Correspondance de Napoléon – Février 1812

Paris, 9 février 1812.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le corps d’observation de l’Elbe, à Hambourg

Mon Cousin, désormais vous recevrez mes ordres par le major général. Cependant je veux moi-même vous écrire pour vous préve­nir que, du 20 au 30 février, votre corps doit faire un grand mou­vement; qu’il est nécessaire que les quatre régiments de la division Bruyère avec leur batterie d’artillerie légère soient sur la frontière de Poméranie, prêts à prendre la tête de la colonne. Vous devez donner le même ordre pour vos deux brigades de cavalerie légère, de sorte que le général Friant puisse, vingt-quatre heures après que vous en aurez reçu l’ordre, partir avec sa division, celle de Dessaix, les huit régiments de cavalerie, et se porter sur la Vistule. Les autres divi­sions et les trois divisions de cuirassiers suivront à cinq ou six jours en arrière. Tout cela doit être très-secret. Votre mouvement dépend du jour où se démasquera celui du corps d’observation d’Italie. Il est nécessaire que vous soyez sur la Vistule avant le dégel et avant que les courriers qui annonceront que le corps d’Italie a démasqué son mouvement soient arrivés à Saint-Pétersbourg. Le major général vous écrira plus au long dans quelques jours, mais il n’y a pas un moment à perdre pour vous faire connaître que les chevaux d’artil­lerie et des équipages militaires doivent être à leur place.

Donnez tous les ordres qui ne demandent aucune confidence; mais ne confiez à personne que vous devez marcher; au contraire, faites courir le bruit que tout s’arrange.

Le général Damas, avec trois bataillons et quatorze pièces de canon du grand-duché de Berg, a ordre de se rendre à Paderborn ; dirigez-le sur Stralsund; il occupera la Poméranie suédoise.

Ne prenez rien de ce qui appartient au 2e corps de l’Elbe, soit artillerie, soit cavalerie, soit sapeurs; mais tout le 12e bataillon des équipages militaires vous appartient.

 

Paris, 10 février 1812.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 4. Si vous pouvez commencer votre mouvement du 16 au 18, comme vous l’a mandé le major général, commencez-le; de sorte que la tête, au lieu d’arriver le 13 à Ratisbonne, arriverait le 5. J’attacherai de l’importance à ce que vous puissiez gagner ces huit jours.

Je suppose que le 14e bataillon d’équipages militaires fera partie de votre corps d’armée, et que vous le partagerez entre les divisions. Prenez des mesures pour que le bataillon italien, qui ne peut partir que dans les premiers jours de mars, parte charge de souliers. Si les souliers sont à meilleur marché à Dresde et en Bavière qu’en Italie, aussitôt que vous aurez passé Innsbruck, c’est-à-dire lorsque votre mouvement sera démasqué, que les colonels des régiments envoient du monde pour en faire des commandes dans ces pays.

Le duc d’Abrantès part demain pour aller commander ce corps d’armée sous vos ordres.

Je vous préviens que les Bavarois feront partie de votre corps d’armée; le général Saint-Cyr les commandera. Vous voyez que votre corps sera d’environ 80,000 hommes. Il est inutile que vous écriviez rien de cela en Bavière.

Vous devez rester de votre personne à Milan. D’ailleurs je désire que vous passiez par Paris. Vos aides de camp et vos officiers enver­ront leurs chevaux et leurs bagages à l’armée. Je pense que la vice-reine doit rester à Milan. Vous pouvez vous-même passer tout le mois de février en Italie. Le duc d’Abrantès, qui conduira le corps d’armée, correspondra avec vous. Il suffira que vous rejoigniez le corps à son passage à Dresde, c’est-à-dire à la Gn de mars.

Le corps d’armée ne doit point s’arrêter à Ratisbonne, mais coit-tinuer jusqu’à Glogau, et il y a encore bien du chemin de Ratisbonne à Glogau.

 

Paris, 11 février 1812.

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant l’armée de Portugal

L’Empereur regrette, Monsieur le Duc, qu’avec la division Souham et les trois autres divisions que vous aviez réunies vous ne vous soyez pas reporté sur Salamanque pour voir ce qui se passait. Cela aurait donné beaucoup à penser aux Anglais et aurait pu être utile à Ciudad-Rodrigo.

Le moyen de secourir l’armée du Midi dans la position ou. vous êtes, c’est de placer votre quartier général à Salamanque, d’y con­centrer votre armée en ne détachant qu’une division sur le Tage, de réoccuper les Asturies et d’obliger l’ennemi à rester à Almeida et dans le nord, par la crainte d’une invasion. Vous pourrez même pousser des postes, marcher sur Ciudad-Rodrigo, si vous avez l’artillerie de siège nécessaire, et, votre honneur y est attaché, prendre cette place, ou, si le défaut de vivres ou d’artillerie vous forçait d’ajour­ner cette opération jusqu’à la récolte, vous pourriez du moins faire une incursion dans le Portugal et vous porter sur le Douro et sur Almeida. Cette menace contiendrait l’ennemi.

L’armée du Midi est très-forte. L’armée de Valence, qui aujour­d’hui a ses avant-postes sur Alicante, dégage sa droite.

La position que vous devez prendre doit donc être offensive, de Salamanque à Almeida. Tant que les Anglais vous sauront réunis en force à Salamanque, ils ne feront aucun mouvement. Mais si vous allez de votre personne à Valladolid, si vos troupes sont envoyées se perdre sur les derrières, si surtout votre cavalerie n’est pas en mesure après la saison des pluies, vous exposerez tout le nord de l’Espagne à des catastrophes.

Il est indispensable de réoccuper les Asturies, parce qu’il faut plus de monde pour garder la lisière de la plaine jusqu’à la Biscaye que pour garder les Asturies.

Puisque les Anglais se sont divisés en deux corps, un sur le midi et l’autre sur vous, ils ne sont pas forts, et vous devez l’être beau­coup plus qu’eux. La lettre que je vous ai écrite, et que vous avez reçue le 13 décembre, vous a fait connaître ce que vous deviez faire : menacez les Anglais, et, si vous croyez pour le moment ne pas pou­voir reprendre Ciudad-Rodrigo, faites réparer les chemins qui mè­nent à Almeida, faites fortifier Salamanque, réunissez vos équipages de siège, envoyez de gros détachements sur Ciudad-Rodrigo ; cela contiendra les Anglais, ne fatiguera pas vos troupes et aura bien moins d’inconvénients que de vous disséminer encore comme vous le proposez.

