Correspondance de Napoléon Ier – 28-31 mars 1807

Osterode, 28 mars 1807

Au maréchal Lefebvre, à Praust

 Je vous prie de m’envoyer, par le retour de l’officier d’ordonnance. l’état de situation des 19e et 23e régiments de chasseurs, en hommes, selles et chevaux, et qui m’instruise bien en détail où sont tous les détachements et si les colonels et chefs d’escadron sont au régiment

Je sais qu’avant-hier quelques coups de canon ont été tirés sous Danzig. Je n’en ai point encore de nouvelles.

Il faut montrer beaucoup de confiance dans vos troupes et réprimer les propos des états-majors qui les méprisent et le laissent apercevoir. Il n’y a dans Danzig que de la canaille, et vous avez des troupes auxquelles vous ferez faire ce que vous voudrez , si vous empêchez qu’on ne bavarde et si vous leur montrez  de la confiance.

Le général Drouet a une carte de la rive gauche de la Vistule, que, depuis quinze jours, je demande; il est ridicule que je ne l’aie pas encore reçue. Envoyez-moi-la par le retour de l’officier d’ordonnance. C’est la seule carte qui existe dans l’armée.

Vous allez avoir dans peu de jours quarante à cinquante pièces de gros calibre, indépendamment du convoi qui est parti de Stettin. Il faut prendre Danzig, mais pour cela il faut de l’énergie et de la décision. Vous sentez bien que je ne peux vous envoyer des troupes de l’armée contre les misérables Prussiens qui sont dans Danzig, et donner ainsi aux Russes beau jeu pour faire lever le siège.

Le 44e régiment doit vous être arrivé. Resserrez la place et emparez-vous du camp retranché. Il est très-important de séparer la ville du fort. Tant que cela ne sera pas fait, il n’y aura rien de fait.

Il faut tous les jours m’envoyer un rapport.

 

Osterode, 28 mars 1807

Au général Chasseloup, à Praust

Une fois qu’on a passé la Vistule, qui nous empêche de border la rive droite jusque vis-à-vis Danzig, et par là de se mettre à l’abri des sorties de la place et de couper les communications du fort avec Danzig ?

Douze pièces de 24 approvisionnées à 800 coups et quatre mortiers approvisionnés à 600 coups sont partis de Glogau le 25 mars. Tout me porte à penser qu’ils seront le 1er avril à Posen , et le 5 ou le 6 à Thorn; ils seront avant le 15 devant Danzig.

Six pièces de 24, parties de Varsovie, ont passé le 23 à Thorn; elles doivent être arrivées devant Danzig.

Quatre pièces de 12, parties le 26, par terre, de Thorn, ne doivent pas tarder à vous arriver.

Sept pièces de 12 et deux obusiers ont été embarqués le 23 devant Graudenz.

Quatre obusiers et deux mortiers, partis de Küstrin, ont couché le 18 à Landsberg. Ils doivent arriver le ler avril à Thorn, d’où ils seront dirigés sur Danzig.

Vingt-deux bouches à feu sont parties de Stettin le 21 mars.

Ainsi tout me porte à penser qu’avant le 15 avril vous aurez soixante-trois bouches à feu, dont plus de vingt-quatre pièces de 24, beaucoup de mortiers, beaucoup d’obusiers , beaucoup de pièces de 12. 

Faites faire des gabions, des saucissons, ramassez des tonneaux, des sacs à terre, afin qu’on fasse la tranchée et qu’on puisse commencer sérieusement le siège du 10 au 15. 

Envoyez-moi un plan des environs de Danzig, et faites-moi connaître vos opérations. Réunissez le plus possible des sapeurs et des officiers du génie. Il faut enlever la place avant qu’elle puisse être secourue par mer.

Écrivez-moi tous les jours.

 

Osterode, 28 mars 1807 

Au général Bertrand

J’ai reçu votre lettre du 26. Vous me dites qu’on a pris 2,000 chevaux dans l’île de Nogat; les régiments de cavalerie en ont-ils profité, ou bien les trains d’artillerie, ou les équipages ?

Faites-moi connaître l’état de situation des dépôts qui se trouvent à Marienburg, Marienwerder et dans l’île de Nogat.

J’avais ordonné que 5 à 600 chevaux hors de service fussent placés dans l’île de Nogat. Envoyez-y un officier qui vous rendra compte si cette mesure a été exécutée.

Le pont de Marienwerder étant jeté, je suis décidé à garder ce pont; mais je veux y construire une place comme à Praga, c’est-à-dire qui ait 3 à 400 toises de développement et des revêtements en bois, de manière que, l’armée sur la rive gauche, cette tête me conserve le pont et un passage sur la rive droite. J’ai écrit là-dessus au général Chasseloup. Voyez le général Cazals, qui doit se trouver près de vous, pour qu’il trace sur-le-champ cette tête de pont. Celle qu’on projetait ne signifiait rien, puisqu’elle ne gardait pas le pont.

J’ai lu avec plaisir les détails que vous m’avez donnés sur Marienburg. Il faut qu’on y travaille avec activité. Il paraît que sur ce point le travail est aux trois quarts fait.

Les alléges que le commandant de la marine a choisies sont-elles maniables ? vont-elles à la rame ? car la marche est la plus grande affaire pour la marine. Songis a donné des ordres pour que des pièces en bronze soient envoyées. Veillez à ce que l’on travaille aux affûts.

Tâchez d’avoir des plans des environs d’Elbing et de l’île de Nogat; l’ingénieur d’Elbing doit en avoir.

Raisonnez un peu dans cette hypothèse : Si je passe la Vistule ayant une tête de pont à Marienwerder et à Marienburg, par où l’ennemi pourrait-il passer pour faire lever le siége de Danzig ? Je suppose que j’abandonne Elbing à l’ennemi : pourrai-je me porter sur la rive gauche de la Nogat pour l’empêcher de jeter là un pont ? Raisonnez dans cette autre hypothèse : y a-t-il une ligne qui couvre Elbing, passe derrière le Draussen-See et arrive jusqu’à Saalfeld ?

Envoyez-moi l’état de situation de tous les régiments de cavalerie qui sont à Elbing. Il doit y en avoir plus que vous n’en portez, savoir :

Brigade Durosnel, le 7e, le 20e et le 22e chasseurs;

Division Lasalle, les 5e, 7e, 11e de hussards et le 13e de chasseurs, le 11e de chasseurs et le régiment du prince royal de Bavière.

Cela fait 9 régiments.

Outre ces 9 régiments de cavalerie légère, il doit y avoir 3 régiments de dragons de Klein : total, 12 régiments.

Au fur et à mesure que les circonstances vous en offriront l’occasion , causez avec les colonels sur la situation de leurs régiments. Combien ont-ils de chevaux, de selles, d’hommes présents ? Combien ont-ils trouvé de chevaux dans l’île de Nogat ? Les dépôts les ont-ils rejoints ? Où sont leurs détachements ?

Donnez-moi sur tout cela des renseignements exacts.

SUBSISTANCES. J’ai ordonné que 3,000 quintaux de blé fussent dirigés d’Elbing sur Marienwerder, 3, 000 sur Mewe, 3,000 sur Neuburg et 3,000 sur Osterode.

J’ai ordonné que de la même ville d’Elbing on dirigeât 3,000 quintaux de farine sur Mewe, autant sur Marienwerder, autant sur Neuburg, autant sur Finkenstein, et cela indépendamment de ce qu’Elbing doit fournir journellement aux 4e et 6e corps.

Quelle est la situation des magasins de farine, de blé, d’eau-de-vie et d’avoine à Elbing ?

Quels sont les moyens que les régiments de cavalerie trouvent à Elbing pour réparer leur harnachement et leur ferrage ?

Je ne vois point d’inconvénient à établir aussi un hôpital à Elbing.

