14 mai-20 novembre 1809 – L’occupation de Vienne

La fin

Ce n’est qu’à la fin du mois de juillet qu’on permet aux bourgeois de respirer, en leur ouvrant l’accès des jardins publics et des promenades extra muros. On est le 23 juillet: ce jour là, la ville est déserte, mais 23000 personnes se pressent dans les allées du Prater.

Napoléon était revenu à Schönbrunn dès le 13 juillet.

Boulart:

“Le 12 ou le 13, on apprit (…) que la Garde retournerait s’établir à Schönbrunn. Ce fut un sujet de satisfaction générale et je m’y associais de grand cœur. Le 15 juillet, nous entrâmes dans Vienne.”

Le 11 août, on joue Molinaraau théâtre de Schönbrunn. Napoléon est présent dans la loge de gauche. Des gendarmes occupent les jardins. Au parterre ont pris place d’élégantes femmes, derrière lesquelles se trouvent des officiers. Dans les galeries, les maréchaux et les généraux. L’empereur observe de sa lorgnette les spectateurs, lit attentivement dans un livre, prend des prises, mais ne semble pas très intéressé par ce qui se passe sur la scène !

Une autre fois, il assistera à une représentation de “Phèdre” (traduit par Schiller) par les acteurs du Burgtheater (la première avait eu lieu un an auparavant…). Napoléon est très impressionné par le jeu de Madame Weißthurn, qui joue le rôle titre, et le lui dit après la représentation. Il lui fera parvenir une cassette avec 3.000 francs.

La veille de l’anniversaire de Napoléon, le 15 août, (il a alors 40 ans) un accident survient:

Czernin:

“Dans la matinée du 14 août, nous fûmes effrayés par une épouvantable explosion. Les Français avaient installé un magasin sur l’enceinte, entre la porte Neuve et celle des Écossais, où l’on préparait un feu d’artifice, pour la fête de l’empereur Napoléon, qui survenait le lendemain. Un manque de précautions fit sauter tous les engins, beaucoup de baraques en bois et plusieurs hommes. On compta trente-six morts et une soixantaine de blessés”

Cet anniversaire est célébré avec le même cérémonial et les mêmes réjouissances que la fête de l’empereur François. A 9 heures du matin, parade à Schönbrunn. Au même moment salve tirée par 60 canons installés sur les remparts, pendant que les cloches de la ville sonnent à volée.

Ce jour-là, Napoléon déjeune avec Marie Walewska et discute ensuite avec Maret la création d’un Ordre de la Toison d’Or. L’après-midi, se déroule à Saint-Stéphane une messe solennelle, en présence du vice-roi Eugène, qui représente son beau-père.

Boulart:

“On célébra la fête de l’Empereur, le 15 août, par Te Deum, grand banquet, spectacle à la cour et feu d’artifices, fait par les artificiers de la Garde.”

A 17 heures, le gouverneur Andreossy donne un banquet de deux-cent couverts, auquel assistent, en particulier les négociateurs autrichiens, le président du gouvernement de basse-Autriche et le maire de Vienne, Wohlleben. A 20 heures, illumination de la ville et feu d’artifice.

Marmont:

“La fête de l’Empereur arriva. Elle fut célébrée dans tous les corps d’ armée et à Vienne avec une grande pompe. L’Empereur donna beaucoup de récompenses et, entre autres, il fit princes Masséna et Davoust” (nommés respectivement prince d’Essling et prince d’Eckmühl)

Czernin:

“Vers six heures, grand régal dans la grande salle des Chevaliers de la Burg, le palais impérial. Le portrait de Napoléon était placé sous un dais, les maréchaux et généraux Masséna, Davout, Duroc, Oudinot, etc., les ministres Champagny et Maret, le gouverneur Andréossy, le commandant de la place, Mériage, puis trois généraux autrichiens, Bubna, Rothkirch et Manfredini, le gouverneur autrichien, ainsi que les princes Schwarzenberg et Clary, en tout 160 personnes, étaient attablées. Champagny, Duroc et Andréossy portèrent les santés de l’Empereur, de son épouse et de sa famille”

Cadet de Gassicourt:

“A l’occasion de l’anniversaire de Napoléon, toute la ville fut illuminée. Personne n’avait oublié d’orner son appartement avec des bougies et je n’ai jamais vu une telle illumination…. Les autrichiens marchaient joyeusement dans la rue avec les français et semblaient se réjouir, tout comme nous, du beau spectacle. Vive la crainte, qui force les individus à être joyeux (sic) !”

