Correspondance de Napoléon – Février 1801

Paris, 18 février 1801

Au citoyen Chaptal, ministre de l’intérieur

Depuis, Citoyen Ministre, que les habitants du département de l’Ardèche se sont réunis avec activité aux colonnes d’éclaireurs, les brigands ont presque entièrement disparu de ce département.

Il en existe encore dans le département de la Lozère. Les habitants ne se portent pas à leur poursuite avec la même bonne volonté.

Faite s connaître aux habitants de l’Ardèche la satisfaction du Gouvernement, et son mécontentement à ceux de la Lozère.

 

Paris, 18 février 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, d’écrire par un courrier extraordinaire au général Brune que je suis extrêmement mécontent de la conduite du général Clément à Livourne; que, par sa négligence, il a compromis le bâtiment le Régulus; qu’il a fait entrer dans le port de Livourne, reçu à diner et laissé plusieurs jours dans la ville des parlementaires anglais, ce qui est contre toutes les ordonnances; que j’ai vu avec peine que des généraux français oubliaient les outrages dont les Anglais n’ont cessé d’abreuver tous nos prisonniers. Le général Clément sera rappelé.

 

  Paris, 18 février 1801

DÉCISION

Le citoyen Lacuée propose des mesures pour contraindre à rejoindre quelques officiers qui, sous divers prétextes, refusent de se rendre aux armées Renvoyé au citoyen Lacuée.  C’est moins de règlements nouveaux que nous avons besoin sur ces objets que de tenir la main à l’exécution de ceux qui existent.

 

Paris, 18 février 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

J’ai lu, Citoyen Ministre, avec attention les huit observations qu vous m’avez communiquées sur l’organisation des colonies.

Les deux premières ne me paraissent contenir rien d’essentiel.

La réponse à la troisième est que le capitaine général ne doit jamais s’immiscer dans les attributions du préfet colonial, c’est-à-dire qu’il ne doit jamais administrer; et, même lorsqu’il prend l’initiative comme le premier agent du Gouvernement, il ne fait pas un acte d’administration.

La réponse à la quatrième observation est que l’ordonnateur d terre et celui de mer ne sont et ne doivent être que des officiers militaires. Ainsi, ils doivent être exclusivement sous l’autorité du capitaine général, le préfet ne devant s’occuper que du gouvernement de 1a colonie.

Quant à la cinquième observation, le ministre peut, par un arrêté spécifier les fonctions du préfet colonial. En principe général, il doit faire les fonctions de préfet des colonies.

La réponse à la sixième observation est que l’on n’a point, voulu que le commissaire de justice fût simplement un préfet de police; on a pensé qu’il était bon d’attacher ce magistrat à ce corps, pour lui inspirer d’autres idées de ses fonctions.

Je ne crois donc pas qu’il y ait rien à changer aux disposition principales de l’arrêté; mais le ministre peut, dans une circulaire détaillée, spécifier à chacun ses fonctions. Pour ce moment, le principal est qu’il soit bien constaté qu’il ne peut pas y avoir d’esclandre

 

 Paris, 18 février 1801

Au citoyen Forfait

J’ai lu, Citoyen Ministre, avec attention les observations que vous m’avez envoyées, le 25 pluviôse, sur l’expédition de Saint-Domingue. Je persiste dans le grade et le titre que j’ai donnés au généra Michel, et je désire que, lorsque Toussaint apprendra qu’il est nommé capitaine général, il apprenne en même temps que le général Michel est nommé commandant des troupes.

Cependant je ne vois aucun inconvénient à ce que vous retardiez de trois on quatre mois le départ du général Michel, et que vous fassiez, en attendant, partir le préfet et l’agent destinés pour la partie espagnole de Saint-Domingue.

Puisque vous pensez que le contre-amiral Villeneuve n’est point propre à l’expédition de la partie espagnole de Saint-Domingue, faites-moi remettre les états de service du contre-amiral Cambis, que vous avez proposé. Mais surtout faites partir le plus tôt possible les expéditions pour cette colonie.

