Correspondance de Napoléon Ier – Novembre 1793

AU CITOYEN SUCY, COMMISSAIRE DES GUERRES, A VALENCE.

Ollioules, 13 brumaire an II (3 novembre 1793).

Les sans-culottes du Midi ne doivent avoir d’autre sollicitude que de purger le territoire de la République des tyrans. Pour parvenir promptement à ce but essentiel, il faut, citoyen, procurer des chevaux au parc de l’artillerie de l’armée qui assiège Toulon ; sans quoi les opérations du siège se trouveraient ralenties.

Le département de la Drôme, qui a donné tant de preuves de son républicanisme, vous procurera facilement des ressources considérables ; veuillez donc vous concerter avec l’administration du département et requérir, dans les différents districts, un nombre de chevaux suffisant pour former quatre brigades, et le nombre de bœufs nécessaire pour en former deux, en tout 300 bêtes.

Chaque brigade aura 25 charretiers et sera surveillée par un brigadier et un sous-brigadier. Le brigadier devra savoir écrire et aura 1,80() fr. d’appointements.

Vous m’adresserez ici les différentes brigades à mesure qu’elles seront formées, en leur faisant une route et en m’envoyant le contrilc, avec l’âge et le signalement des chevaux.

Les animaux seront entretenus et payés aux propriétaires sur le pied des chevaux d’artillerie.

 

AU CITOYEN GASSENDI, LIEUTENANT-COLONEL D’Artillerie

Ollioules 14 Brumaire An II (4 novembre 1793)

Je n’ai point reçu de vos lettre d’Avignon, comme nous en étions convenus. Vous êtes (…) je crois aujourd’hui à Grenoble.

Un des objets qui nous sont nécessaires seraient huit ou dix milles pièces de rechange pour fusils. Vous devez passer près de Saint-Étienne, ainsi vous pourrez facilement nous faire cet envoi.

Nous avons reçu huit mortiers dont deux de dix pouces. On nous a envoyé près de mille bombes, mais presque toutes de douze pouces. Ainsi voyez s’il ne vous serait pas possible de nous en faire passer de 10 pouces sans retard.

Nous avons à Marseille six mortiers de huit et pas une bombe. Je n’ai pu me procurer d’outils à pionniers que j’avais espéré. Voyez un peu s’il ne vous serait pas possible de nous en faire passer de Grenoble et de Valence. Ce qui nous manque principalement sont des haches et des pioches.

Je ne vois aucun inconvénient à ce que vous nous fassiez passer un petit équipage de pontons. Je ne vous en marque pas positivement le nombre, parce qu’ils ne nous serviront que pour quelques passages de marais qui se forment dans le temps pluvieux.

Je ne vous envoie pas l’original de l’arrêté des représentants du peuple à votre égard, en ayant envoyé la copie légalisée au ministre ; il faut aujourd’hui que je conserve par devers moi l’original.

Vous trouverez à Lyon beaucoup plus de ressources que je ne pensais, surtout en ce qui concerne le charronnage.

Si vous trouviez des fusées de signaux toutes faites, faites-m‘en passer. Il serait aussi nécessaire d’avoir des boulets incendiaires et de la roche. Je fais faire de tout cela, mais cela va lentement ; vous devez en trouver à Lyon.

Le commandant de l’artillerie de l’armée qui assiège Toulon,

BUONAPARTE.

 

AU MINISTRE DE LA GUERRE.

Quartier général, Ollioules, 24 brumaire An II (14 novembre 1793).

Citoyen Ministre, le plan d’attaque pour la ville de Toulon, que j’ai présenté aux généraux et aux représentants du peuple, est, je crois, le seul praticable. S’il eut été suivi dès le commencement avec un peu plus de chaleur, il est probable que nous serions dans Toulon.

Je vous ai envoyé des observations générales qui sont la base du plan que j’ai conçu.

Chasser les ennemis de la rade est le point préliminaire au siège en règle, et peut-être même cette opération nous donnera-t-elle Toulon ; je vais raisonner dans l’une et l’autre hypothèse.

