Correspondance de Napoléon Ier – 25-28 mars 1807

Osterode, 25 mars 1807

DÉCRET

NAPOLÉON 1er Empereur des Français et roi d’Italie,

Voulant pourvoir à la défense de notre Empire contre tout débarquement et toutes autres tentatives que pourraient faire nos ennemis pendant la partie de la présente année où nous serions absent de notre capitale,

Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

ARTICLE 1er. – Les commandants de nos forces de terre et de mer continueront à rendre compte et à recevoir les ordres par le canal de notre ministre directeur de l’administration de la guerre faisant fonctions de ministre de la guerre, et de notre ministre de la marine.

ART. 2. – Nos ministres ne pourront ordonner aucun mouvement de troupes dans notre Empire que d’après nos ordres, ou d’après ceux donnés par notre ministre de la guerre actuellement près de nous comme major général, ou en conséquence d’une résolution de notre cousin l’archichancelier de l’Empire, pour tout mouvement que nécessiteraient des circonstances majeures et imprévues auxquelles il serait urgent de pourvoir avant d’avoir connu nos volontés.

ART. 3. – Entendons néanmoins que notre cousin l’archichancelier de l’Empire ne puisse ordonner lesdits mouvements qu’après avoir entendu notre conseil de guerre, avoir pris les opinions de chacun de ses membres et les avoir fait consigner dans un procès-verbal. Ces mesures préalables ayant été observées, il fera connaître sa décision à nos ministres de l’administration de la guerre et de la marine, qui auront à l’exécuter, les membres de notre conseil de guerre n’ayant que voix consultative.

ART. 4. – Notre conseil de guerre se composera de notre cousin l’archichancelier de l’Empire, qui convoquera ce conseil quand il le jugera convenable, et le présidera; de notre ministre directeur de l’administration de la guerre , faisant fonctions de ministre de la guerre; de notre ministre de la marine; du président de la section de la guerre près de notre Conseil d’État, le conseiller d’État Lacuée; de notre maréchal de l’Empire, premier inspecteur de la gendarmerie Moncey, et du gouverneur de Paris.

L’ordonnateur Denniée sera secrétaire de ce conseil et y tiendra la plume. Nous lui enjoignons et lui faisons une obligation spéciale d’insérer dans tous les procès-verbaux qu’il dressera les opinions des membres du conseil, avec le nom de ceux qui les auront émises.

ART. 5. – Après avoir entendu les membres du conseil, l’archi-chancelier fera connaître sa décision, suivant la formule ci-après :

“Nous, archichancelier de l’Empire, en conséquence du décret rendu par Sa Majesté Impériale et Royale, notre gracieux souverain, à Osterode, le 25 mars dernier, après avoir entendu le conseil de guerre institué par ledit décret, comme il résulte du procès verbal en date du ….. nous avons résolu les dispositions suivantes : Article ler, etc.

Ces articles contiendront les détails des mouvements que l’archi-chancelier ordonnera, soit au ministre de l’administration de la guerre, soit au ministre de la marine.

ART. 6. – Lesdites résolutions seront contre-signées par le ministre chargé de leur exécution. Elles ne seront rendues publiques ni par voie de l’impression, ni autrement.

ART. 7. – Au plus tard vingt-quatre heures après que notre cousin l’archi-chancelier de l’Empire aura pris des résolutions de quelque importance, il nous les fera connaître et nous transmettra le procès verbal du conseil de guerre.

ART. 8. – Nos ministres de l’administration de la guerre et de la marine sont chargés de l’exécution du présent décret, qui demeurera secret et dont il ne sera donné communication qu’aux membres conseil de guerre.


Osterode, 25 mars 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 14. Quand je demande tout ce qui était disponible de la Garde, je suis loin de vouloir y comprendre les officiers et sous-officiers des dépôts destinés à exercer les recrues. Ainsi donc les maréchaux des logis et les brigadiers nécessaires pour l’instruction des vélites, il faut les laisser, mais faire partir tous les soldats.

Quant au 2e régiment des fusiliers de ma Garde, je vois avec plaisir qu’il continue à rester à Paris pour soigner son armement et son habillement. Le colonel doit, à l’ ‘heure qu’il est, être arrivé. I1 faut faire partir 300 vélites du dépôt du ler régiment, ou même du 2e, pour les compléter. Donnez des ordres là-dessus. Le général Junot a formé bien faiblement les six bataillons qui vont au camp de Saint-Lô. Qu’il reste à Paris, au lieu d’aller à la campagne; qu’il passe tous les jours à midi une parade sur la place Vendôme, et qu’à cette parade il voie les dépôts. Comment les six bataillons du camp de Saint-Lô ne m’offrent-ils que 3,700 hommes ? Mon intention est qu’ils soient recrutés de manière qu’ils me fournissent 7,200 hommes. Le gouverneur de Paris, dans ces temps-ci, doit toujours rester à Paris et être tous les jours présent à la parade; il y a toujours quelque chose à faire. J’écris à MM. Dejean et Lacuée; voyez-les, car il est bien important que le camp de Saint-Lô ait la force que j’y avais destinée.


Osterode, 25 mars 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, on a dû envoyer au dépôt de la guerre à Paris trois planches de la bataille d’Eylau, qui donnent une idée claire de cette bataille. Veillez à ce qu’en trois fois vingt-quatre heures ces trois planches soient gravées à l’eau forte et répandues dans Paris. Vous pouvez aussi ordonner qu’on fasse un livret des bulletins qui ont trait à cette bataille et de la relation qui en a été faite par un officier français, avec ces trois planches. Vous l’enverrez à Milan au prince Eugène, qui le fera traduire en italien, et au roi de Hollande, qui le fera traduire en hollandais.


Osterode, 25 mars 1807

Au général Junot, gouverneur de Paris

Je ne vois pas comment le service sera difficile à Paris, puisque vous avez des troupes de Paris.

Je ne puis voir qu’avec peine que les six bataillons partis de Paris ne forment que 3, 700 hommes. Mon intention est de les compléter à140 hommes par compagnie, c’est-à-dire à 840 hommes par bataillon puisque vous n’y avez mis que six compagnies, ce qui me ferait alors un présent de 5,000 hommes. En effet, je vois qu’il reste 506 hommes au dépôt; il ne doit pas y rester un seul homme; tout doit marcher pour les bataillons. Ces hommes s’exerceront beaucoup mieux à leurs compagnies qu’à Paris, et, si le défaut d’officiers et de sous-officiers empêche d’envoyer plus de six compagnies, et que vous ayez des soldats de reste, mettez les compagnies à 150, à 160 hommes. Il faut faire un travail avec le ministre Dejean pour voir pourquoi il manque tant d’officiers. Vous portez des officiers au recrutement : il ne doit point y en avoir; il y a longtemps que j’ai ordonné leur remplacement.


Osterode , 25 mars 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, il me vient des plaintes de presque tous les régiments de cavalerie. Ils disent qu’ils ont beaucoup d’hommes aux dépôts, qu’il leur en arrive tous les jours, mais qu’ils n’ont point chevaux pour les exercer; de sorte que les recrues perdent un temps précieux, et que je n’ai aucune espèce de secours à en espérer.

Je vois, par l’état du 4 mars, que la grosse cavalerie a 2,600 chevaux à recevoir par les marchés qui ont été passés, et 230 par les officiers en remonte. Mais il n’est passé aucun marché pour les 722 qui restent à fournir pour le complet; et il ne faut pas vous abuser, même ces 722 chevaux fournis, cela ne formera pas 14, 000 chevaux de grosse cavalerie, parce que les pertes sont très-considérables. Je viens de faire des levées en Silésie pour remplacer les chevaux que j’avais perdus dans la campagne. Ce que vous devez prendre surtout pour guide, ce sont moins les bases qui ont servi à la confection de 1’état que la situation des dépôts. Ainsi, par exemple, il y a dans le dépôt de tel régiment 300 recrues; il faut donc 300 chevaux; il faut donc que vous les lui procuriez sans délai. Apprenez-moi, par prochain courrier, que les marchés pour les 722 chevaux qui manquent sont passés, et qu’ils pourront être aux corps dans le courant d’avril; et, outre cela, autorisez les dépôts qui ont beaucoup d’hommes à pied à acheter des chevaux en suffisance pour les monter tous. J’ai de l’argent; j’ai des hommes. Vous sentez combien je perds à nourrir tous ces hommes dans les dépôts de cavalerie, s’ils n’ont point chevaux. Pour les dragons, je vois qu’il leur faut 2,400 chevaux, selon les demandes de votre état; mais il y en a 4,300 qui leur ont été fournis par le dépôt de Potsdam et qui couvrent à peine les pertes qu’ils ont faites.

Il faut d’abord que ces marchés soient passés sans délai, et ensuite accorder à chaque corps l’autorisation d’acheter autant de chevaux qu’il a d’hommes à pied au dépôt, en spécifiant la quantité, et lui faire fournir des fonds. Peu importe, en dernière analyse; à la fin de la guerre, cela se compensera avec les pertes. Si vous attendez le procès-verbal des pertes, vous n’aurez pas monté un homme de six mois. Le temps de guerre n’est pas un temps de paix. Tout retard est funeste en temps de guerre. Il faut de l’ordre, sans doute; mais il faut que l’ordre soit d’une nature différente qu’en temps de paix. En temps de paix, l’ordre consiste à ne rien donner qu’avec les formalités voulues; en temps de guerre, l’ordre consiste à donner beaucoup sans aucune formalité, mais sur des états qui puissent servir à régulariser. Il arrive qu’un régiment a 300 hommes à pied à son dépôt et seulement 12 ou 15 chevaux; il faut faire une enquête, mais commencer d’abord par lui donner 300 chevaux, 300 selles, 300 brides, afin que ce régiment me fournisse 300 hommes devant l’ennemi.

Comme vous suivez la méthode qu’on suit en temps de paix, tout mon service éprouve de la lenteur. L’économie aujourd’hui consiste à donner. Un conscrit à pied, à un dépôt de cavalerie, me ruine et ne me sert à rien. Présentez-moi sans délai, 1° la situation des hommes de tous les dépôts de cavalerie au 15 mars; 2° l’état des chevaux existant aux dépôts ou devant y arriver par des marchés conclus; 3° l’état des chevaux pour lesquels vous autorisez des marchés, en conséquence de votre état général et du complet de 996; enfin, dans une colonne supplémentaire, ce qu’il faut pour que les hommes des dépôts présents au 15 mars, plus les conscrits que les dépôts vont recevoir de la réserve de 1807, soient tous montés. Donnez plutôt 100 chevaux de plus que de moins, 100 selles de plus que de moins, un million de plus que de moins. Qui est-ce qui pourrait bien établir aujourd’hui la situation de ma sellerie, toute ruinée par trois campagnes ? Faites des marchés, je fournirai l’argent nécessaire. Qu’en avril mes dépôts soient remplis de chevaux. L’Allemagne peut à peine suffire à ma consommation. Il me faut 4,000 chevaux pour réparer mes pertes. Je les cherche en Allemagne; je les aurai à peine trouvés qu’il m’en faudra 4,000 autres. Le même raisonnement s’applique aux chasseurs. Le 10e de hussards a 300 hommes à son dépôt et n’a que 16 chevaux; les 160 qui sont portés à la colonne d’achat sont déjà en Allemagne; il n’a rien à espérer des marchés passés, des officiers en remonte; il n’est porté dans les états, comme lui revenant, que 119 chevaux. Il y a huit jours, il n’y avait point d’ordre pour acheter ces 119 chevaux; cependant il y a bien du temps que j’ai donné des ordres à ce sujet. Ainsi donc, prenant ce régiment pour exemple (je le cite parce que j’ai beaucoup causé avec le major, qui vient de France), il faut lui donner l’argent nécessaire pour acheter ces 119 chevaux, et ensuite 200 autres que vous porterez dans une colonne à part sur les états, pour pertes dont il justifiera, et par lé ses 300 hommes du dépôt seront montés.

