Correspondance de Napoléon – Avril 1800

Paris, 27 avril 1800

Au général Berthier, commandant en chef l’armée de réserve

Je vous envoie, par courrier extraordinaire, deux moules à balles.

Faites établir un atelier de cartouches à Genève.

1° Vous devez avoir reçu 100,000 livres de plomb, de Lyon à Genève;
2°  Il en est parti 100,000 hier de Paris pour Dijon;
3°  Il en est parti 250,000 de Tours;
4° Vous devez en trouver à Dijon, à Genève, assez pour commencer vos fabrications;
5°  Il est parti hier 200 chevaux attelés à plusieurs pièces, et un matériel de guerre, qui sera rendu le 12 à Auxonne;
6°  Il part demain un million pour votre armée;
7°  Il part demain 4,000 fusils;
8°  Il arrive demain ici cinq millions de cartouches, qui fileront sur Auxonne;
9° J’ai envoyé un aide de camp à Chalons pour faire activer le départ de 6,000 fusils, qui sont à Chalons;
10° Trois compagnies de pontonniers vont recevoir l’ordre de partir de Constance pour Genève;
11° Besançon et Grenoble ont ordre de fournir à votre armée;
12° D’ici au 10, il partira 200 chevaux par jour jusqu’à concurrence de 800, attelés à toute espèce de munitions d’artillerie : ils seront rendus avant le 20 floréal à Auxonne;
13° Le 9, il partira d’ici six pièces avec un détachement de la garde.

 

Paris, 27 avril 1800, à minuit. 

Au général Marmont, commandant l’artillerie de l’armée de réserve

Vous verrez par la lettre du général Berthier, Citoyen Général, les différents détails que je lui donne sur votre artillerie.

Pensez à vos harnais, ferrages, etc. Établissez à cet effet des ateliers à Genève.

J’imagine que vous avez actuellement autant de plomb qu’il vous faut, et que vous aurez à la fois un atelier à Auxonne et un à Genève.

Vous devez avoir reçu dix affûts-traineaux; à la suite de chacun vous menez un affût de plaine, afin qu’une fois passé les montagnes votre équipage de campagne se trouve composé d’un pareil nombre de pièces.

Organisez votre atelier de réparations à Genève: qu’il puisse aller, ainsi que celui d’Auxonne, sans employer la compagnie d’ouvriers que vous devez avoir et qui doit être disponible à votre parc.

Envoyez-moi un état du matériel, du personnel et des attelages, afin que je voie positivement où vous en êtes.

 

Paris, 28 avril 1800

Au général Berthier, commandant en chef l’armée de réserve, à Dijon

Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du 7.

La 30e demi-brigade doit, à l’heure qu’il est, être arrivée, ainsi que la 13e légère.

Ce qui vous embarrasse, ce sont les attelages d’artillerie et munitions de guerre:

1° 400 chevaux sont partis avec la division de Chambarlhac;
3° 460 sont partis avec la garde;
3° 200 sont partis avec les différents corps arrivés de l’Ouest;
4° 60 sont partis avec les affûts-traineaux;
5° 230 sont partis le 6 floréal et doivent arriver le 13;
6° 130 partent aujourd’hui de Versailles;
7° 400 partiront décadi;
8° 300 partiront le 11;
9° 400 partiront le 11 avec le second détachement de la garde;
10° 420 mulets de Boinod que vous deçez avoir,
Total 3 000 chevaux.

Les attelages numérotés 5°, 6°, 7°,   vous portent des cartouches, des fusils, et autres munitions de guerre.

Appelez auprès de vous un nommé Colombini qui est àVienne en Dauphiné entrepreneur des routes, et qui connaît parfaitement le grand et le petit Saint-Bernard, et tous ses débouchés.

Appelez également le citoyen Pavetti, chef de bataillon de la légion italique, qui se trouve au dépôt, qui connait parfaitement toute cette partie.

J’attends avec impatience des nouvelles du Rhin et d’Italie. Donnez des ordres pour qu’à mesure que les chevaux arrivent à Auxonne, on les fasse filer pour renforcer vos attelages et traîner le complément d’approvisionnements dont vous auriez besoin.

Il ne sera fait aucun changement à l’organisation de la légion italique.

Établissez à Genève un atelier pour les réparations d’artillerie, un atelier de bourreliers pour vous faire des harnais d’artillerie, dont on a toujours besoin. Prenez des mesures pour avoir en réserve à Genève, un millier de harnais et des fers. Faites également établir à Genève une bonne salle d’artifices.

Je désire ne partir de Paris que lorsque tout sera prêt et lorsque vous me l’aurez annoncé.

Par l’état que vous m’avez envoyé, je vois que vous n’aurez un corps respectable à Genève que vers le 15 du mois (5 mai).

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A heures du soir.

Le télégraphe m’apprend à l’instant que le général Sainte-Suzanne qui a débouché sur la Kinzig le 5, est toujours dans les positions de Willstett et Urloffen.

 

Paris, 29 avril 1800

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Le ministre de la guerre va donner l’ordre à la 86e demi-brigade, composée de 3,000 hommes, qui se trouve en Corse, de repasser en France. Je désire que vous donniez les ordres au commandant des armes et à l’ordonnateur à Toulon d’envoyer à Saint-Florent tous les bâtiments de guerre, gabares on corvettes qui seraient à sa disposition et nécessaires pour ce transport.

La frégate l’Egyptienne et les frégates armées en guerre qui sont à Toulon seraient employées au transport et à l’escorte de ce convoi. Vous sentez combien il est essentiel de charger un officier intelligent de cette opération.