 

AU MINISTRE DE LA GUERRE.

Quartier général, Ollioules, 24 brumaire an II (14 novembre 1793).

Citoyen Ministre, le plan d’attaque pour la ville de Toulon, que j’ai présenté aux généraux et aux représentants du peuple, est, je crois, le seul praticable, s’il eut été suivi dès le commencement avec un peu plus de chaleur, il est probable que nous serions dans Toulon.

Je vous ai envoyé des observations générales qui sont la base du plan que j’ai conçu.

Chasser les ennemis de la rade est le point préliminaire au siège en règle, et peut-être même cette opération nous donnera-t-elle Toulon ; je vais raisonner dans l’une ou l’autre hypothèse.

Pour se rendre maitre de la rade, il faut se rendre maitre de la pointe dc l’Éguillette.

Au même moment que nous serions maitres de la pointe de l’Éguillette, il faudrait bombarder Toulon avec huit ou dix mortiers. Nous sommes maitres de la hauteur des Arènes, qui n’en est pas à 900 toises, et nous pourrons facilement nous approcher à 800 toises sans passer la rivière Neuve; dans le même temps l’on placerait deux batteries devant le fort de Malbousquet et une autre contre le fort l’Artigues ; il serait possible alors que l’ennemi, étonné, ayant déjà perdu la possession de la rade, craignit d’un moment à l’autre de tomber en notre pouvoir et se résolût à la retraite.

Vous sentez que ceci est très-hypothétique ; cela eût été sûr, il y a un mois, où l’ennemi n’avait pas encore reçu des renforts. Mais aujourd’hui, il serait possible que, quoique la flotte fût obligée d’évacuer la rade, la garnison tint encore et soutint le siège.

Alors les deux batteries que nous aurions établies contre le Malbousquet seraient promptement renforcées par une troisième ; les mortiers qui, pendant trois jours, auraient bombardé Toulon, se tourneraient pour ruiner les défenses de Malbousquet. Le fort ne résistera pas quarante-huit heures, et plus rien ne nous arrête alors jusqu’au front de Toulon.

Nous attaquons le front composé par le bastion du Marais et le bastion de l’Arsenal par une attaque brusquée qui nous conduit tout de suite à la deuxième parallèle, favorisés par les batteries placées au Malbousquet et par celles placées sur le revers des Arènes.

Nous serions gênés dans cette opération par le fort l’Artigues ; mais les quatre mortiers et les six pièces de canon qui y auraient été placés au premier moment de l’attaque, y resteraient.et feraient alors un feu plus vif.

Il ne faut pas se dissimuler que, pour parvenir à cette dernière période du siège, nous avons des besoins de toute espèce et qu’il faut que les différents objets demandés dans l’équipage ci-joint soient existants dans notre parc.

Je vous dois le compte des démarches que j’ai faites et des mouvements que je me suis donnés pour former promptement l’équipage de siège (voyez la feuille cotée A).

Il y a plus d’un mois que j’ai dit aux généraux que l’artillerie existante dans ce moment-ci était dans le cas d’éteindre le feu de la redoute anglaise placée sur le sommet du promontoire de l’Eguillette.

Nous devons donc distinguer deux périodes différentes dans le siège de Toulon.

PREMIÈRE PÉRIODE.

La prise de l’Éguillette, l’expulsion des Anglais des rades et le bombardement, et, dans le même temps, attaquer le Faron.

Effet que doit produire cette première attaque.

Nous rendre maitres de Toulon par la commotion générale que cela peut produire et par la crainte de tomber dans nos mains et de ne pouvoir exécuter la retraite

Travaux qu’il faut pour cet objet.

1.- Batterie des SANS-CULOTTES. Existante.

 

1 couleuvrine de 44

2 pièces de 36

3 pièces de 24

2 mortiers marins

____

8

Située au bord de la mer à la pointe  de Bréguillon, elle a fait sont effet, elle a chassé tous les pontons, les bombardes, les frégates qui se tenaient sur la gauche de l’Éguillette.

