Correspondance de Napoléon – Février 1801

  Paris, 13 février 1801

MESSAGE AU SÉNAT, AU CORPS LÉGISLATIF ET AU TRIBUNAT

La paix du continent a été signée à Lunéville (Le 9 février 1801); elle est telle que la voulait le peuple français. Son premier vœu fut la limite du Rhin; des revers n’avaient point ébranlé sa volonté, des victoires n’ont point dû ajouter à ses prétentions.

Après avoir replacé les anciennes limites de la Gaule, il devait tendre à la liberté des peuples qui lui étaient unis par une commune origine, par le rapport des intérêts et des mœurs.

La liberté de la Cisalpine et de la Ligurie est assurée.

Après ce devoir, il en était un autre que lui imposaient la justice et la générosité.

Le roi d’Espagne a été fidèle à notre cause et a souffert pour elle; ni nos revers ni les insinuations perfides de nos ennemis n’ont pu le détacher de nos intérêts: il sera payé d’un juste retour. Un prince de son sang va s’asseoir sur le trône de Toscane. Il se souviendra qu’il le doit à la fidélité de l’Espagne et à l’amitié de la France; ses rades et ses ports seront fermés à nos ennemis et deviendront l’asile de notre commerce et de nos vaisseaux.

L’Autriche, et c’est là qu’est le gage de la paix, l’Autriche, séparée désormais de la France par de vastes régions, ne connaîtra plus cette rivalité, ces ombrages qui, depuis tant de siècles, ont fait le tourment de ces deux puissances et les calamités de l’Europe.

Par ce traité, tout est fini pour la France; elle n’aura plus à lutter contre les formes et les intrigues d’un congrès.

Le Gouvernement doit un témoignage de satisfaction au ministre plénipotentiaire qui a conduit cette négociation à cet heureux terme. Il ne reste ni interprétations à craindre, ni explications à demander, ni de ces dispositions équivoques dans lesquelles l’art de la diplomatie dépose le germe dune guerre nouvelle.

Pourquoi faut-il que ce traité ne soit pas le traite de la paix générale !… C’était le vœu de la France; c’était l’objet constant des efforts du Gouvernement; mais tous ses efforts ont été vains. L’Europe sait tout ce que le ministère britannique a tenté pour faire échouer les négociations de Lunéville.

En vain un agent autorisé par le Gouvernement lui déclara, le 9 octobre 1800, que la France était prête à entrer avec lui dans une négociation séparée : cette déclaration n’obtint que des refus, sous le prétexte que l’Angleterre ne pouvait abandonner son allié. Depuis, lorsque cet allié a consenti à traiter sans l’Angleterre, ce Gouvernement cherche d’autres moyens d’éloigner une paix si nécessaire au monde.

Il viole des conventions que l’humanité avait consacrées, et déclare la guerre à de misérables pêcheurs.

Il élève des prétentions contraires à la dignité et aux droits de toutes les nations.

Tout le commerce de l’Asie et des colonies immenses ne suffisent plus à son ambition; il faut que toutes les mers soient soumises à la souveraineté exclusive de l’Angleterre.

Il arme contre la Russie, le Danemark et la Suède, parce que la Russie, la Suède et le Danemark ont assuré, par des traités de garantie, leur souveraineté et l’indépendance de leur pavillon. Les puissances du Nord, injustement attaquées, ont droit de compter sur la France. Le Gouvernement français vengera avec elles une injure commune à toutes les nations, sans perdre jamais de vue qu’il ne doit combattre que pour la paix et pour le bonheur du monde.

 

Paris, 13 février 1801

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Le ministre de la marine donne l’ordre au contre-amiral Dumanoir de se rendre en Espagne et de prendre vos instructions avant de partir.

Le but de son voyage est,

1°. – De visiter les ports du Ferrol, de Cadix, de Carthagène et de Barcelone, et de me donner tous les renseignements nécessaires sur la situation actuelle de la marine espagnole;

2° De traiter tout ce qui serait relatif à l’exécution du traité que nous avons avec l’Espagne, par lequel elle doit nous donner six vaisseaux de guerre;

3° D’accélérer le départ des trois frégates pour Livourne et d’une escadre, la plus forte possible, pour la Méditerranée.

