Correspondance de Napoléon – Décembre 1806

Posen, 10 décembre 1806

Au maréchal Ney, à Thorn

J’ai appris avec plaisir que vous aviez passé la Vistule. Dans votre lettre vous citez la conduite de quelques bateliers polonais; envoyez- moi leurs noms pour que je récompense ces braves gens. Le général Tilly doit être arrivé avec sa cavalerie; dirigez alors vos reconnaissances le long de la Vistule, sur Plock, pour savoir ce que fait l’ennemi et sur Willenberg, où se trouve son aile droite. Tenez-vous en alerte et ne vous engagez pas trop. Il me tarde d’apprendre que vous avez votre cavalerie. Si jamais, ce que je ne saurais penser, les Russes marchaient sur vous en force, n’engagez pas une affaire à inégale force. Dans ce cas, repassez plutôt la Vistule. Surtout tenez une conduite circonspecte jusqu’à ce que je vous apprenne que la Narew est passée. L’ennemi alors serait pris en flanc, s’il faisait un mouvement sérieux sur vous.

 

Posen, 10 décembre 1806

Au général Clarke, à Berlin

J’approuve fort ce que vous avez fait pour la colonne du général Guérin. Faites la même chose pour celles qui le suivent. Vous verrez que je vous écrivais dans le même temps pour cela. Bien loin qu’ils accélèrent leur marche, je désire qu’ils aillent doucement et qu’ils se reposent.

Des souliers ! des souliers ! Rendez-moi compte de ce qu’on en a fabriqué à Berlin, à Magdeburg, dans toutes les autres villes voisines de votre gouvernement; ce qui en est passé venant d’Erfurt et de Mayence; ce qu’il y a à Stettin et Küstrin. Portez votre plus grande attention sur cet objet.

Le maréchal Mortier sera à Anklam le 12, avec 16 à 20,000 hommes. Je lui ai prescrit de s’étendre dans le Mecklenburg et de vivre au compte de cette province, en ménageant la Prusse.

La municipalité de Berlin m’a écrit que je ne laisse point de division de grosse cavalerie à Berlin. Il est cependant difficile qu’elle n’y reste pas au moins un jour. Les fourrages sont si rares qu’il faudrait pourtant voir à en pourvoir un peu Berlin.

 

Posen, 10 décembre 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, je vois par l’état des progrès des remontes au 25 novembre que le 1er de carabiniers aurait 797 chevaux. Cela supposerait qu’il en aurait beaucoup en France. La même observation doit être faite au sujet du second régiment. Les huit régiments de cuirassiers et les deux de carabiniers auraient ensemble 7.400 chevaux, ce qui suppose qu’ils en ont plus de l.900 en France. Si cela est, faites partir ces chevaux. La même observation est à faire pour les dragons, les chasseurs et les hussards, en en déduisant, bien entendu, les chevaux des hommes à pied qui ont été montés en Allemagne, et indépendamment de ce qui a été pris ou donné pour remplacement des chevaux tués. Je vous prie donc de m’envoyer un contre-état qui établisse bien ce qu’il y aura au 1er décembre dans les différents dépôts, en mettant ce que les corps ont reçu et ce qu’ils doivent recevoir en conséquence des marchés conclus.

(Picard)

 

Posen, 10 décembre 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, vous ferez lever le camp de l’île d’Aix. Vous réunirez tout le 82e à la Rochelle, et vous enverrez tout le bataillon du 26e de ligne à l’île de Ré, ainsi que la légion du Midi, hormis deux compagnies, qui resteront à l’île d’Aix. Vous donnerez ordre au 31e d’infanterie légère de former ses deux premiers bataillons à 140 hommes par compagnie, et de les diriger sur Paris, où ils resteront jusqu’à nouvel ordre. Le 3e bataillon restera à Napoléon ; s’il est nécessaire, le 82e fournira des postes aux Sables-d’Olonne.

Passez la revue du 31e à son arrivée à Paris, et veillez à ce qu’ils aient deux paires de souliers dans le sac et une capote, parce que mon intention est de faire partir bientôt ce régiment.

