Correspondance de Napoléon – Décembre 1804

Décembre 1804

 

Paris, ler décembre 1804

RÉPONSE DE L’EMPEREUR AU SÉNAT

Je monte au trône où m’ont appelé le vœu unanime du Sénat, du peuple et de l’armée, le cœur plein du sentiment des grandes destinées de ce peuple que, du milieu des camps, j’ai le premier salué du nom de Grand.

Depuis mon adolescence, mes pensées tout entières lui sont dévolues; et, je dois le dire ici, mes plaisirs et mes peines ne se composent plus aujourd’hui que du bonheur ou du malheur de mon peuple.

Mes descendants conserveront longtemps ce trône.

Dans les camps, ils seront les premiers soldats de l’armée, sacrifiant leur vie pour la défense de leur pays.

Magistrats, ils ne perdront jamais de vue que le mépris des lois et l’ébranlement de l’ordre social ne sont que le résultat de la faiblesse et de l’incertitude des princes.

Vous, Sénateurs, dont les conseils et l’appui ne m’ont jamais manqué dans les circonstances les plus difficiles, votre esprit se transmettra à vos successeurs. Soyez toujours les soutiens et les premiers conseillers de ce trône, si nécessaire au bonheur de ce vaste empire.

 

EXTRAIT DU PROCÈS-VERBAL DE LA CÉRÉMONIE DU SACRE ET DU COURONNEMENT,
EN L’ÉGLISE MÉTROPOLITAINE DE PARIS, LE 11 FRIMAIRE AN XIII (2 DÉCEMBRE 1804).

L’Empereur, assis, la couronne sur la tête et la main levée sur l’Évangile, a prononcé le serment en ces termes :

Je jure de maintenir l’intégrité du territoire de la République; de respecter et de faire respecter les lois du concordat et la liberté des cultes; de respecter et de faire respecter l’égalité des droits, la liberté politique et civile, l’irrévocabilité des ventes des biens nationaux; de ne lever aucun impôt, de n’établir aucune taxe qu’en vertu de la loi; de maintenir l’institution de la Légion d’honneur; de gouverner dans la seule vue de l’intérêt, du bonheur et de la gloire du Peuple français.

 

Paris, 4 décembre 1804

DÉCISION

Pétition de la dame Primavesi, née Giese, à l’Empereur, pour obtenir la liberté de son mari, banquier à Munster, en Westphalie, et détenu en prison à Paris depuis treize mois. Malgré les torts de Primavesi, je veux bien lui accorder sa liberté. Il lui sera enjoint d’être désormais circonspect et plus prudent. Renvoyé au ministre de la police pour l’exécution

 

Paris, 5 décembre 1804

PAROLES DE L’EMPEREUR LORS DE LA DISTRIBUTION DES AIGLES AU CHAMP-DE-MARS

Soldats, voilà vos drapeaux; ces aigles vous serviront toujours de point de ralliement; ils seront partout où votre Empereur les jugera nécessaires pour la défense de son trône et de son peuple.

Vous jurez de sacrifier votre vie pour les défendre, et de les maintenir constamment par votre courage sur le chemin de la victoire. Vous le jurez ?

 

Paris, 6 décembre 1804

PROCÈS-VERBAL DE LA RÉCEPTION DES PRÉSIDENTS DES COLLÉGES ÉLECTORAUX,
DES PRÉFETS, DES PRÉSIDENTS DES COURS D’APPEL, ETC.
(EXTRAIT.)

  1. M. l’Empereur, après s’être entretenu pendant quelques instant avec chacun d’eux, a terminé cette audience en disant qu’il voyait avec plaisir autour de lui les présidents de colléges électoraux de département, et qu’il espérait que ces corps, qui doivent être complétés dans le cours de cette année, seraient un des principaux appui du trône, et donneraient dans toutes les circonstances des témoignages de leur attachement à sa personne et à la patrie.

A midi, les présidents de colléges électoraux d’arrondissement ayant été introduits de la même manière, S. M. l’Empereur s’est entretenu avec la plupart d’entre eux, et, en terminant l’audience qui leur avait été accordée, a aussi témoigné la satisfaction avec laquelle il les voyait autour de lui, et leur a dit qu’il espérait que ces corps, qui doivent être successivement complétés, seraient constamment animés d’un bon esprit et se réuniraient à lui dans toutes les circonstances pour tout ce qui pourrait être utile au trône et à la patrie.

A une heure, les préfets, ayant été introduits par le grand maître des cérémonies, ont été présentés par l’archichancelier de l’Empire. S.M. l’Empereur, après les avoir presque tous entretenus pendant quelques instants, leur a fait connaître qu’il a vu avec plaisir les préfets des cent huit départements de l’Empire; qu’il est satisfait du zèle qu’ils ont apporté dans l’exercice de leurs fonctions, et avec lequel ils l’ont aidé, pendant les quatre années qui viennent de s’écouler, à soutenir le fardeau du gouvernement; il leur a recommandé spécialement l’exécution de la loi sur la conscription, dont on a rendu successivement les dispositions plus faciles et moins onéreuses.

Sans la conscription, a-t-il dit, il ne peut y avoir ni puissance ni indépendance nationales. Toute l’Europe est assujettie à la la conscription. Nos succès et la force de notre position tiennent à ce que nous avons une armée nationale; il faut s’attacher avec soin à conserver cet avantage.

L’Empereur a ensuite ajouté qu’il espérait que les préfets continueraient à porter le même zèle dans l’administration qui leur est confiée, et qu’ils auraient toujours le même attachement pour sa personne et pour la patrie.

A deux heures, les présidents des cours d’appel et les procureurs généraux des cours d’appel et criminelles ayant aussi été introduits par le grand maître des cérémonies et présentés par S. A. S. l’archichancelier de l’Empire, S. M. l’Empereur leur a donné une audience qu’il a terminée en exprimant la satisfaction avec laquelle il voyait ces magistrats, et la confiance qu’il mettait en leur attachement à sa personne et à la patrie.

J’espère, a-t-il ajouté, que les cours continueront à rendre bonne, sévère et impartiale justice; car c’est l’une des principales obligations que j’ai contractées avec le Peuple français.

Sa Majesté a daigné les entretenir ensuite des discussions qui ont en ce moment lieu au Conseil d’État au sujet de l’organisation de la procédure criminelle.

 

Saint-Cloud, 11 décembre 1804

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, mon Grand Chambellan, je vous fais cette lettre pour vous témoigner mon mécontentement de ce que vous avez permis que les invitations de mercredi portassent le mot de souper, puisque l’heure pour laquelle elles étaient est celle de mon dîner, et que l’on substituât la date de l’ancien calendrier à celle du nouveau, qui est celui de l’Empire. Mon intention est que, dans mon palais comme ailleurs, on obéisse aux lois.

 

Saint-Cloud, 12 décembre 1804

Au vice-amiral Villeneuve, commandant l’escadre de la Méditerranée

Monsieur le Vice-Amiral Villeneuve, nous vous faisons savoir qu’ayant jugé à propos de soumettre à notre domination les colonies de Surinam, Berbice, Demerari, Essequibo, la Trinité, la Dominique et Sainte-Lucie, occupées par l’ennemi, de mettre hors de toute atteinte nos îles de la Martinique et de la Guadeloupe, et de porter des renforts à Santo-Domingo, nous avons fait choix de vous pour, en qualité de commandant général de nos forces navales dans les mers d’Amérique, commander en chef celles que nous avons destinées à ces expéditions.

Les forces dont nous vous commettons le commandement se composent de l’escadre réunie sous votre pavillon dans notre rade de Toulon, et de celle réunie dans nos rades-de l’île d’Aix sous le pavillon du contre-amiral Missiessy, lequel en conservera le commandement en chef jusqu’à ce que, par la réunion des deux escadres, ou par les communications que vous aurez établies entre elles après votre arrivée dans les mers d’Amérique, vous lui ayez fait parvenir vos ordres ou instructions, en votre qualité de commandant général.

Nous avons chargé notre ministre de la marine et des colonies de vous faire connaître, par un état particulier, les noms et la force des corps, le nombre et l’espèce de bouches à feu, armes et munitions dont nous avons ordonné l’embarquement extraordinaire sur l’une et l’autre escadre, ainsi que le nombre, les noms et la force des bâtiments dont elles doivent être composées, et la quantité de vivres dont ils doivent être pourvus.

Notre aide de camp, le général de brigade Lauriston, a été nommé par nous pour commander les forces expéditionnaires embarquées sur notre escadre de Toulon, et le général de division Lagrange, inspecteur général de notre gendarmerie, pour commander celles embarquées sur l’escadre de Rochefort.

Notre intention est que l’escadre de Toulon profite de la première occasion favorable pour appareiller, en trompant la surveillance des croisières de l’ennemi.

L’escadre de Rochefort, sous le commandement du contre-amiral Missiessy, reçoit le même ordre. Elle se rendra directement à la Martinique.

Notre escadre de Toulon, sous votre commandement, sortira du détroit le plus tôt possible, en faisant telle route que vous jugerez convenable pour éviter l’ennemi. Elle brûlera toutes les prises dont la marche ralentirait la sienne.

Elle évitera de chasser des bâtiments qui s’écarteraient de la route.

Après être sorti du détroit, vous vous ferez rallier par notre vaisseau l’Aigle et les deux corvettes françaises qui sont à Cadix, et qui ont ordre d’appareiller et de se réunir à votre pavillon dès que vous paraîtrez.

Vous vous rendrez ensuite directement à Cayenne.

Arrivé an vent de cette île, vous en ferez approcher aussi près que possible une frégate et deux corvettes.

Vous aurez préalablement pourvu à ce que ces trois bâtiments aient versé les troupes expéditionnaires qu’ils ont à bord sur ceux des autres bâtiments de l’escadre sur lesquels se trouvent les corps respectifs auxquels elles appartiennent, et à ce que chaque bâtiment leur ait envoyé en remplacement les hommes les moins bien portants et les moins propres à la guerre, au nombre total de 300, lesquels devront être débarqués à Cayenne et y tenir garnison.

Ce mouvement sera promptement opéré par le service des embarcations de toute l’escadre et conformément à l’état arrêté par le général Lauriston en ce qui concerne les hommes à débarquer.

Cet officier général débarquera à Cayenne pour se concerter sans délai avec notre commissaire Victor Hugues sur les moyens que celui-ci pourra fournir pour l’expédition.

