Correspondance de Napoléon – Décembre 1806

Posen , 8 décembre 1806

DÉCRET

ARTICLE ler. – L’armement et l’approvisionnement des places de Mantoue, Peschiera, Legnago, citadelle de Vérone, Pizzighettone, Rocca d’Anfo, Venise, Palmanova, Osoppo et Zara, sont déterminés et fixés ainsi qu’il est porté et détaillé, pour chacune d’elles, dans le tableau n° 1.

ART. 2. – Jusqu’à ce que les arsenaux, forges et fonderies de notre royaume d’Italie aient fourni la totalité des effets nécessaires au complet de l’armement et de l’approvisionnement de ces places, ledit armement et approvisionnement sera maintenu en pièces des calibres irréguliers existantes, ainsi qu’il est détaillé dans le tableau n° 2.

ART. 3. – En conséquence de l’article précédent, il sera fait les revirements convenables des bouches à feu, affûts et projectiles, pour que chacune des places ait la totalité de son nécessaire porté dans ledit tableau n° 2.

ART. 4.  – Outre l’artillerie de campagne formant partie de l’armement des places, il y aura dans le royaume d’Italie quatre équipages pour les armées, dont trois appartenant à l’Empire et un au Royaume.

ART. 5. – Leur formation et composition sera faite conformément au tableau n° 5.

ART. 6. – Les établissements d’artillerie du royaume d’Italie devront fournir, par quart, dans les années 1807, 1808, 1809 et 1810, les objets manquant pour l’armement et l’approvisionnement régulier des places et de l’équipage de campagne, ainsi qu’ils sont détaillés dans l’état n° 6.

ART. 7. – Mais, attendu que l’armement des places de Venise, Palmanova et Osoppo est en ce moment composé de pièces autrichiennes approvisionnées de projectiles de leurs calibres, il ne sera, procédé pour elles à un armement régulier qu’après que toutes les autres places auront reçu le leur; et il sera même fabriqué, s’il est nécessaire, des projectiles du calibre de ces bouches à feu pour porter au complet l’approvisionnement déterminé.

ART. 8. – On emploiera, pour la fonte des pièces à couler, d’abord celles des calibres irréguliers, portées à l’excédant dans le tableau n° 3, et celles de même espèce qui manquent de projectiles. On y emploiera ensuite le reste des pièces irrégulières, mais seulement au fur et à mesure des remplacements en pièces des calibres réguliers.

ART. 9. – Les commandes d’affûts et de projectiles seront faites d’après les pièces coulées et à couler, de manière que chacune d’elles ait son approvisionnement assuré.

ART. 10. – Les directions d’artillerie de Plaisance, Turin, Alexandrie et Gênes, fourniront aux équipages français du royaume d’Italie, pour le complet desdits équipages, les objets ci-après détaillés :

 

DÉSIGNATION DES OBJETS  PLAISANCE  ALEXANDRIE  TURIN GÊNES TOTAUX
 Canons
           de 12 2 6 8
           de 6 19 19
Affûts
           de canons de 12 6 4 10
           idem de 6 28 28
          d’obusiers de 24 3 1 4
Caissons 24 28 71 58 181
Forges de campagne 6 6
Chariots à munitions 3 15

ART. 11. – Indépendamment des trois parcs d’artillerie française qui seront réunis dans le royaume d’Italie, il en sera formé deux autres de réserve, 1’un à Alexandrie et l’autre à Gênes.

Le premier sera composé de six pièces de 12, dix-huit de 6 et six obusiers dé 2t, avec double approvisionnement.

Le second sera composé de trente pièces de 3 de montagne, avec leur approvisionnement en caisses, pour être portées à dos de mulet. Moitié de cet équipage sera déposé à Fenestrelle.

ART. 12. – L’arsenal de Gênes sera chargé de la construction des affûts et des caisses à munitions.

ART. 13. – Toute l’artillerie de campagne des calibres français appartenant à l’Empire et excédant le nécessaire des parcs du royaume d’Italie, sera évacuée sur Alexandrie.

ART. 14. – Toute l’artillerie de campagne étrangère appartenant à l’Empire , dans le royaume d’Italie et dans les 27e et 28e divisions militaires, sera mise en dépôt dans les places fortes pour servir à leur défense, et celle qui excéderait le nécessaire, renvoyée à Alexandrie.

ART. 15. – Les batteries d’artillerie de campagne détachées en Dalmatie, Istrie et la Marche d’Ancône, sont indépendantes des parcs réguliers dont la formation est ordonnée, et ne compteront point dans leur composition.

