Correspondance du maréchal Davout – Octobre-décembre 1809

Brünn, 1er octobre 1809.

Sire, j’ai eu l’honneur de faire connaître souvent à Votre Majesté le zèle, la probité et les bons services de l’ordonna­teur en chef Chambon. Sur ses demandes réitérées, motivées sur l’état de sa santé qui a été très-altérée par cette cam­pagne, Votre Majesté a daigné lui accorder sa retraite.

Cet administrateur a besoin des bontés de Votre Majesté. Après dix-sept ans de service, dont quinze comme ordonna­teur, il se retire absolument sans fortune. Cette circonstance est une preuve du désintéressement, malheureusement trop rare, que l’ordonnateur a apporté dans ses fonctions.

Si quelquefois, Sire, vous avez remarqué que les subsis­tances étaient abondantes dans le corps d’armée et que l’ordre y régnait dans l’administration, c’est à lui que le principal mérite doit en être attribué.

Dans les plus grandes difficultés, il m’a toujours montré un grand esprit de ressources, et notamment dans les hôpitaux il a apporté une surveillance et une activité de soins qui ont conservé à Votre Majesté beaucoup de braves soldats.

Je me bornerai à citer qu’ayant eu dans un combat avec M. de Meerfeld, aux environs de Mariazell, 4 à 500 blessés, cet ordonnateur a fait ramasser les blessés, a pourvu à leur traitement et n’a quitté qu’après les avoir évacués tous sur Vienne. Il a couru dans cette circonstance des dangers per­sonnels qui ne l’ont point détourné de ses devoirs.

Je crois remplir un de mes devoirs envers Votre Majesté en appelant ses bontés sur un de ses bons serviteurs.

 

A L’EMPEREUR ET ROI.

Brünn, 2 octobre 1809.

Sire, j’ai l’honneur d’adresser à Votre Majesté la déclaration d’un officier autrichien, Suédois de naissance, qui a quitté son régiment par suite d’une affaire d’honneur.

Depuis quelque temps, la désertion augmente dans les troupes autrichiennes : cependant, elles ne se sont pas rap­prochées, mais il parait que les mécontentements, qui avaient été suspendus par des espérances, se sont manifestés de nou­veau.

Par tous les rapports, la désertion doit être très-grande à l’intérieur, ainsi que vers la Pologne et la Silésie prussienne.

P.S. — Le prince Ferdinand a son quartier général à Leutomischl, ainsi que M. de Kollowrath.

 

A L’EMPEREUR ET ROI.

Brünn, 3 octobre 1809.

Sire, il n’y a rien de nouveau de ce côté.

Un officier d’artillerie, envoyé à Cracovie par le général La Riboisière, et qui, n’ayant pu passer par Olmütz, avait été obligé de prendre sa route par la Saxe, est revenu ici, en tra­versant la Silésie autrichienne et le cercle d’Olmütz. Les Autrichiens l’ont laissé passer, en le faisant accompagner par un officier.

Il rapporte qu’il règne toujours une très-grande mésintelli­gence entre les Polonais et les Russes.

Le prince Poniatowski lui a dit que le 24, les Russes avaient annoncé, par un ordre du jour, la conclusion de la paix entre eux et les Suédois.

On a remarqué depuis plusieurs jours un passage extraor­dinaire de personnes se rendant en Russie. Ce sont :

MM. Gurew, capitaine russe ; Debeir, conseiller d’État russe ; Moriné, conseiller de collège; Alexandre Varnick; André Walkow.

Ces deux derniers sont pensionnaires de l’Académie des arts de Pétersbourg.

Nicolas Guliané, professeur de guitare ; Pum, négociant.

Ils étaient tous munis de passe-ports en règle.

 

Vienne, 11 octobre 1809 1)Quelques semaines après la bataille de Wagram, au 15 août 1809, Napo­léon, voulant récompenser les services rendus pendant la campagne, avait fait une large distribution de titres et de dotations. Par une lettre du 15 août l\ l’arcbîcbancclicr Cambacérès et par un message adressé du quartier impé­rial de Schœnbrunn au Sénat, il avait annoncé qu*il érigeait les principautés de Wagram, d’Eekmühl et d’Essling en faveur de Bcrtbier, prince de Neuf- châtel, de Davout, duc d’Auersteedt, de Masséna, duc de Rivoli, affectant à ces principautés les châteaux de Chambord, de Brühl et de Thouars. Les lettres patentes constituant la principauté ne furent définitivement entérinées que le 28 novembre 1809. En donnant à Davout le titre de prince d’Eckmühl, Napoléon prouvait bien une fois de plus combien peu il songeait à s’offusquer de la gloire de ses lieutenants et à diminuer la part du maréchal dans une des plus belles victoires de la campagne.

Par décision du même jour, 15 août 1809, l’Empereur avait donné beau­coup d’autres titres. Il avait fait Oudlnot, nommé maréchal, duc de Reggio, Macdonald, également nommé maréchal, duc de Tarente, M. de Champagny duc de Cadore, Fouché duc d’Otrante, M. Gaudin duc de Gaete, M. Maret duc de Bassano, le général Clarke, ministre de la guerre, duc de Feitre, lé grand juge Regmer duc de Massa-Carrara. 11 avait fait aussi quantité de comtes et de barons, sans oublier les enfants des morts, qui étaient l’objet de libéralités particulières et commémoratives. Le maréchal Davout, récompensé lui-même au premier rang pour ses éclatants services, n’oubliait pas, comme on le voit par les lettres ci-dessus, ceux qui servaient avec lui, et il interve­nait activement en leur faveur auprès de l’Empereur. Les généraux Touzard, Hamcque, étaient avec lui depuis le camp de Bruges. Le général Pajol venait de servir d’une manière brûlante sons ses ordres pendant la campagne. Le chef d’escadrons de Trobriant, dont il est aussi question dans une de ses lettres et qui est mort général dans un âge avancé, avait été attaché comme aide de camp au maréchal depuis Bruges, et, après l’avoir suivi dans tontes ses campagnes, est resté toujours passionnément fidèle à la mémoire de son ancien chef. — Voir, pour ces distributions de récompenses, la Correspond dance de Napoléon, t. XIX, p. 344 et suiv.

Sire, j’ai l’honneur de prier Votre Majesté de vouloir bien accorder une augmentation de dotation au général du génie Touzard.

Ce général ayant commandé l’arme du génie, au 3* corps, depuis sa formation, je crois devoir faire cette demande à Votre Majesté, quoiqu’il soit dans ce moment détaché pour les travaux de Spitz.

 

A L’EMPEREUR ET ROI.

Vienne, 11 octobre 1809,

Sire, j’ai l’honneur de prier Votre Majesté de vouloir bien accorder au général de brigade Pajol le titre de comte. Les services de ce général sont trop connus de Votre Majesté pour qu’il soit nécessaire que je les lui rappelle.

 

A L’EMPEREUR ET ROI.

Vienne, 11 octobre 1809.

Sire, j’ai l’honneur de prier Votre Majesté de vouloir bien accorder à M. le lieutenant Fajet, mon aide de camp, la déco­ration de la Légion d’honneur.

Cet officier est très-instruit, très-adonné à son état, rempli de zèle et d’une grande bravoure ; il promet de faire un offi­cier distingué

 

A L’EMPEREUR ET ROI.

Vienne, 11 octobre 1809.

Sire, j’ai l’honneur de prier Votre Majesté de vouloir bien accorder au général de division Hanicque, commandant l’ar­tillerie de son 3e corps, le titre de comte. Votre Majesté con­naît les services de cet officier général, qui conserve dans un âge très-avancé un zèle et une activité vraiment exemplaires.

 

A L’EMPEREUR ET ROI.

Vienne, 11 octobre 1809.

Sire, M. Pélix Potocki, colonel du 4* régiment polonais, employé en Espagne, ayant obtenu un congé et donné sa démission, j’ai l’honneur de proposer à Votre Majesté pour le remplacer, le comte François Potocki, qui a fait la campagne auprès de moi.

Ce jeune officier, marié récemment avec une petite-fille du prince de Ligne, lorsqu’il a été question de la guerre, a quitté sa femme et ses propriétés qui sont en Galicie, pour venir à ses frais servir dans l’armée française.

Il est rempli de zèle et d’amour pour son état, et tient à une des grandes familles de la Pologne.

 

A L’EMPEREUR ET ROI.

Vienne, 15 octobre 1809.

Sire, parmi les différents officiers polonais qui ont fait la campagne, à leurs dépens, à l’état-major du 3e corps, il y a le colonel Kobilinski, qui a été fait prisonnier après avoir été blessé.

Cet officier est à la suite du corps d’armée, depuis la for­mation des camps d’Ostende ; il a été très-utile par son zèle, son activité et son dévouement.

Je demande pour lui à Votre Majesté le titre de baron sans dotation.

 

A L’EMPEREUR ET ROI.

Vienne, 15 octobre 1809.

Sire, j’ai l’honneur de solliciter les bontés de Votre Majesté en faveur de M. le chef d’escadrons Trobriant, l’un de mes aides de camp.

Cet officier est d’une bravoure très-distinguée, rempli de zèle, d’activité et de dévouement. Il a reçu plusieurs blessures, et quoique jeune encore, il a de longs services, tant dans la marine que dans les troupes.

Votre Majesté a eu plusieurs fois occasion de remarquer son zèle, son activité et son intelligence, notamment à la bataille d’Eylau.

Il  a éprouvé de grandes pertes dans sa fortune, son beau- père, qui était l’un des riches armateurs de Dunkerque, ayant été ruiné par les circonstances.

Je prie Votre Majesté de lui accorder le titre de baron avec dotation.

 

A L’EMPEREUR ET ROI.

Vienne, 15 octobre 1809.

Sire, j’ai l’honneur de rappeler à Votre Majesté la demande que je lui ai faite en faveur de l’ordonnateur Chambon, qui a obtenu sa retraite, mais dont le traitement n’est pas encore fixé.

Après dix-sept ans de service, dont quinze comme ordon­nateur, il se retire sans autre fortune que quelques économies insignifiantes.

L’ordonnateur Chambon s’est toujours comporté dans ses fonctions avec zèle et intégrité ; je me suis permis, dans la demande que j’ai faite, de citer à cet égard le témoignage de Son Altesse le major général, qui le connaît sous ce rapport.

 

ORDRE DU JOUR.

Vienne, 7 novembre 1809.

Son Altesse le prince vice-connétable, major général, ayant désigné M. le général de division Compans pour remplir les fonctions de cbef de l’état-major de l’armée dont le comman­dement m’est confié, c’est à lui que tous les rapports et états relatifs à ces fonctions devront être adressés à l’avenir. 2)Après «ne négociation poursuivie pendant trois mois à partir de l’armis­tice de Znaym, tantôt à Altenbourg entre M. de Champagny et M. de Met­te rnicb, tantôt à Scbœnbrunn, dans des entrevues de Napoléon avec le prince Jean de Lichtenstein et le comte de Bubtta, la paix venait enfin d’être conclue Le traité signé le 14 octobre à Vienne était naturellement une aggravation du traité signé quatre ans auparavant, après la guerre de 1805, à Presbourg. L’Autriche avait été forcée de céder : à la Bavière, au delà de l’Inn, la région de l’Innviertel allant d’Efferding, du côté du Danube, vers le pays de Salzburg; à la frontière italienne, Villach, la Carniole, la rive droite «le la Save jusqu’à la frontière turque ; en Pologne, la contrée dite Nouvelle Galicie, avec Zamosc pour le grand-duché de Varsovie, les cercles de Solkiew et de Zloczow pour la Russie. De plus, 1*Autriche s’obligeait à payer une indem­nité de guerre de 85 millions, indépendamment de ce qui avait été déjà perçu «le la contribution de 200 millions frappée au lendemain de Wagram. Elle avait enfin à subir, par un article secret, une condition plus dure pour son orgueil : la limitation de l’effectif de son armée, qui, jusqu’à la paix maritime, ne dépasserait pas 150,000 hommes. Là-de3sus, Napoléon était parti sans attendre la ratification de l’empereur d’Autriche, mais la tenant pour acquise et laissant au major général l’instruction suivante :

*Schönbrunn, 14 octobre 1809. Mon cousin, par le traité de paix qui vient d’être signé il est dit qu’il se fera une convention militaire pour l’éva­cuation. Mon intention est de partir demain et de vous laisser le commande­ment de l’armée. Je le conserverai néanmoins et attendrai à Passau ou à Munich l’échange des ratifications….,

J’ai donné des ordres pour la garde. Avant de quitter Munich, vous aurez des ordres subséquents. Le 11e corps recevra l’ordre de se rendre le 17 à Vienne pour y remplacer la garde, qui devra avoir entièrement évacué pour cette époque. Le 11e corps restera à Vienne jusqu’à ce que les ratifica­tions aient été échangées, et, le 19, il partira pour Gratz. Ce corps sera sous les ordres du Vice-Roi, ainsi que toute l’armée d’Italie. Le 1er novembre, le duc de Rivoli aura évacué la Moravie et se sera concentré, avec tout son corps d’armée, sur Krems. Le duc d’Auerstædt aura évacué également la Moravie à la même époque et concentrera son corps d’armée sur Vienne.

A la même époque, le généra! Oudinot aura évacué de même Vienne et se concentrera sur Saint-Pœlten et Mœlk, Le duc d’Auerstædt, destiné à faire l’arrière-garde, aura ses trois divisions d’infanterie, les six régiments de cavalerie légère commandés par le général Montbrun et les trois divisions de cuirassiers.

« Règle générale : mon intention est que l’armée se retire méthodiquement, de manière qu’elle ne soit pas un seul instant exposée aux caprices de la mauvaise foi. Le corps le plus près de France sera ma garde et le 8* corps. On ne fera pas de détachements sans mon ordre précis. On vivra sur le ter­ritoire ennemi jusqu’aux derniers instants indiqués au traité. Ainsi, depuis le 1er novembre, première époque de l’évacuation indiquée dans le traité, le duc d’Auerstædt occupera Vienne par 40,000 hommes d’infanterie, avec les Saxons, la division Montbrun, les cuirassiers et la cavalerie saxonne; ce qui fera, avec les détachements d’artillerie, une armée de près de 60,000 hommes. Le général Oudinot, à deux marches de Vienne, sur Saint-Pœlten, avec tout son corps, comme il est composé aujourd’hui; le duc de Rivoli, avec 40,000 hommes, se concentrera à Krenas; les Bavarois à Salzburg ou sur le Tyrol, les Wurtembergeois à Linz pour garder les communications. L’armée d’Italie et le 11e corps occuperont toujours la ville de Raab et se concentre­ront entre GEdenburg et Grætz. Un corps manœuvrera dans le Tyrol. A la seconde époque, ou celle de l’évacuation de Vienne, du 15 au 18 novembre, le duc d’Auerstædt sera à Saint-Pœlten, l’armée d’Italie sera en Styrie, les Wurtembergeois à Passau, le duc de Rivoli à Krems. Enfin, à la troisième époque, c’est-à-dire au 15 décembre, le duc d’Auerstædt sera à Linz, l’armée d’Italie en Styrie, et alors, selon les circonstances, j’aurai fait connaître mes intentions sur la destination des autres corps… » (Correspondance de Napoléon, t. XIX, p. 579.)

