Correspondance de Napoléon – Décembre 1806

Posen, 15 décembre 1806

A M. Regnier

J’ai vu avec plaisir le bon esprit et l’assiduité à leurs fonctions qui animent les différents ordres judiciaires.

 

Posen, 15 décembre 1806 

A M. Gaudin

  1. Maret vous envoie un décret pour que les marchandises anglaises qui ont été confisquées dans les trois villes hanséatiques soient envoyées en France. Correspondez à cet effet avec mon ministre à Hambourg, et nommez des garde-magasins, des inspecteurs pour avoir la surveillance de ces marchandises. Établissez bien la comptabilité en matières sur un point de nos frontières qui vous paraîtra le plus convenable. Comme la correspondance de Hambourg à Paris sera la plus courte, je me repose sur vous de cette grande affaire. Nommez des agents, des inspecteurs, faites ce que vous voudrez, mais réussissez et faites venir toutes les marchandises en France sans qu’on me vole.

 

Posen, 15 décembre 1806

A M. Mollien

Monsieur Mollien, les Anglais menacent de confisquer les fonds que les Français ont sur leur grand-livre. Voyez à prendre des précautions très-secrètement pour qu’il ne soit fait aucun transfert de ce qui est sur le grand-livre au compte des Anglais. Cette matière est très-délicate. Je ne veux point donner l’exemple ; mais, si les Anglais le font, je veux user de représailles.

 

Posen, 15 décembre 1806

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je désire que vous envoyiez un courrier extraordinaire à Madrid pour faire les demandes suivantes .

L’occupation de Hambourg et des ports du Nord est l’opération qui influera le plus sur la paix maritime, et obligera le plus les Anglais à renoncer à leur système et à nous restituer nos colonies. Je renouvelle au Roi l’engagement de lui faire rendre les siennes. Je demande le secours de 4,000 hommes de cavalerie et de 10,000 hommes d’infanterie, avec vingt-cinq pièces de canon attelées, pour former un corps d’observation du côté du Hanovre et s’opposer à l’armée anglaise qui voudrait débarquer et forcer le blocus. Les 6,000 Espagnols qui sont en Italie pourraient faire partie de ce corps; ils se mettraient en marche par le Tyrol. L’autre partie traverserait la France. Du moment qu’ils seraient arrivés sur le territoire italien ou français, je me chargerais de leur entretien; le roi d’Espagne n’aura que la solde à payer.

En fournissant ce corps, l’Espagne ne se compromettra avec personne, parce qu il servira comme auxiliaire sous mes ordres, et elle en retirera l’avantage de former des soldats.

L’Espagne et la France ne peuvent rester dans cette situation. Il faut renoncer à tenter des aventures sur mer, où nous sommes les plus faibles, pour vivre nos avantages sur terre. Si l’Espagne déploie la même énergie que je montre, nous viendrons à bout de nos projets.

 

Posen, 15 décembre 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, vous verrez toutes les mesures que j’ai prises pour augmenter mon armée. J’ai retiré deux régiments de la Bretagne, mais j’y ai envoyé 6,000 hommes de la conscription et de la réserve de 1806, 4,000 hommes de la conscription de 1807, 2,000 hommes de la conscription de 1806 que j’ai destinés aux canonniers de la marine de Brest et de Lorient; enfin je viens d’ordonner, par un décret de ce jour, que 5,000 ouvriers marins soient enrégimentés pour être employés à la défense du port, de l’arsenal et des batteries de Brest. Je suis donc fondé à penser que j’aurai au mois de mai 20,000 hommes en Bretagne, indépendamment de la gendarmerie et des compagnies de réserve qui pourraient y être envoyées des départements voisins et de la réserve de Paris. J’ai ordonné qu’il y ait toujours en Bretagne un général de brigade par département, indépendamment du général de division.

Le ministre de la marine a toujours à Brest assez d’approvisionnements pour que cette place soit en bonne situation. Il ne reste plus qu’à organiser douze pièces de campagne bien attelées qu’il faudra réunir à Pontivy, d’où elles pourraient se porter sur tous les points de la presqu’île. Il serait nécessaire d’avoir également dix-huit pièces toutes prêtes à Brest, douze à Lorient et douze à Saint-Malo. Il serait inutile d’avoir des attelages pour ces pièces; en cas de besoin pressant, les préfets les fourniraient en vingt-quatre heures. Ainsi donc, que tout cela soit ainsi organisé : douze pièces qui devraient être attelées au ler mars à Pontivy, où est déjà réuni le camp volant; trois divisions avec le matériel de dix-huit pièces et les caissons à Brest; douze à Lorient et douze à Saint-Malo; et que les préfets soient prévenus qu’en cas d’événements ils doivent former par des réquisitions les moyens d’attelage de ces pièces. Un officier supérieur, commandant l’artillerie mobile de la Bretagne, sera chargé d’imprimer du mouvement à tout cela.