Vous adresserez directement le contre-amiral Dumanoir à l’ambassadeur de la République à Madrid, avec l’instruction de ne rien faire que par le canal de cet ambassadeur.

Vous ferez connaître à ce dernier le but du voyage du contre amiral Dumanoir, afin qu’il le seconde de tous ses moyens.

Lorsque Sa Majesté Catholique aura désigné les trois frégates qui doivent se rendre à Livourne, le contre-amiral Dumanoir se rendra au port pour accélérer leur départ.

L’ambassadeur de la République fera comprendre au ministère espagnol qu’il faut enfin, à quelque prix que ce soit, que nous devenions maîtres de la Méditerranée;

Que les quinze vaisseaux espagnols qui sont à Brest, et les quinze français qui s’y arment, avec la présence d’une armée sur la côte, obligeront toujours l’Angleterre à tenir quarante vaisseaux dans ces parages pour s’opposer à cette escadre;

Qu’il faudra que l’Angleterre oppose au moins douze vaisseaux aux quinze bataves qui seront prêts avant peu de temps;

Qu’ils ne peuvent pas garder moins de trente vaisseaux pour bloquer la Baltique, ce qui fait quatre-vingts vaisseaux de guerre;

Que la France aura quinze vaisseaux de guerre dans la Méditerranée avant l’équinoxe.

Si le roi d’Espagne réunit quinze vaisseaux pour les joindre aux français, les Anglais, qui vont avoir les ports de Lisbonne, de Sicile, de Naples fermés, seront hors d’état de tenir trente vaisseaux dans la Méditerranée.

Cela étant, je ne mets pas en doute qu’ils n’évacuent Mahon, dans l’impossibilité où ils se trouveront de tenir dans la Méditerranée.

Dans les quinze vaisseaux que doit armer l’Espagne, elle pourrait nous en donner trois sur les six qui nous sont destinés, et alors il ne lui resterait que douze vaisseaux à armer, ce qui certes n’est pas au delà de ses forces et de son pouvoir.

Pour prendre nos trois vaisseaux, nous pourrions envoyer sur deux frégates une portion des équipages.

Si cela est possible, il faut que cela soit indépendant des trois vaisseaux que l’Espagne doit envoyer au Brésil, ce qui lui serait d’autant plus facile, qu’en nous cédant trois des quinze vaisseaux qu’elle a à Brest,  les équipages pourraient lui servir à armer ses autres bâtiments.

L’ambassadeur de la République doit donc employer toute son influence pour que les escadres du Ferrol, de Carthagène, de Cadix, soient armées pour agir de concert avec les quinze vaisseaux français qui ne tarderont pas à être dans la Méditerranée.

Si cela est nécessaire, les vaisseaux armés du Ferrol pourraient sur-le-champ passer à Cadix, et, dans tous les plans qui seraient arrêtés, le contre-amiral Dumanoir se rendrait dans les ports pour accélérer le départ et instruirait parfaitement le Gouvernement de ce sur quoi l’on peut compter.

Si, dans le traité de paix avec le Portugal, la clause de nous remettre les trois vaisseaux qui nous ont bloqués à Alexandrie est admise, le contre-amiral Dumanoir pourra désigner à l’ambassadeur ces trois vaisseaux.

Le contre-amiral Dumanoir pourra arrêter avec l’amiral espagnol toutes les mesures à prendre pour conduire à Toulon les trois vaisseaux espagnols.

Enfin, si la cour d’Espagne consent à nous donner quatre ou cinq des frégates qui sont désarmées dans ses ports, le contre-amiral Dumanoir sera envoyé pour ne prendre que des frégates bonnes marcheuses et qui pourraient nous être utiles.

