Correspondance de Napoléon – Février 1805

La Malmaison, 23 février 1805

Au roi d’Espagne

Monsieur mon Frère, mon aide de camp, colonel général de mes hussards et mon ambassadeur en Portugal, le général Junot, remettra cette lettre au moment où il fera sa cour à Votre Majesté. J’ai voulu profiter de cette circonstance pour rappeler à son souvenir les grands intérêts qui nous occupent dans ce moment. Votre Majesté aura vu ce que j’ai fait auprès du roi d’Angleterre pour donner le repos à toute la génération actuelle, qui en a besoin. Mais ils veulent se battre; ils se fient sur la supériorité de leur marine; ils se repentiront de nous pousser à bout. Il ne nous reste plus qu’à nous reposer sur l’aide de Dieu, notre bon droit et sur la bravoure de nos armées. Votre Majesté tenant ce qu’elle a promis, je lui réponds que nous ferons repentir ces dominateurs de la mer. Que Votre Majesté prenne des mesures énergiques, fasse envoyer des secours abondants en argent dans ses ports; c’est le nerf de la guerre, c’est le seul moyen de lever tous les obstacles, surtout dans la partie de la marine. Votre Majesté sentira la nécessité de forcer le Portugal à faire cause commune avec nous. La perte du commerce de Lisbonne forcera les Anglais à prendre enfin un parti.

 

La Malmaison, 23 février 1805

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, mon intention est que désormais vous me présentiez votre travail le dernier mercredi de chaque mois. A chaque nomination, on me fera connaître les emplois vacants. On ne proposera au grade de chef d’escadron ou de bataillon aucun sujet qui n’ait huit ans de service comme officier et ne soit capitaine depuis l’an VIII. On ne proposera pour capitaines que des officiers ayant au moins huit ans de service et quatre ans de grade de lieutenant. Nul ne sera proposé pour lieutenant s’il n’a quatre ans de grade de sous-lieutenant à dater du moment de son arrivée au corps. Aucun sergent ou maréchal des logis ne pourra être présenté pour sous-lieutenant s’il n’a six ans de service et quatre ans de grade, à moins qu’il ne sorte de l’école militaire de Fontainebleau ou du prytanée de Saint-Cyr. Les nominations d’officiers généraux et de colonels n’auront lieu que deux fois par an, le dernier mercredi de ventôse et le dernier mercredi de fructidor. On me fera connaître les services des officiers présentés. On aura soin que les officiers de la ligne n’éprouvent point de passe-droit, et ces propositions me seront faites, non sur des demandes particulières, mais sur les services comparés de chacun. Aucun aide de camp du grade de lieutenant ne pourra obtenir d’avancement s’il n’a fait, pendant deux ans, le service de son grade dans un régiment. Quand un officier sera proposé pour le grade de major ou de colonel, il ne recevra son brevet qu’après m’avoir été présenté et avoir commandé les manœuvres à la parade. Vous tiendrez strictement la main à l’exécution de ces dispositions.

 

La Malmaison, 23 février 1805

Au maréchal Berthier

La légion italienne, qui est à l’île d’Elbe, est composée de trois bataillons et ne forme cependant que 1,500 hommes. Mon intention est qu’elle soit formée à deux bataillons. On choisira les meilleurs officiers; les autres seront supprimés, et les compagnies seront portées au complet du grand pied de guerre.

Le bataillon franc de l’île d’Elbe a deux bataillons et cependant ne forme que 750 hommes; mon intention est qu’il n’en soit formé qu’un bataillon de cinq compagnies, que les meilleurs officiers soient maintenus et les autres licenciés, et les compagnies au grand complet de guerre.

Vous me ferez un rapport sur l’état actuel des cinq bataillons corses et sur la manière dont ils sont payés et entretenus, et un projet tel qu’avec la force actuelle des bataillons chaque compagnie ait au moins 110 soldats.

Rapport sur le bataillon qui s’organise sous le nom de légion du Midi. Mon intention est qu’on ne procède à de nouvelles compagnies qu’autant que les compagnies seront au grand complet de guerre.

