Correspondance de Napoléon – Décembre 1813

Paris, 24 décembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le général Lefebvre-Desnoëttes, avec une division de la jeune Garde, forte à peu près de 2,000 chevaux et une batterie d’artillerie à cheval, et la division Roguet, forte de trois brigades et de quatorze bataillons, faisant à peu près 8 à 9,000 hommes, sont entre Breda et Anvers.

La division Barrois, forte de quatre régiments de la Garde, de douze bataillons et de deux batteries d’artillerie, est à Bruxelles; elle sera, à la fin du mois, forte de 6,000 hommes et, dans les premiers jours de janvier, portée à son grand complet de 9,600 hommes.

Une division de flanqueurs, que commande le général Boyer, se réunit à Lille; il est probable que dans la première quinzaine de janvier elle sera forte de 6,000 hommes.

Enfin, dans la journée d’après-demain 26, le duc de Trévise ar­rive à Namur avec la division de vieille Garde à pied, forte d’environ 6,000 hommes, et son artillerie, ainsi qu’avec la division de vieille Garde à cheval et sa batterie à cheval.

Ainsi donc, dans les premiers jours de janvier, il y aura entre l’Escaut, la Meuse et Lille, quatre divisions d’infanterie de la Garde, c’est-à-dire un corps d’armée de 30 à 40,000 hommes, soixante et dix à quatre-vingts pièces de canon et 6,000 chevaux.

Cependant le 1e corps d’armée, qui est composé de plus de qua­rante bataillons, dont la tête commence à arriver à Anvers, se sera considérablement accru d’ici au 10 janvier. Faites-moi connaître ce que vous supposez qu’il y aura d’arrivé pour cette époque, infanterie et artillerie.

Flessingue a déjà une garnison convenable. J’ai ordonné la for­mation de deux bataillons au 131e, lesquels, recevant beaucoup de conscrits, pourront facilement se compléter et accroître la situation de Flessingue.

Berg-op-Zoom a déjà pour garnison quelques bataillons du 1er corps qui sont arrivés; je crois qu’au 21 il y avait dans la place près de 3,000 hommes, garnison qui me paraît suffisante.

Le général Drouot vous donnera en détail la situation présumée, au 10 janvier, de tous les corps de la Garde dénommés ci-dessus, infanterie, cavalerie, sapeurs et artillerie. Vous me remettrez cet état avec celui du 1er corps, tel que vous le supposez devoir être au 10 janvier; vous y joindrez l’état des garnisons de Flessingue, de l’île de Walcheren, d’Anvers, etc.

Enfin j’ai beaucoup augmenté le 11e corps, que j’ai porté â trois divisions; vous m’en remettrez aussi la situation présumée au 10 jan­vier. Les mesures qui restent à prendre sont les suivantes :

1° Compléter l’approvisionnement de Berg-op-Zoom pour 3,000 hommes pendant six mois, en ayant soin d’avoir de quoi fournir en outre à la consommation journalière, afin que l’approvisionnement reste toujours au complet pour six mois;

2° Approvisionner Anvers de manière à pouvoir, avec ce qui existe en magasin de réserve, nourrir l’armée et former rapidement l’appro­visionnement de Breda, aussitôt que nous nous serons rendus maîtres de cette place.

Quant aux opérations militaires, la première de toutes est de re­prendre Breda; ensuite il faut préparer, en avant d’Anvers, des camps dans lesquels une armée de 30 à 40,000 hommes puisse se placer et baraquer, et en même temps tenir l’armée ennemie éloignée au moins de toute la portée des bombes. Je vous ai déjà écrit à ce sujet. Je pense que trois camps, appuyés par des inondations et couverts par trois ou quatre redoutes, rempliraient mon intention. Vous devez donc donner pour instruction au général Maison de ne laisser dans aucun cas couper son armée d’Anvers, afin de pouvoir toujours venir se placer sous la protection de ces redoutes, en avant de la ville. Enfin il faut me remettre la reconnaissance de toutes les positions à occuper, depuis l’Escaut jusqu’à la Meuse, pour couvrir la Belgique, ainsi que de toutes les petites villes et bourgades qui ont une enceinte à retrancher, de manière à les mettre à l’abri de la cavalerie ennemie.

