Correspondance de Napoléon – Décembre 1806

Posen , 2 décembre 1806

Au général Clarke

J’ai lu aujourd’hui dans les journaux une lettre du général Hulin à la municipalité de Berlin; elle est dure et bien impolitique. Que veut-on obtenir d’une municipalité qu’on déconsidère ainsi ? C’est la première fois qu’on voit des commandants se plaindre qu’on exécute très bien leurs ordres. Témoignez-en mon mécontentement au général Hulin. Si cette lettre n’est pas vraie, faites-la démentir.

Vous ne me dites pas si vous avez donné une garde à l’électeur de Saxe. Vous lui avez donné des officiers d’ordonnance; mais je désire savoir s’il a été convenablement traité. Lorsqu’il quittera Berlin, accompagnez-le hors des portes de la ville. Dites-lui bien que je vous ai chargé de lui exprimer combien je regrette de ne pas m’être trouvé à Berlin, et que, sans les circonstances de guerre qui me retienne ici, je n’aurais pas regretté le voyage pour retourner à Berlin.

Faites partir de Berlin pour Küstrin toutes les paires de souliers que vous avez. Il ne faut pas que le général Oudinot prenne tout; il aura le temps de compléter ses 10,000 paires; d’ailleurs la Garde, qui en a, lui en prêtera. Mais j’ai ici un grand besoin de souliers.

Portez une grande attention à tout ceci, car on vole beaucoup.

Vous aurez vu, par la lettre interceptée de Küstrin, sur laquelle je fais prendre des renseignements, quel brigandage on exerce. Obtenez de la municipalité des rapports confidentiels.

 

Posen, 2 décembre 1806

Au général Clarke

Faites mettre dans les journaux de Bertin notre entrée à Varsovie. Renvoyez de Berlin tous les hommes qui vous gênent. Si le prince Auguste vous donnait de l’inquiétude, envoyez-le en France. Il est prisonnier de guerre; il n’a pas été compris dans la capitulation; ainsi il n’y a aucune difficulté.

Mon intention est qu’on n’imprime pas dans les gazettes de Berlin les bulletins quand ils paraissent, mais seulement lorsqu’ils reviennent de Paris, imprimés dans leMoniteur. Mais on peut en extraire ce qui est seulement nouvelles, et le faire mettre dans les gazettes de Berlin.

J’imagine que vous avez donné une garde à l’électeur de Saxe, que vous aurez été lui faire une grande visite, et que vous n’aurez rien négligé pour lui faire votre cour.

Comme M. de Talleyrand pourrait bien n’être plus à Berlin, je vous envoie une lettre pour l’Électeur, que vous lui porterez. Si M. de Talleyrand y est encore, vous la remettrez à M. de Talleyrand, qui la portera.

 

Posen, 2 décembre 1806

A l’Électeur de Saxe

Mon Frère, j’apprends l’arrivée de Votre Altesse Électorale à Berlin.

Je suis très-fâché que les circonstances impérieuses de la guerre m’empêchent de venir l’y trouver; mais mes troupes étant entrées à Varsovie et ayant passé la Vistule, j’ai jugé convenable de me rapprocher d’elles. L’incertitude où j’étais m’avait empêché de répondre, à Berlin, à la lettre par laquelle Votre Altesse me faisait part qu’elle désirait y venir. Toutefois j’avais eu d’abord le projet de passer à Dresde ; mais elle comprend bien que j’obéis peu à ma volonté, et que je dépends entièrement des événements et des circonstances. Je pense bien cependant ne pas retourner en France avant d’avoir fait sa connaissance, et lui avoir réitéré de vive voix le désir que j’ai que le  mal qu’elle et ses sujets ont éprouvé se tourne en prospérité durable. Votre Altesse peut être certaine que, dans le mois de décembre, toutes ses affaires s’arrangeront, et que ce qui s’est passé aura été un orage passager pour elle. Je ne lui propose point de venir à Posen; les chemins sont si mauvais, et je lui crois trop peu d’habitude de voyager pour supporter une si grande fatigue.

 

Posen , 2 décembre 1806

A la reine de Bavière

Madame ma Sœur et Cousine, j’ai reçu votre lettre du 20 novembre. Votre Majesté ne doute pas de tout le prix que je mets à se bonnes grâces, et combien je serais satisfait de lui être agréable Lorsque tout-ceci se débrouillera, je me trouverai heureux de faire quelque chose qui lui plaise. Que Votre Majesté ne doute jamais de tous les sentiments que je lui porte.

