Correspondance de Napoléon – Décembre 1800

Décembre 1800

 

Paris, 1er décembre 1800

Au citoyen Talleyrand.

Je désirerais, Citoyen Ministre, que vous fissiez faire des recherches dans vos cartons et rédiger un mémoire :

1° Sur les finances de la Russie, comprenant la quotité et la nature de ses revenus, de sa dette et des dépenses;
2° Sur ses forces de terre; la manière dont se fait le recrutement; l’organisation de ses régiments d’infanterie, de cavalerie et d’artillerie; les noms desdits régiments; le nombre et les noms des généraux; la nature du calibre de leurs canons; leurs arsenaux;
3° Sur ses forces de mer; les noms de tons les vaisseaux de guerre;
4° Le nom de toutes les villes ayant plus de 10,000 habitants de population.

Si vous ne trouviez pas de renseignements dans vos archives et qu’ils ne peuvent vous être donnés par les Français ayant voyagé en Russie, vous pourrez les demander aux principaux officiers russes qui sont en France.

 

Paris, 3 décembre 1800

Au citoyen Joseph Bonaparte, ministre plénipotentiaire Lunéville

Lucien est arrivé en Espagne. Jérôme est en route à Brest, embarqué sur le vaisseau amiral avec le contre-amiral Ganteaume. Louis a passé de Berlin à Dresde, il va aller en Danemark.

I1 est convenable pour le ministre que les dépêches officielles soient mises sous son couvert et lui soient adressées directement par le courrier. Cela n’empêche pas que vous ne m’écriviez un petit billet toutes les fois que cela en vaudra la peine.

Moreau m’écrit que les Autrichiens ont demandé deux passe-ports pour dépêcher deux courriers à Cobenzl; ainsi il est probable qu’à l’heure qu’il est deux courriers de Vienne doivent être arrivés à Cobenzl. J’attends de leurs nouvelles pour me décider à partir.

I1 est peut-être utile de dire, en forme de conversation qu’une fois que je serai parti de Paris et que j’aurai commencé les opérations militaires, il est très-probable qu’on n’adoptera plus la mesure de donner des indemnités en Italie à la maison d’Autriche. I1 est bon de dire aussi qu’une fois en Italie, les négociations se trouveraient naturellement à l’endroit où je serais.

Quant aux Anglais, eux-mêmes ont tout brusqué et tout rompu. Ainsi nous ne pouvons plus les admettre à Lunéville, d’autant moins que nous avons aussi des engagements à remplir et que nous ne traiterons que lorsqu’ils auront reconnu la liberté des mers.

Fais n sorte que ce courrier soit de retour le 16 à Paris. Si je pars, la maison d’Autriche s’en souviendra. Il est donc nécessaire que je sache, par le retour de ton courrier, si toute espèce d’espoir est perdu, comme pourrait le faire penser le discours de Pitt au parlement.

 

Paris, 3 décembre 1800

Au citoyen Talleyrand

I1 pourrait être utile que I’on réunit dans un seul ouvrage tous le traités faits par la République, en y joignant les pièces données d’une part et d’autre par les différents négociateurs.

 

Paris, 3 décembre 1800

DÉCISION

Le Préfet national du canton de Waldstaette rappelle au Premier Consul la promesse qu’il a faite d’indemniser les habitants des vallées de Reuss et d’Ur-seren, en Suisse, pour avoir transporté, à travers les neiges, les rochers et les précipices, l’artillerie, les bagages et les provisions de l’armée de réserve, lors de son passage du mont Saint-Gothard. Renvoyé an ministre des relations extérieures, pour autoriser le citoyen Reinhard à faire connaître à ces bons habitants le désir que j’ai de faire quelque chose pour eux, et qu’ils aient à faire part de leurs vœux.

 

Paris, 4 décembre 1800   

ARRÊTÉ

Les Consuls de la République, ayant acquis les preuves que les nommés Georges, Constant Suzannet et Louis Dandigné, chefs des Chouans, continuent à entretenir des intelligences avec le Gouvernement anglais et ont fait des propositions tendantes à profiter de la reprise des hostilités, pour allumer la guerre civile dans les départements de l’Ouest, arrêtent :

Le ministre de la police générale donnera des ordres afin que les-dits Georges, Constant Suzannet et Louis Dandigné soient arrêtés et traduits devant le conseil de guerre des divisions dans l’étendue desquelles ils seront arrêtés, pour y être jugés dans les vingt-quatre heures.