Peyrusse:

Toute la ville est illuminée. Les Français et les Autrichiens se sont promenés gaiement pêle-mêle. Toute la Garde a   dîné dans les charmilles. L’Empereur s’y est présenté sans être annoncé; à sa vue les soldats électrisés se sont spontanément levés. La santé de Sa Majesté a été portée avec le plus vif enthousiasme. Le major général a présenté à l’Empereur un verre; Sa Majesté a bu à la santé de la Grande Armée. Mille vivats de joie ont salué la rentrée de l’Empereur dans son palais.”

Constant:

“Tous les habitants s’étaient crus obligés d’illuminer leurs fenêtres: ce qui faisait un coup d’œil vraiment extraordinaire. Il n’y avait pas de lampions; mais, presque toutes les croisées étant à double châssis, on avait mis entre les deux vitrages des lampes, des bougies, etc.., arrangées avec art: c’était d’un effet charmant. Les autrichiens paraissaient aussi gais que nos soldats, ils n’eussent point fêtés leur propre Empereur avec autant d’empressement. Il y avait bien au fond quelque chose de contraint dans cette joie inaccoutumée, mais les apparences n’en disaient rien.”

Ne nous faisons pas trop d’illusions, toutefois: les viennois, fidèles à leur esprit frondeur, attachent des banderoles aux fenêtres: Vive l’Empereur…parce qu’on ne peut faire autrement (weil’s sein muß)” – “Les Français se réjouissent de ta naissance, les Allemands encore plus quand tu mourras(là, la police interviendra).

Et Czernin précise:

“on aurait lu sur une des maisons de la ville ces mots : “Viennois, n’illuminez pas, vous voyez votre infortune aussi bien sans lumière”. Sur une autre, on voyait ces lettres : ZWANG. Quand on interrogea les propriétaires de cette maison sur la signification de ces lettres, ils affirmèrent qu’il s’agissait des premiers caractères des mots : “Zur Weihe an Napoleons Geburtsfest”, c’est-à-dire “En hommage à la fête de naissance de Napoléon”. En réalité, ce mot ZWANG signifiait CONTRAINTE.”

Plus grave,

Rapp:

“Il y eut, pendant les négociations, diverses émeutes à Vienne. Plusieurs personnes, convaincues d’y avoir trempé. furent condamnées à mort: deux bourgeois et un juif allaient être exécutés; je fus assez heureux pour obtenir leur grâce.”

Le soir, accompagné de Duroc et Berthier, Napoléon visite incognito la ville.

Le lendemain, le journal Wiener Zeitung (il est vrai sous contrôle de la censure française) rapporte que, depuis le temps de l’empereur Joseph, aucune fête n’avait réuni autant de monde. Ce même jour, Napoléon visite le champ de bataille de Wagram

Revenons aux Viennois, curieux de nature, et qui assistent régulièrement aux revues.

Napoléon passe ses troupes en revue à Schönbrunn
Napoléon passe ses troupes en revue à Schönbrunn

Grillparzer:

“Moi-même je n’étais pas moins un ennemi des français que mon père…La haine au cœur, et pas le moins du monde amoureux des démonstrations militaires, je ne manquais pourtant aucune des revues de Schönbrunn et des prairies appelées Schmelz. Je le vois encore courir sur les marches du château, les princes de Bavière et de Wurtemberg derrière lui et de là, ses mains de fer jointes, observer ses forces défilant devant lui, avec le regard du maître. Son allure m’est encore présente…Il me fascinait comme un serpent fascine un oiseau. Mon père n’était sûrement pas heureux de ces excursions anti-patriotiques, mais il ne les interdit jamais.”  (Le texte cité se rapporte à 1805, mais reflète sans doute également l’état d’esprit régnant en 1809.)

Czernin:

“A peine étions-nous arrivés que commença la parade. Grenadiers à cheval, chasseurs à cheval, lanciers et dragons verts au casque doré, puis les voltigeurs et les mousquetaires, tous de la Garde, passèrent par la porte de Meidlinger pour entrer dans la cour du château où ils se placèrent sur quatre rangs. Nous nous hâtâmes vers les marches inférieures du grand escalier central, par lequel le puissant souverain devait descendre. Il parut au bout de quelques instants, jeta un bref regard sévère sur la multitude rassemblée au-dessous de lui, puis descendit assez rapidement les marches, précédé par deux rangées de pages. Sa suite se composait de nombreux aides de camp, officiers d’ordonnance, etc. Quand il arriva en bas, toute son escorte forma un demi-cercle autour de lui, au centre duquel il se plaça, juste au milieu de l’escalier. Ses proches étaient Berthier, Duroc, Bessières et Savary. L’aide de camp de ce dernier m’avait placé si près que je pouvais entendre la voix de Napoléon. Il me parut plus gros, plus corpulent et plus jaune de teint que sur les portraits que j’avais pu voir de lui. Son uniforme vert à revers rouges, ses culottes blanches et surtout son chapeau à trois cornes me semblèrent très usés et pas très propres. Ce dernier était enfoncé profondément sur son front, ses deux yeux noirs étincelaient, son regard perçait. L’Empereur semblait être de mauvaise humeur, sa mine était sombre”