 

Posen , 2 décembre 1806

A M. Cambacérès

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 23 novembre. Mon intention est que le manuscrit que je vous ai envoyé soit imprimé à Paris et mis en vente. Vous m’en enverrez quelques exemplaires. Ce que la vente de cet ouvrage produira couvrira les frais d’impression.

 

Posen, 2 décembre 1806

A M. Regnier

Je désire avoir un rapport sur le sieur Larivière de la Blache, juge de paix de la commune de Largentière (Ardèche), et que vous me fassiez connaître si j’ai le droit de le destituer.

 

Posen, 2 décembre 1806

A M. Fouché

Je n’ai jamais eu lieu d’être mécontent de la ville de Paris. Je suis bien aise d’apprendre que les brigandages n’ont pas eu de suite. Je me repose sur votre zèle et votre activité pour les réprimer et assurer le repos public. Je vous prie de lire avec attention mon décret sur le blocus de l’Angleterre. Faites tout ce qui dépendra de vous pour le faire exécuter strictement sur les frontières, aux postes, et même en Hollande. Écrivez à mes consuls pour être au fait de ce qui se passe. Il me revient beaucoup de plaintes contre M. Lachevardière; il parait qu’il vole impunément; faites-moi connaître si vous en avez appris quelque chose.

 

Posen, 2 décembre 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, j’ai reçu votre lettre du 22 novembre. Tous les souliers que vous avez à Paris ou dans d’autres magasins, envoyez- les à Mayence, j’y consens; mais je ne veux point de souliers par entreprise. Écrivez à tous les dépôts qu’indépendamment des souliers qu’ils doivent faire faire sur la masse de linge et chaussure, ils fassent faire chacun 2,000 paires de souliers, et qu’ils les envoient à Mayence pour le bataillon de guerre. Je leur tiendrai compte de cette dépense
extraordinaire. C’est une gratification que j’accorde à l’armée.

La demande du vice-roi a quelque chose de plausible. J’entends donc que les divisions qui se réunissent à Brescia et à Vérone soient traitées comme celles du Frioul; cela équivaudra à un traitement de guerre.

Il me semble que les corps qui sont en Italie ont moins besoin de capotes que ceux de la Grande Armée; d’ailleurs les corps ont des masses pour cela ainsi que pour les souliers. Ainsi il suffit de payer à ces corps le douzième de leurs masses. Je ne veux point de fonds extraordinaires. En payant le douzième des masses, les corps ont plus qu’ils dont besoin. Je fais une exception pour les souliers dont j’ai parlé ci-dessus, vous m’avouerez que l’armée les a gagnés par des marches forcées, et, quand l’armée d’Italie en aura fait autant, je lui accorderai les mêmes fonds.

 

Posen, 2 décembre 1806

A l’Impératrice

C’est aujourd’hui l’anniversaire d’Austerlitz. J’ai été à un bal de la ville. Il pleut. Je me porte bien. Je t’aime et te désire. Mes troupes sont à Varsovie. Il n’a pas encore fait froid. Toutes ces Polonaises sont Francaises. Il n’y a qu’une femme pour moi. La connaîtrais-tu ? Je te ferais bien son portrait ; mais il faudrait trop le flatter pour que tu te reconnusses; cependant, à dire vrai, mon cœur n’aurait que de bonnes choses à te dire.

Ces nuits-ci sont longues, tout seul.

Tout à toi.

NAPOLÉON

 

 Posen , 2 décembre 1806

37e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Le fort de Czenstochowa a capitulé – 600 hommes qui en formaient la garnison, 30 bouches à feu, des magasins, sont tombés en notre pouvoir. Il y a un trésor formé de beaucoup d’objets précieux que la dévotion des Polonais avait offerts à une image de la Vierge, qui est regardée comme la patronne de la Pologne. Ce trésor avait été mis sous le séquestre; mais l’Empereur a ordonné qu’il fût rendu.

La partie de l’armée qui est à Varsovie continue à être satisfaite de l’esprit qui anime cette grande capitale.

La ville de Posen a donné aujourd’hui un bal à l’Empereur. Sa Majesté y a passé une heure.

Il y a eu aujourd’hui un Te Deum pour l’anniversaire du couronnement de l’Empereur.