Je suppose que vous avez déjà fixé votre attention sur les mesures à prendre pour avoir à Anvers, à Berg-op-Zoom et à Flessingue, toutes les poudres nécessaires.

Je désire qu’à tous les renseignements que je viens de vous de­mander vous joigniez un rapport particulier sur Berg-op-Zoom, qui me fasse connaître l’armement nécessaire pour cette place et ce qui existe;  les officiers d’artillerie et du génie nécessaires et ceux qui existent; les poudres et tout ce que vous jugez nécessaire pour l’armement et l’approvisionnement de guerre de cette place et ce qui existe; enfin les vivres nécessaires et ce qui existe. Et sans attendre de nouveaux ordres, envoyez un officier de confiance avec les instruc­tions et les pouvoirs nécessaires pour faire entrer dans cette place les poudres, l’artillerie et tout ce qui sera nécessaire. Si l’ennemi devait tenir la campagne, il est probable que Berg-op-Zoom serait la pre­mière place assiégée ; il faut donc la mettre dans un parfait état de défense.

 

Paris, 25 décembre 1813.

À Élisa Napoléon, grande-duchesse de Toscane, à Florence.

Ma Sœur, il ne faut donner aucuns fusils aux Napolitains. Faites diriger sur Gênes les fusils qui sont à Porto-Ferrajo et ceux que vous avez à Livourne; envoyez-les en toute diligence à Alexandrie pour armer les conscrits. Les intentions du Roi me paraissent extrava­gantes. Vous ne devez souffrir d’aucune manière qu’il prenne le gou­vernement civil. S’il vient dans cette intention, il ferait mieux de rappeler ses troupes et de rester dans ses États. N’obtempérez à aucun viol de caisse. Si le Roi nous déclare la guerre, la France n’est pas encore morte, et une trahison aussi infâme, si elle pouvait exister, retomberait sur son auteur. Je compte, dans cette circon­stance, sur votre caractère : que le Roi vous emprisonne ou vous tue; mais ne souffrez pas qu’on manque à la nation.

NAPOLEON.

  1. S. Je suis arrangé avec les Espagnols. Il est inutile d’imprimer cela; mais vous pouvez le laisser percer. Cela me rendra disponibles mes armées d’Aragon et de Catalogne, et celle de Bayonne.

 

Paris, 25 décembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, Anvers est une place de premier ordre, qui exige au moins 15,000 hommes de garnison. Ces 15,000 hommes, renfermés dans la place, séparés par une grande rivière, seraient bloqués par un nombre égal, au moins sur une rive, et peut-être même par un nombre moindre. Il est probable que ces 15,000 hommes seraient bloqués par 6,000 hommes d’infanterie et 3 ou 4,000 hommes de cavalerie. On suppose que la garnison n’a que 500 chevaux. Si l’armée assiégeante voulait brûler Anvers, il lui faudrait au moins 25,000 hommes, afin d’appuyer en force les batteries qu’elle établirait. Il ne peut donc pas- être question d’étendre les fortifications d’Anvers; elles sont suffisantes. Il faut seulement les perfectionner et les mettre en état. Avec l’immense quantité d’ar­tillerie, de bois et d’ouvriers qui sont dans Anvers, on ne voit pas comment l’ennemi pourrait se rendre maître de la place. Ainsi on ne pense pas que l’ennemi puisse vouloir assiéger la place, mais seule­ment la brûler, ou, ce qui serait un demi-mal, la masquer et se porter sur nos places du Nord. Nous aurons bientôt une armée de cinquante bataillons avec un équipage de campagne, les bagages et tout ce qui s’ensuit pour défendre Anvers. Si nous sommes supérieurs à l’ennemi, nous le rejetterons au-delà du Rhin; si nous lui sommes inférieurs (et nous lui serons certainement inférieurs en cavalerie, s’il porte là des forces considérables), il est probable qu’il tournera la droite d’Anvers par la Campine, menacera d’arriver à Malines et Bruxelles et mettra l’armée d’Anvers dans une position difficile.

