Correspondance de Napoléon – Avril 1800

Paris, 24 avril 1800

Au général Moreau, commandant en chef l’armée du Rhin

Le général Melas s’est porté le 16 sur Montenotte avec beaucoup de troupes, et a occupé la ville de Savone. Nos troupes occupent la citadelle et la ligne de Borghetto.

Le général Masséna se battait le même jour à la Bocchetta contre la droite de l’armée autrichienne, également très-forte. Il l’a entièrement battue et a fait 2,500 prisonniers. Il est probable qui va se porter sur le général Melas; cependant, le 22 germinal, il n’en avait encore rien fait, et le 23 au matin les Autrichiens étaient encore à Savone.

Le ministre de la guerre donne l’ordre au général Berthier de se mettre en mouvement le plus tôt possible, afin qu’il agisse selon les événements qui auront en lieu en Italie.

J’espère qu’à l’heure qu’il est vous avez passé le Rhin. Ayez le plus tôt possible un avantage, afin de pouvoir, par une diversion quelconque, favoriser les opérations d’Italie. Tous les jours de retard seraient extrêmement funestes pour nous.

 

Paris, 25 avril 1800

Au général Berthier, commandant en chef l’armée de réserve, à Dijon

Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du 3 floréal. Vous devez avoir reçu par Murat 1,500,000 francs.

Vous trouverez ci-joint ce que j’ai accordé à l’armée de réserve dans les deux derniers conseils d’administration. Je vais tenir la main à ce que l’on vous envoie sur-le-champ ce qui ne vous serait pas encore parvenu.

Écrivez à Lambert et à Boinod qu’ils activent, autant que possible, toutes les fournitures; que l’argent ne leur manquera pas.

A l’heure qu’il est, six pièces d’artillerie de la garde, avec 500 chevaux d’artillerie, doivent être arrivées.

Je reçois en ce moment une dépêche télégraphique qui m’annonce que depuis ce matin la canonnade est très-forte sur le Rhin: ainsi Moreau est en pleine campagne.

Je désire bien avoir un état de situation de votre armée et de la manière dont vous l’avez organisée.

Aujourd’hui, demain et après-demain, partiront successivement 600 chevaux, avec des munitions qui vous sont nécessaires pour votre armée.

Par un état que me remet Andréossy, il paraît que tout est en mouvement.

Employez une partie des mulets qui existent à Bourg, pour le service de votre artillerie.

Les nouvelles de Nice, de l’armée d’ltalie, sont du 23. Faites-moi passer, par des courriers extraordinaires, toutes les lettres, même particulières, que l’on recevrait à Dijon sur cette armée.

Tout va parfaitement ici, et le jour où soit à cause des événements d’Italie, soit à cause de ceux du Rhin, vous penseriez ma présence nécessaire, je partirais une heure après la réception de votre lettre.

Je vois avec peine que le séjour de Dijon vous donne de la mélancolie. Soyez gai.

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Le compte que vous m’avez envoyé, de Lambert, n’est pas clair. J’aurais désiré qu’il vous dît positivement la quantité de biscuit, avoine, et eau-de-vie qui sera à Genève au 20 floréal.

 

 Paris, 26 avril 1800

Au général Berthier, commandant en chef l’armée de réserve, à Dijon.

Je reçois, citoyen Général, votre lettre du 5 floréal.

Puisque la 19e légère n’arrive que le 26 floréal, je crois que vous feriez bien de mettre en place dans la division Loison la 13e légére qui arrive le 10 floréal. Vous mettriez la 19e légère avec la 70e et la 72e, qui pourront partir de Dijon à la fin de floréal.

Ainsi, voici comment je vois votre armée:

La division Loison Louis Henri Loison, 1771-1816.), composée des 13e légère, 58e, 60e de ligne: 6 à 7,000 hommes.

La division Chambarlhac, composée des 24e légère, 58e, 96e de ligne: 9,000 hommes.

La division Boudet Jean Boudet, 1769-1809), composée des 9e légère, 30e, 59e de ligne: 7 à 8,000 hommes.

La division Watrin (François Watrin, 1772-1802. Il va commander l’avant-garde au passage du Saint-Bernard, puis mourra ds fièvres à Saint-Domingue), composée des 6e légère, 22e, 40e de ligne:  6 à 7,000 hommes.

Ces quatre divisions disponibles et prêtes à marcher au 10 floréal (30 avril).

