Correspondance de Napoléon – Décembre 1813

Paris, 8 décembre 1813.

NOTE DICTÉE PAR L’EMPEREUR.

Sa Majesté suppose que les magasins de la marine de Flessingue sont à l’abri de la bombe. Si cela n’était pas, le ministre ordonnerait les transports nécessaires en cas de siège.

II faut savoir où sont les magasins de la marine à Anvers, et demander les moyens de les mettre à l’abri de la bombe; avec les moyens reconnus qu’a la marine, cela doit être très-aisé. On ne fera point cela dans ce moment, mais on arrêtera le projet et on tiendra les moyens tout prêts.

Le ministre écrira à l’ingénieur de la marine à Anvers, sous le plus grand secret, de faire un projet pour mettre tous les vaisseaux à l’abri de la bombe. Il lui fera comprendre que cela n’arrivera pas , mais qu’il importe d’avoir préparé le plan de cette opération.

  1. le comte Daru fera un rapport sur l’approvisionnement de la marine à Anvers et à Flessingue. Il demandera au ministre de la marine ce qu’il a dans les deux places.

Sa Majesté a demandé, à Flessingue, un approvisionnement des 2,000 hommes pour six mois; si cet approvisionnement existe, il n’a rien à faire; s’il n’existe pas, il faut former l’approvisionnement, mais en le calculant sur la ration de terre et non sur la ration de la marine. Il y faudra du pain pour un an, de la viande salée pour quatre mois, de l’eau-de-vie, du vin ou de la bière pour un an, mais on ne donnera pas les liquides comme sur mer. Si on a des quantités excédant ces fixations, on les gardera.

Le ministre de l’administration de la guerre écrira au général Gilly de ne toucher à rien de ce qui appartient à la marine, excepté en cas de siège. Il faudra surtout garder soigneusement les vivres de campagne des quatre frégates.

 

Paris, 8 décembre 1813.

Au comte Daru, directeur de l’administration de la Grande Armée, à Paris.

Monsieur le Comte Daru, le service de l’armée exige qu’on éta­blisse des hôpitaux extraordinaires dans les 25e, 26e et 5e divisions militaires. Mon intention est que tous ces hôpitaux soient placés dans des places fortes. Faites-moi un projet de décret, afin qu’on ne soit plus obligé d’évacuer les malades, comme on l’a fait, jusqu’à celte heure, jusqu’au cœur de la France, et que les malades restent désor­mais dans l’arrondissement de l’armée. Je suppose qu’on peut éta­blir à Mayence 8,000 lits, autant à Strasbourg, et dans les places entre Mayence et Strasbourg des hôpitaux pour 10,000 malades. Enfin, faites-moi un projet pour les hôpitaux à établir sur les der­rières. Quant aux hôpitaux de la 25e division, il en faut à Maëstricht et dans toutes les places fortes de la Meuse.

 

Paris, 8 décembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 7 décembre relative à l’exécution de mon décret sur le désarmement des étrangers. Votre première question est relative aux jeunes Illyriens. S’il est de ces jeunes gens qui veuil­lent entrer au service, abandonner leur pays et qui parlent français, et paraissent attachés à la cause de la France, on peut les employer dans les régiments français. La seconde question concerne les 300 fu­siliers et les 100 hussards espagnols de la garde royale. Les hussards doivent être mis à pied, et leurs chevaux donnés à des hussards français. Les 300 fusiliers doivent être désarmés. Les uns et les autres doivent être envoyés dans l’intérieur, où ils resteront sans être armés. Les officiers portugais peuvent rester également en France, dans les lieux qui leur seront désignés. Quoique désarmés, il faudra continuer à les bien traiter.

 

Paris, 8 décembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Recommandez au duc de Dalmatie de ne pas faire souffrir sa cavalerie ; que la perte de chevaux a d’autant plus d’inconvénient que nous ne sommes plus en Allemagne et que nous ne pouvons plus les rem­placer; qu’il faut donc avoir soin de renvoyer sur les derrières les chevaux qui dépérissent, et ce, avant qu’ils aient assez dépéri pour ne pouvoir plus se remettre promptement.

