Correspondance de Napoléon – Août 1805

Camp de Boulogne, 19 août 1805

A la princesse Élisa

Ma Sœur, j’ai donné ordre au grand maréchal de mon palais de vous envoyer mon portrait, que vous m’avez demandé, que vous croyez être agréable an peuple de Lucques. Envoyez-moi le détail de vos côtes et l’état des batteries qui y sont nécessaires. Je vous enverrai les canons.

 

Camp de Boulogne, 20 août 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, le temps est très-inconstant. Il pleut ici beaucoup. Les escadres combinées ont appareillé du Ferrol au nombre de 34 vaisseaux. Au moment même, une division de la flottille double le cap Gris-Nez et a un engagement avec les Anglais. La croisière anglaise est maltraitée, et on m’assure qu’elle a un mât de hune coupé.

 

Camp de Boulogne, 20 août 1805

DÉCISION

Le sieur Duchâtenet demande une interprétation de la loi sur un testament fait en sa faveur par mademoiselle Letellier, et qu’on prétend annuler faute d’une mention que devait faire le notaire rédacteur. Renvoyé an grand juge. Il parait que, dans une telle circonstance, la partie doit être admise à prouver que le testament a été écrit par la main du notaire : qu’il est contre la conscience qu’un défaut de rédaction blesse la justice civile et ruine les familles. Mon intention est donc que le grand juge me fasse un rapport sur cette
affaire et qu’elle soit portée au Conseil d’État.

 

Camp de Boulogne, 20 août 1805

A M. Barbé-Marbois

La Banque est mal organisée; l’escompte se fait mal. Tant qu’on escomptera par actions, il n’y aura jamais de réserve. Dites et redites cette vérité. Tâchez d’y trouver remède. On viole la loi; on détruit le crédit public, et l’on mécontente tout le monde.

 

Camp de Boulogne, 20 août 1805

DÉCISION

Le ministre des finances soumet à l’Empereur une demande du due de Chablais, en restitution de ses biens personnels. Je ne vois point de demande faite par le duc de Chablais; je ne vois pas non plus comment ce prince veut se considérer avec France. La question est toute là. Si ce prince se considère comme n’ayant plus aucun droit au trône de Savoie, et s’il reconnaît que le Piémont appartient à la France, sa demande devient fondée; si, au contraire, il persévère dans l’idée que sa famille conserve des droits sur le Piémont, dès lors il est ennemi de la France, il peut recevoir rien du Gouvernement qu’à titre de secours. Voilà ce qu’il faudrait savoir et ce que le ministre des finances n’a point fait connaître. Cette question est du ressort du ministre des relations extérieures.

 

Camp de Boulogne, 20 août 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, je vous envoie un courrier qui vous arrive du Ferrol. Il n’y a de lettres ni de Villeneuve ni de Lauriston. Il résulte de ces dépêches que le 14 thermidor (2 août) Nelson était encore au cap Saint-Vincent; qu’il était, à ce qu’il parait, encore très-mal approvisionné; que le 20 thermidor (8 août) il y avait devant Cadix 4 vaisseaux, et devant Gibraltar 4, ce qui en suppose 12 dans la Méditerranée; que Villeneuve était réuni, le 23 au soir (11 août), au nombre de 29 vaisseaux de guerre; qu’enfin il n’avait pas de vaisseaux devant lui. Je n’entends point parler d’Allemand. Je vous ai écrit hier que les journaux anglais disaient qu’il avait été vu à vingt-cinq lieues d’Ouessant. Si cela pouvait engager les Anglais à détacher 5 vaisseaux de Brest pour courir après, ce serait un grand avantage. C’est actuellement à Ganteaume à réunir toutes ses forces, à mouiller à Bertheaume pour se trouver an combat de Brest, si ce n’est le premier jour, au moins le second. Je ne sais quelle sera l’issue de tout ceci; mais vous voyez que, malgré tant de mauvais jeux et de circonstances défavorables, la nature du plan est foncièrement tellement bonne que nous avons tous les avantages.

 

Camp de Boulogne, 20 août 1805, 7 heures du soir

L’empereur, au vice-amiral Ganteaume

Êtes-vous mouillé à Bertheaume ? Avez-vous reçu un courrier du Ferrol ? J’espère que vous sentez l’importance du moment et que vous connaissez ce que j’ai droit d’attendre.

 

Camp de Boulogne, 21 août 1805

A M. Gaudin

Je désire que désormais les conservateurs, inspecteurs, sous-inspecteurs et gardes généraux des forêts ne puissent entrer dans l’exercice de leurs fonctions qu’en vertu d’un brevet signé de moi; que vous ne me présentiez plus, pour remplir ces places, que des hommes employés actuellement dans cette carrière et méritant de l’avancement par leurs bons services, et, à défaut de ceux-ci, des militaires jouissant de leur traitement de réforme. Le ministre de la guerre vous remettra, sur votre demande, un état de ceux qui réunissent à une instruction convenable une probité sûre. Je sais ce  qu’on peut dire contre cette mesure ; mais, par d’autres considérations, j’y tiens irrévocablement. Vous l’étendrez aux gardes particuliers, qui doivent être à l’avenir choisis exclusivement parmi les hommes qui ont servi. Je me suis bien trouvé d’avoir prescrit cette règle. Ce sont les anciens militaires qui se sont le mieux montrés qui ont fait connaître les abus. Comme mon intention est de donner de l’éclat à cette mesure, et que les militaires qui sont dans le cas d’en profiter se présentent, je désire qu’en me proposant le décret vous fassiez un rapport dans lequel vous exposerez mes motifs et qui fera connaître que je veux par là encourager la conscription et récompenser l’armée. Je me propose aussi d’obtenir des agents forestiers le même service que de ceux des douanes, qui plusieurs fois ont repoussé l’ennemi.

 

Camp de Boulogne, 22 août 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand , je reçois votre courrier porteur de votre lettre du 2 fructidor. Je ne perds pas une minute pour y répondre. La situation de mes armées et la position de mes forces ne me permettent aucune transaction de faiblesse. En donnant le Hanovre à la Prusse, je lui donne un bien qui, sans exagération, augmente ses forces de 40,000 hommes et améliore la situation de ses Etats, de la même manière que Gênes améliore le Piémont. J’entends que je donnerai le Hanovre à la Prusse, et que je lui garantirai l’intégrité de ses États ; mais j’entends aussi que la Prusse me garantira l’intégrité de mes États actuels, sans que je veuille m’engager avec elle pour la Suisse, la Hollande ou les États de Naples. Si l’on demande quelles sont mes frontières actuelles, on dira : le Rhin du côté l’Allemagne; du côté de l’Italie, mes limites actuelles, celles qui confinent avec mon royaume d’Italie et la Toscane. Le roi de Prusse me garantira à moi et à mes descendants mon royaume d’Italie conformément aux déclarations que j’ai faites. Voilà ma résolution prise. Je ne veux pas entendre parler du roi de Sardaigne, je tranche le mot, pas plus que des Bourbons; c’est la faiblesse de ce partage qui me vaut toutes mes querelles actuelles; je ne consentirai même pas à lui donner Corfou. Son frère a renoncé; son alliance avec l’Angleterre l’a précipité; sa conduite actuelle en Sardaigne ne m’ engagera pas à donner des secours à un ennemi. Quant à la Hollande, je ne veux donner aucune garantie. Si la guerre avec l’Angleterre continuait longtemps, et que ce peuple sans colonies ni continent cessât de vouloir vivre séparé, je ne veux pas que rien me lie sous ce point de vue. Il en est de même de la Suisse : je considérerai l’acte de médiation, tant que la Suisse le conservera; si jamais elle le violait, je ne reconnaîtrais plus l’indépendance de la Suisse.

Le langage de M. Laforest doit être simple et fier. C’est une offre que je fais à la Prusse; mais il faut nous entendre : c’est une offre que je ne referai point dans quinze jours. Si le cadeau du Hanovre à la Prusse, portant cette puissance à se déclarer pour moi , fait trembler la Russie et l’Autriche, et me laisse librement et sans inquiétude le maître de me livrer à ma guerre maritime, je croirai être indemnisé de ce grand accroissement de puissance que va prendre la Prusse. Mais une fois que j’aurai levé mon camp de l’Océan , je ne puis plus m’arrêter; mon projet de guerre maritime est tout à fait manqué; alors je ne gagnerai plus rien à donner le Hanovre à la Prusse. Il faut donc qu’elle se décide sur-le-champ.