Je suppose que Montbrun est arrivé et que vous avez enfin réuni votre armée.

La prise de Valence a beaucoup fortifié l’armée du Midi, et il faut que vous supposiez les Anglais fous pour les croire capables de mar­cher sur Badajoz en vous laissant à Salamanque, c’est-à-dire en vous laissant arriver à Lisbonne avant eux. Ils iront dans le midi si, par des mesures mal calculées, vous détachez deux ou trois divisions sur le Tage, parce que, par là, vous les rassurez et leur dites que vous ne voulez rien faire contre eux.

Je vous le répète donc, l’intention de l’Empereur est que vous ne quittiez pas Salamanque, que vous fassiez réoccuper les Asturies, que votre armée s’appuie sur la position de Salamanque et que vous menaciez de là les Anglais.

Par ordre de l’Empereur, Le major général, Alexandre, prince de Neuchâtel et de Wagram.

 

Paris, 12 février 1812

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, j’ai pris connaissance du rapport que vous m’avez présenté, en mettant sous mes yeux les réquisitions qui vous ont été adressées par mon procureur général près la haute cour impériale, à l’effet de vous informer qu’il y avait lieu de réunir ladite cour pour le jugement de ceux qui ont pris part à la capitulation de Bailén. Les considérations que vous exposez sur le défaut d’organisation de la haute cour, et sur l’inconvénient de livrer celle affaire à l’épreuve des débats judiciaires, m’ont déterminé à la renvoyer, ainsi que vous me l’avez proposé, à un conseil d’enquête qui se réunira le 17 du présent mois de février, suivant que je l’ai ordonné par mon décret de ce jour, dont il vous sera adressé expédition. Vous aurez soin de tenir la main à l’exécution des diverses dispositions que ce décret contient, et je vous autorise à indiquer le lieu des séances dans la salle ordinaire de mon Conseil d’État.

 

Palais des Tuileries, 12 février 1812.

NOTE DICTÉE EN CONSEIL DES MINISTRES.

Il faut que M. le grand juge fasse expédier des lettres patentes pour permettre à ces six personnes de rester au service du roi de Westphalie, mais non pas pour leur permettre de se faire naturaliser Westphaliens. Il écrira au ministre de la justice du royaume de West­phalie une lettre par laquelle, en lui envoyant ces six lettres patentes, il lui fera connaître que l’Empereur se refuse à accorder aucunes lettres de naturalisation en Westphalie, comme en Espagne, à Naples et en Italie, puisque les souverains de ces pays eux-mêmes n’ont pas cessé d’être Français; ce qui résulte du droit qu’ils ont conservé au trône, de la dignité dont ils sont revêtus dans l’Empire et des règle­ments qui portent qu’ils sont traités en celte qualité comme Français; cela étant, ces souverains n’ont pas besoin que les Français qu’ils emploient cessent d’être Français, puisqu’au contraire ils trouvent dans cette qualité même une garantie de leur fidélité ; il suffit qu’ils aient l’autorisation de passer à leur service, qu’en conséquence Sa Majesté a fait expédier les six lettres patentes dans la forme prescrite par le décret du 26 août 1811.

Le grand juge soumettra également à l’Empereur des lettres patentes pour quelques-uns des Français employés à Madrid et à Naples, afin de fixer par là les principes.

Il écrira au ministre des relations extérieures pour lui faire con­naître ces principes, afin qu’il en écrive aux ministres de l’Empereur près les différentes puissances.

Quant aux princes de la Confédération du Rhin, à la Russie, à la Prusse, au Danemark, les questions de cette nature ne peuvent être résolues qu’individuellement.

En général, Sa Majesté ne veut accorder des lettres de naturalisa­tion que dans le cas où il n’y a point d’intérêt pour la France de faire autrement. Par exemple, un Français est établi comme négociant à Odessa; il y trouve de grands avantages, et ces avantages ne peuvent être conservés que par la naturalisation : il n’y a point d’inconvénient à lai permettre de se faire naturaliser. Un individu, conduit par les événements dans une cour, y a obtenu une grande charge, qu’il per­drait s’il n’était naturalisé : il pourra, par exception, y être autorisé, parce que la France n’a aucun intérêt à ce qu’on le lui défende.

Mais tous les Français qui, par les services qu’ils rendent à un prince étranger, peuvent faire la loi à ces princes, comme, par exem­ple, un ministre, un général difficile à remplacer, n’ont pas besoin que Sa Majesté leur permette de se faire naturaliser, puisque le prince a besoin d’eux : il suffit de les autoriser à rester à son service.

Les princes étrangers qui sont Français ont plus besoin de leurs serviteurs français que ces Français n’ont besoin de rester à leur ser­vice. D’ailleurs, si le souverain exigeait qu’ils se fissent naturaliser étrangers, cette exigence serait ridicule, puisque c’est précisément par leur qualité de Français qu’ils ont un titre de plus à sa confiance; de sorte que, si on leur ôtait le cœur de Français, en leur en ôtant la qualité, on diminuerait le parti que le prince peut en tirer.

Il n’en est pas de même d’un Français amené par les circonstances à la cour d’un prince étranger non français et revêtu d’une charge de cour.

Il sera nécessaire que le ministre des relations extérieures déve­loppe toutes ces considérations, en écrivant aux ministres dans les cours de Naples, de Madrid et de Westphalie, pour bien faire com­prendre la question, car les difficultés à cet égard ne proviennent que de ce que la question n’est pas bien éclaircie ; ce qui est le résultat du défaut d’analyse.

 

Paris, 13 février 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, la 1e et la 2e compagnie du 2e bataillon des équi­pages militaires, qui arrivent le 15 à Mayence, seront attachées au corps d’observation de l’Océan ; les 3e et 4e compagnies du même bataillon, qui partent le 20 février d’Anvers pour Mayence, les 5e et 6e compagnies du même bataillon, qui partent le 15 février de Commercy, les six compagnies du 10e bataillon et trois du 6e bataillon, seront attachées au service du grand quartier général ; les trois autres compagnies du 6e bataillon, que le prince d’Eckmühl est chargé d’or­ganiser en Allemagne, seront attachées au 2e corps de l’Elbe. Vous chargerez en conséquence le duc de Reggio de presser leur formation ; vous vous assurerez vous-même que les cadres sont partis de Paris. Le 9e bataillon d’équipages militaires sera attaché en entier jusqu’à nouvel ordre au corps d’observation d’Italie. Ainsi, le 12e bataillon d’équipages militaires aura ses six compagnies attachées au le corps d’observation de l’Elbe; le 2e corps aura les trois compagnies du 6e bataillon qui s’organisent dans la 32e division militaire ; le corps d’observation de l’Océan aura les deux premières compagnies du 2e bataillon ; le corps d’observation d’Italie aura provisoirement les six compagnies du 9e bataillon; enfin le quartier général aura quatre compagnies du 2e bataillon, six du 10e et trois du 6e, total treize compagnies.