 

Posen, 10 décembre 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez ordre au général Ménard qu’aussitôt que les troupes de Hesse-Darmstadt seront arrivées, il en mette un petit bataillon à Landsberg pour y tenir garnison, garder les magasins et faire la police de la navigation.

(Picard)

 

Posen, 10 décembre, 5 heures du soir

A l’Impératrice

Un officier m’apporte un tapis de ta part; il est un peu court et étroit; je ne t’en remercie pas moins. Je me porte assez bien. Le temps est fort variable. Mes affaires vont assez bien. Je t’aime et te désire beaucoup.

Adieu, mon amie ; je t’écrirai de venir avec au moins autant de plaisir que tu viendras.

Tout à toi.

NAPOLÉON

Un baiser à Hortense, à Stéphanie et à Napoléon

 

 Posen, 11 décembre 1806

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois, au moment même, votre lettre du 1er décembre. Je désire que vous fassiez venir l’ambassadeur de la Porte et que vous lui fassiez connaître qu’il est convenable qu’il expédie un courrier à Constantinople pour instruire son gouvernement de tout ce qui se passe en Europe. Vous lui direz que, par un courrier que j’ai reçu de Jassy et qui a traversé la Pologne, j’ai appris que les Russes étaient entrés à Jassy le 25 novembre ; que les pachas de Choczim et de Bender, s’étant retirés dans ces forteresses, y sont bloqués ; que, dans cet état de choses, il est nécessaire qu’il instruise la Porte que je suis à Varsovie, maître de donner des lois et de la secourir; qu’il fasse connaître à son gouvernement la situation de l’Europe et la nécessité de tenir bon ; que, s’il mollit dans cette circonstance, son indépendance est perdue; que les Russes ne peuvent l’attaquer sérieusement, parce que je les occupe ici; qu’il écrive que j’ai reçu la lettre de l’empereur Selim ; que j’ai bien compris son contenu et en ai été content; que j’aime l’empereur Selim et prends beaucoup d’intérêt à lui.

Faites traduire tous les bulletins de la Grande Armée pendant cette campagne et la campagne dernière en turc et en arabe, et envoyez-les profusion à Constantinople. Faites-les tirer à 6,000 exemplaires. Faites faire une petite brochure de dix pages, bien faite, que vous soignerez vous-même et que vous intitulerez : Un vieil Otioman à ses frères. Ce sera un appel contre les Russes, un tableau de leur politique et du résultat qu’ils veulent obtenir. Vous en ferez imprimer 10,000 exemplaires dans les mêmes langues. Mais il faut que cela soit fait en huit jours. Vous en enverrez un millier au vice-roi, qui les fera passer en Dalmatie; un millier à Marseille, pour donner aux bâtiments qui vont dans le Levant; un millier à mon ministre à Constantinople; un millier à mon ministre à Vienne; vous m’en enverrez aussi un millier d’exemplaires. Quand l’ouvrage sera fait, vous le ferez montrer indirectement à l’ambassadeur turc, pour savoir ce qu’il en dit et s’il est bien écrit.

 

Posen, 11 décembre 1806

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 30 novembre; elle ne m’est arrivée qu’à l’instant. Elle est en retard de trente-six heures; les débordements de la Fulde paraissent en être la cause.

Le général Lamartillière m’instruit que les gardes nationales s’organisent à Bordeaux. Je désire que vous écriviez au général Canclaux pour le même objet. Écrivez également aux préfets de la Manche et du Calvados, pour leur demander s’ils pensent qu’il y aurait de l’inconvénient à lever 1,200 gardes nationales dans chacun de ces deux départements. Si ces deux préfets pensent que je puis avoir là des hommes sûrs et braves, je chargerai un sénateur de les organiser, et je leur confierai la garde de Cherbourg. Alors j’aurai un régiment disponible. Je désire que vous écriviez confidentiellement à ces préfets, et que vous me fassiez connaître ce que vous en pensez.

 

Posen, 11 décembre 1806

A M. Fouché

J’ai reçu vos lettres du 30 novembre et du 1er décembre. Je vois effectivement dans votre bulletin quelque chose sur les prêtres de Bretagne, qui m’étonne. Je crois qu’il y a un peu d’exagération. Toutefois ayez-y les yeux.