Expédiez un courrier à M. Laforest; écrivez-lui que, si l’on s’est décidé, cela est très-bien ; sinon, qu’il fasse connaître qu’il faut une réponse prompte; que je ne puis être rassuré sur le continent que par une coopération ferme et vigoureuse de la Prusse, ou par une armée de 900,000 hommes sur le Rhin; que j’attends le retour du courrier que vous avez expédié, et que je l’attends à Boulogne. Il faut que, pendant le traité même, la Prusse menace d’un mouvement sur la Bohême, et fasse connaître à l’Autriche que, si elle passe l’Inn, elle entrera en Bohême. Si la Prusse se refuse à cette démarche, ma proposition est nulle : car, du 20 au 25 fructidor, je suis obligé de faire une contre-marche pour m’opposer aux progrès des armements de l’Autriche, pour empêcher son armée d’aller à Munich, et pour défendre une Maison que j’aime et qu’il est dans mon intérêt de protéger. Vous vous expliquerez dans ce sens avec M. de Lucchesini, et vous lui ferez bien comprendre l’état de la question. Vous lui direz que, si, an 25 fructidor, la Prusse ne s’est pas décidée et n’a pas fait une démarche ostensible et connue, la proposition se trouve tomber d’elle-même.

Vous ferez venir M. de Cetto. Vous lui direz que j’apprends par différentes voies que l’Électeur a peur; que, si cela est , il donne simplement un billet à M. Otto; que je fais descendre aussitôt dans ses États mon armée de Hanovre, que je ferai remplacer par celle que j’ai en Hollande; qu’en même temps je dirigerai sur-le-champ un corps de 20,000 hommes sur Munich ; que j’attends des réponses de la cour de Vienne pour savoir si ses armements sont sérieux ; que, si elle persiste à les maintenir, je me porterai en Allemagne avec toute mon armée des côtes, et que moi-même avec 100,000 hommes,
je serai avant six semaines à Munich.

Faites appeler M. de Cobenzl ; faites-lui connaître la partie de la lettre de M. Otto où il dit que l’Électeur fait sortir les papiers de sa chancellerie; montrez-lui également les lettres de Dresde , de Salzburg, d’Italie, que vous m’avez envoyées dernièrement, et dites-lui : Monsieur de Cobenzl , si tout cela ne finit bientôt, l’empereur d’Allemagne sera précipité dans des événements qu’il aura mérités, puisque deux expériences dont les résultats ont du être si funestes pour lui ne l’auraient pas ramené à des idées plus raisonnables. Écrivez à M. de la Rochefoucauld que, si un corps quelconque autrichien entrait en Bavière, il demande ses passe-ports et quitte Vienne sur-le-champ.

Je désire faire présenter sur-le-champ une note à la diète de Ratisbonne; envoyez-m’en le projet. Je veux y relever tout ce que la conduite de l’Autriche a d’offensant et d’hostile; dire que j’ai évacué la Suisse et qu’il n’y a pas un homme de troupes françaises; que les maux de la guerre retomberont sur ceux qui la provoquent; que je ne l’ai provoquée d’aucune manière; que cette déclaration est faite au peuple allemand, que j’aime et auquel je désire épargner les malheurs que lui prépare un prince que deux guerres malheureuses n’ont pu corriger; que l’électeur de Bavière et les princes de Souabe sont seul épouvantés de ses armements; que j’engage la Diète à prier l’Empereur, au nom de toute l’Europe, de cesser des mouvements qui sont des actes réels d’hostilité contre la France occupée dans une guerre maritime qui est la cause de toutes les nations; de songer aux maux de la guerre et aux conséquences terribles qu’ils auront pour ceux qui recommenceront les troubles du continent; que remplir le Tyrol de troupes quand j’évacue la Suisse, c’est me déclarer la guerre.

Vous m’enverrez, par le retour de ce courrier, cette note, qui doit être très-soignée et écrite dans un style très-modéré. Vous ferez connaître à M. Laforest ma situation vis-à-vis de l’Autriche. Vous ferez connaître à M. Otto cette note que je dois présenter; je désire qu’elle le soit avant la réponse de la cour de Vienne. Occupez-vous-en sans délai, et mettez-y toute la modération possible; qu’on y voie, si l’on peut s’exprimer ainsi , la crainte de la guerre et d’être détourné de mon système maritime; qu’on y rappelle l’acquisition de Lindau , la non-exécution de plusieurs articles du traité de Lunéville, du droit d’épave, etc. ; qu’on y dise que, si c’est pour appuyer ses prétentions que l’Autriche arme, elle a tort, puisque je n’ai fait entendre aucune réclamation contre ces usurpations, quelque réelles qu’elles aient pu être.

Le ministre de la guerre soumet à l’approbation de l’Empereur les dispositions prises par le maréchal Jourdan, au sujet des garnisons établies dans différentes places fortes d’Italie, et pour la garde de l’approvisionnement des-dites places, en exécution du décret impérial du 3 thermidor.

 

Camp de Boulogne, 22 août 1805

DÉCISION

Le ministre de la guerre soumet à l’approbation de l’Empereur les dispositions prises par le maréchal Jourdan, au sujet des garnisons établies dans différentes places fortes d’Italie, et pour la garde de l’approvisionnement des-dites places, en exécution du décret impérial du 3 thermidor. Je n’approuve pas un bataillon de garnison à Porto-Legnago; en fructidor, c’est l’envoyer à l’hôpital. Sa garnison serait suffisante avec trois compagnies d’infanterie française, une compagnie d’artillerie française, une compagnie d’artillerie italienne, et deux compagnies du régiment italien qui est à Mantoue. Recommandez de nouveau au maréchal Jourdan de veiller à la santé des troupes. C’est l’ennemi le plus dangereux qu’il ait. Peschiera n’a pas mauvais air; mais une compagnie d’infanterie et une d’artillerie y seraient suffisantes. Si le maréchal Jourdan craignait une surprise, la meilleure manière serait de placer trois escadrons de dragons entre Porto-Legnago et Mantoue. En y portant du soin, on trouvera là des villages sains. Cela est d’ailleurs assez inutile, puisque la garnison de Vérone peut être bien vite à Porto-Legnago.

 

Camp de Boulogne, 22 août 1805

Je vous renvoie le projet arrêté par le Conseil d’État pour la conscription. Je ne puis admettre en principe qu’il n’y aura point de conscription dans l’État de Gènes, mais seulement qu’elle y sera très-faible, en considération de ses circonstances particulières; cependant il faut qu’elle y soit introduite. Comprenez les trois départements, avec les adjonctions que j’y ai faites, pour 300 hommes, et affectez-les aux régiments génois dont j’ai ordonné l’organisation à Grenoble. Cela exigera quelques changements dans le titre 1er.

 

Camp de Boulogne, 22 août 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, je vous prie de m’envoyer, dans la journée de demain, un mémoire sur cette question : Dans la situation des choses, si l’amiral Villeneuve reste à Cadix, que faut-il faire ? Élevez-vous à la hauteur des circonstances et de la situation où se trouvent la France et l’Angleterre. Ne m’écrivez plus de lettres comme celle que vous m’avez écrite, cela ne signifie rien. Pour moi, je n’ai qu’un besoin, c’est celui de réussir.

 

Camp de Boulogne, 22 août 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, expédiez le brick le Pandour à la Martinique pour y porter les nouvelles des divers événements qui ont eu lieu en Europe depuis le départ des escadres combinées. Vous donnerez au Pandour les ordres nécessaires pour faire connaître aux préfets maritimes et coloniaux de la Martinique et de la Guadeloupe le désir que j’ai qu’ils aient toujours prêtes 500,000 rations de biscuit, dans chacune de ces îles, pour pouvoir les verser à bord de celle de mes flottes que des opérations militaires ultérieures conduiront dans ces colonies.