 

Paris, 18 février 1801

Au citoyen Forfait

Le général Collot, Citoyen Ministre, a la confiance du Gouvernement, qui l’enverra à la Louisiane en qualité de capitaine général. Mais l’embarquement du général Collot trahirait toute espèce d’expédition. Je pense donc qu’il est nécessaire que vous me fassiez connaître ce que désire le général Collot. Il lui sera accordé un traitement extraordinaire, avec l’ordre de se rendre en Espagne et de s’y embarquer pour la Havane ou la Louisiane, ayant la simple mission de vous instruire de ce que les Anglais pourraient faire. L’ambassadeur de la République à Madrid lui fera obtenir toutes les autorisations nécessaires pour séjourner dans les colonies espagnoles, et il partirait de l’un des ports d’Espagne sur le premier bâtiment destiné pour la Havane.

Il s’agit donc de décider le général Collot à faire ce voyage, sans lui faire connaître ce à quoi il sera ultérieurement destiné.

 

Paris, 18 février 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me faire un rapport sur la légion des Francs du Nord, combien il y a de Français, combien d’étrangers, et quelle est sa force.

 

Paris, 19 février 1801

Au citoyen Chaptal, ministre de l’intérieur

Le projet que vous avez présenté au Gouvernement, Citoyen Ministre sur une gazette des campagnes, me paraît pouvoir être utile sous plusieurs points de vue; mais il faudrait en fixer le prix aux municipalités, et que ce prix fût le moindre possible; car, en dernière  analyse, ce sera une nouvelle imposition sur le peuple.

 

 Paris, 19 février 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Vous ferez connaître au général Murat que vous avez reçu son armistice du 20; il est pour trente jours; il faut se prévenir dix jours d’avance. Il est donc nécessaire qu’au 10 ventôse le général Murat prévienne le général napolitain que les hostilités recommenceront à l’expiration de l’armistice, à moins que M. de Gallo, qui est attendu à Paris, ne se soit arrangé avec le Gouvernement français.

Dans tous les cas, le général Murat sera autorisé à conclure un nouvel armistice de trente jours, mais aux conditions suivantes:

1° Toutes les conditions de l’armistice du 20,  relatives aux Anglais, aux Turcs et aux Français, seront ponctuellement exécutées.
2° Tous les objets d’art qui ont été pris à Rome par les Napolitains, appartenant à l’armée française, seront restitués.
3° Une division de 12,000 hommes prendra possession de Tarente et de toute la partie de la presqu’île depuis l’embouchure de la rivière de l’Ofanto jusqu’à Minervino, et, de là , suivant la ligne passant par Gravina et suivant la rivière de Bradano jusqu’à son embouchure dans la mer.

Les forteresses de Tarente, de Gallipoli, de Brindisi , d’Otrante, et en général toutes celles qui sont situées dans cette presqu’île, seront remises avec leur artillerie au pouvoir de l’armée française.

Une autre division occupera Rieti et Aquila. Sur la communication d’Aquila à Tarente, il ne pourra être tenu aucun corps d’armée napolitain, hormis quelques postes d’infanterie ou de cavalerie pour la police du pays et la sûreté des routes.

4° Il ne pourra être démoli aucune place vu que cette occupation n’est que pour rendre plus facile la communication de l’armée d’Égypte avec la France.
5° Le roi de Naples fera payer 500,000 francs par moi. à la caisse de cette division, pour sa subsistance et sa solde, indépendamment du blé nécessaire pour la nourriture.