Faites-moi connaître s’il aurait de l’inconvénient à lever dans chacun des départements de la Manche et du Calvados 12 ou 1500 gardes nationales. J’en confierais le commandement au sénateur Ferino, qui est un homme vigoureux, et je pourrais les charger de la défense de Cherbourg. Je pourrais alors retirer de cette place le 5e d’infanterie légère, et j’aurais un régiment de plus disponible. Puis-je avoir dans ces départements des hommes sur lesquels je puisse compter dans toutes ces hypothèses ?

 

Posen, 11 décembre 1806

A M. Lacepède

Quand vous aurez présidé à la première fête qui aura lieu dans le temple dont j’ai ordonné la construction, vous pourrez vous retirer; mais pas avant ce temps-là. Je ne me souviens pas du décret dont vous me parlez dans votre lettre; mais ce dont vous pouvez être assuré, c’est de mon désir de donner le plus grand éclat à la Légion, et à vous en particulier des preuves de l’estime que je vous porte.

 

Posen, 11 décembre 1806

Au vice-amiral Decrès

Faites mettre dans les journaux des articles sur le renouvellement des hostilités dans l’Inde, entre Holkar et les Anglais. Le ministre d’Espagne instruit publiquement que Buenos-Ayres est pris. Faites- moi connaître si cela est vrai.

 

Posen, 11 décembre 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, je reçois votre rapport du 26 novembre, ayant pour objet de demander une augmentation d’inspecteurs aux revues.

Il me semble que, s’ils étaient répartis avec plus de discernement, le nombre actuel pourrait suffire. Je vois qu’il y en a quatre dans la division militaire, et c’est trop; trois dans la 5e, et c’est trop; deux dans la 7e, et c’est trop; un au camp de Pontivy, et il est inutile , ceux de la division pourraient faire ce service; deux dans le 23e, et c’est trop; un dans le duché de Clèves et de Berg, où il est inutile; à l’île d’Elbe, d’où on peut le retirer. A la vérité, il n’y en a qu’un dans la 8e division, et ce n’est pas assez; dans la 24e, qui est réunie aux côtes et à la 16e, il n’y en a que trois, et ce n’est pas assez pour ces trois points. En total, avec le secours des commissaires des guerres, vous avez assez de monde. La gendarmerie ne peut pas demander beaucoup d’occupation, et il y aurait peu d’inconvénient à charger, jusqu’à la paix, un chef d’escadron de faire les fonctions d’inspecteur aux revues dans chaque légion. Quant aux compagnies de réserve, les préfets peuvent y faire les mêmes fonctions. Enfin ce n7’st pas neuf individus de plus qui peuvent donner un grand avantage pour faire aller la besogne. Si une augmentation était indispensable, je préfèrerais qu’on employât trente chefs d’escadron de gendarmerie, qui ont peu de chose à faire, en ayant soin de les placer dans les endroits où il n’y a pas de troupes, et il n’y a de troupes que dans les 5e, 8e, 13e, 16e, 25e et 26e divisions militaires. Dans le reste, il n’y en a pas.

 

Posen, 11 décembre 1806

Au général Lamartillère, à Bordeaux

J’ai reçu votre lettre du 24 novembre. J’apprends avec plaisir que le zèle des habitants répond au vôtre, et que vous espérez avoir un bon corps de troupes de gardes nationales capable de défendre les côtes et les ports. Ayant toujours connu le Gascon brave et bon Français, j’ai voulu lui donner une preuve d’estime en lui confiant la garde de ses frontières.

Faites quelques revues à l’embouchure de la Garonne, jetez aussi un coup d’œil sur les batteries qui protègent le cabotage de Bordeaux à Rochefort.

 

Posen, 11 décembre 1806

Au roi de Bavière

Je reçois la lettre de Votre Majesté, du ler décembre, avec la pièce qui y était jointe. J’espère que dans peu de jours ses troupes auront fait une conquête plus importante, puisqu’elles auront achevé la prise de Breslau.