Pénétrez-vous bien de l’importance de cela et du mal que ferait une économie mal entendue ou une rigidité hors de saison. On sera toujours à temps de régulariser. Donnez de l’argent aux dépôts de cavalerie pour qu’ils achètent des chevaux, pour qu’ils confectionnent; voilà le bien, voilà l’économie. Cet objet est si important que j’ai jugé devoir prendre un décret; occupez-vous-en; c’est le plus important de tous. Les équipements, les habillements qui viennent de France valent mieux que tout ce qu’on peut faire en Allemagne. D’ailleurs c’est de l’argent qui reste dans le pays. Ce que je dis pour la Grande Armée s’applique aux régiments qui sont en Italie, où je n’ai laissé que la moitié de ce qui devait y être, parce que je croyais avoir doublé la remonte des régiments.


Osterode, 25 mars 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, la brigade du général Dufresse se réunira à 1’ile d’Aix. Cependant le ministre de la marine ayant organisé un régiment de 1,800 hommes à Rochefort, je pense que ce régiment pourra se porter à l’ile d’Aix avec de l’artillerie de marine, ce qui fera 2,000 hommes. Il faudrait les y laisser sous le commandement du général Dufresse, et retirer la légion du Midi et le 82e pour les porter au camp de Napoléon. Si l’escadre de l’amiral Allemand n’est plus à l’île d7Aix, il ne serait plus besoin d’y porter le régiment de Rochefort et l’on pourrait même en retirer la brigade Dufresse pour la placer au camp de Napoléon, d’où elle peut être facilement dirigée sur Nantes, le Morbihan et partout enfin où il pourrait être nécessaire. Je suppose que le général de brigade Préval pourra se rendre à Pontivy pour y commander la cavalerie. S’il en était autrement, vous pourriez prendre, pour le remplacer, parmi les généraux de la Grande Armée que les blessures et les fatigues de la guerre ont ramenés en France.

Faites-moi connaître la situation des camps de Napoléon et de Pontivy au ler avril.

Le bataillon suisse a-t-il fourni ses 900 hommes ?

Le régiment de Paris et les fusiliers de la Garde pourront fournir 3,000 hommes dans la campagne. Ils resteront en réserve à Paris pour se porter au besoin au secours des camps de Saint-Lô, de Boulogne ou de Pontivy.


Osterode, 25 mars 1807

Au général Dejean

Vous ai-je jamais donné l’ordre d’envoyer 10,000 Prussiens en Espagne ? L’ai-je donné à qui que ce soit ? J’ai chargé le ministre des relations extérieures d’en faire la proposition à l’Espagne; mais cela a-t-il rien de commun avec un ordre de moi ? Voilà plusieurs fois que cela arrive; c’est ainsi que, l’année passée, vous avez autorisé un corps de 5,000 Espagnols à passer sur le territoire; eh bien, je vous dirai que cela n’a jamais été dans mes intentions. Que j’aie pu l’offrir, cela ne vous regarde en rien. Je ne pense pas que M. Talleyrand vous l’ait écrit. Quand j’écris quelque chose à un ministre, je n’ai pas toujours l’intention de le faire. M. Talleyrand vous a-t-il communiqué l’ordre de faire passer 10,000 Prussiens en Espagne ? Si vous m’en aviez écrit, ou je ne vous aurais pas répondu, ou je vous aurais fait connaître ma volonté. J’ai dit à la Porte que je voulais faire marcher 30,000 hommes à Constantinople : si, en conséquence de cette déclaration, vous les faisiez marcher, cela serait un peu extraordi paire. Puisque les Prussiens ne veulent pas aller en Espagne, prenez ce prétexte pour les disséminer dans le Languedoc et les faire employer au canal d’Arles et aux marais de Rochefort.


Osterode, 25 mars 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, j’ai ordonné qu’on évacuât 3 ou 4,000 malades Varsovie sur Breslau. Je pense que vous prendrez les mesures nécessaires pour qu’ils y soient bien traités. Faites-moi connaître combien il en est arrivé. Il est convenable d’avoir des capotes et des armes, et de nommer des officiers pour commander ces dépôts; et, à mesure que les hommes sortiront des hôpitaux, faites-les placer dans des dépôts de convalescence, où ils resteront pour partir en détachements , afin de ne pas les renvoyer isolément à l’armée.


Osterode, 25 mars 1807

Au général Lacuée

J’écris fort en détail au vice-roi pour lui faire connaître mes intentions sur mon armée d’Italie. Correspondez avec lui et occupez-vous de compléter les corps à quatre bataillons. J’ai là le 11e, le 35e, le 92e, le 79e, le 23e, le 56e, le 93e, le 5e, le 62, le 20e , qui sont à quatre bataillons, et qui sont susceptibles de recevoir encore un grand nombre de conscrits. Depuis six mois j’augmente progressivement mon armée d’Italie, et je veux l’augmenter encore, afin d’avoir en campagne autant de troupes que les cadres peuvent en contenir. Vous sentez que c’est là ma plus grande sauvegarde contre l’Autriche, qui aurait besoin d’une grande armée contre mon armée d’Italie et de Dalmatie, et qui s’attirerait sur les bras une guerre sérieuse que la pénurie de ses finances et le vide de ses arsenaux ne lui permettent pas d’entreprendre. Mes armées d’Italie et de Dalmatie réunies forment déjà une très-belle armée, mais je continue à y porter une attention suivie. Quoique j’aie sous la main les éléments de ce travail, pour ne point me fatiguer d’un travail inutile, j’attendrai les états que je vous ai demandés pour savoir si nous devons encore envoyer des conscrits à cette armée. Le complet, tel que je l’entends, est à 140 hommes par compagnie; c’est là le maximum de ce qui peut entrer raisonnablement dans un cadre, ce qui forme 1,260 hommes pour l’effectif et ne fait guère que 1,050 hommes présents sous les armes, qui, en quelques mois de campagne, se réduisent à 900, ce qui est encore une force raisonnable.


Osterode, 25 mars 1807

Au roi de Saxe

Ayant eu lieu d’être satisfait de la conduite de deux bataillons de troupes de Votre Majesté et du major qui les commandait à l’attaque qui a eu lieu le 20 mars (au siège de Danzig), j’ai accordé l’aigle de le Légion d’honneur à ce major, trois aigles aux officiers, et trois aigles aux soldats qui se sont le plus distingués, au choix de leur commandant. Je n’ai pas cependant voulu leur faire remettre une distinction sans prévenir Votre Majesté, pour la prier qu’elle l’ait pour agréable, n’ayant d’autre but que de donner une preuve de satisfaction à ses troupes.


Osterode, 25 mars 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, beaucoup d’officiers et de conseils d’administration des corps d’armée ont besoin de draps et de différents effets d’équipement. Je sais qu’il en existe chez les marchands de Varsovie. Engagez-les à en charger deux bateaux sur la Vistule, et à venir établir boutique à Marienwerder ou à Thorn. Ils y gagneront, et cela sera utile à l’armée.


Osterode, 25 mars 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 22 mars. Vous savez sans doute que, lorsqu’on donne des instructions à Andréossy, il faut plutôt les adoucir que les rembrunir, car il est plutôt porté à la menace. Continuez à avoir des nouvelles d’Essen.

Envoyez un courrier en Espagne pour demander que 3,000 hommes de cavalerie partent sur-le-champ pour se rendre à Anvers, et pour que la division qui est à Livourne parte pour Augsbourg, d’où je la dirigerai sur Hambourg pour s’opposer aux débarquements des Anglais. Je payerai l’un et l’autre de ces corps. Il me semble que c’est déjà une chose convenue avec l’Espagne. Le blocus de Hambourg vaudra à l’Espagne la restitution de ses colonies à la paix. Il ne s’agit plus aujourd’hui de tergiverser. Si l’on veut le faire, il faut que, vingt-quatre heures après que cela aura été demandé, la division qui est en Toscane se mette en route, ainsi que les 3,000 hommes de cavalerie. Si à 3,000 hommes de cavalerie on veut joindre 6,000 hommes d’infanterie, il faut les accepter. Il sera facile à M. de Beauharnais de faire comprendre au cabinet que, outre l’avantage de contribuer à amener la paix et la restitution de ses positions, il aura celui d’aguerrir et de discipliner ses troupes. Du reste il suffit seulement d’en avoir le cœur net. Sils ne veulent pas, c’est fini. J’attache un double intérêt à faire sortir la division espagnole de Toscane.


Osterode, 25 mars 1807

A M. Daru, à Thorn

Monsieur Daru, vous ne fournissez pas aux besoins de la manutention de Varsovie, de sorte que les boulangers et ouvriers ne sont pas payés. Il ne faut point penser seulement à l’endroit où vous êtes. Vous savez bien qu’il faut de l’argent pour faire tant de rations de biscuit par jour.


Osterode, 25 mars 1807

Au général Lemarois

Monsieur le Général Lemarois, les 4e et 14e régiments de ligne bavarois, un bataillon d’infanterie légère et six pièces d’artillerie légère, formant un total de 4,000 hommes, arriveront à Varsovie le 5 avril, venant de Silésie. Prévenez-en le gouvernement et le prince royal de Bavière. Je fais venir ces troupes en réserve, pour qu’à tout événement, avec les deux régiments polonais que vous devez avoir et les 12 ou 1500 hommes des dépôts que vous avez dans la main,  ce qui vous ferait 7 ou 8,000 hommes, vous puissiez garder Sierock et surtout Praga et Varsovie.

Pressez donc le commandant de l’artillerie de mettre ses pièces de batterie à la tête du pont de Praga; qu’il y ait six pièces dans chacune des deux redoutes, n’importe de quel calibre. Allez tous les jours à Praga, afin que le génie et l’artillerie ne vous manquent point, que les redoutes et la tête de pont soient mises promptement en état de défense, et qu’on y place les barrières et les accessoires qui les mettent à l’abri d’une surprise. Puisqu’il y a 5,000 boulets de 12, il y à de quoi utiliser toutes les pièces de 12 russes qui se trouvent à Varsovie. Il n’est pas difficile de faire faire 5 à 600 boîtes à mitraille; il n’est pas nécessaire d’avoir des balles de numéros dans ces boites; des morceaux de fer, des clous, tout est bon. Il faut tâcher seulement d’avoir du fer-blanc. Ayez soin d’avoir des cartouches pour les Bavarois, les Français et les Polonais, afin que, le cas arrivant, il ne manque rien à vos 6,000 hommes. Publiez et dites qu’au lieu de 4,000 Bavarois, qui arrivent réellement, il en arrive 12,000, un corps bavarois pareil à l’autre. Publiez aussi qu’il arrive un corps de 6,000 Français à Varsovie.


Osterode, 25 mars 1807

Au général Rapp

Je reçois votre lettre du 23 mars. Comment arrive-t-il que le 75e n’a que 1,600 hommes ? C’est bien faible. Vous m’annoncez 400 fusils partis le 24. Du moment qu’ils arriveront, faites-les partir; mais, en déballant les caisses, assurez-vous qu’ils sont en bon état, car nous n’avons aucun moyen de les réparer. S’il y a 1,000 baïonnettes, envoyez-les; mais écrivez à Saint-Laurent pour savoir si ces 1,000 fusils sont les seuls qu’on doive attendre de terre.