 

Vienne, 7 novembre 1809.

Sire, Son Altesse !e major général est parti ce matin ; il m’a remis les instructions de Votre Majesté.

Le cercle de Rhin a été totalement évacué le 4. La ville et les hôpitaux autrichiens ont été remis le même jour. J’ai adressé au major général les procès-verbaux de cette remise.

Dans les derniers moments de notre séjour à Brünn, les autorités civiles avaient montré un très-mauvais esprit et le peuple beaucoup d’insolence.

La fermeté du colonel de gendarmerie Saunier, comman­dant la place, a tout contenu, et il n’y a eu que des tentatives d’insulte qui ont été réprimées sur-le-champ.

Aujourd’hui, je reçois une lettre d’un officier d’état-major qu’il a été laissé à Brünn, pour veiller aux soins à donner aux malades qui n’ont pu supporter le transport. Il m’écrit, en date du 5, que les autorités civiles et militaires paraissent avoir adopté un mode de procédés tout contraire à la conduite que les premiers avaient tenue les jours précédents.

Il est entré dans Brünn un bataillon de Chasteler de 450 hommes environ : 400 de hussards de l’Empereur, qui y étaient arrivés en même temps, en sont repartis pour aller occuper des postes sur la frontière du cercle de Brünn et de Znaym. On a donné l’assurance qu’il ne serait pas envoyé d’autres troupes dans ce cercle.

La rentrée des Autrichiens dans Brünn n’a produit aucune sensation.

Les militaires affectent de rejeter tous les malheurs sur les Russes, qu’ils accusent de trahison : ils disent hautement qu’il faut les chasser de la Galicie à coups de baïonnette.

Tout fait croire que les Autrichiens pensent à exécuter de bonne foi les conditions du traité.

Ils font marcher des forces considérables pour occuper les parties de la Galicie qui leur restent, et donnent pour motif de l’envoi de ces forces la nécessité d’en imposer aux Russes, dans la crainte qu’ils ne veuillent se maintenir dans le pays qu’ils occupent.

N’ayant aucune donnée positive sur l’époque de l’arrivée des fonds que le gouvernement autrichien doit verser avant l’évacuation de Vienne, j’ai prié le général Dumas de prendre des renseignements à cet égard. J’adresse à Votre Majesté copie de ceux qu’il m’a transmis.

J’ai engagé M. de La Bouillerie à envoyer des employés de la trésorerie, qui seront accompagnés par des officiers d’état- major, au-devant de ces convois, pour s’assurer de l’exactitude de ces renseignements et de l’époque précise & laquelle ces convois arriveront à Vienne.

Ils seront de retour dans quarante-huit heures, et alors je saurai à quoi m’en tenir.

La citadelle de Brünn est entièrement rasée : les souterrains et l’arsenal ont été détruits; le puits est comblé.

On travaille avec activité à la destruction des ouvrages de Spitz et de Neusdorff; 1,000 hommes y sont employés.

J’ai envoyé un régiment à Augern, pour y détruire la tête de pont qui y avait été construite.

Les ouvrages de Presbourg et de Teben sont presque détruits.

Le général Bertrand part dans quelques jours pour faire sauter Raab; les travaux préparatoires sont achevés 3)Ceci n’était que l’exécution stricte des ordres laissés par Napoléon à son départ te 14 octobre : « …Mon intention est que les ouvrages de Spitz soient entièrement démolis. On commencera la démolition le 1er novembre, et on y emploiera des soldats et des paysans. Quinze jours suffisent à ce travail. On fera sauter, le 15 octobre, sans attendre les ratifications, les remparts de la ville de Vienne. On fera sauter la citadelle de Brünn quatre jours apres les ratifications échangées; on fera santer les places de Baab et de Grætz vingt-quatre heures avant de les quitter.

« Vous donnerez l’ordre au régiment de Nassau de partir pour Passau le lendemain des ratifications. « (Correspondance de Napoléon, t. XIX, p. 581.)

 

A L’EMPEREUR ET ROI.

Vienne, 8 novembre 1809.

Sire, les deux aides de camp que Son Altesse le major- général avait envoyés pour porter la convention au prince Galitzin et au prince Poniatowski, viennent d’arriver.

Ils m’ont remis les lettres dont ils étaient porteurs pour le major général, auquel je les renvoie.

J’adresse à Votre Majesté copie de celle du prince Galitzin.

Ces officiers ont entendu beaucoup de propos ridicules de la part des Russes; ils citent entre autres le prince Suwaroff, qui a dit que cet état de choses ne pouvait durer, que Votre Majesté traitait la Russie comme ses généraux à qui elle don­nait des dotations ; qu’il fallait que Votre Majesté eût ensorcelé l’empereur Alexandre, mais que cela finirait.

Ils n’ont été contents que du prince Galitzin.

Ils ont trouvé les troupes polonaises très-belles, ayant une bonne tenue, de l’instruction et un excellent esprit.

Dans trois ou quatre jours, tous les ouvrages de Spitz seront rasés.

Je joins ici une lettre du prince Poniatowski pour Votre Majesté.

 

A L’EMPEREUR ET ROL

Vienne, 9 novembre 1809.

Sire, j’ai l’honneur d’adresser à Votre Majesté une lettre que lui adresse le général Andréossy, et dont il m’a donné communication 4)L’Empereur au major général. — « Paris, 22 novembre 1809. Mon cou­sin, je vous envoie les lettres que j’ai reçues du duc d’Auerstædt et du général Andrcossy. Accusez-leur-en la réception et répondez-leur. Je reçois vos deux lettres des 20 et 24. Le Tyrol est soumis. Ainsi le duc d’Auerstædt ne doit pas disséminer mes troupes de ce côté, où il y a suffisamment de troupes bavaroises. Donnez ordre au général Lagrange, aussitôt qu’il pourra évacuer le Vorarlberg, de se diriger sur Huningue avec son infanterie, cavalerie et artillerie. Je vous autorise à faire passer la route de mes troupes par Braunau. Je vous renvoie le travail du général Bertrand; donnez des ordres conformément à ce travail. Je vous renvoie votre correspondance relative aux affaires du Tyrol. Faites faire une relation raisonnable de ces événe­ments pour le Moniteur.  (Correspondance de Napoléon, t. XX, p. 42-43.).

Je n’ai rien à y ajouter. La ville de Vienne est extrêmement encombrée; je rassemble demain l’intendant général Villemanzv, le gouverneur, M. le comte Daru, etc., pour aviser aux moyens de ne laisser ici que le plus petit nombre possible de Français.

 

A L’EMPEREUR ET ROI.

Vienne, 11 novembre 1809.

Sire, j’ai l’honneur de rendre compte à Votre Majesté qu’aucun des officiers d’état-major envoyés au-devant des convois d’argent n’est encore de retour. Ainsi, je n’ai encore aucune certitude qu’ils sont en route et qu’ils seront ici avant le 20.

Une lettre du général Dumas, dont copie est ci-jointe, donne de très-grandes probabilités.

Tout est ici très-calme, et rien ne me fait présager que la tranquillité sera troublée.

Les Autrichiens conservent leur armée sur pied de guerre, même leur landwehr ; elle est organisée avec le même nombre dè corps que pendant la campagne dernière. Ils donnent pour prétexte que les Russes ne veulent point évacuer la partie de la Galicie qu’ils conservent dans le temps prescrit.

Des rapports annoncent que l’empereur d’Autriche a ren­voyé l’insurrection hongroise, après l’avoir passée en revue à Papa.

Le comte Zachari a remis au général Narbonne, gouverneur de Raab, une protestation contre la destruction des fortifica­tions et la vente des magasins de cette place 5)Le général comte de Narbonne, ancien ministre de Louis XVI, venait de se rallieret de prendre du service. Napoléon, qui avait un grand goût pour lui et qui se promettait de remployer auprès de sa personne, avait commencé par le nommer gouverneur «le Raab, ce qui était d’ailleurs un poste de con- Hance. La lettre par laquelle Napoléon avait nommé le « général de division Narbonne . gouverneur de Raab, est du 23 juin 1809, au lendemain de la prise de cette ville..

Le général Bertrand part demain pour faire sauter les for­tifications de Raab, conformément aux intentions de Votre Majesté; tous les préparatifs sont achevés.

 

A L’EMPEREUR ET ROI.

Vienne, 13 novembre 1809.

Sire, j’ai l’honneur d’adresser à Votre Majesté copie de la lettre du 13 novembre 1809 de M. de La Bouiilerie, et le rap­port de M. Leroy, chef de bataillon, adjoint à l’état-major, qui a été envoyé au-devant des convois d’argent, avec des employés de M. de La Bouiilerie.

Votre Majesté verra par ce rapport et par la quantité de fonds déjà arrivés, que d’ici au 20, les 30 millions seront perçus par M. de La Bouiilerie.

Tout continue à se passer sans querelles, et l’exaspération qu’on avait remarquée parmi les habitants lors de l’évacua­tion de 1805, ne se renouvellera probablement pas cette année.

Votre Majesté remarquera, par le rapport du chef de bataillon Leroy, la conduite indécente d’un général-major Thierry envers cet officier.

Il reste à observer que ce Thierry est un émigré français, et que Votre Majesté peut, par le traité, non-seulement obliger le gouvernement autrichien à lui ôter son emploi, mais encore à le faire sortir du pays.

Je porte plainte à Son Altesse Impériale l’archiduc Ferdi­nand de la conduite de cet individu.

 

AU MINISTRE DE LA GUERRE COMTE d’HUNEBOURG.

Vienne. 14 novembre 1809.

Monseigneur, j’ai reçu la lettre que Votre Excllence m’a fait l’honneur de m’écrire, le 31 octobre, concernant la légion portugaise.

D’après les derniers états de situation fournis par les corn- mandants de Hanovre et de Ratisbonne, le bataillon de marche portugais qui est dans cette dernière ville est fort de 403 hommes, dont 50 aux hôpitaux de France et 4 à ceux d’Allemagne; celui qui est à Hanovre a un effectif de 510 hommes.

Pour me conformer aux intentions de l’Empereur, je vais réunir ces deux bataillons à Ratisbonne.

Quant à la demi-brigade qui fait partie du 4e corps, avant de la mettre en marche, je prie Votre Excellence de me faire connaître si l’intention de Sa Majesté est que la légion portu­gaise soit réunie au 4e corps, ou si elle veut qu’il lui soit donné une destination particulière.

 

AU MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE

PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC.

Vienne, 18 novembre 1809.

Monseigneur, j’ai l’honneur de rendre compte à Votre Altesse Sérénissime que le général Guilleminot m’a annoncé que les troupes françaises étaient entrées le 14 à Fiume.

D’un autre côté, M. de La Bouillerie a déjà reçu 26 millions, qui sont en route pour Lintz, où la vérification des valeurs sera faite, et il m’assure que demain on lui remettra les 4 millions qui complètent les 30 que l’Autriche doit payer. Il a aussi reçu les lettres de change.

Ainsi les conditions auxquelles l’évacuation de Vienne était subordonnée étant remplies, les dernières troupes françaises évacueront cette ville le 20, et se porteront le même jour en arrière de la ligne de démarcation déterminée par la conven­tion.

J’adresse à Votre Altesse une lettre que lui écrit le général Guilleminot, et plusieurs autres qui me sont parvenues pour elle.

P.S. — Je viens de recevoir une lettre du prince Ponia­towski pour Votre Altesse, que je joins ici.

Il s’est trouvé fort embarrassé pour l’exécution de la con­vention, n’ayant pas de copie officielle du traité; mais il a rempli vos intentions, et d’ailleurs un officier que je lui ai expédié et qui a croisé le sien en route, lui porte une copie officielle du traité.

Le prince Poniatowski m’a adressé une lettre pour Sa Majesté le roi de Saxe; ce souverain devant se trouver à Paris, je la joins ici.

 

AU MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE

PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC.

Vienne, 19 novembre 1809.

Monseigneur, j’ai l’honneur d’adresser à Votre Altesse Sérénissime copie d’un traité fait entre Son Excellence le comte de Wrbna, commissaire plénipotentiaire de Sa Majesté l’em­pereur d’Autriche, et MM. le conseiller d’État comte Daru et Villemanzy, intendant général de l’armée, pour la vente des sels appartenant à Sa Majesté l’Empereur et Roi dans les pro­vinces d’Autriche rendues.

 

AU MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE

PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC.

Fridau, près Saint-Pölten, 19 novembre 1809.

Monseigneur, j’ai l’honneur de soumettre à Votre Altesse Sérénissime la nomination qu’en vertu des ordres qu’elle m’a adressés, je viens de faire de commissaires qui, conjointement avec ceux de l’empereur d’Autriche, doivent faire planter des poteaux sur la nouvelle frontière entre le Danube et Schwanstadt; je lui soumets également les instructions que je leur ai données.

Je crois devoir faire observer à Votre Altesse que la carte de la haute Autriche en 12 feuilles indique trois villages de Strass, l’un au-dessous d’Efferding, le deuxième à peu près sur le méridien de Weizenkirek (ces deux premiers à peu près également distants du Danube), et le troisième plus avant dans les terres, sur la limite de l’Inn-Viertel 6)L’Empereur au ministre de la guerre. — « Trianon, 25 décembre 1809. Monsieur le duc de Fcltre, j’ai fait vérifier le tracé des nouvelles frontières de la Confédération du llliin dans la haute Autriche. Le village de Strass dont il est question dans le traité n’est point celui qui se trouve entre Effer- ding et Linz, ni celui qui est le plus voisin de Passau ; c’est celui qui, sur la petite carte de Smith, est indiqué par erreur Szal, car, sur la grande carte de la haute Autriche, il est réellement écrit Strass.