Vous y enverrez vous-même un officier de confiance pour requérir le nombre de pilotes, de bâtiments légers et embarcations utiles au débarquement, et tous les moyens accessoires que la colonie pourra fournir.

L’officier que vous aurez expédié sera chargé de l’embarquement et départ de l’artillerie et des hommes que Cayenne aura pu fournir. Il fera embarquer ces hommes sur la frégate et les corvettes qui se seront avancées près de terre, si elles peuvent suffire; et, à défaut de ce, il y sera suppléé par tous les bâtiments, de quelque nation qu’ils soient, qui se trouveront disponibles.

Cayenne doit fournir un renfort d’au moins 800 hommes.

De Cayenne, vous enverrez un aviso à la Martinique avec un officier qui ne sera chargé d’aucun paquet, mais qui aura l’ordre d’informer verbalement le capitaine général Villaret et le contre-amiral Missiessy de votre arrivée, de votre mission et de l’état des choses.

Ces opérations ne devront pas retenir l’escadre devant Cayenne plus de vingt-quatre heures; mais, si l’embarquement de l’artillerie et des munitions de guerre exigeait plus de temps, un officier y resterait pour le diriger; une frégate y serait laissée pour l’escorte et l’escadre , ayant ses pilotes, se dirigerait sur Surinam.

Vous prendrez sur-le-champ les mesures nécessaires pour bloquer Demerari et Berbice, afin que les vaisseaux ne s’échappent point de ces rivières. A votre arrivée devant Surinam, notre commissaire Victor Hugues descendra avec les troupes de Cayenne sur la rive droite du Surinam, au lieu convenu entre le général Lauriston et vous, pour s’emparer de la batterie de Brams-Point, qui défend son entrée, et de toutes celles établies sur cette rive droite du fleuve.

Le général Lauriston fera soutenir par les troupes nécessaires la colonne des troupes de Cayenne.

Trois bataillons et l’artillerie nécessaire débarqueront sur la rive gauche du Surinam, et le général Lauriston marchera droit à Para-maribo.

Le reste de l’escadre et de l’armée formera le corps de réserve de l’une et l’autre aile, et vous veillerez à ce que tout soit prêt pour que des secours puissent être promptement débarqués à la rive droite ou à la rive gauche, selon les besoins.

Aussitôt que le fort Zélande (Surinam) sera pris, le général Lauriston jugera, selon les événements et la force de l’ennemi, si le reste des troupes lui est nécessaire.

S’il ne l’est pas, une division de notre escadre portera à Demerari trois bataillons de débarquement. A son passage devant Berbice, cette division sommera cette colonie de se rendre; et, au cas qu’elle y trouvât le commandant décidé , elle y mettra une garnison de 200 hommes.

Ainsi, le huitième jour au plus tard après votre arrivée devant Cayenne, vous aurez partagé votre escadre en deux divisions, dont, l’une employée à l’attaque de Surinam, et la seconde à celle de Demerari.

Berbice et Essequibo tomberont d’elles-mêmes après la conquête de Surinam et de Demerari.

Vous aurez soin de composer ces divisions de manière qu’elles soient plus fortes que les escadres ennemies dans ces mers, et, si vous aviez à craindre l’attaque d’une escadre de plus de cinq vaisseaux, vous vous comporteriez en conséquence.

Le fort d’Amsterdam est susceptible de plus ou moins de résistance; vous aiderez de tous vos moyens à la prise de ce fort; mais cependant vous ne débarquerez pas vos équipages ni vos garnisons, notre intention étant que vous soyez toujours disposé à combattre l’escadre ennemie qui se présenterait.

Vous ferez dans ces colonies une levée de vingt matelots noirs ou blancs pour chaque vaisseau de votre escadre, et une levée aussi forte que vous le pourrez à la Martinique et à la Guadeloupe.

Vous vous y approvisionnerez de la plus grande quantité de vivres que vos vaisseaux pourront contenir, et notamment de riz, à défaut d’autres vivres de campagne.

Dans les vingt-quatre heures après la prise du fort d’Amsterdam, vous vous rendrez devant Berbice et Demerari, ayant à bord de votre escadre le général Reille avec les 1,500 on 1,800 hommes qui sont sous ses ordres, et qui prendront possession de Demerari. Ce débarquement fait et vos vaisseaux tous réunis, vous ferez voile pour la Martinique, où vous trouverez l’escadre du contre-amiral Missiessy, qui a ordre de vous y attendre, même de se laisser bloquer dans la rade, si une escadre plus forte ne lui laissait pas d’autre parti.

Vous insulterez , s’il y a lieu , la rade de Man-of-War-Bay. Vous aurez cependant laissé à la disposition du général Lauriston deux bricks et une ou deux frégates, s’il les désire.

Si, le vingt et unième jour après votre première communication avec Cayenne, le fort d’Amsterdam n’était pas en notre pouvoir, vous ferez connaître au général Lauriston l’obligation où vous serez de quitter ces parages. Vous passerez devant Berbice et Demerari, et, y laissant les frégates et les bâtiments légers que vous jugerez nécessaires, vous cinglerez sur la Martinique, vous dirigeant de manière à insulter les rades foraines et les colonies anglaises qui se trouvent sur votre route.

Votre réunion faite à la Martinique avec l’escadre du contre-amiral Missiessy, vous séjournerez quelque temps dans ces parages, croisant devant les îles anglaises, interceptant leur commerce et ravageant leurs rades.

Vous vous réglerez, pour opérer votre retour, sur les nouvelles que vous aurez de la Martinique, de la Dominique, de la Guadeloupe, de Surinam; et, lorsque vous penserez que votre séjour dans ces mers ne peut plus être d’aucune utilité, vous vous dirigerez sur Santo-Domingo. Vous porterez à Santo-Domingo six ou sept cents fusils et la poudre qui y sont destinés, ainsi que six ou sept cents hommes qui auront été embarqués à Surinam, si la conquête a coûté assez peu pour permettre ce détachement.

Il est impossible de déterminer tout ce que vous devrez faire dans l’expédition qui vous est confiée; les dispositions mêmes contenues dans ces instructions ne sont qu’indicatives de la manière dont nous envisageons les choses, et devront être modifiées par vous et le général Lauriston comme l’exigeront les circonstances, la possibilité des événements et l’intérêt de notre service.

Mais nous jugeons à propos de vous faire observer qu’il est impossible que l’ennemi ait la moindre idée de cette double expédition; qu’il ne pourra vous opposer des forces égales à celles que nous vous confions, dans l’incertitude où il sera de leur destination; que, s’il est possible que le contre-amiral Missiessy ne soit maître de la mer que pendant un mois, il est probable que, réunis, vous le serez plus de deux; que ce temps doit être employé à mettre nos colonies à l’abri de tout événement; à soumettre au pouvoir de nos armes les quatre colonies hollandaises du continent dont les Anglais se sont emparés, ainsi que la Dominique , Sainte-Lucie , Antigoa , Saint-Christophe ou toute autre, s’il résulte des conférences avec le capitaine général Villaret qu’on peut les enlever ou les mettre à contribution; et enfin à porter des secours à Santo-Domingo, après avoir fait au commerce des ennemis dans les Antilles tout le mal qui sera possible.

Nous ajouterons que la plupart des îles anglaises ont des rades foraines susceptibles d’être insultées, et que nous nous confions à votre zèle pour notre service, à votre courage et à votre expérience de la guerre, en tout ce que pourront exiger les circonstances où vous vous trouverez, pour l’honneur et la gloire de nos armes et le succès de l’expédition.

Vous ne devez, dans aucun cas, prolonger votre séjour aux îles du Vent au delà de soixante jours, à compter du jour de votre arrivée devant Surinam ; et notre pavillon impérial ayant glorieusement parcouru les mers de l’Amérique que nous vous avons indiquées, et ayant frappé ou menacé tous les établissements de l’ennemi, notre escadre fera son retour en France, en laissant à la Martinique les frégates qu’aura demandées le capitaine général Villaret.

Vous atterrirez sur le Ferrol; vous débloquerez la division aux ordres du capitaine Gordon, qui, forte de 5 vaisseaux et de 2 frégates, sera prête à vous rejoindre, et vous rentrerez à Rochefort.

Le secret de cette double expédition est confié à votre fidélité pour notre personne et pour l’État, et ne pourra, sous aucun prétexte, être communiqué à qui que ce puisse être.

 

Palais des Tuileries, 12 décembre 1804

MESSAGE AU SÉNAT CONSERVATEUR

Sénateurs, les constitutions de l’Empire ayant statué que les actes qui constatent les naissances, les mariages et les décès des membres de la famille impériale seront transmis, sur un ordre de l’Empereur, au Sénat, nous avons chargé notre cousin l’archichancelier de l’Empire de vous présenter les actes qui constatent la naissance de Napoléon-Charles, né le 18 vendémiaire an XI, et de Napoléon-Louis, né le 19 vendémiaire an XIII, fils du prince Louis, notre frère, et nous invitons le Sénat à en ordonner, conformément aux constitutions, la transcription sur ses registres et le dépôt dans ses archives. Ces princes hériteront de l’attachement de leur père pour notre personne, de son amour pour ses devoirs et de ce premier sentiment qui porte tout prince, appelé à de si hautes destinées, à considérer constamment l’intérêt de la patrie et le bonheur de la France comme l’unique objet de sa vie.

 

Paris, 12 décembre 1804

Au prince Régent du Portugal

Sérénissime et très-aimé bon Frère et Cousin, allié et confédéré, je renvoie mon ambassadeur le maréchal Lannes près de Votre Altesse Royale. Je le charge spécialement de vous exprimer tout l’attachement que je vous porte et le désir que j’ai de voir nos deux États marcher d’accord et unis. Le dernier attentat des Anglais contre les frégates espagnoles montre assez qu’ils ne veulent souffrir aucun neutre, et que, du moment où ils auraient écrasé la marine française, ils ne respecteront rien. J’ai donc chargé mon ambassadeur de prier Votre Altesse Royale de faire cause commune avec moi et le roi d’Espagne, afin de maintenir un peu l’équilibre des mers et de porter à des idées modérées ce gouvernement ambitieux et orgueilleux. Sur ce, je prie Dieu, Sérénissime et très-cher et très-aimé bon Frère et Cousin, allié et confédéré, qu’il vous ait en sa sainte et digne garde.

Votre bon frère et cousin, allié et confédéré.