J’ai fait ma paix avec l’électeur de Saxe. Il prendra le titre de roi, et son rang dans la Confédération selon son ordre d’introduction.

 

Posen, 11 décembre 1806

Au maréchal Kellermann

Mon Cousin, il n’y pas d’inconvénient à laisser au frère du prince de Hesse-Cassel la jouissance absolue des biens patrimoniaux qui lui appartiennent.

J’approuve tout ce que vous voulez faire pour la vente des matériaux inutiles provenant de la démolition projetée du château du Chat.

Faites venir à Mayence tous les bois qui peuvent servir à l’artillerie et au génie. Faites venir une quinzaine de mineurs. Quelques mines seront fort utiles pour accélérer les démolitions de Hanau.

 

Posen, 11 décembre 1806

Au général Clarke

Je charge M. Maret de vous écrire sur différents détails. Je donne ordre à l’intendant général de vous donner tous les pouvoirs nécessaires. Il y a dans les magasins beaucoup d’objets nécessaires aux troupes; faites-les-leur distribuer. Il y a un grand nombre de tentes que je voudrais utiliser. Faites-moi connaître combien on en pourrait faire de sacs de distribution. Cela est très-utile, parce que les soldats se couchent dedans. Faites presser les confections de souliers et dirigez-les sur Küstrin.

 

Posen, 11 décembre 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je reçois votre lettre du 26. Je vous ai écrit en détail sur ce qui est relatif à l’organisation de l’armée d’Italie; j’ai même pris plusieurs décrets que vous aurez soin de faire exécuter avec la même promptitude et la même prudence. Envoyez au général Marmont un officier, homme prudent, pour lui faire connaître verbalement les dispositions que vous avez faites. Il faut que, de son côté, le général Marmont puisse, quinze jours après qu’il en aura été prévenu, avoir son corps réuni aux environs de Zara; mais il ne faut pas que cette réunion ait lieu avant, pour qu’il puisse se porter au secours de Raguse, si les Russes l’attaquaient de nouveau. Quelle est la force du corps de troupes avec lequel il pourrait déboucher de Laybach, si cela était nécessaire ? Mais vous lui expliquerez bien qu’il sera toujours prévenu quinze jours d’avance. Faites dire cela de vive voix par un homme de confiance et n’écrivez rien là-dessus.

 

Posen, 11 décembre 1806

Au prince Eugène

Mon fils, je reçois votre lettre de novembre. Je vous ai autorisé à faire revenir le 4e de ligne italien. Le roi de Naples m’avait instruit du départ des régiments de dragons et de chasseurs italiens. Il m’a instruit aussi qu’il me renvoyait en Italie 2 régiments de chasseurs français. Je vous ai écrit qu’ayant besoin ici de beaucoup de cavalerie, il était nécessaire que vous m’envoyassiez 2 ou 3 régiments anciens, de ceux qui sont en Italie, sans toucher au corps du Frioul. Vous pouvez garder une partie des chevaux pour monter les régiments qui restent. Il faut que chaque régiment de dragons, chasseurs ou hussards, ait 800 chevaux. Ils recevront le peu d’hommes qui leur manque de la conscription de 1807.

(Mémoires du prince Eugène)

 

Posen, 11 décembre 1806

DÉCISION

La veuve Lustig, longtemps attachée à la maison du Grand Frédéric en qualité de servante de lit, recevant à ce titre une modique pension, se trouve, par suite des évènements de la guerre, privée des secours que lui accordait la famille royale de Prusse, réduite, disait-elle, à la dernière extrémité. Elle implore la bonté de l’Empereur. Lui faire payer un quartier de sa pension.

(de Brotonne)

 

Posen, 11 décembre 1806

DÉCISION

Le ministre rend compte qu’afin de pourvoir d’une caserne le régiment des chevau-légers belges en formation à Liège, il a ordonné aux dépôts des 6e, 13e et 22e régiments, établis dans cette ville, de se rendre à Namur. Il ne faut jamais faire voyager les dépôts. Placer plutôt à Wesel le régiment d’Arenberg; ou, à mesure qu’une compagnie est formée, renvoyer à Munster.

