Correspondance de Napoléon – Décembre 1803

Paris, 17 décembre 1803

Au citoyen Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice

Je vous prie, Citoyen Ministre, de faire connaître au préfet de Maine-et-Loire que je vois toujours avec peine le sens forcé qu’il donne à tout; qu’il n’est permis de dire des choses de cette nature que lorsqu’on en a les preuves les plus évidentes; que je ne puis qui réitérer que mon intention est qu’il ne se fasse point le chevalier des rassemblements qui ont eu lieu; que, s’il n’y en avait qu’un, on pourrait, quoique avec beaucoup de circonspection, se livrer à un examen; que sa manière de voir est entièrement absurde, quand on considère la commotion générale de la Vendée et de la Loire-Inférieure.

 

Paris, 17 décembre 1803

Au citoyen Chaptal, ministre de l’intérieur

Sachez, Citoyen Ministre, du citoyen Desmazières, président du collège électoral, et du citoyen Delorme, conservateur des forêts, pourquoi ils ont refusé la mission honorable de délégués du préfet pour la levée des conscrits; comment d’aussi bons citoyens ont eu moins de zèle que des émigrés nouvellement rentrés et des hommes indifférents au Gouvernement.

 

Paris, 17 décembre 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Nous avons, Citoyen Ministre, un grand besoin de mortiers à Boulogne, Étaples et Ambleteuse. Donnez l’ordre qu’il soit dirigé sur-le-champ sur Boulogne vingt mortiers de12 pouces à la Gomer. Vous pouvez même les tirer, s’il est nécessaire, de Metz et de Strasbourg; mais prenez des mesures pour qu’ils soient remplacés à Strasbourg par de nouvelles fontes avant le ler vendémiaire an XIII. (23 septembre 1804)

Donnez l’ordre qu’on fonde à Douai dix mortiers à la Gomer, ce qui fera trente mortiers ordinaires et à la Gomer, qui devront être rendus à Boulogne le plus tôt possible.

Les douze premiers mortiers à plaque qui seront faits auront la destination suivante :

Les quatre premiers seront destinés à défendre la flottille qui serait mouillée dans la rude d’Étaples;
Six autres seront destinés à défendre la flottille qui serait mouillée dans la rade d’Ambleteuse;
Et les deux autres, à défendre la flottille qui sera mouillée dans la rade de Wimereux.

Ordonnez que le génie, l’artillerie et la marine se concertent pour déterminer l’emplacement des batteries, en déterminant d’abord les points où pourra mouiller la flottille. Un croquis, mesuré géométriquement et sûr, sera levé, d’après les conférences qui auront eu lieu entre un général d’artillerie, un général du génie, et les commissaires de marine nommés par l’amiral, et me sera soumis pour être définitivement approuvé avant le 15 nivôse. (5 janvier 1803)

Je vous prie de faire compulser les différents états des arsenaux, pour savoir s’il y aurait moyen de procurer sur-le-champ dix affûts, soit de côte, soit de place, de 36 pour Boulogne, et trente affûts, de côte on de place, de 36 pour le Havre. Au cas qu’il n’y en ait point, faites-en mettre sur-le-champ en confection à Paris, de manière qu’ils y soient disponibles au ler pluviôse. (21 janvier 1803)

 

Paris, 17 décembre 1803

A l’amiral Bruix

Citoyen Amiral Bruix, j’ai reçu votre lettre. J’imagine que vous avez fait remplacer, dans la division, les bateaux qui ont péri.

Il est nécessaire de ne jamais changer les bateaux de division; cela dérange toutes les combinaisons de la terre. Je vois dans vos états des bateaux placés dans les divisions à côté l’une de l’autre, et qui n’ont pas les troupes du même régiment.

Je désire que vous commenciez à faire entrer des bateaux dans le port d’Étaples, dont il est impossible que nous nous passions.

Donnez l’ordre que les vingt-sept premiers bateaux qui nous arrivent du Havre, soient dirigés sur Étaples, ainsi que les trois premières chaloupes et les trois premières péniches.

 

Paris, 17 décembre 1803

Au général Davout, commandant le camp de Bruges

Citoyen Général Davout, j’ai reçu votre lettre du 22. L’approvisionnement extraordinaire d’Ostende, pour la flottille de transport, consistera spécialement en avoine et en son. Tant que les bâtiments resteront dans le port ou en rade, on les fournira de foin pour les chevaux, et la traversée n’est pas assez longue pour qu’ils puissent souffrir.

