Correspondance de Napoléon – Août 1805

Camp de Boulogne, 10 août 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, je vous renvoie votre portefeuille. L’affaire du 3 thermidor n’a pas été avantageuse aux Anglais : si nous avons eu deux vaisseaux espagnols de perdus, ils en ont eu aussi deux tellement maltraités, le Malta et le Windsor-Castle, qu’ils sont arrivés coulant bas à Plymouth. Les deux espagnols n’ont été pris que parce qu’ils sont tombés sous le vent.

La dépêche de Washington a fixé mon attention. Je désire que vous passiez une note au ministre américain près de moi, que vous y joigniez une copie du jugement, et que vous lui déclariez qu’il est temps que cela finisse; qu’il est indigne que les Américains approvisionnent des brigands et se livrent à un commerce aussi scandaleux que je déclarerai de bonne prise tout ce qui entrera ou sortira des ports de Saint-Domingue, et que je ne pourrai plus longtemps voir avec indifférence les armements, évidemment dirigés contre la France, que le gouvernement d’Amérique laisse faire dans ses ports.

La dépêche de Vienne, du 8 thermidor, est également digne de mon attention. Il est temps, enfin, que Vienne exécute les traités et que j’accorde une protection efficace aux établissements publics et à ceux de mes sujets qui ont des créances sur la banque de Vienne. Je désire avoir un rapport détaillé pour l’envoyer à mon Conseil d’État et pour faire les instances les plus fortes. Ne perdez point de vue cet objet; les établissements de la Belgique souffrent extrêmement de ce manquement de foi de la cour de Vienne.

 

Camp de Boulogne, 10 août 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, je vous envoie une lettre que je reçois de La Haye; vous y verrez que, indépendamment du Windsor-Castle, le Malta aussi a été obligé de rentrer dans les ports d’Angleterre; et, comme nous savons que nos escadres sont en état, si Villeneuve a un nouvel engagement avec Calder, il ne trouvera plus que 12 vaisseaux.

Il paraît que, le 12 thermidor, il n’était pas encore arrivé au Ferrol. Envoyez dans la journée un courrier extraordinaire au Ferrol. Faites part de ces nouvelles de Londres au vice-amiral Villeneuve; dites-lui que j’espère qu’il aura continué sa mission, et qu’il serait trop déshonorant pour les escadres impériales qu’une échauffourée de trois heures et un engagement avec 14 vaisseaux fissent manquer de si grands projets; que l’escadre ennemie est affaiblie de 2 vaisseaux, et que, d’après son propre aveu , il paraît qu’elle a beaucoup souffert. Écrivez aussi au prince de la Paix pour lui faire connaître que j’ai appris avec peine la perte de 2 vaisseaux espagnols; qu’il paraît que l’escadre anglaise a beaucoup souffert dans l’action; que 2 vaisseaux ennemis sont arrivés coulant bas à Plymouth; qu’il ne faut pas se décourager; qu’il faut persister fortement dans ses projets; que je compte sur la ferme résolution du roi d’Espagne, et qu’il donnera des ordres pour que, l’escadre du Ferrol étant jointe à mes escadres, elles suivent avec activité leur destination.

Je vous envoie aussi une note sur les bois de la Corse; c’est un objet fort important. Il me semble qu’il faut d’abord faire payer ce qui est dû, et demander un rapport à Toulon. Je désire beaucoup encourager cette exploitation.

 

Boulogne, 10 août 1805

A Fouché

Si le billet de Polignac (Armand de Polignac, condamné à mort dans le procès de Cadoudal,  mais dont la peine a été commuée en deux ans de prison) est vrai et qu’ils (ce “ils” s’adresse aux deux frères emprisonnés – Jules Polignac sera ministre de Charles X) disent qu’on veut les empoisonner, il faut punir ces hommes, qui ne sentent pas la preuve que je leur ai donnée de ma clémence, en les mettant au secret et en ne les nourrissant que des vivres de la prison. En les tenant ainsi pendant deux mois, on leur fera payer leur impertinence.

 

Camp de Boulogne, 11 août 1805

A M. Lebrun

Mon Cousin, j’ai vu avec peine votre arrêté qui défend la levée des matelots à Gênes. C’est sans doute une manière de se rendre très-populaire, mais c’en est une aussi de nuire au bien du service. Je n’ai réuni à Gênes que pour avoir des matelots, et, cependant, les trois seules frégates que j’ai dans ce port ne sont pas armées. En acceptant Gênes et en l’admettant à tous les immenses avantages qui résultent pour elle de sa réunion à mon Empire, je n’y ai été porté ni par l’argent que je puis en tirer, ni par les forces et l’accroissement qu’elle donne à mes armées de terre : je n’ai eu qu’un seul but, avoir 15,000 matelots de plus. C’est donc agir en sens contraire de l’esprit de l’acquisition de Gênes que de prendre un arrêté qui désavoue la levée des matelots. Je ne sache rien de plus impolitique que cette mesure. Si l’on s’était conduit ainsi en Piémont, on n’aurait jamais eu de conscrits. Gênes ne sera française que lorsqu’elle aura 6,000 hommes à bord de mes escadres. Je désire donc que vous vous occupiez sérieusement d’avoir des matelots; que vous fassiez sentir, par une circulaire, que c’est là la seule espèce de secours dont peuvent m’être les Génois. Enfin, cet objet doit être le sujet le plus constant de toutes vos sollicitudes. Encore une fois, ce ne sera que quand j’aurai des matelots à bord de mes bâtiments que ce peuple se trouvera entièrement francisé. Que voulez-vous que je fasse de 225 jeunes gens de douze à vingt ans ? J’en abonde en France : c’est de vieux matelots que j’ai besoin. Je ne puis être de votre avis, qu’on ne peut rien attendre de matelots faits; qu’ils ne sont bons que pour le cabotage, et que les expéditions armées leur font peur : eh bien, il faut leur faire plus de peur que ne leur en feraient les expéditions armées. Je crains bien que vous ne vous soyez conduit dans votre administration, sur un point si important, par la crainte de mécontenter les Génois; n’en craignez rien. Bon gré ou mal gré, il faut qu’ils aillent sur mes vaisseaux, sans quoi on me poussera à des mesures extrêmes qui intercepteront leur cabotage jusqu’à ce que j’aie le nombre de matelots dont j’ai besoin. Vous êtes mal instruit , et c’est me supposer bien ignorant de la situation du peuple de Gênes que de croire qu’il ne me sera bon à rien. Avec de la faiblesse, on ne gouverne point les peuples, et on attire sur eux des malheurs; je crains que vous n’en montriez plus que votre caractère n’en est susceptible.

Avez-vous espéré gouverner des peuples sans les mécontenter d’abord ? Que feriez-vous donc en France, si vous étiez chargé de faire marcher la conscription du Calvados, des Deux-Sèvres, ou un tel autre département ? Vous savez bien qu’en fait de gouvernement, justice veut dire force comme vertu. Quant à ceux qui disent que cela mécontenterait les Génois et les pousserait à se mal conduire ce n’est pas à moi que ce langage s’adresse; je sais ce qu’ils pèsent et ce qu’ils valent. Serais-je déjà assez décrépit pour qu’on pût me faire peur du peuple de Gênes ? La seule réponse à cette dépêche c’est des matelots et des matelots. Vous connaissez assez la promptitude de mes résolutions pour savoir que cela ne diminuera en rien l’estime et l’amitié que je vous porte. Ne voyez dans votre administration, ne rêvez que des matelots. Dites tout ce que vous voudra de ma part, j’y consens; mais dites que je veux des matelots.

 

Camp de Boulogne, 11 août 1805

A M. Schimmelpenninck

Très-cher et grand Ami, j’ai reçu votre lettre; je vous remercie des détails que vous me donnez. Je viens de recevoir les journaux anglais jusqu’au 5 août. Je vous prie de m’expédier, par un courrier extraordinaire, tout ce que vous apprendriez de nouveau des côtes d’Angleterre. Je viens de recevoir un courrier du Ferrol; mon escadre y est entrée. Elle a trouvé effectivement l’escadre de l’amiral Calder et lui a donné la chasse. Le vent était ouest grand frais, ce qui a empêché l’escadre du Ferrol de sortir; les fanfaronnades des Anglais tomberont bientôt, et il sera bien constant que l’escadre anglaise est battue, puisqu’elle a pris chasse trois fois, et a laissé l’amiral Villeneuve remplir sa mission. J’ai donc dans ce moment au Ferrol 35 vaisseaux réunis. Ces détails ne sont que pour vous.

Il peut être utile que vous fassiez connaître à la bourse d’Amsterdam, par forme de note, que l’amiral Villeneuve a battu l’amiral Calder et est entré au Ferrol; que l’amiral anglais a pris chasse une seconde fois sans combattre; que l’événement de la prise des 9 vaisseaux espagnols n’a pas été connu, à cause de la grande brume; que ces 2 vaisseaux ont été affalés sous le vent pendant la nuit, et, qu’ayant souffert dans leur gréement, ils sont tombés au pouvoir de l’ennemi ; que notre escadre s’est battue de très-loin. Vous trouverez ci-joint la note des tués et blessés.

Si les deux vaisseaux espagnols ont perdu tant de monde, il faut qu’étant très-loin de l’armée ils aient longtemps résisté.