ART. 16. – Nos ministres de la guerre de l’Empire français et du royaume d’Italie sont chargés de l’exécution du présent décret, qui ne sera pas imprimé.

 

Posen, 8 décembre 1806

Au prince Eugène

Mon Fils , je reçois votre lettre et l’état de situation du 15 novembre. Je vois que le corps du Frioul n’a pas assez de monde, tandis que les dépôts sont assez considérables pour fournir des renforts. Faites-moi connaître si on a formé un 5e escadron aux régiments de cuirassiers, comme je l’ai ordonné.

Je vois que l’ordre que je vous envoie aujourd’hui pourra, en partie, être exécuté. Le 79e a déjà commencé à former son 3e bataillon; les 11e, 23e et 5e de ligne également. Je consens que vous envoyiez les deux bataillons des chasseurs brescians, en remplacement du 4e de ligne italien, à Cività-Vecchia; 1,000 hommes sont suffisants pour cette place. Je vois que vous aurez bientôt, de vos bataillons de dépôt, une petite division.

Mais, si vous ne donnez que six pièces d’artillerie à chaque division, ce n’est pas assez, il en faut douze; c’est avec l’artillerie qu’on fait la guerre.

Au reste, je me réserve de faire toutes mes observations sur l’état de situation au 1er décembre, que je vous ai demandé.

Une fois que vous aurez le 4e régiment de ligne italien, organisez- le et mettez-le en état, afin qu’il forme la tête de votre division italienne.

 

Posen, 8 décembre 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je pense qu’à l’heure qu’il est les divisions de Brescia, Vérone et Alexandrie sont réunies. Un grand nombre de conscrits doivent vous être arrivés. J’imagine qu’au fur et à mesure de leur arrivée aux dépôts vous les incorporez dans les compagnies de guerre, afin qu’on s’occupe avec la plus grande activité, dans les cantonnements, à les exercer et à les dresser. J’espère qu’au 1er janvier il n’y aura aucune de ces compagnies, soit du second corps de la Grande Armée, soit des divisions de Vérone, de Brescia et d’Alexandrie, qui ne soit à l’effectif de plus de 120 hommes, et qu’au ler mars cet effectif se trouvera augmenté de manière que chaque compagnie se trouve à l’effectif de 140 hommes. Mon intention est que les 3e bataillons des régiments à quatre bataillons qui sont à l’armée d’Italie rejoignent les divisions aussitôt que les compagnies seront à un effectif de plus de 120 hommes.

Mon intention est que des 3e bataillons des régiments de l’armée de Dalmatie qui sont à quatre bataillons, il soit formé une division qui sera réunie à Bassano. Le 3e bataillon du 11e de ligne et le 3e bataillon du 79e formeront un régiment provisoire; les 3e bataillons des 5e et 23e formeront un second régiment; les 3e bataillons du 60e et du 20e ou 62e à votre choix, formeront le 3e régiment. Ces trois régiments devant faire une force de 6,000 hommes, formeront ainsi une 6e division. Vous ne réunirez cette division qu’autant que chaque bataillon pourra partir de son dépôt, fort de 800 hommes, pour se rendre aux cantonnements de Bassano. Dans tous les cas, je ne souhaite pas que ce soit avant le 20 janvier. Vous préparerez l’artillerie pour cette nouvelle division.

Une autre division sera formée de quatre régiments d’élite provisoires. Ce sera une division de réserve que vous joindrez à votre garde, et que vous tiendrez toujours sous votre main. Vous la réunirez à Padoue. Elle sera composée conformément au tableau ci-joint. Mon intention est que vous la composiez de beaux hommes pour les grenadiers, et de petits hommes, mais robustes, pour les voltigeurs. Cette division commencera à se réunir le 1er février à Padoue. Il est convenable de proposer quelqu’un de très-intelligent et bon manœuvrier pour la commander. Elle formera votre 7e division.

Vous ne ferez passer aucune troupe en Dalmatie ni dans le royaume de Naples sans mon autorisation.

Faites-moi rédiger un état qui me fasse connaître la force des corps; la force actuelle des dépôts; ce qui leur reste à recevoir de la conscription de 1806 et de l’appel de la réserve (chaque état aura autant de feuillets qu’il y aura de régiments), et si vous avez assez de conscrits pour remplir mes intentions, c’est-à-dire si les régiments à trois bataillons peuvent fournir deux bataillons à l’effectif de guerre de 140 hommes par compagnie, je dis à l’effectif et non présents sous les armes, et de plus les compagnies de grenadiers et de voltigeurs des 3e bataillons, complétées à 100 hommes chacune, présents sous les armes. Les régiments à quatre bataillons doivent fournir trois bataillons à l’effectif de 140 hommes par compagnie, c’est-à-dire trois mille six ou sept cents hommes par régiment, et de plus les compagnies de grenadiers et de voltigeurs du 4e bataillon.

