Correspondance de Napoléon – Avril 1800

Paris, 14 avril 1800

Au citoyen Carnot, ministre de la guerre

Il reste, Citoyen Ministre, 90,000 hommes à l’armée de l’Ouest. Le général en chef de l’armée de l’Ouest distribuera ces forces:

1° Dans les îles et dans les places les plus importantes de la côte;
2° Il laissera au moins 2,000 hommes pour la police de l’intérieur dans chacune des trois divisions militaires, savoir: les 12e, 13′ et 22e;
3° Enfin il réunira à Rennes une division d’observation de 7,000 hommes d’infanterie et le 7e de dragons. Le général Monnier complétera et exercera cette division, et la tiendra prête à se porter partout où les circonstances l’exigeraient.

Il y aura trois pièces de petit calibre attelées dans chacun trois divisions militaires, et une bonne division d’artillerie attachée à la division d’observation.

Vous recommanderez que la division d’observation soit tenue ensemble, exercée, complétée, afin de pouvoir l’employer selon les circonstances de la guerre.

ll y a deux demi-brigades dans la 14e division militaire, ayant 4,000 hommes présents sous les armes. Il faut compléter ce corps. Le général Gardanne emploiera une partie de ces corp pour la police des trois départements qui composent cette division. Il réunira à Saint-Lô un corps d’observation de 2,500 hommes, avec une division de huit pièces d’artillerie de campagne. Ce corps d’observation doit se tenir prêt à se porter partout où les circonstances de la guerre l’exigerait.

Vous pouvez annoncer au général Gardanne que vous lui ferez incessamment passer un régiment ayant au moins 300 hommes à cheval, pour être attaché à ce corps d’observation.

Il y aura à Lille un autre corps d’observation, qui sera composé des 5e et 35e de ligne et du 11e de cavalerie, avec une division de huit pièces d’artillerie de campagne.

Le général commandant l’armée en Batavie formera un camp composé de 3,600 hommes d’infanterie, 400 chevaux, huit pièces d’artillerie de campagne, le tout commandé par le général de division et prêt à se porter partout où les circonstances l’exigeraient. Le camp sera placé sur le territoire batave, mais le plus près possible de Maastricht.

Il y aura à Liège un corps d’observation composé de la 11e légère, du 19e de chasseurs, six pièces d’artillerie de campagne. Ce corps se portera, selon les circonstances de la guerre, sur le bas Rhin ou sur les côtes de la Belgique. Si des circonstances extraordinaires appellent des forces du côté de Maastricht, il formera l’avant-garde du camp de la Batavie.

Si, au contraire, il faut porter des forces sur les côtes de la Belgique, `ou à l’embouchure de l’Escaut, il formera l’arrière garde du camp.

Je vous prie de donner tous les ordres et de prendre toutes les mesures nécessaires pour qu’au 15 floréal tous ces corps se trouvent en position et dans le cas d’agir.

 

Paris, 14 avril 1800

Au citoyen Carnot, ministre de la guerre

Les dix affûts-traîneaux qui ont été faits à Paris ne sont pas partis. Cependant l’armée de réserve ne pourra faire aucun mouvement que ses affûts ne soient arrivés, puisqu’ils doivent servir à son avant-garde. Je crois qu’il serait nécessaire que l’on chargeât ces dix
affûts-traineaux sur des chariots d’artillerie et qu’on les fit partir demain, en les faisant marcher à grandes journées, sans séjour. Prévenez le général commandant l’armée de réserve de la route que tiendront ces voitures, afin que, si le besoin est urgent, il leur envoyât l’ordre de venir par des moyens extraordinaires.

 

Paris, 16 avril 1800

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Le ministre des relations extérieures est invité à écrire au citoyen Reinhard de se concerter avec le général en chef Moreau, pour faire sentir aux autorités helvétiques ce qu’exigent d’elles les circonstances. Elles ne peuvent donner une preuve plus sensible de leur patriotisme à leurs concitoyens qu’en ajournant toutes les dissensionsaprès la campagne. L’empressement avec lequel elles concourront réciproquement à se rapprocher sera considéré par le Gouvernement français comme un témoignage d’amitié et de véritable intérêt au succès de la cause commune.

