empire.

 

Paris, 6 avril 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Qu’est-ce que c’est que le baron de Montry, émigré français au service de l’Autriche ? Quest-ce que c’est qu’un M. de Fresnel qui sert dans l’armée de Bohême avec MM. De Rohan et Wacquant, Français ?

 

Paris, 7 avril 1809

A Elisa, Grande-Duchesse de Toscane, à Florence

Ma Sœur, j’ai donné ordre que la place de Livourne fût mise en état de défense et armée sans délai ainsi que ses trois forts. Il est donc nécessaire que, sans perdre un moment, vous donniez l’ordre aux directeurs d’artillerie et du génie. De faire mettre quarante à cinquante pièces de canon sur les remparts, de relever les parapets, de rétablir les plates-formes et de réparer la ville. Il est nécessaire que vous la fassiez approvisionner de poudre, de cartouches et de tout ce qui est nécessaire pour soutenir un siége.  Indépendamment de l’armement général, il doit y avoir un armement particulier pour les trois forts qui serviraient de réduit à la garnison si elle ôtait forcée, ou en cas d’insurrection. La garnison, étant moindre de 1,000 hommes, couchera dans les forts; et les principaux magasins seront dans les forts. La consigne doit y être très-sévère, et aucun bourgeois ne doit y entrer. Après le relèvement des parapets, le plus important est de s’assurer que les fossés sont pleins d’eau et qu’il y a des écluses et des batardeaux qui permettent d’y faire passer les eaux. Après cet objet important, le pa­lissadement des chemins couverts, le rétablissement des ponts-levis pour fermer les portes, des barrières aux glacis, sont de la plus grande urgence. Faites travailler, dès à présent, à ces différentes réparations.

Je sais qu’on objectera que les faubourgs sont près de la ville. En temps de paix on peut les laisser subsister; mais il faudrait les brûler, si l’on avait une garnison moindre de 12 à 1500 hommes. Si elle est plus considérable, on pourrait établir à la tête des faubourgs des ouvrages de campagne avec des fossés pleins d’eau qui les défendraient. Mais ceci est une question à résoudre plus tard. Ordonnez d’abord l’armement de la place et les travaux nécessaires pour la mettre en état, afin que, si 4 à 5,000 Anglais s’y présentaient, la ville eût le temps de recevoir du secours, ou que, les paysans des environs venant à s’insurger, la ville fût à l’abri de tout événement.

Faites faire, par le directeur du génie, une description de la place qui me fasse bien connaître ce qu’il y a à objecter contre elle; les maisons qui sont bâties sur les glacis , de quels matériaux elles sont construites, ce qu’elles contiennent, et si elles ont du commandement sur les remparts; quel moyen il y a de réunir le vieux fort au fort Murat, en démolissant, s’il le faut, ce qu’on appelle, je crois, le pavillon des officiers, et construisant une espèce de citadelle qui renfermerait le môle, le fort Murat, le vieux fort, l’ouvrage à corne et les deux darses.

Faites-lui faire également le projet de défense des faubourgs avec des ouvrages en terre entourés d’eau. Cela est un ouvrage qui demande du temps, et qui doit être soumis à mon approbation; mais ce qui n’a pas besoin de mon approbation, c’est la mise en état de la place, sans faire attention aux faubourgs qu’on détruirait en cas de néces­sité et dans le temps que l’ennemi investirait la place. Le génie recevra les ordres du ministre de la guerre, mais ils tarderont beau­coup; qu’on ne les attende pas. J’ai mis, pour les travaux à faire, 100,000 francs à la disposition du génie.

 

Paris, 7 avril 1809.

A Elisa, Grande-Duchesse de Toscane, à Florence

Ma Sœur, j’ai reçu votre lettre du 28 mars. J’ai ordonné que l’île d’Elbe serait comprise dans votre gouvernement et ferait partie de la 29e division militaire.

 

Paris, 8 avril 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, faites connaître au roi de Naples que dorénavant il ait à faire marcher avec plus de règle les troupes qu’il envoie à Rome; que, si cela eût été bien mené, je les aurais eues le 1er ou le 2 à Rome; qu’il ne fallait pas les faire marcher par bataillon, mais en masse; que les craintes qu’il témoigne des Anglais ne sont pas fondées; que, occupés comme ils le sont en Espagne, ils se trouveront fort heureux de n’être pas inquiétés en Sicile.

 

Paris, 8 avril 1809

Au vice-amiral, comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Vous trouverez ci-joint l’ordre pour la Victorieuse et le Mohawk d’aller à Venise. Cela me ferait donc 600 matelots français qui se trouveront à Venise en cas d’attaque.

Faîtes-moi connaître quel inconvénient il y aurait que je donnasse le même ordre à l’Étourdi et au Coureur, deux bricks neufs, je crois, que j’ai à Toulon; je les ferais également partir ensemble. Y aurait-il  de l’inconvénient que je donnasse le même ordre à la Tactique, au Cerf et à la Flèche ?

Si la guerre se déclarait, il serait bien avantageux pour moi d’être pendant quinze ou vingt jours maître de l’Adriatique. Ne pourrait-on pas faire partir deux vaisseaux de 74, bons marcheurs, qui iraient droit à Ancône et me donneraient  la supériorité dans cette mer avant que les Anglais en soient instruits. Cette seconde expédition demande du temps, et il faut y penser. Mais le départ des divisions (que je viens d’arrêter, savoir, les deux pour lesquelles je vais envoyer des lettes et les deux pour lesquelles je vous demande un rapport) , est important. Venise ne peut être défendue que par eau, et un matelot peut la servir plus que deux hommes de terre. Si j’avais là 15 à 1800 matelots français, cela donnerait de l’émulation et du mouvement aux 4,000 matelots du pays, et ce serait d’un prodigieux secours.

J’ai donné ordre que l’île d’Elbe ferait partie du gouvernement de la Toscane. Donnez ordre aux bâtiments que j’ai dans cette île de recevoir des ordres de la grande-duchesse.

Proposez-moi la composition d’une division de six petits bâtiments pour être stationnaires sur la côte, et sous les ordres de la grande­ duchesse. Ayez un officier sur lequel on puisse compter, à Livourne, auquel on puisse transmettre les ordres.

Envoyez le dessin d’une de nos mouches à Venise, pour qu’on en construise une; et, si cela est jugé plus avantageux que les bar­ques du pays, on en construira plusieurs pour la navigation de la Dalmatie.

Je vois neuf bâtiments employés à la défense de la côte de Gênes; je n’en vois qu’un à Livourne et trois à l’île d’Elbe. Je vous ai déjà mandé que je désirais plusieurs bâtiments à Livourne. Proposez-moi la composition de six bâtiments, gros et petits, pour Livourne et l’île d’Elbe.

 

Paris, 8 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Strasbourg

Mon Cousin, à dater du 1er avril, toutes les troupes que j’ai en Allemagne seront connues sous le titre d’Armée d’Allemagne, dont je me réserve le commandement en chef. Vous en êtes le major général; le général Songis, commandant l’artillerie; le général Bertrand, le génie; le duc d’Istrie, commandant la cavalerie; le con­seiller d’État Daru, intendant général; le sieur Villemanzy, chargé de la perception des revenus et contributions des pays qui m’appartiennent et inspecteur en chef aux revues de l’armée; le sieur Roguin, payeur général. Ainsi, dès à présent, le payeur du corps du duc de Rivoli doit correspondre avec le payeur général Roguin et recevoir ses ordres pour le service. Le sieur Roguin doit donc se rendre à Donauwoerth, où est le quartier général.

Le dépôt de l’armée, en France, est Strasbourg. C’est à Stras­bourg qu’on passera le Rhin; on ne doit plus le passer ni à Mayence ni sur aucun autre point. La route doit être désormais par Stuttgart et Ulm; de là, elle doit passer par Nuremberg, pour le corps du duc d’Auerstaedt, et par Augsbourg, pour les autres corps. Après Strasbourg, le premier dépôt de l’armée sera Ulm; le deuxième dépôt sera Augsbourg; Je troisième, Donauwoerth ; le quatrième, Ingolstadt. Augsbourg et Ingolstadt doivent être mis à l’abri d’un coup de main.

L’armée doit être composée ainsi :

Le 2e corps, commandé par le duc de Montebello et composé du corps du général Oudinot, formé de trois divisions : la 1e commandée par le général Tharreau; la 2°, par le général Claparède, et, la 3w, par le général Grandjean. Chaque division est composée de trois demi-brigades commandées par trois généraux de brigade ; il doit y avoir un adjudant commandant à chaque division. Le général Grandjean est arrivé à Paris. Chaque division aura douze pièces de canon et sera forte de 8,000 hommes. Le général Oudinot n’aura que deux divisions jusqu’au 1er mai, époque à laquelle se fera l’organisation de la 3e division. La division Saint-Hilaire fera partie du 2e corps; elle est de cinq régiments, dont un d’infanterie légère, et commandée par trois généraux de brigade; elle aura quinze pièces de canon. Une brigade de cavalerie légère de trois régiments, la division de cuirassiers Espagne de quatre régiments, et six pièces de canon, seront attachées au 2e corps; ce qui le portera à 40,000 hommes d’infanterie, 6,000 de cavalerie, et, avec l’artillerie et les sapeurs, à près de 50,000 hommes, ayant cinquante-sept pièces de canon.

Le 3e corps sera commandé par le duc d’Auerstaedt et composé de quatre divisions, dont trois de cinq régiments chacune, et la 4e composée de quatorze 4e bataillons; chaque division commandée par trois généraux de brigade et ayant quinze pièces de canon. Une division de cavalerie légère de….. régiments, la division de cuirassiers Saint-Sulpice de quatre régiments, et six pièces de canon, seront attachées à ce corps, ce qui le portera à 45,000 hommes d’infanterie, 6,000 hommes de cavalerie, et, avec l’artillerie, les sapeurs et les mineurs, à près de 60,000 hommes, ayant soixante-six pièces de canon.

Le 4e corps sera commandé par le duc de Rivoli et composé de quatre divisions françaises formant 30,000 hommes, de 10,000 hommes d’infanterie, alliés, d’une division de cavalerie légère de quatre régiments français et deux régiments alliés formant plus de 5,000 hommes, et de soixante-huit pièces de canon françaises ou alliées ; total, près de 50,000 hommes.

Le 7e corps sera commandé par le duc de Danzig et composé du  corps bavarois, fort de 30,000 hommes d’infanterie et de 4,000 chevaux, avec près de soixante pièces de canon.

Le 8c corps·sera composé de la division Dupas, forte de cinq bataillons français formant 4,000 hommes, el de quatre régiments des princes confédérés formant plus de 6,000 hommes; total : l0,000 hommes d’infanterie et douze pièces de canon; et d’une division wurtembergeoise commandée par le général Vandamme, forte de 10,000 hommes d’infanterie et de 3,000 hommes de cavalerie; total, 20,000 hommes d’infanterie et trente pièces de canon. Ce corps sera commandé par le duc de Castiglione.

Le 9e corps sera formé par l’armée saxonne aux ordres du prince de Ponte-Corvo, et composé de trois divisions réunies à Dresde et de deux du duché de Varsovie, formant près de 50,000 hommes. Le prince de Ponte-Corvo aura sous ses ordres l’armée saxonne, toutes les troupes du duché de Varsovie et les garnisons de Glogau et de Danzig.

Le 10e corps sera formé par la réserve, que commandera le roi de Westphalie, composé des troupes westphaliennes , de 8,000 Hollandais qui sont à Hambourg, et des troupes qui seront à Magdeburg, Stettin, Küstrin et Hambourg.

La réserve de cavalerie sera commandée par le duc d’Istrie et composée de deux divisions de cavalerie légère commandées, l’une par le général Lasalle et l’autre par le général Montbrun, ayant deux généraux de brigade; de la division Nansouty, formant six régiments et ayant douze pièces de canon; et de la division des six régiments de dragons provisoires, formant 6,000 hommes et ayant six pièces de canon.

La Garde impériale sera composée de dix régiments d’infanterie, chacun de l,600 hommes, de quatre régiments de cavalerie et de soixante pièces de canon, formant un présent sous les armes de plus de 22,000 hommes.

Donnez tous les ordres en conséquence.

 

Paris, 8 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Strasbourg

Mon Cousin, j’ai reçu vos lettres du 4 et du 5. Je vois avec plaisir, par celle du 4, que les divisions du 3e corps auront quinze pièces de canon chacune; ce qui fait soixante pièces de canon, et, avec l’artil­lerie de la division de cuirassiers Saint-Sulpice, soixante-six pièces de canon pour le corps aux ordres du duc d’Auerstaedt. Je vois que la division Nansouty sera le 5 avril à la hauteur de Donauwoerth. Je pense que vous avez donné ordre au régiment de marche de grosse cavalerie de se diriger sur Donauwoerth pour y être dissous et incorporé. Je suppose que, aussitôt que le 1er détachement de ma Garde et mes chevaux seront arrivés à Strasbourg, vous les aurez passés en revue, et que, après avoir fait donner à ma Garde ce qui lui aurait manqué, vous l’aurez dirigée avec mes chevaux sur Stuttgart, où je désire qu’ils restent jusqu’à nouvel ordre. Il n’y a aucune espèce de doute que le bataillon de marche du 19e, qui est dans la citadelle de Würzburg, doive être incorporé dans ce régiment, et le cadre retourner au dépôt. Donnez ordre au général Beaumont d’envoyer tous les jours un état pareil à celui qui était joint à votre lettre du 5, sur la formation des six régiments provisoires de dragons. Je vois qu’ils ont déjà 1,200 chevaux. Je suppose qu’avant le 1er ils auront 4,000 chevaux. Je n’ai pas besoin de recommander qu’on les exerce fréquemment.

J’ai vu avec plaisir que les fours d’Augsbourg ont été réparés, et que 25,000 quintaux de farine vont être réunis dans cette place. Je vois par les états qu’il y a à Augsbourg une pièce de 24, six de 18, vingt de 12, ce qui fait vingt-sept pièces de gros calibre, quarante­ cinq de 6, neuf obusiers et six mortiers, en tout quatre-vingt-sept pièces de canon, Si tout cela est approvisionné, c’est déjà beaucoup. Cependant il est bon de faire venir, soit du côté de Nuremberg, soit de Munich, quelques pièces de 24. Je me souviens qu’il y en avait beaucoup et de très-belles du côté de Kronach. Vous pouvez aussi en tirer de Würzburg et de Forchheim. Il faut qu’il y ait dans la place d’Augsbourg beaucoup de cartouches et d’approvisionnements. Donnez ordre qu’on palissade les demi-lunes, qu’ou emplisse d’eau les fossés et qu’on travaille avec la plus grande activité; car mon intention est de rester maître d’Augsbourg et d’y appuyer ma droite. Laissons les Autrichiens faire ce qu’ils veulent dans le Tyrol, vu que je ne veux point m’engager dans une guerre de montagne. Ecrivez à Varsovie que tous les Saxons doivent concentrés autour de Dresde; que cependant le Roi peut laisser 2 ou 300 hommes d’artillerie saxonne dans le grand-duché. Quand je dis de réunir tous les Saxons à Dresde, je ne veux point parler de ceux qui sont à Danzig et dans les places de l’Oder, qui doivent rester dans ces places. Ecrivez an prince Poniatowski qu’il doit former la garde à cheval polonaise, qui doit lui fournir une dizaine de mille hommes; ce qui, avec l’armée polonaise, fera beaucoup plus de monde qu’il n’en faut.

J’approuve que tous les corps renvoient leurs aigles en France, hormis une, qu’ils garderont. En attendant qu’ils aient des enseignes, vous les autoriserez à faire faire pour chaque bataillon des enseignes très-simples, sans devise et le tiers de celles qu’ils avaient autrefois. Ces enseignes sont pour leur servir de ralliement; elles n’auront au­cune décoration de bronze, elles porteront seulement le numéro du régiment et du bataillon. Quant au corps du général Oudinot, il faut que chaque bataillon fasse faire un petit drapeau d’un simple morceau de serge tricolore, portant d’un côté le numéro de la demi-brigade et de l’autre le numéro du bataillon, comme par exemple, 4e bataillon du 6e d’infanterie légère d’un côté, et de l’autre 1e demi-brigade légère, etc. Il faut faire pour cela très-peu de dépense. J’en ferai faire de très-belles, que je donnerai moi-même aussitôt que possible.

 

Paris, 8 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Strasbourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 6 avril, dans laquelle vous me rendez compte que quatre-vingt-dix bateaux ont été frétés. Faites­ moi connaître combien chacun de ces bateaux peut porter. Aussi­tôt qu’il y aura un officier de marine d’arrivé, il faudra l’envoyer parcourir le cours du Danube, d’Ulm à Passau, pour bien connaître cette navigation. Mon intention est d’acheter beaucoup de bateaux à Ratisbonne et à Passau. Ceux-là, je les achèterai à mon compte, et je les ferai monter par les marins français. Il est important d’être maître de manœuvrer sur les deux rives, afin de pouvoir faire, par la réunion de ces bateaux, un ou deux ponts dans un moment.

Je vois que vous ne savez pas trop la marche que vous devez suivre pour l’incorporation des escadrons de marche. Je vous envoie le décret que j’ai pris, qui vous fera connaître l’état de la question. Réglez-vous là-dessus.

 

Paris, 8 avril 1809

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, commandant le 9e corps de l’armée d’Allemagne, à Dresde

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 30 mars, avec celle du général suédois, du 15 mars, et la réponse que vous lui avez faite. Ce malheureux roi de Suède a fini comme tout le monde le lui avait prédit. Le major général a dû vous faire connaître l’étendue de votre commandement et la direction que vous devez donner à votre mouvement en cas d’hostilités imminentes et qui auraient lieu sans décla­ration de guerre.

 

Paris, 8 avril 1809

Au capitaine Lambert, commandant des frégates la Danaé et la Flore, à Corfou.

Monsieur le Commandant de nos frégates la Danaé et la Flore, vous partirez sans délai pour Ancône. Vous embarquerez sur votre bord le cadre du 3c bataillon du 2e régiment de ligne italien, ainsi qu’un bataillon de 600 Albanais, qui montreraient de la bonne volonté pour venir servir en Italie. Si le gouverneur n’avait pas reçu l’ordre du ministre de la guerre, vous lui présenteriez le présent ordre, et l’exécutera comme s’il l’avait reçu directement de notre ministre.

Dans le cas où des forces supérieures ennemies seraient devant Ancône, vous vous rendriez à Venise.

Vous préférerez, en cas d’évènement, les ports de Dalmatie, de Cattaro, de Raguse ; vous éviterez le port de Trieste et même les ports d’Istrie.

Si quelques hommes des cadres des 3e bataillons du 14e régiment d’infanterie légère et du 6e d’infanterie de ligne étaient restés à Corfou, vous les embarquerez également pour qu’ils rejoignent leurs corps.

 

Paris, 8 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai lu avec intérêt les deux lettres du général Marmont, des 24 et 29 mars. Continuez à l’instruire par le moyen de ces petites barques.

J’ai donné ordre que deux corvettes, bonnes marcheuses, de 200 hommes d’équipage, qui puissent entrer et sortir de Venise, partissent de Toulon pour s’y rendre. J’ai également ordonné aux deux frégates que j’ai à Corfou de se rendre à Ancône. An moyen de ces mesures réunies, vous vous trouverez avoir à Venise, en cas d’événement, 600 matelots français des bâtiments qui sont à Ancône actuellement, 1,100 des quatre bâtiments auxquels j’ordonne d’aller à Ancône; total, 1,700 matelots français; ce qui, avec le double que j’ai de matelots italiens, rendra Venise imprenable.

 

Paris, 8 avril 1809

A Elisa, Grande-Duchesse de Toscane, à Florence

Je reçois votre lettre du 31 mars, Vous recevrez incessamment le décret que j’ai pris pour régler toutes les affaires de la Toscane.

J’ai donné ordre au ministre de la marine de mettre six petits bâtiments à votre disposition, pour stationner entre Livourne et l’île d’Elbe.

Des quatre compagnies de gendarmerie que j’envoie en Toscane, une est déjà arrivée à Plaisance. J’ai ordonné qu’elle fût dirigée sur Florence. Mon intention est de diriger cette force auxiliaire de gendarmerie, avec le général Radet, sur Rome.

 

Paris, 8 avril 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples.

Il est nécessaire qu’il y ait un chiffre entre vous et mon cabinet, afin de pouvoir correspondre sur des objets importants et dans les cas où les chemins ne seraient pas sûrs. Je donne ordre qu’on vous en envoie un.

 

Paris, 9 avril 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieure, à Paris

Monsieur de Champagny, donnez ordre qu’on laisse continuer sa route au courrier autrichien Beck, qui est retenu à Châlons. Il marchera à petites journées et sera accompagné par un gendarme jusqu’à Munich. L’officier de gendarmerie qui l’a arrêté lui donnera un reçu de ses dépêches conçu en ces termes:

” Les paquets dont le sieur Beck, courrier autrichien, était porteur, ont été mis à la poste et parviendront à Vienne par cette voie, et ce par représaille de l’attentat inouï et contraire au droit des gens qui a été commis par la police de Braunau envers un officier français, porteur de paquets du chargé d’affaires de France pour sa cour, paquets qu’on a retenus et violés. “

 

Paris, 9 avril 1809

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Je reçois vos lettres des 22 et 23 mars. Je suis fort aise de ce que vous me mandez des dispositions de la Russie et surtout de M. de Romanzoff. Champagny vous envoie un courrier pour vous faire connaître la situation des choses. Les Autrichiens, après s’être ras­semblés en Bohême, sont revenus sur Salzbourg. Ils rétrogradent aujourd’hui sur Wels. Ils sont fort surpris de la force de mes armées, à laquelle ils ne s’attendaient pas. Effectivement, soit en Dalmatie, soit en Italie, soit sur le Rhin, je leur opposerai 400,000 hommes. Tout est en état. Le prince de Neuchâtel est au quartier général. Daru, tout le monde, est à l’armée. Une partie de ma garde et mes chevaux sont arrivés, il y a deux jours, à Strasbourg. L’autre partie est ici ou arrive d’Espagne. J’ai augmenté ma garde de deux régiments de tirailleurs et de quatre régiments de conscrits. Je vous ai écrit par ma lettre du 24 mars que, si l’empereur voulait m’envoyer trois ou quatre divisions, du moment qu ‘elles auraient passé la Vistule, je me chargerais de leur nourriture et de leur entretien; que, s’il veut agir isolément, il fasse marcher un corps de troupes sur la Galicie. Un aide de camp du duc de Sudermanie arrive demain à Paris. Je vous expédierai dans quelques jours un nouveau courrier; j’attends d’apprendre l’effet qu’aura fait la révolution de Suède en Russie. Je vous envoie l’ordre que j’ai donné au commandant de l’escadre russe à Trieste.

 

 Paris, 9 avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je vous renvoie votre correspondance de l’armée d’Espagne. Écrivez au maréchal Jourdan qu’il rend compte des événements comme s’il était historien; qu’il est inconcevable qu’on laisse La Romana , sur les confins de la Galice, ravager les derrières du duc d’Elchingen et du duc de Dalmatie; qu’il n’est pas question de discuter si le duc d’El­chingen a bien ou mal manœuvré; qu’il était plus naturel d’envoyer la division Lapisse culbuter La Romana et rouvrir les communications avec le duc d’Elchingen; que je vois avec peine que l’armée n’est pas commandée, et que ce défaut d’activité occasionnera des événements fâcheux; que donner l’ordre au général Kellermann de marcher sur Villafranca est une absurdité, puisqu’il n’a que de la cavalerie; qu’il peut bien marcher sur Astorga et Benavente, mais non s’engager dans les montagnes; que lui ôter son artillerie est une mesure fausse; que ce général se trouvera ainsi sans aucuns moyens pour enfoncer une maison; que vous lui réitérez, ce que vous n’avez cessé de lui man­der, que la première opération à faire est de se mettre en communi­cation avec le duc d’Elchingen; que les plus grands malheurs peuvent résulter de cette apathie et de cet oubli des premiers principes de la guerre; que la division Lapisse est le corps le plus près, qu’il faut l’envoyer sur-le-champ pour rétablir la communication entre le duc d’Elchingen et Valladolid, et faire passer au duc d’Elchingen des instructions pour qu’il s’organise mieux ; qu’il est inconcevable que, La Romana étant aussi près d’Astorga et de Benavente, on s’expose ainsi les garnisons de ces villes, qu’on n’en évacue pas les hôpitaux, enfin qu’on ne prenne aucune mesure ; que ce n’est pas ainsi qu’on commande une armée ; qu’il est de toute nécessité de ne pas s’avancer dans le sud que le nord ne soit tranquille, qu’on ne sache au vrai la situation des ducs d’Elchingen et de Dalmatie, et qu’on ne se soit défait de La Romana ; qu’en dirigeant les troupes avec tant d lenteur et de mollesse on ne fera pas, avec les immenses armées qu’on a, ce qu’on ferait avec le quart ; que marcher en Andalousie par deux routes nécessitera le maintien de deux communications ; que cela ne peut dépendre désormais que de la situation où l’on se trouvera. Engagez le général Kellermann à ne pas disséminer sa cavalerie ni son artillerie, et à ne pas compromettre la tête de ses postes; que sa conduite relativement à Astorga et Benavente est inconcevable, et qu’il a très-mal fait de ne pas prendre des mesures dans des circonstances si importantes.