Il y aura, en outre, deux bataillons d’équipages à la comtoise et deux attelés de bœufs. Le 7e bataillon, fort de 250 voitures, est attaché à la Garde. Le corps d’observation d’Italie a, outre cela, à sa suite un bataillon de transport italien, organisé comme les nôtres et formant 250 voitures, et un bataillon de bœufs, fort de 300 voitures. Le corps d’Italie partira donc avec le nombre de voitures suivant : bataillon du 9e, 240 voitures (les forges et les bagages non compris); bataillon italien, 240; bataillon de bœufs italien, 300; total, 780 voitures.

En résumé, le 1er corps de l’Elbe aura 240 voitures; le 2e, 120; le corps d’observation de l’Océan, 80; la réserve de l’armée, 500; les deux bataillons comtois, 1,200; les bataillons attelés de bœufs, 600; à quoi il faut ajouter les voitures partant avec le corps d’Italie, 780; total, 3,520 voitures.

Il est nécessaire qu’il y ait un officier supérieur chargé particuliè­rement de tous les détails des transports et équipages militaires, que vous en ayez un état parfaitement en règle, pour que vous puissiez toujours donner à temps les ordres pour leur chargement, et qu’enfin le mouvement de tous ces bataillons soit porté sur les états de situation que vous me remettez.

Mandez au prince d’Eckmühl qu’il ait à vous faire connaître quand les compagnies qu’il doit former, en exécution du décret du 10 janvier dernier, seront formées.

Paris, 16 février 1812

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le duc de Bassano, le sieur…… ne convient point aux relations extérieures. On dit qu’il a les habitudes et les goûts tout à fait anglais, et qu’il aime et préfère à tout les individus de
cette nation; ce qui, dans un agent français, a de graves inconvé­nients. Le sieur … ne convient pas ; il vit à Copenhague avec une fille; il est extrêmement avare et n’est plus propre à cette mission. Présentez-moi des sujets pour remplacer ces deux agents.

 

Paris, 18 février 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, j’ai pris un décret pour l’armement des côtes du Mecklenburg, de la 32e division militaire, de la 31e et de la 17e; faites-en l’envoi sans délai aux commandants du génie et de l’artillerie.

Il est nécessaire que les généraux surveillent activement les tra­vaux et vous rendent compte de leur avancement.

Je conserve dans la 32e division militaire seulement six batteries. Il doit y avoir trois compagnies de garde-côtes ; il faut y ajouter deux compagnies d’artillerie de ligne, les placer essentiellement à l’em­bouchure de l’Elbe et envoyer des détachements aux différentes bat­teries; 6 à 700 hommes d’infanterie me paraissent suffisants pour les batteries. Les généraux commandants les visiteront chaque semaine; le général de la division les visitera du 15 mars au 1e avril et s’assu­rera que tout est en état.

Le général de la 32e division militaire aura trois réserves : la pre­mière à portée de l’Elbe, l’autre du Weser, la dernière de la Jahde. En supposant chacune de ces réserves de 5 à 600 hommes avec une centaine de chevaux et deux pièces attelées, il s’ensuivrait qu’avec 2,000 hommes les côtes seraient gardées; et, comme mon intention est d’employer 8,000 hommes à la défense de la 32e division, il restera 6,000 hommes et douze pièces pour contenir Hambourg et se porter où le besoin l’exigerait. Les Danois pourront aussi, en cas d’événement, fournir 8 à 10 mille hommes. Le général commandant la 31e division devra avoir 500 hommes dans les iles et 100 hommes à la batterie de la Jahde ; il aura 500 hommes sur les côtes de son département : 1,000 hommes lui sont donc d’une absolue nécessité, avec 1,000 hommes à Groningen, pour renforcer Delfzyl et se porter partout où besoin serait.

J’ai destiné 3,000 hommes pour la 31e division militaire. J’ai ordonné aussi la formation de trois cohortes de 500 hommes. Il y a également trois compagnies de garde-côtes. Une compagnie de ligne est indispensable pour Delfzyl. Le commandant de cette division doit avoir pour instructions de détendre Delfsyl, d’y jeter, en cas de besoin, sa réserve de 2,000 hommes et un général de brigade. Il tiendra la campagne, avec le reste pour se joindre à la réserve de Hambourg, à celle d’Amsterdam et à celle qui viendrait de l’intérieur de l’Alle­magne, et faire lever le siège de Delfzyl.

Delfzyl et Coeverden sont les deux seules places fortes de cette division; il faut que chaque général de brigade reste scrupuleusement à son poste.

Le général commandant la 17e division militaire a une tâche beau­coup plus importante à remplir. Du fort Lasalle dépend le sort de mon escadre et celui du Zuiderzee. Déjà, depuis un mois, je suppose que l’on travaille aux ponts-jetés, poternes, etc., de manière que dans un mois ce fort doit pouvoir soutenir vingt jours de tranchée ouverte. Si le sous-directeur n’avait encore rien fait, il serait bien coupable, car probablement le fort sera attaqué au 1e mai. Il est nécessaire que le commandant de la 17e division se rende aussitôt à son poste.

Faites connaître au général Molitor qu’en-lui donnant ce comman­dement je lui ai donné une marque de grands confiance; il faut que par sa présence il active tout. J’ai également confiance dans le commandant du génie. Il faut mettre là un bon commandant d’artillerie.

Un général de brigade doit être à Alkmaar, ayant le Helder sous son commandement. 2,000 hommes au moins sont nécessaires pour s’enfermer dans le fort Lasalle, dont 200 au Nieuwe-Diep ou fort Dugommier.

On tiendra le fort Morland autant que cela sera possible. Je destine une division de 12,000 hommes pour défendre la Hollande. 4,000 hommes se tiendront toujours entre le Helder et Alkmaar, 2,000 se laisseront enfermer au fort Lasalle, etc. 2,000 formeront à Alkmaar l’avant-garde de la division de Hollande; et, immédiate­ment après, partie de ce qui est dans la 32e division militaire, et vers l’Escaut et Wesel, arrivera.