 

Camp de Boulogne, 11 août 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, vous trouverez ci-joint les dépêches qui vous sont arrivées par un courrier que j’ai arrêté en route. Vous verrez que les escadres ont mouillé à la Corogne. Lauriston m’écrit que l’on continuera; que les capitaines et les matelots sont parfaits; que Villeneuve, qui du reste a du talent, met trop de temps à se décider; que, s’il avait fait la manœuvre que vous avez dite, il aurait sauvé les bâtiments espagnols, pris les bâtiments anglais démâtés, et que le succès aurait été complet; que cette bête de Gravina, au contraire, n’est que génie et décision au combat. Si Villeneuve avait ces qualités, l’affaire aurait été la plus belle possible.

J’ai reçu les journaux anglais : ils disent comme nous, ils louent la manœuvre faite par Villeneuve, qui a viré en gardant le vent. Ils font ensuite des fanfaronnades, et disent que Calder devait attaquer le lendemain. Il a encore renvoyé le  Malta en Angleterre; ainsi il ne lui restait que 13 vaisseaux. Il s’est présenté devant le Ferrol, qu’il a bloqué. Les Anglais l’ont su par le Malta, parti de devant le Ferrol le 12 thermidor. Les Anglais croient Villeneuve à Cadix, ou même au Texel. Toutefois, Calder proteste que, si l’escadre combinée va au Ferrol, il l’attaquera et la détruira. Voilà où nous en sommes L’arrivée de Villeneuve à la Corogne fera tomber ces gasconnades et, aux yeux de l’Europe, nous donnera l’air de la victoire; cela est beaucoup. Faites sur-le-champ une relation, et envoyez-la aussitôt à M. Maret. Voici comme je la conçois. (ce texte n’a pas été retrouvé)

 

Camp de Boulogne, 11 août 1805

A M. Taverna, président du corps législatif à Milan

Monsieur le Président Taverna, je reçois la lettre du ler août que vous m’écrivez au nom du Corps législatif. Les assurances de son attachement me sont d’autant plus agréables que sa conduite, pendant la session, m’a démontré qu’il ne marchait pas dans la même direction que moi, et qu’il avait d’autres projets et un autre but que ceux que je me proposais. Il est dans mes principes de me servir des lumières de tous les corps intermédiaires, soit conseil des Consulteurs, soit Conseil législatif, soit Corps législatif, soit même des différents collèges, toutes les fois qu’ils auront les mêmes intentions et qu’ils suivront la même direction que moi. Mais, toutes les fois qu’ils ne porteront dans leurs délibérations qu’un esprit de faction et de turbulence, ou des projets contraires à ceux que je puis avoir méditer pour le bonheur et la prospérité de mes peuples, leurs efforts seront impuissants, la honte leur en restera tout entière; et, malgré eux, je remplirai tous les desseins, je terminerai toutes les opérations que j’aurai jugés nécessaires à la marche de mon gouvernement, et au grand projet que j’ai conçu de reconstituer et d’illustrer le royaume d’Italie.

Ces principes, Monsieur le Président, je les transmettrai à mes descendants, et ils apprendront de moi qu’un prince ne doit jamais souffrir que l’esprit de cabale et de faction triomphe de son autorité, qu’un misérable esprit de légèreté et d’opposition déconsidère cette autorité première, fondement de l’ordre social, exécutrice du code civil et véritable source de tous les biens des peuples. Lorsque les corps intermédiaires seront animés d’un bon esprit, suivront le même but que moi, je serai empressé de prêter l’oreille à leurs observations, et de suivre leurs avis, soit dans la modification, soit dans la direction de ces vues.

En finissant, Monsieur, je ne veux vous laisser aucun doute sur la vérité de mes sentiments pour le plus grand nombre des membres du Corps législatif dont je connais le mérite et le foncier attachement pour ma personne; réunis en assemblée, ils n’ont point senti la légèreté qu’ils ont portée dans leurs opérations. Mais j’espère qu’appréciant mieux l’ordre et le bonheur des sociétés, ils sentiront davantage de rester constamment rangés autour du trône, de ne marquer dans l’opinion que par leurs propres témoignages de fidélité et d’obéissance, et de ne point ébranler l’attachement et l’amour des sujets par une opposition ouverte et inconsidérée.

 

La Tour d’Ordre, 12 août 1805

A M. Talleyrand

Vous communiquerez à M. de Cobenzl la lettre de M. Otto et vous la lui laisserez lire tout entière. Vous lui direz que vous ne pouvez que vous en référer aux notes que vous lui avez remises; qu’on ne peut plus aller plus loin; que j’attends sa réponse, sans quoi je fais entrer des troupes en Suisse, et je lève mes camps de l’Océan; que je ne puis plus m’accommoder des paroles; que je ne veux pas d’armée en Tyrol; qu’il faut que les troupes autrichiennes rentrent dans leurs garnisons; sans quoi je commence la guerre. Vous lui ferez voir également les deux lettres de Venise, de Trieste, et une du maréchal Jourdan que je vous envoie. Dites à M. de Cobenzl que, si l’on veut la guerre, ce qui se fait est bien et convenable; si on ne la veut pas, c’est un piège qu’on tend à l’empereur pour le porter à la commencer le plus tôt possible.

  1. Taylor est hors des États de Hesse-Cassel; c’est tout ce que j’ai le droit de demander. Il s’est retiré chez un petit prince voisin; faites-le poursuivre là, et faites présenter par mon ministre des notes pour demander son éloignement, se fondant sur la déclaration de lord Hawkesbury et sur les complots du sieur Taylor. Faites connaître, par mon ministre à Hesse-Cassel, que j’ai appris avec grand plaisir la retraite du sieur Taylor de l’électorat; que j’espère qu’il n’y rentrera plus; que je ne puis reconnaître qu’une sorte de neutralité, mais une neutralité bonne et franche : or il n’y a de neutralité dans aucun pays du monde, lorsqu’un individu y trame des intrigues et des complots contre une puissance amie, y fabrique des armes, et s’y trouve autorisé par son gouvernement. Vous direz à M. de Lucchesini que le post-scriptum qu’il vous a communiqué m’a déplu; qu’il ne faut pas que le roi de Prusse et moi nous nous méprenions; que je suis disposé à faire tout ce qu’il désirera, mais que je ne sais point ce que c’est que des menaces, et qu’il y en a dans le post- scriptum; que j’ai des embarras avec la Russie, peut-être même avec l’Autriche, mais que ma position à l’égard de ces deux puissances n’autorise pas à penser que je puisse faire, même pour mon meilleur ami, une chose honteuse; que tout cela dégénère en ridicule; qu’il était bien plus simple de laisser chasser M. Taylor, comme l’a fait l’électeur de Hesse-Cassel, et de ne plus entendre parler d’une sottise comme celle-là. Dites au sieur Bignon que je suis content de sa conduite; qu’il faut qu’il reprenne son ton ordinaire; mais que si le sieur Taylor retourne à Cassel, il doit en partir sur-le-champ. Je vous envoie la note; j’y ai mis quelques mots de ma main.

 

Camp de Boulogne, 13 août 1805

A Joséphine

J’ai voulu savoir comment on se portait à la Martinique. Je n’ai pas souvent de vos nouvelles. Vous oubliez vos amis, ce n’est pas bien. Je ne savais pas que les eaux de Plombières eussent la vertu du fleuve Léthé.

Il me semble que c’est en buvant ces eaux de Plombières que vous disiez : “Ah ! Bonaparte, si je meurs, qui l’aimera ? ” Il y a bien loin de là, n’est-ce pas ? Tout finit, la beauté, l’esprit, le sentiment, le soleil lui-même; mais ce qui n’aura jamais de terme, c’est le bien que je veux, le bonheur dont jouit et la bonté de ma Joséphine. Je ne serai pas plus tendre. Fi !, vous en faites des risées.

Adieu, mon amie, j’ai fait hier attaquer la croisière anglaise. Tout a été bien.

 

Camp de Boulogne, 13 août 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 24 thermidor. J’ai fait attaquer la croisière anglaise. J’ai été très-satisfait de la flottille ; elle fait tout ce que je demandais. J’ai de bonnes nouvelles de mes escadres du Ferrol et de celle de Rochefort, qui a rempli sa mission. Par les nouvelles que je reçois d’Angleterre, il parait qu’elle a été vue sur les côtes d’Irlande, prenant tout ce qu’elle rencontrait et semant partout l’alarme.

Vous verrez dans le Moniteur des articles qui vous feront croire la guerre prochaine avec l’Autriche. Le fait est que cette puissance arme; je veux qu’elle désarme; si elle ne le fait pas, j’irai avec 200,000 hommes lui faire une bonne visite dont elle se souviendra longtemps. Cependant, si l’on vous consulte, et dans vos discours, dites que vous ne croyez pas à la guerre, par la raison que je me suis éveillé de bonne heure. Il faudrait en effet être bien fou pour me faire la guerre. Certes, il n’y a pas en Europe une plus belle armée que celle que j’ai aujourd’hui.

 

Pont-de-Briques, 13 août 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, Ministre des relations extérieures, je reçois la lettre de M. de la Rochefoucauld; M. de Cobenzl aura probablement reçu de son côté la réponse à la grande note précédemment remise. Cette réponse est facile à deviner; elle contiendra sans doute des dénégations, des protestations, en un mot, des phrases dilatoires. Ce n’est pas là mon affaire. Mon parti est pris : je veux attaquer l’Autriche et être à Vienne avant le mois de novembre prochain, pour faire face aux Russes, s’ils se présentent; ou bien je veux, et c’est là le mot, qu’il n’y ait qu’un régiment autrichien dans le Tyrol et huit régiments dans la Styrie, la Carinthie, la Carniole, le Frioul et le Tyrol italien. Quand je dis huit régiments, j’entends parler d’infanterie seulement, car quelques régiments de cavalerie ne pourraient m’inspirer de défiance. Je veux que les travaux de fortifications qui se font à Venise cessent, parce que ce sont des ouvrages de campagne; je veux que les troupes de la Maison d’Autriche se rendent en Bohême ou en Hongrie, et qu’on me laisse faire tranquillement la guerre avec l’Angleterre.