Le brick le Pandour embarquera autant de caisses de cartouches que faire se pourra, et, de plus, 25 hommes d’infanterie et 1,500 fusils, s’il peut les porter. Vous lui donnerez l’ordre le plus positif de ne mouiller à la Guadeloupe et à la Martinique que le temps nécessaire pour remettre ses dépêches. Il se rendra immédiatement de là à Santo-Dorningo, et abordera au plus tôt à quelque distance de cette ville, afin de se procurer des nouvelles certaines des croisières ennemies. Il remettra mes dépêches au général Ferrand, ainsi que les hommes, les caisses de cartouches et les fusils, et il restera aux ordres de ce général. Si les croisières ennemies l’empêchaient d’entrer dans le port de Santo-Domingo, il restera dans un port voisin jusqu’à ce qu’il y ait possibilité d’entrer à Santo-Domingo.

 

Camp de Boulogne, 22 août 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, expédiez à la Présidente, par courrier extraordinaire, l’ordre d’appareiller. Elle portera 200 hommes à la Martinique, ainsi que le duplicata des ordres dont le Pandour est porteur, et les nouvelles dispositions que je viens de prendre pour l’organisation de ces colonies. L’amiral Villaret, ainsi que vous le verrez par le décret ci-joint, reviendra en Europe pour y prendre le commandement de mes escadres; mais il ne pourra quitter la Martinique avant que le général Ernouf, qui doit l’y remplacer, y soit arrivé. Ce genéral prendra le titre de capitaine général commandant les forces françaises aux îles du Vent. Il séjournera constamment à la Martinique, et la Guadeloupe sera également sous ses ordres. Vous lui ferez connaître que, craignant que les Anglais attaquent la Martinique l’hiver prochain, mon intention est que les cinq septièmes des troupes qui sont soit à la Guadeloupe, soit à la Martinique, restent réunis dans cette dernière île, et les deux septièmes restants, à la Guadeloupe.

Le général de division Ambert sera nommé capitaine général de la Guadeloupe, sous les ordres du capitaine général commandant les forces françaises aux îles du Vent.

Les officiers généraux de terre de ces colonies devront être répartis de telle sorte qu’il s’en trouve an moins un à la Guadeloupe, pour y prendre le commandement en cas de mort du général Ambert.

Vous ferez connaître au général Ernouf que mon désir est qu’il établisse à la Martinique un système relatif aux corsaires, tel que celui de la Guadeloupe, qui a fait tant de mal aux Anglais et qui a si puissamment contribué à son approvisionnement. Vous lui recommanderez expressément de maintenir les préfets maritimes et coloniaux dans l’exercice plein et entier de leurs fonctions, de mettre un terme aux dilapidations, et d’établir une taxe sur la sortie des denrées coloniales, telle que les deux colonies puissent se suffire à elles-mêmes. Vous lui ferez connaître, cependant, que je ferai payer exactement l’approvisionnement d’un million de rations de biscuit, que je désire avoir toujours dans ces colonies pour mes escadres.

La Présidente n’aura, à son retour, pas d’autre mission que celle de ramener l’amiral Villaret.

 

Camp de Boulogne, 22 août 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, il me reste au Ferrol et à la Corogne un vaisseau et trois frégates. Le vaisseau est vieux et mauvais marcheur; il paraît ne pouvoir m’être d’aucune utilité pendant cette campagne. Je regrette seulement qu’il ne soit pas au Ferrol. Ordonnez au capitaine qui le commande de faire tout ce qui sera possible pour l’y mener. La disparition de la flotte commandée par le vice-amiral Villeneuve, doit nécessairement rendre cette entreprise facile, car l’ennemi doit avoir, au cap Finistère, tout au plus que des frégates en observation. Si, cependant, vu l’état de ce vaisseau, ou pour toute autre cause, cette opération devenait difficile ou inexécutable, mon intention n’est pas de me priver, pour cette carcasse, des bons services de 4 à 500 matelots. En ce cas, le capitaine, sa maistrance et 50 hommes d’infanterie resteront pour garder ce vaisseau, et les matelots seront répartis sur les frégates la Guerrière, la Revanche et la Sirène, afin qu’elles reprennent la mer en brumaire et qu’elles puissent alors remplir une mission. Vous avez sans doute pris, dès à présent, toutes les mesures nécessaires pour que la viande soit fournie abondamment à ces matelots et aux malades, et qu’ils ne manquent de rien de ce qu’ils doivent avoir.

 

Camp de Boulogne, 22 août 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, mon intention est de calculer sur-le-champ ce qui est relatif à l’expédition des côtes d’Afrique. Le Régulus est à Lorient, et la Cybèle suffiront pour cela. Il faudra seulement y réunir un brick et deux autres bâtiments plus petits. Le général Clarke se rendra demain près de vous, à l’heure que vous lui indiquerez, afin de prendre connaissance des cartes et mémoires dans les bureaux de la marine pour cette expédition. Je désirerais que son but ne fût pas seulement de dévaster le commerce ennemi, mais qu’on pût le faire servir également à s’emparer de l’une des principales colonies des Anglais dans ces parages, et à la garder.

 

Camp de Boulogne, 22 août 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, je vous renvoie votre courrier. J’estime que Villeneuve n’a pas le caractère nécessaire pour commander une frégate. C’est un homme sans résolution et sans courage moral. Deux vaisseaux espagnols se sont abordés; quelques hommes sont tombés malades à bord de ses vaisseaux; joignez à cela une contrariété de deux jours dans les vents, un bâtiment ennemi qui est venu l’observer, un bruit que Nelson est réuni à Calder : et ses projets sont changés, lorsque, isolément, ces objets les uns auprès des autres ne sont rien.

Ce qu’il y a surtout d’impertinent, c’est que, dans une expédition aussi composée, il ne donne aucun détail, ne dit pas ce qu’il fera, ce qu’il ne fera pas. C’est un homme qui n’a aucune habitude de la guerre et qui ne la sait pas faire. Si Nelson avait joint Calder, et qu’il se crût en force, il se serait présenté devant le Ferrol; cela est une chose assez simple. Vous savez que les journaux anglais disent que Nelson a été aux Canaries. Dans cette situation de choses, il faut renvoyer un courrier extraordinaire à Brest pour instruire l’amiral Ganteaume, et lui ordonner que, si Villeneuve parait devant Brest par le ras, il ait à ne pas le laisser entrer, à prendre le commandement de l’armée navale, et à appareiller pour se rendre devant Boulogne. Si Villeneuve a été à Cadix, mon intention est qu’il se rende dans la Manche, après avoir réuni les 6 vaisseaux qui s’y trouvent, et pris deux mois de vivres. S’il est possible de réunir l’escadre de Carthagène, qu’il le fasse. Je vais faire ma dépêche à Ganteaume et prendre mon décret; je vous les enverrai dans un quart d’heure. J’attendrai, pour faire ma dépêche de Cadix, l’arrivée du courrier de demain. Quant aux croisières, je ne conçois pas ce degré d’imbécillité de les faire partir avec moins de six mois de vivres.

 

Camp de Boulogne, 22 mai 1805

L’Empereur au vice-amiral Ganteaume

(Dépêche télégraphique)

L’amiral Villeneuve vient à Brest avec l’intention d’y mouiller : ne le souffrez pas, mais partez tous ensemble pour votre destination. Il n’y a pas un moment à perdre.

Telle est mon intention, et je compte sur votre caractère.

 

Camp de Boulogne, 22 août 1805

Au vice-amiral Ganteaume

Monsieur le Vice-Amiral Ganteaume, M. le vice-amiral Villeneuve a appareillé du Ferrol le 22 thermidor, mais n’est effectivement parti que le 26, afin de vous rejoindre à Brest. D’après ce que j’ai pu comprendre de ses dépêches, il me paraît qu’il est dans l’intention passer par le ras. Il me paraît aussi qu’il doute si, joint avec vous, il ne passera pas plusieurs jours à Brest pour se ravitailler. Je vous ai déjà fait connaître, par le télégraphe, que mon intention est que vous ne souffriez pas qu’il perde un seul jour, afin que, profitant de la supériorité que me donnent 50 vaisseaux de ligne, vous mettiez sur-le-champ en mer pour remplir votre destination et pour vous porter dans la Manche avec toutes vos forces. Je compte sur vos talents, votre fermeté et votre caractère dans une circonstance si importante. Partez et venez ici. Nous aurons vengé six siècles d’insultes et de honte. Jamais, pour un plus grand objet, mes soldats de mer et de terre n’auront exposé leur vie.