 

Paris, 9 avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez au maréchal Jourdan que j’ai vu avec plaisir le rapport du général Sebastiani; qu’il faut établir, de la Sierra Morena à Madrid, deux ou trois postes qu’on pourrait placer dans de vieux châteaux, ou dans des positions naturelles, et où l’on mettrait 800 hommes et un commandant ferme, quatre pièces de canon et deux mois de vivres. Ces postes seraient là à l’abri d’un coup de main et donneraient le temps de venir à leur secours. Lorsque, par suite de l’expédition de Portugal ou de toute autre circonstance, il s’agira de faire l’expédition d’Andalousie, ou même lorsqu’on voudra passer la Sierra Morena, ces postes serviront de point d’appui pour l’évacuation des malades, etc. Il ne manque pas de vieux châteaux et de belles posi­tions dont on peut profiter pour cela. Rien n’est faisable en Espagne si la communication avec le duc de Dalmatie n’est pas rétablie, soit en passant par Alcantara, soit du côté de Badajoz; répétez cela au maréchal Jourdan. Dites-lui que j’ai l’espérance que le duc de Dal­matie sera arrivé le 15 mars à Oporto et le 30 à Lisbonne; que ce ne sera que lorsque la jonction avec ce maréchal sera faite, que lors­que Elvas et Badajoz seront investies par lui, qu’il sera possible de s’engager dans l’Andalousie; qu’il faut, en attendant, assurer le passage du Tage au pont d’Almaraz, et profiter de quelques positions naturelles ou châteaux pour établir la communication de Merida avec Madrid.

 

Paris, 9 avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez ordre au directeur d’artillerie de se rendre à l’île d’Aix et d’y séjourner jusqu’à nouvel ordre, afin de veiller au bon service des batteries et à la défense de ce point important. Il vérifiera s’il y a des cartouches en quantité suffisante. Donnez ordre que la garnison de l’île d’Aix et de la côte vis-à-vis soit portée à 4,000 hommes, tout compris.

 

Paris, 9 avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Les colonels des régiments étrangers au service d’Espagne recrutent des soldats français. Faites-leur connaître que je les ferai arrêter et traduire à une commission militaire pour être punis comme embaucheurs.

Le colonel Hugo entre autres se permet de pareilles imperti­nences. Notifiez-lui qu’il ait à renvoyer tous les soldats français qu’il a pris dans son corps, et qu’au défaut d’obéir promptement à cet ordre, je le ferai arrêter et juger par une commission militaire comme transfuge et embaucheur. Louez le général Kellermann de la fermeté qu’il a montrée dans cette circonstance.

 

Paris, 9 avril 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je vois à l’article de Strasbourg, dans le Journal de Paris, un détail des mesures, que j’ai ordonnées en Allemagne, comme la construction de fours et autres objets importants. Si ce journal a mis cet article de son chef, tancez-le vertement; s’il le tient du journal de Strasbourg, défendez à tout autre journal que ce soit de parler de ce qui se fait à mes armées d’Allemagne. Il est singulier qu’on ne puisse rien faire sans que les journaux servent d’espions.

 

Paris, 9 avril 1809

A Elisa, Grande-Duchesse de  Toscane, à Florence

Ma Sœur, le ministre de la guerre vous enverra un décret que je viens de prendre pour l’armement de la Toscane. Vous pourrez sur-le-champ faire transporter une partie des pièces nécessaires pour les châteaux de Florence, sans cependant trop dégarnir Livourne. Il faut placer six pièces au moins dans les châteaux de Florence et six dans le château de Sienne. Donnez des ordres pour assurer l’exécution de toutes les mesures que j’ai prescrites dans le décret; ordonnez que les commandants des différents châteaux s’y logent ; enfin veillez à ce que le service se fasse conformément à mes intentions. Quant à Orbitello, je manque de renseignements sur l’armement de cette place. Il faut qu’il y ait à demeure, dans chacun de ces forts, un fond de garnison. . Ainsi, faîtes placer vétérans dans chacun de des forts de Florence, pour y faire le service des portes et y être à poste fixe ; faîtes-en placer 100 à Sienne, 100 à Orbitello, et 60 dans chacun des forts de Livourne : cela emploiera ·4 à 500 vétérans. N’y aurait-il d’abord que ce nombre, cela serait suffisant pour, dans un premier moment, mettre ces forts à l’abri d’un coup de main et en état d’attendre des secours. Vous verrez par mon décret que j’ai pourvu à ce que tous les Français qui sont à Livourne, à Sienne, à Florence, aient au besoin des lieux de refuge assurés, et, en même temps, à ce que ces villes puissent toujours être contenues en respect, en si petit nombre que s’y trouvent les Français.

 

Paris, 9 avril 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, le major général vous fera connaître que je vous ai donné le commandement du 10e corps de l’armée d’Allemagne, composé de vos troupes, des troupes hollandaises qui sont à Hambourg, et des garnisons de Küstrin et de Stettin. Votre principale fonction sera de maintenir la tranquillité depuis Hambourg jusqu’au Main. Dans le courant de mai, je vous enverrai deux demi-brigades provisoires que je forme à Wesel et à Mayence. Vous devez avoir 14,000 hommes de vos troupes. Il doit y avoir clans la citadelle d’Erfurt un bataillon du prince Primat; je vous ferai envoyer un bataillon de Würzburg; ce qui vous fera une vingtaine de mille hommes, indépendamment des garnisons des places. Jusqu’à cette heure vous n’avez autre chose à faire que d’exercer ces troupes, de recevoir les états de situation des garnisons el de renforcer autant que possible votre armée.

Si les Anglais débarquaient à Hambourg ou à l’embouchure du Weser, vous seriez en état de vous y porter et de dissiper les rassemblements d’insurgés qui se formeraient. Tâchez d’avoir 18 ou 20 pièces de canon attelées, avec des cartouches et tout ce qui est nécessaire. Il n’y a pas de mal, en attendant, de répandre le bruit que vous com­mandez une armée de 40,000 hommes, formée de vos troupes, de troupes hollandaises et d’un supplément de Français.

 

Paris, 9 avril 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Il faut faire venir La Rochejaquelein à Paris. Quand vous L’aurez vu, vous lui ferez connaître que mon intention est qu’il prenne du service.

 

Paris, 10 avril I809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, à Strasbourg

Mon Cousin, je réponds à votre lettre du 7. J’ai arrêté le travail proposé par le ministre de la guerre, parce qu’enfin on ne peut pas faire des choses impossibles. On doit trouver en Bavière des munitions de guerre; on doit en envoyer de Mayence, Neuf-Brisach, Huningue, par les charrois du pays, et d’Ulm sur Passau par le Danube. Toute l’artillerie de l’armée est approvisionnée. Il y a une grande quantité de cartouches d’infanterie. La proposition de ne mettre que 25 forges au lieu de 45, et de ne pas donner d’approvisionnement attelé au parc général, afin d’obtenir une réduction de 200 voitures, m’a parut raisonnable; cela épargnera des attelages et des hommes du train. Si l’armée d’Allemagne a un double approvisionnement attelé, soit aux divisions, soit aux parcs des corps d’armée, soit au parc général, elle est bien. Avec double approvisionnement, il y a de quoi soutenir trois grandes batailles comme celle d’Austerlitz; en porter davantage est un embarras inutile. Mais il n’est pas douteux qu’un double approvisionnement ne serait pas suffisant, si l’on n’en avait un troisième en dépôt à quatre ou cinq journées sur les derrières de l’armée. Ainsi, dans la situation actuelle, on doit avoir une réserve de cartouches entre Ulm, Donauwoerth et Ingolstadt, dans des caisses qui se portent sur des charrettes. Si l’armée marche du côté de l’Inn, par exemple, cet approvisionnement de réserve devra venir à Passau, et l’armée qui serait en avant de l’Inn aura ses deux approvisionnements et un troisième à Passau. Si l’armée se portait sur Vienne, elle ne se trou­verait éloignée que de 8 ou 10 jours de son troisième approvisionne­ment. Sans doute il en faudrait alors un quatrième pour remplacer le troisième et pour que l’armée pût le trouver en cas d’un évènement de retraite. Un principe que le général Songis ne doit pas perdre de vue, c’est qu’il n’y a rien de pis que d’avoir des voitures non attelées; ce n’est qu’un embarras. Il faut avoir des caisses qu’on transporte sur les charrettes du pays, et à cinq ou six jours derrière l’armée, et dans des lieux désignés pour servir de dépôts. Il n’y a point une division de l’armée qui n’ait 60 cartouches par homme portant fusil attelées á sa suite ; ainsi il y a donc à la suite de chaque corps d’armée 100 à 120 cartouches. Le parc général en a quelques-unes à sa suite ; le soldat en a 50 dans le sax, et il en a 60 dans les dépôts, qui peuvent arriver à quatre ou cinq jours de distance pour renouveler celles consommées.

Ainsi donc 150 cartouches attelées, soit à la division, soit au corps d’armée, feraient pour l’armée  15 millions de cartouches ou 900 caissons ; 50 cartouches dans le sac feraient 5 millions, et 5 millions dans les dépôts sur les derrières, en échelons, feraient 25 millions de cartouches, ou 200 par homme. Les dépôts doivent être à Ulm, Donauwoerth, Passau, Ingolstadt, et faire leur mouvement en échelons.

En résumé, je suis satisfait si les corps de l’armée ont 10 millions le cartouches, soit à la division, soit au parc du corps d’armée; je le suis si l’armée en a 5 millions pour les soldats, 5 millions au parc général et 5 millions en réserve à transporter par eau ou par les voitures du pays; enfin je le suis s’il y a un approvisionnement simple de coups de canon réparti dans les différents dépôts, en échelons, et se remplaçant successivement.

 

Paris, 10 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Strasbourg

Mon Cousin, les 4,000 hommes d’infanterie, les 600 hommes de cavalerie et les deux pièces de canon qui traversent le Tyrol pour rejoindre le corps du duc de Rivoli, me sont relatés comme devant arriver à Augsbourg le 19; ce qui me ferait penser qu’ils arriveraient le 12 ou le 13 à Innsbruck. Envoyez-leur des instructions pour que, si l’ennemi faisait des mouvements, il ne leur arrive aucune mauvaise venture, et qu’ils ne prennent point une fausse direction.

 

Paris, 10 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Strasbourg

Mon Cousin, faites bien connaître au général Oudinot, aux ducs de Rivoli et d’Auerstaedt, qu’on ne doit se servir des outils attachés aux corps d’armée que devant l’ennemi, et que les travaux d’Augsbourg, d’Ingolstadt, de Passau, des têtes de pont, doivent être faits avec des outils du pays ou des outils de réserve; qu’il faut faire reposer les chevaux des voitures qui portent les 6,000 outils des corps, et qu’il est bon qu’il y ait sur ces voitures quelques câbles pour faciliter le raccommodage des ponts el le passage des rivières. Donnez le même ordre au commandant du génie, afin que ces 6,000  outils partent toujours avec l’armée et en suivent les mouvements.

 

Paris, 10 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Strasbourg

Mon Cousin, donnez ordre sur toute la ligne aux commandants des divisions militaires, aux commandants d’armes et commandants de gendarmerie, qu’on ne laisse passer le Rhin à aucun soldat isolé, autre part qu’à Strasbourg. Donnez ordre qu’il soit mis sur le pont de Strasbourg un poste d’un officier et de.15 hommes, el d’un offi­cier de gendarmerie et de 4 gendarmes, qui empêcheront le passage de tout homme marchant isolément. On doit former à Strasbourg au­tant de dépôts qu’il y a de corps d’armée, où les hommes isolés se reposeront, seront habillés, armés et formés en compagnies. Ces compagnies devront être au moins fortes de 200 hommes et ne parti­ront que par les ordres du major général. Chaque compagnie prendra le nom de première ou deuxième compagnie du 2e corps d’armée, par exemple, etc. L’inspection de ces compagnies doit toujours être passée par le général commandant à Strasbourg, afin d’être assuré que tous les hommes out leurs habits, leurs souliers, leurs armes et leurs cartouches, et qu’ils parlent dans le plus grand ordre.

 

Paris, 10 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Strasbourg

DÉPÊCHE TÉLÉGRAPHIQUE PARVENUE À STRASBOURG LE 13 À MIDI

Je pense que l’empereur d’Autriche doit bientôt attaquer.

Rendez-vous à Augsbourg pour agir conformément à mes instructions, et, si l’ennemi a attaqué avant le 15, vous devez concentrer les troupes sur Augsbourg et Donauwoerth, et que tout soit prêt à marcher.

Envoyez ma Garde et mes chevaux à Stuttgart.

2)En marge de la dépêche on lit ces mots écrits par le major général : «J’ai l’honneur d’observer à Sa Majesté que cette dépêche télégraphique ne me parvient qu’aujourd’hui à Augsbourg, le16 avril, à six heures du matin

 

Paris, 10 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Strasbourg

Mon Cousin, je vous ai écrit par le télégraphe la dépêche ci-jointe.

Des dépêches interceptées, adressées à M. de Metternich par sa cour , et la demande qu’il fait de ses passeports, font assez comprendre que l’Autriche va commencer les hostilités, si elle ne les a déjà commencées. Il est convenable que le duc de Rivoli se rende à Augsbourg avec son corps, que les Wurtembergeois se rendent éga­lement à Augsbourg, et que vous vous y rendiez de votre personne. Ainsi vous aurez en peu de temps réuni à Augsbourg beaucoup de troupes. Communiquez cet avis au duc de Danzig. La division Saint­ Hilaire, les divisions Nansouty el Montbrun doivent être à Ratisbonne depuis le 6. Le duc d’Auerstaedt doit avoir son quartier général à Nuremberg. Prévenez-le que tout porte à penser que les Autrichiens vont commencer l’attaque, et que, s’ils attaquent avant le 15, tout se reploie sur le Lech. Vous communiquerez tout cela confidentiellement au roi de Bavière. Écrivez au prince de Ponte­-Corvo que l’Autriche va attaquer; que, si elle ne l’a pas fait, le langage et les dépêches de M. de Metternich font juger que cela est très-imminent; qu’il serait convenable que le roi de Saxe se retirât sur une de ses maisons de campagne du côté de Leipzig. Prévenez le général Dupas pour qu’il ne se trouve point exposé et pour que, en cas que l’ennemi attaque avant que son mouvement ne soit fini, il se concentre sur Augsbourg. Comme les Autrichiens sont fort lents, il serait possible qu’ils n’attaquassent pas avant le 15; alors ce serait différent, car moi-même je vais partir. Dans tous les cas, il n’y au­rait pas d’inconvénient que la cour de Bavière se tint prête à faire un voyage à Augsbourg.

Si l’ennemi ne fait aucun mouvement, vous ferez toujours faire celui du duc de Rivoli sur Augsbourg, celui des Wurtembergeois sur Augsbourg ou Rain, selon que vous le jugerez convenable, et celui de la cavalerie légère des divisions Nansouty et Saint-Hilaire sur Landshut ou Freising, selon les événements. Le duc d’Auerstaedt aura son quartier général à Ratisbonne; son armée se pelotonnera à une journée autour de cette ville, et cela dans tous les événements. Les Bavarois ne feront aucun mouvement si l’ennemi n’en fait pas. Quant à la division Rouyer, elle se rapprochera de Donauwoerth si elle ne peut pas attendre la division Dupas.

 

Paris, 10 avril 1809

Au général comte Bertrand, commandant le génie de l’armée d’Allemagne, à Augsbourg

Monsieur le Général Bertrand, j’ai reçu votre lettre du 7. Je sup­pose que celle-ci vous trouvera à Augsbourg. Pourrait-on mettre de l’eau dans les fossés de la citadelle d’Augsbourg ? Ne serait-il pas con­venable de construire au pont de Neubourg une petite tête de pont, qui serait protégée par l’enceinte même de la place ? Cet ouvrage aurait l’avantage de flanquer toute la face. Ne serait-il pas convenable de fermer les batteries MM de manière qu’on ne pût pas les tourner à la gorge ? Cela aurait l’avantage que, si l’ennemi passait le Lech, il ne pourrait pas s’avancer sur les troupes qui seraient dans l’enceinte de la tête de pont. Quelle est la partie des environs qui serait inondée, si les fossés d’Augsbourg étaient pleins d’eau ? Il me semble que le seul point attaquable d’Augsbourg est la hauteur du côté de la Wertach, ou bien de l’autre côté, du côté de Landsberg. Faites travailler avec la plus grande activité dans cette place, afin que, mon armée marchant en avant, je puisse y centraliser mes dépôts et que, avec un ramassis de 5 à 6,000 hommes qui se trou­vent toujours sur les derrières d’une grande armée, je n’aie rien à craindre d’une division d’élite de l’ennemi de 15 à 20,000 hommes.

Je pense qu’il est inutile que vous alliez à Wurtzbourg. Il est plus utile que vous alliez à Ingolstadt. Mon intention est de mettre mes dépôts dans cette place lorsque je prendrai la ligne du Lech, et d’y laisser garnison.

Je vous ai envoyé, il y a peu de jours, mes mémoires sur Passau. Il sera nécessaire que vous vous y rendiez pour voir ce qu’on peut faire. Faîtes reconnaître le cours du Danube depuis Donauwoerth jusqu’à Passau, pour bien avoir la situation des rives, savoir s’il y a des ponts en pierre, et quels moyens il y aurait de les défendre. Faîtes faire une reconnaissance particulière de Ratisbonne. Je lis dans votre lettre que les trois têtes de pont du Lech doivent être armées et terminées : je voudrais qu’il fut possible d’établir de doubles têtes de pont sur les deux rives, d’abord pour s’en servir dans tous les sens, et pour que les troupes n’aient rien à craindre du premier cavalier qu’elles verraient sur l’autre rive ou du bruit d’une tentative de l’ennemi pour passer la rivière : c’est ce qui arrive ordinairement et rend peu utiles les têtes de pont, au lieu que, lorsqu’on est fermé de tous côtés, qu’on a des baraques et des vivres pour douze jours, on a du sang-froid et le temps de voir. Bien entendu que la partie de la rive droite du Lech doit être la plus forte.

 

Paris, 10 avril 1809, onze heures du matin

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Udine

Mon Fils, tout porte à croire que les Autrichiens auront commencé les hostilités hier, aujourd’hui ou demain. S’ils attaquent avant le 15, j’ai donné ordre que mon armée d’Allemagne se repliât sur Augsbourg et sur le Lech, afin de pouvoir m’y trouver moi-même pour diriger les premiers coups. Portez sans retard votre quartier à Pordenone; placez la division Broussier entre Pontebba  et la Chiusa, la division Grenier entre la Chiusa et Venzone, la division Lamarque à Osoppo, la division Barbou à Udine, la division italienne du côté d’Udine, l’autre du côté de Codroipo. Concentrez toute l’armée, car les hostilités sont imminentes. Donnez le commandement de Venise au général Vial; ordonnez l’armement et l’approvisionnement de cette place, et de la forteresse de Porto-Legnago. La division Barbou, une division italienne et quelques régiments de cavalerie sons les ordres du général Baraguey d’Hilliers doivent suffire pour tenir en respect ce que l’ennemi peut avoir du côté de Goritz et sur le chemin de Trieste, et vous, avec les divisions Grenier, Seras, Broussier, Lamarque, la garde italienne, une divi­sion italienne, la cavalerie nécessaire , et même la division Barbou si l’ennemi n’était pas en force sur la gauche de l’Isonzo, tenez-vous prêt à déboucher et à attaquer à Tarvis, en évitant les retranchements de l’ennemi et de vous casser le cou sur ses redoutes.

On m’assure que le 15 le télégraphe doit communiquer avec Milan; il me tarde bien de savoir que cette communication est ouverte. Je ne perds pas un moment à vous envoyer cette lettre; je donne l’ordre à Lavalette de vous l’envoyer par une estafette extraordinaire, qui partira ce matin à midi au lieu de minuit.

P. S. Vous pouvez, si vous le jugez convenable, employer Grenier, Macdonald, Baraguey d’Hilliers comme vos lieutenants.

Écrivez en chiffre à Marmont.

Donnez ordre aux bricks italiens et français qui sont à Ancône de se rendre à Trieste.

 

Paris, 10 avril 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je reçois votre lettre du 2 avril, avec la nouvelle de la victoire du maréchal Vidor. J’avais reçu, deux jours avant, la nouvelle du succès du général Sebastiani. Le ministre de la guerre vous envoie des nouvelles de ce qui se passe en Catalogne. Il paraît que le défaut de subsistances a fait penser au général Saint-Cyr qu’il devait se rapprocher de Barcelone.

Le roi de Suède a été culbuté. Le duc de Sudermanie m’a écrit pour me demander la paix; il est régent du royaume. L’Autriche pousse ses mouvements. Je suis fondé à penser qu’elle attaquera le 15. Demain ou après je pars pour l’armée.

Ne vous engagez point imprudemment, et, par-dessus tout, em­pêchez La Romana de soulever le nord; la division Lapisse paraît placée pour cette opération.

Je manque de généraux de cavalerie. Le général Lasalle a eu ordre de revenir; je ne sais pourquoi on ne l’a pas fait partir. Il y a en Espagne plus de généraux de cavalerie qu’il ne faut, et l’Espagne est le pays où il y en a le moins besoin, puisqu’il n’y a pas de manœuvres de cavalerie à faire.

Je ne sais pas comment le général Junot pourrait marcher sur Valence, à moins d’y envoyer le 5e corps, et je le fais venir dan la Biscaye, pour le diriger ou sur le nord ou sur la France, selon les évènements. Les Asturies et la Galice finiront par vous jouer un mauvais tour, si vous les négligez.

 

Paris, 10 avril 1809

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Il résulte des mouvements des Autrichiens et des lettres que j’ai interceptées, qu’ils commenceront les hostilités au plus tard du 15 au 20. Le prince Kourakine m’a remis ce matin la lettre de l’empereur. J’ai reçu du duc de Sudermanie une lettre que j’ai montrée à Kourakine. J’attendrai pour lui répondre si je recevrai (sic) encore des nouvelles de Russie. Toutefois ma réponse sera vague. Champagny vous écrit plus en détail. Si l’empereur ne se presse pas d’entrer en pays ennemi, il ne sera d’aucune utilité. Ses généraux seront prévenus du moment où les hostilités auront commencé, quoique je pense que vous en serez instruit avant par le chargé d’affaires russe à Vienne. Il paraît, par les lettres interceptées, que l’empereur d’Au­triche se rend lui-même à un quartier général, probablement à Salzbourg.

 

Paris, 11 avril 1809

Au général Lacuée, comte de Cessac,

Faites-moi connaître si deux régiments de co0nscrits de la Garde me coûtent plus ou moins cher qu’un régiment de ligne de cinq bataillons de 3,900 hommes, et quelle est la différence. J’ai idée que je dois avoir une grande économie dans les formations de conscrits; j’ai de l’économie dans l’administration et dans le moindre nombre d’officiers. En ayant deux régiments de vieille Garde, 3,600 hommes, deux régiments d’infanterie, 3,600 hommes, quatre régiments de tirailleurs, 6,400 hommes, quatre régiments de conscrits, 6,400 hommes, cela fait 20,000 hommes; ce qui forme un beau corps d’armée. En temps de paix, on peut faire entrer les sous-officiers dans la vieille Garde et n’avoir que deux régiments de vieille Garde, deux de tirailleurs et deux de conscrits, et même moins, et cependant, en temps de guerre, en appelant la réserve, on aurait reformé le corps tel qu’il est aujourd’hui en moins de trois mois.