 

Paris, 8 décembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il est important de jeter un coup d’œil sur toutes nos places de première ligne dans le Nord, soit sous le point de vue des fortifica­tions, soit sous celui de leur armement et de leur approvisionnement. Ces places sont très-dégarnies; il faut les réapprovisionner en reti­rant d’Anvers et de Boulogne tout ce qu’il y a de trop.

Il faut aussi retirer de Maëstricht, de Wesel et de Strasbourg l’excédent qui peut s’y trouver, et le diriger sur Metz.

Nous devons placer nos réserves à Metz et à Lille, qui sont deux places de premier ordre et les vrais boulevards de la France. Il ne doit y avoir à Strasbourg, Mayence, Wesel et Maëstricht que l’artil­lerie nécessaire à leur défense. Le travail à faire à cet égard me paraît de la plus haute importance.

 

Paris, 8 décembre 1813.

Au général Lebrun, duc de Plaisance, gouverneur d’Anvers

Monsieur le Duc de Plaisance, il est nécessaire d’avoir à Willemstad, au fort Duquesne et à Ooltgensplaat, dans l’île de Goeree, les hommes nécessaires pour défendre ces postes et nous maintenir maîtres de l’île de Goeree. Le général Rostollant, qui est à Willemstad, peut prendre aussi le commandement d’Ooltgensplaat et de Hellevoetsluis.

Il est nécessaire que vous me fassiez connaître qui a ordonné que la flottille évacuât Hellevoetsluis.

Il y a à Willemstad des bateaux canonniers qui peuvent descendre à Hellevoetsluis et nous maintenir maîtres de toute la côte de Goeree.

Le moment de crise passe; des troupes arrivent tous les jours. Il est de la plus haute importance d’approvisionner Hellevoetsluis pour plusieurs mois, d’y mettre un bon commandant et de se maintenir maîtres de ce point. Enfin, il faut prendre toutes les mesures conve­nables pour reprendre la batterie dont les insurgés se sont emparés.

Huit ou dix canonnières avec des équipages français seraient indis­pensables pour être en station à Hellevoetsluis.

Quel est l’officier de marine qui a eu assez peu de bon sens pour donner ordre à la flottille d’évacuer Hellevoetsluis?

 

Paris, 9 décembre 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, écrivez au duc de Padoue et au général Sébastiani pour leur témoigner mon mécontentement : au duc de Padoue, de ce que la cavalerie ne couvrait pas Neuss, et à tous les deux, de ce qu’ils ne se sont pas portés aussitôt sur Neuss, comme c’était leur devoir; que j’avais droit d’attendre plus de zèle et plus d’activité de leur part. Donnez ordre au duc de Padoue de faire partir sa femme six heures après la réception de voire ordre. Vous lui ferez connaître mon mécontentement de ce qu’il a donné ce mauvais exemple à l’armée. Avant de lui écrire à ce sujet, vous vous assurerez que sa femme est effectivement partie pour le rejoindre. Donnez ordre que toutes les femmes qui se trouveraient à l’armée aient à s’en éloigner I et à retourner chez elles.

 

Paris, 9 décembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous renvoie votre rapport sur la formation des Polonais. Les bureaux qui ont fait ce travail ne connaissent pas, à ce qu’il paraît, l’organisation des Polonais. Voici les bases qu’il faut suivre. Les 1′ et 8e lanciers, ayant toujours été au service de France, peuvent être réunis dans un même régiment sans nul inconvénient; mais les autres régiments proviennent de l’ancienne armée du duché de Varsovie; ils n’entendent pas être au service de France : il faut donc les organiser entre eux, sans préjuger cette question.

 

Paris, 9 décembre 1813.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Par mon ordre du 18 février 1812, j’ai ordonné qu’une première division de flottille serait à l’embouchure de l’Escaut, composée de vingt-trois chaloupes canonnières et dix péniches; qu’elle aurait aux ordres du commandant de Cadzand deux chaloupes canonnières et quatre péniches; qu’enfin elle aurait en station dans l’Escaut oriental à Zierikzee une corvette, six bateaux canonniers et six péniches; et j’avais prescrit le service que devaient faire ces flottilles.