Écrivez an général Vedel qu’il doit faire des rapports plus fréquents et plus détaillés sur les dépôts de l’ile de Nogat.

Je porterai probablement après-demain mon quartier général au château de Finkenstein, où je fais construire des fours.

Éclaircissez vos idées sur la manière dont Elbing se lie à Holland. On m’assure qu’il y a des marais qui ne permettent qu’un seul passage entre ces deux villes.

Si l’ingénieur d’Elbing connaît bien tout le terrain, vous ferez bien de l’amener avec vous au quartier général. Vous savez combien les Prussiens sont intéressés; gagnez-le avec quelque argent. C’est par ce moyen que vous aurez son secret et ses plans. Donnez-lui cent louis; avec cette clef d’or vous ouvrirez tous ses portefeuilles et détruirez tous ses scrupules.

 

Osterode, 29 mars 1807, 5 heures du matin

Au général Savary

Rendez-vous devant Danzig. Votre mission a trois buts : le premier, de m’instruire de l’état réel des choses, quand vous aurez bien vu et observé; le second, d’encourager ce pauvre maréchal Lefebvre qui s’inquiète et s’agite hors de mesure, et cela n’aboutit pas à grand’chose. Je ne puis pas dégarnir l’armée qui observe le siége pour lui donner beaucoup de troupes contre de misérables déserteurs, moitié désarmés, moitié désorganisés, qui sont dans Danzig. Il n’y voit que des Russes; faites-lui comprendre que les Russes ne s’affaibliront pas devant moi. Un régiment de Cosaques y a été envoyé pour se refaire et en imposer aux habitants. Le maréchal Lefebvre a 20,000 hommes, parmi lesquels 2,200 hommes de cavalerie, et, parmi ces 2,200 hommes, 800 chasseurs, la meilleure cavalerie de l’armée, et son régiment de cuirassiers saxons, très-bon; il a 4,000 Français et 3,000 très-bons Saxons. Mais il faut qu’il traite bien ces troupes; qu’i1 ne les décourage pas, surtout les Polonais, par des lazzi et des sarcasmes, parce que je n’en ai pas d’autres à lui donner, et que, décourager les gens, ce n’est pas la manière d’en tirer parti.

Il faut donc que vous me rendiez compte des détachements qu’il a faits pour protéger ses convois de Stettin, et qu’il y envoie 3 ou 400 hommes de cavalerie; il faut enlever le camp retranché et jeter des troupes entre la ville et le fort, afin de bloquer la ville du côté de terre et de mer. Vous verrez s’il occupe Putzig et le cap de Hela, où il faudrait avoir des signaux pour observer ce qui arrive par mer.

 

Osterode, 29 mars 1807, 5 heures du matin

Au maréchal Lefebvre

Je reçois votre lettre du 27 mars. Je trouve que vous vous inquiétez beaucoup trop; il ne faut pas prendre tous les bruits et les dires des prisonniers et déserteurs pour des vérités. Vous avez plus de troupes qu’il ne vous faut pour bloquer Danzig et pousser vigoureusement le siège. Ce qui est dans Danzig est un ramassis de mauvaises troupes; seraient-elles bonnes, vous en avez aussi de fort bonnes. Vous devez les encourager et ne pas souffrir qu’on en dise du mal.

Vous avez 2,200 chevaux et la meilleure cavalerie de l’armée; à quoi vous sert-elle autour de la ville ? Pourquoi n’en faites-vous pas de forts détachements pour envoyer sur les derrières et nettoyer la route de Kolberg et de Stettin à Danzig ? Un convoi de dix pièces de gros calibre est parti le 23 de Stettin avec bonne escorte : faites-moi connaître les détachements de cavalerie que vous avez envoyés pour protéger la route; envoyez-y 400 hommes. Le bon moyen d’empêcher que Danzig ne soit secouru, c’est de le bloquer du côté de la mer, d’enlever le camp retranché et de faire jeter un pont entre la ville et le fort. Faites-moi connaître si vous êtes maître et si vous avez des postes à l’extrémité du cap de Hela, d’où l’on éclaire tous les mouvements de la mer; si vous avez des postes à Potzig. Il faudrait établir au cap de Hela des signaux.

 

Osterode, 29 mars 1807

Au maréchal Berthier

Donnez ordre que les 400 fusils qui viennent d’arriver à Osterode partent demain à la pointe du jour pour les 3e, 4e et 6e corps, auxquels je les ai accordés. Il est inutile que l’artillerie les décharge let es mette en magasin. Faites-moi connaître s’il en est arrivé un plus grand nombre, et s’il est arrivé aussi des baïonnettes, afin de les distribuer sur-le-champ.

 

Osterode, 29 mars 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, voilà la quatrième ou cinquième lettre que vous m’écrivez sur les prisonniers prussiens. Si vous aviez demandé mes ordres sur le départ de ces prisonniers, vous ne seriez pas tomber dans l’inconvénient où vous êtes. Je vous ai déjà répondu de les répartir dans les ateliers de Rochefort et de les faire travailler à différents ouvrages qui se font en Languedoc.

 

Osterode, 29 mars 1807

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, voici un mémoire(mémoire de Caffarelli sur une tentative que les Anglais pourraient faire – note de la minute) que je vous envoie, qui est bien le maximum de l’extravagance humaine. Voilà ce que c’est que les hommes qui n’ont jamais fait la guerre ni médité aucune opération militaire. Il pense sans doute que les hommes qui seraient à bord de l’escadre seraient de bois, et que la chance de perdre 14 ou 15 vaisseaux et 7 ou 8,000 marins qui les monteraient ne serait rien pour l’Angleterre ! Je n’ai jamais rien vu de plus fou, d’autant plus fou que ce serait sans remède . L’ennemi pourrait faire cela, même moi étant campé là avec 300,000 hommes.

Il serait fâcheux que le préfet causât de cela avec les marins, même hypothétiquement, parce que cela ne peut que donner des alarmes. Il me semble qu’il dit dans sa lettre qu’il réunit des renseignements des marins. Quand vous lui écrirez, faites-lui sentir quel inconvénient il y a à semer ainsi l’alarme en s’attachant à des plans fantastiques.

 

Osterode, 29 mars 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 26 mars à huit heures du soir. Les nouvelles de Constantinople sont très-intéressantes. Il reste à voir actuellement comment cette crise finira. Il est bien sûr que, si les Turcs ont du courage, les Anglais en seront dupes; mais rien ne porte à penser qu’ils aient ce courage.

Je vous envoie un rapport de M. Daru.

 

Osterode, 29 mars 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, voilà trois mois que je n’ai reçu de nouvelles de Danemark. Dans les circonstances actuelles, cette légation doit envoyer un courrier toutes les semaines.

Il y a aussi trop longtemps que je n’ai reçu de nouvelles de Stuttgart. Donnez des ordres à mes ministres à Stuttgart, à Dresde, à Copenhague, de se rendre à leur poste, dans les vingt-quatre heures qui suivront la réception de votre courrier. Si M. Durand ne veut pas aller à Stuttgart, il faut qu’il le dise, et en nommer un autre. Dans le moment actuel, j’ai besoin que tous mes ministres d’Allemagne soient à leur poste.

Les nouvelles d’Angleterre, de la Baltique et de la Russie doivent m’arriver par Copenhague. Écrivez au général Clarke d’envoyer un courrier à cette légation pour les engager à lui écrire tous les jours et à adresser leurs dépêches à M. Bourrienne, qui les enverra par un courrier au général Clarke.

M. Bourrienne n’écrit pas assez souvent.

Indépendamment de mon ministre, je dois avoir quelques agents ou consuls dans les ports du Holstein. Il faut que vous leur donniez l’ordre d’écrire tous les jours et d’envoyer le rapport de tout ce qui se passe. 