L’explication qu’a eue M. de la Rochefoucauld et la première note ont commencé la question. La note que je vous ai envoyée a continué cette question; celle que je vous envoie doit la terminer. Vous savez qu’il est assez dans mes principes de suivre la marche que tiennent les poètes pour arriver au développement d’une action dramatique, car ce qui est brusque ne porte pas à vrai. Si la note que j’envoie eût d’abord été remise à l’Autriche, elle penserait que je veux la guerre, tandis que je ne la veux que dans une seule alternative. Je préfère à tout que l’Autriche se place réellement dans une situation pacifique.

Vous enverrez chercher M Philippe de Cobenzl; vous lui montrerez la lettre de M. Alquier, quoique cela puisse un peu compromettre M. de Kaunitz. (Kaunitz-Ritteberg, envoyé d’Autriche à la cour de Naples).

Vous lui montrerez ensuite la lettre de M. de la Rochefoucauld, puis celle de M. Otto, puis celles de Salzburg et de Ratisbonne;

enfin, vous rassemblerez avec affectation toutes les pièces que vous pouvez avoir et qui parlent du mouvement et du rassemblement des troupes autrichiennes, et vous les lui remettrez pour qu’il les copie. S’il fait quelque difficulté de le faire, passez une heure avec lui et faites en sorte qu’il lise tout, et, quand il aura tout lu, vous lui direz :

“Actuellement, Monsieur, vous venez de lire un grand nombre de lettres; je ne sais quelle peut être la véritable impression qu’elles ont faite sur vous; mais quelle impression pensez-vous qu’elles ont faite sur S. M. l’Empereur des Français, lorsqu’il les a lues à Boulogne, au milieu de son camp et tout occupé de ses opérations d’outre-mer ? Déjà il a suspendu l’exécution de ses projets d’hostilité, et il a compris qu’il ne pouvait se porter en Angleterre, avec 150,000 hommes, lorsque ses frontières du midi étaient menacées. Ainsi donc l’empereur d’Allemagne a déjà opéré une diversion en faveur des Anglais ! Eh bien ! vous aurez la guerre dans un mois oui, dans un mois, je vous le dis avec douleur. Il faut que tout en Autriche rentre dans l’ordre où l’on se trouvait il y a trois mois, ou vous aurez la guerre dans un mois. L’Empereur n’est pas assez insensé pour donner le temps aux Russes d’arriver à votre secours Vous direz peut-être que vous ne craignez pas la guerre : en ce cas je ne vois plus de remède pour la tranquillité du continent. De deux choses l’une : ou il fallait que l’Autriche s’alliât avec nous, ou elle devait ne nous donner aucune espèce d’ombrage. Si vous trouvez l’alliance impossible, pourquoi ne pas agir comme font d’autres puissances ? La France n’a trouvé en Prusse et en Bavière que prévenance et amitié ; à Vienne, elle ne rencontre que morgue et obstacles. Peut-être, après une guerre telle que la dernière, l’amitié est-elle difficile; mais, depuis deux ans, voilà la troisième levée de bouclier que vous faites, et vos conseils semblent plutôt dirigés par de jeunes officiers d’état-major qui s’avisent aujourd’hui de calculer ce qu’aurait jadis fallu faire. En vous parlant ainsi, je vous dis les propres sentiments de l’Empereur des Français, et vous aurez la guerre précisément dans l’endroit où vous n’avez pas de troupes, dans celui où elles ne sont pas rassemblées; vous serez obligé de les y faire accourir aussi rapidement que vous les avez portées dans les lieux qu’elles occupent en ce moment. Voici la note que je suis chargé vous remettre. L’Empereur conserve ce seul espoir, qu’on trompe votre cour, et que les partisans des Anglais, voyant qu’on ne peut décider autrement l’empereur d’Allemagne à la guerre, l’y entraînent malgré lui, parce qu’ils sentent bien que l’Empereur des Français est prêt à courir les hasards d’une grande expédition maritime, ne souffrira pas de rassemblements de troupes autrichiennes dans le Tyrol ni sur l’Adige. Si jamais homme eut envers sa patrie et envers son souverain une grande responsabilité, c’est vous : seul de votre pays, vous connaissez la France; seul de votre pays, vous savez que l’Empereur des Français veut la paix; vous savez que dans les départements du Rhin il n’y a pas un soldat; seul de votre pays, vous savez qu’on n’a pas fait l’appel d’un seul homme de la réserve et qu’on n’a complété les premiers bataillons de guerre des corps qu’aux dépens des 3e bataillons; seul, vous voyez Vienne à une distance convenable pour apercevoir sous son véritable point de vue les opérations et les apprécier dans tous leurs détails. Vous voyez enfin, sur votre gauche, toutes les troupes de terre de la France aux extrémités de la Bretagne et de la Picardie, s’instruisant aux opérations maritimes; et, en même temps, vous voyez, sur votre droite , un nombreux rassemblement de troupes dans le Tyrol, et, de votre propre aveu, 72,000 hommes dans l’État vénitien. Vous ne pouvez donc méconnaître quel est l’agresseur, ou de celui qui déclarera la guerre, ou de celui qui vient au secours de l’Angleterre en rassemblant ses troupes sur les frontières pour menacer la France. Si vous présentez ces vérités dans toute leur force à votre maître, et si véritablement il n’est qu’entraîné, il est impossible qu’il ne voie pas qu’on le conduit malgré lui à la guerre, et alors tout sera calmé. Si, au contraire, votre maître veut la guerre, eh bien ! vous aurez fait votre devoir; il n’y sera pas entraîné. Mais dites-lui qu’il ne fera pas les fêtes de Noël dans Vienne; non que vous n’ayez une armée nombreuse et formidable : mais un mouvement rapide à donner à 300,000 hommes peut partir d’une seule tête; un cabinet n’en fait exécuter que lentement de semblables; et quand la nation française verra que l’Autriche nous attaque par l’impulsion de l’Angleterre, l’Empereur des Français trouvera 600,000 hommes qui vaudront bien les 80,000 Hongrois qu’on fait parler dans les gazettes comme s’offrant à la cour de Vienne pour combattre la France. Dans quinze jours, au retour de mon courrier, il faut que l’Empereur des Français ait non-seulement toutes ses sûretés , mais qu’il voie que l’empereur d’Allemagne veut réellement vivre en paix avec la France; sinon, il lèvera tous ses camps, appellera son armée de réserve, et dès lors le continent sera en feu. Je ne mets pas dans une note ce que je vais vous dire, parce qu’il y a des choses dures qu’on est forcé de dire, en ce qu’elles importent à la tranquillité et au salut des États, et qu’on ne peut les écrire. Pendant toute la durée de la guerre entre la France et l’Angleterre, S.M. l’Empereur des Français entend qu’il n’y aura en Souabe, comme on l’avait promis, qu’un un régiment; dans le Tyrol un régiment; dans le Tyrol italien un régiment; dans l’État vénitien deux régiments d’infanterie; en Styrie, en Carinthie, en Carniole, les garnisons qui y étaient il y a trois mois. Sans cela, l’Empereur des Français ne peut être tranquille. Mais si l’on persiste à laisser huit régiments dans le Tyrol et 72,000 hommes dans l’État vénitien il est du devoir de tout prince d’opposer armée à armée, et il est impossible à l’Empereur des Français d’opposer armée à armée sans commencer les hostilités. Si la France était en paix avec l’Angleterre y eût-il 25,000 hommes dans le Tyrol, à peine s’en apercevrait-elle ou bien, sans faire semblant de s’en apercevoir, elle se contenterai d’envoyer 100,000 hommes en Alsace. Mais, encore une fois, l’Empereur Napoléon ne peut envoyer aujourd’hui 100,000 hommes, en Alsace qu’en faisant la guerre.”

Vous enverrez en même temps copie de la note à M. de la Rochefoucauld, et vous joindrez le récit détaillé de la conversation que vous aurez eue avec M. Philippe de Cobenzl. Vous lui prescrirez de la montrer à M. Louis de Cobenzl, mais après beaucoup de réticences et en ayant l’air de se faire prier, sous prétexte que les explications qu’elle contient sont trop fortes de style pour être communiquées. Ce ne sont pas des paroles que je veux en retour : je veux qu’il n’y ait plus de troupes dans le Tyrol, puisque je n’en ai pas en Suisse; et je veux qu’il ne reste de troupes dans l’État vénitien que ce que j’ai indiqué, et que l’Autriche enfin se place dans une situation tout à fait pacifique. Vous ajouterez que je suis décidé à la guerre, si on ne me fait pas raison, parce que tout ceci suspend mes opérations. Vous enjoindrez à M. de la Rochefoucauld de presser beaucoup M. Louis de Cobenzl, et m’envoyer courrier sur courrier afin que nous soyons au courant de tout.