« Ainsi donc la frontière doit commencer au Danube, au-dessous de ce village de Strass, au confluent de la petite rivière, la remonter jusqu’à Santa- Agatha, descendre par une ligne sur la rivière Aschah, remonter cette rivière jusqu’au village de Dittersdorf, prendre à gauche l’affluent qui vient de Wajdlîng, arriver à Grieshirchen, suivre la rivière et son affluent jusque près de Meggenhofen, passer à Hmft, et de là arriver à Schwanstadt par la ligne la plus courte qu’indique le chemin de traverse. Il est donc clair qu’il n’est point question du Jeding qui se trouve le plus près de Latnhach.

Je vous envoie une carte de Smith sur laquelle la nouvelle frontière avait été tracée par mon ordre à Schönbrunn même, pendant la discussion du traité de paix ; les difficultés survenues relativement au territoire des vil­lages doivent cesser de même, puisque c’est presque toujours te cours des rivières ou une route qui détermine la frontière. » (Correspondance de Napo­léon, t. XX, p. 87.)

La carte de Smith marque deux Jeding, situés chacun sur une des routes qui de Hæft mènent à Schwanstadt.

N’ayant pas les données nécessaires pour déterminer quels sont ceux dont Sa Majesté a voulu parler, j’ai dû supposer qu’elle avait entendu ceux qui reculent le plus les frontières de la confédération, c’est-à-dire, pour Strass, celui qui est au-dessous d’Efferding, et, pour Jeding, celui qui est le plus à l’est, et c’est dans ce sens que j’ai fait rédiger les instructions. Je prie Votre Altesse de prendre à cet égard les ordres de Sa Majesté.

Dans le cas où Sa Majesté jugerait convenable de faire par­tir la frontière de Strass situé au-dessus d’Efferding, la fron­tière pourrait partir du confluent du petit ruisseau qui à l’est de Strass va se jeter dans le Danube, remonterait ce ruisseau jusqu’à sa source et se dirigerait de là par les villages de Weizenkirch, de Brennleitinger, les points culminants en avant du village d’Eltzling, celui de Guckenoed, de Rohrsching, viendrait aboutir au petit ruisseau, le suivrait jusqu’à son con­fluent dans le Leytbach, descendrait ce dernier jusqu’à l’Ascha et remonterait cette petite rivière jusqu’au territoire de Weizenkirch.

Quant aux villages de Jeding, comme la carte de la haute Autriche ne marque qu’un seul village de ce nom, je suis enclin à croire qu’il y a faute dans celle de Smith, et que celui à l’est n’existe pas. Les commissaires vérifieront les choses; mais dans le cas même où cette non-existence serait reconnue, je ne me croirais pas autorisé à adopter l’autre sans un ordre de Sa Majesté, attendu qu’elle pour­rait avoir été trompée par les noms et avoir voulu faire passer la limite par l’emplacement du Jeding, quel que fût son nom.

Si le Jeding est celui situé le plus à l’est, alors il est évident que la limite sera la grande route qui de ce village conduit sur la route de Lambacli à Schwanstadt ; mais si c’était celui à l’ouest, serait-ce la route ci-dessus ou celle secondaire qui tombe directement sur Schwanstadt en passant par Thalkam qui ferait la limite ?

J’adresse un rapport semblable à Sa Majesté.

 

AU MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE

PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC.

Frldau près de Saint-Pölten, 7 décembre 1809.

Monseigneur, je rends compte par ce courrier à Votre Altesse Sérénissime des ordres donnés aux différents corps, pour le mouvement qui doit être effectué le 20, d’après le traité et la convention 7)L’Empereur au ministre de la guerre. — « Paris, 9 décembre 1809, Monsieur le duc de Feltre, vous ferez parvenir par un officier les ordres suivants au prince d’Eckmühl et au vice-roi d’Italie.

Vous ordonnerez au prince d’Eckmühl d’exécuter ponctuellement les articles du traité, et d’avoir évacué, le 20 décembre à midi, la basse Autriche, en supposant : 1° que l’article 2 du traité ait été exécuté à la lettre, et que des poteaux aient été placés dans l’arrondissement de Cracovie, ainsi que sur les frontières de la haute Autriche; 2° que toutes les contributions aient été payées; 3° que les prisonniers aient été restitués.

« Alors toute mon armée sera placée, l’armée française d’Italie dans la Styrie, et l’armée française d’Allemagne dans la haute Autriche. Les Bava­rois continueront à pacifier le Tyrol. Enfin, au 5 janvier, terme de rigueur pour toute l’évacuation, toutes les troupes resteront placées dans le pays de Salzburg et sur la limite.

« Quant aux troupes alliés, vous ferez connaître au prince d’Eckmühl que, comme tout parait bien marcher, il est autorisé à renvoyer les Saxons sur Dresde par le plus court chemin, les Wurtembergeois sur Stuttgart, la divi­sion Rouyer sur Mannheim, les troupes de Hesse-Darmstadt sur Darmstadt, les Badois sur Karlsruhe, et les Portugais sur Ratisbonne, pour y être formés en un seul corps. Les Portugais cesseront de faire partie du 2e corps et passeront au 3e ; le prince d’Eckmühl les placera dans la division où il le jugera à pro­pos. Par ce moyen, il aura soulagé son armée de toutes les troupes auxiliaires ; ce qui ne laissera pas d’être une  diminution considérable pour les subsis­tances.

« Vous ferez connaître an prince d’Eckmühl que les corps restent orga­nisés comme ils le sont, avec cette différence que la division Morand, qui a perdu le 65e, reprendra en place le 57e. Ainsi le 3e corps sc trouvera com­posé de quinze régiments, et le 2° corps en perdra un. Vous lui donnerez l’autorisation de diriger, lorsqu’il le jugera convenable, le 2e corps sur Augs­burg et Ulm, et tout le 4e corps sur Bamberg, Bayreuth et Würzburg, ne gardant ainsi, jusqu’au dernier moment de l’évacuation, que les quinze régi­ments du 3e corps, les trois divisions de cuirassiers et les six régiments de cavalerie légère de la division Montbrun, au delà de l’inn. Si, comme tout me porte à le penser, il n’y a aucun inconvénient à exécuter ces disposi­tions, le prince d’Eckmühl vous fera connaître quand les corps arriveront dans leurs nouveaux cantonnements, et vous en enverra le détail en règle, la situation, l’état de l’artillerie, du génie, des équipages militaires, etc.

« Vous recommanderez à ce maréchal de ménager la Bavière autant que possible.

« Vous lui donnerez l’ordre de faire partir sur-le-champ pour Strasbourg les marins et les ouvriers de la marine. » (Correspondance de Napoléon, t. XX, p. 58.)

N’ayant pas reçu d’ordres à cet égard, et le temps pressant, j’ai été obligé d’en donner.

Ainsi, le 20 de ce mois, près de 200,000 hommes et plus de 50,000 chevaux seront concentrés dans la haute Autriche.

Je ne puis dissimuler à Votre Altesse qu’il sera impossible de les y faire subsister jusqu’au dernier terme de l’évacuation, c’est-à-dire jusqu’au 4 janvier.

Il n’y a dans cette province aucun magasin; le 2e corps et plusieurs divisions de grosse cavalerie qui y cantonnent depuis un mois, ont consommé une partie des ressources qui s’y trouvaient.

La basse Autriche est entièrement épuisée, et la misère y est telle que le gouvernement autrichien sera obligé de pourvoir à la subsistance des habitants pour les empêcher de mourir de faim. Au surplus, c’est son affaire, et je ne cite cette circonstance à Votre Altesse que pour lui faire mieux sentir la difficulté que nous éprouverons pour nourrir les troupes.

Le gouvernement autrichien, qui devrait y pourvoir, ne peut tirer des vivres que de la Hongrie ou de la Bohême; mais d’un côté le mauvais état des chemins et de l’autre la lenteur de la navigation du Danube sont des obstacles invincibles.

La partie de la haute Autriche qui est cédée à l’Empereur, exigeant des ménagements et ne pouvant être traitée comme pays ennemi, il en résulte une augmentation de difficultés proportionnée à l’étendue de ce territoire.

M. l’intendant n’a aucuns fonds pour l’établissement de magasins, et d’ailleurs ne pouvant tirer des grains que de la Bavière, il serait impossible de réunir à temps les quantités nécessaires.

Je prie Votre Altesse de mettre cet exposé sous les yeux de l’Empereur et de me transmettre les ordres de Sa Majesté.

En attendant, nous conserverons toutes les ressources qui existent encore dans la haute Autriche; mais comme j’ai la certitude qu’elles ne peuvent durer longtemps, je ne saurais trop insister auprès de Votre Altesse pour qu’elle me fasse passer promptement les ordres de Sa Majesté.

Je lui observe que l’estafette, qui mettait cinq jours pour venir de Paris, étant supprimée, il y aura 10 à 11 jours d’intervalle entre l’expédition des ordres et leur réception ici, lors­qu’ils seront expédiés par la poste ordinaire.

Avant le départ de Votre Altesse, je lui ai fait connaître les difficultés que nous devions éprouver, et pour les diminuer, je l’avais priée de soumettre à Sa Majesté la demande de faire partir les troupes alliées et particulièrement les Wurtembergeois.

 

AU MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE

PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC.

Fridau près Saint-Pölten, 7 décembre 1809.

Monseigneur, j’ai l’honneur d’informer Votre Altesse Sérénissime que j’ai déterminé la route militaire d’Enns à Braunau, et de Braunau à Augsbourg, de la manière suivante :

Enns, Wels, Lambach, Haag, Ried, Altheim, Braunau, Marckl, Neu-OEttingen, Mulildorf, Haag, Hohenlinden, Haw (faubourg de Munich), Bruck, Mencbingen, Augsbourg,

J’ai établi cette route de manière que les plus fortes marches ne soient pas de plus de 4 milles, que l’on ne fasse que. traverser Munich et que l’on laisse la route de Dachau sur la droite.

J’ai chargé l’intendant général de l’armée d’en donner con­naissance à M. Otto, notre ambassadeur à Munich, afin qu’il fasse les démarches nécessaires auprès du gouvernement bavarois pour qu’il y ait un approvisionnement en fourrage dans chaque lieu d’étape, et un commissaire bavarois parlant français, pour être chargé de la conversation et de la distri­bution, lorsqu’il y aura lieu.

J’ai prévenu M. l’intendant général Villemanzy que dans le cas où le gouvernement bavarois désirerait indiquer d’autres endroits que ceux que j’ai déterminés, je l’autorisais à les admettre, pourvu que les distances des gîtes ne fussent pas plus fortes que celles des gîtes non admis.

J’ai aussi jugé nécessaire d’établir dans tous les gîtes des commandants d’armes pour les troupes françaises.

Ces officiers, dont je joins ici l’état nominatif, sont particu­lièrement chargés de faire droit à toutes les réclamations qui pourraient être faites de la part des troupes, en se concertant à cet égard avec les autorités locales, et de veiller à ce que les troupes ne mettent point les habitants dans le cas d’en faire de leur côté.

Il est recommandé à tous ces commandants d’armes dans la Bavière de mettre tous leurs soins à maintenir la plus par­faite harmonie entre les troupes et les habitants, et de faire les démarches nécessaires auprès des autorités locales pour que les subsistances soient assurées lorsqu’il y aura passage de troupes.

 

AU MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE

PRINCE DE NEUFCHÀTEL, ETC.

Fridau près Saint-Pölten, 7 décembre 1809.

Monseigneur, j’ai l’honneur d’adresser à Votre Altesse Sérénissime une lettre du 27 novembre 1809, de M. l’intendant de Hanau, par laquelle il me prie de lui envoyer de la gen­darmerie pour veiller à la sûreté du pays, où plusieurs bandes considérables de brigands sont organisées, attaquent en plein jour les voyageurs sur les routes et répandent la terreur dans les cantons.

Mon commandement ne comprenant que la haute et la basse Autriche, j’informe M. l’intendant de Hanau que j’adresse sa lettre à Votre Altesse.

 

U MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMEE

PRINCE DE NEOTCHATEL, ETC.

Fridau près Saint-Pölten, 8 décembre 1809.

Monseigneur, j’ai l’honneur de renvoyer à Votre Altesse Sérénissime un rapport du commandant de Hanau.

C’est par erreur qu’on lui a adressé la circulaire dont il m’annonce réception. Je n’ai point d’ordres à donner à ce commandant, puisque celui qui m’est confié s’étend seule­ment dans la haute et la basse Autriche.

Si le rapport de ce commandant est exact, il serait bien important d’envoyer dans ce pays 50 ou 60 hommes de cava­lerie pour le purger des brigands qui infestent les routes.

J’y aurais envoyé un détachement si je m’étais cru autorisé à en donner l’ordre.

 

AU MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE

PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC.

Saint-Pölten, le 8 décembre 1809.

Monseigneur, c’est sans doute par erreur que je reçois avis, dans une lettre signée de Votre Altesse, en date du 30 du mois dernier, que le bataillon du prince Primat, qui faisait partie du 8e corps d’armée et qui est resté à Bayreuth, reçoit ordre de retourner dans les États de ce prince, puisque je ne suis investi, d’après l’ordre de l’armée en date du 7 novembre dernier, que du commandement des troupes qui se trouvent dans la haute et basse Autriche; c’est pour ce motif que j’ai renvoyé à Votre Altesse une lettre de l’intendant de Hanau.

Je vais adresser à cet intendant copie de la lettre de Votre Altesse pour le mettre à même de réclamer le bataillon pré­cité, dans le cas où, comme il l’annonce, il s’organiserait de ce côté des bandes de brigands.

 

AU MINISTRE DE LA GUERRE

DUC DE FELTRE.

Fridau près Saint-Pölten, le 10 décembre 1809.

Monseigneur, j’ai reçu la lettre de Votre Excellence du 2 décembre, où elle me prévient que Sa Majesté l’a chargé de la correspondance de l’armée d’Allemagne, à compter du 1er décembre, Son Altesse le prince vice-connétable reprenant les fonctions de major général de l’armée d’Espagne 8)Par décision du 28 novembre, l’Empereur avait en effet changé la desti­nation de Berthier et l’avait de nouveau chargé des fonctions de major géné­ral de l’armée d’Espagne qu’il avait eues avant la guerre d’Autriche. La lettre par laquelle l’Empereur notifiait cette décision au major général était ainsi conçue :

« Paris, 28 novembre 1809. Mon cousin, je viens d’ordonner qu’au 1er décembre vous n’aurez plus à vous mêler de l’armée d’Allemagne, et que vous serez chargé de la correspondance de l’armée d’Espagne. A dater de cette époque, vous prendrez les fonctions de major général de l’armée d’Espagne. Prenez vos mesures pour organiser votre état-major et vos bureaux. Mettez en marche vos équipages et ceux de vos aides de camp… » — Le ministre de la guerre reprenait ainsi, au moins nominalement ou officielle­ment, la direction des affaires, et c’est avec lui qu’avait désormais à corres­pondre le maréchal Davout, laissé comme commandant en chef des forces françaises dans la haute et basse Autriche. On remarquera qu’en 1809 comme en 1805, le maréchal Davout restait seul chargé du commandement des troupes laissées en Allemagne, et de l’exécution du nouveau traité de paix, qui ne laissait pas de soulever d’assez sérieuses difficultés, aggravées quel­quefois par la nécessité d’attendre les ordres de l’Empereur.