Si les Napolitains consentent à ces conditions, le général Murat enverra le général Soult, deux généraux de brigade, un général de brigade commandant la cavalerie, le général Dulauloy commandant l’artillerie, 24 pièces de canon et les canonniers nécessaires pour les servir, et, de plus, deux compagnies pour servir les batteries de la côte. Il y enverra les quatre demi-brigades des dépôts de l’armée d’Orient, le corps des canonniers de la marine, la 86e, jusqu’à concurrence de 71000 hommes d’infanterie, 1,000 hommes de cavalerie et 400 sapeurs. Le général Murat y enverra, également un général du génie et le nombre d’officiers nécessaire, avec l’ordre d’armer le golfe de Tarente de manière à défendre les ports et protéger les vaisseaux français qui arriveraient dans Tarente. A Aquila et à Terni, il mettra une garnison de 3 on 4,000 hommes.

Si, au contraire, les Napolitains ne veulent pas de ces conditions, le général Murat marchera sur eux par Aquila, sans passer par Rome, à moins de nécessité absolue.

Vous donnerez l’ordre au général Brune d’envoyer à l’armée d’observation du Midi un chef de brigade du génie, avec six officiers; un chef de brigade d’artillerie, avec six officiers, et trois compagnies d’artillerie à pied.

Vous recommanderez au général Murat de faire partir, chaque décade, d’Ancône, de Tarente et autres ports, un bâtiment pour l’Égypte.

Vous lui recommanderez également d’écrire à Ali, pacha de Janina, pour lui faire connaître que j’ai conservé de l’amitié pour lui, qu’il désire entrer en correspondance directe avec lui;

D’envoyer en Égypte des journaux par toutes les occasions, et surtout des boulets, des fusils et du quina.

 

Paris, 19 février 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Vous donnerez l’ordre, Citoyen Ministre, au contre-amiral Villeneuve de se rendre le plus tôt possible au quartier général de l’armée observation du Midi, à Ancône. Il suivra le quartier général, s’il n’y était plus. Il trouvera des instructions chez le général Murat.

Vous donnerez le même ordre à deux capitaines de frégate, à trois lieutenants et à cinq enseignes de vaisseau, tous connaissant l’archipel, l’Égypte et les côtes de Naples.

Vous donnerez également le même ordre à un sous-ingénieur constructeur et à quatre ou cinq officiers de l’administration.

Vous choisirez de préférence les individus qui pourront convenir général Villeneuve.

 

Paris, 20 février 1 801

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me faire un rapport sur l’état des affaires en Suisse; d’y joindre une copie de la constitution que le Gouvernement helvétique nous a communiquée, et de me faire connaître:

1° Pourquoi le citoyen Reinhard (Charles-Frédéric Reinhard, 1761-1837, ambassadeur. Il avait été au poste de Talleyrand de  de juillet à novembre 1799. I est alors ministre plénipotentiaire en Suisse) a eu communication de cette constitution;
2° Pourquoi celui-ci l’a communiquée au Corps législatif, avec des termes désobligeants pour sa commission;
3° Pourquoi le citoyen Reinhard paraît s’entourer des anciens oligarques, dont la haine pour la République et le Gouvernement français ne peut pas être douteuse;
4° De joindre au rapport la correspondance du citoyen Reinhard et les réponses du ministère, afin que je puisse juger de la situation véritable des choses.

 Paris, 20 février 1801Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, d’écrire aux généraux Moreau, Augereau, Brune, Macdonald, que, lors de l’échange des ratifications, l’on arrêtera une instruction d’évacuation dans laquelle seront prévus tous les mouvements.

Ordonnez que l’on mine l’enceinte de Cassel et que l’on tienne tout prêt à faire sauter dix jours après qu’on en aurait reçu l’ordre.

Ordonnez que tous les détachements de cavalerie, d’infanterie, etc., qui seraient en marche pour joindre leurs corps en Allemagne et en Italie, restent où ils se trouvent jusqu’à ce que leurs corps prennent une position déterminée.

Donnez l’ordre au chef de bataillon Loyer, qui vient d’Égypte, de se rendre à Madrid , où il recevra ordre de l’arnbassadeur de parcourir les différents ports, afin d’accélérer le départ des bâtiments que l’on expédie d’Espagne pour l’Égypte.