On a pourvu à l’eau-de-vie et aux autres objets. Le ministre Dejean va vous envoyer des caisses pour le biscuit. Il me paraît extraordinaire que le ministre de la marine n’ait pas pourvu aux pièces à eau, sachant le nombre d’hommes qui doivent être embarqués. Dans tous les cas, je vais m’en faire rendre compte.

 

 Paris, 18 décembre 1803

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je vous renvoie, Citoyen Ministre, vos pièces sur la Suisse. Envoyez copie de la capitulation militaire au ministre de la guerre.

Donnez des ordres pour qu’il ne soit souffert aucun enrôleur espagnol ou suisse dans le Valais. Ils débauchent nos troupes à leur passage pour l’Italie ou à leur retour.

 

Paris, 18 décembre 1803

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

Je vous renvoie votre correspondance. J’ai remarqué le rapport du 23 frimaire du capitaine Bompart. Il dit que deux cents bâtiments peuvent rester mouillés à Étaples, en dehors, pour le moment de la partance. Il paraît que cette position est à l’abri des vents de l’est, nord-est et sud-est. Il paraît qu’elle n’est pas à l’abri des vents de l’ouest; mais, dans ce cas, la flottille qui serait mouillée pourrait rapidement remonter jusqu’à Étaples. Si je ne me trompe pas dans cet aperçu, on peut donc considérer ce mouillage comme faisant parfaitement notre affaire; puisque l’on ne peut en partir qu’avec le vent d’ouest, on ne peut courir aucun danger dans ce mouillage, puisque ce vent -st favorable pour remonter. Il me semble, du reste, qu’il avait toujours été entendu qu’un grand nombre de bâtiments pouvaient facilement remonter dans la Canche. Le seul embarras était de les faire sortir dans une marée. Il serait donc convenable de faire planter là un plus grand nombre de pieux toujours en remontant.

J’approuve la conduite du général Magon, qui a mis embargo sur le bâtiment neutre pour ne pas divulguer ses opérations.

Donnez ordre qu’on fasse la même chose partout, toutes les fois qu’une division de la flottille devrait sortir.

 

Paris, 19 décembre 1803

Au citoyen Régnier, ministre de la justice

Je vous renvoie votre correspondance d’aujourd’hui. Écrivez au préfet de @Maine-et-Loire qu’il y a dans son département, comme dans ceux de la Vendée et de la Loire-inférieure, un reste de sous-chefs déserteurs et gens sans aveu, habitués au crime et à la licence, qui profitent de toutes les chances qui peuvent se présenter pour se livrer à leur penchant criminel; que ce dont on doit s’occuper aujourd’hui au lieu d’employer son activité en vaines recherches, est de faire faire l’état de ces individus, des communes où ils demeurent, et qu’une fois l’état dressé on puisse les forcer à entrer dans les troupes ou à vivre ailleurs. Il y a certainement dans l’arrondissement de Beaupreau une centaine de ces brigands dont on devrait ainsi se défaire. Si le préfet de Maine-et-Loire connaît le pays et a, comme il le dit la confiance des maires, cet état sera bientôt et exactement dressé.

Demandez des états pareils dans la Vendée, la Loire-inférieure, les Deux-Sèvres. Il faut porter sur ces listes les brigands sans bien et surtout ceux étrangers au pays et qui n’y auraient été attirés que par la guerre civile.

 

Paris, 19 décembre 1803

Au citoyen Régnier

Faites mettre en liberté le nommé Vassing, de Namur; mais, puisque le préfet veille si peu la gazette de cette ville, il est inutile qu’il y en ait.

 

Paris, 19 décembre 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me présenter un projet d’arrêté pour faire un appel de 10,000 conscrits de l’armée de réserve, savoir :

Pour les dragons . . . . . . . . . . 5,000
Pour l’artillerie…………………… 3,000
Et pour les sapeurs . . . . . . .. . 2,000

Les 5,000 hommes pour les dragons seront répartis entre les vingt régiments destinés à faire partie de l’expédition, à raison de 250 hommes par régiment,

Les 3,000 hommes pour l’artillerie sont destinés à compléter les régiments d’artillerie à pied et à cheval et les compagnies d’ouvriers, sur le pied de guerre.