 

Posen , 2 décembre 1806

A M. de Viry, sénateur

Votre fils (François de Viry, chef d’escadron, aide de camp du maréchal Lannes) a mérité le grade que je lui ai donné par sa bonne conduite. Tous ses chefs m’ont fait l’éloge de sa bravoure.

(de Brotonne)

 

Posen, 2 décembre 1806

A M. de La Rochefoucauld (il est alors ambassadeur près de l’empereur d’Autriche)

Je reçois votre lettre du 29 novembre. Vous n’avez d’aucune nanière démérité de ma part. Je vous en donnerai des preuves, à la première circonstance qui s’en présentera. Vous pouvez retourner en France pour rétablir votre santé, en attendant que je vous fasse connaître la démission que je vous destine.

(de Brotonne)

 

Posen, 3 décembre 1806, midi

A l’Impératrice, à Mayence

Je reçois ta lettre du 26 novembre; J’y vois deux choses : tu me dis que je ne lis pas tes lettres; cela est mal pensé. Je te sais mauvais gré d’une si mauvaise opinion. Tu me dis que ce pourrait être par quelque rêve de la nuit, et tu ajoutes que tu n’es pas jalouse.

Je me suis aperçu depuis longtemps que les gens colères soutiennent toujours qu’ils ne sont pas colères, que ceux qui ont peur disent souvent qu’ils n’ont pas peur; tu es donc convaincue de jalousie; j’en suis enchanté ! Du reste, tu as tort ! je ne pense à rien moins, et dans les déserts de la Pologne l’on songe peu aux belles…

J’ai eu hier un bal de la noblesse de la province; d’assez belles femmes, assez riches, assez mal mises, quoiqu’à la mode de Paris.

Adieu, mon amie; je me porte bien.

Tout à toi.

Napoléon

(Lettres de Napoléon à Joséphine)

 

Posen, 3 décembre 1806, 6 heures du soir

A l’Impératrice, à Mayence

Je reçois ta lettre du 27 novembre, où je vois que ta petite tête s’est montée. Je me suis souvenu de ce vers :

Désir de femme est un jeu qui dévore

Il faut cependant te calmer. Je t’ai écrit que j’étais en Pologne, que, lorsque les quartiers d’hiver seraient assis, tu pourrais venir; il faut donc attendre quelques jours.

Plus on est grand et moins on doit avoir de volonté; l’on dépend des événements et des circonstances.

Tu peux aller à Francfort et à Darmstadt. J’espère sous peu de jours t’appeler; mais il faut que les événements le veuillent.

La chaleur de ta lettre me fait voir que vous autres jolies femmes vous ne connaissez pas de barrières; ce que vous voulez doit être; mais moi, je me déclare le plus esclave des hommes: mon maître n’a pas d’entrailles, et ce maître c’est la nature des choses.

Adieu, mon amie; porte-toi bien.

La personne dont je t’ai voulu parler est Madame de La Rochefoucauld dont tout le monde dit du mal : l’on m’assure qu’elle est plus Prussienne que Française. Je ne le crois pas; mais je la crois une sotte qui ne dit que des bêtises.

Napoléon

(Lettres de Napoléon à Joséphine)

 

Posen, 3 décembre 1806, 9 heures du matin

Au général Bertrand

Monsieur le Général Bertrand, vous partirez avant une heure pour vous rendre à Glogau. Vous prendrez le gouvernement de cette place et de toute la haute Silésie, jusqu’à ce que j’aie envoyé quelqu’un vous remplacer. Vous ferez dresser un inventaire exact des magasins d’artillerie et des vivres. Vous m’enverrez tous les états, ainsi qu’une reconnaissance de la place. Je désire la garder, parce qu’elle me donne un pont sur l’Oder pour tomber en Silésie. J’attendrai votre rapport pour fixer mes idées. Vous me ferez connaître également la force de la garnison qui serait nécessaire pour mettre la place à l’abri d’un coup de main, la force des manutentions. Vous désignerez des emplacements pour les hôpitaux, etc.

Vous m’enverrez un premier aperçu de la statistique de toute la haute Silésie. Vous me ferez connaître la quantité de magasins à poudre, des forges à rougir les boulets, etc., les manufactures de drap, les tanneries qui se trouvaient dans la haute Silésie. Vous commanderez des souliers, dont vous savez le grand besoin que l’on a, et vous ordonnerez tous les petits travaux, soit d’artillerie, soit du génie, pour mettre la place en état.