Je vois, par votre état de la marine du mois de décembre, qu’à la flottille de l’Escaut il y a vingt-trois chaloupes canonnières, mais pas de péniches; qu’à la flottille de Cadzand les deux chaloupes canonnières y sont, mais non les quatre péniches; qu’à la station de l’Escaut oriental les péniches manquent également ; que la flottille de l’Escaut est commandée par le capitaine Gréban; que la station de Cadzand est sous les ordres du lieutenant de vaisseau Lavergne ; enfin, que la station de l’Escaut oriental est commandée par le lieu­tenant de vaisseau Pillore. Partie de la flottille est composée de Hol­landais et partie de Français. Je désire connaître la situation actuelle de cette flottille, les stations qu’elle occupe aujourd’hui, et les instruc­tions que vous lui avez données en conséquence de mes derniers ordres des 11, 14 et 17 novembre.

D’après les dispositions de mon ordre du 18 février, la seconde division de flottille devait se composer, 1° de vingt-trois chaloupes canonnières formant la flottille de la Meuse ; 2° d’une corvette, de dix bateaux canonniers et de neuf péniches devant former les stations de Willemstad et du fort Duquesne. Or, je vois, par votre état de dé­cembre, que la flottille de la Meuse n’est que de dix-sept chaloupes canonnières, et que la station de Willemstad n’est que d’une corvette, quatre bateaux canonniers et trois péniches, ce qui fait un incomplet considérable.

C’est le capitaine Halgan qui commande cette seconde division ; mais la corvette, les quatre bateaux canonniers et les trois péni­ches qui devaient s’y trouver, y étaient-ils ? Qui a dérangé toute cette croisière ?

Il résulterait donc de votre état de décembre que vous avez vingt-trois chaloupes canonnières à Flessingue, deux à Cadzand, six bateaux canonniers à Zierikzee, dix-sept chaloupes canonnières dans la Meuse, une corvette et trois bateaux canonniers à Willemstad, enfin neuf canonnières, trente-trois bateaux canonniers désarmés à Anvers et quarante-deux canonnières, vingt-cinq bateaux canon­niers désarmés au canal de Willebroek.

En conséquence de ma lettre, vous aurez ordonné l’armement de tout ce qui existait à Anvers; vous avez donc une quantité de bâti­ments suffisante pour être plus fort que les Hollandais.

Apportez-moi dans la journée les ordres que vous avez donnés, les renseignements que vous avez sur les raisons qui ont fait évacuer la croisière du fort Duquesne, enfin l’état de tous les moyens que j’ai pour me tenir maître de l’embouchure de l’Escaut, de la Meuse et de l’Escaut occidental, c’est-à-dire du bras de Berg-op-Zoom.

La croisière qui devait protéger les communications de Willemstad à Goeree a disparu, ce qui a fait un grand tort.

Il paraît, par les lettres que vous m’avez envoyées, que le capi­taine Halgan est rentré dans Hellevoetsluis ; mandez-lui de s’emparer de toutes les communications de l’île de Goeree avec l’île de Voorne.

Il faut aussi rétablir la croisière du fort Duquesne.

Enfin il faut envoyer des bateaux canonniers vis-à-vis Geertruidenberg et par les canaux intérieurs jusqu’à Gorcum.

Proposez-moi de diriger toute la flottille qui est à Boulogne et à Calais sur Flessingue, afin de réunir une grande quantité de petits bâtiments dans l’Escaut.

1l ne faut rien laisser à Boulogne; il faut diriger tous les bateaux canonniers et chaloupes canonnières sur Calais, Dunkerque et Anvers. Dirigez les prames sur Calais.

Dans un état joint à votre rapport du 8 décembre, je vois que vous portez comme existant en croisière à Willemstad, à Zierikzee et au fort Duquesne, six chaloupes canonnières, deux bateaux canon­niers et deux péniches : je ne crois pas que ces forces s’y trouvent, puisque j’apprends que la communication de ce côté est interceptée et que l’ennemi en est maître.