Les 2,000 hommes pour les sapeurs sont destinés à renforcer les sapeurs d’autant, afin de suppléer à la mise sur le pied de guerre des deux bataillons de sapeurs et des huit compagnies de mineurs.

A cet effet, vous ferez un appel du quart de la réserve de tous les départements, hormis des suivants: Alpes-Maritimes, Var, Bouches-du-Rhône, Charente-Inférieure, Vendée, Loire-Inférieure, Morbihan, Finistère, Côtes-du-Nord, Ille-et-Vilaine, Manche, Calvados, Seine- Inférieure, Somme, Pas-de-Calais, Lys, Escaut, Mayenne, Orne, Sarthe, Maine-et-Loire, Deux-Sèvres, Creuse, Lozère, Ardèche.

Je vous prie de me remettre, vendredi prochain , ce projet d’arrêté avec les tableaux.

Comme le quart de la réserve fournira probablement plus de 10,000 hommes, vous pourrez faire l’appel du reste, en l’appliquant aux régiments de cavalerie qui ont le plus besoin d’hommes, comparativement surtout aux chevaux qu’ils ont.

Je vous prie de m’apporter, également vendredi, le projet d’arrêté ci-joint, rédigé définitivement d’après ces bases.

PROJET D’ARRÊTÉ

ARTICLE 1er. – Il sera créé deux corps de vélites faisant partie de la Garde du Gouvernement.
ART. 2. – Le premier corps de vélites sera à la suite du corps des grenadiers à pied, et le second à la suite des chasseurs à pied.
Il sera composé d’une partie de la conscription de chaque année.
ART. 3. – Chaque préfet désignera quatre conscrits, pris dans ceux de la réserve ou qui s’offriraient volontairement, des années IX, X, XI et XII.
La moitié des conscrits que fournira chaque département devra avoir la taille de cinq pieds six pouces, et l’autre moitié celle de cinq pieds deux pouces.
ART. 4. -Si, dans la conscription des années IX, X, XI et XII, il ne se présentait pas un nombre suffisant d’hommes ayant les qualités requises, les conscrits de l’an XIII et de l’an XIV pourront être admis, pourvu qu’ils aient la taille et dix-huit ans révolus.
ART. 5. – Les vélites devront être bien constitués et avoir par eux-mêmes ou par leurs parents une haute paye assurée de 200 francs par an.
ART. 6. – Chaque corps de vélites se divise en cinq compagnies, commandées chacune par un capitaine, un lieutenant, deux sous-lieutenants, un sergent-major, un caporal-fourrier et le nombre de sergents et de caporaux nécessaire.
Les sous-officiers seront fournis, par détachement, par les corps de grenadiers et chasseurs.
Il y aura seulement d’ajouté de plus à la Garde quatre sergents-majors, quatre caporaux-fourriers et un adjudant-major, par les grenadiers, et autant par les chasseurs.
ART. 7. – L’administration sera la même que celle des grenadiers et des chasseurs. Ils auront le même quartier-maître et le même conseil d’administration.
Les parents verseront dans la caisse de la Garde, par trimestre, d’avance, le tiers de la haute paye des conscrits; moyennant quoi ceux-ci seront traités comme la Garde et auront la même paye.
ART. 8. – Au bout de cinq ans, ils pourront entrer dans la Garde concurremment avec les autres corps de l’armée.
ART. 9. – Un de ces corps sera caserné à Fontainebleau, et l’autre à Saint-Germain.

 

Paris, 19 décembre 1803

Au général Berthier

Je m’aperçois, Citoyen Ministre, qu’il y a des retards dans les payements à la trésorerie, qui, naturellement, ne doivent provenir que de l’infidélité des payeurs ou de leurs commis dans les départements. Le même jour que vous signez une ordonnance, il est convenable que vous en donniez avis au corps et au fournisseur en faveur de qui elle est délivrée, et que vous lui fassiez connaître que, si , à dater de trente jours de l’expédition de votre lettre, il n’était pas soldé, il ait à vous en prévenir sur-le-champ et à vous envoyer copie de la réponse du payeur, qui ne doit pas apporter une heure de retard dans le payement. Si l’ordonnance est adressée à Paris, vous devez alors le prévenir qu’il doit être payé dans les cinq jours; au défaut de quoi, vous m’en préviendrez sur-le-champ. Je désire que vous me fassiez, à tous les 30, un rapport qui me fasse connaître le numéro de l’ordonnance, le jour que vous l’avez signée et le jour où elle n’était pas payée.

