Correspondance de Napoléon – Décembre 1812

Smorgoni, 5 décembre 1812.

Au général comte de Narbonne, à Smorgoni.

Vous vous rendrez à Berlin; vous partirez dans trois jours de Vilna. Vous m’écrirez en partant, par l’estafette, la tournure que prennent les choses. Vous vous ferez remettre le dernier bulletin pour connaître le langage à tenir. Vous trouverez à Berlin une lettre pour le roi de Prusse et mes instructions pour vous. Vous attendrez à Berlin l’ordre pour revenir à Paris. Vous m’écrirez tous les jours.

 

Smorgoni, 5 décembre 1812.

Au général comte Rapp, aide de camp de l’Empereur, à Smorgoni.

Vous vous rendrez à Vilna ; vous y resterez quatre jours ; vous contribuerez de tous vos moyens à rallier l’armée. Vous m’écrirez tous les jours. Vous vous rendrez de là à Danzig, où vous remplirez les fonctions de gouverneur.

 

Smorgoni, 5 décembre 1812.

Au général Lebrun, duc de Plaisance, aide de camp de l’Empereur, à Smorgoni.

Monsieur le Duc de Plaisance, vous partirez d’ici dans dix jours. Vous me rendrez compte tous les jours par l’estafette de ce qui se passe. En revenant à Paris, vous passerez par Varsovie; vous y res­terez cinq à six jours.

 

Smorgoni, 5 décembre 1812.

Au général comte de Lauriston, aide de camp de l’Empereur, à Smorgoni.

Monsieur le Comte de Lauriston, vous vous rendrez à Varsovie. Vous verrez les autorités et mon ambassadeur. Vous ordonnerez des vivres, et la levée de la confédération de toute la noblesse, et tâchez de l’armer. Vous visiterez Modlin; vous y resterez six à sept jours. Vous vous ferez remettre le bulletin pour connaître le langage à tenir. Vous m’écrirez tous les jours.

 

Smorgoni, 5 décembre 1812.

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris.

Vos querelles avec l’état-major de Paris me paraissent pitoyables, injustes et impolitiques.

Le temps est ici très-froid. Ma santé est très-bonne. Le bulletin vous aura tout dit et appris l’état des affaires.

Dans quelques jours je travaillerai plus en détail à tout l’arriéré, qui est considérable.

 

Smorgoni, 5 décembre 1812.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Smorgoni.

(La minute de cette lettre est tout entière de la main de l’Empereur.)

Mon Fils, j’ai reçu votre lettre. Faites votre devoir et reposez-vous sur moi. Je suis le même pour vous et sais bien ce qu’il vous faut. Ne doutez jamais de mes sentiments paternels.

 

5 décembre 1812.

Mon Amie. Je reçois ta lettre du 24. Je suis bien affligée de toutes les inquiétudes que tu as et qui dureront au moins 15 jours, cependant ma santé n’a jamais été meilleure. Tu auras vu par les Bulletins que sans aller aussi bien que j’aurais voulu, cependant les affaires ne vont pas mal actuellement. Il fait un froid très violent. Dans quelques jours, je prendrai un parti pour ton voyage, enfin de nous revoir bientôt. Conçois-en l’espérance et ne t’inquiètes pas.

Adio, moi bene. Tout à toi.

 

Kutno, 11 décembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Varsovie.

Monsieur le Duc de Bassano, faîtes connaître au corps diplomatique que je vais à Paris; qu’il ne doit donc plus être à l’armée. Annoncez cela aussi par courrier à Vienne et à Berlin. Il faut que l’Autriche ait un ministre capable à Paris. Le prince de Schwarzenberg peut conserver le titre d’ambassadeur. Donnez pour instruction à Otto de tâcher que les 30,000 hommes en Transylvanie et Hongrie prennent l’offensive en Volhynie.

J’ai été on ne peut plus étonné de tous les ridicules propos que m’a tenus l’abbé de Pradt pendant une heure. Je ne le lui ai pas fait sentir. Il paraît qu’il n’a rien de ce qu’il faut pour la place qu’il remplit. Cet abbé n’a que l’esprit des livres. Vous pouvez le rappeler tout de suite, ou à votre arrivée à Paris, en le renvoyant dans son diocèse et le remplaçant par Lajard ou Rumigny. Je pense que Bignon est encore utile à Vilna.