La 5e division, du général Chabran (Joseph Chabran, 1763-1843. Il va conduire le siège du fort de Bard), composée de neuf   bataillons des quinze de l’armée d’Orient, que vous formerez en bataillons comme je l’avais projeté: cela vous formerait une division de 6,000 hommes, qui pourrait marcher après les quatre premières divisions.

La 6e division, qui pourrait partir de Dijon du 25 au 30 floréal (15 au 20 avril), serait composée des 19e légère, 70e, 79e de ligne: 6 à 7,000 hommes.

La 7e division serait composée de la 17e légère et des six bataillons restants des quinze de l’armée d’Orient.

Et enfin, vos 4,000 Italiens, en laissant un dépôt qui puisse former les 3 on 4,000 Italiens qui sont encore dans les différentes parties de la France, et qui se rendront à Dijon lorsque le mouvement sera démasqué.

Ainsi il me semble que le 15 floréal (5 mai) vous pourrez avoir à Genève, prêts à se porter partout où il sera nécessaire:

1° Les quatre premières divisions. ……….28 à 30 ,000
2° La 5e division Chabran………………………5 à 6,000
3° Quelques jours après, les Italiens . . . 4,000
Total: 40,000 hommes.

Au 30 floréal (20 mai), vous pourriez avoir à Genève:

La 6e division . . . . . . . . . . . . . ………………6 à 7,000 hommes.
Et vers le 15 prairial (4 juin), la 7e division. . . . 6,000
Le général Turreau pourrait vous seconder avec 3,000
Les troupes de l’armée du Rhin qui sont dans le Valais: 3,000 hommes.

Ainsi vous pourriez être arrivé à Aoste et à Suse du 20 au 30 floréal avec 44,000 hommes d’infanterie, et vous seriez suivi, à dix jours de distance, par une division complète de 8,000 hommes, et, à vingt jours, par six autres mille homme; indépendamment du détachement de l’armée du Rhin proportionné aux circonstances où elle se trouvera, et qui pourra aller depuis 30 jusqu’à 10,000 hommes, selon les événements. Mais je vous vois assuré, appartenant à vous, de 50 à 60,000 hommes d’infanterie.

Quant à la cavalerie, vous avez:

Les 1le, 12e de hussards…………………… 800
Les 2e, 7e, 15e, 21e de chasseurs……1,400
Les 8e, 9e de dragons………………………    800
Les 2e, 3e, 20e de cavalerie ……………  1,000
Total………………………………………………..  4,000

C’est une cavalerie suffisante pour vos dix ou quinze jours d’opérations.

Les 11e de hussards, 15e de chasseurs, 9e de dragons, 3e de cavalerie vont faire partir au commencement de la décade, à eux quatre, un millier d’hommes qui vous arriveront à temps.

Les Ier de hussards, 1er et 5e de cavalerie et 5e de dragons partiront dans le courant du mois; ils auront avec eux six pièces d’artillerie, et feront à eux quatre 1,800 hommes bien montés et bien harnachés.

Ainsi, vous vous trouverez avoir de suite 4,000 hommes et 3,000 hommes qui seront à vous à temps.

Ne mettez avec les divisions que des chasseurs et des hussards, tenez tous vos dragons réunis.

J’ai fait donner l’ordre aux 19e légère, 70e, 72e demi-brigades et au 20e de cavalerie de brûler les étapes.

RÉSUMÉ

Infanterie disponible tout de suite……….. 44, 000
Cavalerie ……………………………………………..     4,000
Artillerie………………………………………………     2,000
(Total: 50,000 hommes)
Derrière vous
Infanterie……………………………………………..     8,000
Cavalerie ……………………………………………..     3,000
(Total: 11,000 hommes)
7e division, pour mémoire.

Voilà 60,000 hommes qui, après les sottises que viennent de faire les Autrichiens en s’enfournant dans la Rivière de Gênes, vous mettent à même d’agir sans avoir besoin de personne.

Quant à l’artillerie, vous avez quarante-huit bouches à feu; cela fait huit bouches à feu par chacune de vos cinq premières divisions et un petit parc.

Diminuez le nombre de vos obusiers et augmentez le nombre de vos pièces de 4, puisque vous avez à Auxonne. Cela vous sera d’un très-bon service, et beaucoup plus facile pour le transport.