Vous recommanderez à notre ambassadeur de faire sentir à la cour d’Espagne combien il est honteux de laisser bloquer toutes ses côtes par une on deux frégates, et combien il sera difficile à l’Angleterre d’entretenir une flotte nombreuse dans la Méditerranée, s’il y a au détroit une forte escadre qui s’empare des convois venant de Londres.

Répétez encore à notre ambassadeur qu’après ce que nous venons de faire, de céder la Toscane au duc de Parme, et d’après même ce que nous pourrions peut-être faire un jour, de le mettre sur le trône de Naples, j’ai droit de m’attendre à plus de vigueur dans les armements maritimes.

Je désire que notre ambassadeur obtienne une décoration pour M. Gravina, dont je suis très-content, et le rappel de Mazarredo, qui est une ganache.

 

 Paris, 13 février 1801

Au citoyen Talleyrand

Je vous prie, Citoyen Ministre, de faire connaître à l’ambassadeur de la République à Madrid qu’il serait nécessaire que, dans cette circonstance, le roi d’Espagne expédiât d’un port quelconque trois frégates qui se rendraient à Livourne. Ces frégates pourront, pour faire une route sûre, passer par le détroit de Bonifacio, et auront soit les ports de la Rivière de Gênes, soit ceux de la Corse, pour s’y réfugier.

Le but de cette expédition est,

1° D’éloigner une frégate anglaise qui croise constamment devant Livourne pour intercepter les communications avec l’île d’Elbe;
2° De mettre le commandant français qui est à Livourne à même de profiter d’un moment favorable pour faire débarquer des troupes à l’île d’Elbe et empêcher les Anglais de s’en emparer.
Au moyen de la croisière de ces trois frégates, le port de Livourne ne pourrait être bloqué que par deux vaisseaux de guerre anglais, ce qui leur est impossible par la disposition de leurs forces dans la Méditerranée.
D’ailleurs, s’il était possible que l’Espagne expédiât, avec ces frégates, deux ou trois vaisseaux de guerre, le but de cette opération n’en serait que mieux rempli; mais, comme cela entraînerait des retards, que l’on obtienne le départ des trois frégates quatre ou cinq jours après l’arrivée du courrier, ce qui n’empêchera pas l’escadre de Cadix de pouvoir, lorsqu’elle sera prête, se rendre à Lisbonne.
Aux considérations des avantages qui résulteront de cette expédition pour la guerre maritime, se joignent ceux qui résulteront de la satisfaction des nouveaux sujets du duc de Parme de se voir protéger par le pavillon d’ Espagne.

 

Paris, 13 février 1801

Au citoyen Talleyrand

Par le traité secret, Citoyen Ministre, qui a été conclu avec l’Espagne, elle doit nous donner six vaisseaux de guerre. Il est indispensable que ces vaisseaux nous soient remis le plus tôt possible. Nous désirerions que Sa Majesté Catholique voulût nous donner trois de ceux qui sont à Brest et trois de ceux qui sont à Cadix ou à Barcelone.

Il est également indispensable que nous ayons, dans le plus court délai, la renonciation du duc de Parme au duché de Parme et la substitution de la Toscane au jeune duc, qu’il faudrait se presser d’envoyer à Paris, afin que ce prince fût le plus tôt possible installé, à Florence.

Quant au titre de roi, si cela flatte beaucoup Sa Majesté Catholique, nous l’installerons en cette qualité et le ferons reconnaître par toute l’Europe.

Quant au Portugal, indépendamment des conditions insérées dans le traité, nous désirerions quinze on vingt millions, mais surtout les quatre vaisseaux de guerre et la frégate qui m’ont bloqué à Alexandrie. Faites sentir à l’ambassadeur d’Espagne le genre d’importance que je mets à cette condition: indépendamment des vaisseaux, c’est un exemple à donner aux petites puissances pour les accoutumer à respecter la France, et à ne se mêler qu’autant que cela est inévitable de la querelle des grandes puissances.

Vous ferez également connaître à l’ambassadeur de la République à Madrid que nous désirons conserver la portion de l’île d’Elbe qui appartient à la Toscane, et que nous espérons y réunir celle qui appartient au roi de Naples.