Vous ferez venir M. Maillardoz (envoyé extraordinaire de la Diète helvétique à Paris) ; vous lui direz qu’il paraît qu’on est sur le point de se brouiller avec l’Autriche; qu’elle a rassemblé un corps considérable dans le Tyrol; qu’il faut connaître ce que fera la Suisse; que l’Autriche y peut entrer; qu’il est convenable que landamman demande par un courrier extraordinaire à la cour de Vienne si la Suisse peut être sûre de sa neutralité, et quelle peut être la raison de ce rassemblement de troupes dans le Tyrol. Vous écrirez dans le même sens à M. Vial (Honoré, baron Vial, 1766-1813. Il a fait la campagne d’Égypte à la tête de la brigade Menou. Ministre plénipotentiaire de France près la République helvétique, il restera à ce poste jusqu’en 1808). Vous écrirez également à M. Otto qu’il faut que la Bavière se décide, et que je ne souffrirai pas qu’elle reste neutre. Vous écrirez dans le même sens à mes ministres près l’archichancelier de l’empire d’Allemagne et les électeurs de Bade et de Wurtemberg. Cela pleuvra vite à Vienne. Il faut que les déclarations de mes ministres aient lieu au moment où la cour de Vienne sera dans le cas de prendre un parti. Vous leur écrirez donc une circulaire ; elle parlera des inquiétudes que donnent les mouvements des troupes autrichiennes; que, quand des rassemblements de ces troupes ont lieu au moment où la France n’a pas de troupes sur le Rhin, ni dans son intérieur, ces rassemblements font voir que l’Autriche a un projet d’agression imminente; et que, dans cette situation, l’Empereur des Français vent connaître le parti que chacune des cours ci-dessus compte prendre; que la France, menacée du côté de l’Italie, ne peut guère arriver à temps pour prévenir l’ennemi; mais qu’elle fera passer le Rhin à ses troupes pour chercher l’ennemi au cœur de ses propres États; que l’Empereur des Français est disposé à garantir l’intégrité des États qui se mettront avec lui. Après avoir communiqué cette lettre, mes ministres causeront, écouteront et s’attacheront à faire sentir que la France va se voir forcée de traverser l’Allemagne pour se garantir elle-même de ses ennemis, et que ce que ces diverses puissances ont de mieux à faire, c’est de se réunir à l’Empereur des Français, dont l’intention formelle est de ne rien conserver au delà du Rhin. Vous instruirez M. de la Rochefoucauld de tout ceci, afin qu’il le puisse avouer à M. Louis de Cobenzl, si celui-ci en parle, et vous lui direz qu’il ajoute que l’Empereur ne peut pas concevoir qu’on réunisse une grande armée dans un pays comme le Tyrol, qui est ingrat et difficile pour les troupes, et 72,000 hommes dans l’État vénitien, ainsi que l’a avoué l’ambassadeur autrichien, sans vouloir faire la guerre. Vous donnerez des instructions analogues à M. Bacher, afin qu’il cause avec les ministres étrangers qui sont à Ratisbonne et qu’il ne manque pas de faire sentir qu’on entraîne l’empereur d’Allemagne à la guerre. Enfin vous écrirez aussi à ce sujet, et dans cette nuance, à tous mes ministres en Europe, et que la France se voit forcée à la guerre par la réunion des troupes de l’empereur d’Allemagne dans le Tyrol et dans le pays vénitien; que cette conduite de la part de la cour de Vienne équivaut à une véritable déclaration de guerre. De votre côté, et dans votre parlage avec les membres du corps diplomatique à Paris, et surtout avec ceux des princes d’Allemagne, vous vous expliquerez de la même manière, afin que l’inquiétude générale du danger saisisse ce squelette de François II, que le mérite de ses ancêtres a placé sur le trône.

 

Camp de Boulogne, 13 août 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, expédiez un courrier extraordinaire au Ferrol. Témoignez à l’amiral Villeneuve mon mécontentement de ce qu’il perd un temps aussi important; mandez-lui qu’Allemand , ayant paru sur les côtes d’Irlande, a attiré un détachement de l’escadre anglaise sur lui; que les 13 vaisseaux de l’amiral Calder ont été très maltraités; que j’espère qu’aussitôt que les vents lui auront permis de sortir, il l’aura fait, et qu’il manœuvrera pour faire sa jonction avec Allemand, soit à l’un, soit à l’autre des points de rendez-vous. Avec 18 vaisseaux de guerre français, et 12 ou au moins 10 vaisseaux de guerre espagnols, se laissera-t-il bloquer par 13, et même par 20 vaisseaux anglais ? Dans tout état de cause, mon intention est que, s’il a moins de 23 vaisseaux ennemis devant lui, ayant sous ses ordres 18 vaisseaux français et au moins 10 vaisseaux espagnols, il attaque les Anglais; il ne serait d’ailleurs pas impossible qu’Allemand, qui doit envoyer prendre des renseignements à Vigo avant fin de thermidor, ne s’y fût rendu. Mon intention est aussi que,
réunis, ils attaquent l’ennemi, s’il est inférieur à 29 vaisseaux ligne. Villeneuve verra dans mon calcul que je désire qu’il attaque toutes les fois qu’il est supérieur en nombre, ne comptant 2 vaisseaux espagnols que pour 1, et considérant la différence de quelques vaisseaux à trois ponts qu’a l’ennemi de plus que l’escadre française. Ayant été obligé, après le combat, de renvoyer 2 vaisseaux en Angleterre, l’ennemi n’en avait plus que 13. Avec les siens et les 15 vaisseaux espagnols, Villeneuve devait le chasser de devant le Ferrol. Les Anglais sont menacés partout. Ils ont des vaisseaux au Ferrol, ils en ont à Carthagène, ils en ont au Texel, ils en ont aux Antilles et, Nelson eût-il rejoint Calder, ils n’auraient pas plus de 20 vaisseaux de ligne. Je laisse l’amiral Villeneuve libre d’armer la Guerrière etla Revanche avec les équipages de l’Atlas; enfin, qu’on épargne au pavillon la honte d’être bloqué au Ferrol par une escadre inférieure. Les matelots sont braves, les capitaines animés, les garnisons nombreuses; il ne faut pas se laisser périr d’inaction et de découragement. Ordonnez qu’on se serve des piastres qu’on a pris pour payer les équipages, et prenez l’engagement de les rembourser ici exactement. Relativement aux troupes qui sont à bord, qu’on fasse ce que voudra l’amiral. Il en peut débarquer au Ferrol et n’en donner que ce qu’il trouve convenable sous le point de vue du renfort que cela donne à l’escadre. Il faut tout sacrifier à cette considération.

 

Camp de Boulogne, 13 août 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, je vous renvoie votre courrier du Ferrol. Comme l’amiral Villeneuve ne dit jamais rien dans ses lettres, je vous envoie celles que je reçois de Lauriston. Renvoyez-les-moi par mon page, quand vous en aurez pris connaissance. Elles me confirment ce que j’avais appris par une lettre du général d’Houdetot, qu’on n’a point débarqué de troupes, que l’on n’a exécuté aucune de mes dispositions, et que mes îles de la Martinique et de la Guadeloupe ont été un moment très-compromises. Tout cela est l’effet de l’épouvante qu’a eue Villeneuve. Il savait bien que Nelson n’avait que 12 vaisseaux, et qu’il avait le temps de débarquer ses troupes. Mes ordres étaient positifs; il ne devait ramener personne. Il a ramené même la moitié des hommes de l’escadre de Magon; voilà pourquoi cette escadre a eu tant de malades et si peu d’eau. Tout cela me prouve que Villeneuve est un pauvre homme, qui voit double, et qui a plus de perception que de caractère. Je vois, au reste, avec plaisir qu’un bon esprit anime les escadres. De quoi se plaint Villeneuve de la part des Espagnols ? Ils se sont battus comme des lions. Ordonnez que les 300,000 francs de Cadix soient versés au Ferrol.

 

Camp de Boulogne, 13 août 1805

Au vice-amiral Villeneuve

Monsieur le Vice-Amiral Villeneuve, j’ai vu avec plaisir, par le combat du 3 thermidor, que plusieurs de mes vaisseaux se sont comportés avec la bravoure que je devais en attendre. Je vous sais gré de la belle manœuvre que vous avez faite au commencement de l’action et qui a dérouté les projets de l’ennemi. J’aurais désiré que vous eussiez employé le plus grand nombre de vos frégates à secourir les vaisseaux espagnols qui, se trouvant les premiers engagés, devaient nécessairement en avoir le plus besoin. J’aurais également désiré que, le lendemain de l’affaire, vous n’eussiez pas donné le temps à l’ennemi de mettre en sûreté ses vaisseaux le Windsor-Castle et le Malta et les deux vaisseaux espagnols qui, étant dégréés, rendaient sa marche embarrassée et lourde. Cela eût donné à mes armes l’éclat d’une grande victoire. La lenteur de cette manœuvre a laissé le temps aux Anglais de les envoyer dans leurs ports. Mais je suis fondé à penser que la victoire est restée à mes armes, puisque vous êtes entré à la Corogne. J’espère que cette dépêche ne vous y trouvera pas, que vous aurez repoussé la croisière, pour faire jonction avec le capitaine Allemand, balayer tout ce qui se trouvait devant vous, et venir dans la Manche, où nous vous attendons avec anxiété. Si vous ne l’avez pas fait, faites-le; marchez hardiment à l’ennemi. L’ordre de bataille qui me paraît le préférable, c’est d’entremêler les vaisseaux espagnols avec les vaisseaux français, et de mettre près de chaque vaisseau espagnol des frégates pour le secourir dans le combat, et utiliser ainsi le grand nombre de frégates que vous avez. Vous pouvez encore l’accroître au moyen de la Guerrière et de la Revanche, en y employant les équipages de l’Atlas, sans cependant que cela retarde vos opérations.

Vous avez, dans ce moment, sous votre commandement, 18 de mes vaisseaux, et 12 ou au moins 10 du roi d’Espagne. Mon intention est que , partout où l’ennemi se présentera devant vous avec moins de 24 vaisseaux, vous l’attaquiez.

