Correspondance de Napoléon Ier – 1796

Quartier général, Paris, 11 nivôse an IV (1er janvier 1796), 2 heures après midi.

AU MINISTRE DE LA GUERRE.

J’ai ordonné au 3e bataillon de la 49e demi-brigade de séjourner quelques jours à Provins par plusieurs raisons :

1° Pour avoir le temps de faire rejoindre les différents détache­ments qui sont dans le département de l’Eure à la poursuite des chouans ;

2° Pour donner le temps aux officiers de faire rejoindre plus de la moitié des soldats qui ont, pendant la route, déserté leurs drapeaux pour se rendre chez eux dans les villages par où ils ont passé. Si le fond de ce bataillon eût continué sa route, arrivé à Luxembourg il eût été plus difficile de faire rejoindre les déserteurs ;

3° Pour dégager un convoi de farine, à la prompte arrivée duquel le ministre de l’intérieur attachait beaucoup d’importance. Je vous ai prévenu des circonstances qui m’obligeaient, en exécution de l’esprit de votre ordre, à faire arrêter ce bataillon à Provins. Je crois qu’il est nécessaire de retarder encore de plusieurs jours le départ de ce bataillon.

BUONAPARTE.

 

Quartier général, Paris, 14 nivôse an IV (4 janvier 1796).

AU CITOYEN CHÉNIER, adjudant général.

Vous vous rendrez demain à dix heures à l’École militaire; vous y verrez le général Chaumont ou l’adjudant général faisant les fonctions de chef de l’état-major; vous visiterez ensemble le pavillon dit du Gouvernement, qui était destiné pour loger l’état-major général; vous verrez s’il n’y aurait pas moyen d’y loger la 29e demi-brigade avec des paillasses ; vous désignerez les logements que pourraient occuper les autres bataillons de ce cantonnement, en les mettant à leur aise et en les logeant sur des paillasses.

Buonaparte.

 

Paris, 29 nivôse an IV (19 janvier 1796).

NOTE SUR L’ARMÉE D’ITALIE.

Si l’armée d’Italie laisse passer le mois de février sans lien faire, comme elle a laissé passer le mois de janvier, la campagne d’Italie est entièrement manquée. Il faut bien se convaincre que l’on n’ob­tiendra de grands succès en Italie que pendant l’hiver.

Si l’on suppose que l’armée d’Italie se mette en mouvement le plus tôt possible, elle peut marcher sur Ceva, y forcer le camp retranché avant que les Autrichiens, qui sont à Acqui, ne soient joints aux Piémontais.

Si, à la vue des préparatifs que feront les Français, les Autri­chiens , longeant derrière le Tanaro, venaient se réunir avec les Piémontais, il faut que notre armée fasse deux marches sur Acqui, c’est-à-dire aille à Cairo et à Spigno; l’on peut être assuré qu’alors les Autrichiens s’empresseront de s’en retourner défendre leurs communications avec les Milanais.

L’opération que l’on doit faire est simple : les Piémontais sont-ils seuls ? Marcher sur eux par Garossio, Ragnasco, la Solta, Castelnuovo, Montezemolo. Eux battus, le camp retranché forcé, faire le siège de Ceva (opération préalable à toute autre, quelle que soit la marche que l’on veuille tenir).

Les Autrichiens ont-ils le bon esprit de se réunir à Montezemolo arec les Piémontais ? Il faut les en séparer et, pour cela, marcher sur Alexandrie, et, dès l’instant qu’ils seront séparés, avoir vingt-quatre heures à soi pour forcer le camp retranché de Ceva.

Une fois le camp retranché de Ceva occupé par nous, il faudrait alors des forces doubles pour nous obliger à lever le siège de la forteresse.

L’artillerie de siège débarquera à Vado ; l’on ne doit pas craindre de manquer de charrois, le pays des Langes étant très-abondant en moyens de transport, et le siège de Ceva n’exigeant pas plus de 24 à 30 pièces de canon.

Maître de Ceva, l’on ne doit pas perdre un instant à faire avancer Ia division qui garde Tende, Briga et les hauteurs du comté de Nice jusqu’à Borgo ; l’on doit opérer sa jonction par Mondovi, investir Coni avec la division du centre, et marcher droit sur Turin. Le roi de Sardaigne fait alors des propositions de paix. Il faut que le géné­ral dise qu’il n’a pas le droit de faire la paix, qu’il faut que l’on en­voie un courrier à Paris, et pendant ce temps-là il arrivera que le roi de Sardaigne sera obligé de faire des propositions telles quelles ne pourront pas être refusées, et rempliront parfaitement le but du Gouvernement ; sans quoi l’on brûlera Turin, sans se soucier de la citadelle.