(Picard)

 

Posen, 11 décembre 1806

DÉCISION

Supplique d’un vieillard hanovrien à l’Empereur afin d’obtenir une indemnité pour trois chevaux qui lui ont été enlevés. Renvoyé au major général pour faire payer les trois chevaux dont ce vieillard réclame le prix.

(Picard)

 

Posen, 12 décembre 1806

A M. de Champagny

Monsieur  Champagny, la littérature a besoin d’encouragements. Vous en êtes le ministre; proposez-moi quelques moyens pour donner une secousse à toutes les différentes branches des belles-lettres, qui ont de tout temps illustré la nation.

Vous aurez reçu le décret que j’ai pris sur le monument de la Madeleine, et celui qui rapporte l’établissement de la Bourse sur cet emplacement. Il est cependant nécessaire d’avoir une Bourse à Paris. Mon intention est de faire construire une Bourse qui réponde à la grandeur de la capitale et au grand nombre d’affaires qui doivent s’y faire un jour. Proposez-moi un local convenable; il faut qu’il soit vaste, afin d’avoir des promenades autour. Je voudrais un emplacement isolé.

Quand j’ai assigné un fonds de trois millions pour la construction du monument de la Madeleine, je n’ai voulu parler que du bâtiment et non des ornements, auxquels, avec le temps, je veux employer une bien plus forte somme. Je désire qu’au préalable on achète les chantiers environnants, afin de faire une grande place circulaire, au milieu de laquelle se trouvera le monument, et autour de laquelle je ferai bâtir des maisons sur un plan uniforme.

Il n’y aurait pas d’inconvénient à nommer le pont de l’École militaire Pont d’lena.

Proposez-moi un décret pour donner aux nouvelles rues les noms du général et des colonels qui ont été tués à cette bataille.

 

Quartier impérial, Posen, 12 décembre 1806

DÉCISION

La municipalité de Beauvais sollicite le rétablissement d’une procession instituée par Louis XI en mémoire de la conduite courageuse de Jeanne Hachette et des dames de Beauvais, lors du siège de cette ville par Charles le Téméraire. Dans cette cérémonie, les femmes ont le pas sur les hommes, même sur les autorités constituées. Cette procession se faisait le jour de sainte Angadrême, patronne de Beauvais. Aujourd’hui , en proposant de la rétablir, on demande qu’elle soit renvoyée au dimanche.

C’est l’enthousiasme produit par les victoires de l’Empereur qui a inspiré aux habitants et aux officiers municipaux de Beauvais le désir de rétablir cette fête.

NAPOLÉON, Empereur des Français et Roi d’Italie,

Sur le rapport de notre ministre des cultes, nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

ARTICLE  1er. – La procession instituée dans la ville de Beauvais par les lettres patentes de Louis XI, du 9 août 1472, est rétablie.

ART. 2. – Elle aura lieu le dimanche auquel on est dans l’usage de célébrer à Beauvais la fête de sainte Angadrême, patronne de la ville.

ART. 3. – Notre ministre des cultes est chargé de l’exécution du présent décret.

 

Posen , 12 décembre 1806

Au roi de Saxe

Monsieur mon Frère, je reçois la lettre de Votre Majesté, du 9 décembre. J’ai signé mon traité avec elle. J’ai donné tous les ordres pour que personne ne se mêle en rien de ce qui est relatif à l’administration. Je la prie de rester persuadée du désir que j’ai de lui donner, dans toutes les circonstances, des preuves des sentiments que je lui porte, surtout après les nouvelles relations qui nous lient.

 

Posen, 12 décembre 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez ordre au commandant de la place de faire mettre exactement des hommes de planton à chacun des hôpitaux, et des sentinelles aux portes. Il se concertera avec les commissaires des guerres et le corps de ville, pour que les hôpitaux soient fournis de tout ce qui est nécessaire. Il faut qu’il y ait, dès demain, suffisamment de fournitures pour loger un millier de malades. On établira un quatrième hôpital pour les galeux et les vénériens. Il faut aussi que le commandant de la place aille lui-même, trois fois par semaine, faire la visite des hôpitaux.

