Correspondance de Napoléon – Décembre 1806

Posen, 12 décembre 1806

Au général Clarke

Six bataillons, formant 6 ou 7,000 hommes, formés des compagnies des 3e bataillons des corps et organisés en bataillons provisoires, arriveront à Magdeburg du 1er au 6. Ce sera une belle réserve que vous aurez sur vos derrières. Mais cette réserve, je le vois à la promptitude avec laquelle elle a été organisée, sera nue et composée de paysans. Écrivez à Magdeburg, à l’intendant, pour que ces conscrits soient habillés et équipés par ses soins. Je lui donne carte blanche. Il faut qu’ils soient habillés de l’uniforme de leur régiment, qu’ils aient des schakos et des capotes. Il peut s’entendre avec M. Villemanzy pour prendre les draps nécessaires à Leipzig ou à Magdeburg, en les portant à compte de la contribution imposée sur cette province. Qu’il fasse ce qu’il veut; mais le principal est que ces hommes soient habillés et équipés le plus promptement possible, c’est-à-dire douze à quinze jours après leur arrivée. Écrivez-en dans ce sens à M. Daru a reçu des ordres pour agir en conséquence. Mais l’administration marche si lentement, que je ne serais pas étonné que les ordres n’arrivassent que très-tard. On m’a dit du bien de l’intendant de Magdeburg; c’est un homme consommé dans l’administration; je m’en rapporte à ce qu’il fera. Recommandez à Magdeburg que l’on fasse peu servir ces bataillons, et qu’on emploie tout leur temps à leur instruction. J’imagine qu’ils viendront bien armés. Si cependant cela n’était pas, on complétera leur armement et leur équipement.

La 1e légion du Nord, forte de 5,000 hommes, composée de Polonais et de prisonniers, doit vous arriver. Avant qu’elle passe l’Oder, voyez-la en détail; assurez-vous qu’il n’y a point d’Allemands et que ce sont des hommes sur la fidélité desquels je puis compter. J’ai demandé la légion irlandaise; si elle venait, on pourrait la mettre dans un de ces bataillons.

Je reçois souvent des pétitions pour de petits secours; vous pouvez correspondre pour cela avec Meneval. Il n’y a pas d’inconvénient à répandre 5 à 6,000 francs pour cet objet, sur ma cassette. Vous enverriez à Meneval les demandes pour les petits secours, et il vous les renverrait avec l’autorisation de payement.

 

Posen, 12 décembre 1806

Au général Bertrand

Monsieur le Général Bertrand, je ne prendrai point 200,000 boisseaux de farine, mais 8,000 quintaux, moitié de ce qui existe, et 12,000 quintaux de blé, moitié de ce qui existe.

Faites-moi connaître ce que vous savez du siège de Breslau.

Cette lettre vous sera remise par le général Verrières, qui vous remplacera. Restez avec lui le temps que vous jugerez nécessaire pour lui donner tous les renseignements; après quoi, vous viendrez me joindre.

Nous avons bien besoin de couvertures et de matelas; j’en ai demandé 2,000 à la province pour la ligne intermédiaire. J’imagine que l’intendant général aura écrit à l’intendant. J’ai fait recommander au général Verrières de passer chez lui, afin de porter lui-même les dépêches.

Prenez de nouvelles mesures, avant de partir, pour les souliers; vous savez le besoin qu’on en a.

J’ai donné des ordres pour que le fils de M. de Cocceji retourne chez son père sur sa parole.

Je suis étonné que la compagnie d’artillerie ne soit pas arrivée; je réitère l’ordre au général Songis.

 

Posen, 12 décembre 1806, 7 heures du soir

A l’Impératrice

Je n’ai pas reçu de lettre de toi, mon amie; je sais cependant que tu te portes bien. Ma santé est bonne; le temps très-doux, la mauvaise saison n’est pas encore commencée; mais les chemins sont mauvais dans un pays où il n’y a pas de chaussées. Hortense viendra donc avec Napoléon, j’en suis enchanté. Il me tarde bien de voir les choses pouvoir me mettre à même de te faire venir.

J’ai fait ma paix avec la Saxe. L’Électeur est roi et de la Confédération. Adieu, ma bien aimée Joséphine. Tout à toi.

NAPOLÉON

Un baiser à Hortense, à Napoléon et à Stéphanie.

Paër (Ferdinandino Paer, 1771 – 1839 – Maitre de chapelle de Dresde. Deviendra en 1807 maître de la musique de l’Empereur), le fameux musicien, sa femme, virtuose que tu as vue à Milan il y a douze ans, et Brizzi, sont ici; ils me donnent un peu de musique tous les soirs.