Vous aurez soin de désarmer toute la ville de sabres et de fusils, et de renvoyer toutes les armes provenant du désarmement sur Varsovie pour armer les Polonais.

 

Posen , 3 décembre 1806

Au prince Jérôme

Mon Frère, Glogau s’est rendu. Il résulte de lettres interceptées que Breslau n’a que le cinquième de la garnison nécessaire à la défense de la place; que le général qui y commande déclare qu’il sera obligé de se rendre, s’il est bloqué plusieurs jours de suite par de l’infanterie. Une centaine de bombes jetées dans cette grande et belle ville la forceront à se rendre. Je désire que vous ayez l’honneur de la prendre en personne. Vous recevrez par l’état-major l’ordre de vous y rendre avec la division Wrede. Le général Vandamme, avec les Wurtembergeois, s’y rend de son côté. Les mortiers suivront. Le major général vous envoie des instructions sur la conduite du siège. Je ne doute pas qu’en quatre jours elle ne tombe pas entre vos mains. La
division Deroy reste où elle est, avec la moitié de la cavalerie. Par ce moyen, si Breslau est pris, et que j’aie une affaire en avant de Varsovie, vous pourrez vous y trouver avec la division Deroy. En attendant, cette division se reposera.

Maintenez une sévère discipline, surtout en Pologne. Faites fusiller quelques pillards pour l’exemple.

Vous pouvez garder Deponthon jusqu’à la prise de Breslau. Avant de me le renvoyer, il faut qu’il ait visité la place pour m’en rendre bon compte.

Breslau une fois pris, il faut envoyer le général Vandamme investir sur-le-champ Brieg, sans que les Wurtembergeois entrent à Breslau. Il sera bien suffisant que vous entriez avec le corps bavarois.

 

Posen , 3 décembre 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, sur les 20,000 fusils qui sont arrivés à Posen, mon intention est que 11,000 soient mis à la disposition du général Dombrowski pour être remis aux quatre régiments qui se forment dans le département de Posen; que 2,000 soient remis aux quatre régiments qui se forment dans le département de Kalisz; 4,000 seront envoyés à Varsovie et partiront demain. Indépendamment de cet envoi, 4,000 autres seront envoyés de Glogau à Varsovie. Le grand-duc de Berg sera instruit de leur arrivée. Il restera à Posen 10,000 fusils. Vous vous ferez remettre, deux fois par semaine, la situation des troupes polonaises qui se lèvent et se forment, ainsi que le numéro, le nom de chaque régiment et le lieu où il se réunit.

 

Posen, 3 décembre 1806

Au grand-duc de Berg

Le général Dombrowski se rend à Varsovie, afin de donner toutes les indications nécessaires pour organiser les troupes. Je n’ai point reçu aujourd’hui de vos nouvelles. J’imagine que vous avez fait appuyer sur vous le maréchal Lannes et même le maréchal Augereau, qui ne peut plus vivre où il est. Le voisinage de Varsovie est nécessaire à mes troupes, pour qu’elles puissent se reposer et se refaire.

Ne placez aucune troupe à Lowicz , parce que je donne ordre à la Garde de s’y rendre, et qu’il serait possible que je fisse pousser jusque-là le corps du maréchal Soult et les divisions de dragons. La saison est mauvaise; il faut des abris. Maintenez une sévère discipline à Varsovie. Le maréchal Augereau laissera sa cavalerie le long de la Vistule, entre Thorn et lui. Le maréchal Ney doit être demain vis-à-vis Thorn.

Vous aurez sans doute pensé à organiser la place de Varsovie. On doit faire venir des vivres du côté de Petrikau. J’imagine que les Autrichiens ont ouvert la Galicie.

Glogau s’est rendu. J’ai ordonné qu’on envoyât de cette place sur Varsovie 4,000 fusils pour armer les Polonais. Il y en a ici 4,000 autres à leur disposition. Mais dites-leur qu’il faut qu’ils envoient des commissaires , avec des moyens de transport, pour les emporter. Les armes ne leur manqueront pas.

La place de Nienburg s’est également rendue.

Je fais bombarder Breslau. Tout me porte à croire que cette place sera à nous dans peu de jours.

Je trouve que vous m’écrivez un peu rarement.

Tâchez de passer la Vistule, soit à Praga, soit au confluent de la Narew. Je ne doute pas que le maréchal Ney ne la passe bientôt.