Dans nos arrangements avec Naples, nous obtiendrons la réunion à la Toscane de tout le pays de Piombino; dans ce cas, je désirerais que l’Espagne, nous donnât quatre on cinq frégates des dix qui sont dans ce moment-ci désarmées dans le port de Barcelone.

Vous lui ferez également connaître que je regarde comme une chose importante qu’il obtienne de la cour une interprétation qui lève toutes les difficultés qui se présentent aux douanes d’Espagne.

Les linons et les batistes, en entrant en Espagne, ne payent pas de droits; mais les uns et les autres ont souvent une lisière de coton de couleur, et alors quelques douanes les soumettent à des droits très-forts, tandis que d’autres les en affranchissent. Il serait donc essentiel que le roi d’Espagne fît connaître que le règlement qui assujettit à un droit de douane les cotons manufacturés ne porte pas sur les linons et batistes qui n’ont qu’une petite lisière de coton. On pourrait même, si cela était jugé nécessaire, fixer une proportion, par exemple les cinq sixièmes de lin et un sixième de coton par pièce.

 

 Paris, 13 février 1801

Au citoyen Talleyrand

Il faudrait, Citoyen Ministre, s’empresser d’entamer une négociation avec l’Helvétie, par laquelle elle nous céderait tout le Valais jusqu’à Brigg, et le Simplon jusqu’au Novarais, afin que cette route fût toujours libre pour la République. Nous céderions à l’Helvétie les pays que nous a donnés l’Empereur par le traité de Lunéville.

 

Paris, 13 février 1801

Au citoyen Joseph Bonaparte, ministre plénipotentiaire à Lunéville

On a publié ce matin, Citoyen Ministre, le traité de paix de Lunéville. Il a rempli parfaitement l’attente du Gouvernement.

Le citoyen Talleyrand vous écrit pour vous autoriser à venir à Paris. Je ne veux pas écrire à M. de Cobenzl. Je ne puis le traiter que comme un ministre ordinaire. Dans le commencement de cette négociation, il a manqué à son caractère. Cependant il sera vu ici avec plaisir, et il n’y a pas d’inconvénient qu’il y vienne. Dans ce cas, il ne serait pas sage et il paraîtrait peu convenable que vous lui montrassiez la même intimité que la première fois. On avait fait alors pour lui ce que l’on fait aujourd’hui pour M. Kalitchef, c’est-à-dire venant pour lever tous les obstacles et conclure la paix, et non pas pour gagner du temps et profiter de la confiance particulière que j’avais en lui pour faire réussir le système de M. de Thugut. Il n y a pas cependant d’inconvénient à lui dire que, s’il n’avait pas eu le bon esprit de rester à Lunéville, on aurait imposé à la Maison d’Autriche des conditions plus dures.

Il me reste un mot à vous dire: la nation est contente du traité, et, moi, j’en suis particulièrement satisfait.

Mille choses à Julie.

 

 Paris, 13 février 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Vous ferez connaître, Citoyen Ministre, au général Murat que le général Brune a ordre de le renforcer de 2,000 hommes de cavalerie et de 10,000 hommes d’infanterie;

Que le lieutenant général Soult a ordre de se rendre à son armée pour commander son avant-garde;

Qu’il ne doit point faire d’armistice sans les conditions qui lui ont été communiquées par le ministre des relations extérieures, et, de plus, sans la permission de pouvoir occuper, jusqu’à la paix maritime avec l’Angleterre, les principaux point du golfe de Tarente avec 8,000 hommes de garnison et une libre communication avec Ancône. Dans ce cas, le général Soult sera chargé de commander ce corps, qui serait spécialement composé de quatre demi-brigades formées des dépôts de l’armée d’Orient et d’autres corps, pour les compléter jusqu’à concurrence de 8,000 hommes d’infanterie, 1,000 hommes de cavalerie et 24 pièces d’artillerie.

Le reste de l’armée se tiendrait pour pouvoir protéger la communication avec ce corps.