Il faudrait aussi douze pièces d’artillerie prêtes à Cherbourg. Les attelages me paraissent également inutiles. Le préfet de la Manche les trouvera bien rapidement. On doit avoir vingt-quatre pièces pour Boulogne également toutes disposées. Il faudrait en avoir avant le ler mars douze attelées, pour Boulogne comme pour Pontivy. On pourrait avoir des charretiers de réquisition sans avoir de soldats du train, ou passer des marchés pour louer des chevaux. Cela serait praticable parce que les chevaux fatigueraient peu.

Faites-moi un rapport sur cet objet.

 

Posen, 15 décembre 1806

Au général Lacuée

J’ai pris un décret sur les vélites. Je n’appelle personne des compagnies de réserve des départements.

Je désire que vous puissiez mettre la première opération au 1er janvier, l’assemblée au 10, et le premier départ au 15. Voilà pour l’état no 1.

Je trouve les compagnies de la Grande Armée un peu faibles, puisque vous ne les portez qu’à 123 hommes. Il me semble, par votre état, que j’ai ici 1,400 compagnies. Pour les porter donc à 140, il me faudrait 17 hommes par compagnie, c’est-à-dire près de 23,000 hommes. Alors je désire qu’en Bretagne, au lieu de 6,000 hommes il n’en soit envoyé que 4,000; qu’en Italie, au lieu de 10,000, il n’en soit envoyé que 8,000; que vous preniez 2,500 hommes sur la cavalerie, qui, au lieu de 12,500 hommes, n’aura que 10,000 hommes; qu’au lieu de 4,650 hommes pour l’artillerie vous ne mettiez que 3,150 hommes, ce qui vous fera
encore une économie de 1,500 hommes.

Alors la répartition sera la suivante

Grande Armée, infanterie . . . . . . . 31 500 hommes.
Camp de Boulogne . . . . . . . . . . 2,500
En Bretagne . . . . . . . . . . . . . . 4,000
A Paris . . . . . . . . . . . . . . . 2,200
En Italie .. . . . . . . . . . . . . . 8,000
Total de l’infanterie .. . . . . . . . . 48,200
Cavalerie . . . . . . . . . . . . . . 10,000

Les corps sur lesquels il faut diminuer quelque chose sont les dragons et ensuite les corps d’Italie, qui ont moins besoin de monde.

Artillerie à pied . . .. . . . . . . . . 1,500 hommes.
Train . .. . . . . . . . . . . . . . . 1,500
Artillerie à cheval . . . . . . . . . . 268
Pontonniers. . . . . . . . . . . . . 378

Je vous recommande, dans la répartition de la conscription, les régiments suivants, qui ont souffert à la bataille d’Iena : les 12e, 25e, 40e, 61e, 85e de ligne, les 9e, 17e, 27e, 32e légers.

Je vous recommande les régiments à quatre bataillons, afin que je puisse avoir trois gros bataillons à l’armée.

Ainsi donc mes compagnies seront à l’effectif d’au moins 130 hommes; ce qui ferait, par régiment, 3,520 hommes. Mais je ne mets en activité que deux bataillons de guerre et les compagnies de grenadiers et voltigeurs des 3e bataillons. En supposant les compagnies à 140 hommes, cela me ferait 2,700 hommes, et le régiment m’en fournit 3,520; mais le régiment me fournit l’effectif, et je voudrais que les régiments présents à l’armée eussent quelque latitude. En mettant une latitude de 20 hommes par compagnie, cela porterait les compagnies à 160 hommes à l’effectif ou 3,160 hommes pour les bataillons de guerre; il ne resterait donc que 360 hommes aux 3e bataillons, et comme ces 3e bataillons ont besoin d’être plus forts au camp de Boulogne, parce qu’il me faut là un corps d’armée, je pense que vous devez porter les compagnies des régiments dont les 3es bataillons sont au camp de Boulogne, à 1110 hommes. Pour celles de la Grande Armée, je me contenterais qu’elles fussent à 130 hommes; cela ferait qu’il y aurait au moins, à Boulogne, 6,000 hommes pour le camp. Quant aux compagnies des bataillons qui sont en Bretagne, je pense que 130 hommes sont suffisants. Les deux bataillons du 31e léger se rendent à Paris. Mon projet est de le faire venir à l’armée. Je vous prie de penser au bataillon des tirailleurs corses et au bataillon
des tirailleurs du Pô.