 

Osterode, 29 mars 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, on désorganise les troupes polonaises. J’ai reçu une lettre du maréchal Lefebvre à ce sujet. Les généraux et officiers de la levée en masse des départements quittent partout leurs postes.

Je vous envoie une lettre du général Zajonchek. Voyez ce qu’on pourrait faire. Il est ridicule que les régiments ne soient pas déjà complétés. Tout ce qui est malade doit être hors du complet. Parlez aussi au gouvernement pour que tous les bataillons de guerre soient renforcés; il y a beaucoup de monde à Kalisz et autres endroits. Certainement des troupes levées ainsi ne sont pas très-bonnes, mais elles équivaudraient aux levées des Prussiens. J’ai des fusils à Glogau et à Posen. Si, dans le fait, on pouvait lever de nouveaux corps, ils y seraient utiles, ne serait-ce qu’à contenir les insurgés de Silésie, Prusse ou de Poméranie. Si ces levées n’ont pas pour objet la formation de nouveaux corps, elles serviront au moins, 1° à renforcer les corps qui ne sont pas complets; 2° à remplacer les hommes qui sont aux hôpitaux et qu’on doit porter en dehors du complet; on en a 2 ou 3,000 qui sont aux hôpitaux, outre la grande quantité d’hommes qui manquent au complet.

Je vous envoie une lettre du général Sokolnicki et la proclamation qu’a dû faire le maréchal Lefebvre, qui se plaint amèrement. Faites-moi connaître pourquoi on décourage ainsi toutes les levées polonais.

Vous verrez, par l’état ci-joint, à quoi se réduit la légion de Varsovie; elle devait avoir 4,000 hommes sous les armes, et elle n’en a que 1,600. Cela est tout simple, puisqu’on l’a recrutée de mauvais prisonniers qui avaient déjà des germes de maladie. Aujourd’hui faut la compléter.

L’ennemi a fait, le 26, une sortie de Danzig. Il a déployé toutes ses forces et a été complètement battu partout. On lui a tué beaucoup de monde, pris une pièce de canon, fait 300 prisonniers, parmi lesquels on a compté un certain Krokow, partisan qui, de sa main, avait tué plusieurs Polonais prisonniers.

 

Osterode, 29 mars 1807

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez ordre au commandant des marins de la Garde de former un détachement de cinq hommes, parmi lesquels il devra y avoir deux hommes de confiance et propres à bien reconnaître la force et la nature des bâtiments. Ce détachement se rendra devant Danzig, où le maréchal Lefebvre le placera dans un poste d’où il puisse bien découvrir la mer. On fournira une lunette à ce poste, et on y placera un enseigne ou un officier quelconque pour écrire les rapports. Tous les jours ce poste enverra son rapport au maréchal Lefebvre et au major général. Il faudra, autant que possible, composer ce détachement d’hommes qui aient navigué dans la Baltique et connaissent la nature de ses bâtiments.

Écrivez au maréchal Lefebvre et au prince de Ponte-Corvo pour que les postes établis à Kahlberg et à Tolkemit trouvent le moyen de correspondre par des bateaux et des signaux. Il n’y a que 4,000 toises, et il peut y avoir des circonstances où il serait très-important que ces deux-postes pussent communiquer réciproquement.

Écrivez au maréchal Lefebvre qu’il ne suffit pas qu’il n’y ait que de la cavalerie à Kahlberg : il y faut aussi de l’infanterie; si l’ennemi n’y voyait que de la cavalerie, il y enverrait de la cavalerie en plus grande force et chasserait le poste, tandis qu’il n’osera pas s’aventurer contre de l’infanterie.

 

Osterode, 29 mars 1807

Au général Clarke

 Il faut que vous ayez une correspondance très-suivie avec M. Bourrienne, qui doit vous expédier an moins un courrier par semaine, avec les lettres de Copenhague et un rapport de tout ce qui se passe dans la Baltique. M. Bourrienne doit aussi recevoir un rapport de Lubeck, afin d’être instruit exactement de tout ce qui arrive de ce côté. Ayez soin de lui écrire souvent. Voilà le moment où il est très-important d’être instruit de bonne heure de ce qui se passe dans Baltique.

Les Anglais ont forcé le Bosphore et se sont portés devant Constantinople. Toute la ville s’est mise en mouvement et a pris les armes, les femmes mêmes ont porté la terre pour les batteries; l’esprit des habitants paraissait monté; telle était la situation. Du reste les Anglais n’avaient là que 6 vaisseaux. Ils avaient trouvé un vaisseau turc à l’entrée du Bosphore et l’avaient brûlé. Le ler mars, on ne savait pas encore comment tout cela finirait.

 

Osterode, 29 mars 1807

Au général Zajonchek

Je reçois votre lettre. Sur un bon de vous, des armes seront délivrées à Posen; on en donnera pour le régiment de Zielinski. Il faut de Plock qu’on envoie les prendre à Posen. Quant aux troupes du palatinat de Kalisz qui ont besoin d’armes, il faut qu’elles les envoient prendre à Glogau, où j’en ai beaucoup.

 

Osterode, 29 mars 1807

68e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Le 17 mars, à trois heures du matin, le général de brigade Lefebvre, aide de camp du prince Jérôme, se trouvant avec trois escadrons de chevau-légers et le régiment d’infanterie légère de Taxis, passa auprès de Glatz, pour se rendre à Wünschelburg. 1,500 hommes sortirent de la place avec deux pièces de canon. Le lieutenant-colonel Girard les chargea aussitôt et les rejeta dans Glatz, après leur avoir pris 100 soldats, plusieurs officiers et leurs deux pièces de canon.

Le maréchal Masséna s’est porté de Willenberg sur Ortelsburg y a fait entrer la division de dragons Beker, et l’a renforcée d’un détachement de Polonais à cheval. Il y avait à Ortelsburg quelques Cosaques; plusieurs charges ont eu lieu, et l’ennemi a perdu 20 hommes.

Le général Beker, en venant reprendre sa position à Willenberg, a été chargé par 2,000 Cosaques; on leur avait tendu une embuscade d’infanterie dans laquelle ils ont donné. Ils ont perdu 200 hommes.

Le 26, à cinq heures du matin, la garnison de Danzig a fait une sortie générale, qui lui a été funeste. Elle a été repoussée partout. Un colonel nommé Krokow , qui avait fait le métier de partisan, à été pris avec 400 hommes et deux pièces de canon , dans une charge du 19e de chasseurs. La légion polonaise du Nord s’est fort bien comportée; deux bataillons saxons se sont distingués.

Du reste il n’y a rien de nouveau; les lacs sont encore gelés; on commence cependant à s’apercevoir de l’approche du printemps.

 

Osterode, 30 mars 1807

Au prince Eugène

Mon fils, j’ai écrit au roi de Naples de tâcher de renvoyer le 6e de chasseurs en Italie. Comme ce régiment doit être porté à 1,000 hommes, il sera bien difficile qu’il le soit à Naples.

Je vois avec plaisir que le 27e de chasseurs et le 4e de ligne sont partis de Milan. Faites partir des recrues pour la division italienne qui est devant Colberg.

Je ne vois pas d’inconvénient que vous ayez envoyé le général Severoli avec ces régiments.

 

Osterode, 30 mars 1807

Au prince Eugène

Mon fils, la division espagnole qui est en Étrurie se rend à Augsbourg. Envoyez auprès du général qui la commande, et faites-lui connaître que vous avez des ordres de lui accorder passage, de la nourrir et de la bien traiter pendant la route; qu’elle est destinée à former un corps d’observation en Hanovre, et que, s’il a reçu des ordres, il se mette sur-le-champ en marche, en suivant l’ordre de route que vous lui enverrez par Vérone, Trente, Inspruck et Augsbourg.