Des mesures seront prises pour que 40,000 hommes soient promptement réunis entre Alkmaar et Harlem. Il faut que le génie mette la plus grande activité dans ses travaux. Il faut que le général commandant visite tous les quinze jours le fort Lasalle.

J’ai donné le commandement général du Zuiderzee à l’amiral Dewinter. Il aura sous son commandement douze vaisseaux de ligne et cent bâtiments de flottille. Il pourra aider à la défense de la terre. Mais cette force ne doit nuire en rien au développement des forces de terre.

Naarden doit être servie légèrement; je considère cette place comme la citadelle d’Amsterdam. Brielle et Hellevoetsluis, par leur position, paraissent à l’abri de toute attaque.

L’amiral pourra fournir momentanément, s’il est nécessaire, 1,200 hommes pour la défense du Helder; ils rejoindraient leurs vaisseaux dès que le Helder serait forcé. Leur service ne peuvent plus être utile dans le fort Lasalle.

Les canonnières qui sont en station, à l’embouchure de la Meuse protégeront Hellevoetsluis et s’y enfermeront. Les équipages défen­dront les batteries; les canonnières de Delfzyl feront de même.

Après le fort Lasalle, le point vulnérable de la 17e division mili­taire est l’ile de Goeree. Il ne faut pas songer au fort de Tromp cette année; il faut penser au fort Duquesne et presser son armement. Une corvette doit être stationnée entre les forts Duquesne et Ruyter, comme l’année dernière. Les chaloupes canonnières fourniraient, aussi des garnirons aux batteries jusqu’à ce que la garnison de Willemstad vint reprendre l’île.

20,000 hommes pourront être réunis à Willemstad et donner tous les moyens de reprendre Goeree, si le commandant fait son devoir et que le fort Duquesne résiste.

Ainsi le commandant de la 32e division militaire aura, indépen­damment des 8,000 Français, 8,000 Danois et 8,000 hommes qui arriveraient en peu de jours de l’Allemagne; il dirigerait, en cas d’événement, sur Coeverden et Magdeburg toutes ses évacuations et objets embarrassants. Comme il n’existe aucune place forte dans cette 32e division, il n’y a que Magdeburg et Coeverden pour cela.

Delfzyl et le fort Lasalle sont les points de résistance; Naarden est la citadelle; Gorcum est la tête de pont; l’île de Goeree, l’appui de la gauche; tous ces points doivent occuper toute lu sollicitude du com­mandant de la 17e division militaire.

J’ai pris un décret pour l’armement de Delfzyl, du fort Lasalle, du Helder, de Coeverden, de Naarden, Gorcum, etc. Je vous ferai connaître un autre jour mes idées sur la défense de l’Escaut. Mais il est nécessaire que l’île de Cadzand, les forts Montebello et Saint-Hilaire, de Walcheren, ainsi que tous les ouvrages avancés de Flessingue, puissent être en état de soutenir un siège au 1er mai. Il y aura à Bruges et Anvers une réserve pour soutenir tous ces postes. Je suppose que l’artillerie a commencé à mettre des pièces au fort Lasalle, et que le génie a commencé de même les ouvrages en bois pour les ponts et poternes.

 

Paris, 18 février 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre que les intendants, les préfets et sous-préfets que j’ai nommés pour la Catalogne soient partis dimanche prochain pour leur destination; prévenez-en les généraux commandant dans ces provinces. Il faut que ces adminis­trateurs n’aient point de prétentions ridicules; ils doivent aider les gouverneurs et non les contrarier, et mettre de la régularité dans l’administration.

 

Paris, 18 février 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je juge à propos que vous répétiez mes instructions au duc de Raguse dans les termes suivants. Réexpédiez-lui donc, au plus tard demain, un nouvel officier.

 

Paris, 18 février 1814.

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, comandant l’armée de Portugal (La minute chiffrée de cette lettre a été retrouvée au département de la guerre, ainsi que le chiffre, ce qui a permis d’en donner ici la traduction. Le texte de cette dépêche figure dans les Mémoires du duc de Raguse, mais avec des inexactitudes et même quelques contre-sens.)

Monsieur le Duc, je viens de mettre à l’instant sous les yeux de l’Empereur vos lettres des 29 janvier, 4 et 6 février. Sa Majesté n’est pas satisfaite de la direction que vous donnez à la guerre. Vous avez la supériorité sur l’ennemi, et, au lieu de prendre l’initiative, vous ne cessez de la recevoir. Vous remuez et fatiguez vos troupes. Ce n’est pas l’art de la guerre. Quand le général Hill marche sur l’armée du Midi avec 15,000 hommes, c’est ce qui peut vous arriver de plus heureux; cette armée est forte et assez bien organisée pour ne rien craindre de l’armée anglaise, aurait-elle même quatre ou cinq divisions réunies.

Aujourd’hui l’ennemi suppose que vous allez faire le siège de Ciudad-Rodrigo; il approche le général Hill de sa droite, afin de pouvoir le faire venir à lui à grandes marches et vous livrer bataille réunis, si vous voulez reprendre Ciudad-Rodrigo : c’est donc au duc de Dalmatie à tenir 20,000 hommes sur la Guadiana et à l’empêcher de faire ce mouvement, et, si Hill passe le Tage, à se porter à sa suite ou dans l’Alentejo. Vous avez le double de la lettre que l’Em­pereur m’a ordonné d’écrire au duc de Dalmatie le 10 de ce mois, en réponse à la demande qu’il vous avait faite de porter des troupes vers le midi. C’est vous, Monsieur le Maréchal, qui deviez lui écrire pour lui demander de porter un gros corps de troupes sur la Gua­diana pour maintenir le général Hill dans le midi et l’empêcher de se réunir à lord Wellington.

La prise de Ciudad-Rodrigo est un échec pour vous , et les Anglais connaissent assez l’honneur français pour comprendre que ce succès peut devenir un affront pour eux, et qu’au lieu d’améliorer leur po­sition l’occupation de Ciudad-Rodrigo les met dans l’obligation de défendre cette place; et, dès lors, ils vous rendent maître du choix du champ de bataille, puisque vous les forcez à venir au secours de cette place et à combattre dans une position si loin de la mer.