 

Paris, 11 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Augsbourg

Mon Cousin, donnez ordre au duc d’Auerstaedt de faire lever tous les ponts qu’il avait laissés sur le Main el de rappeler tous les pontonniers qui s’y trouvent.

 

Paris, 11 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Udine

Mon Fils, la 4e demi-brigade provisoire, qui se réunit à Milan, doit être forte de 2,520 hommes. Les 15e, 16e et 17e demi-brigades provisoires, qui se réunissent à Alexandrie, et la demi-brigade pro­visoire italienne, doivent être de la même force; ce qui fera une réserve de 13,000 hommes, existant sur les derrières de l’armée. Les dépôts doivent, je crois, près de 5,000 hommes pour compléter les régiments qui sont à votre armée; donnez ordre qu’ils comblent ce déficit. Les compagnies des 5e bataillons sont partout en marche pour former ces quatre demi-brigades. Pour bien former la 14e demi­ brigade, que vous devez fournir avec les 5e bataillons qui sont à Milan, ordonnez que chacun de ces bataillons ait à envoyer une compagnie à Lodi, ce qui fera neuf compagnies, et, aussi tôt qu’il sera possible, la seconde compagnie. Lorsque cette demi-brigade sera formée, dirigez-la sur Vérone. Le colonel en second qui doit la commander doit être arrivé. Aussitôt que la demi-brigade italienne sera formée, envoyez-la également à Vérone ; nommez un de vos vieux généraux pour la commander. Elles seront à Vérone en bon air et en bonne situation pour se former; et vous serez en mesure d’occuper et d’éclairer soit Montebaldo, soit les gorges du Tyrol, ou de jeter des garnisons dans les places. Je ferai avancer sur Plaisance les trois autres demi-brigades qui se forment à Alexandrie, aussitôt qu’elles seront formées. Faites-moi connaître si je puis compter que ces demi-brigades seront formées et auront plus de 13,000 hommes au 25 avril.

 

Paris, 11 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Udine

Mon Fils, vous devez tenir à Cadore un officier italien intelligent; vous l’autoriserez à lever des compagnies de tirailleurs de Cadore, de 100 hommes chacune. Ces tirailleurs seront habillés le plus à la légère possible. On choisira, autant que faire se pourra, des hommes qui aient servi et sur lesquels on puisse le plus compter. Cet officier correspondra avec les Bavarois, et pourra vous transmettre rapide­ment des nouvelles des mouvements que les Autrichiens feraient dans la vallée de la Drave. En revenant de Trente par Tolmezzo, si vous êtes dans le Frioul, vous serez instruit très promptement de ce qui se passe. Faites-moi tracer par un ingénieur topographe  la route de Cadore dans la vallée de la Piave, celle qui est carrossable, en faisant connaître combien de jours il faudrait pour la mettre en état. Il faut faire reconnaître aussi une route qui de Sacile irait à Cadore. Faites également reconnaître par un ingénieur  géographe et bien tracer  la route de Tolmezzo à Osoppo, par la rive droite du Tagliamento.  Faîtes bien reconnaître la route qui déboucherait entre les retranchements des Autrichiens et Tarvis.

 

Paris, 11 avril 1809

A Elisa, Grande-Duchesse de Toscane, à Florence

Ma Sœur, quand le 62e de ligne et le 23e léger seront arrivés, faites-les partir pour Bologne, car les hostilités sont imminentes. La guerre commencera du 15 au 20. Ce sont les Autrichiens qui attaquent. Les Russes sont avec moi .Je vais partir ces jours-ci pour mon armée d’Allemagne.

J’avais ordonné la formation d’un bataillon de vélites et d’une garde d’honneur; vous ne me parlez point de cette formation. Je vous enverrai d’ailleurs bientôt une demi-brigade de marche, composée de conscrits de cette année et forte de 2,500 hommes. Les quatre compagnies de gendarmerie que je vous envoie vous donneront aussi un renfort de 300 gendarmes.

 

Paris, 11 avril 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, le major Ameil (Auguste Amiel, 1775 – 1822), du 27e chasseurs, qui est un bon soldat, mais une mauvaise tête, est en prison à Paris pour discussion avec son colonel (le duc d’Arenberg). Il faut  l’envoyer au quartier général du général Montbrun qui l’emploiera. Ce major se distinguera et fera oublier ses sottises.

 

Paris, 12 avril 1809

Au général Clarke, comte de Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je ne veux employer dans l’intérieur aucun des généraux qui n’ont pas passé le temps de la révolution en France. Il faut, en général, que cela vous serve de règle.

 

Paris, 12 avril 1809

NOTE POUR LE COMTE TREILHARD, PRÉSIDENT DE LA SECTION DE LÉGISLATION DU CONSEIL D’ÉTAT, A PARIS.

L’apanage de Carignan existe-t-il en droit, nonobstant les circonstances politiques ?

S’il existe, et dans le cas où Sa Majesté consentirait à transférer la jouissance des titres d’apanage dans la possession des biens libres et dégagés de toute substitution et réversibilité à la Couronne, quels sont les droits de la branche cadette et quelle est la portion de l’apanage qu’en bonne et loyale justice on doit donner à cette branche ?

Si l’apanage est considéré comme éteint et n’existant plus, quel est le propriétaire des biens constituant l’apanage, quels sont les ayants droit à l’usufruit et quelle est la condition tant de la branche cadette que de la branche aînée ?

Le document le plus important à prendre en considération dans l’examen de ces questions est le traité du 19 frimaire an VII, par lequel il fut stipulé, article 8, que le prince de Carignan, dont la conduite avait toujours été favorable aux Français, et qui refusa de suivre le Roi, jouirait de ses biens, maisons et autres propriétés s’il restait en Piémont, et pourrait toujours en sortir en vendant ses biens, et en usant ainsi de la faculté accordée, article 5, à tous les autres habitants du Piémont.

 

Paris, 12 avril 1809, huit heures du soir

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Augsburg

Mon Cousin, il est huit heures du soir et le télégraphe me donne la moitié de votre dépêche, d’où il résulte, par une lettre d’Otto, que les Autrichiens auraient passé l’Inn et déclaré la guerre. Je suppose que vous êtes à Augsbourg et que vous avez centralisé toute mon armée sur le Lech. Il faut envoyer des ordres à la division Dupas de se rendre en droite ligne et à grandes marches sur Donauwoerth, ainsi qu’au général Rouyer. Je me mettrai en route dans deux heures; je serai le 14 à Strasbourg.

 

Paris, 12 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Augsbourg

Mon Cousin, recommandez bien au maréchal duc d’Auerstaedt de ne rien laisser à Nuremberg, Bamberg, Würzbourg et Bayreuth ; que les caisses de l’armée restent avec lui ou se rendent à Mayence, de sorte que, Forchheim, Kronach, Würzburg venant à être pris et la cavalerie ennemie inondant le pays, je ne perde rien pour ce qui est nécessaire à la défense.

 

Paris, 12 avril 1809, onze heures du soir

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Valvasone

Mon Fils, à peine arrivé à Vérone ou à Trente, je suppose que vous aurez appris que les Autrichiens ont commencé les hostilités, et que vous vous serez porté à votre quartier général en Frioul. Le télégraphe m’apprend seulement que les Autrichiens ont passé l’Inn et, par là, déclaré la guerre. Je crois vous avoir déjà fait connaître que mes instructions étaient que, si les Autrichiens attaquaient avant le 15, on se repliât derrière le Lech, où je serai de ma personne le 15. J’attends avec impatience d’apprendre ce qu’ils auront fait en Italie; mais toutes les nouvelles me portent à croire qu’ils veulent rester là sur la défensive.

Vous aurez centralisé votre armée dans le Frioul; vous aurez placé une division dans le débouché de Pontebba, et pour menacer constamment de vous porter sur Tarvis. Je pense que vous aurez eu soin qu’il n’y ait aucun embarras à Udine, que tous les dépôts de cavalerie ainsi que les hôpitaux soient au delà de la Piave; Palmanova, Osoppo, contiendront vos derniers embarras. Libre ainsi de tout, vous vous conduirez selon les mouvements de l’ennemi. Autant que je peux le calculer, les principales forces de l’ennemi seront à Tarvis ; si cela est, il ne se portera pas sur Goritz et se concentrera à Laybach.

Laissez sur l’Isonzo de la cavalerie et une douzaine de mille hommes, et portez-vous avec toute l’armée sur Tarvis, en ne donnant rien au hasard et en évitant les retranchements que l’ennemi a fait faire, afin de ne pas se casser le nez contre des redoutes. Je suppose que la route du Tyrol sera difficile; écrivez-moi par l’ duplicata par le Saint-Gothard et par l’estafette ordinaire; j’ai déjà donné l’ordre qu’elle passe par Chambéry et traverse la Suisse. Réunissez bien toute votre armée; instruisez Marmont des hostilités. Je vous ai déjà recommandé de placer la 14e demi-brigade provisoire à Vérone et de faire venir la division composée du 62e, des 23e et 22e légers par Bologne et Ferrare en grande marche sur Trévise, afin de vous servir de réserve. Laissez Miollis à Rome. Vous pouvez nommer Grenier, Baraguey d’Hilliers et Macdonald vos lieutenants généraux, en leur laissant leurs divisions; ils en commanderont deux, puisqu’ils sont plus anciens.

Faites venir à Venise les bricks italiens et français qui sont à Ancône. Je pense que vous devez faire désarmer la frégate française l’Uranie et faire passer l’équipage, officiers, soldats et matelots, à Venise, où ils seront d’un bon service pour la défense des lagunes.

Réitérez les ordres pour que Venise soit bien armée et approvisionnée. Ne vous pressez pas, voyez ce que fait l’ennemi ; ses dispositions doivent vous servir de règle.

 

Paris, 12 avril 1809

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam

La guerre est déclarée. Les Autrichiens ont passé l’Inn le 9, sans déclaration de guerre et sans manifeste, sans même prévenir leur ambassadeur. Levez des hommes, organisez vos gardes nationales et vos troupes pour vous défendre. Il y a longtemps que je ne cesse de vous dire cela. Il ne sera plus temps s’il vous arrive des malheurs.

 

Paris, 12 avril 1809, au soir.

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, vous aurez sans doute appris que les Autrichiens ont passé l’Inn le 9. D’après les ordres que j’ai donnés, mes troupes se concentrent sur le Lech. Je pars dans une heure pour Strasbourg. Probablement je continuerai pour me rendre sur le Lech.

Le major général doit vous écrire pour votre commandement.

Faites connaître ce qui se passe au général Dupas, qui marche sur Würzburg, afin qu’il marche éclairé. Toutes mes troupes se concen­trent sur le Danube. Ayez l’œil sur tout ce qui se passe du côté de Dresde, en Hanovre et du côté de Hambourg. Mais actuellement, c’est surtout du côté de Dresde et de Bayreuth qu’il faut avoir l’oeil. Mettez-vous en communications avec les commandants des provinces, et soyez prêt avec vos troupes pour contenir les coureurs, s’il y en a.

Faites évacuer Altona par mes troupes; les Danois l’occuperont.

Vous pouvez prendre quelques Hollandais pour mener à votre camp volant.

 

Paris, 12 avril 1809

A Charles, prince de Suède, duc de Sudermanie, à Stockholm

Mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Altesse Royale du 17 mars. Elle n’a pas tort de croire au désir que j’ai de voir la Suède heureuse, tranquille et en paix avec ses voisins. Ni la Russie, ni le Danemark, ni moi n’avons fait la guerre à la Suède de plein gré; nous avons, au contraire, tout fait pour éviter des malheurs qui étaient faciles à prévoir. Je me suis empressé de faire part à ces cours des dispositions de Votre Altesse Royale. Je me flatte que leurs sentiments seront conformes aux miens, et j’espère qu’il ne tiendra pas à nous que la Suède soit rendue au bonheur et à la tranquillité. Aussitôt que je connaîtrai les intentions de mes alliés, j’en ferai part à Votre Altesse. En attendant, qu’elle ne doute pas de l’estime que je porte à sa na­tion, du bien que je lui désire, et des sentiments que m’ont depuis longtemps inspirés les vertus et le caractère de Votre Altesse.

NAPOLEON.

 

Paris des Tuileries, 13 avril 1809

ORDRE DU SERVICE PENDANT L’ABSENCE DE S. M. L’EMPEREUR ET ROI.

Nous avons réglé, pour être exécutés pendant la durée de notre absence, les dispositions suivantes.

Tous les ministres correspondront avec nous pour les affaires de leur département. Néanmoins, ils se rassembleront, le mercredi de chaque semaine, dans la salle des séances du Conseil d’État et sous la présidence de l’archichancelier. Ils y porteront les objets de détail et du contentieux de leur administration, lesquels seront remis à l’archichancelier pour nous être transmis dans la forme ordinaire.

Nous entendons, en général, que toutes les affaires qui, dans l’ordre ordinaire du gouvernement et de l’administration, ont besoin de notre signature, continuent à nous être présentées à cet effet.

Toutes les fois qu’un ministre jugera nécessaire une conférence avec d’autres ministres pour traiter une affaire de son département, il en fera la demande à l’archichancelier, qui convoquera à cet effet les ministres dont le concours sera jugé nécessaire.

Les ministres nous écriront tout aussi souvent qu’ils auront à nous entretenir des affaires de leur département.

Toutes les lettres nous seront adressées directement.

 

Paris, 13 avril 1809

Au général Clarke, comte de Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, mon ministre de la guerre, il est nécessaire de remettre sur-le-champ en réquisition les 6,000 gardes nationaux du camp de Saint-Omer, en ajoutant le département de la Somme à ceux qui ont fourni. Vous vous concerterez pour cela avec le ministre de l’intérieur et celui de la police. Vous donnerez le commandement de cette garde au général Rampon et vous enverrez le général Sainte-Suzanne pour commander le camp de Boulogne.

Envoyez le général Degrave pour commander l’île d’Oléron; il faut qu’il y ait au moins 1,500 hommes de garnison. Faites fermer à la gorge la batterie.

Aussitôt que le bataillon qui se forme à Maëstricht sera réuni, envoyez-le à Gand, pour rejoindre la demi-brigade provisoire qui s’y forme, et où doivent se trouver les trois autres bataillons de cette demi-brigade. Pressez la formation de cette demi-brigade, qui est nécessaire pour la défense de l’Escaut.

Envoyez Je général Dumuy prendre le commandement de la 8e division militaire.

 

Strasbourg, 15 avril 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous envoie des lettres de Burghausen. Il est convenable de faire mettre dans les journaux l’extrait des nouvelles officielles de Munich, afin de prévenir toute nouvelle. Il faut d’abord mettre la lettre de l’archiduc Charles qui déclare que les hostilités sont commencées et le lendemain l’extrait des dépêches des 10, 11 et 12. Il faut avoir soin que M. de Metternich ne s’échappe point. J’apprends qu’on retient mes légations, et celle de la Confédération du Rhin. Entendez-vous là-dessus avec le ministre de la police. Il faut faire mettre dans les journaux des articles qui fassent voir l’indignité de la conduite de l’Autriche d’attaquer, tandis qu’elle déclare vouloir rester sur la défensive, et lorsque les légations n’ont pas encore été rappelées.

 

Strasbourg, 15 avril 1809l.

A Eugène Napoléon, vive-roi d’Italie, à Cassano

Mon Fils, je suis à Strasbourg. Je vous ai écrit de Paris. Menacez beaucoup, mais ne vous pressez en rien et marchez avec précaution.

Le 12, les Autrichiens n’avaient pas dépassé Mühldorf. Je suppose que la colonne de 5,000 hommes venant d’Italie à Augsbourg par le Tyrol aura rétrogradé et n’aura pas continué sa marche sur Innsbruck, que les Autrichiens pourraient occuper avant elle.

L’Impératrice est à Strasbourg, Dans une heure je passe le Rhin.

Je laisse les Autrichiens maîtres du Tyrol, afin de les y envelopper s’ils s’enfournaient de votre coté. Ayez soin d’avoir deux barques armées à Peschiera, qui battent le lac.

 

Strasbourg, 15 avril 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Brunswick.

Mon Frère, ayant appris que les Autrichiens avaient passé l’Inn, je suis parti de Paris. J’arrive à Strasbourg. Le 12, aucune affaire d’avant-garde n’avait eu lieu, et les Bavarois ont ordre de se concentrer derrière le Lech et de rester dans les mêmes positions.

Réunissez vos troupes et faites passer par les armes le premier mutin qui remue chez vous. Vous avez dans votre commandement Hambourg et les Hollandais qui y sont ; vous aurez sans doute envoyé quelqu’un pour les reconnaître.

Je serai ce soir à Stuttgart et probablement demain à Donauwoerth.

Envoyez-moi toutes les nouvelles que vous auriez de la Saxe; et, s’il arrivait que les Autrichiens attaquassent de ce côté-là et que les Saxons fussent obligés de se retirer, faites tout ce qui vous sera possible pour les aider.

 

Ludwigsburg, 16 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Augsbourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre par laquelle vous m’annoncez que vous faites partir le corps d’Oudinot pour Ratisbonne. Vous ne me faites pas connaître ce qui nécessite une mesure si extraordinaire qui affaiblit et dissémine mes troupes. Je pense que, si vous n’avez pas été porté à cette décision par des motifs extraordinaires, vous ordonnerez au général Oudinot d’arrêter son mouvement et de se placer entre Ratisbonne et Augsbourg, afin d’être en mesure de se porter sur cette dernière place, si le cas l’exigeait. Quant à l’ordre d’occuper Straubing par le général de Wrede, je ne le comprends pas, parce que j’ignore pourquoi il l’a évacué. Quant à l’ordre d’occuper Landshut, je ne le trouve pas raisonnable. Le maréchal Lefebvre avait bien fait de concentrer ses forces à Munich; deux divisions sont plus fortes qu’une. Je ne comprends pas bien l’esprit de votre lettre du 13 au soir, et j’aurais préféré savoir mon armée concentrée entre Ingolstadt et Augsbourg, les Bavarois en première ligne, comme s’était placé le duc de Danzig, jusqu’à ce que l’on sache ce que l’ennemi veut faire. Il me tarde d’avoir des nouvelles du duc d’Auerstaedt. Il faut se conformer à mon instruction, qui est de rallier mon armée et de l’avoir dans la main. Si l’ennemi devait déboucher par le Tyrol et que l’on fût dans le cas de donner bataille à Augsbourg sans quoi le général Oudinot y fût, ce serait un grand malheur. Si, d’un autre côté, on était obligé d’abandonner Augsbourg, qui n’est pas encore en état de se défendre, et de livrer ainsi nos magasins d’Ulm, ce serait encore un grand malheur. Tout était par­fait si le duc d’Auerstaedt eût été près d’Ingolstadt, le duc de Rivoli avec les Wurtembergeois et le corps d’Oudinot auprès d’Augsbourg. Puisque l’ennemi a attaqué, il faut savoir quel est son plan. Le prin­cipal est qu’Oudinot soit à Augsbourg avant l’ennemi, et qu’il ait les deux bien ouverts. Quant au duc d’Auerstaedt, aux divisions Saint-Hilaire, Nansouty et Montbrun, l’instruction est pour eux comme pour tout le monde : se concentrer entre Ratisbonne, Ingolstadt et Augsbourg ; de sorte qu’il fallait raire juste le contraire de ce que vous avez fait. Il est possible que je parte d’ici aujourd’hui de manière à arriver ce soir à Dillingen. Écrivez-moi par cette route.

 

Ludwigsburg, 16 avril, quatre heures du matin

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, à Augsbourg

Mon Cousin, je suis arrivé à Stuttgart. Je suppose que vous occupez la tête de pont de Landsberg par un détachement, et que vous faîtes faire des patrouilles sur votre extrême droite. J’ai appris qu’on avait envoyé le général Oudinot sur Ratisbonne. J’ai donné l’ordre qu’il arrêtât son mouvement et se tînt à portée de vous, afin qu’il pût vous rejoindre, avant l’ennemi, sous Augsbourg, et que, si les Autri­chiens tentaient quelque chose, votre corps, celui d’Oudinot, celui du général Vandamme et celui du duc de Danzig fussent réunis.

Faites reconnaître une position qui est assez loin derrière Munich, celle de Dachau.

J’attends de savoir ce que l’ennemi aura fait du côté de la Bohème. Il est à penser que les bataillons qui doivent venir d’Italie pour vous renforcer en auront été empêchés par l’insurrection du Tyrol et auront rétrogradé sur Trente.

Écrivez-moi par Dillingen, où il est possible que j’aille ce soir.

 

Stuttgart, 16 avril 1809, une heure du malin

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Sacile

Mon Fils, j’arrive à Stuttgart. Les Autrichiens sont toujours sur l’Inn, vis-à-vis Braunau; du moins telle était encore leur position le 14. Il paraît que le Tyrol s’est insurgé et qu’il y a eu des événements, dans les journées du 11 et du 13, qu’on ne connaît pas bien; il y avait peu de troupes bavaroises. Je suppose que la colonne de mes troupes partie de Brescia sera retournée sur Trente. J’aurais désiré qu’elle pût arriver ici; mais du moins elle vous servira et augmentera d’autant vos forces. Si les Autrichiens jettent de vos côtés des procla­mations incendiaires, comme ils l’ont fait ici, répondez-leur par une proclamation vive, qui rappelle la manière dont ils ont maltraité l’Italie. Réunissez bien vos troupes. Marchez posément, et prenez bien toutes vos mesures avant de rien entreprendre. Je suppose qu’ils n’auront rien tenté de vos côtés.

Donnez des nouvelles en Toscane, à Naples, en Dalmatie. Jusqu’à cette heure les troupes françaises ne se sont pas encore trouvées en présence.

 

Donauwoerth, 17 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Augsbourg

Mon Cousin, j’arrive à Donauwoerth. J’aurais bien désiré vous y trouver; mais, dans l’idée que j’allais à Augsbourg, vous étiez parti pour cette ville. J’ignore absolument où se trouve le duc d’Auerstaedt, et je vois que personne ne sait précisément où il est. Le général Vandamme m’assure que l’ennemi est à Ratishonne. Cela étant, il me semble que ma position est plus naturellement établie ici qu’à Augsbourg, Donauwoerth étant le quartier général et le point de réu­nion de deux corps. J’aurais désiré que vous, allant à Augsbourg, vous eussiez laissé ici Monthion. Rendez-vous le plus tôt possible ici. Il paraît que le duc de Danzig s’est retiré sur Geisenfeld; il me semble qu’il se replie beaucoup sur sa gauche.

 

Donauwoerth, 17 avril 1809, huit heures du matin

Au maréchal Lefebvre, duc de Danzig, commandant le 7 corps de l’armée d’Allemagne, à Geisenfeld

J’arrive à Donauwoerth, où j’ouvre la lettre que vous écrivez, le 16, à neuf heures du soir, au prince de Neuchâtel. Je reste ici.

Envoyez-moi un officier qui connaisse parfaitement la situation de vos troupes et ce qui s’est passé, afin que je sois parfaitement instruit de tout. Faites-moi connaître vous-même où vous croyez les princi­pales forces de l’ennemi.

 

Donauwoerth, 17 avril 1809, dix heures du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Ratisbonne

Mon Cousin, j’arrive à Donauwoerth. J’apprends que vous occupez Ratisbonne. Mon intention a toujours été  de concentrer mes troupes derrière le Lech. Repliez-vous avec toutes vos troupes sur Ingolstadt. Je donne ordre au duc de Danzig de tenir en respect le corps de Landshut et de protéger votre mouvement. La division Friant doit également se replier sur Ingolstadt ; il peut cependant garder des postes d’observation sur l’Altmühl, en considérant l’Altmühl comme une grande tête de pont, à six lieues d’Ingolstadt. Tenez vos troupes resserrées et en ordre ; et si, dans ce mouvement brusque auquel l’ennemi ne s’attend pas, vous trouvez moyen de tomber sur la colonne de Landshut, si elle s’est avancée, ce sera une superbe occasion; mais ne vous éloignez pas de plus d’une demi-marche pour la faire naître.

Pour vous rendre à Ingolstadt, vous devez passer par Neustadt.

De Neustadt, où vous ne pourrez être que demain soir 18, je serai à même de vous donner des ordres. Toutefois, si vous n’en recevez pas, vous devez continuez votre mouvement sur Geisenfeld, vous trouvant ainsi à trois lieues d’Ingolstadt, sans jamais passer sur la rive gauche.