 

2. Batterie de BRÉGUART. Existante

1 pièce de 36

2 pièces de 24

1 mortiers marin

____

4

Elle balaye les rives de la droite de l’Éguillette et toute cette partie de la grande rade.

 

3. BATTERIE DE LA GRANDE RADE .    Existante

2 pièces de 24 Elle fait le même effet que celle du Bréguart. Ces deux batteries ont déjà fait leur effet ; elles ont chassé les pontons et bombardes qui étaient la droite de l’Éguillette

 

4. BATTERIE DES SABLETTES.     Existante

4 pièces de 24

3 mortiers de 12p

Elle est située sur une hauteur, vis- à-vis la redoute anglaise dite de l’Éguillette

 

5. BATTERIE DES QUATRE MOULINS.    Existante.

2 pièces de 24 Située à 700 toises de la redoute anglaise
 

6. BATTERIE DES HOMMES SANS PEUR       Existante

 

3 pièces de 16

3 mortiers

6

Située sur an mamelon dominé par le camp anglais. Le chemin de cette batterie est fait ; les matériaux transportés. Le général en a arrêté la construction, parce qu’il croyait l’infanterie trop faible pour s’y soutenir. Les pièces, les mortiers et choses nécessaires existent au parc.

 

7. SEPTIÉME BATTERIE

3 pièces de 16 J’avais proposé l’établissement de cette batterie sur la droite des Hommes sans peur. Les pièces existent au parc.

 

8. BATTERIE DES RÉPUBLICAINS DU MIDI :

3 pièces de 16

3 mortiers de 8p

 

Située à 700 toises de la redoute anglaise
6

3

6

2

7

8

4

2

24

38

Par le moyen de ces huit batteries, l’Éguillette doit être à nous et ne peut pas résister, l’infanterie se présentant avec vigueur, une fois le feu des pièces ennemies éteint par les bombes et les canons.

 

9. PREMIÈRE BATTERIE CONTRE MALBOUSQUET

6 pièces de 24 Cette batterie serait située sar la hauteur des Arènes, vis-à-vis de Malbousquet, à la gauche du grand chemin de Toulon, l’abri du fort Rouge, du fort Saint-Antoine, éloignée peu près de 400 toises do Malbousquet. Les pièces sont au parc, le chemin tracé, les matériaux transportés, l’emplacement préparé.

 

 

10. DEUXIÈME BATTERIE CONTRE MALBOUSQUET

3 pièces de 16 Cette batterie prend Malbousquet par l’angle gauche, sur la hauteur de la.

Les pièces de canon sont au parc.

 

PLATE-FORME CONTRE TOULON

6 mortiers

 

L’emplacement que nous sommes maîtres de prendre est à moins de 800 toises de Toulon.

Les mortiers sont au parc.

 

9

6

15

 

38

53

Vous voyez donc, Citoyen Ministre, que l’artillerie est en règle pour cette première expédition ; si on ne l’a pas faite, c’est que le général persistait à ne se pas croire assez fort en infanterie.

 

DEUXIÈME PÉRIODE.

En supposant, comme cela est probable, que la garnison veuille soutenir un siège, pendant que l’on essaye l’effet que produira un bombardement de quelques jours, on construira une troisième batterie contre Malbousquet, sur le prolongement de la hauteur des Gaux. On place quelques obusiers pour ruiner les glacis et les palissades que les ennemis ont faites; l’on détourne les mortiers et l’on bombarde le fort pendant que les trois batteries jouent ; une fois le feu des batteries éteint, les palissades ruinées, l’on monte à l’assaut.

Alors il ne reste plus qu’à attaquer le front de l’arsenal en détruisant le feu par des batteries avancées et des batteries à ricochet, et en faisant enfin brèche au front intermédiaire du bastion du Marais et du bastion de l’Arsenal. Il faut, pour ces différentes opérations, les objets portés dans l’équipage de siège.