 

 Paris, 4 décembre 1800

DÉCISION

Le ministre de la marine soumet au Premier Consul des propositions rela tives au Nautilus, que M. Robert Fulton, citoyen des Etats-Unis a fait par venir par l’intermédiaire du citoyen Volney, membre du Sénat conservateur. Le ministre traitera cette affaire avec Fulton, Volney et autres

(Robert Fulton, 1765-1815, inventeur, qui est venu proposer à Bonaparte son projet de sousmarin et celles sur la navigation à vapeur. Le projet ne fut pas retenu)
(Constantin-François Volney, 1757-1820)

 

Paris, 6 décembre 1800

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, d’écrire au général Brune que le grand veneur de la cour de Russie, le général Levachef, se rend à Naples et pourra passer par la Romagne. Le général Brune donnera les ordres pour que le général Levachef soit reçu avec honneur, escorté et même défrayé , tant qu’il se trouvera sur le territoire occupé par l’armée française.

 

 Paris, 7 décembre 1800

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me remettre demain un projet de note qui serait communiqué ici à tous les ministres des puissances amies ou alliés. I1 serait dit dans cette note :

Que le Gouvernem,ent français. ayant principalement à cœur de s’opposer à l’envahissement des mers et de concourir avec les autres puissances neutres à faire respecter leurs pavillons, et appréciant le zèle vraiment patriotique de l’empereur de Russie pour la cause commune de toutes les puissances continentales, ne traitera de la paix avec l’Angleterre qu’autant que ces principes sacrés seraient re connus, et que les pavillons russe, danois, suédois, américain, prussien, seraient respectés sur mer, comme les armes de ces puis sances le sont sur le continent , et qu’il serait reconnu par l’Angleterre que la mer appartient à toutes les nations.

 

Paris, 8 décembre 1800

DÉCISION

Le ministre de la guerre propose d’accorder un sabre au citoyen Labassé, capitaine attaché à l’état-major de la 17e division. Cet officier recevra un sabre, comme il en a été accordé aux officiers qui ont contribué  à la journée du 18 brumaire.

 

Paris, 9 décembre 1800

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Le Premier Consul me charge, Citoyen Ministre, de vous inviter à ordonner à Calais et Boulogne des salves de toute l’artillerie qui peut se trouver sur les batteries et à bord des vaisseaux de ces ports, pour annoncer la victoire de Hohenlinden. (3 décembre 1800 -Bataille gagnée par les troupes de Moreau)

 

Paris, 10 décembre 1800

Au contre-amiral Ganteaume

Je vous expédie ce courrier, Citoyen Général, pour que, si vous n’êtes pas encore parti, vous puissiez porter au lieu de votre destination la nouvelle de la célèbre victoire que vient de remporter l’armée du Rhin. J’attends à chaque instant la nouvelle d’un succès à peu prés certain en Italie. J’espère que nous envahirons l’État vénitien. Vous ne serez pas au milieu de votre course, que la paix continentale sera signée; les négociations continuent toujours à Lunéville.

La paix avec l’Angleterre suivra, dans les trois mois, la paix continentale. Vous sentez combien il est nécessaire que, dans l’endroit où vous allez, on ait tous ces renseignements.

Je vous recommande Jérôme, non pas pour que vous lui procuriez ses aises, mais pour que vous le fassiez travailler. Dites-lui bien qu’il se fasse au métier de la mer, et que dans trois ans il ait navigué plusieurs milliers de lieues et soit dans le cas de commander un brick.

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Il est probable que la flotte de l’amiral Keith aura reçu l’ordre de se rendre dans l’Adriatique pour débarquer ses 15,000 hommes à Venise ou à Ancône.
Vous savez que l’empereur de Russie va déclarer la guerre à l’Angleterre, et que l’embargo a été mis sur tous les bâtiments anglais et le séquestre sur toutes leurs propriétés.

Un ambassadeur russe arrive demain à Bruxelles.

 

Paris, 10 décembre 1800

Au citoyen Talleyrand, Ministre des Relations extérieures

Je désire, Citoyen Ministre, qu’en causant avec Schimmelpenninck vous lui demandiez quelques renseignements sur les cent mille florins dont on parait toujours poursuivre à La Haye le remboursement.