Il résulte de votre état que les soixante et un régiments qui sont à la Grande Armée, les douze du camp de Boulogne qui ont leurs bataillons de guerre à la Grande Armée, les six qui sont à Paris, n’ont que 182,000 hommes à l’effectif. J’ai peine à croire cela. Ils devraient être plus forts. Les régiments ne seraient, d’après ce calcul, qu’à l’effectif de 2,500 hommes, l’un portant l’autre. Mes régiments sont plus forts que cela. Mais probablement prenez-vous pour base la situation de ces corps au 15 novembre, et alors tout l’appel de la réserve et de la conscription n’était pas arrivé. Je dis cela afin de bien connaître moi-même ma situation, surtout pour l’Italie. Vous savez que j’ai beaucoup avantagé les corps qui sont en Italie dans la répartition de la conscription de 1806; rien n’était arrivé au 15 novembre; j’ai des états de Milan, de cette date, et on n’avait porté personne à la colonne des conscrits arrivés. Je me crois donc plus riche de 30,000 hommes à l’heure qu’il est.

Vous ne devez avoir aucune inquiétude pour ce qui regarde l’habillement. Le ministre Dejean y pourvoira d’un côté, et de l’autre on y pourvoira un peu ici; par exemple, j’ai fait former des bataillons provisoires composés de compagnies de conscrits de 140 hommes, tirés des 3e bataillons. Tout cela m’arrive à Magdeburg, armés, mais habillés en paysans; j’ai ordonné là qu’on les habillât par des moyens extraordinaires; et, comme au 15 janvier ces 6,000 hommes vont être suivis de 6,000 autres, je ferai passer ces 12,000 hommes pour garder mes places de l’Oder, et j’en ferai venir autant pour l’habiller et se former à Magdeburg. Je vous recommande d’avoir soin de ne pas envoyer des Piémontais en Italie, mais de les envoyer tous sur le Rhin. Ayez soin aussi d’envoyer en Italie des conscrits du Languedoc; donnez au 4e de ligne et au 32e des Gascons et des Languedociens, au 51e des Français des environs de Paris, parce qu’ils n’ont personne pour faire des sous-officiers.

J’ai mis dans la répartition 1,500 hommes pour les bataillons du train; mais on a dédoublé les 9e, 10e et 11e du train, et cela exige du monde.

 

Posen, 15 décembre 1806

Au vice-amiral Decrès

Vous. trouverez ci-joint un décret (voir ci-dessus au 14 décembre) pour la formation de deux régiments des ouvriers de la marine. A défaut de contre-amiraux, vous pourrez nommer des capitaines de vaisseau anciens. Vous ne serez pas en peine de trouver à Boulogne le nombre d’enseignes pour les commander, et vous ne les avez pas à Brest. D’ailleurs je pense que les canonniers de la marine peuvent vous offrir des officiers. Entendez-vous sur cela avec M. Dejean et M. Lacuée, et allez de l’avant afin que, le 15 janvier, cette force soit formée et prête à défendre le port de Brest, dont j’ai tiré le bataillon du 15e de ligne. Si un régiment pareil pouvait être formé à Lorient, je le ferais volontiers. Vous faites peu de constructions à Brest et à Lorient, parce que vous n’avez pas de matériaux, et cela donnera du pain aux ouvriers qui n’ont point de travaux, et moi j’en retirerai du service, parce que cela me donnera des troupes. Je ne laisserai à Brest que le nombre d’hommes nécessaires pour la police du pays, à laquelle ces ouvriers ne sont pas propres. Faites-moi faire de ces deux nouveaux régiments des états de situation comme ceux des troupes de terre. Ils seront faits en conséquence des revues qui seront faites sur les lieux au 10 décembre. Quelques régiments de plus peuvent m’être d’une utilité que vous concevrez facilement, et les ouvriers de Brest ainsi organisés et disciplinés par des officiers et canonniers de marine, se battront aussi bien dans les batteries que l’infanterie. Mettez à la tête de ces régiments des hommes maniables qui s’entendent avec les officiers de terre. Vous leur ferez comprendre que c’est par l’armée de terre que je veux reconquérir les colonies, et donnez-leur l’assurance positive qu’ils ne sont destinés qu’à la défense du port. Si l’on peut former un de ces régiments à Lorient, j’en mettrai un bataillon à Belle-Île. Je ne parle pas de Toulon, parce que je crois qu’il y a des matériaux dans ce port. Si votre connaissance des classes sur nos côtes vous fait apercevoir des moyens de garder ces côtes, qui seront attaquées au printemps, je vous prie de me les proposer. Ce qui fait la sûreté d’un corps, ce sont les officiers et les sous-officiers. Avec de bons contre-maîtres et de bons officiers, j’en suis aussi sûr que de mes régiments de terre, et ils me sont très-utiles pour le service des places. Envoyez- moi l’état de situation des corps de la marine à Boulogne qui font le service de l’infanterie. Cet état sera également fait sur des revues au 10 décembre. Proposez-moi des économies pour Brest. Mon parti est pris, je veux reconquérir mes colonies par terre. Mais ayez soin de me proposer des mesures qui ne dégarnissent pas mes moyens de Boulogne ou qui les remplacent par des moyens supplémentaires.