Dans une courte audience que j’ai donnée au comte Potocki et au ministre des finances, je n’ai pas pu leur dire tout ce que je voulais. Je leur ai remis un bon de 2 millions sur le payeur. Faites-leur connaître que cela doit être spécialement affecté pour la remonte de leur cavalerie. Vous pouvez leur donner 2 millions de roubles pour le même usage.

J’ai vu avec peine que leur garde nationale n’était ni armée ni habillée. Comment ! Cracovie et Lublin pourront-ils se laisser piller par une poignée de Cosaques ? J’ai cependant 100,000 fusils destinés à cet objet. En causant avec le ministre de la guerre, vous saurez où sont ces fusils ; mais je suppose qu’il y en a à Bromberg, à Thorn, à Posen, etc. Je suis certain qu’il y en a 40,000 à Kovno qui sont un embarras.

Voyez qu’on s’arme partout et qu’on prenne une attitude plus con­venable. Qu’on fasse le contraire de ce que m’a dit l’archevêque de Matines, qui ne veut que des armées bien organisées. Il faut que le gouvernement s’occupe de lever des chasseurs. La guerre peut durer longtemps; il faut donc préparer tous ses moyens.

Vous trouverez chez Saint-Marsan des instructions sur ce que vous aurez à faire en Prusse.

Si le général Lauriston est à Varsovie, dites-lui d’y attendre une dépêche de moi que je lui adresserai.

 

Dresde, 14 décembre 1812.

A François Ier, empereur d’Autriche, à Vienne.

Monsieur mon Frère et très-cher Beau-Père, je m’arrête un moment à Dresde pour écrire à Votre Majesté et lui donner de mes nouvelles. Malgré d’assez grandes fatigues, ma santé n’a jamais été meilleure. Je suis parti le 4 de ce mois, après la bataille de la Berezina, de Lithuanie, laissant la Grande Armée sous les ordres du roi de Naples, le prince de Neuchâtel continuant à faire les fonctions de major général. Je serai dans quatre jours à Paris; j’y resterai les mois d’hiver, pour vaquer à mes affaires les plus importantes. Peut-être Votre Majesté jugera-t-elle utile d’y envoyer quelqu’un en l’absence de son ambassadeur, dont la présence est si utile à l’armée.

Les différents bulletins que le duc de Bassano n’aura pas manqué d’envoyer au comte Otto auront informé Votre Majesté de tous les événements qui ont eu lieu depuis mon départ de Moscou. Il serait important, dans ces circonstances, que Votre Majesté rendît mobile un corps de Galicie et de Transylvanie, en portant ainsi ses forces entières à 60,000 hommes.

Je suis plein de confiance dans les sentiments de Votre Majesté. L’alliance que nous avons contractée forme un système permanent dont nos peuples doivent retirer de si grands avantages, que je pense que Votre Majesté fera tout ce qu’elle m’a promis à Dresde pour assurer le triomphe de la cause commune et nous conduire promptement à une paix convenable. Elle peut être persuadée que, de mon côté, elle me trouvera toujours prêt à faire tout ce qui peut lui être agréable et la convaincre de l’importance que j’attache à nos relations actuelles, et lui donner des preuves de la parfaite estime et haute considération avec laquelle je suis de Votre Majesté le bon frère et beau-fils.

 

Paris, 18 décembre 1812 (La date du 18 est en surcharge, et, selon toute apparence, de la main de l’Empereur.)

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, A KOBN1GSBRRG.

Mon Cousin, je vois avec peine que vous ne vous soyez pas arrêté à Vilna sept à huit jours, afin de profiter des effets d’habillement et de rallier un peu l’armée. J’espère que vous aurez pris position sur la Pregel ; nulle part il n’est possible d’avoir autant de ressources que sur cette ligne et à Königsberg ; j’espère que les généraux Schwarzenberg et Reynier auront couvert Varsovie. La Prusse se prépare à envoyer des renforts pour couvrir son territoire.

 

Paris, 19 décembre 1812.

A M. IIELZ1, DUC DE LODI,

CHANCBLIER, GARDE DES SCEAUX DU ROYAUME D’iTALIE, A MILAN.

Mon Cousin, je suis arrivé à Paris hier, en très-bonne santé. J’ai reçu les différentes notices que vous m’avez envoyées. Le vice-roi reste à la Grande Armée. Continuez à m’envoyer les bulletins de tout ce qu’il y aurait de nouveau en Italie.