Lettres à Talleyrand

 

Paris, 12 décembre 1800

Au général Bernadotte, commandant en chef l’armée de l’ouest

Je vois, Citoyen Général, que l’armée de l’ouest est toujours dans le besoin. Je vous prie d’entrer dans quelques détails et de me faire connaître:

1° Si elle a touché sa solde des trois premiers mois de l’an IX;
2° Si le service des vivres-pain se fait exactement;
3° Comment se fait le service des vivres-viande, des fourrages;
4° Si les corps qui composent l’armée de 1’Ouest ont reçu des draps pour confectionner leur habillement.

Je désire que vous envoyiez passer la revue du bataillon de grenadiers qui est à Tours. Vous verrez le ministre de la guerre pour connaître si les souliers et antres effets d’habillement qui ont été ordonnés pour ce bataillon sont arrivés. Vous ferez partir ensuite ce bataillon pour le Morbihan, en recommandant de le tenir toujours réuni dans un seul département, pour se porter partout où il serait nécessaire.

 

Paris, 13 décembre 1800

Au citoyen Fouché, ministre de la police générale

Je vois dans le rapport du 19 frimaire, Citoyen Ministre, qu’un nominé Lacrosné, prêtre à Nanterre, distribue des billets d’entrée chargés de croix et de fleurs de lis; si ce dernier fait est vrai, donnez l’ordre d’arrêter ce prêtre et de le faire conduire à Paris.

 

Paris, 14 décembre 1800

ARRÊTÉ

ARTICLE  ler. – Les conseillers d’État Barbé-Marbois, Duchâtel et Fourcroy, se rendront : le premier, dans les départements composant la 13e division militaire; le second, dans ceux composant la 22e division militaire, et le troisième, dans ceux composant la 12e division militaire.
ART. 2. – Ils y tiendront des conseils d’administration avec le principaux agents civils et militaires.

 

Paris, 14 décembre 1800

INSTRUCTIONS ANNEXÉES À L’ARRÊTÉ DU 23 FRIMAIRE AN IX

Vous trouverez ci-joint, Citoyen , la note des fonds que la Trésorerie a fait passer pour le service de la division militaire et de l’armée de l’Ouest.

Le premier objet de votre mission est, après avoir fait connaître votre arrivée au préfet, de vous assurer, par l’inspection des registres du payeur :

1° Si les états remis par la Trésorerie sont exacts;
2° Quel jour et en quelles valeurs les recouvrements se sont faits;
3° Des pertes, s’il y en a en, qu’aurait approuvées le trésor public dans la réalisation desdits effets.

La première partie du procès-verbal que vous ferez dresser aura pour but de constater ces trois objets, ayant toujours soin de vous servir des états de la Trésorerie, article par article, sans que vous puissiez vous servir d’autres états que voudrait fournir le payeur.

Après avoir consulté tout ce qui est relatif à la recette, vous vous ferez remettre par le payeur un état de l’emploi de cette recette, en ayant soin de distinguer la solde par corps et par mois.

Si les payeurs ont envoyé une partie des fonds à leurs préposés dans les départements de la division, et qu’ils n’aient pas encore reçu I’état de leur emploi, vous enverrez l’état des fonds au préfet du département, en l’invitant à faire la même opération que celle que vous ferez chez le payeur de la division. Vous inviterez le préfet à vous adresser directement le procès-verbal, afin que vous le puissiez comprendre dans l’ensemble de votre travail.

Vous tiendrez, après cela, plusieurs conseils d’administration.

Le premier sera composé da général commandant la division, du préfet, de l’ordonnateur, des inspecteurs aux revues. Le but de ce conseil sera de connaître le montant exact de la solde de la division, par mois, en distinguant la solde de la gendarmerie, de l’état-major, des troupes de toutes armes, et enfin de chaque corps.

Vous communiquerez à ce conseil la note des fonds envoyés par la Trésorerie, le procès-verbal dressé chez le préfet, et par là vous parviendrez à connaître d’où proviennent les plaintes réitérées sur la solde de cette division.

Vous ferez vérifier chez le payeur, par l’inspecteur aux revues, toutes les pièces en vertu desquelles il a payé la solde.