 

Paris, 19 décembre 1803

Au général Berthier

Au 26 frimaire, Citoyen Ministre, on n’avait encore payé aucune gratification d’entrée en campagne, à Boulogne, ni aucune des gratifications que j’avais accordées au corps dans mon voyage, il y a six mois. Faites-moi un rapport mercredi sur cet objet. Je dois aller bientôt au camp, et il est fort désagréable que je sois exposé à entendre toujours les mêmes réclamations.

 

Paris, 19 décembre 1803

Au général Soult, commandant le camp de Saint-Omer

Citoyen Général Soult, je reçois votre lettre du 26 (18 décembre); maintenez la bonne intelligence dans le pays où vous êtes.

Le payeur de Boulogne avait 200,000 francs, mis par le ministre du trésor public à ma disposition; 50,000 ont été employés par l’inspecteur aux revues Lambert; il y a donc là une somme de 150,000 francs qui, si elle y est toujours, peut vous servir. Je ne conçois pas comment les ordonnances ne sont pas payées. Faites venir le payeur; faites-vous représenter les dates de l’annonce de l’ordonnance, de l’envoi qui en a été fait pour le trésor public; sachez l’espèce de valeurs qu’il a envoyées; enfin prenez tous les renseignements convenables. Faites-moi connaître également s’il y a des ordonnances des ministres Berthier et Dejean qui ne soient pas exactement payées. Faites dresser le bordereau des numéros des ordonnances. Informez-vous du jour où le ministre les a signées, des réponses qu’ont faites les payeurs sur qui elles sont tirées, et enfin des valeurs qu’il a envoyées pour solder les ordonnances. Tous les corps de l’armée ont-ils reçu des ordonnances pour être payées ? Faites-m’en un rapport général. Prenez des renseignements.

Faites-moi connaître également tout ce que les corps ont reçu pour la gratification des capotes et souliers. Faites-moi connaître le numéro, l’époque où ils ont été payés, ce qui leur revenait, et ce qui leur est encore dû.

 

Paris, 19 décembre 1803

Au contre-amiral Decrès

Les plaintes portées à Calais n’ont pas lieu à Dunkerque, ce qui doit être. C’est la première fois qu’il y a des officiers de marine militaire à Calais. Il faut donc, toutes les fois qu’il y a des changements de cette nature, donner des instructions pour déterminer les rapports des commandants de terre et de mer. Le commandant de Calais croirait perdre de ses prérogatives si, sans ordre, il cédait une police que ses prédécesseurs ont toujours eue.

Vous me dites que les généraux Soult et Bruix sont brouillés; je désirerais avoir des détails sur cet objet. S’ils se brouillent, c’est qu’ils le veulent, car je ne vois aucune espèce de sujet.

J’ai remarqué qu’il y avait en plusieurs discussions à Ambleteuse. Le général voulait avoir connaissance de ce qui se passait dans le port, et la marine ne voulait pas s’y prêter. Dans une expédition comme celle de la flottille, il y a besoin d’ensemble. Il vaudrait mieux que le général Legrand fût d’accord avec le capitaine du port, puisqu’il n’y a ni arsenal, ni administration, ni même de port, et que ce poste a toujours besoin de la division du général Legrand. Je ne puis qu’être satisfait du zèle que montre la marine dans cette circonstances; mais je ne puis pas l’être du défaut d’organisation qu’il y a dans quelques points; et des bévues comme celles qui ont lieu chaque jour dans les petits ports, d’où on laisse sortir les neutres quand il y a des flottilles en appareillage, sont inconcevables. Cela n’arrive point dans les grands ports sans doute.
En général, la Loire doit être un objet d’attention toute particulière. Faites prendre des renseignements sur la manière dont la police se fait pour l’entrée et la sortie de cette rivière. Les armes sont fournies par là aux Vendéens. Je suis fâché que vous vous soyez mis en colère contre moi; mais enfin, une fois la colère passée, il n’en reste plus rien; j’espère donc que vous ne m’en gardez point de rancune. Dans une affaire de la nature de cette expédition, soyez persuadé que, s’il y a lutte, c’est que vous avez quelque chose à ordonner, vu que le protocole ordinaire est insuffisant.