Dans cet état du 8 décembre, je ne vois rien à Flessingue : comment est-il possible que, malgré mes ordres et tout ce que les circonstances exigent, vous laissiez l’embouchure de l’Escaut sans canonniers? Envoyez, par une estafette extraordinaire, l’ordre d’armer les vingt bateaux canonniers et les vingt-trois péniches qui sont à Flessingue, et que tout cela croise entre les îles de Cadzand et de Walcheren.

Envoyez de même l’ordre que les quinze chaloupes canonnières de la flottille de l’Escaut, ainsi que les vingt-cinq désarmées à Willebroek et les cinquante bateaux canonniers désarmés également à Willebroek ou dans le bassin d’Anvers, soient mis en état.

Je vous renvoie votre dernier état. Il en résulterait qu’on peut réarmer quarante chaloupes, soixante et dix bateaux canonniers et vingt-trois péniches qui sont à Anvers; ce qui ferait plus de cent canonnières, quatre-vingts bateaux canonniers et trente péniches; et en tout plus de deux cents bâtiments légers.

Mon intention est que vous ordonniez sur-le-champ la réparation et mise en état de ces deux cents bâtiments pour occuper l’Escaut, l’embouchure de la Meuse et tous les canaux intérieurs. Augmentez ce nombre par tout ce que vous aurez à Boulogne, vous n’avez pas besoin de nouveaux ordres de moi à cet égard. Ordonnez ces mouvements par des estafettes extraordinaires. Quand j’aurais trois cents bâtiments dans l’Escaut, ce ne serait pas trop pour me maintenir’ entièrement maître des différentes branches de l’Escaut et de la Meuse.

Il paraît que mon ordre du 18 février a été mis de côté et que cette flottille a été bien négligée. Apportez-moi demain dans la journée un travail sur toutes les dispositions qui sont l’objet de cette lettre; mais avant de venir expédiez un de vos officiers pour porter l’ordre de maintenir les communications de l’île de Goeree avec Willemstad, de renforcer les croisières à l’embouchure de la Meuse et d’envoyer des bateaux canonniers à Geertruidenberg et à Gorcum, de manière à être parfaitement maître de cette mer intérieure.

 

Paris, 10 décembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je reçois votre lettre du 9 décembre sur Flessingue. Je vois avec plaisir l’état satisfaisant de cette place, mais un approvisionnement pour 10,000 hommes pendant trois mois n’est pas suffisant; il en faut pour 10,000 pendant un an, et qu’en outre la marine fasse un approvisionnement pour 2,000 hommes pendant un an. Un mois d’approvisionnement à Terveere n’est pas suffi­sant, il faut que cette place soit approvisionnée pour 1,500 hommes pendant six mois. 11 faut que toutes les réquisitions nécessaires pour compléter ces approvisionnements soient faites à Middelburg et dans toute l’île de Walcheren, sans aucune espèce de ménagement. Je pense qu’il est convenable de bien déterminer la garnison de l’île de Walcheren. Les affaires de Hollande rendent urgent de compléter cette garnison, qui à chaque instant peut être attaquée. Ce point m’im­porte au premier degré, et j’ai cru nécessaire d’y pourvoir par un décret. Vous verrez par ce décret que le fond de la garnison de l’île de Walcheren sera d’environ 8,000 hommes; il faudra y ajouter environ 120 hommes de troupes à cheval sous les ordres d’un bon chef d’es­cadrons. Si l’île de Walcheren était menacée, on y ferait filer, de l’île de Cadzand et d’Anvers, tout ce qui serait disponible pour porter la garnison au moins à 10,000 hommes. Mais pour attaquer l’île de Walcheren il faut une expédition de plus de 20,000 hommes, et par conséquent l’on aura le temps d’en voir les préparatifs. Donnez tous vos soins à la formation des trois bataillons du 131e.

 

Paris, 10 décembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous demandez, par voire rapport du 9 décembre, où doit se réunir le 13e corps bis. Mon intention est, pour pourvoir au plus pressé, que d’abord il se réunisse à Anvers, où il sera sous les ordres du duc de Plaisance. En conséquence, les huit bataillons qui forment le 13e bis se réuniront à Anvers.