Osterode, 25 mars 1807

Au prince Eugène

Mon fils, je reçois votre lettre du 11 mars, et l’état de situation du 15 février; comment le 13e de ligne n’a-t-il encore que 1,605 hommes à ses bataillons de guerre ? Pourquoi les bataillons du 35 n’ont-ils que 1,800 hommes ? Comment les trois bataillons du 9e n’ont-ils que 2,100 hommes ? Pourquoi le 6e de hussards n’a-t-il que 600 hommes ? Je fais la même question pour le 8e de chasseurs. Quand ces régiments auront-ils 1,000 chevaux ?


Osterode, 25 mars 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, j’ai lu avec attention l’état des places d’Italie que vous m’avez envoyé. Je vois que vous n’avez que 300 milliers de poudre à Mantoue; il est vrai qu’il y a 22,000 sachets de différents calibres remplis; ce qui doit faire plus de 100,000 coups et 700,000 cartouches. Je vois. qu’il y a plus de 150 pièces de canon et une cinquantaine de mortiers : c’est plus qu’il ne faut pour défendre la place. Il me semble aussi que les approvisionnements sont raisonnables, puisque vous avez pour 19,000 hommes pendant plus de 100 jours. Vous avez à Mantoue trois mortiers à plaque de grande portée; peut- être conviendrait-il mieux de les envoyer à Venise pour être placés du côté de la mer; aussi bien je n’y vois que cinq mortiers à la Gomer de 12 pouces. Il n’y a à Venise que 200 milliers de poudre : ce n’est peut-être pas assez; il est vrai qu’il y a trois millions de cartouches d’infanterie.

Je vois sur les états que vous avez à Palmanova un million de kilogrammes de poudre : j’imagine que c’est une erreur; cela ferait deux millions de livres, ce serait le double de ce qu’il faut. Si véritablement il y avait deux millions de livres de poudre à Palmanova, faites-en évacuer la moitié sur Mantoue; cet approvisionnement serait absurde.

S’il y a à Osoppo 40 milliers de poudre, cela est trop; vous pouvez diriger la moitié sur Mantoue, puisqu’il y a, outre cela, 700, 000 cartouches; même 20,000 livres suffiraient. Il serait malheureux, en perdant cette place , de perdre un approvisionnement de poudre déplacé. Il y a dans cette place 3,500 boulets de 24, et il n’y a que deux pièces de calibre : évacuez 2,000 boulets sur Mantoue.

A Peschiera, vous n’avez pas assez de 900 boulets de 24; tirez des autres places; il en faut 3,000 à Peschiera, puisqu’il y a quatre pièces de ce calibre; 70 milliers de kilogrammes de poudre à Peschiera sont trop, 40 suffisent; retirez ce qu’il y a de trop pour renvoyer à Mantoue. Toutes ces petites places sont destinées à tomber; il faut donc qu’en même temps des approvisionnements immenses ne tombent pas au pouvoir de l’ennemi.

Vingt pièces de canon ne sont pas suffisantes pour Legnago; mettez-y six autres pièces de 24 et huit de 22, ce qui fera quatorze. Il n’y a pas non plus assez de mortiers; placez-y quatre mortiers. 20,000 kilogrammes de poudre ne sont pas suffisants pour Legnago : doublez cet approvisionnement. 200,000 cartouches ne suffisent pas; il en faudrait un, million de plus. Legnago est une place de dépôt où il faut réunir beaucoup de cartouches pour l’armée. Il me semble que l’approvisionnement de siège de Legnago n’est pas assez fort. Tout ce que vous retirerez d’Osoppo, envoyez-le à Legnago. Le millier de cartouches pour Legnago, retirez-le de Venise ; vous pouvez n’avoir plus Venise et avoir Legnago. A Pizzighettone, je ne vois que 500,000 cartouches, : ce n’est pas assez, non pour la place, mais comme dépôt. En général, vous avez trop de cartouches en avant; 1,500,000 suffisent à Venise, répartissez le reste entre Legnago et Pizzighettone.

Faites-moi connaître dans quelle situation sont les châteaux de Vérone situés sur la rive droite (sic) de l’Adige; si on pouvait les occuper comme postes de campagne, cela serait utile. Vous n’avez à Vérone que 22,000 cartouches d’infanterie : ce n’est pas suffisant; il en faut là un million.

Le résumé de tout cela, c’est que l’Italie se divise en trois partie :  les pays entre l’Isonzo et l’Adige, les pays entre l’Adige et l’Adda, et les pays entre l’Adda et le Piémont. Une bataille perdue, ou l’ennemi se trouvant supérieur en forces, vous pourriez être poussé derrière l’Adige, et alors les 17,000 fusils que vous avez à Venise et les 7,000 que vous avez à Palmanova vous deviendraient inutiles. Ceux de Palmanova seront usés par l’armée; mais 17,000 à Venise, c’est trop; ôtez-en 7,000.

Vous avez trois millions de cartouches à Palmanova et trois millions à Venise : ôtez-en un million de Palmanova et un million de Venise, pour placer derrière l’Adige. Ces deux millions de poudre fourniraient des ressources à l’ennemi. S’il y a à Palmanova deux millions de poudre, poids de marc, il est urgent d’en retirer la moitié.

Il faut après cela supposer que l’ennemi passera l’Adige et vous poussera sur l’Adda, et il faut alors à Pavie, à Plaisance, des fusils, ,des cartouches et de la poudre.

Vient enfin le Piémont, mais cela ne vous regarde pas. Le Piémont se divise en deux : Alexandrie et Turin, Fenestrelle et Gènes.

Ainsi toutes les munitions en Italie doivent être divisées en cinq parties, afin que, dans le cas où la communication viendrait à être successivement interrompue avec les quatre premières, il reste encore de quoi armer et approvisionner la dernière partie.

Méditez ces idées, conformez-vous-y, mais exécutez vos dispositions graduellement et sans précipitation.

Pizzighettone est une place qui, à mes yeux, n’a d’autre intérêt que d’être un dépôt pour mes munitions de la troisième position, qui y seraient à l’abri d’un coup de main, ce qui est très-important.


Osterode, 25 mars 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, vous ne mettez pas dans vos états de situation ce que les dépôts doivent recevoir de la réserve de 1806, de la conscription et de la réserve de 1807, et cela rend vos états incomplets.

La division Seras est composée de deux bataillons du 13e de ligne; il ne reste au 3e bataillon que 545 hommes; vous ne portez que 125 conscrits à recevoir; mais vous n’y portez pas les conscrits de la réserve de 1806, ni la conscription de 1807; cependant tout ce que pourra faire le 3e bataillon sera peut-être de compléter les deux premiers bataillons, et de former ses compagnies de grenadiers et de voltigeurs. Le 35e régiment a trois bataillons de guerre; ce que pourra le 4e sera peut-être de compléter les trois premiers et fournir ses grenadiers et voltigeurs. Le 53e et le 106e sont forts. Je crois que vous pourrez appeler les 3e bataillons à la division Seras; en ne composant ces bataillons que de huit compagnies et laissant au dépôt une compagnie par bataillon, cela augmenterait laa division Seras de près de 800 hommes.

Le 9e de ligne fournit trois bataillons, mais il est faible; il faut que chaque bataillon laisse une compagnie au dépôt. Ce régiment recevra beaucoup de conscrits de la réserve de 1807 et de la conscription de 1808. Vous pourrez former également le 84e à trois bataillons; ce régiment est très-nombreux. Vous pourrez former le 92e à quatre bataillons. Ces dispositions augmenteront la division Broussier de 4 ou 500 hommes; et d’ailleurs les régiments y gagneront une meilleure formation.

Il faut écrire à Parme pour qu’on augmente les deux bataillons du 3e d’infanterie légère au moins de 600 hommes. Le 3e bataillon doit être fort. Il faut augmenter également le 56e et le 93e; ils doivent être forts. Cela augmentera la division Boudet de 1,800 hommes.

La division Molitor doit également être augmentée de 1,200hommes. Écrivez aux 3e bataillons pour que les corps soient portés au complet nécessaire.

La division Clauzel doit être augmentée de 300 hommes du 5e ligne, de 300 hommes du 23e, autant du 11e, autant du 79e. Je pense que vous devez appeler le 4e bataillon du 60e, qui, ayant 900 hommes, peut figurer en ligne; mais vous laisserez au dépôt une 3e ou une 4e compagnie; cela augmentera cette division à 1,500 hommes. Vous pourrez aussi augmenter la division Clauzel du 3e bataillon du 62e et du 3e bataillon du 20e, ce qui porterait cette division à dix bataillons. Avec les conscrits qui vous arrivent, ce devrait être possible.

Vous aurez ensuite deux régiments de plus, le ler d’infanterie légère et le 42e. Vous pourrez donner le ler d’infanterie légère à la division Broussier, et le 42e à la division Boudet.

De tous ces arrangements, la division Duhesme souffrira beaucoup Voici, je pense, comme vous pouvez la former : le 8e d’infanterie légère peut former un bataillon de six compagnies, les trois autres compagnies au dépôt; le 18e peut en former autant, le 81e autant, le 102e autant; ce qui ferait quatre beaux bataillons; et, en place des compagnies d’élite que vous lui ôtez, vous prendriez dans les compagnies d’élite des régiments qui ont des dépôts en Piémont. Le 56e et le 2e d’infanterie légère, le 67e et le 93e, le 37e pourraient offrir huit belles compagnies en remplacement de celles du 8le, du 53e, du 84e, du 92e, du 106e. Cette division se trouverait encore forte de 6,000 hommes.

Votre armée se trouverait donc composée de six belles divisions d’infanterie.

Je ne pense pas que ces changements doivent se faire avant la fin du mois d’avril, parce qu’alors seulement tous vos conscrits seront arrivés, et vos cadres assez forts pour éprouver ce changement.

J’attendrai, pour donner des ordres de mouvement dans les 27e et 28e divisions militaires, que vous m’ayez fait connaître, avec la situation du 15 mars, celle réelle des corps et des dépôts, et que vous y ayez joint tout ce que les corps doivent recevoir de la réserve de 1806, de la conscription de 1807, tout ce qu’ils ont reçu et ce qui leur reste encore à recevoir.

Cette situation ne pourra être sensiblement améliorée que par la conscription de 1808, déjà appelée, et qui sera levée dans le courant d’avril. Mais des soldats, et des soldats nombreux, ne sont rien, s’ils ne sont pas bien exercés; faites-leur faire des manœuvres; faites-les tirer à la cible. Ayez soin de leur santé. Je vous ai déjà longuement écrit sur ce dernier objet.

Quant à vos régiments de cavalerie, ils doivent tous être de 1,000 hommes. La réserve de 1807 leur a déjà assigné une grande quantité de recrues, qui devront figurer dans votre état du 15 mars.

Quant aux chevaux et aux selles, j’ai fait fournir aux corps les fonds qui pouvaient être nécessaires; quant aux hommes, ils doivent les avoir.