 

Camp de Boulogne, 22 août 1805

Au vice-amiral Villeneuve

Monsieur le Vice-Amiral Villeneuve, j’espère que vous êtes à Brest. Partez, ne perdez pas un moment, et, avec mes escadres réunies, entrez dans la Manche. L’Angleterre est à nous. Nous sommes tous prêts, tout est embarqué. Paraissez vingt-quatre heures, et tout est terminé.

 

Camp de Boulogne, 23 août 1805.

Au roi de Prusse

Monsieur mon Frère, j’envoie auprès de Votre Majesté le général Duroc. Il est muni de mes pouvoirs pour signer, avec la personne que Votre Majesté voudra désigner, le traité dont nos ministres sont convenus. Je me réjouirai de tous les nouveaux liens qui resserreront nos États. Nos ennemis sont communs. L’acquisition du Hanovre est géographiquement nécessaire à Votre Majesté, surtout lorsque l’Europe se trouve entre de si grandes puissances. Le partage  de la Pologne a amené un grand changement : il a annulé la Suède et rendu européenne la Russie, qui ne trouve plus de contre-poids; Constantinople et Ispahan n’en sont plus un. L’Autriche redouble ses préparatifs, l’électeur de Bavière est très-alarmé.  Votre Majesté n’a pas un jour à perdre pour ordonner un rassemblement sur la Bohême.

J’ai ordonné que l’on communiquât à Votre Majesté tout ce que j’ai fait dire à l’Autriche; si elle ne rentre pas dans ses-garnisons et cantonnements de paix, je suis résolu à marcher moi-même, avec plus de 100,000 hommes, en Bavière. Il faudra donc se battre encore. Dieu ! ma conscience, Votre Majesté et l’Europe me seront témoins que je suis attaqué, puisque je suis menacé sur mes frontières, lorsque toutes mes troupes sont sur des vaisseaux et sur les côtes. La Maison d’Autriche n’est pas dans le cas de me faire tête. Elle s’aveugle. Les maux de la guerre retomberont sur elle. Je n’ai rien à redouter de cette lutte, avec, cependant, l’aide de Dieu, de qui tout dépend.

Monsieur mon Frère, une nouvelle scène se présente pour l’Europe. Nous aurons besoin de nous entendre et de marcher d’harmonie, pour le repos du monde et pour le bien de nos États. Je me flatte que ni Votre Majesté ni moi ne déchoirons, et que nous laisserons nos États, ceux des princes qui feront cause commune avec nous, au même degré de splendeur où ils sont.

J’ai trop épargné la Maison d’Autriche; elle est encore trop puissante pour laisser l’Europe en repos et ne pas attenter aux libertés de l’Allemagne. Si elle reste armée, la guerre est imminente.

Toutes les occasions qui se présenteront de vous donner des preuves d’estime et d’amitié seront pour moi des moments de bonheur.

 

Camp de Boulogne, 23 août 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, Ministre des relations extérieures, plus je réfléchis à la situation de l’Europe, plus je vois qu’il est urgent de prendre un parti décisif. Je n’ai, en réalité, rien à attendre de l’explication de l’Autriche. Elle répondra par de belles phrases et gagnera du temps, afin que je ne puisse rien faire cet hiver; son traité de subsides et son acte de coalition seront signés cet hiver, sous le prétexte d’une neutralité armée; et, en avril, je trouverai 100,000 Russes en Pologne, nourris par l’Angleterre, avec les équipages de chevaux, d’artillerie, etc., et 15 à 20,000 Anglais à Malte, et 15,000 Russes à Corfou. Je me trouverai alors dans une situation critique. Mon parti est pris.

Mon escadre est sortie le 26 thermidor du Ferrol avec 34 vaisseaux; elle n’avait pas d’ennemis en vue. Si elle suit ses instructions, se joint à l’escadre de Brest et entre dans la Manche, il est encore temps : je suis le maître de l’Angleterre. Si, au contraire, mes amiraux hésitent, manœuvrent mal et ne remplissent pas leur but, je n’ai d’autre ressource que d’attendre l’hiver pour passer avec la flottille. L’opération est hasardeuse; elle le serait davantage si, pressé par le temps, les événements politiques me mettaient dans l’obligation de passer d’ici au mois d’avril. Dans cet état de choses, je cours au plus pressé : je lève mes camps et je fais remplacer mes bataillons de guerre par mes 3e bataillons, ce qui m’offre toujours une armée assez redoutable à Boulogne; et, au 1er vendémiaire, je me trouve avec 200,000 hommes en Allemagne et 25,000 hommes dans le royaume de Naples. Je marche sur Vienne, et ne pose les armes que je n’aie Naples et Venise, et augmenté tellement les États de l’électeur de Bavière, que je n’aie plus rien à craindre de l’Autriche. L’Autriche sera pacifiée certainement, de cette manière, pendant l’hiver. Je ne reviens point à Paris que je n’aie touché barre.

Dans cette situation des choses, j’ai cru devoir vous en informer pour que vous me prépariez mon manifeste, qui consiste dans les pièces officielles sur les mouvements de l’Autriche, qui feront connaître l’impérieuse nécessité où je me suis trouvé d’agir, sous peine de commettre la plus grande faute militaire qu’on puisse commettre. Mon intention est que votre langage avec les ambassadeurs roule toujours dans ce sens, et que vous fassiez à mes différents ministres une circulaire rédigée dans le même esprit, dans laquelle vous imputerez à l’Autriche le commencement des hostilités. Vous prendrez pour texte l’embarquement de mon armée et de mes chevaux; vous direz que c’est pendant ce temps que l’Autriche appelle des armées en Tyrol et en Italie.

Je vous mets au fait de mes projets, afin que vous puissiez donner à votre département cette direction, non que vous deviez dire que je réponds à la guerre par la guerre; mais que la guerre est de fait déclarée; qu’actuellement, c’est un raccommodement qu’il fait; que, si l’Autriche ne me répond pas, non par des paroles, mais en renvoyant ses troupes dans leurs garnisons de Hongrie et de Bohême, il ne me reste plus qu’à repousser la force par la force. Cependant, comme mon intention est de gagner quinze jours, mettez M. Otto dans la confidence; prévenez-le que j’enverrai, sous peu de jours, un de mes aides de camp voir Passau, avec une lettre pour l’Électeur, où je lui dirai que, si l’Autriche  n’évacue pas le Tyrol, je suis résolu à me mettre moi-même à la tête de mes forces, et que l’Allemagne verra plus de soldats qu’elle n’en a jamais vu; cependant, l’électeur de Bavière reste tranquille.

 

Camp de Boulogne, 23 août 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, je vous ai fait connaître hier mes intentions sur des objets de la plus haute importance. Je réexpédie aujourd’hui votre portefeuille d’avant-hier. Écrivez à mon chargé d’affaires à Francfort de faire en sorte de faire de faire chasser de cette ville Suzannet et d’Andigné. Je verrais avec plaisir qu’il obtint que d’Audigné fût amené en France et remis au commandant de la place de Mayence.

Mon intention n’est pas qu’on arrête Suzannet; il suffit qu’on lui intime l’ordre de s’écarter au moins de cinquante lieues des frontières de mon empire. Quant au prince Charles de Hesse, il est assez indifférent qu’il soit à Francfort ou ailleurs; c’est un individu qui mérite peu qu’on fasse attention à lui.

Vous recommanderez à mes ministres en Batavie et en Suisse de faire connaître aux gouvernements de ces deux pays qu’on doit y être sans aucune inquiétude; que je ne veux aucun projet de réunion; et, quant à la Suisse, que j’aime l’état dans lequel se trouve ce pays depuis l’acte de médiation, que je suis déterminé à maintenir; que les Suisses doivent compter que je serai bon et fidèle allié, tout aussi longtemps qu’ils adhéreront eux-mêmes à l’acte de médiation et qu’ils exécuteront dans son véritable esprit.

Vous direz à M. Serurier que j’ai vu avec plaisir sa conduite à la Haye, que je l’approuve, et qu’à la première circonstance que je trouverai favorable je le mettrai à même de suivre sa carrière dans un poste plus élevé.