J’attends avec impatience des nouvelles de l’ennemi. Quel est le corps d’armée autrichien qui a débouché à Landshut ? Où se porte­ t-il ? Quelle est la marche des autres colonnes ennemies, dont vous ou le général de Wrede auriez connaissance ?

 

Donauwoerth, 17 avril 1809, dix heures du matin

Au général comte Bertrand, commandant le génie de l’armée d’Allemagne, à Augsbourg

Monsieur le Général Bertrand, j’arrive à Donauwoerth; rendez­ vous-y sans délai. J’ai écrit, par un aide de camp du duc de Rivoli, au prince de Neuchâtel de se rendre à Donauwoerth. Lorsque vous recevrez celle-ci, rendez-vous chez lui et assurez-vous qu’il a reçu ma lettre, sans quoi la vôtre lui servira.

Faites connaître au commandant de la place et au général Oudinot que je suis ici. Voyez aussi l’ancien électeur de Trèves; dites-lui la même chose et ajoutez que je ne tarderai pas à aller le voir.

 

Donauwoerth, 17 avril 1809, onze heures du malin

Au maréchal Davout, duc de Danzig, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Geisenfeld

Mon Cousin, je donne ordre au duc d’Auerstaedt de se porter d’abord par Neustadt pour s’appuyer sur Ingolstadt. Mon intention est que vous vous rendiez à l’avant-garde, à Neustadt, où se trouve le général de Wrede, et que vous réunissiez vos troupes pour tenir en respect le corps de Landshut, ou vous porter au secours du duc d’Auerstaedt, s’il était nécessaire, pendant qu’il fera son mouvement, et coopérer à la défaite du corps de Landshut, si le retour inopiné du duc d’Auerstaedt le surprenait et mettait à même de lui faire du mal. J’attends avec impatience des nouvelles de l’ennemi. Quel est le corps d’armée autrichien qui a débouché à Landshut ? Où se porte­ t-il ? Quelle est la marche des autres colonnes dont vous ou le général de Wrede auriez connaissance ?

P. S . .Je reçois à l’instant la lettre ci-jointe du général de Wrede. Vous sentez combien il est important de tenir votre corps réuni pour soutenir le duc d’Auerstaedt et lui donner le temps de se replier sur Neustadt et Geisenfeld. Il n’y a pas d’inconvénient que vous lui fassiez connaître les positions que vous prenez pour protéger son mouvement, et que vous lui fassiez connaître que je lui ai envoyé, à dix heures du malin, l’ordre de se porter sur Ingolstadt par la rive droite du Danube.

 

Donauwoerth, 17 avril 1809, à midi.

Au général de Wrede, commandant la 2e division bavaroise (7e corps), à Biburg

Sa Majesté, étant arrivée elle-même sur la ligne de son armée, il ordonné au duc de Danzig de réunir tout son corps sur votre avant­ garde, et de manœuvrer entre l’Isar et Neustadt pour contenir la colonne ennemie et favoriser le mouvement du duc d’Auerstaedt, qui a ordre de se rendre demain à Neustadt, afin que l’armée se trouve réunie entre Ingolstadt et Augsbourg.

Ecrivez au duc d’Auerstaedt qu’il a reçu l’ordre directement de l’Empereur, par un de ses officiers d’ordonnance parti à onze heures du matin, de se rendre avec tout son corps à Neustadt; que s’il n’avait pas reçu cet ordre, vous êtes autorisé à lui en écrire, parce que l’ordre aurait pu être intercepté et que l’ordre de quitter Ratisbonne et de se rendre à Neustadt, doit être considéré comme un ordre de l’Empereur signé de lui, dont vous êtes chargé de lui transmettre  le duplicata. Cela tient aux intentions de l’Empereur, qui veut avoir tout son monde dans la main.

Il est possible que le retour brusque du duc d’Auerstaedt, qui a avec lui plus de 60,000 hommes joints au corps bavarois, vous mettre à même d’écraser l’ennemi qui a débouché sur Landshut. Vous recevrez les ordres du duc d’Auerstaedt, mais je vous écris directement afin que vous manoeuvriez en conséquence, indépendamment des autres corps bavarois. (On lit sur la minute : « Cette lettre devait être expédiée par le major général, mais signée par l’Empereur. »)

 

Donauwoerth, 17 avril 1809

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, à Augsbourg

Je reçois vos deux lettres du 15 et du 16 avril. .Je ne fais que d’arriver à Donauwoerth. Il est possible qu’avant d’aller à Augsbourg je me porte au corps du duc d’Auerstaedt. Tenez-vous toujours en mesure avec des moyens de quatre jours de pain, afin de pouvoir marcher du moment que l’ennemi s’approchera un peu et qu’on con­naîtra bien ses dispositions.

 

Donauwoerth, 17 avril 1809, une heure après midi

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, à Augsbourg

Vous recevrez dans la nuit l’ordre de partir demain, à deux heures du matin, avec votre corps d’armée et celui du général Oudinot. Le major général rédige dans ce moment vos instructions, mais vous devrez, au reçu de cette lettre, faire vos dispositions. Préparez-vous quatre jours de biscuit:, quatre jours de pain, et organisez Augsbourg comme si cette place devait être assiégée. Laissez-y un général com­mandant les dépôts français des deux corps, les malades, un régi­ment badois et un hessois, quelques adjoints français, quatre officiers du génie, un officier d’artillerie et deux commissaires des guerres.

Deux compagnies d’artillerie qui sont ici vont se rendre à Augsbourg. Ces troupes occuperont la tête de pont et la ville. Faites fermer toutes les portes d’Augsbourg; que personne n’y entre ni n’en sorte, afin que l’on ignore votre mouvement. Que les corps de cavalerie que vous avez empêchent d’aller sur la route de Munich.

Le général Moulin, que j’ai destiné au commandement d’Augsbourg, va s’y rendre. Instruisez-le de ce qu’il a à faire. Cerné par toute l’armée ennemie, il faut qu’il s’y défende et s’y maintienne jusqu’à ce que les pièces de siège soient arrivées et la brèche faite. Donnez les derniers ordres pour que les fossés soient remplis. Tout ce qui arrivera de Français isolés, de compagnies, bataillons et escadrons de marche, accroîtra la garnison. Il ne devra sortir d’Augsbourg que des convois de pain, par suite des ordres que vous donnerez, et sous escorte; que les bagages, embarras, femmes, etc., restent à Augsbourg. Le général qui commandera à Augsbourg, indépendamment que sa communication sera libre par la rive droite du Lech, communiquera librement avec Ingolstadt par la rive gauche.

Votre marche a pour but de se combiner avec celle de l’armée, pour prendre l’ennemi en flagrant délit et détruire ses colonnes. Il faut donc que vous soyez léger, que vous n’ayez point de queue, que le parc d’artillerie soit avec le corps d’armée, que, deux heures après qu’il aura débouché, il n’y ait plus rien sur la route. Répondez-moi dans la nuit, et faites-moi connaître s’il y a suffisamment de munitions, vivres et approvisionnements à Augsbourg; vous sentez que je parle dans le cas de siège. S’il y a, en munitions et approvisionnements, de quoi tenir douze ou quinze jours, c’est tout ce qu’il faut. En partant, vous mettrez la place en état de siège, et dès ce moment tout doit obéir au commandant. Tous les bagages qui se trouveraient entre Ulm el Augsbourg doivent être renfermés dans Augsbourg, de sorte que, quand même des partis ennemis viendraient entre Ulm et Augsbourg, ils ne nous enlèvent rien.

Quant aux voyageurs qui ne voudraient pas être renfermés dans Augsbourg, ils peuvent passer par Landsberg; quoique dans les cinq ou six premiers jours il vaille mieux que rien ne passe.

Répandez le bruit que vous marchez, partie en Tyrol et partie sur Munich. Votre payeur peut vous suivre, pourvu que son trésor soit attelé par ses chevaux.

Quant aux dépôts de cavalerie, les chevaux éclopés, on peut les tenir sur les remparts d’Augsbourg.

Faites déjà vos dispositions pour qu’à quatre heures du malin la queue de vos colonnes ait dépassé Friedberg. Poussez de fortes reconnaissances sur Dachau, afin d’être assuré, quand vous partirez, que l’infanterie ennemie n’est pas arrivée dans cette position.

Faites en sorte que je reçoive cette nuit l’état de situation de votre corps en hommes, en chevaux et en cartouches d’infanterie et de canon.

P.S. . Préparez tout; ne faîtes aucun éclat prématuré, et que ces positions ne soient connues du public que lorsque vous serez parti.

 

Donauwoerth, 17 avril 1809, six heures du soir

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Ratisbonne

Mon Cousin, depuis ce matin que je suis arrivé, je vous ai expédié le général Savary, mon officier d’ordonnance Vence, un officier d’artillerie, un major bavarois, et j’ai chargé le général de Wrede et le duc de Danzig, auxquels j’ai écrit par plusieurs occasions, de vous faire connaître mes intentions. Il est six heures du soir ; je vous expédie votre aide de camp, qui vous porte le duplicata de mes ordres et qui me promet d’être arrivé avant six heures du matin. On a entendu du canon entre Pfaffenhofen et Freising.

Le duc de Rivoli et le général Oudinot partent d’Augsbourg, avant le jour, pour se diriger, par Aichach sur Pfaffenhofen. La division Nansouty, le général Demont et le général Vandamme seront à Ingolstadt, où je crois être demain ; les Bavarois entre Neustadt et Ingolstadt. Ainsi j’espère demain avoir deux fois dans la journée des nouvelles, puisque nous marchons à la rencontre l’un de l’autre. Je ne sais si l’ennemi occupe en force Straubing ou s’il débouche de ce côté. J’ignore ce qu’il a sur l’Altmühl. La journée de demain sera une journée préparatoire pour se rapprocher, et je suppose que mercredi nous pourrons, selon les circonstances, manœuvrer sur les colonnes qui ont débouché par Landshut et ailleurs, et mettre en route ce qui serait entre le Danube, l’Isar, et peut-être même l’Inn. Masquez votre mouvement à Bellegarde le plus que vous pourrez, sauf, après avoir l’emporte des avantages sur l’Isar, à revenir sur Ratisbonne, si le général Bellegarde s’y engage.

Votre aide de camp vous remettra mon ordre du jour.

Si le canon continue à tirer demain contre les Bavarois, accélérez votre marche pour venir à leur secours. Il se pourrait que dès demain vous pussiez faire beaucoup de mal à la colonne ennemie de Landshut. Tout porte à penser que la route n’a pas été interceptée sur la rive droite; d’ailleurs vous pourriez correspondre par les deux routes. L’essentiel est de donner beaucoup de vos nouvelles et de nous faire savoir ce que vous auriez appris à Ratisbonne.

Vos cinq divisions, y compris celle du général Demont, les six divisions qu’amène le duc de Rivoli, les trois divisions de cuirassiers sont dans le cas de battre toutes les forces de la monarchie autri­chienne réunies; mais il faut avant tout que nos communications soient assurées, et marcher par système. Si vous arrivez demain à Neustadt, vous serez à huit lieues de mon quartier général, comme je serai à huit lieues du duc de Rivoli. Le duc de Danzig sera encore plus près. Je pourrai ainsi donner des ordres demain après midi pour le complément de l’opération méditée. Le général Rouyer sera aujourd’hui à Nördlingen et demain à Donauwoerth. J’ai mis une bonne garnison dans Augsbourg, qui est à l’abri d’un coup de main. Mes chevaux ne sont pas encore arrivés; si vous pouvez m’envoyer un ou deux des vôtres, sans trop vous gêner, faites-le. Le général de brigade Gautier est parti, il y a deux heures, pour Ingolstadt; il sera sous les ordres du général Demont. Le général Nansouty a été reprendre le commandement de sa division. Ne laissez juste que la cavalerie nécessaire en observation, et menez-en avec vous le plus que vous pourrez.

 

Donauwoerth, 17 avril 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je suis arrivé à Donauwoerth le 17, à quatre heures du matin. Les Autrichiens ont fait leur déclaration de guerre comme vous l’avez appris, et nous sommes en pleine manœuvre. Il n’y a encore rien eu de sérieux de fait de part et d’autre. Ma santé est bonne. Des événements importants ne tarderont pas à avoir lieu. Les Tyroliens sont insurgés.

 

Donauwoerth, 17 avril 1809

A M. Otto, ministre plénipotentiaire, près du roi de Bavière

Monsieur Otto, vous trouverez ci-joint une proclamation écrite à la hâte; arrangez-la avec M. de Montgelas; qu’elle soit traduite et imprimée en allemand avant la nuit, et envoyée à Augsbourg. Faîtes­ la imprimer aussi séparément en français. Envoyez-en une copie à Stuttgart; envoyez-en également des copies à Strasbourg et à Mayence, pour qu’on l’imprime et la répande dans toute l’Allemagne. J’écris au Roi de Wurtemberg d’en faire une; quant à moi, je fais la mienne. Il faut que celle du roi de Bavière soit placardée dès demain dans Augsbourg. Il faut en envoyer un bon nombre à la division de Wrede, au quartier général et dans l’armée alliée.

A L’ARMÉE.

Soldats ! Le territoire de la Confédération a été violé. Le général autrichien veut que nous fuyions à l’aspect de ses armes et que nous lui abandonnions le territoire de nos alliés. J’arrive au milieu de vous avec la rapidité de l’aigle.

Soldats ! J’étais entouré de vous lorsque le souverain d’Autriche vint à mon bivouac de Moravie. Vous l’avez entendu implorer ma clémence et me jurer une amitié éternelle. Vainqueurs dans trois guerres, l’Autriche a dû tout à notre générosité: trois fois elle a été parjure ! Nos succès passés nous sont un sûr garant de la victoire qui nous attend. Marchons donc, et qu’à notre aspect l’ennemi reconnaisse ses vainqueurs !

 

Donauwoerth, 17 avril 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuutgart

Je suis arrivé à Donauwoerth. J’ai trouvé le duc d’Auerstaedt avec son corps d’armée à Ratisbonne. L’ennemi débouchera par Landshut. Quelques coups de sabre ont été donnés à l’avantage de la cavalerie bavaroise, Le général Deroy, après avoir défendu une demi-journée le passage de la rivière, s’est retiré.

Je me suis décidé à me mettre demain en mouvement et, sans plus tarder, à attaquer l’ennemi. Je pense qu’il est convenable que Votre Majesté fasse une proclamation pour répondre aux invectives et aux injures de l’ennemi, et qu’elle la fasse répandre dans toute l’Europe. Je prie Votre Majesté d’écrire à Bade et à Darmstadt pour que l’on en fasse autant. Le roi de Bavière a fait la sienne.. Je m’en rapporte là-dessus au zèle de Votre Majesté pour la cause commune, à son attachement pour moi et à sa sagacité.

Je prie Votre Majesté de tenir ses ministres à Dresde, Cassel et Berlin, instruits de ce qui se passe, afin de détruire les mauvais bruits que fait répandre l’ennemi.

 

Donauwoerth, 17 avril 1809

A Maximilien-Joseph, roi de Bavière, à Munich

Je suis arrivé à Donauwoerth, il cinq heures du matin. Berthier est venu me joindre. Davout est à Ratisbonne avec son corps d’armée. Le général Deroy a eu une trentaine d’hommes tués et une centaine de blessés devant Landshut; il a voulu s’opposer au débouché du corps ennemi par Landshut. Le général de Wrede a eu une affaire de cavalerie où les troupes de Votre Majesté se sont distinguées et ont culbuté les hussards autrichiens et fait quelques prisonniers.

J’ai donné ordre au duc de Danzig de réunir entre Neustadt et Landshut tout le corps bavarois.

Le duc d’Auerstaedt descend sur Ingolstadt; il est probable que je me porterai demain à Ingolstadt.

Le général Oudinot et le duc de Rivoli se mettent en marche demain d’Augsbourg. Tout porte à penser que mercredi ou jeudi nous aurons des affaires, et, si j’y vois jeu, je chasserai les ennemis de la Bavière, sans attendre plus longtemps; mais nous avons besoin de pain. Que Votre Majesté ordonne de faire 100,000 rations par jour; autant de Dillingen, d’Aichach, et les fasse filer par eau sur Donauwoerth. Cette mesure est importante. Que Votre Majesté donne de ses nouvelles à Stuttgart, pour qu’on n’ait point d’inquiétude, et pour prémunir contre les faux bruits qu’on se plaira sans doute à répandre.

Dans cette circonstance, il est important que Votre Majesté fasse une proclamation; mais il faut qu’elle soit faite promptement: la célérité en est le mérite; qu’elle soit imprimée dans la nuit, envoyée à Stuttgart, Strasbourg, Mayence, etc., répandue partout.

 

Donauwoerth, 18 avril 1809

À Davout

(dix heures du matin)

Mon cousin, j’arrive à Donauwoerth. J’apprends que vous occupez Ratisbonne. Mon intention a toujours été de concentrer mes troupes derrière le Lech. Repliez-vous avec toutes vos troupes sur Ingolstadt. Je donne ordre au duc de Danzig de tenir en respect le corps de Landshut et de protéger votre mouvement. La division Friant doit également se replier sur Ingolstadt; il peut cependant garder des postes d’observation sut l’Altmühl comme une grande tête de pont, à six lieues d’Ingolstadt. Tenez vos troupes resserrées et en ordre; et si, dans ce mouvement brusque auquel l’ennemi ne s’attend pas, vous trouvez moyen de tomber sur la colonne de Landshut, si elle s’est avancée, ce sera une superbe occasion; mais ne vous éloignez pas de plus d’une demi-marche pour la faire naître.

Pour vous rendre à Ingolstadt, vous devez passer par Neustadt. De Neustadt, où vous ne pourrez être que demain soir 18, je serai à même de vous donner des ordres: Toutefois, si vous n’en recevez pas, vous devez continuer votre mouvement sur Geisenfeld, vous trouvant ainsi à trois lieues d’Ingolstadt, sans jamais passer sur la rive gauche.

J’attends avec impatience des nouveaux de l’ennemi. Quel est le corps d’armée autrichien qui a débouché à Landshut ? Où se porte-t-il ? Quelle est la marche des autres colonnes ennemies, dont vous ou le général de Wrede auriez connaissance ?

(six heures du soir)

Mon cousin, depuis ce matin que je suis arrivé, je vous ai envoyé le général Savary, mon officier d’ordonnance Vence, un officier d’artillerie, un major bavarois, et j’ai chargé le général de Wrede et le duc de Danzig, auxquels j’ai écrit par plusieurs occasions, de vous faire connaître mes intentions. Il est six heures du soir; je vous expédie votre aide de camp, qui vous porte le duplicata de mes ordres et qui me promet d’être arrivé avant six heures du matin. On a entendu du canon entre Pfaffenhofen et Freising.

Le duc de Rivoli et le général Oudinot partent d’Augsbourg, avant le jour, pour se diriger par Aichach sur Pfaffenhofen. La division Nansouty, le général Demont et le général Vandamme seront à Ingolstadt. Ainsi j’espère demain avoir deux fois de vos nouvelles, puisque nous marchons à la rencontre l’un de l’autre. Je ne sais si l’ennemi occupe en force Straubing ou s’il débouche de ce coté. J’ignore ce qu’il a sur l’Altmühl. La journée de demain sera une journée préparatoire pour se rapprocher et je suppose que mercredi nous pourrons, selon les circonstances, manoeuvrer sur les colonnes qui ont débouché par Landshut et ailleurs, et mettre en déroute ce qui serait entre le Danube, l’Isar, et peut-être même l’Inn. Masquez votre mouvement à Bellegarde le plus que vous pourrez, sauf, après avoir remporté des avantages sur l’Isar, à revenir sur Ratisbonne, si le général Bellegarde s’y engage.

Votre aide de camp vous remettra mon ordre du jour.

Si le canon continue à tirer demain contre les Bavarois, accélérez votre marche pour venir à leur secours. Il se pourrait que dès demain vous pussiez faire beaucoup de mal à la colonne ennemie de Landshut. Tout porte à penser que la route n’a pas été interceptée sur la rive droite; d’ailleurs, vous pourriez correspondre par les deux routes. L’essentiel est de donner beaucoup de vos nouvelles et de nous faire savoir ce que vous auriez appris à Ratisbonne.

Vos cinq divisions, y compris celle du général Demont, les six divisions qu’amène le duc de Rivoli, les trois divisions de cuirassiers sont dans le cas de battre toutes les forces de la monarchie autrichiennes réunies; mais il faut avant tout que nos communications soient assurées, et marcher par système. Si vous arrivez demain à Neustadt, vous serez à huit lieues de mon quartier général, comme je serai à huit lieues du duc de Rivoli. Le duc de Danzig sera encore plus près. Je pourrai ainsi donner des ordres demain après-midi pour le complément de l’opération méditée. Le général Rouyer sera aujourd’hui à Nördlingen, et demain à Donauwoerth. J’ai mis une bonne garnison dans Augsbourg, qui est à l’abri d’un coup de main. Mes chevaux ne sont pas encore arrivés; si vous pouvez m’envoyer un ou deux des vôtres, sans trop vous gêner, faîtes-le. Le général de brigade Gautier est parti, il y a deux heures, pour Ingolstadt; il sera sous les ordres du général Demont. Le général Nansouty a été reprendre le commandement de sa division. Ne laissez juste que la cavalerie nécessaire en observation, et menez-en avec vous le plus que vous pourrez.

 

Donauwoerth, 18 avril 1809, quatre heures du matin

Au maréchal Lefebvre, commandant le 7e corps d’armée d’Allemagne, duc de Danzig, à Neustadt

Le général Savary arrive; il m’a remis vos deux lettres, qui m’instruisent que vous avez reçu mes ordres. J’espère qu’à trois heures du matin vous aurez mis en marche, pour se porter en avant, la division du Prince royal, afin de réunir vos trois divisions. Il paraît que l’archiduc Charles, avec trois corps d’armée, se dirige entre Landshut et Ratisbonne; il faut donc que vous manœuvriez sur son flanc gauche, pour garder sa marche sur Ratisbonne, maintenir votre communication avec le duc d’Auerstaedt, et faire une diversion qui occupe un nombre d’hommes égal au vôtre. J’espère qu’avant neuf heures du matin vous serez de votre personne avec les divisions de Wrede et Deroy; et vous ferez comprendre aux Bavarois ce que j’attends d’eux dans ces journées. J’espère qu’avant onze heures la division du Prince royal aura rejoint, et que vous donnerez avec plus ou moins d’activité, selon que vous apprendrez que le duc d’Auerstaedt sera plus ou moins engagé.

Le duc de Rivoli et le général Oudinot sont en marche sur Pfaffenhofen, où ils seront ce soir. Je me porte moi-même à Ingolstadt. Envoyez-moi souvent de vos nouvelles dans la journée, si cela est nécessaire. Vous sentez l’urgence de la circonstance; je n’ai pas besoin de vous recommander d’agir sérieusement. Communiquez avec le duc d’Auerstaedt et faites-lui connaître ce que vous apprendrez par les déserteurs, afin qu’il agisse selon les circonstances.

 

Donauwoerth, 18 avril 1809

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, à Aichach

Mon Cousin, je reçois votre lettre. La division que vous avez à Landsberg et les quatre régiments de cavalerie légère doivent tâcher de gagner Aichach, ou au moins faire ce qu’ils pourront sur la route d’Augsbourg à Aichach; mais il est indispensable que le général Oudinot, avec son corps et trois autres divisions, que vos cuirassiers et ce que vous avez d’autre cavalerie, couchent à Pfaffenhofen.

Dans un seul mot vous allez comprendre ce dont il s’agit. Le prince Charles, avec toute son armée, a débouché hier de Landshut sur Ratisbonne; il avait trois corps d’armée évalués à 80,000 hommes.