Le second conseil d’administration sera relatif aux différents services de l’armée. Vous ferez connaître à ce conseil les ordonnances que le ministre de la guerre a envoyées aux fournisseurs du pays pour le service. Vous prendrez des informations sur la manière dont ce service s’est fait, et si les fournisseurs ont effectivement livré les effets qui leur ont été payés.

Vous recueillerez tous les renseignements qui pourraient éclairer le Gouvernement sur les menées des fournisseurs et sur les causes de la pénurie où sont les troupes.

Le troisième conseil sera composé des principaux agents des contributions directes et indirectes des départements qui composent la… division. Vous y recueillerez tous les renseignements relatifs au r couvrement des impositions directes et indirectes, à l’administration des biens nationaux. Vous relaterez dans le procès-verbal combien, dans chaque département, il est encore dû, et combien par année; combien chaque receveur a souscrit d’obligations; et vous prendrez tous les renseignements tendant à vous faire connaître ce qui pourrait exister, en argent, dans les différentes caisses, comme produit soit de la taxe des routes, soit des cinq centimes mis en réserve, enfin pour quelque cause que ce soit.

Enfin vous tiendrez un conseil composé des préfets de la division; vous prendrez tous les renseignements généraux sur la situation de leurs départements, politique, militaire et administrative, sur les sous-préfets, sur les hommes dangereux parmi les chouans, sur ceux qui inquiéteraient les acquéreurs des biens nationaux, sur les différents administrateurs civils et militaires, etc., sur les fournisseurs qui, soit dans le service de terre, soit dans le service de mer, dilapideraient la fortune publique. Vous assurerez les préfets que ce dernier procès-verbal ne passera de vos mains que dans celles du Premier Consul.  I1 est nécessaire que vous soyez de retour à Paris pour le 15 nivôse.

Votre mission est toute d’observation et de censure. Vous rapporterez au Gouvernement toutes les observations que vous aurez faites sur les personnes (spécialement les différents officiers de gendarmerie) , et sur les choses.

 

1 Un arrêté du 11 germinal an IX applique les mêmes dispositions aux 4e, 6e, 7e, Se, 14e et 18e divisions militaires, et désigne pour s’y rendre les conseillers d’état Lacuée, Thibaudeau, Duchâtel, Français (de Nantes), Foureroy et Champagny.

 

Paris, 14 décembre 1800

DÉCISION

Le ministre de la marine transmet une lettre du commissaire anglais chargé de l’échange des prisonniers et demandant des habillements pour les prisonniers français en Angleterre. Le ministre des relations extérieures fera connaître à ce commissaire que le Gouvernement  français ne s’éloignera pas, pour ses prisonniers en Angleterre, de ce qui est établi entre les puissances civilisées de l’Europe. I1 entretient et habille les prisonniers russes, allemands, etc., et ces Gouvernements ne font aucune difficulté d’entretenir les prisonniers français; c’est donc an Gouvernement anglais à voir s’il veut on non s’éloigner des usages et des conventions établies.

 

 

Paris, 14 décembre 1800

Au citoyen Talleyrand

Je vous envoie la copie d’une lettre qu’à écrite l’archevêque de Carinthie; ayez sur l’objet de cette lettre une explication catégorique.

Lettres à Talleyrand

 

Paris, 14 décembre 1800

Au citoyen Talleyrand

Je prie le ministre des relations extérieures de faire auprès du Gouvernement batave les démarches nécessaires pour qu’il mette à notre disposition deux demi-brigades bataves, fortes de 5,000 hommes, une compagnie d’artillerie légère avec quatre pièces de campagne, et un régiment de hussards; lui ôter toute inquiétude qu’il pourrait avoir que ces troupes ne soient employées contre la Prusse, et lui laisser entrevoir qu’elles ne sont destinées qu’aux garnisons de Düsseldorf, de Mayence et du Rhin, afin de pouvoir renforcer nos armées actives.

 

Paris, 14 décembre 1800

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

J’ai lu avec attention, Citoyen Ministre, l’extrait que vous m’avez communiqué des dépêches du ministre Jourdan.