La Grande Armée a cinq dépôts de chasseurs et quatre dépôts de cuirassiers en Italie. Je vois que le 14e a 390 chevaux. Vous ne sauriez trop presser les remontes, et, au fur et à mesure qu’ils pourront fournir 25 hommes, il faudra les réunir et nous les envoyer. Nous faisons ici une guerre très-active et qui consomme beaucoup de chevaux. Vous n’avez pas besoin d’attendre des ordres pour ces envois; tous les quinze jours, faites partir 500 chevaux; écrivez pour cela à Parme. Il n’y a pas de régiment de cuirassiers qui n’ait en ce moment 500 hommes au dépôt, et les fonds et les ordres sont donnés pour qu’ils aient des chevaux. C’est votre faute si, au 1er juin, vous n’avez pas à cheval 2,000 hommes pour le 6e de chasseurs et le 8e de hussards, au lieu de 1,300 que vous avez; 1,000 hommes pour le 24e de chasseurs, au lieu de 400; 3,000 pour les 7e, 23e et 30e de dragons, au lieu de 1,400; 1,000 pour le l4e de chasseurs, au lieu de 300. Cela vous fera donc 7,000 hommes de cavalerie, qui, avec vos 2,000 Italiens, feront 9,000, et, avec quatre dépôts de chasseurs et les deux dépôts de dragons de l’armée de Naples, vous feront 10,000 chevaux. Si vous me demandez ce qu’il faut faire pour obtenir ce résultat, je vous répondrai : rassemblez les conseils d’administration; faites faire des marchés; faites confectionner des selles; leur avancer de l’argent, quoiqu’ils doivent en avoir en caisse; enfin les faire aller de l’avant, car certainement ils ont reçu des ordres, et ils recevront de l’argent de M. Dejean, mais avec la lenteur et les formes inséparables d’une grande administration.

Ce nombre de 10,000 chevaux sera diminué par les deux régiments italiens que je vous ai demandés; mais le roi de Naples doit vous envoyer deux régiments français; je sens d’ailleurs qu’il y a une différence de l’effectif au présent sous les armes, qui réduira les 10,000 à 8,000; mais 8,000 hommes de cavalerie à l’armée d’Italie sont tout ce qu’il faut, et même une force considérable.

Vous pouvez, pour remplir mes ordres, écrire au général Lacuée pour lui faire connaître les besoins réels des régiments en conscrits, surtout pour les régiments à quatre bataillons.


Osterode, 25 mars 1807

67e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Le 14 mars à trois heures après midi, la garnison de Stralsund, à la faveur d’un temps brumeux, déboucha avec 22,000 hommes d’infanterie, deux escadrons de cavalerie et six pièces de canon, pour attaquer une redoute construite par la division Dupas. Cette redoute, qui n’était ni fermée, ni palissadée, ni armée de canons, était occupée par une seule compagnie de voltigeurs du 58e de ligne. L’immense supériorité de l’ennemi n’étonna point ces braves. Cette compagnie, ayant été renforcée par une compagnie de voltigeurs du 4e d’infanterie légère, commandée par le capitaine Barral, brava les efforts de cette brigade suédoise. Quinze soldats suédois arrivèrent sur les parapets, mais ils y trouvèrent la mort. Toutes les tentatives que fit l’ennemi furent également inutiles. Soixante-deux cadavres suédois ont été enterrés au pied de la redoute. On peut supposer que plus de 120 hommes ont été blessés; 50 ont été faits prisonniers. Il n’y avait cependant dans cette redoute que 150 hommes. Plusieurs officiers suédois, décorés, ont été trouvés parmi les morts. Cet acte d’intrépidité a fixé les regards de l’Empereur, qui a accordé trois décorations de la Légion d’honneur aux compagnies de voltigeurs du 58e et du 4e léger. Le capitaine Drivet, qui commandait dans cette mauvaise redoute, s’est particulièrement distingué.

Le maréchal Lefebvre a ordonné, le 20, au général de brigade Schramm, de passer de l’île de Nogat dans le Frische-Haff, pour couper la communication de Danzig avec la mer. Le passage s’est effectué à trois heures du matin; les Prussiens ont été culbutés et ont laissé entre nos mains 300 prisonniers.

A six heures du soir, la garnison a fait un détachement de 4,000 hommes pour reprendre ce poste; il a été repoussé avec perte de quelques centaines de prisonniers et d’une pièce de canon.

Le général Schramm avait sous ses ordres le 2e bataillon du 2e régiment d’infanterie légère et plusieurs bataillons saxons, qui se sont distingués. L’Empereur a accordé trois décorations de la Légion d’honneur aux officiers saxons, trois aux sous-officiers et soldats et une au major qui les commandait.

En Silésie, la garnison de Neisse a fait une sortie. Elle a donné dans une embuscade. Un régiment de cavalerie wurtembergeoise a pris en flanc les troupes sorties, leur a tué une cinquantaine d’hommes et fait 60 prisonniers.

Cet hiver a été en Pologne comme il parait qu’il a été à Paris, c’est-à-dire variable. Il gèle et dégèle tour à tour. Cependant nous sommes assez heureux pour n’avoir pas de malades. Tous les rapports disent que l’armée russe en a, au contraire, beaucoup. L’armée continue à être tranquille dans ses cantonnements.

Les places, formant têtes de pont, de Sierock, Modlin, Praga, Marienburg et Marienwerder, prennent tous les jours un nouvel accroissement de forces. Les manutentions et les magasins sont organisés et s’approvisionnent sur tous les points de l’armée. On a trouvé à Elbing 300,000 bouteilles de vin de Bordeaux, et, quoiqu’il coûtât 4 francs la bouteille, l’Empereur l’a fait distribuer à l’armée, en en faisant payer le prix aux marchands.

L’Empereur a envoyé le prince Borghèse à Varsovie avec une mission.


Osterode, 26 mars 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 15. Je suppose que votre fête aura été belle. Il n’y a ici rien de nouveau. J’ai écrit au ministre de la police de renvoyer Mme. de Staël à Genève, en lui laissant la liberté d’aller à l’étranger tant qu’elle voudra. Cette femme continue son métier d’intrigante. Elle s’est approchée de Paris malgré mes ordres. C’est une véritable peste. Mon intention est que vous en parliez sérieusement au ministre, car je me verrais forcé de la faire enlever par la gendarmerie. Ayez aussi l’œil sur Benjamin Constant et, à la moindre chose dont il se mêlera, je l’enverrai à Brunswick chez sa femme. Je ne veux rien souffrir de cette clique; je ne veux point qu’ils fassent de prosélytes et qu’ils m’exposent à frapper de bons citoyens.

Vous aurez reçu mes communications au Sénat, un sénatus-consulte pour une nouvelle levée, plusieurs mesures pour mettre Brest et Anvers en état de défense, un décret qui vous investit de pouvoirs pour faire des dispositions en cas de débarquement sur nos côtes dans des circonstances imprévues et extraordinaires. Je crois avoir ainsi pourvu à tous les besoins de l’État.

Vous recevrez ci-joint une récapitulation, en forme d’instruction, qui vous mettra à même de connaître ce que j’ai fait pour la sûreté de l’intérieur et des côtes.

J’ai autorisé le ministre de l’intérieur à faire faire des étoffes de Lyon. Je n’ai pas adopté la mesure proposée par le Conseil; aussi bien elle ne disait pas grand’chose. Meubler les maisons des évêques, etc., l’expérience a prouvé que c’était de l’argent jeté da l’eau. Mais j’ai voulu prêter sur gage, c’est-à-dire que, quand une manufacture ou une maison de commerce serait menacée d’une faillite, on lui prêtera de l’argent sur moitié prix de marchandises, qui seraient mises en réserve dans un coin de ses magasins; bien entendu que la conservation des marchandises serait du devoir du négociant, et que le ministre aura seulement un surveillant dans ville pour veiller à la non-aliénation des marchandises. Un prêt ainsi fait, je suppose qu’il me donne hypothèque. Si nos lois civiles ne me la donnaient pas, faites un décret qui me la donne. Dans des circonstances extraordinaires, il faut des mesures extraordinaires. La législation est pour les besoins de la vie. D’ailleurs des objets de manufacture sont des meubles; puisque j’aurais pu les acheter, je puis prêter avec hypothèque spéciale. Si je me trompe, levez les difficultés par un décret du Conseil.

J’ai nommé M. de Boulogne évêque d’Acqui et M. de Broglie évêque de Gand.

ANNEXE A LA PIÈCE. PRÉCÉDENTE.
NOTES EN FORME D’INSTRUCTIONS SUR LA SITUATION DE L’EMPIRE, ET DISPOSITIONS PRISES CONTRE TOUTE AGRESSION DE LA PART DE L’ANGLETERRE.

GARDES NATIONALES

Les forces qui sont destinées dans l’intérieur pour la défense des côtes sont, en gardes nationales :

 

hommes

hommes

Réunis à Saint-Omer

6,000

au Havre, Cherbourg et Dieppe 

3,000

A Oléron, Blaye et Bordeaux

3,000

12,000

12,000

 

Ces gardes nationales, formées depuis plusieurs mois, doivent inspirer quelque confiance, si j’en crois les rapports des sénateurs qui les commandent et qui sont des militaires distingués. Cela fait donc une force de 12,000 hommes. Les sénateurs Rampon, Canclaux et Lamartillière commandent ces trois corps; ce sont des hommes d’expérience.

TROUPES DE LA MARINE.

 

Hommes

Défendant Anvers

3,000

Campés à Boulogne 

10,000

Défendant Brest

8,000

Défendant Lorient

3,000

Défendant Rochefort

4,000

28,000

28,000

A reporter

40,000

 

Ces troupes sont commandées par des capitaines de vaisseau , par des lieutenants de vaisseau, par des officiers de marine, tous militaires qui se sont déjà battus, et la plupart ont été blessés. Ces troupes méritent confiance. Dans leur nombre, il y a les canonniers de la marine, dans lesquels on doit avoir autant de confiance que dans les troupes de ligne.

TROUPES DE LIGNE

 

Hommes

Deux bataillons sont à Anvers qui doivent présenter avant le mois de mai

1,800

Un bataillon est à Ostende, qui sera fort de

900

Dix bataillons sont au camp de Boulogne; ils
seront bientôt forts de

9,000

Un camp est réuni à Saint-Lô; il est composé
de huit bataillons, qui dans peu présenteront une
force de

8,000

Uri camp est à Pontivy, qui sera fort de

12,000

Un camp est à Napoléon, qui comptera bientôt

6,000

Enfin Paris a un régiment de fusiliers de ma Garde ,
et un régiment municipal, qui doivent présenter

3,000

40,700

40,700

 

GENDARMERIE

 

La gendarmerie, peu après qu’une attaque serait décidée sur un point, pourrait y réunir 3,000 hommes à cheval.

3,000

 

GARDE-CÔTES

 

Les garde-côtes et l’artillerie de ligne dispersés sur les côtes présentent, depuis Bordeaux jusqu’à Anvers, une force de

12,000

95,700

 

RÉCAPITULATION
DES FORCES RÉPANDUES SUR LES CÔTES DE L’OCÉAN

 

Gardes nationales

12,000

Troupes de la marine

28,000

Troupes de ligne

40,700

Gendarmerie

3,000

Garde-côtes

12,000

Total 

95,700

 

§ II

La côte, depuis l’Escaut jusqu’à l’embouchure de la Somme, doit être défendue par le général Saint-Cyr, qui commande à Boulogne. Boulogne a été fortifiée; l’artillerie y est nombreuse et bien organisée. Une fois que le débarquement des Anglais sur ce point serait bien caractérisé, le roi de Hollande pourrait envoyer une division au secours; les gardes nationales du Havre et de Dieppe, et la réserve de Paris, pourraient s’y porter, et l’on réunirait, en moins de dix jours, 30 à 40,000 hommes sur ce point.