Les Bavarois se sont battus toute la journée avec son avant-garde, entre Siegenburg et le Danube. Cependant, aujourd’hui 18, le duc d’Auerstaedt, qui a 60,000 hommes français, part de Ratisbonne et se porte sur Neustadt. Ainsi lui et les Bavarois agiront de concert contre le prince Charles. Dans la journée de demain 19, tout ce qui sera arrivé à Pfaffenhofen de votre corps, auquel se joindront les Wurtembergeois, une division de cuirassiers et tout ce qu’on pourra, pourra agir, soit pour tomber sur les derrières du prince Charles, soit sur la colonne de Freising et de Moosburg, et enfin entrer en ligne. Tout porte donc à penser qu’entre le 18, le 19 et le 20, toutes les affaires d’Allemagne seront décidées. Aujourd’hui 18, les Bavarois peuvent encore continuer à se battre sans grand résultat, puisqu’ils cèdent toujours du terrain; mais ils harcèlent et retardent d’autant la marche de l’armée ennemie. Le duc d’Auerstaedt est prévenu de tout, et le général de Wrede lui envoie tous les prisonniers. Aujourd’hui il est possible que l’on ne tire que quelques coups de fusil. Entre Ratisbonne et le lieu où était le prince Charles, il n’y avait encore que neuf lieues. Ce n’est donc que le 19 qu’il peut y avoir quelque chose, et vous voyez actuellement, d’un coup d’œil, que jamais circonstance ne voulut qu’un mouvement soit plus actif et plus rapide que celui-ci. Sans doute que le duc d’Auerstaedt, qui a près de 60,000 hommes, peut à la rigueur se tirer honorablement de cette affaire; mais je regarde l’ennemi comme perdu si Oudinot et vos trois divisions ont débouché avant le jour et si, dans cette circonstance importante, vous·faites sentir à mes troupes ce qu’il faut qu’elles fassent. Envoyez des postes de cavalerie au loin. Il paraît que les Autrichiens n’ont à Munich et sur cette direction qu’un corps de 12,000 hommes. L’importance de votre mouvement est telle, qu’il est possible que je vienne moi-même joindre votre corps. Votre cavalerie, qui était à Dachau, peut en partir, se diriger et venir vous joindre à Pfaffenhofen. Quant au général qui est à Lands­berg, il forme avec son corps votre arrière-garde, qui sera à six ou sept heures de distance. Cela peut être utile et n’a pas d’inconvénient. S’il le faut, il aura toujours rejoint le deuxième ou le troisième jour. Enfin les quatre régiments de cavalerie légère peuvent, dans la journée de demain, ou après-demain au plus tard, avoir rejoint votre tête.

Activité, activité, vitesse ! Je me recommande à vous.

 

Donauwoerth, 18 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Trévise

Mon Fils, je pars pour Ingolstadt. Vous savez l’insurrection du Tyrol. L’armée manœuvre en tous sens contre l’ennemi; des événements importants ne tarderont pas à avoir lieu. Je n’ai point de vos nouvelles depuis vos lettres du 9, de Vérone. Je suppose que la colonne française qui venait à Augsbourg par Innsbruck se sera repliée sur vous. Ce sera un bon renfort qui pourra vous servir. Tout me porte à penser que l’ennemi n’est pas nombreux de votre côté.

 

Donauwoerth, 18 avril 1809

A Charles, prince de Suède, duc de Sudermanie, à Stockholm

Mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Altesse Royale. Je m’intéresse à tout ce qui peut arriver d’heureux à la Suède et à elle. J’avoue que les circonstances où se trouve sa nation sont singulière­ment pénibles. Le parti qu’elle a pris d’entrer en négociation avec la Russie m’a paru convenable. J’interviendrai autant qu’il me sera possible pour tout ce qui peut intéresser Votre Altesse. Les circonstances dans lesquelles ses envoyés m’ont trouvé, au milieu des fatigues et des mouvements militaires les plus précipités, ne me permettent pas d’entrer dans de plus grandes explications. L’empereur Alexandre est généreux et grand : qu’elle s’en rapporte à lui. Je garderai près de moi le jeune officier qu’elle veut laisser à ma suite; et, du moment que j’aurai plus de loisir et que je connaîtrai mieux les intentions de mes alliés sur ses affaires actuelles, je le renverrai à Votre Altesse, avec une explication plus précise.

 

Ingolstadt, 18 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Ingolstadt

Le major général enverra l’ordre au 6e régiment de chasseurs, qui doit être arrivé à Donauwoerth, de partir avant le jour pour être arrivé demain de bonne heure à Ingolstadt.

Même ordre sera donné aux détachements de la Garde qui seront arrivés à Donauwoerth ou à Dillingen.

Je compte que vous aurez donné l’ordre pour que le quartier général se rende à Ingolstadt.

Ingolstadt, 18 avril 1809, cinq heures du soir

ORDRE AU CAPITAINE GALBOIS, ATTACHÉ A L’ÉTAT-MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE.

Le capitaine Galbois retournera sur-le-champ près du maréchal Davout; il passera par Vohburg et Neustadt et de là à Ratisbonne. Aussitôt qu’il aura causé avec le maréchal Davout, il reviendra me rendre compte.

Il fera connaître au maréchal Davout ce qu’il apprendra de ce qui s’est passé dans la journée au corps du duc de Danzig; que je n’en ai aucune connaissance, mais que je suppose que le corps du duc de Danzig, fort de 80,000 hommes, a battu la plaine jusqu’à l’Isar et l’a secouru si cela a été nécessaire.

Le général Demont est à Vohburg avec sa division; 8,000 hommes de cavalerie, la division Nansouty et la cavalerie wurtembergeoise sont en colonne sur la route d’ici à Vohburg.

Le général Vandamme, avec 12,000 Wurtembergeois, couche ce soir à Ingolstadt.

Le duc de Rivoli avec le général Oudinot et 80,000 hommes doivent arriver ce soir à Pfaffenhofen.

L’Empereur, à une heure du matin, se décidera a se porter de sa personne à Neustadt, après qu’il aura reçu le rapport de la journée; il lui importe donc bien de connaître la situation du duc d’Auerstaedt et des différents corps de l’ennemi.

Si cela ne détourne pas cet officier, il verra le général de Wrede ou le duc de Danzig pour causer avec eux et leur donner connaissance de ces détails.

P. S. Cet officier engagera celui qui commande à Vohburg, celui qui commande à Neustadt et les généraux de division bavarois de m’envoyer des officiers et les rapports de ce qui se serait passé ou de ce qu’ils apprendraient.

 

Donauwoerth, 18 avril 1809

Au comte Otto, ministre de l’Empereur près le roi de Bavière, à Munich

Monsieur Otto, je pars dans une heure pour me rendre à Ingolstadt. Tontes les troupes bavaroises se réunissent à Neustadt. Le général Deroy a eu le 6 au débouché du pont de Landshut une affaire où il a eu une vingtaine de tués et un certain nombre de blessés légèrement. Le général de Wrede a échangé quelques coups de canon. Les nouvelles sont que l’ennemi débouche en grande force par Landshut. Le duc de Rivoli et le général Oudinot sont partis d’Augsbourg, à la pointe du jour, pour se porter sur les derrières et sur le flanc de l’ennemi. Les affaires s’engagent. Donnez des nouvelles à Stuttgart, à Strasbourg et à  Paris, afin qu’on n’y ait pas d’inquiétude. Ecrivez qu’on manœuvre et qu’il n’y a rien de nouveau le 17 au soir. Que même ce peu de lignes filent jusqu’à Berlin d’où M. de Saint-Marsan les acheminera sur Saint-Pétersbourg.

 

Ingolstadt, 19 avril 1809, midi

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, à Freising

Je reçois votre lettre de ce matin six heures. Je suppose que vous aurez fait pousser les 4,000 que vous avez devant vous de manière qu’ils n’échappent pas, et que cela ne se bornera pas aux 400 prisonniers que vous m’annoncez.

A Au et à Freising il n’y a pas grand-chose, peut-être le reste du corps que vous avez battu et qui, en entier, était de cinq régiments.

Nos opérations se dessinent. Voici le véritable état des choses. Le prince Charles, avec toute son armée, était ce matin à une journée de Ratisbonne et a sa ligne d’opération sur Landshut. Le duc d’Auerstaedt, cette nuit et ce matin, a évacué Ratisbonne pour se porter sur Neustadt et se joindre avec les Bavarois. Je m’attendais donc au­jourd’hui à une affaire; cependant il est midi, et le canon ne s’est pas encore fait entendre. Vous voyez que, par cette manœuvre, je refuse ma gauche, voulant avancer ma droite que vous formez et qui, dès aujourd’hui, commence à entrer en jeu. Ce soir ou demain on se battra peut-être à la gauche.

Poussez le corps d’Oudinot sur Au et sur Freising. Poussez des postes sur Munich pour savoir ce qu’il y a. Les habitants du pays étant pour nous, vous pouvez envoyer des estafettes partout.

De Freising et d’Au, selon les renseignements que je recevrai au­jourd’hui, je vous dirigerai sur Landshut; et alors le prince Charles se trouverait avoir perdu sa ligne d’opération, sa protection qui est l’Isar, et serait attaqué par sa gauche.

Je vous dis de porter une division à Au et pas toutes sur Freising, parce que, si la gauche était engagée plus que je ne le désire, la division qui sera à Au aura fait une marche au secours de la gauche.

Tout ceci doit s’éclaircir aujourd’hui, et les moments sont précieux. Tenez le corps d’Oudinot disponible et placez vos quatre divisions au­tour de Pfaffenhofen, sur les trois directions de Neustadt, Freising et Au, afin que, selon les circonstances, une d’elles marche la première et dirige les colonnes sur le point où il faudra marcher. Ici, tout est calcul d’heures. Du reste, 12 ou 15,000 de cette canaille que vous avez battue ce matin doivent être attaqués, tête baissée, par 6,000 de nos gens.

Une heure après midi.

P. S. Au lieu de placer une division d’Oudinot à Au, ainsi qu’il est dit dans le primata qui vient de vous être expédié par un officier d’ordonnance, vous placerez cette division sur Neustadt, afin qu’elle gagne une marche pour soutenir la gauche; et l’autre division, vous la placerez comme il est dit ci-dessus, sur Freising

3)Cette lettre fut expédiée en primata et duplicata au maréchal Masséna : le primata, à midi, par un officier d’ordonnance de l’Empereur; le duplicata, à une heure de l’après-midi, par un aide de camp du maréchal, qui retournait près de lui. A ce moment, l’Empereur, montant à cheval, changea les disposi­tions qu’il venait de prescrire pour le corps d’Oudinot; il dicta alors le post­-scriptum ci-dessus, qui modifie ses premiers ordres.

 

Ingolstadt, 19 avril 1809

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, commandant le 9e corps de l’armée d’Allemagne, à Gera

Mon Cousin, j’ai reçu toutes vos lettres. La guerre que j’ai à soutenir est de concert avec la Russie. Vous êtes entré pour quelque chose dans cette combinaison. Voyez donc une preuve de mon estime, et du cas que je fais de vous dans la destination que je vous ai donnée.

L’Autriche a précipité ses mesures. Le major général vous écrit ce qui doit servir de règle à votre conduite. Je suis arrivé à l’armée depuis deux jours; j’ai mis tout en mouvement, et j’espère chasser bientôt cette nuée d’Autrichiens au delà de l’Inn. Tenez-nous au courant des mouvements des Russes du côté de la Galicie, et de ce qui arrivera au cabinet. La Saxe est en guerre avec l’Autriche; aucun ministre ni envoyé autrichien ne doit être souffert à Dresde, et il ne doit exister aucune communication avec la Bohême. Remettez la lettre ci-jointe à mon ministre.

P. S. Vous trouverez ci-jointe la proclamation’ à l’armée, et ne la saurez-vous faire imprimer ?

 

Ingolstadt, 19 avril 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, j’ai reçu votre lettre du 5. Je suis sur le champ de bataille; je ne puis que m’en rapporter à vous sur tout ce que vous ferez pour le bien de mon service et pour la sûreté de mes flottes et de mes arsenaux.

 

Ingolstadt, 19 avril 1809

A M. Bourgoing, ministre plénipotentiaire près du roi de Saxe

Monsieur Bourgoing, j’ouvre la lettre que vous écrivez à M. de Champagny. Le ministre d’Autriche à Dresde doit être chassé sans délai, celui de Saxe à Vienne rappelé, et la guerre déclarée. Le Roi doit, je pense, quitter Dresde pour se rapprocher du Rhin. Je n’ai pas besoin de vous dire que tous mes palais de France sont à sa disposition. Toutefois son absence de sa capitale ne sera pas longue. Depuis deux jours que je suis arrivé à l’armée, tout est en mouvement. Il n’y a encore rien d’important. Avant sept ou huit jours, il se passera des événements qui confondront l’orgueil et l’ingratitude de l’Autriche.

P. S. Vous remettrez la lettre ci-jointe au Roi.

Ingolstadt, 19 avril 1809

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde (Le roi de Saxe était à Leipzig depuis le 16 avril)

Votre Majesté aura vu, dans la déclaration de l’Autriche, le peu de raison qu’elle a de faire la guerre. Je ne l’ai apprise que par le passage de l’Inn, car cette déclaration ne m’a jamais été remise. Je ne suis rendu sur-le-champ à l’armée, et: avant huit jours les Autrichiens verront l’étendue du précipice qu’ils ont creusé sous leurs pas. Je pense qu’il serait convenable que Votre Majesté s’éloignât du théâtre de la guerre. Dresde est évidemment trop près, et, soit que les troupes de Votre Majesté entrent en Bohême, soit qu’elles manœuvrent pour se joindre à moi sur le Danube, l’absence de Votre Majesté me paraît également commandée par les circonstances. Je pense que Votre Majesté aura rappelé son ministre et renvoyé celui de l’Autriche. Je considère mon chargé d’affaires comme prisonnier à Vienne et privé de l’exercice de ses fonctions diplomatiques depuis la violation de ses courriers. Cependant, M. de Metternich, qui part de Paris, sera échangé contre lui.

 

Vohburg, 20 avril 1809, six heures et demie du matin

Au général Vandamme, commandant les troupes wurtembergeoises, à Neustadt

Vous êtes à Neustadt. Vous avez des troupes à Mühlhausen et près de Siegenburg. Portez-vous à Siegenburg avec toutes vos forces; prenez sous vos ordres tous les Wurtembergeois. L’officier porteur de cette lettre donnera en passant l’ordre au général de brigade wurtembergeois, qui est en réserve, de se porter à Siegenburg. Je monte à cheval pour me rendre aux avant-postes, et je dirigerai moi-même les mouvements. Vous déboucherez par Siegenburg avec tous les Wurtembergeois.

 

Vohburg, 20 avril 1809, six heures et demie du matin

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, à Freing

Tous les rapports de ce matin sont que l’ennemi bat en retraite à toutes jambes. Le champ de bataille est couvert de ses morts. Les divisions Friant et Saint-Hilaire et une division bavaroise ont seules été engagées.

Je monte à cheval pour aller moi-même reconnaître la situation des choses aux avant-postes, attaquer l’ennemi, s’il occupe encore quelques positions, et le poursuivre l’épée dans les reins, s’il bat en retraite. Je vous prie de votre côté de ne pas perdre un moment et de le surprendre au passage de l’Isar.

P, S. Plus vous vous rapprocherez de Landshut et mieux cela vaudra. Sans doute que, si vous pouviez aller à Landshut, cela serait préférable; mais tâchez d’aller à Moosburg.

 

Abensberg, 20 avril 1809.

Soldats bavarois ! Je ne viens point à vous comme Empereur des Français, mais comme Protecteur de votre patrie et de la Confédération allemande. Bavarois ! Vous combattez aujourd’hui seuls contre les Autrichiens. Pas un Français ne se trouve dans les premiers rangs; ils sont dans le corps de réserve, dont l’ennemi ignore la pré­sence. Je mets une entière confiance dans votre bravoure. J’ai déjà reculé les limites de votre pays; je vois maintenant que je n’ai pas assez fait. A l’avenir je vous rendrai si grands, que pour faire la guerre contre les Autrichiens vous n’aurez plus besoin de mon secours. Depuis deux cents ans les drapeaux bavarois, protégés par la France, résistent à l’Autriche. Nous allons dans Vienne, où nous saurons bientôt la punir du mal qu’elle a toujours causé à votre patrie. L’Autriche voulait partager votre pays en baronnies, vous diviser et vous distribuer dans ses régiments. Bavarois ! Cette guerre est la dernière que vous soutiendrez contre vos ennemis; attaquez-les à la baïonnette et anéantissez-les.

 

Rohr, 21 avril 1809, cinq heures du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Teugen

La journée d’avant-hier et d’hier est un autre Iéna. Le duc de Rivoli a dû arriver hier à Landshut, depuis hier trois heures après midi. Vous n’avez devant vous qu’un rideau de trois régiments d’in­fanterie. J’ai fait occuper hier les villages de Thann; on y a trouvé beaucoup de blessés.

J’ordonne ce matin au duc de Danzig, avec les divisions française Demont et bavaroise Deroy et les cuirassiers Saint-Germain, de se porter sur Langquaid, de mettre en déroute cette arrière-garde qui couvre leurs parcs et leurs blessés, et de tout ramasser dans la journée. Si vous entendez le canon, ce sera cela; en cas de besoin, vous devrez l’appuyer.

La division Boudet a couché à Neustadt. Je lui donne ordre de se rendre à Abensberg. Cette belle division est sous vos ordres.

Voilà ce que vous avez à faire. Le duc de Danzig va poursuivre les parcs, les équipages et même le prince Charles s’il prend la direction de l’Isar et qu’il aille à Landshut par Eckmühl, soit qu’il aille à Straubing, appuyez-le s’il en est besoin.

Lorsque vos derrières seront nettoyés, que vous aurez ramassé hommes, bagages perdus, vous vous porterez sur Ratisbonne; vous attaquerez Bellegarde et Klenau. Vous les poursuivrez et les acculerez dans les montagnes de la Bohême; vous ferez en sorte que la rive gauche du Danube soit purgée et qu’il ne puisse rentrer que des débris.

Je me rends à Landshut, et, aussitôt que j’aurai fait tout le mal possible à l’ennemi, je le préviendrai sur l’Inn. J’attends dans la journée fréquemment de vos nouvelles. Je serai sur la route de Rohr à Landshut.

 

Rohr, 21 avril 1809

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Leipzig

J’écris à Votre Majesté sur le champ de bataille. Je ne lui dirai qu’un mot. Les journées du 19 et du 20 ont été pour l’armée autrichienne ce que la journée d’Iéna a été pour l’armée prussienne. J’écrirai plus au long à Votre Majesté lorsque j’aurai eu un moment de repos. Si elle n’a pas quitté Dresde, je pense qu’elle y peut rester sans inquiétude. Je serai dans peu de temps à Vienne. Dieu s’est plu à accorder une éclatante protection à la justice de ma cause et à punir l’ingratitude, la perfidie et la mauvaise foi de la cour d’Autriche.

 

Rohr, 21 avril 1809

A M. Otto, ministre de France près le roi de Bavière

Envoyez copie de la note ci-jointe au prince Eugène, au roi de Naples, à la grande-duchesse de Toscane, au gouverneur général à Turin, et écrivez pour que cent coups de canon soient tirés dans toutes mes places d’Italie, et faites imprimer la proclamation de l’Empereur à l’armée, en allemand et en français.

NOTE

L’armée autrichienne a été frappée par le feu du ciel qui punit l’ingrat, l’injuste et le perfide; elle est pulvérisée. Tous ses corps d’armée ont été écrasés. Plus de vingt de ses généraux ont été tués blessés; un archiduc a été tué ; deux, blessés. On a plus de l,000 prisonniers, des drapeaux, des canons, des magasins, des bagages. De cette armée qui a osé venir braver l’armée française peu de débris repasseront l’Inn. Comme à Iéna, on remarque que le sort de la guerre est surtout tombé sur ceux qui l’ont provoquée; le prince de Liechtenstein, un des plus furibonds, a été blessé mortellement.

L’Empereur, hier, a lui-même manœuvré et attaqué, entouré de 40,000 hommes de troupes de la Confédération du Rhin ; Sa Majesté les a haranguées, et ces troupes ont montré le plus grand enthousiasme.

 

Landshut, 21 avril 1809, sept heures et demie

Au général Saint-Sulpice, commandant la 2e division de cuirassiers de la réserve, à Essenbach

Le général de division Saint-Sulpice doit avoir, indépendamment de sa division de grosse cavalerie, la brigade d’infanterie légère de Wurtemberg et un régiment de cavalerie légère wurtembergeois can­tonnés autour d’Essenbach. Mon intention est qu’il tâche de déposter l’ennemi, qui doit être à une lieue en avant d’Essenbach, afin de pouvoir pousser plusieurs patrouilles jusqu’à Ergoltsbach. Il doit expédier des estafettes qui iront jusqu’à ce qu’elles trouvent l’ennemi, placer des postes à deux lieues sur toutes les routes, afin que, si l’ennemi se présentait, on soit à couvert des alertes, envoyer une patrouille d’infanterie et cavalerie légère, même 50 cuirassiers, sur Ratisbonne. Il faut aussi beaucoup éclairer la route de Straubing et celle de Landau. Il m’enverra, le soir, des rapports de tous ses postes, estafettes et espions.

 

Landshut, 22 avril 1809, deux heures et demie du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, sur les hauteurs d’Eckmühl

Mon Cousin, le général Piré arrive. Je vous ai envoyé le général Oudinot avec la division Tharreau et la division Boudet. Mon mouvement sur Landshut et l’avant-garde qui est déjà à moitié chemin de l’Inn doivent décider la retraite de l’ennemi, qui tient probablement pour évacuer son artillerie. S’il en était autrement et que l’ennemi tînt toute la journée, et que vous jugiez pouvoir tenir votre position ou toute autre position analogue, et qu’une diversion de 25,000 hommes sur Eckmühl fournît des positions favorables pour s’emparer de cette position, qui est derrière l’ennemi, vous pourrez me le mander. Je puis avoir votre réponse avant une heure après midi, et déjà j’ai ordonné au général Vandamme et aux divisions Gudin et Friant et aux cuirassiers d’être avant midi à Ergoltsbach, ayant leur avant­ garde à Neufahrn et sur la petite rivière de Laber. Tâchez de vous mettre en communication, par des paysans et par la traverse, avec ces troupes.

Si enfin vous pensez que votre position n’est pas tenable, vous êtes maître de prendre celle qui vous conviendra, en ayant soin seulement de protéger la communication qui passe par Bohr, Rottenburg et Landshut, afin que nous puissions nous réunir promptement. Je voulais remettre celle lettre à Piré, qui est déjà parti. Si vous entendez une canonnade du côté d’Eckmühl, parce qu’il serait possible que l’ennemi se portât en avant et qu’on s’engageât, dans quelque position que vous soyez, soutenez-la. Aussitôt que l’ennemi évacuera et fera sa retraite pour rentrer chez lui, poussez-le, en mettant Ou­dinot en première ligne et vos divisions fatiguées en seconde ligne.

P. S. Il est quatre heures. Je me suis résolu à me mettre en marche, et je serai sur Eckmühl à midi et dans le cas d’attaquer vigoureusement l’ennemi à trois heures. J’aurai avec moi 40,000 hommes. Envoyez-moi des aides de camp avec des escortes bavaroises pour m’apprendre ce que vous avez fait ce matin; il me semble qu’en prenant, soit par Rohr, soit par Rottenburg, soit par Langquaid, ayant les habitants pour nous, ils ne craignent pas de tomber entre les mains de l’ennemi, puisqu’ils peuvent les cacher.

Je serai de ma personne avant midi à Ergoltsbach. Si l’on entend la canonnade, cela me dira assez qu’il faut attaquer. Si je ne l’entends pas et que vous soyez en position d’attaquer, faites tirer une salve de dix coups de canon à la fois à midi, une pareille à une heure, et une pareille à deux heures. Mon aide de camp Lebrun partira à quatre heures et un quart; je suis décidé à exterminer l’armée du prince Charles aujourd’hui ou au plus tard demain.

Cette lettre est pour le duc de Danzig; communiquez-la-lui.

 

Landshut, 22 avril 1809, trois heures du matin

ORDRES DICTÉS AU MAJOR GÉNÉRAL

Donner ordre au général de Wrede de partir avec sa division et d’appuyer le mouvement du maréchal Bessières, qui a couché ce soir à Geisenhausen, de manière il jeter l’ennemi le plus loin qu’on pourra sur l’Inn. La division bavaroise partira de sa position actuelle à quatre heures du matin.