 

Paris, 19 décembre 1803

Au contre-amiral Decrès

Il y a à Toulon, Citoyen Ministre, quatre vaisseaux,le Neptune, l’Atlas, le Berwick et l’indomptable, qui, à ce qu’il paraît, ne peuvent faire partie de l’expédition; ainsi l’on ne doit point considérer Toulon comme ayant un besoin urgent de canons. Je pense donc qu’il faut faire partir le plus tôt possible tous les canons qui sont au Creusot pour Paris, et qu’il serait convenable d’envoyer cet ordre par un officier de marine, qui restera là jusqu’à ce que tous les canons soient partis. Ces canons seront dirigés sur le Havre. Ordonnez au Havre que les pièces de 18 qui arrivent soient mises en batterie, en remplacement des pièces de 24 qu’on en retirerait, car c’est surtout des pièces de 24 qu’il nous faut pour la flottille.

 

 Paris, 19 décembre 1803

A l’amiral Bruix, commandant la flottille de Boulogne

Citoyen Amiral Bruix, je reçois la lettre par laquelle vous m’annoncez l’arrivée de quarante voiles qui étaient mouillées dans la Somme.

Je reçois aussi le procès-verbal de la visite faite au paquebot le Prince-de-Galles.Vous pouvez le faire installer tel que vous l’avez projeté, en y faisant placer les meubles et l’établissant comme pour le passage. Je m’en servirai pour le passage de ma maison; dès qu’il sera arrangé, faites-le remettre aux matelots de la Garde. Faites arranger les trois autres comme vous le jugerez convenable. Ils seront destinés au passage des personnes non militaires qui doivent me suivre. Si vous pouvez y faire mettre un obusier sans inconvénient, faites-le mettre; alors on se passera des chevaux, qu’on mettra ailleurs.

Quant à la flottille de transport, il paraît que le grand objet ce sont les chevaux. Je voudrais que vous ordonnassiez que tous les bâtiments de la flottille de transport qui sont dans le bassin soient classés de la manière suivante :

1° Tout ce qui est destiné à l’artillerie, soit pour écuries, soit pour transport du gros matériel, dans un emplacement séparé;
2° Tous les bâtiments destinés pour les écuries de la cavalerie, dans un second local;
3° Tous les bâtiments de grande pêche destinés aux différents transports, dans un troisième local;
4° Dans un quatrième local, tous les bâtiments de petite pêche, et, dans un cinquième local, tous les bâtiments de moyenne pêche.

Paris, 19 décembre 1803

Au contre-amiral Ver Huell

Citoyen Amiral Ver Huell, je reçois votre lettre du 23 (15 décembre). J’ai vu avec peine, dans votre précédente, le retard que nous éprouverons. J’ai ordonné qu’on eût sur cet objet une explication avec Schimmelpenninck. Continuez à le presser le plus possible. Les canaux peuvent geler ‘un moment à l’autre et s’opposer à la réunion de tous nos bâtiments à Flessingue. Achetez des bateaux baleiniers le plus que vous pourrez; j’imagine que vous les achetez avec leurs avirons.

Dans la première quinzaine de nivôse, je serai probablement à Flessingue. Faites installer toutes les chaloupes qui arrivent le 24, et veillez à ce que les écuries et transports partent et y soient rendus. J’ai une frégate à Helvoet-sluys que vous devez faire venir à Flessingue; je ne sais si les difficultés de saison où nous nous trouvons le permettront. Enfin le temps presse, la saison s’avance, et faites sentir à la Hollande que je ne désire que l’exécution d’un traité solennel. Vous avez vu dans les journaux qu’on a pris une frégate anglaise neuve. Nos divisions de chaloupes et bateaux sont en marche de tout côté. Il y a déjà à Boulogne plus du double de bâtiments que nous y avons vus.

Envoyez-moi l’état bien dressé de toutes les chaloupes, bateaux baleiniers, canonnières, écuries, bateaux de transport qui sont en rade de Flessingue prêts à appareiller.

 

Paris, 20 décembre 1803

Au citoyen Gaudin, ministre des finances

Renvoyez ce rapport à une commission de conseillers d’État, composée des citoyens Bigot-Préameneu, Jollivet et Laumond, pour me présenter un projet d’arrêté fondé sur ce principe .