 

Paris, 18 avril 1800

Au général Brune, commandant en chef l’armée de l’Ouest

Je viens de recevoir, Citoyen Général, votre lettre du . . … Le désir que vous témoignez de venir à Paris est bien naturel: de toutes les missions, celle que vous remplissez depuis trois mois est la plus pénible.

Dans le courant de floréal, votre présence deviendra nécessaire à Dijon.

Les opérations vont commencer à l’armée du Rhin. Le général Berthier va marcher avec une partie de l’armée de réserve, et, par là, cette armée aura besoin d’un autre général en chef. Je vous destine cette place. Cela s’arrangera d’autant mieux qu’il vous sera possible de vous reposer une quinzaine de jours à Paris.

Cependant, il m’a paru nécessaire de conserver pendant toute campagne un général en chef à l’armée de l’Ouest. Je vais nommer
à cette place le général Bernadotte; j’espère qu’il marchera sur vos traces et maintiendra votre ouvrage.

Les trois mois pendant lesquels plusieurs départements de l’Ouest sont mis hors la Constitution expirent le 3 floréal. Nous allons, par une proclamation, déclarer ces départements rentrés dans le sein de la Constitution: prenez toutes les mesures que vous jugeriez encore nécessaires.

Si vous le jugez nécessaire, faites arrêter Georges.

Vous avez, par votre sagesse, par la modération et l’énergie que vous avez déployées, rendu le plus grand service que l’on pût rendre à la République. Croyez que, dans toutes les circonstances, je m’empresserai de vous donner des preuves de la gratitude publique.

Paris, 19 avril 1800

ORDRE

1° Le partage actuel de la gendarmerie en inspections de quatre départements chacune paraît plus convenable que de prendre pour base les divisions militaires.

2° Il n’y a plus que vingt-huit maisons de détention; une brigade de gendarmerie à pied paraît suffisante pour chaque maison, comme une brigade de gendarmerie à pied par tribunal criminel, c’est à dire par département, est suffisante.

3° On a augmenté, dans les départements de l’Ouest, la gendarmerie de 204 gendarmes à pied; on peut conserver ces brigades à pied comme elles sont; il paraîtrait convenable de diminuer la gendarmerie à cheval, dans les départements de l’Ouest, de soixante brigades, réforme d’ailleurs nécessaire pour ôter les hommes peu propres à ce service qui s’y sont introduits.

4° Il paraîtrait convenable de créer, dans les trente départements où il y a des montagnes, deux cents brigades de gendarmerie, indépendamment des quinze de l’Ouest qui en ont déjà. On aurait soin de supprimer deux cents brigades de gendarmerie à cheval, et alors la gendarmerie à cheval se trouverait diminuée de soixante brigades à réformer dans les départements de l’Ouest, de deux cents à supprimer dans les départements où l’on créerait de la gendarmerie à cheval, c’est-à-dire de deux cent soixante brigades.

Il y a aujourd’hui 2,040 brigades de gendarmerie à cheval; il en resterait donc

1,800 ou 9,000 hommes;
1,780 ou 8,900 hommes.

Le corps de gendarmerie à pied serait composé,

l° De 200 brigades de l’Ouest;
2° Des 130 pour les tribunaux et les maisons de détention;
3° De 200 de nouvelle création;

En tout 530 brigades ou 5,300 hommes.

 

Paris, 19 avril 1800

Au général Kléber, commandant en chef l’armée d’Orient

Lorsque vous recevrez cette lettre, Citoyen Général, la brave armée d’Orient sera rentrée dans les ports de la République, après avoir laissé en Egypte des traces immortelles de ses glorieux travaux.

La République est empressée de revoir dans son sein cette illustre portion de ses défenseurs, si longtemps éloignée, et si intéressante par son dévouement et sa constance.

