Correspondance de Napoléon – Avril 1801

Avril 1801

 

Paris, 1er avril 1801

Au prince royal de Danemark

J’envoie auprès de Votre Altesse Royale mon aide de camp, chef de brigade, Lauriston. Je le charge de lui dire tout l’intérêt que je prends aux affaires présentes du Danemark.

La Suède, la Russie et la Prusse, plus à portée, vous donneront, dans tous les cas, un secours quelconque. De mon côté, vous pouvez compter que je ferai tout ce qui sera convenable et possible. Au reste, je ne pense pas que les Anglais soient assez osés pour toucher terre : dans ce cas, Votre Altesse les recevrait comme ses aïeux les ont reçus autrefois.

Je prie Votre Altesse Royale de croire à l’intérêt tout particulier que je prends à sa situation et à ses succès.

 

Paris, ler avril 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

1° Ordre à 150 hommes du 19e de dragons de partir le 13 germinal(3 avril), pour être rendus à Niort en douze jours, et faire partie du corps de la Gironde. Ce détachement aura sous son escorte un million.
2° Envoyer le plus promptement possible des habits à Rochefort. Il est probable qu’avant dix jours ces troupes seront embarquées.
3° Donner au général Chabot l’ordre de presser 300 matelots sur la Loire, et de les envoyer, sous bonne escorte, à Rochefort, à l’amiral Bruix.
4° Rappeler aux officiers d’artillerie en résidence qu’ils sont responsables des envois de fusils.
5° Ordre au général Thiebault de se rendre à Poitiers, pour y prendre le commandement des troupes qui s’y rendent.
6° Ordre au chef de bataillon Labadie, officier d’artillerie, de se rendre à Bordeaux; cet officier est destiné à s’embarquer.

 

Paris, 1er avril 1801

Au général Leclerc, commandant le corps d’observation de la Gironde

J’ai reçu votre dernière lettre, Citoyen Général. Le ministre de la guerre va vous faire passer tout ce que vous demandez, surtout ce qui est relation à vos dépenses extraordinaires, dont je sens que vous avez d’autant plus besoin que vous passez dans un pays étranger (Leclerc vient d’être mis à la tête du corps expéditionnaire chargé de soutenir l’Espagne dans sa guerre contre le Portugal. La paix bientôt signée mettra fin à “la guerre des oranges”, durant laquelle Leclerc ne combattra pas).

Six demi-brigades d’Italie et du Rhin sont en route pour se rendre à Bordeaux.

Je pense que vous avez donné ordre au bataillon de la 63e, qui était à Saintes, de vous rejoindre.

Vous devez laisser filer votre avant-garde huit on dix jours en Espagne avant de la rejoindre. Passez-en la revue à Bayonne, et puis retournez à Bordeaux, après avoir pris des mesures, pour sa marche, avec les commissaires espagnols.

De retour à Bordeaux, vous organiserez la division qui sera à la disposition de l’amiral Bruix, et celle qui va se rendre à Bordeaux pour, de là, passer en Espagne.

 

Paris, ler avril 1801

Au citoyen Savary

Aide de camp du Premier Consul, à Rochefort

J’ai reçu votre lettre du 7 germinal. Un million partira d’ici pour Rochefort, le 13 germinal, sous l’escorte de 150 dragons du 19e régiment, qui sont destinés à faire partie du corps d’observation de la Gironde. Il sera rendu à Niort en douze jours.

Il paraît que le contre-amiral Dordelin n’est pas encore parti de Brest; du moins le télégraphe ne m’en a rien appris.

Deux escadrons du 24e de chasseurs, formant 300 hommes , deux bataillons de la 90e, formant 1,000 hommes, deux compagnies d’artillerie, quinze ouvriers d’artillerie et un caisson d’outils, six pièces de canon, partent le 13 pour se rendre à Poitiers, où ils feront partie du corps de la Gironde. Ils pourront, selon les circonstances, être embarqués.

Le général de brigade Thiebault se rend à Poitiers pour y recevoir toutes ces troupes .

Le général Leclerc doit fournir douze pièces d’artillerie avec leur approvisionnement, plusieurs officiers supérieurs d’artillerie et 50 charretiers.

L’amiral Bruix doit avoir soin d’embarquer, indépendamment des fusils, le plus de pièces de rechange qu’il pourra, une centaine d’ouvriers de l’arsenal,, charpentiers, menuisiers, maçons, avec leurs outils, au moins dix grosses bigornes.

