7 octobre 1805 – Passage du Lech

A Donauwerth, le pont sur le Danube était coupé et défendu. On se mit au travail pour le rétablir. Pendant ce temps, le Colonel Wathier , du 4e dragons 1)Le 4e dragons fait partie de la 1e division de dragons de la Grande-Armée, que le général Klein commandera du 26 août 1805 au14 mai 1807. Ils font partie du corps de cavalerie de réserve commandée par Murat. Il resteront à Vienne au moment de la bataille d’Austerlitz., avec 200 dragons de son régiment, passa le fleuve en bateau pour faire une reconnaissance sur la rive gauche et donner la chasse aux parties ennemis qui se retiraient vers Rain.

L’occupation du pont de Rain, sur le Lech 2)Le Lech prend sa source au Hornspitz, dans le Tannengebirge, dans le massif qui sépare le Voralberg du Tyrol. Il quitte ce dernier à Reutte. Jusqu’à Landsberg, ses rives sont escarpées, puis il entre dans la plaine et forme plusieurs zones de marécages; de ce fait les possibilités de passage ne manquent pas, depuis Landsberg jusqu’à l’embouchure dans le Danube. Les plus notables sont à Augsburg et Rain (d’après Schönhals – Der Grieg 1805 in Deutschland – Wien, 1873 , avait une grande importance, car, en l’occupant, les Français tournaient a la fois l’Iller et le Lech et laissaient peu de chances au général Mack de rétrograder à propos.

Le détachement du colonel Wathier marche donc sur Rain 3)Le matin du 7, l’ennemi avait jeté les ponts à Donauwörth (…) Murat s’avanca avec les deux divisions de dragons Klein et Walther, suivies des divisions Bourcier et Beaumont. Les deux premières se dirigèrent en direction de Rain. Kienmayer appris ce qui se passait à Donauworth, et qui menaçait de couper sa communication avec l’armée, avant d’avoir reçu l’ordre de se replier sur les russes qui approchaient.; il se décide alors à se diriger sur Aichach (…) L’ennemi trouva Rain faiblement occupé et s’empara sans difficultés du village et du pont sur le Lech – d’après les rapports français, grâce à une attaque de 200 dragons, qui passèrent le Lech à la nage.; mais, parvenu au pont du Lech , il le trouve coupé et gardé par les Uhlans. Il remonte jusqu’à Obersdorf, où l’on reconnaît un gué. Quelques tirailleurs traversent la rivière à une demi-lieue du village et sont immédiatement suivis par le reste du détachement.

Ce ne fut qu’en arrivant sur la rive gauche du Lacha ( petite rivière parallèle au Lech) qu’on aperçut l’ennemi posté près d’Oder-Peuching. Quelques dragons mirent pied à terre et commencèrent à tirailler, pendant que d’autres traversaient la rivière et fondaient sur les vedettes ennemis, qui se retirèrent.

Le peloton des tirailleurs ayant suivi , le colonel Wathier lui fit mettre pied à terre pour protéger le gué en cas de retraite; mais, comme les autrichiens continuaient à se retraiter, il fit passer le reste de son détachement, dont il cacha la faiblesse en se couvrant à propos par des bois et ravins. On apercevait dans la plaine deux colonnes de cavalerie dont on estima la force à 6 ou 700 hommes, et , plus loin, sur le revers de la montagne, au sud de Dilling, une troupe d’infanterie dont on ne put apprécier exactement le nombre.

Le jour commençait à baisser et la retraite de l’ennemi paraissait décidée. Le Colonel Wathier, décidé à la subir, plaça sa troupe sur un rang et la forma en deux échelons marchant à une assez grande distance l’une de l’autre pour en imposer par leur force. La marche continua donc dans cet ordre, fréquemment interrompue par la nécessité de faire dégager la route par les tirailleurs. A la nuit close, le détachement arrivait à une demi-lieue de Pesenpruch, sur la route de Rain à Aicha.

Reformant ses pelotons, le colonel Wathier se dirigea en colonne par quatre sur Pesenpruch. L’ennemi parut alors vouloir s’opposer à la marche; l’officier qui commandait le peloton d’avant-garde s’avança sur lui, mais il ne l’avait pas encore atteint que l’on reconnut, tout près et en bataille , toute la cavalerie ennemie que l’on avait poursuivie toute la journée. A ce moment même, elle sonna la charge et fondit avec impétuosité sur le petit détachement. Quelques pelotons de Uhlans cherchaient à lui couper la retraite en se prolongeant à droite et à gauche de la route qu’ils occupaient. La situation était critique pour les dragons du 4e et leur audacieux colonel, mais leur courage les sauva. Entraînés par leur officiers, ils franchissent un fossé qui les sépare de l’ennemi et tombe avec une telle ardeur sur les pelotons qui voulaient les prendre en queue qu’ils les culbutent et les poussent en désordre sur le gros de leur troupe, où ils viennent porter le désordre.

Le colonel Wathier fit enfin sonner le ralliement, qui s’effectua avec peine à cause de l’acharnement de ses cavaliers à sabrer les Uhlans en retraite. Le détachement rallié se porta de nouveau en avant , puis , l’ennemi ayant disparu, se retira sur Rain.