 

Posen, 12 décembre 1806

Au général Clarke, ministre-directeur de l’Administration de la Guerre

Monsieur Dejean, il parait que le 7e de ligne est mal administré. Il n’a rien en caisse. Portez-y une attention particulière

(de Brotonne)

 

Posen, 12 décembre 1806

Au maréchal Berthier
Donnez ordre au maréchal Soult de faire partir demain la division Leval pour Inowrazlaw, la division Saint-Hilaire pour Sompolno, la brigade de cavalerie légère pour Brest et Kovale, la division Legrand pour Konine, le parc pour Kletchev.

Prévenez de ce mouvement le prince de Ponte-Corvo qui en profitera pour donner plus d’aisance à ses cantonnements sans trop s’éloigner de la direction actuelle.

Envoyez l’ordre à Küstrin au général Ménard de faire partir toutes les troupes de Hesse-Darmstadt qui se trouvent à Küstrin et Landsberg, et de les diriger sur Bromberg. Envoyez un officier d’état-major au maréchal Ney, à Thorn, pour l’en prévenir.

Le général Ménard passera une revue de ces troupes avant leur départ, et enverra la revue à l’état (sic).

Elles prendront à Landsberg et à Driesen des vivres pour quatre jours (souligné dans la minute).

(Picard)

 

Posen, 13 décembre 1806

DISPOSITIONS GÉNÉRALES PROJETÉES POUR LA CAMPAGNE AU DELÀ DE LA VISTULE

Le maréchal Bessières prendrait, jusqu’à nouvel ordre, le commandement du 2e corps de la réserve de cavalerie. Ce corps se composerait :

De la division de cavalerie légère du général Tilly, de la division de dragons du général Sahuc, de la division de dragons du général Grouchy, de la division de cuirassiers du général d’Hautpoul.

Le maréchal Bessières choisirait un général de brigade, un adjudant commandant et un commissaire des guerres, pour son état-major.

Le maréchal Bessières partirait cette nuit de sa personne, à minuit, avec son état-major, pour se rendre à Thorn, où la division du général Tilly est arrivée le 12, où le général Saline et le général Grouchy, avec leurs divisions, arriveront le 15, et enfin où la division de cuirassiers du général d’Hautpoul arrivera le 17.

La cavalerie légère du maréchal Ney éclairerait Strasburg, sur la route de Königsberg.

Tout le second corps de réserve du maréchal Bessières se jetterait sur la droite, du côté de Rypin et Biezun, s’éclairant sur Soldau.

Dans cette situation, le maréchal Bessières se trouverait à mi-chemin de Thorn à Pultusk, et par là en mesure d’avoir des nouvelles positives de ce que veulent faire les Russes et où ils appuient leur droite. Le corps du maréchal Soult passerait la Vistule vis-à-vis Wloclawek le 16, et les postes du maréchal Bessières et ceux du maréchal Soult se rencontreraient à Lipno.

La jonction une fois faite, toute la cavalerie légère du maréchal Soult se jetterait sur la droite du côté de Plock, en longeant la Vistule, pour favoriser le passage du maréchal Augereau, qui s’effectuerait du côté de Zakroczym, et celui du général Watier vers Wyszogrod, et enfin celui du maréchal Davout, qui se trouve à l’embouchure du Bug dans la Vistule, à Nowydwor.

Le principal but du maréchal Bessières serait de manœuvrer pour balayer la plaine et faire sa jonction par sa droite avec la cavalerie légère du maréchal Soult. Son second but serait de jeter l’ennemi an delà de la rivière de la Wkra et de favoriser le passage du corps du maréchal Augereau, de celui du maréchal Davout, et enfin de la cavalerie du grand-duc de Berg. Le troisième but du maréchal Bessières serait de reconnaître l’ennemi sur Pultusk et Willenberg, afin de bien connaître quels seraient ses projets; on pourrait supposer que le projet de l’ennemi serait de former une ligne, la gauche appuyée à Pultusk et sur le Bug et la Narew, et sur la petite rivière d’Orzyca, en se prolongeant, pour donner la main aux Prussiens qui borderaient la petite rivière de la Passarge, la droite appuyée à la mer; enfin décider entièrement les Prussiens à la retraite, si leur projet n’est point de tenir sérieusement dans la position qu’on suppose qu’ils occupent.

La division du général Leval arriverait le 15 à Inowraclaw, et le 16 à Thorn, où elle passerait le pont et se porterait entre Rypin et Lipno. Là elle se trouverait en position d’appuyer les reconnaissances du maréchal Bessières, et ferait sa jonction avec les deux autres divisions du corps du maréchal Soult qui auraient passé à Woclawek; le général Leval pourrait donc avoir le 17 des postes à Lipno.