J’aurais désiré qu’il pût faire lester une frégate ou une grosse corvette en saumons de plomb, boulets de tous calibres, fers de tous les échantillons; parlez-lui-en pour qu’il le fasse, s’il le peut.

 

Paris, 1er avril 1801

A l’amiral Bruix

Le citoyen Savary, mon aide de camp, vous fera part, Citoyen Général, de différents détails relatifs aux préparatifs de votre expédition.

Le contre-amiral Dumanoir a arboré, à Cadix, son pavillon sur trois bons vaisseaux que le roi d’Espagne nous a donnés, approvisionnés de vivres pour trois mois. Les officiers doivent être partis en poste de différents ports. Une levée que l’on a faite dans les ports d’Espagne produit 200 matelots français; 74O matelots, provenant de l’expédition du capitaine Landolphe et rendus à Lisbonne, sont en chemin pour Cadix.

Un bataillon de 400 hommes d’infanterie est parti de Toulouse pour se rendre à Cadix.

Ainsi, vous voyez que ces trois vaisseaux se trouveront avoir à peu près la moitié de leurs équipages.

Cinq vaisseaux espagnols qui étaient au Ferrol vont se rendre également à Cadix. Je désire que vous me fassiez connaître si vous pensez qu’il vous convienne, dans le cas où ces cinq vaisseaux ne seraient pas partis, de les joindre à vous en passant, et, dans le cas où ils seraient à Cadix, si vous avez les moyens de compléter les équipages des trois autres vaisseaux qui sont à Cadix et de renforcer d’autant votre escadre.

Tâchez d’emmener avec vous le plus de bricks ou d’avisos ou d goélettes que vous pourrez; prenez-en à Nantes , à Brest, à Bordeaux; vous pourrez les désarmer ensuite à Cadix pour armer les trois vaisseaux. La frégate la Thémis, qui est à Bayonne, avait reçu l’ordre de se rendre à Cadix avec le plus d’équipage possible. Envoyez un officier à Bayonne, pour savoir ce qu’est devenue cette frégate. Vous êtes le maître d’ordonner toute autre manœuvre qui tendrait an même but.

Deux grosses frégates sont aussi sorties du Havre; si elles n’ont pas de mauvaises rencontres et q    u’elles arrivent avant votre départ à Rochefort, elles vous seront d’une grande utilité.

Si les frégates de Nantes sont en état, prenez-les; et, dans le cas contraire, attirez à vous beaucoup de bâtiments légers. J’ai toujours vu que ces petits bâtiments étaient garnis de matelots, et des meilleurs.

La frégate l’Africaine a été prise. Il paraît que l’on avait mis 400 hommes de passage; c’était le double de trop. Nous n’avons aucune nouvelle de la Régénérée.

L’Égyptienne et la Justice sont entrées à Alexandrie.

Le contre-amiral Ganteaume a mis à la voile le 2 germinal. Les anglais n’ont certainement que treize vaisseaux dans la Méditerranée. L’amiral Calder, avec sept vaisseaux, a été à Saint-Domingue.

Les anglais font voile pour la Baltique avec dix-huit vaisseaux.

Si vous pouvez partir dans ces quinze jours, il est probable que vous ferez ce que vous voudrez, au moins pendant un bon mois, où vous irez.

 

Paris, 2 avril 1801

Au citoyen Gaudin, ministre des finances

Les Consuls voient avec peine, Citoyen Ministre dans lesrapports des conseiller d’état chargés de missions dans les divisions militaires, qu’il existe des différences considérables, dans les comptes des payeurs, entre leurs recettes et leurs payements. Dans presque toutes les divisions, les payeurs laissent arriérer la solde, et gardent en caisse des fonds suffisants pour y faire face.

Les Consuls vous invitent, Citoyen Ministre, à pendre les mesures que vous jugerez les plus convenables pour faire cesser un abus aussi coupable, et pour que les payements s’effectuent à mesure des versements, de manière qu’il ne reste jamais de deniers oisifs dans les caisses despayeurs.