Quant à la grande quantité d’enseignes que vous avez à Boulogne, je ne vois pas la possibilité de les mettre comme officiers dans des régiments; mais on pourrait en faire un petit bataillon qui viendrait servir à la suite de la Garde.

Soignez particulièrement l’instruction des corps de Brest et de Lorient; faites-les aller à la manœuvre avec les troupes de ligne, afin qu’en cas d’événements ils soient capables de servir à la défense de la province.

 

Posen, 15 décembre 1806

DÉCISION

Le maréchal Mortier demande les ordres de l’Empereur sur un renvoi de troupes réclamé par le roi de Hollande. Lui écrire de répondre au roi de Hollande qu’il a les ordres les plus précis de moi de ne pas renvoyer un homme sans mon ordre; il ajoutera qu’il doit comprendre qu’il est tel contre-mouvement qui peut beaucoup nuire aux opérations de la Grande Armée. Le major général réitérera l’ordre au général Dumonceau et au général Michaud de ne faire aucun mouvement de troupes vers la Hollande sans son ordre.

 

Posen, 15 décembre 1806

Au maréchal Mortier

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 12. J’espère que le 22e vous aura rejoint. Les 15e et 58e ne doivent pas être loin. Reposez vos troupes. Correspondez avec Stettin et avec le major général. Organisez-vous. Reconnaissez les débouchés de la Poméranie suédoise. Bloquez bien Rostock; faites-y exécuter le décret. Levez des chevaux dans le Mecklenburg. Soyez prêt à vous porter au premier ordre sur Stettin ou sur Stralsund. Ayez du biscuit pour dix jours et des souliers. Envoyez-moi des officiers. Je pars ce soir pour Varsovie. Je me déciderai dans trois jours à vous envoyer des ordres.

 

Posen, 15 décembre 1806

Au prince Jérôme

Mon Frère, je serai le 16 à Klodawa, le 17 à Lowicz et probablement le 18 à Varsovie. Adressez-moi là vos rapports sur votre siège, sur le lieu où se trouve le général Deroy, ainsi que des renseignements sur la situation de l’ennemi dans toute la Silésie; envoyez-moi aussi la situation de votre corps d’armée.

Nous avons passé la Vistule à Thorn, à Varsovie et à Zakroczym; ainsi nous avons trois ponts sur cette rivière. Nous avons passé la Narew à l’embouchure de la Wkra. Nos avant-postes ont tous les jours de petits engagements avec les Russes.

 

Posen, 15 décembre 1806

Au grand-duc de Berg

Je reçois votre courrier du 13 à deux heures du matin . Je vous ai déjà fait connaître les dispositions qui regardent le maréchal Ney, qui part de Thorn avec le maréchal Bessières pour se diriger sur Pultusk.

Le maréchal Bernadotte se rend à Thorn, et le maréchal Soult à Wloclawek, où il passera la Vistule pour se diriger sur Pultusk. J’ai donné ordre que la cavalerie du maréchal Augereau communiquât sur Plock avec celle du maréchal Soult. Envoyez également à Biezun ,et à Plonsk pour communiquer avec le maréchal Bessières.