Il convient donc de tracer d’avance un plan définitif.

Doit-on laisser Anvers livré à ses propres forces ? L’armée doit-elle se reployer sur Bruxelles et insensiblement sur notre frontière du Nord, puisque ce n’est que sur cette frontière qu’on trouve les inondations, les places et les secours d’une population active et zélée ? Cette frontière appuie sa gauche à Dunkerque et sa droite à la Meuse et à Charlemont. Si on se portait jusque-là, indépendamment de la perte de la Belgique, ce qui serait une perte d’une grande con­sidération, il-faudrait laisser des garnisons à Anvers, Ostende, Nieuport et au fort Impérial. L’armée serait ainsi excessivement réduite par des forces mortes. Le parti le plus convenable est donc que l’ar­mée reste devant Anvers, ayant une bonne garnison dans Berg-op-Zoom, et dans le fort de Bath une communication assurée avec Flessingue et le fort Impérial, et des moyens de marine considérables sur l’Escaut. Cette armée ne peut être ce qu’on appelle bloquée. Mais, quelque grande que soit la place d’Anvers, une armée y met­trait le désordre, y perdrait son énergie et sa position offensive, et, si l’ennemi jetait des bombes et des fusées incendiaires, la confusion dans la ville et dans l’armée serait à son comble. La position natu­relle de l’armée est dans l’espace entre le canal Herenthals et l’inondation de la citadelle; c’est un espace de 3,000 toises, couvrant deux grands faubourgs ou villages. Je pense que l’armée doit baraquer dans cet espace avec son artillerie, ses bagages, et être en position offensive. Elle doit se couvrir d’abord par des redoutes, dis­tantes l’une de l’autre de 500 toises, ce qui en exigera sept. Ces redoutes doivent être placées en crémaillère, avoir 40 toises de côté intérieur et être parfaitement palissadées. Chacune de ces redoutes aurait donc, sur les trois côtés, 120 toises de développement. C’est à l’ingénieur à les établir en carré ou en trapèze, suivant les loca­lités. Sur ces 120 toises de développement, on peut établir jusqu’à quarante bouches à feu de 36, 24 ou 18 et une grande quantité d’obusiers et de petits mortiers, vu les immenses ressources de la marine en canons et en canonniers. En supposant vingt bouches à feu dans chacune de ces redoutes, cela ferait l’emploi de cent qua­rante bouches à feu, ce qui exigerait, par redoute, une compagnie de 120 marins faisant le service de canonniers; on y ajouterait une compagnie d’infanterie, ce qui ferait 7 à 800 hommes pour les sept redoutes. 500 ouvriers, en cinq jours, peuvent faire une redoute; ainsi 3,500 ouvriers, en cinq ou six jours, couvriraient tout le front du camp. L’immense quantité de bois et d’ouvriers de la marine don­nerait une grande facilité pour les palissades, et les palissades font la force des redoutes. L’armée, en huit jours, peut donc se retran­cher et se trouver à l’abri d’une attaque d’une force supérieure. Je ne vois pas comment l’ennemi, n’ayant qu’un équipage de campagne, pourrait attaquer ce camp retranché. Il ne peut attaquer à la fois toutes les redoutes; il en attaquera quatre et dirigera quarante bou­ches à feu sur chacune, ce qui exigera cent soixante bouches à feu. Or cent soixante bouches à feu sont l’équipage d’une grande armée et non d’une armée comme celle qui serait devant Anvers, qui ne peut être que de second ordre. Ces quatre redoutes répondront par quatre-vingts bouches à feu, et l’équipage de l’armée, de cent cin­quante pièces de canon, étant mobile, se porterait dans les inter­valles. Indépendamment de cela, on peut augmenter encore l’artillerie des redoutes attaquées. Une place comme Anvers a une grande quan­tité de pièces de 12 et d’obusiers qui ne sont point attelés et qu’on porterait facilement avec les chevaux des caissons; on renforcerait ainsi de dix à douze pièces de canon les redoutes attaquées. Je re­garde donc ce camp comme inattaquable; 25 ou 35,000 hommes y seraient à l’abri d’une attaque par une armée de 50 ou 60,000 hom­mes. Rien n’empêche de mettre dans l’intervalle six autres redoutes, de sorte qu’elles ne fussent plus éloignées les unes des autres que de 600 toises ; ce serait alors tout à fait inattaquable. Je ne parle pas de l’ouverture de la tranchée devant ce camp; ce serait une chose auda­cieuse et insensée devant une armée qui a des outils et toutes les ressources d’une place comme Anvers. Ou l’armée culbuterait les tranchées de l’ennemi, ou elle attaquerait en cheminant; et, comme elle aurait une grande quantité d’artillerie et un immense approvi­sionnement, ces attaques se feraient avec le plus grand avantage. Ainsi ce camp serait inattaquable et l’ennemi le respecterait. Oserait-il alors, devant une armée baraquée et en bataille, se porter sur la Belgique, et mépriser, non une ville, mais l’armée qui y serait cam­pée? Ce serait lui supposer plusieurs armées, et, dans ce cas même, l’armée de la Belgique serait compromise le jour où celle restée de­vant Anvers serait battue. Il conviendra d’avoir un camp en avant de Merxem, qui appuiera ses deux flancs aux inondations de droite et de gauche, dont le front pourrait être couvert par trois redoutes. On aurait un second camp en avant de Deurne, couvert également par trois redoutes qui serviraient de tête de pont en avant de l’inonda­tion. Indépendamment de ces positions, il faudrait couvrir par sept redoutes de campagne tout l’espace entre l’inondation du haut Escaut et celle de Herenthals. On tiendrait ainsi l’ennemi éloigné et l’armée dans une position inattaquable, en lui conservant sa mobilité. Il est nécessaire que les deux ponts volants soient toujours en activité, indépendamment des batelets qui servent au passage, parce qu’on peut passer sur ces deux ponts une grande quantité de chevaux et d’hommes.

