16 janvier 1809 – Bataille de La Corogne

Sir D. Baird, qui succéda au général Moore, appela le restant de sa seconde ligne, et, par ce moyen, reforma les troupes en arrière du premier champ de bataille. Il parvint jusqu’à la nuit qui s’approchait à se maintenir dans cette seconde position, mais ce deuxième général en chef an­glais fut encore grièvement blessé et remplacé par le général Hope.

La chute du jour empêcha le maréchal de con­naître assez à temps les progrès des Français et la situation de l’ennemi, pour faire des disposi­tions contre la nouvelle ligne que venaient de prendre les Anglais.

Si le combat eut commencé plus tôt, et si le ter­rain eût permis à la cavalerie de charger, c’en était fait de cette armée anglaise[28]. L’espoir de s’embarquer en combattant encore quelques instants pour attendre la fin du jour, dut exciter les Anglais à un effort pour conserver leur der­nière position. Mais dès que la nuit put cacher leur retraite, ils marchèrent en toute hâte aux points de rembarquement, qui eu lieu à l’arsenal de la Paliosa et au port de La Corogne.

Pour couvrir, cette retraite, le général Hope fit allumer des feux, et chargea le général Béresford de les entretenir quelque temps.

La perte des Anglais fut considérable. Le géné­ral en chef et deux autres généraux périrent sur le champ de bataille.

C’est d’après des documents anglais que nous avons élevé la force de l’armée anglaise réunie à Majorga, à trente-sept mille hommes, présen­tant trente à trente-deux mille baïonnettes ou sa­bres ; c’est par la même voie que nous avons ap­pris qu’il ne s’était embarqué que six mille hommes à Vigo, et douze mille à La Corogne. Sans doute les dix-neuf mille hommes de différence ne furent pas pris ou tués par les Français. Un grand nombre se dispersa dans la retraite, et ces fuyards furent bien accueillis ou massacrés par les habitants, suivant que ceux-ci les prenaient pour des amis ou des ennemis.

L’armée française eut à regretter le général Gaulois. Elle eut cent cinquante morts et cinq cents blessés ; parmi ces derniers on comptait le général Lefebvre, le colonel Corsin, et vingt of­ficiers, dont cinq d’état major.

Les rapports ont fait le plus grand éloge de tous ceux qui ont pris part à l’action , et particulièrement des généraux Delaborde, Merle, Mermet, Foy et Bourgeat, des 47e et 70e régiments de ligne, du 51e d’infanterie légère, et du 27e de dragons, qui combattit à pied.

A la pointe du jour, les reconnaissances ayant annoncé la retraite de l’armé anglaise, on marcha sur La Corogne. L’embarquement était déjà ache­vé [29]. Mais l’obscurité et la précipitation avaient oc­casionné un désordre, qui fit périr plusieurs embarcations [30]. Les bâtiments étaient en rade sous la protection de la Queen Charlotte, vaisseau de 74 et de 4 frégates [31]. Le maréchal Soult fit placer une batterie d’obusiers sur une hauteur en ar­rière du fort San-Diego, qui bat la rade, et dès qu’elle joua, les bâtiments mirent à la voile pour gagner le large.

Une frégate et deux autres bâtiments vinrent s’échouer par suite d’accidents.

L’armée française prit position pour former le siège de La Corogne, place forte qui avait deux régiments de garnison [32].

Le général Alcedo, qui en était gouverneur, capitula le 19 janvier. On y délivra trois cent soixante Français qui étaient à Porto, lorsque la division espagnole, que le général Junot y avait envoyée, s’étant révoltée, fit prisonniers les Français qui étaient avec elle, et les conduisit en Galicie. Parmi eux se trou­vaient le général de division Quesnel[33], gouver­neur d’O-Portoj ; MM. Fourcroy, consul; Picoteau, colonel d’artillerie ; Brûlé, chef de bataillon du génie ; Bongard, officier d’ordonnance ; l’auditeur Taboureau, et quinze autres officiers; le surplus soldats ou marins.

La place avait soixante pièces en batterie. Les Anglais y avaient laissé dix-neuf pièces de canon, douze mille fusils et quelques effets d’habillement. [34] [35]

[1] Armand Lebrun, baron La Houssaye (1768 – 1846).