Le général Saint-Hilaire arriverait le 15 à Sompolno, et le 16 à Wloclawek, sur la Vistule, qu’il passerait sur-le-champ.

La division du général Legrand suivrait le même mouvement le 17, et passerait le même jour.

Ainsi, dans la journée du 18, on pourrait supposer que le maréchal Soult aurait réuni ses trois divisions sur la rive droite de la Vistule, la droite appuyée à Dobrzyn et la gauche sur Rypin, occupant, suivant les circonstances et les nouvelles que l’on aurait, Plock. Mais, dans tous ces mouvements, le maréchal Soult manœuvrerait toujours, si cela était nécessaire, de manière à se reployer sur Thorn; sa cavalerie légère battrait le pays en avant de son centre et de sa droite, elle serait appuyée par le corps du maréchal Bessières.

Si le maréchal Soult pouvait parvenir à réunir assez de bateaux pour pouvoir jeter un pont, ce que l’on n’ose pas espérer, il s’en occuperait sur-le-champ, et son passage serait très-facile.

L’équipage de pont est parti le 11 de devant Thorn , et, en suivant la rive gauche, il doit être le 15 ou le 16 près du maréchal Augereau; ainsi son corps pourrait passer le 18 sur le pont qui serait jeté avec l’équipage de pont. Alors sa cavalerie passerait rapidement et battrait la campagne en tenant la droite de celle du maréchal Soult.

Toute la cavalerie du grand-duc de Berg passerait également sur ce pont. On travaillerait en même temps à en jeter un sur la Narew, et, dans cette situation des choses, le corps du maréchal Davout formerait la droite, le corps du maréchal Augereau le centre, et celui du maréchal Soult la gauche.

Les corps des maréchaux Ney, Bernadotte, Lannes formeraient la seconde ligne et recevraient leurs dispositions, soit pour livrer bataille à l’ennemi, soit pour reprendre tranquillement les cantonnements, l’ennemi se retirait; alors le grand-duc de Berg se mettrait à sa pour suite avec les 30 ou 40,000 chevaux qui sont à l’armée.

Le corps du maréchal Bernadotte partirait le 15 de ses cantonnements, et la tête de son corps d’armée serait le 17 à Thorn.

La Garde impériale et l’Empereur partiraient de Posen le 15, arriveraient à Thorn le 18. Le petit quartier général serait à Thor le 17.

Un commissaire ordonnateur de la Garde partirait sur-le-champ pour Thorn, et y ferait les fonctions d’ordonnateur en chef, pour assurer le service du quartier général.

La cavalerie légère du maréchal Soult se trouve ce soir, 13, à KI czewo, et pourrait être le 15 ou le 16 de l’autre côté de la Vistule, à Thorn.

Dans tous ces mouvements, le corps du maréchal Ney s’élèverait en se portant et se réunissant sur Strasburg, et formerait l’extrémité de la gauche.

Le corps du maréchal Bernadotte remplacerait à Thorn le corps du maréchal Ney.

Les mouvements ultérieurs ne peuvent être supposés; mais la plus grande difficulté sera dans les moyens de subsistances.

Si l’ennemi n’est pas dans l’intention de tenir, le mouvement de l’infanterie deviendra inutile et rendra toutes les dispositions beaucoup plus faciles.

On enverrait les ordres aux détachements de la Garde, et aux chevaux de FEmpereur, qui sont à Klodawa, de se diriger sur Thorn.

 

Posen, 13 décembre 1806

Au grand-duc de Berg

Vous avez mal fait d’annoncer par une affiche la déclaration de guerre entre la Russie et la Porte. Vous deviez la faire mettre dans les journaux seulement, et non pas la faire afficher. Cela montre de la faiblesse, et on a l’air de se confier à d’autres qu’à soi-même.

 

Posen, 14 décembre 1806

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, présentez-moi une note dans le genre de celle ci-jointe, mais plus douce et plus modérée. Elle sera remise par mon ministre en Suisse au Landamman et aux seize Cantons en même temps. Du reste, vous écrirez à mon ministre que, s’ils ne veulent point servir, ils n’ont qu’à s’aller promener; je ne manque ni d’hommes ni de soldats.

PROJET DE NOTE

Le soussigné, ministre de Sa Majesté en Suisse, a l’ordre exprès de faire la déclaration suivante :

Sa Majesté, depuis treize mois, a nommé les officiers des quatre premiers régiments suisses, et elle s’était flattée que les Suisses, héritiers des sentiments de leurs pères, viendraient avec plaisir se ranger sous ses drapeaux. Cependant le Landamman n’a pris aucune disposition, et, constant dans ses sentiments personnels d’opposition à la France, il a fait tout ce qu’il a pu pour contrarier. Il a si bien réussi, qu’il n’est pas venu un homme.

