Correspondance de Napoléon – Février 1812

Paris, 28 février 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie que son contingent se trouve organisé de manière à n’être point maniable à la guerre. Cette division en avant-garde, corps d’armée et réserve, n’est pas celle qui convient. Mandez-lui qu’il doit former son corps d’armée en deux divisions d’infanterie et une brigade de cavalerie :

1e division, neuf bataillons d’infanterie, un régiment de hussards et dix-huit pièces d’artillerie, outre l’artillerie des régiments;

2e division, neuf bataillons d’infanterie, un régiment de hussards et dix-huit pièces d’artillerie;

La 1e brigade de cavalerie sera composée de deux régiments de cuirassiers, des chevau-légers lanciers de la garde, des gardes du corps et de deux batteries d’artillerie à cheval de 12 pièces.

Le train et les administrations doivent, ainsi que les équipages militaires, être répartis entre les trois divisions. Par conséquent, il y aura quatre brigades d’infanterie, dont deux de quatre bataillons et deux de cinq bataillons.

Par ce moyen, il aura un corps d’armée très-simple et facile à manier. Si les troupes qu’il a à Danzig le rejoignaient, les divisions se trouveraient de onze bataillons chacune; ce qui n’empêcherait pas, dans les circonstances, de réunir les deux régiments de hussards avec les autres régiments de cavalerie et d’en former une belle division de 2,500 chevaux, et de mettre tel bataillon d’infanterie qu’on voudrait en avant-garde. Mais mon intention est que l’organisation permanente soit en deux divisions et une réserve de cavalerie. Il est bon que cette réserve de cavalerie soit commandée par un général de brigade.

Faites observer au roi de Westphalie que les régiments de cavalerie sont bien faibles à 550 hommes ; il faudrait les porter chacun à 8 ou 900 chevaux, ainsi que le régiment de lanciers de la garde, car devant l’ennemi cela serait réduit à rien.

 

Paris, 29 février 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, j’ai jugé convenable de réunir dans la 10e division militaire une division de réserve composée d’infanterie, de cavalerie et d’artillerie, qui mette une fois pour toutes mes fron­tières à l’abri des incursions des brigands.

Mon intention est de confier ce commandement au général Travot. Vous lui donnerez ordre de partir dans les vingt-quatre heures qui suivront la réception de votre lettre pour se rendre à Toulouse; il s’entendra avec le général l’Huillier, qui commande la 11e division militaire, afin qu’au moindre événement les colonnes de la réserve de Bayonne se mettent en mouvement et se dirigent sur Tarbes.

Lorsqu’il aura reconnu la frontière, il placera ses troupes de la manière qu’il jugera la plus convenable; il fera même construire quel­ques tours défensives aux points les plus importants des cols, si cela est nécessaire. Comme de raison, il ne placera pas ses troupes sur le territoire français, mais sur le revers des montagnes et de manière à être maître du pendant des eaux. Enfin il ne doit pas oublier que son seul but doit être de défendre la frontière.

Le général Avice commandera sa cavalerie. Vous désignerez un colonel d’artillerie pour commander son artillerie. Vous lui donnerez également deux officiers du génie avec une compagnie de pionniers et des outils.

Le général Gareau, qui est à Mont-Louis, sera sous ses ordres. Le général Wouillemont commandera sa droite à Saint-Girons. Le général Brouard recevra l’ordre de se rendre auprès du général Travot pour commander son avant-garde aux débouchés d’Ax et de l’Hospitalet.

Le général Travot portera d’abord son quartier général à Toulouse, et, aussitôt que ses dispositions seront faites et que ses troupes seront suffisamment organisées, il se rendra à Foix ; il se portera ensuite sur Tarbes et Mont-Louis; il visitera lui-même tous ses postes et prendra des mesures telles que je n’entende plus parler d’outrages faits au territoire français par des brigands.