Au reste, comme la guerre en Italie dépend absolument de la sai­son, chaque mois exige un plan de campagne différent. Il faut que le Gouvernement ait une confiance entière dans son général, lui laisse une grande latitude, et lui présente seulement le but qu’il veut rem­plir. Il faut un mois pour avoir réponse d’une dépêche venant de Savone, et, pendant ce temps, tout peut changer.

Lorsque Turin sera à nous, les sièges des forteresses d’Alexandrie et de Tortone seront inutiles ; nous entrons dans le Milanais comme en Champagne, sans obstacles.

Le Gouvernement doit ordonner que l’équipage de pontons sur haquets, pour le Mincio et l’Oglio, que j’avais fait préparer, soit achevé. L’on trouvera en Italie tout ce qu’il faut pour les ponts du Pô, de l’Adige, du Tessin et du Tanaro.

L’on trouvera charrois, habillements et subsistances pour la brave armée qui s’emparerait des plaines du Piémont et du Milanais.

Buonaparte.

 

Quartier général, Paris, 14 pluviôse an IV (3 février 1796).

AU CITOYEN CHÉNIER.

Vous voudrez bien, Citoyen, partir aujourd’hui pour vous rendre à Évreux ; vous verrez le général Huet et l’administration du dépar­tement de l’Eure ; vous parcourrez toutes les positions qu’occupe la colonne mobile du général Huet, et vous me rendrez compte à votre retour,

1° De l’état de situation exacte des troupes qui sont dans le dépar­tement de l’Eure ;

2° Des détails sur la position qu’elles occupent ;

3° Des renseignements sur les vivres et la manière dont se fait le service des administrations auprès de la colonne mobile ;

4° Des renseignements sur le nombre, la position et les chefs des chouans.

Buonaparte.

 

 

Quartier général, Paris, 23 pluviôse an IV (12 février 1796).

AU DIRECTOIRE EXÉCUTIF.

La chouannerie fait des progrès très-sensibles dans les départe­ments de l’Eure, d’Eure-et-Loir et dans le département du Loiret.

Dans le département de l’Eure, le général Huet a pris aux bri­gands un magasin de plusieurs centaines de rations de pain qu’ils avaient dans la forêt de Breteuil.

Dans le département de l’Aisne, ils affichent des écrits contre-ré­volutionnaires où l’on engage les citoyens à ne pas payer l’emprunt forcé.

Les jeunes gens de la première réquisition rejoignent de tous côtés ; le seul département de la Somme en a fourni près de 3,000.

Je dois des éloges à la conduite de l’administration du départe­ment de l’Eure ; mais les administrations municipales, dans les dif­férents départements où il y a des troubles, se conduisent assez mal ou faiblement.

J’ai organisé, parmi les anciens canonniers de Paris, trois-com­pagnies de canonniers que j’envoie sur la côte. Cette mesure m’a été suggérée par la nécessité de débarrasser Paris d’un grand nombre d’hommes oisifs et de pourvoir à la défense des côtes de la Seine- Inférieure.

Buonaparte.

 

 

Quartier général, Paris, 5 ventôse an IV (24 février 1796).

AU CITOYEN CLARKE, générai, divisionnaire , directeur du

CABINET TOPOGRAPHIQUE MILITAIRE DU DIRECTOIRE EXÉCUTIF.

J’ai reçu, Citoyen Général, la note que vous m’avez fait passer du juge de paix du canton de la Ferrière-sur-l’Île, département de l’Eure.

La chouannerie était effectivement organisée dans ce département ; mais la colonne légère destinée à maintenir la tranquillité dans ce département et dans le département de la Seine-Inférieure a tout fait rentrer dans l’ordre.

J’ai ordonné au général Huet de se concerter avec le juge de paix, et de faire arrêter les émigrés et les prêtres réfractaires qui pour­raient se trouver dans la commune de l’ile.

Buonaparte.

 

 

Quartier général, Paris, 10 ventôse an IV (29 février 1796).

AU MINISTRE DE LA GUERRE.