 

 Paris, 13 février 1801

Au général Berthier

Je vous prie, Citoyen Ministre, de réitérer les ordres pour que toutes les places du Piémont, dont la démolition a été ordonnée, le soient entièrement au ler floréal, spécialement Tortone.

Nommez un commissaire chargé de l’exécution de vos ordres.

La place de Cherasco, quoique fortifiée en terre, mérite une attention particulière.

 

 Paris, 13 février 1801

Au général Berthier

Vous donnez, Citoyen Ministre, au général Tilly le titre de général en chef par intérim. Cela est contraire aux usages militaires, puisqu’on ne peut prendre ce titre qu’avec une commission de général en chef.

Les généraux se prévalent des titres et grades que leur donnent les bureaux pour toucher les appointements qui y sont attachés, et continuent à prendre ces titres. Je vous prie de recommander à vos bureaux la plus grande sévérité sur cet objet.

 

Paris, 13 février 1801

ARRÊTÉ

ARTICLE 1er. – Les places de Düsseldorf, de Kehl, d’Ehrenbreitstein, et tous les autres postes militaires situés sur la rive droite du Rhin, seront démolis.
ART. 2. – Le ministre de la guerre prendra des mesures pour qu’au 10 germinal prochain ces démolitions soient terminées, et que l’artillerie, les matériaux, etc., soient transportés sur la rive gauche.
ART. 3. – Le ministre de la guerre est chargé de l’exécution du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé.

 

Paris, 13 février 1801

ARRÊTÉ

ARTICLE 1er. – Les châteaux de Vérone, la tête de pont de Porto-Legnago, situés sur la rive gauche de l’Adige, la Chiusa vénitienne, les meilleurs bastions de l’enceinte de Trévise, de Padoue et de Vicence, seront démolis.
ART. 2.  – Le ministre de la guerre prendra les mesures pour que cette démolition soit effectuée avant le le, germinal prochain.
ART. 3.  – Le ministre de la guerre est chargé de l’exécution du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé.

 

Paris, 13 février 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Je vous prie, Citoyen Ministre, d’envoyer, par des courriers extraordinaires, à Toulon et à Brest, le Moniteur de ce jour, qui contient le traité de paix.

Vous donnerez l’ordre au préfet maritime de Toulon de faire partir sur-le-champ un bâtiment pour en porter la nouvelle à Tunis, et plusieurs bâtiments pour en porter la nouvelle en Égypte, et spécialement la frégate la Badine, sur laquelle il fera embarquer jusqu’à 2,000 fusils de ceux qui pourraient se trouver à Toulon ou à Marseille, et 12 on 15,000 boulets de tous les calibres, avec 200 hommes de passage, dont 150 conscrits et 50 canonniers et marins de toute espèce. Vous recommanderez au préfet de faire embarquer, sur cette frégate, de l’acier, du fer et des outils de toute espèce, ainsi que des médicaments et des chirurgiens.

Vous donnerez au commandant de la Badine un papier cacheté, pour qu’il l’ouvre en mer et tienne secret, par lequel vous l’informerez de l’expédition du général Ganteaume et vous le mettrez à même de connaître ses vaisseaux.

Ordonnez que sur toute la côte, et surtout sur celle qui avoisine la côte d’Angleterre, on fasse des décharges d’artillerie à la pointe du jour, à neuf heures et à midi.

 

Paris, 14 février, 1801

RÉPONSE  A UN DISCOURS PRONONCÉ PAR LE PRÉSIDENT DU CORPS LÉGISLATIF.

Le Gouvernement reçoit avec plaisir la députation du Corps législatif.

Le peuple ne goûtera pas encore tous les bienfaits de la paix, tant qu’elle ne sera pas faite avec l’Angleterre. Mais un esprit de vertige s’est emparé de ce Gouvernement, qui ne connaît plus rien de sacré; sa conduite est injuste, non-seulement envers le peuple français, mais encore envers toutes les puissances du continent; et, lorsque les gouvernements ne sont pas justes, leur prospérité n’est que passagère.