Par le retour de la frégate le Président, et de plusieurs autres que je vous avais expédiées à la Martinique, j’ai appris qu’au lieu de débarquer des troupes dans mes deux îles de la Martinique et de la Guadeloupe, elles se trouvaient plus faibles qu’auparavant. Cependant Nelson n’avait que 9 vaisseaux. Les Anglais ne sont pas aussi nombreux que vous le pensez; ils sont partout tenus en haleine. Si vous paraissez ici trois jours, n’y paraîtriez-vous que vingt-quatre heures, votre mission sera remplie. Prévenez, par un courrier extraordinaire, l’amiral Ganteaume de votre départ. Enfin jamais, pour un plus grand but, une escadre aura couru quelques hasards, et jamais mes soldats de terre et de mer n’auront pu répandre leur sang pour un plus grand et un plus noble résultat. Pour le grand objet de favoriser une descente chez cette puissance qui, depuis six siècles, opprime la France, nous pourrions tous mourir sans regretter la vie. Tels sont les sentiments qui doivent vous animer, qui doivent animer tous mes soldats. L’Angleterre n’a pas aux Dunes  plus de 4 vaisseaux de ligne, que nous harcelons tous les jours avec nos prames et nos flottilles.

 

Camp de Boulogne, 13 août 1805.

Au prince Eugène

Mon Cousin, je vous envoie un décret pour la démolition de la citadelle de Ferrare. Vous en ferez transporter l’artillerie, et tout ce qui pourra être utile, à Legnago et à Mantoue. Mon intention est que ce décret reste secret et qu’il ne soit connu que lorsqu’il y aura deux bastions à terre. Veillez à ce que cette démolition soit faite promptement, afin qu’en cas de guerre elle ne puisse servir à l’ennemi. Vous m’avez écrit une longue dépêche à laquelle je n’ai encore pu trouver le moment de répondre, au milieu des soins et des immenses occupations que j’ai ici.

Je vous envoie un rapport de Barbé-Marbois. Terminez cette affaire sans moi, si cela est possible; s’il faut que j’intervienne, expliquez-la-moi bien clairement, car je l’ai tout à fait perdue de vue. Mes escadres arrivées au Ferrol ont livré combat, elles ont eu l’avantage, puisqu’elles sont restées maîtresses de la mer et ont empli leur mission. Sans l’accident de deux vaisseaux espagnols, qui, après le combat, ont dérivé pendant la nuit et se sont laissé prendre, cette journée eût été une des plus belles de la marine française. J’ai fait attaquer ici la croisière anglaise par la flottille, qui a chassée trois lieues et demie au large dans le canal; il y avait cependant des vaisseaux de guerre.

L’Autriche fait des rassemblements; j’ai demandé qu’ils soient contremandés d’ici à quinze jours; sans quoi je ferai volte-face et je marcherai sur Vienne avec 200,000 hommes ; rien n’est beau comme mon armée ici.

Je vous ai grondé dans mes dernières lettres; mais vous sentez qu’il faut que, pour tout ce qui a besoin de ma décision, vous ne décidiez pas avant le départ du courrier. J’ai écrit au président du Corps législatif. Vous trouverez ci-joint copie de ma lettre, puisqu’elle vous a été envoyée cachetée et que vous n’en savez pas le contenu.

 

Camp de Boulogne, 14 août 1805

Au général Lauriston

Monsieur le Général Lauriston, j’ai reçu vos deux lettres des 9 et 11 thermidor. J’espère que cette dépêche ne vous trouvera plus au Ferrol et que l’escadre aura déjà mis à la voile pour suivre sa destination. Je ne vois point pourquoi vous n’avez pas laissé le 67e et le 16e régiment à la Martinique et à la Guadeloupe; c’était cependant bien exprimé dans vos instructions. Ainsi, après une expédition aussi étendue, je n’ai pas même le plaisir de voir mes îles à l’abri de toute attaque; il n’y a pas à présent 3,000 hommes, et, après vendémiaire, il n’y en aura pas 2,500.

J’espère que Villeneuve ne se laissera pas bloquer par une escadre inférieure à la sienne. Il doit avoir actuellement 30 vaisseaux de guerre. Je pense qu’avec cette escadre il est dans le cas d’en attaquer une de 24 vaisseaux. Aidez et poussez l’amiral autant qu’il vous sera possible. Concertez-vous avec lui pour les troupes que vous avez à bord, et envoyez-m’en l’état de situation. Vous pouvez les laisser à bord; si l’amiral le juge convenable, vous pouvez les débarquer et en former une division au Ferrol.

Prenez des mesures pour former un dépôt des hommes que vous avez débarqués à Vigo, et pour que toutes les troupes qui arriveraient du Ferrol puissent s’y rendre et rejoindre après leurs corps.

Le capitaine Allemand s’est fait voir sur les côtes d’Irlande dans les premiers jours de thermidor. Il doit être depuis longtemps au rendez-vous. Il devait prendre des renseignements de l’escadre (s’il n’en avait pas eu connaissance) à Vigo, où un officier s’était rendu, dans la supposition que l’amiral Villeneuve n’eût pas paru au 20 thermidor. Nous sommes prêts partout. Une apparition de vingt-quatre heures suffirait.

 

Camp de Boulogne, 14 août 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, j’ai reçu votre lettre d’hier. Avec 30 vaisseaux, mes amiraux ne doivent pas en craindre 24 anglais, sans quoi il faudrait renoncer à avoir une marine. Quand il y aurait quelque événement où je devrais perdre un vaisseau, ce serait un événement auquel je devrais m’attendre. Je dois témoigner plus de confiance en mon armée navale; elle aurait droit de se plaindre que je l’avilis si j’en agissais autrement. Les journaux anglais du 8 août disent qu’un vaisseau portugais a vu l’escadre du capitaine Allemand sur le cap Finistère, le 4 thermidor, c’est-à-dire le lendemain du combat; ils disent également que l’amiral Calder a renvoyé 4 vaisseaux devant Rochefort, et n’a gardé que dix vaisseaux devant le Ferrol. Si l’amiral Villeneuve reste les 13, 14, 15 et 16 au Ferrol, je ne m’en plaindrai pas; mais s’il y reste un jour de plus, ayant le vent favorable, et seulement 24 vaisseaux anglais devant lui, c’est le dernier des hommes.

Selon les bruits de Londres, Nelson paraissait encore loin d’arriver. Si Villeneuve sort avec ses 30 vaisseaux, il est sûr de se joindre à Allemand. Nelson et Collingwood sont hors du champ de bataille; les escadres de Cochrane et des Indes également; 12 vaisseaux sont au Texel, 2 viennent de se placer vis-à-vis d’Helvoet-Sluys. Si Villeneuve ne sort pas , il expose l’escadre du capitaine Allemand; et la circonstance qu’il n’a pas trouvé Calder devant le Ferrol, et que l’escadre d’Allemand y avait été huit jours auparavant, me fait craindre que Calder n’ait donné chasse à cette escadre. Mais, véritablement, quelle occasion il manquerait ! Certainement l’escadre d’Allemand peut faire courir Calder un grand nombre de jours. Que de chances pour réussir, si j’avais là un homme !

Si Nelson a rejoint Calder, il est possible qu’il soit encore inférieur; mais, s’il parvenait à avoir 24-vaisseaux, il ne les aurait pas longtemps. Le besoin de ravitaillement et de réparation doit se faire sentir dans l’escadre de Nelson et dans celle de Calder, qui , ayant souffert un combat, sera encore obligé de s’affaiblir. Villeneuve est un de ces hommes qui ont plutôt besoin d’éperon que de bride. Les contre-amiraux que j’ai faits sont Émériau, Savary, etc., hommes qui ne peuvent me rendre de grands services; il me faudrait des hommes d’un mérite supérieur. Je ne sais pas ce que c’est que ce Cosmao, capitaine du Pluton. Ne sera-t-il donc pas possible de trouver dans la marine un homme entreprenant qui voie de sang-froid , et comme il faut voir, soit dans le combat, soit dans les différentes combinaisons des escadres ?

J’imagine que ma dépêche à l’amiral Villeneuve est partie par le courrier qui a passé ici ce matin. Je vous répète ce que je vous ai déjà dit : je n’entends pas que 30 vaisseaux français soient bloqués au Ferrol par moins de 24 vaisseaux anglais; et, une fois Villeneuve réuni à Allemand, je n’entends pas que l’escadre combinée soit bloquée par moins de 29 vaisseaux anglais.

Je désire que vous écriviez au vice-amiral Rosily, à Paris , de vous envoyer un mémoire très-détaillé sur toute la côte d’Afrique; mon intention est d’employer à une expédition sur les côtes le Régulus, la Cybèle, une des frégates qui pourront nous revenir d’Amérique, et 2 ou 3 bricks. Je voudrais non-seulement prendre tous les bâtiments anglais et ravager leurs rades, mais mettre à terre , sur un point quelconque, un millier d’hommes destinés à s’emparer d’un de leurs établissements, et à s’y maintenir s’ils le pouvaient. Mon but, s’ils pouvaient s’y maintenir, serait d’engager les Anglais à y envoyer une expédition d’Europe pour le reprendre, si tant il est vrai que le peu d’énergie de mes amiraux laisse échapper les chances que m’offre la fortune et annule la campagne actuelle. Mon intention serait de donner le commandement de cette petite expédition, tant de mer que de terre, à Jérôme, en lui attachant un bon officier de mer et un très-bon officier de terre. Il paraît que cette expédition devrait partir d’ici à un mois; il n’y a donc pas un moment à perdre.