Le Directoire exécutif, Citoyen Ministre, a arrêté qu’une partie des troupes et du matériel composant les 9e, 10e et 11e divisions mili­taires seraient envoyés à l’armée d’Italie. Vous avez en conséquence donné l’ordre, il y a plus d’un mois ; je suis cependant instruit qu’il existe encore dans ces trois divisions des effets d’habillement, de cantonnement, de charrois, d’artillerie, inutiles aux circonstances actuelles de ces divisions. Je désirerais que vous donniez l’ordre aux généraux commandant ces trois divisions de me faire passer sans re­tard , à Nice, l’état de situation de toutes les troupes de leurs divi­sions, et aux trois commandants d’artillerie de me faire passer l’état du personnel et du matériel de l’artillerie composant leurs divisions, et aux commissaires ordonnateurs, commandant les trois divisions, de me faire passer l’état du matériel des différentes administrations qui composent leurs divisions, et de me faire passer les objets que je croirai m’être nécessaires, à moins qu’ils ne croient que les deman­des que je leur ferai ne compromettent leur service, et dès lors or­donner de vous en rendre compte sur-le-champ.

Buonaparte.

 

 

Quartier général. Paris, 10 ventôse an IV (29 février 1796).

AU MINISTRE DE LA GUERRE.

L’armée d’Italie a fourni à l’armée des Alpes le 5e régiment de ca­valerie et le 9e régiment de dragons, en échange de deux autres corps de cavalerie plus considérables.

L’armée des Alpes ayant plusieurs autres corps de cavalerie, suf­fisant pour la police de Lyon et de Grenoble, je vous prie, Citoyen Ministre, d’ordonner au général en chef de l’armée des Alpes de tenir ces deux corps à la disposition du général en chef de l’armée d’Italie.

Buonaparte.

 

 

Quartier général. Paris, 21 ventôse an IV (11 mars 1796)

AU CITOYEN LETOURNEUR,

PRÉSIDENT DU DIRECTOIRBE EXÉCUTIF.

J’avais chargé le citoyen Barras d’instruire le Directoire exécutif de mon mariage avec la citoyenne Tascher Beauharnais. La confiance que m’a montrée le Directoire dans toutes les circonstances me fait un devoir de l’instruire de toutes mes actions. C’est un nouveau lien qui m’attache à la patrie; c’est un gage de plus de ma ferme résolu­tion de ne trouver de salut que dans la République.

Salut et respect.

Le général en chef de l’armée d’Italie, BUONAPARTE.

 

Quartier général, Toulon, 4 germinal an IV (24 mars 1796).

A L’ADMINISTRATION MUNICIPALE DE MARSEILLE.

J’ai reçu, Citoyens, votre lettre relative aux mesures que vous prenez pour activer la rentrée de l’emprunt forcé; c’est un service essentiel que vous rendez à la patrie et à l’armée.

Levez tous les obstacles et faites promptement rentrer une partie des fonds qui sont si nécessaires à l’armée.

Bonaparte 1)première lettre signée bonaparte.

 

 

Quartier général, Nice, 1 germinal an IV (21 mars 1796).

PROCLAMATION DU GÉNÉRAL EN CHEF A L’OUVERTURE DE LA CAMPAGNE.

Soldats, vous êtes nus, mal nourris ; le Gouvernement vous doit beaucoup, il ne peut rien vous donner. Votre patience, le courage que vous montrez au milieu de ces rochers, sont admirables; mais ils ne vous procurent aucune gloire, aucun éclat ne rejaillit sur vous. Je veux vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde. De riches provinces, de grandes villes seront en votre pouvoir; vous y trouve­rez honneur, gloire et richesses. .Soldats d’Italie, manqueriez-vous de courage ou de constance ?

 

 

Quartier général, Nice, 1 germinal an IV (21 mars 1796).

A CHAUVET, commissaire ordonnateur en chef, à gênes.

Vous trouverez ci-joint l’état du mouvement de la cavalerie ; vous y verrez que le 10 et jours suivants il arrive des régiments.

La compagnie Navarre, Roy et Barry, que j’ai vue, m’a assuré qu’à commencer du 11 elle fournira 40,000 quintaux de foin depuis Menton à Finale. Nice est approvisionné. Voilà donc la subsistance de ma cavalerie assurée.

La compagnie Collot, qui est arrivée à Marseille, assure le service de la viande.

La compagnie La Porte assure le service des grains; ses agents sont arrivés à l’armée.

J’ai en mouvement 1,600 mulets pour le service de mon artillerie.