Je vous répète que je n’ai aucune raison de me méfier des intentions de l’Autriche; vous devez être pacifique dans vos journaux, dans votre langage, et ne laisser courir aucun bruit qui puisse alarmer cette puissance. Vous devez dire que la plus grande partie de ces troupes doit filer pour la Grande Armée. Je vous ferai connaître plus tard mes intentions.

Vos divisions doivent employer les mois de janvier, février et mars à s’exercer dans leurs cantonnements; les généraux de division et de brigade, à connaître leurs officiers; vous, à exiger des généraux qu’ils s’occupent de leurs manœuvres; de sorte que j’aie en Italie une armée mobile de 60,000 hommes qui puisse se porter promptement partout où j’en aurai besoin. Quant aux dépôts de l’armée de Naples, le contingent qu’ils se trouvent vous fournir est peu considérable, puisqu’ils ne fournissent qu’une compagnie de grenadiers et de 1Itigeurs; mais il faut qu’au printemps ils puissent me fournir 6,000 hommes pour recruter l’armée de Naples. Je vous donnerai des ordres pour leur envoi.

 

Posen, 8 décembre 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, les régiments de dragons qui étaient à Naples n’ont point été complétés en remontes; le complet de la remonte de ces régiments était à 540 chevaux et à 200 chevaux pour les dépôts, total 740 chevaux. Les fonds qui leur étaient nécessaires pour avoir ces 540 chevaux n’ont point été faits parce que le royaume de Naples devait en fournir les fonds. Les fonds pour les 200 chevaux des dépôts doivent avoir été faits. Il faut porter les régiments de dragons qui sont en Italie au même pied que ceux de la Grande Armée, c’est-à-dire à 828 chevaux. Faites-en passer une revue pour savoir ce qui leur manque pour arriver au complet et proposez-moi des mesures. Même observation pour les régiments de chasseurs qui sont renvoyés de Naples en Italie, c’est-à-dire le 6e et le 14e.

(Picard)

 

Posen, 8 décembre 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez l’ordre qu’aussitôt que le 6e et le 14e régiments de chasseurs seront arrivés du royaume de Naples à Ancône pour entrer dans le royaume d’ILalie, deux des anciens régiments de cavalerie qui se trouvent en Italie, au choix du vice-roi, en partent le même jour pour se rendre à la Grande Armée. Ils seront organisés de la même manière que les trois régiments de chasseurs qui en arrivent. Ils laisseront leurs chevaux, en ayant bien soin d’emporter leurs selles.

(Picard)

 

Au quartier impérial de Posen, 8 décembre 1806

ORDRE

Article premier. – Notre ministre directeur de l’administration de la guerre prendra des mesures pour qu’il y ait au magasin, à Mayence, 50.000 paires de souliers sur lesquelles une paire sera donnée à chaque soldat isolé, ou faisant partie des détachements dont les dépôts sont dans l’intérieur, qui passerait par Mayence pour rejoindre la Grande Armée.

Art. 2.- Tous les détachements qui seront envoyés des dépôts de France à leur corps doivent être munis d’une paire de souliers aux pieds et de deux paires dans le sac. Ceux qui viendront de Boulogne el de l’intérieur recevront une paire de souliers à Mayence, en remplacement de celle qu’ils seront censés avoir usée en route.

Art. 3. – Tous les hommes isolés ou faisant partie de détachements venant de France recevront à Magdeburg une autre paire de souliers.

A cet effet, notre intendant général de la Grande Armée aura toujours 20.000 paires de souliers en magasin, à Magdeburg.

Ainsi, tout délachement ou homme isolé passera l’Elbe avec une paire de souliers aux pieds el deux paires dans le sac.

Art. 4. – Nous accordons une gratification de deux paires de souliers à toute l’armée. Les fonds d’une en seront fournis par notre ministre directeur de l’administration de la guerre aux dépôts des corps, qui les feront confectionner sans délai et les enverront à l’armée, l’autre sera fournie en nature par les soins de notre intendant général de l’armée.