C’est dans ce sens que vous devez donner des instructions au com­mandant de l’armée d’Anvers.

 

Paris, 25 décembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, les ateliers de réparation d’armes de Paris n’ont pas l’activité qu’exigent les circonstances. Il faudrait atti­rer sur Paris 100,000 fusils. J’y fais faire 100,000 habits, afin qu’en cas d’événement on puisse équiper 100,000 hommes.

 

Paris, 23 décembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous envoie une lettre de mon offi­cier d’ordonnance Gourgaud. Vous y verrez que le général Lefebvre-Desnoëttes a contremandé l’opération de Breda et paraît vouloir se retirer sur Lier. Faites connaître à ce général, par une estafette ex­traordinaire, ainsi qu’au général Roguet, qu’ils sont sons les ordres du général Maison. Envoyez ordre au général Maison de tenir toutes ses troupes le plus près possible de Breda, de manière à approvi­sionner et couvrir Berg-op-Zoom et Anvers et battre tout le pays. Il est très-fâcheux qu’on ait abandonné le blocus de Breda si on n’y a pas été obligé; on aurait repris cette place puisqu’elle n’était pas encore armée et qu’elle n’avait pas de garnison. Il est de fait qu’il n’y a dans foute la Hollande que le corps de Bülow, qui n’a pas plus de 5,000 hommes d’infanterie, et qui est obligé d’avoir des troupes du côté de Grave et de Bois-le-Duc pour tenir en échec le duc de Tarente. Puisque le général Lefebvre-Desnoëttes avait de la cavalerie pour s’éclairer, je ne conçois pas ce qui l’a porté à se retirer.

