Reudnitz, 15 octobre 1813.

Le 7, l’Empereur est parti de Dresde. Le 8, il a couché à Wurzen, le 9, à Eilenburg, et le 10, à Düben.

L’armée ennemie de Silésie, qui se portait sur Wurzen, a sur-le-champ battu en retraite et repassé sur la rive gauche de la Mulde; elle a eu quelques engagements, où nous lui avons fait des prison­niers et pris plusieurs centaines de voitures de bagages. Le général Reynier s’est porté sur Wittenberg, a passé l’Elbe, a marché sur Roslau, a tourné le pont de Dessau, s’en est emparé, s’est ensuite porté sur Aken et s’est emparé du pont. Le général Bertrand s’est porté sur les ponts de Wartenburg et s’en est emparé, te prince de la Moskova s’est porté sur la ville de Dessau ; il a ren­contré une division prussienne; le général Delmas l’a culbutée, et lui a pris 3,000 hommes et six pièces de canon. Plusieurs courriers de cabinet, entre autres le sieur Kraft, avec des dépêches de haute importance, ont été pris. Après s’être ainsi emparé de tous les ponts de l’ennemi, le projet de l’Empereur était de passer l’Elbe, de manœuvrer sur la rive droite, depuis Hambourg jusqu’à Dresde, de menacer Potsdam et Berlin, et de prendre pour centre d’opération Magdeburg, qui, dans ce dessein, avait été approvisionné en munitions de guerre et de bouche. Mais, le 13, l’Empereur apprit à Düben que l’armée bavaroise était réunie à l’armée autrichienne et menaçait le bas Rhin. Cette incon­cevable défection fit prévoir la défection d’autres princes, et fit prendre à l’Empereur le parti de retourner sur le Rhin; changement fâcheux, puisque tout avait été préparé pour opérer sur Magdeburg; mais il aurait fallu rester séparé et sans communication avec la France pendant un mois : ce n’avait pas d’inconvénient au moment où l’Empereur avait arrêté ses projets; il n’en était plus de même lorsque l’Autriche allait se trouver avoir deux nouvelles armées dis­ponibles ; l’armée bavaroise et l’armée opposée à la Bavière. L’Em­pereur changea donc avec ces circonstances imprévues, et porta son quartier général à Leipzig.

Cependant le roi de Naples, qui était resté en observation à Freyberg, avait reçu le 7 l’ordre de faire un changement de front, et de se porter sur Penig et Frohburg, opérant sur Wurzen et Wittenberg. Une division autrichienne, qui occupait Augustusburg, rendant dif­ficile ce mouvement, le Roi reçut l’ordre de l’attaquer, la défit, lui prit plusieurs bataillons, et après cela opéra sa conversion à droite.

Cependant la droite de l’armée ennemie de Bohême, composée du corps russe de Wittgenstein, s’était portée sur Altenburg, à la nouvelle du changement de front du roi de Naples. Elle se porta sur Frohburg, et ensuite par la gauche sur Borna, se plaçant entre le roi de Naples et Leipzig. Le Roi n’hésita pas sur la manœuvre qu’il devait faire; il fit volte-face, marcha sur l’ennemi, le culbuta, lui prit neuf pièces de canon, un millier de prisonniers, et le jeta au-delà de l’Elster, après lui avoir fait éprouver une perte de 4 à 5,000 hommes.

Le 15, la position de l’armée était la suivante :

Le quartier général de l’Empereur était à Reudnitz, à une demi-lieue de Leipzig.

Le 4e corps, commandé par le général Bertrand, était au village de Lindenau.

Le 6ecorps était à Lindenthal.

Le roi de Naples, avec les 2e, 8e et 5e corps, avait sa droite à Dœlitz et sa gauche à Liebertwolkwitz.

Les 3e et 7e corps étaient en marche d’Eilenburg pour flanquer le 6e corps.

La grande armée autrichienne de Bohême avait le corps de Gyulai vis-à-vis Lindenau, un corps à Zwenkau, et le reste de l’armée, la gauche appuyée à Crœbern, et la droite à Naunhof.

Les ponts de Wurzen et d’Eilenburg sur la Mulde, et la position de Taucha sur la Partha, étaient occupés par nos troupes.

Tout annonçait une grande bataille.

Le résultat de nos divers mouvements, dans ces six jours, a été 5,000 prisonniers, plusieurs pièces de canon et beaucoup de mal fait à l’ennemi.

Le prince Poniatowski s’est dans ces circonstances couvert de gloire.