[2] Jean-Thomas-Guillaume Lorge (1767 – 1826)

[3] Henri-François Delaborde (1764 – 1833)

[4] Louis-Henri Loison (1771 – 1816)

[5] Il s’agit d’un des trois Colbert : Auguste-François-Marie Colbert de Chabanais, né en 1777.

[6] Jean-Baptiste-Marie Franceschi (1766 – 1813)

[7] La brigade de cavalerie légère de Colbert avait été mise à la disposition de Soult par Ney (NDLR)

[8] Pierre-Hugues-Victoire Merle (1766 – 1830)

[9] D’une balle en pleine tête, tirée par un fantassin anglais, du nom de Thomas Plunkett, du 95th. On raconta que le général anglais Paget aurait offert une prime à celui qui mettrait Colbert hors de combat, mais ceci n’est confirmé par aucun document (NDLR). Colbert ne survécu que 15 minutes à sa blessure. Soult écrit à Napoléon : S.M. n’avait pas de sujet plus dévoué ni plus zélé pour son servcie. (NDLR). Colbert est alors remplacé par le général Lorcet.

[10] « A Villafranca, les Anglais s’étaient livrés dans cette ville aux plus grands désordres. Le soldat, après s’être enivrés, avait pillé et violé et la plupart des habitants s’étaient sauvés » (Souvenirs du général Petiet). (NDLR)

[11] Lire Cereixal. L’épisode du convoi d’argent est rapporté par Saint-Chamans. (NDLR)

[12] Jean-Gabriel Marchand (1765 – 1851)

[13] Marie-Théodor-Urbain Garbé, général du génie (1769 – 1831)

[14] “Par un raffinement de barbarie don les Anglais sont capables » précise Soult à Berthier. (NDLR)

[15] Napier précise que la terre trembla plusieurs kilomètres alentour. Et les vaisseaux, dans la baie, furent secoués comme durant une tempête.

[16] Moore prend également la décision de faire abattre ce qu’il a ici de chevaux de sa cavalerie, dans l’impossibilité qu’il est de les faire embarquer.

[17] 1st, 4th, 42nd, 50th, 26th, 81st  (NDLR)

[18] 51st, 59th, 76th, 2nd, 5th, 14th, 32nd, 36th, 71st, 92nd. (NDLR)

[19] Jean-Guillaume-Barthélémy Thomières (1771 – 1812)

[20] Henry-Antoine Jardon (1768 – 1809)

[21] Jean-Dominique Bourgeat, général d’artillerie (1760 – 1827)

[22] Hilaire-Benoît Reynaud (1772 – 1855)

[23] Jacques-Thomas Sarrut (1765 – 1813)

[24] Jean-Baptiste-Théodore Vialannes (1761 – 1826)

[25] C’est le célèbre général de cavalerie François Fournier-Sarlovèse (1773 – 1827), connu pour son sale caractère.

[26] Marie-Joseph Manigault-Gaulis (1770 – 1809)

 

[27] Un boulet l’atteint à la poitrine, le jetant de son cheval (NDLR)

[28] A comparer avec : « Si, dans le combat du 16, ont eût attaqué avec toutes les forces qu’on avait, nul doute que les trois quarts de l’armée anglaise n’eussent été pris. Votre Majesté ne peut être partout » Berthier à Napoléon. 21 janvier 1809. (NDLR)

[29] Selon Chandler, 27.000 Anglais ont pu rembarquer. Ils atteignirent les côtes anglaises 4

[30] Certains officiers anglais, devant les difficultés de l’embarquement, suggérèrent à Moore de demander une trève, ce que Moore refusa. (NDLR)

[31] Parmi les bâtiments qui participèrent à l’évacuation des troupes anglaises on trouve : Ville de Paris, Victory, Barfleur, Cossack, Zealous, Implacable, Elizabeth, Norge, Plantagenet, Resolution, Audacious, Alfred, Hindostan, Endymion, Mediator (merci Steven)

[32] Sous les ordres du général Beresford (NDLR)

[33] François Quesnel du Torpt (1765 – 1819)

[34] Le maréchal Soult peut écrire à Berthier, le 18 janvier : „L’armée anglaise n’est plus sur le continent des Espagnes ». (NDLR)

[35] Les Français eurent à déplorer 150 tués dont 12 officiers et 500 blessés dont 40 officiers. Mais il s ont fait 6.000 prisonniers, et se sont emparés de 44 canons, 150 caissons, des bagages , etc. L’évaluation des pertes anglaises varient entre 800 (Napier) et 2.600 (Soult)