L’Empereur demande catégoriquement aux Cantons si le Landam man, en s’opposant à la réunion. des régiments, a suivi les intentions des Cantons. Si cela est, le traité doit être regardé comme nul et non avenu.

Sa Majesté aime les Suisses; elle sait qu’ils aiment la France; qu’ils sont bons soldats; que les cinq sixièmes de la nation désirent le service de France; mais, si l’effet de la malveillance de quelques hommes doit l’emporter sur les traités, Sa Majesté n’y sait que faire. Les Suisses veulent-ils ou non servir en France ? Si au 16 mai prochain les 16,000 hommes qui doivent être fournis ne le sont pas, elle regardera la capitulation comme nulle.

 

 Posen, 14 décembre 1806

DÉCRET

ARTICLE 1er. – Le ministre de la marine fera former deux régiments des ouvriers et marins de Brest qui sont sans occupation. Ces régiments seront composés chacun de deux bataillons; chaque bataillon de neuf compagnies. Chaque régiment sera commandé par un contre-amiral; chaque bataillon par un capitaine de vaisseau; chaque compagnie par un lieutenant de vaisseau et 2 enseignes. Un contre-maître fera les fonctions de sergent-major; 4 maîtres les fonctions de sergents; 8 maîtres d’un grade inférieur feront les fonctions de caporaux. Deux tambours et 140 ouvriers soldatspar compagnie; chaque bataillon 1,250 hommes; les régiments 2,500 hommes.

ART. 2. – Il sera attaché à chacun des deux régiments un major d’infanterie sortant de la ligne, et à chaque bataillon un capitaine d’infanterie sortant également de la ligne, qui fera les fonctions d’adjudant-major. Il sera pris parmi les canonniers de la marine un certain nombre de canonniers pour faire les fonctions d’instructeurs.

ART. 3. – Les bataillons seront instruits à l’exercice et aux manœuvres de l’infanterie : ils seront destinés à la garde du port et des batteries de Brest.

ART. 4. – Le ministre de la marine désignera l’uniforme que ces régiments devront avoir; il leur fera fournir des armes. Ces régiments seront du reste traités de la même manière que les canonniers de la marine. Les officiers et les sous-officiers jouiront du même traitement que celui affecté au grade qu’ils occupent dans la marine. Les officiers jouiront en outre des rations de fourrages accordées aux troupes de terre dam le grade qui correspond au leur.

ART. 5. – Le ministre de la guerre et le ministre de la marine sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret.

 

Posen, 14 décembre 1806

Au grand-duc de Berg

Le général Zajonchek arrive; il se rend à Varsovie. Il peut là vous être fort utile.

J’ai donné le gouvernement de Varsovie au général Gouvion; le général Lemarois lui en fera la remise; après quoi, il m’attendra à Varsovie. Vous ferez installer le général Gouvion pour véritable gouverneur. Il y restera à demeure; je l’ai fait venir de Paris exprès pour cet objet.

Je vous envoie une lettre que j’écris au général Chasseloup; vous pouvez en prendre connaissance, et même copie si cela vous convient.

J’apprends avec plaisir, par votre lettre du 10 à minuit, que l’ennemi a tout à fait évacué la rive gauche de la Narew.  Je suis encore plus aise que le pont de la Vistule soit enfin terminé. J’espère qu’enfin votre cavalerie aura passé. Vous aurez appris que l’équipage de pont est parti le 11 de Thorn; il sera le 16, ou le 17 chez le maréchal Augereau.

J’ai donné le commandement des divisions Sahuc, Grouchy, d’Hauptoul et de la brigade Tilly au maréchal Bessières, qui, le 16, débouchera avec 7,000 hommes, de cavalerie par Thom, se portera sur Rypin, Biezun, en faisant des reconnaissances sur Pultusk, ramassera toute la cavalerie légère du maréchal Soult, qui, le 16, aura passé la Vistule à Wloclawek.