Je serai demain à 8 heures du soir à Klodawa, et après-demain, 17, à Lowiez.

L’ouvrage que je vous envoie sur la Pologne est un manuscrit trouvé dans le cabinet du roi de Prusse, qui est assez curieux.

 

Posen, 15 décembre 1806, midi

Au maréchal Bessières

Le maréchal Augereau a passé, avec son corps, à l’embouchure de la Narew dans la Vistule, vis-à-vis Utrata. Le pont de la Vistule est terminé à Varsovie, et le pont de la Narew vis-à-vis d’Okudin, à l’embouchure de la Wkra dans la Narew, est aussi terminé.

Le prince Murat doit être demain sur la droite de la Narew, avec sa réserve. Faites le mouvement que je vous ai ordonné, et envoyez des partis pour reconnaître la gauche du prince Murat.

 

Posen, 15 décembre 1806, 2 heures après midi

Au maréchal Soult

Mon Cousin, le 11 à sept heures du matin, une division russe assez considérable, avec douze pièces de canon, se porta au village de Pomichowo, qu’elle attaqua. Le maréchal Davout avait, au delà de la Narew, du côté de la rive droite de la Wkra, une tête de pont et les 25e et 85e. Quelque supérieur que fût l’ennemi, il ne put rien faire. Il se contenta de détruire la moitié du village avec des obus. Nous avons eu un officier tué et vingt blessés. A deux heures après midi, l’ennemi se retira. Le 12, une simple reconnaissance de quatre cents ennemis vint au même village, et, après une légère fusillade, se retira.

Le 13, à midi, le pont sur la Vistule était terminé. Le pont sur la Narew était également terminé. Le maréchal Augereau avait à Utrata et Zakroczym quatre bataillons qui, depuis vingt-quatre heures, travaillaient à se couvrir. Ils étaient en communication avec ceux du maréchal Davout. Des bateaux et des radeaux étaient en assez grand nombre pour espérer que le 14, dans la journée, le pont serait construit là.

Le 14, le grand-duc de Berg a dû passer la Narew avec une grande partie de sa réserve. Tous les renseignements portaient que les deux routes de Grodno et Brzesc étaient couvertes de Russes qui marchaient dans le sens de la Vistule. Ils paraissaient n’avoir qu’une avant-garde à Sierock. Le 10, le quartier général d’un de leurs généraux était à Pultusk. Voilà tous les renseignements.

Du côté du maréchal Ney, l’ennerni était sur Strasburg, montrant une extrême circonspection et beaucoup de cavalerie.

J’ai donné l’ordre au maréchal Bessières, qui, de sa personne, est arrivé à Thorn ce matin, d’exécuter le mouvement que je lui ai prescrit. Tout me porte à penser que, le 17, il aura des postes de cavalerie sur Rypin et Biezun.

J’ai envoyé directement l’ordre au général Leval de se porter, le 16, sur Thorn, et au maréchal Ney de partir, le 17 au matin, avec tout son corps d’armée, et de se diriger sur Rypin. Ainsi donc, dans la journée du 17, vous vous trouverez avoir une division à Thorn et deux à Brzesc, sur la rive gauche de la Vistule, et à Wloclawek.

Je donne ordre au maréchal Bernadotte de se porter sur Thorn. Sa tête y arrivera le 18.

Pendant la journée du 17, le général Leval aura envoyé une de ses brigades de Gollub pour appuyer le maréchal Ney. Je suppose que, le 18, une partie de votre cavalerie légère et de votre infanterie aura pu passer, et alors vous vous conduirez selon les circonstances.

Vous enverrez un officier au maréchal Bessières et au maréchal Augereau pour avoir des nouvelles.

Aussitôt que vous aurez mis le passage en train, il sera convenable que vous vous portiez, de votre personne, sur la rive droite. Je ne me flatte pas que vous trouviez des barques en suffisance pour établir un pont, mais vous en trouverez assez pour passer une division par jour. Du moment que votre cavalerie sera passée, elle longera la Vistule sur la droite, pour avoir des nouvelles du maréchal Augereau, à Zakroczym, et sur la rive gauche, pour le même objet. C’est par là que vous parviendront mes ordres. Envoyez quelqu’un au village de Plock pour qu’on sache toujours où vous serez. Le maréchal Bessières avec toute sa cavalerie couvrira les deux corps d’armée.