Coignet:

“L’Empereur voulu montrer un échantillon de son armée aux amateurs de Vienne; il passa une revue de 100000 hommes sur les hauteurs à gauche de la ville”

Constant:

“Il est impossible de se faire une idée de ces parades, qui ne ressemblaient point du tout aux parades d’honneur de Paris. L’Empereur, en passant ces revues, descendait aux plus petits détails; il examinait les soldats un à un, pour ainsi dire; il interrogeait les yeux de chacun pour voir s’il y avait du plaisir ou de la peine dans sa tête; il questionnait les officiers, souvent même les soldats: c’était ordinairement là que Sa Majesté faisait ses promotions”

Desboeufs:

“L’Empereur vint nous passer en revue dans les premiers jours de septembre. Après quelques manœuvres, le corps d’armée défila devant lui; il était à pied, les mains derrière le dos, le haut du corps un peu courbé, prenant de temps en temps des prises de tabac, et indiquant du doigt la place de bataille des régiments. À mesure que les soldats arrivaient sous ses yeux, ils criaient < Vive l’Empereur ! >, Ces cris partaient du cœur et étaient poussés avec un enthousiasme qui tenait presque du délire.”

En fait, les Viennois regardent Napoléon avec un semblant d’admiration: pour ses ennemis ou ses admirateurs, il est le militaire type.

Général baron de Löwenstein:

“Enfin j’avais l’occasion d’approcher cet homme ! Je dois admettre, qu’il ne me fit pas, lorsque je m’approchais de lui, l’impression à laquelle je m’attendais. Je le trouvais plus corpulent que l’on ne le représente généralement. Sa démarche était peu gracieuse, son maintien sans grandeur”.

Du même:

“Comme j’avais beaucoup connu le comte Andreossy lorsqu’il était ambassadeur de France à Vienne, j’allais lui faire visite….Il m’invita à dîner. Ce n’était plus le luxe qui régnait autrefois à la table du ci-devant ambassadeur, mais bien la frugalité qui s’est établie au temps des Césars. La vaisselle était aux armes d’Autriche, les laquais avaient les livrées de la Cour d’Autriche, les vins étaient mauvais comme le sont les vins d’Autriche”

Les officiers français, dont certains logent dans les palais, comme Masséna, qui occupe le palais Lobkovitz, sont reçus dans les salons aristocratiques et bourgeois et dansent la valse avec les jeunes filles.

Marbot:

“Privé , par ma blessure (reçue à Znaim), des agréments que cette ville offrait aux officiers, j’eus du moins la satisfaction de trouver chez la comtesse de Stibar, chez laquelle j’étais logé, tous les soins que réclamaient ma position: je lui en ai conservé une bien vive reconnaissance.”

Savary:

“Le général Dorsenne était logé, avec un chirurgien de la Garde et plusieurs autres officiers, dans une délicieuse maison, appartenant à la princesse de Liechstenstein.”

Bellot:

“L’armistice qui suivit les batailles de Wagram et de Znaim, et prépara la paix, ramena beaucoup de familles dans la capitale. Les sociétés se rouvrirent peu à peu. Depuis longtemps j’en avais une toute formée dans celle de Mme de Kunsbourg”.

De nouveau, ils s’adonnent au tourisme.

Boulart:

“Je me promenai quelquefois aux environs de Vienne et entr’autres: au Prater, île du Danube, immense jardin anglais, boisé et riche de végétation et de gibier, lieu de délices pour les Viennois; et sur la crête des monts Josephsberg (Kahlenberg) et Leopoldsberg, d’ou l’on planne (sic) sur Vienne et très au loin sur le cours du Danube, tableau magnifique et des plus grandioses.”

Le 31 juillet, le théâtre de Schönbrunn reprend ses représentations: Napoléon assiste à Phèdre, dans une traduction de Schiller. Ce même soir, il apprend que l’archiduc Charles a remis son commandement à l’empereur François.