Vous lui ferez connaître que le Gouvernement, ne pouvant, à cette distance et au milieu d’intrigues aussi multiples, prendre des mesures convenables, s’en repose entièrement sur lui;

Qu’il peut faire connaître à la Consulte qu’elle est en vacance jusqu’à ce que les hostilités aient cessé par un armistice ou, par la paix, l’intention du Gouvernement étant de n’avoir aucune espèce d’assemblée pendant la guerre; et qu’en conséquence tous les actes de la commission approuvés par lui, ministre extraordinaire, auront force de loi.

 

Paris, 14 décembre 1800

Notes pour le ministre de la marine

ROCHEFORT.

Ordre d’armer deux frégates avec tous les hommes existant à l’île de Ré et 50 canonniers de terre, 9,000 fusils, 500 sabres, deux pièces de campagne, 20,000 cartouches à balles et 2,000 boulets.

LE HAVRE.

Trois frégates ou au moins deux, 600 hommes de troupes, six pièces de campagne, 3,000 fusils, 50 canonniers par frégate.

TOULON.

La Justice et l’Égyptienne, si la marche de l’Égyptienne ne peut pas compromettre la Justice.

Sur chaque frégate 200 hommes et 50 canonniers, deux canons de 4, 2,000 boulets, 3,000 fusils.

BASES DES INSTRUCTIONS POUR TOULON.

Écrire confidentiellement au préfet que le Premier Consul met la plus haute importance à faire passer des secours en Égypte; mais que celte expédition doit être extrêmement secrète , et qu’elle doit avoir pour prétexte d’aller chercher des troupes à Ajaccio pour les ramener en France.

En conséquence, les frégates prendront les vivres nécessaires pour les équipages et les passagers et pour une campagne d’Égypte. Les équipages, au moment du départ, seront réduits au strict nécessaire pour se rendre à Ajaccio : c’est là que I’on prendra les troupes qui seront fournies par la 4e demi-brigade légère; c’est là également que l’on prendra les canonniers. On pourra laisser en Corse les marins qui se trouveront de trop. Quand les troupes auront été embarquées, il sera expédié des ordres secrets aux commandants des frégates, pour n’être ouverts qu’après leur arrivée à Ajaccio, et il leur sera enjoint de séjourner en Corse le moins longtemps possible.

Avant le départ de Toulon, on embarquera six ou huit chirurgiens par frégate, sous le prétexte de l’épidémie qui vient d’avoir lieu à Bonifacio , et ils emporteront une caisse de quina, de cantharides et d’émétique , qui sera expédiée de Paris.

MESURES GÉNÉRALES

Aussitôt que les frégates pourront mettre à la voile, elles fileront le long des côtes de Sardaigne, en passant hors de vue des îles Saint-Pierre;, elles raseront les côtes de Barbarie , et, après avoir doublé le cap Bon, elles s’éloigneront le moins possible des côtes d’Afrique.

Les capitaines sont autorisés à entrer à Alexandrie s’ils peuvent échapper aux croisières ennemies, ou bien ils iront mouiller à Damiette. Dans le premier cas, après avoir reçu les réponses du Caire, ils profiteront de la fin de l’hiver pour opérer leur retour. Si la saison n’était plus favorable, ils resteraient dans le port qui leur offrirait le plus de sûreté.

I1 sera écrit particulièrement au général commandant en Corse pour le prévenir de cette expédition, afin qu’il prépare les troupes et les objets qui doivent être embarqués, de manière que tout soit prêt à l’arrivée de la division. Ce commandant doit croire que les troupes destinées pour revenir en France. I1 sera expédié pour cet effet un aviso de Toulon pour la Corse.

On doit faire passer incessamment un commissaire extraordinaire da Gouvernement en Corse; il sera embarqué sur une des deux frégates. Le préfet de Toulon colorera ces préparatifs, en tant que besoin, du passage de ce commissaire.

On donnera l’ordre à Toulon de solder ce qui est dû d’arriéré aux équipages de la Carrère et de la Muiron jusqu’à concurrence de 100,000 francs, qui ont été mis à cet effet à la disposition du préfet.

Appliquer au Havre et à Rochefort ce qui est applicable. Embarquer dans ces ports jusqu’à dix à douze officiers de santé. Les frégates reviendront où et quand elles pourront;  point d’engagement.