Les troupes aux ordres du général Travot seront :

1° Deux compagnies d’artillerie de ligne, avec douze pièces de canon de montagne, qui seront attelées par ce qu’il y a de train d’ar­tillerie dans la 10e division militaire;

2° Le 4e et le 5e bataillon du 116e;

3° Le régiment qui fait actuellement partie de la réserve de Bayonne, qui est commandé par le major en second Vallet et qui est composé d’hommes des 17e et 31e légers et du 86e de ligne; auquel régiment vous enverrez l’ordre de se rendre à Tarbes, où il recevra les ordres ultérieurs du général commandant ;

4° Le 2e bataillon du 3e régiment du grand-duché de Berg, qui sera complété à 840 hommes par le 1er bataillon; immédiatement après cette opération, le cadre du 1er bataillon retournera complet dans le grand-duché de Berg, et le 2e bataillon ainsi complété se rendra à Tarbes;

5° Le 1er et le 2e bataillon du 29e de ligne, qui seront complétés à 800 hommes; à cet effet, tous les détachements seront rappelés; tout ce qu’il y aurait de disponible dans le 5e bataillon sera versé dans les deux premiers bataillons; tout ce qu’il y aurait d’embarqué sera dé­barqué , et ce régiment se mettra sans délai en marche de Toulon pour Toulouse avec son artillerie, son matériel et ses attelages ;

6° Le cadre des 1er, 2e, 3e et 5e bataillons du 2e régiment de la Méditerranée; tous les conscrits réfractaires qui seraient dans ces ba­taillons seront placés dans le 4e, qui seul restera aux îles d’Hyères; ces quatre bataillons se dirigeront sur Toulouse avec leur colonel tleurs majors, leurs maîtres ouvriers et le dépôt ; le ministre de l’ad­ministration de la guerre décidera s’ils devront emporter une partie des effets d’habillement qu’ils auraient en magasin; arrivés à Toulouse, ces cadres recevront 3,500 conscrits du premier ban de la garde nationale de la 10e division militaire ;

7° Enfin le bataillon de Würzburg et les autres troupes qui sont à Mont-Louis ; ce qui fera 8 à 9,000 hommes d’infanterie. La cavalerie sera composée d’une brigade provisoire, que comman­dera le général Avice. Il aura sous ses ordres :

1° Un régiment provisoire de hussards, qui sera composé de 120 chevaux du 4e hussards, 120 du 1er, 120 du 3e, 50 du 2e et 70 du 10e; total du régiment de marche, 480, formant quatre compagnies ; ce régiment sera commandé par un major en second, que vous dési­gnerez sans délai ; aussitôt que la moitié de ces hommes sera à che­val , ils partiront de leur dépôt pour se rendre à Foix ;

2° Un régiment provisoire de chasseurs, formé de 108 hommes du 29e de chasseurs, 100 hommes du 15; 200 du 13e, 100 du 22e; total, 500 hommes ou cinq compagnies; aussitôt que la moitié sera montée, ils se rendront à Tarbes ou à Foix ; ce régiment sera com­mandé par un major en second ;

3° Enfin un régiment de dragons, qui sera également commandé par un major en second et qui sera composé de 30 chevaux du 16e de dragons, 30 du 21e, 30 du 26e, 30 du 27e, 80 du 25e, 80 du 24e, total, 280 chevaux.

Cette brigade provisoire sera ainsi de 1,260 hommes de cavalerie.

On pourra augmenter les forces en infanterie, s’il est nécessaire, par les cohortes de la garde nationale des 9e et 11e divisions, ainsi que par quelques nouveaux bataillons tirés de la réserve de Bayonne, aussitôt que la conscription aura fourni de nouveaux moyens aux corps qui sont dans la 11e division militaire.

Donnez toujours les ordres pour le départ des quatre bataillons de la Méditerranée ; avant qu’ils soient arrivés à Toulouse, les dispositions que j’ai faites pour le premier ban de la garde nationale vous seront connues.