La colonne du général Turreau pourra amener cinq ou six pièces de Briançon.

On aura le temps de préparer à Auxonne les pièces nécessaires pour votre sixième division.

600 chevaux sont partis hier, et partent aujourd’hui et demain de Versailles.

Les six pièces de la garde sont très-bien attelées. Vous pouvez les laisser à la cavalerie et disposer de son double approvisionnement pour les autres divisions.

Quant aux cartouches, Briançon pourra vous en fournir; faites filer sur Genève toutes celles qui se trouvent à Grenoble et à Besançon. Faites établir un atelier à Genève. En se donnant un peu de mouvement et avec un peu d’argent, on doit trouver dans une ville comme Genève du plomb pour un million de cartouches.

Laissez tous les dépôts à Dijon et sur la Saône, afin que les conscrits, à mesure qu’ils arrivent, aient une première formation, et de là puissent alimenter l’armée.

Laissez les cadres des six bataillons de l’armée de réserve; ils seront complétés par les conscrits qui arriveront, afin que, dans le courant de prairial, la 17e légère et les deux demi-brigades formées de ces six bataillons puissent vous former une 7e division.

Je me trouverai à Genève, où je ferai toutes les substitutions de troupes selon les événements qui auront eu lieu à l’armée du Rhin, en laissant la division Chabran sur la défensive dans la Suisse, et faisant marcher des demi-brigades mieux organisées.

Les divisions sont assez fortes à trois demi-brigades. Il faut que vous ayez dans la main au moins cinq ou six divisions.

Deux pièces de 4, trois de 8, un obusier, me paraissent, à la rigueur, pouvoir former l’artillerie d’une division, et, si vous n’avez pas assez d’attelages dans une division, mettez trois pièces de 4 et deux de 8.

Que le général Marmont envoie un officier supérieur à Briançon et un à Grenoble, pour faire filer tout ce qu’il est possible; que ces officiers soient munis d’un ordre de vous, en mettant la responsabilité sur les officiers d’artillerie et sur les commandants des cantonnements. Il est nécessaire que le général Marmont ait l’état des cartouches et approvisionnements d’artillerie qui se trouvent à Briançon et dans les places du Dauphiné.

Je fais demain partir 200 hommes de ma garde.

Envoyez le général Marescot au Saint-Bernard, afin qu’il soit de retour à Genève le 15 (5 mai) avec des croquis exacts de la route. S’il a des pionniers, qu’il les mène avec lui.

J’espère être le 10 ou le 11(30 avril – 1er mai), à Dijon, si rien ne s’y oppose.

Tout à vous. Amitié.

 

Paris, 26 avril 1800

Au citoyen Carnot, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner l’ordre à la 13e légère, aux 19e, 70e, et 72e de ligne 1° de ne faire aucun séjour; 2° de
faire double étape toutes les fois qu’elles croiront pouvoir le faire; dans ce cas, il leur sera donné double ration, et elles seront traitées comme si elles avaient été de deux jours.

Je vous prie de donner l’ordre à 200 hommes à cheval de la garde des Consuls, à 400 grenadiers à pied, au reste de la compagnie d’artillerie à cheval (hormis une escouade) avec six pièces de canon, de partir le 9 (30 avril) pour se rendre à Dijon, à l’armée de réserve; ils ne feront point de séjours à Dijon et brûleront les étapes lorsqu ‘ils jugeront pouvoir le faire.

Donnez l’ordre à deux escadrons du 5e régiment de dragons, à l’escadron de 120 hommes du ler de hussards, à l’escadron de 120 hommes du 5e de cavalerie, de partir le 12 (12 mai) pour se rendre à Dijon; point de séjours, et double étape lorsqu’ils croiront pouvoir le faire.

Ordre à l’escadron de hussards volontaires de partir, le 12 (2 mai), pour Dijon. Prenez les mesures que le général Dumas jugera nécessaire pour finir leur organisation.

Donnez ordre au chef de brigade d’artillerie Grosbert et au chef de bataillon d’artillerie Galbaud de partir en toute diligence pour se rendre à Auxonne, pour y être employés dans l’artillerie de l’armée de réserve.

Ordre an citoyen Ponge, chef de bataillon de pontonniers, de se rendre à Dijon, à l’armée de réserve, où il sera employé dans l’équipage des ponts.