 

Paris, 12 décembre 1804

Au général Lauriston

Monsieur le Général Lauriston, les ministres de la marine et de la guerre vous ont envoyé vos instructions. Vous verrez que, pour vous rendre plus fort, je vous ai réuni le général Reille. J’ai besoin pour autre chose de la frégate la Muiron. La saison est déjà trop avancée; partez sans retard; arborez mes drapeaux sur ce beau continent; justifiez ma confiance, et si, une fois établi, les Anglais vous attaquent, et que vous éprouviez des vicissitudes, souvenez-vous toujours de ces trois choses : réunion de forces, activité et ferme résolution de périr avec gloire. Ce sont ces trois grands principes de l’art militaire qui m’ont toujours rendu la fortune favorable dans toutes mes opérations. La mort n’est rien; mais vivre vaincu et sans gloire, c’est mourir tous les jours. Soyez sans inquiétude sur votre famille, et donnez-vous tout entier à cette portion de ma famille que vous allez conquérir.

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Je vous annonce avec plaisir que les frégates le Président et la Ville-de-Milan sont arrivées heureusement à la Martinique, où elles ont porté cinq mille fusils et différentes munitions utiles à ces colonies.

 

Paris, 12 décembre 1804

DÉCISION

Des négociants français demandent que les bâtiments suédois, la plupart chargés de blé pour l’Espagne, aient la liberté de sortir de nos ports. Laisser partir ceux qui sont seulement chargés de blé, en  considération des besoins de l’Espagne.

 

Paris, 13 décembre 1804

Au maréchal Berthier

Je désire que le mortier à semelle qui est à Paris, destiné pour l’arrondissement de Bruges, soit envoyé à l’île d’Aix, de même que celui de Metz, s’il n’est pas encore parti, et les trois qui sont à Douai ; lesquels seront placés de manière à défendre le plus possible la rade et à protéger une escadre qui s’y trouverait.

 

Paris, 13 décembre 1804

A M. Portalis

Monsieur Portalis, Ministre des cultes, les protestants de Melle, département des Deux-Sèvres, demandent un temple. Ils représentent qu’ils sont plus de dix mille dans cet arrondissement, et qu’une des deux églises qui sont dans cette ville leur serait nécessaire.

 

Paris, 14 décembre 1804

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE.

ESCADRE DE BREST

Quel que soit le projet qu’on ait de faire un débarquement en Irlande ou partout ailleurs, il faut avoir des moyens de transporter des hommes et des vivres.

Il y a à Brest un vaisseau neuf à trois ponts, qui porterait 500 hommes.

Il y a 2 vaisseaux à trois ponts qui ont plus de vingt-cinq ans, lesquels pourraient être désarmés jusqu’à la paix dans un port des établissements français; les voiles, mâts, rechanges pourraient servir au reste de l’escadre; et les 1,400 hommes que chacun de ces vaisseaux pourrait porter seraient tous au profit de l’armée de débarquement.

Il y a 2 vaisseaux de 80 portant 450 hommes chacun. Il y en a 13 de 74 qui sont bons et qui porteraient chacun 425 hommes; enfin 3 vaisseaux de 74 qui ont plus de quarante ans, et qui pourraient, comme les 2 vieux vaisseaux à trois ponts, être désarmés dans un port des établissements français, et alors les 1,150 hommes qu’ils pourraient porter seraient tous au profit de l’armée de terre.

Il y a à Brest 4 vaisseaux désarmés et marqués à refondre ou à démolir. Il faudra en démolir 2, et avec leurs débris en replâtrer 2 assez pour les mettre en état de faire un voyage armés en flûte. Arrivés aux colonies, au lieu d’être désarmés, ils seraient démolis et vendus là.

Chacun de ces vaisseaux pourrait porter 1,250 hommes , étant armé en flûte.

23 vaisseaux de guerre de l’escadre de Brest porteraient donc 15,675 hommes.

Il y a à Brest 5 frégates qui portent 200 hommes chacune.

Il y en a une à Saint-Malo qui se rendrait à Brest le plus tôt possible et qui porterait également 200 hommes.

Il y a 2 frégates à refondre, la Pensée et la Romaine : on les relierait et on les mettrait assez en état pour pouvoir être armées en flûte. Elles porteraient chacune 800 hommes.

Les frégates porteraient donc 2,800 hommes.

Les 6 flûtes qui sont prêtes à Brest pourraient porter des vivres pour toute l’escadre pendant trois mois.

Chacune porterait indépendamment 50 hommes de passage qui joints à 300 hommes que porteraient 6 bricks, feraient 600 hommes.

Total général de l’armée que porterait l’escadre de Brest, 19,075 hommes.

ESCADRE DE LORIENT

L’Algésiras, la Cérès, la Didon, la Topaze, la flûtela Seine,et 2 ou 3 petits bricks, porteraient 1,600 hommes.

ESCADRE DE ROCHEFORT

L’Achille, la Thétis, 3 bricks et une ou deux gabares , pourraient porter un millier d’hommes et des vivres.

RÉCAPITULATION

Expédition de Brest . . . . . . . . . .  . 19,075 hommes
Expédition de Lorient . . . . . . . . . . . 1,600
Expédition de Rochefort. . . . . . . .    1,000
Total .. . . . . .    21,675

Cette expédition remplirait le but qu’on peut se proposer; alors l’escadre de 12 vaisseaux que l’Espagne pourrait avoir à Cadix et l’escadre combinée française et espagnole de 15 vaisseaux du Ferrol, seraient calculées pour le retour de l’amiral Villeneuve, afin de réunir les trois escadres dans un port de France.

Le résultat de ce projet est d’épargner un long voyage à l’escadre française et espagnole du Ferrol.

Nous y gagnerons donc un surcroît de moyens militaires, une économie de fonds. Cette dernière considération nous dédommagera de la perte des vaisseaux, quoiqu’on pense qu’à la paix ils pourront faire leur retour en marchandises, dont le bénéfice payera bien ce qu’ils valent; car, d’après l’idée que j’ai de ces vaisseaux, le Républicain, l’Indivisible, l’Ulysse et les deux autres vaisseaux espagnols, après une campagne aussi considérable, je ne pense pas qu’ils puissent être bons à autre chose qu’à être démolis. Il y a donc économie sous tous les points de vue.

 

Paris, 14 décembre 1804

A M. Fouché

Mon intention est que vous fassiez mettre M. de Vernègues en liberté. Vous lui ferez connaître que c’est à la demande que m’en a faite le Pape qu’il le doit, et vous lui ferez donner sa parole d’honneur qu’il n’habitera ni la France ni l’Italie, et qu’il se retirera en Allemagne, à plus de cinquante lieues des frontières de France.

 

Paris, 16 décembre 1804

DÉCISION

Le ministre de la justice fait connaître une lettre de M. Deville, premier juge du tribunal criminel du Bas-Rhin,
à M. Hopfen , commissaire de l’Empereur, concernant la correspondance d’un nommé Zilig avec les détenus pour fabrication des billets de la banque de Vienne.
Je ne puis comprendre ce que c’est qu’une correspondance d’un juge avec un ministre étranger. Il est temps de réprimer cet abus. Lorsqu’un juge a quelque chose à faire connaître à une puissance étrangère, il doit s’adresser à vous ou au ministère des affaires étrangères.

 

Paris, 16 décembre 1804

Monsieur Champagny, Ministre de l’intérieur, plusieurs poètes et musiciens s’étant distingués par des odes, des morceaux de musique et autres ouvrages qu’ils ont fait paraître à l’occasion de mon couronnement, il est convenable de leur faire des cadeaux proportionnés à la bonté (sic)de leurs ouvrages; je désire donc que vous fassiez réunir tout ce qui pourra avoir été fait pour cette circonstance.

 

Paris, 16 décembre 1804

DÉCISION

Un cousin du général Hoche demande une place d’huissier ou de valet de chambre. Il lui est accordé une petite place dans les droits réunis. Renvoyé à M. Français, conseiller d’État.

 

RÉPONSE DE L’EMPEREUR AU CORPS MUNICIPAL DE LA VILLE DE PARIS, A L’HÔTEL DE VILLE, LE 25 FRIMAIRE AN XIII.

Messieurs du corps municipal, je suis venu au milieu de vous pour donner à ma bonne ville de Paris l’assurance de ma protection spéciale. Dans toutes les circonstances, je me ferai un plaisir et devoir de lui donner des preuves particulières de ma bienveillance car je veux que vous sachiez que dans les batailles, dans les plus grands périls, sur les mers, au milieu des déserts même, j’ai toujours en vue l’opinion de cette grande capitale de l’Europe, après toutefois le suffrage, tout-puissant sur mon cœur, de la postérité.

 

Paris, 17 décembre 1804

A M. François, de Neufchâteau

Monsieur François, de Neufchâteau, Président du Sénat, voulant donner un témoignage de notre satisfaction aux habitants de notre bonne ville de Paris dans la personne de M. Bévière (Jean-Baptiste-Pierre Bévière, 1723-1807, maire du IVe arrondissement de Paris), l’un de ses maires et doyen d’âge du corps municipal, et désirant en même temps honorer les vertus publiques et privées dont ce magistrat a donné l’exemple pendant tant d’années, nous l’avons nommé à une place de sénateur. Nous ordonnons, en conséquence, qu’expédition de notre décret de nomination vous soit transmise, afin que vous en donniez connaissance au Sénat.

 

Paris, 17 décembre 1804

A M. Fouché

Monsieur Fouché, mon Ministre de la police générale, j’ai pris connaissance des différentes pièces de correspondance avec les ennemis de l’État et des notes originales annexées au rapport que vous m’avez fait et constatant l’existence, dans les mois de novembre et décembre 1803, janvier et février 1804, d’un complot ayant le même but que celui de Georges, Pichegru et Moreau. Le sieur La Rochefoucauld, l’un des complices de cette trame, ayant, dans une lettre qui m’a été présentée le 26 brumaire dernier, fait l’aveu de son crime, a sollicité ma clémence, dont j’ai résolu de lui donner une preuve dans ces circonstances mémorables. Mon intention est, en conséquence, qu’il soit affranchi de toutes les poursuites auxquelles l’ont exposé ses complots contre l’État et notre personne, et rendu à la liberté; entendant néanmoins qu’il ne puisse, sous quelque prétexte que ce soit, aller ni séjourner dans les départements de l’Ouest, et qu’il établisse son domicile dans la ville de Gand ou dans toute autre ville des départements de la Belgique, pour y demeurer sous une surveillance qui ne pourra être levée que sur mes ordres spéciaux.