Le résultat de cet avantage ne peut être retardé que jusqu’à la récolte; alors vous serez en mesure de faire le siège de Ciudad-Rodrigo : l’ennemi marchera ou aura la honte de vous voir reprendre cette place.

Le mouvement du général Hill sur le Tage a été fait dans la croyance qu’aussitôt que vous auriez su la prise de Ciudad-Rodrigo vous auriez réuni vos troupes pour marcher rapidement sur cette ville, pour l’investir et profiter du premier moment où la brèche n’était pas relevée et où il ne pouvait encore y avoir aucun approvi­sionnement. Cette occasion étant manquée, il faut tout préparer pour le mois de mai. La véritable route de Lisbonne est par le nord ; l’ennemi, y ayant des magasins considérables et des hôpitaux, ne peut se retirer de cette capitale que très-lentement, et si, dans l’attaque du prince d’Essling, il s’est retiré rapidement, c’est parce qu’il s’était préparé à ce mouvement. Il a donc un grand intérêt à vous empê­cher de pénétrer dans le Portugal. La situation du prince d’Essling devant Lisbonne était pour l’Angleterre et le Portugal une grande calamité. Je ne puis que vous répéter les ordres de l’Empereur : prenez votre quartier général à Salamanque ; travaillez avec activité à fortifier cette ville; faites-y travailler 6,000 hommes de troupes et 6,000 paysans; réunissez-y un nouvel équipage de siège, qui ser­vira à armer la ville; formez-y des approvisionnements ; faîtes faire tous les jours le coup de fusil avec les avant-postes ennemis; placez deux forces avant-gardes qui menacent, l’une Almeida, l’autre Ciudad-Rodrigo ; menacez les autres directions sur la frontière du Portugal ; envoyez des partis qui ravagent quelques villages; enfin employés tout ce qui peut tenir l’ennemi sur le qui-vive. Faites réparer la route de Porto, celle d’Almeida ; tenez votre armée réunie vers Toro, Benavente, Salamanque. La province d’Avila a même de bonnes parties où l’on trouve des ressources. Dans cette situation aussi simple que formidable, vous reposez vos troupes, vous formez des magasins, et, avec de simples démonstrations bien combinées, qui mettent vos avant-postes à même de tirer journellement des coups de fusil avec l’ennemi, vous avez barres sur les Anglais, qui ne pourront vous observer. Vous devez tous les jours faire faire des prisonniers par vos avant-gardes et sur toutes les directions qui menacent l’ennemi : c’est le moyen d’avoir des nouvelles de l’ennemi ; il n’en est pas d’autre efficace.

L’Empereur me prescrit de donner l’ordre au duc de Dalmatie d’avoir toujours un corps de 20,000 hommes avec vingt bouches à feu, composé de ses meilleures troupes, soit sur Merida pour faite le coup de fusil avec le corps du général Hill et le contenir sur la rive gauche du Tage, soit sur Badajoz en se portant sur l’Alentejo et l’obligeant ainsi à se rapprocher d’Elias. Cette opération est d’autant plus importante que, si elle n’avait pas lieu, le général Hill pourrait se réunir à lord Wellington pour vous attaquer, il serait insensé de penser que jamais lord Wellington pût rappeler la division Hill tant que le duc de Dalmatie fera des démonstrations. Lord Wellington ne peut donc vous attaquer qu’avec son corps , et, s’il marchait à vous, vous réuniriez sept divisions à Salamanque, avec toute votre artille­rie et votre cavalerie ; cela vous ferait 50,000 hommes. Je dis sept divisions, car il ne faut jamais compter sur celle des Asturies ; cette division recevrait alors ordre de marcher en avant pour menacer la Galice et contenir le corps espagnol qui est de ce côté. Appuyé à Salamanque, ayant autant d’artillerie et de munitions que vous voudrez, votre armée, forte de 50,000 hommes, est inattaquable, le général Hill fût-il même réuni à lord Wellington. Elle serait inattaquable, non pas pour 35,000 Anglais, qui, au fond, sont le total de ce que les Anglais ont en Portugal sans y comprendre les Portugais, mais pour 70,000 Anglais. Un camp choisi, une retraite assurée sur les places, des canons et des munitions en quantité sont un avantage que vous savez trop bien apprécier.

Cependant, tandis que vous observerez, je suppose que Hill ait joint l’armée anglaise et que lord Wellington soit beaucoup plus fort qu’il ne l’est : dans ce cas l’armée du nord de l’Espagne arriverait avec sa cavalerie et deux divisions ; vous vous renforceriez tous les jours, et la victoire serait assurée. Mais, une fois la résolution prise, il faut la tenir; il n’y a plus ni si ni mais; il faut choisir votre posi­tion sous Salamanque, être vainqueur ou périr avec l’armée française au champ de bataille que vous aurez choisi.

Comme vous êtes le plus fort et qu’il est important d’avoir l’ini­tiative, évitez de faire des travaux de camp retranché, qui n’appar­tiennent qu’à la défensive et avertiraient l’ennemi. Il suffira de reconnaître les emplacements et de travailler à force à la place. Si on prend un système de fortification serrée et qu’en n’admette pas trop de développement, en six semaines on peut avoir une bonne place qui mette votre quartier général, vos magasins et vos hôpitaux à l’abri de toute entreprise de l’ennemi, et qui puisse servir à votre corps d’armée de point de ralliement pour recevoir la bataille, ou de point de départ pour marcher sur Ciudad-Rodrigo et Almeida quand le temps en sera venu.

Je vous ai dit que vous ne deviez compter que sur sept divisions. La division du général Bonet doit retourner sur le champ dans les Asturies.

Soit que vous considériez la conservation de toutes les provinces du nord, soit que vous considériez un mouvement de retraite, sans les Asturies, qui assurent la possession des montagnes, ni Salamanque, ni Burgos, ni même Vitoria, ne sont tenables; si, après une bataille perdue, il fallait évacuer, la division des Asturies ne devrait pas même alors être rappelée à vous; mais, se repliant avec ordre sur votre droite, elle appuierait votre retraite, et, lorsque vous seriez à Burgos, elle serait à Reinosa pour vous couvrir de ce côté; sans quoi, favorisé par des débarquements sur tous les points de la côte, l’ennemi, dès le commencement de votre retraite, vous tirerait des coups de fusil sur Mondragon et Vitoria. D’ailleurs, vous n’avez pas seulement à lutter contre lord Wellington, vous avez à contenir aussi le corps ennemi qui est en Galice, et, au moment où vous marchez sur l’ennemi, la division des Asturies contiendra la Galice et épar­gnera la présence d’une division à Astorga.