Art. 5. – Indépendamment des deux paires de souliers que nous accordons en gratification, le major et le conseil d’administration des dépôts feront faire sur la masse de linge et chaussures deux nouvelles paires de souliers pour chaque homme qu’ils ont à l’armée, laquelle sera envoyée sans délai au corps par les soins du dit conseil d’administration, en suivant la route de l’armée. Il sera, en conséquence, payé par forme d’acompte sur la solde des mois arriérés de l’an 1806 au conseil d’administration une somme de 20.000 francs par corps d’infanterie.

Art. 6.- Notre intendant général de la Grande Armée tiendra toujours 10.000 paires de souliers à Küstrin, à la disposition du général commandant, lequel visitera à leur passage tous les hommes isolés ou faisant partie de détachements qui se rendraient à l’armée et, lorsqu’il le jugera nécessaire, leur donnera une paire de souliers.

Art. 7. – Il y aura à Magdeburg un adjudant commandant, spécialement chargé de passer en revue tous les hommes rejoignant l’armée, et de pourvoir à ce que leur habillement et leur armement soient en état.

Il leur fera délivrer, selon qu’ils en auront besoin, une paire de souliers, une capote, des cartouches, pierres à fusil, etc., et, après deux jours de repos, il leur fera donner une feuille de route pour se rendre à Küstrin. Le double de cette feuille de route et de la revue de départ seront adressés au major général par ledit adjudant commandant. La revue de départ fera connaître la situation de l’armement et de l’habillement du détachement.

Art. 8. – Ces détachements, en passant à Berlin, auront un jour de repos. Le gouverneur les passera en revue à midi la veille de leur départ pour vérifier leur situation et, dans des cas extraordinaires et non prévus par la présente ordonnance, il leur fera délivrer ce dont ils auraient besoin.

Art. D. – Arrivés à Küstrin, ces détachements auront un séjour.

Le général commandant les passera en revue, vérifiera leur ordre de route, instruira le major général de leur situation et leur fera délivrer une nouvelle route jusqu’à l’endroit où se trouveront leurs corps. Il leur fera donner des capotes si les circonstances l’exigent; à Küstrin, il y aura à cet effet 6,000 capotes. Il y aura à Magdeburg 15.000 capotes pour le même objet.

Art. 10. – Indépendamment de tous ces moyens, notre intendant général de la Grande Armée est chargé de prendre des mesures pour munir les magasins de l’armée de souliers.

Art. 11. – Notre ministre de la guerre, major général de la Grande Armée, et notre ministre directeur de l’administration de la guerre sont chargés de l’exécution du présent ordre.

(Picard)

 

Posen, 8 décembre 1806

DÉCISION

M. Daru sollicite un crédit -de 6.000 francs pour faire payer à chacun des deux auditeurs qui viennent d’arriver à l’armée une somme de 3.000 francs, à l’instar des autres auditeurs arrivés avant eux. Approuvé.

(Picard)

 

Posen, 8 décembre 1806

DÉCISIONS

Le général de division Magallon La Morlière, de retour de l’Ile-deFI ance, demande de l’emploi. Lui accorder avec son traitement d’activité un congé de six mois.
Le ministre de la guerre demande si les détachements des troupes confédérées qui se rendent dans l’Empire, soit pour escorter les prisonniers de guerre, soit autrement, seront payés par le Trésor de France ou si les avances qui leur seront faites seront remboursées par les différents Etats. On tiendra un compte particulier de ces avances et je verrai ce qui sera fait.

(Picard)

 

Posen, 9 décembre 1806

A l’Impératrice

J’ai reçu ta lettre du ler décembre. Je vois avec plaisir que tu es plus gaie, que la reine de Hollande veut venir avec toi. Il me tarde d’en donner l’ordre, mais il faut encore attendre quelques jours.

Mes affaires vont bien.

Adieu, mon amie, je t’aime et te veux voir heureuse.

 

Posen, 9 décembre 1806

Au général Bertrand

Monsieur le Général Bertrand, je reçois votre lettre sans date, avec les échantillons de biscuit qui y étaient joints. Expédiez ce biscuit sur Varsovie, ainsi que 200,000 boisseaux de farine et 100,000 boisseaux d’avoine. Réservez les selles et les autres objets nécessaires à la cavalerie pour les 1,000 chevaux que j’ai ordonné qu’on levât en Silésie. Les hommes vont vous arriver.

Activez le plus possible le versement des draps, des capotes et surtout des souliers. Vous verrez que j’ai requis 1,000 chevaux et 1,000 bœufs pour Varsovie. Ce sera à compte sur le payement de la contribution. Les 10,000 rations de biscuit qu’a fait faire M. Galiza me paraissent fort bonnes; faites-les diriger sur Varsovie et faites-en faire d’autres. Il n’y a pas de doute que mon intention ne soit que les invalides soient soldés; vous pouvez leur en donner l’assurance.