 

Paris, 2 avril 1801

Au citoyen Gaudin

Il résulte, Citoyen Ministre, des états remis par le payeur de la Rochelle au citoyen Fourcroy, conseiller d’état envoyé dans la 12e division militaire, et vérifiés sur ses registres le 8 nivôse au IX, que la trésorerie avait envoyé 31,653 francs 49 centimes pour la solde de l’an VIII, et que ce payeur a soldé 132,389 fr. 39 cent sur l’an VIII: ainsi, un excédant de 100,735 fr. 90 cent. sans autorisation;

Qu’au 8 nivôse il n’avait soldé que 120,696 fr. 85 cent. sur l’an IX; ce comptable n’avait donc soldé que 253,086 fr. 94 cent dans le premier trimestre, sur les années VIII et IX, taudis qu’il avait reçu:

1° Pour l’an VIII . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31,653 fr. 49 cent.
2° Pour l’au IX . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . 487,867 fr. 70 cent.
3° En un encaisse an ler vendémiaire, et un versement du receveur général sur les contributions indirectes de l’au VIII . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . .  25,712 fr. 13 cent.
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545,233 fr. 32 cent.

Il n’avait payé que. . . . . .  . . . . . . . . . .   253,086 fr. 24 cent.
Ainsi il y a un excédent de recette de …. 292,147 fr. 08 cent.

que ce payeur gardait dans sa caisse, au lieu de l’employer au payement de la solde.

Cependant, le prêt de la troupe, pour le premier trimestre, était arriéré.

Le Premier Consul vous invite à faire interroger ce payeur, par le préfet, sur ces questions:

1° Pourquoi, au 1er nivôse, n’avait-il pas soldé à la troupe les deux premiers mois, puisqu’il avait l’argent en caisse ?

2° Pourquoi a-t-il soldé, sur l’an VIII, plus qu’il n’était autorisé à payer ?

Le préfet fera dresser procès-verbal des réponses de ce payeur, afin que vous puissiez juger le degré de confiance que mérite ce comptable; et, comme de payeur parait avoir besoin de surveillance, le Premier Consul vous invite, en outre, à ordonner une vérification extraordinaire, pour les six premiers mois de l’an IX, qui détermine ce qu’il a reçu et payé.

Vous verrez, par l’état ci-joint, remis par le payeur de Nantes, qu’il devait, au 1er nivôse, des sommes considérables. Le Premier Consul vous invite à prendre à son égard de semblables mesures.

 

Paris, 3 avril 1801

DÉCISION

Le Conseil d’État rend compte d’une pétition de demoiselle Charlotte Depuget , demandant le rapport d’un arrêté du Directoire, en date du 25 messidor an Vl. Cet arrêté annulait une décision de l’administration départementale de  la Marne, qui avait déclaré nulles et
illégales les ventes, faites par le district  de Vitry, des domaines de Villers-le-Sec et Maupas appartenant à la pétitionnaire.
 Renvoyé à la section des finances, le Gouvernement n’approuvant pas que, sous quelque prétexte que ce puisse être, la vente d’un bien vendu comme propriété nationale puisse être annulée.

 

Paris, 3 avril 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Donnez l’ordre, Citoyen Ministre, au général Chasseloup de commencer, sans perdre de temps, à fermer Porto-Legnago du côté de l’Adige, et dresser un projet en règle pour augmenter, soit par l’inondation, soit par des ouvrages extérieurs, la défense de cette place; de faire reprendre, sans le moindre retard, les travaux de Rocca-d’Anfo : de manière qu’avant la fin de l’année ces deux places se trouvent organisées et susceptibles d’une première défense.

Vous ferez observer au général Chasseloup qu’il doit se procurer, à Porto-Legnago, deux batteries en forme de cavaliers, qui dominent le plus possible la rive opposée.

 

Paris, 3 avril 1801

Au général Berthier

Il est très-important, Citoyen Ministre, d’avoir de très-bonnes cartes de tout le pays compris entre l’Adige, le Pô et l’Adda.

Je désire que vous nommiez une commission d’ingénieurs géographes pour lever cette partie de l’Italie, qui sera probablement le théâtre de nouvelles guerres, sur la même échelle que la grande carte de l’Italie.

On pourra par la suite, si on le juge à propos, continuer ce travail pour le reste de l’Italie.

Je désirerais que l’on travaillât à cette carte avec assez d’activité pour qu’elle se trouvât achevée dans le courant de l’an X.

 

Paris, 3 avril 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

J’ai lu avec attention, Citoyen Ministre, le projet d’arrêté sur l’organisation des colonies.

Il m’a paru qu’à l’article 10 on pourrait ôter la partie de cet article qui dit que les actes du préfet colonial seront timbrés au nom de la République française et du capitaine général: c’est donner à celui-ci trop d’autorité.

