Correspondance de Napoléon – Décembre 1812

Paris, 26 décembre 1812.

AU GÉNÉRAL COMTE DE NARBONNE,

EN MISSION A BERLIN.

Monsieur le Comte de Narbonne, j’ai reçu votre lettre du 21. Aussitôt que vous aurez rempli votre mission à Berlin, vous vous rendrez à Paris. Passez par Magdeburg; voyez cette place avec soin, afin de m’en rendre bien compte. Passez ensuite par Cassel, où vous resterez cinq à six jours; voyez l’esprit, ce qui s’y fait, et si l’on pense sérieusement à réorganiser l’armée westphalienne et à bien défendre Magdeburg. Dans la conversation, faites songer que dans tout ceci le roi de Westphalie se trouve à l’avant-garde.

 

Paris, 26 décembre 1812.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRB, A PARIS.

Monsieur le Duc de Feltre, mettez dans le Moniteur toutes les différentes demandes que font les cohortes d’être employées à l’armée.

Celles du Piémont m’ont fait la même offre. Je vois, par une lettre d’aujourd’hui, qu’il y en a cinq qui écrivent de Hambourg.

 

Paris, 26 décembre 1812.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MIN18TRB DB LA GUERRE, A PARIS.

Monsieur le Duc de Feltre, je reçois votre lettre du 14 décembre sur la réorganisation des équipages d’artillerie. Il sera nécessaire que le général Gassendi et le colonel Evans viennent chez moi avec tous leurs états, pour écrire sous ma dictée ce qui sera relatif à ce travail. Vous me ferez connaître quand ces officiers auront réuni tous leurs renseignements et seront prêts. Il faut considérer toute l’artillerie de la cavalerie, celle des 1er, 2e, 3e, 4e et 6e corps comme perdue. Il ne reste disponible que l’artillerie des divisions Heudelet, Loison, Durutte, Lagrange et Grenier. Le colonel Evans m’apportera l’état de l’artillerie de ces cinq divisions. Il faudra qu’il vérifie dans la correspondance si le ma­tériel des divisions Durutte et Loison n’a pas été pris sur ce qui existait à Danzig. Je prescrirai après cela les mesures à prendre pour que toutes les pertes soient entièrement remplacées, de manière que j’aie non-seulement un équipage pareil à celui perdu par la Grande Armée, mais encore un autre en remplacement, si le premier était perdu.

S’il est nécessaire, j’ordonnerai que mes arsenaux de la marine travaillent aux équipages d’artillerie; je préfère cela aux réquisitions. Un ou deux vaisseaux de plus ou de moins ne sont d’aucune influence dans la balance des affaires, tandis que le moindre manque d’artil­lerie peut m’être très-préjudiciable, je suppose que la marine est dans le cas de me confectionner autant de caissons que je voudrai. Sans rien dire, Gassendi et le colonel Evans prendront des rensei­gnements là-dessus. La réserve de la Garde doit être de 120 pièces de canon, indépendamment de ce qu’on pourra lui fournir provisoi­rement dans les places du Nord. Il est nécessaire que la Garde ait, réunies à la Fère, 120 pièces de canon absolument pareilles à ce qu’elle avait à la première formation que j’ai faite.

Quant aux bataillons du train et au personnel de l’artillerie, l’armée se rallie sur la Vistule; ce n’est que dans le courant de janvier qu’elle y sera ralliée, et qu’on pourra connaître les pertes qui ont été faites et se faire une idée de la situation de la Grande Armée.

Il serait convenable de faire un travail tendant à rappeler le plus d’officiers généraux et supérieurs d’artillerie qu’on pourrait, en les remplaçant par d’autres, de ceux qui sont restés en France.

En attendant, vous ne devez pas perdre un moment pour ordonner que dans tous les arsenaux les affûts soient mis en état, les caissons réparés, et que partout on confectionne des caissons. Vous ne devez pas perdre un moment à faire diriger de tous les points de la côte, notamment de Normandie et de Bretagne, sur la Fère toutes les pièces nécessaires pour former un équipage de 120 bouches à feu. Dans ce premier moment, mon intention n’est pas de donner des pièces de régiment à ceux qui les ont perdues. Le colonel Evans comprendra dans ses états l’artillerie que l’on a à Hambourg, et en général m’apportera l’état de tout ce qui existe sur tous les points.

Mon intention est de pourvoir à l’organisation d’un corps d’obser­vation de l’Elbe, fort de trois divisions ayant besoin de soixante pièces de canon, ainsi qu’à un autre corps d’observation du Rhin de même force, mon intention, dis-je, est de pourvoir à ces deux corps sans avoir recours en rien à l’artillerie de la Grande Armée, ni pour l’artillerie à cheval, ni pour le personnel, ni pour le matériel. Le principal donc est que vous ne perdiez pas un moment à ordonner dans tous les arsenaux la confection des caissons et la mise en état de tous les affûts et voitures qui existent.