 

La Malmaison, 23 février 1805

DÉCISION

M. de Clermont-Tonnerre, évêque, demande s’il doit retourner en Italie lorsque Sa Sainteté partira. Il désirerait être attaché à la personne de Sa Majesté.Je désire que le ministre des cultes me fasse un rapport sur le mérite de ce prélat et sur ce qu’il serait possible d’en faire.

DÉCISION

Le ministre de la guerre propose de réformer avec traitement le capitaine Estienne du 12e régiment de chasseurs.Le réprimander et lui défendre  de boire.

 

La Malmaison, 23 février 1805

Au vice-amiral Decrès

Nous sommes au sixième mois de l’année, et aucune des constructions prescrites par votre budget n’ont encore eu lieu. Au ler vendémiaire il y avait à Anvers, 5 vaisseaux en construction; il n’y en a encore que 5. Par votre budget, vous devez, dans le courant de, l’année, en avoir 8; mon intention est que le sixième soit mis sur le chantier dans le courant de germinal, le septième en floréal, et le huitième en thermidor. Vous devez mettre en construction un vaisseau à Saint-Malo; mon intention est qu’il y soit en germinal, et, en cas de trop d’obstacles, le faire remplacer par une frégate du modèle de l’Égyptienne, portant du canon de 24.

On devait mettre à Rochefort le Triomphant et un vaisseau de 110, aucun n’est encore sur le chantier; mon intention est que le premier y soit en germinal, et le deuxième en floréal. Enfin on devait mettre à Toulon un vaisseau de 110 ; mon intention est qu’il y soit au plus tard en floréal. Prenez des mesures pour que ces différentes dispositions soient suivies, afin de remplir le but de votre budget.

Les constructions portées à votre budget ne sont point suffisantes pour subvenir aux pertes que nous pouvons éprouver, et aussi pour donner de l’occupation et du travail aux ouvriers qui se trouvent sur les différents points de la côte, et qui, faute de ces secours, seraient plongés dans la plus profonde misère. Mon intention est donc qu’il soit mis à Lorient, avant le ler thermidor, un second vaisseau de 80; à Toulon, un vaisseau de 80, pour remplacer le Pluton; 3 frégates au Havre, toutes du modèle de l’Égyptienneet portant du canon de 24; la première sera mise sur le chantier en germinal, la deuxième en floréal, et la troisième en prairial. Vous mettrez également à Nantes une frégate comme l’Égyptienne, portant du 24.

Vous ferez mettre 8 flûtes de 800 tonneaux, d’un modèle régulier, en construction dans les ports de Saint-Valery-sur-Somme, Dieppe, Fécamp, Honfleur et Granville, et, dans la Méditerranée, 4 flûtes de la force de la Nourrice dans les ports de la Ciotat, Saint-Tropez ou Marseille; et, pour subvenir à cette dépense extraordinaire de construction, qui n’est point comprise dans votre budget, je vous donne un crédit d’un supplément de deux millions, dont vous ne pourrez disposer que pour ce supplément de constructions. Je n’ai pas besoin de vous faire connaître toute l’importance des mesures que je vous prescris et auxquelles je me suis décidé, non-seulement pour le bien de la marine, mais aussi pour le soulagement des ouvriers des côtes, dont la misère devient tous les jours plus considérable.

 

La Malmaison, 24 février 1805

Au général Caulaincourt, grand-écuyer

Mon intention est que désormais mes voyages ne soient pas à charge au trésor public. Tous les mouvements de chevaux et frais de tournée seront soldés par mon trésorier, sur les fonds qui vous son accordés par le budget. Mon voyage et celui de l’Impératrice dans la Belgique m’a coûté 400,000 francs pour les mouvements de chevaux, les frais de poste non compris. Cela provient des mauvaises dispositions qui ont été prises. Faites-moi un rapport sur les mouvements de chevaux nécessaires pour mon voyage de Milan. Joignez-y le bordereau de cette dépense. Faites en même temps un règlement très-sévère, qui porte le plus d’ordre et le plus d’économie possible dans ce genre de dépense, qui deviendrait très-considérable, puisque mon intention est de faire de grands voyages tous les ans. En marchant par plusieurs convois et en faisant suivre des routes différentes, on doit trouver moyen de diminuer considérablement ces frais. Il ne faut pas faire comme pour le voyage de la Belgique, où l’on a attiré des chevaux de Paris à Mayence. Je désire que vous me présentiez sur tous ces objets un rapport très-détaillé.