Je désirerais également que les frégates de la Méditerranée, avec le Borée et l’Annibal, pussent se rendre à Gênes, y prendre le Génois, et aller enlever le bâtiment de guerre que les Anglais tiennent devant Naples. Je désire avoir 3 vaisseaux et 3 frégates, pour être certain que les vaisseaux et frégates, qui partent souvent de Malte, ne donnent pas la supériorité aux Anglais. Je pense que vous devriez envoyer à Naples un officier de marine intelligent et discret, sous prétexte d’acheter des bois, etc., qui s’assurerait de la position exacte qu’occupe le vaisseau anglais, examinerait bien quel moyen il aurait de se sauver, et ce qu’il faudrait faire pour l’attaquer.

 

Camp de Boulogne, 15 août 1805

DÉCISION

Le ministre des cultes rend compte à l’Empereur des dégoûts que les administrateurs de l’hospice de Turin font éprouver aux sœurs de charité de Nevers, chargées du soin des malades.  Renvoyé au ministre de l’intérieur, pour écrire au préfet de Turin pour que ces sœurs soient favorisées, soient bien traitées, et deviennent l’objet d’une protection spéciale.

 

Camp de Boulogne, 15 août 1805

A M. Gaudin

Mon intention est que les actionnaires du Mont-de-piété soient remboursés. Il faut pour cela deux millions. Je désire que la caisse d’amortissement prête ces deux millions à la commune de Paris, qui les lui rendra sur la vente des maisons des hôpitaux, jusqu’à concurrence de ladite somme, et même sur les autres revenus de la ville de Paris. La commune payera les intérêts à six pour cent à la caisse d’amortissement. Terminez promptement cette affaire, afin que la ville de Paris rentre enfin dans la possession du Mont-de-Piété. Voyez aussi le préfet pour qu’il accélère la vente des maisons.

 

Camp de Boulogne, 15 août 1805

A M. Gaudin

J’ai signé un décret pour l’établissement d’une estafette d’ici à Milan. On commence par la faire partir quatre fois par semaine, et cette dépense est évaluée à 400,000 francs; mais les calculs de M. Lavallette sont trop chers. Comme cette dépense sera supportée par la poste, il doit faire des calculs plus économiques. Des courriers qui sont assurés d’un service régulier doivent être moins payés que ceux qui sont expédiés par hasard. Je n’entends pas, d’ailleurs, que l’estafette d’Italie voyage avec deux chevaux et un postillon; elle va avec un seul cheval, qui sera repris de poste en poste par le courrier qui reviendra de Milan. C’est à M. Lavallette à négocier avec les maîtres de poste pour l’avantage qu’il leur fera. Quel qu’il puisse être, on y gagnera toujours plus de cinquante pour cent, et la dépense totale se trouvera être au-dessous de 200,000 francs. Je désirerais que ces courriers fussent des gens intelligents et capables de répondre aux questions qu’on leur ferait au moment de leur arrivée. On leur demanderait dans quelle ville se trouve le vice-roi ? Comment se porte-t-il ? Dans quelle ville est le commandant en chef de l’armée ? Avez-vous rencontré en route des troupes ? Dans quelle situation est le passage du mont Cenis ? Dans quelle situation sont les routes, soit en France, soit au delà des Alpes ? sont-elles sûres ? Avez-vous appris, dans l’un ou l’autre pays, quelque chose qui ait fixé votre attention ? Cet usage rendra les courriers plus observateurs, et sur cent fois où ces questions seront inutiles, il y en aura une où les réponses auront quelque utilité.

 

Camp de Boulogne, 15 août 1805

A M. Fouché

La situation de Marseille doit fixer votre attention; il est temps de prendre un parti. Témoignez mon mécontentement au préfet et au commissaire de police. Se tromperaient-ils donc d’époque ? Croiraient-ils être encore au temps des réactions? Qu’immédiatement après votre ordre dix des personnes qui ont figuré dans les événements du théâtre ou du palais, ou dans les propos qui tendraient à réveiller  l’esprit de faction, soient arrêtées. Tous les rapports où il est question de Marseille ne nomment personne, et il faut précisément prescrire une marche inverse. Il y a là une faiblesse de police et de gouvernement qui pourrait être dangereuse. Qu’on fasse sentir que j’y ai l’œil; que, sous aucun prétexte, je ne veux de réaction d’aucun parti, et que je saurai mettre à la raison celui qui se comporterait différemment. Je suis aussi assez mécontent du préfet de Bordeaux, mais seulement sous le point de vue de la conscription; son département est le plus arriéré de tous.

 

Camp de Boulogne, 15 août 1805

A M. Fouché

Il ne faut point relâcher l’adjudant commandant Lenormand, mais le mettre dans une citadelle, comme le fort de Joux ou autre. Cet homme est très-coupable; c’est lui qui, avec la belle-mère de Moreau, l’ont perdu; ses intrigues et ses papiers le prouvent. Il est temps d’en finir.

Vous pouvez envoyer au prince de la Paix un plan de police, si vous en avez un bon. Pour ma part, si j’avais un plan comme celui-là à faire, je serais très-embarrassé, car je ne sais trop ce que cela veut dire, et j’ai vu rarement que tous ces plans qu’on demande soient utiles à quelque chose.

 

Camp de Boulogne, 15 août 1805

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, répondez au général Saint-Cyr que, dans tout ce qui compose son commandement, il ne doit souffrir aucune trace d’organisation de milices, ne les reconnaissant sous aucun rapport; et que, dans le cas où quelqu’un viendrait les inspecter, il doit les dissiper par la force et faire passer à une commission militaire ceux qui viendraient ainsi troubler l’ordre de l’armée. Par ce moyen, la moitié de la force des milices du roi de Naples se trouvera paralysée.

 

Camp de Boulogne, 15 août 1805

Au vice-amiral Decrès

Je viens d’ouvrir votre courrier de Paris. Il paraît que le 19 il y avait 3 vaisseaux devant Rochefort. Par les journaux anglais, du 8 août, il paraîtrait que ce sont 3 vaisseaux de Calder. Ainsi Villeneuve a été bloqué, du 14 au 19 thermidor, par 10 vaisseaux de guerre; il en a 30; il sait que Allemand doit être là, et il l’expose seul à des forces supérieures. Il est dans l’ordre des choses possibles qu’avec une escadre de 5 vaisseaux d’un côté, et de 30 de l’autre, mes opérations soient déconcertées et mes escadres battues par 10 vaisseaux anglais. Il est constant que le 12, et même le 15, Allemand était au cap Finistère; il est constant que le 19 Nelson était sur le cap Saint-Vincent, et il est constant que, le 4 thermidor, un aviso est parti de l’escadre de Calder pour appeler Nelson. Il est possible qu’Allemand n’ait pas joint. Aurai-je donc 30 vaisseaux bloqués par 24 ? car, en supposant Nelson arrivé, l’escadre ne sera que de 24 vaisseaux devant le Ferrol.

Il est impossible d’avoir manœuvré plus mal que Villeneuve ne l’a fait; il est cause des maladies de l’Alqésras et de l’Achille, et de la disette d’eau qu’ils ont éprouvée, par le nombre d’hommes qu’il a gardés. Il a affaibli mes colonies autant que possible, et enfin, avec 30 vaisseaux, il n’a pas le sens de marcher au secours de 5 qu’il sait être dans ces parages, de balayer l’escadre anglaise; et, malgré les chances inconcevables d’une navigation de cinquante-cinq jours et l’heureuse manœuvre de Nelson, qui revient en trente jours, Nelson se trouve hors de combat ainsi que Collingwood.

Ce que je trouve d’extraordinaire dans ceci, c’est que le lieu de rendez-vous d’Allemand, du 46° 55′ et 9° 30′, est justement le degré où s’est donnée la bataille. Allemand était le 15 au rendez-vous; s’il a eu le malheur de ne rien apprendre, il se rendra le 25 à Vigo, d’où probablement il se rendra au Ferrol, si toutefois Villeneuve ne se laisse pas bloquer par une escadre moitié de la sienne. Il me semble qu’il était tout simple que Villeneuve fût croiser avec ses vaisseaux devant le Ferrol. Il valait bien la peine de faire quelques mouvements pour sauver une escadre si importante. En se tenant ainsi, et lui expédiant 2 frégates, il en eût été joint en peu de jours.

 

Camp de Boulogne, 15 août 1805

Au recteur de l’université de Bologne

Monsieur le Recteur, j’ai reçu la lettre que m’ont écrite les professeurs de l’université de Bologne. J’apprécie les sentiments qu’ils m’expriment. Je connais tout l’attachement que me porte ma bonne ville de Bologne. J’espère qu’à mon prochain voyage en Italie je trouverai son université aussi bien organisée et ses différentes bibliothèques et cabinets aussi riches qu’à Pavie. Mon intention est que mon ministre de l’intérieur n’oublie rien pour faire reprendre à l’université de Bologne le rang qu’elle doit occuper parmi les sociétés littéraires et les collèges d’instruction publique.

Donnez une bonne direction à l’instruction de la jeunesse; recommandez-lui le respect pour la religion et les lois; écartez tout ce qui pourrait donner de fausses idées du vrai et tout ce qui pourrait faire errer de jeunes têtes. La modération est la première loi de notre machine physique et morale.