Depuis l’embouchure de la Seine, les côtes de la Manche sont défendues par le camp de Saint-Lô. Si quelque événement sérieux l’exigeait, la réserve de Paris, les gardes nationales du Havre et le camp de Pontivy s’y porteraient en peu de jours et présenteraient une force de 24 à 30,000 hommes. Le camp de Boulogne, si l’invasion prenait un caractère, pourrait augmenter cette force de 10,000 hommes.

Soit que l’ennemi débarque à Brest, soit qu’il débarque dans le Morbihan, les camps de Pontivy, de Saint-Lô, de Napoléon pourront réunir en dix jours une force de 40,000 hommes.

L’île d’Aix et les bouches de la Gironde, si elles étaient menacées, trouveraient au camp de Napoléon. un secours de 6,000 hommes, et dans la garnison de Rochefort une force de 3,000 hommes. Les gardes nationales de Bordeaux et le camp de Napoléon réuniraient en peu de jours 15,000 hommes sur Rochefort ou sur les bouches de la Gironde. L’ennemi doit avoir un but dans son expédition. S’il veut prendre Anvers et brûler le chantier, il trouverait là 4,000 hommes de garnison, et, avant qu’il pût commencer aucune opération, le camp de Boulogne, les gardes nationales du Nord, la gendarmerie, le roi de Hollande y auraient jeté un renfort de 4,000 hommes. Un gouverneur actif et qui réunit tous les pouvoirs a été nommé pour défendre la place. Avec tous ces moyens, Anvers doit résister contre le coup de main dont elle serait l’objet.

Si l’ennemi tentait de brûler ma flotte à Boulogne, une armée, campée dans les fortifications, et une nombreuse artillerie, y ont depuis longtemps pourvu.

A Brest, j’ai nommé un gouverneur qui réunit tous les pouvoirs. La garnison est forte de 8,000 hommes. On pourrait y réunir 9,000 gardes nationales, il y a un grand nombre d’officiers marine; enfin 6,000 hommes de troupes sur l’escadre sont des moyens qui mettent cette ville à l’abri de toute attaque.

Après ces deux expéditions, l’ennemi voudrait-il en tenter une sur l’île d’Aix pour y brûler mon escadre de Rochefort ? Il y a été également pourvu.

On ne croit pas qu’il y ait à tenter autre chose. L’Angleterre a des troupes en Sicile, aux Indes, en Amérique. Rien ne porte à penser qu’elle ait encore 30,000 hommes dont elle puisse disposer pour une expédition continentale. Avec ses forces, elle ne peut pas tenter vouloir établir la guerre au centre de la France; elle ne peut qu’essayer une expédition qui serait commencée et finie en dix ou douze jours.

Cependant cinq légions viennent d’être créées en France et donneront, probablement avant juin, 30,000 hommes sous les armes. Trois régiments suisses devront offrir un nouveau renfort de 6,000 hommes.

Et, enfin, le maréchal Kellermann et ses dépôts, dans le cas d’un événement sérieux, auraient bientôt formé 12 à 15,000 hommes.

Ainsi, avant la véritable saison d’une grande expédition, la France aura 50,000 hommes de plus à opposer à cette expédition.

Quant à Gênes, cela rentre dans le système de l’Italie. Il y a là une armée de 80,000 hommes, qui arriverait à temps.

Sur la Méditerranée, Toulon est le seul point qui soit bien important. Les vaisseaux, les troupes de la marine, les troupes de ligne formeraient une garnison de plus de 6,000 hommes, et un détachement de l’armée d’Italie aurait le temps d’arriver avant que la place fût prise.

Telle est la situation défensive de la France. Aucun élément pour une grande expédition n’existe en Angleterre. Cette expédition ne pourrait avoir lieu qu’en juin ou août. A cette époque, nos légions seront formées et nos 3e bataillons complétés.

Il n’y a rien à craindre de la Russie, qui ne peut plus recruter ses armées et qui a assez d’occupation en Pologne.

J’ai accordé des fonds considérables au ministre de l’administration de la guerre : s’il les emploie avec activité, j’aurai, dans le courant de mai, plus de 12,000 hommes, de mes dépôts, à cheval.

Je n’ai placé que 800 gardes nationales à Cherbourg. Il n’y aurait point d’inconvénient, d’ici à quelque temps, à détacher 800 autres gardes nationales dans cette place, de manière que la moitié du corps commandé par le sénateur Canclaux soit placée dans cette ville.

Il faut que le ministre de l’administration de la guerre s’étudie à bien profiter des mois d’avril et de mai, dans sa correspondance, pour accélérer les levées, compléter les cadres, assurer les remontes et activer le recrutement des régiments suisses, sans y laisser entrer aucun étranger.


Osterode, 26 mars 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, devez-vous faire continuer la fabrication des souliers jusqu’au nombre de 90,000 paires, ou vous en tenir aux 65,000 paires que vous avez commandées ? Je ne suis point en état de répondre à cette question. Si les souliers sont bons, il faut en continuer la confection; s’ils sont mauvais, la quantité commandée est déjà trop. Le maréchal Kellermann à Mayence, le général Piston (Joseph, baron Piston, général de cavalerie, 1754-1831. commandant d’armes de la ville) à Wesel, et vous-même à Paris, pouvez vous en assurer en les faisant vérifier. De bons souliers dans une grande armée ne sont jamais de trop. Les mauvais souliers au contraire sont nuisibles, parce qu’ils chargent les soldats d’une mauvaise drogue et qu’ils ne leur sont d’aucun service. Faites passer les 40,000 paires de souliers que vous avez à Magdeburg, avec les selles et bottes, sur des caissons de la compagnie Breidt, organisés en bataillons conformément au décret que j’ai pris. Ne me parlez plus de cette compagnie; c’est un tas de gueux qui ne font pas de service; il vaut mieux ne rien avoir. Je regrette l’argent que je leur ai donné. Il n’a pas tenu à eux que le service ne manquât tout à fait. Ils mettent quatorze jours faire une route que l’on fait en cinq jours, et ils ont une bonne raison pour cela : les conducteurs sont chargés des réparations, et ils ne demandent pas mieux que de faire prendre leurs voitures pour se les faire payer. Il n’est pas impossible de trouver des commissaires des guerres honnêtes gens et quelques anciens agents de transports hommes d’honneur, et alors les transports des équipages marcheront comme les transports d’artillerie. Je ne saurais trop me louer des bataillons du train. Nos armées ne seront organisées que lorsqu’il y aura plus un seul administrateur, que tout sera militaire et qu’on saura d’où vient le garde-magasin, comment il a commencé, quelle perspective d’avancement il a; sans quoi nous serons à la merci de fripons comme nous en avons.

La mesure de l’établissement à Metz du dépôt pour le recrutement des Suisses a fait bien du mal. Il ne faut point mettre l’ennemi dans sa forteresse, et ce système d’enrôler des prisonniers de guerre peut être funeste un jour. Je vous rends personnellement responsable de l’introduction d’un prisonnier de guerre dans les régiments suisses, même dans ceux d’Isembourg et de la Tour d’Auvergne; c’est à vous à y tenir la main.


Osterode, 26 mars 1807

Au vice-amiral Decrès

Je reçois votre lettre du 14, dans laquelle vous me parlez d’une compagnie de 172 hommes qui ont tous été enseignes de vaisseau à Boulogne. S’il ne s’agit que de faire servir les hommes de cette compagnie comme soldats et de les payer comme tels, vous pouvez sur-le-champ les diriger sur Wesel; mais, comme je suppose qu’il n’en est pas ainsi et que tous ces hommes ont la paye d’officiers, il me semble qu’ils seront plus convenablement placés dans vos régiments de la marine comme sous-lieutenants. Mais, s’il en est quelques-uns qui soient susceptibles de servir dans la ligne, envoyez-moi l’état avec des observations sur leur département, leurs parents, leurs services, leur instruction. C’est sur cet état que je verrai ce qu’on pourra en faire. En attendant on peut toujours les exercer au maniement des armes.

Il me semble qu’ayant perdu trois frégates pour avoir expédié du secours à la Martinique avant l’hiver, il serait malheureux de s’exposer à en perdre d’autres. Pour en expédier après la fin de l’hiver, il fallait penser à cela au mois de janvier et de février; actuellement il n’est plus temps.

J’ai vu avec plaisir qu’on était content duGénois. Cela doit encourager la mise à l’eau du Superbe. Je dois avoir actuellement cinq vaisseaux en rade de Toulon.

Il me semble que la faute qu’on attribue au contre-amiral Allemand, tout autre l’aurait commise. On ne peut pas sortir ni rentrer sans s’exposer à ces inconvénients du flot et du jusant, surtout lorsqu’on sort dans l’intention de ne pas rentrer, et que ce n’est que par nécessité que l’on rentre. Le contre-amiral Allemand ne devant plus sortir, j’approuve le parti que vous avez pris de faire entrer ses vaisseaux dans le port pour les mettre en parfait état. Le seul inconvénient est que cela ne se soit pas fait plus tôt, car mes équipages seraient exposés à périr de maladie dans la rade de Rochefort; et, pour éviter cet inconvénient, le plus grave de tous, faites rentrer tous les vaisseaux; deux vaisseaux et une frégate me suffisent à l’île d’Aix; mais quand les aurai-je à l’île d’Aix ? Faites-le-moi connaître.


Osterode, 26 mars 1807

Au vice-amiral Decrès

Le printemps est arrivé et le temps des opérations de la marine se trouve passé. Il faut se contenter aujourd’hui de se préparer pour la campagne prochaine, c’est-à-dire pour septembre, soit pour réunir dans la Méditerranée trente vaisseaux de guerre, soit pour ravitailler nos îles. Tâchez que j’aie sept vaisseaux à Toulon, en septembre; que je puisse y en diriger huit ou neuf de Rochefort, trois de Lorient, six de Cadix et huit ou dix de Brest.


Osterode, 26 mars 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 21 à quatre heures après midi. Je n’ai ajouté aucune importance au mot huit millions. Il est facile, au reste, d’arguer que la Prusse en a onze. IL me parait bien plus simple de prendre les devants, et de faire imprimer le message dans les journaux de Berlin et de Varsovie, et, au lieu de huit millions, mettre : les peuples de Prusse.