Je suppose que, dès que vous le pourrez, vous passerez la Narew avec toute votre cavalerie. Envoyez des reconnaissances sur Biezun, pour faire votre jonction avec le maréchal Bessières., et poursuivez l’ennemi avec le corps de réserve, les trois divisions de dragons, celle de Nansouty, les trois brigades légères de la réserve, toute la cavalerie des maréchaux Davout, Lannes et Augereau. Vous aurez ainsi près de 30,000 hommes de cavalerie, près de trente pièces d’artillerie légère. Vous ferez occuper Sierock par l’infanterie du maréchal Davout; il pourra même avoir une de ses divisions à Pultusk. Le maréchal Augereau occupera Zakroczym, Wyszogrod, et s’étendra, pour ses subsistances, jusqu’à Blonie et Plonsk. Le maréchal Lannes se concentrera dans Varsovie, le maréchal Soult du côté de Plock. Par ce moyen, mon infanterie prendrait du repos, et ma cavalerie seule battrait la campagne. Avec une si grande quantité de cavalerie, vous pouvez couper le chemin de Königsberg à Pultusk et entamer l’arrière-garde de l’ennemi. Tous n’avez rien à craindre, puisque vous êtes maître de refuser ou de donner le combat, et que l’ennemi n’a pas le tiers de votre cavalerie. Ces escarmouches le démoraliseront autant qu’il pourrait l’être après une bataille rangée. Votre cavalerie doit l’écraser, le rejeter dans une terreur panique, et lui donner l’opinion que vous avez 100,000 hommes de cavalerie, ce que vous pouvez dire ouvertement. Il faut toujours porter la cavalerie à 100,000 hommes, et l’infanterie à 500,000.

Je ne pars pas encore de Posen; car, si l’ennemi n’avait pas évacué Pultusk, mon intention était de passer par Thorn avec les corps des maréchaux Ney, Soult et Bernadotte, de me placer entre Koenigsberg et Pultusk, et de tourner l’ennemi. Votre lettre de cette nuit a dérangé mon projet; car, si l’ennemi se retire, mon infanterie est inutile. Il ne peut être atteint que par la cavalerie, et cela vous regarde. Tâchez de communiquer par la rive droite sur Thorn et sur Rypin.

 

Posen, 14 décembre 1806

Au général Chasseloup

Je reçois votre lettre du 10 décembre. Vous dites que deux îles avoisinent le confluent des deux rivières, une supérieure et l’autre inférieure, et ces deux îles ne vous paraissent pas convenir : l’île supérieure, parce qu’il faudrait un pont sur la Narew. Si cela était, ce serait une propriété de plus qu’aurait ma place, si elle me donnait à la fois des débouchés sur les deux rivières de la Vistule et de la Narew ; ce qui ferait qu’en cas de nécessité je pourrais me passer de l’autre pont établi sur la Narew. Quant à l’objection que l’autre île, qui est inférieure, ne peut convenir parce qu’elle est dominée par la rive droite, c’est un inconvénient, mais non pas une objection; on peut y remédier. J’attendrai la reconnaissance que vous devez m’en envoyer; mais l’une, et l’autre me conviennent. Par tout cela, je crois qu’il est nécessaire de vous faire connaître mes projets.

Mon projet est de prendre pour champ de bataille le confluent des deux rivières, ma droite appuyée à Praga, et ma gauche à Wieliszewo, et, si j’avais peu de troupes, en appuyant ma gauche sur Jablonna, je n’occuperais qu’une ligne de 4,000 toises. Je veux que ce camp retranché ait derrière lui une île située au confluent des deux rivières, et ayant deux têtes de pont sur les deux rives de la Vistule, me donnant la facilité de passer de ce camp, sur l’une et l’autre rive. Indépendamment de ce, j’aurais un pont à Varsovie, un fortifié à Praga et un autre situé à l’embouchure de la Wkra dans le Bug. Selon les circonstances et les temps, je couvrirais de bonnes redoutes la distance de Jablonna à Wieliszewo, et j’aurais là la conservation de mes ponts, de mes magasins, un bon camp retranché où une armée de 30,000 Français et de 20 ou 30,000 Polonais ou alliés serait à l’abri de toute attaque. Et si, au lieu de cela, on y suppose réunie mon armée, ma cavalerie sur la rive gauche de la Vistule, vous voyez que je suis en position de faire ce qui peut me convenir, et que, dans une telle position, l’ennemi se trouve fort embarrassé.

Quant à Thorn, c’est un système à part; il est impossible que vous vous en occupiez pour le moment. Donnez tous vos soins à l’autre système. J’attends une reconnaissance de Thorn; j’ai fait relever la vieille enceinte, et, avant deux mois, j’aurai là une place très-forte. On m’assure que les massifs des fortifications sont en meilleur état que ceux de Wittenberg.

Chargez, quelque ingénieur de lever sur un grand plan la réunion des deux rivières, de bien remonter la Wkra. Mon intention est de faire travailler sérieusement à ce camp retranché et aux deux ponts. Je veux m’arranger de manière à battre avantageusement, avec 40 à 50,000 hommes, 150,000 ennemis.