Mon intention est qu’on ne se serve plus de chevaux de poste pour les voyages de Fontainebleau, de Compiègne, de Saint-Cloud et de la Malmaison. Mon dernier voyage de Fontainebleau a coûté plus de 24,000 francs en mouvements; des chevaux d’écurie auraient bien pu y pourvoir.

 

La Malmaison, 24 février 1805

NOTES POUR LE MINISTRE DES FINANCES

(La minute de ces notes est accompagnée d’une lettre d’envoi ainsi conçue : J’ai l’honneur, Monsieur, d’adresser à Votre Excellence les minutes de lettres que Sa Majesté a dictées et qu’elle m’a chargé de vous transmettre en vous invitant à y porter la même attention que si elles étaient revêtues de sa signature. – Le secrétaire d’État, H. B. Maret)

I

J’ai vu le rapport que vous a fait le directeur général de l’enregistrement sur les ventes de domaines nationaux pendant le mois de nivôse dernier. Je remarque que les départements de la Roër, de la Sarre, de Rhin-et-Moselle et du Mont-Tonnerre figurent dans l’état pour des sommes fort inférieures à ce qu’elles devraient être. Je désire aussi savoir si les biens de l’association de Heidelberg sont mis en vente.

Je vois avec surprise, et je vous prie d’en témoigner mon mécontentement, qu’on ne procède pas encore à la vente des domaines nationaux du Piémont. Pourquoi la loi proclamée depuis plus d’un an n’est-elle pas encore exécutée ? C’est au ministre des finances à lever tous les obstacles, puisque c’est lui seul qui connaît l’intérêt du trésor public à sa prompte exécution.

II

Les octrois ont produit, dans l’an XII, 45 millions. La retenue ordonnée en l’an XI pour le pain de soupe des sous-officiers et soldats, à raison de cinq pour cent du produit net, devait monter à plusieurs millions; les versements devaient se faire par douzième par mois. Cependant il n’y a presque pas eu de rentrées au trésor public. Je désire que vous me fassiez connaître, lors de votre prochain travail, combien cet octroi devait pour cette retenue, combien il a payé , et combien il doit encore; et que vous preniez des mesures pour qu’au ler germinal tout l’an XII soit soldé, et les six premiers mois de l’an XIII mis au courant.

Je n’entendrai à aucune modification à ces dispositions, et je désire qu’elles soient exécutées sans aucun délai.

Les octrois méritent en général toute votre sollicitude : les frais perception sont trop chers; des dilapidations scandaleuses ont excité l’indignation dans plusieurs villes; dans d’autres, on a taxé non les consommations, mais les matières premières et des objets de commerce, et établi de la sorte des entraves qui feraient rentrer notre industrie dans la barbarie.

Adressez aux préfets une circulaire pour leur rappeler que c’est à eux à recueillir les réclamations de l’opprimé, et, lorsqu’ils sont éveillés par elles, à concilier tous les intérêts avec l’avantage des communes; que la responsabilité d’un administrateur doit être matériellement à couvert lorsque les formes sont remplies, mais qui reste encore un devoir aux préfets et sous-préfets, c’est de déjouer toutes les petites manœuvres de l’intérêt particulier.

Du reste, le rapport qui vous est fait ne répond point aux plaintes. Ce n’est pas l’administration de Paris qu’on accuse; mais on a souvent mis à la tête des octrois des hommes d’une moralité suspecte. Une surveillance ordinaire ne suffit pas, et il faut prendre les dénonciations en considération.

Dans un État comme la France, toutes les mesures sévères doivent partir du centre, parce que le gouvernement est au-dessus de toutes les influences de la cupidité particulière.

Je ne veux pas cependant méconnaître que le directeur général des octrois n’ait fait beaucoup de choses. Mais, en administration, mon principe est qu’il n’y a aucun éloge à donner tant qu’il reste beaucoup à faire.

J’approuve que l’on attendre encore plusieurs années avant de songer à réunir les octrois à une régie générale des droits réunis.