J’ai lu avec attention la dépêche de M. Otto du 10 mars. Il y est dit que, parmi les personnages influents de la cour de Vienne, l’archiduc Charles est le seul qui soit du parti de la paix. C’est dire une absurdité; il n’y a certainement pas un seul général autrichien qui ne soit du parti de la paix, et pas un archiduc qui n’en soit également. Le duc de Teschen est certainement de l’opinion de la paix, le prince de Liechtenstein de même; tous ceux qui ont quelque chose à perdre sont de l’opinion de la paix. Le rapport de M. Otto me parait pécher dans sa base : il est certain que ni l’archiduc palatin, ni le prince Ferdinand ne sont de l’opinion de la guerre. Quels sont les hommes influents ? Est-ce M. de Stadion ? Il ne peut pas être de l’opinion de la guerre, car il faudrait être bien aveugle pour penser qu’on peut tuer la France comme on tue une perdrix à l’affût, et qu’il ne faille pas faire plusieurs campagnes, qui usent l’argent et le moral. Qui ne sait pas cela en Autriche ? Je regarde mon dernier message et mes dernières mesures comme de très-grands stimulants de paix pour l’Autriche. Il faut avoir bien soin que M. de Vincent n’alarme point dam ses rapports à Vienne et ne fasse croire que j’ai du ressentiment contre l’Autriche. Il faut continuer à parler de notre projet d’alliance avec elle; qu’Andréossy parle dans ce sens. Il faut dire à M. de Vincent que, si l’Autriche nous fait une proposition claire et nette d’intervention dans les négociations, nous sommes prêts à l’accepter, la Turquie comprise, parce que nous croyons que l’Autriche a autant d’intérêt que nous à ne pas laisser entamer cette puissance. Servez-vous de ce cheval de bataille avec M. de Vincent, et sachez si l’Autriche fera une proposition définitive. Je ne serais pas éloigné d’adopter la disposition suivante : “Il y aura une suspension d’armes de trois ou de six mois, sur le statu quo actuel, entre les puissances belligérantes; des négociateurs russes, turcs, prussiens, anglais et francais se réuniront à Vienne pour travailler à la paix, sous la médiation de l’Autriche.” Causez de cela avec M. de Vincent. Ne parlez de l’armistice, comme cela est réellement, que d’une question subséquente, mais nécessaire; car négocier en se battant, c’est changer tous les jours l’état de la question, et dès lors ce n’est pas négocier. Ce que je gagnerai, moi, à ceci, sera probablement le rétablissement de la paix; et il est vrai de dire que j’armerais seul autant que toute l’Europe peut armer. Il n’est pas impossible que de cette manière la paix ne se fit. Ajoutez que j’ai proposé déjà d’envoyer des négociateurs à Memel; que j’accepte aujourd’hui qu’on les réunisse à Vienne. Que puis-je faire davantage ? Cela d’ailleurs occupera l’Autriche, et lui montrera ma confiance, ce qui ne peut pas nuire.

Avant d’avancer ces propositions, il faut attendre le retour du courrier de M. de Vincent. Je ne vous écris d’avance que pour votre gouverne.


Osterode, 26 mars 1807

Au maréchal Berthier

Témoignez mon mécontentement au gouverneur du Mecklenburg de ce qu’il ne fournit pas les chevaux qui lui ont été demandés. C’est celui de tous les gouverneurs qui se comporte le plus mal.

Faites mettre à l’ordre que je témoigne mon mécontentement aux commandants des places de Friedberg et Giessen sur les mauvais logements qu’ils donnent aux troupes, et sur ce qu’ils les fatiguent par des marches pour ne pas les loger dans les villes, etc. , qu’il est ordonné à ces commandants d’avoir désormais plus de soin des troupes.


Osterode, 26 mars 1807

ORDRE

Sa Majesté ordonne que les régiments d’infanterie légère n’auront pas d’aigles à l’armée, et que les aigles de ces régiments seront envoyées aux dépôts, cette arme ne devant pas avoir d’aigle devant l’ennemi.


Osterode, 26 mars 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, l’armée commence à vivre d’une manière régulière. Voici les dispositions que j’ai arrêtées :

Les ler, 3e et 6e corps ont des fours et des magasins, et se nourrissent aussi des ressources qu’ils peuvent se procurer dans les localités. Mais ces ressources deviennent tous les jours moins considérables; il faut donc alimenter leurs fours par les magasins principaux de l’armée. Les magasins principaux de l’armée sont de plusieurs lignes : Première ligne, Osterode, Finkenstein , Elbing et Przasnysz. Deuxième ligne, Marienwerder et Pultusk. Troisième ligne, Varsovie, Thorn, Bromberg et Mewe. Mon intention est qu’il y ait constamment à Osterode 200,000 rations de pain biscuité , 140,000 rations de biscuit, 3,600 quintaux de farine, 1,600 quintaux de blé: 300,000 rations d’eau-de-vie. Le biscuit sera bientôt complet l’eau-de-vie l’est déjà; le pain l’est aussi. Il ne s’agit plus que de faire face à ce que le magasin d’Osterode doit fournir tous les jours. Il faut qu’il fournisse au passage, ce qu’il faut évaluer
à 2,000 rations par jour; au 3e corps, ce qui est évalué à 14,000 rations de pain et 140 quintaux de farine; au 6e corps, 8,000 rations de pain et 80 quintaux de farine; au 4e corps, 10,000 rations de pain et 80 quintaux de farine; total 34,000 rations de pain , c’est à peu près à quoi se monte la fabrication de la manutention, ce qui fait une consommation de 300 quintaux de farine, qui, joints aux 300 quintaux qui sont envoyés aux corps, font 600 quintaux par jour, qui consomme le magasin d’Osterode. Les moutures lui en procurer 60 quintaux; il peut aussi fournir au 3e corps 60 quintaux de blé au lieu de farine. C’est donc à peu près 500 quintaux de farine qu’il faut au magasin d’Osterode, et, vu les accidents de la route, il faudrait que Thorn et Bromberg pussent fournir, tous les jours, un convoi de 300 quintaux, et Varsovie un pareil convoi. Le blé serait fourni par Elbing.

On peut calculer la consommation de l’eau-de-vie à 1,600 pinte d’eau-de-vie par jour. Il faudrait que Varsovie et Thorn en fournissent chacun la moitié par jour. Elbing fournit aux 1er et 4e corps.

On se procurera une réserve de 100,000 rations de pain biscuit, dans cette ville. Ce magasin servira à former celui de Finkenstein, et la ville pourra envoyer du blé à celui de Mewe. Les 300,000 rations de biscuit nécessaires au magasin de Finkenstein ne pourront être fournies que par Thorn et Varsovie, ainsi que les 3,000 quintaux de farine.

Il faudrait donc envoyer de Varsovie 3,000 quintaux de farine sur Marienwerder, et 300,000 rations de biscuit; de Thorn et de Bromberg, 2,000 quintaux de farine sur Marienwerder, et 300,000 autres rations de biscuit; de Thorn et de Bromberg, 3,000 quintaux de farine sur Mewe. Elbing fournirait successivement 3,000 quintaux de farine sur Finkenstein. Pendant les quinze premiers jours , Thorn dirigera par jour sur Finkenstein 30,000 rations de pain et 150 quintaux de farine. Le magasin de Finkenstein, indépendamment du temps qu’il lui faut pour confectionner ces 200,000 rations de pain, devra, tous les jours fournir 15,000 rations à la Garde et au quartier général, et autant au 4e corps. Mais il peut tous les jours tirer 10,000 rations de pain de Marienwerder; avec les 16,000 qu’on y fabrique et les 10,000 qu’il tirera de Mewe, on pourra concevoir l’espoir qu’il s’approvisionne promptement.

On peut ainsi, de Varsovie, diriger 60,000 rations de pain biscuité sur Marienwerder. De là à Finkenstein il n’y a que douze lieues, ce qui formera une grande diminution de transport.

Quant à la manière d’approvisionner les magasins centraux de Varsovie , de Thorn et de Bromberg , c’est une question inutile à traiter ici et dont s’est occupé l’intendant général.

La manutention de Finkenstein ne sera pas en activité avant le 4 ou le 5 avril; cependant les besoins vont commencer le 30. Vous ne sauriez donc trop accélérer les transports par eau sur Marienwerder, et par terre sur Finkenstein.


Osterode, 26 mars 1807

DÉCISION

 

Un officier avait été rencontré porteur de l’ordre ci-après : “Venant de recevoir l’ordre de se rendre en Italie pour y commander un corps de troupes, le général Vandamme ordonne à M. Bertin, officier de correspondance de son état-major, de partir de Schweidnitz, avec son fourgon contenant ses cartes, plans, etc., pour se rendre à Strasbourg.”

Comme le général Vandamme n’a jamais reçu l’ordre de se rendre en Italie, il est évident que le fourgon passé à Bamberg n’est pas à lui. Donnez ordre que ce fourgon soit arrêté, l’officier mis prison, ainsi que les conducteurs et qu’inventaire soit dressé de tout ce qui est contenu dans le fourgon. Le tout sera mis en séquestre jusqu’à nouvel ordre.

 


 Osterode, 26 mars 1807

Au général Rapp

Il doit y avoir à Thorn un aide de camp de Hesse-Darmstadt. On m’a proposé la levée d’un régiment moyennant une somme d’argent. J’accepte cette proposition. Je vous laisse maître des conditions. Concertez-vous avec M. Daru pour ce qui concerne l’argent. Mais il me faut un beau régiment de trois bataillons de neuf compagnies chacun, et chaque compagnie comme les nôtres, mais à l’effectif de 140 hommes. Je fournirai des armes, je solderai ce régiment, et je le nourrirai lorsqu’il sera hors du territoire de Hesse-Darmstadt, soit que je l’envoie en France, soit que je le fasse venir à la Grande Armée. Il n’y aura donc plus qu’à fournir à Hesse-Darmstadt les moyens de première mise et de recrutement. Ce régiment aura pour colonel le fils du grand-duc, qu’on voulait mettre au service d’Autriche. Ce sera un régiment de Hesse-Darmstadt au service de France. Pour la première formation, le grand-duc nommera tous les officiers, et, après la première formation , ils seront proposés au ministre de la guerre par le colonel, et je nommerai. Le colonel nommera les sous- officiers. Ces 3,780 hommes doivent être levés , équipés et armés, savoir : le ler bataillon, dans le courant de mai; le 2e, dans le courant de juin; le 3e, dans le courant de juillet. Je tiendrai auprès de ce régiment un inspecteur aux revues pour régler le payement de la solde, qui sera, tant pour les officiers que pour les soldats, la même que celle des autres corps de Hesse-Darmstadt. Hors le territoire de Darmstadt, les vivres seront donnés à ce régiment comme aux troupes françaises. Voyez à faire une convention sur ces bases. Je tiens surtout à ce qu’un des princes de Hesse-Darmstadt soit colonel de ce régiment. Si ces conditions ne conviennent pas, faites-moi connaître celles que propose le grand-duc.


Osterode, 27 mars 1807    

A M. de Champagny

Monsieur Champagny, je viens de mettre 1,600,000 francs à la disposition de M. Daru pour faire les commandes ci-après, savoir 1,400,000 francs aux manufactures de Lyon, 50,000 francs aux manufactures de cristaux et 150,000 francs aux fabriques de serrurerie. M. Desmasis fera les commandes et M. Daru ordonnance les payements.

Quant aux 500,000 francs que je fais payer par mois par le trésor public, votre Conseil a donné un rapport si insignifiant qu’autant aurait valu ne pas le consulter. D’ailleurs, dans l’éloignement où je suis, je vous ai donné toute latitude pour cet objet et même pour les commandes de mon garde-meuble. Prescrivez à ce dernier égard les dispositions convenables, en faisant néanmoins réunir les agents préposés au service de l’ameublement de mes palais, et en les consultant.

L’idée de meubler les évêchés, les préfectures et les prétoires m’a paru ridicule. Depuis qu’une administration existe, on sait qu’il ne faut pas meubler les établissements publics. Dans l’ancien régime on avait reconnu qu’il ne fallait pas même meubler les ministres, l’on est d’accord maintenant qu’il ne faut pas meubler les ambassadeurs, et qu’il vaut mieux être dans le cas de payer à Vienne, Madrid quelques centaines de mille francs par an que d’avoir des garde-meubles; et jamais on ne s’est avisé de meubler les intendants, les évêques, etc.