Quant à Praga, les lignes polonaises me paraissent absurdes. Les petites redoutes faites sur des mamelons me paraissent bonnes, mais je désirerais qu’elles fussent fermées à la gorge; toutefois cela n’inspire pas une grande confiance. Votre tracé est beaucoup meilleur; mais ce que je préfère à tout, c’est l’île C D, qui, ayant 600 toises de long et 60 à 80 de largeur, peut contenir toute mon armée. L’île C D n’est séparée de la rive droite que de 60 à 80 toises. Cela est assez et pas trop. Ne perdez pas un moment à me construire à C D une redoute en forme de cavalier, qui domine bien les deux rives, et à tracer une belle tête de pont. Celle que vous avez-tracée, qui est une couronne, n’a point assez de profondeur, puisque du bastion du centre au rivage il n’y a que 120 toises. Je désirerais que les deux fronts fussent plus éloignés de 60 toises. Vous briseriez la branche de la couronne au milieu, de manière que les 60 dernières toises de la branche se trouvent bien flanquées. S’il y a possibilité d’établir sur la rive gauche une autre tête de pont, il ne faut pas manquer de le faire. Je ne sais s’il y a beaucoup de maisons. Toutefois, si cela est impossible, ne perdez pas un moment à établir un pont de l’île à la rive droite, et une bonne tête de pont, et un bon bac, dans le genre de ceux établis sur le Pô, de l’île à la rive gauche, sauf à le remplacer par un pont, lorsque nous serons moins pressés. Je vois que vous avez établi une espèce de bonnets-de-prêtre en avant de Praga; cela obligerait à démolir beaucoup de maisons, et cela ne serait pas grand’chose. Toutefois faites faire plusieurs tambours en palissades, de manière que les habitants de Praga, par trahison ou autrement, ne puissent s’en emparer, et que le corps de garde qui sera là soit tout à fait maître du pont. En cas donc que l’ennemi passât le Bug, et fût en force sur l’offensive, on lèverait le pont de Praga, et la communication se ferait par l’île C D. Un des inconvénients de la tête de pont en avant de l’île C D, c’est que la gorge n’a que 300 toises de long et qu’il serait possible d’abattre à coups de canon le pont. Ainsi, si on pouvait établir la communication de la rive droite au pont, en avant de l’île C D, en radeaux, cela serait très-avantageux. On a établi de ces ponts sur le Danube, et ils ont très-bien réussi, et le Danube est la même chose que la Vistule.

Quant aux redoutes de Praga, il faut les faire fermer; ce serait pour un corps de 40,000 hommes qui voudrait soutenir là l’attaque de l’ennemi.

J’imagine que vous avez du bois tant que vous voulez et à portée.

Quant à la tête de pont de la Narew, je vous ai dit, au commencement de ma lettre, que je désirais qu’elle fût au confluent de la Wkra si la localité est bonne. Quant au débouché, il n’est pas difficile d’en établir un. Par le plan général que je vous ai fait connaître, il vous est facile de comprendre pourquoi je désire qu’elle soit là plutôt que du côté de Sierock.

 

Posen, 14 décembre 1806, 2 heures après midi

Au grand-duc de Berg

L’aide de camp du major général, M. Lejeune, arrive et m’apporte votre lettre du 11 à dix heures du soir. Je suis fâché de n’y voir pas le rapport du maréchal Davout. Les généraux ne correspondent plus avec moi par le canal du major général; cela me fait de la peine; cela est de l’essence de l’organisation de la Grande Armée; car voslettres, qui sont d’ailleurs remplies de beaucoup de choses, ne m’apprennent pas tout ce qu’il m’importe de savoir, ce que je trouverai dans les rapports de détails. Par exemple, je ne sais pas sur quelle rive de la Wkra se trouve la, tête de pont, si c’est sur la rive droite on sur la rive gauche, ou plutôt je ne le sais que parce que M. Lejeune me l’a dit. Je ne sais pas quels sont les régiments qui avaient passé la Narew et ont soutenu l’affaire. Tout cela est cependant fort important. Je ne sais pas non plus en quelle force présumée était l’ennemi à l’attaque du village. J’aurais su tout cela dans les rapports du maréchal Davout. Cela est important pour former mon opinion et prendre mon parti.

 

Posen, 14 décembre 1806

Au maréchal Ney

J’ai donné au maréchal Bessières le commandement du second corps de réserve de cavalerie, composé des divisions Grouchy, Sahuc, d’Hautpoul, et de la cavalerie légère du général Tilly. Je l’ai destiné à former la cavalerie du corps qui sera composé de votre corps d’armée, de ceux des maréchaux Soult et Bernadette, et de ma Garde. Je comptais me rendre à Thorn pour me porter sur Pultusk; mais j’apprends que le maréchal Davout a passé la Narew : alors l’ennemi ne peut être atteint que par la cavalerie. Je donne ordre à la cavalerie du maréchal Bessières de se diriger sur Rypin et Biezun. Vous tiendrez la cavalerie légère de votre corps à la hauteur de Strasburg, pour appuyer votre gauche. J’ai donné ordre au grand-duc de Berg de passer avec le reste de la cavalerie par Pultusk, d’intercepter la communication de Königsberg, avec Pultusk, de poursuivre l’ennemi avec 35,000 hommes de cavalerie, et de le pousser l’épée dans les reins.