 

Paris, 19 décembre 1812.

A JOACHIM NAPOLÉON, ROI DES DEUX-SICILES,

COMMANDANT EN CHEF LA GRANDE ARMÉE, A KOENIGSBBRG.

Je suis arrivé à Paris. J’ai été extrêmement content de l’esprit de la nation. On est disposé à faire toute espèce de sacrifices, et je m’occupe sans relâche à réorganiser tous mes moyens. J’ai déjà une armée de 40,000 hommes à Berlin et sur l’Ode. Le roi de Prusse se propose d’envoyer des renforts à son armée et de recompléter promptement toute sa cavalerie ; le roi de Saxe est dans les mêmes inten­tions. Königsberg et la Pregel vous offriront des ressources que vous ne trouverez pas si vous êtes accolé au-delà.

Les Russes se vantent de toutes les entrevues que vous avez eues aux avant-postes et les défigurent, ils ont l’impudence de déclarer que tout cela était pour endormir et tromper.

 

Palais des Tuilerie, 20 décembre 1812.

RÉPONSE A L’ADRESSE DU SÉNAT CONSERVATEUR.

Sénateurs, ce que vous me dites m’est fort agréable. J’ai à cœur la gloire et la puissance de la France; mais mes premières pensées sont pour tout ce qui peut perpétuer la tranquillité intérieure et mettre à jamais mes peuples à l’abri des déchirements des factions et des horreurs de l’anarchie. C’est sur ces ennemies du bonheur des peuples que j’ai fondé, avec la volonté et l’amour des Français, ce trône, auquel sont attachées désormais les destinées de la patrie.

Des soldats timides et lâches perdent l’indépendance des nations, mais des magistrats pusillanimes détruisent l’empire des lois, les droits du trône et l’ordre social lui-même.

La plus belle mort serait celle d’un soldat qui périt au champ d’hon­neur, si la mort d’un magistrat périssant en défendant le souverain, le trône et les lois, n’était plus glorieuse encore.

Lorsque j’ai entrepris la régénération de la France, j’ai demandé à la Providence un nombre d’années déterminé. On détruit dans un moment, mais on ne peut réédifier sans le secours du temps. Le plus grand besoin de l’État est celui de magistrats courageux.

Nos pères avaient pour cri de ralliement : Le roi est mort, vive le roi ! Ce peu de mots contient les principaux avantages de la monar­chie. Je crois avoir bien étudié l’esprit que mes peuples ont montré dans les différents siècles; j’ai réfléchi à ce qui a été fait aux diffé­rentes époques de notre histoire; j’y penserai encore.

La guerre que je soutiens contre la Russie est une guerre politique; je l’ai faite sans animosité. J’eusse voulu lui épargner les maux qu’elle-même s’est faits. J’aurais pu armer la plus grande partie de sa population contre elle-même, en proclamant la liberté des esclaves; un grand nombre de villages me l’ont demandé; mais, lorsque j’ai connu l’abrutissement de cette classe nombreuse du peuple rosse, je me suis refusé à cette mesure qui aurait voué à la mort, à la dévastation et aux plus horribles supplices bien des familles.

Mon armée a essuyé des pertes, mais c’est par la rigueur préma­turée de la saison.

J’agrée les sentiments que vous m’exprimez.

 

Palais des Tuileries, 20 décembre 1819.

RÉPONSE A L’ADRESSE DU CONSEIL D’ÉTAT.

Conseillers d’État, toutes les fois que j’entre en France, mon cœur éprouve une bien vive satisfaction. Si le peuple montre tant d’amour pour mon fils, c’est qu’il est convaincu, par sentiment, des bienfaits de la monarchie.

C’est à l’idéologie, à cette ténébreuse métaphysique qui, en recher­chant avec subtilité les causes premières, veut sur ces bases fonder la législation des peuples, au lieu d’approprier les lois à la connais­sance du cœur humain et aux leçons de l’histoire, qu’il faut attribuer tous les malheurs qu’a éprouvés notre belle France. Ces erreurs devaient et ont effectivement amené le régime des hommes de sang. En effet, qui a proclamé le principe d’insurrection comme un devoir ? Qui a adulé le peuple en le proclamant à une souveraineté qu’il était incapable d’exercer ? Qui a détruit le respect et la sainteté des lois, en les faisant dépendre, non des principes sacrés de la justice, de la nature des choses et de la justice civile, mais seulement de la volonté d’une assemblée composée d’hommes étrangers à la connaissance des lois civiles, criminelles, administratives, politiques et militaires ?