L’article 11 ne m’a pas paru convenable: ce n’est pas le commandant en second qui doit succéder au capitaine général, mais le préfet colonial.

Il m’a paru aussi que les prérogatives du capitaine général étaient un peu trop grandes. Je désire que vous les diminuiez un peu.

Je vous renvoie le projet à l’effet d’y faire les trois changement dont je vous ai parlé. Du reste, je le trouve bien.

 

Paris, 3 avril 1801

Au citoyen Forfait

Je vous envoie, Citoyen Ministre, des observations sur la consommation des vivres des deux premiers mois de l’an IX. Il en résulte que l’on a l’adresse de nous faire payer la ration20 sous au lieu de 17, et que nous avons distribué par jour plus de 79,000 rations.

Je vous ai demandé, en vous renvoyant l’état de l’an VIII, plusieurs explications qui doivent être également données pour cet état-ci.

 

Paris, 3 avril 1801

Au citoyen Forfait

Une lettre que je reçois de Flessingue, en date du 9 germinal, Citoyen Ministre, me rend compte qu’il n’y a dans ce port qu’une seule frégate, la Poursuivante, et ne me parle pas de l’Incorruptible.Faites-moi connaître, je vous prie, s’il est arrivé quelque accident à cette frégate.

La même lettre m’annonce que l’équipage de la Poursuivante est arriéré de quinze mois et se trouve dans la plus grande misère. Faites-lui donner deux mois de solde.

 

Paris, 4 avril 1801

Au citoyen Abrial, ministre de la justice

Le Premier Consul est instruit, Citoyen Ministre, que dans les départements de la Lys, de l’Escaut, des Deux-Nèthes et de Jemmapes, on n’observe nullement les règlements sur les formalités relatives aux écrous des départements. Dans presque toutes les maisons d’arrêt ou de détention, on reçoit un individu sur le simple ordre du commissaire du Gouvernement, au lien d’exiger la représentation du mandat d’arrêt et du jugement, et de les transcrire sur le registre, afin de pouvoir mettre en liberté le condamné à l’expiration de son temps et sans ordres ultérieurs.

Le Premier Consul vous invite à faire cesser cet abus et à procurer la stricte exécution des lois sur cet objet.

 

Paris, 4 avril 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

J’ai lu, Citoyen Ministre, avec la plus grande attention, les mémoires envoyés par le général Marmont. Ils m’ont paru contenir des dispositions extrêmement sages.

1° Demandez au général Marmont un rapport sur Alexandrie; pourrait-on faire facilement dans cette place un établissement pareil à celui qu’il propose pour Pavie?
2° Au lieu de diviser l’équipage de siége de l’armée d’Italie en deux équipages, un pour Fenestrelle, et l’autre pour Pavie, il paraîtrait plus convenable d’en former quatre : le premier pour Fenestrelle, le deuxième pour Pavie, le troisième pour Gavi ou Gênes; le quatrième serait dirigé et destiné à passer un jour en Égypte.

Je désirerais que l’équipage de campagne fût divisé en cinq: le premier pour Fenestrelle, le deuxième pour Pavie, le troisième pour Gênes, le quatrième destiné à passer en Égypte, le cinquième pour être placé dans le Valais, dans le lieu où on jugera à propos de construire un petit fort depuis le Simplon à Genève. En attendant que la route soit faite, cet équipage pourrait être placé à Domo-d’Ossola.

Demandez au général Marmont une distribution de toute son artillerie d’après ces différentes données. Il faudra qu’il distribue ses harnais de la même manière.

Demandez-lui si les ordres qui ont été donnés de transporter une portion de l’artillerie de Coni au delà du col de Tende, et une portion de celle de Turin au delà du mont Cenis, ont été exécutés. Dans le cas contraire, qu’il prenne toutes les mesures pour que cela soit fait au commencement de la bonne saison; qu’il fasse construire à la Case et sur le plateau du mont Cenis un hangar en forme de magasin, pour placer cette artillerie, qui est destinée à armer deux forts que le Gouvernement a intention de faire construire pour défendre ces deux vallées.

Quant au grand-duc de Toscane, il faut qu’il lui laisse toute l’artillerie nécessaire pour armer Livourne, surtout du côté de la mer.