 

Paris, 15 décembre 1800

Au citoyen Miot, conseiller d’état

Vous vous embarquerez à Toulon sur la frégate, la Justice, qui vous conduira à Ajaccio , sur l’Égyptienne, qui vous conduira á Ajaccio

Votre premier soin sera d’appeler auprès de vous les préfets da Golo, du Liamone, et les commandants militaires, et de proclamer la mise hors la constitution de la Corse. Vous leur ferez connaître l’arrêté du Gouvernement qui détermine vos relations envers les préfets, les commandants militaires, les agents des contributions directes et indirectes etc.

En même temps que vous, le ministre des finances envoie une somme de 3 à 400,000 francs pour mettre la troupe au niveau de sa solde.

Vous aurez, pour vous appuyer, la 23e demi-brigade, un corps nombreux de gendarmerie, qui, se trouvant désormais soldé, sera dans le cas de faire un service sévère.

Vous commencerez par instituer votre tribunat extraordinaire, et vous ferez juger et exécuter tous ceux qui seraient détenus dans les prisons d’Ajaccio comme voleurs, assassins ou provocateurs à la rébellion.

Vous donnerez l’ordre à 60 gendarmes du Golo et à 100 gendarmes du Liamone de se rendre à Tallano avec le chef de brigade de la gendarmerie, 600 bommes de troupes de ligne, et, s’il est nécessaire, vous ferez marcher les colonnes mobiles des gardes nationales.

Le préfet du Liamone sera à la tête de cette colonne, et les forces militaires seront sous les ordres du général commandant dans l’île.

On brûlera les maisons des principaux rebelles, telles que celles de Quenza et de Cesare, et l’on ne reviendra de l’expédition que lorsque l’on aura pris les rebelles ou qu’on les aura forcés de quitter l’île. Le tribunal extraordinaire qui sera à la suite de cette expédition fera exécuter sur-le-champ quatre ou cinq des rebelles pris les armes à la main; ce n’est qu’en s’annonçant par un acte de vigueur que le commissaire extraordinaire pourra ramener la tranquillité dans ces départements.

Vous ferez voyager cette colonne dans tous les quartiers où il y aurait eu du trouble , de manière à ne pas rester plus de huit ou dix jours, dans une préfecture. Elle aura à sa suite un tribunal extraordinaire qui fera exécuter sur-le-champ les assassins et les voleurs.

Lorsque vous aurez rétabli la tranquillité dans l’île, vous tiendrez un conseil d’administration pour connaître de quelle manière la troupe est soldée et habillée.

Vous ferez compléter la 23e demi-brigade, en y faisant entrer les conscrits des deux départements.

Beaucoup d’abus se sont glissés dans la gendarmerie , vous y remédierez. Vous veillerez à ce quelle soit composée d’hommes actifs et capables de rendre des services.

Vous tiendrez un conseil d’administration pour  connaître l’emploi des contributions directes et indirectes des années VII, VIII et IX.

Vous ferez jouir la Corse des principes du Gouvernement sur les cultes et l’extinction des partis.

Presque tout le produit des impositions indirectes est absorbé par les frais de perception. Vous les diminuerez, en ne considérant, pour cette perception, la Corse que comme un seul département , et en réduisant le nombre des employés.

Les frégates la Justice et l’Égyptienne out une mission extrêmement importante. Vous accélérerez 1eur départ deux ou trois jours après votre arrivée.

 

Paris, 15 décembre 1800

ARRÊTÉ

Le Premier Consul arrête ce qui suit :

ARTICLE ler. – A dater du 10 nivôse prochain, et jusqu’au 10 floréal, il sera expédié chaque décade un bâtiment de poste pour l’Égypte.
ART. 2. – Le bâtiment portera:

Les dépêches qui seraient à Toulon pour cette armée;
500 fusils avec leurs baïonnettes;
1,000 boulets de 4 ;
1,000 boulets de 8;
500 boulets de 12;
250 paires de pistolets;
250 sabres;
Une caisse de médicaments contenant 50 livres de quina et en proportion des mouches cantharides, de l’ipécacuana, de la pierre infernale et de l’émétique;
Une caisse de graines de France, du poids de 100 livres, et de toute espèce;
4 chirurgiens;
6 ouvriers en bois, en fer et en maçonnerie, avec les outils de leur métier.