Le maréchal Ney tiendra constamment la gauche et vous la droite, dont l’extrémité doit se réunir le plus tôt possible avec le maréchal Augereau. Ces communications une fois faites, mes ordres vous parviendront par là.

Votre parc et les autres objets qui ne pourraient pas passer, dirigez-les sur le pont de Zakroczym , car les affaires auront lieu, si l’ennemi ne s’en va pas, du côté de Pultusk. L’ennemi a le plus grand intérêt à ne quitter Pultusk que le plus tard qu’il pourra, car, si nous étions maîtres de Pultusk, nous nous trouverions entre Brzesc et Grodno.

Je serai de ma personne demain à Klodawa, où je coucherai; après, à Lowicz.

 

Posen, 15 décembre 1806, midi

Au maréchal Ney

Le rapport de l’officier du génie n’est pas assez détaillé. J’attends le croquis que vous m’annoncez pour fixer mes idées sur Thorn. J’espère que la cavalerie du général Tilly et le maréchal Bessières sont arrivés, et sont maîtres de la campagne. Nos opérations sont finies a côté de Varsovie, et le pont est terminé. Nous avons un pont sur la Narew, à Okunin. Le maréchal Augereau a jeté un pont à Utrata, à l’embouchure du Bug dans la Vistule; son corps est passé. Le grand-duc de Berg, avec toute sa cavalerie, sera demain matin sur la rive droite de la Narew. Il est donc convenable que, dès que le maréchal Bessières pourra appuyer à droite, il le fasse pour se réunir au grand-duc de Berg. Je lui écris à cet effet.

 

Posen , 15 décembre 1806

Au général Songis

Je ne sais si je vous ai mandé de faire venir trente pièces de canon de tout calibre de Stettin pour armer Thorn. Il parait qu’en deux mois de temps on relèverait les fortifications de cette place de manière à être susceptible de défense.

 

Posen, 15 décembre 1806

Au général Songis

Faites-moi un petit rapport sur l’exécution de mes ordres relatifs à la distribution des fusils aux Polonais et sur ce qui reste en magasin. Faites-moi connaître aussi quand les sabres et les carabines arriveront pour l’armement de la cavalerie polonaise.

 

Posen, 15 décembre 1806

Au général Songis

Envoyez par un courrier l’ordre de faire partir du parc de l’armée les onze bouches du parc mobile qui s’y trouvent, avec leur approvisionnement. Ces bouches à feu seront placées en batterie aux têtes de pont de la Narew et de la Vistule à Praga. Faites partir les six obusiers prussiens du 3e corps pour joindre ledit corps. Les onze bouches à feu du parc mobile seront abandonnées dans ces têtes de pont avec les canonniers. Les attelages seront employés à organiser d’autres pièces du parc.

 

Posen, 15 décembre 1806

Au général Clarke

Le général Oudinot reçoit l’ordre de partir de Berlin. J’ai destiné à la garnison de cette ville les deux bataillons de Würzburg. S’ils ne sont pas arrivés, ils doivent se trouver à Wittenberg, où ils sont inutiles. J’ai aussi destiné un bataillon de Nassau à la garnison de Berlin. D’ailleurs il passe toujours une si grande quantité de monde qu’en leur donnant quelque séjour, au moindre événement, vous pourrez vous en servir. Les cuirassiers doivent être arrivés à Berlin et la légion polonaise à Spandau. Passez-les en revue et rendez-m’en compte. Deux régiments italiens doivent être arrivés à Magdeburg; j’ai décidé qu’ils y resteraient jusqu’au ler janvier; mais il n’y a aucun inconvénient à les faire venir à Berlin. Le maréchal Mortier est arrivé le 12 à Anklam; il a des forces très-considérables. Je vous recommande de porter une grande attention au passage des fusils. Il ne faudrait point que dans quelque événement la populace s’en armât, ce qui serait très-dangereux; aussi l’artillerie doit-elle vous prévenir d’avance et prendre vos ordres pour leur passage. Je suppose que Spandau est en état et que les remparts mêmes de la ville sont garnis de canons. Comme vous avez dû vous y rendre, j’imagine que vous ne tarderez pas à m’en rendre compte. Ma paix étant faite avec la Saxe, j’ai envoyé M. Dumonstier comme chargé d’affaires à Dresde. Correspondez fréquemment avec lui.