Le Premier Consul désire que les troupes qui composent cette armée soient réparties, à leur arrivée sur nos côtes, dans les îles d’Hyères et de Pomègue, pour s’y refaire de leurs fatigues. J’ai chargé le général commandant la 8e division militaire de faire à cet égard toutes les dispositions préparatoires nécessaires pour leur établissement.

J’ai donné les ordres les plus précis pour qu’il soit pourvu de suite à la subsistance et aux divers besoins de ces troupes; tous les moyens nécessaires seront employés pour que le service soit assuré dans toutes ses parties.

Mais, au moment où ces braves troupes vont approcher du territoire de la République, une considération de la plus haute important exige qu’il soit miss des bornes à leur empressement à rentrer dans leur patrie. Vous sentez, Citoyen Général, combien il est essentiel qu’aucun individu revenant d’Égypte n’aborde avant d’avoir subi les épreuves prescrites par les règlements de santé. Le Premier Consul se repose sur vous du soin de tenir la main à la stricte exécution cette mesure, que commande l’intérêt de la République.

C’est à vous, Citoyen Général, à justifier encore, dans cette occasion, la confiance du Gouvernement, et à seconder les dispositions qui seront faites à ce sujet par le général commandant la 8e division militaire.

Faites sentir à tous les militaires que vous commandez l’impérieuse nécessité de cette mesure. Dites-leur en même temps que le Premier Consul aspire après le moment où il pourra revoir les braves dont il a guidé tant de fois la valeur.

Quant à vous, Citoyen Général, qui avez si bien justifié le choix du Premier Consul, lorsqu’à son départ de I’Egypte il vous confiai le commandement de l’armée, vous ne doutez point de la satisfaction qu’il éprouve de votre retour et de la conduite que vous avez tenue pour soutenir la gloire du nom français.

(Par ordre du Premier Consul.)

 

Paris, 21 avril 1800

PROCLAMATION AUX JEUNES FRANÇAIS.

Un corps de 4,000 hommes, composé de la 30e demi-brigade, du 19e de dragons, du 3e de cavalerie, est parti de Paris ce matin Dijon.

Le général Berthier, commandant en chef l’armée de réserve, a eu à Bâle une conférence avec le général en chef Moreau. Dans cette décade, les opérations militaires doivent recommencer sur le Rhin.

Le général Turreau est parti de Briançon, s’est porté sur Exilles, de là sur Suse, et, se trouvant par là sur les derrières du détachement que l’ennemi avait poussé sur le mont Cenis, il l’a obligé non-seulement à rétrograder plus rapidement qu’il ne s’était avancé, mais a encore fait prisonnier plus de la moitié de son détachement.

Le général en chef Masséna, spécialement autorisé par le Gouvernement, a concentré toutes ses forces sur la Rivière de Gênes. La 104e demi-brigade, qui était dans la 7e division, s’est rendue à Gênes. Le système de guerre qu’a adopté le Gouvernement est de tenir toutes les troupes en masses sur quelques points favorables à la fois à la défensive et à l’offensive. Les départements frontières ne doivent donc pas s’inquiéter si plusieurs points, qui ont pendant toute la guerre été garnis de troupes, ne le sont plus aujourd’hui. Qu’ils regardent à droite et à gauche, et ils verront de nombreuses armées, d’autant plus formidables qu’elles sont plus concentrées, non-seulement menacer l’ennemi qui voudrait faire quelque pointe sur le territoire français, mais encore se mettre en mouvement pour réparer, par des victoires éclatantes, l’affront que nos armes ont essuyé dans la dernière campagne.

Que ces départements jettent un coup d’œil en arrière, et ils verront l’armée de réserve, forte de 50,000 hommes, qui se renforce tous les jours, prête à se porter à droite et à gauche, selon les chances de la guerre et les plans d’un gouvernement dont personne ne révoque en doute les talents militaires.