Ce qui me paraît le plus convenable pour venir au secours des manufactures, c’est le prêt sur consignation. J’ai renvoyé cet objet au Conseil d’État; mais on sera des années sans s’entendre. Allez donc de l’avant; prêtez aux manufactures encombrées de marchandises fabriquées, en donnant moitié de la valeur de celles que vous ferez mettre en consignation dans un magasin de la manufacture. Par exemple, je suppose qu’Oberkampf a un million de marchandises fabriquées, qu’il ne peut les vendre et que sa manufacture est au moment de chômer : vous lui prêteriez 150,000 francs, et il mettrait pour 300,000 francs de marchandises dans un magasin qui serait sous votre surveillance; et, comme vous ne ferez cela que pour des objets dont la consommation habituelle est à l’étranger, il vous suffira d’un surveillant qui ne sera pas chargé de l’administration des matières, mais qui le sera de veiller à ce qu’elles ne soient pas distraites du magasin. Je m’arrête à cette idée. Prêtez sur consignation jusqu’à concurrence de 500,000 francs par mois. J’ai mis les fonds à votre disposition; je vous ai autorisé, par un décret; il ne vous reste plus qu’à vous garder des intrigues et à venir réellement au secours, non des nécessiteux, mais des manufactures qui, faute de débit, seraient dans le cas de suspendre leurs travaux. Mon but n’est pas d’empêcher tel négociant de faire banqueroute, les finances de l’État n’y suffiraient pas, mais d’empêcher telle manufacture de se fermer. Il vous sera aisé d’être bien informé par les chambres de manufactures, par les préfets, qui sont en général d’honnêtes gens, par les municipalités. Je jugerai de vos opérations sur ce principe. Les comptes que vous me rendrez doivent se réduire à cette formule : J’ai prêté tant à telle manufacture qui a tant d’ouvriers, parce qu’elle allait être sans travail. La conséquence nécessaire de ce prêt doit être que la manufacture continuera à marcher. Je ne fais sortir l’argent du trésor pour cette destination qu’afin d’empêcher les ouvriers d’être sans travail. S’il y a d’autres commandes à faire pour ma maison et pour mes palais, qui puissent dépenser trois à quatre millions , j’y consentirai. C’est à vous, ministre des manufactures, à voir avec mes architectes et avec les agents de mon garde-meuble ce que je serais dans le cas d’acheter d’ici à deux ans et qu’on peut commander par anticipation.


Osterode, 27 mars 1807

DÉCISION

 

Le ministre du trésor public propose à l’Empereur d’annuler un crédit de 180,000 fr. destiné à acheter des chevaux et des selles pour 613 chasseurs et hussards appartenant à divers régiments et qui ont été montés avec des chevaux pris sur l’ennemi.

Je laisse exister le crédit; le ministre le leur donnera à compte des pertes, qu’ils auront à justifier. On compte bien ce que Postdam a fourni, mais non les pertes faites dans la campagne. Le 10e de hussards est celui qui a le plus perdu; il a 300 hommes à son dépôt et n’a que 16 chevaux.

Il faut adopter une marche plus large et plus gouvernementale suivant la règle, je n’aurais ni chevaux ni fusils. L’artillerie montre que les corps qui ont plus de fusils qu’il n’en faut. Mais on ne déduit pas les pertes et les consommations. Aussi ai-je demandé beaucoup d’armes et je demande beaucoup de chevaux. Mon décret en a fourni les moyens.

 


Osterode, 27 mars 1807

A M. Fouché

J’ai vu dans les journaux une prétendue lettre écrite en Russie. C’est pitoyable. Nous n’avons pas besoin d’être défendus par des fables. Aucun homme sensé ne peut s’y méprendre, et cela ne peut faire qu’un mauvais effet. Les Russes de l’armée n’ont jamais dit entre eux qu’ils ont gagné la bataille, ils le disent dans des relations dont ils se moquent eux-mêmes.

En général, tout ce qu’on imprime pour éclairer l’opinion me parait rédigé dans un faux esprit et comme si l’auteur pensait lui-même ce qu’il dit n’est pas vrai : c’est le cas de dire que mieux vaut écrivain ennemi que sot ami.


Osterode, 27 mars 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, faites partir sur-le-champ de Grenoble 6,000 fusils de dragons pour l’armée d’Italie, dont 3,000 seront envoyés à Alexandrie et 3,000 à Mantoue, tant pour armer les voltigeurs que pour armer les six régiments de dragons qui sont en Italie. Sur les 2,500 qui sont à Turin, envoyez-en 2,000 à Mantoue, à la disposition du commandant de l’armée d’Italie, pour armer les dragons et les voltigeurs. Envoyez également en Italie 3,000 sabres de dragons et 9,000 de cavalerie légère. Envoyez-y aussi 10,000 sabres d’infanterie. A cette occasion, je remarque que nous n’avons que 49,000 sabres d’infanterie en France. Il faudrait faire une commande extraordinaire. Je vois dans les états de l’artillerie que les sabres sont en général mal répartis. Ils sont presque tous à Strasbourg; il faudrait en mettre à Grenoble, à Metz. Mon intention n’est pas que les objets d’armement soient aussi exclusivement concentrés dans une place.


Osterode, 27 mars 1807 

Au prince Jérôme

Mon Frère, je reçois votre lettre du 21 mars. Je vois avec plaisir que le général Lefebvre (Lefebvre-Desnoëttes, commandant la 2e brigade de la division de cavalerie légère du 9e corps) a repoussé la garnison de Glatz.

Puisqu’il vous est impossible de nous envoyer de l’eau-de-vie de vin, complétez avec de la bonne eau-de-vie de grain les cent mille pintes que je vous ai demandées.


Osterode, 27 mars 1807, 7 heures du soir

A l’Impératrice

Mon amie, ta lettre me fait de la peine. Tu ne dois pas mourir, tu te portes bien, et tu ne peux avoir aucun sujet raisonnable de chagrin.

Je pense que tu dois aller au mois de mai à Saint-Cloud; mais il faut rester tout le mois d’avril à Paris.

Ma santé est bonne; mes affaires vont bien.

Tu ne dois pas penser à voyager cet été, tout cela n’est pas possible; tu ne dois pas courir les auberges et les camps. Je désire autant que toi te voir, et même vivre tranquille. Je sais faire autre chose que la guerre, mais le devoir passe avant tout. Toute ma vie, j’ai tout sacrifié, tranquillité, intérêt, bonheur, à ma destinée.

Adieu, mon amie; vois peu cette madame Lapatie (nom impossible à identifier), c’est une femme de mauvaise société; je désire qu’Hortense ne la reçoive pas, cela est trop commun et trop vil.

——

J’ai eu lieu de me plaindre de M. T ….. (Theodor de Thyard, chambellan de l’empereur. Ils se sont brouillés pour une histoire de femme. J. Tulard). Je l’ai envoyé dans sa terre en Bourgogne; je ne veux plus en entendre parler.


Osterode, 27 mars 1807

Au prince Eugène

Mon fils, je vous félicite sur l’accouchement de la Princesse; j’ai bien de l’impatience d’apprendre qu’elle se porte bien et qu’elle hors de tout danger. J’espère que votre fille sera aussi bonne et aussi aimable que sa mère. Il vous reste à présent à faire en sorte d’avoir l’année prochaine, un garçon. Ce que vous avez fait pour constater la naissance de l’enfant est bien. Il faudra que le garde des sceaux envoie l’acte à Paris pour être inscrit dans les registres de ma famille. Faites-le adresser à M. Cambacérès, auquel j’ai fait connaître ce que je désirais. Faites appeler votre fille Joséphine.


Osterode, 27 mars 1807

Au maréchal Berthier

Monsieur le Major Général, il reste à Mohrungen 600 quintaux de farine : ils seront donnés tous les 600 au 6e corps; il y a aussi 4,300 bouteilles d’eau-de-vie du pays : il en sera donné 3,000 au 6e corps et les 1,300 autres au 3e.

Les états que l’on m’a remis ne sont pas exacts, car on a donné au 3e corps 400 quintaux de farine, et on n’en porte que 356 dans l’état.

Il faut donner exactement au 6e corps les 14,000 rations de pain qu’on doit lui fournir; ce corps souffre, et il est bon qu’il se forme un magasin. Il faut qu’on lui donne tous les jours les 8,000 rations d’eau-de-vie.

Le major général écrira au maréchal Ney que je vois avec peine que son corps est à la demi-ration; qu’il y a à Mohrungen 600 quintaux de farine et 3,000 bouteilles d’eau-de-vie; que je donne ordre qu’on les lui donne; que je donne aussi l’ordre qu’on lui envoie exactement d’Osterode 14,000 rations de pain et 8,000 rations d’eau-de-vie par jour.

On réunira le convoi de 8,000 rations de pain qui doit arriver aujourd’hui ici de Thorn, et on le fera filer sur Guttstadt. On fera également filer sur Guttstadt les deux convois de 20,000 rations de pain qui doivent arriver de Bromberg le 29 et le 30. Ces 48,000 rations de pain, et les 600 quintaux de farine de Mohrungen qui font 50,000 rations, seront donnés au 6e corps avec les 3,000 bouteilles d’eau-de-vie, extraordinairement et pour se former une réserve. En outre, il recevra exactement les 14,000 rations de pain et les 8,000 rations d’eau-de-vie, qu’il enverra prendre.

On recommandera que les voitures de Bromberg qui portent le pain retournent exactement. On préviendra de tout ceci le commissaire ordonnateur du 6e corps, et que, lorsqu’il enverra des transports, on les chargera de pain; et, quand bien même il y en aurait plus qu’il n’en faut pour porter les 14,000 rations, le surplus sera précompté sur les distributions suivantes.


On recommandera à Elbing d’envoyer des grains à Guttstadt et ici pour alimenter les moulins.


Osterode, 28 mars 1807

A M. Mollien

Monsieur Mollien, j’avais d’abord pensé à charger le trésor public de prêter de l’argent aux manufactures pour venir à leur secours, mais cela ne convenait ni à sa dignité ni à ses écritures. Par décret que je viens de rendre, j’en charge la caisse d’amortissement. Il est bien entendu que vous la couvrirez de ses frais; mais c’est une chose à régler ensuite et qui ne presse pas. Il faut que Bérenger prenne des mesures pour empêcher que des fripons ne profitent de mes dispositions et que ce ne soit de l’argent perdu.


Osterode, 28 mars 1807

A M. de Champagny

Je viens de rendre un décret par lequel je charge la caisse d’amortissement de faire les prêts sur consignation auxquels je me suis déterminé pour venir au secours des manufactures. Je vous donne un crédit de six millions, c’est-à-dire d’un million pendant chacun des trois mois d’avril, mai et juin, et de 500,000 francs pendant chacun des six autres mois de l’année. En conséquence, les crédits de 500,000 francs qui vous avaient été ouverts pour janvier et mars se trouvent annulés.


Osterode, 28 mars 1807

A M. Mollien

Monsieur Mollien, j’ai lu avec attention votre rapport du 15 mars sur le débet des négociants réunis, et l’état de situation qui y était joint. En m’occupant de nouveau de cette affaire, j’ai senti renaître toutes les peines qu’elle m’a causées. Ces misérables nous ont soustrait cent quarante-deux millions, qu’ils ont employés en partie à des spéculations aventureuses. Le contre-coup s’en fera longtemps ressentir en France. Je vois qu’il nous est encore dû en réalité quatre vingt-cinq millions, puisque l’Espagne n’a pas tenu ses engagements et que depuis un an je n’ai presque rien tiré du crédit des piastres.. Il est nécessaire que vous écriviez à M. de Beauharnais pour qu’il presse l’Espagne, et au roi de Hollande pour lui faire comprendre que nous sommes intéressés à l’emprunt que fait l’Espagne. Je suppose que vous vous êtes arrangé de manière à reprendre les dix millions de domaines et à en toucher les fruits. Quant au déficit de vingt-six millions qui se trouve sans aucune espèce de contre-valeur je suis bien loin de penser que le service du munitionnaire puisse couvrir cette énorme somme. Où l’administration de la guerre a-t-elle pris qu’elle devait treize millions, et la marine qu’elle en devait quatorze ? Ce sont des illusions qui disparaîtront après quelques conseils d’administration qui auront lieu lors de mon arrivée en France. Mais il me semble que Desprez a des ressources particulières et que Seguin ne peut vous faire courir aucun danger; et je ne vois pas pourquoi vous totalisez ainsi toutes les sommes.