On conservera toujours les gardes nationales qui sont formées et celles qui sont organisées sous le nom de Chasseurs des montagnes.

On doit avoir au Dépôt des renseignements sur ce qu’il y a à faire pour rectifier cette frontière; faites-les rechercher. Mon intention est que tout le pendant des eaux ainsi que les bonnes positions soient à nous, et que l’on construise des tours sur les cols où il sera néces­saire. Vous me proposerez un décret de réunion aux départements frontières de tous les pendants des eaux.

Vous recommanderez au général Travot de ne pas placer les hom­mes du grand-duché de Berg en première ligne. Ce sont de bonnes troupes qui se battent bien, mais qu’il ne faut pas éparpiller aux avant-postes pour ne pas les exposer à la tentation de déserter. Il peut les tenir dans la main à Castres ou à Foix, et ils donneront bien dans l’exécution.

N’instruisez pas le général Decaen de tous ces préparatifs, mais réi­térez-lui les ordres de manœuvrer de manière à inquiéter par Vich ou Ripoll l’ennemi sur Berga, et de se concerter pour cette opération avec le général Reille, à qui je donne ordre de fournir une colonne pour cerner Urgel. Ce siège regarde le général Decaen ; une fois la place investie, il se trouvera en communication par Puicerda et Mont-Louis avec toutes mes troupes de la frontière.

Écrivez au ministre de l’administration de la guerre pour que des chevaux et des selles soient procurés sans délai, par tous les moyens passibles, aux régiments que je viens de vous indiquer et qui doivent fournir la cavalerie de la réserve, afin que les dépôts puissent monter leurs contingents. Nommez de jeunes majors en second pour commander les régiments provisoires, et chargez-les de parcourir les différents dépôts, afin que les détachements soient plus promptement mis en état de rejoindre.

 

Parie, 29 février 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vois avec plaisir que le million de poudre à expé­dier de Wesel pour Magdeburg et les 500 milliers à expédier de Mayence soient partis; la Prusse m’en a d’ailleurs offert un million. Ainsi ce point impôrtant est mis en règle.

Je crois que l’envoi des 43 bouches à feu, des 18,000 boulets de 20, des 11,000 de 18 et des 1,725 bombes de 7 pouces 2 lignes, etc., qui devaient être expédiés de Wesel, doit être suspendu. J’approuve ce que le général d’artillerie me propose, de modifier l’armement des places de manière que les pièces de 12 remplacent celles de 18, et qu’on ne soit pas obligé de transporter cette grande quantité de bou­lets. Enfin j’approuve qu’on utilise les 76,000 obus de 7 pouces 7 lignes et les 27,000 obus de 6 pouces 9 lignes qui sont à Magdeburg, en y envoyant des pièces qui sont à Metz. Enfin, lorsque ces modifications seront faites, si quelque chose devenait nécessaire, la Prusse le fournirait. Écrivez dans ce sens au général d’artillerie et au ministre de la guerre pour que rien ne soit plus envoyé des places de France pour l’armement des places de l’Oder et de la Vistule, à moins que ce ne soit quelques effets et objets de peu d’importance. Il est néces­saire, cependant, que le premier inspecteur prenne des mesures de manière que les places soient en bon état d’armement.

 