L’histoire remarquera que, si le Directoire exécutif a fait la faute essentielle, il y a deux ans, de ne pas consolider par la paix de Rastadt celle de Campo-Formio, où les limites du Rhin et de l’Italie se trouvaient irrévocablement en notre pouvoir, le cabinet de Vienne a fait cette année la faute, plus grande encore, de se laisser enivrer par les succès qu’ont obtenus en Italie, la campagne dernière, les armées impériales, et de se refuser à une paix qui nécessairement eût considérablement amélioré en sa faveur les conditions du traité de Campo-Formio.

Il est bien probable que la roue de la fortune va encore entièrement changer dans cette campagne. Les magistrats qui dirigent aujourd’hui la politique du Gouvernement français sauront profiter du moment favorable et la fixer.

Jeunes Français, si vous êtes jaloux de participer à tant de gloire, de contribuer à des succès qui doivent à la fois confondre les malveillants intérieurs et la politique machiavélique du cabinet de Saint- James; si vous êtes jaloux d’être d’une armée destinée à finir la guerre de la révolution, en assurant l’indépendance, la liberté et la gloire de la grande nation: aux armes! aux armes! accourez à Dijon.

 

Paris, 21 avril 1800

PROCLAMATION DES CONSULS AUX HABITANTS DES DÉPARTEMENTS MIS HORS LA CONSTITUTION

Citoyens, ce fut à regret que les Consuls de la République se virent forcés d’invoquer et d’exécuter une loi que les circonstances avaient rendue nécessaires. Ces circonstances ne sont plus. Les agents de l’ étranger ont fui de votre territoire; ceux qu’ils égarèrent ont abjuré leurs erreurs. Le Gouvernement ne voit plus désormais parmi vous que des Français soumis aux mêmes lois, liés par de communs intérêts, unis par les mêmes sentiments.

Si, pour opérer ce retour, il fut obligé de déployer un grand pouvoir, il en confia l’exercice au général en chef Brune, qui sut concilier avec les rigueurs nécessaires cette bienveillance fraternelle qui, dans les discordes civiles, ne cherche que des innocents et ne trouve que des hommes dignes d’excuse on de pitié.

La Constitution reprend son empire. Vous vivrez désormais des magistrats qui, presque tous, sont connus de vous par des talents et par des vertus; qui, étrangers aux dissensions intestines, n’ont ni haine ni vengeance à exercer. Confiez-vous à leurs soins: ils rappelleront parmi vous l’harmonie; ils vous feront jouir des biens de la liberté.

Oubliez tous les événements que le caractère français désavoue tous ceux qui ont démenti votre respect pour les lois, votre fidélité à la patrie; qu’il ne reste de vos divisions et de vos malheurs que la haine implacable contre l’ennemi étranger qui les a enfantés et nourris; qu’une douce confiance vous attache à ceux qui, chargés de vos destinées, ne mettent d’autre prix à leurs travaux que votre estime, qui ne veulent de gloire que celle d’avoir arraché la France aux discordes domestiques, et d’autre récompense que l’espoir de vivre dans votre souvenir.

 

Paris, 22 avril 1800

Au général Berthier, commandant en chef l’armée de réserve. à Dijon

Je reçois, Citoyen Général, vos lettres du 26 (16 avril), de Bâle, et du 29 (19 avril), de Dijon. J’ai lu avec plaisir ce que vous avez arrêté avec Moreau et qui m’a paru raisonnable.

Si les circonstances de la guerre du Rhin n’étaient pas assez décisives pour que le général Moreau pût faire un détachement aussi fort que celui que nous désirons, peut-être l’opération en Italie deviendrait encore possible avec un détachement de cinq demi-brigades et de 2,000 hommes de cavalerie. J’imagine, d’après tout ce que l’on m’écrit des différents départements, que, vers le milieu de floréal, vos quatorze-demi-brigades seront recrutées et complétées, ce qui vous fera une quarantaine de mille hommes, et, s’il est vrai que vous ayez 5,000 Italiens, 8,000 hommes des dépôts de l’armée d’Orient, 5,000 de cavalerie et 2,000 hommes d’artillerie, cela vous ferait 60,000 hommes. Qui est-ce qui vous empêcherait, même dans le cas où le général Moreau ne pourrait pas vous fournir de grands secours, d’agir indépendamment?