 

PIÈCE A.

(Jointe à la lettre précédente.)

Lorsque les représentants du peuple m’ont retenu à l’armée devant Toulon et m’ont donné le commandement de l’artillerie, il n’y avait que quelques pièces de campagne , deux pièces de 24 , deux de 16 et deux mortiers sans aucun des objets qui sont nécessaires, sans aucun ordre de service, sans parc d’artillerie, sans aucun commandement ni  combinaisons; depuis le général jusqu’au dernier aide de camp, tout  le monde dirigeait et changeait à son gré les différentes dispositions de l’artillerie.

Je me suis occupé à rendre au corps d’artillerie cette considération et cette indépendance dans ses opérations sans laquelle elle ne peut servir utilement.

La faiblesse de l’armée, la nullité de nos moyens, le temps qu’il faut pour préparer un équipage de siège, tout me fit sentir la nécessité de ne pas penser au siège de Toulon , mais de me borner à former un équipage qui nous mit à même de chasser les ennemis des rades en plaçant une batterie à l’Eguillette.

J’eus bientôt quatorze pièces de canon, quatre mortiers et tout l’attirail pour pouvoir construire plusieurs batteries. J’établis un parc, j’y mis un ordre de service, je chargeai des sous-officiers des détails que je ne pouvais pas confier à des officiers qui n’existaient pas.

Trois jours après mon arrivée, l’armée eut une artillerie, et les batteries de la Montagne et des Sans-Culottes furent établies, coulèrent bas les pontons et résistèrent à plus de vingt mille boulets.

Dans ce moment-là, les ennemis, comprenant l’insuffisance de leur artillerie navale, risquèrent le tout pour le tout et débarquèrent à l’Éguillette ; ils eussent dû être écrasés dans leur descente ; la fatalité ou notre ineptie voulut qu’elle leur réussît. Peu de jours après, ils y eurent des pièces de 24, un chemin couvert et des palissades ; quelques jours après, des secours considérables leur arrivèrent de Naples et d’Espagne. Je compris que l’affaire de Toulon était manquée et qu’il fallait se résoudre à un siège.

Je n’épargnai rien pour pousser de front les préparatifs pour l’attaque de l’Eguillette et la formation du grand équipage.

J’ai fait aller à Lyon, à Briançon, Grenoble, un officier intelligent que j’ai fait venir de l’armée d’Italie pour tirer de ces différentes places ce qui pouvait nous être utile.

J’ai requis l’armée d’Italie de me fournir les bouches à feu inutiles à la défense d’Antibes et de Monaco. Par la feuille cotée C, vous verrez ce qu’ils peuvent fournir ; la difficulté était de les faire transporter. J’ai requis le département du Var. Je me suis procuré 100 chevaux de réquisition à Marseille que j’ai envoyés.

J’ai fait venir de Martigues huit pièces de canons de bronze qui y étaient, que j’ai fait remplacer par huit pièces de fer.

J’ai mis à Marseille, à Aix et dans le département des Bouches-du-Rhône, en réquisition tous les objets portés dans la note cotée D.

J’ai établi à Ollioules un arsenal où quatre-vingts ouvriers, forgerons, charrons, menuisiers, charpentiers, travaillent sans discontinuer aux objets qui nous sont nécessaires.

J’ai établi un parc où on travaille à force à faire des saucissons, des gabions, des claies, des fagots de sape, des fascines de sape.

J’ai requis tous les ouvriers qui faisaient à Marseille des paniers et des dames-jeannes, et je les fais travailler à faire des gabions.

J’ai requis des chevaux auprès de tous les départements, tous les districts, tous les commissaires des guerres, depuis Nice jusqu’à Valence et Montpellier.

J’ai fait prendre à la Seyne, à la Ciotat tous les bois que j’ai pu trouver, et l’on travaille à en faire des plates-formes de canons et de mortiers.

Je fais faire à Marseille cinq mille sacs terre par jour ; et j’espère bientôt avoir la quantité qui m’est nécessaire.