Vous devez avoir reçu l’ordre d’expédier 4,000 paires de souliers sur Varsovie.

 

Posen, 9 décembre 1806

Au grand-duc de Berg, à Varsovie

J’ai reçu votre lettre du 6 à minuit. J’ai donné l’ordre à l’intendant de l’armée de faire passer un marché pour l’achat de 25,000 quintaux de blé et de 100,000 boisseaux d’avoine en Galicie. J’ai ordonné qu’on envoyât des bestiaux à Varsovie. 200,000 francs partent aujourd’hui pour cette ville; 100,000 francs y sont également envoyés de Glogau. Du moment que vous aurez passé la Narew, faites travailler à la tête de pont. Je vous ai mandé de faire établir une manutention à Praga. J’ai ordonné que les 25,000 quintaux de blé qu’on achèterait en Galicie fussent mis en magasin à Praga.

Le maréchal Ney est à Thorn et a poussé des reconnaissances très-loin; il n’y a là que des Prussiens qui fuient partout. Il est bien important que nous occupions Plock, qui passe pour le pays le plus abondant des environs. Du moment que vous aurez passé la Narew, votre cavalerie inondera le pays et accélérera la retraite des Russes. Faites imprimer des proclamations pour engager les soldats des Polognes russe et prussienne à déserter et à se ranger sous les drapeaux de leur patrie, et faites-les répandre partout par les avant-postes.

 

Posen, 9 décembre 1806

Au grand-duc de Berg

J’imagine que vous avez fait courir une patrouille de cavalerie pour ramasser les bateaux qui se trouvent sur la Vistule, en remontant entre Varsovie et la Galicie. Il y a là près de dix ou quinze lieues où l’ennemi n’a pu détruire les bateaux de la rive droite. La Pilica est une rivière navigable et qui, pendant cinquante lieues, borde la Galicie et la Pologne prussienne; il doit y avoir là des bateaux et des subsistances. J’imagine que vous avez envoyé à Petrikau et le long de cette rivière pour vous procurer des fourrages et ce qui vous est nécessaire.

Le maréchal Ney a déjà des postes à quinze lieues en avant de Thorn, sur la route de Königsberg; il en a aussi le long de la Vistule, à mi-chemin de Plock. Tout me porte donc à penser qu’à l’heure qu’il est les Russes sont très-loin de la Vistule. Au lieu de faire venir le corps du maréchal Augereau à Varsovie, faites passer son avant-garde à Zakroczym; il peut tirer de là et de tout ce département des moyens de vivre. Alors la disposition de l’armée sera la suivante :

Le corps du maréchal Davout à Sierock, cantonné entre la Vistule et la Narew et environs, prêt à défendre avec toutes ses forces la tête de pont de la Narew;

Vous ferez occuper Pultusk avec toute votre cavalerie légère;

Le corps du maréchal Lannes serait cantonné à Varsovie et à Praga;

Le corps du maréchal Augereau, du côté de Zakroczym, Wyszogrod, tirant ses subsistances depuis le district de Plock, sa cavalerie légère poussant des reconnaissances sur Plonsk;

Le corps du maréchal Ney, à Thorn.

Faites reconnaître la petite rivière de la Wkra, depuis son embouchure dans la Vistule jusqu’à sa source, et faites-m’en passer promptement la reconnaissance. Inondez avec votre cavalerie toute la campagne. Tâchez d’enlever quelques bagages russes ou du moins d’accélérer leur retraite. Cependant l’infanterie du maréchal Davout peut passer Sierock; et, avec la cavalerie du maréchal Augereau dans la direction que j’ai prescrite, la vôtre, celle du maréchal Lannes, vous pouvez vous mettre à leurs trousses, et, si le pays est libre, comme je le pense, la cavalerie des maréchaux Bernadotte et Ney, qui sont à Thorn, s’élèvera pour appuyer votre gauche.

Je vous ai déjà recommandé de répandre dans le pays des proclamations, des journaux et tout ce qui peut soulever les habitants.

Vous avez trois divisions de dragons, une de cuirassiers, six régiments de cavalerie légère, six des maréchaux Davout et Lannes, ceux du maréchal Augereau, et cinq des maréchaux Bernadotte et Ney qui sont à Thorn.  Établissez votre communication avec le maréchal Ney par la rive droite; occupez-avec cette cavalerie le pays, et poussez la cavalerie russe jusqu’à son infanterie.