Napoléon va, dans les jours qui suivent, s’intéresser de très près au colonel Watier (1770-1846 – comte de Saint-Alphonse):

“Le colonel Watier, du 4e régiment de dragons, a été tué (Note : bataille de Durnstein). Sa Majesté l’avait choisi pour l’un de ses écuyers : c’était un officier d’une grande valeur; malgré les difficultés du terrain, il était parvenu à faire contre une colonne russe une charge très-brillante; mais il fut atteint d’une balle et trouva la mort dans  la mêlée.” (XXIIe Bulletin – 13 novembre 1805)

“Il parait que le colonel Watier a été pris. S’il y des parlementaires, vous pouvez le demander en échange avec un colonel russe que nous avons pris dans la même journée.” (A Murat – 15 novembre 1805)

“Il paraît que le colonel Watier n’est pas mort, mais que, son cheval ayant été blessé dans une charge, il a été fait prisonnier. Cette nouvelle a causé la plus grande satisfaction à l’Empereur, qui fait un cas particulier de cet officier.” (XXIVe Bulletin – 15 novembre 1805)

C’est au cours de la campagne de 1806-1807 qu’il s’illustrera, combattant à Saalburg, Schleiz et Friedland. Il passe ensuite en Espagne, puis à l’armée d’Allemagne. Il sera de la charge qui enlève la Grande redoute à la Moskowa. Son dernier combat sera Waterloo.) 

Cette brillante journée ne coûtait au régiment qu’un homme tué, le Dragon Demarcy, et deux blessés, dont un officier, le capitaine Monneret.

L’empereur la passa en revue ( la division Klein ) à Susmerhausen avec d’autres divisions de Dragons. A cette revue, L’empereur se fit présenter le dragon Merente 4)Merente trouvera la mort le 10 juin 1807, à Heilsberg., du 4eme dragons, qui s’était distingué le 7, au passage du Lech, en sauvant son capitaine d’un péril imminent. Ce dragon avait été , quelques jours avant, cassé du grade de sous-officier sur la plainte de son capitaine.

L’Empereur a passé en revue les dragons, au village de Zusmarshausen ; il s’est fait présenter le nommé Marente, dragon du 4e régiment, un des plus braves soldats de l’armée, qui, au passage du Lech, avait sauvé son capitaine qui, peu de jours auparavant l’avait cassé de son grade de sous-officier. Sa Majesté lui a donné l’aigle de la Légion d’honneur. Ce brave soldat a répondu : Je n’ai fait que mon devoir; mon capitaine m’avait cassé pour faute de discipline; mais il sait que j’ai toujours été un bon soldat. (3e Bulletin de la Grande Armée – Zusmarshausen, 10 octobre 1805 

L’Empereur, dit le troisième bulletin de la Grande Armée, donna l’aigle de la Légion d’Honneur au dragon Merente, un des plus braves soldats de l’armée, et le félicita de sa belle conduite. Merente lui répondit : “ Je n’ait fait que mon devoir; mon capitaine m’avait cassé pour quelques fautes contre la discipline, mais il sait que j’ai toujours été un bon soldat”. 

 

Source:

Historique du 4e Régiment de Dragons (1672-1894) Par L. Lemaître . Henri Charles Lavauzelle . 1894 (merci à Manuel Britos)

References   [ + ]

1. Le 4e dragons fait partie de la 1e division de dragons de la Grande-Armée, que le général Klein commandera du 26 août 1805 au14 mai 1807. Ils font partie du corps de cavalerie de réserve commandée par Murat. Il resteront à Vienne au moment de la bataille d’Austerlitz.
2. Le Lech prend sa source au Hornspitz, dans le Tannengebirge, dans le massif qui sépare le Voralberg du Tyrol. Il quitte ce dernier à Reutte. Jusqu’à Landsberg, ses rives sont escarpées, puis il entre dans la plaine et forme plusieurs zones de marécages; de ce fait les possibilités de passage ne manquent pas, depuis Landsberg jusqu’à l’embouchure dans le Danube. Les plus notables sont à Augsburg et Rain (d’après Schönhals – Der Grieg 1805 in Deutschland – Wien, 1873
3. Le matin du 7, l’ennemi avait jeté les ponts à Donauwörth (…) Murat s’avanca avec les deux divisions de dragons Klein et Walther, suivies des divisions Bourcier et Beaumont. Les deux premières se dirigèrent en direction de Rain. Kienmayer appris ce qui se passait à Donauworth, et qui menaçait de couper sa communication avec l’armée, avant d’avoir reçu l’ordre de se replier sur les russes qui approchaient.; il se décide alors à se diriger sur Aichach (…) L’ennemi trouva Rain faiblement occupé et s’empara sans difficultés du village et du pont sur le Lech – d’après les rapports français, grâce à une attaque de 200 dragons, qui passèrent le Lech à la nage.
4. Merente trouvera la mort le 10 juin 1807, à Heilsberg.