Je vous le répète, c’est à l’armée du Midi à avoir un corps de 20,000 hommes pour tenir en échec une partie de l’armée de lord Wellington sur la rive gauche du Tage. Ce n’est donc pas à vous, Monsieur le Duc, à vous disséminer en faveur de l’armée du Midi.

Lorsque vous avez été prendre le commandement de votre armée, elle venait d’éprouver un échec par sa retraite de Portugal; ce pays était ravagé ; les hôpitaux et les magasins de l’ennemi étaient à Lis­bonne; vos troupes étaient fatiguées, dégoûtées par des marches forcées, sans artillerie, sans train d’équipages ; Badajoz était attaqué depuis longtemps ; une bataille dans le midi n’avait pu faire lever le siège de cette place. Que deviez-vous faire alors ? Vous porter sur Almeida pour menacer Lisbonne ? Non, parce que votre armée n’avait pas d’artillerie, point de train d’équipages et qu’elle était fatiguée. L’ennemi, dans cette position, n’aurait pas cru à cette menace; il aurait laissé approcher jusqu’à Coïmbre, aurait pris Badajoz et en­suite serait venu sur vous. Vous avez donc fait à cette époque ce qu’il fallait faire ; vous avez marché rapidement au secours de Bada­joz , l’ennemi avait barres sur vous, et l’art de la guerre était de vous y concentrer : le siège en a été levé et l’ennemi est rentré en Portu­gal; c’est ce qu’il y avait à faire. Depuis, Monsieur le Maréchal, vous êtes revenu dans le nord, lord Wellington s’est reporté sur le véritable point de défense du pays, et depuis ce temps vous êtes en présence.

Si, après avoir rejeté lord Wellington au-delà de Ciudad-Rodrigo, vous fussiez resté dans la province de Salamanque, ayant vos avant-gardes sur les directions du Portugal, lord Wellington n’aurait pas bougé; mais vous vous êtes porté sans raison sur le Tage; les Anglais ont cru que vous vous disposiez à entrer dans l’Alentejo pour vous réunir au duc de Dalmatie et faire le siège d’Elvas ; ils manœuvrèrent en conséquence et restèrent attentifs, lorsque votre mouvement sur Valence leur a fait connaître qu’ils n’avaient rien à craindre.

Dans ce moment, Monsieur le Duc, votre position est simple et claire; par conséquent elle ne demande pas des combinaisons d’esprit. Placez votre armée de manière qu’en quatre marches vos troupes puissent se réunir et se grouper sur Salamanque; ayez-y votre quartier général; que vos ordres, vos dispositions, annoncent à l’ennemi que la grosse artillerie arrive à Salamanque, que vous y formez des magasins, que tout y est dans une position offensive; faites faire con­tinuellement la petite guerre avec les postes ennemis. Dans cet état, vous êtes maître de tous les mouvements des Anglais. Si lord Wel­lington se dirige sur Badajoz, laissez-le aller ; réunissez aussitôt votre armée et marchez droit sur Almeida ; poussez des partis sur Coïmbre, et soyez persuadé que Wellington reviendra bien vite sur vous. Mais les Anglais ont trop de savoir-faire pour commettre une pareille faute. Ce n’est pas l’envoi de 4 ou 5,000 hommes sur Valence qui a fait faire aux Anglais leur mouvement pour s’emparer de Ciudad-Rodrigo, c’est la marche si inutile que vous avez fait faire d’une grande partie de votre artillerie, de votre cavalerie ; c’est la dissémination de votre armée.

Écrivez au duc de Dalmatie et sollicitez le Roi de lui écrire égale­ment pour qu’il exécute les ordres impératifs que je lui donne de porter un corps de 20,000 hommes pour forcer le général Hill à rester sur la rive gauche du Tage. Ne pensez donc plus, Monsieur le Maréchal, à aller dans le midi, et marchez droit sur le Portugal si lord Wellington fait la faute de se porter sur la rive gauche du Tage. La division Caffarelli doit être arrivée en Navarre; l’Empereur ordonne qu’une division italienne vienne renforcer l’armée du Nord. Mettez-vous en correspondance avec le maréchal Suchet à Valence, afin qu’il puisse marcher avec ses forces pour soutenir Madrid, s’il y a lieu. Profitez du moment où vos troupes se réunissent pour bien organiser et mettre de l’ordre dans le nord. Qu’on travaille jour et nuit à fortifier Salamanque; qu’on y fasse venir de grosses pièces; qu’on refasse l’équipage de siège ; enfin qu’on forme des magasins de subsistances. Vous sentirez, Monsieur le Maréchal, qu’en suivant ces directions et en mettant pour les exécuter toute l’activité conve­nable, vous tiendrez l’ennemi en échec; Londres elle-même tremblera de la perspective d’une bataille et de l’invasion du Portugal, si redoutée des Anglais; et enfin, au moment de la récolte, vous vous trouverez tout à fait en état d’investir Ciudad-Rodrigo et de prendre cette place à la barbe des Anglais, ou de leur livrer bataille; ce qui serait à désirer, car, battus aussi loin de la mer, ils seraient perdus, et le Portugal conquis. L’artillerie qui arriverait pour armer Salaman­que servirait pour Almeida et Ciudad-Rodrigo. En recevant la bataille au lieu de la donner, en ne songeant qu’à l’armée du Midi, qui n’a pas besoin de vous puisqu’elle est forte de 80,000 hommes des meil­leures troupes de l’Europe, en ayant de la sollicitude pour les pays qui ne sont pas sous votre commandement, en abandonnant les Asturies et les provinces qui vous regardent, un combat que vous éprou­veriez serait une calamité qui se ferait sentir dans toute l’Espagne ; un échec de l’armée du Midi la conduirait sur Madrid ou sur Valence et ne serait pas de même nature.