Paris, 29 février 1812.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, vous recevrez un décret par lequel, sans rien changer aux régiments actuels de l’artillerie de marine, j’ai ordonné que le 1er régiment fournirait aux ports de Brest, de Rochefort et de Lorient; le 2e au port de Toulon; le 3e, au port de Cher­bourg, et le 4e à Anvers. Le 1er régiment aura l’état-major d’un bataillon à Lorient et celui d’un autre bataillon à Rochefort. Par ce moyen, il y aura des états-majors d’artillerie dans tous les ports principaux. J’ai laissé le 1er régiment (celui de Brest) à quatre ba­taillons, celui de Toulon à cinq bataillons, et le 3e et le 4e régiment chacun à deux bataillons. Je leur ai laissé la composition actuelle; seulement la formation de la compagnie sera désormais ainsi qu’il suit : les officiers, conformément à l’organisation actuelle; 1 sergent-major, 6 sergents, 1 fourrier, 12 caporaux, 40 canonniers de 1e classe, 40 canonniers de 2e classe, 148 aspirants-canonniers, 2 tambours; total, 254 hommes; ce qui fait plus de 1,500 hommes par bataillon; et pour treize bataillons environ 20,000 hommes. Le nombre des hommes composant actuellement ces bataillons étant de 10,000 hommes, il vous en manque donc 9 à 10,000 pour arriver ainsi au complet de la nouvelle organisation. Or, par mon décret, j’en ai pris 6,000 sur la conscription maritime de 1813; ce qui, sur 9,000 conscrits de la marine, vous en laisse 3,000 pour recruter comme matelots les équipages. Je vous accorde en outre 2,000 hommes sur la conscription de terre, qui est actuellement en mou­vement. Ces 2,000 hommes vous sont fournis par le prélèvement de 14 hommes sur le contingent de chaque régiment. Il est indispensable que, dans la journée de demain, vous en fassiez la répartition entre les ports de Toulon, de Brest, d’Anvers et de Cherbourg, afin que le directeur général de la conscription puisse donner à temps aux pré­fets l’ordre de prélever ces 14 conscrits sur chaque contingent en marche. Ces 2,000 hommes seront tous arrivés dans les différents ports avant le 15 mars, parce que le directeur général désignera de préférence des Provençaux pour le régiment de Toulon, des Bretons et des Poitevins pour celui de Brest, etc. Il sera donc indispensable que vous donniez sans retard l’ordre à l’état-major et au dépôt du 4e régiment de se rendre à Anvers, et à ceux du 3e de se rendre à Cherbourg. Quelques officiers devront même s’y rendre en poste, car les conscrits arriveront avant le dépôt, et il faut quelques officiers pour les recevoir. Vous pouvez même ordonner d’en débarquer quel­ques-uns à Anvers et à Cherbourg pour recevoir provisoirement les conscrits. Moyennant ces dispositions, vous pourrez rendre à Cher­bourg, à Anvers, à Brest et à Toulon, dans le courant d’avril, toutes les compagnies de garnison que vous y avez.

Je n’ai vu qu’inconvénients à changer l’organisation actuelle, et que nouveaux embarras pour la comptabilité. Rien ne peut empêcher que les hommes du régiment de Toulon, une fois embarqués, ne se trouvent dans la rade de Brest, et que ceux de Brest ne se trouvent dans la rade de Toulon; cela est donc sans remède. Le principal est qu’il y ait un état-major et un dépôt d’artillerie dans chaque grand port. Le mauvais air d’Amsterdam et la cherté de tout dans ce pays m’ont empêché d’y placer un dépôt. Quand nous aurons assez de vaisseaux pour en avoir à la Spezia, on pourra exiger qu’un état-major réside à la Spezia. Ainsi vous n’avez aucun nouvel officier à demander; vous n’avez à faire nommer que quelques sergents et capo­raux. Par ce moyen, toutes ces perpétuelles discussions avec la guerre seront terminées. En cas de sortie extraordinaire, on pourra toujours avoir recours au moyen extraordinaire de placer quelque belle compagnie de grenadiers ou voltigeurs à bord du vaisseau com­mandant; mais le service habituel pourra désormais se passer du concours des deux ministères. Ce sera un grand avantage pour le service ; ce sera aussi une grande économie, car vous aurez un offi­cier de moins à bord. Un seul officier pourra commander la garnison et les canonniers. Vous aurez une garnison plus amarinée et plus habile au service du canon, et enfin le colonel ou le chef de bataillon qui restera au dépôt s’y trouvera plus utile.

Paris, 29 février 1812.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai reçu vos deux étals de situation au 15 février.