 

Posen, 15 décembre 1806

Au général Clarke

Il est convenable que vous vous mêliez un peu des finances de votre gouvernement. Faites-moi un rapport qui me fasse connaître ce qu’ont rendu les contributions depuis notre entrée, ce qu’il y a dans les caisses et ce qui en a été tiré. Pressez M. Estève, car j’ai besoin d’argent, et il n’en rentre pas. Je vous regarde comme mon premier agent dans l’étendue de votre gouvernement. Tout ce qui regarde le bien de mon service est sous votre surveillance. Travaillez comme j’ai l’habitude de faire. Faites venir M. Estève, les auditeurs et les chefs des différentes parties, et envoyez-moi un rapport lumineux, clair et satisfaisant.

 

Posen, 15 décembre 1806

A M. Daru

Monsieur Daru, demain il n’y aura plus de troupes à Posen. Il faut profiter de cela pour faire 400,000 rations de biscuit avec le froment qu’il y a ici, et 300,000 rations de pain biscuité avec le seigle.

Faites approvisionner les magasins de la route, d’ici à Varsovie. Réitérez les ordres pour que tous les souliers soient dirigés sur Varsovie.

 

Posen, 15 décembre 1806, 3 heures après midi

A l’Impératrice

Mon amie, je pars pour Varsovie. Dans une quinzaine de jours, je serai de retour. J’espère qu’alors je pourrai t’appeler. Toutefois, si cela était long, je verrais avec plaisir que tu retournasses à Paris, où tu es désirée. Tu sais bien que je dépends des événements.

Toutes mes affaires vont très-bien. Ma santé est très-bonne; je me porte au mieux.

Adieu, mon amie. J’ai fait la paix avec la Saxe.

Tout à toi.

 

Posen, 15 décembre 1806

42e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Le pont sur la Narew, à son embouchure dans le Bug, est terminé. La tête de pont est finie et armée de canons. Le pont sur la Vistule, entre Zakroczym et Utrata, auprès de l’embouchure du Bug, est également terminé. La tête de pont, armée d’un grand nombre de batteries, est un ouvrage très-redoutable.

Les armées russes viennent sur la direction de Grodno et sur celle de Brzesc, en longeant la Narew et le Bug. Le quartier général d’une de leurs divisions était le 10 à Pultusk, sur la Narew.

Le général Dulauloy est nommé gouverneur de Thorn.

Le 8e corps de la Grande Armée, que commande le maréchal Mortier, s’avance; il a sa droite à Stettin, sa gauche à Rostock, et son quartier général à Anklam.

Les grenadiers de la réserve du général Oudinot arrivent à Kûstrin. La division des cuirassiers nouvellement formée, sous le commandement du général Espagne, arrive à Berlin.

La division italienne du général Lechi se réunit à Magdeburg.

Le corps du grand-duc de Bade est à Stettin; sous quinze jours il pourra entrer en ligne. Le prince héréditaire a constamment suivi le quartier général, et s’est trouvé à toutes les affaires.

La division polonaise de Zajonchek, qui a été organisée à Haguenau, et qui est forte de 6,000 hommes, est à Leipzig pour y former son habillement.

Sa Majesté a ordonné de lever dans les États prussiens au delà de  l’Elbe un régiment, qui se réunira à Münster. Le prince de Hoheunzollern-Sigmaringen est nommé colonel de ce corps.

Une division de l’armée de réserve du maréchal Kellermann est partie de Mayence. La tête de cette division est déjà arrivée à Magdeburg.

La paix avec l’électeur de Saxe et le duc de Saxe-Weimar a été signée à Posen.

Tous les princes de Saxe ont été admis dans la Confédération du Rhin.

Sa Majesté a désapprouvé la levée des contributions frappées sur les États de Saxe-Gotha et Saxe-Meiningen, et a ordonné de restituer ce qui a été perçu. Ces princes, n’ayant point été en guerre avec la France et n’ayant point fourni de contingent à la Prusse, ne devaient point être sujets à des contributions de guerre.

L’armée a pris possession du pays de Mecklenburg. C’est une suite du traité signé à Schwerin le 25 octobre 1805. Par ce traité, le prince de Mecklenburg avait accordé passage sur son territoire aux troupes russes commandées par le général Tolstoï.

La saison étonne les habitants de la Pologne. Il ne gèle point. Le soleil paraît tous les jours, et il fait encore un temps d’automne.

L’Empereur part cette nuit pour Varsovie.