 

Paris, 17 décembre 1804

Au général Lacuée

Monsieur Lacuée, Président de la section de la guerre en mon Conseil d’État, l’École polytechnique est utile; mon intention immuable est de la conserver; mais son organisation a besoin d’être revue. Je désire un arrêté général sur cet objet. Son nom doit être École polytechnique ou spéciale de mathématiques. Sa dépense paraît devoir être faite par un seul ministère, qui, naturellement, doit être celui de l’intérieur. Personne n’y doit être admis s’il n’est dans le cas de payer une pension. Il sera fondé seulement vingt-cinq places gratuites pour des jeunes gens pauvres et qui montreraient de grandes dispositions. Les pensions doivent être fixées, et tout doit être organisé de manière que cette école ne coûte pas plus de 200,000 francs à l’État. On pourrait mettre cette école spéciale à la place des Vosges, dans l’emplacement des anciens minimes; cet emplacement est beau. On placerait le lycée du ministre de l’intérieur à la Sorbonne.

 

Paris, 18 décembre 1804

CIRCULAIRE AUX MINISTRES

L’Empereur me charge, Monsieur, d’inviter les ministres à enjoindre à leurs administrations respectives de faire vaquer les tribunaux, les bureaux, les écoles, les établissements publics, et d’interrompre tout travail le jour du ler janvier, compté parmi les fêtes famille par la grande majorité des Français.

 

Paris, 18 décembre 1804

A l’empereur d’Autriche

Sérénissime et très puissant Empereur, Monsieur mon Frère, ma belle-sœur, madame la princesse Louis, vient de donner naissance à un second prince, que j’ai nommé Napoléon-Louis. Les preuves j’ai de l’intérêt que Votre Majesté Impériale et Royale a toujours pris aux événements qui me sont agréables, et de son attachement pour ma Maison impériale, m’assurent qu’elle partagera la satisfaction que j’éprouve dans cette circonstance.

Je saisis avec plaisir l’occasion de renouveler à Votre Majesté Impériale et Royale l’assurance de la constante estime et amitié qui lui porte et avec laquelle je suis votre bon frère,

NAPOLÉON

Des lettres analogues ont été adressées au Pape, aux rois de Prusse, d’Epagne, des Deux-Siciles , de Danemark, à la reine régente d’Étrurie, au prince régent de Portugal, à l’électeur archichancelier de l’empire d’Allemagne, à l’électeur de Salzbourg, aux électeurs de Bavière, de Saxe, de Bade, de Hesse et de Wurtemberg.

 

Paris, 20 décembre 1804

A M. Crétet

Monsieur Cretet, Conseiller en mon Conseil d’État, on me dénonce les ingénieurs des ponts et chaussées de Nice; on m’assure qu’ils volent. Tous les travaux qui ont été faits à ce port ont été emportés par la mer. Ce qui me donne d’autant plus de confiance dans ces rapports, c’est qu’il y a deux mois qu’on m’a prédit que la mauvaise direction des travaux de Nice aurait ce résultat.

 

Paris, 20 décembre 1804

DÉCISION

Madame veuve Vannoz, née de Sivry, prie l’Empereur d’accorder une place dans l’administration des forêts à son gendre, qu’elle désire fixer près d’elle, dans le département de la Meurthe. Le ministre des finances fera connaître à cette dame que j’aime son style et approuve sa confiance; qu’une place sera donnée à son gendre; et le ministre Gaudin acquittera ma parole.

 

Paris, 20 décembre 1804

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, le projet du général Chasseloup d’établir un cinquième fort séparé sur l’emplacement du vieux château d’Alexandrie mérite considération, quoique au premier coup d’œil les fronts du côté de la ville seront bien près des maisons. Toutefois, il n’y a point d’inconvénient à ne rien faire sur l’emplacement du vieux château. La direction des deux fronts qui regardent la Bormida ne doit pas être imminente à tracer, puisque les deux fronts sont couverts par l’espèce d’ouvrage à corne et les lunettes qui forment la tête du pont de la Bormida.

Ce que vous ne sauriez trop lui recommander, c’est de diriger ses travaux de manière que cette place puisse être le plus promptement possible dans un état quelconque de défense. On m’assure que le dispositif est partout tracé. En revêtant les demi-lunes et leurs contrescarpes, on peut, deux ans avant que la place soit achevée, l’avoir déjà en état de défense.

En dernière analyse, les casernes et le logement des troupes ne peuvent point manquer; il suffit qu’on ne laisse vendre aucune maison publique. On doit mettre tout l’argent en fortifications: on n’est jamais maître de l’avenir. Il est très-important que la navigation du Pô avec le Tanaro reste navigable.

Je désire que vous demandiez au général Chasseloup une note sur cette question : Si, en juillet prochain, Peschiera, Legnago et Rocca d’Anfo étaient cernées, quelle espèce de défense aurait-on à opposer ? Même question pour Alexandrie. Il doit ne jamais perdre de vue ces hypothèses, et porter ses forces sur les côtés les plus faibles, comme je l’ai dit ci-dessus.

 

Paris, 22 décembre 1804

A M. Fouché

Faites-moi un rapport détaillé sur la prise de Guillemot. Écrivez au général commandant la division qu’il soit formé une commission militaire à Vannes, et qu’il subisse de suite sa sentence. Ce chouan ne dira rien, et avec du temps il ne peut gagner que des chance de fuite. Plus tôt le Morbihan sera défait de ce scélérat et mieux cela vaudra. Faites aussi mettre une note dans les journaux sur la prise de ces trois brigands. C’est bien dommage que Debar ne soit pas pris.

 

Paris, 22 décembre 1804

Au maréchal Moncey

Général Moncey, voici une lettre dans laquelle le chef d’escadron Clément se trouve compromis et dénoncé par un préfet; faites-m’en connaître votre opinion. Dans tous les cas, il serait bon de placer ailleurs cet officier, puisqu’il a des intelligences avec ce misérable Hyde.

 

Paris, 23 décembre 1804

A M. Champagny

Monsieur Champagny, Ministre de l’intérieur, je désire que vous me remettiez mardi un rapport sur le nouveau numérotage des maisons de Paris.

 

Paris, 23 décembre 1804

Au vice-amiral Decrès

Je vous envoie des instructions pour l’expédition; faites-les partir le plus tôt possible. La saison est déjà bien avancée, et toute heure perdue est irréparable.

 

INSTRUCTIONS POUR LE CONTRE-AMIRAL MISSIESSY, COMMANDANT L’ESCADRF EN RADE DE L’ÎLE D’AIX.

Monsieur le Contre-Amiral Missiessy, nous vous faisons savoir qu’ayant jugé à propos de soumettre à notre obéissance quelques-unes des îles anglaises des Antilles, et particulièrement celles de la Dominique et de Sainte-Lucie, et de mettre hors de toute atteinte nos colonies de la Martinique et de la Guadeloupe, nous avons résolu de nous emparer en même temps des colonies bataves du continent de l’Amérique dont l’ennemi s’est rendu maître.

L’exécution de cette dernière partie de nos desseins est particulièrement confiée au vice-amiral Villeneuve, qui, à son arrivée dans les mers d’Amérique, devra prendre le titre de commandant en chef de nos forces navales dans ces parages, et nous avons fait choix de vous pour commander celles que nous avons destinées à la conquête de la Dominique et de Sainte-Lucie.

Nous avons chargé notre ministre de la marine et des colonies de vous faire connaître, par un état particulier, le nom et la force des corps, le nombre et l’espèce de bouches à feu, armes et munitions dont nous avons ordonné l’embarquement extraordinaire sur l’escadre que vous commandez, ainsi que le nombre, les noms et la force des bâtiments dont elle se composera, et la quantité de vivres dont ils doivent être pourvus.

Le général de division Lagrange, inspecteur général de notre gendarmerie, a été nommé par nous pour commander les forces expéditionnaires embarquées sur l’escadre de Rochefort. Il devra s’embarquer sur le vaisseau amiral, ainsi que son état-major, et il a ordre de se concerter avec vous pour tout ce qui exigera votre concours dans cette expédition, jusqu’à ce que, par votre jonction avec le vice-amiral Villeneuve, ou par les instructions que ce vice-amiral vous adressera à son arrivée dans les mers d’Amérique, vous soyez réuni à son pavillon.

Notre intention est que les deux escadres de Toulon et de Rochefort profitent de la première occasion favorable pour appareiller, en trompant la surveillance de l’ennemi.

L’escadre de Toulon, sous le commandement du vice-amiral Villeneuve, se rendra à Cayenne, et de là devant Surinam, Berbice et Demerari, pour s’en emparer. A son arrivée, il vous sera expédié un officier à la Martinique pour vous en donner avis.

L’escadre de Rochefort, sous votre commandement, dirigera sa route entre les Acores et les Canaries, de manière à éviter la croisière du Ferrol et les bâtiments en observation sur le cap Finistère.

Elle brûlera toutes les prises dont la marche ralentirait la sienne. Elle évitera de chasser les bâtiments qui s’écarteraient trop de sa route.

Elle se rendra avec toute la célérité possible à la Martinique, où le général Lagrange et vous vous concerterez avec le capitaine général Villaret sur l’attaque qui devra être faite immédiatement des îles de la Dominique et de Sainte-Lucie. Si, par une circonstance quelconque, c’était à la Guadeloupe d’abord que l’escadre eût abord, ce serait avec le capitaine général Ernouf que vous vous concerteriez et vous pourriez commencer vos opérations avant même d’avoir touché à la Martinique.

La prise de la Dominique est surtout la plus importante, à cause de sa situation intermédiaire entre nos deux colonies principales; son attaque devra être préférée à toute autre.

Il serait à désirer qu’elle eût lieu dans les quarante-huit heures de votre arrivée. Vous débarquerez à la Martinique 2,000 fusils 50,000 livres de poudre que vous avez à bord.

Le plan d’opération étant arrêté entre vous et le général Lagrange sur les documents que vous aura procurés le capitaine général Villaret, vous transporterez les troupes et opérerez leur débarquement comme il sera convenu, et en même temps vous enverrez au capitaine général Ernouf, à la Guadeloupe, un aviso, pour l’informer de votre arrivée et de vos opérations.

Vous concourrez de tous vos moyens à leur succès; mais vous ne débarquerez point vos garnisons et surtout les marins de vos équipages, parce que vous devez vous tenir toujours prêt à combattre l’ennemi.