 

Paris, 20 février 1801

PROCLAMATION A L’ARMÉE D’ORIENT

Soldats, le peuple français triomphe en Europe; son armée d’Orient ne trahira jamais ses destins! Vous défendrez contre tous cette terre, objet de tant d’espérances et fruit de tant de travaux!

Vous êtes nombreux, tous braves, tous couverts de blessures et échappés aux hasards de cent combats!

Aux Pyramides, à Sédiman, au mont Thabor, à Aboukir, à Héliopolis, vous étiez un contre dix.

Si la bravoure est la première qualité du soldat, la constance est la seconde.

A cette méprisable armée du grand vizir se joint aujourd’hui une armée européenne déshonorée en Batavie, au Ferrol, à Cadix. Elle erre depuis neuf mois sur les mers; elle prétend vous combattre en vous séduisant par ses émissaires.

Les mers d’Égypte ont été funestes à nos marins; qu’elles soient témoins de la honte et de la défaite des bataillons anglais; que tout ce qui débarquera reste mort ou captif; que les déserts de Qatyeh soient le tombeau du grand vizir, et que tant de hauts faits attestent aux siècles futurs la gloire du grand peuple, et vous méritent de nouveaux témoignages de la reconnaissance de la patrie.

 

 Paris, 21 février 1801

ARRÊTÉ

ARTICLE 1er. – Il sera établi sur le Simplon et le mont Cenis un hospice pareil à celui qui existe sur le grand Saint-Bernard; ces hospices seront servis par dés religieux du même ordre que ceux du grand Saint-Bernard. Il ne pourra y avoir moins de quinze personnes dans chaque hospice, et les religieux seront soumis à la même discipline et tenus à observer les mêmes devoirs envers les voyageurs que ceux du grand Saint-Bernard.
ART. 2. Les hospices du grand Saint-Bernard, du Simplon et du mont Cenis ne formeront qu’une seule maison, sous les ordres du même supérieur.
ART. 3. – Chacun des Gouvernements piémontais et cisalpin dotera l’Ordre du grand Saint-Bemard de biens fonds rapportant 20,000 francs de revenus. Cet ordre entrera en jouissance de ces biens le 1er germinal prochain.
ART. 4. – Le ministre de l’intérieur de la République française fera verser dans la caisse de cet Ordre 20,000 francs dans le coura de germinal, et 20,000 francs dans le courant de messidor prochain, époque à laquelle ces deux hospices devront être en pleine activité Les sommes seront employées à la construction et établissement de ces deux hospices.
ART. 5. – Le général Turreau, chargé d’ouvrir une communication entre le Simplon et la Cisalpine, les préfets du Léman et du Mont-Blanc donneront à l’Ordre toutes les facilités nécessaires pour la construction et l’organisation de ces deux hospices.
ART. 6. – Les ministres de l’intérieur et des relations extérieures sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de f exécution du présent arrêté.

 

Paris, 21 février 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, de demander au citoyen Chasseloup un rapport et un projet pour faire de Peschiera une place de première force et un projet pour détruire les fortifications de Mantoue, ce qui rendrait la salubrité à la ville;

Un projet pour construire un  petit fort à Rivoli, de manière à remplir ces deux buts: que, par une batterie, il puisse battre le chemin qui de Trente va à Vérone, et empêche l’ennemi de déboucher le long de l’Adige à Rivoli; ce fort doit être défendu par 2 ou 300 hommes;

Fermer Porto-Legnago du côté de la rivière, lui donner tout l degré de défense possible, et lui procurer spécialement des inondations;

Faire une espèce de réduit au fort de Vérone qui aboutit au vieux pont, de manière qu’il puisse contenir la population de la ville;

Faire sonder et lever le plan de la rade de Goro, et établir des batteries capables de protéger une escadre contre des forces supérieures.

