1805 – QUATRIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ITALIE

QUATRIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ITALIE [1].

 

Au quartier-général de Montebello[2],

le 11 brumaire an 14[3].

Après la bataille du 8, par l’effet de la position de l’armée en avant de Caldiero, & par une suite des mouvemens ordonnés le 7 à la division Seras, une colonne ennemie forte de 5000 hommes, commandés par un brigadier, fut séparée du corps du général Rosemberg[4], & se trouva coupée de manière à ne pouvoir remonter dans les vallées ni rejoindre son armée. Le général en chef, instruit qu’elle s’était portée le 10 sur les hauteurs de Saint-Léonard[5], envoya un de ses aides-de-camp pour la sommer de mettre bas les armes. L’officier-général Hillinger[6], qui la commandait, s’appercevant qu’il n’avait pas des troupes devant lui, manifesta l’intention de combattre.

Le 22e régiment d’infanterie légère, conduit par son colonel Goguet[7], eut ordre de se porter de suite en avant de Veronnette ; l’ennemi fit un mouvement sur lui, & le força de prendre position sous le château de San-Félice. Le général en chef se porta bientôt sur les lieux, & fit marcher quatre bataillons de grenadiers pour cerner entièrement l’ennemi ; le général Charpentier[8], chef de l’état-major, chargé de ces dispositions, les exécuta avec précision, de concert avec le général Solignac[9].

Il fut fait alors une nouvelle sommation à l’ennemi, qui sentit qu’il fallait se résoudre à mettre bas les armes. Une capitulation signée par l’officier-général commandant la colonne ennemie, & par le général Solignac, nous a livré 5000 prisonniers avec armes & bagages, 70 officiers, 1 brigadier, 1 major, 1 colonel, 80 chevaux, &c., &c.

Le prince Charles de son côté, voyant qu’une colonne de son armée avait été coupée, & craignant d’être tourné dans sa position, s’occupa d’effectuer sa retraite. On fut instruit qu’il avait fait quelques mouvemens dans la nuit : dès la pointe du jour, de fortes reconnaissances furent poussées sur la ligne ; la division des chasseurs à cheval, commandée par le général Espagne, & les voltigeurs de la division Gardanne, se mirent à la poursuite des autrichiens, qui furent harcelés toute la journée, & auxquels on fit 600 prisonniers.

Nous occupons aujourd’hui Montebello ; demain l’armée continue sa marche.

Copie d’une capitulation entre M. le général Solignac, commandant un corps de grenadiers de l’armée impériale & royale de S.M. l’Empereur des Français, d’une part ; & M. le brigadier-général Hillinger, commandant un corps de troupes de S.M.I. & R. l’Empereur d’Allemagne, d’autre part.

      Art. Ier. Les troupes autrichiennes, commandées par M. le général Hillinger, restent prisonnières de guerre aux conditions suivantes.

II. M. le général Hillinger, ainsi que tous les officiers sous ses ordres, conserveront leurs épées, chevaux & bagages ; ils rentreront en Autriche sur leur parole d’honneur de ne pas servir contre la France ou ses alliés, jusqu’à leur parfait échange.

III. Les soldats mettront bas les armes avant d’entrer dans Véronne ; ils conserveront leur butin.

IV. Tous les blessés autrichiens qui se trouvent dans les environs de Payano & Grazzano[10], seront transportés de suite dans les hôpitaux militaires de l’armée française, pour y être traités convenablement.

V. Les troupes de S.M. l’empereur d’Allemagne s’étant battues avec la plus grande intrépidité, & n’ayant capitulé qu’au moment où elles ont été complètement cernées, l’armée française fera pour elle tout ce que l’on doit à la bravoure militaire.

Fait double à Cara-Albertini[11], le 2 novembre 1805 (11 brumaire an 14.)

Signé, HILLINGER, général-major.

(Suivent les autres signatures des officiers supérieurs. )


NOTES

[1] In : Mémorial administratif du département de l’Ourte, n° 299 du 30 brumaire an XIV (21.11.1805), p. 186-187. Liège : J.F. Desoer, 1806. (Mémorial administratif du département de l’Ourte ; IX).

[2] Aujourd’hui Montebello Vicentino, village au sud-ouest de Vicence, sur la route en provenance de Vérone.

[3] 2 novembre 1805.

[4] Franz Seraphicus Prince von Orsini et Rosenberg (1761-1832). Lieutenant-feld-maréchal depuis 1801.

[5] San Leonardo, village au nord de Vérone, sur la rive gauche de l’Adige.

[6] Général-major Carl von Hillinger.

[7] Louis Antoine Goguet ((1764-1822). Général (1811).

[8] Henri François Marie Charpentier (1769-1831). Général (1799). Comte de l’Empire (1810).

[9] Jean Baptiste Solignac (1773-1850). Beau-frère du maréchal Jourdan. Général (1799).

[10] Poiano et Grezzana, villages respectivement au sud et au centre du Valpantena (vallée du nord de Vérone).

[11] Casa Albertini, localité près d’Arbizzano, au sud du Valpolicella (parallèle au et à l’ouest du Valpantena).