Vous vous occuperez de faire tout le mal possible à l’ennemi. Vous mettrez à contribution toutes les colonies de Saint-Christophe, Saint-Vincent et autres. Vous établirez des croisières, visiterez toutes les rades, et même ferez quelques débarquements ayant pour but de lever des contributions d’argent et de faire des levées de noirs que vous enverrez à la Martinique et à la Guadeloupe.

Vous laisserez à la Guadeloupe cinquante milliers de poudre, 2,000 fusils, et la portion de troupes que le général Lagrange juge à propos de céder.

Le vice-amiral Villeneuve, après avoir réduit les colonies du continent, se portera à la Martinique pour se réunir à vous, et vous vous rangerez sous son pavillon.

Si cependant, avant cette réunion , il vous faisait parvenir des ordres ou instructions sur les mouvements de l’escadre qui vous est confiée, vous vous y conformerez.

Il est présumable que vous serez maître de la mer aux Antilles pendant un mois au moins.

Si une escadre ennemie, supérieure à celle que vous commandez, vous empêchait de tenir la mer, vous resteriez au Fort-de-France pour y attendre l’escadre du vice-amiral Villeneuve, et vous vous joindriez à elle dès qu’elle paraîtrait.

Mais cependant, s’il s’écoulait, depuis votre arrivée aux Antilles, sans que vous reçussiez des nouvelles de l’apparition du vice-amiral Villeneuve devant Surinam, un laps de temps tel que vous dussiez penser que votre réunion avec lui n’est plus probable, tel que six semaines depuis votre arrivée à la Martinique, vous vous rendriez devant Santo-Domingo, et, dans ce cas, qu’on ne doit pas présumer, vous rembarquerez à la Martinique 600 fusils, une centaine d’hommes et quelques milliers de poudre, que vous verserez dans cette colonie; et vous ferez connaître au général Ferrand, qui y commande, que d’autres secours lui seront destinés, et que leur envoi n’est que différé. De là, vous vous rendrez en Europe par telle route où vous croirez pouvoir nuire davantage à l’ennemi.

Mais si, par suite des conférences qui auront lieu à votre arrivée à la Martinique avec l’amiral Villaret et le général Lagrange, il arrivait que cet officier général ne jugeât pas devoir se décider à l’attaque d’une colonie (ce qui devra être décidé dans les quarante-huit heures), vous utiliserez les 3,000 hommes que vous avez à bord de vos vais-seaux en donnant la plus grande étendue à la guerre d’incursion dans les îles du Vent. Vous les parcourrez toutes, y opérerez des débarquements, y lèverez des contributions d’argent, des noirs, et ferez à l’ennemi et à son commerce tout le mal possible. Ayant ainsi employé un mois ou six semaines, vous débarquerez vos troupes et vos munitions à la Martinique et à la Guadeloupe, réservant 500 hommes pour débarquer à Santo-Domingo.

Il nous est impossible d’entrer dans tous les détails de ce que vous devrez faire dans la mission dont nous vous chargeons; les dispositions mêmes contenues dans ces instructions ne sont qu’indicatives de la manière dont nous envisageons les choses, et devront être modifiées comme l’exigeront les circonstances, les événements
l’intérêt de notre service. Nous nous confions à votre zèle, votre courage et votre expérience de la guerre sur tout ce que pourront exiger les circonstances qui se présenteront; et, comme il a été observé que vous serez probablement maître de la mer aux Antilles pendant trente jours, nous présumons que vous pourrez, dans cet espace de temps, dont pas un seul instant ne devra être négligé, surprendre et réduire plusieurs colonies de l’ennemi, insulter celle de ses rades qui sont susceptibles de l’être, telles qu’Antigoa, Montserrat, Saint-Christophe, etc., et faire un très-grand ravage dans son commerce.

Le secret de cette double expédition est confié à votre fidélité pour notre personne et pour l’État, et ne devra, sous aucun prétexte, être confié à qui que ce puisse être.

INSTRUCTIONS POUR LE GÉNÉRAL LAGRANGE.

Monsieur le Général Lagrange, Inspecteur général de notre gendarmerie, nous vous faisons savoir qu’ayant jugé à propos de mettre à l’abri de toute atteinte nos colonies de la Martinique et de la Guadeloupe, et en même temps de soumettre à notre obéissance les îles de la Dominique et de Sainte-Lucie, nous avons fait choix de vous pour commander en chef les troupes que nous avons destinées à cette expédition, et qui sont embarquées sur notre escadre de Rochefort commandée par le contre-amiral Missiessy, à qui nous avons donné nos ordres en conséquence. Nous avons chargé notre ministre de marine et des colonies de vous faire connaître, par un état particulier, le nom et la force des corps, le nombre d’armes, bouches à feu et munitions dont nous avons ordonné rembarquement extraordinaire, et qui devront être mis à votre disposition.

Vous vous embarquerez avec votre état-major sur notre vaisseau amiral le Majestueux, et vous vous concerterez avec le contre-amiral Missiessy sur tout ce qui demandera son concours dans l’expédition qui vous est confiée.

Notre escadre se rendra directement à la Martinique, avec toute la célérité possible, et, aussitôt arrivé, vous prendrez près du capitaine général Villaret tous les documents propres à vous éclairer sur l’état des colonies anglaises et à fixer votre détermination sur vos opérations ultérieures. Vous vous concerterez avec le contre-amiral Missiessy sur l’attaque qui devra être immédiatement faite des îles de la Dominique et de Sainte-Lucie.

Si l’attaque des deux îles ne pouvait avoir lieu, vous préférerez celle de la Dominique, dont la position intermédiaire entre nos deux possessions principales des Antilles nous rend la possession plus importante.

Il serait à désirer que cette attaque eût lieu dans les quarante-huit heures de votre arrivée, parce que l’ennemi en sera bientôt informé, qu’il préjugera vos projets et rendra, par ses préparatifs, vos succès d’autant moins faciles.

Vous ne devez donc pas perdre un instant pour concerter votre entreprise et en arrêter le plan, sur les renseignements que vous aura donnés l’amiral Villaret. Le plan des opérations étant arrêté et les points de débarquement convenus entre vous et le contre-amiral Missiessy, l’escadre appareillera sans délai et débarquera les troupes sous votre commandement. Il sera envoyé à la Guadeloupe un aviso au capitaine général Ernouf pour le prévenir de vos opérations.

Le contre-amiral Missiessy a ordre de concourir de tous ses moyens à leur succès; mais il ne devra pas cependant débarquer ses équipages, parce qu’il faut qu’il soit toujours en état de combattre l’ennemi qui voudrait secourir par mer les points attaqués. Il est probable qu’il sera maître de la mer dans les petites Antilles pendant trente jours, et vous devez calculer votre entreprise sur cette probabilité. Dès qu’il ne sera plus nécessaire à vos opérations, il se portera sur tous les points où il pourra ravager le commerce de l’ennemi.

Les îles de la Dominique et de Sainte-Lucie réduites en notre pouvoir, vous vous concerterez avec le contre-amiral Missiessy pour mettre à contribution et même dévaster les îles de Saint-Christophe, Saint-Vincent ou toute autre; et enfin vous concentrerez toutes vos forces à la Dominique, et vous enverrez à la Martinique et à la Guadeloupe le reste de vos troupes. Sainte-Lucie passera sous les ordres du capitaine général Villaret, qui y placera peu de troupes.

Vous consoliderez la conquête de la Dominique en en conservant le commandement en chef avec le titre de capitaine général.

Nous ne pouvons trop vous prescrire de ne pas perdre un seul instant à la Martinique à votre arrivée, et de procéder sans délai à l’attaque des points sur lesquels vous aurez fixé votre détermination, le succès dépendant particulièrement de l’activité que vous porterez dans l’exécution.

Notre intention est que, s’il arrivait qu’une des deux capitaineries générales de la Guadeloupe ou de la Martinique vînt à vaquer, vous réunissiez à votre commandement de la Dominique celui de ces île.

Nous ne pouvons déterminer tout ce que vous devrez faire dans la mission importante dont nous vous chargeons. Les dispositions mêmes contenues dans ces instructions ne sont qu’indicatives de la nature de l’expédition, et vous êtes autorisé à y porter, dans l’intérêt de notre service, telle extension ou modification dont l’avantage ou le besoin résulteront des documents que vous acquerrez sur la situation et la force des colonies de l’ennemi, des événements qui pouront survenir et des circonstances où vous vous trouverez.

Nous nous confions à votre zèle pour notre service, votre courage, votre expérience de la guerre et votre attachement à notre personne pour tout ce que pourra exiger l’honneur et la gloire de nos armes et le succès de l’expédition.

———–

Nous croyons devoir ajouter que, si la garnison de la Dominique se trouvait tellement forte que le capitaine général Villaret et vous ne jugeassiez pas à propos de l’attaquer, il faudrait alors profiter du mois ou des cinq semaines pendant lesquelles vous serez maître de la mer, pour étendre vos incursions dans les différentes îles anglaises du Vent, faire des débarquements dans toutes, y lever des contributions d’argent, des noirs; prendre tous les bâtiments de commerce, même ceux qui sont dans les rades, et faire enfin à l’ennemi tout le mal possible. Ces expéditions finies, vous débarquerez votre monde et vos munitions, moitié à la Guadeloupe, moitié à la Martinique, hormis 500 hommes que vous réserverez pour Santo-Domingo.

 

Paris, 24 décembre 1804

DÉCISION

M. Ouvrard demande à l’Empereur d’autoriser l’exécution d’un traité entre l’Espagne, M. Vanlerberghe et lui, pour une exportation de deux millions de quintaux de blé. Il propose de faire cette exportation comme commissionnaire, au compte du Gouvernement ou au sien, en faisant une remise à la caisse d’amortissement. Renvoyé au ministre de l’intérieur, pour prendre communication de ce traité. Mais la position de la France ne peut pas lui permettre d’exporter deux millions de quintaux de blé. Il me sera fait un rapport de tout cela.

DÉCISION

Charnotet, colonel du 27e d’infanterie légère, demande, à titre de gratification, des bonnets à poil pour les carabiniers. Accordé avec plaisir aux carabiniers de la 27e. Qu’ils soient toujours dignes de ceux que j’ai connus.