Toutes les puissances du continent feront rentrer l’Angleterre dans le chemin de la modération, de l’équité et de la raison.

Mais la paix intérieure a précédé la paix extérieure.

Dans le voyage que je viens de faire dans plusieurs départements, j’ai été touché de l’accord et de l’union qui régnaient entre tous les citoyens. On ne doit attacher aucune importance aux harangues inconsidérées de quelques hommes.

Le Gouvernement se plaît à rendre justice au zèle du Corps législatif pour la prospérité du peuple français, et à son attachement pour le Gouvernement. En mon particulier, je désire que vous lui fassiez bien connaître la confiance que j’ai en lui, et combien je suis sensible à cette démarche spontanée, et au discours que vient de m’adresser son président.

 

Paris, 14 février 1801

RÉPONSE A UNE DÉPUTATION DES MEMBRES BELGES DU CORPS LÉGISLATIF.

Il n’était plus au pouvoir du Gouvernement de transiger pour les neuf départements qui formaient autrefois la Belgique, puisque, depuis leur réunion , ils font partie intégrante du territoire français. Il est cependant vrai de dire que le droit publie, tel qu’il était à cette époque reconnu en Europe, a pu autoriser des individus, qui voyaient dans S. M. l’Empereur leur légitime souverain, à ne pas se reconnaître comme Français.

Mais, depuis le traité de Campo-Formio, tout habitant de la Belgique qui a continué à reconnaître l’Empereur pour son souverain et est resté à son service a par cela seul trahi son devoir et sa patrie. Depuis ce traité, les Belges étaient donc Français, comme le sont les Normands, les Languedociens, les Bourguignons.

Dans la guerre qui a suivi ce traité, les armées ont éprouvé quelques revers; mais, quand même l’ennemi aurait eu son quartier général au faubourg Saint-Antoine, le peuple français n’eût jamais ni cédé ses droits, ni renoncé à la réunion de la Belgique.

 

Paris, 14 février 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner les ordres les plus sévères aux armées du Rhin et d’Italie pour que les prisonniers de guerre venant des prisons d’Autriche et faisant partie des corps qui sont dans l’intérieur de la République leur soient fidèlement envoyés et ne soient pas retenus pour être incorporés dans d’autres corps.

 

Paris, 14 février 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Je vous prie, Citoyen Ministre, d’écrire au préfet maritime à Brest que je vois avec peine que l’escadre française, mouillée avec l’escadre espagnole, ne prend point part aux fêtes des Espagnols, quoique ceux-ci prennent part à celles que nous célébrons. Donnez, je vous prie, des ordres en conséquence.

 

Paris, 15 février 1801

Au citoyen Chaptal, ministre de l’intérieur

Le Premier Consul est informé, Citoyen Ministre, que quelques préfets se croient autorisés à interpréter les actes du Gouvernement; il sait que plusieurs d’entre eux ont pris des mesures d’où il résultait une extension aux dispositions des arrêtés.

Les Consuls désirent que les préfets soient avertis par votre correspondance qu’il est de leur devoir de se conformer littéralement aux arrêtés , à moins que, sur des représentations adressées par eux aux ministres, ils ne se trouvent autorisés par des instructions précises.

 

Paris, 15 février 1801

Au citoyen Gaudin, ministre des finances

Le Premier Consul désire , Citoyen Ministre, que vous lui fassiez connaître par quels moyens on s’assure de l’exactitude des bons de caisse qu’envoient les receveurs généraux, et si ces comptables n’envoient des bons que pour le montant de l’argent qui est dans leur caisse.

En supposant à cette question une réponse affirmative , le Premier Consul a remarqué qu’alors le receveur général n’envoie des bons de caisse que pour une portion de sa recette, puisqu’en effet elle se compose non-seulement des versements faits dans sa caisse, mais encore des fonds qui se trouvent dans celles des receveurs particuliers, préposés dont le nombre égale celui des sous-préfectures.