Je vois avec peine dans l’état de situation du 4e corps de la Grande Armée que les régiments sont partis très-faibles, puisque aucun ne se trouve au complet de 840 hommes effectifs par bataillon, et que le 84e, le 92e, le 9e de ligne, le 35e, etc., n’ont pas leurs bataillons au-dessus de 650 hommes. Ce serait donc environ de 600 hommes que manquerait chaque régiment; ce qui, pour les six régiments français, forme un déficit de près de 4,000 hommes. Il est important de remédier à cet inconvénient et de réunir à Vérone une colonne formée 4e détachements tirés des 5e bataillons et des hommes des hôpitaux. Je vois que le 92e a 400 hommes à son 5e bataillon, que le 84e a 290 hommes, etc. ; tout cela, sans doute, ne pourra pas fournir les 5 ou 600 hommes qui manquent à chaque régiment, mais du moins pourra y suppléer. Je vous ai donné avis que le bataillon du 62e a dû arriver en Italie, que les 5e bataillons du 6e de ligne et du 14e léger et de forts détachements en régiment de la Méditer­ranée ont dû partir de l’île d’Elbe et de Corse pour venir à Vérone; tout cela doit faire un renfort de 14 à 1500 hommes : est-ce arrivé ? Les bataillons du 8e léger, qui se rend en Illyrie est-il passé ? Combien avait-il d’hommes à son passage à Mantoue ? Neuf compagnies des 5e bataillons des 8e et 18e légers et du 23e de ligne sont, il y a bien du temps, parties des Îles Sainte-Marguerite pour se rendre à Laybach : ces compagnies ont-elles passé ? Les 8e et 18e légers devraient donc être au grand complet. J’espère que tout cela pourra former les 3 à 4,000 hommes qui vous manquent et que vous ferez partir de Vérone pour l’armée à la fin de mars.

Vous avez eu le plus grand tort de laisser partir les régiments ita­liens incomplets. Comme les régiments français, Ils  sont tous faibles et n’ont que 5 à 600 hommes par bataillon. Cependant ils ont du monde à leurs 5e bataillons ; vous pouviez même en prendre dansles autres bataillons qui restent en Italie. Faites donc cette opération et complétez les 2,000 hommes environ qui manquent aux régiments italiens, en les réunissant à Vérone. Tous ces détachements formeront ainsi une division de marche de 6,000 hommes d’infanterie.

Toutes les compagnies d’artillerie à pied doivent être fortes de 120 hommes à leur passage à Trente. Il leur manque cependant beaucoup d’hommes : la 9e compagnie du 2e régiment d’artillerie à pied n’a que 112 hommes; la 7e compagnie n’a que 111 hommes; la 5e, la 12e n’ont que 109 hommes; la 8e, la 10e, la 20e compagnie n’ont que 110 hommes, et même 76. Faites fournir par le dépôt du 2e régi­ment d’artillerie à pied, qui reste en Italie, et par les hommes sortant des hôpitaux, ce qui est nécessaire pour porter tes compagnies de ce régiment à 120 hommes chacune.

Je fais la même observation pour les compagnies d’artillerie ita­liennes. Les compagnies d’artillerie à cheval doivent être de 100 hom­mes; cependant la 2e compagnie du 4e régiment n’a que 82 hommes ; la 3e compagnie, 80 hommes ; la 6e compagnie, 81 hommes; la 4e et la 5e compagnie n’ont que 84 et 86 hommes. Il y a suffisamment de chevaux, mais il n’y a pas suffisamment d’hommes. Prenez dans le dépôt du 4e régiment ce qui est nécessaire, et dirigez-le sur Vérone pour compléter à 100 hommes chacune de ces compagnies. Je fais la même observation pour la compagnie d’artillerie à cheval italienne.

Je fais la même observation pour les compagnies de sapeurs ; elles doivent être de 150 hommes, elles sont de moins de 120 hommes : remplacez-les.