J’ai établi une salle d’artifice où l’on fait des fascines goudronnées, des boulets incendiaires et de la roche.

J’ai pris des mesures pour rétablir la fonderie des Ardennes, qui est en notre pouvoir, et j’espère avant huit jours avoir de la mitraille, des boulets, et, avant quinze jours, un mortier venant de cette fonderie.

J’ai une salle d’armes où l’on répare tous les fusils, avec un atelier de dix armuriers.

Vous ajouterez quelque mérite à ces différentes opérations, Citoyen Ministre, quand vous saurez que je suis seul pour diriger et le parc, et les opérations militaires, et l’arsenal; que je n’ai pas même un sous-officier d’ouvriers, et que je n’ai que cinquante hommes de canonniers de position, parmi lesquels encore il y a beaucoup de recrues.

Un des objets les plus intéressants et pour lesquels je vous presserai le plus, ce sera la poudre. Je vous prie de mettre tout en œuvre pour nous en envoyer.

Il nous faudrait aussi un officier d’ouvriers intelligent, afin que je puisse me fier sur lui dans tous les détails de l’arsenal.

 

PIÈCE C.

(Jointe à la pièce A 1 .)

ÉTAT DES BOUCHES A FEU ET MUNITIONS DE GUERRE

FOURNIES PAR L’ARMÉE D’ITALIE ET PARTIES DE NICE POUR ANTIBES, D’OU ELLES DOIVENT ÊTRE TRANSPORTÉES, PAR TERRE, A L’ARMÉE QUI ASSIÈGE TOULON, A OLLIOULES.

 

BOUCHES A FEU ET APPROVISIONNEMENT LEURS NOMBRE LEURS POIDS
Mortiers de 12 pouces.Affûts pour idem, en fer coulé Bombes pour idem

Canons en bronze de 24

Affûts idem

Boulets pour idem.

Canons en bronze de 16.

Affûts pour idem

Boulets pour idem

Canons de bronze de 12

Affûts pour idem

 

Fournis par ANTIBES.

Canon de 12 idem.

Affût idem

Boulets par idem

 

2

2

1,000

2

2

600

2

2

600

1

1

300

 

1

1

300

Poids de marc.

4,120

5.268

144,000

11.040

4.800

14,400

8.300

3,980

3,302

1 ,850

 

 

 

3.302

1 ,850

3.600

223,012

Indépendamment de cet envoi il a été envoyé la Farlède 7,500 balles de fer coulé de 15 1. 9 p. 3,300, idem de 11,10 ; et avec cet envoi ci-dessus à Ollioules, 6,000 boulets de fer coulé de 15 1. 9 p. 5,300, idem de 11,10.

Le chef de brigade, commandant l’artillerie à l’armée d’Italie. DUJARD.      

Conforme : BONAPARTE.

 

 

PIÈCE D.

(Jointe la pièce A.)

ÉTAT DES OBJETS QUE LA MUNICIPALITÉ DE MARSEILLE

DOIT EN REQUISITION POUR LA FORMATION DE L’EQUIPAGE DE SIEGE DE TOULON.

 

810 madriers ayant 10 pieds de long, 1 pied de large, 2 pouces d’épaisseur.

180 gîtes ayant 14 pieds de long, 8 pouces d’équarrissage.

60 heurtoirs dc 8 pieds de long sur 8 pouces d’équarrissage

72 lambourdes de 7 pieds de long sur 8 pouces d’équarrissage.

264 petites lambourdes de 6 pieds de long sur 8 pouces d’équarrissage.

12,000 aunes de serge

300 milliers dc plomb.

2,500 de vieux oing.

150,000 aunes de toile d’emballage

50 couronnes de cerceaux.

1,000 aunes de toile cirée.

100 aunes de toile forte.

2,000 rames de gros papier.

20 chèvres et 20 crics.

20 civières et 10 brouettes.

2 romaines.

230 cibles de chèvre.