Le général Turreau, qui est à Briançon, pourrait aussi déboucher avec 3 ou 4,000 hommes.

Dans tous les cas, tenez votre armée réunie, et ne prêtez pas l’oreille aux commandants de Lyon et autres villes qui vous demanderont des troupes.

J’attends un état de situation de votre armée, qui me mette au fait de ses besoins et de sa position.

Les treize affûts-traineaux sont partis le 29.

Les deux bataillons de la 30e, forts de 1,800 hommes et 150 hommes du 3e de cavalerie, sont partis hier; 150 hommes du 29e de dragons ne partiront que le 10.

Un détachement de la garde, avec un train d’artillerie attelé par 450 chevaux, est parti le 26.

Marmont doit être arrivé.

Faites-moi connaître où en est le dépôt ordonné à Genève, la levée des 2,000 mulets et votre parc de 1,000 bœufs.

Salut et amitié.

Il part le 12 floréal pour Dijon:

Du 3e de cavalerie………….100
Du 15e de chasseurs……..400
Du 19e de dragons ………..300
Du 11e de hussards……….400
Du 9e de dragons ………….320

Total………………………………1,520   hommes

 

Paris, 22 avril 1800

Au général Moreau, commandant en chef l’armée du Rhin

J’ai reçu, Citoyen Général, votre lettre du 27. J’ai vu la réponse de M. Kray, à laquelle je m’étais attendu. La saison est belle; vos troupes sont nombreuses et habilement dirigées. Notre confiance est entière. Envoyez-nous bien vite des drapeaux, et faites bon nombre de prisonniers. Ne suspendons plus nos coups que nous n’aurons obtenu des résultats qui réparent nos pertes.

 

Paris, 22 avril 1800

INSTRUCTIONS POUR LE MINISTRE DE LA MARINE ET DES COLONIES.

1° Le ministre de la marine fera appareiller de Brest, le 15 floréal, si le temps le permet, sept vaisseaux de guerre de 74, et cinq frégates sous les ordres du contre-amiral Lacrosse, pour se rendre à Saint-Domingue.
2° Ils porteront 4,600 hommes de débarquement, une compagnie d’artillerie et six pièces de campagne. Ces troupes de débarquement seront commandées par un général de division, qui sera nommé général en chef de Saint-Domingue.
3° Le conseiller d’État Lescallier partira le 6 de Paris pour s’embarquer sur l’escadre.
4° Le ministre de la marine donnera des instructions au contre-amiral Lacrosse, au général en chef et au conseiller d’État Lescallier.
5° Le général Toussaint-Louverture, le général Rigaud et le général Michel seront employés dans l’armée de Saint-Domingue, chacun dans leur grade.

 

Paris, 23 avril 1800

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je ne vois pas d’inconvénient, Citoyen Ministre, d’envoyer quelques fusils de chasse de différents modèles au roi d’Espagne.

Écrivez une lettre à M. Muzquiz pour lui faire connaître que, dans la conversation que j’ai eue hier avec lui, il m’a parlé du désir qu’avait Sa Majesté Catholique de faire obtenir au duc de Parme un accroissement d’États en Italie; que, lors des négociations, le Gouvernement français regardera comme une chose extrêmement agréable pour lui de convaincre l’Europe entière de la considération qu’il a pour la maison d’Espagne; qu’ici les sentiments particuliers que j’ai pour le duc de Parme, et que je lui ai manifestés pendant mon séjour en Italie, se trouvent d’accord avec la politique de la République, qui sera toujours de reconnaître les efforts de la cour d’Espagne pour la cause commune, surtout depuis le ministère de M. d’Urquijo.