 

Paris, 5 avril 1801

Au général Berthier

Vous ferez connaître, Citoyen Ministre, au général Murat, que dans le mot étape doit être comprise la solde, et que, dans le procès-verbal de ratification, cela sera positivement expliqué, quoique la chose s’entende de soi-même; qu’ainsi le général Soult doit faire dresser un état exact de ses corps, et que la solde sera fournie par la caisse du roi de Naples.

Le général Murat doit renvoyer dans la Cisalpine toutes les troupes cisalpines; il ne doit laisser entrer aucune troupe étrangère dans royaume de Naples.

Le général Monnier ne me paraît pas propre à commander une division à Pescara. Je désire que le général Murat y envoie le général Mathieu.

Le général Murat doit recommander au général Soult,

1° De maintenir une sévère discipline;
2° De ne se mêler d’aucune révolution;
3° De comprimer tous les partis;
4° De faire connaître, ainsi que ses officiers, que nous ne voulons point révolutionner Naples; et que nous sommes aujourd’hui sincèrement réconciliés avec le roi de Naples.

Mon intention est que le général Soult et son état-major aille à la messe les jours de fête, avec la musique; qu’il vive bien avec les prêtres et avec les officiers du roi de Naples;

Que, si le général Soult a 10,000 hommes et s’il y en a 3,000 à Pescara, le général Murat se trouve considérablement soulagé;

Que la division qui restera à Ancône doit y avoir ses étapes;

Que le général Murat prenne toutes ses mesures pour occuper Porto-Longone et Porto-Ferrajo;

Que nous sommes tellement obérés par la rentrée de toutes les armées sur le territoire de la République, qu’il nous est impossible de lui envoyer un sou;

Qu’il prenne toutes les mesures pour que les ressources provenant de la Toscane rentrent fidèlement dans la caisse de l’armée;

Qu’il est indispensable que l’on occupe principalement Tarente, et que l’on fortifie le port de manière que notre escadre s’y trouve à l’abri d’une escadre supérieure;

Que j’attends aujourd’hui que toute l’activité du général Murat se portera à occuper l’île d’Elbe;

Qu’il peut écrire en Corse pour que le commandant prépare, à Bastia ou à San-Pelegrino, une expédition d’un bon bataillon de la 23e pour entrer dans cette île. De la plage de Piombino à l’île d’Elbe il n’y a pas loin. Il me tarde d’autant plus d’apprendre que nous sommes maîtres de cette île, qu’elle nous offre un port très-considérable pour nos escadres.

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Le ministre de la marine a des dépêches à envoyer en Italie; faites-les-lui demander avant d’expédier votre courrier.

 

Paris, 5 avril 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Le 25 de ce mois, les ports de Tarente, d’Otrante, de Brindisi, etc., seront occupés par l’armée d’observation du Midi.

Le général Villeneuve se trouve avec cette avant-garde. Donnez l’ordre au citoyen Menars, qui est en Italie, de s’y rendre également.

Envoyez deux capitaines de frégate, deux lieutenants et quatre enseignes, pour être employés aux différents commandements des ports de cette presqu’île.

Donnez l’ordre à tous les officiers et matelots qui sont sur les lacs d’Italie de se rendre à marche forcée sur Tarente, pour y être mis sous les ordres du contre-amiral Villeneuve.

Écrivez pour que les Turcs remettent à Otrante ou à Tarente tous les marins qu’ils doivent nous renvoyer.

Envoyez un ingénieur de marine, afin de connaître les ports de la terre d’Otrante, en prendre les plans et les sondes; il travaillera sous la direction du contre-amiral Villeneuve.

Le contre-amiral aura le titre de contre-amiral commandant la marine de l’armée d’observation du Midi; le citoyen Menars, celui de chef d’administration: il sera sous les ordres du premier.

Faites connaître par une instruction détaillée au contre-amiral Villeneuve ce qu’il a à faire :

1° Reconnaître celui des ports d’Otrante, de Tarente, de Brindisi ou tout autre, qui pourrait recevoir une flotte de vingt vaisseaux, la protéger contre une escadre ennemie plus forte; fixer dans ce port le chef-lieu de l’administration de la marine; prendre sur-le-champ des mesures pour armer quelques batteries, de manière défendre cette rade;
2° Faire partir plusieurs petits bâtiments pour l’Égypte; en expédier un à Derne, qui ira mouiller à Bombah, où il doit y avoir un établissement français;
3° Faire connaître en Égypte les ports où les frégates pourront entrer, ceux qui recevraient des vaisseaux de guerre, et enfin ceux qui recevraient tous les petits bâtiments.