 

Posen, 12 décembre 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, il est extrêmement ridicule que je n’aie de Küstrin que des états du 3 décembre; j’ai de Paris et de Mayence des états plus frais que ceux-là; de manière que je ne puis donner des ordres, parce que je ne connais pas la situation de la place.

Témoignez mon mécontentement au général Ménard; mais auparavant faites faire des recherches dans vos bureaux, car il est difficile de croire qu’il n’ait pas été envoyé des états plus récents de cette place.

 

Posen, 12 décembre 1806

NOTE POUR L’INTENDANT GÉNÉRAL

L’administration ne suit aucune marche, parce qu’il n’y a pas d’organisation. Le commissaire des guerres chargé de la partie est un polisson, parce qu’il n’a pas d’idée de sa besogne. Administration de l’habillement, il n’y en a point.

On me fera un état qui me fasse connaître ce qui a été fait en conséquence de l’ordre du jour du ler novembre, relatif à la distribution des capotes. La ville de Francfort devait fournir 6,000 capotes, celle de Stettin 4,000; il y avait à Berlin, pris à l’ennemi, des draps pour faire beaucoup de capotes. Il en a été délivré 9,200 à différents corps; il en a été accordé 10,000 par l’ordre du jour; à Leipzig, il en a été accordé 27,000 par l’ordre du jour. J’ai distribué 66,000 capotes. Depuis j’ai ordonné que 20,000 capotes seraient achetées à Glogau, compte de la contribution. J’en ai fait faire 3,000 à Meseritz, 3,000 à Posen. J’en ai 50,000 à Hambourg. Il paraît que le prince de Ponte-Corvo en a pris 5,000 à Lubeck. Il faut que quelqu’un soit chargé de la correspondance relative aux différentes parties de ce service, et qu’on me fasse connaître ce qui a été distribué. On me fera connaître aussi ce qui reste dans les différents magasins, et ce qui resterait fournir. Ainsi, par exemple, Berlin avait plus de 9,200 capotes lorsque nous sommes entrés dans cette ville; Leipzig devait fournir plus de 80,000 aunes de drap, ce qui fait plus de 25,000 capotes; Berlin et Francfort n’ont peut-être pas fourni l’un ses 10,000, l’autre ses 11,000 capotes.

Il faut me remettre les états sur autant de feuilles qu’il y a d’objets différents.

Il faut avoir un administrateur général, un inspecteur général, qui suivent la correspondance avec les employés chargés de l’habillement de chaque corps d’armée, et surveiller les distributions.

L’administration ne peut aller plus mal. On ne pourvoit à rien. Les effets se pourrissent à Spandau et ailleurs; on ne prend aucun moyen pour pourvoir à leur entretien, à la responsabilité, etc.

 

Posen, 12 décembre 1806

ORDRE POUR L’INTENDANT GÉNÉRAL

1° Il sera confectionné sans le moindre délai à Berlin 6,000 matelas; on emploiera, à cet effet, les 120,000 livres de laine qui se trouvent en magasin, et les 16,000 aunes de toile d’emballage ou de coutil qui se trouvent tant à Berlin qu’à Spandau; à mesure que 200 matelas seront faits, ils seront envoyés à Posen, et ainsi de tous successivement.

2° 12,000 tentes seront sur-le-champ employées pour confectionner 9,000 paires de draps, et 12,000 autres tentes seront également employées pour la confection de 40,000 chemises, et pour celle de 40,000 pantalons affectés au service des hôpitaux. A mesure que 5,000 de chacun de ces objets seront confectionnés, on enverra, par la voie la plus prompte, à Posen, pour être affectés service des hôpitaux de la Pologne.

3° Il sera passé à Posen un marché pour la confection de 1,000 paillasses. M. l’intendant général fera requérir dans la basse Silésie 2,000 couvertures et 2,000 matelas. Il fera également requérir à Stettin 2,000 couvertures et 2,000 matelas. Il sera requis dans le département de Küstrin, et plus particulièrement à Landsberg et Francfort, 4,000 couvertures.