Ordre au duc de Rivoli de réunir entre Landshut et Ergolding, dans la plaine, trois de ses divisions, leur artillerie, la division Espagne; il réunira là les divisions les plus près d’ici; il faudrait que la première division pût être réunie sur la rive gauche à six heures du matin, pour pouvoir partir sur-le-champ. Le duc de Rivoli se mettra en marche avec ses trois divisions pour se diriger sur Eckmühl et cerner l’ennemi; l’Empereur marchera avec. La quatrième division se réunira à Landshut pour en garder la position et appuyer au besoin le maréchal Bessières, qui est entre l’hm et l’Isar avec la division bavaroise et la cavalerie légère.

La division Gudin partira à quatre heures du matin pour être arrivée à Ergoltsbach à neuf heures.

Le général Morand partira à cinq heures du matin pour être arrivé à neuf heures à Martinshaun. Les cuirassiers Saint-Sulpice monteront à cheval à six heures et suivront le mouvement de la division Gudin. Ils seront sous les ordres du duc de Montebello.

Au général Rouyer : Le duc d’Auerstaedt ayant envoyé la division Boudet à Ingolstadt, elle est suffisante pour défendre Eckmühl; d’ailleurs Sa Majesté ne se soucie plus du Danube. S’il y avait des circonstances extraordinaires, il faudrait couper tous les ponts et se borner à garder Ingolstadt.

 

Landshut, 22 avril 1809, trois heures du matin

Au maréchal Lannes, duc de Montebello, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne, à Landshut

Le due d’Auerstaedt est toujours aux prises. Le général Vandamme est parti avec l’infanterie wurtembergeoise et trois régiments de cavalerie légère pour marcher sur Eckmühl. Je désire que vous partiez de manière à être arrivé à sept heures à Ergoltsbach; vous prendrez en passant à Essenbach la division Saint-Sulpice. Vous pousserez devant vous les Wurtembergeois jusqu’à Neufahrn et même jusqu’à la petite rivière de Laber. Indépendamment des Wurtembergeois, des cuirassiers Saint-Sulpice, vous aurez sous vos ordres les divisions Gudin et Morand.

Je m’y porterai moi-même aussitôt que possible. Vous me ferez connaître les nouvelles que vous apprendrez de ce côté. Vous choisirez sur la petite rivière de Laber une bonne position. Mon intention est que, aussitôt que vous aurez reçu des nouvelles du maréchal Davout, vous marchiez sur Eckmühl, et d’attaquer l’ennemi de tous côtés. Je fais appuyer votre mouvement par le duc de Rivoli et ses trois divisions, qui viennent d’arriver. Puisque l’ennemi est têtu, il faut l’exterminer. Faites partir, sans perdre un moment, la division Gudin; ces troupes ne pourraient partir trop tôt.

 

Landshut, 22 avril 1809 , trois heures et demie du matin

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de cavalerie de l’armée d’Allemagne

Mon Cousin, je sais que vous êtes arrivé à Geisenhausen. Je dési­rerais avoir des rapports sur la force de l’ennemi. La division bavaroise du général de Wrede va vous joindre. Je partirai aujourd’hui pour cerner les corps de l’armée autrichienne de Bohême qui sont venus à Eckmühl. J’aurai avec moi le duc de Rivoli et trois de ses divisions, de sorte qu’il vous restera le général de Wrede et la 4e division du duc de Rivoli, en réserve devant Landshut.

P. S. Témoignez beaucoup de confiance au général de Wrede.

 

Landshut, 22 avril 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, sur les hauteurs d’Eckmühl

Mon Cousin, j’ai causé avec le général Piré, et, un quart d’heure après, je vous ai envoyé un de mes officiers d’ordonnance. Je vous envoie mon aide de camp Lebrun pour vous informer que je dirige sur EckmÜhl les divisions Gudin et Morand, les cuirassiers Saint­ Sulpice et une brigade de Wurtembergeois. Le duc de Rivoli suivra avec trois divisions et les cuirassiers Espagne. Concertez-vous avec le duc de Danzig sur ce que vous devez faire en cas d’attaque, dans quelque position que vous vous trouviez, et faites en sorte que les divisions Oudinot et Boudet puissent concourir à la bataille, ainsi que les divisions du duc de Danzig, savoir deux divisions de Bavarois et la division Demont. Si le prince Charles reste aujourd’hui et que la position soit attaquable, j’espère l’attaquer à quatre heures, surtout si je vous entends engagé. Envoyez-moi des Bavarois par la traverse, qui viennent me joindre et me donner de vos nouvelles. S’il y a possibilité de me joindre, le duc de Danzig peut envoyer un fort parti pour se lier avec moi. Il faut exterminer l’armée autrichienne et venger le régiment qui a été enlevé.

 

Landshut, 22 avril 1809

Au général Rouyer, commandant les troupes des princes confédérés, à Ingolstadt

Je vous préviens, Général, que tout ce qui est depuis Donauwoerth jusqu’à Vohburg est à vos ordres. S’il y avait des événements extraordinaires, c’est à vous à tout disposer sans attendre des ordres. Si l’ennemi forçait du côté de Donauwoerth, tout ce qui serait sur le Danube regagnerait Ingolstadt, ou Augsbourg, s’ils n’avaient pas le temps de regagner Ingolstadt.. Il ne faut pas oublier les troupes qui sont à Neuburg ; elles se replieront sur Ingolstadt d’abord, ou enfin sur Augsbourg, si elles n’avaient pas le temps de rejoindre Ingolstadt. Nous manœuvrons aujourd’hui; nous lui portons le dernier coup, nous lui avons fait 30,000 prisonniers, pris toute son artillerie, ses bagages.

 

Château d’Egglofsheim, 23 avril 1809

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, à Egglofsheim

Ordre au duc de Rivoli de se diriger avec les trois divisions qui iront ici sur Straubing, de s’emparer du pont de bateaux que l’ennemi aurait pu faire à Straubing, de pousser des reconnaissances dans toutes les directions pour arrêter sur les deux rives du Danube les bagages et les colonnes de l’ennemi.

Le maréchal Bessières à l’ordre de passer l’Inn aujourd’hui avec la division Molitor et la division Wrede.

 

Quartier impérial de Ratisbonne, 24 avril 1809.

PROCLAMATION À L’ARMÉE

Soldats ! Vous avez justifié mon attente. Vous avez suppléé au nombre par votre bravoure. Vous avez glorieusement marqué la différence qui existe entre les soldats de César et les cohues armées de Xercès.

En peu de jours, nous avons triomphé dans les trois batailles rangées de Thann, d’Abensberg et d’Eckmühl, et dans les combats de Peising, de Landshut et de Ratisbonne. Cent pièces de canon, quarante drapeaux, 50,000 prisonniers, trois équipages de pont, tous les parcs de l’ennemi portés sur six cents caissons attelés, trois mille voitures attelées portant ses bagages, toutes les caisses des régiments, voilà le résultat de la rapidité de vos marches et de votre courage.

L’ennemi, enivré par un cabinet parjure, paraissait ne plus conserver aucun souvenir de vous. Son réveil a été prompt; vous lui avez apparu plus terribles que jamais. Naguère il a traversé l’Inn et envahi le territoire de nos alliés. Naguère il se promettait de porter la guerre au sein de notre patrie. Aujourd’hui, défait, épouvanté, il fuit en désordre; déjà mon avant-garde a passé l’Inn. Avant un mois nous serons à Vienne.

 

24 avril 1809, Quartier général de Ratisbonne

PREMIER BULLETIN DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE

L’armée autrichienne a passé l’Inn le 9 avril. Par là les hostilités ont commencé, et l’Autriche a déclaré une guerre implacable à la France, à ses alliés et à la Confédération du Rhin.

Voici quelle était la position des corps français et alliés :

Le corps du duc d’Auerstaedt, à Ratisbonne;
Le corps du duc de Rivoli, à Ulm;
Le corps du général Oudinot, à Augsbourg;
Le quartier général, à Strasbourg;
Les trois divisions bavaroises, sous les ordres du duc de Danzig, placées, la le,  commandée par le Prince royal, à Munich, la 2e, commandée par le général Deroy, à Landshut, et la 3e, commandée par le général de Wrede, à Straubing;
La division wurtembergeoise, à Heidenheim ;
Les troupes saxonnes, campées, sous les murs de Dresde;
Le corps du duché de Varsovie, commandées par le prince Poniatowski, sous Varsovie.

Le 10, les troupes autrichiennes investirent Passau, où s’enferma un bataillon bavarois; elles investirent eu même temps Kufstein, où s’enferma également un bataillon bavarois. Ce mouvement eut lieu sans tirer un coup de fusil.

Les Autrichiens publièrent dans le Tyrol la proclamation ci-jointe (Moniteur du 3 mai 1809). La cour de Bavière quitta Munich pour se rendre à Dillingen.

La division bavaroise qui était à Landshut se porta à Achdorf, sur la rive gauche de l’Isar.

La division commandée par le général de Wrede se porta sur Neustadt.

Le duc de Rivoli partit d’Ulm et se porta sur Augsbourg.

Du 10 au 16, l’armée ennemie s’avança de l’Inn sur l’Isar. Des partis de cavalerie se rencontrèrent, et il y eut plusieurs charges, dans lesquelles les Bavarois eurent l’avantage. Le 16, à Pfaffenhofen, les 2e et 3e régiments de chevau-légers bavarois culbutèrent les hussards de Stipsicz et les dragons de Rosenberg.

Au même moment, l’ennemi se présenta en force pour déboucher par Landshut. Le pont était rompu, et la division bavaroise commandée par le général Deroy opposait une vive résistance à ce mouvement; mais, menacée par des colonnes qui avaient passé l’Isar à Moosburg et à Freising, cette division se retira en bon ordre sur celle du général de Wrede, et l’armée bavaroise se centralisa sur Neustadt.

DÉPART DE L’EMPEREUR DE PARIS LE 13

L’Empereur’ apprit par le télégraphe, dans la soirée du 12, le passage de l’Inn par l’armée autrichienne, et partit de Paris un instant après. Il arriva le 16, à trois heures du matin, à Ludwigsburg, et dans la soirée du même jour à Dillingen, où il vit le roi de Bavière, passa une demi-heure avec ce prince, et lui promit de le ramener en quinze jours dans sa capitale et de venger l’affront fait à sa Maison en le faisant plus grand que ne furent jamais aucun de ses ancêtres. Le 17, à deux heures du matin, Sa Majesté arriva à Donauwoerth, où était établi le quartier général, et donna sur-le­ champ les ordres nécessaires.

Le 18, le quartier général fut transporté à Ingolstadt.

COMBAT DE PFAFFENHOFEN, LE 19.

Le 19, le général Oudinot, parti d’Augsbourg, arriva à la pointe du jour à Pfaffenhofen, y rencontra 3 ou 4,000 Autrichiens, qu’il attaqua et dispersa, et fit 300 prisonniers.

Le duc de Rivoli, avec son corps d’armée, arriva le lendemain à Pfaffenhofen.

Le même jour, le duc d’Auerstaedt quitta Ratisbonne pour se porter sur Neustadt et se rapprocher d’Ingolstadt. Il parut évident alors que le projet de l’Empereur était de manœuvrer sur l’ennemi, qui avait débouché de Landshut, et de l’attaquer dans le moment même où, croyant avoir l’initiative, il marchait sur Ratisbonne.

BATAILLE DE THANN, LE 19.

Le 19, à la pointe du jour, le duc d’Auerstaedt se mit en marche sur deux colonnes. Les divisions Morand et Gudin formaient sa droite; les divisions Saint-Hilaire et Friant formaient sa gauche. La division Saint-Hilaire, arrivée au village de Peising, y rencontra l’ennemi plus fort en nombre, mais bien inférieur en bravoure, et là s’ouvrit la campagne par un combat glorieux pour nos armes. Le général Saint-Hilaire, soutenu par le général Friant, culbuta tout ce qui était devant lui, enleva les positions de l’ennemi, lui tua une grande quantité de monde et lui fit 6 ou 700 prisonniers. Le 72e se distingua dans cette journée, et le 57e soutint son ancienne réputation. Il y a seize ans, ce régiment avait été surnommé en Italie le Terrible et il a bien justifié ce surnom dans cette affaire, où seul il a abordé et successivement défait six régiments autrichiens.

Sur la gauche, à deux heures après midi, le général Morand rencontra également une division autrichienne, qu’il attaqua en tête, taudis que le duc de Danzig, avec un corps bavarois parti d’Abens­berg, vint la prendre en queue. Cette division fut bientôt débusquée de toutes ses positions et laissa quelques centaines de morts et de prisonniers. Le régiment entier des dragons de Levenehr fut détruit par les chevau-légers bavarois, et son colonel fut tué.

A la chute du jour, le corps du duc de Danzig fit sa jonction avec celui du duc d’Auerstaedt.

Dans toutes ces affaires, les généraux Saint-Hilaire el Friant se sont particulièrement distingués.

Ces malheureuses troupes autrichiennes, qu’on avait amenées de Vienne au bruit des chansons et des fifres, en leur faisant croire qu’il n’y avait plus d’armée française en Allemagne, et qu’elles n’auraient affaire qu’aux Bavarois et aux Wurtembergeois,  montrèrent tout le ressentiment qu’elles concevaient contre leurs chefs de l’erreur où ils les avaient entretenus, et leur terreur ne fut que plus grande à la vue de ces vieilles bandes, qu’elles étaient accoutumées à considérer comme leurs maîtres.

Dans tous ces combats, notre perte fut peu considérable, en comparaison de celle de l’ennemi, qui surtout perdit beaucoup d’officiers et de généraux, obligés de se mettre en avant pour donner l’élan à leurs troupes. Le prince de Liechtenstein, le général de Lusignan et plusieurs autres furent blessés. La perte des Autrichiens en colonels et officiers de moindre grade est extrêmement considérable.

BATAILLE D’ABENSBERG, LE 20.

L’Empereur résolut de battre et de détruire le corps de l’archiduc Louis et celui du général Hiller, forts ensemble de 60,000 hommes. Le 20, l’Empereur se porta à Abensberg. Il donna ordre au duc d’Auerstaedt de tenir en respect les corps de Hohenzollern, de Rosenberg et de Liechtenstein, pendant que, avec les deux divisions Morand et Gudin, les Bavarois et les Wurtembergeois, il attaquait de front l’armée de l’archiduc Louis et du général Hiller, et qu’il faisait couper les communications de l’ennemi par le duc de Rivoli, en le faisant passer à Freising et de là sur les derrières de l’armée autrichienne. Les divisions Morand et Gudin formèrent la gauche et manœuvrèrent sous les ordres du duc de Montebello. L’Empereur se décida à combattre ce jour-là à la tête des Bavarois et des Wurtembergeois. Il fit réunir en cercle les officiers de ces deux armées et leur parla longtemps; le prince royal de Bavière traduisait en allemand ce qu’il disait en français. L’Empereur leur fit sentir la marque de confiance qu’il leur donnait. Il dit aux officiers bavarois que les Autrichiens avaient toujours été leurs ennemis; que c’était à leur indépendance qu’ils en voulaient; que depuis plus de deux cents ans les drapeaux bavarois étaient déployés contre la Maison d’Autriche: mais que cette fois il les rendrait si puissants, qu’ils suffiraient seuls désormais pour lui résister. Il parla aux Wurtembergeois des vic­toires qu’ils avaient remportées sur la Maison d’Autriche lorsqu’ils servaient dans l’armée prussienne et des derniers avantages qu’ils avaient obtenus dans la campagne de Silésie. Il leur dit à tous que le moment de vaincre était venu pour porter la guerre sur le territoire autrichien. Ces discours, qui furent répètés aux compagnies par les capitaines, et les différentes dispositions que fit l’Empereur, produisirent l’effet qu’on pouvait en attendre.

L’Empereur donna alors le signal du combat et mesura les ma­nœuvres sur le caractère particulier de ces troupes. Le général de Wrede, officier bavarois d’un grand mérite, placé au-devant du pont de Siegenburg, attaqua une division autrichienne qui lui était opposée; le général Vandamme, qui commandait les Wurtember­geois, la déborda sur son flanc droit. Le duc de Danzig, avec la division du Prince royal et celle du général Deroy, marcha sur le village de Neuhausen pour arriver sur la grande route d’Abensberg à Landshut. Le duc de Montebello, avec ses deux divisions françaises, força l’extrême gauche, culbuta tout ce qui était devant lui et se porta sur Rohr et Rottenburg. Sur tous les points la canonnade était engagée avec succès. L’ennemi, déconcerté par ces dispositions, ne combattit qu’une heure et battit en retraite. Huit drapeaux, douze pièces de canon, 18,000 prisonniers, furent le résultat de cette affaire, qui ne nous a coûté que peu de monde.

COMBAT ET PRISE DE LANDSHUT, LE 21

La bataille d’Abensberg ayant découvert le flanc de l’armée autri­chienne et tous les magasins de l’ennemi, le 21, l’Empereur, dès la pointe du jour, marcha sur Landshut. Le duc d’Istrie culbuta la cavalerie ennemie dans la plaine en avant de cette ville.

Le général de division Mouton fit marcher au pas de charge sur le pont les grenadiers du 17e, formant la tête de la colonne. Ce pont, qui est en bois, était embrasé, mais ne fut point un obstacle pour notre infanterie, qui le franchit et pénétra dans la ville. L’ennemi, chassé de sa position, fut alors attaqué par le duc de Rivoli, qui débouchait par la rive droite. Landshut tomba en notre pouvoir, et, avec Landshut, nous prîmes 30 pièces de canon, 9,000 prisonniers, 600 caissons de parc attelés et remplis de munitions, 3,000 voitures portant les bagages, trois superbes équipages de pont, enfin les hôpitaux et les magasins que l’armée autrichienne commençait à former. Des courriers, des aides de camp du général en chef le prince Charles, des convois de malades venant de Landshut, et très­ étonnés d’y trouver l’ennemi, eurent le même sort.

BATAILLE D’ECKMÜHL, le 22.

Tandis que la bataille d’Abensberg et le combat de Landshut avaient des résultats si importants, le prince Charles se réunissait avec le corps de Bohême commandé par le général Kollowrath, et obtenait à Ratisbonne un faible succès. 1,000 hommes du 65e, qui avaient été laissés pour garder le pont de Ratisbonne, ne reçurent point l’ordre de se retirer. Cernés par l’armée autrichienne, ces braves, ayant épuisé leurs cartouches, furent obligés de se rendre. Cet événement fut sensible à l’Empereur. Il jura que dans les vingt-quatre heures le sang autrichien coulerait dans Ratisbonne pour venger cet affront fait à ses armes.

Dans le même temps, les ducs d’Auerstaedt et de Danzig tenaient en échec les corps de Rosenberg, de Hohenzollern et de Liechtenstein. Il n’y avait pas de temps à perdre. Le 22 au matin, l’Empereur se mit en marche de Landshut avec les deux divisions du duc de Montebello, le corps du duc de Rivoli, les divisions de cuirassiers Nansouty et Saint-Sulpice et la division wurtembergeoise. A deux heures après midi, il arriva vis-à-vis d’Eckmühl, où les quatre corps de l’armée autrichienne, formant 10,000 hommes, étaient en position sous le commandement de l’archiduc Charles. Le duc de Montebello déborda l’ennemi par la gauche avec la division Gudin. An premier signal, les ducs d’Auerstaedt et de Danzig et la division de cavalerie légère du général Montbrun débouchèrent. On vit alors un des plus beaux spectacles qu’ait offerts la guerre. 1l0,000 ennemis attaqués sur tous les points, tournés par leur gauche et successivement dépostés de toutes leurs positions. Le détail des événements militaires serait trop long: il suffit de dire que, mis en pleine déroute, l’ennemi a perdu la plus grande partie de ses canons et un grand nombre de prisonniers; que le l10e d’infanterie légère de la division Saint-Hilaire se couvrit de gloire en débouchant sur l’ennemi, et que les Autrichiens, débusqués du bois qui couvre Ratisbonne, furent jetés dans la plaine et coupés par la cavalerie. Le sénateur général de division Demont eut un cheval tué sous lui. La cavalerie autrichienne, forte et nombreuse, se présenta pour protéger la retraite de son infanterie; la division Saint-Sulpice sur la droite, la division Nansouty sur la gauche, l’abordèrent; la ligne de hussards et de cuirassiers ennemis fut mise en déroute; plus de 300 cuirassiers autrichiens furent faits prisonniers. La nuit commençait. Nos cuirassiers continuèrent leur marche sur Ratisbonne. La division Nansouty rencontra une colonne ennemie qui se sauvait, la chargea et la fit prisonnière; elle était composée de trois bataillons hongrois de 1,500 hommes.

La division Saint-Sulpice chargea un autre carré dans lequel faillit être pris le prince Charles, qui ne dut son salut qu’à la vitesse de son cheval. Cette colonne fut également enfoncée et prise. L’obscu­rité obligea enfin à s’arrêter. Dans cette bataille d’Eckmühl, il n’y eut que la moitié à peu près des troupes françaises engagée. Poussée l’épée dans les reins, l’armée ennemie continua à défiler toute la nuit, par morceaux et dans la plus épouvantable déroute. Tous ses blessés, la plus grande partie de son artillerie, quinze drapeaux et 20,000 prisonniers sont tombés en notre pouvoir. Les cuirassiers se sont, comme à l’ordinaire, couverts de gloire.

COMBAT  ET PRISE DE RATISBONNE, LE 23,

Le 23, à la pointe du jour, on s’avança sur Ratisbonne, l’avant­ garde formée par la division Gudin et par les cuirassiers des divisions Nansouty et Saint-Sulpice. On ne tarda pas à apercevoir la cava­lerie ennemie qui prétendait couvrir la ville. Trois charges successives s’engagèrent; toutes furent à notre avantage. Sabrés et mis en pièces, 8,000 hommes de cavalerie ennemie repassèrent précipitamment le Danube. Sur ces entrefaites, nos tirailleurs tâtèrent la ville. Par une inconcevable disposition, le général autrichien y avait placé six régiments sacrifiés sans raison. La ville est enveloppée d’une mauvaise enceinte, d’un mauvais fossé et d’une mauvaise con­trescarpe. L’artillerie arriva; on mit en batterie des pièces de 12. Ou reconnut une issue par laquelle, au moyen d’une échelle, on pou­vait descendre dans le fossé, et remonter ensuite par une brèche faite à la muraille. Le duc de Montebello fit passer par cette ouver­ture un bataillon, qui gagna une poterne et l’ouvrit: on s’introduisit alors dans la ville. Tout ce qui fit résistance fut sabré; le nombre des prisonniers passa 8,000. Par suite de ses mauvaises dispositions, l’ennemi n’eut pas le temps de couper le pont, et les Français passè­rent pêle-mêle avec lui sur la rive gauche.

Cette malheureuse ville, qu’il a eu la barbarie de défendre, a beaucoup souffert; le feu y a été une partie de la nuit; mais, par les soins du général Morand et de sa division, on parvint à le dominer et à l’éteindre.

Ainsi à la bataille d’Abensberg, l’Empereur battit séparément les deux corps de l’archiduc Louis et du général Hiller. Au combat de Landshut, il s’empara du centre des communications de l’ennemi et du dépôt général de ses magasins et de son artillerie. Enfin à la bataille d’Eckmühl, les quatre corps de Hohenzollern, de Rosenberg, de Kollowrath et de Liechtenstein furent défaits et mis en déroute. Le corps du général Bellegarde, arrivé le lendemain de cette bataille, ne put qu’être témoin de la prise de Ratisbonne et se sauva en Bohême.

Cette première notice des opérations militaires qui ont ouvert la campagne d’une manière si brillante sera suivie d’une relation plus détaillée de tous les faits d’armes qui ont illustré les armées françaises et alliées.

Dans tous ces combats, notre perte peut se monter à 1,200 tués et 4,000 blessés. Le général de division Cervoni, chef d’état-major du duc de Montebello, fut frappé d’un boulet de canon et tomba mort sur le champ de bataille d’Eckmühl; c’était un officier de mérite et qui s’était distingué dans nos premières campagnes. Au combat de Peising, le général Hervo, chef de l’état-major du duc d’Auerstaedt, a été également tué; le duc d’Auerstaedt regrette vivement cet officier, dont il estimait la bravoure, l’intelligence et l’activité. Le général de brigade Clément, commandant une brigade de cuirassiers de la division Saint-Sulpice, a eu un bras emporté; c’est un officier de courage et d’un mérite distingué. Le général Schramm a été blessé. Le colonel du 14e de chasseurs a été tué dans une charge. En général, notre perte en officiers est peu considérable. Les 1,000 hommes du 65e qui ont été faits prisonniers ont été la plu­part repris. Il est impossible de montrer plus de bravoure et de bonne volonté qu’en ont montré les troupes.