Vous aurez un entretien avec le marquis de Gallo. Vous lui direz que j’ai été touché des malheurs de Naples; et, cependant, vous lui ferez part de l’étonnement que j’éprouve de trouver, dans la note où on annonce que 6,000 hommes sont arrivés d’Angleterre à Malte, la proposition de faire retirer mes troupes du royaume de Naples. Cette arrivée des Anglais à Malte n’est-elle pas une raison très-fort ‘augmenter plutôt le nombre de mes troupes dans l’État napolitain, afin de mettre celles qui s’y trouvent en ce moment à l’abri de cette menace tacite de mes ennemis ? Vous ajouterez que je n’ai, toutefois, aucun intérêt bien majeur à établir la guerre sur le territoire de Naples, et que, si elle doit avoir lieu bientôt, je veux savoir quelle sera ma garantie que la reine de Naples et Acton ne recevront pas, dans l’État de Naples, les Russes ou les Anglais, et ne m’obligeront pas à y envoyer, dès à présent, des forces plus considérables que celles que j’y tiens; que, si je ne le faisais pas, ce serait une faute militaire qui sauterait aux yeux de tout le monde; qu’il n’y a d’autre manière de l’empêcher qu’en me présentant la garantie qui m’est nécessaire; qu’il n’en peut exister de réelle sans que, au préalable, Acton et Damas soient chassés de la Sicile, et sans que le commandement des troupes soit confié, non d’une manière illusoire, mais vraie, à un officier qui puisse posséder la confiance de la reine de Naples et m’en inspirer à moi-même, et dont l’attachement à l’État ne soit point équivoque; c’est assez dire qu’il ne peut être question pour un tel poste, ni d’un émigré français, ni d’aucun autre étranger quelconque; que, pour donner à la garantie que je demande la stabilité convenable, il serait indispensable qu’on établit à Naples un ministère dont tout l’intérêt et dont le cœur seraient vraiment napolitains, et dont l’attachement à son pays me donnerait la certitude que Naples ne se précipiterait plus dans de nouveaux malheurs, pour l’intérêt de l’Autriche ou de l’Angleterre; qu’Acton peut très-bien être envoyé en Angleterre, sa patrie originaire, et qu’il y  sera plus près de ses revenus et de ses vrais moyens d’existence.

Il parait, au premier coup d’œil, absurde ou inexécutable de donner le commandement des troupes napolitaines à un officier général français; cependant, en y réfléchissant bien, ce projet est plus exécutable qu’on ne pense, en ce qu’il satisfait à tout. Il est dans l’armée française une foule d’officiers généraux qui serviraient avec honneur la reine de Naples, si elle ne voulait qu’une bonne administration, une bonne discipline et tout ce qui contribue à la tranquillité et à la bonne tenue des troupes.

Si M. de Gallo demande les noms de ces officiers, on sent qu’il ne peut être question, dans les circonstances actuelles, d’hommes marquants; mais on pourrait nommer, par exemple, le général de division Pully; c’est un homme de cœur dont vous connaissez la naissance; cet officier servirait loyalement la reine de Naples et ne tramerait pas contre moi.

Si M. de Pully ne convient pas à M. de Gallo, eh bien ! qu’il choisisse un autre officier général, de concert avec vous; il est dans toutes les coteries de Paris; il connaît la différence d’individu à individu, et peut l’apprécier.

Si, aux moyens que je viens d’indiquer, on joint la condition qu’aucun émigré, français ou étranger ne sera admis dans les troupes napolitaines; que le système de l’organisation militaire napolitaine élèvera le nombre de ces troupes de 12 à 14,000 hommes tout au plus; que les milices seront, dès à présent, licenciées, et qu’on en effacera même jusqu’à la trace; si je vois, en un mot, à la tête des divers départements du ministère des hommes, non pas dont je serai sûr, mais connus pour leur modération, tenant aux meilleures familles napolitaines, et surtout aux intérêts de leur pays, alors je conclurai un traité de neutralité avec la reine de Naples, qui assurera sa tranquillité.

Vous laisserez entrevoir à M. de Gallo que j’espère que la cour de Naples sera assez sage pour adopter ce que je propose; mais que, craignant qu’on y appelle les troupes anglaises et russes, je vais augmenter les troupes que j’ai dans ce pays; que je n’en puis être empêché qu’autant que M. de Gallo recevrait des pouvoirs en forme, qui le mettraient à même de faire sur-le-champ un traité ou une convention qu’on considérerait comme des articles secrets additionnels au traité de Florence; si cela a lieu, alors je laisserai Naples dans sa tranquillité et dans sa neutralité.

Il y a dans la dépêche de Cadix, no 199, une réponse de l’amiral Collingwood aux consuls neutres, dans laquelle la convention de la Russie joue un très-mauvais rôle; faites un article très-détaillé là-dessus, que vous ferez insérer au Moniteur.

Je pense que mon ministre à Cassel doit se mettre bien avec l’Électeur et avec la cour. M. Taylor est chassé, je suis satisfait; je n’entre pas dans des discussions secrètes et métaphysiques pour savoir si l’Électeur le reconnaît on non pour ministre d’Angleterre.

 

Camp de, Boulogne, 23 août 1805)

Au maréchal Berthier

Écrivez au maréchal Bernadotte que, ne sachant point où en veut venir l’Autriche avec tous les mouvements qu’elle fait, j’ai trouvé convenable qu’il réunisse à Göttingen le 27e d’infanterie légère, les 95e, 8e et 94e de ligne, quatre régiments de chasseurs et de hussards, et vingt-quatre pièces attelées, avec double approvisionnement; qu’il fasse venir toutes les troupes qu’il a à Osnabrück, où il suffit qu’il ait 25 hommes de cavalerie; que cela formera un corps de 10,000 hommes, qu’il fera commander par un général de division et deux généraux de brigade, et qui, réuni à Göttingen, se portera partout où il sera nécessaire; qu’il fasse confectionner à Göttingen 100,000 rations de biscuit, mais qu’il ne démasque pas encore ce mouvement; qu’il gagne quatre jours, de manière qu’au premier courrier qu’il recevra il puisse, en trois jours, avoir tout son corps réuni à Göttingen. Il recevra un courrier dans deux jours.

 

Camp de Boulogne, 23 août 1805

Au maréchal Berthier

Prévenez le général Marmont que mon escadre du Ferrol est partie, le 26 thermidor, du Ferrol; que, si elle arrive, je fais l’expédition; mais que si, par les vents contraires ou le peu d’audace de mes amiraux, elle est retenue à Cadix, je l’ajourne à une autre année; que, dans la situation actuelle où s’est placée l’Europe, je serai obligé de dissoudre les rassemblements de l’Autriche sans le Tyrol, avant de commencer mes opérations maritimes; que mon intention est donc que, vingt-quatre heures après qu’il aura reçu un nouvel ordre, il puisse débarquer et se mettre en marche pour prendre ses cantonnements; qu’il gagne plusieurs jours de marche, sans qu’on sache ce qu’il veut faire, mais en fait dans le but de gagner Mayence.; que je désire que, par le retour de mon courrier, il me fasse connaître comment il compte composer son corps, que je désire rester fort de 20,000 hommes, emmenant avec lui le plus d’attelages possible; qu’il me communique également les dispositions qu’il fera pour le reste de ses troupes; que la saison est trop avancée pour rien craindre des Anglais, et qu’au printemps il sera de retour; qu’il suffit que les frontières soient gardées. Il est nécessaire qu’il garde sur cela un secret impénétrable, car, si le cas arrive, je veux me trouver dans le cœur de l’Allemagne avec 300,000 hommes, dans qu’on s’en doute.

 

Camp de Boulogne, 23 août 1805

Je donne ordre à un des régiments de dragons italiens de se rendre à Rimini avec quatre pièces d’artillerie légère. Je donne ordre au bataillon suisse qui se trouve à la Spezzia de se rendre à Pescara pour être sous les ordres du général Reynier. Donnez l’ordre au 4e régiment de chasseurs de se rendre à Pescara. Prévenez le général Saint-Cyr, par un courrier extraordinaire, que l’Autriche arme à force, qu’il serait possible que l’Europe se brouillât; qu’il serait possible aussi qu’il reçût, avant le 15 septembre, l’ordre de marcher sur Naples et de prendre possession de ce royaume. Instruisez-le qu’à cet effet deux régiments d’infanterie italienne, le bataillon suisse, deux régiments de cavalerie italienne et un régiment de cavalerie française, sont en marche pour renforcer son corps d’armée. Il faut qu’il devienne plus pacifique que jamais; mais qu’en réalité il prenne toutes ses dispositions pour que, huit jours après qu’il en aura reçu- ‘ordre, il entre à Naples, désarme les troupes régulières du pays, lève des bataillons napolitains pour se renforcer, et qu’avec tous ces renforts son armée se trouve être de plus de 20,000 hommes. Ses forces sont suffisantes s’il masque bien ses mouvements et arrive le plus rapidement possible à Naples. Il a quatre régiments de cavalerie, et trois sont en marche, ce qui lui en fera sept. Avec l’artillerie qu’il a et celle qui est en marche, il formera des colonnes mobiles, avec lesquelles il pourra se porter rapidement partout.