Ne résulte-t-il pas de cette disposition des choses que le receveur général, donnant, en payement des effets tirés sur lui par le trésor publie, des bons sur les receveurs particuliers, libère d’autant les fonds de sa propre caisse, et peut, pendant un intervalle de temps assez considérable, disposer de ceux-ci pour son intérêt particulier?

Le Premier Consul vous invite à vous occuper des moyens que vous jugeriez propres à prévenir ou réprimer cet abus.

Ne pourrait-on pas exiger, par exemple, que les sous-préfets fissent passer, toutes les décades, aux préfets, un extrait de procès-verbal constatant l’état des fonds existant dans la caisse du receveur particulier, et qu’ensuite le préfet, en visant les bons de caisse du receveur, fit mention sur ces bons de l’état de la caisse des receveurs particuliers, conformément aux procès-verbaux des sous-préfets?

Le Premier Consul vous invite, Citoyen Ministre, à lui faire connaître si vous jugez cette mesure exécutable, ou à lui proposer un autre moyen qui tendrait au même but.

 

 Paris, 15 février 1801

Au citoyen Gaudin

Le Premier Consul est informé, Citoyen Ministre, que le receveur général des Côtes-du-Nord ne tient pas registre des bordereaux recette des receveurs particuliers de son département; qu’ainsi ce comptable rend impossible le contrôle de la recette générale par la recette des arrondissements; que cette impossibilité est d’autant plus constante, qu’il n’a pas cru devoir rédiger des bordereaux pour sa recette d’arrondissement du chef-lieu.

Ce comptable a dit avoir trouvé cette marche établie par ses prédécesseurs, et qu’il n’avait pas cru devoir la changer. Il n’a point remarqué qu’il pourrait en résulter qu’un receveur général aurait ainsi la faculté de ne se charger en recette qu’à sa volonté, et que, s’il était d’intelligence avec les receveurs particuliers, il pourrait abuser des fonds versés par les contribuables; que d’ailleurs, par cette marche subversive de toute comptabilité, il présentait chaque mois un  reste à recouvrer qui n’existait réellement pas.

Le Premier Consul désire, Citoyen Ministre, que vous preniez tous ces faits en considération ; que vous portiez votre examen sur tous les receveurs qui pourraient avoir la même opinion que le receveur général des Côtes-du-Nord et suivre les mêmes usages. Il invite à lui faire un rapport sur cet objet.

 

Paris, 15 février 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Le Premier Consul désire, Citoyen Ministre, que, par un prompt, rapport, vous lui fassiez connaître quels sont les motifs qui ont pu déterminer le directoire général des hôpitaux à ne pas se conformer au règlement même de son institution, on du moins à n’exécuter qu’avec lenteur la réforme d’une partie des hôpitaux militaires donnée par l’arrêté du 24 thermidor (An VIII).

Il avait été convenu que, partout où les hôpitaux civils pourraient suppléer les hôpitaux militaires, ces derniers seraient supprimé. Cette mesure avait le double avantage de procurer de l’économie dans le service et un service plus favorable aux malades. Le Premier consul désire savoir si elle a été exécutée.

 

 Paris, 15 février 1801

Au général Berthier

Le Premier Consul me charge de vous inviter, Citoyen Ministre, à lui faire un rapport particulier sur l’établissement de l’hôpital militaire d’instruction de Rennes.

Il désire principalement connaître si cet hôpital d’instruction est organisé d’une manière exactement conforme aux dispositions du règlement du 24 thermidor an VIII, et si l’emploi d’un nombre aussi considérable d’officiers de santé est formellement autorisé, par le règlement ou par tout autre acte du Gouvernement.

Je joins à cette lettre l’état de ces officiers.

Paris, 17 février 1801

Au citoyen Chaptal, ministre de l’intérieur

Les fers de France sont inférieurs aux fers de Suède; il serait peut-être possible d’en améliorer la fabrication. Nos fers de Berry paraissent être ceux de France qu’on estime le plus. Faites voir par des gens instruits les principales forges de ce pays, pour savoir s’il n’y aurait pas des formes à leur prescrire qui tendraient à les améliorer.