Vous pourrez appeler le général Watier, qui est à Lowicz et à votre disposition. Du moment que je saurai que votre mouvement est commencé, je ferai appuyer une autre division de dragons et les autres corps sur Varsovie.

Ce qu’aura de plus pressé le maréchal Davout, ce sera d’établir un pont sur la Narew.

 

Posen, 9 décembre 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez ordre au détachement du 1er régiment d’infanterie légère italienne qui est à Würzburg et à celui qui est à Eisenach de rejoindre leur corps. Donnez ordre aux 50 dragons à pied qui sont à Iéna de se rendre à Spandau. Le service de la place de Spandau sera fait par les troupes du duc de Saxe-Weimar. Faites partir de Berlin les 23 hommes de la compagnie d’élite du 4e régiment de dragons. Faites-moi connaître ce qu’on fait à Berlin de la 12e compagnie du 1er régiment d’artillerie, de la14e compagnie du 6e d’artillerie, des 17 ouvriers et des 80 sapeurs du 2e bataillon. Donnez ordre au général qui commande à Küstrin de faire partir sur les 600 hommes du dépôt du 6e corps et sur les 460 hommes du 7e corps tout ce qui est armé et habillé, ayant une capote, deux paires de souliers dans le sac et étant dans le cas de rejoindre. Rappelez les 5 hommes de la gendarmerie d’élite qui sont à lMeseritz. Donnez ordre à Spandau qu’on fasse partir les 10 hommes du 28e légère, les 20 hommes du 24e, les 6 hommes du 6e, les 35 hommes du 27e de ligne, les 306 hommes isolés et les 84 du 6e corps, après toutefois les avoir pourvus de fusils et de tout ce dont ils auront besoin. Vous les ferez diriger sur Küstrin et de là sur Posen.

(Picard)

 

Posen, 9 décembre 1806

40e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Le maréchal Ney a passé la Vistule et est entré le 6 à Thorn. Il se loue particulièrement du colonel Savary, qui, à la tête du 14e régiment d’infanterie et des grenadiers et voltigeurs du 69e et du 6e d’infanterie légère, passa le premier la Vistule. Il eut à Thorn un engagement avec les Prussiens, qu’il força, après un léger combat, d’évacuer la ville. Il leur tua quelques hommes et leur fit 20 prisonniers.

Cette affaire offre un trait remarquable. La rivière, large de 400 toises, charriait des glaçons; le bateau qui portait notre avant-garde, retenu par les glaces, ne pouvait avancer; de l’autre rive, des bateliers polonais s’élancèrent au milieu d’une grêle de balles pour le dégager. Les bateliers prussiens voulurent s’y opposer : une lutte à coups de poing s’engagea entre eux. Les bateliers polonais jetèrent les prussiens à l’eau, et guidèrent nos bateaux jusqu’à la rive droite. L’Empereur a demandé le nom de ces braves gens pour les récompenser.

L’Empereur a reçu aujourd’hui la députation de Varsovie, composée de MM. Gutakowski, grand chambellan de Lithuanie, chevalier des ordres de Pologne; Gurzynski, lieutenant général, chevalier des ordres de Pologne; Lubienski, chevalier des ordres de Pologne; Alexandre Potocki; Rzetkowski, chevalier de l’ordre de Saint-Sta-islas ; Luszewski.

 

Au quartier général de Posen, 9 décembre 1806

ORDRE DU JOUR

La gendarmerie prussienne qui s’organise en vertu du décret impérial du 3 novemhre dernier portera l’uniforme suivant :

Habit gris de fer boutonné sur la poitrine avec neuf houtons, sans poches ;

Collet rouge;

Aiguillette blanche sur l’épaule gauche avec un trèfle de même couleur sur l’épaule droite;

Gilet et pantalon gris de fer;

Boutons blancs ;

Chapeau à cornes;

Bottes prussiennes.

Elle sera armée et équipée ainsi qu’il suit :

Sabre de cavalerie;

Pistolets;

Giberne avec un baudrier noir;

Ceinturon noir.

Les brigadiers seront distingués par un petit galon d’argent sur le collet.

Cette gendarmerie sera protégée dans l’exercice de ses fonctions par tous les postes de troupes françaises et alliées.

Le nommé Joseph Cheron, tambour de la 3e compagnie du 2e bataillon du ler régiment d’infanterie légère, convaincu de tentative de meurtre à main armée envers un particulier, a été condamné, par jugement de la commission militaire formée à Leipzig, à la peine de vingt années de fers.