Je reviens à votre compte. J’ai des contre-valeurs pour quatre vingt-sept millions, excepté 1,700,000 francs que les banquiers réunis doivent encore, et qui se trouveront soldés en mars et en avril au moyen des retenues opérées sur les ordonnances. J’ai des acceptations de Seguin pour. . . . . . . . . . . 1,894,000 francs.
J’en ai de Seguin et Vanlerberghe pour . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  . 6,569,000
. . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . 8,463,000

Voilà donc Seguin garant d’environ huit millions et demi. Pourquoi n’en faites-vous pas un compte à part, puisque ces deux objets de créance ont une garantie spéciale ? Le débet étant de vingt-six millions, ces créances garanties étant de huit millions et demi, il ne restera plus environ que dix-sept millions et demi, ce qui pourra s’approcher davantage des services de la compagnie. Je suis néanmoins dans l’opinion qu’il y aura encore une grande différence. Je voudrais donc que vous fissiez un chapitre à part des créances dont Seguin se trouve garant, puisqu’elles sont meilleures que celles des négociants réunis; que vous fissiez acquitter ces créances, comme c’est votre droit, et qu’enfin vous prissiez toutes vos sûretés. Cette affaire est bien assez onéreuse.


Osterode, 28 mars 1807

A M. Fouché

Le Journal de Paris donne des nouvelles de Bucarest qui sont fausses. Faites-les démentir. Ismaïl n’est pas pris. Hormis Choczim, il n’est point vrai que les Russes soient en Bessarabie. Ils n’occupent en Valachie que Bucarest, mais les Turcs sont tout autour.


Osterode, 28 mars 1807

A M. Fouché

Un nommé Baron-Dagorne, ancien conseiller au parlement de Rennes, et actuellement écrivain public au Palais, est un homme très-mal intentionné. Renvoyez-le de Paris, après l’avoir laissé quelque temps en prison.

Vous aurez vu les mesures que j’ai prises pour garantir l’intérieur de toute espèce d’invasion.


Osterode, 28 mars 1807

A M. Fouché

Vous devriez bien prier le Journal de l’Empire de ne point donner des nouvelles ridicules de la Russie, comme celles qui sont dans son numéro du 17 mars. On a une grande rage de copier tout ce que les Anglai veulent faire accroire sur cette puissance.

Je reçois votre lettre du 17 mars. Il n’y a ici rien de nouveau.


Osterode , 28 mars 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, je reçois votre rapport du 11 mars. Je désire que vous n’expédiiez rien par le roulage. Suivez les directions que vous ai données. Expédiez, au fur et à mesure de la confection, les selles, les bottes et les souliers, au moyen de caissons qui nous appartiennent. Dirigez-les sur Mayence, et de là sur Magdeburg, où ils trouveront de nouveaux ordres. Si les 53 caissons ne peuvent porter que 700 selles, levez-en encore 200; mais que ce soit de bons caissons avec de bons chevaux, de bons harnais et de bons charretiers. Je ne veux pas non plus de roulage pour les 5,600 selles. Quand vous lèveriez 1,000 caissons, cela ne pourrait que nous être fort utile; une armée comme la Grande Armée devrait avoir 4 à 5,000 caissons, et elle n’en a pas 500. Dans mon décret d’hier sur les transports, j’ai laissé deux bataillons à former en France. Deux bataillons font huit compagnies et près de 260 voitures. Si cela ne suffit pas, vous pouvez former deux autres bataillons pour un même nombre de voitures. Mon intention est, en général, que tout ce que vous enverrez, sans exception, soit apporté sur des caissons appartenant à l’État. Quant aux 53 caissons qui sont déjà levés, vous pouvez les faire partir; ils serviront à compléter les premiers bataillons  et à réparer nos pertes.


Osterode, 28 mars 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, le 31e régiment d’infanterie légère m’est arrivé ici nu et dans une situation horrible. Cependant ce régiment a passé à Paris, et je vous avais prié de veiller à son habillement. Peut-on envoyer ainsi des troupes nues à l’armée !


Osterode, 28 mars 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, vous avez reçu depuis le mois de septembre 9,900,000 francs pour les remontes; je vous donne trois millions pour le mois d’avril : voilà bien de l’argent, et je ne vois pas de chevaux. Je vous ai également donné, par la distribution d’avril, trois millions, pour l’habillement. Je vous prie de ne rien épargner pour que mes conscrits soient habillés et mes dépôts de cavalerie remontés. Il n’y a pas d’argent mieux employé que celui qui est prodigué pour ces deux objets.


Osterode, 28 mars 180

Au maréchal Kellermann, à Mayence

Mon Cousin, ayez soin que les régiments provisoires partent bien habillés et surtout bien armés, et que les régiments provisoires de cavalerie soient bien équipés. Je vois avec plaisir que les 9e, 10e, 11e et 12e sont partis. Faites partir les 13e, 14e, 15e et 16e; que rien de ces régiments ne reste à Cassel; que tout soit dirigé sans délai sur Magdeburg.

Qund je vous ai dit de faire partir de bons détachements de conscrits , j’ai entendu parler des régiments qui n’entrent pas dans la formation des régiments provisoires; cependant il valait mieux prendre sur vous de joindre aux régiments qui passent les compagnies des corps qui ne sont pas compris dans la formation de ces régiments provisoires. C’est, comme vous le dites, la meilleure manière de faire rejoindre les conscrits, et, dans leur route, ils peuvent rendre des services. Il ne faut pas vous astreindre à nommer trois officiers, six sergents et huit caporaux pour l’organisation des régiments provisoires. Je pense qu’un officier, un sergent et quatre caporaux peuvent
suffire.

J’avais encore une autre idée lorsque je vous disais de faire part de bons détachements de conscrits : c’est que je pensais qu’il y avait des régiments qui pouvaient faire partir plus de 240 hommes; mais les dernières instructions lèvent cette difficulté. Lorsqu’un régiment peut faire partir 240 hommes , 260 hommes, faites-les partir, et même, pour conduire 300 hommes, l’état-major d’une compagnie ordinaire peut suffire. Je vous dirai la même chose pour les régiments provisoires de cavalerie : il ne faut pas vous astreindre au nombre d’officiers et sous-officiers que comporte un escadron ; qu’il vous suffise que chaque centaine d’hommes soit commandée par un officier et quelques sous-officiers. Le principal est d’avoir un bon chef pour le régiment, et qu’il soit assez bien organisé pour pouvoir prendre quelque instruction, s’il séjourne en garnison , et rendre quelques services, si cela devient nécessaire dans sa route.

Mais, en général, je ne les fais marcher ainsi que pour les incorporer. Les quatre premiers régiments sont déjà dissous, et les officiers et sous-officiers sont déjà partis pour rejoindre.

Instruisez-moi en détail de tous les convois qui passent chargés souliers, d’effets d’habillement et d’effets appartenant à la cavalerie.

Quand ferez-vous partir les 3e et 4e compagnies d’ordonnance ? Dépêchez-vous.


Osterode, 28 mars 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, je reçois votre lettre du 24 mars. Envoyez-moi l’état des régiments auxquels appartiennent les 338 hommes partis de Glogau, et le jour de leur départ. Votre correspondance est très succincte. Vous aurez reçu  le décret par lequel je vous ai envoyé 1,400 hommes à monter, parmi lesquels 250 cuirassiers. Si vous pensez qu’il vous soit absolument impossible de les monter, envoyez-leur, à Posen, l’ordre de continuer leur route sur Potsdam. Faites cependant l’impossible, vu que j’ai déjà 1,200 hommes à monter à Potsdam. Si l’on fait quarante selles à Breslau, on peut en faire à Glogau et à Schweidnitz. Mettez la plus grande activité à faire confectionner les effets d’équipement et de harnachement, et faites tout ce qu’il faut pour m’envoyer promptement ces hommes montés et équipés. Je m’en rapporte à ce que vous ferez. Si vous pouvez tirer d’Autriche, passez des marchés, car ces 1,400 hommes montés sont un élément de victoire. Tâchez de faire faire 150 selles par semaine, car, si l’on a ces hommes un jour plus tôt disponibles, ce ne peut être que d’un immense avantage !


Osterode, 28 mars 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, il y a beaucoup de difficultés avec le gouvernement polonais. Il faut s’entendre. Par un décret que j’ai pris à Posen, j’ai cédé toutes les contributions du pays à deux conditions : la première condition est que les contributions seraient payées en nature, soit en farine, blé, soit en fourrage et avoine, jusqu’à une certaine quantité; faites-vous remettre ce décret sous les yeux pour être au fait de l’état de la question; la seconde condition est qu’ils solderaient et équiperaient leur armée, et, pour cette dernière partie, je leur ai fait l’avance d’un million. Le rapport de M. Daru et les renseignements que vous prendrez de la chambre de Varsovie prouvent qu’ils n’ont fourni que la moitié de ce qu’ils doivent. Il est ridicule qu’ils ne veuillent pas faire les petites fournitures de fourrage, etc., nécessaires à la consommation journalière de Varsovie. Étudiez cela, et ayez une explication avec le ministre de l’intérieur. Je ne peux pas avoir remis au gouvernement toutes les contributions, soit directes, soit indirectes, ce qui est assez considérable, sans qu’elles me fassent aucun service. Du reste, je vous ai envoyé hier le rapport de M. Daru sur la proposition de faire des marchés en Silésie. J’approuverai tout ce que vous aurez conclu. Je ne manque point d’argent, mais j’entends que le gouvernement polonais tienne ses engagements.

J’ai passé aujourd’hui la revue des fusiliers de la Garde qui viennent de Paris et de quelques régiments d’infanterie et de cavalerie , qui sont fort beaux.

J’ai remis à M. Maret la lettre aux princes confédérés, pour en faire faire le nombre de copies nécessaire. Elle sera accompagnée d’une lettre de vous à mes ministres pour les prévenir que l’objet de la lettre aux membres de la Confédération doit être tenu secret, vu qu’il ne faut donner d’alarmes à personne. Ce mouvement de recrutement doit être une suite nécessaire des pertes que leurs corps de troupes sont censés avoir faites dans la campagne.


Osterode, 28 mars 1807

Au général Lemarois

Monsieur le Général Lemarois, je vous ai écrit qu’il fallait garder le dépôt du 5e corps à Varsovie , pour bien soigner la nourriture , l’habillement et l’instruction de ces hommes.

Dans votre lettre du 25, vous dites qu’un chef de hussards russes vous a dit que, chez eux, les distributions se faisaient en règle et qu’ils ne manquaient de rien. Il vous a dit des bêtises. Le fait est que leur armée manque de tout.

Il faut avoir une explication avec le ministre de l’intérieur. Le gouvernement de Varsovie est tenu de fournir une certaine quantité de farine, blé, fourrage, en conséquence d’un décret que j’ai pris par lequel je lui remets la contribution foncière à cette condition. S’il a tout fourni, il est tout simple de faire des achats; s’il n’a pas tout fourni, comme le prétend M. Daru, il faut qu’il complète le contingent convenu.