, je me conformerai aux intentions de Sa Majesté, que j’ai fait connaître par un ordre du jour.

Votre Excellence trouvera ci-joint l’extrait des différentes, lettres que j’ai adressées à Son Altesse le major général depuis le 20 novembre. Parmi les objets dont j’ai entretenu Son Altesse, il y en a sur lesquels il est bien important que je veçoive une prompte décision.

Je prie Votre Excellence de vouloir bien réclamer ces lettres. Je pars demain pour porter mon quartier général à Linz.

 

AU MINISTRE DE LA GUERRE

DUC DE FELTRE.

Linz, le 15 décembre 1809

Monseigneur, le maréchal Macdonald m’informe de Grætz, en date du 11 décembre, que les habitants de la partie du Tyrol occupée par les troupes du général Baraguey d’Hilliers ont tout à coup repris les armes, et que, soit défaut de surveil­lance ou de force, un bataillon du 13e et à peu près un autre du 53e ont été contraints à capituler.

Cet événement est arrivé le 27 novembre, et depuis ce temps les communications entre Klausen, Brunecken, Bmen et Lienz ont été interceptées, et même Lienz bloquée.

Le maréchal Macdonald ajoute qu’il envoie deux régiments d’infanterie dans le cercle de Yillack, pour appuyer les troupes qui ont marché sur Lienz.

J’ai cru devoir, à tout événement, donner ces informations à Votre Excellence. Il est vraisemblable que les rapports faits au maréchal Macdonald sont exagérés, d’après la lettre que m’a écrite le général Drouet, et dont j’ai envoyé copie à Votre Excellence.

 

AU MINISTRE DE LA GUERRE

DUC DE FELTRE.

Linz, le 16 décembre 1809.

Monseigneur, j’ai l’honneur d’informer Votre Excellence que les commissaires autrichiens chargés de la démarcation de la frontière de la partie cédée de la haute Autriche ont, dès le commencement de cette opération, élevé des difficultés sur le village de Strass, d’où doit partir la ligne du côté du Danube.

Il y a, ainsi que j’ai eu l’honneur de le faire connaître à Votre Excellence, par ma lettre du 13 de ce mois, deux villages de Strass : l’un au-dessus et l’autre au-dessous d’Efferding.

Les commissaires français ont reçu l’instruction de faire partir la ligne de démarcation de ce dernier village; mais les commissaires autrichiens, qui, personnellement, paraissent trouver la proposition des nôtres fondée, ont cru devoir en référer à leur gouvernement. Ci-joint copie de leur note. Avec cette manière de procéder, cette opération peut devenir inter­minable. Pour l’accélérer autant que possible, j’ai fait remettre par les commissaires français à la commission autrichienne la note dont copie est ci-jointe.

Dans cet état de choses, je ne saurais trop insister auprès de Votre Excellence pour avoir des décisions sur les diverses questions que j’ai posées dans ma lettre au major général du 29 novembre.

Si ces difficultés n’étaient pas levées à l’époque de la der­nière évacuation, et si je ne reçois pas de Votre Excellence d’ordres contraires, je me propose de faire occuper la ligne que j’ai déterminée dans les instructions données aux com­missaires, et dont j’ai adressé copie à Son Altesse le major général le 29 novembre 9)Voir plus haut les lettres du maréchal et de l’Empereur, au sujet de ces difficultés de délimitation qui s’élevaient à chaque pas et créaient au général français de véritables embarras..

 

AU MINISTRE DE LA GUERRE duc de Feltre.

Linz, le 11 décembre 1809.

Monseigneur, j’ai l’honneur d’adresser à Votre Excellence la réponse faite par les commissaires autrichiens à la note qui leur a été remise hier par la Commission française, et dont j’ai transmis copie à Votre Excellence.

Il parait qu’ils veuleut traîner en longueur; le délai fixé pour terminer cette opération est expiré.

Si Votre Excellence ne m’envoie pas des ordres le plus promptement possible, je me trouverai d’autant plus embar­rassé que j’ignore si, dans le cas où ces difficultés se prolon­geaient par la mauvaise volonté des Autrichiens, je ne recevrai pas l’ordre de suspendre l’évacuation.

Dans tous les cas, je ferai occuper la ligne que j’ai indiquée dans les instructions aux commissaires, et ils insisteront pour la faire adopter, jusqu’à ce que j’aie reçu des ordres contraires.

 

AU MINISTRE DE LA GUERRE

DUC DE FELTRE.

Linz, le 17 décembre 1809.

Monseigneur, je profite du départ du général Dumas, qui se rend à Paris, pour adresser de nouveau à Votre Excellence le résumé des principaux objets sur lesquels j’ai demandé des décisions.

Solde des troupes.

Le 25 novembre, j’ai demandé des ordres pour le payement de la solde de novembre.

Le 1er décembre, j’ai transmis à Son Altesse Sérénissime le major général un rapport de M. l’intendant général sur l’état des caisses de l’armée, en annonçant à Son Altesse que pour utiliser les fonds en papier qui existaient dans ces caisses, j’avais cru devoir ordonner le payement de la solde de novembre.

Le 15 décembre, en annonçant à Votre Excellence les mesures prises pour le transport à Augsbourg des fonds pro­venant de la contribution de l’Autriche, je l’ai prévenue que j’avais fait ordonner par M. l’intendant général à M. Georges, receveur général, de conserver dans ses caisses deux à trois millions, qui ne seront versés dans la caisse du payeur de l’armée que sur un ordre du ministre du Trésor.

J’ai prié Votre Excellence de me transmettre les ordres de Sa Majesté, p.our régulariser le payement de la solde de novembre, pour le payement de celle de décembre et sur la destination des fonds envoyés à Augsbourg.

Placement des troupes.

Le 25 novembre, j’ai réitéré à Son Altesse Sérénissime le major général la demande d’ordres pour le placement des troupes après l’évacuation de la basse Autriche, en exposant l’extrême difficulté de foire vivre dans la haute Autriche, déjà épuisée, près de 200,000 hommes et plus de 50,000 chevaux.

J’ai demandé si je pouvais faire partir les troupes alliées, et notamment les Wurtembergeois.

J’ajoute qu’il est de la plus grande urgence que je reçoive des ordres pour le placement des troupes après le 4 janvier, et je prie Votre Excellence d’observer que les ordres qu’elle me transmettra par la poste ne me parviendront que dix jours après leur expédition.

Le 7 décembre, j’ai adressé les ordres que j’ai donnés pour le mouvement et le placement des troupes à l’époque du 20 décembre, en l’appelant les observations contenues dans mes premières lettres.

Courriers des postes de l’armée.

J’ai adressé à Son Altesse Sérénissime le major général, le 29 novembre, un rapport de M. l’intendant général sur la fixation des frais de postes alloués aux courriers de la poste militaire.

Ce qui est alloué ne couvrant pas leurs dépenses, je faisais observer à Son Altesse qu’il était à craindre que ce service important ne vint à manquer, et je la priais de demander les ordres de Sa Majesté sur la fixation proposée par M. l’intendant.

Le  16 décembre, j’ai réitéré cette demande à Votre Excel­lence, en lui transmettant copie de ma première dépêche et des pièces qui y étaient jointes, et en transmettant un nouveau rapport de M. l’intendant général, qui annonce que les cour­riers refusent de continuer leur service.

Ces courriers sont coupables, et ils seront punis, mais il est certain que la fixation contre laquelle ils réclament est absurde, puisqu’elle ne couvre pas leurs dépenses. J’appelle toute l’attention de Votre Excellence sur cet objet; une prompte décision est indispensable, puisque le service est prêt à man­quer.

Démarcation de la frontière des provinces cédées du côté de la haute Autriche.

Le 29 novembre, en transmettant à Son Altesse le major général copie des instructions provisoires que j’ai données aux commissaires chargés de la démarcation de cette ligne, je lui ai demandé: des ordres relativement à plusieurs points qui peuvent donner lieu à difficulté.

Le 6 décembre, j’ai réitéré cette demande.

Le 13, j’ai annoncé à Votre Excellence les difficultés qui s’élevaient, et le 16, j’ai transmis à Votre Excellence une note des commissaires autrichiens, par laquelle ils annoncent qu’ils attendent les instructions de leur cour sur les difficultés qui se sont élevées dès le commencement de l’opération, relative­ment au village de Strass, d’où doit partir la ligne du côté du Danube.

J’ai adressé aussi à Votre Excellence la réponse des com­missaires français à cette note.

II est indispensable queje reçoive promptement des instruc­tions, sans quoi les difficultés seront interminables.

Si, au 4 janvier, les difficultés ne sont pas levées, je ferai occuper la ligne indiquéedans les instructions que j’ai données aux commissaires.

Ouvrages de Salzbourg.

Le 2 décembre, j’ai demandé des ordres relativement aux ouvrages de Salzbourg. S’ils doivent être continués, il est nécessaire de faire des fonds.

Je fais la même demande pour Passau.

Limites de l’arrondissement de Cracovie.

Le 3 décembre, j’ai transmis un rapport du général Pel­letier relatif à la démarcation de l’arrondissement de Cra­covie, sur la rive droite de la Vistule, en réclamant des instructions pour le commissaire, au sujet des difficultés élevées par les Autrichiens relativement au territoire des mines de sel.

Officiers autrichiens nés dans les provinces réunies à l’Empire français, gui demandent du service en France.

Le 8 décembre, j’ai demandé des instructions relativement à la conduite à tenir envers des officiers au service d’Autriche, qui étant natifs de provinces réunies à la France, ou au royaume d’Italie, demandent à prendre du service dans les armées de notre Souverain.

Une décision à cet égard pourrait enlever à l’Autriche un grand nombre de ses meilleurs officiers.

 

AU MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE

PRINCE, DE NEUFCHATEL, ETC.

Linz, 18 décembre 1809,

Monseigneur, j’ai reçu la lettre que Votre Altesse Sérénissime m’a fait l’honneur de m’écrire le 10 de ce mois; elle m’a tiré d’un grand embarras.

J’attendrai, pour exécuter les mouvements que Votre Altesse m’indique, les ordres que doit me transmettre le ministre de la guerre.

En attendant, je vais prendre des mesures pour faire pré­parer les subsistances du 2e corps, qui doit se rendre à Ulm et Augsbourg; du 4e corps, qui se rendra à Bavreuth, Bamberg et Wurtzbourg, et pour les corps alliés qui retournent chez eux.

 

AU MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE

PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC.

Linz, 18 décembre 1809 10)Quoique le prince de Neufchâtel eut été déjà, comme on l’a vu, nommé do nouveau major (jouerai dé t’armée d’Espagne, U se trouvait forcément encore mélo aux affaires d’Autriche qu’il avait suivies jusque-là et pour les­quelles les {généraux correspondaient avec lui. La permission que le maréchal faisait demander à l’Empereur allait lui être accordée.

Monseigneur, j’ai eu l’honneur de faire connaître à Votre Altesse Sérénissime, le 11 décembre, que j’avais demandé à Sa Majesté la permission de reconduire ma femme à Paris, à l’époque de la dislocation des troupes.

Ce moment approchant, j’ai l’honneur de renouveler la prière que j’ai faite à Votre Altesse de vouloir bien rappeler ma demande à Sa Majesté.

Il faut que je compte autant que je le fais sur l’amitié et la bienveillance de Votre Altesse pour l’importuner si souvent de ce qui me concerne.

 

AU MINISTRE DE LA GUERRE

DUC DE FELTRE.

Linz, 19 décembre 1809. 11)Ce n’est, on le voit, que le 19 décembre que le maréchal recevait à Lintz les instructions contenues dans une lettre de l’Empereur du 9 dé­cembre ci-dessus et transmises par le ministre île la guerre, en même temps que le prince de Ncnfcbâtel transmettait de son côté, on va le voir, une lettre du duc de Cadore relative aux mêmes faits. Dans l’intervalle, le prince iVEehtniihl, livré à lui-même, avait eu à se débattre avec les commissaires autrichiens, qui défendaient naturellement leurs intérêts, et à décider sous sa responsabilité la marche de l’évacuation qui devait toujours rester proportionnée à l’exécution dut traité par les Autrichiens. Il s’agissait de tout interpréter, de tout concilier, et ce n’était pas une besogne facile, ainsi qu’on peut le remarquer. L’Empereur, rentré à Paris, laissait scs lieute­nants chargés de ces épineuses questions de détail, sauf à les désapprouver s’ils ne devinaient pas ses vues, s’ils ne comprenaient pas le traité comme il l’entendait lui-même, ou s’ils n’avaient pas exécuté, avant de les connaître, des ordres souvent retardés par l’éloignement, par la distance qui séparait Paris do Lintz. D’ailleurs, Napoléon avait lultc d’on finir \ il n’avait pas seu­lement la guerre d’Espagne à conduire, il comment,‘ait à s’occuper d’une autre affaire qui allait changer toutes scs relations avec l’Autriche, au moins pour le moment. Le maréchal, lui, avait à se débrouiller avec cette affaire de la délimitation et de l’évacuation, en exécution du traité du 14 octobre; et de ht convention militaire qui en avait été la suite.

Monseigneur, j’ai reçu hier, à dix heures du soir, la lettre de Votre Excellence, du 10 décembre, par laquelle elle me fait connaître que l’intention de l’Empereur est que j’exécute ponctuellement les articles du traité et que les troupes com­posant l’armée d’Allemagne évacuent le 20, à midi, la basse Autriche, en supposant :

1° Que l’article 11 du traité ait été exécuté à la lettre et que des poteaux aient été placés dans l’arrondissement de Cra- covie, ainsi que sur les frontières de la haute Autriche;

2° Que toutes les contributions aient été payées;

3° Que les prisonniers aient été restitués.

Voici quel est l’état actuel des choses sous ces trois rapports.