Lorsqu’on est appelé à régénérer un État, ce sont des principes constamment opposés qu’il faut suivre. L’histoire peint le cœur humain ; c’est dans l’histoire qu’il faut chercher les avantages et les inconvénients des différentes législations. Voilà les principes que le Conseil d’État d’un grand empire ne doit jamais perdre de vue; il doit y joindre un courage à toute épreuve, et, à l’exemple des présidents Harlay et Mole, être prêt à périr en défendant le souverain, le trône et les lois.

J’apprécie les preuves d’attachement que le Conseil d’État m’a données dans toutes les circonstances. J’agrée ses sentiments.

 

Palais des Tuileries, 22 décembre 1812.

NOTES DICTÉES EN CONSEIL DES FINANCES.

Le ministre des finances écrira au ministre du commerce pour lui faire connaître qu’il doit lui remettre dans la semaine les aperçus des droits extraordinaires des douanes, afin que cela puisse servir à la confection du budget de 1813 :

« Sa Majesté a disposé de 141 millions, y compris les 40 portés au budget de 1812, et sans comprendre ce qui appartient au domaine extraordinaire et ce qui appartient au budget spécial de Danzig et autres budgets spéciaux. Comme Sa Majesté s’est assurée, en jetant un coup d’œil sur votre rapport, que les droits qui appartiennent au trésor ne sont pas confondus avec les budgets spéciaux, il est néces­saire que vous fassiez note, dans votre premier mémoire, de ces dif­férentes dispositions. De votre lettre du 8 décembre il résulte que 129,500,000 francs ont été perçus, sur lesquels 12 millions pour les frais; cela ne fera donc que 117 millions applicables au trésor public, pour satisfaire aux différents crédits; il restera donc 24 mil­lions pour pouvoir suffire à tous les crédits. Êtes-vous assuré de ces 24 millions, soit par les ventes d’Italie, soit par celles à faire à Mayence, soit par ce qui reste à recouvrer, soit par ce qui existe en Hollande et ailleurs appartenant aux recettes de ce genre ? Sa Majesté pense que les droits ordinaires doivent rendre plus de 24 millions, et il se fonde sur la quantité de licences qu’il a données. Mais, l’année prochaine, il aura besoin de 150 millions de produit des droits, soit ordinaires, soit extraordinaires ; il me charge de vous écrire que vous ayez à dresser un mémoire sur cet objet et à le porter au conseil des finances de mardi, où vous devez assister désormais. Pour arriver à ce résultat, il faut que vous considériez ce qui reste à percevoir sur les licences délivrées et celles qu’il faudra donner pour atteindre ce résultat nécessaire par la première des considérations, celle d’avoir ce qui est indispensable pour le service présent. Il faut sans doute faire du mal à nos ennemis, mais avant tout il faut vivre, et l’Em­pereur pense que 150 millions, sur une si vaste étendue de pays, ne doivent pas être difficiles à trouver. »

Sur l’article tabac, l’Empereur a dicté ce qui suit :