Vous me présenterez un projet sur la mesure proposée d’éloigner de Paris les magasins de vin et d’eau-de-vie, puisque vous supposez qu’il en résulterait une augmentation de quatre millions dans les produits de l’octroi de cette capitale.

J’ai également lu avec attention le rapport sur l’octroi de Marseille. Le conseiller d’État Français, que j’ai envoyé en mission à Marseille, il y a deux ans, y a mérité l’estime des habitants; mais il a dû se convaincre plus que personne des abus nombreux qui existent dans les départements éloignés de la capitale.

Je ne conçois pas comment on aurait supposé que le fermier de l’octroi est employé dans les droits réunis, sinon comme directeur, du moins comme inspecteur.

Les préfets doivent avoir sans doute la haute main sur les octrois; mais les adjudications ne devraient-elles pas être faites par les maires ? En effet, à qui se plaindre, s’il y a de la fraude ? Je désire connaître quel usage on a suivi de tout temps sur cette matière.

III

Les dépenses occasionnées par mes voyages, les frais de poste non compris, me paraissent extrêmement fortes : cela tient à plusieurs causes. Les mouvements de chevaux ne devraient être faits qu’après avoir été ordonnés par vous, en conséquence des ordres que vous auriez reçus de moi, et de la connaissance positive qui vous aurait été donnée de mon itinéraire. Ces formes n’ont point été suivies, et, faute de notions exactes sur le moment du départ, on a fait très-souvent des mouvements inutiles, qui ont occasionné des dépenses considérables.

Les princes et les princesses n’ont pas assez de train pour qu’il soit nécessaire de faire pour eux des mouvements de relais. Il en est de même du vice-président de la République italienne. Non-seulement aucun mouvement ne doit être fait soit pour mes voyages, soit pour ceux d’aucune autre personne, sans un ordre de moi, mais encore sans qu’on ait remis au grand écuyer l’état des dépenses qui en résulteront. C’est parce qu’on croit qu’il n’en coûte rien qu’on se décide légèrement à des dépenses qui se trouvent excessives.

Désormais tous ces frais seront supportés par la liste civile, et M. le grand écuyer y pourvoira sur le crédit qui lui est ouvert. Quant aux dépenses qui ont eu lieu jusqu’à ce jour, faites-en faire l’avance par la caisse des postes, pour que le payement des maîtres de poste n’éprouve point de retard. On régularisera ensuite cette dépense lorsqu’on s’occupera du budget.

 

La Malmaison, 24 février 1805

A M. Barbé-Marbois

Je vous prie de m’apporter, au conseil du 15, l’état des obligations de l’exercice an XIII sorties pour nantissement du traité de l’Espagne, et de celles qui seront rentrées au trésor le 10 ventôse. Mon intention est, je ne puis que le réitérer, que toutes ces obligations rentrent, puisque les fournisseurs se sont arrangés avec l’Espagne aux conditions les plus avantageuses.

 

La Malmaison, 24 février 1805

A M. Lacépède

Je désire note des renseignements ci-joints :

L’Empereur a appris avec plaisir, par la lettre du 28 pluviôse, qu’il commence à y avoir du mouvement à Cadix et au Ferrol; il y a envoyé un courrier et espère apprendre que 5 vaisseaux sont dans cette rade. Cependant on se plaignait du manque d’argent à Cadix; il n’y avait encore que 2 vaisseaux en rade; il espère à présent qu’il y en aura 5. Voilà la saison des grandes opérations; l’été, rien ni pourra sortir; les ordres ont été donnés aux escadres de France. J’a chargé Junot de demander que des ordres soient envoyés au Ferrol et à Cadix pour que ces vaisseaux suivent la destination à Cadix et au Ferrol; de grandes opérations se méditent ici. Il faut donc que sans perdre un moment, les Espagnols à Cadix et au Ferrol aient ordre de se joindre à l’escadre française. Le résultat serait à la satisfaction commune. Si, au moment où le prince de la Paix lira cette note, il n’avait pas encore envoyé les ordres, qu’il les envoie par courrier. Tout a été prévu; il serait fâcheux que la moindre hésitation à Madrid donnât à ce prince le regret de n’avoir pas coopéré de grandes opérations.