Écrivez au général commandant la 27e division de préparer tout ce qui est nécessaire pour l’armement des citadelles d’Alexandrie et de Gavi, et de vous en rendre compte.

Comme il est possible qu’on ait promptement la guerre , il est nécessaire que Legnago, la Rocca d’Anfo, soient sur-le-champ mis en état de défense. Écrivez directement au commandant de Mantoue pour connaître la situation de ses approvisionnements, et au maréchal Jourdan Jourdan pour avoir l’état de situation des autres places d’Italie. Faites-lui connaître, en grande confidence et sous le secret, que, si l’Autriche ne désarme pas sur-le-champ et ne fait pas rentrer ses troupes dans leurs garnisons, je commence la guerre et marche d’abord sur Naples ; qu’il est donc nécessaire qu’avant le 1er vendémiaire Legnano, Peschiera et la Rocca d’Anfosoient dans le meilleur état de défense, et la citadelle de Ferrare tout à fait démantelée. Donnez-lui avis que toutes les troupes de la 27e et de la 28e division recevront à temps l’ordre de se former en divisions; qu’on on pense à lui envoyer des généraux capables de le seconder; qu’il doit avoir á Legnano les outils nécessaires pour qu’au premier ordre de passe l’Adige, en cinq ou six jours la tête de pont de l’Adige soit relevée et dans le cas de se défendre. Recommandez-lui de bien faire reconnaître Vérone, du côté des Autrichiens, parce que mon intention est de m’emparer de Vérone et des murailles qui existaient, comme tête de pont, en rétablissant quelques flèches, comme je l’avais fait, et mettant du canon sur la citadelle, en forme de redoute. Cela n’est bon à rien comme place, mais c’est très-bon appuyé par une armée, et la possession de ces têtes de pont de Legnano et de Vérone est nécessaire pour être maître de l’Adige.

Demandez au général Verdier l’état de la légion corse et ce qu’on peut en espérer.

 

Camp de Boulogne, 23 août 1805

Au général Dejean

Mon intention est que vous fassiez confectionner 500,000 rations de biscuit à Strasbourg, 200,000 à Mayence, et que cet approvisionnement soit prêt pour le 1er vendémiaire. Dans vos ordres, vous laisserez entendre que c’est pour servir de fonds d’approvisionnement de ces deux places.

 

Camp de Boulogne, 24 août 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, j’ai appris avec plaisir l’arrivée de M. Cretet. Je n’ai plus de nouvelles de mes flottes combinées. Je continue à passer en revue les différentes divisions de mon armée. M. Lebrun fait mettre dans les journaux de Gênes des lettres qui sont assez ridicules. Il se jette à genoux pour faire accepter des places à des gens qui n ‘en demandent pas mieux que d’en avoir. Cela est peu digne; faites-le-lui comprendre de vous-même ou par M. de Marbois, comme l’ayant appris vaguement par plusieurs personnes. Je désire qu’il ne se doute pas que cela puisse venir de moi, ce qui lui ferait trop de peine. Au
moins, s’il ne faisait pas imprimer ces lettres dans les journaux, le public n’en saurait rien.

 

Camp de Boulogne, 24 août 1805

A M. Barbé-Marbois

J’ai lu avec attention votre lettre du 3 thermidor. Ce qui arrive à la Banque était prévu par tous les gens sensés. Il lui arrivera des malheurs irrémédiables. Lorsque la paix sera venue et le commerce rétabli, il ne s’agira plus de quelques millions, mais de quelques centaines de millions. Dans cette circonstance, le ministre préposé à la surveillance de la Banque n’a pas fait son devoir. S’il continue ainsi, une immense responsabilité pèsera sur sa tête, et la ruine d’un grand nombre de familles sera le résultat de sa négligence ou de sa faiblesse. Je vous parle comme le fera l’opinion, comme vous parlera votre conscience lorsque l’événement arrivera. Dans les affaires qui occupent mes instants, et la multiplicité des sollicitudes qui remplissent ma pensée, je n’ai pas pu voir ce que faisait la Banque et m’y opposer. Je m’en suis reposé sur vous. Vous êtes coupable de lui avoir laissé transgresser la loi. C’est là qu’est le mal; ne le cherchez pas ailleurs. Qu’a fait la loi ? Elle a donné le privilège exclusif de fabriquer une monnaie à une association quelconque. Qu’a voulu la loi?  Elle a voulu que ce signe ne fût donné qu’en représentation d’un crédit réel, et en contre-échange de marchandises; et, pour s’assurer que ce signe ne fût donné véritablement que pour réaliser le crédit, elle a voulu que le commerce de la capitale fût classé et que chacun fût admis à l’escompte en conséquence de son crédit. Qu’ont fait les régents de la Banque ? Ils ont, dans les premiers temps, suivi la loi, et la Banque a prospéré; mais, voulant augmenter l’action, ils ont bientôt mis de côté la loi, et ont escompté en proportion de l’action. Système absurde et insensé qui décèle la cupidité et l’ignorance; système plein de mauvaise foi, parce qu’il ne peut pas durer. Il donne à l’action un agio et une valeur qu’elle ne peut pas garder. Les régents pensent-ils que moi, dont le premier devoir est de faire exécuter la loi, je ne m’opposerai pas à ce qu’elle soit violée ? Alors les actions tomberont à leur valeur réelle; mais elles seront dans d’autres mains, la spéculation aura réussi, et le bon calculateur sera la dupe du plus rusé et du plus retors. Ces malheurs publics, le ministre les aura sur sa conscience, car il a laissé transgresser la loi. Il a su qu’elle était transgressée, et, soit faiblesse, soit défaut de lumières, il n’y a point mis d’obstacle; il n’a rien dit. Quel est le second mal de ce système ? C’est que, les billets de banque n’étant plus donnés à l’escompte contre un véritable crédit, se trouvent être des papiers de circulation. En escomptant ainsi, je tranche le mot, la Banque fait de la fausse monnaie. Il ne faut donc pas s’étonner que le public se presse pour échanger ses billets contre de l’argent. Je l’ai bien expliqué aux banquiers lorsque j’ai discuté le projet : le signe le plus caractéristique qu’une banque escompte mal, c’est la disparition de sa réserve. J’entends ici que l’on se récrie et qu’on dit qu’il n’y a pas de papier de circulation dans le portefeuille de la Banque. Il est difficile de distinguer un papier de circulation; les négociants espagnols, hollandais, sont trop habiles, et les régents, fussent-ils des anges, n’y réussiraient pas. Le remède n’était que dans la loi qui a prescrit de classer, pour l’escompte, le crédit de chaque individu. Ainsi vous n’avez point de banque. Elle sera avantageuse à quelques individus, onéreuse au public. Oui, certes, le public regrette la Caisse de commerce; il est mécontent de la Banque, et, quoi qu’en puissent dire les régents, il n’est pas de jour où je ne reçoive plusieurs plaintes sur ce qu’ils escomptent, non en raison du crédit réel, mais en proportion de l’action. Ne serait-il pas très-possible qu’un propriétaire de cinquante, de cent actions, eût des dettes considérables et que la Banque escomptât son papier tant qu’il ne pourrait pas trouver une seule personne qui voulût lui prêter ? J’ai prévu ce que vous me direz; voilà ce que je vous répondrai : Sans doute il faut soutenir la Banque; mais puis-je fermer les yeux quand je dois assurer l’exécution de la loi ? Et où les régents de la Banque ont-ils pris que je fusse de caractère à laisser fouler aux pieds les bases fondamentales de cette institution ? A ces causes primitives, qui sont à l’organisation de la Banque ce que le cœur est à la machine humaine, joignez la mauvaise intelligence des régents et les mauvaises dispositions de quelques-uns d’entre eux qui, par des sentiments et des souvenirs qui se rapportent à d’autres temps et à des gouvernements passagers, se persuadent qu’il peut y avoir une prospérité particulière indépendante de celle de l’État. De là l’impossibilité d’arriver à obtenir un bon service de la Banque, et à tirer de son institution des avantages et des secours pour le commerce, parce que moi et vous nous n’aimons pas à entendre la tête des banquiers de Paris dire qu’on veut les violer et s’approprier ce qui appartient au commerce. Joignez-y l’impossibilité de rien tirer de grand de la Banque, de réaliser l’établissement des banques de départements. N’ai-je pas vu un mémoire d’un banquier où il y a des raisonnements et de la théorie et une absence totale de bon sens, et dans lequel on nie qu’il y ait prospérité pour le commerce là où il y a un bas intérêt de l’argent, et une connexion entre les intérêts du commerce et ceux de l’État ? Ce qui prouve combien cela est absurde, c’est que, dans tous les temps et dans tous ses besoins, la Banque a recours au trésor public. Elle a raison d’y recourir; le trésor public doit l’aider, et, malgré le mauvais esprit et la méfiance dont plusieurs régents sont animés, j’arrêterai, s’il le faut, la solde de mes troupes pour la soutenir. Je m’afflige de ma manière de vivre qui, m’entraînant dans les camps, dans les expéditions, détourne mes regards de ce premier objet de mes soins, de ce premier besoin de mon cœur, une bonne et solide organisation de ce qui tient aux banques, aux manufactures et au commerce. C’est à vous à me suppléer et à exécuter la loi. Je ne puis vous en dire davantage.