Par le rapport du ministre des finances je vois que les tabacs n’ont rendu cette année que 43 millions, avec des frais de commerce de 26 millions ; il serait convenable d’avoir un mémoire détaillé de la régie, afin de chercher si on ne peut pas diminuer ces frais et ôter ce qui est inutile. Pour l’année prochaine, on présente 30 millions de recette avec 23 de remboursement, ce qui fait 53 millions. Il serait nécessaire de porter, mardi prochain, un compte qui fît connaître la quantité de fonds morts dont la régie a constamment besoin. Je vois d’abord 5 millions pour achat de matières fabriquées; mais quelle est la quantité de feuilles qu’elle doit avoir ? J’en vois pour 90 mil­lions cette année. Le but de ces renseignements serait d’établir un système régulier pour la régie des tabacs. Du moment qu’on serait convenu de la quantité de fonds dont elle a besoin en avance, on prendrait un certain nombre d’années pour rembourser ce fonds, de ma­nière que le service courant n’en souffrît pas. De tous les genres d’em­prunt, celui pour le tabac doit être le plus facile à remplir, parce qu’il a une hypothèque naturelle. Mon but serait qu’on se servit du tabac pour avoir 20 millions de plus dans les années où on en a besoin; ainsi, l’année prochaine, qui paraît une année difficile, je remédierai par cet emprunt avec 23 millions de remboursement, afin d’avoir, au lieu de 54 millions que présente le ministre des finances, 70 ou 80 millions, savoir : les 54 millions qu’offre le ministre des finances et les 23 de remboursement, de sorte que le budget de 1813 sera de 50 millions de douanes et 80 millions de tabacs. On m’objectera que j’ai toujours les fonds dus par les tabacs, mais, voulant faire un système d’em­prunt pour les 78 millions dont se base la régie, lesquels seront remboursés en six ou sept ans, à raison de 10 millions par an, ce sera, dans le fait, un emprunt de 20 millions que je ferai pour l’exercice 1812; et je vois qu’il est plus facile de faire un emprunt ainsi déguisé que d’en ouvrir un nouveau.

Après avoir reconnu dans le budget de 1812 un déficit de 41 millions de recettes, et dans celui de 1811 un déficit de 15 millions, et examiné les demandes de ses ministres en augmentation de crédit, tant pour 1811 que pour 1812, l’Empereur a dicté la note suivante :

II résulte de tout ceci qu’il me faut 26 millions pour remplir le budget de 1811, 40 millions pour 1812, total 66 millions; quant aux dépenses des ministres au-dessus du budget, on n’a pas à s’oc­cuper de 1812, qui est l’exercice courant et que les ministres ne connaissent pas encore; ils ont d’ailleurs tous un fonds de réserve, et le ministre des finances a 18 millions en réserve. Tout consiste donc à distribuer par un prochain décret ces 18 millions, ce qui nous fera achever l’année. On verra, dans le courant d’août et de septembre, à régler le supplément des crédits législatifs. Pour 1811, il suffira éga­lement de répartir le fonds de 8,680,000 de réserve, augmenté de ce que les ministres pourront céder. Je n’accorde rien à la marine. L’ad­ministration de la guerre demande 19 millions; j’en ai 8, ce qui fait presque la moitié; cela nous conduira à finir l’année. En consé­quence, avec quelques dispositions de finances à prendre incessam­ment, on pourvoira à tout le service pendant l’année ; il suffit seule­ment de remplir le budget en recette.

Je désirerais que le ministre des finances joignit à son rapport tout ce qui est relatif aux subsistances de Paris, en s’adressant pour les renseignements nécessaires au ministre du commerce. Je vois qu’il y a un déficit de 14 millions. Le ministre des finances écrira au ministre du commerce, pour qu’il apporte mardi des renseignements très-précis sur ce point, pour faire connaître l’étât de nos finances.

J’ai ordonné, cette année, différentes dispositions pour venir au secours des malheureux. Le ministre des finances m’en fera un rap­port et me fera connaître si je dois quelque chose là-dessus. Il s’adres­sera au ministre de l’intérieur pour savoir ce que les départements doivent aux finances et à la caisse d’amortissement. .

L’Empereur a fait ensuite l’examen du budget des recettes de 1813, que lui a soumis le ministre des finances, et il a arrêté que ce budget était fixé comme le présentait le ministre, avec les modifications indiquées par l’Em­pereur aux articles Douanes et Tabacs, ce qui doit porter la totalité du budget à 1 milliard 30 ou 40 millions.

L’Empereur a terminé la séance en dictant la note suivante, pour être exécutée par le ministre du trésor :

Il faut que je connaisse bien l’ensemble de mes ressources : trésor public, domaine extraordinaire, caisse d’amortissement, voilà ce qui les compose. Il faut donc que je connaisse bien la situation de ces trois caisses. Je vois qu’on a prêté 68 millions à la régie des tabacs ; le domaine extraordinaire et la Banque ont fait ce prêt. Il y a 81 mil­lions de bons de la caisse d’amortissement à rembourser, c’est donc 149 millions qui ont été prêtés. Je désire savoir ce que je dois rem­bourser chaque année sur ces 149 millions. Le comte Mollien me fera un rapport de banquier sur l’ensemble de ces emprunts et de ces dettes. Les 22 millions qui sont entre les mains de M. de la Bouillerie ne peuvent me donner de l’inquiétude ; mais je ne puis compter sur cela comme ressource.