Dites à Alquier que je désire qu’il m’achète huit très-beaux chevaux de selle, espagnols de race. Dites-lui que, puisque le Portugal se refuse à la paix, pourquoi l’Espagne ne s’emparerait-elle pas de plusieurs provinces de cet État, sauf à les rendre à la paix générale pour Minorque, et que, s’il arrivait qu’il fût besoin, ce que nous ne pensons pas, de forces françaises, nous ne verrions pas d’inconvénient à accorder une division de nos troupes, commandée par le général qui pourrait être le plus agréable à l’Espagne;

Qu’il fasse sentir à M. Urquijo combien il serait malheureux que Malte tombât au pouvoir des ennemis, et que je désirerais que l’on y expédiât cinq à six bâtiments de 9 à 400 tonneaux, avec un assortiment de vivres en blé, eau-de-vie, viande et farine;

Que les hostilités vont recommencer entre l’Empereur et la France, et que nous avons tout lieu d’espérer que la fortune nous favorisera dans cette campagne.

 

Paris, 24 avril 1800

Au citoyen Carnot, ministre de la guerre

L’armée d’Italie est aux mains avec l’armée autrichienne. Soit qu’elle vainque, soit qu’elle soit vaincue, il est indispensable que l’armée de réserve ne perde pas une heure. Si nous sommes vainqueurs, l’armée autrichienne se trouvera considérablement affaiblie et hors d’état de résister à l’armée de réserve. Si notre armée d’Italie est vaincue, et qu’elle soit obligée de prendre la ligne de Borghetto on toute autre, pour défendre les Alpes maritimes, il est encore indispensable que l’armée de réserve attaque le Piémont ou le Milanais, afin de faire une diversion et d’obliger l’armée autrichienne à revenir à la défense de la Lombardie et de ses magasins.

Je vous prie, en conséquence, de donner ordre au général en chef Berthier,

1° De porter, en toute diligence, l’armée de réserve à Genève;
2° De faire passer à Villeneuve, par le lac, tous les approvisionnements de guerre et de bouche qui ont été rassemblés à Genève;
3° De se porter, le plus rapidement possible, en Piémont et en Lombardie, soit en passant le grand Saint-Bernard, soit en passant le Simplon.

Quelle que soit l’issue des événements d’Italie, l’armée autrichienne qui s’est enfournée sur Gênes et sur Savone, se trouve d’autant plus éloignée des passages des montagnes, et dans un état de délabrement tel, qu’elle est absolument hors d’état de tenir la campagne contre les 40,000 hommes que le général Berthier peut facilement réunir.

Je vous prie également, Citoyen Ministre, d’activer le départ de Paris des chevaux et des pièces d’artillerie destinés pour l’armée de réserve.

Avant que cette armée n’ait franchi le Saint-Bernard et le Simplon, nous aurons des nouvelles positives de la situation où se trouvera notre armée d’Italie.

Le télégraphe d’aujourd’hui, de Bâle et de Strasbourg, m’apprend qu’il n’y a rien de nouveau. Réitérez l’ordre au général Moreau d’attaquer l’ennemi. Faites-lui sentir que ses retards compromettent essentiellement la sûreté de la République.

Envoyez un courrier extraordinaire au général Saint-Hilaire, commandant la 8e division militaire, pour qu’il rassemble toutes les forces en infanterie, cavalerie, etc. qui pourraient se trouver dans sa division, afin de pouvoir renforcer l’armée d’Italie, et qu’il prenne des mesures pour assurer les approvisionnements de guerre et de bouche de la ville d’Antibes. Le même courrier portera l’ordre au général commandant à Nice de veiller à l’approvisionnement de Monaco et du château de Nice, et celui d’expédier fréquemment des courriers extraordinaires pour vous instruire des événements qui auraient lieu en Italie.

Écrivez également au général en chef Masséna que nous n’avons pas encore de nouvelles officielles de ce qui se passe en Italie; que les armées du Rhin et de réserve se mettent en marche; que nous attendons impatiemment l’issue des événements, que nous connaissons encore qu’imparfaitement.

 

 Paris, 24 avril 1800

Au général Berthier, commandant en chef l’armée de réserve, à Dijon

Le ministre de la guerre vous a envoyé hier, Citoyen Général, la copie d’une lettre sur l’armée d’Italie.