Je vous le répète, vous êtes le maître de conserver barres sur lord

Wellington en plaçant votre quartier général à Salamanque, en occu­pant en force cette position et en poussant de fortes reconnaissances sur tous les débouchés; je ne pourrais que vous redire ce que je vous ai déjà expliqué ci-dessus. Si Badajoz était cerné seulement par deux ou trois divisions anglaises, le duc de Dalmatie pourrait le débloquer; mais alors Lord Wellington, affaibli, vous mettrait à même de vous porter dans l’intérieur du Portugal, ce qui secourrait plus efficace­ment Badajoz que toute autre opération. Mais lorsque, par les nou­velles dispositions de l’Empereur qui l’ont obligé à renoncer pour cette année à l’expédition du Portugal, vu la tournure que prenaient les affaires générales de l’Europe, l’Empereur vous a ordonné de tous porter à Valladolid avec votre armée, et que vous êtes arrivé à Salamanque, les Anglais, qui ont bien calculé que ces mouvements n’avaient pu se faire en conséquence des leurs., ont été atterrés ; et si, du 17 au 18, avec les 30,000 hommes que vous aviez dans la main., vous aviez marché à tire-d’aile sans livrer bataille, mais faisant mine de le vouloir, l’ennemi, qui était déconcerté par votre arrivée, était résolu de lever le siège de Ciudad-Rodrigo. Qui vous empêchait en effet de vous porter avec 25,000 nommes entre Salamanque et Ciudad-Rodrigo ? C’est une opération qu’on pouvait même faire avec 9 ou 10,000 hommes, en prenant position sans s’engager et retournant sur Salamanque si l’ennemi présentait trop de forces. La guerre est un métier de positions, et 12t000 hommes ne sont jamais enga­gés quand ils ne le veulent pas; À plus forte raison 30,000 hommes, et surtout lorsque ces 30,000 hommes étaient suivis par d’autres troupes. Mais le passé est sans remède.

Je donne l’ordre que tout ce qu’il sera possible de fournir vous soit fourni pour compléter votre artillerie et pour armer Salamanque. Vingt-quatre heures après la réception de cette lettre, l’Empeseur pense que vous partirez pour Salamanque, à moins d’événements inattendus; que vous chargerez une avant-garde d’occuper les débou­chés sur Ciudad-Rodrigo et une autre sur Almeida ; que vous aurez dans la main au moins la valeur d’une division ; que vous ferez reve­nir la cavalerie et l’artillerie qui sont à la division du Tage; que vous enverrez la division Bonet dans les Asturies. Vous ne donnerez pas de division à l’armée du Nord, parce qu’elle sera renforcée par la division Palombini.

Pourtant, comme ce mouvement sera brusque, il faut lui donner le temps d’opérer son effet, et ce ne peut être que huit jours après que vous serez arrivé à Salamanque, et que ces dispositions seront faites, que leur effet aura lieu sur l’ennemi; ce n’est qu’alors que vous pourrez entièrement évacuer le Tage. En attendant, il semble à l’Empereur qu’une seule division d’infanterie sur ce poste est suffisante. Le Roi enverra au moins 1,200 hommes de cavalerie et 3,000 hommes d’infanterie pour appuyer cette division. Réunissez surtout votre cavalerie, dont vous n’avez pas de trop et dont vous avez tant besoin. Lorsque vous verrez que votre mouvement offensif a produit son effet, vous retirerez du Tage d’abord une brigade et ensuite une autre brigade; mais en même temps vous augmenterez vos démonstrations d’offensive, de manière que tout montre que vous attendez les premières herbes pour entrer en Portugal.

 

Paris, 18 février 1812

Au vice-amiral comte Missiessy, commandant l’escadre de l’Escaut, à Anvers

Monsieur le Vice-Amiral Comte Missiessy, nous vous faisons savoir que notre intention est que notre escadre sous votre commandement presse son réarmement en toute diligence, et qu’elle descende l’Escaut au 1er du mois de mars prochain, de manière à donner de l’in­quiétude à nos ennemis par sa présence à l’embouchure du fleuve, où elle devra être mouillée et en état de prendre la mer au 10 mars au plus tard ; disposition qui, indépendamment des autres résultats que nous nous proposons, forcera l’ennemi à supporter à la mer le coup de vent de l’équinoxe.

Nous vous recommandons particulièrement d’imprimer la plus grande activité aux vaisseaux sous vos ordres, et de porter leurs reconnaissances jusqu’en dehors des passes, de manière qu’elles deviennent familières aux contre-amiraux, capitaines et officiers.

Nous voulons que la sortie de notre escadre cesse de dépendre exclusivement de l’emploi des pilotes du fleuve, entendant que plu­sieurs officiers de chaque vaisseau, et notamment nos capitaines, acquièrent dans cette campagne les connaissances nécessaires pour remplacer ces pilotes en cas de besoin et faire sortir nos vaisseaux par eux-mêmes, moyennant les précautions convenables.

Nos lettres patentes du 9 août 1810, et les instructions, ordres et décrets que notre ministre de la marine vous a fait parvenir dans le cours de l’année dernière, vous ont fait connaître nos intentions sur les mesures que vous avez à prendre pour la défense des îles et des embouchures des fleuves compris dans l’étendue de votre comman­dement ; mais nous n’en jugeons pas moins utile de vous retracer dans cette lettre les diverses dispositions que nous avons définitive­ment arrêtées sur ces objets importants.

La réunion de notre escadre de la Meuse dans l’Escaut occidental nous détermine naturellement à réunir sous votre commandement toute la partie des côtes dont la défense était affectée à cette escadre.

En conséquence, votre autorité, en ce qui concerne les opérations maritimes, s’étendra depuis Brielle, au nord, jusques et y compris, au sud, la rive gauche du canal de l’Écluse.

A cet effet, nous ordonnons qu’il soit affecté à notre flotte de l’Es­caut quatre-vingt-douze chaloupes canonnières ou péniches ou ba­teaux canonniers, qui seront armés par des détachements des vingt-trois équipages de haut bord sous vos ordres, lesquels seront, en conséquence, successivement élevés à un effectif de 600 hommes par l’incorporation dans ces équipages du 13e de flottille et des hommes que nous aurions destinés à en former de nouveaux.

Nous avons été disposé à cette incorporation par cette considéra­tion que les marins de ces derniers, étant continuellement disséminés sur des bâtiments épars, sont trop privés des soins et de la surveil­lance de leurs chefs supérieurs, inconvénient qui cessera d’exister au même degré du moment qu’appartenant à un équipage de haut bord ils ne seront plus, comme ils ne devront l’être en effet, que tempo­rairement détachés sur des canonnières, pour être rappelés au corps à des époques déterminées, et toutes les fois que l’intérêt de l’admi­nistration et la discipline l’exigeront.

Chaque équipage sous vos ordres devra donc armer trois chalou­pes canonnières.