Quand dois-je rembourser ce qui a été donné à la Banque ? Enfin quels sont les moyens de la caisse d’amortissement ? Voilà ce qui me fera voir l’ensemble de moyens et trouver ce qui est nécessaire pour compléter les budgets de 1811 et de 1812. Ce rapport devra être apporté au conseil de mardi.

 

Paris, 22 décembre 1812.

. SI ttc«»bfeim.

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MINISTRE DB LA MARINE, A PARIS.

Monsieur le Comte Decrès, je désire que vous puissiez foire débar­quer indistinctement tous les hommes de terre qui servent de garnison dans vos vaisseaux, parce que ces hommes me serviront pour l’armée active.

 

Paris, 24 décentre 1812.

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

1I1N1STRB DE LA MARINB, A PABI3.

Comme je dois tenir les conseils du génie dans le courant de jan­vier, je vous prie d’ordonner que de la rade de l’île d’Aix, des bouches de la Gironde, de Brest, des bouches de l’Escaut, des côtes de Hambourg, ainsi que de Toulon, l’on vous envoie des renseignements sur les travaux de fortification faits cette année, sur les batteries qui existent, sur leur armement, et sur ce que les marins voudraient que l’on fît encore.

 

Paris, 24 décembre 1812.

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MIN1STBB DB LA MAB1NB, A PAB1S.

Je vous renvoie votre rapport du 16 septembre. Je désire que vous m’en présentiez une nouvelle rédaction dont vous trouverez ci-joint le projet (Projet de rapport sur les prisonniers français évadés d’Angleterre et les prisonniers anglais évadés de France.). Remettez-moi ce rapport demain avec les deux états que vous devez avoir, pour que je fasse insérer ces pièces dans le Moni­teur. Présentez-moi en outre un projet de réponse à la lettre du gouvernement anglais pour lui faire connaître que j’adhère à la pro­position de renouveler la négociation pour l’échange des prisonniers ; bien entendu que les Espagnols et les Portugais seront considérés dans un échange général comme Anglais; qu’en conséquence vous attendrez des passeports pour un commissaire français qui sera envoyé dans tel point de l’Angleterre qu’il plaira au gouvernement britannique, pour travailler audit échange; que nous ne pouvons concevoir d’espérance de réussir dans cette négociation qu’en nous rappelant cette phrase de leur lettre du 10 mars : « qu’on trouvera, de la part de leur pays, le désir le plus sincère de porter, par tous les moyens de conciliation et de libéralité possibles, la négociation à une conclusion prompte et avantageuse. »

 

Paris, 24 décembre 1812.

AU GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC,

MINISTRE DIRECTEUR DE ^ADMINISTRATION DE LA GUERRE, A PARIS.

Monsieur le Comte de Cessac, je vous renvoie votre rapport du 27 novembre; je ne juge pas à propos de signer de nouveau décret, puisque j’en ai signé un pour 4,700 chevaux et que celui que vous me demandez est pour 4,800 ; la différence n’est pas grande, vous pouvez donc sans difficulté acheter 4,800 chevaux et prendre toutes les mesures nécessaires pour accélérer le moment de leur livraison, ainsi que pour leur distribution. Si je ne signe pas ce décret, c’est que je désire en signer un autre qui étende cette mesure et me pro­cure en France de quoi remonter tous les 5e escadrons.

J’ai quatorze régiments de cuirassiers et carabiniers, ce qui ferait quatorze escadrons de 200 chevaux, c’est-à-dire 2,800 chevaux; quatre 5e escadrons de dragons, 800 chevaux ; huit 5e escadrons de chevau-légers (je suppose que les régiments de chevau-légers ont leurs 5e escadrons), 1,600 chevaux ; dix-sept 5e escadrons de chas­seurs, 3,400 chevaux; six 5e escadrons de hussards, y compris ceux qui ont plus qu’un escadron, 1,500 chevaux; ce qui fait 10,000 chevaux environ.

Vous avez déjà 4,800 chevaux d’assurés par des marchés; ce serait donc encore 5,200 à se procurer, soit par des marchés, soit par des réquisitions.