 

Camp de Boulogne, 24 août 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, la lettre de M. de la Rochefoucauld n’a pas le sens commun; faites-lui connaître mon mécontentement; il doit mûrir ses dépêches et ne pas se mêler de vouloir mener le cabinet. Il n’est pas question que l’Autriche puisse rester sur le pied de guerre. Il faut qu’il ne reste qu’un régiment dans le Tyrol et huit dans le pays vénitien; que toutes les troupes rentrent dans leurs garnisons habituelles; que les semestriers aient la permission de se rendre chez eux; que les chevaux d’artillerie soient vendus : ou je veux la guerre. Dites-lui bien que ce ne sera pas la guerre continentale qui pourra éloigner la paix générale, parce que je saurai la terminer promptement; mais les mouvements militaires et les espèces de menaces de l’Autriche, ainsi que le soin qu’on a pris de les faire retentir dans toute l’Europe, soutiennent en Angleterre les partisans de la guerre, les encouragent et détournent la nation anglaise de la paix. Ne manquez pas de lui dire que, si l’empereur d’Allemagne commande en personne son armée, nous aurons vraisemblablement l’honneur de nous voir. Qu’il laisse tomber ce propos et même assez pour qu’il soit redit.

Montrez la lettre de M. de la Rochefoucauld à M. de Cobenzl; qu’il en prenne copie s’il le veut. Montrez-lui également la lettre n° 94 de Salzburg.

J’approuve les deux projets de circulaires.

Je ne conçois pas comment mon ministre à Cassel ne s’est pas retiré dès l’instant que M. Taylor est revenu; mais puisqu’il est parti, c’est là l’essentiel.

Témoignez mon mécontentement à M. Lesay de ce qu’il date sa lettre du 12 août, et de ce qu’il ne se sert pas du calendrier français; tant qu’une loi existe, elle doit être exécutée, et c’est à mes ministres à donner l’exemple du respect pour les lois. Bientôt il m’écrirait en allemand. J’aurais préféré des faits à tout ce bavardage insignifiant. Il ne me rapporte que les bruits que l’Autriche fait courir, sans distinguer le vrai du faux. Il ne sait ce qu’il dit, quand il annonce 100,000 Russes en Gallicie. Pourquoi ajouter une si pompeuse croyance à cette habileté qu’il attribue aux princes Charles et Jean ? Pourquoi vanter si singulièrement cette si belle armée autrichienne ? S’est-il donc imaginé que nous étions sans généraux et sans soldats ? il ferait mieux de dire que, si l’Autriche ne se tient pas tranquille, il lui arrivera bien pis que ce qui lui est déjà arrivé et qu’elle fera bien d’y prendre garde. Quant à l’émeute de Vienne il est extraordinaire que ce ministre m’y mette pour quelque chose; il est le seul auquel une pareille pensée soit venue dans la tête. S’il se laisse dire de pareils propos, il se laisse manquer bien gratuitement.

Faites insérer dans le Moniteur un article, sous la rubrique de Munich, qui fasse connaître les craintes qu’a l’électeur de Bavière d’une invasion de la part de l’Autriche. Faites-en insérer d’autres de Salzburg et du Tyrol qui fassent aussi connaître les mouvements de troupes autrichiennes dans toute leur exagération.

 

Camp de Boulogne, 24 août 1805

Au général Duroc, grand maréchal du Palais

Monsieur Duroc, vous partirez pour Berlin. Vous descendrez chez M. Laforest; vous lui communiquerez vos pleins pouvoirs, qui  lui sont communs avec vous, et le projet de traité qui a été rédigé à la hâte et qui est susceptible de beaucoup de modifications. Vous serez présenté au Roi; vous lui remettrez ma lettre, et vous conclurez le plus promptement possible le projet d’alliance. Vous ne ferez point de difficulté de dire que la Bavière est menacée, et que plus de vingt-cinq régiments autrichiens sont dans le Tyrol, tandis que je n’ai personne en Suisse; que, dans cette situation des choses, je n’ai pas un moment à perdre; qu’il est nécessaire que, pendant qu’on négocie le traité, la Prusse fasse un mouvement sur la Bohême ou au moins une déclaration verte à l’Autriche.

Mon intention n’est pas de laisser l’Autriche et la Russie se combiner avec l’Angleterre. Il faut que l’Autriche, pendant que je serai occupé contre l’Angleterre, ne fasse point sortir de troupes de ses garnisons et ne les approche point de mes frontières, mouvements que je ne puis regarder que comme des actes d’hostilité.

Le traité pourra être divisé en deux : l’un patent, dans lequel seront les principales clauses; l’autre dont les clauses seront secrètes. Je ne veux point qu’il soit question de Naples; cela ne regarde point la Prusse. Je ne veux point garantir l’indépendance des républiques Batave et Helvétique. Je garantirai l’intégrité de la Hollande et l’exécution de l’acte de médiation de la Suisse. Je n’entends pas non plus m’engager à renoncer à ma couronne d’Italie; cela en réalité n’intéresse point la Prusse. La Hollande l’intéresse comme étant voisine de ses États, et la Suisse comme touchant à l’Allemagne. Je ne m’oppose point à ce qu’on mette dans le traité secret que si, par suite de la guerre, les puissances continentales font des conquêtes en Allemagne, la France n’y conservera rien pour son compte. On pourra aussi mettre dans le traité secret que, si la guerre avait lieu et que je m’emparasse du royaume de Naples, ce pays ne serait pas réuni à l’Empire français. Quant à la situation de la Prusse, je n’entends pas qu’elle se mette en guerre avec l’Angleterre, elle n’y serait d’aucun secours. Je désire qu’elle parle vigoureusement à l’Autriche et même qu’elle l’inquiète par des mouvements de troupes en Silésie et sur la Bohême; mais je ne prends point un vif intérêt à ce qu’elle se déclare contre l’Autriche. Mais tout cela ne peut se traiter qu’à Paris, près de moi, comme étant le principal moteur. Il faudra que le Roi m’envoie un de ses officiers qui ait du talent et sa confiance, pour en parler longuement avec moi. Ma conduite, dans cette circonstance, sera celle du grand Frédéric au commencement de sa première guerre. Vous ajouterez que j’aurais laissé l’Autriche tranquille, mais que je ne la laisserai pas faire paisiblement des préparatifs hostiles, et me faire passer un hiver pénible dans les angoisses et les inquiétudes d’une guerre imminente; que j’aie encore trois mois; que je ferai une guerre d’automne, à moins que les troupes ne rentrent dans leurs garnisons de paix. Ayant ainsi dispersé les rassemblements de l’Autriche avant le mois de janvier, nous verrons ce que fera la Russie; alors nous serons deux contre elle. Dans tous les cas, je puis me charger de l’Autriche et offrir à la Prusse une armée de 80,00 hommes soldée et équipée de tout. Il est inutile d’entrer dans des détails personnels, pour ne point trop leur faire peur; il suffit de dire que nous n’avons jamais eu des troupes si nombreuses et si belles.