Quand le premier besoin sera satisfait, et que les circonstances le permettront, ces bataillons se rendront à Wesel.

Je suppose que vous avez écrit au général Decaen de réunir le 1e corps bis â Breda et à Bois-le-Duc. Faites-moi connaître si vous avez des renseignements sur l’époque où ce 1er corps bis sera formé.

 

Paris, 10 décembre 1813.

Au général Lebrun, duc de Plaisance, gouverneur d’Anvers

Monsieur le Duc de Plaisance, je reçois votre lettre du 8 décembre. Je suppose que le ministre de la guerre vous aura fait connaître que mon intention est que vous restiez à Anvers, et que vous preniez le commandement supérieur de Berg-op-Zoom, de Willemstad, de l’île de Goeree, d’Ostende, de l’île de Walcheren et d’Anvers.

Vous recevrez un décret par lequel j’ai réglé la garnison de l’île de Walcheren de la manière suivante. Cette garnison sera composée, 1° du 4e bataillon du 131e, dont le cadre revient de la Grande Armée; du 6e bataillon du 131e, qui est déjà à Flessingue; du 7e bataillon du 131e, qui sera formé sans délai; total, trois bataillons du 131e, qui seront complétés chacun à 1,200 hommes par le dépôt de Bruges et moyennant l’envoi de 2,000 réfractaires à Flessingue ; 2° de deux bataillons de gardes nationales du Pas-de-Calais, chacun de 600 hommes; 3° de 2,000 marins, y compris les équipages d’une flottille de trente bâtiments légers; 4° de quatre compagnies de réfractaires qui formeront un bataillon de pionniers; d’une compagnie détachée du 131e; 5° de trois compagnies d’artillerie de la ligne, d’une compagnie d’artillerie des gardes nationales du Pas-de-Calais, et d’une compagnie d’artillerie de canonniers vétérans.

Cela fera le fond de la garnison de Walcheren, et il ne pourra en être rien distrait.

L’approvisionnement en vivres sera pour 10,000 hommes pendant un an, au compte de la guerre, et pour 2,000 hommes pendant un an, au compte de la marine; ce qui fera pour 12,000 hommes pendant un an.

La guerre se régularisant dans le Nord, il est important de n’avoir aucune inquiétude pour Flessingue, ni pour l’île de Walcheren. Dans le cas où cette île serait menacée, il faudrait en compléter la garni­son à 10,000 bommes, en y envoyant ce qu’on pourrait d’Anvers et de l’île de Cadzand.

Trois bataillons de gardes nationales de Caen arrivent à Ostende; un de ces bataillons restera en garnison dans la ville ; un autre reçoit ordre d’aller tenir garnison dans le fort Impérial de l’île de Cadzand; le 3° bataillon se réunit à la colonne mobile du général Henry, qui est chargé de faire rejoindre les réfractaires et de faire rétablir la police dans le département de la Lys. Par suite de ces dispositions, le bataillon du 13e léger qui est à Cadzand a ordre de rejoindre par Anvers le 1e corps bis, dont il doit faire partie.

Je pense que le général Decaen doit porter son quartier général au moins à Geertruidenberg et qu’il doit réunir là les bataillons qui doivent former le 1er bis.

J’ai donné ordre à la marine d’envoyer des bateaux canonniers à Geertruidenberg, pour être maîtres de toute cette mer.

Vous devez faire occuper Breda par les 1,800 gardes nationaux du département du Nord et les y tenir pendant le temps nécessaire pour les former, les armer et les babiller.

Tout le 13e corps bis formera votre réserve à Anvers. Ce corps est composé de huit bataillons. Le 6e bataillon du 15e léger part demain de Paris. Le 48e et le 108e sont à votre portée. Les autres se mettent en marche des différents points où ils se trouvent. Je vous envoie de plus le 2e bataillon du 4e léger et le 3e du 58e, qui partent demain de Paris pour aller tenir garnison à Anvers, jusqu’à nouvel ordre. Je désire que, au fur et à mesure que ce sera possible, vous rappeliez les hommes de la marine qui ont été détachés.