 

La Malmaison, 24 février 1805

Au vice-amiral Decrès

Je désire avoir un mémoire sur la question de refonte des vaisseaux, frégates, bricks et flûtes. La quantité de bois de toute espèce, de matières et d’argent qu’on emploie dans une refonte, équivaut aux trois quarts de la valeur d’un bâtiment; n’équivaudrait-elle qu’à la moitié, c’est perdre du temps, de la matière et de l’argent, pour avoir un vaisseau imparfait et que l’expérience prouve souvent n’être d’aucun service. Qu’on radoube les vaisseaux, qu’on classe ceux qui ne sont propres qu’à une campagne d’été, ceux qui ne le sont qu’à une campagne d’un ou deux mois , cela est dans l’ordre des choses. Mais beaucoup de bons esprits pensent que, quand une refonte conduirait à employer la moitié de la matière d’un bâtiment neuf, il faut y renoncer, et qu’il vaut mieux avoir un vaisseau neuf que deux refondus. Je pense donc qu’un décret sur cet objet serait nécessaire, non-seulement pour nous donner de l’économie, mais même pour nous faire arriver à avoir une marine.

Si l’on calcule ce qu’une frégate comme la Thétis coûtera de refonte, on sentira facilement le poids de ces observations. Elle coûtera peut-être les trois quarts et ne sera que d’un service incertain et de peu d’années.

 

La Malmaison, 25 février 1805

A M. Champagny

Monsieur Champagny, mon Ministre de l’intérieur, la route d’Alexandrie à Turin n’est pas achevée : il y a deux lieues à faire; j’avais déjà ordonné qu’on s’en occupât. Je désire connaître où en sont ces travaux et ce qu’il sera possible de faire cette année.

 

La Malmaison, 26 février 1805

DÉCISION

Il est présenté une demande de gratification de Bacler d’AlbeJ’avais remis à M. Denon un projet qui aurait donné beaucoup de travail à M. d’Albe, et lui aurait fourni les moyens d’utiliser ses talents et son savoir; je désire que ce projet soit mis en exécution.

 

 La Malmaison, 26 février 1805

Au maréchal Berthier

Je vous ai accordé un supplément de fonds de deux millions, que mon intention est que vous employiez aux travaux d’Alexandrie, indépendamment des fonds affectés par votre budget. Par ce moyen on dépenserait, cette campagne, à Alexandrie, près de cinq millions, de manière qu’elle eût acquis un certain degré de défense. Il est d’une grande importance que Marescot parte sous huit ou dix jours et y séjourne jusqu’à mon arrivée, afin d’inspecter les travaux et les  projets avec la plus grande attention, et pouvoir, de concert avec Chasseloup, prendre à mon passage le parti que pourraient exiger les circonstances.

Faites-moi connaître, au conseil du 15, la situation de la caisse d’Alexandrie. Prenez des mesures pour que, toute la campagne, l’argent y soit abondant; que les travaux soient poussés avec la plus grande rapidité.

Il faudrait avoir des armes à la salle d’armes d’Alexandrie; il y en a fort peu en Italie. Il faudrait prendre des mesures pour en faire arriver de la manière la plus économique. Faites-moi connaître s’il serait possible d’en placer 60,000 : 20,000 à Briançon, 20,000 à Fenestrelle, et 20,000 à Alexandrie, et d’où vous pourrez tirer 60,000 fusils; ce que coûterait le transport; cela ne serait pas pressé et serait suffisant dans le courant de l’été; ce qui, avec 20 ou 30,000 fusils à Grenoble, mettrait à l’abri de tout événement, pour une campagne, tout le service d’Italie. J’ai, il y a deux ans, prescrit différentes mesures pour que toute l’artillerie soit concentrée à Alexandrie et à la citadelle de Turin ; faites-les-moi remettre sous les yeux, et rendez-moi compte de leur exécution. Écrivez aux directeurs d’artillerie pour que ce qui aurait été négligé soit fait. A mon passage, je serais fâché de voir que mes ordres n’ont pas été exécutés.