 

Osterode, 30 mars 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 19 mars. J’approuve fort votre idée relativement à l’Odéon, de le faire construire en deux ans; le travail n’en sera que plus solide.

Je ne sais pas comment j’ai oublié de donner des ordres au ministre Dejean pour le passage des troupes espagnoles. Mon intention est de les nourrir et de les bien traiter. Faites-leur connaître qu’on leur délivrera une paire de souliers de mes magasins à Mayence, et que, du moment de leur entrée en Hanovre, leur habillement, armement, équipement, tout, excepté leur solde, sera à mes frais. Leur passage en France sera également à mes frais. Pressez le passage de ces troupes; dans les circonstances, vous sentez que cela est de grande importance.

Faites envoyer un courrier à M. de Beauharnais à Madrid, par d’Hauterive, pour presser le départ de ces 14,000 hommes.

 

Osterode, 30 mars 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint un rapport du maréchal Bessières et un état qui y est joint. Faites partir ces 820 chevaux. Trois jours après la réception de la présente lettre, vous ferez partir les chevaux de grenadiers et chasseurs; le lendemain , les 600 chevaux de dragons. Les chefs verront combien de palefreniers il conviendra de louer pour conduire ces chevaux. Il paraîtrait, pour qu’ils soient bien soignés, qu’un palefrenier pour deux chevaux serait nécessaire. Vous m’enverrez l’ordre de route, et je ferai connaître au maréchal Kellermann mes intentions sur ces chevaux. Il sera convenable que les palefreniers soient engagés jusqu’à Berlin et pour rester à Mayence le temps nécessaire. Cette mesure a deux buts : le premier, de ne pas nourrir à Paris ces 800 chevaux, ce qui est dépense de 800 francs par jour; le second, d’avoir de bons chefs pour réparer les pertes que ma Garde fera dans la campagne. Les selles, brides et effets d’équipement seront emballés dans des caisses. Le maréchal Bessières m’assure que les selles existent. Quant à la manière de les transporter, il faut lever des caissons de la compagnie Breidt, pour que les caissons me restent. Vous verrez M. Daru pour faire exécuter ces différentes dispositions. Si l’on pense qu’il faille diviser les 600 chevaux de dragons en deux convois, on peut faire partir le second un jour plus tard que le premier.

 

Osterode, 30 mars 1807

A M. de Champagny

Monsieur Champagny, j’ai reçu votre lettre du 18 mars, avec le mémoire de mes commissaires près le grand sanhédrin. Ils ont rempli le but que je me proposais, malgré les obstacles qu’ils ont eu à vaincre; témoignez-leur ma satisfaction. 

 

Osterode, 30 mars 1807

Au général Lacuée

Monsieur Lacuée, je viens de retirer de l’armée d’Italie les divisions de Vérone et de Brescia, c’est-à-dire quatorze bataillons, savoir deux du 3e d’infanterie légère, trois du 56e de ligne, deux du 9e de ligne, deux du 16e de ligne, deux du 67e de ligne, deux du 2e de ligne. La conscription de 1807 n’a fourni à l’infanterie de l’armée d’Italie, y compris celle des armées de Dalmatie et de Naples, que 6,000 hommes. Je crois indispensable que la conscription de 1808 fournisse en Italie près de 20,000 hommes, afin de compléter tous les cadres. Il me semble qu’il faut 8,000 hommes pour les vingt-trois bataillons du Frioul, 5,000 pour ceux de Dalmatie, 5,000 pour les 3e et 4e bataillons qui sont en Piémont, à Gènes et à Toulon, et dont les bataillons de guerre formaient les divisions de Vérone et de Brescia qui vont en Allemagne, et 5 à 6,000 pour les quatorze bataillons des dépôts de l’armée de Naples; total, 23,000 hommes. Je suppose que 3,000 hommes seront fournis par la conscription de 1807 , que je ne suppose qu’à demi rentrée en février. Il faudrait donc encore 20,000 hommes. Cela mettra en jeu tous mes cadres et remplacera en Italie les forces que je viens d’en retirer. Ainsi, sur 80,000 hommes que j’appelle de la conscription de 1808, 35,000 hommes paraissent nécessaires pour les cinq légions, 20,000 hommes pour l’armée d’Italie. Il ne resterait plus que 25,000 hommes pour les douze bataillons qui sont entre la Somme et l’Escaut, pour les six bataillons de Paris, pour les trois régiments du camp de Napoléon, les quatre du camp de Pontivy et quelques autres troupes de l’intérieur. Je n’ai pas les états présents, mais je ne pense pas que ce calcul s’éloigne beaucoup de la réalité; cependant, s’il s’en éloignait, mon intention est que vous diminuiez également partout, en ôtant d’abord 5,000 hommes aux légions de l’intérieur, qui seront complétées l’année prochaine, et en balançant ensuite entre tous les corps également en Italie et ailleurs pour les porter au complet que je demande. Ainsi, en ôtant 5,000 hommes aux légions sur la conscription de cette année, il reste 50,000 hommes, dont 20,000 qu’on suppose nécessaires pour compléter les cadres de l’armée d’Italie, et 30,000 pour le reste. Si, pour remplir mes intentions, il fallait 60,000 hommes, vous auriez soin d’ôter un sixième à l’armée d’Italie et aux autres corps. Cependant j’ai lieu de penser que 50,000 hommes suffisent. Vous n’avez pas fait en Italie des pertes sensibles. Au reste, vous devez avoir des états de situation de cette armée au mois de mars, qui vous feront connaître ses besoins et de quelle manière vous devez faire la répartition entre les différents corps.

Quant à la Grande Armée, cela se divise en deux parties : première partie, les quatorze corps qui sont entre la Somme et le Texel, les six corps qui sont au camp de Saint-Lô, le 15e de ligne et le 31e léger, ce qui fait vingt-deux corps. Vous devez ne considérer pour rien ce qui est à la Grande Armée et partir de l’état de situation an 1er avril pour les 3e et 4e bataillons, et leur donner ce qui leur est nécessaire pour être au complet de 140 hommes par compagnie et pouvoir offrir un bon bataillon de 1,000 hommes sous les armes pour opposer aux ennemis de l’intérieur. Les quarante-six autres corps de la Grande Armée qui ont leurs dépôts sur le Rhin n’ont pas un but si précis à remplir. Ce ne sera pas en général mal fait que de partir de leur état de situation au 1er avril. Il est bien difficile que vous puissiez rien statuer sur les bataillons de guerre, ayant beaucoup d’hommes aux hôpitaux, ayant fait des pertes, ayant des déserteurs à l’intérieur, etc. Il faut partir du principe que, si les 3 e et 4e bataillons sont à 12 et 1400 hommes au 1er mai, les bataillons de guerre pourront en tirer beaucoup de secours. Restent ensuite les régiments des camps de Pontivy, de Bretagne, de Normandie; vous devez en avoir des revues exactes et savoir à quoi vous en tenir. Quant à la répartition de 60,000 conscrits appelés de suite, de 20,000 à la réserve, je pense que vous ne pouvez guère appeler plus de 20,000 hommes d’abord pour les cinq légions, puisqu’il y aurait inconvénient à trop encombrer ces dépôts. Il y aura donc 10,000 hommes à la réserve pour les cinq légions. Sur les 60,000 hommes, 20,000 sont donc pour les légions de la réserve de l’intérieur, 40,000 pour l’armée d’Italie, de Boulogne et la Grande Armée.

Les 20,000 conscrits de la réserve seront destinés : 10,000 à l’armée et 10,000 aux cinq légions; et, si les événements le voulaient, je serais à même, avant d’avoir réparti la réserve, d’employer ces 10,000 hommes à réparer les pertes de la Grande Armée; les légions se compléteraient alors après.