Je n’ai point encore de nouvelles officielles; mais voici ce qui résulte de tout ce qui est venu à ma connaissance:

Le 16 germinal, le général Melas avait son quartier général à Cairo; il avait avec lui une vingtaine de mille hommes; il a forcé les redoutes de Monte-Legino, s’est emparé de Savone, et le 17 de Saint- Jacques.

La division française qui était sur Montenotte a fait sa retraite sur Gênes, après avoir renforcé la garnison de Savone.

Les deux divisions françaises qui étaient aux ordres de Suchet ont fait leur retraite sur la ligne de Borghetto.

Cependant, le 17, une division de 15,000 Autrichiens a attaqué la Bocchetta. Masséna s’y est porté en personne, les ont battus et leur a fait 2,500 prisonniers.

Une lettre de Nice, datée du 23, porte que le général Suchet venait de faire 1,200 prisonniers. On ignore les manœuvres qu’a faites le général Masséna, mais il paraît que le 23 l’ennemi était encore maître de Savone.

Le jour où Masséna aura rouvert ses communications, nous recevrons nécessairement un courrier; et, comme je n’ai point de nouvelles aujourd’hui, je suis fondé à penser que, le 26, les communications n’étaient pas rétablies.

Que fera donc Masséna? S’il échoue dans l’entreprise de rétablir les communications, il restera à Gênes tant qu’il aura des vivres; ou il se portera rapidement sur Acqui, pour de là gagner les Alpes; ou il ira chercher du pain dans le Parmesan ou tout autre point de l’Italie.

Dans cet état de choses, vous sentez combien il est essentiel que l’armée de réserve tienne à plein collier en Italie, indépendamment des opérations de l’armée du Rhin.

Pour cela faire, vous avez deux débouchés: le Saint-Bernard et le Simplon. Vous pouvez, dans ce cas, vous renforcer des troupes que Moreau a laissées dans le Valais.

Par le Saint-Bernard, vous vous trouverez agir beaucoup plus près du lac de Genève, et dès lors vos subsistances seront beaucoup plus rassurées. Mais il faut que vous vous assuriez bien de la nature des chemins depuis Aoste au Pô. Vous pouvez, dans le corps italien, avoir tous les renseignements nécessaires.

Par le Simplon, vous arrivez tout de suite dans un plus beau pays.

Rien en Italie ne pourra résister aux 40,000 hommes que vous avez. Que l’armée autrichienne sorte victorieuse on vaincue, elle pourra, dans aucun cas, soutenir le choc d’une armée fraîche.

Avant que votre armée ne soit arrivée à Genève et à Villeneuve, j’aurai des nouvelles positives de la situation de l’armée d’Italie, qui me mettront à même de vous donner des instructions plus précises.

Votre plus grand travail dans tout ceci sera d’assurer vos subsistances.

Mes guides doivent arriver à Dijon le 6. Vous pourrez disposer de l’artillerie comme vous voudrez, et employer à atteler des pièces les attelages destinés au double approvisionnement.

La 30e est partie depuis trois-jours, mais il y a dans cette demi-brigade beaucoup de conscrits.

La 72e, bonne et excellente demi-brigade, est partie de Caen et se dirige à grandes marches sur Dijon. Vous pouvez regarder   cette troupe comme une espèce de réserve.

Laissez à Dijon Vignolles, ainsi que les dépôts de chaque corps, pour réorganiser les conscrits à mesure qu’ils arrivent, et vous les faire passer.

Faites-moi connaître, par le retour de mon aide de camp, la situation de votre armée.

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Il serait peut-être essentiel, par mesure de précaution, que vous envoyassiez un officier ou un commissaire des guerres à Chambéry afin de préparer dans cette place la manutention et des approvisionnements pour pouvoir nourrir votre armée, si, lorsqu’elle sera à Genève, les événements de l’armée d’Italie obligeaient à la faire filer par le mont Cenis.