Hâtez-vous de venir à Nice, j’ai besoin de vous. Vous devez être en chemin, après la lettre que je vous ai écrite hier ; tous les jours que vous retardez, vous ôtez à mes opérations une chance de proba­bilité pour la réussite. Il est des mesures, dans la position actuelle, que l’on ne peut prendre que d’ici ; il est un mouvement primitif qui doit être donné d’ici, où sont mes magasins et mon artillerie.

J’ai écrit hier à Saliceti. Le Gouvernement attend de cette armée de grandes choses ; il faut les réaliser et tirer la patrie de la crise où elle se trouve.

Bonaparte.

 

 

Quartier général. Nice, 7 germinal an IV (27 mars 1796).

AU CITOYEN FAYPOULT,

MINISTRE DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, A GÊNES.

J’ai reçu votre lettre. J’ai diné aujourd’hui chez le général Schérer avec votre femme ; je serai charmé de pouvoir lui être bon à quelque chose.

Les affaires qui se traitent de votre côté m’inquiètent : je crains que l’on n’aille trop loin et que l’on ne déconcerte les opérations essentielles que nous avons à faire. Vous savez quelles sont les inten­tions du Gouvernement là-dessus. Je vous prie de m’instruire exactement de la tournure de cette affaire, afin de lui donner celle qui convient à nos opérations ultérieures. Le peuple génois est fier et brave; gardons-nous de donner beau jeu aux oligarques, de les mettre dans le cas de rallier le peuple à leur cause et de renouveler les scènes qu’a essuyées Dewins.

L’on dit que les Génois offrent trois millions ; mon avis est qu’il faut les prendre sans bruit, et continuer à vivre en paix et amitié avec cette république, dont l’inimitié serait funeste à notre com­merce, à nos approvisionnements et dérangerait tous nos calculs militaires.

Je vous envoie des plis pour plusieurs de nos ministres, que je vous prie de leur envoyer.

Bonaparte.

 

 

Quartier général, Nice, 8 germinal an IV (28 mars 1796).

AU DIRECTOIRE EXÉCUTIF.

Je suis, depuis plusieurs jours, dans l’enceinte de l’armée ; j’ai, depuis hier, pris le commandement.

Je dois vous parler de trois choses essentielles :

1° Des départements de Vaucluse, des Bouches-du-Rhône, du Var et des Basses-Alpes ;

2° De la situation de l’armée, de ce que j’ai fait et de ce que j’espère;

3° De notre position politique avec Gênes.

Les quatre départements de l’arrondissement de l’armée n’ont payé ni emprunt forcé, ni contributions en grain, ni effectué le verse­ment de fourrage exigé par la loi du 7 vendémiaire, ni commencé la levée du trentième cheval. Il y a beaucoup de lenteur dans la marche de ces administrations. Je leur ai écrit, je les ai vues, et l’on m’a fait espérer quelque activité sur des objets aussi essentiels à l’armée.

La situation administrative de l’armée est fâcheuse, mais non pas désespérante. Je suis obligé de menacer les agents qui ont beaucoup volé et qui ont du crédit, et j’en tire un grand parti en finissant par les caresser. L’armée mangera dorénavant du bon pain et aura de la viande, et déjà elle a touché des avances considérables sur son prêt arriéré.

Les étapes pour la route du Rhône au Var sont approvisionnées, et déjà, depuis cinq jours, ma cavalerie, mes charrois et mon artil­lerie sont en mouvement. Citoyens Directeurs, vos intentions seront remplies; je marcherai sous peu de temps. J’ai témoigné à l’armée, en votre nom, votre satisfaction sur sa bonne conduite et sa pa­tience. Cela a infiniment flatté le soldat et surtout l’officier. Un bataillon s’est mutiné, il n’a pas voulu partir de Nice, sous prétexte qu’il n’avait ni souliers ni argent. J’ai fait arrêter tous les grenadiers; j’ai fait partir le bataillon, et quand il a été à une lieue de Nice, je lui ai envoyé contre-ordre, et je l’ai fait passer sur les derrières, mon intention est de congédier ce corps et d’incorporer les soldats dans les autres bataillons, les officiers n’ayant pas montré assez de nerf.

Ce bataillon est fort de deux cents hommes et connu par son esprit de mutinerie.

J’ai été reçu à cette armée avec des démonstrations d’allégresse et  de confiance que l’on devait accorder à celui que l’on savait avoir, pendant cinq mois, mérité sous vos yeux, votre confiance.

J’ai particulièrement été satisfait de la franchise et de l’honnêteté du général Schérer. Il a acquis, par sa conduite loyale et par son empressement à me donner tous les renseignement» qui peuvent m’être utiles, des droits à ma reconnaissance. Sa santé panait effectivement un peu délabrée. Il joint à une grande facilité de parler des connaissances morales et politiques qui, peut-être, vous le rendront utile à quelques emplois essentiels.