J’ai analysé mes idées dans un tableau ci-joint; je n’ai pas besoin de vous dire que cela n’est qu’une instruction.

TABLEAU DE LA RÉPARTITION DE LA CONSCRIPTION DE 1808

CONSCRIPTION DE 1808 REPARTITION OBSERVATIONS
60,000 hommes actifs 20,000 aux cinq légions
15,000 en Italie
25,000 à la Grande Armée et dans les camps
Première observation

Si des événements importants en Italie rendaient 10,000 hommes urgent, l’on pourrait prendre les 10,000 conscrits de la réserve destinés actuellement aux légions, que l’on destinerait aux corps qui en auraient besoin.

20,000 conscrits de la réserve 10,000 aux légions
5,000 en Italie
5,000 à la Grande Armée et dans les camps
Deuxième observation

On fera supporter à tous une diminution pour les hommes d’élite, c’est à dire 1/15.

 

Osterode, 30 mars 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, je reçois votre lettre du 18 mars. Envoyez un commissaire pour recevoir les 9,764 hommes de troupes espagnoles. Dirigez-les par le plus court chemin sur Mayence. Faites-les bien traiter sur la route et faites-leur donner tout ce dont elles auront besoin; traitez-les, en un mot, comme les troupes francaises. Dites à M. de Masserano que le vice-roi a des ordres pour faire marcher les troupes qui sont en Étrurie, et que les troupes espagnoles seront constamment accompagnées d’un commissaire francais, qui vous rendra compte de tout ce qui sera fait. Faites-les marcher par plusieurs routes différentes.

 

Osterode, 30 mars 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je vous envoie la copie d’une lettre que je reçois de M. Dejean. Est-ce une singerie du prince de la Paix pour que je ne me fâche pas de ce qu’il n’a pas voulu recevoir les Prussiens, ou bien le désir de m’être agréable ? C’est ce que l’avenir fera voir. En attendant, écrivez en Étrurie et à Madrid, à mes ministres, pour qu’on presse le départ de ces troupes et pour faire connaître que leur habillement, leur armement et leur nourriture sont à mes frais, qu’elles seront abondamment pourvues de tout, et que le Roi n’aura à payer que la solde. Faites connaître à M. de Beauharnais qu’il faut que ces troupes partent sans délai.

 

Osterode, 30 mars 1807

Au maréchal Berthier

Écrivez au général Lagrange de faire partir les 50 hommes du 10e de chasseurs et les 50 hommes du 20e de dragons. Il les fera remplacer par des hommes à pied, que le maréchal Kellermann lui enverra et qu’il fera équiper et monter. J’ai besoin de ces détachements à l’armée.

Il y a 44 hommes du 17e de dragons à Friedberg : donnez l’ordre qu’ils se rendent à l’armée.

Écrivez à Erfurt qu’on renvoie à l’armée les 88 hommes du 2e hussards qui s’y trouvent; à Minden, pour qu’on en fasse partir 40 hommes du 12e de chasseurs; à Münster, pour qu’on en fasse partir les 91 hommes du 5e de chasseurs. Je suppose que le régiment de chevau-légers qui était à Münster est en route pour Berlin; cependant je le vois encore porté sur l’état de situation de la place Münster, au 14; réitérez-lui l’ordre de partir sans délai.

Donnez l’ordre que les 11 hommes du 7e de hussards et les 10 hommes du 12, de chasseurs qui sont à Münster se rendent l’armée.

Je vois dans l’état de la place de Magdeburg 600 chevaux de remonte sans destination. Je suppose que c’est une erreur, et que sont des chevaux d’artillerie; faites-les partir sur-le-champ.

 

Osterode, 30 mars 1807

Au maréchal Berthier

Donnez ordre par un courrier extraordinaire à la division Boudet qui est à Vérone, et à la division Molitor, qui est à Brescia, de se mettre en marche le 10 avril pour se diriger sur Augsbourg, où il indispensable qu’elles soient arrivées avant le 30 avril. La troupe marchera en divisions. Les régiments de tête feront, les premiers jours, double marche, afin de pouvoir marcher par régiments pour se cantonner. Pour avoir le temps de se procurer des vivres, les divisions prendront, en partant de Vérone, quatre jours de pain. La division de Vérone passera par Ala, et celle de Brescia par la Rocca d’Anfo. S’iI y a quelques marches d’étapes qui soient trop courtes, les généraux des divisions pourront les brûler. Ces divisions mèneront leur artillerie.

On tiendra cet ordre le plus secret possible, afin qu’elles aient déjà fait plusieurs marches avant qu’on se doute de leur destination.

Vous donnerez l’ordre au 3e bataillon du 3e régiment d’infanterie légère, qui est à Parme, de faire sur-le-champ partir 600 hommes pour se rendre en toute diligence à Augsbourg pour renforcer les deux premiers bataillons. Ces 600 hommes sont destinés à porter leurs compagnies des bataillons de guerre à 140 hommes. On les suppose d’après l’état de situation au ler février, à 1,674. Ces 600 hommes partiront sous les ordres d’un capitaine, de deux lieutenants ou sous-lieutenants et de quelques sous-officiers, lesquels retourneront au dépôt dès que le détachement aura rejoint.

Donnez l’ordre au 4e bataillon du 56e, qui est en Piémont, de faire partir 400 hommes sous les ordres d’un capitaine, de deux lieutenants ou sous-lieutenants et de quelques sergents, pour se rendre à Augsbourg, afin de porter les compagnies des bataillons de guerre à 140 hommes.

Donnez l’ordre que tous les hommes disponibles du 3e bataillon du 93e, qui est au camp de Vérone, soient incorporés dans les deux premiers bataillons pour en porter les compagnies à 140 hommes, et que le cadre de ce 3e bataillon retourne en Piémont pour recevoir des conscrits.

Donnez-ordre au 3e bataillon du 2e de ligne, qui est en Piémont, d’envoyer à ses deux premiers bataillons 400 hommes, sous les ordres d’un capitaine et de deux lieutenants ou sous-lieutenants, pour les compléter.

Donnez ordre que le 3e bataillon du 16e de ligne, qui est à Toulon, mette sur-le-champ 300 hommes en marche pour Augsbourg pour compléter ses deux premiers bataillons.

Donnez ordre que le 3e bataillon du 37e, qui est en Piémont, envoie 300 hommes pour compléter ses deux premiers bataillons à Augsbourg.

Que le 3e bataillon du 67e, qui est à Gênes, envoie 400 hommes pour compléter ses deux premiers bataillons à Augsbourg.

Vous donnerez l’ordre au prince Eugène et au gouverneur de Parme de faire partir tous les hommes disponibles à cheval équipés et montés, des quatre régiments de cuirassiers et des cinq régiments de chasseurs qui ont leurs, dépôts en Italie, ainsi que des régiments italiens.

Vous donnerez l’ordre que les dépôts des régiments italiens qui sont devant Kolberg envoient 200 hommes pour les compléter.

L’artillerie des deux divisions de Vérone et de Brescia consistera en, au moins, huit on dix pièces bien attelées pour chaque division.

En faisant part de ces dispositions au conseiller d’État Lacuée, pour lui seul, vous lui ferez connaître qu’il faut qu’il envoie assez de conscrits en Italie pour que les régiments qui y restent, savoir les 13e, 35e, 53e, 106e, 9e, 84e et 99e de ligne, soient à leur effectif du grand complet de 140 hommes par compagnie, de sorte que ces régiments fassent 23 bataillons et aient à l’effectif 27 à 28,000 hommes et plus de 25,000 présents sous les armes; pour que le 18e léger et les 5e, 11e, 23e, 60e, 79e et 81e de ligne, formant 13 bataillons, aient leur grand complet de 140 hommes par compagnie, de sorte que, indépendamment de ce qui est en Dalmatie et en Allemagne, ces 13 bataillons puissent former une division à l’effectif de 20,000 hommes; qu’enfin les quatorze dépôts de l’armée de Naples qui sont en Italie puissent former une division à l’effectif de 18,000 hommes, c’est-à-dire 140 hommes par compagnie.