L’article 11 du traité n’est pas exécuté.

J’ai fait connaître par ma lettre du 12 novembre à Son Altesse Sérénissime le major général et par celle que j’ai adressée le 19 novembre à Sa Majesté, les difficultés que je présumais devoir s’élever relativement à la démarcation de la frontière de la haute Autriche.

Le 29 novembre, j’ai adressé à Son Altesse le major général les instructions provisoires que je donnais aux commissaires chargés de cette démarcation, eu le priant de me transmettre des ordres ; enfin, le 16 décembre, j’ai rendu compte des dif­ficultés élevées par les commissaires autrichiens, dès le com­mencement de l’opération, relativement au village de Strass.

Des difficultés plus importantes et plus difficiles à résoudre se sont élevées pour l’arrondissement de Cracovie, en ce qui concerne le territoire des mines de sel.

Je les ai fait connaître à Son Altesse le major général, en lui transmettant un rapport du général Pelletier, commissaire pour cette partie, et le procès-verbal des opérations qui ont eu lieu.

Les contributions ont été payées, 30 millions en argent monnayé ou en lingots (la vérification de ces derniers doit être faite à Strasbourg) et 55 millions en lettres de change.

Quant aux prisonniers de guerre, le général Dumas étant parti, je présume que la remise en a été faite; mais ce général ne m’ayant laissé aucun renseignement à cet égard, je ne puis rien affirmer.

D’après cet état de choses et les intentions de Sa Majesté que vous me faites connaître, il est clair que la basse Autriche ne devait pas être évacuée; mais au moment où la lettre de Votre Excellence m’est parvenue, il ne s’agissait plus, pour remplir les intentions de Sa Majesté, de suspendre l’évacuation de cette province, mais de la faire réoccuper par les troupes qui en étaient sorties.

L’évacuation de la basse Autriche devant être entièrement effectuée le 20 décembre d’après le traité, j’avais dès le 25 novembre, demandé à Son Altesse Sérénissime le major général des ordres pour le mouvement des troupes.

N’en ayant pas reçu, et le temps pressant, parce que les troupes, soit à raison de la distance qu’elles avaient à par­courir, soit à cause de la difficulté des subsistances qui forçait à les faire marcher successivement, dans un pays qui n’offre qu’une seule route, devaient employer plusieurs jours à cette évacuation, j’ai dû prendre sur moi de donner les ordres dont j’ai transmis copie à Son Altesse le major général, le 7 décembre.

Ainsi, au moment où j’ai reçu la lettre de Votre Excellence, la presque totalité des troupes cantonnées dans la basse Autriche avait évacué cette province, où il ne restait plus que des détachements de cavalerie, qui ont l’ordre d’en sortir le 20 décembre à minuit.

Si j’avais été à Saint-Pölten, votre lettre me serait parvenue vingt-quatre heures plus tard, et j’aurais encore moins eu le temps de remplir les intentions de Sa Majesté.

Je suis informé par le maréchal duc de Tarente que ses troupes auront évacué à la même époque la partie de la basse Autriche qu’elles occupaient.

Dans cçt état de choses, la réoccupation de cette province, sans notification préalable, que le temps ne permettrait pas de faire au gouvernement autrichien, pouvant entraîner des inconvénients graves, je crois, pour le bien du service de Sa Majesté, ne pas devoir contremander le mouvement du peu de troupes qui y restent encore; mais, en même temps, j’ai fait notifier aux commissaires autrichiens chargés de la démarca­tion de la frontière de la haute Autriche, et à ceux chargés de la démarcation de l’arrondissement de Cracovie, que l’éva­cuation des provinces autrichiennes occupées par les armées de notre souverain est subordonnée à l’exécution des disposi­tions du traité relatif à ces démarcations, et qu’elle n’aura lieu que lorsqu’elles auront été complètement exécutées.

Je joins ici copie de la lettre que j’ai écrite à M. le duc de Tarente, en l’absence de Son Altesse Impériale le prince Vice-Roi, et de celles que j’ai adressées au prince Poniatowski, au général Pelletier, au comte de Wrbna, ainsi que copie de la note remise par les commissaires français aux commissaires autrichiens chargés de la démarcation de la haute Autriche.

 

AU MINISTRE DE LA GUERRE

DUC DE FELTRE.

Linz, 21 décembre 1809, dix heures du soir.

Monseigneur, je reçois à l’instant une lettre de Son Altesse Sérénissime le prince vice-connétable par laquelle elle m’en transmet une de M. le duc de Cadore qui résout les princi­pales difficultés qui s’étaient élevées relativement à la démar­cation de la frontière de la haute Autriche 12)L’Empereur au ministre de la guerre « Paris, 28 décembre 1809. Je vous renvoie les dépêches du duc d’Auerstædt. Il parait qu’il n’y a plus de difficulté pour la haute Autriche. Il ne peut pas en avoir pour Salzburg, puisqu’il peut laisser les enclaves en suspens ; c’est aux diplomates à s’arran­ger. Je donnerai des ordres au duc de Cadore.

II est convenable, en général, de ne point taire de fausses difficultés. L’affaire de Cracovie est une affaire contentieuse, qui se décidera. Du moment que les poteaux sont mis, il faut évacuer. Le duc d’Auerstædt a mal fait de faire revenir des troupes de Ratisbonne en Autriche ; c’est les fatiguer inutilement. Il valait mieux faire aller tous les Portugais sur Ratisbonne. » (Correspondance de Napoléon, t. XX, p. 90.)

Je suis fâché qu’elle ne me soit pas parvenue plus tôt, parce qu’ignorant les intentions du rédacteur du traité, j’ai dû choisir entre deux suppositions la plus favorable aux intérêts de notre souverain, et il en résulte que nos commissaires ont soutenu des prétentions dont ils doivent se désister.

Les commissaires ont ordre de prendre ces explications pour base de leurs opérations, qui vraisemblablement seront bientôt terminées de ce côté-ci ; mais il n’en est pas de même pour ce qui concerne Cracovie.

L’arrondissement de Cracovie tel que le traité le stipule, a bien été déterminé par les commissaires respectifs, et tout porte à croire que les poteaux y sont placés maintenant; mais il s’est élevé des difficultés sur ce qu’on doit entendre par le territoire des mines : les Autrichiens prétendent restreindre la propriété commune établie par le traité aux mines existant dans le territoire de Wieliczka; les commissaires saxons, polo­nais et français, soutiennent au contraire que par ces mots tout le territoire des mines de sel, le traité a entendu toutes les mines de sel qui sont des dépendances immédiates de celles de Wieliczka, aussi loin qu’elles puissent s’étendre au delà du territoire de cette ville; que la propriété commune de tout le territoire des mines doit s’entendre de la superficie de ces mines, comme des mines mêmes; enfin, que les forêts affec­tées et indispensables à l’exploitation des mines doivent faire partie de leur territoire et être aussi possédées en commun.

Comme on doit présumer que ces discussions ne seront pas terminées de sitôt, j’ai l’honneur de soumettre à Votre Émi­nence les questions suivantes :

L’article 11 du traité doit-il être censé exécuté, quant à l’arrondissement de Cracovie, lorsque les poteaux qui déter­minent cet arrondissement sont plantés?

Doit-on subordonner aussi l’évacuation des provinces autri­chiennes à la fin des discussions élevées relativement au ter­ritoire des mines?

Si l’on admet l’affirmative sur la première de ces questions, il est possibleque l’évacuation des provinces autrichiennes ne soit différée que de quelques jours au delà du terme fixé par le traité ; mais, dans ce cas, il faudrait que cette décision me fût transmise par un courrier extraordinaire.

Je soumets aussi à Votre Excellence une autre question relative aux frontières du pays de Salzbourg.

Cette principauté avait des enclaves dans plusieurs pro­vinces autrichiennes, dont quelques-unes sont réunies à l’em­pire français ou à la Bavière ; il y en avait aussi en Styrie, dans le cercle de Klagenfurth.

Ces enclaves doivent-elles faire partie de ce qui a été cédé par l’Autriche?

Si ces enclaves avaient été cédées à l’Autriche lorsque la principauté de Salzbourg a été donnée à l’archiduc Ferdinand, il semble qu’elle pourrait réclamer aujourd’hui la conser­vation. Dans le cas contraire, ne doit-on pas les considérer comme étant comprises clans la cession du pays de Salzbourg ?

Je prie Votre Excellence de me transmettre à cet égard des décisions qui puissent prévenir toute espèce de difficulté dans la détermination des limites de ce côté.

 

AU MARÉCHAL DUC DE TARENTE.

Linz, 19 décembre 1809

Monsieur le maréchal, j’ai l’honneur de vous adresser l’extrait d’une lettre de Son Excellence le ministre de la guerre, qui m’est parvenue hier à dix heures du soir. Les conditions auxquelles Sa Majesté subordonne l’évacuation de la basse Autriche n’ayant pas encore été exécutées en totalité, puisque la démarcation des frontières des provinces cédées n’est pas même commencée dans la haute Autriche, la troi­sième évacuation n’aurait pas dû avoir lieu ; mais lorsque j’ai reçu la lettre du ministre, les troupes de l’armée d’Allemagne ayant presque en totalité évacué la basse Autriche, il ne s’a­gissait plus, pour remplir les intentions de l’Empereur, de suspendre l’évacuation de cette province, mais de la faire réoccuper.

Cette mesure, sans notification préalable que le temps ne permettait plus de faire au gouvernement autrichien, pouvant entraîner des inconvénients majeurs, j’ai cru ne pas devoir arrêter le mouvement de quelques détachements de cavalerie qui sont encore dans la basse Autriche, et le 20 à minuit cette province sera entièrement évacuée par les troupes de l’armée d’Allemagne. Je vois par votre lettre du 11 que vous en aurez fait autant à la même époque pour la partie de la basse Autriche que vous occupiez.

Mais d’après les intentions de Sa Majesté, il est nécessaire que vous suspendiez l’évacuation de la Styrie et de la Carinthie jusqu’à ce que je vous aie fait connaître que la démarcation de la frontière de la haute Autriche et de l’arrondissement de Cracovie est terminée.

Jusque-là, je continuerai à occuper la haute Autriche tout entière. Je me lierai avec les troupes sous vos ordres par le pays de Salzbourg, et comme, d’après votre lettre du 11, vous avez dût porter des troupes dans le cercle de Villach, nos communications seront établies par la vallée de Spital.

Ainsi, selon l’intention de Sa Majesté, l’évacuation de la Styrie et par conséquent de la Garinthie, quoique la lettre du ministre de la guerre ne parle pas de cette dernière, ainsi que celle de la haute Autriche, tiennent à deux points.

1° La démarcation du territoire de Cracovie. Lorsqu’elle sera achevée, le colonel Romeuf, qui est à Vienne et qui en recevra la première nouvelle, vous expédiera un courrier pour vous en prévenir.

2° La démarcation de la frontière de la haute Autriche et du pays de Salzbourg, dont je vous préviendrai lorsqu’elle sera terminée, en vous faisant connaître l’époque à laquelle j’évacuerai.

Le général Drouet me mande, à la date du 14, que les Tyroliens qui avaient intercepté les communications entre Botzen, Brixen et Sterzing, ont été attaqués, dispersés, et que les communications ont été rendues libres. La plus grande partie des Tyroliens égarés est venue deman­der grâce. Quelques transfuges de diverses nations, sous la conduite d’un nommé Klob, se sont sauvés par le Pusterthal; on est à leur poursuite.

Tout le reste du pays est parfaitement tranquille, les habi­tants de la vallée de l’Inn ont repris leurs travaux. Quelques émissaires de l’insurrection qui parcouraient encore le pays n’ont pas été écoutés, et même la plupart ont été dénoncés par les habitants rentrés dans le devoir.

D’après ces nouvelles, je présume que les rapports qui vous avaient été faits, et que vous avez bien voulu me communiquer par votre lettre du 11, étaient très-exagérés.

 

AU MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE

PRINCE DE NEUCHÂTEL, ETC.

Linz, 20 décembre 1809,

Monseigneur, je reçois à l’instant la lettre de Votre Altesse Sérénissime du 13, qui en contenait une de M. le duc de Cadore.

Les explications contenues dans cette dernière lèvent les principales difficultés qui ont eu lieu relativement à la démar­cation de la frontière de la haute Autriche.

Je suis fâché qu’elle ne me soit pas parvenue plus tôt, parce que, ignorant l’intention du rédacteur du traité, j’ai dû, dans mes instructions, choisir entre les deux suppositions qu’on pouvait établir, celle qui était la plus favorable aux intérêts de notre souverain, et il en résulte que nos commissaires ont soutenu des prétentions dont ils doivent se désister.

Je leur ai communiqué les explications données par M. le duc de Gadore, en leur prescrivant de les prendie pour base de l’opération dont ils sont chargés.

J’ai reçu hier les ordres de Son Excellence le ministre de la guerre que Votre Altesse Sérénissime m’avait annoncés par sa lettre du 10 décembre.

Son Excellence me fait connaître que l’intention de Sa Majesté est que l’on n’évacue la basse Autriche qu’autant que l’ar­ticle 11 du traité serait exécuté à la lettre et que des poteaux auraient été placés dans l’arrondissement de Cracovie, ainsi que sur les frontières de la haute Autriche.

Mais cette lettre ne m’étant parvenue que le 18, à dix heures du soir, il ne s’agissait plus de ne point évacuer la basse Autriche, puisque la presque totalité des,troupes en était déjà sortie, mais de la faire réoccuper.

Dans cet état de choses, j’ai cru qu’il y aurait des inconvé­nients très-graves à faire rétrograder les troupes, et j’ai laissé continuer le mouvement de quelques détachements de cava­lerie légère, qui ont ordre de ne dépasser la frontière de la haute Autriche qu’aujourd’hui à minuit.

Mais en même temps j’ai fait déclarer aux commissaires autrichiens chargés de la démarcation des frontières, tant de ce côté que du côté de Cracovie, que l’évacuation des pro­vinces occupées par les troupes françaises n’aurait lieu que lorsque toutes les opérations relatives à ces démarcations seraient terminées.

J’ai écrit la même chose à M. de Wrbna, en répondant à une note qu’il avait fait remettre au général Dumas, pour demander que le nombre des troupes qui occupent la haute Autriche fût diminué.

Au moyen des explications données par M. le duc de Cadore, les difficultés qui s’étaient élevées pour cette fron­tière seront bientôt aplanies.

 

AU MINISTRE DE LA GUERRE

DUC DE FELTRE.

Linz, 20 décembre 1809, onze heures du soir.