 

Paris, 29 décembre 1812.

AU PAPE PIE VII, AU PALAIS DB FONTAINEBLEAU.

Très-saint Père, je m’empresse d’envoyer un officier de ma Maison près de Votre Sainteté pour lui exprimer la satisfaction que j’ai éprouvée de ce que m’a dit l’évêque de Nantes sur le bon état de sa santé, car j’ai été un moment très-alarmé, cet été, lorsque j’ai appris qu’elle avait été fortement indisposée. Le nouveau séjour de Votre Sainteté nous mettra à même de nous voir, et j’ai fort à cœur de lui dire que, malgré tous les événements qui ont eu lieu, j’ai toujours conservé la même amitié pour sa personne. Peut-être parviendrons-nous au but tant désiré de finir tous les différends qui divisent l’État, et l’Église. De mon côté, j’y suis fort disposé, et cela dépendra entièrement de Votre Sainteté. Toutefois je la prie de croire que les sentiments de parfaite estime et de haute considération que je lui porte sont indépendants de tout événement et de toute circonstance.

Très-saint Père, je prie Dieu qu’il vous conserve longues années, pour que vous ayez la gloire de rasseoir le gouvernement de l’Église et que vous puissiez longtemps jouir et profiter de votre ouvrage.

 

Paris, 29 décembre 1812.

A FRÉDÉRIC-AUGUSTE, ROI DE SAXE, A DRRSDB.

Je reçois la lettre de Votre Majesté, du 16 décembre. J’ai bien regretté que la rapidité nécessaire de mon voyage rendit si courts les instants que je pouvais m’arrêter auprès d’elle. Que Votre Majesté ne doute jamais de mon estime et de tous mes sentiments.

 

AU GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC,

1IINISTBE DIRECTEUR DB L’ADUINISTRATION DB LA GUERRE, A PARIS.

Paris, 29 décembre 1812.

Monsieur le Comte de Cessac, comme les états de la Grande Armée tarderont à venir, il me paraît urgent de ne pas perdre un moment. J’ai donc adopté votre proposition, et j’ai pris un décret par suite duquel vous devez créer sans délai quatre bataillons d’équipages ; deux serviront des caissons d’ancien modèle, à raison de cinq compagnies par bataillon, désirant garder une compagnie, la 6e, au dépôt; les deux autres bataillons serviront des voitures à la comtoise. Chaque compagnie servira 100 voitures; ainsi, pour les cinq premières compagnies de ces deux bataillons, cela fera 1,000 voitures. Et cela nous fera, pour les quatre bataillons, 1,400 voitures. On sera à temps, d’ici à six semaines, de prendre des dispositions pour les 6e compa­gnies, je pense que les bataillons que je rappelle de l’armée arriveront à moitié ou aux deux tiers ; dans le courant de janvier nous saurons à quoi nous en tenir, mais cependant je désire que dans le courant de janvier il y ait 200 hommes existant à chacun de ces bataillons; prenez donc des mesures en conséquence, et placez-y quelques officiers, afin que l’organisation n’éprouve aucun retard. Il faut que cette organisation soit indépendante de ce qui peut nous arriver de la Grande Armée, et que, s’il n’arrivait rien, nous n’en puissions pas moins compléter notre organisation et l’avoir à notre disposition.

Vous prescrirez à l’intendant de la Grande Armée de faire sur-le-champ réorganiser deux bataillons à Danzig, deux à Berlin, et les autres à Berlin, Posen, Glogau et Magdeburg. Comme il arrivera né­cessairement que les bataillons auront beaucoup perdu, vous l’auto­riserez à les réduire à trois ou quatre compagnies, selon les pertes qu’ils auront faites. Au reste, le principal est qu’on ne perde pas un moment à Danzig ou ailleurs à faire des voitures à la comtoise, et, aussitôt que les états de situation seront arrivés, j’adopterai un parti définitif. Il faut surtout que, indépendamment de la Grande Armée et de tout, j’aie ici dans le plus bref délai ces 1,400 à 1,700 voitures.

L’artillerie doit acheter à peu près 8,000 chevaux pour ses re­montes; je vous en ai accordé 10,000 pour la cavalerie; avec les 4,000 des transports militaires, cela fera 22,000 chevaux. Concertez-vous avec le ministre de la guerre pour savoir s’il faudra faire une levée pour se procurer ce nombre, ou s’il suffira d’avoir recours à des achats.