Toutefois, écrivez à Bruxelles que le 11e de tirailleurs et le 2e ba­taillon du 12e de voltigeurs se rendent à Anvers pour rejoindre la division Roguet. Écrivez la même chose au général Maison; écrivez-lui que le général Roguet ayant ainsi trois brigades, quatorze batail­lons, c’est-à-dire plus de 8,000 hommes et seize pièces d’artillerie, et le général Lefebvre ayant une division de trois régiments faisant plus de 2,000 chevaux, et une batterie à cheval, il est nécessaire qu’avec ces troupes on refasse l’investissement de Breda, que l’on s’en empare, ou du moins que l’on occupe auprès une position cou­vrant Berg-op-Zoom et Anvers ; que la division Barrois est à Bruxelles ; qu’elle est déjà forte de 4 à 5,000 hommes; que le duc de Trévise est avec la vieille Garde à Namur; que c’est donc le devant d’Anvers qu’il faut garder, et de ce côté qu’il faut faire diversion pour que l’ennemi ne puisse pas se porter contre le duc de Tarente, ni mar­cher sur nos places de la Meuse.

Recommandez au général Maison de commander ferme aux géné­raux, de la Garde comme aux autres de la ligne.

Écrivez aux généraux de la Garde qu’ils doivent obéir au général Maison. Le duc de Plaisance doit également être sous les ordres de ce général.

 

Paris, 25 décembre 1813.

Au comte Daru, directeur de l’administration de la Grande Armée, à Paris.

Monsieur le Comte Daru, je vais encore lever 50,000 hommes sur la conscription des 300,000 hommes. Je vais lever en outre 150,000 hommes sur la conscription de 1815. Voilà donc 200,000 hommes â habiller. Je désire que vous me fassiez un rapport le plus tôt possible sur l’habillement de ces hommes. Il faudrait, 1° prendre tous les draps qui se trouvent en France, bons et mauvais, et éta­blir de grands ateliers à Lille en Flandre, à Metz et à Paris, de ma­nière à faire dans ces trois places 3,000 habits complets par jour, ce qui, en soixante jours, habillerait ces 200,000 hommes. Je crois que cela serait préférable aux ateliers des corps, où tout cela se trouve trop disséminé, et exige trop de détails. En y employant quel­ques auditeurs, quelques bons administrateurs et quelques bons ordonnateurs, honnêtes gens, on devrait venir à bout de cela. Toutefois, commencez par donner la plus grande activité à l’atelier de Paris, parce qu’enfin il peut venir tel cas où l’on soit obligé d’ha­biller à Paris tous les ouvriers et tout ce qu’on pourrait tirer des pro­vinces de l’Ouest, pour avoir une armée de réserve. Si vous pouvez faire à Paris plusieurs ateliers et les porter à 2,000 habits par jour, et de toute espèce, ce serait une bonne chose. Les circonstances deviennent très-urgentes, il faut prendre de grandes mesures. Je sais qu’il y a beaucoup de chapeliers qui ne font rien à Lyon, et qui pourraient vous fournir une grande quantité de shakos.

 

Paris, 25 décembre 1813.

À M. Melzi, duc de Lodi, grand chancelier du royaume d’Italie, à Milan.

Monsieur le Duc de Lodi, je pense que Palafox vous aura écrit en sortant de Vincennes. Je l’ai envoyé au prince Ferdinand, et de là il s’est rendu à Madrid. Je me suis arrangé avec les Espagnols, ce qui me rend disponibles mes années d’Aragon, de Catalogne et de Bayonne. J’ai encore là près de 200,000 hommes. Il est inutile d’im­primer cette nouvelle. Je vous la mande pour vous seul, mais vous pouvez en instruire le vice-roi.

 

Paris, 26 décembre 1813.

Au sénateur comte de Montesquiou, grand chambellan, à Paris.