Faites établir des magasins et une manutention. Établissez un hôpital. Tâchez de vous procurer des souliers pour votre corps d’armée, et faites reposer votre infanterie; mais arrangez-vous pour avoir à Thorn des vivres pour 80,000 hommes, s’il le fallait.

J’ai donné ordre à deux compagnies de sapeurs qui étaient ici de se rendre à Thorn. Il faut en relever les fortifications et avoir là une bonne place qui nous assure un pont sur les deux rives. Du moment que Thorn sera relevé, vous aurez à pourvoir à sa défense et à faire construire une tête de pont sur la rive gauche. Donnez une grande impulsion et mettez la plus grande activité dans vos travaux. Avant d’aller à Varsovie, je me rendrai à Thorn pour voir la ville et la position.

J’ai appris avec plaisir que le pont de Thorn était fini. Occupez- vous de le consolider pour le mettre à l’abri des glaces.

 

Posen, l4 décembre 1806

Au général Lemarois

Monsieur le Général Lemarois, j’ai reçu vos deux rapports; envoyez-m’en tous les jours, je les lis avec intérêt.

Du moment que le général Gouvion sera arrivé, vous lui remettrez le gouvernement de Varsovie; je l’ai destiné de tout temps à cet emploi. Vous lui donnerez tous les renseignements que vous aurez. Ensuite vous irez visiter Praga et le cours de la Narew, depuis son embouchure jusqu’à la limite des frontières autrichiennes. Vous verrez tout en détail, afin qu’à mon arrivée vous puissiez répondre à toutes les questions que je vous ferai.

 

Posen, 14 décembre 1806

Au roi de Naples

Mon Frère, je reçois votre lettre du 27 novembre. Si vous trouvez un millier de Napolitains qui veuillent venir se battre à la Grande Armée, réunissez-les en corps et dirigez-les sur Augsbourg.

Vous ne me parlez pas de la légion polonaise; c’est des officiers surtout que j’ai besoin. Si elle n’est pas partie de Naples, faites réunir tous les soldats dans un bataillon, et envoyez-moi des officiers et sous-officiers des autres bataillons.

J’ai accordé les différentes décorations que vous m’avez demandées.

 

Posen, 14 décembre 1806

41e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Le général de brigade Belair, du corps du maréchal Ney, partit de Thorn le 9 de ce mois et se porta sur Gollub. Le ler bataillon du 6e d’infanterie légère et le chef d’escadron Schoeny, avec 60 hommes du 3e de hussards, rencontrèrent un parti de 400 chevaux ennemis. Ces deux avant-postes en vinrent aux mains. Les Prussiens perdirent un officier et 5 dragons faits prisonniers, et eurent 30 hommes tués dont les chevaux restèrent en notre pouvoir. Le maréchal Ney se loue beaucoup du chef d’escadron Schoeny. Nos avant-postes de ce côté arrivent jusqu’à Strasburg.

Le 11, à six heures du matin, la canonnade se fit entendre du côté du Bug. Le maréchal Davout avait fait passer cette rivière au général de brigade Gautier, à l’embouchure de la Wkra, vis-à-vis le village d”Okunin.

Le 25e de ligne et le 85e, étant passés, s’étaient déjà couverts par me tête de pont, et s’étaient portés une demi-lieue en avant, au billage de Pomichowo, lorsqu’une division russe se présenta pour enlever ce village; elle ne fit que des efforts inutiles, fut repoussée et perdit beaucoup de monde. Nous avons eu 20 hommes tués ou blessés.

Le pont de Thorn, qui est sur pilotis, est rétabli; on relève les fortifications de cette place. Le pont de Varsovie, au faubourg de Praga, est terminé; c’est un pont de bateaux. On fait au faubourg de Praga un camp retranché. Le général du génie Chasseloup dirige en chef ces travaux.

Le 10, le maréchal Augereau a passé la Vistule, entre Zakroczym et Utrata. Ses détachements travaillent sur la rive droite à se couvrir par des retranchements. Les Russes paraissent avoir des forces à Pultusk.

Le maréchal Bessières débouche de Thorn avec le second corps de sa réserve de cavalerie, composé de la division de cavalerie légère du général Tilly, des dragons des généraux Grouchy et Sahuc, et des cuirassiers du général d’Hautpoul.

  1. de Lucchesini et de Zastrow, plénipotentiaires du roi de Pusse, ont passé le 10 à Thorn pour se rendre à Königsberg auprès de leur maître.