 

Paris, 27 février 1805

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

Dans la nécessité de donner de l’ouvrage aux habitants des côtes, et le budget des travaux pour les ports étant de 1,300,000 francs, je désire y joindre deux millions sur les fonds de réserve, ce qui les portera à 3,300,000 francs; le ministre de la marine y joindra un million , ce qui les portera à 4,300,000 francs. Il faudra répartir ces fonds sur les côtes de la manière la plus avantageuse, mais en donnant une attention particulière aux côtes de Bretagne et de Normandie, dont les habitants, plus gênés par les croiseurs anglais, paraissent être ceux qui ont le plus souffert de la guerre. Et c’est à cet effet que j’ai demandé au ministre de l’intérieur le rapport des crédits qui lui ont été ouverts, de ce qu’il lui reste à payer, de ce n’il a dépensé, et s’il lui est encore beaucoup dû sur ce chapitre; je suis très-disposé à en accélérer le payement.

 

Paris, 27 février 1805

Au cardinal Fesch

Monsieur mon Oncle et Cousin, la députation du Liamone m’a fait plusieurs demandes pour la ville d’Ajaccio : je désire savoir quels travaux y ont été déjà faits, et ce qu’il serait nécessaire d’y faire. J’ai ordonné que les députés qui ne touchent aucun traitement de l’État reçussent sur mon trésor, par ordonnance de mon intendant général, 3,000 francs pour leurs frais de voyage.

 

Paris, 27 février 1805

NOTES POUR LE MINISTRE DES FINANCES

PREMIÈRE NOTE

Le ministre est invité à proposer un projet de décret sur les bases ci-après :

1° l’administration du Prytanée remettra, avant le ler germinal, l’état des biens de cet établissement, divisés par départements, et avec les renseignements sur ce que chaque espèce de biens aura produit chaque année.
2° Le directeur général de l’enregistrement enverra ces états aux préfets, pour que les ventes commencent aussitôt, à dater du ler germinal.
Les revenus du Prytanée seront versés à la caisse d’amortissement.
3° Le montant des ventes sera versé à la caisse d’amortissement pour être employé, sur l’autorisation du ministre de l’intérieur, en rentes à cinq pour cent.
4° Le ministre des finances fera connaître, dans la première quinzaine de germinal, quels sont les bois qui doivent être vendus, et quels sont ceux qu’il convient de réunir aux forêts nationales. Il proposera à l’égard de ceux-ci les mesures à prendre pour en donner l’équivalent.

DEUXIÈME NOTE

Le ministre des finances se concertera avec le grand chancelier de la Légion d’honneur au sujet de ceux des biens de la Légion qui doivent être mis en vente, en exécution de la nouvelle loi. Sa Majesté accordera, samedi prochain, au ministre et au grand chancelier, une heure pour le travail à faire à cet égard. L’intention est, en général, de vendre tous les immeubles, à l’exception d’un capital de 1,00,000 francs par cohorte. Les bois seront spécialement compris dans cette réserve.

Le ministre se concertera également avec le chancelier du Sénat pour la vente des biens, en exécution du nouveau sénatus-consulte. Il convient particulièrement que les biens affectés au Sénat, dans les quatre départements réunis, soient vendus sans délai. Le ministre fera remarquer que Sa Majesté est dirigée à cet égard par des vues politiques et par l’impossibilité de laisser subsister une mainmorte aussi considérable dans les nouveaux départements. Il aidera le chancelier du Sénat pour les travaux préparatoires, afin qu’il soit possible de tenir, avant le 15 de ce mois, un grand conseil d’administration pour cet objet.

Enfin il convient de prendre toutes les mesures nécessaires pour pousser les ventes aussi rapidement qu’il sera possible, en évitant toutefois que la multitude des ventes ne fasse baisser les prix.

Le ministre portera une attention particulière à la vente des biens de l’administration de Heidelberg, attendu qu’il y a dans le pays des intérêts particuliers qui tendent à y mettre obstacle.

Dans les états que le ministre remet chaque mois, on distinguera les ventes des départements réunis de l’administration de Heidelberg, de la dotation du Sénat, de celle de la Légion d’honneur et des biens du Prytanée.

 

Paris, 27 février 1805

NOTE POUR LES MINISTRES DE LA GUERRE ET DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE

Le 3e bataillon du 18e de ligne, le 3e bataillon du 4e d’infanterie légère et le 4e escadron du 97e de dragons, seront habillés suivant les nouveaux modèles, au plus tard avant le premier dimanche de floréal. On aura soin de rendre la veste plus jolie, afin que l’été le soldat puisse rester sans habit et se trouver encore agréablement vêtu.