DÉCISION

Rapport à ]’Empereur sur un duel entre M. Gold, Anglais prisonnier sur parole à Verdun, et Balby, chef de la banque de jeux établie dans cette ville. Proposition de renfermer ce prisonnier au fort de Bitche. Cette décision n’est pas juste. Un prisonnier de guerre peut se battre en duel.

 

Paris, 21 décembre 1804

DISCOURS DE L’EMPEREUR A L’OUVERTURE DE LA SESSION LÉGISLATIVE

Messieurs les Députés des départements au Corps législatif, Messieurs les Tribuns et les Membres de mon Conseil d’État, je viens présider à l’ouverture de votre session. C’est un caractère plus imposant et plus auguste que je veux imprimer à vos travaux. Prince, magistrats, soldats, citoyens, nous n’avons tous dans notre carrière qu’un seul but, l’intérêt de la patrie. Si ce trône, sur lequel la Providence et la volonté de la nation m’ont fait monter, est cher à mes yeux, c’est parce que seul il peut défendre et conserver les intérêts les plus sacrés du Peuple français. Sans un gouvernement fort et paternel, la France aurait à craindre le retour des maux qu’elle a soufferts. La faiblesse du pouvoir suprême est la plus affreuse calamité des peuples. Soldat ou Premier Consul, je n’ai eu qu’une pensée; Empereur, je n’en ai pas d’autre : les prospérités de la France. J’ai été assez heureux pour l’illustrer par des victoires, pour la consolider par des traités, pour l’arracher aux discordes civiles et y préparer la renaissance des mœurs, de la société, de la religion Si la mort ne me surprend pas au milieu de mes travaux, j’espère laisser à la postérité un souvenir qui serve à jamais d’exemple ou de reproche à mes successeurs.

Mon ministre de l’intérieur vous fera l’exposé de la situation de l’Empire. Les orateurs de mon Conseil d’État vous présenteront le différents besoins de la législation. J’ai ordonné qu’on mît sous vos yeux les comptes que mes ministres m’ont rendus de la gestion de leurs départements. Je suis satisfait de l’état prospère de nos finances. Quelles que soient les dépenses, elles sont couvertes par les recettes; quelque étendus qu’aient été les préparatifs qu’a nécessités la guerre dans laquelle nous sommes engagés, je ne demanderai à mon peuple aucun nouveau sacrifice.

Il m’aurait été doux, à une époque aussi solennelle, de voir la paix régner sur le monde; mais les principes politiques de nos ennemis, leur conduite récente envers l’Espagne, en font assez connaître les difficultés. Je ne veux pas accroître le territoire de la France mais en maintenir l’intégrité. Je n’ai point l’ambition d’exercer en Europe une plus grande influence, mais je ne veux pas déchoir à celle que j’ai acquise. Aucun État ne sera incorporé dans l’Empire, mais je ne sacrifierai point mes droits, ni les liens qui m’attachent aux États que j’ai créés.

En me donnant la couronne, mon peuple a pris l’engagement de faire tous les efforts que requerraient les circonstances pour lui conserver cet éclat qui est nécessaire à sa prospérité et à sa gloire comme à la mienne. Je suis plein de confiance dans l’énergie de la nation et de ses sentiments pour moi. Ses plus chers intérêts sont l’objet constant de mes sollicitudes.

Messieurs les Députés des départements au Corps législatif, Messieurs les Tribuns et les Membres de mon Conseil d’État, votre conduite pendant les sessions précédentes, le zèle qui vous anime pour la patrie, pour ma personne, me sont garants de l’assistance que je vous demande et que je trouverai en vous pendant le cours de cette session.

 

Paris, 27 décembre 1804

EXPOSÉ DE LA SITUATION DE L’EMPIRE FRANÇAIS

La situation intérieure de la France est aujourd’hui ce qu’elle fut dans les temps les plus calmes : point de mouvement qui puisse alarmer la tranquillité publique, point de délit qui appartienne aux souvenirs de la révolution; partout des entreprises utiles, partout l’amélioration des propriétés publiques et privées, attestent les progrès de la confiance et de la sécurité.

Le levain des opinions n’aigrit plus les esprits; les sentiments de l’intérêt général, les principes de l’ordre social, mieux connus et plus épurés, ont attaché tous les cœurs à la prospérité commune. C’est ce que proclament tous les administrateurs, c’est ce qu’a reconnu l’Empereur dans tous les départements qu’il a parcourus; c’est ce qui vient d’être démontré de la manière la plus éclatante. Toutes les armées se sont vues à la fois séparées de leurs généraux; tous les corps militaires, de leurs chefs; les tribunaux supérieurs privés de leurs premiers magistrats; le ministère public, de ses premiers organes; les églises, de leurs principaux pasteurs; les villes, les campagnes délaissées simultanément par tout ce qui a du pouvoir et de l’influence sur les esprits : et le peuple partout s’est montré voulant l’ordre et les lois.

Dans le même moment, le Souverain Pontife traversait la France. Des rives du Pô jusqu’aux bords de la Seine, partout il a été l’objet d’un hommage religieux que lui a rendu avec amour et respect cette immense majorité qui , fidèle à l’antique doctrine, voit un père commun et le centre de sa commune croyance dans celui que toute l’Europe révère comme un souverain élevé an trône par sa piété et ses vertus.

Une trame ourdie par un gouvernement implacable allait replonger la France dans l’abîme des guerres civiles et de l’anarchie. A la découverte de cette horrible trame, la France entière s’est émue, des inquiétudes mal assoupies se sont réveillées, et dans tous les esprits à la fois se sont retrouvés des principes qui ont été ceux de tous les sages et qui furent constamment les nôtres, avant que l’erreur et la faiblesse eussent aliéné les esprits et que de coupables intrigues eus- sent égaré les opinions.

On avait éprouvé que le pouvoir partagé était sans accord et sans force; on avait senti que, confié pour un temps, il n’était que précaire et ne permettait ni les longs travaux ni les longues pensées; que, confié pour la vie d’un seul homme, il s’affaiblissait avec lui et ne laissait après lui que des chances de discorde et d’anarchie; on a reconnu enfin qu’il n’y avait pour les grandes nations de salut que dans le pouvoir héréditaire; que seul il assurait leur vie politique et embrassait dans sa durée les générations et les siècles.

Le Sénat a été, comme il devait l’être, l’organe de l’inquiétude commune. Bientôt a éclaté ce vœu d’hérédité qui était dans tous les cœurs vraiment français; il a été proclamé par les colléges électoraux, par les armées; le Conseil d’État, des magistrats, les hommes les plus éclairés, ont été consultés, et leur réponse a été unanime.

La nécessité du pouvoir héréditaire dans un État aussi vaste que la France avait été depuis longtemps aperçue par le Premier Consul. Vainement il avait résisté à la force des principes; vainement il avait tenté d’établir un système d’élection qui pût perpétuer l’autorité et la transmettre sans danger et sans trouble; l’inquiétude publique, les espérances de nos ennemis accusaient son ouvrage; sa mort devait être la ruine de ses travaux; c’était à ce terme que nous attendaient la jalousie de l’étranger et l’esprit de discorde et d’anarchie. La raison, le sentiment, l’expérience disaient également à tous les Français qu’il n’y avait de transmission certaine du pouvoir que celle qui s’opérait sans intervalle; qu’il n’y avait de succession tranquille que celle qui était réglée par les lois de la nature.

Lorsque de tels motifs appuyaient des vœux aussi pressants, la détermination du Premier Consul ne pouvait être douteuse; il résolut donc d’accepter, pour lui et pour deux de ses frères après lui, le fardeau que lui imposait la nécessité des circonstances.

De ses méditations mûries par des conférences avec les membres du Sénat, par des discussions dans les conseils, par les observations des hommes les plus sages, s’est formée une série de dispositions,

Qui fixe l’hérédité du trône impérial;
Qui assigne aux princes leurs droits et leurs devoirs;
Qui promet à l’héritier de l’Empire une éducation réglée par les lois et telle qu’il sera digne de ses hautes destinées;
Qui désigne ceux qui, dans le cas de minorité, seront appelés à la régence, et marque les limites de leur pouvoir;
Qui place entre le trône et les citoyens des dignités et des offices accessibles à tous, encouragements et récompenses des vertus publiques;
Qui donne aux hommes honorés de grandes distinctions ou revêtus d’une grande autorité des juges assez grands pour ne fléchir ni devant leur autorité ni devant leurs distinctions;
Qui donne aux délits contre la sûreté publique et les intérêts de l’Empire des juges essentiellement attachés à la sûreté de l’Empire et à ses intérêts;
Qui met plus d’éclat et plus de poids dans les fonctions du législateur, plus de développement et plus d’étendue dans la discussion publique des lois;
Qui rappelle les tribunaux et leurs jugements à ces antiques dénominations qui avaient obtenu le respect des siècles;
Qui garantit enfin les droits du prince et du peuple par des serments, gardiens éternels de tous les intérêts.

Ces dispositions ont été décrétées par le sénatus-consulte du 28 floréal dernier. Le Peuple français a manifesté sa volonté libre et indépendante; il a voulu l’hérédité de la dignité impériale dans la descendance directe, légitime et adoptive de Napoléon Bonaparte, dans la descendance directe et légitime de Joseph Bonaparte, dans la descendance directe et légitime de Louis Bonaparte.

Dès ce moment, Napoléon a été au plus juste des titres Empereur des Français. Nul autre acte n’était nécessaire pour constater ses droits et consacrer son autorité.

Mais il a voulu rendre à la France ses formes antiques, rappeler parmi nous ces institutions que la Divinité semble avoir inspirées, et imprimer au commencement de son règne le sceau de la religion même. Pour donner aux Français une preuve éclatante de sa tendresse paternelle, le Chef de l’Église a voulu prêter son ministère à cette auguste cérémonie.

Quelles impressions profondes et durables elle a laissées dans l’âme de l’Empereur et dans le souvenir de la nation ! Quels entretiens pour les races futures et quel sujet d’admiration pour l’Europe !

Napoléon prosterné au pied des autels qu’il vient de relever; le Souverain Pontife implorant sur la France et sur lui les bénédictions célestes, et, dans ses vœux pour la félicité d’une nation, embrassant la félicité de toutes les nations;

Des pasteurs et des prêtres, naguère divisés, unissant à ses supplications leur reconnaissance et leurs voix;

Les sénateurs, les législateurs, les tribuns, des magistrats, des guerriers , les administrateurs du peuple et ceux qui président à ses assemblées, confondant ensemble leurs opinions, leurs espérances et leurs vœux;

Des souverains, des princes, des ambassadeurs frappés de ce grand spectacle de la France rassise sur les anciens fondements, et par son repos assurant le repos de leur patrie;

Au milieu de cette pompe et sous les regards de l’Éternel, Napoléon prononçant le serment immuable qui assure l’intégrité de l’Empire, la stabilité des propriétés, la perpétuité des institutions , le respect des lois et le bonheur de la nation !