Le bataillon prussien de Kloch a déserté tout entier du village de Brok. Il s’est dirigé par différents chemins sur nos postes. Il est composé en partie de Prussiens et de Polonais. Tous sont indignés du traitement qu’ils reçoivent des Russes . « Notre prince nous a vendus aux Russes, disent-ils; nous ne voulons point aller avec eux. » L’ennemi a brûlé les beaux faubourgs de Breslau; beaucoup de femmes et d’enfants ont péri dans cet incendie. Le prince Jérôme a donné des secours à ces malheureux habitants. L’humanité l’a emporté sur les lois de la guerre, qui ordonnent de repousser dans une place assiégée les bouches inutiles que l’ennemi veut en éloigner. Le bombardement était commencé.

Le général Gouvion est nommé gouverneur de Varsovie.

 

Posen, 14 décembre 1806

ORDRE

Toutes les compagnies qui ne feront pas nombre, le général Oudinot les placera comme il l’entendra, en les mettant cependant parmi les compagnies de leurs corps d’armée. A la première revue de la division que passera l’Empereur, il décidera ce qui conviendra.

L’ordre sera donné pour qu’il soit attaché à la division une brigade de 27 caissons de la compagnie Breidt, dont 18 seront destinés au service du pain et 9 au service de l’ambulance; cela aidera d’autant l’administration de la garde auquel ce corps devra être réuni.

Le major général demandera pourquoi le 3e bataillon n’est fort que de 300 hommes. Le 7e bataillon est aussi bien faible. Je croyais avoir nommé un troisième général de brigade pour commander la 3e brigade. On me fera connaître s’il y a moyen de former une quatrième brigade.

(Picard)

 

Posen, 14 décembre 1806

DÉCISION

J’ai l’honneur de rendre compte à Votre Majesté que le bataillon irlandais, fort de quatre-vingts hommes, doit arriver à Mayence le 23 décembre.

Je propose à Votre Majesté de recruter ce bataillon pour le porter au complet en le formant de Polonais et autres étrangers et de le réunir à l’escadron des guides à cheval pour faire le service à pied à l’état-major général. Ces deux corps, faisant une espèce de légion, seraient sous les ordres d’un colonel, qui commanderait en même temps l’escadron des guides et le bataillon irlandais.

Berthier

Accordé.

J’approuve que ce bataillon irlandais soit complété au grand complet de guerre avec des Polonais. Il se réunira à Landau. Il sera habillé avec les moyens d’habillement de la légion polonaise : lorsqu’il sera à 1.200, hommes je verrai ce que j’en ferai.

(Picard)

 

Posen, 15 décembre 1806

Au président du Sénat

Monsieur le Président du Sénat, j’ai reçu l’extrait du registre des délibérations du Sénat, du 4 décembre. J’ai été touché des sentiments qu’il me montre. Au reste, en cela le Sénat ne fait que me payer de retour. Veuillez, je vous prie, Monsieur le Président, lui dire que j’y suis sensible.

 

Posen, 15 décembre 1806

A M. Cambacérès

Je reçois votre lettre du 6 décembre. Faites travailler au théâtre de l’Odéon. Je pars cette nuit pour Varsovie. Tout va au mieux ici.

 

Posen, 15 décembre 1806

A M. Cambacérès

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 4 décembre. J’ai reçu l’ouvrage sur la Pologne; il me parait assez bien. Voyez si M. d’Hauterive ne pourrait pas faire un petit ouvrage sous le titre d’Hisloire des trois partages de la Pologne. La planche de l’histoire de la révolution de Pologne est mauvaise; on n’y a pas mis la grande Pologne; il faudrait la faire refaire. Je vous ai mandé qu’il fallait mettre l’ouvrage en vente; l’imprimeur sera couvert par le produit de la vente, et le compte en sera réglé par le ministre de l’intérieur. Il ne faut pas en distribuer sept cents exemplaires, cela est inutile; il faut les vendre. Il suffit d’en donner dix à M. d’Hauterive, pour M. le prince de Bénévent. Quant à l’auteur, je le récompenserai dans d’autres circonstances.

Faites mettre dans le Moniteur la délibération du Sénat.

Il ne faut plus m’envoyer d’exemplaires de l’ouvrage; mon but est qu’il soit connu du public. J’aurais désiré qu’on l’intitulât : Manuscrit trouvé dans le cabinet du roi de Prusse, à Berlin. Vous pouvez faire ajouter cela au titre.

 

Posen, 15 décembre 1806

A M. Fouché

Je reçois votre lettre des 3 et 4 décembre. Je vois avec plaisir le mouvement que vous vous donnez pour diriger les esprits dans le  sens de la conscription. Tenez la main à cela et répétez aux préfets que c’est par là que je jugerai de la bonté de leur administration.