 

Paris, 21 février 1801

Au contre-amiral Rosily(François Étienne, comte de Rosily-Mesros, 1748-1832)

Je prie le contre-amiral Rosily de faire venir cet officier chez lui, de lui demander des renseignements sur l’état actuel de tous les ports de Naples et de Sicile, et spécialement sur les ports de la presqu’île d’Otrante et depuis Ancône jusqu’à Brindisi. Je désire connaître particulièrement ceux des grands ports où une escadre pourrait être ‘t l’abri du temps et des forces ennemies, ceux des petits ports où des frégates peuvent entrer. Il entrera surtout dans de grands détails sur la rade de Tarente – vingt vaisseaux de guerre peuvent-ils y être en sûreté contre quarante? Le fond y est-il bon? Quels sont les défauts de la rade? Quelles sont les ressources et les fortifications de la ville? Le contre-amiral Rosily f interrogera de manière à ne pas lui laisser découvrir le principal objet de sa demande.

 

Paris, 22 février 1801

Au citoyen Gaudin, ministre des finances

Voici quelques observations, Citoyen Ministre, relatives au compte que vous m’avez remis ce matin sur l’état des finances de l’an VIII :

1° Au tableau no 1, je voudrais joindre une colonne intitulée: Nature des valeurs.

Ainsi, il y a, à la colonne d’Aperçu des recettes effectives, 45 millions pour l’arriéré des contributions de l’an VII et années antérieures. Si cette recette a été faite en argent, je voudrais qu’il fût spécifié, Numéraire; sinon spécifier les valeurs autres que numéraire qui auraient été reçues, en mettant la perte qu’elles ont éprouvée ou à peu près.

Je vois 145 millions provenant de l’enregistrement. Cette somme n’est certainement pas rentrée en argent.

2° A l’article Rachat de rentes, je voudrais qu’il fût dit que la perte sur cet effet a presque constamment été de 50 pour 100, etc., de manière que chacun pût lui-même faire son calcul et réduire à leur juste valeur les 585 millions.
3° En suivant toujours l’état no 1 , je voudrais mettre: Recettes extraordinaires en l’an V111 non portées au budget.

4° Après les articles Cautionnements, Congés de conscrits et Cédules, je voudrais mettre un article de l’Armée d’Orient, Armée du Rhin, Armée d’Italie. La trésorerie doit avoir les états de ces trois armées, d’après lesquels il sera facile de calculer ce qui est entré dans leurs, caisses dans le courant de l’an VIII, résultant des contributions levées dans les pays conquis et pouvant être portées Hors de compte.

Dans l’évaluation de la dette, vous devez ôter des 2I5 millions qui n’avaient pas été ordonnancés au 1er vendémiaire an IX sur le crédit de l’an VIII

1° Les recettes que les armées ont faites sur les contributions des pays conquis dans le courant de l’an VIII ;
2° Les réquisitions faites en France et dans les pays étrangers pendant le courant de l’an VIII . ce qui vous donnerait toujours vos mêmes nombres.

Vous portez 87 millions comme restant dus pour la portion d’arrérages de la dette publique dont le payement avait été promis en numéraire pour le terme antérieur au deuxième semestre de l’au VI . Ne serait-il pas plus convenable, vu que nous ne pouvons pas solder cela en numéraire, de le mettre en suspens, comme une chose à liquider à l’article de la dette? Alors notre dette arriérée ne monterait qu’à 250 millions.

Restera à voir s’il ne serait pas convenable d’affecter les 142 millions que vous avez de disponibles pour achever de solder entièrement tout l’an VIII; de consolider les 125 millions arriérés des années V, VI et VII; de laisser les 290 millions de biens nationaux, les 200 qui existent dans les quatre départements, pour doter notre instruction publique et organiser des ventes graduelles et réglées, de manière que cela puisse nous offrir une ressource de 20 millions par année, pendant les trois qui vont suivre.

Il me paraît que cette méthode aurait cet avantage, que le crédit public se trouverait rétabli, puisque l’an VIII et l’an IX se trouveraient complètement soldés, et que ce qui serait dû pour les années antérieures serait consolidé.