Le nommé Jean-Jacques Henaut, tambour de la 4e compagnie du même bataillon, convaincu de violences et voies de fait envers un particulier et une femme, a été condamné à la peine de deux années de fers par le même jugement.

Le prince de Ncuchâtel, ministre de la guerrc, maior général, Maréchal Alex. BERTHIER.

(Picard)

 

Posen, 10 décembre 1806

A M. Cambacérès

Mon Cousin, j’ai nommé M. Belleville intendant général des États de Hanovre. Je l’ai remplacé dans la préfecture de Nantes par M. Vischer de Celles, maître des requêtes. La suite de cette affaire me fera connaître ce que je ferai de M. Belleville. S’il est parfaitement innocent, comme je me flatte qu’il l’est, je lui donnerai, après la guerre, une place stable, car il a d’anciens services. Si, au contraire, il se trouve compromis, il finira avec sa nouvelle carrière.

Je n’ai pas de lettres de vous depuis le 29. Le courrier est en retard de vingt-quatre heures. Vous ne me parlez pas encore de la réception des pièces à communiquer au Sénat; je suppose que votre lettre du 30 m’en instruira.

 

Posen, 10 décembre 1806

Au vice-amiral Decrès

Témoignez ma satisfaction aux capitaines de frégate de l’île de France. Faites-moi connaître le genre de récompense dont ils sont susceptibles.

Je désirerais donner de l’occupation aux Anglais dans des points imprévus.

Si mon escadre de Cadix pouvait partir de là pour se rendre devant le cap de Bonne-Espérance, le bloquer quelques jours, se rendre de là à l’île de France et aux Manilles; qu’elle pût trouver aux Manilles des vivres en suffisance : ce serait une opération inattendue de la part des Anglais, et qui pourrait avoir un grand résultat sur leur commerce, en même temps qu’elle donnerait beaucoup d’expérience à nos marins.

La sortie de cette escadre ferait que les Anglais iraient la chercher à Rio de la Plata, à la Martinique, et aurait l’effet de les obliger à fortifier leurs garnisons, ce qui est toujours un bon résultat.

Mon escadre de Lorient, qui est composée de 2 vaisseaux et de 2 frégates, pourrait refaire l’expédition d’Afrique, qui a si heureusement réussi l’année passée.

Mon escadre de Rochefort pourrait faire une croisière à l’embouchure de la Baltique, au moment où cette mer devient navigable. Sa sortie aurait également l’avantage de donner beaucoup d’inquiétude aux Anglais, et, comme elle ne pourrait rentrer qu’au mois de novembre, devant rester dix mois dehors, il faudrait qu’elle sortît en mars.

Si ces expéditions ne s’accordent pas avec les époques où mes vaisseaux peuvent être prêts, il faut au moins faire rentrer mon escadre de Cadix à Toulon, afin d’avoir, à la fin de 1807, douze vaisseaux de guerre à Toulon.

Je désire, dans tous les cas, que deux frégates de celles que j’ai à Bordeaux se tiennent prêtes à partir pour l’île de France. Mon intention serait qu’elles entrassent dans le golfe Persique et qu’elles missent à terre un agent porteur d’une lettre au roi de Perse. Cinq mois après, c’est-à-dire en juillet ou en août, une autre frégate se rendrait dans le golfe Persique pour reprendre l’agent et le ramener en France en toute diligence. Enfin une ou deux frégates pourraient porter à la Guadeloupe ou à la Martinique 4 ou 500 hommes.

La sortie des trois escadres de Cadix, de Rochefort et de Lorient , inquiéterait les Anglais et les obligerait a renforcer toutes leurs colonies; ce qui leur laisserait autant de troupes de moins de disponibles pour se mêler des affaires du continent.

Je ne sais ce que c’est que les Manilles : s’il y a là un port et des ressources, il serait curieux de réunir là 12 vaisseaux de guerre et 4 frégates, avec ordre d’y rester le temps nécessaire pour y être bien les maîtres, et de se porter, avec cette force qui serait supérieure à tout ce que pourraient avoir les Anglais, sur Rio de la Plata et Buenos-Aires, et de là faire leur retour en Europe.

Répondez-moi, je vous prie, sur ce plan. Il me semble que les colonies espagnoles de la mer des Indes sont assez considérables pour donner des vivres. Cette grande masse de forces, supérieure à ce que l’ennemi a dans l’Inde, ferait un grand ravage, et, quand des renforts ennemis seraient en mesure de s’y trouver, elle serait déjà sur un autre point.