Notre position avec Gênes est très-critique. L’on se conduit mal : l’on a trop fait ou pas assez ; mais heureusement cela n’aura pas d’autre suite.

Le gouvernement de Gênes a plus de tenue et de force que l’on ne croit. Il n’y a que deux partis avec lui : prendre Gênes par un coup de main prompt, mais cela est contraire à vos intentions et au droit des gens ; ou bien vivre en bonne amitié, et ne pas chercher à leur tirer leur argent, qui est la seule chose qu’ils estiment.

Dans quatre jours, je transporterai mon quartier général à Albenga.

Bonaparte.

 

 

Quartier général, Nice, 8 germinal an IV (28 mars 1796).

AU CITOYEN CARNOT, membre du directoire exécutif.

J’ai été très-bien reçu par l’armée, qui me montre une confiance qui m’oblige à une vive reconnaissance.

Il m’a paru voir en Schérer un homme pur et éclairé ; il me parait fatigué de la guerre, qui a altéré sa santé. Ne pourriez-vous pas l’employer comme ambassadeur ? Il a la connaissance des hommes et de l’extension morale.

J’avais, étant à Paris, conformément à ce que vous m’aviez ac­cordé, fait passer une compagnie d’artillerie légère à Nice; mais Milet-Mureau s’est fâché et lui a donné contre-ordre. Cette compa­gnie eût été utile, ayant fait la guerre avec distinction.

Les ingénieurs ne sont pas arrivés, et, parmi ceux que Milet-Mureau m’envoie , il n’y a que Chasseloup de l’ancien corps. Je n’ai pas ici, parmi quinze ingénieurs, un seul qui sorte de Mézières; je vous prie de m’en envoyer deux autres bons.

La trésorerie fait acheter des louis à Lyon. Si les caissiers ne prê­taient pas les assignats qu’ils ont en caisse, les assignats auraient plus de valeur. Je crois qu’il faudrait ordonner une visite des caisses par le préposé à cet effet; vous trouveriez beaucoup d’agioteurs, et cela leur servirait de leçon. Ce que je vous dis là est certain.

Il y a de grands obstacles ; mais les plus grands sont surmontés. Le fourrage est assuré pour un mois, les étapes sont approvisionnées, la cavalerie et une partie des charrois sont depuis cinq jours en marche. J’irai sous peu vigoureusement J’espère qu’avant la fin du mois il y aura plus de dix mille chapeaux de reste chez l’ennemi.

La nouvelle organisation fait beaucoup de mécontents. Je tâcherai de placer des officiers, le plus que je pourrai, dans les administra­tions et pour régir le pays d’Oneille, afin de procurer du pain à quelques vieux officiers qui n’ont pas d’autres ressources.

Je suis avec respect, etc.

Bonaparte.

 

 

Quartier général, Nice, 8 germinal an IV (28 mars 1796).

AU GÉNÉRAL DE DIVISION BERTHIER,

CHEF DE L’ETAT-MAJOR GÉNÉRAL.

Mon intention, Citoyen Général, est de partir le 12 de Nice, pour établir mon quartier général à Albenga. Vous voudrez bien donner l’ordre pour que tout le monde soit parti de Nice et logé dans cette place 2)Albenga, conformément à son grade et au régime militaire. Il est indispensable que tout le monde soit arrivé le 17.

Bonaparte.

 

 

Quartier-général, Nice, 9 germinal an IV (29 mars 1796).

AU GÉNÉRAL BERTHIER.

Le 3e bataillon de la 209e demi-brigade s’est rendu coupable de désobéissance ; il s’est déshonoré par son esprit de mutinerie et en refusant de marcher aux divisions actives. Les officiers se sont mal conduits; le commandant, le capitaine Duvernay, a montré de mauvaises intentions. Vous voudrez bien faire arrêter le citoyen Duver­nay, et le faire traduire devant un conseil militaire à Toulon, où vous adresserez la plainte, qui sera portée par le commandant de la place.

Vous ferez traduire devant un conseil militaire, à Nice, les grena­diers accusés d’être les auteurs de la mutinerie. Vous ferez sortir les autres grenadiers, que vous distribuerez, cinq hommes par cinq hommes, dans les battalions de l’armée.