ART. 3. – Le préfet maritime à Toulon fera connaître, par chaque aviso, au général en chef de l’armée de l’Orient, les nouvelles les plus fraîches da continent. I1 mettra toutes les dépêches du Gouvernement et les siennes dans une boite de plomb, qui sera jetée à la mer en cas de prise du bâtiment par l’ennemi.
ART. 4. – Le capitaine de chaque bâtiment dressera un procès-verbal du départ constatant ce qu’il porte. Ce procès-verbal sera signé par le préfet maritime, qui l’enverra chaque décade au ministre de la marine, qui le présentera au Gouvernement.
ART. 5. – Le ministre de la marine est exclusivement chargé, et sous sa responsabilité, de l’exécution du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé.

 

Paris, 15 décembre 1800

Au citoyen Talleyrand, Ministre des Relations extérieures

Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner l’ordre aux citoyens Belleville et Dejean de faire partir dans le courant de Nivôse, 3 bâtiments de Gênes et trois de Livourne pour Alexandrie en Egypte. Ces bâtiments partiront à six jours de distance l’un de l’autre. Ils seront montés par des équipages français et liguriens. On prendra ou des vaisseaux appartenant aux francais, ou des bâtiments qui avaient été confisques ou, s’il est nécessaire, de bons voiliers que l’on achètera.

Il sera embarqué sur chacun de ces bâtiments :

240 sabres
240 paires de pistolets
3,000 boulets de 4
3,000 boulets de 8
3,000 boulets de 12
300 obus de 6 pouces
Une caisse de grains d’Europe
Une caisse de médicaments contenant 29.. de quina et en proportion des mouches cantharides, de l’epe….
de l’émétique.

Les citoyens Belleville et Dejean se concerteront avec les commandants militaires et les autorités de ces deux places pour se procurer ce qui ne se trouverait pas dans les magasins de l’armée. Ils compteront directement avec vous pour toutes les dépenses qu’occasionneraient ces expéditions.

Vous écrirez aux généraux Brune et Marmont pour les engager à faciliter de tous leurs moyens l’expédition de ces bâtiments.

Lettres à Talleyrand

 

Paris, 16 décembre 1800

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je crois, Citoyen Ministre, qu’une lettre écrite au Grand Seigneur et envoyée par le canal de l’ambassadeur ottoman à Paris serait utile dans la circonstance actuelle. I1 faudrait lui faire sentir, d’un style convenable, la situation de l’Europe; que les Anglais seuls se sont opposés à l’évacuation de 1’Égypte; que nous ne l’évacuerons pas que la paix générale ne soit faite, et qu’il est de l’intérêt de la Porte de reprendre enfin ses anciennes liaisons avec la France.

 

Paris, 16 décembre 1800                           

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, d’abonner au Mercure de France, à la Décade et au Journal de Paris, le général Menou, le général Rampon, le général Lanusse, le général Belliard, le général Songis, le général  Faultrier, le général Sanson, chacun pour douze exemplaires.

Ces Abonnements seront envoyés au préfet maritime à Toulon, qui en fera passer deux exemplaires par chaque aviso, de manière que, si, sur six avisos, un seul arrive, on ait en Égypte la collection complète.

 

Paris, 16 décembre 1800

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

J’ai fait faire, Citoyen Ministre, l’état de ce qui manque à l’artillerie en Égypte: son principal besoin est en fer. I1 faudrait ordonner au préfet maritime de mettre en lest, sur chaque aviso, indépendamment de ce qui a est demandé, 2 ou 3 milliers de fer et acier en barre. Vous ferez mettre sur chaque bâtiment deux grosses enclumes et quatre grosses bigornes. Je vous prie aussi d’ordonner que l’on embarque sur les frégates du Havre, de Rochefort, et sur 1’Égyptienne, la plus grande quantité de fer et d’acier, d’enclumes et de bigornes qu’il sera possible sans encombrer les frégates.

Donnez l’ordre à Toulon que l’on fasse partir sur chaque bâtiment une caisse complète d’instruments de chirurgie.

 

Paris, 16 décembre 1800

Au citoyen Forfait

Je reçois Citoyen Ministre, votre lettre relative aux douze avisos expédiés en Egypte : il est nécessaire que vous vous chargiez de tout.

Je vois avec peine que l’arrêté n’a pas été exécuté relativement au Guerrier, au Turbulent et à l’Osiris, qui ne portent guère que le quart de ce qui avait été ordonné. Témoignez-en votre mécontentement au préfet maritime. Comment savez-vous que l’Alexandrie a été prise ?