(Il s’agit du rapport sur des biens situés en France, appartenant à des Maisons princières d’Allemagne et séquestrés avant le traité de Lunéville, par le Gouvernement français en guerre avec l’Empire.)

1° Les biens des électeurs de Bavière, de Bade, de Wurtemberg, de Hesse-Cassel, du landgrave de Hesse-Darmstadt, sont définitivement réunis au domaine national et mis en vente comme les autres biens nationaux.
2° Les biens médiats et immédiats de toutes les familles qui ont été pleinement indemnisées (on nommera les familles) sont également réunis au domaine;
3° Idem de tous ceux qui ont été indemnisés partiellement;
4° Idem de tous les comtes d’Empire qui n’auront reçu aucune indemnité, vu que les stipulations de Ratisbonne leur en accordent en principe;
5° Idem, des biens appartenant aux familles désignées dans la sixième liasse (on nommera les familles) qui, étant membres de la noblesse immédiate de l’Empire et résidant en France avant la révolution, l’ont abandonnée pendant la guerre.
6° Les biens des individus désignés dans la cinquième liasse, qui ne sont ni princes ni États d’Empire, seront dégagés du séquestre et rendus aux propriétaires.

Dans les séquestres levés, la commission distinguera les biens des individus dont le séquestre aura été levé en considération desdits principes, de ceux dont le séquestre aurait été levé par d’autre autorité que par celle du Gouvernement. Les biens de ceux-là seront susceptibles d’être remis sous le séquestre.

Vous trouverez ci-joint toutes les pièces relatives à ce travail. La commission pourra s’entendre avec l’administrateur de l’enregistrement qui a été envoyé dans les départements du Rhin, et avec le citoyen Mathieu, des relations extérieures.

Il faut s’assurer que tous les membres de l’Empire sont compris dans ce travail, afin de terminer d’une seule fois tous ces objets.

 

Paris, 20 décembre 1803

Au citoyen Barbé-Marbois, ministre du trésor public

Par la lettre du général Bertrand, il vous aura été facile de voir que c’était le génie militaire qui était chargé du port de Wimereux, et qu’il n’a rien de commun avec le port de Boulogne, fait par le génie maritime.

Le général Bertrand cite l’ordonnance qui devait être payée le  8 frimaire, et que le payeur lui a déclaré ne devoir être payée qu’en nivôse.

Un retard de solde de 500 francs, sur 3 millions, ne donnerait lieu à aucune réclamation; mais je me plains, moi, de ce que le ler de hussards n’a rien reçu depuis le 1er vendémiaire jusqu’au 18 frimaire, voilà pour la 13° division militaire; pour la 10e division, de ce que la 3e légère et la 7e n’avaient rien reçu du ler vendémiaire au 15 frimaire, jour des réclamations. Voila pour ce qu est relatif à la solde.

Quant aux gratifications de campagne, la réponse n’est pas plus satisfaisante. Les ordonnances doivent contenir le nom des corps. Faites-moi donc connaître les ordonnances expédiées depuis le ler frimaire; aucune de celles que le ministre a expédiées n’était payée au 26 frimaire.

Les lettres du quartier-maître de la 26e légère constatent que le payeur de la 2e division a déclaré qu’il n’avait idée aucune ordonnance pour ce corps.

La lecture des rapports qui vous sont faits m’a fait faire l’observation qu’une ordonnance signée le 13 frimaire, par le ministre d la guerre, a été visée, le 16, au trésor public, et qu’au 28 frimaire les fonds n’en étaient pas encore faits. Il est impossible de calculé aucune opération militaire sans ces deux clauses :

1° Que le ministre du trésor public soit tenu à viser et envoyer l’ordonnance dans les cinq jours de la signature du ministre;
2° Que, dans le mois, l’ordonnance soit acquittée; ce qui ne veut pas dire que le ministre a envoyé les fonds, mais que le trentième jour l’argent numéraire est dans les mains du payeur de l’ordonnance. Il ne paraît pas que vous l’entendiez ainsi au trésor public.