 

Posen, 3 décembre 1806

Au grand-duc de Berg

En lisant avec attention votre décret, je vois que vous laissez des Allemands dans la Chambre (Chambre administrative de Varsovie, établie depuis l’arrivée de l’armée françaises). Cela est bon pour le moment; mais, si les Allemands sont suspects et gênent, il n’y a pas de difficulté qu’ils s’en aillent et qu’ils soient remplacés par de bons Polonais. Voyez Wybicki, et faites-lui connaître que mon intention est qu’on fasse à Varsovie comme on a fait ici.

 

Posen, 3 décembre 1806

Au général Clarke

Je reçois votre lettre du 30 novembre, dans laquelle vous m’instruisez de la prise de Nienburg. Le général Savary m’en aura envoyé la nouvelle par quelque officier hollandais, qui ordinairement sont très-longs en route. Vous pouvez faire mettre dans les gazettes de Berlin que Glogau s’est rendu, et que bientôt Breslau aura le même sort; que cela est avantageux pour Berlin, puisque cela rouvre les communications avec la Silésie.

 

 Posen, 3 décembre 1806

Au général Songis

Glogau est pris. Faites partir sur-le-champ le général Pernety, et, dans le cas qu’il ne soit pas ici, un autre général ou officier supérieur d’artillerie pour organiser le service de l’artillerie de cette place. Envoyez aussi un chef de bataillon, ou un capitaine en résidence, pour commander l’artillerie de ville, un garde-magasin. Faites mettre en règle la comptabilité du matériel. Dirigez-y une compagnie d’artillerie. Mon intention est de garder cette ville.

Faites rembarquer sur l’Oder les mortiers qui ont servi à la prise de Glogau, et faites-les remonter jusqu’à Breslau. Faites augmenter cette artillerie de quelques mortiers et pièces de canon, si l’on en trouve à Glogau.

Faites porter à Varsovie les fusils provenant du désarmement.

Le général Pernety, ou celui qui partira en sa place, se rendra Breslau pour diriger le bombardement de cette place.

 

Posen, 3 décembre 1806

A M. Daru

Monsieur Daru, je vous avais demandé un rapport sur les souliers qui doivent être envoyés à Küstrin. Le premier compte que vous m’avez rendu m’annonçait qu’il en était arrivé 6,000 paires; cependant il n’en est arrivé que 4,000. Il devait aussi en arriver de Dresde, d’Erfurt, et aussi d’un second et troisième envoi de Berlin. Il urgent de prendre des mesures efficaces pour que ces souliers arrivent ici. Écrivez à M. Lambert de les faire partir pour Küstrin. Le général Oudinot les garde tous pour lui : ce n’est pas juste; ses grenadiers sont pourvus, et j’ai ici des corps qui n’ont rien. Le général Oudinot demande 10.000 paires de souliers : il est convenable de les accorder, mais quand on lui donnerait 3,000 paires aujourd’hui, 3,000 paires dans quinze jours et 3,000 paires dans un mois, serait suffisant.

Écrivez à l’ordonnateur du corps du maréchal Ney qui est à Bromberg, que Bromberg et Thorn sont des pays de ressources où l’on peut se procurer des souliers; et si l’on ne peut pas avoir des souliers, qu’on prenne du cuir avec lequel nos soldats sont assez industrieux pour raccommoder leurs vieux souliers. Lorsque 30,000 paires de souliers seront parties pour Küstrin, donnez le trente et unième mille au général Ménard pour les hommes qui sont dans le cas de rejoindre des différents dépôts; mais faites-en venir trente mille à Küstrin, et puis la trente-deux millième paire jusqu’à la quarante millième seront également dirigées sur Posen.

 

 Posen, 3 décembre 1806

Au général Lagrange, à Cassel

Je vois avec plaisir que vous avez envoyé 800 hommes montés à la Grande Armée. Demandez au maréchal Kellermann 100 dragons à pied; vous les monterez et vous les garderez quelque temps.

Je vois, par votre lettre, que quatre millions d’écus, c’est-à-dire près de seize millions, sont prêtés dans le pays. Présentez-moi une mesure pour faire rembourser cet argent par ceux à qui il a été prêté, en trois payements, en accordant une bonification considérable, comme une diminution de dix pour cent aux débiteurs, afin qu’ils aient quelque chose à gagner à rembourser. Faites-moi connaître si les conditions des prêts étaient d’être remboursables à terme ou à la volonté de l’Électeur. Je vous recommande de nouveau d’évacuer tous les fusils sur la France.