Ordre à tous les transports d’artillerie, qui partent pour l’armée de réserve, de ne point faire de séjours, même à ceux qui sont partis ce matin.

Parmi les compagnies d’artillerie que l’on a annoncées à l’armée de réserve, il n’en est arrivé que sept; il en manque huit. Je vous prie de me faire connaître quelles sont ces huit compagnies qui ont été destinées pour l’armée de réserve et quels ordres elles ont reçus.

Je vous prie de me donner un semblable rapport sur les compagnies de pontonniers et d’ouvriers.

Ordre au chef de bataillon du génie Rouziers de se rendre à Dijon, pour être employé à l’armée de réserve.

 

Paris, 27 avril 1800

Au général Augereau, commandant en chef l’armée française en Batavie

Je suis instruit, Citoyen Général, que plusieurs individus du Gouvernement batave se comportent avec d’autant plus d’insolence que nous mettons plus de modération dans notre conduite. Exigez impérieusement tout ce que ce gouvernement nous doit. Je dis au ministre des relations extérieures d’écrire au citoyen Semonville de mettre un peu plus d’énergie dans sa conduite. J’ai témoigné à Schimmelpenninck que j’étais peu content de son Gouvernement.

La campagne va s’ouvrir; nous aurons des succès; cela confondra les malveillants de toute espèce et surtout les partisans de l’Angleterre qui se seraient introduits dans le Gouvernement batave.

 

Paris, 27 avril 1800

Au citoyen Lefebvre, aide de camp du Premier Consul (Il s’agit ici de Lefebvre-Desnoëttes)

Vous voudrez bien vous rendre sur-le-champ, à franc étrier, à Chalons sur Marne. Vous ferez partir les 6,000 fusils et les six forges de campagne qui s’y trouvent, pour Dijon. Vous resterez jusqu’à ce   que ce soit parti.

De là, vous vos rendrez au chef-lieu de tous les départements où doivent passer ces convois, pour que les préfets donnent ordre   que ces fusils voyagent de nuit et sans s’arrêter. Vous m’écrirez du chef-lieu de chacun des départements par lesquels les fusils doivent passer; vous lèverez tous les obstacles qui pourraient se rencontrer, et vous m’attendrez à Dijon, où je dois incessamment me rendre.

 

Paris, 27 avril 1800

Au citoyen Merlin, aide de camp du Premier Consul

Il doit partir demain un million en argent pour Dijon; vous voudrez bien voir partir cet argent. Vous aurez soin de le faire escorter par la gendarmerie, et vous vous porterez au chef-lieu des préfectures et à toutes les étapes où ce convoi doit passer, pour qu’il y ait des attelages, afin que, voyageant jour et nuit, cet argent arrive dans cinq ou six jours à Dijon.

Si vous éprouviez le moindre obstacle, adressez-vous au préfet du département par où vous passerez.

Vous m’attendrez à Dijon. Vous ferez verser cet argent dans la caisse du payeur de l’armée.

Il est parti aujourd’hui cent milliers de plomb. Informez-vous de la route qu’ils ont tenue et comment ils sont partis; rattrapez-les et   faites-les marcher, jour et nuit, sinon les cent milliers, au moins vingt-cinq. Adressez-vous aux préfets et aux communes et faites-leur sentir que c’est d’urgence.

Vous rattraperez également en route un convoi de 250 chevaux qui est parti le 6 (26 avril). Vous ordonnerez aux conducteurs de ne faire aucun séjour et de doubler les étapes lorsqu’ils pourront 1e faire.

 

Paris, 27 avril 1800

Au citoyen Lauriston, aide de camp du Premier Consul

Rendezvous en poste à Lyon. Vous verrez l’ordonnateur Lambert; vous lui ferez connaître qu’il ne manquera pas d’argent. Qu’il active le départ du biscuit, de l’eau-de-vie et de l’avoine pour Genève, où je serai rendu le 12 floréal

Voyez le commandant de la place et de la ville, pour que l’on fasse partir toutes les cartouches, le plomb et les fusils qui se trouveraient à Lyon, et qu’on fasse filer à marches forcées sur Genève.

Prenez le nombre de toutes les troupes qui se trouveraient à Lyon et dans la 19e division.

De là, allez à Grenoble, et faites partir pour Genève, à marches forcées, le plomb, les cartouches et les fusils qui pourraient s’y trouver.