 

 Paris, 17 février 1801

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Faites connaître, Citoyen Ministre, par un courrier extraordinaire, à l’ambassadeur de la République à Madrid, que les nouvelles d’Alger ne doivent en aucune manière retarder le départ des avisos pour l’Égypte, mais au contraire les accélérer davantage. Faites-lui connaître que je suis peu satisfait de la lenteur que l’on met dans ces expéditions; que je comptais qu’on en ferait partir deux par décade, tandis que je vois qu’il n’y en a encore qu’un seul d’expédié.

Écrivez également au citoyen Belleville que la prise du Régulus ne doit pas retarder ses expéditions pour l’Égypte.

 

 Paris, 17 février 1801

Au citoyen Talleyrand

Faites connaître, Citoyen Ministre, au citoyen Belleville que le Gouvernement est très-satisfait du zèle qu’il met dans la mission importante dont il est chargé; qu’il apprécie les difficultés qu’il rencontre; mais qu’il peut être assuré d’être fortement appuyé dans ses mesures. Dites-lui de faire rentrer le plus d’argent possible dans les caisses de l’armée, en faisant aux Anglais le plus de mal qu’il pourra.

La conduite indigne du Gouvernement britannique, qui vient de faire courir sur nos pêcheurs, exige que l’on montre encore plus de sévérité envers les Anglais.

 

 Paris, 17 février 1801

Au citoyen Talleyrand

Je désire, Citoyen Ministre, que vous voyiez M. de Saint-Marsan, que vous lui fassiez connaître mon mécontentement de la conduite et du peu de confiance du roi de Sardaigne. Vous lui direz qu’il ait à s’adresser au général Clarke, pour vous faire connaître tout ce qu’il aurait à vous communiquer.

Vous autoriserez le général Clarke à écouter tout ce qu’il proposerait, en ne préjugeant point la question, ne donnant aucun titre à M. de Saint-Marsan et n’exigeant aucune espèce de pouvoirs.

 

Paris, 17 février 1801

Au citoyen Talleyrand

Vous donnerez l’ordre, Citoyen Ministre, au résident de la République à Parme de se rendre à son poste et de partir de Paris sous 48 heures.

 

 Paris, 17 février 1801

DÉCISION

 Le citoyen Casimir Poitevin, chef de brigade du génie, pris, à son retour d’Égypte, avec plusieurs autres Français, par un corsaire de Tripoli et remis entre les mains d’Ali-Pacha, indique quels moyens on pourrait employer pour le délivrer ainsi que ses compagnons.Renvoyé au ministre des relations extérieures pour écrire en  mon nom, à Ali-Pacha, sur du parchemin. Le ministre enverra la lettre au général Murat, qui la fera passer par Ancône à Ali-Pacha.

 

Paris, 17 février 1801

DÉCISION

 L’archevêque de Milan prie le Premier Consul de lui faire rendre la nomination aux cures et aux bénéfices, et témoigne le désir de voir les choses se rétablir dans la Cisalpine sur le pied qu’elles étaient en 1796; c’est, dit-il, le seul moyen de conserver la religion
catholique dans toute sa pureté.
Renvoyé au ministre des relations extérieures pour écrire dans ce sens au Gouvernement cisalpin et au Ministre Petiet.

 

Paris, 17 février 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie d’écrire, Citoyen Ministre, au général en chef de l’armée d’Italie, que le Gouvernement est instruit que plusieurs généraux avaient exigé à Gênes des sommes exorbitantes pour dépenses secrètes; qu’il doit tenir la main à ce qu’aucun officier ne reçoive rien, de l’argent ou des présents, sous quelque prétexte que ce soit. Vous lui ordonnerez de faire faire des recherches pour connaître les commandants de place ou généraux qui auraient reçu de l’argent ou des présents.

 

Paris, 17 février 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Par les dernières nouvelles de la côte de Barbarie, il parait, Citoyen Ministre, que les dispositions des puissances barbaresques chancellent. Il est donc nécessaire que vous défendiez aux bâtiments partant de Toulon pour l’Égypte de toucher à Tunis.