Recommandez à ce général de vous instruire promptement et détail de toutes les nouvelles de la mer et spécialement de l’Égypte et de vous faire le plus tôt possible la description des principaux ports et des sondes.

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Le ministre de la guerre fait partir un courrier; vous pouvez lui envoyer vos dépêches.

 

Paris, 6 avril 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Par les différents traités, Citoyen Ministre, les deux parties de l’île d’Elbe qui appartenaient an grand-duc de Toscane et au roi de Naples appartiennent aujourd’hui à la République; il est question d’en prendre possession le plus tôt possible.

Donnez l’ordre au général Murat de faire partir de Livourne et de Piombino deux expéditions, et de ne négliger aucun moyen de s’emparer de cette île.

L’île de Capraja peut être un point de départ très-favorable.

Donnez l’ordre au citoyen commissaire en Corse, de faire partir des côtes de Corse une expédition de 5 ou 600 hommes, qui partirait en même temps que celles de Livourne et de Piombino, afin de prendre possession de l’île d’Elbe.

Je désirerais envoyer un commissaire extraordinaire pour gouverner momentanément l’île d’Elbe.

Faites-moi connaître si le citoyen Saliceti est dans le cas de remplir cette mission.

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Le ministre de la marine fait partir un courrier pour Toulon; envoyez-lui vos dépêches.

 

Paris, 6 avril 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Je vous prie, Citoyen Ministre, de faire connaître par un courrier extraordinaire au préfet maritime à Toulon que la paix a été conclue avec le roi des Deux-Siciles(depuis le 29 mars, à Florence); que tous ses ports sont fermés aux Anglais et ouverts aux Français;

Que le lieutenant général Soult et le contre-amiral Villeneuve occupent la terre d’Otrante et les ports de Tarente, Brindisi et Otrante;

Qu’il expédie le plus promptement possible un bâtiment à Tanis, pour y porter cette nouvelle; un autre à Tripoli; un troisième directement en Égypte.

Les deux premiers bâtiments auront l’ordre de se rendre de Tunis et de Tripoli dans l’endroit où ils croiront trouver le contre-amiral Ganteaume, pour lui annoncer cette nouvelle.

Le préfet engagera également quelques corsaires particuliers à se rendre à Brindisi et à Otrante, d’où ils seront à même de faire une grande quantité de prises des bâtiments anglais venant et allant de
Trieste et de Venise.

Vous donnerez l’ordre au préfet maritime de faire partir le plus tôt possible les frégates la Bravoure, le Succès, la Carrère, la Muiron, pour Livourne. Ces bâtiments doivent servir à l’occupation de l’île d’Elbe (cette occupation est prévue dans le traité de paix) . Si ces bâtiments ne sont pas prêts à la fois, il les fera partir deux à deux.

Il fera également partir pour Livourne, et pour le même objet, la demi-galère et deux ou trois chebecs de la même force, propres à escorter des petits bateaux destinés à faire une descente dans cette île.

Écrivez, par la même occasion, au citoyen Miot, en Corse, pour lui annoncer la paix avec Naples, et lui faire connaître l’utilité dont serait une expédition de 500 hommes qui s’embarquerait sur la côte de Corse pour aborder à l’île d’Elbe. Il faudrait avoir soin d’y joindre quatre pièces d’artillerie. Cette opération aurait lien dans le même temps où le général Murat ferait partir de Livourne et de Piombino différentes expéditions pour prendre possession de cette île.

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Le ministre de la guerre a des dépêches à faire passer en Corse, envoyez-les-lui demander.

 

Paris, 6 avril 1801

Au citoyen Forfait

Vous trouverez ci-joint, Citoyen Ministre, les dépêches que je reçois de Brest. Faites connaître au préfet maritime que j’attache la plus grande importance à la prompte arrivée du contre-amiral Dordelin (Alain-Joseph Dordelin, 1764-1826) à Rochefort. Si, pour protéger son départ, il est nécessaire que le général Gravina (Charles Gravina, 1756-1806, amiral espagnol – assurera la protection de l’expédition de Saint-Domingue) sorte, il pourra, à sa volonté, rentrer à Brest ou se rendre à Rochefort, où il complétera tous ses vivres et se trouvera en mesure de faire toute autre expédition.