Je vous prie donc de me faire rendre compte pourquoi le ler hussards (13e division) a été trois mois sans recevoir de solde; pourquoi la 3e légère et la 70e (10e division) ont été trois mois sans recevoir leur solde : ceci est évidemment la faute du payeur, puisqu’il est impossible que le trésor public n’ait pas envoyé les fonds; et tous les corps y auraient participé, et on n’aurait élevé aucune plainte, (car ces régiments sont restés trois mois faisant la solde avec leurs fonds, sans porter aucune plainte). Enfin il est convenable de savoir pourquoi le payeur de la 16e division a dit qu’il n’avait reçu aucun ordre pour payer la 96e légère.

Je désire avoir les bordereaux des ordonnances que les ministres de la guerre, de la marine et de l’administration de la guerre ont  envoyées au trésor public dans les vingt-cinq premiers jours de frimaire, et dont les fonds n’étaient pas encore faits au 28 frimaire.

Du reste, de toutes les plaintes qui reviennent il résulte que les payeurs payent mal volontiers, gardent l’argent le plus qu’ils peuvent, et font même souffrir le service; joint à cela, je crois qu’il y a trop fréquemment des rescriptions de l’agence protestées.

 

Paris, 21 décembre 1803

DÉCISION

lettre du commissaire général sur l’approvisionnement de fourrages pour  l’expédition d’Angleterre. Le général en
chef du camp de Bruges a ordonné de s’assurer de 50,000 bottes de foin et de 40,000 boisseaux d’avoine. On demande quelles sont les intentions du Gouvernement à cet égard.
Écrire qu’il n’y a pas besoin de foin pour le passage; que le zèle du général est louable, mais que l’objet était trop important pour qu’on l’eût oublié. Il y aura 100,000 boisseaux d’avoine et autant de son.

 

 Paris, 22 décembre 1803

Au citoyen Régnier

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me faire connaître qui a donné l’autorisation au beau-fils de M. Livingston de partir de Dieppe pour l’Angleterre.

 

Paris, 22 décembre 1803

Au citoyen Régnier

La lettre de Nardon (préfet d Maine-et-Loire), du 26 (18 décembre), est extrêmement importante. La police secrète est à même d’avoir des renseignements. On peut en écrire au général Lemarois, qui a de l’adresse et de la discrétion, en lui recommandant de ne rien dire et de surveiller ces individus.

Écrivez au citoyen Nardon que, si on m’arrête Préjean, je ferai donner 24,000 francs, et que je considérerai cela comme un véritable service.

 

Paris, 22 décembre 1803

Au citoyen Chaptal, ministre de l’intérieur

Je vous prie de me faire connaître si vous êtes en mesure de me donner l’état des gardes champêtres par canton, ainsi que l’état des gardes municipaux.

 

Paris, 22 décembre 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me proposer un projet d’arrêté rédigé d’après ces bases :

Il y aura dans chaque bataillon de régiments d’infanterie légère une compagnie appelée compagnie à cheval, ou compagnie d’expédition ou compagnie de partisans, ou tout autre nom analogue.

Cette compagnie sera toujours la troisième du bataillon, en comptant la compagnie de grenadiers pour la première.

Elle sera composée d’hommes bien constitués, vigoureux, mais de plus petite taille. Aucun sous-officier ni soldat ne pourra avoir plus de 4 pieds 11 pouces; les officiers ne pourront pas avoir delà de 5 pieds.

Elle sera armée de fusils plus légers que ceux des dragons, et exercée au tir. Les officiers et sous-officiers seront armés de carabine rayées.

Les hommes de ces compagnies seront exercés à suivre la cavalerie au trot, en se tenant tantôt à la botte du cavalier et tantôt à la queue du cheval, à monter lestement et d’un saut en croupe cavalier, de manière à pouvoir être ainsi rapidement transportés par la cavalerie.

Ces compagnies seront toujours complétées et entretenues su pied de guerre. Le nombre d’hommes d’ailleurs entrera dans le complet du régiment.

Ces principes une fois adoptés, il restera à former ces compagnies. Tous les sous-officiers et soldats d’infanterie légère qui auront moins de 4 pieds 11 pouces y seraient admis, et il serait fait un appel de 6,000 hommes dans la conscription des années IX, X et XII. Ces hommes seraient pris parmi ceux ayant été exempté la conscription par défaut de faille.

Faites-moi un projet sur ces bases.

 

Paris, 22 décembre 1803

Au général Berthier

Je désire, Citoyen Ministre, que vous considériez les cuirassiers, les dragons et les hussards comme formant trois armes différentes, et que vous ne me proposiez jamais des officiers de ces corps pour passer d’une arme dans une autre.