Le serment de Napoléon sera à jamais la terreur des ennemis et l’égide des Français. Si nos frontières sont attaquées, il sera répété à la tête de nos armées, et nos frontières ne craindront plus l’invasion étrangère.

Il sera présent à la mémoire des délégués de l’autorité; il leur rappellera le but de leurs travaux et la règle de leurs devoirs; et, s’il ne garantit pas leur administration de quelques erreurs, il en assurera la prompte réparation.

Les principes qu’il consacre seront ceux de notre législation.

Désormais, moins de lois nouvelles seront proposées aux délibérations du Corps législatif. Le code civil a rempli l’attente publique; il est dans la mémoire des citoyens; il éclaire leur marche et leurs transactions, et partout il est célébré comme un bienfait.

Un projet de code criminel, achevé depuis deux ans, a été soumis à la censure des tribunaux et subit en ce moment les dernières discussions du Conseil d’État.

Le code de la procédure et le code du commerce en sont encore où les avaient laissés les travaux de l’année précédente. Des soins plus pressants ont appelé l’Empereur, et il est dans ses maximes de ne proposer aux délibérations des législateurs que des projets de lois mûris par de longues et sages discussions.

Les écoles de législation vont s’ouvrir; des inspecteurs sont nommés qui en éclaireront l’enseignement et empêcheront qu’il ne dégénère en vaines et stériles épreuves. Les lycées, les écoles secondaires se remplissent d’une jeunesse avide d’instruction. De Fontainebleau est déjà sortie une milice qui marque dans nos armées par sa tenue, par ses connaissances, par son respect pour la discipline.

L’École polytechnique peuple de sujets utiles nos arsenaux, nos ports et nos ateliers.

A Compiègne, l’École des arts et métiers obtient tous les jours de nouveaux succès. Celle qui se forme sur les limites de la Vendée y est attendue avec impatience et bientôt y sera en pleine activité.

Des prix ont été décernés aux sciences, aux lettres et aux arts, et, dans une période de dix ans assignée aux travaux que Sa Majesté veut récompenser, elle a droit d’attendre que le génie français enfantera des chefs-d’œuvre.

Dans le département des ponts et chaussées, les ouvrages commencés ont été poursuivis avec constance; d’autres sont médités, et chaque année prépare aux années suivantes de nouveaux projets pour la prospérité de l’État. Mais l’intempérie des saisons a trompé la prévoyance et le zèle de l’administration; des pluies, des torrents ont dégradé les routes avec plus de rapidité qu’on n’a pu en mettre à réparer leurs ravages; quelques travaux ont été détruits; d’autres ont été un moment suspendus; de grandes calamités ont affligé quelques départements, et surtout celui de Rhin-et-Moselle. Un préfet, judicieux interprète des intentions de l’Empereur, a porté les premiers secours aux malheureux qui en ont été les victimes. Sa Majesté a relevé leur courage par sa présence et les a consolés par ses bienfaits.

Le fléau de la contagion affligeait des contrées voisines : la vigilance de l’administration en a préservé notre territoire; il s’apaise dans les lieux où il exerçait ses ravages. En maintenant les mesures que commandent encore la prudence et l’intérêt de la santé publique, on préviendra l’invasion du mal, sans interrompre la communication nécessaire à l’aliment de notre commerce et de nos manufactures.

Au centre de la Vendée s’élève une nouvelle ville destinée à être le siège de l’administration; de là elle portera sur tous les points une surveillance active et sûre; de là les lumières et les principes se propageront dans tout ce département, où l’ignorance et le défaut d’information a livré si souvent des âmes simples et honnêtes aux intrigues de la malveillance.

Des décrets de l’Empereur ont rappelé le commerce sur la rive gauche du Rhin, et donné à Mayence et à Cologne tous les avantages des entrepôts réels, sans les dangers des versements frauduleux dans l’intérieur de la France.

Les manufactures se perfectionnent; et tandis que, dans de vaines déclamations, les mercenaires soudoyés par le Gouvernement britannique vantent ses richesses lointaines et ses ressources précaires dispersées sur les mers et dans les Indes; tandis qu’ils peignent nos ateliers déserts et nos ouvriers mourant de misère, notre industrie étend ses racines sur notre propre sol, repousse l’industrie anglaise loin de nos frontières, est parvenue à l’égaler dans ce qui faisait sa gloire et ses succès, la perfection de ses machines, et s’apprête à lui disputer des consommateurs dans tous les lieux où elle pourra la rencontrer et l’atteindre.

Notre manufacture première, l’agriculture, s’agrandit et s’éclaire; un système d’exportation tellement combiné qu’il s’ouvre ou se ferme au gré de nos besoins assure au cultivateur le prix de son travail et l’abondance à nos marchés.

De nouveaux encouragements préparent l’amélioration de la race de nos chevaux; nos laines se perfectionnent; nos campagnes se couvrent de bestiaux, et sur tous les points de l’Empire se multiplie ces véritables richesses.

Avec la richesse, la sécurité renaissante a donné un plus libre essor à l’active bienfaisance : excitée par la religion et par le souvenir de ns malheurs, celle-ci ne se borne plus à des charités du moment; elle embrasse l’avenir et confie ses trésors au Gouvernement qui lui en garantit un emploi conforme à ses vœux. Jamais tant de legs, de donations pieuses n’ont été faits en faveur des hospices des établissements de bienfaisance. Quelques-unes de ces institutions ont été créées ou rétablies par de simples particuliers; jamais l’humanité souffrante n’a trouvé plus d’amis, ni l’indigence plus de secours. Ils sont distribués avec autant de lumière que de zèle, et les hospices de Paris, dirigés avec une intelligence qui multiplie les soins en économisant les fonds, soulagent tous les besoins, guérissent beaucoup de maux, et ne sont plus ces asiles meurtriers qui dévoraient leur nombreuse et misérable population. Aussi le nombre des indigents de la capitale est-il de 32,000 au-dessous de ce qu’il était en 1791, et de 25,000 de ce qu’il était en l’an X.

La religion a repris son empire; elle ne s’exerce que pour le bien de l’humanité; une sage tolérance l’accompagne, et les ministres des différents cultes, qui adorent le même Dieu , s’honorent par des témoignages d’un respect réciproque et ne connaissent plus d’autre rivalité que celle des vertus.

Telle est notre position au dedans.

Au dehors, le courage français, secondé par la loyauté espagnole nous conserve Santo-Damingo.

La Martinique brave les menaces des ennemis, et, sous un gouvernement paternel, se rétablissent, plus durables et plus forts, les liens qui rattachaient à la mère patrie.

La Guadeloupe s’est enrichie des dépouilles du commerce britannique, et la Guyane prospère toujours sous une active et vigoureuse administration.

Les îles de France et de la Réunion seraient aujourd’hui le dépôt des richesses de l’Asie, Londres serait dans les convulsions et désespoir, si l’inexpérience ou la faiblesse n’avaient trompé le projet le plus habilement concerté. Du moins les îles de France et de Réunion s’alimentent encore des prises que nous avons faites sur nos ennemis.

Nos armées sont toujours dignes de leur réputation : avec la même valeur et la même discipline, elles ont acquis cette patience  attend sans murmurer les occasions et se confie à la prudence et aux desseins du chef qui les conduit.

Nos soldats, nos officiers apprennent à maîtriser l’élément qui les sépare de cette île, objet de tous les ressentiments. Leur audace et leur adresse étonnent les marins les plus vieux et les plus expérimentés.

Nos flottes, dans des manœuvres continuelles, préludent aux combats; et tandis que celles de nos ennemis s’usent contre les vents et les tempêtes, les nôtres apprennent sans se détruire à lutter contre elles.

Enfin, depuis la guerre, nous avons gagné le Hanovre ; nous sommes plus en état que jamais de porter des coups décisifs à nos ennemis. Notre marine est en meilleur état qu’elle ne l’a été depuis dix ans; sur terre, notre armée plus nombreuse et mieux tenue, plus approvisionnée de tout ce qui donne la victoire qu’elle ne l’a jamais été.

Dans le département des finances, c’est toujours la même activité dans les recettes, la même régularité dans les régies, le même ordre dans l’administration du trésor, et presque toujours la même fixité dans la valeur de la dette publique.

La guerre a nécessité des dépenses premières, des dépenses extraordinaires; mais elles ont été faites sur notre propre sol et nous ont donné des vaisseaux, des ports et tout ce qui est nécessaire au développement de nos forces contre nos ennemis.

Aujourd’hui ces dépenses extraordinaires cessent, et celles qu’exige notre attitude guerrière seront dirigées désormais avec une économie que ne permettait pas l’urgence des préparatifs nécessaires à l’attaque et à la défense.

Les revenus de la couronne supporteront toutes les dépenses du sacre et du couronnement de l’Empereur, et celles que demandera encore la splendeur du trône; l’éclat qui l’environne ne sera jamais une charge pour la nation.

La situation de l’Europe n’a éprouvé qu’un changement important. L’Espagne reposait dans une neutralité que la France avait consentie et que le cabinet britannique avait avouée; tout à coup ses vaisseaux ont été attaqués, et le traité d’Amiens a été violé pour elle comme il l’avait été pour la France. Sa Majesté Catholique a pris le parti que lui commandaient la dignité de son trône, la foi trahie et l’honneur de la nation généreuse dont elle dirige la destinée.

L’empereur d’Autriche consacre à la restauration de ses finances, à la prospérité de ses provinces, au progrès de leur commerce, le repos que lui conseillent la loyauté de son caractère et l’intérêt de ses sujets.

La République italienne, administrée et gouvernée par les mêmes principes que la France, demande comme elle une organisation définitive qui assure à la génération présente et aux générations futures tous les avantages du pacte social. Uni à cette république par les devoirs qui lui sont imposés et comme président et comme fondateur de cet état, l’Empereur répondra à la confiance qu’elle lui témoigne et assurera ses destinées et son indépendance, en servant les intérêts du peuple français auquel aussi elle doit son existence, et en conciliant les intérêts des deux peuples amis avec les intérêts bien entendus des puissances limitrophes. Par ces changements, que réclament la volonté d’une nation et l’intérêt de toutes, tomberont enfin d’absurdes calomnies, et la France, ayant elle-même élevé des barrières là où elle avait posé ses limites, ne sera plus accusée de vouloir le franchir.