Vous instruirez en secret M. Otto de ces dispositions, afin que les ordres soient également envoyés secrètement en Tyrol.

 

Osterode, 30 mars 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, il y a à Glogau 200 chevaux qui étaient destinés la Garde : vous pouvez les donner aux cuirassiers. Les escadrons provisoires de cuirassiers et chasseurs formant 1,400 hommes sont partis pour Glogau; ne perdez pas une heure, une minute, pour leur procurer de bons chevaux et des harnachements. Je vous ai demandé, en remplacement, des chevaux wurtembergeois et bavarois, afin que je me sente le moins possible de ce déficit.

 

Osterode, 30 mars 1807

Au maréchal Lefebvre, à Praust

Mon Cousin, il est parti le 23 un bataillon du 19e de ligne, avec un convoi de 60 voitures, qui arrive le 1er à Konitz et sera le 4 près de Danzig. Envoyez à sa rencontre. Renvoyez les voitures. D’autres convois d’artillerie passent le 23 par Thorn, vous portant des pièces de 12, de 24, et des mortiers. D’autres convois sont partis par eau de Glogau, et, le 18, étaient à Landsberg; d’autres viennent par Glogau par terre, et doivent être devant Thorn.

Je vous ai envoyé le général la Riboisière pour commander l’artillerie et préparer tous les moyens pour venir enfin à bout de cette place importante.

 

Osterode, 30 mars 1807

Au général Rapp

Parlez-moi un peu de l’armement de Thorn; combien y a-t-il de pièces en batterie ? Il serait temps cependant que cet armement fût entièrement réparé. Combien y a-t-il d’ouvrages avancés ? Combien d’ouvriers employés par jour ? J’imagine que vous ne négligez pas ce premier des devoirs: de bien mettre votre place en état de défense.

Osterode, 31 mars 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 20 mars. On ne me parle plus de cette célèbre escadre anglaise qui avait été vue sur nos côtes.

Junot m’écrit toujours avec de grand papier de deuil, qui me donne des idées sinistres quand je reçois ses lettres. Faites-lui donc connaître que cela est contraire à l’usage et au respect, et qu’on n’écrit jamais à un supérieur avec le caractère de deuil d’une affection particulière.

 

Osterode, 31 mars 1807

A M. Fouché

Je vois dans le bulletin du 18 mars que le préfet de Liège regarde comme dangereuses les gardes nationales ; de toutes les villes de France, c’est certainement celle où la garde nationale peut occasionner le moins de rumeur. Cela dénote une mauvaise direction ,dans l’esprit du préfet.

Rien ne serait moins étonnant qu’il y eût un complot relativement à Gênes.

 

Osterode, 31 mars 1807

Au général Clarke

Écrivez à Bayreuth pour faire connaître au général Legrand que je suis très-mécontent des gazettes de Bayreuth et d’Erlangen, qu’il me change les rédacteurs ou supprime les gazettes.

Écrivez à Erfurt qu’on renvoie à l’armée les 88 chevaux du 2e de hussards; à Minden, pour qu’on en fasse partir les 40 hommes du 12e de chasseurs; à Münster, pour qu’on fasse partir les 91 chevaux du 5e de chasseurs. Je suppose que le régiment de chevau-légers d’Aremberg qui est à Münster est en route pour se rendre à Berlin; cependant je le vois, le 14, sur l’état de Münster; réitérez-lui l’ordre de se rendre à Berlin.

Ordre à Münster que les onze chevaux du 7e de hussards, les dix du 12e de chasseurs, se rendent à l’armée. Je vois, dans l’état de Magdeburg, 600 chevaux sans destination; je suppose que c’est de l’artillerie.

Écrivez au général Lagrange de faire partir les 50 hommes du 10e de chasseurs et les 50 du 20e de dragons; que le maréchal Kellermann les lui remplacera par des dragons à pied, qu’il fera monter et former. Mais j’ai besoin de tous ces hommes à l’armée.

 

Osterode, 31 mars 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, le général Chasseloup étant retour du blocus de Danzig, je lui ai communiqué mes observations sur les travaux de Praga. Je désire que vous parliez au gouvernement sur les travaux de Modlin. Il faut qu’il y ait là quinze cents terrassiers par jour. Cela est de la plus grande importance.

 

Osterode, 31 mars 1807

Au maréchal Berthier

Vous enverrez à chaque maréchal ce qui, dans les dispositions suivantes, concerne son corps d’armée, et sans que l’un connaisse ce qui regarde l’autre.

1° Il est accordé aux régiments dont l’état suit 18 aigles de Légion d’honneur, dont 9 aux officiers et 9 aux sous-officiers et soldats qui se sont fait remarquer par leur courage et leur bonne conduite depuis le commencement de la guerre de la quatrième coalition :

4e, 8e, 12e, 14e, 17e, 18e, 21e, 24e, 27e, 28e, 30e, 32e, 34e, 39e, 40e, 43e, 44e, 45e, 46e, 50e, 51e, 54e, 55e, 57e, 59e, 61e, 63e, 64e, 69e, 75e, 76e, 85e, 88e, 94e, 95e, 96e, 100e, 103e, 105e, 108e, 111e d’infanterie de ligne; 6e, 7e, 9e, 10e, 13e, 15e, 16e, 17e, 24e, 25e, 26e, 27e et 28e d’infanterie légère.

2° Il est accordé 6 aigles aux officiers et 6 aux sous-officiers et soldats , soit de l’artillerie à pied , soit de l’artillerie à cheval, soit des bataillons du train, soit des ouvriers des corps d’artillerie attachés à chacun des 1er, 3e, 4e, 5e et 6e corps d’armée.

3° Il est accordé 4 aigles aux officiers et 4 aux sous-officiers et soldats des régiments ci-après : 

1er, 2e, 4e, 5e, 7e, 8e, 9e et 10e de hussards; ler, 2e, 5e, 7e, 10e, 11e, 12e, 13e, 16e, 20e, 21e et 22e de chasseurs.

4° Il est accordé 4 aigles aux officiers et 4 aux sous-officiers et soldats de chacun des vingt-quatre régiments de dragons.

5° Il est accordé 8 aigles aux officiers et 8 aux sous-officiers et soldats des régiments ci-après :

1er, 5e, 10e et 11e de cuirassiers.

6° Il est accordé 4 aigles aux officiers et 4 aux sous-officiers et soldats de chacun des six régiments de la division de Nansouty.

7° Il est accordé 6 aigles aux officiers et 6 aux sous-officiers de l’artillerie de la réserve de cavalerie.

8° Il est accordé aux officiers, sous-officiers et soldats de la Garde, savoir :

A la Garde Impériale, 60 aigles; à la Garde à cheval , 80 et à l’artillerie, 20.

9° Il est accordé 9 aigles aux officiers et 9 aux sous-officiers et soldats de chacun des deux régiments d’Oudinot qui ont donné à Ostrolenka.

Il en est accordé 4 aux officiers et 4 aux sous-officiers et soldats de chacun des cinq autres régiments de la division d’Oudinot.