4° Le prix des objets requis ainsi qu’il est dit ci-dessus sera fixé par l’intendant général, et la valeur en sera déduite sur les contributions imposées à chaque département.

A mesure qu’il y aura 1,000 couvertures fournies de celles requises dans le département de Küstrin, elles seront dirigées sur Posen. On fera en sorte qu’il y en ait 1,000 livrées avant le 18 décembre. Il faut, à cet effet, prendre de préférence celles qui sont déjà faites.

5° Il sera attaché à chaque hôpital, en Pologne, un prêtre catholique comme chapelain, qui sera nommé par M. l’intendant général; ce prêtre sera chargé de la surveillance des infirmeries, et il lui sera alloué, à cet effet, une somme de 100 francs par mois, qui lui seront payés le 30 de chaque mois.

Les infirmiers seront payés tous les jours par les soins du chapelain, à raison de 20 sous par jour et indépendamment d’une ration de vivres qui leur sera distribuée. Le directeur de l’hôpital payera les infirmiers en présence du chapelain, sur les fonds mis à sa disposition, ainsi qu’il sera dit ci-après.

6° L’intendant général, sur les fonds mis à sa disposition par le ministre de la guerre, prendra les mesures pour que chaque directeur d’hôpital ait toujours en caisse et par avance un fonds égal à 12 francs pour chaque malade que l’hôpital doit contenir par son organisation. Ce fonds servira à payer la solde des infirmiers, à subvenir à l’achat des menus besoins, comme oeufs, lait, etc. La viande, le pain et le vin seront fournis par l’administration. En conséquence, il est expressément défendu, sous la responsabilité de chacun, de faire aucune réquisition aux municipalités pour les petits aliments ou menus besoins. Tous les huit jours, les commissaires des guerres chargés de la surveillance de l’hôpital feront connaître à l’intendant général la dépense faite sur le fonds de 12 francs par malade que peut contenir l’hôpital, et qui aura été payée par l’économe, pour la solde des infirmiers et pour l’achat des petits aliments et le blanchissage, afin que l’intendant fasse de nouveaux fonds pour remplacer ce qui a été dépensé, au fur et à mesure. Les commissaires des guerres chargés de la surveillance des hôpitaux en seront responsables.

7°  Cet ordre étant commun à tous les hôpitaux de l’armée, à l’exception du chapelain, dans les hôpitaux hors de la Pologne, Sa Majesté ordonne que, vingt-quatre heures après que les présentes dispositions seront connues à qui de droit, toutes les pharmacies soient approvisionnées pour deux mois et pour le nombre des malades que l’hôpital doit contenir, en payant comptant les médicaments aux apothicaires des lieux qui les fourniront, et sur les fonds que l’intendant général mettra, à cet effet, à la disposition des directeurs d’hôpitaux.

Sa Majesté ordonne que tout ce qui peut être dû aux différents apothicaires qui, sur les lieux, ont fourni nos hôpitaux, soit payé sans délai par les soins de l’intendant général; et ce qui peut être dû pour Posen aux apothicaires leur sera payé aujourd’hui. L’intendant général prendra les mesures nécessaires, et le ministre de la guerre mettra à sa disposition les fonds dont il aura besoin.

8° L’inventaire général des achats de médicaments, dont les pharmacies des hôpitaux doivent être approvisionnées pour deux mois, sera envoyé au bureau général des hôpitaux de l’armée; mais lesdits médicaments seront payés avant l’arrivée desdits inventaires, et le seront sur les lieux, d’après l’ordonnance du commissaire des guerres chargé de la police de l’hôpital, sur le crédit que lui aura ouvert l’intendant général. Les intendants des provinces ou départements sont autorisés à faire acquitter d’urgence ces ordonnances, sauf aux receveurs des provinces ou départements à porter ces ordonnances
acquittées en payement.