 

Camp de Boulogne, 24 août 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, immédiatement après avoir reçu votre dépêche, j’ai fait partir très-secrètement M. Duroc, grand maréchal de mon palais, pour Berlin, avec tous les pouvoirs nécessaires pour conclure et signer le traité; vous trouverez ci-joint la copie de ses instructions, ainsi que le projet de traité. J’ai cru devoir lui adjoindre M. Laforest. Vous écrirez le plus tôt possible à celui-ci que mon intention est que M. Duroc joue dans la négociation le principal rôle; qu’il ne se traite absolument rien qu’en sa présence; que, pendant la négociation, j’entends qu’il porte seul la parole et, en un mot, que M. Laforest ne prenne part à la discussion que lorsque M. Duroc l’y engagera. Vous verrez que j’ai jugé nécessaire de prendre pour moi la partie du duché de Clèves qui se trouve sur la rive droite du Rhin. En agissant ainsi, j’ai eu deux buts : d’éloigner de mes frontières la Prusse, qui va devenir bien plus redoutable, et d’être toujours maître de Wesel, qui est d’une grande importance. Cependant, pour ne pas alarmer l’Europe, je donnerai ce duché à un prince de l’Empire.

Tout ceci change la nature des choses, mais ne change rien à ma résolution. Vous verrez que déjà je fais descendre mon armée du Hanovre en Bavière. Si cela est nécessaire, je la renforcerai d’autant de troupes que pourra le désirer l’électeur de Bavière. Je pense qu’il est utile que vous vous rendiez à Boulogne. Cette manière de travailler me devient trop fatigante, et les démarches de toute espèce à faire en ce moment sont trop compliquées.

 

Camp de Boulogne, 24 août 1805

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, vous réunirez dans la 5e division militaire une division de réserve de grosse cavalerie, composée des le, 5e, 10e et 11e régiments de cuirassiers; vous donnerez l’ordre à ces quatre régiments de se rendre sur-le-champ dans la 5e division militaire, et vous les cantonnerez à Landau et dans les environs. Vous donnerez également l’ordre au général de division Nansouty de partir avec la division qu’il commande pour se rendre à Schelestadt et à Neuf-Brisach, et vous donnerez les ordres nécessaires pour qu’elle y soit convenablement cantonnée dans les environs, en choisissant les lieux les plus abondants en fourrages. Mon intention est que chacune de ces divisions ait un commissaire des guerres qui lui soit spécialement attaché. Il est indispensable que chacun des régiments ci-dessus soit de quatre escadrons; et, pour cet effet, vous ferez partir des dépôts tout ce qui sera disponible, et vous fournirez aux colonels tout ce qui sera nécessaire, pour qu’il y ait au moins 500 hommes présents à la revue dans les quatre escadrons que je viens d’indiquer.

La première division sera sous les ordres du général de division d’Hautpoul. Vous lui ordonnerez, ainsi qu’au général Nansouty, de correspondre fréquemment avec vous et d’une manière détaillée. Chacune des divisions qu’ils commandent aura quatre pièces d’artillerie, savoir : trois pièces de 8 et un obusier.

Le mouvement que je vous prescris doit avoir lieu sans retard. Les rassemblements des Autrichiens dans le Tyrol font que je crois utile, en ce moment, de border le Rhin. Vous me présenterez, pour la division d’Hautpoul, deux généraux de brigade et un adjudant général. Les ordres pour les régiments qui composent ces deux divisions devront partir dans la journée de demain.

Vous ordonnerez au général Baraguey d’Hilliers de se rendre demain à Saint-Omer. Il y passera la revue des le, 2e, 20e, 4e et 14e régiments de dragons. Les trois premiers de ces régiments doivent former une brigade, et les deux derniers, réunis au 26e de dragons, qui est à Strasbourg, formeront une seconde brigade. Ces deux brigades ensemble formeront la 1e division de dragons; elle obéira au général de division Klein, qui aura sous ses ordres les généraux de brigade qui servent sous lui  en ce moment. Chacun des régiments ci-dessus indiqués devra être de trois escadrons à cheval, lesquels auront au moins 400 dragons présents sous les armes. Chacun d’eux aura, de plus, un escadron à pied de 300 hommes. Il sera enjoint au général Baraguey d’Hilliers d’envoyer promptement, dans les dépôts de ces différents corps, les majors des corps ou un général de brigade, afin que l’on fasse partir tout ce qui est disponible pour compléter ainsi les six corps en question. Ils devront partir le 5 fructidor, et vous les dirigerez par l’une des trois routes qui vont à Strasbourg, Cependant vous aurez soin de ne démasquer le mouvement que sur une des grandes places qui se trouvent de quatre à huit marches de Saint-Omer, et c’est pour l’une de ces grandes places que vous leur transmettrez des ordres, vous réservant d’en envoyer d’autres ultérieurement, quand je vous l’ordonnerai moi-même.

Après avoir formé la 1e division, le général Baraguey d’Hilliers formera la seconde, qui sera composée des 3e et 4e brigade. La 3e brigade comprendra les 10e, 13e et 22e dragons, et la 4e brigade comprendra les 3e, 6e et 11e régiments de cette arme; le commandement de cette division et de ces brigades sera confié au général de division Beaumont; et ensuite vous me proposerez les destinations à donner pour cet objet. Cette division devra également se mettre en marche le 9 fructidor, en suivant la deuxième route qui va sur Strasbourg; mais vous ne lui donnerez l’ordre que pour une des quatre grandes-places qui sont de quatre à huit marches de Saint-Omer, afin de masquer le mouvement.

La 3e division de dragons sera formée par les 5e et 6e brigade. La 5e brigade comprendra les 5e, 8e et 12e régiments de dragons; la 6e comprendra les 9e, 16e et 21e régiments de cette arme. Vous dirigerez cette 3e division, le 10 fructidor, par la troisième route qui va à Strasbourg, en ne lui donnant, comme aux précédentes, l’ordre que pour l’une des principales places de quatre à huit marches de son point de départ. Cette 3e division sera commandée par le général Walther.

La 4e division sera composée des 7e et 8e brigades, et la 7e brigade le sera des 15e, 17e et 27e régiments de dragons. Quant à la 8e brigade, les 18e, 25e et 19e régiments de cette arme la composeront. Cette division se mettra aussi en marche, le 10 fructidor, par une autre route que la 3e. Cette division sera commandée par le général Bourcier.

Tous les dragons à pied qui sont à Calais partiront demain pour Saint-Omer. Le général Baraguey d’Hilliers en formera une division à pied composée de quatre régiments. Chaque division de dragons fournira un régiment, chaque brigade un bataillon; ce qui fera des bataillons de 900 hommes, des régiments de 1,800 hommes et une division à pied de 7,200 hommes. Mon intention est que chaque division de dragons ait trois pièces d’artillerie (deux pièces de 8 et un obusier), et que la division à pied ait dix pièces de canon, comme une autre division de l’armée. Vous me présenterez demain un projet de mouvement pour l’artillerie, pour que les divisions de dragons et les divisions de grosse cavalerie aient les pièces qui leur reviennent, soit en matériel, soit pour le personnel ou pour le attelages. Cette division de dragons à pied partira toute ensemble sous les ordres du général Baraguey d’Hilliers, le 10, afin que, si cela me devient nécessaire, je puisse sur-le-champ, avec*ces forces extrêmement disponibles et légères, envoyer occuper des positions essentielles. Vous préviendrez M. Dejean de ces mouvements afin qu’il fasse se trouver à Strasbourg les fourrages nécessaires. Vous me ferez connaître les lieux les plus convenables pour réunir ces troupes; mais la division à pied se réunira à Strasbourg, et vous devez sentir qu’il est indispensable qu’elle ait son artillerie à son arrivée; car il serait possible que je lui fisse occuper Kehl sur-le-champ. Ne manquez pas de donner au général Baraguey d’Hilliers toutes autorisations nécessaires pour qu’il puisse retirer des dépôts de ses vingt-quatre régiments de dragons ce qui est disponible. On défera les caisses de selles qui étaient destinées à l’embarquement.