 

Posen, 15 décembre 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, renvoyez au maréchal Mortier son aide de camp et remettez-lui la lettre ci-jointe. Tracez à cet aide de camp la route qu’il doit suivre : il faut que d’ici il aille droit à Stettin.

Chargez-le d’une lettre au général Thouvenot (Pierre Thouvenot, 1757 – 1817 – Il commande à Erfurt) pour lui réitérer l’ordre de renvoyer au corps du prince de Ponte-Corvo tous les détachements de ce corps, ainsi que tout ce qui appartient à l’armée. Faites connaître au général Thouvenot où sont les différents corps, afin qu’il puisse y diriger tous les détachements.

Le maréchal Mortier correspondra avec le quartier général par la voie de Stettin, et ses courriers prendront, en passant, les dépêches du général Thouvenot. Quand il sera dans le cas d’envoyer des courriers à Berlin, il pourra profiter de cette voie pour faire passer des rapports. Recommandez-lui de faire reposer ses troupes et de les tenir dans l’abondance, de faire faire du biscuit pour dix jours, de lever des chevaux et de faire exécuter mes ordres à la rigueur dans le Mecklenburg. Qu’il se tienne prêt á se porter partout. Je lui ferai connaître dans quelques jours où il doit se porter. Faites partir tout l’argent provenant de la contribution qui se trouve à Stettin pour la caisse du payeur, à Varsovie.

(Picard)

 

Posen, 15 décembre 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, vous ferez partir sans délai pour la Grande Armée 100 hommes à cheval, sous le commandement d’un officier, d’un maréchal des logis et de deux brigadiers, de chacun des 1er, 3e, 4e, 10e et 15e réghiments de dragons, conformément au décret de ce jour, que vous recevrez. Vous ferez fournir des fonds et passer des marchés pour compléter les réserves de ces régiments à 200 chevaux, conformément aux dispositions que j#ai prescrites avant mon départ de Paris. Les hommes seront fournis par la conscription de l’année. Cette mesure devient indispensable, après les hommes á pied des autres régiments que j’ai montés; ils se trouveraient les plus faibles; il faut les mettre au niveau des autres. Faites aussi partir 100 hommes montés du 26e de chasseurs et prenez les mêmes mesures pour ce régiment, afin qu’il ait ses 200 hommes de réserve montés et qu’il puisse donner main-forte à la gendarmerie.

(Picard)

 

Posen, 15 décembre 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, le ministre de la guerre vous communique l’ordre de faire venir à l’armée les deux premiers bataillons du 31e d’infanterie légère et des 19e et 15e de ligne. Ecrivez pour savoir s’ils ont des capotes et des souliers. S’ils n’en ont pas, faites-les leur fournir à leur passage à paris. Partie de ce qui revient au 15e de ligne de la conscription de 1807 se rendra à brest pour entrer dans les 3e et 4e bataillons; 240 hommes pris dans les départements voisins du Rhin se rendront à mayence où ils seront habillésa pour recruter les deux bataillons de guerre. A cet effet, il sera envoyé un capitaine du 15e à Mayence pour les recevoir et les former en dépôt. Vons sentez que Brest est trop loin pour pouvoir jamais servir de dépôt pour les deux régiments qui arriveront bientôt en Pologne. J’imagine que les officiers et sous-officiers de recrutement ont été remplacés aux corps, afin qu’ils soient toujours en sus. Recommandez au maréchal Brune que dans l’état de situation des corps qui sont à Boulogne on ait soin de mettre les régiments appartenant à la marine, ainsi que les hommes qui servent comme matelots et canonniers de marine.

Ecrivez au général Rampon (Antoine Guillaume Rampon – 1759 – 1842. Il commande alors la Garde Nationale des départements du Nord) que j’ai affaibli le camp de Boulogne d’un régiment, qu’il faut donc qu’il tienne ses gardes nationales toujours prêtes à se porter partout où les événements le rendraient nécessaires. Il me tarde d’apprendre que les 5es escadrons des régiments de cuirassiers sont formés, afin que je puisse appeler les 4e escadrons à l’armée.

(Picard)

 

Posen,15 décembre 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez ordre au nommé Darewski, capitaine adjoint du ler corps, de se rendre auprès du prince Sulkowski, commandant le 1er régiment polonais. Faites-moi connaître quels sont les officiers qui commandent à Skulsk, à Klodawa, et à Lovitch.

Donnez ordre que la compagnie de sapeurs qui se trouve à Küstrin se rende à Thorn.

(Picard)