Quant aux hommes, ou j’en fournirai à la cavalerie, ou j’en ferai venir de ceux qui sont démontés à la Grande Armée ; mais certaine­ment, dans la pénurie de chevaux où se trouve la Grande Armée, la France ne peut pas lui fournir moins de 10 à 12,000 chevaux.

Je ne comprends pas là-dedans le travail de l’armée d’Espagne. Il faut monter tous les hommes à pied que nous avons dans les dépôts, soit pour les envoyer à la Grande Armée, soit pour les envoyer en

Faites-moi un rapport là-dessus; je ne pense pas qu’il puisse y avoir des difficultés à requérir en France 30,000 chevaux, moitié de cavalerie et moitié de trait ; mais je vous prie de ne pas vous perdre dans de petites différences, de presser les fournitures de chevaux, la confection des harnais et tout ce qui est nécessaire, pour que bientôt ce que j’ai à pied puisse marcher, et avoir, sans perdre un moment, le plus de chevaux possible. Je compte sur ces 4,800 chevaux, équipés et dans le cas de partir dans le courant de février. Aussitôt que la Grande Armée aura pris ses quartiers d’hiver, qu’on aura pu réunir les corps et constater les pertes, je verrai s’il faut donner de nouveaux hommes à ses 5e escadrons, ou faire venir des hommes à pied des régiments de l’armée.

Quant aux hommes qui doivent compléter les huit escadrons de Hambourg, vous devez leur procurer des chevaux de France. J’ai même fait partir tout ce qu’il y avait de chevaux disponibles de ces huit escadrons, pour se rapprocher de la Vistule; mon intention est de les donner là aux dragons démontés qui faisaient partie de la Grande Armée, et de renvoyer à pied les hommes des escadrons de Hambourg pour se remonter plus tard.

 

Paris, 24 décembre 1812.

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DB LA GRANDE ARMBB, A KOBNIGSBBRG.

Mon Cousin, le roi de Saxe a un beau régiment de 800 cuirassiers, prêt à partir aussitôt que le régiment des gardes du corps, qui était à la division Latour-Maubourg, sera en marche. Faites donc mettre en marche pour Glogau tous les hommes à pied de ce régiment, et mandez-le au baron Serra, afin que l’autre régiment de cuirassiers s’approche de Posen. Il y avait à l’avant-garde un régiment de cava­lerie légère saxon; faites-le également se rapprocher de Posen; le roi de Saxe lui enverra des chevaux et le recomplétera.

Je suppose que le général Bourcier aura envoyé des hommes à pied en Hanovre, où on en a grand besoin, car j’ai arrêté tous les hommes à pied qui y étaient envoyés de France, et je les remonterai avec des chevaux de France.

Je vous ai déjà mandé de renvoyer autant de cadres des régiments de la jeune Garde que vous pourrez; renvoyez les cadres de quatre ou de six régiments, en incorporant tous les hommes disponibles dans les cadres de la jeune Garde qui restent. Cela supprimerait la divi­sion Delaborde et réduirait la Garde à deux divisions. Je crois égale­ment que l’on pourrait renvoyer le cadre du régiment hollandais (le 3e de grenadiers ) en incorporant les hommes dans les deux régi­ments de chasseurs et de grenadiers ; enfin je désire que tous les gen­darmes d’élite qui sont à pied soient renvoyés à Mayence, ainsi que les chasseurs, dragons et grenadiers qui n’auraient plus de chevaux. Le duc d’Istrie renverrait également des cadres, de manière qu’à son arrivée à Mayence cette partie de la Garde se trouve entièrement réorganisée et forme plusieurs escadrons.

Je pourvois ici à la remonte de la Garde par des achats faits en France; par ce moyen, tous les chevaux qu’on tirera de l’Allemagne seront pour l’armée. Ainsi les grenadiers à cheval avaient un effectif de 1,000 hommes, je suppose qu’ils en auront conservé 800. S’ils n’ont à l’armée que 400 hommes ayant des chevaux, soit en état, soit à refaire, et que 400 hommes soient à pied, le duc d’Istrie ren­verra la moitié des cadres avec les hommes à pied à Mayence, et ainsi de suite pour les dragons et les chasseurs. En supposant que ces troupes seront arrivées en février à Mayence, comme elles y trouve­ront des chevaux et des effets d’habillement et d’équipement, ce sera des troupes tout à fait disponibles pour opérer selon les circonstances.