Les officiers et sous-officiers, n’ayant point donné l’exemple de partir et étant restés dans les rangs sans parler, sont tous coupables; ils seront sur-le-champ licenciés et renvoyés chez eux.

Les soldats du bataillon seront incorporés à Marseille avec la 83e demi-brigade.

La présente lettre sera mise à l’ordre de l’armée.

Bonaparte.

 

 

Quartier général, Nice, 9 germinal an IV (29 mars 1796).

AU GÉNÉRAL BERTHIER.

Vous donnerez des ordres au commandant du génie pour que la compagnie de mineurs, avec l’équipage nécessaire, se rende à Finale; elle partira le 13.

Vous lui ordonnerez de former un atelier de 110 ouvriers, et de les faire partir le 13 pour Finale. Il y aura un officier du génie à la tête de ces ouvriers ; ils seront fournis de tous les outils qui leur se­ront nécessaires; il y aura des ouvriers des différentes espèces en proportion.

Le commandant du génie, le directeur du parc, tous les officiers du génie qui sont à Nice, se rendront au quartier général; il ne res­tera à Nice qu’un officier commandant la place, et un officier chargé des détails de l’atelier qui est à Nice.

Bonaparte.

 

 

Quartier général, Nice, 9 germinal an IV (29 mars 1796).

AU GÉNÉRAL BERTHIER.

La cavalerie sera partagée en deux divisions.

La première sera composée des

 

1er régiment de hussards;

10e régiment de chasseurs; 22e régiment de chasseurs ; 25e régiment de chasseurs ;

5e régiment de dragons ;

20e régiment de dragons.

 

Le 1er régiment de hussards ira par Menton, San-Remo, Oneille, Albenga, et se rendra à Toirano ;

Le 10e régiment de chasseurs, à Albenga.

Le 22e régiment de chasseurs suivra les mêmes étapes ; deux esca­drons se rendront à Pietra, et les deux autres iront à Loano.

 

Le 25e régiment de chasseurs prendra aussi la même route; deux escadrons iront à Borghetto, et les deux autres à Ceriale.

Le 5e de dragons restera à Albenga.

Le 20e de dragons ira à Alassio.

 

La seconde division sera composée :

Du 7e régiment de hussards, qui se rendra à Pieve ; il partira de Nice le 15 germinal ;

Du 13e régiment de chasseurs, qui ira à Diano 3)Diano Marina ;

Du 24e de chasseurs, qui se rendra à Oncille;

Du 8e de dragons, qui ira au Port-Maurice ;

Du 15e de dragons, qui se rendra à l’Arma, près la Taggia.

Vous ordonnerez au général de brigade Saint-Hilaire de parcourir les villes destinées à la première division de cavalerie, et de vous rendre compte s’il y a des écuries en assez grande quantité pour lo­ger les chevaux.

Vous ordonnerez au général Sérurier d’envoyer un général de bri­gade faire la visite des villages où doit loger la seconde division. Vous recommanderez à ces généraux de mettre de la discrétion dans cette visite et de ne rien faire qui puisse déceler notre projet.

Bonaparte.

 

 

Quartier général, Nice, 9 germinal an IV (29 mars 1796).

AU GÉNÉRAL BERTHIER.

Le général Mouret commandera depuis la rivière d’Argens jusqu’à Bandol, en suivant les limites des départements des Basses-Alpes et du Var. Les cantons de Colmars et d’Entrevaux, seuls, ne seront pas de sa division. Le général Barbentane commandera depuis Bandol jusqu’au Rhône; son commandement s’étendra dans les départements des Bouches-du-Rhône et de Vaucluse.

Le général Mouret aura sous ses ordres le général de brigade Gardanne.

Le général Barbentane aura sous ses ordres les généraux Serviez et Verne.

Le général Despinoy se rendra au quartier général.

Bonaparte.

 

 

Quartier général, Nice, 9 germinal an IV (29 mars 1796).

AU GÉNÉRAL DE BRIGADE DESPINOY, A TOULON.

Mon intention est, Citoyen Général, de vous employer à l’armée active de manière à rendre essentiels à la patrie vos talents et votre courage. Vous voudrez donc bien vous rendre sans délai à Nice, où il est essentiel que vous soyez arrivé le 15 du mois. Vous vous assurerez, avant de partir, que tous les attelages, dont j’ai ordonné le départ, sont partis.

Bonaparte.

 

 

Quartier général, Nice, le 9 germinal an IV (29 mars 1796).

AU GÉNÉRAL DE BRIGADE PARRA.