Quant à la cavalerie, tout ce que les régiments de cavalerie légère français ont à leurs petits dépôts doit se rendre à Vérone, à mesure que les hommes guérissent, pour rejoindre leur régiment. Quant aux deux régiments italiens, je vous ai mandé que je les trouvais bien faibles. Il est nécessaire que vous tiriez des autres régiments de chas­seurs le nombre d’hommes nécessaire pour porter les escadrons à 250 hommes, officiers compris. Vous formerez de ces détachements un escadron de marche : vous ferez armer et habiller les hommes, et vous les ferez partir à pied pour Augsbourg, où vous ferez passer des marchés pour leur fournir des chevaux. Il faut qu’à la fin d’avril ces régiments aient 1,000 hommes à cheval effectifs, c’est-à-dire 900 hommes devant l’ennemi. Je pourvois au complètement du régi­ment français par les dépôts de Besançon, puisque les 4e escadrons vont les joindre. Les 4e escadrons des régiments de la division des dragons rejoindront aussi. Donnez ordre que tous les hommes dispo­nibles aux petits dépôts des régiments se rendent à Vérone. Mon in­tention est que le régiment des dragons de la Reine parte avec 600 chevaux et 1,000 hommes. Les 400 hommes à pied s’arrêteront à Augsbourg, où ils seront montés. Les trois premiers escadrons con­tinueront leur route pour se joindre à la garde, comme je vous l’ai mandé par une lettre d’hier, de sorte que la garde sera composée de 300 hommes des gardes d’honneur, de 450 hommes des dragons et de 1,000 hommes du régiment de la Reine; ce qui fera 1,700 hommes à cheval; j’y joindrai un régiment allié allemand, ce qui fera une belle division de réserve de plus de 2,500 chevaux à la garde.

Équipages utilitaires. La 13e division ne doit avoir qu’une compa­gnie d’équipages militaires; la 14e division doit avoir la 2ecompagnie ; la 15e doit avoir une compagnie d’équipages italienne; la garde royale doit avoir aussi une compagnie italienne; la division de cavalerie légère ne doit pas avoir d’équipages militaires, non plus que la division de réserve de dragons. Ces deux divisions doivent avoir seulement leurs forges et leurs ambulances. Il restera donc quatre compagnies d’équipages militaires françaises, quatre compagnies du bataillon italien et les six compagnies du bataillon d’équipages à bœufs italien ; ce qui fera quatorze compagnies destinées pour le parc de votre corps d’armée. Dans l’état que vous m’avez envoyé, je ne vois pas qu’il soit question d’ambulances, des caissons du corps, ni si les ambulances sont garnies.

Vous avez tort de porter dans cet état la division Kellermann comme composée des 10e, 11e, 12e et 13e brigades. La 3e division de cavalerie légère, que commande le général Kellermann, ne doit être composée que des 10e et 11e brigades. La 12e et la 13e brigade ne font partie d’aucune division ; elles forment les brigades de cava­lerie légère attachées à votre corps d’armée. Faites faire cette recti­fication pour éviter tout quiproquo et pour que, si la division Keller­mann venait à vous quitter, vous n’entendiez pas devoir laisser aller avec elle quatre brigades, mais seulement deux.

Je ne vois pas dans votre état toutes les compagnies de ponton­niers qui doivent suivre votre corps d’armée ; il me semble qu’il y en a cinq ou six. Je n’y vois pas non plus la force des compagnies du bataillon d’équipages militaires italien qui sont parties. Faites passer la revue de ce bataillon, afin que ce qui est au dépôt, et n’a pu partir, parte pour se réunir à la colonne de marche de Vérone.

Ainsi je suppose qu’à la fin de mars 5 ou 6,000 hommes d’infan­terie, un millier d’hommes de cavalerie non montés, du détache­ment de sapeurs, du train des équipages militaires français et ita­liens qui ne sont pas partis, ce qui fera une force de 7 à 8,000 hommes sous les ordres d’un bon général de brigade, pourront partir pour aller rejoindre l’armée.