Monseigneur, le général Dumas m’ayant fait connaître le 10 décembre que les Autrichiens avaient la prétention de nous suivre à vingt-quatre heures de distance, dans le cas où, pour avoir évacué entièrement la basse Autriche le 20, nos troupes se retireraient avant cette époque de la partie orien­tale de cette province, j’invitai ce général à notifier aux com­missaires autrichiens que la ligne de nos avant-postes serait occupée jusqu’au 19, à six heures du soir, et qu’en consé­quence leurs troupes ne pourraient la dépasser avant le 20, à la même heure.

Ma lettre adressée au général Dumas, et en son absence au colonel Romeuf, fut communiquée par ce dernier à M. de Wrbna, qui lui donna l’assurance que la ligne ne serait dépas­sée par les troupes autrichiennes que le 21.

A son passage ici, le général Dumas me remit une note des postes que les Autrichiens se proposaient d’occuper dans la basse Autriche, et dont la majeure partie se trouve en contact avec notre ligne. J’ai pensé que cet établissement de postes était contraire à l’esprit de la convention, qui, ayant stipulé que les Autrichiens ne pourraient nous suivre qu’à vingt-quatre heures de distance dans les provinces que nous évacuons, suppose nécessairement que la ligne des Autrichiens sera établie à une journée de marche de la nôtre.

J’ai, en conséquence, chargé le colonel Ilomeuf de faire une notification dans ce sens à M. le comte de Wrbna, et de réclamer pour que les avant-postes autrichiens soient reculés à quatre milles d’Allemagne, en arrière de la ligne que nous occupons.

Je donne ordre en même temps au général Montbrun de faire une notification pareille au général commandant la ligne autrichienne.

J’adresse à Votre Excellence copie des pièces que je viens de citer.

P.S. — Je reçois à l’instant une lettre du colonel Romeuf qui m’en transmet une de M. le comte de Wrbna, dont je joins ici copie.

Elle contient l’assurance formelle qu’aucune troupe autri­chienne n’entrera dans la basse Autriche avant le 21.

 

AU MINISTRE DE LA GUERRE

DUC DE FELTRE.

Linz, 24 décembre 1809. 13)phalie; le sort du Hanovre se trouvera par là fixé. Si quelques parties du Hanovre convenaient aux villes hanséatiques ou à quelques autres États, vous pourriez me proposer de les leur accorder et de les extraire de la Westphalie.

« Mon intention est de donner Hanau et Fulde au prince primat. Ces deux pays sont chargés de 1,650,000 francs de dotations. Une partie des domaines est déjà prise et affectée à ce service. Vous prendrez à cet égard des informations auprès du ministre des finances. Cette partie n’est susceptible d’aucun changement. Quant au reste, et spécialement ce qui est dû pour la dotation des principautés de Wagrara et d’Eckmühl (ce qui fait environ 1,100,000 francs de revenu), le prince primat pourra donner en échange, premièrement l’octroi du Rhin ; je vois dans votre rapport que vous l’éva­luez à 750,000 francs ; cet octroi devra être cédé libre au prince de Wagram, et les domaines de Fulde et de Hanau devront pourvoir au surplus nécessaire. Le prince primat doit abandonner Ratisbonne, qui, réellement, ne peut plus appartenir qu’à la Bavière. Quant au successeur du prince pri­mat, lorsque son état sera une fois constitué, il est dit dans l’acte de la Confédération que je dois le nommer ; mais je ne veux point, pour l’avenir, nommer un prêtre ; c’est contre nos principes : les prêtres ne doivent point être souverains.

« Proposez-moi la cession des enclaves de Fulde et du Hanau qui con­viendraient à la maison de Nassau ou au grand-duc de Hesse-Darmstadt.

« Je donne sans difficulté Erfurt au roi de Saxe, moyennant que les dotations que j’y ai faites soient confirmées, et que le roi paye l’équivalent en revenu, pour les biens qui ne sont pas encore donnés à des particuliers.

« Je donnerai également le comté de Katzenelnbogen à la maison de Nas­sau, en me réservant les biens patrimoniaux, ou l’équivalent en capital payable en bons portant intérêt et remboursables successivement selon les facultés du prince.

« Je donnerai à la Bavière le pays de Salzbourg et tous les pays cédés par l’Autriche sur la rive droite de 1*1 nu, ainsi que la principauté de Bayreuth, sous la condition que je me réserverai des domaines dans le pays de Salzbourg pour un capital de 10 millions, et dans la principauté de Bayreuth pour 20 millions; en tout pour un capital de 30 millions, qui pourront être éga­lement payables en bons, comme il avait été établi. Je donne, de plus, Ratisbonne à la Bavière, en renouvelant les stipulations fixées pour la famille du prince primat par le traité d’Erfurt. Le Tyrol allemand peut bien difficilement aller avec la Bavière ; mais si la Bavière croit pouvoir le soumettre, je ne m’y oppose pas. En tout cas, cependant, il faut que la Bavière me cède le Tyrol italien avec une communication de Villach à Brixen et à Trente. Ainsi la Bavière acquerrait 7 à 800,000 âmes. Il faudra fixer ce qu’elle doit céder au royaume de Wurtemberg; 200 à 250,000 âmes me paraissent convenables. Le royaume de Wurtemberg devra alors céder lui-même au grand-duché de Bade 50,000 âmes . (Correspondance de Napoléon, t. XX, p. 85.) 

Monseigneur, j’ai l’honneur d’adresser à Votre Excellence :

1° copie d’une note qui m’a été remise par le général Pernetti, président de la commission française chargée de la démarca­tion des frontières de la haute Autriche et du pays de Salzbourg;

2° Copie d’une lettre que m’a écrite ce général, le 23 dé­cembre;

3 Copie d’une note remise par la commission française à la commission autrichienne;

4° Copie de la réponse de la commission autrichienne a la note ci-dessus.

Votre Excellence remarquera que la commission autri­chienne prétend que le cession des villes et villages dénom­més dans le traité ne s’étend pas jusqu’aux territoires qui en dépendent; cependant j’ai lieu de croire que la commission autrichienne ne persistera pas dans cette prétention absurde.

Dans tous les cas, la commission française persistera dans sa prétention, en admettant la réciprocité en faveur des Autrichiens, pour les villages que l’inflexion alternative de la ligne nous mettra dans le cas de leur céder.

J’adresse aussi à Votre Excellence copie des instructions que j’ai données à la commission, pour procéder à la démar­cation des frontières des pays de Salzbourg et de Berchtesgaden.

Une carte de Diewald, publiée eu 1803 à Nuremberg, avec privilège impérial, indique plusieurs dépendances du pays de Salzbourg, enclavées dans la Carinthie, la Styrie et la basse Autriche.

J’ignore si ces enclaves sont devenues la propriété de l’Au­triche, à l’époque où les pays de Salzbourg et de Berchtesgaden ont été donnés à l’archiduc Ferdinand.

En conséquence, j’ai prescrit à la commission de faire dans le procès-verbal, qui sera dressé en commun, de la démarca­tion des frontières du pays de Salzbourg, toutes les recherchas nécessaires relativement à ces enclaves.

Je prie Votre Excellence de vouloir bien demander des explications à cet égard à M. le duc de Cadore, et de me les transmettre.

 

AU MINISTRE DE LA GUERRE

DUC DE FELTRE.

Linz, 26 décembre 1809.

Monseigneur, j’ai l’honneur d’adresser à Votre Excellence copie d’une lettre que m’a écrite M. l’intendant général de l’armée pour le prévenir que M. le commissaire ordonnateur en chef Dervillé, chargé du service des hôpitaux français restés dans les pays de l’Autriche évacués, informé que les autorités autrichiennes se disposaient à faire de vives récla­mations pour obtenir que la dépense de nos hôpitaux fût à la charge du gouvernement français, à dater du 4 janvier prochain, époque de l’évacuation définitive, lui faisait la question de savoir ce qu’il devrait faire dans cette circon­stance, attendu que ni l’article 6 du traité de paix, ni la convention particulière relative à l’entretien de nos malades aux frais du gouvernement autrichien, n’indiquent l’époque où cet ordre de choses doit cesser.

Votre Excellence trouvera aussi ci-joint copie de ma réponse à M. l’intendant général.

Je la prie maintenant de vouloir bien me faire connaître quelle est la conduite à tenir dans le cas où les Autrichiens se refuseraient à fournir après l’évacuation définitive les objets nécessaires au service des hôpitaux français qui resteront encore en Autriche.

 

AU MINISTRE DE LA GUERRE

DUC DE FELTRE.

Linz, 27 décembre 1809.

Monseigneur, j’ai l’honneur d’adresser à Votre Excellence copie d ‘une lettre du 26 décembre du général Pemetti, président de la commission chargée de la démarcation de la frontière de la haute Autriche. Elle y verra que cette opération est en bon train; tout annonce qu’elle sera promptement terminée.

Il n’en est pas de même du côté de Cracovie. Les lettres du général Pelletier, dont copies sont ci-jointes n° 2, 3 et 4 des 16, 18 et 19 décembre 1809, feront connaître en détail à Votre Excellence les difficultés qui sont survenues.

La première était relative à ce qu’on doit entendre par le territoire des mines de sel; elle a été écartée pour le moment, la discussion de cet objet étant séparable de la détermination de l’arrondissement de Cracovie, et pouvant être renvoyée sans inconvénients à une époque ultérieure, moyennant des réserves réciproques.

La difficulté actuelle concerne la détermination de la limite de l’arrondissement de Craeovie ; voici en quoi elle consiste :

Le traité porte : L’arrondissement de Cracovie aura partout pour rayon la distance de Podgorze à Wieliczka ; la ligne pas­sera par Wieliczka et s’appuiera à l’ouest sur la Skawina et à l’est sur le ruisseau qui se jette dans la Vistule à Drzdegy.

Les Autrichiens prétendent que pourvu que l’arrondis­sement ait partout pour rayon la distance de Podgorze à Wieliczka, la condition du traité est remplie.

Les commissaires saxons et le commissaire français soutien­nent au contraire que la ligne d’arrondissement doit néces­sairement se terminer des deux côtés, en s’appuyant aux deux cours d’eau désignés dans le traité. Je joins ici un plan du local n° 5, qui fera connaître à Votre Excellence quelles sont les prétentions de part et d’autre.

Je réponds au général Pelletier que quoique la prétention des commissaires saxons soit fondée quant au fond, il me semble qu’ils lui ont donné trop d’extension, et que l’esprit du traité se trouve rempli, pourvu que la courbe qui passe par Wieliczka s’appuie, dans un point quelconque, sur les deux ruisseaux.

J’ai lieu de croire qu’en restreignant ainsi cette prétention, toutes les difficultés relatives à l’arrondissement de Craeovie serontbientôtaplauies, et l’opération du placement des poteaux terminée.

Cependant, comme Votre Excellence m’a fait connaître que Sa Majesté subordonnerait l’évacuation des provinces autrichiennes à l’achèvement des opérations relatives à la démarcation des frontières, je continuerai à occuper la haute Autriche, après le 4 janvier, mais par de la cavalerie légère et quelques détachements d’infanterie seulement, afin de prouver que nous sommes prêts à exécuter le traité, aussitôt que toutes les stipulations en auront été remplies envers nous.

J’adresse à Votre Excellence copie de la lettre que j’écris à cet égard à M. de Wrbna et de celle que j’ai écrite hier à M. le maréchal duc de Tarente, pour concerter son mouve­ment avec celui de l’armée d’Allemagne.

Ce qui m’a surtout déterminé à exécuter avec le moins de rigueur possible l’ordre que vous m’avez transmis de ne point évacuer les provinces autrichiennes avant l’achèvement des opérations relatives à la démarcation, c’est que les Autrichiens paraissent s’exécuter de bonne foi, et que j’ai lieu de croire, d’après une lettre de M. de Wrbna, dont j’adresse copie à Votre Excellence, que le gouvernement autrichien est disposé à accélérer l’opération des limites.

D’ailleurs, c’est réellement nous qui ne sommes pas en mesure sur plusieurs points, puisque, comme Votre Excellence le verra par la copie d’une lettre du maréchal Macdo­nald, du 22 décembre 1809, M. de Zach attend encore l’arrivée d’un commissaire français pour faire la démarcation de la frontière de la Carniole et du cercle de Villach.

J’adresserai à Votre Excellence, par le premier courrier, l’itinéraire des troupes et l’état des cantonnements.

 

AU MARÉCHAL DUC DE TARENTE.

Linz, 27 décembre 1809.

Monsieur le maréchal, j’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 22 décembre.

L’opération du placement des poteaux n’est point encore terminée de ce côté, ni du côté de Cracovie, et il est possible qu’elle ne le soit pas à l’époque du 4 janvier.

Cependant, comme les principales difficultés sont levées. que l’opération marche, et que M. le comte de Wrbna m’a donné l’assurance la plus positive que des ordres avaient été expédiés aux commissaires autrichiens d’accélérer leur tra­vail, je me détermine à ne faire occuper après le 4 janvier la partie de la basse Autriche que nous devions évacuer pour cette époque, que par de la cavalerie légère, que le comman­dant qui sera à Linz aura l’ordre de faire replier, en faisant 6 milles par jour, aussitôt qu’il aura reçu de l’adjudant com­mandant Romeuf, qui est à Vienne, l’avis que l’opération de la plantation des poteaux du côté de Cracovie est terminée, car je ne mets pas en doute qu’elle le sera de ce côté-ci, les principales difficultés étant levées et les commissaires étant d’accord sur les principaux points.

Je crois qu’il est du service de notre souverain de faire preuve de notre empressement à exécuter de notre côté les conditions du traité.

Le quartier général de Votre Excellence ayant dû partir de Graz, suivant ce que m’a dit l’officier qui m’a apporté votre lettre, il y aurait de votre côté un grand retard dans l’évacua­tion, si elle ne commençait pas dès l’arrivée à Graz de l’officier que doit vous envoyer le colonel Romeuf. Je vous prierai donc, Monsieur le maréchal, de donner vos ordres à l’officier supérieur que vous laisserez à Graz, chargé de cette évacuation, d’en partir à la réception de l’avis par écrit du colonel Romeuf, que lui remettra l’officier que ce colonel vous enverra, et de se replier sur notre frontière, avec tous les détachements français ou alliés que vous aviez laissés en Styrie. L’officier chargé de votre évacuation devrait se con­certer avec le commandant des troupes en Carinthie pour que leur mouvement eût lieu en même temps que celui des nôtres.