Les deux premiers bataillons et les trois premiers escadrons resteront disponibles et habillés en entier suivant l’ancienne ordonnance.

 

Paris, 27 février 1805

Au maréchal Soult

Mon Cousin, huit jours au plus lard après votre arrivée, je désire que vous me fassiez connaître, par un mémoire très-détaillé, la situation du fort en bois, du bassin et du port de Boulogne, de celui de Wimereux et d’Ambleteuse, et la situation des divisions des différentes ailes de la flottille, et quelle espèce de difficultés on pourrait éprouver pour les mettre à la mer. Faites-moi aussi connaître la situation de tous les magasins de réserve; également la situation de l’artillerie, l’endroit où elle se trouve. Mettez-moi à même de connaître la situation de l’armée, car le temps n’est pas éloigné où nous commencerons enfin nos opérations.

 

Paris, 28 février 1805

Au maréchal Berthier

Donnez l’ordre au général Nansouty de passer une revue des 9e, 3e, 9e, 10e, 11e et 12e régiments de cuirassiers, et de me faire, après la revue de chaque régiment, un travail afin de mettre promptement ces régiments à même de fournir chacun trois escadrons en campagne, forts de 130 hommes par escadron, officiers non compris, c’est-à-dire plus de 400 hommes par régiment. Sa revue devra être finie avant le 15 germinal.

Donnez ordre également au général Baraguey d’Hilliers de passer la revue des 22e, 25e, 26e, 27e, 28e et 30e régiments de dragons. Mon intention est que ces six régiments soient mis en état de pouvoir fournir trois escadrons de guerre pour entrer en campagne, forts de 220 hommes, dont 120 à cheval et 100 à pied. Il correspondra avec vous à chaque régiment, afin qu’il soit pris des mesures pour les mettre en état de servir. La revue devra être finie avant le 15 germinal, et cet officier général être rendu au camp de Compiègne.

Je vous prie de me faire connaître l’état de situation, en hommes, des trente régiments de dragons, ce qui leur manque au complet du pied de guerre et de paix, et de me proposer une levée sur la réserve de l’an XIII pour compléter ces dragons dans la double hypothèse du pied de guerre et de paix; de me faire connaître les départements où on les lèverait plus facilement et où les hommes seraient plus propres au service des dragons.

 

Paris, 28 février 1805

Au maréchal Berthier

Le bataillon d’élite du 12e léger ne peut pas être à Belle-Isle-en- Mer, comme le porte votre état; c’est une erreur de bureau.

Savoir quand le 2le léger arrive à Novare.

Les compagnies de grenadiers et de chasseurs d’Arras seront ainsi composées : 2 officiers, 1 sergent-major, 1 caporal-fourrier, 4 sergents, 8 caporaux, 2 tambours, 110 soldats, 2 élèves ayant le rang de sergents, choisis dans le prytanée de Saint-Cyr, âgés de plus de dix-huit ans, qui joindront leur bataillon avant le 1er germinal. La compagnie sera donc de 130 hommes, qui, multipliés par 6, portent le bataillon d’élite à 780 hommes.

 

Paris, 28 février 1805

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE

Les quatre millions à fournir par la caisse des Invalides de la marine se composent,

1° De 1,500,000 francs de bénéfices résultant de l’excédant des recettes sur les dépenses de l’an XIII;
2° De 2,500,000 francs provenant de l’acquisition qui sera faite par la caisse d’amortissement d’une quotité de rentes montant de 2 à 300,000 francs, selon le cours. Cette aliénation ne se fera point par une vente de rentes; mais la caisse d’amortissement comptera de ses fonds 2,500,000 francs, et deviendra propriétaire de rentes appartenant à la caisse des Invalides pour la valeur au cours de cette somme.

Le ministre présentera un budget pour l’emploi de ces quatre millions et des deux millions d’extraordinaire qui vont être mis à sa disposition sur ls fonds de réserve. Ce budget sera divisé en deux chapitres intitulés de la manière suivante :

Chapitre Ier. Supplément aux travaux de constructions.

Chapitre II. Supplément aux travaux hydrauliques.