 

Paris, 29 décembre 1812.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Monsieur le Duc de Feltre, mon intention est que les 5e escadrons des 51 régiments de cavalerie qui sont à la Grande Armée soient remontés à leur grand complet, de manière qu’ils aient tous 225 che­vaux et qu’ils puissent fournir au moins 200 hommes montés en cam­pagne ; ce qui fera une ressource de 10,000 chevaux pour le printemps.

Il est nécessaire que vous écriviez à la Grande Armée pour donner ordre que tout officier et sous-officier qui appartiendrait aux 5e es­cadrons soit renvoyé sans délai, et qu’en outre vous preniez des mesures pour compléter les officiers et sous-officiers de ces 5e esca­drons. Enfin vous me proposerez des moyens de compléter en hommes ces 5e escadrons, de manière à les porter à 250 hommes.

Il y a, je crois, en tout, dans les dépôts 5,000 hommes; c’est donc 4 ou 5,000 qui manquent ; mais ces 4 ou 5,000 seront tirés des cohortes ou des régiments d’infanterie, si toutefois le nombre des hommes à pied des régiments qui sont à l’armée était tellement di­minué qu’on ne pût pas en tirer. Faites l’état de ce qui manque à chaque 5e escadron, et écrivez au comte Daru et au général Bourcier pour leur faire connaître ce que je viens d’ordonner et leur demander de diriger sur les dépôts, pour les 5e escadrons, tel nombre d’hommes par régiment, en supposant toutefois qu’il y ait suffisamment d’hommes à pied au régiment pour recevoir les remontes du général Bourcier.

Ainsi donc j’ai besoin en France de 10,000 chevaux de cavalerie. Par décret de ce jour, j’ordonne qu’on remonte quatre bataillons d’équipages militaires, ce qui exigera 4,000 chevaux. L’artillerie aura besoin, pour se remonter, de 8,000 chevaux. Cela fait donc une remonte de 22,000 chevaux, indépendamment des remontes de la cavalerie de l’armée d’Espagne et de celles de la Garde. Je désire que vous vous concertiez avec le ministre de l’administration de la guerre pour savoir s’il sera plus facile de se procurer ce nombre de chevaux avec de l’argent que par une levée qu’on ferait sur toute la France.

Toutefois je désire qu’on ne perde pas un moment pour lever les chevaux d’artillerie. Plusieurs fournisseurs de chevaux ont demandé à lier cette opération avec une autre sur les marchandises coloniales. Apportez-moi au conseil leurs propositions; si elles ne consistent qu’à obtenir la préférence pour des opérations de licence, je ne ver­rais pas de difficulté à la leur accorder.

 

Paris, 29 décembre 1812

DÉCISION.

. Le ministre de lt marine demande si       Le ministre ne fait pas connaître

îeTJorls dT fâato™ ris Amérique*’ Pr°P<>sMon.

 

Paris, 30 décembre 1812.

  1. 30 4ece«We 1S12.

A J0ACH1M NAPOLÉON, ROI DES DEUX-SICILES,

CO1DIAMD4NT EX CHEF LA GftAXDK AIUKK,  A HOEXIGSBEaG.

Jai reçu votre lettre du 20. Je vois avec bien de la peine le froid extrême qu’il fait encore du côté de Königsberg. Il me tarde de con­naître la situation exacte de l’armée.

 

Paris, 30 décembre 1812.

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GKXÉBAL DE LA GtAMDB AIMÉE, A EOBJfIGSlEaG.

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 21 ; j’ai reçu aussi votre note pertes réelles; je vais y penser sérieusement. J’ai signé le décret pour le général Laville. J’ai appris avec bien de la peine la mort de la Riboisière.

Je viens de lever 15,000 chevaux de cavalerie qui seront rendus dans les 51 dépôts ou 5e escadrons des régiments de cavalerie de la Grande Armée dans le courant de janvier et de février. J’ai aussi fait lever 8,000 chevaux d’artillerie et 4,000 d’équipages militaires; tout cela dans l’intérieur de la France et indépendamment de ce que vous faites en Allemagne.

Renvoyez-nous tous les cadres des 4e et 6e bataillons. Gardez cinq ou six bataillons d’équipages militaires, et renvoyez-nous les autres, entre autres les 2e et 6e, et deux bataillons à la comtoise, car j’ai pris toutes les mesures pour avoir, dans le courant de février, les voitures, les chevaux et tout ce qui est nécessaire pour ces quatre bataillons.

Renvoyez-nous aussi quelques bataillons du train d’artillerie; tout le travail de l’artillerie se fait; il y a beaucoup de matériel en Prusse, à Danzig et dans les places ; Éblé doit y penser.