D’ailleurs, je ne conçois pas bien comment il vous sera possible, en affectant ces 200 millions de domaines nationaux à liquider l’arriéré, d’avoir fini dans le courant de l’an IX et même de l’an X; vous ne pourriez le faire qu’en émettant des cédules ou des rescriptions.  Nous serions donc toujours condamnés à voir les effets du Gouvernement perdre 50 et 60 pour 100 sur la place, ce qui est nécessairement destructif de tout crédit, et nous aurions le grand inconvénient d’entendre crier les individus qui ont fourni au Gouvernement actuel pendant l’an VIll.

Je désirerais que votre mémoire fût présenté au Corps législatif par un orateur du Gouvernement, pour servir de préambule à un projet de loi portant :

Que 20 millions sur l’an V, 30 millions sur l’an VI, 60 sur l’an VII, formant 110 millions, seraient consolidés;

Que les ressources provenant des recettes antérieures au ler vendémiaire an IX seraient employées à acquitter les dépenses de l’an VIII;

Qu’il serait sursis à la vente de tous les biens nationaux.

Un second projet de loi serait proposé le même jour et porterait:

1° Que 160 millions de biens nationaux seraient employés à doter l’instruction publique, et 40 millions pour les invalides, pour leur tenir lieu de ceux de leurs biens qui ont été vendus, et assurer leur entretien d’une manière spéciale;

2° Que, dans le trimestre de germinal, le Gouvernement ferait connaître la portion de biens nationaux qui, dans chaque département, se trouverait affectée à l’instruction publique;

3°, Que 120 millions de biens nationaux, pris soit dans le restant des biens nationaux en France, soit dans les quatre départements, seraient mis en vente successivement dans le cours des années X, XI et XII. Les payements seraient effectués par tiers, dans le premier trimestre desdites années, au moyen d’obligations de 1,000, de 5,000 et de 10,000 francs; ces obligations calculées de manière que le maniement par la trésorerie en soit aussi simple que celui des obligations actuelles, et assure au moins à l’État 20 millions par an, et 20 millions en tiers consolidé pour amortir la dette.

4° Prendre toutes les mesures pour que le maniement de ces obligations soit facile à la trésorerie, et dès lors avoir soin que l’intérêt soit en dedans.

En même temps, il faudrait aussi proposer des mesures pour les deux tiers mobilisés.

 

Paris, 22 février 1801

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me remettre toutes les pièces relatives au rappel d’Otto et de me faire connaître s’il ne serait pas bien de les publier.

 

Paris, 22 février 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Il est possible, Citoyen Ministre, que la Prusse fasse occuper le pays de Hanovre par ses troupes. Je ne vois pas d’inconvénient à prendre les mesures que vous proposez dans votre lettre.

 

Paris, 22 février 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Le général Brune, Citoyen Ministre, a demandé à venir à Paris; autorisez-le à s’y rendre. Il laissera le commandement de l’armée au général Moncey, le plus ancien général de division.

Écrivez-lui une lettre honnête.

 

Paris, 23 février 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

J’ai lu, Citoyen Ministre, avec la plus vive émotion, l’exposé des habitants de Saint-Servan. Je le sais comme eux : la vie de 30,000 Français n’a de garantie que dans l’humanité et dans le respect du droit des gens d’un gouvernement qui paraît prendre à tâche de ne plus en respecter aucun. La paix, ou un effort extraordinaire et digne du grand peuple, est le seul espoir qui reste à ces infortunés.

Le continent est pacifié; c’est aujourd’hui aux habitants des côtes à nous prouver que l’obstacle qui nous sépare de nos ennemis n’est pas si grand qu’on ne le puisse franchir.

Laissons aux femmes et aux enfants les plaintes et les larmes; que les fils et les frères répondent par des cris de victoire aux plaintes des prisonniers.