A la fin d’avril, un autre convoi devra partir. J’ai fait mettre 2 à 300 conscrits de la France italienne dans chaque dépôt des régiments français qui sont en Italie; ce qui fera 15 à 1600 hommes que recevraient ces dépôts. Les premiers arrivés, et dans le cas de partir à la fin d’avril, partiront pour aller recruter le 4e corps. Il faudrait que chaque bataillon fournît 200 hommes, ce qui, avec les hommes sortis des hôpitaux, formerait une colonne de …. à …. hommes, auxquels on donnerait un bon commandant, et qui se mettrait en marche en conséquence d’ordres que je donnerais. Indépendamment de ces détachements, 500 conscrits français sont destinés pour cha­cun des 5e bataillons des régiments français ; ces 500 conscrits res­teront en Italie pour la garde de la péninsule. Donnez vos instruc­tions au général Vignolle pour qu’il entende bien ce mécanisme.

Il sera nécessaire de faire charger sur les caissons qui partiront avec la colonne qui se mettra en mouvement dans le mois de mars les effets d’habillement et de linge et chaussures que les dépôts auront à envoyer aux corps. Avec la colonne qui partira en avril partiront également les effets que les dépôts auraient à envoyer.

Ainsi donc vous devez tout disposer pour la colonne de marche de Vérone, hormis le régiment de dragons de la Reine, que vous devez mettre en marche sans délai.

Complétez votre compagnie de marins à 120 hommes, et que ce soient de bons marins. Vous avez une compagnie d’armuriers à Brescia ; il serait nécessaire de former une compagnie d’armuriers de 120 hommes et de la faire partir pour rejoindre le corps d’armée. Pourquoi la 5e compagnie du 2e bataillon de mineurs est-elle portée comme étant à Vérone ? Cette compagnie a dû partir, pour faire partie de la Grande Armée, à la suite de votre corps. Il me semble que vous avez en Italie beaucoup plus de compagnies de sapeurs, de mineurs, de pontonniers que vous ne devez en garder. Une compa­gnie de sapeurs italiens de plus à l’armée serait fort utile, et elle ne peut être d’aucune utilité en Italie.

J’attends un état de situation, arrêté au 1 er mars, du 4e corps de la Grande Armée, plus détaillé et plus exact que celui que vous m’avez envoyé.

Je vais vous entretenir de la situation des forces qui doivent rester en Italie pour sa défense et le maintien de la tranquillité. Il reste huit 4e bataillons italiens, quatre bataillons français du 13e régiment, ce qui fait douze bataillons ; il reste dix 5e bataillons italiens et sept 5e bataillons français, ce qui fait dix-sept bataillons, indépendam­ment de deux bataillons de vétérans italiens pour Mantoue, de deux bataillons du régiment sédentaire de Venise, du 4e bataillon du 4e léger italien qui est à Venise, des 3e et 4e bataillons du 5e régi­ment de ligne italien qui sont à Venise, et du 4e bataillon du régi­ment dalmate qui est à Venise, et du 4e bataillon du 2e léger italien, et du 4e bataillon du 1er de ligne italien, qui sont dans le canton du Tessin ; ce qui forme six 4e bataillons qui, joints aux quatre batail­lons du 13e de ligne français, font dix bataillons. Il faut tous les compléter en hommes, ce qui formera une division d’une dizaine de mille hommes d’infanterie, qu’on partagera en trois brigades, dont l’une sera à Udine, une à Vérone et l’autre à Padoue, avec huit ou dix pièces de régiment. La cavalerie qui sera attachée à cette division sera indiquée plus bas. Cette division sera à même de se porter sur Venise, sur Palmanova, sur l’Illyrie; si elle doit marcher sur l’Illyrie, le mouvement se fera par la brigade d’Udine; s’il faut marcher sur l’Isonzo, il se fera par la brigade de Vérone; s’il faut marcher sur Ancône, par la brigade de Padoue.