II est ordonné au général de brigade Parra, commandant l’arron­dissement d’Antibes, de requérir sur-le-champ les corps administra­tifs de cette commune, de mettre momentanément en activité, pour le service de cette place, le bataillon de la garde nationale qui a déjà fait pendant longtemps ce service.

Ce bataillon sera soldé conformément aux. dispositions de la loi relative aux gardes nationales mises en réquisition pour le service des places, pendant le temps qu’il sera employé à ce service.

Par ordre du général en chef.

 

 

Quartier général, Nice, 9 germinal an IV (29 mars 1796).

AU GÉNÉRAL BERTHIER.

Je vous ai écrit ce matin relativement aux officiers du 3e bataillon de la 209e demi-brigade. Les officiers des grenadiers de ce corps se sont bien conduits; je vous prie d’en faire mention à l’ordre, de prendre, de votre côté, des renseignements sur la conduite générale de tous les officiers et sous-officiers de ce corps, de vouloir bien me faire part du résultat de vos recherches, et de me proposer un mode pour pouvoir placer ceux d’entre eux qui n’ont pris aucune part à cette mutinerie.

Bonaparte.

 

 

Quartier général, Nice, 9 germinal an IV (29 mars 1796).

ORDRE DU JOUR.

Le général en chef Bonaparte a passé la revue de la 100e demi- brigade et de la 165e, ainsi que du bataillon du Montferme, du 7e régiment de hussards et de l’artillerie ; il a été satisfait de la tenue des troupes, des sentiments de dévouement à la République et de la forte résolution de vaincre qu’elles lui ont témoignés. Il a parcouru les divisions les plus actives de l’armée ; il a trouvé partout des sol­dats accoutumés à vaincre et à souffrir, aussi dévoués à la liberté qu’à la discipline, qui est le nerf des armées. Ils trouveront en lui un frère d’armes, fort de la confiance du Gouvernement, fier de l’estime des patriotes, et décidé à fixer sur l’armée d’Italie des destinées dignes d’elle.

En exécution de l’arrêté du Directoire exécutif, en date du 12 ven­tôse , le général Alexandre Berthier est nommé chef de l’état-major de l’armée d’Italie.

L’adjudant général Vignolle reste sous-chef de l’état-major.

Le général de division P. Gaultier reste employé au quartier gé­néral à Nice; il est particulièrement chargé, dans ce moment, de tout ce qui a rapport à la nouvelle organisation de l’armée, aux hommes de la réquisition et à l’échange des prisonniers de guerre; il règlera tout ce qui est relatif à ce travail.

Il est ordonné aux généraux qui n’ont pas le nombre d’aides de camp désigné par la loi de s’en choisir suivant les dispositions qu’elle prescrit.

Il est également ordonné aux adjudants généraux qui n’ont pas leurs adjoints de proposer sans délai les officiers qu’ils jugeront capables de remplir ces fonctions importantes. Ils doivent sentir qu’aucune considération particulière ne peut influer sur leur choix, les talents, la moralité, un patriotisme pur et éclairé doivent seuls le déterminer.

A la réception du présent ordre, les adjudants généraux adresse­ront au chef de l’état-major le nom, le grade et l’ancienneté de service de chacun de leurs adjoints; ils ajouteront des notes sur leurs connaissances.

Les adjudants généraux sont prévenue que le chef d’état-major a des ordres très-précis du général en chef, pour faire subir un examen aux adjoints, afin de faire passer dans les auxiliaires et remplacer ceux qui ne seraient pas propres à seconder le travail dont leurs adjudants généraux sont chargés.

Par ordre du général en chef.

 

 

Quartier général, Nice, 10 germinal an IV (30 mars 1796).

AU GÉNÉRAL BERTHIER.

On donnera de la viande fraîche cinq fois par décade ; les batail­lons qui ont pris aujourd’hui de la viande salée auront demain de la viande fraîche, et ceux qui ont eu de la viande fraîche auront de la salée.

Les administrations de l’armée et les ateliers d’ouvriers prendront la viande tous ensemble.

Bonaparte.

 

 

Quartier général, Nice, 11 germinal an IV (31 mars 1796).

AU GÉNÉRAL BERTHIER.

Le général en chef est instruit que plusieurs commissaires des guerres et officiers ont, dans des caisses, des sommes provenant de différentes ventes, des contributions et des revenus des pays conquis. Cela étant contraire au bien du service, à l’ordre et à la Constitution, il ordonne que ces différentes sommes soient remises, sans délai, dans la caisse du payeur de l’armée ou de ses préposés, afin qu’il en soit disposé, sur des ordonnances de l’ordonnateur en chef, pour le bien du service et pour procurer au soldat ce qui lui est dû.