150 prolonges doubles.

150 prolonges simples.

200 traits à canon de manœuvre.

200 livres de menus cordages.

20,000 bêches.

4,000 pelles rondes.

24,000 pioches.

2,000 pics à roc.

3,000 haches.

4,000 serpes.

40 scies.

 

BOIS DE RECHANGE.

250 jantes.

600 rais.

300 crics de manœuvre.

1,000 planches.

 

FERS DE RECHANGE.

10,000 feuilles de fer-blanc.

10,000 tire-bourres de fusils.

 

BUONAPARTE.

 

230 cibles de chèvre.

150 prolonges doubles.

150 prolonges simples.

200 traits à canon de manœuvre.

200 livres de menus cordages.

20,000 bêches.

4,000 pelles rondes.

24,000 pioches.

2,000 pics à roc.

3,000 haches.

4,000 serpes.

40 scies.

 

BOIS DE RECHANGE.

250 jantes.

600 rais.

300 crics de manœuvre.

1,000 planches.

 

FERS DE RECHANGE.

10,000 feuilles de fer-blanc.

10,000 tire-bourres de fusils.

 

BUONAPARTE.

 

 

PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU CONSEIL DB GUERRE TENU AU QUARTIER GÉNÉRAL D’OLLIOULES.

Ollioules, 5 frimaire an II (25 novembre 1793).

Le général en chef Dugommier, le général d’artillerie Duteil, les généraux divisionnaires Lapoype et Mouret, les généraux de brigade Labarre et Garnier, les citoyens Buonaparte , Sugny et Brulé, chefs de bataillon , et les citoyens Flayelle et la Mothe, capitaines du génie , se sont réunis en conseil de guerre en présence des représentants du peuple, et, après avoir mûrement considéré la position et la force des ennemis et les moyens qui sont à leur disposition , ont arrêté .

1° De diriger toutes les attaques sur la redoute anglaise, d’établir dans les locaux les plus favorables, à l’extrémité du promontoire de l’Éguillette, des batteries, afin d’obliger l’escadre à évacuer la rade et même de la brûler, si un vent contraire s’oppose à sa sortie;

2° De battre, avec les batteries de la Convention et de la Poudrière, le fort Malbousquet, afin de laisser du doute à l’ennemi sur le point que l’on veut attaquer, et de préparer à l’infanterie la prise de Malbousquet, si les événements en permettent l’attaque ;

3° De faire une batterie dans le local le plus favorable pour battre les hauteurs du cap Brun, afin d’en imposer à l’ennemi sur le front que l’on veut attaquer ;

4° De s’emparer de la montagne de Faron et de s’y maintenir ;

5° De faire à la fois ces différentes attaques, la division de droite étant chargée de la fausse attaque de Malbousquet et de l’attaque de la redoute de l’Éguillette.

La division de gauche fera la fausse attaque du cap Brun et l’attaque de la montagne de Faron.

6° D’établir dans le local le plus favorable, entre la batterie de la Convention et Malbousquet, une batterie de six mortiers à grande portée, contre Toulon, qui commencera à jouer dans le moment où on le croira le plus propre pour achever de porter le découragement et accroitre la mésintelligence qui existe entre les différentes nations qui composent la garnison ;

7° D’établir une redoute de protection sur la gauche de la montagne de la Convention pour empêcher que l’ennemi, favorisé par le feu des redoutes de Saint-Antoine, ne tourne et n’enlève la batterie de la Convention.

8° Les membres composant le conseil approuvent l’établissement des batteries qui ont été faites.

 

.

RAPPORT DES BATTERIES DU 9 AU 10 COURANT.

Ollioules, 10 frimaire an II (30 novembre 1793).

Batterie de la Convention. — Les ennemis, sentant toute l’importance de cette batterie, s’y sont portés en très-grande force , ont enlevé la batterie, encloué les pièces. La batterie a été reprise une demi-heure après. Les pièces ont été désencloués sur-le-champ ; la canonnade a commencé contre Malbousquet, qui a vivement riposté ; on nous a tué un sergent d’artillerie et cassé les entretoises d’un affût. Nous leur avons tiré plusieurs coups dans leurs embrasures qui doivent leur avoir fait beaucoup de mal.