J’ai donné des ordres pour que tous les bâtiments légers qui sont en désarmement à Anvers soient réparés et mis en état de reprendre la mer, de manière que l’Escaut, la Meuse et tous les canaux intermédiaires soient couverts de nos chaloupes canonnières et de nos péniches.

La Garde forme une réserve qui sera bientôt de 15 à 18,000 hommes, tant infanterie que cavalerie et artillerie, dans la Belgique. Puisque vous le désirez, je donne ordre au général Roguet de faire partir, le 12, la 1e brigade de Louvain pour se rendre à Anvers; et je donne ordre au général Castex de partir avec la 1e brigade de cava­lerie, qui est composée de 500 chevaux, pour la même destination. Cette Garde est ma ressource; ne lui faites faire qu’un service modéré. Ce sont des recrues qui ont d’excellents cadres et qui se formeront promptement; mais il faut les laisser se former.

Ayez soin aussi de la cavalerie; placez-la d’une manière convenable; veillez à ce qu’elle n’ait pas d’échec et à ce qu’on ne harasse pas les chevaux. Les chevaux d’artillerie sont fatigués; vous ne devez pas hésiter à les changer, moyennant une réquisition que vous ferez dans le pays de Breda.

 

Paris, 11 décembre 1813.

Au général Caulaincourt, duc de Vicence, ministre des relations extérieures, à Paris.

Monsieur le Duc de Vicence, je vous envoie une lettre du général Miollis avec celle du général  napolitain, et une autre lettre du sous-inspecteur aux revues de la 30e division. Faites appeler le ministre de Naples; faites-lui comprendre combien je dois être blessé de ces mesures. Dites-lui  que les  fusils  qui sont  à Rome sont  destinés pour les Français qui y arrivent; que je n’ai point accordé au Roi d’autres fusils que ceux qu’il doit faire prendre  à Corfou. Ajoutez que tout cela paraît fort  extraordinaire; que le général Miollis n’a point à remettre au Roi l’état de situation des forteresses, puisque l’ennemi n’est pas à Rome, mais au-delà de l’Adige. Faites-lui aussi comprendre combien il est ridicule de ne pas donner le tableau de l’effectif des troupes dans un pays où on doit les nourrir. Que l’ambassadeur expédie un courrier pour faire connaître qu’on doit se comporter sur le territoire de l’Empire avec les égards convenables; que celte manière d’agir mécontente beaucoup ici et à Rome; qu’on voit avec peine que les troupes napolitaines restent à Rome, au lieu de marcher rapidement sur le Pô ; qu’on ne sait pas trop ce que cela vent dire. Parlez sérieusement à l’ambassadeur, et faites-lui sentir combien il serait maladroit au Roi de prendre une fausse direction.

 

Paris, 11 décembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez les ordres les plus positifs au général Miollis de ne fournir aucuns fusils au roi de Naples, et de ne laisser entrer les troupes napolitaines ni à Civitavecchia ni au château Saint-Ange. Blâmez-le d’avoir envoyé 500 fusils; faites-lui connaître qu’il n’y en aura point pour les conscrits qui arrivent.

Écrivez la même chose à la Grande-Duchesse et au vice-roi.

 

Paris, 11 décembre 1813.

Au comte Lacépède, grand chancelier de la Légion d’honneur, à Paris.

Monsieur le Comte Lacépède, j’ai été content de la maison de Saint-Denis, et je vous en témoigne ma satisfaction. J’ai nommé madame Dubouzet baronne, et je lui ai accordé une dotation de 4,000 francs sur mon domaine extraordinaire. Faites-moi connaître celles des dignitaires et dames qui ont le plus contribué à la prospérité de cette maison, mon intention étant de leur accorder des pensions.