A la bataille d’Eckmühl, le corps du duc de Rivoli n’ayant pu encore rejoindre, ce maréchal est resté constamment auprès de l’Empereur; il a porté des ordres et fait exécuter différentes manœuvres.

A l’assaut de Ratisbonne, le duc de Montebello, qui avait désigné le lieu du passage, a fait porter les échelles par ses aides de camp.

Le prince de Neuchâtel, afin d’encourager les troupes et de donner en même temps une preuve de confiance aux alliés, a marché plusieurs fois à l’avant-garde avec les régiments bavarois.

Le duc d’Auerstaedt a donné dans ces différentes affaires de nouvelles preuves de l’intrépidité qui le caractérise.

Le duc de Rovigo, avec autant de dévouement que d’intrépidité, a traversé plusieurs fois les légions ennemies pour aller faire connaître aux différentes colonnes les intentions de l’Empereur.

Des 220,000 hommes qui composaient l’armée autrichienne, tous ont été engagés, hormis les 20,000 hommes que commande le général Bellegarde et qui n’ont pas donné. De l’armée française, au contraire, près de la moitié n’a pas tiré un coup de fusil. L’ennemi, étonné par des mouvements rapides et hors de ses calculs, s’est trouvé en un moment déchu de sa folle espérance, et transporté du délire de la présomption dans un abattement approchant du désespoir.

4)Extrait du Moniteur, du 3 mai 1809.

 

Ratisbonne, 25 avril 1809

Au général Clarke, comte de Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je vous ai mandé de faire partir le régiment de Westphalie pour Strasbourg; donnez-lui l’ordre de se diriger sur Augsbourg.

Le 1er régiment provisoire de chasseurs à cheval doit être également dirigé sur Augsbourg.

Les six régiments provisoires de dragons qui s’organisent à Stras­bourg doivent bientôt être en état d’entrer en campagne. Faites-vous rendre compte si les colonels en second sont rendus à leur poste et s’il y a suffisamment d’officiers. Il me semble que ces six régiments doivent bientôt former 4,000 hommes. Faîtes-leur donner six pièces d’artillerie légère, et qu’ils se mettent en marche, du 1er au 5 mai, pour se rendre à Augsbourg.

Les cuirassiers me rendent ici des services inappréciables. Ce sont de bonnes et excellentes troupes de cavalerie. Entendez-vous avec le ministre Dejean pour qu’ils soient bien entretenus, qu’il leur soit fourni de bons chevaux, et qu’ils soient recrutés de manière à augmenter plutôt que de diminuer pendant la guerre. II me tarde d’apprendre que tous ces régiments sont portés à 1,000 hommes, et que leurs 4e escadrons sont complétés.

Donnez ordre au général Bourcier, qui est en Espagne, de se rendre à Augsbourg, pour y prendre le commandement des dépôts de cavalerie de l’armée d’Allemagne.

Ayez soin que mon décret sur l’incorporation dans les régiments de l’armée du -Rhin des conscrits destinés à des corps de l’armée d’Espagne soit exécuté, et que bientôt les 4e escadrons des régiments de chasseurs et de hussards soient disponibles. Continuez à faire organiser les 5e et 6e compagnies, et faites-les ensuite diriger sur Augsbourg. Faites également partir tous les 4e bataillons qui doivent être à Saint-Denis.

Lorsque les deux demi-brigades réunies à Saint-Omer formeront 3,000 hommes, et que les gardes nationales seront organisées, faites aussi partir pour Strasbourg les 4e bataillons du camp de Boulogne. Vous me ferez connaître la situation des demi-brigades qui se réunissent à Paris, Metz, Sedan, Wesel et Mayence.

Aussitôt que la garnison de la Martinique sera débarquée, elle joindra ses corps, les 82e, 26e et 66e régiments. Ces régiments demandent une attention particulière de votre part. Portez leurs sept bataillons au complet, de manière que ces trois régiments forment un corps de 20,000 hommes, que je pourrai faire venir en Allemagne, en le faisant remplacer, pour la garde des côtes, par des gardes nationales ou des troupes disponibles en Espagne.

 

Ratisbonne, 25 avril 1809

Au général Clarke, comte de Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, dans la répartition des conscrits, il faut avoir soin d’en donner beaucoup au 65e, ce régiment ayant perdu 1,000 hommes qui ont été faits prisonniers par suite d’une fausse manœuvre. Les officiers rentrent en France. Il faut reformer ce régiment, et lui donner 1, 000 hommes sur la conscription des quatre années, et 1,000 sur la conscription de 1810.

Les 10 000 hommes des anciennes conscriptions seront répartis de la manière suivante : 1,000 hommes au 65e régiment, 6,000 pour les dépôts de la Garde, dont 3,000 seront dirigés sur Strasbourg (ce sont ceux des départements qui se détourneraient trop s’ils venaient à Paris) et 3,000 sur Paris (ce sont ceux des départements dont la distance permet de passer par Paris sans trop s’éloigner).

Entendez-vous avec l’inspecteur aux revues, le commissaire des guerres et le quartier-maître de la Garde, pour leur babillement. Les habits seront confectionnés à Paris, aux ateliers de la Garde, et envoyés à Strasbourg.

Les 6,000 hommes seront donnés, savoir : 3,000 hommes aux deux nouveaux régiments de tirailleurs de la Garde que je forme par le décret ci-joint, et. 3,000 hommes serviront à compléter les régi­ments de conscrits, tirailleurs et fusiliers.

Les 3,000 hommes restant des 10,000 seront répartis entre la cavalerie, l’artillerie et les corps de l’armée qui en auraient le plus besoin.

Moyennant la formation de deux nouveaux régiments de tirailleurs de la Garde, ma Garde sera composée de deux nouveaux régiments de fusiliers, de quatre régiments de tirailleurs, de quatre régiments de conscrits et de deux régiments de vieille Garde; ce qui fera douze régiments.

Quant à la répartition des 30,000 conscrits de 1810, comme il m’est difficile d’entrer dans ce détail, je ne puis que m’en rapporter à ce que vous ferez. Je désirerais seulement qu’il fût formé un dépôt de 3,000 conscrits à Strasbourg et un dépôt de 3,000 à Grenoble, pour envoyer aux régiments des armées du Rhin et d’Italie qui au­raient le plus souffert.

Il faut que ces dépôts soient bien organisés et que leur habillement soit confectionné, en établissant à Strasbourg et à Grenoble un conseil d’administration de confection comme celui que j’avais établi à Bordeaux, en se servant pour tous les habits d’un seul bouton à aigle.

Le dépôt de Strasbourg sera surveillé par le duc de Valmy; il faudrait chercher un officier intelligent pour le dépôt de Grenoble, et, à mesure que les corps auront fait des pertes extraordinaires, on tirera de ces dépôts pour leur envoyer.

Il ne resterait plus que 21,000 hommes à distribuer, dont 1,000 au 65e. Je désire que dans cette répartition on prenne en considération les divisions Friant et Saint-Hilaire, qui ont le plus souffert jusqu’à présent.

 

Ratisbonne, 25 avril 1809

Au général Lacuée, comte de Cessac, directeur général des revues et de la conscription militaire, à Paris

J’ai reçu l’état comparatif de ce que coûtent un régiment de cinq bataillons et deux régiments de conscrits de la Garde. Il résulte qu’il y a une économie de 400,000 francs. D’après cette considération, je me suis résolu à créer deux nouveaux régiments de tirailleurs, qui seront formés par les conscrits des années antérieures. La Garde sera donc composée de deux régiments de vieille Garde, deux régiments de fusiliers, un régiment de tirailleurs (dont les officiers et sous-offi­ciers sont de la Garde, ce qui sera changé le plus promptement pos­sible), deux régiments de tirailleurs organisés comme les régiments de conscrits, et enfin quatre régiments de conscrits; en tout, onze régiments d’infanterie, faisant 17,600 hommes.

 

Ratisbonne, 25 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Caldiero

Mon Fils, je reçois à la fois vos deux lettres du 14 et du 17. Je vois par elles qu’il m’en manque plusieurs, car j’ai ignoré votre mouvement de retraite sur le Frioul et ce qui est arrivé à la colonne que j’avais en Tyrol. Il est fâcheux que vous ayez livré bataille sans avoir votre cavalerie. Vos lettres contenant point de détails, je suppose que je recevrai aujourd’hui ou demain un officier qui me fera connaître en quoi consistent mes pertes de ce côté.

Vous verrez par une proclamation l’analyse des succès que j’ai tenus ici, après huit jours de manoeuvres. Mes troupes ont passé l’Inn et seront bientôt à Linz et à Salzburg.

Vous avez eu tort de vous inquiéter de ce que l’ennemi avait dans Tyrol. Si vous vous êtes affaibli pour couvrir Vérone, vous avez eu tort; devant livrer la bataille, il fallait réunir toutes vos troupes, si vous l’aviez gagnée, vous n’aviez rien à craindre des troupes qui étaient dans le Tyrol. Je ne puis vous donner aucune instruction, ignorant les événements qui se sont passés; toutefois il faut bien tenir la ligne de l’Adige, et j’espère que bientôt mes mouvements appelleront à la défense de Vienne, en tout ou en partie.

La division Miollis doit bientôt être arrivée; ce qui vous renforcera autant.

Je suppose que vous instruisez de tout le prince Borghèse et que vous faites mettre mes places en état, que vous avez désarmé mes frégates d’Ancône et réuni tous les équipages pour la défense de Venise. Faites approvisionner Mantoue et toutes mes forteresses.

 

Ratisbonne, 25 avril 1809

A M. Louis d’Affry, landammann de la Suisse

Très-cher et grand ami, je reçois votre lettre du 18 avril que me remet M. Reinhard. J’approuve toutes les mesures prises pour assurer la neutralité de la Suisse. Votre territoire ne sera jamais attaqué par moi, mais il le sera par mes ennemis aussitôt qu’ils seront en état de le faire. Les événements qui viennent de se passer font penser que ce moment n’est pas près d’arriver. Toutefois les mesures que vous avez prises et les intentions que la Diète a manifestées sont très-convenables; car, si une seule fois la Suisse laissait violer son territoire par la Maison d’Autriche, elle serait perdue pour toujours. Il est très-certain que, lors de la guerre de 1805, et peut-être même dans celle-ci, le cabinet de Vienne avait cherché à troubler la Suisse et à y pénétrer; projets vains, que le succès de mes armes a dissipés, mais qui cependant ne doivent point être oubliés et qui doivent pour l’avenir servir de règle à la Suisse.

 

Ratisbonne, 25 avril 1809

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Leipzig

J’ai expédié un officier d’ordonnance à Votre Majesté pour lui faire connaître les premiers succès que j’ai obtenus sur les corps du prince Louis et du général Hiller, formant ensemble 60,000 hommes. Au­jourd’hui je ne veux pas tarder plus longtemps à faire part à Votre Majesté des victoires que j’ai remportées, à Eckmühl et à Ratisbonne, sur le corps réunis des généraux Hohenzollern, Rosenberg, Kollowrath, et la réserve du prince Liechtenstein, commandés par le prince Charles et formant 110,000 hommes. L’ennemi a évacué Munich et se retire sur la Bohême, poursuivi à marches forcées par le maréchal, duc d’Auerstaedt. J’ai mandé au prince de Ponte-Corvo d’entrer en Bohême avec les troupes de Votre Majesté. Tout a donc favorisé mes armes, et j’éprouve une singulière satisfaction à voir que les États de Votre Majesté n’ont point été inquiétés par l’ennemi et qu’elle pourra, sous peu de jours, rentrer dans sa capitale.

Je pars demain pour me porter sur l’Inn; mon avant-garde n’en est pas éloignée.

 

Ratisbonne, 25 avril 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté du 22 avril. L’arrivée des Autrichiens sur l’Altmühl et Nuremberg est véritable; mais bien des choses se sont passées depuis. La bataille de Ratisbonne a terminé le destin de l’armée autrichienne. J’ai sur-le-champ fait passer le Danube à une partie de mes troupes pour poursuivre vivement l’ennemi. Je ne doute pas que Bellegarde ne se soit replié pour gagner la Bohême; s’il ne l’avait pas fait, il serait poursuivi l’épée dans les reins. Je ne pense donc pas qu’il y ait aujourd’hui une espèce de danger; cependant, s’il en était autrement, je pense que Votre Majesté devrait se retirer sur Strasbourg. Du reste, je vais me porter sur la droite et vais passer l’Inn; mon avant-garde l’a passée; mais je ne quitterai pas Ratisbonne que je ne sois assuré que la rive gauche du Danube est purgée.

 

Ratisbonne, 25 avril 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, le corps de Bellegarde était aujourd’hui 25 à Schwarzenfeld; il se retire par la Bohême. Le prince de Ponte-Corvo avec les Saxons va le suivre. Votre Majesté ne doit donc avoir aucune inquiétude. Je désirerais qu’elle pût envoyer 2,000 hommes, cavalerie et infanterie, sur la frontière du Vorarlberg pour contenir Kempten, Füssen et empêcher l’insurrection du Tyrol de se répandre. Cette colonne mobile, qui pourrait se porter partout, serait, je pense, fort utile pour maintenir la tranquillité dans toute la Souabe.

 

Ratisbonne, 25 avril 1809

A Louis X, grand-duc de Hesse-Darmstadt, à Darmstadt

Mon frère, je reçois votre lettre du 20 avril, que m’apporte le prince Émile. Je le vois avec plaisir se livrer au métier des armes, qui a  toujours été celui des princes de sa Maison; je suis certain qu’il répondra aux désirs de Votre Altesse et à l’opinion que j’ai de sa famille.

 

Ratisbonne, 26 avril 1809, trois heures du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Regenstauf

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 25 à onze heures du soir, où je vois que vous pensez que le prince Charles se serait porté sur Passau par Cham. Cette marche de flanc serait bien hasardeuse. Nous devons être aujourd’hui 26 à Passau. D’ailleurs vous ne dites point sur quoi vous fondez cette opinion. Les renseignements donnés par le général Montbrun, qui les a pris sur les lieux, sont tout opposés. Tout porte donc à penser qu’il a pris la direction qu’annonce le général Montbrun; cette marche est plus naturelle. Cependant j’attends de connaître positivement ce qui en est; il m’importe beaucoup d’être éclairé sur cette affaire.

Hemau étant libre et Bellegarde s’étant retiré sur Schwandorf, il ne faut pas épuiser votre cavalerie en courses inutiles du côté de Nuremberg; de simples estafettes suffisent; et employez le 12e de chasseurs à talonner l’arrière-garde de Bellegarde. Je pense qu’avec votre corps d’armée vous devez vous porter sur Bruck, où vous saurez positivement le parti que prendra le prince Charles. Le général de division Dupas, avec une brigade française de 5,000 hommes et une brigade composée des contingents des petits princes, que com­mande le général Rouyer, formant une division de 10,000 hommes, se rend à Ratisbonne, où je suppose qu’il sera arrivé le 27. Je retiens le général Boudet à Straubing jusqu’à nouvel ordre; il y est arrivé hier 25, à dix heures du soir. J’ai bien de l’impatience à savoir ce que fait l’ennemi.

 

Ratisbonne, 26 avril 1809, quatre heures du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Regenstauf

Mon Cousin, comme il serait possible que je partisse d’ici ce ma­tin, je désirerais avoir, avant de partir, les rapports d’avant-garde et savoir sur quoi est fondée l’idée que vous avez que l’ennemi se retire sur Passau; est-ce conjecture, ou votre opinion est-elle appuyée sur des témoignages ? Le duc de Rivoli, qui était à Straubing, me mandait le 25 qu’à huit lieues à la ronde il n’y avait pas d’ennemis.

 

Landshut, 26 avril 1809, trois heures après midi

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Regenstauf

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 26 par un officier d’ordonnance.

Le général Boudet est avec sa division à Straubing; il me mande que l’on dit dans le pays que le général Lichtenstein est à Cham et que les avant-postes arrivent à moitié chemin de Cham à Straubing. Je suppose que le mouvement du duc de Rivoli sur Straubing les aura attirés de ce côté. Le général Boudet restera en position jusqu’à nouvel ordre, et j’attendrai de nouvelles circonstances ou un besoin commandé, pour le retirer de Straubing. Je lui ai envoyé un régiment de cavalerie légère wurtembergeoise. Le duc de Rivoli a dû arriver à Passau; je n’en ai point encore de nouvelles. L’ennemi paraît avoir des forces imposantes du côté de Salzbourg dans le Tyrol.

J’attends de vos nouvelles avec impatience.

P. S. Je n’ai pas besoin de vous répéter que votre instruction est générale, et que, du moment où l’ennemi se sera retiré en Bohême, vous devez marcher sur Passau, laissant à Ratisbonne la division Dupas, jusqu’à ce que le prince de Ponte-Corvo ait appuyé sur Ratisbonne.

Il est important que vous vous trouviez à la bataille qui doit avoir lieu entre Passau et Vienne.

 

Landshut, 26 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Landshut

Mon Cousin, le bulletin, n’étant qu’une esquisse légère des événements, ne peut pas satisfaire l’amour-propre des officiers; il est donc nécessaire que vous fassiez un relevé des rapports des généraux, pour en former un canevas dans lequel on fera connaître les faits particuliers. Je vous envoie à cet effet un rapport du duc de Danzig. Proposez-moi également les récompenses à accorder à chaque corps, les avancements et les distinctions demandés par les généraux.

 

Landshut, 26 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Landshut

Mon Cousin, le dépôt général de cavalerie de l’armée sera placé à Landshut. En conséquence, tout ce que les régiments de cavalerie auraient du côté de Ratisbonne, Dillingen, Nördlingen, etc., se réunira à Landshut. En attendant l’arrivée du général Bourcier, vous nommerez un officier supérieur pour prendre le commandement de ce dépôt. Quand le dépôt passera plus de 8,000 chevaux, il sera divisé en dépôts de chasseurs, hussards grosse cavalerie, placés à Moosburg et autres endroits favorables pour le fourrage.

 

Landshut, 26 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Landshut

Mon Cousin, donnez ordre que les onze bataillons de marche que commande le général Marion, qui arrivent demain à Augsbourg, se rendent à Munich. Ordonnez également que les 3e, 4e et 5e bataillons de marche, que la 14e compagnie de marche et que le détachement du 122e régiment se mettent en marche, et que cette colonne, forte de 5 à 6,000 hommes, se rende à Munich, d’où elle ne partira que d’après de nouveaux ordres. Donnez l’ordre que toute la cavalerie destinée pour le général Colbert, le duc de Rivoli, la brigade Piré, tout ce qui est destiné pour la brigade Jacquinot, se rende également à Munich, et que la cavalerie destinée à renforcer la division Montbrun reste à Augsbourg. Les trois compagnies d’Anhalt se rendront à Ratisbonne. Quant à ce qui n’arrive que le 28, je me réserve de donner des ordres. Vous me remettrez cela sous les yeux demain soir. Le détachement de Portugais à cheval attendra à Augsbourg le détachement d’élite à pied, afin que ces deux corps marchent ensemble. Vous mettrez à Munich un commandant qui rendra compte de l’arrivée de ces détachements au fur et à mesure. Vous me remet­trez sous les yeux, le 29, l’arrivée de ces détachements à Munich, afin que j’en dispose suivant les circonstances.

 

Landshut, 26 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Caldiero

Mon Fils, je ne conçois rien à votre correspondance; vous m’avez écrit le 17 et le 19, et vous ne me dites rien. J’ignore comment s’est passée la bataille, le nombre d’hommes, de pièces de canon que j’ai perdus, d’où est venue cette défaite. Cette conduite est étrange. Au lieu de m’envoyer officier sur officier, vous ne m’envoyez que de mauvais courriers qui ne savent et ne disent rien. Vous portez votre attention sur le Tyrol, d’où vous n’avez absolument rien à craindre. Indépendamment d’un de mes corps qui marche sur Salzburg, que voulez-vous que fassent une douzaine de mille hommes qu’une poignée d’hommes au Monte-Baldo peut tenir en respect ? Tout cela est insensé. Il faut que la bataille ait été bien terrible pour que vous ayez abandonné la Piave. Je ne puis asseoir mon jugement, puisque j’ignore ce qui s’est passé et quelle est la situation de mon armée. Mais laisser bloquer Venise sans des raisons très-fortes, et par la seule terreur ridicule du Tyrol, est une opération insensée. La première de toutes les choses à faire, c’est de m’envoyer des détails très-circonstanciés, ensuite de m’envoyer un officier tous les jours pour me tenir informé de ce qui se passe. Si vous craignez une agression par le Tyrol, faites occuper les positions que j’ai occupées dans les campagnes d’Italie; tous les tambours de votre armée les connaissent.  Je fis occuper le Monte-Caldo, la Corona, Rivoli et l’Adige ; l’ennemi était maître d’Innsbruck, de la Bavière et du Tyrol, et c’est surtout en empêchant la jonction de ce qu’il avait dans le Tyrol avec le Frioul que je l’ai battu.

Je vois que vous ne savez pas bien l’histoire de ces campagnes, puisque vous dites que, si l’ennemi vient par le Tyrol, il faudra lui abandonner la plaine de Vérone. Il ne peut déboucher par le Tyrol, si vous occupez les hauteurs de Rivoli, et il ne peut pas forcer la position de Rivoli, si vous occupez la Corona et le Monte-Caldo. Je reste à concevoir comment mes troupes ont été battues par cette canaille d’Autrichiens. Ils étaient 300,000 ici; je les ai toujours battus, n’étant qu’un contre sept. L’armée d’Italie passait pour valoir cette armée. Si vous êtes maître de Bassano, l’ennemi n’osera jamais passer Trente; vous le couperiez par les gorges de la Brenta.

Quelque mal qui soit arrivé, si j’avais une parfaite connaissance de l’état des choses, je prendrais mon parti; mais je trouve ridicule et affreux que, la bataille ayant eu lieu le 16, nous nous trouvions au 26 sans que j’en aie la plus légère idée; cela déroute ici toutes les combinaisons de campagne, et je ne vois pas ce qui peut vous avoir dicté cette singulière conduite. Je suppose que les corps qui étaient à Florence sont arrivés. J’espère être bientôt à Salzburg et couper tout ce qui est dans le Tyrol. Mais, pour Dieu ! Instruisez­ moi de ce qui se passe, et faites-moi connaître la situation de mes affaires en Italie.

 

Landshut, 26 avril 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, vous aurez vu dans le bulletin les évènements qui se sont passés ici. Je suppose que vous ferez imprimer votre rapport au sénat en français et en allemand. Je n’entends pas parler de la Russie. On m’assure cependant qu’un courrier est arrivé dernièrement au prince Kourakine. Voici les dernières lettres du sieur Dodun. Faîtes mettre l’extrait de tout cela dans le Moniteur. Je vous ai envoyé, il y a quelques jours, d’autres pièces de lui. Je suis étonné qu’il n’ait pas demandé ses passeports et ne soit pas retiré.

 

Landshut, 27 avril 1809, six heures et demie du matin

Au maréchal Lannes, duc de Montebello, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne

Le mouvement du duc de Rivoli a décidé l’ennemi à se porter sur Passau. Il est important de passer promptement l’Inn et la Salza, afin de faire une diversion pour le duc de Rivoli.

Le duc de Danzig se porte sur Salzburg, poussant devant lui la division ennemie. Je serai de bonne heure à Neumarkt avec les cuirassiers, une division de cavalerie légère, quelque chose de ma Garde et les Wurtembergeois.

Aussitôt que vous aurez passé la Salza, éclairez-vous sur la droite et sur la gauche. Il ne serait pas impossible qu’on coupât un corps d’armée ennemi qui vient du Tyrol.

 

Landshut, 27 avril 1809, neuf heures du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Nittenau

Mon Cousin, le duc d’Istrie est à Oetting. Je n’ai pas de nouvelles du duc de Rivoli, que je crois à Passau. Je pars pour passer la Salza et me joindre avec lui. Je donne ordre au général Boudet de partir de Straubing aujourd’hui pour rejoindre le duc de Rivoli à Passau. 200 hommes d’un escadron de marche appartenant à la brigade de cavalerie légère du général Pajol resteront à Straubing sous les ordres du major Ameil. Ils seront sous vos ordres pour vous instruire de tout ce qui se passera, et, lorsque vos troupes seront à Cham, ils les rejoindront pour être incorporés dans leurs régiments. Tout porte à penser que les ennemis se retirent en Bohême, probablement pour tâcher de gagner Budweis. Toutefois il est très-important de tâcher d’arriver à temps pour la bataille qui doit se livrer. Point de nouvelles du prince de Ponte-Corvo depuis le 20. Ce soir mon quar­tier général sera à Neumarkt. Un parlementaire que le prince de Liechtenstein envoyait à Straubing pour savoir ce qui se passait a été retenu; gardez-le le temps nécessaire, après quoi vous le renverrez.