L’Helvétie jouit en paix des bienfaits de sa constitution, de la sa gesse de ses citoyens, et de notre alliance.

La Batavie gémit encore sous un gouvernement oligarchique, sans union dans ses vues, sans patriotisme et sans vigueur. Ses colonie ont été vendues une seconde fois et livrées sans un coup de canon à l’Angleterre; mais cette nation a de l’énergie , des mœurs et de l’économie; il ne lui manque qu’un gouvernement ferme, patriote et éclairé.

Le roi de Prusse, dans toutes les occasions , s’est montré l’ami de la France , et l’Empereur a saisi toutes celles qui se sont présentées de consolider cette heureuse harmonie.

Les électeurs et tous les membres du Corps germanique entretiennent fidèlement les rapports de bienveillance et d’amitié qui les unissent à la France.

Le Danemark suit les conseils d’une politique toujours sage, modérée et judicieuse.

L’esprit de Catherine la Grande veillera sur les conseils d’Alexandre ler; il se souviendra que l’amitié de la France est pour lui un contre-poids nécessaire dans la balance de l’Europe; que, placé loin d’elle, il ne peut ni l’atteindre ni troubler son repos, et que son grand intérêt est de trouver dans ses relations avec elle un écoulement nécessaire aux productions de son empire.

La Turquie est vacillante dans sa politique ; elle suit par crainte un système que son intérêt désavoue. Puisse-t-elle ne pas apprendre aux dépens de sa propre existence que la crainte et l’incertitude accélèrent la chute des empires, plus funestes mille fois que les dangers et les pertes d’une guerre malheureuse !

Quels que soient les mouvements de l’Angleterre, les destins de la France sont fixés; forte de son union, forte de ses richesses et du courage de ses défenseurs, elle cultivera fidèlement l’alliance des peuples amis, et ne saura ni mériter des ennemis, ni les craindre.

Lorsque l’Angleterre sera convaincue de l’impuissance de ses efforts pour agiter le continent; lorsqu’elle saura qu’elle n’a qu’à perdre dans une guerre sans but comme sans motifs; lorsqu’elle sera convaincue que jamais la France n’acceptera d’autres conditions que celles d’Amiens, et ne consentira jamais à lui laisser le droit de rompre à plaisir les traités en s’appropriant Malte, l’Angleterre alors arrivera à des sentiments pacifiques; la haine, l’envie n’ont qu’un temps.

 

 Paris, 28 décembre 1804

DÉCISION

Laborie sollicite la permission de rentrer en France; il assure l’Empereur de sa fidélité et de son dévouement. Accordé la permission de retourner; l’oubli du passé.

 

Paris , 28 décembre 1804

A l’Électeur de Salzburg

Mon Frère l’Électeur de Salzburg, toutes les occasions qui se présentent de parler à Votre Altesse Impériale et Électorale des sentiments que je lui porte, du bien que je lui désire et de l’estime qu’elle m’a inspirée, lorsque j’ai eu l’avantage d’avoir avec elle des relations directes, me sont extrêmement chères. Mon ministre m’a fait connaître le bon accueil qu’elle veut bien lui faire et les distinctions qu’il reçoit à sa cour. Je prie Votre Altesse Impériale d’en recevoir mes remerciements et d’être convaincue du prix que je mets à son amitié et à son estime.

 

Paris, 29 décembre 1804

Au roi de Prusse

Monsieur mon Frère, j’ai plusieurs fois vu M. le général-major  de Knobelsdorff, que Votre Majesté a envoyé près de moi. Je souhaite qu’il soit satisfait de l’accueil que je lui ai fait. J’ai eu plusieurs fois occasion d’apprécier sa sagesse, son expérience et son dévouement pour votre personne. Lorsqu’il me parlait des qualités qui vous attachent vos sujets , il avait en moi un auditeur partial et qui depuis longtemps pense comme M. de Knobelsdorff sur le compte de Votre Majesté. Mon ambition toute particulière est de lui être agréable et de la convaincre de mes sentiments de parfaite estime et d’inviolable amitié.

 

Paris, 30 décembre 1804

A M. Fouché

Monsieur Fouché, Ministre de la police, le chef d’escadron Clément m’a rendu des services importants dans la Vendée. Il a présidé la commission militaire établie à Bressuire avec beaucoup de sévérité; ce qui est une étrange manière de servir les Bourbons. Cependant l’autorité du préfet de la Nièvre doit m’être respectable. Je désirerais savoir sur quels fondements il établit que Clément est ami de Hyde, et comment il entache la réputation du nouvel officier de gendarmerie envoyé dans son département; car enfin ce préfet a trop l’idée de ses devoirs et de ses fonctions pour attaquer des officier respectables sans données ni présomptions. Faites-moi connaître sa réponse sur cette affaire, d’autant plus qu’il m’importe de connaître l’espèce de confiance que je dois accorder à ce préfet, dont l’opinion me présente toujours le département de la Nièvre comme dévoué aux Bourbons. Si tous les individus de la Nièvre ressemblent au chef d’escadron Clément, à moins que je ne sois étrangement trompé, il  n’y aurait pas de département où j’aurais de plus chauds amis.

 

Paris, 30 décembre 1804

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez l’ordre sur-le-champ au 23e régiment d’infanterie, qui est en Corse, de s’embarquer à Bastia et de se rendre à Livourne, en débarquant sur un point quelconque du continent d’Italie, pour de là se rendre à Parme, où il tiendra garnison jusqu’à nouvel ordre. Donnez également l’ordre à un des bataillons  du 20e régiment de ligne, qui est à l’île d’Elbe, de se rendre à Livourne, où il tiendra garnison jusqu’à nouvel ordre. Vous recommanderez au général Morand de prendre des mesures pour embarquer le 23e régiment d’infanterie légère le plus secrètement possible, et de le faire escorter pour sa sûreté par quelques bâtiments légers. Il doit profiter pour cela d’un temps fait. Avec Capraja, l’île d’Elbe, et de la prudence, le passage doit être sûr. Vous ferez connaître à ce général qu’il encourrait tout mon mécontentement et qu’il serait véritablement coupable, s’il apportait le moindre retard dans l’exécution du présent ordre, qui tient à des mesures générales.

 

Paris, 30 décembre 1804

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, vous ferez partir l’adjudant commandant Romieu pour une mission secrète dans laquelle il prendra la couleur de voyageur. Il se rendra droit à Constance, de là à Lindau et dans toutes les possessions autrichiennes dans la Souabe. Il prendra une note exacte des corps d’infanterie et de cavalerie, de leur force et des généraux qui s’y trouvent. Il se rendra de là à Inspruck, Botzen, Villach, Klagenfurt, Gratz, Laybach, Goritz et Trieste. Il prendra note de toutes les troupes qui ont passé depuis trois mois pour se rendre en Italie. Il aura soin de noter aussi les bruits relatifs à des troupes qui seraient attendues. Il vous écrira souvent pour vous instruire des mouvements des troupes et de tout ce qui viendrait à sa connaissance, en remettant ses lettres à mes ministres en Suisse et à Munich, et au général qui commande à Vérone. S’il s’apercevait d’un mouvement de troupes considérable, tel que plus fort que 30,000 hommes, il vous en préviendrait par un courrier extraordinaire. Il doit mettre la plus grande discrétion dans sa mission et se souvenir qu’il voyage pour ses plaisirs.

 

Paris, 30 décembre 1804

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, faites diriger sur Turin et Plaisance 1,200 chevaux d’artillerie que vous prendrez aux cantonnements de Toulon et de Saintes, où ils ne sont plus nécessaires. Faites-moi connaître le nombre de chevaux d’artillerie existant à Turin et dans le reste de la 27e division militaire, soit attachés aux bataillons du train, soit appartenant aux paysans et que l’on pourrait lever à volonté.

 

Paris, 30 décembre 1804

A M. Portalis

Monsieur Portalis, mon intention est qu’il soit fait présent, à l’occasion de mon sacre et couronnement, d’une tabatière ornée de mon portrait et enrichie de diamants, de la valeur de 12,000 francs; qu’il soit fait un égal présent à chacun des évêques et archevêques formant la députation qui a conduit l’Empereur au sacre; qu’il soit fait un égal présent à M. l’abbé de Pradt, comme maître des cérémonies du clergé; qu’il soit fait présent à mon grand aumônier d’un rochet de dentelle du prix de 15 à 20,000 francs; qu’il soit distribué une somme de 50,000 francs aux chanoines et prêtres qui ont officié à la cérémonie du sacre. Les prêtres attachés au Pape seront compris dans cette distribution, hormis les cardinaux, auxquels je me réserve de faire des présents au moment de leur départ. Vous serez chargé de faire faire ces présents, dont les frais seront faits sur les fonds que mon trésorier a à votre disposition.

 

Paris, 30 décembre 1804

A M. Portalis

Monsieur Portalis, faites donner une gratification de 15,000 francs à chacun des nouveaux évêques de Poitiers, d’Amiens et de la Rochelle. Faites-moi connaître les évêques qui n’ont pas reçu l’anneau et qui le mériteraient. Faites préparer ces anneaux. Faites-moi connaître également les évêques qui sont membres de la Légion d’honneur et ceux auxquels il serait convenable d’accorder cette distinction.

 

Paris, 30 décembre 1804

DÉCISION

Les religieux du Mont-Cenis se plaignent de ne toucher qu’une partie de la dotation accordée par l’Empereur, et demandent, en outre, d’être mis en possession du lac situé près de l’hospice, moyennant abandon à la commune de Lans-le-Bourg, qui s’en dit propriétaire, du capital de 9,000 francs à prendre sur la dotation de leur couvent. Je prie le ministre des finances de faire jouir cet hospice de tout son revenu, et de lui procurer la possession de ce lac, qui lui est très-nécessaire.

 

Paris, 10 nivôse an XIII (31 décembre 1804)

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, Ministre des relations extérieures, voyez M. Schimmelpenninck; faites-lui rédiger un projet d’organisation ou de constitution pour la Hollande. Je ne puis renoncer à mes avantages pendant la guerre actuelle, surtout pour l’an XIII, qui est déjà achevé.