Bonaparte.

 

 

Quartier général, Nice, 11 germinal an IV (31 mars 1796).

AU GÉNÉRAL BERTHIER.

La 4e demi-brigade partira de Nice le 13, pour se rendre à Albenga…………………………… 800 hommes.

La 12e demi-brigade partira d’Antibes le 13, pour se rendre à Albenga……………………………………………………… 600

La garde nationale d’Antibes fera le service dans cette place jusqu’au moment où on y enverra 500 hommes, non montés, des différents corps de troupes à cheval qui doivent venir à Nice.

La 16e demi-brigade d’infanterie légère passera à Savone, où elle fera son organisation, aussitôt que les bataillons 11e de l’Ain, et 5e des Basses- Alpes , qui sont à Toulon, l’auront rejointe ; elle partira de Nice aussitôt qu’il y aura 900 hommes pour le service de la place……………………………………… qui pourront aller à la droite, savoir : 1,400 hommes sur-le-champ, les 537 autres dans quinze jours environ, non compris le 11e ba­taillon de l’Ain et le 5e des Basses-Alpes, forts de 850 hommes, qui arriveront peu de temps après.

Ces deux bataillons partiront de Toulon aussitôt que la demi-bri­gade du Lot et des Landes y sera arrivée.

GARNISON DE NICE.

La 15e demi-brigade, au lieu d’être organisée à Lantosca, le sera à Nice, où elle se rendra, aussitôt que la 20e demi-brigade sera or­ganisée à la gauche ; on pressera les mouvements nécessaires à cette organisation ; on fera partir de suite de Toulon le 2e bataillon de la

7e provisoire. Elle produit                            759………………………. hommes.

Le 1er bataillon de tirailleurs se rendra à Nice

le plus tôt possible; il est au centre……….. 287

Le 4e bataillon de Vaucluse, idem, qui est à

Saint-Tropez…………………………………………. 188

Le 1er bataillon des Gravilliers, qui est parti d’Hyères……………………………………………….. 300

 

Le total de la 15e demi-brigade sera de.. . .                                                                       1,534 hommes.

On réunit à Nice tous les hommes non montés des troupes à cheval, dont 500 pour la place d’Antibes.

Il restera pour Nice…………………………………….. 1,000 hommes.

Le reste de l’organisation se fera comme il est indiqué sur le tableau.

Le bataillon de Jemmapes et celui de Paris, annoncés, venant de Bordeaux, seront dirigés sur Nice, où ils recevront de nouveaux ordres.

Bonaparte.

  1. S. La 13e demi-brigade d’infanterie, dont un bataillon est à Marseille et deux à Avignon, aura l’ordre de se rendre à Toulon, aussitôt son arrivée; le 11e bataillon de l’Ain en partira, pour aller à Savone. Le 5e bataillon des Basses-Alpes recevra aussi l’ordre de partir de Toulon pour Savone, et sera remplacé par le 1er de Loir- et-Cher, qui est à Marseille, lequel le sera par le 2e de la 122e demi- brigade, qui est à Arles.

 

 

Quartier général, Nice, 11 germinal an IV (31 mars 1796).

AU GÉNÉRAL BERTHIER.

Vous me remettrez ce soir :

1° L’état nominatif des officiers de l’état-major qui partent le 12 pour le quartier général ;

2° L’état des officiers de l’artillerie et du génie ;

3° L’état des commissaires ordonnateurs des guerres ;

4° L’état nominatif des agents en chef et administrateurs qui sui­vent le quartier général.

Bonaparte.

 

 

Quartier général, Nice, 11 germinal an IV (31 mars 1796).

A L’ADJUDANT GÉNÉRAL CHABRAN.

Il est ordonné à l’adjudant général Chabran de partir de Nice au­jourd’hui, 11 germinal, pour se rendre le plus promptement qu’il pourra à Albenga, où il fera l’établissement du quartier général, qui part de Nice le 12, et arrivera le 15 à Albenga.

Il se concertera à cet égard avec le gouverneur et le consul; il prendra toutes les mesures qu’exige le droit des gens dans un pays neutre, en faisant cependant toutes les dispositions nécessaires au logement du quartier général.

Par ordre du général en chef.

References   [ + ]

1. première lettre signée bonaparte
2. Albenga
3. Diano Marina