 

Paris, 12 décembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous envoie un décret pour la for­mation de la cavalerie en 1814. Beaucoup de régiments n’ont pas 600 hommes, vu que je ne comprends pas dans leur situation ce qui est au-delà du Rhin; il faut les compléter, savoir : les régiments de cuirassiers et de dragons à 550 hommes, et les régiments de cava­lerie légère à 750 hommes, en choisissant des hommes qui aient déjà l’habitude du cheval. Présentez-moi un état de ce que chaque régiment a d’existant en France et de ce qui lui manque pour arriver à ce même nombre. Les régiments qui auraient plus d’hommes présents qu’il ne vient d’être réglé les conserveront, et vous ne leur donnerez rien. Vous verrez par mon décret que je supprime le 7e régiment de chevau-légers et que je le réunis au 8e de chevau-légers ; que je supprime le 13e de hussards et que je réorganise le 14e.

Mon intention est que le 1er et le 14e de hussards, les 4e, 19e et 31e de chasseurs aient chacun six escadrons, dont quatre de cava­lerie légère et deux d’éclaireurs. Les quarante autres régiments de cavalerie légère auront chacun un escadron de 250 hommes, montés, armés-et équipés en éclaireurs.

La remonte pour les chevaux d’éclaireurs ne doit être que de 1250 francs par cheval. Vous ferez une instruction pour leur équipement, qui sera le même que pour les éclaireurs de la Garde; comme les petits chevaux sont en grand nombre, les régiments s’en procureront facilement dans leurs départements; mais il faut veiller à ce qu’on n’en prenne pas au-dessous de la taille prescrite.

Donnez ordre à tout ce qui appartient au 4e régiment de chas­seurs, qui est à la Grande Armée, de se rendre à Vienne, où ce régiment se complétera; il devra faire partie désormais de la cava­lerie légère de l’armée d’Italie.

Le dépôt du 31e de chasseurs, qui est à Vienne, pourra être rapproché et placé à Annecy en Savoie, ou même du côté de Pignerol.

II est nécessaire de nommer à toutes les places de colonel et de chef d’escadrons vacantes dans la cavalerie, et de faire compléter les cadres de tous les régiments.

 

Paris, 13 décembre 1813.

Au comte Daru, directeur de l’administration de la Grande Armée, à Paris.

Monsieur le Comte Daru, vous avez commandé des confections de voitures des équipages militaires à Metz ; mais comme les charrons de Paris manquent d’ouvrage en ce moment, il faut que vous fassiez une commande de 200 voitures des équipages dans cette dernière ville. Ces voitures seront faites promptement, et cela donnera du l’occupation aux charrons de Paris.

 

Paris, 14 décembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il paraît qu’il ne faut plus compter sur le retour des 1er et 14e corps d’armée et que la capitulation de Dresde a été violée. Cela étant, faites-moi un rapport sur les bataillons qu’il y aurait à reformer en France, afin d’employer tous les conscrits des 120,000 et des 300,000 hommes qui ont été donnés aux dépôts de ces régiments. On recréera ces bataillons sous les numéros bis. Présentez-moi en même temps un projet de décret.

Faites-moi connaître tous les détachements qui sont en marche pour Strasbourg et qui étaient destinés au 14e corps. Proposez-moi de les employer à compléter le 2e corps.

Tous les 1er bataillons du 2e corps qui sont restés à la division active et qui se trouvent aujourd’hui à Strasbourg sont incomplets; il y en a douze; ils pourraient bien recevoir chacun 5 à 600 conscrits, ce qui ferait l’emploi de 5 à 6,000 hommes.

 

Paris, 14 décembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, écrivez au général Decaen qu’il a perdu la tête; que je ne puis pas croire qu’on ait évacué sans mon ordre Willemstad, qui est une place forte. Si cela est, demandez-lui compte d’une opération aussi folle. Rien que l’équipage de la flottille qui était à Willemstad suffisait pour défendre la place. Écrivez-lui qu’il paraît qu’on prend de son côté des peurs bien légèrement; quel le général Roguet doit être rendu à Anvers ; que de tous côtés des troupes se rendent en Belgique; que lui-même doit avoir déjà, réunis, 4 à 5,000 hommes du 1e corps bis; que j’espère qu’il reportera I le plus tôt possible son quartier général à Breda, et qu’il y réunira tout le 1er corps bis, au fur et à mesure que les bataillons arriveront.