De là, rendez-vous chez le général qui commande la gauche de l’armée d’Italie, qui doit être à Briançon, pour qu’il vous remette un état de toutes les troupes qui sont à ses ordres.

Vous lui ferez connaître que je serai le 14 ou le 15 (4 ou 5 mai) à Genève, où vous me rejoindrez, en me rapportant un état exact de toutes les troupes qui se trouvent dans les 7e et 19e divisions militaires, infanterie, cavalerie, artillerie, matériel et attelage.

A votre retour, vous passerez par Chambéry.

 

Paris, 27 avril 1800

Au général Berthier, commandant en chef l’armée de réserve, à Dijon

Votre aide camp arrive à l’instant, Citoyen Général. Je désire que vous réunissiez toute l’armée à Genève et que vous donniez des ordres pour que soit transporté à Villeneuve, par le lac, du biscuit, du blé et de l’eau-de-vie.

Sur les deux millions que vous a remis le général Murat, vous verrez qu’il y a 300,000 francs pour Lambert; faites-les-lui passer   sur-le-champ.

Il est parti hier 200 chevaux avec un convoi pour Dijon. J’ai envoyé des aides de camp à Châlons-sur-Marne, à Tours, etc., pour faire passer le plus promptement possible des cartouches à Genève et à Dijon.

Il part demain un million pour votre armée. Il part aujourd’hui 100 milliers de plomb pour Auxonne.

Je vais prendre des mesures pour faire partir, dans la décade et sans séjours, tous les chevaux qui se trouvent à Versailles.

Mon projet ne serait plus de passer par le Saint-Gothard; je ne regarde cette opération possible et dans les règles ordinaires de la
prudence que lorsque le général Moreau aurait obtenu un grand avantage sur l’ennemi.

D’ailleurs il est possible que ce ne soit plus à Milan où il faille aller, mais que nous soyons obligés de nous porter en toute diligence sur Tortone, pour dégager Masséna, qui, s’il a été battu, se sera enfermé dans Gênes, où il a pour trente jours de vivres. C’est donc par le Saint-Bernard que je désire que l’on passe. Arrivé à Aoste, on sera à même de se porter sur le lac Majeur et sur Milan en peu de marches et dans un pays abondant et tel qu’il nous le faut, s’il devenait inutile de se porter tout de suite sur la Rivière de Gênes. D’ailleurs, l’opération de passer par le Saint-Bernard me paraît beaucoup plus proportionnée à vos moyens actuels, puisque vous n’aurez à vous nourrir que depuis Villeneuve à Aoste, pouvant transporter vos vivres par le lac de Villeneuve à Aoste.

Vous voyez que, dans l’une on l’autre de ces opérations, vous aurez toujours, ou les débouchés du Dauphiné, ou les débouchés de la Suisse, occupés par l’armée du Rhin, par votre flanc gauche. Ainsi dans tous les cas, vous avez une ligne d’opération assurée, et vous restez en contact avec la République.

Si vous vous portez sur Milan, tout ce qui sera sur le Saint-Gothard ou le Simplon vous joindra successivement.

Je partirai d’ici le 10 (30 avril) pour Genève: je passerai par Dijon.

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Que de Lyon, de Chambéry et de Grenoble, tout le biscuit, etc. soit mis sans délai en marche pour Genève.

 

Paris, 27 avril 1800

Au général Marmont, commandant l’artillerie de l’armée de réserve.

Je fais chercher à l’instant quelques moules à balles à Paris, je vous enverrai, pendant la nuit, par un courrier.

Établissez une salle d’artifice à Genève. Il doit y avoir de la poudre pour la défense de la place; convertissez-la en cartouches.

Besançon doit avoir de la poudre et des cartouches, ne serait-ce que pour son approvisionnement.

Grenoble doit avoir des cartouches; faites-les filer sur Genève.

250 chevaux sont partis cette décade. J’ai chargé Duroc de faire partir cette décade tout ce qui reste à partir. Tout marchera sans repos: aussi je regarde que tout cela arrivera à temps. Écrivez-moi   par le retour du courrier que l’on expédie au général Berthier, et faites-moi connaître vos besoins. Vous devez avoir de la poudre à Auxonne, puisque vous êtes près d’une fabrique. Il vous sera facile de vous procurer cinquante milliers de plomb à Genève.

Il part demain un million pour Dijon, sur lequel il y a 100,000 francs pour l’artillerie.