Si j’ose, Monsieur le maréchal, entrer dans ces détails avec un collègue, c’est pour le bien du service de notre souverain, pour éviter les malentendus et aussi parce que j’ai l’expé­rience que vous prenez en bonne part tout ce qui est dicté par ces motifs.

Je laisserai peut-être avec la cavalerie légère quelque infan­terie dans la busse Autriche après le 4 janvier, mais elle sera placée de manière à pouvoir dépasser notre frontière en une marche ordinaire.

Par toutes ces mesures, le gouvernement autrichien aura la preuve de notre volonté d’exécuter ponctuellement le traité, pourvu qu’ils l’exécutent eux-mêmes.

Un officier qui a porté ma dépêche au général Bertrand m’a dit que tous les travaux préparatoires pour la destruction des ouvrages de Klagenfurth étaient faits, mais que les 80 milliers de poudre destinés à faire sauter, étaient insuffisants de moi­tié, par la nature des ouvrages. Il n’existe pas de poudre de ce côté; et l’on n’aurait pas le temps d’en faire venir d’ailleurs. Je fais dire à l’officier du génie chargé de ces travaux qu’il n’a pas un moment à perdre.

 

A M. LE COMTE DE WRBNA

COMMISSAIRE AULIQUE, PLÉNIPOTENTIAIRE DE SA MAJESTÉ L’EMPEREUR D’AUTRICHE.

Linz, 27 décembre 1809.

Monsieur le comte, j’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 23 décembre.

Personne ne rend plus de justice que moi à la loyauté et à la franchise qui ont caractérisé les relations que vous avez été dans le cas d’avoir avec nous, par suite de la mission dont votre gouvernement vous a chargé ; mais je dois faire observer à Votre Excellence que ce n’est pas par notre fait que l’opé­ration de la démarcation des frontières a été commencée si tard de ce côté.

J’avais chargé pendant mon séjour à Vienne le général Dumas de provoquer la nomination des commissaires autri­chiens; il faut qu’il y ait eu du malentendu de sa part, puisque je vois par sa note dont vous me transmettez copie, que le 23 novembre, il vous déclarait n’avoir aucune instruction à cet égard.

Quoi qu’il en soit, il est constant que la nomination de MM. les commissaires autrichiens ne nous a été notifiée que le 23 novembre, époque à laquelle on ne pouvait plus espérer que les opérations dont ils étaient chargés fussent terminées dans les six semaines à compter de l’échange des ratifications.

Des difficultés se sont élevées sur la démarcation des fron­tières de la haute Autriche et de l’arrondissement de Gracovie.

Je ne vous parlerai pas de la difficulté relative au territoire des mines, parce que je pense que cet objet n’est pas insépa­rable de la détermination de l’arroudissement, et qu’au moyen d’une réserve faite de part et d’autre, cette discussion peut être renvoyée à une époque ultérieure; mais comme il est désirable que l’arrondissement soit déterminé le plus tôt pos­sible, je dois vous faire, connaître quel est le point de la diffi­culté.

MM. les commissaires autrichiens, arguant d’une partie seu­lement du texte du traité qui détermine l’arrondissement de Cracovie, prétendent qu’il doit être limité par une courbe ayant partout pour rayon la distance de Podgorze à Wieliczka.

Dans cette hypothèse, les extrémités de la courbe s’appuient des deux côtés sur la Vistule.

Les commissaires de Sa Majesté le roi de Saxe et le com­missaire français se fondent sur l’ensemble du texte du traité qui porte formellement que la ligne s’appuiera à l’ouest sur la Skawina et à l’est sur le ruisseau qui se jette dans la Vistule à Brzedgi, et refusent d’adopter toute détermination de ligne qui ne rencontre pas le cours de ces deux ruisseaux.

Cette prétention me parait fondée, et je crois qu’elle paraîtra telle à tous ceux qui voudront se pénétrer de l’esprit du traité.

Cependant MM. les commissaires autrichiens ont persisté dans leur prétention, et ils ont même, sous le prétexte de l’indisposition de l’un d’eux, suspendu la plantation des poteaux sur la portion de la ligne <ftfi ne souffre aucune diffi­culté, et dont la détermination a même été convenue entre les commissaires respectifs.

Dans cet état de choses, il est de mon devoir, Monsieur le comte, de vous réitérer que l’évacuation des provinces autri­chiennes étant nécessairement subordonnée à l’exécution de toutes les stipulations du traité, je ne puis évacuer la haute Autriche avant que l’opération de la démarcation des fron­tières soit achevée : cependant, pour prouver que l’inten­tion formelle de mon gouvernement est d’exécuter stric­tement les conditions du traité, en tant qu’elles le seront envers lui, la majeure partie des troupes qui occupent les provinces autrichiennes en seront retirées, et elles ne resteront occupées, après le 4 janvier, que par quelques corps qui auront ordre de les évacuer à grandes marches, aussitôt que le colonel Romeuf leur aura transmis directement l’avis que l’opération pour l’arrondissement de Cracovie est terminée; car je ne mets point en doute qu’au moyen des explications qui ont eu lieu de part et d’autre, il ne s’élèvera plus de diffi­cultés de ce côté-ci.

Pour prolonger le moins possible cette occupation des provinces autrichiennes, j’ai envoyé à Cracovie un officier d’état-major, qui en partira aussitôt que les opérations seront terminées, pour en porter l’avis au colonel Romeuf, qui le transmettra au commandant des troupes qui occuperont encore ces provinces; ainsi quarante-huit heures après l’arrivée de l’officier expédié par le colonel Romeuf à l’officier supérieur que je laisse à Linz, il n’y aura plus un Français sur la partie  de la haute Autriche qui doit être évacuée.

Aussitôt l’arrivée d’un autre officier expédié à Graz, l’offi­cier supérieur qui s’y trouvera se repliera à grandes marches, ainsi que tous les autres détachements, et peu de jours suffi­ront pour l’évacuation totale de ce pays.

 

AU MINISTRE DE LA GUERRE

DUC DE FELTRE.

Linz, 27 décembre 1809.

Monseigneur, j’ai fait connaître à Votre Excellence par ma lettre du 20 que le général Dumas m’ayant communiqué un projet de placement des postes autrichiens sur une ligne qui touchait presque la nôtre, j’avais chargé le colonel Romeuf de réclamer auprès de M. le comte de Wrbna, pour que, conformément à l’esprit de la convention, la ligne autrichienne fût établie à une journée de marche de nos avant-postes.

Je transmets à Votre Excellence la réponse que M. le comte de Wrbna a faite le 24 décembre au colonel Romeuf. La nouvelle ligne de postes qu’il indique est à une distance suffisante de celle que nous occupons.

 

AU MINISTRE DE LA GUERRE

DUC DE FELTRE,

Linz, 31 décembre 1809, dix heures du soir.

Monseigneur, j’ai l’honneur d’adresser à Votre Excellence un nouveau rapport du général Pernetti, président de la com­mission pour la démarcation de la frontière de la haute Autriche.

Les commissaires Autrichiens ont admis la demande faite par les nôtres que la route de Jeding à Selnvanstadt appar­tient tout entière au territoire cédé; mais ils refusent encore d’admettre que les villages coupés par cette route doivent nous appartenir en entier.

Comme il résulterait de ce partage de villages de grandes facilités pour la contrebande réciproque, ce qui occasionne­rait sans cesse de nouvelles difficultés, le général Pernetti reçoit l’ordre de persister à demander la cession entière de ce village, et je pense que les Autrichiens y accéderont.

Cela est d’autant plus juste que la route nous étant cédée, son entretien tombe à notre charge.


 

References   [ + ]

1. Quelques semaines après la bataille de Wagram, au 15 août 1809, Napo­léon, voulant récompenser les services rendus pendant la campagne, avait fait une large distribution de titres et de dotations. Par une lettre du 15 août l\ l’arcbîcbancclicr Cambacérès et par un message adressé du quartier impé­rial de Schœnbrunn au Sénat, il avait annoncé qu*il érigeait les principautés de Wagram, d’Eekmühl et d’Essling en faveur de Bcrtbier, prince de Neuf- châtel, de Davout, duc d’Auersteedt, de Masséna, duc de Rivoli, affectant à ces principautés les châteaux de Chambord, de Brühl et de Thouars. Les lettres patentes constituant la principauté ne furent définitivement entérinées que le 28 novembre 1809. En donnant à Davout le titre de prince d’Eckmühl, Napoléon prouvait bien une fois de plus combien peu il songeait à s’offusquer de la gloire de ses lieutenants et à diminuer la part du maréchal dans une des plus belles victoires de la campagne.

Par décision du même jour, 15 août 1809, l’Empereur avait donné beau­coup d’autres titres. Il avait fait Oudlnot, nommé maréchal, duc de Reggio, Macdonald, également nommé maréchal, duc de Tarente, M. de Champagny duc de Cadore, Fouché duc d’Otrante, M. Gaudin duc de Gaete, M. Maret duc de Bassano, le général Clarke, ministre de la guerre, duc de Feitre, lé grand juge Regmer duc de Massa-Carrara. 11 avait fait aussi quantité de comtes et de barons, sans oublier les enfants des morts, qui étaient l’objet de libéralités particulières et commémoratives. Le maréchal Davout, récompensé lui-même au premier rang pour ses éclatants services, n’oubliait pas, comme on le voit par les lettres ci-dessus, ceux qui servaient avec lui, et il interve­nait activement en leur faveur auprès de l’Empereur. Les généraux Touzard, Hamcque, étaient avec lui depuis le camp de Bruges. Le général Pajol venait de servir d’une manière brûlante sons ses ordres pendant la campagne. Le chef d’escadrons de Trobriant, dont il est aussi question dans une de ses lettres et qui est mort général dans un âge avancé, avait été attaché comme aide de camp au maréchal depuis Bruges, et, après l’avoir suivi dans tontes ses campagnes, est resté toujours passionnément fidèle à la mémoire de son ancien chef. — Voir, pour ces distributions de récompenses, la Correspond dance de Napoléon, t. XIX, p. 344 et suiv.

2. Après «ne négociation poursuivie pendant trois mois à partir de l’armis­tice de Znaym, tantôt à Altenbourg entre M. de Champagny et M. de Met­te rnicb, tantôt à Scbœnbrunn, dans des entrevues de Napoléon avec le prince Jean de Lichtenstein et le comte de Bubtta, la paix venait enfin d’être conclue Le traité signé le 14 octobre à Vienne était naturellement une aggravation du traité signé quatre ans auparavant, après la guerre de 1805, à Presbourg. L’Autriche avait été forcée de céder : à la Bavière, au delà de l’Inn, la région de l’Innviertel allant d’Efferding, du côté du Danube, vers le pays de Salzburg; à la frontière italienne, Villach, la Carniole, la rive droite «le la Save jusqu’à la frontière turque ; en Pologne, la contrée dite Nouvelle Galicie, avec Zamosc pour le grand-duché de Varsovie, les cercles de Solkiew et de Zloczow pour la Russie. De plus, 1*Autriche s’obligeait à payer une indem­nité de guerre de 85 millions, indépendamment de ce qui avait été déjà perçu «le la contribution de 200 millions frappée au lendemain de Wagram. Elle avait enfin à subir, par un article secret, une condition plus dure pour son orgueil : la limitation de l’effectif de son armée, qui, jusqu’à la paix maritime, ne dépasserait pas 150,000 hommes. Là-de3sus, Napoléon était parti sans attendre la ratification de l’empereur d’Autriche, mais la tenant pour acquise et laissant au major général l’instruction suivante :

*Schönbrunn, 14 octobre 1809. Mon cousin, par le traité de paix qui vient d’être signé il est dit qu’il se fera une convention militaire pour l’éva­cuation. Mon intention est de partir demain et de vous laisser le commande­ment de l’armée. Je le conserverai néanmoins et attendrai à Passau ou à Munich l’échange des ratifications….,

J’ai donné des ordres pour la garde. Avant de quitter Munich, vous aurez des ordres subséquents. Le 11e corps recevra l’ordre de se rendre le 17 à Vienne pour y remplacer la garde, qui devra avoir entièrement évacué pour cette époque. Le 11e corps restera à Vienne jusqu’à ce que les ratifica­tions aient été échangées, et, le 19, il partira pour Gratz. Ce corps sera sous les ordres du Vice-Roi, ainsi que toute l’armée d’Italie. Le 1er novembre, le duc de Rivoli aura évacué la Moravie et se sera concentré, avec tout son corps d’armée, sur Krems. Le duc d’Auerstædt aura évacué également la Moravie à la même époque et concentrera son corps d’armée sur Vienne.

A la même époque, le généra! Oudinot aura évacué de même Vienne et se concentrera sur Saint-Pœlten et Mœlk, Le duc d’Auerstædt, destiné à faire l’arrière-garde, aura ses trois divisions d’infanterie, les six régiments de cavalerie légère commandés par le général Montbrun et les trois divisions de cuirassiers.

« Règle générale : mon intention est que l’armée se retire méthodiquement, de manière qu’elle ne soit pas un seul instant exposée aux caprices de la mauvaise foi. Le corps le plus près de France sera ma garde et le 8* corps. On ne fera pas de détachements sans mon ordre précis. On vivra sur le ter­ritoire ennemi jusqu’aux derniers instants indiqués au traité. Ainsi, depuis le 1er novembre, première époque de l’évacuation indiquée dans le traité, le duc d’Auerstædt occupera Vienne par 40,000 hommes d’infanterie, avec les Saxons, la division Montbrun, les cuirassiers et la cavalerie saxonne; ce qui fera, avec les détachements d’artillerie, une armée de près de 60,000 hommes. Le général Oudinot, à deux marches de Vienne, sur Saint-Pœlten, avec tout son corps, comme il est composé aujourd’hui; le duc de Rivoli, avec 40,000 hommes, se concentrera à Krenas; les Bavarois à Salzburg ou sur le Tyrol, les Wurtembergeois à Linz pour garder les communications. L’armée d’Italie et le 11e corps occuperont toujours la ville de Raab et se concentre­ront entre GEdenburg et Grætz. Un corps manœuvrera dans le Tyrol. A la seconde époque, ou celle de l’évacuation de Vienne, du 15 au 18 novembre, le duc d’Auerstædt sera à Saint-Pœlten, l’armée d’Italie sera en Styrie, les Wurtembergeois à Passau, le duc de Rivoli à Krems. Enfin, à la troisième époque, c’est-à-dire au 15 décembre, le duc d’Auerstædt sera à Linz, l’armée d’Italie en Styrie, et alors, selon les circonstances, j’aurai fait connaître mes intentions sur la destination des autres corps… » (Correspondance de Napoléon, t. XIX, p. 579.)