Monsieur le Sénateur Comte de Montesquiou, notre grand cham­bellan , dans les circonstances où se trouve l’État, nous avons jugé nécessaire d’envoyer avec des pouvoirs extraordinaires , dans chacune de nos divisions militaires, des personnes d’un rang éminent et in­vesties de la considération publique. Nous vous avons désigné, à cet effet, pour vous rendre sans délai, en qualité de notre commissaire extraordinaire, dans la 15e division. Nous désirons que vous voyiez dans le choix que nous avons fait de vous pour une mission où vous êtes appelé à rendre d’importants services, un nouveau témoignage de notre confiance dans votre attachement à notre personne et votre dévouement au bien de l’État (Une lettre semblable fut adressée aux divers commissaires nommés dans le décret ci-après.).

 

Palais des Tuileries, 26 décembre 1813.

DECRET.

Article premier. Il sera envoyé des sénateurs ou conseillers d’État dans les divisions militaires, en qualité de nos commissaires extra­ordinaires. Ils seront accompagnés de maîtres des requêtes ou d’au­diteurs.

Art. 2. Nos commissaires extraordinaires sont chargés d’accélérer:

1° Les levées de la conscription;

2° L’habillement, l’équipement et l’armement des troupes;

3° Le complètement de l’approvisionnement des places;

4° La rentrée des chevaux requis pour le service de l’armée;

5° La levée et l’organisation des gardes nationales, conformément à nos décrets.

Nos dits commissaires extraordinaires pourront étendre les disposi­tions desdits décrets aux villes et places qui n’y sont pas comprises.

Art. 3. Ceux de nos dits commissaires extraordinaires qui seront envoyés dans les pays que menacerait l’ennemi ordonneront des levées en masse et toutes autres mesures quelconques nécessaires à la défense du territoire et commandées par le devoir de s’opposer aux progrès de l’ennemi.

Au surplus, il leur sera donné des instructions spéciales, à raison de la situation particulière des départements où ils seront en mission.

Art. 4. Nos commissaires extraordinaires sont autorisés à ordonner toutes les mesures de haute police qu’exigeraient les circonstances et le maintien de l’ordre public.

Art. 5. Ils sont pareillement autorisés à former des commissions militaires et à traduire devant elles ou devant les cours spéciales toutes personnes prévenues de favoriser l’ennemi, d’être d’intelligence avec lui ou d’attenter à la tranquillité publique.

Art. 6 Ils pourront faire des proclamations et prendre des arrêtés. Lesdits arrêtés seront obligatoires pour tous les citoyens. Les autorités judiciaires, civiles et militaires seront tenues de s’y conformer et de les faire exécuter.

Art. 7. Nos commissaires extraordinaires correspondront avec nos ministres pour les objets relatifs à chaque ministère.

Art. 8. Ils jouiront, dans leurs qualités respectives, des honneurs qui leur sont attribués par nos règlements.

Art. 9. Nos ministres sont chargés de l’exécution du présent Décret, qui sera inséré au Bulletin des lois.

Napoléon.

Vu notre décret de ce jour,

Nous avons nommé et nommons pour nos commissaires extraordinaires :

 

DIVISIONS MILITAIRESCOMMISSAIRES EXTRAORDINAIRES.MAITRES DES REQUETES
OU AUDITEURS QUI LES ACCOMPAGNENT.
 

2.  Mézières
3.  Metz
4.  Nancy
5.  Strasbourg
6. Besançon
7. Grenoble
8. Toulon
9. Montpellier
10. Toulouse
11. Bordeaux
12. La Rochelle
13. Rennes
14. Caen
15.  Rouen
16. Lille
18. Dijon
19. Lyon
20. Périgueux.
21. Bourges
22. Tours
24. Bruxelles
25. Liège
26. Mayence

LES COMTES :