 

Posen, 3 décembre 1806

Au roi de Naples

Mon Frère, vous avez besoin d’un homme qui soit un peu vigoureux et qui ait du talent; je pense que Macdonald vous conviendrait. Faites-lui-en écrire à Paris, et, s’il accepte d’entrer à votre service, c’est une chose avantageuse. Vous comprenez bien qu’il faut qu’une pareille chose vienne de vous.

 

Posen, 3 décembre 1806

Au roi de Hollande

Je reçois votre lettre du . . novembre. Je vois avec plaisir que vous êtes de retour à la Haye. Je ne vois pas d’inconvénient que vous expédiiez une frégate à Curaçao; mais il faut qu’elle soit bonne marcheuse, sans quoi elle sera prise. Dans le cas où vous en expédieriezune, peut-être serait-il convenable d’en expédier deux à la fois. Je ne pense pas qu’il faille faire sortir une escadre dans le temps actuel; elle ne rentrerait pas dans vos ports; elle serait prise par les Anglais qui n’ont pas, comme vous le pensez, leur attention fixée sur les affaires du continent; tout au contraire, les désastres du continent, leur impuissance d’y porter remède, reportent leur attention sur les colonies françaises et espagnoles. Une expédition anglaise est déjà partie; peut-être est-elle allée aux Antilles on dans l’Amérique espagnole. D’autres suivront le même chemin. C’est désormais folie que de vouloir s’obstiner à lutter sur mer. Une escadre qui n’est par forte de 9 vaisseaux bons marcheurs n’a aucune probabilité de s’échapper parce que partout, par l’immense supériorité des Anglais, elle trouve une escadre pareille. Quand une escadre est de 8 ou 10 vaisseaux, alors elle ne peut essuyer de malheurs que par une expédition combinée des Anglais, ce qui est difficile. Mais alors la difficulté de ravitailler cette escadre et l’impossibilité qu’il n’y ait pas des traîneurs ou des séparations sont un autre obstacle. Qu’y a-t-il à faire ? Préparer pour quatre ans d’ici l’organisation de votre marine. Mettez à cet effet un certain nombre de vaisseaux en construction, pour pouvoir avoir 25 vaisseaux dans quatre ou cinq ans (parce qu’à cette époque les puissances combinées pourront réunir des escadres nombreuses, si, comme il y a lieu de le penser, on jouit dans cet intervalle d’un moment de paix) et lutter avec avantage. Pour le moment tenez vos escadres prêtes à partir pour obliger les Anglais à tenir la mer.

 

Posen, 3 décembre 1806

Au roi de Hollande

Je vous envoie des décrets que j’ai pris pour organiser des postes, des douanes et de la gendarmerie dans les villes hanséatiques. Je désire que vous preniez les mêmes décrets pour l’Ost-Frise. Envoyez des douaniers. Je désire également que vous envoyiez des douaniers et des employés des postes au port d’Emden, pour y arrêter le commerce et les lettres. J’espère que vous avez pris la même mesure à Amsterdam et Rotterdam, et qu’il n’y a plus enfin de correspondance avec l’Angleterre dans aucun point de la Hollande. C’est le moyen de porter coup à l’Angleterre et de l’obliger à la paix. Cela fera sans doute du mal à la Hollande et à la France; mais il vaut mieux souffrir quelque temps et avoir ensuite une paix avantageuse.

Il n’y a point difficulté à ce que vous laissiez mettre ces décrets dans vos journaux. Je pense que vous devez tenir 4 ou 5,000 hommes à Emden, avec l’instruction de se porter au secours de Hambourg, si cela était nécessaire. Je vous recommande bien la stricte exécution de mon décret sur le blocus de l’Angleterre, sans quoi nous ne finirons jamais. Faites arrêter tous les paquebots, et qu’il n’y ait plus aucune espèce de communication avec l’Angleterre.