RÉCAPITULATION

Infanterie de ligne
Infanterie légère
Artillerie à pied, artillerie à cheval, train, ouvriers d’artillerie
Hussards
Chasseurs
Dragons
Cuirassiers (1er régiment, 5e, 10e et 11e)
Cuirassiers de la division Nansouty
Artillerie de la réserve de cavalerie
Garde impériale
Division Oudinot
756
252
60
64
96
192
64
48
12
160
76
1780

Du moment que les maréchaux auront reçu ma décision, ils ordonneront à chaque général de division de réunir chez lui les colonels et chefs de bataillon de chaque régiment, ainsi que les généraux de brigade, et de dresser un procès-verbal qui constate les individus qui méritent le mieux la décoration. Ce procès-verbal sera envoyé au maréchal commandant le corps d’armée, qui le transmettra avec ses observations, au major général. Tous ces procès-verbaux devront être arrivés avant le 6 avril. Le 7, le major général me les soumettra.

Quant aux décorations que les maréchaux auraient à demander pour des officiers d’état-major ou officiers du génie, ils en feront l’état à part, en faisant connaître l’état des services des personnes qu’ils présentent, leur âge, leur ancienneté de grade, leur nombre de campagnes, les services qu’ils ont rendus aux batailles où ils se sont trouvés, et les motifs particuliers pour lesquels ils sont présentés.

 

Osterode, 31 mars 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, vous m’annoncez, dans une de vos lettres du 28, que 30,000 paires de souliers se rendent à Marienwerder; mais vous n’avez pas complété les 20,000 paires qui devaient être rendues Osterode. Je lis une autre de vos lettres du 28; c’est par erreur qu’on a mis 100,000 rations à tirer de Marienwerder : c’est 10,00 qu’on a entendu dire. Il faut s’occuper surtout d’Osterode, il n’y a de la farine que pour demain; je viens d’en envoyer chercher à Finkenstein. La manutention d’Osterode est belle, bien organisée, et fait 30,000 rations par jour; si la farine y manque, nous serons fort embarrassés, car vous savez qu’elle nourrit le 3e et le 6e corps. Tous les moyens de transport par terre que vous avez, envoyez-les sur Osterode. C’est sur Osterode que vous devez diriger toutes les farines que vous pouvez tirer de Thorn et de Bromberg. Cette idée de voir détruire la manutention d’Osterode m’occupe beaucoup; le général Duroc a dû vous en écrire.

 

Osterode, 31 mars 1807

Au général Chasseloup

Voici une note sur les ouvrages de Praga, Modlin et Sierock, et sur le pont sur pilotis de Praga.

La tête de pont de Praga est en état de défense. Je désire, 1° que trois demi-lunes ou redoutes, avec caponnières, augmentent la défense de cette tête; 2° que la contrescarpe soit achevée dans le courant d’avril; 3° que, lorsque cette tête de pont aura acquis un nouveau degré de force par ces deux ouvrages, on établisse un rempart le long de la gorge, qui ferme la place et serve à sa défense si l’ennemi était à Varsovie, hypothèse la pire de toutes, car la principale destination de Praga est de conserver le pont et un point sur la rive droite, nous occupant la rive gauche. Il ne faut donc pas, pour donner à l’ouvrage de Praga cette nouvelle propriété, que sa principale perde rien de son degré de force.

Il y a à Varsovie un bon pont sur bateaux; le pont sur pilotis peut être considéré comme ouvrage de luxe. On peut donc en continuer la construction très-faiblement et de manière à ne pas retarder les ouvrages de Sierock et de Modlin.

Les ouvrages de Modlin sont de la plus haute importance. Je désire que vous m’en envoyiez le plan et que vous me fassiez connaître s’ils seront terminés au ler mai, et enfin si l’on a les bateaux et tout ce qui existait à l’ancien pont sur lequel le 7e corps a passé.

Sierock a un pont; il y faut des ouvrages, que je crois déjà avancés; il est aussi fort important de les terminer.

 

Osterode, 31 mars 1807 

Au général Lemarois

Monsieur le Général Lemarois, je reçois votre lettre du 29. Ce qu’il faut armer de préférence, c’est la tête de pont de Praga, dans laquelle il faut une grande quantité de bouches à feu. Il faut aussi placer sur la rive gauche des obusiers qui flanquent la tête de pont; on sera toujours à temps de démolir le pourtour de Praga. Ce qu’il faut faire, ce sont deux fours et des magasins de farine dans l’enceinte de la tête de pont, cela n’empêchera pas de se servir du couvent pendant tout le temps qu’on ne craindra pas d’être assiégé. Je vois avec plaisir que, le 5, la tête de pont sera faite; mais il faut actuellement faire trois lunettes, qui me paraissent nécessaires.

Celle-ci est indispensable pour empêcher que le pont ne soit détruit par l’ennemi; c’est celle qu’il faut faire sur-le-champ. Il faudra au moins quatre pièces pour chacune de ces trois lunettes. Il vous en faudra pour mettre dans les caponnières; il faut que ces caponnières soient assez larges pour que les pièces de campagne aient leur recul. Il faut aussi faire construire deux batteries fermées à la gorge, l’une se dirigeant sur la Vistule montante, l’autre sur la Vistule descendante, afin que tout ce qui voudrait venir, surtout du côté de la Vistule montante, fût coulé bas. J’estime qu’il faut neuf pièces à la batterie battant le haut de la Vistule, et trois à la batterie battant le bas. Il faut six pièces à chacune des batteries de la rive gauche. Ainsi vous voyez que vous n’aurez pas trop de pièces pour placer dans les redoutes. Je pense qu’une pièce par redoute sera suffisante, sauf à mettre plus tard tout ce qu’on aurait en batterie.

Je vous recommande de veiller aux travaux de Modlin. Il y là, en janvier, un pont qui communiquait à Zakroczym, sur lequel a passé le maréchal Augereau. Que sont devenus les bateaux de ce pont ? Si vous pouvez vous y transporter, allez-y, et faites faire le plan des travaux de Modlin. J’écris à M. Talleyrand de parler au gouvernement pour qu’il y ait là 1,500 terrassiers par jour; assurez-vous si le génie les paye. Je crois que les quatre fours qu’on a suffisent; il est inutile d’en faire dix. Écrivez au commandant de Modlin, et prenez toutes les mesures pour mettre en réserve les bateaux qui ont servi au pont sur lequel a passé le maréchal Augereau.

 

Osterode, 31 mars 1807

Au maréchal Lefebvre, à Praust

Le prince de Bade se rend près de vous pour prendre le commandement de ses troupes et en passer la revue. Je vous recommande de le bien traiter et de ne pas souffrir qu’il s’expose plus qu’il n’est convenable. 

 

Osterode, 31 mars 1807, à midi

Au maréchal Lefebvre

J’ai reçu voire lettre du 29; je ne puis que vous répéter ce que je vous ai déjà dit, il faut prendre Danzig, c’est là le principal; avec votre activité et votre caractère, vous y réussirez.

 

Osterode, 31 mars 1807

Je reçois au moment même vos deux lettres du 30. Je vous recommande de mettre l’heure à laquelle vous écrivez, car lorsque je reçois deux lettres par jour, je ne sais pas quelle est la dernière. Je vois avec plaisir que l’arrivée de votre artillerie va vous mettre à même de tenter quelque chose contre le camp retranché. Le général Chasseloup a toujours dit qu’il fallait des pièces de 12 pour briser les palissades; mais il vaut mieux mettre vingt-quatre heures de retard. J’approuve ce que vous voulez faire, veillez à ce qu’on fasse des places d’armes pour mettre les hommes à l’abri. Le convoi de Glogau doit arriver demain à Thorn; il y a des mortiers, des pièces de 24 et beaucoup de boulets. Le premier convoi de Stettin vous arrivera avant le 8 avril. Ainsi j’espère que vous serez bientôt en état de faire de bonne besogne. Mettez-vous bien dans la tête qu’il faut que ce soit vous qui preniez, Danzig. Il faut bien avoir quelque chose à raconter dans la salle du Sénat.