 

 

Camp de Boulogne, 16 août 1805

DÉCISION

M. Daru expose que le budget de l’Empereur, du 20 ventôse an XIII, avait ouvert un crédit de 25,000 francs pour l’entretien des parcs et eaux de Saint-Cloud, mais que M. Lelieur, administrateur des parcs et jardins impériaux, a dépassé cette somme et demande un nouveau crédit. Je n’entends point cela. M. Lelieur a dû savoir ce qu’il y avait dans le budget et ne devait pas le dépasser. Mais, ne voulant point faire tort à M. Lelieur, si cela passe son budget, je payerai; mais je le renverrai. C’est un principe dans ma Maison qu’un agent, sous aucun prétexte, ne passe son budget

 

Camp de Boulogne, 16 août 1805

A M. Champagny

Monsieur Champagny, mon intention est que l’école de Saint-Cyr soit une école militaire; qu’il n’y entre que des fils de militaires; qu’on y soit admis gratis; qu’on l’arrange pour 600 élèves; qu’elle soit le premier degré de l’école de Fontainebleau; que le commandant de l’école rende compte directement au ministre de l’intérieur, mais qu’elle soit sous l’inspection du commandant de l’école de Fontainebleau, qui l’inspectera deux ou trois fois par an, et qui rendra compte de ses inspections au ministre de l’intérieur.

 

Camp de Boulogne, 16 août 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, Ministre des relations extérieures, expédiez un courrier à M. Otto. J’approuve le traité d’alliance. J’approuve même que, si l’Électeur perdait ses États momentanément, il reçût des subsides pour l’entretien et la solde des Bavarois. Je suppose donc ce traité conclu. Vous écrirez à M. Otto pour qu’il hâte la signature, en disant qu’il a des communications importantes à faire après. En effet, il communiquera les notes que j’ai fait remettre à la cour de Vienne, et l’état des choses; il dira que mon intention est, si elle n’évacue pas le Tyrol et si elle ne désarme pas, de lever mes camps de l’Océan et de marcher sur l’Autriche ; que, cependant , je pense que l’Électeur doit lui-même faire des représentations à l’Autriche et demander pourquoi elle lève tant de troupes en Tyrol, étant en paix avec ses voisins; qu’il ne faut point se laisser prévenir; que je ferai descendre la plus grande partie de l’armée de Hanovre, et que trois semaines après la réponse de Vienne, si l’Autriche ne désarme pas, je serai moi-même avec 200,000 hommes en Bavière.

Vous montrerez à M. de Cobenzl le paragraphe de la lettre de M. Otto où il est question des préparatifs de guerre, et vous lui direz : “Eh bien, M. de Cobenzl, vous voulez donc la guerre ! En ce cas vous l’aurez, et ce n’est pas l’Empereur qui l’aura commencée.” Vous engagerez Cobenzl à envoyer un courrier extraordinaire, même après ces communications, parce que, dans cet état de choses, tous les instants sont urgents, et qu’il faut que sa cour prenne un parti décisif. Mais qu’elle parte bien du principe que je fais la guerre malgré moi, qu’elle m’y contraint.

Vous expédierez un courrier à M. de la Rochefoucauld pour lui donner l’extrait des dépêches de M. Otto. Vous lui prescrirez de faire de nouvelles instances, de ne point épargner les courriers, et de se rendre tous les jours chez M. de Cobenzl pour demander une décision. J’ai peine à croire, cependant, que les choses soient poussées aussi loin que le dit M. Otto. Je crois bien que M. de Montgelas, qui pense que la guerre n’aura pas lieu, exagère pour se faire un plus grand mérite; et ce qui me le fait croire, c’est qu’il signe le traité. Avec un caractère aussi hésitant que celui de l’électeur de Bavière, s’il y avait des dispositions aussi fortes, il ne le ferait pas.

Vous montrerez également la réponse verbale de M. de Cobenzl à l’ambassadeur Cobenzl ici, en lui répétant que c’est une mauvaise plaisanterie; qu’il est impossible qu’on croie que je veux faire la guerre à l’Autriche, étant aussi occupé avec l’Angleterre; que le cabinet de Vienne est séduit par les intrigues de l’Angleterre, ou égaré par des plans de polissons qui répètent des leçons de marches et de campements, qui seront déjoués comme les autres; et qu’il est ridicule qu’un cabinet se laisse amuser par de pareilles sottises.

 

Camp de Boulogne, 17 août 1805

A Joséphine

Je reçois ta lettre. Hortense entrait en même temps dans mon salon avec M. Napoléon. Louis les a laisser venir pour passer ici deux jours, voir Boulogne et la mer. Elle se porte bien. J’ai eu bien du plaisir à voir cette chère fille, qui est toujours bonne, raisonnable et sensible.

Tu dois aller à Malmaison  directement. Dis moi quand tu comptes y être et s’il est nécessaire que tu ailles d’abord, avanz de me rejoindre.

Adieu, ma bonne amie, mille choses tendres et bonnes partout.

 

Camp de Boulogne, 17 août 1805

A M. Fouché

Le rapport du préfet de police me paraît mériter quelque intérêt. Je désire que vous le communiquiez à M. Réal; qu’il fasse causer Lahorie, Lenormand, Rapatel, non pour bâtir sur tout cela une conspiration, mais pour s’assurer s’il y a autre chose que du bavardage. Je vous dirai que le général Dessolle, que, dans ma bonne foi ordinaire, j’avais appelé à l’armée, a tenu en confidence, à des personnes qu’il croyait sûres, des propos fort extraordinaires, qui montreraient l’existence d’une petite clique aussi envenimée que lâche.

Ce frère de Lahorie, qui est à Paris, n’est pas sans doute celui qui est mon conservateur à Liége. Il me semble qu’il devrait vous être facile, enfin, de vous défaire de Frémin, Rapatel, Lahorie, et qu’ils ne trouvassent pas l’impunité qu’ils trouvent. Il y a à Paris des personnes impliquées dans la conspiration de Moreau , qui ne devraient pas y être. Je ne sais trop pourquoi Lecourbe est venu à sa campagne à quatre lieues de Paris. Mon intention était qu’il restât en Franche-Comté. Je sais bien que tout cela est une affaire finie; mais ils tiennent des propos qui donnent à penser des choses étranges. Avec une police sévère on les relèguerait dans divers départements.

Faire une liste de toutes les personnes civiles et militaires qui se trouvaient compromises dans le procès de Moreau, et l’endroit où elles se trouvent actuellement.

 

Camp de Boulogne, 18 août 1805 

A M. Champagny

Il y a un hôpital dans l’abbaye de Saint-Denis : il faudrait le transporter au Val-de-Grâce; et l’opinion générale est non-seulement opposée à toute idée d’accroissement du nombre des malades au Val-de-Grâce, mais elle paraît même désirer que cet hôpital soit supprimé. Il y a pour cela d’assez fortes considérations; mais il y en a de plus fortes encore, non-seulement pour la conservation de l’hôpital du Val-de-Grâce, mais même pour celle de l’hôpital de Saint-Denis. La guerre a besoin de l’un et de l’autre, et les circonstances qui peuvent naître d’une grande capitale, l’événement d’une mauvaise récolte, la convenance d’appeler à Paris, pour les rétablir, les restes des corps qui auraient souffert à l’armée, portent à penser qu’avant cinq années on regretterait une suppression quelconque, et que peut-être même les hôpitaux du Val-de-Grâce et de Saint-Denis se trouveraient quelquefois insuffisants. Il est temps d’ailleurs d’éviter l’inconvénient de faire et défaire, dans lequel on n’est que trop tombé.

Ce qui me parait le plus convenable, c’est de placer l’école des arts et métiers à Compiègne même, dans l’ancien monastère de Saint-Corneille. Il faudrait du temps pour mettre cet édifice en état de la recevoir. Mais je ne suis pas pressé de la jouissance du château. Étant dans le cas d’y aller quelquefois, cette école, ainsi située, se trouvera, sous ce rapport, ce qu’est pour moi l’école militaire à Fontainebleau.

 

Camp de Boulogne, 18 août 1805

Au vice-amiral Decrès

Les journaux anglais du 14 août disent qu’une escadre de 4 vaisseaux, dont un à trois ponts, et de 4 frégates, a été, le 8 août (20 thermidor), chassée par l’amiral Cornwallis, et que 2 des frégates de cette escadre ont eu un combat avec la Diana, sans résultat, mais que, par la supériorité de sa marche, elle avait échappé. D’un autre côté, il paraît prouvé qu’elle était, le 15, au cap Finistère ? Qu’aurait été faire Allemand à vingt-cinq lieues d’Ouessant ? Le second point de rendez-vous que vous avez donné à Allemand était-il si près ?

 

Camp impérial de Boulogne, 19 août 1805

A S.S. le Pape

Très-saint Père, je reçois la lettre de Votre Sainteté, du 31 juillet. Je vois avec peine qu’elle a du chagrin, et qu’elle croit avoir à se plaindre des différents règlements émanés de moi pour l’organisation du clergé de mon royaume d’Italie. Mon intention a été de faire tout pour le mieux. Me serais-je trompé ? c’est ce que me ferait penser la lettre de Votre Sainteté; mais lorsqu’elle sera bien instruite de la situation des affaires ecclésiastiques du royaume d’Italie, elle me rendra la justice de penser que tout ce que j’ai fait a été fait pour le bien de la religion. Très-saint Père, je l’ai dit quelquefois à Votre Sainteté, la cour de Rome est trop lente, et suit une politique qui, bonne dans des siècles différents , n’est plus adaptée au siècle nous vivons.

Je prie Votre Sainteté de bien se pénétrer de l’esprit qui anime mes peuples d’Italie, et des circonstances où se trouve l’Église de cette partie si importante de la chrétienté. Les séminaires étaient tous dépouillés; il n’en existait pas un de doté dans le royaume : j’ai cru remplir le vœu de Votre Sainteté et le premier devoir de ma conscience en les redotant. Je ne puis craindre d’avoir encouru, dans cette circonstance, la désapprobation de Votre Sainteté.