Cette opération faite, il sera convenable que vous donniez ordre qu’on arme et qu’on approvisionne Breda. L’artillerie ne manquera pas à Anvers.

II est bien important qu’on reprenne Willemstad, si l’on est encore à temps.

 

Paris, 14 décembre 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, écrivez au général Roguet que je compte qu’aussitôt que la division Lefebvre-Desnoëttes sera arrivée il fera disparaître toutes les peurs qu’on a prises mal à propos, et nous replacera sur la rive gauche du Waal, en rétablissant nos communications avec Gorcum.

 

Paris, 14 décembre 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, écrivez au duc de Reggio que je le destine à commander les 4e, 5e et 6e divisions de la jeune Garde, qui seront réunies à Anvers ; que le général Roguet y est déjà avec 10,000 hommes, ainsi qu’une division de cavalerie de la jeune Garde, commandée par le général Lefebvre-Desnoëttes; que cela fera, dans les premiers jours de janvier, un corps de 30,000 hommes; mais qu’avant l’écouter son zèle il faut qu’il écoute sa santé et se rétablisse avant tout.

 

Paris, 14 décembre 1813.

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant le 6e corps de la Grande Armée, à Mayence.

Mon Cousin, j’ai donné tous les ordres pour la formation de grands hôpitaux sur les derrières de l’armée, afin d’éviter les éva­cuations. Correspondez à ce sujet avec le major général. Je vois avec peine que les maladies continuent; est-ce que le froid ne les fera pas diminuer ?

Deux cohortes de gardes nationales, qui sont très-belles et qui sont sous votre commandement, ont eu beaucoup de déserteurs parce que vous les avez éparpillées. Il serait convenable de les tenir dans des places fortes, sans quoi jamais elles ne se formeront. Écrivez aux préfets pour qu’ils fassent rejoindre les déserteurs, ou qu’ils le remplacent.

 

Paris, 14 décembre 1813.

Au maréchal Mortier, duc de Trévise, commandant la garde impériale, à Trêves.

Mon Cousin, je vous prie de me faire connaître la plus courte route qui existe pour se rendre de Trêves à Bruxelles. Est-ce qu’on serait obligé de passer par Luxembourg et Arlon ? Ne pourrait-on pas prendre la traverse avec ou sans artillerie ? Donnez-moi des détails là-dessus. Si vous étiez obligé de vous y porter avec la vieille Garde,| en combien de jours pourriez-vous arriver?

 

Palais des Tuileries, 14 décembre 1813.

À M. Reinhard, landammann de la Suisse, à Berne.

Monsieur le Landammann, j’ai lu avec plaisir la lettre que vous avez chargé MM. Ruttimann et de Wielandt, envoyés extraordinaires de la Confédération, de me remettre. J’ai appris, avec une particulière satisfaction, l’union qui a régné entre tous les cantons et entra toutes les classes de citoyens. La neutralité que la diète a proclamée] à l’unanimité est à la fois conforme aux obligations de vos traités et à vos plus chers intérêts. Je reconnais cette neutralité, et j’ai donné les ordres nécessaires pour qu’elle soit respectée. Faites connaîtra aux dix-neuf cantons qu’en toute occasion ils peuvent compter sur le vif intérêt que je leur porte, et que je serai toujours disposé à leur donner des preuves de ma protection et de mon amitié (le 21 décembre, les Autrichiens violèrent la neutralité de la Suisse.)

 

Paris, 15 décembre 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’apprends que le 10 décembre un bataillon de Francfort et le ré­giment de Nassau, employés à l’armée d’Espagne, ont passé à l’en­nemi, et que ce n’est qu’à la suite de cette défection qu’on a désarmé le bataillon de Bade, qui faisait aussi partie de cette même armée. Je suis étonné du retard qu’on a mis à opérer ce désarmement, que | j’avais ordonné par décret du 25 novembre. Donnez les ordres nécessaires pour la prompte exécution des autres dispositions contenues dans ce décret, et de tout ce que j’ai ordonné relativement aux troupes étrangères et à celles de la Confédération.