Batterie de la Poudrière. — Les mortiers et les pièces seront cette nuit en batterie.

Batterie de la Petite-Rade. — L’ennemi a vivement tiré toute la nuit contre cette batterie. Elle a tiré coutre des bombardes et des pontons qui voulaient s’avancer pour tirer contre la poudrière, et les a obligés de se retirer.

Batterie de la Montagne. — Elle a tiré quelques coups de canon contre des chaloupes qui portaient des troupes de l’Éguillette à Malbousquet.

Batterie des Sans-Culottes. — L’ennemi est hors de la portée.

Batterie des Quatre-Moulins. — Feu très-vif toute la nuit contre la redoute anglaise.

Batterie des Hommes-sans-peur. — Elle leur a démonté une pièce de canon qui était sur le cavalier.

Batterie des Jacobins. — Rien de nouveau.

Batterie des Sablettes. — Feu très-vif contre la redoute anglaise.

Batterie du Bréguarl. — Feu contre les bombardes dans la grande rade.

Batterie de la Grande-Rade. — Quelques coups de canon contre les bâtiments placés dans la grande rade.

BUONAPARTE.

 

 

AU CITOYEN DUPIN , ADJOINT AU MINISTRE DE LA GUERRE.

Ollioules, 10 frimaire an II (30 novembre 1793).

La matinée a été trop belle pour que je ne t’instruise pas des événements qui ont eu lieu.

La batterie de la Convention, située sur la hauteur des Arènes, bat Malbousquet par la droite, dans le temps que la batterie de la Poudrière le bat par la gauche.

Le 9, la batterie dc la Convention a commencé à tirer contre Malbousquet et lui a démonté trois pièces et tué beaucoup de canonniers.

La hauteur des Arènes n’est pas à mille toises de Toulon. L’épouvante s’y est mise, et le 10, à cinq heures du matin, les ennemis sc sont présentés au nombre de six mille hommes, commandés par le général anglais O’Hara, gouverneur de Toulon, ont culbuté nos avant-postes et sont arrivés à la batterie. Ils ont encloué les six pièces de 24 qui y sont. Dans ce moment-là, nous y sommes arrivés en force. Le général Dugommier s’est battu avec un courage vraiment républicain. Nous avons repris la batterie et fait prisonnier le général, qui a été blessé au bras ; nous avons poursuivi les ennemis la baïonnette dans les reins ; nous leur avons tué 4 à 500 hommes; avons fait un nombre de prisonniers , lesquels un colonel espagnol, un major anglais et un grand nombre d’officiers subalternes. Les canons de la Convention ont été sur-le-champ désencloués, et assez à temps pour accroitre la confusion de leur retraite.

Nos soldats, que l’indignation transportait, se sont portés sur-le-champ sur Malbousquet : nous les avons chassés de deux hauteurs contiguës ; nous leur avons détruit un ouvrage qu’ils commençaient à faire ; nous leur avons enlevé un grand nombre de tentes ; nous avons déchiré ce que nous n’avons pas pu emporter. Il y avait sept heures que le combat durait ; l’escadre fit un mouvement pour s’avancer vers la poudrière ; la batterie de la petite rade, qui n’avait pas encore tiré , la obligée à se tenir à une distance raisonnable.

Rien n’égale le courage qu’ont montré nos soldats dans cette journée. C’est un heureux présage pour l’exécution du plan gui a été arrêté-

 

AU CITOYEN GASSENDI.

Ollioules, 17 frimaire an II (7 décembre 1793).

J’ai reçu toutes les différentes lettres que vous m’avez écrites. J’ai vu avec regret les persécutions que vous craignez. Je vous enverrai, par le prochain courrier, une attestation des représentants du peuple et une espèce de recommandation générale.