 

Osterode, 31 mars 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, vous recevrez les ordres du major général, qui vous expédie un courrier pour vous faire connaître que mon intention est que, du 25 au 30 avril, les divisions de Brescia et de Vérone soient rendues à Augsbourg. Les 3e bataillons enverront de suite de forts détachements pour compléter ces 15 bataillons, de sorte qu’à Augsbourg ils aient un présent sous les armes de 16,000 bommes et un effectif de 17 à 18,000 bommes, à raison de 140 hommes par compagnie.

J’ai ordonné que le 93e n’eût que deux bataillons, que tous les hommes disponibles du 3e bataillon fussent versés dans les premiers, et que les cadres du 3e allassent joindre le 4e pour attendre l’arrivée des conscrits.

Sur la levée que je fais de 80,000 conscrits, j’en destine 23,000 à l’Italie pour réparer ses pertes et porter les dépôts de Naples, les 3e et 4e bataillons de la division Duhesme, les dépôts du Frioul, etc., à leur grand complet. Ces dispositions doivent être secrètes.

Immédiatement après que vous aurez reçu le courrier du major général, vous aurez donné tous vos ordres : vous aurez fait prendre pour quatre jours de pain aux troupes des deux divisions; vous les aurez mises en marche, par la Rocca d’Anfo et Ala, sur Inspruck, vous aurez fait partir un commissaire des guerres pour préparer les logements et le pain; vous aurez fait payer à ces troupes un mois de solde d’avance, afin qu’à leur passage en Tyrol elles versent de l’argent et ne manquent de rien; vous aurez fait atteler à Vérone vingt-quatre pièces de canon pour le service de ces deux divisions; à chacune de ces deux divisions vous aurez attaché un commissaire des guerres; pour servir les pièces d’artillerie, vous aurez désigné les compagnies du même régiment, complétées à 120 hommes; vous aurez attaché également une compagnie d’artillerie à cheval; vous aurez donné à chaque division dix caissons d’infanterie bien approvisionnés, ce qui fera 160,000 cartouches à chacune; vous leur aurez donné des officiers du génie et une compagnie de sapeurs, avec un millier d’outils; vous aurez donné à chaque division une ambulance de chirurgie, avec six caissons pour porter tous les objets d’ambulance; enfin vous aurez tenu la main à ce que chaque régiment ait avec lui les trois quarts de ses chirurgiens, et à ce que chaque soldat ait deux paires de souliers dans le sac et une paire aux pieds.

Les généraux, les adjudants généraux, les états-majors doivent marcher comme si les deux divisions devaient entrer en campagne à Augsbourg. Vous aurez soin de faire partir avec les divisions, ou de faire rejoindre, si elles étaient déjà parties, 5 à 600 hommes de cavalerie, que vous prendrez parmi les neuf dépôts de cuirassiers et chasseurs dont les régiments sont à la Grande Armée et les dépôts en Italie.

Enfin vous aurez soin qu’on ne connaisse pas en route la situation des troupes qui passent. Vous ferez exagérer leur force sur leur passage, et vous ferez connaître qu’elles vont rejoindre la Grande Armée.

Huit jours après que les corps seront partis et qu’il ne sera plus possible de dissimuler, vous ferez mettre dans les gazettes que 15 régiments d’infanterie de ligne sont partis pour la Grande Armée et vont être remplacés par 15 autres venant de France et dont la tête passe déjà les Alpes.

Vous aurez soin que les chevaux soient bien attelés, qu’il y ait un charretier pour deux chevaux; et, comme il sera possible d’avoir des chevaux en route, vous ferez bien de faire partir quelques soldats du train en sus. Vous destinerez à ce service le même bataillon du train.

Si mes dépôts des neuf régiments ne peuvent pas fournir ces 600 hommes, dont vous feriez un régiment de cavalerie provisoire, vous ferez partir les dragons italiens et les mettrez sous les ordres du général Boudet.

Je vous recommande que ces deux divisions soient parfaitement soignées et ne manquent de rien.

Je laisse intact le corps du Frioul. Vous placerez à Vérone la division qui est à Bassano; vous y appellerez, comme je vous l’ai déjà mandé, les 3e bataillons du corps du Frioul. Les conscrits qui vous arrivent, ceux qui vous arriveront, vous mettront bientôt à même de recomposer les divisions de Bassano et de Brescia, et de les composer chacune du même nombre de bataillons qu’elles avaient; cela ne pourra avoir lieu que dans le courant de l’été. Je vous avais mandé de faire partir pour Naples 15 ou 1800 hommes; vous pouvez vous dispenser de faire cet envoi, afin d’appeler à la division de Vérone un plus grand nombre de conscrits. A mesure qu’ils arriveront, appelez à votre camp de Vérone des bataillons des dépôts de Naples, composés de six compagnies, en laissant trois compagnies au dépôt.

Tout me porte à penser que l’Autriche veut rester tranquille; toutefois, ce qu’il y a à faire aujourd’hui, c’est de pousser à force les travaux de Palmanova, Osoppo et autres places fortes.

Enfin vous placerez au camp de Vérone le ler d’infanterie légère et le 42e. Je ne tarderai pas à y faire venir le 112e. Ces trois régiments pourront faire une division. J’attendrai les idées que vous-même me donnerez là-dessus pour arrêter les miennes définitivement.

Portez la plus grande attention à remonter les dragons; si le roi de Naples a envoyé un régiment de dragons napolitains, dirigez-le sur-le-champ sur Augsbourg.

Les choses vont ici fort bien; le renfort que j’appelle ne m’est pas indispensable, mais j’ai cru utile d’avoir un corps d’observation qui se trouvât en seconde ligne avec le corps que le maréchal Brune commande à Hambourg et celui que le maréchal Mortier tient devant Stralsund.

Vous recevrez par le Moniteur mon message au Sénat, et vous y verrez que je viens de former 30 nouveaux bataillons, qui pourront se porter partout où il sera nécessaire. D’ailleurs, il est probable qu’avant deux mois de grands coups se donneront, qui décideront de la guerre.

Envoyez-moi, par un officier d’état-major, l’état de situation des troupes que vous m’envoyez, comprenant l’artillerie, l’infanterie, la cavalerie, leur armement, habillement, équipement. Dans le cas, qu’il faut prévoir, où les routes seraient empestées par des partisans ou des brigands, il faut que vos officiers ou courriers cachent toujours leurs dépêches en les cousant entre les semelles de leurs bottes.

Je garderai ici une quinzaine de jours votre aide de camp d’Anthouard.

La division italienne fait le siège de Kolberg; elle est un peu pillarde; mais, du reste, je suis assez content d’elle, et l’on m’en fait d’assez bons rapports.

Pour commander les divisions de Vérone, il me semble que vous avez les généraux Duhesme et Clauzel. Toutefois je ne tarderai pas à vous envoyer un bon général de division.

Comme il serait possible que le courrier du major général tarda à vous arriver ou se perdit, je prends le parti de vous envoyer un duplicata de l’ordre que j’ai donné au major général, et qu’il vous a transmis par ce courrier. Si ce duplicata vous parvient avant l’ordre, vous exécuterez ce qu’il prescrit.

 

Osterode, 31 mars 1807

Au roi de Hollande

Je reçois votre lettre du 20 mars, avec les journaux anglais que je fais traduire. Il n’est plus temps de songer à aucune expédition d’ici au mois d’octobre, aucune de mes frégates ne peut sortir des ports de France; elles tomberaient immanquablement dans les mains de l’ennemi. Instruisez-moi fréquemment de ce qui se passe et toutes les nouvelles qui arriveraient d’Angleterre. Il parait qu’ils ont le projet d’envoyer une escadre avec des troupes de débarquement du côté de la Bretagne. Dans le moment actuel, il vaut mieux expédier deux et trois courriers que de me laisser dans l’ignorance du moindre mouvement des Anglais.