 

Posen, 3 décembre 1806

Au roi de Hollande

La personne que vous m’avez envoyée m’a exprimé votre désir de posséder une partie de la Westphalie. Je lui ai fait connaître que ce ne serait qu’autant que la Hollande me seconderait. Jusqu’ici elle ne m’a été d’aucun secours. Elle ne m’a pas fourni 1,000 chevaux et 5,000 Hollandais, avec 16 pièces mal attelées, en tout moins de 6,000 hommes, tandis que vous auriez dû avoir à l’armée 15,000 hommes, 4,000 chevaux et 40 pièces d’artillerie. Vous m’êtes moins utile que le grand-duc de Bade. J’ai témoigné à votre envoyé mon mécontentement des Hautes Puissances qui ne vous fournissent pas d’argent, qui ne savent que crier misère et vous avilissent; que les Hollandais sont les plus riches de l’Europe et qu’il fallait une main vigoureuse pour les obliger à fournir aux charges publiques. Vous attachez trop de prix à la popularité en Hollande. Il faut, avant d’être bon, être le maître. Vous avez vu, par mon message au Sénat et par mon décret, que je veux conquérir la mer par la puissance de terre. Il faut que vous suiviez ce système; que vous recrutiez des nationaux, que vous leviez de bons équipages d’artillerie, que vous montiez bien votre cavalerie et que vous vous mettiez à l’abri de toute agression. Songez que mon armée est à Varsovie; qu’il faut que vous défendiez non-seulement la Hollande, mais même Hambourg, et que vous puissiez vous porter sur l’Elbe et à Boulogne, selon les circonstances. Vous devriez me fournir autant de troupes que le roi de Bavière, qui a 36,000 hommes; mais cela ne s’obtient pas avec des idées mesquines, des sentiments faibles et les petites économies d’un boutiquier d’Amsterdam. Dans le traité général du partage des États continentaux, je traiterai la Hollande comme elle m’aura servi. Je vous le répète, vous ne me fournissez pas plus de moyens que Nassau, qui me fournit 4,000 hommes.

 

Posen , 3 décembre 1806

A M. Cambacérès

Vous pouvez annoncer officiellement dans le Moniteur que la place de Glogau, dans la basse Silésie, s’est rendue après un bombardement de plusieurs jours.

 

Posen, 3 décembre 1806

A M. Mollien

Monsieur Mollien, je désirerais que les 40,000 louis qui sont à Mayence soient convertis, à la Monnaie la plus voisine, en napoléons. L’envoi de cet argent n’est pas tellement pressant que je ne puisse attendre la conversion.

Les douze millions que vous avez à Mayence me suffisent; mais réalisez le surplus dans vos coffres, à Paris, de manière que vous n’en soyez que le dépositaire, que cet argent soit constamment à la disposition et ne se ressente ni du change ni des événements de place.

En ne payant pas mon armée, je contracte une dette réelle, et ne vois que de l’argent en caisse qui puisse me donner le moyen de tenir rigoureusement cette première des obligations.

 

Posen, 3 décembre 1806

A M. Fouché

Je reçois votre lettre du 24 novembre. Il faut porter une grande attention à faire arrêter toutes les proclamations et ordres du jour apocryphes qu’on publierait sous mon nom. Il s’en est déjà répandu plusieurs. Celui de Strasbourg, où l’on me fait dire que j’ai des duchés à donner et cent millions pour les soldats, me parait plus l’effet de l’imagination que de la malveillance. L’état-major vous fera connaître où se trouve le sieur Oudet, major du 63e régiment ligne.

 

Posen, 3 décembre 1806

Au vice-amiral Decrès

Envoyez à Hambourg un capitaine de frégate, deux enseignes et une quarantaine de bons matelots français, lesquels équiperont à Stade même quelques petites chaloupes qu’ils armeront avec des obusiers. Ils partiront de ce port pour croiser à l’embouchure de l’Elbe et obliger les bâtiments à venir arraisonner. Ils s’adresseront au commandant de Hambourg. Il faut que les officiers soient actifs et incorruptibles. Ils pourront armer quatre petits bàtiments et en avoir toujours un ou deux en vedette.

 

Posen, 4 décembre 1806

DÉCISIONS

Le ministre demande s’il faut conserver 381.896 litres de vin qui existent à Boulogne ou les remettre au domaine pour être vendus, afin d’éviter leur détérioration. Il sera tenu chez M. l’archichancelier un conseil d’administration auquel seront appelés les ministres de l’administration de la guerre et de la marine et les conseillers d’Etat Defermon, Lacuée, Bérenger et Duchâtel.

Sa Majesté approuve la résolution que prendra ce conseil.

Le ministre demande par qui devront être acquittées les fournitures en subsistance faites à l’armée de Hollande pendant le temps qu’elle a séjourné à Wesel, sur les Etats du grand-duc de Berg et de Clèves. Il faut laisser cette dépense à la charge de ceux qui l’ont supportée.

(Picard)