Il serait convenable de ne garder à la Grande Armée que la moitié des généraux de cavalerie, et de renvoyer les autres en France où je complète et remonte tous les 5e escadrons, ce qui me fera au mois de février 12,000 chevaux. Je vous ai déjà mandé de renvoyer aussitôt que possible les cadres des 4e, 5e et 6e bataillons.

J’attends avec impatience que vous ayez pris position, pour avoir l’état des corps, surtout pour ce qui est relatif à l’artillerie, aux bataillons du train, aux équipages militaires et à la cavalerie.

 

Paris, 25 décembre 1812.

AU GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC,.

MINISTRE DIRBCTBUR DE  L*ADMINISTRATION DE LA GUERRE, A PARIS.

Monsieur le Comte de Cessac, je reçois votre lettre du 24 décembre.

Les 246 voitures de 1er et 2e modèle qui existent soit à Sampigny, soit à Plaisance, soit à Mayence, doivent être considérées comme non avenues et ne peuvent nous servir à rien.

Les caissons d’ancien modèle ont fait un bon service, vous pouvez donc compter comme utiles les 647 que vous avez; avec les forges, il y a là de quoi monter trois bataillons. Si les voitures du nouveau modèle ne pèsent, comme vous le dites, que 500 livres et portent un millier, cela ne ferait au total qu’un poids de 1,500 livres : deux bons chevaux sont suffisants. Je pense qu’en faisant trois batail­lons, chacun de 600 voitures, cela ferait 1,200 chevaux par batail­lon, ou 1,800 voitures et 3,600 chevaux pour les trois bataillons. Avec trois bataillons d’ancien modèle, cela ferait 720 voitures et 2,600 chevaux. Au total, cela ferait 2,520 voitures et 6,200 che­vaux, ce qui exigerait à peu près 4,000 hommes.

Combien avez-vous d’hommes dans les dépôts ? Les 1,800 voitures portant chacune 10 quintaux ou ensemble 18 milliers, les 720 voi­tures portant chacune 15 quintaux ou 10 milliers, cela ferait donc 28 milliers ou pour une armée de 240,000 hommes pendant vingt jours.

J’ai à Königsberg et à Danzig des ateliers bien montés qui pour­raient fournir aussi de 12 à 1800 voitures; les chevaux s’achète­raient à Danzig, les hommes y sont rendus et les voitures se feraient là. Moyennant ce, on aurait trois bataillons d’ancien modèle et trois du nouveau, formant 2,600 voitures, 6,500 chevaux et 4,000 hom­mes qui seraient tirés de France; plus, trois bataillons formant 1,800 voitures de nouveau modèle, 3,600 chevaux et 2,000 hommes, qui seraient tirés d’Allemagne ou de Danzig, ce qui ferait 9 batail­lons, 4,400 voitures, 10 à 11,000 chevaux et 6 à 7,000 hommes.

Un grand cheval peut très-bien traîner 6 à 700 livres ; les voitures du nouveau modèle ne pesant que 1,000 livres pour le chargement et 500 livres pour le poids de la voiture, ce qui ferait 1,500 livres, ce n’est que 750 livres par cheval, ce qui n’est pas excessif. S’il y avait quatre chevaux, il faudrait des voitures qui pesassent 4,000 livres, savoir : 3,000 de chargement et 1,000 pour la voiture. L’an­cien caisson pèse 1,900, et ne porte, je crois, qu’un chargement de 1,500; aussi le poids de la voiture me paraît-il trop fort.

Je pense que, pour ne pas perdre de temps, il faudrait commencer par organiser deux bataillons provisoires à Sampigny. Les 45 chariots d’ancien modèle, les 386 caissons et les 20 forges qui s’y trouvent feraient 450 voitures; il en faut 480 pour compléter deux bataillons. Un bataillon pourrait se former à Plaisance avec les 239 caissons d’ancien modèle et les 8 forges qui y sont. Voyez où vous prendrez les hommes, les harnais et les chevaux.

 

Paris, 25 décembre 1812.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE  DB  LA  GUBRftR,   A  PARIS.

Monsieur le Duc de Feltre, écrivez au duc de Castiglione de retenir à Berlin la division Grenier, en ayant soin de prendre des mesures efficaces pour qu’elle soit bien casernée, bien nourrie, et de faire ce qui sera convenable pour organiser son artillerie, ses équi­pages militaires et toute son administration.