 

Paris, 22 décembre 1803

Au général Soult

Citoyen Général Soult, je reçois votre lettre avec le plan d’Étaples. J’aurais voulu qu’on y eût joint le plan de la rade; je le demande à l’amiral. L’événement de la prise d’un bateau canonnier est un malheur. Jusqu’à cette heure, nos pertes ne se sont pas montées au dixième de ce que j’avais calculé; cependant je ne sais comment un petit brick a pu s’emparer de ce bateau, où il y avait 25 hommes et un gros canon.

Je vous prie de me faire connaître si l’atelier de l’artillerie de terre destiné à la réparation des bâtiments destinés à l’artillerie est en train. J’ai ordonné que tous les pontonniers s’y rendissent. Faites-moi connaître le nombre de bâtiments qu’ils ont déjà installés et le degré d’activité qu’a cet atelier.

 

 Paris, 22 décembre 1803

Au citoyen Monge, en mission à Liège

Citoyen Sénateur Monge, nous sommes au ler nivôse, et vous ne me dites rien. Je ne sais ce que fait Perrier, mais, si je ne m’étais fié que sur sa promesse, je me trouverais étrangement embarrassé. C’est dans les premiers jours de fructidor que je lui ai parlé, et je n’ai pas encore un canon. Je ne puis qu’être peu satisfait de sa conduite, ce n’était point de grands établissements qu’il me fallait, mais des canons au 15 vendémiaire.

Il ne me reste donc plus actuellement qu’à savoir quand se fondra le premier canon, combien j’en aurai au 15 nivôse et aux ler et 15 pluviôse. Vous sentez que tout ce que j’aurais au delà ne serait probablement pas d’une grande utilité pour mon expédition.

Quant aux chaloupes canonnières, faites qu’on en achève tout de suite trois avant les glaces, puisqu’on n’en peut mener neuf de front, et qu’on les fasse partir pour Anvers avant les glaces.

 

Paris, 22 décembre 1803

Au citoyen Portalis

Écrivez à l’évêque d’Orléans pour lui demander des renseignements sur le nommé Lecocq, et savoir quelle espèce d’homme c’est. Lui dire que je crois Préjean dans l’Ouest; qu’il voie s’il ne peut pas le faire arrêter.

 

Paris, 22 décembre 1803

A l’amiral Bruix, commandant la flottille de Boulogne

Citoyen Amiral Bruix, je reçois votre lettre du 28 frimaire, par laquelle vous m’annoncez l’arrivée de six bateaux et de trois péniches et la prise du bateau no 436; il paraît que l’imbécile de patron qui le commandait ne savait pas faire son point. J’y ai vu avec plaisir que, par l’activité des batteries mobiles, les cinq boots qui s’étaient échoués ont été sauvés.

Marmont m’assure qu’il a envoyé soixante ouvriers d’artillerie pour organiser son atelier à Boulogne, et qu’il y dirige un bataillon de 600 hommes, dans lequel se trouvent cent ouvriers et autant de calfats. Il est donc convenable que vous donniez à l’artillerie tout les bâtiments qui doivent lui servir, afin qu’elle ne perde pas un jour à les installer. Faites-moi connaître le nombre de ceux que vous avez donnés, ainsi que l’état des travaux que fera, tous les jours, l’artillerie.

Je pense que les boots et bâtiments qui peuvent porter plus de 15 ou 16 chevaux peuvent être sur-le-champ remis à l’artillerie, en ayant soin de garder, pour le service de l’écurie, tous les bâtiment installés, et de donner à l’artillerie tous ceux à installer, vu qu’elle a un grand nombre d’ouvriers et des moyens considérables.

Je désirerais avoir le plan des rades d’Étaples, de Wimereux et d’Ambleteuse, et connaître précisément les distances où doivent mouiller les divisions de la Flottille qui sont dans ces ports, afin qu’on voie par là le degré de protection que la terre peut leur donner.

Les ordres donnés d’arrimer les chaloupes en belle ont fait plaisir sur la côte. (une bouche à feu est dite pointée en belle lorsque la pièce est placée droit au milieu du sabord. On dit indifféremment « tir en belle » ou « tir direct ». – Merci à Jean-Marc van Hill)

Je vous prie de me faire connaître comment le bateau n°436 a été pris, et s’il a fait la résistance convenable.