En général, il me parait que les vaisseaux anglais des Indes sont moins armés, et que les succès sont plus faciles là que partout ailleurs.

 

Posen, 10 décembre 1806

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je vous envoie le traité avec la Saxe et les pleins pouvoirs pour le maréchal Duroc. Vous lui donnerez les instructions nécessaires. J’ai jugé convenable de ne point parler des autres Maisons de Saxe ou autres Maisons princières; mes idées ne sont pas encore claires sur tout cela. Je verrai, à la conclusion des affaires, l’espèce de contentement que j’aurai de la cour de Saxe, et je me réglerai en conséquence.

Mon intention est que vous me fassiez un projet pour faire la paix avec le duc de Saxe-Weimar, un autre pour admettre Gotha et Anhalt dans la Confédération du Rhin. Je désirerais savoir ce que ces princes doivent fournir dans la Confédération. Même chose pour les comtes de la Lippe. On pourrait leur demander un équivalent en argent et des troupes.

 

Camp impérial de Posen, 10 décembre 1806

Au roi de Wurtemberg

Monsieur mon Frère, M.  le prince de Hohenlohe devait rester en Silésie. Pour qu’il ne gênât point les opérations de l’armée, j’ai préféré qu’il se rendît à OEhringen, où, sujet de Votre Majesté, il se trouve immédiatement sous les yeux de sa Police. J’imagine que, s’il se comportait mal, ce que je ne saurais penser, elle en ferait une prompte justice.

J’ai été tout à fait embarrassé avec le Prince Paul. J’eusse voulu concilier ce que je devais à Votre Majesté avec ce que je devais à son fils. Mon premier mouvement a été de le laisser libre; mais, immédiatement après, j’ai songé à l’inconvénient qu’il y aurait à laisser ce jeune homme se perdre entièrement par de fausses directions. Votre Majesté le traitera comme un enfant de famille; une légère correction suffira pour le faire rentrer dans les bons sentiments qui sont si naturels dans votre Maison.

Le roi de Prusse a refusé de ratifier, la suspension d’armes; c’est donc mal à propos qu’on l’a publiée.

Je suppose que le commandant des troupes de Votre Majesté ne lui aura pas laissé ignorer la prise de Glogau et la bonne conduite qu’ont tenue ses soldats. J’ai gardé des drapeaux provenant du désarmement, dont je me ferai un plaisir d’envoyer une partie à Votre Majesté.

Les troupes russes sont entrées le 25 en Moldavie; elles bloquent Choczim et Bender, ce qui donnerait lieu de croire que la guerre est déclarée entre la Porte et la Russie.

Mes troupes ont passé la Vistule à Varsovie et à Thorn. Il paraît que les Russes se retirent sur leurs frontières, soit pour se concentrer, soit pour tout autre projet que je ne comprends pas encore.

Je compte enfin que cette guerre sera la dernière; il est bien temps que toutes les nations jouissent du repos, et que les choses prennent une assiette définitive.

Je fais ma paix avec l’électeur de Saxe; il prendra le titre de roi; il est admis dans la Confédération à son rang d’introduction. Ce traité n’est pas encore signé; mais j’ai voulu en instruire d’avance Votre Majesté. Il y a bien longtemps que je n’ai reçu de ses nouvelles.

 

Posen, 10 décembre 1806

Au grand-duc de Berg

Je vous envoie des lettres que je vous ai écrites hier et que je n’ai pas fait partir. M. de Turenne me remet votre lettre du 7 décembre à dix heures du soir. Je vois que l’ennemi occupe encore Sierock. J’ai donné ordre au général Deroy de se rendre à Petrikau. Je viens de recevoir les députés de Varsovie. Loin que la paix soit faite entre les Russes et la Porte, vous verrez que les Russes sont entrés le 25 en Moldavie.

 

Posen, 10 décembre 1806

Au général Gardane, aide-de-camp de l’Empereur

Rendez-vous à Thorn. Remettez cette lettre au maréchal Ney. Vous ferez la reconnaissance de la place, de la rivière, du pont, vous m’en ferez rapport. Vous reviendrez sur Varsovie par la rive droite, tenant des notes exactes de l’état de la route, lieue par lieue, du nombre et de la population des villages, de la nature du terrain, etc.

Vous me porterez cette reconnaissance à Varsovie, où vous m’attendrez.

A l’embouchure de la Narew dans la Vistule, vous reconnaîtrez bien les îles qui s’y trouvent, désirant en occuper une qui me rende maître des deux rives.