La conscription de cette année est fort belle; j’ai eu dimanche une parade d’environ 25 à 30,000 hommes.

Je vous ai demandé les cadres de plusieurs régiments de ma jeune Garde. Renvoyez-moi tous les hommes à pied de ma Garde à cheval; il serait difficile de les remonter en Allemagne, tandis que je suis assuré de les monter promptement en France; je vous ai déjà écrit là-dessus.

Il me tarde d’avoir des états pour connaître toute l’étendue de nos pertes.

 

Paris, 30 décembre 1812.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Je m’empresse de répondre à votre lettre du 29. Faites revenir sur-le-champ les 325 hommes du train qui sont à Toulouse; faites-les revenir à Grenoble. Faites revenir à Tours les 777 qui sont à Auch. J’approuve fort que vous passiez un marché pour 3,000 che­vaux, mais cela n’est pas suffisant; il faut sans délai en passer pour 8,000 à livrer à Tours, à Grenoble, à Metz, à Maastricht, à Douai, à Besançon, à Mayence et à la Fère.

Au 15 janvier, vous me proposerez ou l’ordre pour vous fournir 3,000 hommes nécessaires pour compléter vos compagnies et les mettre à même de recevoir ces 8,000 chevaux, ou l’ordre de faire revenir ces 3,000 hommes de la Grande Armée. J’espère qu’au 15 janvier nous aurons des états de situation, ce qui éclaircira tout. Comme je prendrai ces hommes à fournir au train d’artillerie dans les villes de dépôt qui sont le plus près des cadres, c’est une opéra­tion qui pourra se faire en huit jours.

Écrivez sans délai à la Grande Armée pour qu’on vous fasse con­naître ce qui est resté du train et qu’on vous envoie les états de situa­tion. Mais, d’une manière ou d’autre, il me faut à la fin de février les 8,000 chevaux rendus dans les dépôts, avec 8,000 harnais, afin que dans le courant de février les premiers convois puissent partir, et les derniers dans le courant de mars.

Présentez-moi le plus tôt possible l’état de ce qu’il est nécessaire d’acheter pour le dépôt de la Garde impériale à la Fère. Je désire acheter 1,500 chevaux pour la Fère; je tirerai les hommes des con­scrits fournis à la Garde. Faites-moi connaître s’il y a un cadre d’équi­pages et quand on pourra avoir les 2 ou 300 voitures à atteler avec ces 1,500 chevaux.

 

Paris, 30 décembre 1812.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DB LA GUERRE, A PARIS.

Monsieur le Duc de Feltre, la Grande Armée sera organisée de la manière suivante :

Le 1er corps, commandé par le prince d’Eckmühl, sera composé de trois divisions, chaque division de cinq régiments, chaque régi­ment de trois bataillons ; les cadres des 4e et 5e bataillons seront ren­voyés en France ; le prince de Neuchâtel attachera à chacune un des trois généraux qu’il aura choisis. Chaque division aura son général, son adjudant-commandant et trois généraux de brigade.

Le 2e corps sera composé de deux divisions au lieu de trois ; le 3e corps sera composé de deux divisions au lieu de trois ; le 4e corps sera composé de deux divisions au lieu de trois ; le 9e corps sera supprimé, et les régiments qui en faisaient partie et qui sont étrangers se joindront à leurs différentes nations : les Westphaliens aux Westphaliens, les Saxons aux Saxons, les Wurtembergeois aux Wurtem­bergeois. Les Français seront incorporés dans les divisions qui en auront le plus besoin.

Tous les régiments français seront réduits à trois bataillons; les cadres des 4e et 5e seront renvoyés en France.

Les divisions Heudelet et Loison resteront comme elles sont ; elles seront attachées aux différents corps jusqu’à ce que l’on connaisse l’état de situation de ce que la Grande Armée aura rallié sur la Vistule.

Les Westphaliens formeront une division, les Bavarois une divi­sion, les Wurtembergeois une division, ce qui formera trois divisions. Les Polonais formeront trois divisions ; le 5e corps ou le corps polo­nais formera sa division. Il sera statué ultérieurement sur l’organisa­tion des corps bavarois, westphaliens et wurtembergeois, lorsqu’on aura l’état de situation. Les quatre régiments de la légion de la Vistule formeront une division et seront attachés au 3e corps.

Cette organisation sera définitivement modifiée aussitôt que l’on aura l’état de situation de ce que l’armée a rallié sur la Vistule. Il est pourtant nécessaire de fixer cette première base, afin d’arrêter l’orga­nisation de l’artillerie et du génie.