Les quatre-vingt-douze chaloupes canonnières ou bateaux canon­niers ou péniches, ainsi armés, formeront trois divisions, chaque vaisseau devant fournir une chaloupe à chaque division.

La le division prendra le nom de division de flottille de l’Escaut; la 2e, celui de division de la Meuse; la 3e, celui de division de l’Escadre.

 

DE LA DIVISION DE L’ESCAUT ET DE LA DÉFENSE DES ILES DE WALCHEREN ET DE SCHOUWEN.

La division de flottille de l’Escaut sera chargée du service des passes des deux Escaut, de celui des Iles de Walcheren, de Cadzand et de partie de Schouwen.

Elle sera commandée par un capitaine de vaisseau nommé par notre ministre de la marine.

Elle sera répartie entre l’Escaut occidental et l’Escaut oriental.

Six des canonnières de cette division seront particulièrement pla­cées sous les ordres du général de division commandant à Walcheren, pour être employées par lui à éclairer la côte comme il voudra et à se porter sur les points que menacerait l’ennemi. Ces six canonnières procureront à cet officier général ses moyens particuliers et indépendants pour assurer ses communications avec l’île de Cadzand et l’île de Schouwen.

Les dix-sept autres canonnières de cette division seront sous vos ordres lorsque vous serez à l’embouchure du fleuve; mais, lorsque vous remonterez à l’est de Borssele, la division tout entière ainsi que les bricks et corvettes devront être laissés près de Walcheren, et s’y maintiendront tant que le temps le comportera, pour rentrer dans les ports de Walcheren et notamment dans celui de Flessingue, en cas de besoin, cette division étant spécialement affectée à la défense de cette place, et ne devant, quelque événement qui puisse arriver, avoir un autre sort que celui de la place même.

Vous donnerez des instructions en conséquence au capitaine de vaisseau commandant cette division (Par un décret du 27 février 1812, la composition de cette division est ainsi fixée : 2 chaloupes ou bateaux canonniers, 4 péniches. Des bateaux du pays seront rassemblés au besoin pour un transport de 3,000 hommes sur l’île de Walcheren. Note de la copie). Il sera mis par notre ministre de la marine aux ordres du commandant de l’île de Cadzand un officier de marine avec deux bateaux canonniers, trois calques et trois péniches.

Il y aura une corvette stationnée entre l’embouchure de l’Escaut oriental et Zierikzee, et, de plus, six bateaux canonniers et six péni­ches armés, mais non équipés, à la disposition du commandant de cette corvette, pour être par lui employés en cas de besoin comme l’exigeront les circonstances.

Le commandant de cette corvette s’assurera de tous les moyens de transport qui existent à Zierikzee, Nord-Beveland et toute la côte, pour pouvoir rapidement réunir dans le canal le nombre de bateaux nécessaires pour aller au secours de Schouwen et de Walcheren, si ces îles étaient attaquées.

Le commandant de cette corvette enverra tous les jours un rapport au général commandant à Schouwen, et assistera la garnison de tous ses moyens. Il vous adressera également de fréquents rapports, étant sous vos ordres pour les opérations maritimes.

Si l’île de Schouwen était attaquée, c’est de Tholen qu’il faudrait aller à son secours, et, dans ce cas, toute la flottille des deux Escaut manœuvrerait pour faciliter le passage des secours, tandis que la flottille de la Meuse manœuvrerait de l’autre côté, comme il sera dit ci-après.

 

DE LA DIVISION DE LA MEUSE ET DE LA DÉFENSE DES ILES DE SCHOUWEN ET DE GOEREE.

La division de la Meuse sera chargée d’une partie du service de Schouwen et de celui de Goeree.

Elle sera commandée par un capitaine de vaisseau, nommé par notre ministre de la marine.

Vous la ferez répartir entre le Brouwershaven-Gatt et l’embouchure du Haring-Vliet, pour qu’une partie en soit toujours entre Schouwen et Goeree, et l’autre au nord de Goeree.

Cette division sera sous les ordres du général commandant à Goeree, en ce qui concerne le service particulier de cette île, et sous les vôtres pour les mouvements généraux.

L’officier supérieur de la marine qui la commandera correspondra chaque jour avec le commandant de Goeree, et, à cet effet, une chaloupe canonnière restera toujours à sa portée pour recevoir ses ordres.

Il sera pourvu à ce que le chef militaire à Hellevoetsluis corresponde également avec lui et ait sous la main les moyens nécessaires pour faire passer à Goeree tous les secours dont cette île aurait besoin.

Une forte corvette sera stationnée entre Willemstad et le fort Duquesne, de manière à protéger le passage dans l’île de Goeree; ce bâtiment, en cas d’attaque, se trouverait protégé par les ddeux batteries des forts Ruyter et Duquesne. Il servira de réduit en cas de besoin à la garnison de Goeree jusqu’à ce que le fort Duquesne soit établi.

Ce bâtiment aura sous ses ordres quatre bateaux canonniers et trois embarcations destinés au service de la garnison de Goeree, et, pour le détail de ce service, il sera aux ordres du général comman­dant l’île, mais sous ceux du commandant de la flotte de l’Escaut pour le service général.

L’officier commandant cette corvette commandera en outre le port et la marine de Willemstad.

Il se sera assuré à l’avance de tous les moyens de transport que peuvent offrir les bateaux du pays pour pouvoir porter rapidement le plus de monde possible de Willemstad à Goeree.

Si l’ennemi menace l’île de Goeree, le chef militaire d’Hellevoetsluis prendra ses mesures pour y faire passer sans délai toutes les troupes que le général commandant à Rotterdam pourrait y en­voyer, comme le commandant de la corvette de Willemstad fera passer toutes les troupes de la 24e et de la 25e division militaire au fort Duquesne à Ooltgensplaat. Le commandant de la flottille devra manœuvrer pour faciliter ces mouvements, et, si l’ennemi s’emparait de l’île, pour recevoir à bord toute la garnison.

Il doit y avoir à Willemstad six bateaux canonniers et six péniches, prêts à être armés en cas de besoin par les marins du pays et par l’équipage de la corvette, pour se porter partout où besoin sera.

Si l’île de Schouuen était menacée, la flottille de la Meuse se por­terait sur cette île, comme celle de l’Escaut se porterait sur Goeree, si celle-ci était menacée.

Si Hellevoetsluis était menacé, la flottille de la Meuse doit se porter sur cette place, s’y renfermer et suivre son sort.