Gasparin est mort.

Vous ne me parlez pas de ce que vous prétendez faire après votre retour à Nuits.

Ici nous sommes toujours à peu près dans la même position. L’armée est forte de trente mille hommes. Nous avons onze batteries contre le fort de Malbousquet et le camp de l’Éguillette. Les ennemis ont tenté, il y a quelques jours , de s’emparer de la batterie de la Convention , composée de sept pièces de 24.

Cette batterie est à mille toises de Toulon et bat Malbousquet par droite ; ils se sont emparés de la batterie, ont encloué nos pièces ; mais la réaction leur a été funeste. Nous leur avons fait deux cents prisonniers, parmi lesquels le général en chef, gouverneur de Toulon, nommé O’Hara, un colonel espagnol , un major anglais et une vingtaine d’officiers.

Plus de quatre cents, presque tous Anglais, ont été tués. Nos troupes alors se sont jetées sur Malbousquet et sont arrivées jusqu’aux chevaux de frise. Il y avait sept heures que nous nous battions et il était midi. Nous avons eu cent cinquante blessés et une cinquantaine de morts.

Vous feriez bien de passer à Saint-Étienne pour nous procurer des pièces de rechange, des tire-bourres, des sabres et toute espèce d’outils pour notre atelier de salle d’armes.

 

AU CITOYEN DUPIN.

Ollioules, 4 nivôse an II (24 décembre 1793).

 Je t’avais annoncé de brillants succès, et tu vois que je te tiens parole. Excédé de fatigue et d’occupation, je n’ai pas pu t’en instruire le premier ; il me suffira de te dire que les Anglais n’ont enlevé aucune de nos pièces, que nous avons trouvé dans Toulon la même artillerie qui y était avant leur entrée. Il est vrai qu’ils l’ont enclouée ; mais à l’heure que je t’écris, plus de la moitié ne l’est plus. Ils n’ont que perfectionné et augmenté les fortifications de la place : ainsi Toulon est plus dans le cas de se défendre aujourd’hui que jamais. Les ennemis ont mis dans leur retraite une précipitation inouïe. Une grande partie de leurs tentes, de leur bagages, est tombée en notre pouvoir. Ils ne se sont pas donnés le temps de bien mettre le feu aux vaisseaux, puisqu’il nous en reste encore quinze. Ils n’ont pas brûlé nos magasins de bois ni la corderie. J’ai visité l’arsenal de mer, et je puis t’assurer que le mal qu’ils nous ont fait est très-réparable.

Si le vent les eût obligés à tarder quatre heures, ils étaient perdus. Une frégate qui était plus mauvaise voilière, ayant un peu tardé à sortir, s’est trouvée à portée du canon au moment où nos batteries de l’Éguillette ont été finies ; nous l’avons chauffée à boulets rouges, et, à la grande satisfaction de tous les Républicains, et à la vue de toute l’escadre, nous l’avons brûlée.

Il y a dans ce moment-ci à Balaguier 15 pièces de canon en batterie, avec une bonne forge à boulets rouges.

Il y a 10 pièces à l’Éguillette et 12 pièces à la Grosse Tour, avec un train à boulets rouges pour chacun de ces trois endroits. Trois bricks de 18 canons espagnols sont tout bonnement, la nuit passée, entrés dans la petite rade ; l’ordre est donné de laisser entrer qui veut , mais non pas d’en laisser sortir ; nous les avons pris tous les trois , à leur grand étonnement. Nous attendons ce soir un grand vaisseau de guerre espagnol ; s’il ne rencontre pas quelque aviso, il viendra se prendre aussi dans la cage.

Je m’occupe de faire construire des fours à réverbère ; on travaille à en construire un à la Grosse Tour ; j’en ferai construire un autre à Balaguier : il en existe déjà à Marseille.

J’ai fait retourner à Briançon et Mont-Lyon les pièces de canon que ces places nous avaient fournies.

Nous n’avons trouvé à Toulon que quarante milliers de poudre.