9° Lorsqu’un médicament ne se trouvera pas dans les pharmacies de l’hôpital, d’après l’approvisionnement fait en conséquence des dispositions ci-dessus, le directeur de l’hôpital sera, dans ce cas seulement, autorisé à acheter ce médicament où il le trouvera, sur les fonds des petits aliments ou celui de 12 francs, et, dans les huit jours au plus tard , toute dépense faite par l’économie sur ce fonds sera visée par le commissaire des guerres chargé de la police de l’hôpital.

10° Il sera pris des mesures pour qu’il soit fabriqué de bon pain affecté au service des hôpitaux avec de la farine de froment. M. l’intendant général fera, autant qu’il lui sera possible, distribuer du vin de Stettin, qui est le meilleur.

Le maréchal Berthier, par ordre de l’Empereur.

 

Posen, 12 décembre 1806

A M. Daru

Monsieur Daru, je vous envoie le rapport du grand maréchal Duroc. J’imagine que, conformément aux ordres que je vous ai donnés, l’argent sera délivré dans la journée, et les hôpitaux dans un état convenable. Je ne conçois pas comment il y a si peu de malades. Il faudrait s’informer de ceux qui sont dans la ville. La manière de se débarrasser serait de faire un hôpital des vénériens et des galeux, lesquels doivent être séparés des autres malades pour beaucoup de raisons, et ont moins besoin de soins. Il faudrait aussi ôter les cinquante blessés légèrement. On aurait ainsi des lits pour les malades qui sont dans la ville. Le nombre des chirurgiens et des infirmiers français est ridicule; il n’est pas proportionné avec le nombre des employés de l’armée. Il n’y a pas un médecin. J’attends l’état que je vous ai demandé de tous les médecins et chirurgiens de l’armée. Il semble qu’ils sont d’un côté, et l’armée de l’autre. Retirez quatre médecins des corps du maréchal Soult et du prince de Ponte-Corvo; cela vous en fera huit. Faites faire dans la nuit 200 paillasses, et procurez-vous dans la journée 200 paires de draps; procurez-vous aussi des couvertures, ou faites en drap de capotes, ou couvertures du pays ou lits de plumes, afin d’organiser le troisième hôpital. Il faut que demain il soit bien, et que les malades aient des couvertures, des draps et des paillasses. Il faut aussi que demain les pharmacies des trois hôpitaux soient bien fournies; que les trois prêtres aient chacun un infirmier pour dix malades; que ces infirmiers soient à leur poste, et que le local du quatrième hôpital, pour les vénériens et les galeux, soit choisi. Demain je compte aller voir les trois hôpitaux, et le quatrième quand il sera établi.

 

Posen, 12 décembre 1806

A M. Daru

Monsieur Daru, je reçois une lettre de Glogau, du 11 décembre. Mon décret du 7 décembre n’était pas encore parvenu à l’intendant, et, de tous les ordres donnés pour la basse Silésie, il n’y avait rien de fait. Tout ce qu’ont reçu l’intendant et autres agents de l’administration était antérieur au 7 décembre. Avec ces retards qu’éprouve votre correspondance, comment voulez-vous qu’une armée marche ?

 

Posen, 12 décembre 1806

DÉCISION

Le duc de Saxe-Hildburghausen demande à l’Empereur d’être exonéré d’une contribution de 548,750 francs dont son duché a été frappé. N’ayant pris aucune part ni directe ni indirecte à la guerre contre la France, il espère que l’Empereur daignera remédier aux maux de son pays en lui accordant une dispense générale. Le prince de Saxe-Hildburghausen n’ayant participé en rien à la guerre, mon intention n’est pas qu’il en supporte les frais. L’intendant général donnera des ordres pour que ce prince soit laissé tranquille, que ce qu’il y a de perçu de la contribution lui soit rendu; il lui répondra que c’était par erreur qu’il avait été imposé, et parce qu’on croyait qu’il avait fourni son contingent à la Prusse

 

Posen, 12 décembre 1806

DÉCISION

Le vice-roi d’Italie réclame contre l’insuffisance des 1.200 francs accordés par mois au chef de l’état-major général de l’armée pour frais de bureau. L’Empereur a décidé qne l’excédent des dépenses de l’état-major serait pris sur les 30.000 francs accordés par mois au général commandant en chef de l’armée d’Italie.

(Picard)