Beurnonville, sénateur.
Chasset, sénateur.
Colchen, sénateur.
Rœderer, sénateur.
De Valence, sénateur.
De Saint-Vallier, sénateur,
Ganteaume, conseiller d’État.
Pelet, conseiller d’État.
Caffarelli, conseiller d’Etat.
Garnier, sénateur.
Boissy-d’Anglas, sénateur.
Caudaux, sénateur.
Latour-Maubourg, sénateur.
Montesquiou, sénateur.
Villemanzy, sénateur.
Ségur, sénateur.
Chaptal, sénateur.
De l’Apparent, sénateur.
De Semonville, sénateur
Lecoulteux, sénateur
Pontécoulant, sénateur
De Peluse, sénateur

MESSIEURS

Heim, auditeur.
Arnoult, auditeur.
Pellenc, auditeur.
Belleville, maitre des requêtes.
Aubernon, auditeur.
De Beyle, auditeur.
Jordan-Duplessis, auditeur.
De Fourment, auditeur.
De Panât, auditeur.
Portal, maître des requêtes.
Saur, auditeur.
Lacuée, maître des requêtes.
Dumont de la Charnaye, auditeur.
De Brevannes, auditeur.
Joseph Perrier, auditeur.
Le Chapelier, auditeur.
De Portes de Pardailhan, auditeur.
Lahaye de Cormenin, auditeur.
De Montigny, auditeur
Lecouteulx, auditeur
Cochelet, auditeur
Delamalle, auditeur

Palais des Tuileries, 26 décembre 1813. Extrait du Moniteur du 28 décembre 1813.

 

Paris, 26 décembre 1813.

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR.

Sa Majesté désire que le ministre de l’intérieur lui apporte demain un travail :

1° Pour lever, dans chacun des départements des 1™, 14e, 15e e 22° divisions militaires, des légions de gardes nationales formant une force de 25 à 30,000 hommes; chaque département ne doit pas fournir, dans la proportion de sa population, plus d’hommes que n’en ont fourni le Haut-Rhin et le Bas-Rhin;

2° Pour organiser la garde nationale de Paris ; le ministre rendra compte de la manière dont on a procédé à cet égard dans les époques antérieures. On aurait ainsi une trentaine de mille gommes dont pourrait, au besoin, faire camper les deux tiers ou les trois quart en avant de Paris, avec l’armée de réserve de ligne.

L’intention de Sa Majesté est en même temps que le ministre de l’intérieur écrive sur-le-champ aux préfets des départements de la 1e division, pour leur prescrire de prendre sur-le-champ toutes les mesures nécessaires, et analogues à celles qui ont été prises Besançon, pour monter tous les hommes de cavalerie qui sont à pied dans les dépôts.

Le ministre peut faire connaître aux préfets que l’ennemi a percé à travers le territoire de la Suisse, et qu’il est indispensable d’avoir beaucoup de cavalerie pour couvrir la Champagne contre l’incursion des troupes légères.

Paris, 26 décembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, les Vosges, depuis Phalsbourg jusqu’à Belfort, ont cinq débouchés, savoir :  par Phalsbourg,  Raon-sur-Plaine, Sainte-Marie-aux-Mines, Bonhomme et le Ballon. Le com­mandant de Phalsbourg sera chargé de la défense de celui de Phals­bourg; les autres seront gardés par des cohortes de gardes nationales I des départements des Vosges et de la Meurthe.

Ordonnez qu’il soit levé une légion dans chacun de ces départements, et chargez le duc de Valmy de les organiser. Ces légions marcheront  sur-le-champ pour aller occuper les postes qui leur seront indiqués sur ces débouchés. Un officier du génie sera chargé de les reconnaître et de les retrancher.

Chargez aussi le duc de Valmy du commandement général de la frontière des Vosges jusqu’à Belfort, en lui recommandant de n’employer que la garde nationale pour garder ces passages. Il ne faut pas gaspiller la troupe de ligne et l’employer à ce service; cela nuirait à l’organisation de l’armée.

Écrivez aussi au duc de Valmy qu’il ne doit pas arrêter les secours qui sont envoyés au duc de Bellune. Ainsi les trois compagnies du 4e régiment de ligne qu’il a arrêtées à Phalsbourg doivent continuer leur route pour rejoindre ce maréchal.