 

Landshut, 27 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Caldiero

Mon Fils, il est neuf heures du matin et je n’ai pas encore de nouvelles de mon armée d’Italie. Je vous ai expédié hier Cavaletti. J’espère toujours, que vous n’aurez pas évacué la Piave et que vous n’aurez pas abandonné au pillage le beau pays entre cette rivière et l’Adige. Au reste je ne puis avoir aucune idée sur rien, puisque j’ignore tout et que vous n’avez pas encore daigné me faire donner le moindre renseignement sur ce qui s’est passé.

Le roi de Bavière est rentré à Munich. Le siége de Passau et celui Kufstein seront levés dans la journée. Mes troupes ont passé l’Inn,  et demain probablement j’en aurai à Salzburg. Tout ce qui était dans le Tyrol de ce côté-ci se sauve à toutes jambes. Sans l’inconcevable échec que vient d’essuyer mon armée d’Italie, dès ce moment les destins de la Maison d’Autriche seraient entièrement terminés. Il me tarde bien de voir quelqu’un qui sache ce qui s’est passé.

 

Mühldorf, 27 avril 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je ne sais ce que signifient ces embarras pour le départ de M. de Metternich. Il faut l’envoyer à Strasbourg, et de là à mon quartier général, d’où il sera échangé aux avant­ postes avec ma légation. Le ministre de la police lui donnera un officier de gendarmerie pour l’accompagner, ou bien on recevra sa parole d’honneur par écrit qu’il suivra cette direction. Vous pourrez le faire accompagner par un élève des relations extérieures pour constater l’échange. Je trouve la lettre de M. de Lavallette mauvaise. Il était tout simple de répondre qu’on attendait les ordres de l’Em­pereur et que notre légation n’était point échangée.

 

Mühldorf, 27 avril 1809

NOTE POUR M. OTTO

Le duc de Rivoli est arrivé le 26 à Passau. 400 hommes retranchés ont voulu lui disputer le passage de la rivière; il les a pris, a débloqué le fort et pris position à Schärding. De l’autre côté, les corps des ducs d’Istrie et de Montebello ont passé l’Inn à Mühldorf.

Nous voilà en Autriche et nous marchons à grandes journées.

Rien ne peut peindre le désordre et le découragement où sont tombés tous ces gens-ci.

 

Burghausen, 29 avril 1809

A M. Otto, ministre de France près le roi de Bavière

Monsieur Otto, il est convenable que vous fassiez mettre dans les journaux d’Augsbourg ou de Munich, selon le lieu où vous vous trouverez, la note des prisonniers qui passent et des articles de toutes couleurs sur les victoires de l’armée, afin d’animer les peuples de la Confédération  contre les violences qu’exercent les Autrichiens contre les Bavarois et les Wurtembergeois. Envoyez de ces articles à Cassel à M. Reinhard, à Francfort à M. Hédouville, à Hanovre, à Ham­bourg. Faites faire quelques pamphlets par des Bavarois contre la Maison d’Autriche, qui servent d’antidote à ce qu’elle imprime, et faites-les répandre en Allemagne.

Quand nos troupes seront tout à fait entrées en Autriche, il serait possible que des communes bavaroises fussent inquiétées par des partis autrichiens venant de Bohême. Pour prévenir ces incursions, il serait convenable que les ponts depuis Straubing jusqu’à Passau fussent gardés par des compagnies de bourgeois armés, qui puissent les défendre contre des partis de cavalerie. On pourrait les armer avec les armes autrichiennes prises à Ratisbonne et ramassées sur le champ de bataille. On peut également mettre à chacun de ces ponts une escouade de canonniers avec deux ou trois pièces de canon. Concertez-vous là-dessus avec le ministre de la guerre bavarois. Stimulez le Roi et son ministre, pour qu’on fasse des recrues pour tenir les régiments au complet et qu’on achète des chevaux pour remonter la cavalerie. Cela est extrêmement important.

P. S. Faites passer la lettre ci-jointe à mon ministre à Berlin.

 

Burghausen, 29 avril 1809

Au comte de Saint-Marsan, ministre de l’Empereur, à Berlin

Monsieur de Saint-Marsan, je reçois votre lettre du 21. Les victoires que j’ai remportées aux batailles d’Abensberg, de Thann, Eckmühl et de Ratisbonne calmeront les têtes de vos écoles. Je suis entré hier à Salzburg, et j’ai envoyé un détachement pour tourner  l’armée ennemie. Je compte être sous peu de jours à Vienne. Jusqu’à ce que M. de Champagny se soit rendu auprès de moi, continuez à m’adresser directement tous les renseignements que vous aurez sur la Pologne, sur les Russes et sur ce qui se passera autour de vous; et, lorsque vous aurez à me transmettre quelque chose d’important, chargez-en un de vos secrétaires de légation.

 

Burghausen, 29 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Burghausen

Mon Cousin, mon intention est de former dans le comté de Hanau un corps d’observation qui sera commandé par le duc de Valmy, qui aura sous ses ordres les généraux de division Rivaud et Beaumont, le général de brigade Boyer et deux autres généraux de brigade que nommera le ministre de la guerre. Ce corps sera composé, 1° de trois régiments provisoires de dragons, les plus en état des six qui se forment à Strasbourg, au choix du général Beaumont, qui partira avec ces trois régiments; 2° des 4e bataillons des 75e, 36e, 46e et 50e qui sont à Paris el qui reçoivent l’ordre de se porter sur  Mayence; 30 des demi-brigades provisoires de réserve qui se réunissent à Mayence, à Metz et à Sedan, formant 8,000 hommes; 4° de douze pièces d’artillerie qui seront organisées à Mayence. Tout cela formera un corps de 14,000 hommes, qui portera le nom de corps d’observation de l’Elbe. Donnez les ordres directement pour ce qui fait partie de l’armée, c’est-à-dire pour les trois régiments provisoires de dragons, au général Beaumont. Si sa division était déjà partie, il se porterait sur Hanau avec ses trois meilleurs régiments, et les trois autres continueraient leur route sur Augsbourg, sous les ordres du général de brigade Picard. Pour les troupes qui sont dans l’intérieur de la France, transmettez les ordres au ministre de la guerre. Recom­mandez au duc de Valmy de porter, aussitôt que possible, son quartier général à Hanau, d’y réunir ses troupes, et surtout de les faire donner ensemble et de ne pas les éparpiller; enfin de faire grand bruit de la formation de son corps et de répandre qu’il est de 50,000 hommes, avec lesquels il devra se porter partout où il serait nécessaire.

 

Burghausen, 29 avril 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Burghausen

Mon Cousin, donnez ordre à la compagnie de canonniers bavarois qui est au pont de Rain, sur le Lech, de se rendre à Straubing, pour garder le pont de cette ville; elle mènera avec elle douze pièces de canon; elle laissera un sous-officier et quatre hommes pour gar­der le pont de Rain avec les six pièces de canon qui y resteront. Demandez au gouvernement bavarois les états de situation et l’emplacement des dépôts de l’artillerie. Mandez au roi de Bavière qu’il serait nécessaire qu’on armât quelques mille hommes des habitants de Straubing, Passau et autres villes le long du Danube, afin de garder les ponts qui existent sur le fleuve et se mettre à l’abri des partis ennemis qui viendraient lever des contributions.

 

Burghausen, 29 avril 1809

Au maréchal Lefebvre, duc de Danzig, commandant le 7e corps de l’armée d’Allemagne, à Freylassing

Mon Cousin, je suppose que vous êtes arrivé aujourd’hui à Salzburg. Envoyez une forte avant-garde d’infanterie et de cavalerie sur le chemin de Spital jusqu’à seize lieues, la cavalerie à Rastadt, Bruck et Leoben. Faites que cette avant-garde annonce l’arrivée d’une armée de 40,000 hommes pour couper tout ce qui serait dans le Tyrol. Sachez si Chasteler, qui s’est porté sur Brixen, s’est retiré ; s’il ne l’est pas, ce mouvement doit le faire retourner. Je pense que cette avant-garde doit être composée d’une brigade.

Aussitôt que vous aurez débloqué Kufstein, réunissez-en la garnison avec de la cavalerie, artillerie, et vous y ajouterez ce qui sera nécessaire pour former une colonne, que vous porteriez à la frontière pour observer ce qu’ils font dans le Tyrol.

Faites imprimer et publier ce qui s’est passé avec le prince Louis, Hiller, et avec des proclamations apprenez-leur le danger qu’ils courent.

Portez le général de Wrede à Strasswalchen et, avec la tête de votre corps, tenez-vous à Salzburg pour être à portée de soutenir vos deux avant-gardes, surtout celle qui sera sur le chemin de Rastadt.

Faites briser les armes de la Maison d’Autriche à Salzburg. Faites appeler les milices et rapporter les armes à Salzburg. Faites-vous remettre l’état des milices qui se sont armées, et faites publier que, si sous huit jours elles ne sont pas rentrées dans leurs foyers, les communes seront traitées militairement. Faites arrêter les officiers autrichiens que l’empereur a laissés dans le Tyrol; ils serviront d’otages contre les traitements que l’on fera éprouver aux baillis bavarois. Faites arrêter les agents de l’insurrection. Nommez une com­mission de gouvernement, composée de cinq membres, qui administreront le pays en mon nom; faites-leur prêter serment de ne rien faire contre le bien de mon service.

Faites travailler sur-le-champ à la citadelle; mettez-y quelques canons de Kufstein; faites-y faire des palissades, et prenez des mesures telles que, dans cinq jours, elle soit en état de soutenir trois mois de siége et puisse me répondre de la tranquillité de la ville.

Quant à l’économie, veillez à ce que les caisses ne soient point pillées. Mettez le séquestre sur tout ce qui appartient aux Autrichiens.

Le major général va envoyer un commandant pour la citadelle, et l’intendant général un administrateur pour la province. Mettez sur­-le-champ en confection 200,000 rations de biscuit.

 

Burghausen, 29 avril 1809

Au maréchal Kellermann, duc de Valmy, commandant l’armée de réserve, à Strasbourg

Mon Cousin, rendez-vous à Mayence afin d’avoir l’œil sur la Westphalie et de porter au Roi tons les secours que vous pourrez. Je donne l’ordre au ministre de la guerre de diriger sur Hanau quatre bataillons, formant 3,000 hommes, qui sont à Paris. Réunissez à Hanau les trois demi-brigades provisoires qui se forment à Sedan, à Metz et à Mayence ; cela vous fera 10 à 11,000 hommes d’infanterie. Je donne ordre au général Beaumont de partir de Strasbourg avec trois régiments provisoires de dragons formant 1,500 à 2,000 chevaux, et de se rendre à Hanau, où vous réunirez le plus tôt possible tout ce corps, qui sera fort de 12 ou 13,000 hommes. Vous y emploierez le général de division Rivaud et le général de brigade Boyer. Ces troupes réunies vous formeront un corps qui portera le nom de Corps d’observation d l’Elbe avec lequel vous pourrez vous porter partout où il sera nécessaire, pour prêter secours au roi de Westphalie et rétablir la tranquillité. Mais il est nécessaire que cela ne donne point par petits paquets, mais ensemble et sous votre direction.

Si vous avez des généraux de brigade dans votre commandement, nommez-en deux que vous attacherez à votre corps, indépendamment du général Boyer.

Correspondez fréquemment et par courriers avec le ministre de la guerre, et répandez partout le bruit que vous vous portez sur Hanau avec un corps d’observation de 50,000 hommes.

 

Burghausen, 29 avril 1809, deux heures de l’après-midi

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Kurn

Mon Cousin, le général Rouyer a dû arriver le 27 à Ratisbonne.

Le général Dupas a dû y arriver le 27. Ainsi je suppose que demain soir vous aurez à votre disposition, à Straubing, une brigade française forte de 5,000 hommes et 5,000 Saxons avec quatorze canons. Vous aurez également 200 hommes de cavalerie du général Rouyer et 200 commandés par le major Ameil , qui, avec le régiment wurtembergeois qui est en garnison à Ratisbonne, formeront un total de plus de 12,000 hommes, qui seront parfaitement placés à Straubing sur la rive droite du Danube. Je fais donner ordre à une compagnie de canonniers bavarois, qui est à Rain avec douze pièces de canon, de se rendre à Straubing. Il sera bon de les y laisser dans tout état de choses, pour défendre le pont quand nous n’y serons plus. Don­nez ordre au commandant bavarois qui est à Straubing de former deux ou trois bataillons bourgeois, que vous réunirez à Straubing et que vous armerez avec les fusils autrichiens provenant du désarmement de Ratisbonne.

Les dernières nouvelles que j’ai de vous sont du 27. Nous sommes arrêtés ici pour réparer le pont de la Salza, qui est tout à fait détruit. Nous avons occupé Salzburg et fait bon nombre de prisonniers.

 

Burghausen, 29 avril 1809

Au général comte Bertrand, commandant le génie de l’armée d’Allemagne, à Burghausen

Monsieur le Général Bertrand, mon intention est que la citadelle de Salzburg soit sur-le-champ mise en état de défense. Envoyez-y un officier du génie avec une escouade de sapeurs; donnez-lui les fonds nécessaires pour commencer les travaux. On commencera par les palissades et ouvrages les plus urgents jusqu’à ce que je donne les instructions nécessaires d’après le plan qui me sera soumis aussitôt; car mon intention est que cette citadelle soit mise dans six jours à l’abri d’un coup de main. La place sera organisée en matériel et en personnel tirés de la garnison de Kufstein.

 

Burghausen, 29 avril 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je viens d’ordonner la formation d’un corps d’observation de l’Elbe, dans le comté de Hanau, fort de 18,000 hommes et de 2,000 chevaux, sous les ordres du duc de Valmy; mais il faut lui donner le temps de se former et ne pas l’éparpiller. Ce corps passera sous vos ordres aussitôt qu’il sera formé et augmentera le 10e corps. Il est destiné non-seulement à se porter sur l’Elbe et dans le Hanovre, mais aussi sur les côtes, si les Anglais faisaient quelques tentatives. Pour ce premier moment, il me semble que la nouvelle de nos victoires, le régiment du grand-duché de Berg et les deux bataillons français qui vous sont arrivés, doivent suffire pour calmer les têtes.

 

Burghausen, 29 avril l809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je vous ai écrit ce matin par l’officier que vous m’avez envoyé. Je reçois au moment même votre lettre du 24. J’ordonne au duc de Valmy de se rendre sur-le-champ à Mayence, où va être réunie une division de 12,000 hommes. Je suppose que la nouvelle de nos victoires aura calmé un peu les têtes chez vous. Mes troupes sont entrées à Salzburg et à Passau, et marchent sur Linz et Vienne. Je serai sous peu de jours sous les murs de Vienne. On me mande que le général Rivaud vous a déjà envoyé deux bataillons français et deux bataillons du grand-duché de Berg. J’eusse désiré que ces troupes eussent marché ensemble afin de ne pas éprouver d’échec. Vous avez bien fait de faire venir à vous une partie des Hollandais. Vous devez sentir actuellement combien il est fâcheux que vous n’ayez pas gardé la légion de la Vistule; vous auriez 9,000 hommes d’infanterie et 1,500 de cavalerie, dévoués et qui vous auraient mis à l’abri de tout événement. Vous devez regretter aussi de n’avoir pas organisé votre garde comme je vous l’avais conseillé. Je désire que cet événement vous donne plus de confiance dans mes conseils.

 

Burghausen, 29 avril l809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Je reçois votre lettre du 22; M. Otto m’en communiqué une du 23. J’approuve que vous ayez gardé le régiment de Berg; je lui avais envoyé l’ordre de venir; mais gardez-le, s’il vous est néces­saire. Vous pouvez faire venir la division qui est à Hambourg, quoique ce soient des troupes hollandaises. J’ordonne à Kellermann de se rendre à Mayence; il pourra être à même de vous fournir les secours que les circonstances et ses moyens pourront permettre.

Votre royaume est sans police, sans finances, sans organisation.

Ce n’est pas avec un luxe désordonné que l’on fonde des monarchies. Ce qui vous arrive 5)révolte au sein de l’armée westphalienne, je m’y attendais. Je désire que cela vous corrige. Prenez des manières et des habitudes conformes à celles du pays que vous gouvernez. C’est ainsi que vous vous gagnerez les habitants par l’estime, qui ne va jamais qu’avec l’ opi­nion des mœurs et la simplicité. Au reste, je sens que ce n’est pas le moment de sermonner; faites des exemples sévères.

 

Burghausen, 30 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Caldiero

Mon Fils, je reçois votre lettre du 22, qui m’arrive par la poste. Je vois avec peine que vous ayez abandonné la Piave. Vous trouvez étrange que l’ennemi ne s’y soit pas présenté; j’aurais été étonné qu’il l’eût fait et qu’il ne se soit pas contenté de conquérir en un jour tout le pays de l’Isonzo à la Piave. Si, au lieu de couper le pont de la Piave, vous eussiez garni la tête de pont, et que vous eussiez montré l’intention de vous y défendre, l’ennemi n’aurait pas été passer cette rivière, Venise n’eût pas été bloquée, et tout le pays entre la Piave et l’Adige livré au pillage. Mais si, contre toute attente, l’ennemi eût tenté de passer la Piave, et que vous n’eussiez pas été dans le cas de vous y opposer, qui vous eût empêché de vous retirer ? Vous aviez: vingt-quatre heures devant vous. Je vois avec peine que vous n’avez ni habitude ni notion de la guerre. J’ignore encore la situation de mon armée, l’état de mes pertes en hommes, en généraux, en drapeaux, en canons, et je suis livré aux rapports des Autrichiens, qui sont nécessairement exagérés. Ne valait-il pas mieux me faire connaître l’état des choses ? Il est douloureux: de penser que, sans raison, tout le pays entre la Piave et l’Adige ait été pillé par les Au­trichiens. La Piave était une assez bonne ligne pour que vous ayez essayé de la garder. Les Autrichiens sont si peu accoutumés à faire ainsi la guerre, qu’ils ont été étonnés que vous n’ayez pas conservé la ligne de la Livenza, qui était une bonne ligne de ralliement pour vous; aussi ne conçoivent-ils pas que vous ayez abandonné la Piave.

A la guerre on voit ses maux et on ne voit pas ceux de l’ennemi ; il faut montrer de la confiance. Jusqu’à ce que l’ennemi eût tenté de forcer le pont de la Piave, vous deviez vous maintenir dans la tète de pont, si vous étiez toujours à même de couper le pont, quand même l’ennemi eût passé plus haut ou plus bas. Le résultat de cela est très-fâcheux pour moi et pour mes peuples d’Italie.

La guerre est un jeu sérieux, dans lequel on peut compromettre sa réputation et son pays; quand on est raisonnable, on doit se sentir et connaître si l’on est fait ou non pour ce métier. Je sais qu’en Italie vous affectez de mépriser Masséna; si je l’eusse envoyé, ce qui est arrivé n’aurait point eu lieu, Masséna a des talents militaires devant lesquels il faut se prosterner; il faut oublier ses défauts, car tous les hommes en ont. En vous donnant le commandement de l’armée, j’ai fait une faute; j’aurais dû vous envoyer Masséna et vous donner le commandement de la cavalerie, sous ses ordres. Le prince royal de Bavière commande une division sous le duc de Danzig. Les rois de France, des empereurs même régnants, ont souvent commandé un régiment ou une division sous les ordres d’un vieux maréchal. Je pense que, si les circonstances deviennent pressantes, vous devez écrire au roi de Naples de venir à l’armée; il laissera le gouverne­ment à la Reine. Vous lui remettrez le commandement et vous vous rangerez sous ses ordres; cela sera d’un bon effet et convenable, il est tout simple que vous ayez moins d’expérience de la guerre qu’un homme qui la fait depuis seize ans. Je n’ai point de mécontentement des fautes que vous avez faites, mais de ce que vous ne m’écrivez pas, et que vous ne me mettez point à même de vous donner des conseils et même de régler ici mes opérations. Si vous saviez l’histoire, vous sauriez que les quolibets ne servent à rien, et que les plus grandes batailles dont l’histoire fasse mention n’ont été perdues que pour avoir écouté les propos des armées. Je vous répète donc que je pense qu’à moins que l’ennemi ne se soit déjà retiré, et peut-être même dans tous les cas, il est convenable que vous écriviez au roi de Naples de venir à l’armée, vous faisant un mérite et une gloire de servir sous un plus ancien que vous. Vous lui manderez que vous êtes autorisé par moi à cette démarche et qu’à son arrivée il trouvera ses lettres de commandement.

 

Burghausen, 30 avril 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Caldiero

C’est aujourd’hui le 30, c’est-à-dire le treizième jour depuis que vous avez perdu votre bataille, et je n’ai aucune nouvelle de ce s’est passé. Je n’avais pas le droit de m’attendre à un procédé si extraordinaire, qui compromet mes opérations. Ce procédé est inouï. Comment, au lieu de recevoir de vous des rapports détaillés jour par jour, de recevoir des officiers qui me donnent des détails sur tout ce qui s’est passé, je ne sais que ce que les Autrichiens publient, et je ne trouve des détails que dans leurs journaux ! Qui peut vous porter à une si étrange conduite ? Quel ordre voulez-vous que je donne à mon armée d’Italie, et comment ne sentez-vous pas que l’ignorance où vous me laissez compromet sérieusement mes opérations ? D’où vient ce silence ? Avez-vous perdu la tête, et qu’est-ce que cela veut dire ? Comment ignoré-je tout ? Je vous ai envoyé des officiers; je suppose que vous avez fait partir des officiers qui ont été témoins oculaires de la bataille et qui m’apportent un compte de tous les événements qui se sont passés. Je suppose que vous n’aurez point perdu la tête au point d’évacuer la ligue de la Piave.

Mes troupes sont entrées à Salzbourg, et une forte colonne se porte sur Rastadt, pour couper tout ce qui viendrait de Spital. Si je savais ce qui est arrivé à mon armée d’Italie, je pourrais agir plus fortement; mais, dans le doute et l’obscurité où je suis, je ne puis avoir que des idées sinistres. Envoyez-moi l’état de situation de mes corps, écrivez-moi longuement et faites-moi connaître l’état de mes affaires. On peut perdre une bataille, mais non oublier à ce point le sentiment des convenances et de son devoir. Plus je réfléchis, et plus je me persuade que mes affaires sont perdues en Italie et que vous n’osez me le dire. Et ce devrait être au contraire une rai­son de ne me laisser rien ignorer. Bientôt l’armée ennemie d’Italie va se trouver sur mon flanc droit. J’ai besoin de connaître sa force, enfin tous les détails qui m’intéressent tant. Si vous ne pouvez pas écrire, qui empêche Charpentier, Caffarelli ou un de vos aides de camp de le faire ? On est aussi très alarmé à Paris, et, des détails, vous les deviez aussi au ministre de la guerre en France.


 

 

 

References   [ + ]

1.Louise-Maximilienne-Caroline-Emmanuelle, princesse de Stolberg-Gedern, née le 21 septembre 1752, décédée à Florence le 29 janvier 1824, veuve de Charles (IlI) Stuart, amie d’Alfieri.
2.En marge de la dépêche on lit ces mots écrits par le major général : «J’ai l’honneur d’observer à Sa Majesté que cette dépêche télégraphique ne me parvient qu’aujourd’hui à Augsbourg, le16 avril, à six heures du matin
3.Cette lettre fut expédiée en primata et duplicata au maréchal Masséna : le primata, à midi, par un officier d’ordonnance de l’Empereur; le duplicata, à une heure de l’après-midi, par un aide de camp du maréchal, qui retournait près de lui. A ce moment, l’Empereur, montant à cheval, changea les disposi­tions qu’il venait de prescrire pour le corps d’Oudinot; il dicta alors le post­-scriptum ci-dessus, qui modifie ses premiers ordres.
4.Extrait du Moniteur, du 3 mai 1809.
5.révolte au sein de l’armée westphalienne