Les places importantes à garder sont : 1° Palmanova, où il faut tenir deux compagnies d’artillerie de sapeurs français ou italiens, trois 5e bataillons formant 2,000 hommes italiens ou français, de sorte qu’il y ait dans cette place, pour en faire le service ordinaire, 2,000 hommes de garnison ; j’ai statué sur ce qui est relatif à l’ar­mement et à l’approvisionnement; 2° Osoppo, où il faut 2,000 nom­mes et une compagnie d’artillerie; j’ai pourvu à tout ce qui concerne l’armement et l’approvisionnement ; 3° Venise ; le régiment sédentaire de Venise, fort de deux bataillons, trois 5e bataillons français et italiens, les bataillons de marine, l’artillerie française et italienne, formeront une force de 3,000 hommes; 4° Mantoue, où il faut les deux bataillons des vétérans italiens, trois 5e bataillons et quatre com­pagnies d’artillerie italiennes françaises; 5° Peschiera, où il faut un 5e bataillon et une compagnie d’artillerie; 6° Legnago, qui a besoin d’une pareille garnison.

Par ce moyen, tout le nord de l’Italie se trouvera gardé, et, en outre, une réserve de 8 ou 10,000 hommes pourra manœuvrer entre les places.

Ancône : il faut quatre 5e bataillons ; trois ou quatre compagnies d’artillerie française ou italienne, avec les canonniers garde-côtes, feront 2,500 hommes.

Une division de réserve destinée à la défense de la basse Italie sera formée de deux bataillons italiens, qui resteront à Ancône, de quatre bataillons français de la réserve de Rome, qui seront placés à deux marches d’Ancône pour être à portée de secourir cette place si elle était menacée; de deux bataillons du 112e qui seront placée à Bologne avec une compagnie d’artillerie, lesquels seront à deux ou trois marches d’Ancône et à portée de marcher au secours de cette place.

Cette 2e division sera donc composée de neuf bataillons. Douze pièces d’artillerie attelées seront attachées à cette division, et on lui donnera 4 ou 500 chevaux, comme il sera dit plus bas.

Ainsi deux divisions actives, formant dix-neuf bataillons, seront chargées du maintien de la police en Italie, à portée de Venise et d’Ancône, et pouvant, selon les circonstances, marcher sur Livourne, sur Gènes ou sur Rome.

Cavalerie. Le 3e régiment de chasseurs italiens a sa 9e compagnie qu’il faut compléter à 250 hommes et 150 chevaux. Cette compa­gnie, avec celle du 1er régiment de chasseurs italiens et celle du 2e de chasseurs également complétées à 150 hommes, formera un régiment provisoire de 600 chevaux. Le 4e escadron du régiment des dragons-Napoléon, la 9e compagnie du régiment des dragons de la Reine, de Naples, formeront un régiment provisoire de dragons qu’on portera à 600 hommes ou 150 par compagnie; enfin le 4e régi­ments de chasseurs complétera ces quatre escadrons à 800 chevaux. On aura ainsi un régiment provisoire de chasseurs, 600, un régiment provisoire de dragons, 600, et le 4e régiment de chasseurs, 800, formant plus de 2,000 chevaux, que l’on attachera aux deux divisions actives. Tous les Bataillons français seront au grand com­plet au mois d’avril. Il est nécessaire qu’à cette époque tous les batail­lons italiens soient aussi au grand complet. Deux, cadres de bataillon arrivent de l’armée d’Espagne : il faudra les compléter pour avoir cette force de plus.

Indépendamment de l’artillerie des régiments, il faut avoir de quoi atteler une douzaine de pièces de campagne avec un simple approvi­sionnement, afin que ces divisions puissent se porter sur tous les points de l’Italie.

Remettez aussi cette organisation ; il faut que tous les états faits en règle, que vous complétiez les 4e bataillons en soldats et officiers, et que tout cela puisse être d’un bon service.