L’évêché de Brescia n’avait plus un sou et était dans la plus profonde misère; il était dans les projets et dans les intentions du pays de réduire les autres évêchés à un maximum de 20,000 livres de rente. J’ai pensé devoir, pendant le temps que j’étais en Italie, assurer le sort du clergé. J’ai laissé à l’archevêché de Milan un revenu de 150,000 livres, aux autres archevêchés et évêchés, tout ce qu’ils avaient, et je leur ai accordé des suppléments convenables. Je n’ai recueilli que des expressions de gratitude et d’aise de la part de tout le clergé. Je ne crois pas avoir encore rien fait en cela qui puisse déplaire au Saint-Siège.

Les biens des fabriques étaient insuffisants; je les ai partout augmentés. J’ai cru encore en cela remplir les intentions de Votre Sainteté.

Enfin, la plupart des couvents étaient désorganisés, et tous étaient sous le coup d’une suppression imminente : je les ai réorganisés, et, en voulant qu’ils continuent à exister, j’ai donné tort à l’esprit de philosophie du temps, et consacré le principe de l’utilité des maisons religieuses. Il est donc impossible encore que, sous ce point de vue, Votre Sainteté ne sente pas que j’ai fait une chose utile à la religion. Tous les chapitres étaient dépouillés; les chanoines mêmes de Milan n’avaient que 800 livres : je les ai reconstitués, et plusieurs ont 3,000 livres. J’ai reçu des remerciements de tous les chapitres, et j’ai repassé les Alpes avec le sentiment que j’avais réassis les établissements religieux de mon royaume, et consolidé la piété des peuples.

Que Votre Sainteté juge donc de la peine que j’ai dû éprouver à la lecture de sa lettre ! Toutes les dotations que les différents établissements du clergé d’Italie avaient en biens, je les leur ai laissées. Tout ce que je leur ai donné en supplément, l’a été en rentes; cela était infaisable autrement. J’aurais mérité le reproche d’avoir manqué à l’esprit du concordat, si j’eusse pris les biens du clergé pour convertir en rentes sur l’État ce qu’ils possédaient en biens-fonds. Je ne mérite qu’un reproche, c’est d’avoir fait cela sans le concours du Saint-Siège. Mais n’ayant trouvé à Milan personne chargé de ses pouvoirs, sachant, par expérience, que le Saint-Siège mettrait trois ou quatre ans pour terminer les affaires ecclésiastiques d’Italie, et jugeant qu’elles allaient dépérir si je n’y portais point remède, j’ai cru qu’en faveur du motif Votre Sainteté passerait sur ces circonstances.

Il y a plus de dix chapitres d’églises collégiales qui ont été conservés. J’ai décidé, il est vrai, qu’il y aurait une réunion des couvents du royaume des différents ordres, mais c’est afin d’y établir un bon système et un bon ordre. Enfin , j’ai fait tout pour le mieux. L’Église a gagné des sommes considérables; tout le clergé se trouve plus aisé et plus libre dans sa manière d’agir; sa situation est véritablement améliorée. Je prie donc Votre Sainteté d’approuver ce que j’ai fait. Je donne pouvoir à M. le cardinal de Lyon, pour discuter ces différents objets avec les personnes que Votre Sainteté en chargera. Je me prêterai à toutes les modifications qui seront possibles, car ma première volonté est de lui plaire et de ne lui donner aucun sujet de chagrin et de mécontentement.

Que Votre Sainteté veuille observer qu’il est des principes qui, depuis Joseph Il , ont été tellement ancrés dans les esprits à Milan, qu’il est impossible de les faire revenir.

Quant aux paroisses, mon but a été de les rendre plus riches et les titulaires plus considérables. J’ai pris sur cette circonscription l’avis des archevêques et évêques, et j’ai pensé n’avoir pas besoin de recourir à Votre Sainteté. Comme je ne prétends pas être savant dans la législation ecclésiastique , ce que Votre Sainteté jugera nécessaire de faire sur ce point, j’y concourrai avec plaisir. Si j’avais voulu faire du tort à la religion, j’aurais laissé les choses comme elles étaient, et j’aurais dû être convaincu que l’esprit philosophique du siècle aurait dégradé et bientôt ruiné tous les établissements religieux. Je me trouve donc désagréablement affecté qu’après que j’ai posé une borne et fait tout à la satisfaction du clergé, Votre Sainteté soit mécontente de moi. Si Votre Sainteté a été bien informée, elle saura qu’on a trouvé en Italie que j’avais trop fait pour le clergé

Je prie Votre Sainteté de croire au désir que j’ai de la voir heureuse et contente, et à l’intention bien formelle où je suis de ne donner aucun sujet de chagrin et de mécontentement.

Sur ce, je prie Dieu qu’il vous conserve, Très-saint Père, longues années au régime et gouvernement de notre mère la sainte Église.

Votre dévot fils, l’Empereur des Français, Roi d’Italie,

NAPOLÉON

 

Camp de Boulogne, 19 août 1805

Mon Cousin, je vous envoie la dépêche que j’ai reçue du Pape. Vous trouverez ci-inclus la réponse sous cachet volant, que vous remettrez après en avoir pris connaissance. Ses plaintes ne sont pas justes; et certes, quand j’ai reconstitué le domaine de l’archevêché de Milan à 150,000 livres, et celui de Bologne à 50,000 livres, j’ai fait une chose qui n’était point conforme aux intentions du pays et à l’esprit du siècle. Voyez à le contenter : il a beaucoup de sujets de l’être. Faites un traité : je ne me refuserai pas aux modifications qu’il demanderait et que je pourrai faire, comme de convenir que ce qui a été donné en pension sera, dans l’espace de vingt ans, converti en fonds de terre, et autre arrangement de cette nature. Je ne veux avoir aucune discussion avec le Saint-Siége; je ne veux pas lui donner des sujets de plainte. Je m’en rapporte à vous pour lui faire comprendre ce qui m’animait dans cette circonstance.

 

Camp de Boulogne, 19 août 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, Ministre des relations extérieures, faites connaître à M. Alquier que 6,000 hommes de troupes italiennes se rendent à Pescara, pour y être sous les ordres du général Reynier; que ce mouvement doit rester inconnu le plus de temps possible; qu’en conséquence ce corps se dirige sur Ferrare, Rimini et Ancône. M. Alquier rassurera la cour en disant que ces troupes sont destinées à remplacer les autres, et à soutenir le corps du général Saint-Cyr contre les rassemblements des Anglais à Malte et des Russes à Corfou.

 

Camp de Boulogne, 19 août 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand , Ministre des relations extérieures, je ne vois pas de difficulté à ce que ceux qui ont fait le traité de navigation du Rhin soient chargés de négocier le traité supplémentaire. Faites donner quelque chose aux missionnaires d’Alep. Faites faire une note pour le Moniteur sur les affaires d’Égypte; faites-en faire une sur la Valachie. Il parait, par les nouvelles de Constantinople, que le traité de 1778 sera renouvelé; la Porte avait, cependant, toujours promis qu’il ne le serait point. Il faudrait être attentif à cette affaire et m’avertir quand ce traité se conclura; il me semble que les journaux l’annoncent déjà comme renouvelé. Il y a une lettre de Salzburg; il y en a une de Dresde; quand il en arrivera deux autres, il sera bon de les montrer à M. de Cobenzl.

 

Camp de Boulogne, 19 août 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, faites partir pour se rendre dans les Abruzzes, pour y être sous les ordres du général de division Reynier, et faire, dès lors, partie du corps d’armée du général Saint-Cyr, les 3e et 4e régiments de ligne et le régiment de chasseurs à cheval; chaque compagnie des deux bataillons des 3e et 4e régiments sera au moins à 100 hommes; et, comme ces bataillons ne sont que de 1,600 hommes, chaque bataillon laissera une ou deux compagnies au dépôt qui restera à Milan pour recevoir les conscrits à mesure qu’ils arriveront; et, lorsque ces compagnies seront complètes, elles rejoindront leurs corps. Vous ferez partir avec ces trois régiments l’artillerie à pied et les soldats du train, avec deux pièces de 6, deux pièces de 12, deux pièces de 3 et deux obusiers, qui seront servis par l’artillerie à pied, et deux pièces de 6 et deux obusiers qui seront servis par l’artillerie à cheval. Vous préviendrez le général Saint-Cyr et M. le maréchal Jourdan de ce mouvement, que je désire qu’on tienne secret.

Cette division pourra être sous les ordres du général Ottavi. Elle partira de Milan et sera censée aller à Ferrare. Quand elle sera arrivée à Bologne, vous lui donnerez l’ordre de se rendre à Rimini où elle trouvera de nouveaux ordres pour Pescara. Vous préviendrez le cardinal Fesch du départ de ces troupes, mais seulement quand elles auront dépassé Bologne. Mon intention est qu’on ignore le plus longtemps possible que ce corps se dirige sur Naples. Faites-moi connaître quand il arrivera à Pescara et envoyez-moi son itinéraire afin que je sache où il se trouvera chaque jour. Du moment que vous aurez des conscrits, portez les régiments qui le composent au grand complet de guerre, c’est-à-dire à 2,200 hommes, de manière que leur complet sous les armes soit au moins de 2,000 hommes par régiment. Le départ des troupes ne laissera pas que de soulager le trésor du royaume d’Italie, puisque la dépense de leur nourriture sera supportée par le royaume de Naples. Vous joindrez à cette division une compagnie de sapeurs et quatre officiers du génie d’Italie, de ceux qui connaissent davantage le pays, et qui, pour cela, pourraient être le plus utiles. Faites-moi connaître quand un des deux régiments de dragons pourra partir pour se joindre à cette division.