3. Ceci n’était que l’exécution stricte des ordres laissés par Napoléon à son départ te 14 octobre : « …Mon intention est que les ouvrages de Spitz soient entièrement démolis. On commencera la démolition le 1er novembre, et on y emploiera des soldats et des paysans. Quinze jours suffisent à ce travail. On fera sauter, le 15 octobre, sans attendre les ratifications, les remparts de la ville de Vienne. On fera sauter la citadelle de Brünn quatre jours apres les ratifications échangées; on fera santer les places de Baab et de Grætz vingt-quatre heures avant de les quitter.

« Vous donnerez l’ordre au régiment de Nassau de partir pour Passau le lendemain des ratifications. « (Correspondance de Napoléon, t. XIX, p. 581.

4. L’Empereur au major général. — « Paris, 22 novembre 1809. Mon cou­sin, je vous envoie les lettres que j’ai reçues du duc d’Auerstædt et du général Andrcossy. Accusez-leur-en la réception et répondez-leur. Je reçois vos deux lettres des 20 et 24. Le Tyrol est soumis. Ainsi le duc d’Auerstædt ne doit pas disséminer mes troupes de ce côté, où il y a suffisamment de troupes bavaroises. Donnez ordre au général Lagrange, aussitôt qu’il pourra évacuer le Vorarlberg, de se diriger sur Huningue avec son infanterie, cavalerie et artillerie. Je vous autorise à faire passer la route de mes troupes par Braunau. Je vous renvoie le travail du général Bertrand; donnez des ordres conformément à ce travail. Je vous renvoie votre correspondance relative aux affaires du Tyrol. Faites faire une relation raisonnable de ces événe­ments pour le Moniteur.  (Correspondance de Napoléon, t. XX, p. 42-43.)
5. Le général comte de Narbonne, ancien ministre de Louis XVI, venait de se rallieret de prendre du service. Napoléon, qui avait un grand goût pour lui et qui se promettait de remployer auprès de sa personne, avait commencé par le nommer gouverneur «le Raab, ce qui était d’ailleurs un poste de con- Hance. La lettre par laquelle Napoléon avait nommé le « général de division Narbonne . gouverneur de Raab, est du 23 juin 1809, au lendemain de la prise de cette ville.
6. L’Empereur au ministre de la guerre. — « Trianon, 25 décembre 1809. Monsieur le duc de Fcltre, j’ai fait vérifier le tracé des nouvelles frontières de la Confédération du llliin dans la haute Autriche. Le village de Strass dont il est question dans le traité n’est point celui qui se trouve entre Effer- ding et Linz, ni celui qui est le plus voisin de Passau ; c’est celui qui, sur la petite carte de Smith, est indiqué par erreur Szal, car, sur la grande carte de la haute Autriche, il est réellement écrit Strass.

« Ainsi donc la frontière doit commencer au Danube, au-dessous de ce village de Strass, au confluent de la petite rivière, la remonter jusqu’à Santa- Agatha, descendre par une ligne sur la rivière Aschah, remonter cette rivière jusqu’au village de Dittersdorf, prendre à gauche l’affluent qui vient de Wajdlîng, arriver à Grieshirchen, suivre la rivière et son affluent jusque près de Meggenhofen, passer à Hmft, et de là arriver à Schwanstadt par la ligne la plus courte qu’indique le chemin de traverse. Il est donc clair qu’il n’est point question du Jeding qui se trouve le plus près de Latnhach.

Je vous envoie une carte de Smith sur laquelle la nouvelle frontière avait été tracée par mon ordre à Schönbrunn même, pendant la discussion du traité de paix ; les difficultés survenues relativement au territoire des vil­lages doivent cesser de même, puisque c’est presque toujours te cours des rivières ou une route qui détermine la frontière. » (Correspondance de Napo­léon, t. XX, p. 87.

7. L’Empereur au ministre de la guerre. — « Paris, 9 décembre 1809, Monsieur le duc de Feltre, vous ferez parvenir par un officier les ordres suivants au prince d’Eckmühl et au vice-roi d’Italie.

Vous ordonnerez au prince d’Eckmühl d’exécuter ponctuellement les articles du traité, et d’avoir évacué, le 20 décembre à midi, la basse Autriche, en supposant : 1° que l’article 2 du traité ait été exécuté à la lettre, et que des poteaux aient été placés dans l’arrondissement de Cracovie, ainsi que sur les frontières de la haute Autriche; 2° que toutes les contributions aient été payées; 3° que les prisonniers aient été restitués.

« Alors toute mon armée sera placée, l’armée française d’Italie dans la Styrie, et l’armée française d’Allemagne dans la haute Autriche. Les Bava­rois continueront à pacifier le Tyrol. Enfin, au 5 janvier, terme de rigueur pour toute l’évacuation, toutes les troupes resteront placées dans le pays de Salzburg et sur la limite.

« Quant aux troupes alliés, vous ferez connaître au prince d’Eckmühl que, comme tout parait bien marcher, il est autorisé à renvoyer les Saxons sur Dresde par le plus court chemin, les Wurtembergeois sur Stuttgart, la divi­sion Rouyer sur Mannheim, les troupes de Hesse-Darmstadt sur Darmstadt, les Badois sur Karlsruhe, et les Portugais sur Ratisbonne, pour y être formés en un seul corps. Les Portugais cesseront de faire partie du 2e corps et passeront au 3e ; le prince d’Eckmühl les placera dans la division où il le jugera à pro­pos. Par ce moyen, il aura soulagé son armée de toutes les troupes auxiliaires ; ce qui ne laissera pas d’être une  diminution considérable pour les subsis­tances.

« Vous ferez connaître an prince d’Eckmühl que les corps restent orga­nisés comme ils le sont, avec cette différence que la division Morand, qui a perdu le 65e, reprendra en place le 57e. Ainsi le 3e corps sc trouvera com­posé de quinze régiments, et le 2° corps en perdra un. Vous lui donnerez l’autorisation de diriger, lorsqu’il le jugera convenable, le 2e corps sur Augs­burg et Ulm, et tout le 4e corps sur Bamberg, Bayreuth et Würzburg, ne gardant ainsi, jusqu’au dernier moment de l’évacuation, que les quinze régi­ments du 3e corps, les trois divisions de cuirassiers et les six régiments de cavalerie légère de la division Montbrun, au delà de l’inn. Si, comme tout me porte à le penser, il n’y a aucun inconvénient à exécuter ces disposi­tions, le prince d’Eckmühl vous fera connaître quand les corps arriveront dans leurs nouveaux cantonnements, et vous en enverra le détail en règle, la situation, l’état de l’artillerie, du génie, des équipages militaires, etc.

« Vous recommanderez à ce maréchal de ménager la Bavière autant que possible.

« Vous lui donnerez l’ordre de faire partir sur-le-champ pour Strasbourg les marins et les ouvriers de la marine. » (Correspondance de Napoléon, t. XX, p. 58.

8. Par décision du 28 novembre, l’Empereur avait en effet changé la desti­nation de Berthier et l’avait de nouveau chargé des fonctions de major géné­ral de l’armée d’Espagne qu’il avait eues avant la guerre d’Autriche. La lettre par laquelle l’Empereur notifiait cette décision au major général était ainsi conçue :

« Paris, 28 novembre 1809. Mon cousin, je viens d’ordonner qu’au 1er décembre vous n’aurez plus à vous mêler de l’armée d’Allemagne, et que vous serez chargé de la correspondance de l’armée d’Espagne. A dater de cette époque, vous prendrez les fonctions de major général de l’armée d’Espagne. Prenez vos mesures pour organiser votre état-major et vos bureaux. Mettez en marche vos équipages et ceux de vos aides de camp… » — Le ministre de la guerre reprenait ainsi, au moins nominalement ou officielle­ment, la direction des affaires, et c’est avec lui qu’avait désormais à corres­pondre le maréchal Davout, laissé comme commandant en chef des forces françaises dans la haute et basse Autriche. On remarquera qu’en 1809 comme en 1805, le maréchal Davout restait seul chargé du commandement des troupes laissées en Allemagne, et de l’exécution du nouveau traité de paix, qui ne laissait pas de soulever d’assez sérieuses difficultés, aggravées quel­quefois par la nécessité d’attendre les ordres de l’Empereur.

9. Voir plus haut les lettres du maréchal et de l’Empereur, au sujet de ces difficultés de délimitation qui s’élevaient à chaque pas et créaient au général français de véritables embarras.
10. Quoique le prince de Neufchâtel eut été déjà, comme on l’a vu, nommé do nouveau major (jouerai dé t’armée d’Espagne, U se trouvait forcément encore mélo aux affaires d’Autriche qu’il avait suivies jusque-là et pour les­quelles les {généraux correspondaient avec lui. La permission que le maréchal faisait demander à l’Empereur allait lui être accordée.
11. Ce n’est, on le voit, que le 19 décembre que le maréchal recevait à Lintz les instructions contenues dans une lettre de l’Empereur du 9 dé­cembre ci-dessus et transmises par le ministre île la guerre, en même temps que le prince de Ncnfcbâtel transmettait de son côté, on va le voir, une lettre du duc de Cadore relative aux mêmes faits. Dans l’intervalle, le prince iVEehtniihl, livré à lui-même, avait eu à se débattre avec les commissaires autrichiens, qui défendaient naturellement leurs intérêts, et à décider sous sa responsabilité la marche de l’évacuation qui devait toujours rester proportionnée à l’exécution dut traité par les Autrichiens. Il s’agissait de tout interpréter, de tout concilier, et ce n’était pas une besogne facile, ainsi qu’on peut le remarquer. L’Empereur, rentré à Paris, laissait scs lieute­nants chargés de ces épineuses questions de détail, sauf à les désapprouver s’ils ne devinaient pas ses vues, s’ils ne comprenaient pas le traité comme il l’entendait lui-même, ou s’ils n’avaient pas exécuté, avant de les connaître, des ordres souvent retardés par l’éloignement, par la distance qui séparait Paris do Lintz. D’ailleurs, Napoléon avait lultc d’on finir \ il n’avait pas seu­lement la guerre d’Espagne à conduire, il comment,‘ait à s’occuper d’une autre affaire qui allait changer toutes scs relations avec l’Autriche, au moins pour le moment. Le maréchal, lui, avait à se débrouiller avec cette affaire de la délimitation et de l’évacuation, en exécution du traité du 14 octobre; et de ht convention militaire qui en avait été la suite.
12. L’Empereur au ministre de la guerre « Paris, 28 décembre 1809. Je vous renvoie les dépêches du duc d’Auerstædt. Il parait qu’il n’y a plus de difficulté pour la haute Autriche. Il ne peut pas en avoir pour Salzburg, puisqu’il peut laisser les enclaves en suspens ; c’est aux diplomates à s’arran­ger. Je donnerai des ordres au duc de Cadore.

II est convenable, en général, de ne point taire de fausses difficultés. L’affaire de Cracovie est une affaire contentieuse, qui se décidera. Du moment que les poteaux sont mis, il faut évacuer. Le duc d’Auerstædt a mal fait de faire revenir des troupes de Ratisbonne en Autriche ; c’est les fatiguer inutilement. Il valait mieux faire aller tous les Portugais sur Ratisbonne. » (Correspondance de Napoléon, t. XX, p. 90.

13. phalie; le sort du Hanovre se trouvera par là fixé. Si quelques parties du Hanovre convenaient aux villes hanséatiques ou à quelques autres États, vous pourriez me proposer de les leur accorder et de les extraire de la Westphalie.

« Mon intention est de donner Hanau et Fulde au prince primat. Ces deux pays sont chargés de 1,650,000 francs de dotations. Une partie des domaines est déjà prise et affectée à ce service. Vous prendrez à cet égard des informations auprès du ministre des finances. Cette partie n’est susceptible d’aucun changement. Quant au reste, et spécialement ce qui est dû pour la dotation des principautés de Wagrara et d’Eckmühl (ce qui fait environ 1,100,000 francs de revenu), le prince primat pourra donner en échange, premièrement l’octroi du Rhin ; je vois dans votre rapport que vous l’éva­luez à 750,000 francs ; cet octroi devra être cédé libre au prince de Wagram, et les domaines de Fulde et de Hanau devront pourvoir au surplus nécessaire. Le prince primat doit abandonner Ratisbonne, qui, réellement, ne peut plus appartenir qu’à la Bavière. Quant au successeur du prince pri­mat, lorsque son état sera une fois constitué, il est dit dans l’acte de la Confédération que je dois le nommer ; mais je ne veux point, pour l’avenir, nommer un prêtre ; c’est contre nos principes : les prêtres ne doivent point être souverains.

« Proposez-moi la cession des enclaves de Fulde et du Hanau qui con­viendraient à la maison de Nassau ou au grand-duc de Hesse-Darmstadt.

« Je donne sans difficulté Erfurt au roi de Saxe, moyennant que les dotations que j’y ai faites soient confirmées, et que le roi paye l’équivalent en revenu, pour les biens qui ne sont pas encore donnés à des particuliers.

« Je donnerai également le comté de Katzenelnbogen à la maison de Nas­sau, en me réservant les biens patrimoniaux, ou l’équivalent en capital payable en bons portant intérêt et remboursables successivement selon les facultés du prince.

« Je donnerai à la Bavière le pays de Salzbourg et tous les pays cédés par l’Autriche sur la rive droite de 1*1 nu, ainsi que la principauté de Bayreuth, sous la condition que je me réserverai des domaines dans le pays de Salzbourg pour un capital de 10 millions, et dans la principauté de Bayreuth pour 20 millions; en tout pour un capital de 30 millions, qui pourront être éga­lement payables en bons, comme il avait été établi. Je donne, de plus, Ratisbonne à la Bavière, en renouvelant les stipulations fixées pour la famille du prince primat par le traité d’Erfurt. Le Tyrol allemand peut bien difficilement aller avec la Bavière ; mais si la Bavière croit pouvoir le soumettre, je ne m’y oppose pas. En tout cas, cependant, il faut que la Bavière me cède le Tyrol italien avec une communication de Villach à Brixen et à Trente. Ainsi la Bavière acquerrait 7 à 800,000 âmes. Il faudra fixer ce qu’elle doit céder au royaume de Wurtemberg; 200 à 250,000 âmes me paraissent convenables. Le royaume de Wurtemberg devra alors céder lui-même au grand-duché de Bade 50,000 âmes . (Correspondance de Napoléon, t. XX, p. 85.)