Boulart:

“Assister quelquefois aux spectacles de la cour, à Schönbrunn, où brillaient les premiers talents du théâtre français. (…) Nous prenions place assez rarement dans les divers théâtres de Vienne, dont je ne me souviens qu’à cause de l’opéra des Croisés qui a excité en moi un vif intérêt”.

Le 5 octobre, Napoléon visite la crypte des Capucins, où il s’attarde devant les cercueils de Marie-Thérèse et Joseph II. Le 8, il est au Semmering.

Le 12 octobre, pendant une revue, le jeune allemand Staps est arrêté, porteur d’un couteau. Interrogé par la police, il reconnaît être venu à Vienne dans l’espoir de mettre fin à la vie de Napoléon, et “délivrer l’Autriche de la présence française. Questionné par Napoléon lui-même, qui lui offre la vie sauve contre des regrets de son acte, Staps répond qu’il saisira toutes les occasions pour l’assassiner. Il sera fusillé le 27, à l’aube. 

Le 14 octobre, le traité de Vienne est signé.

Fouché:

“Le traité de Vienne fut signé peu de jours après. Napoléon vainqueur et pacificateur, revint presque aussitôt dans sa capitale”

Czernin:

“La dernière séance des négociations de paix commença hier soir à sept heures et dura quatorze heures, jusqu’à neuf heures ce matin. Du côté autrichien, il y avait, outre le prince, les généraux Bubna et Mayer. Champagny, duc de Cadore, était à la tête des négociateurs français. Liechtenstein donna enfin sa signature et Napoléon, sans attendre la ratification par l’empereur d’Autriche, fit afficher à tous les coins de rues, la proclamation de la paix, dans l’après-midi, sous le tonnerre des canons. Le peuple ne voulait d’abord pas croire à la paix. Quand on entendit la canonnade sur le rempart, la rumeur disait que l’impératrice Joséphine venait d’arriver ; d’autres pensaient qu’on fêtait l’anniversaire de la bataille d’Iéna. Les affiches collées sur les murs éclairèrent le peuple”.

Rosenbaum:

“La cohue dans les rues, la joie, le ravissement ! On s’étreignait, on s’embrassait, on se pressait, et tout cela montrait à quel point on avait attendu le jour de la libération”.

Le 15 octobre, commence le retrait des troupes françaises. Les marins de la Garde, qui avaient leur camp à Leopolstadt, et avaient attiré, par leur discipline, la sympathie des habitants, organisent bals et fêtes pour leur départ.

Napoléon, après avoir présidé un repas de gala pour ses maréchaux et officiers généraux, ne s’attarde plus et quitte Vienne le 16 octobre. Cependant, la plupart des soldats de l’armée française resteront plus longtemps.

Entre autres tâches, ils auront pour mission de détruire les fortifications de la ville, malgré les prières du maire Wohlleben.

Napoléon:

“On fera sauter, le 15 octobre, sans attendre les ratifications, les remparts de la ville de Vienne”

Le travail durera trois semaines.

Boulart:

“Pendant de temps, on démantelait les fortifications de Vienne”

Bertrand:

“D’après les clauses du traité de paix les fortifications de Vienne faisant face à la Bavière devaient disparaître. Le général gouverneur de Vienne fit mettre sous les armes toutes les troupes (françaises) infanterie et artillerie. Les fusils furent chargés en présence d’une immense populace menaçante, on mit le feu aux mines et ces remparts, vieux de plusieurs siècles, s’écroulèrent. J’étais, pour ma part, en observation sur la partie du mur d’enceinte adossée au palais impériale, partie qui devait être respectée. La force de l’explosion me renversa, moi d’un côté, mon fusil de l’autre.”

Czernin:

“Alors qu’aujourd’hui nous étions attablés pour dîner chez la princesse Liechtenstein, un épouvantable vacarme retentit soudain. Les tables et les chaises bougèrent, les fenêtres tremblèrent fortement et les cloches se mirent à sonner. Les dames eurent très peur. Les Français avaient fait sauter en l’air les murs des bastions Mölker et Elend. Les tuiles volèrent jusque dans la Rossau.”

Tascher:

“Avant de quitter Vienne (ceci est écrit le 16 octobre) j’ai parcouru une partie des remparts. Quel spectacle pour l’œil d’un citoyen un peu attaché à sa patrie, Toutes les fortifications sont enlevées par la mine et renversées dans les fossés ! Cette opération, bien plus insultante qu’utile, puisque les faubourgs empêchaient qu’on pût faire jouer les batteries, a ébranlé et endommagé une partie des maisons; mais elle a porté une atteinte bien plus sensible au cœur de tous les habitants. Ils avaient pardonné beaucoup plus facilement nos victoires et les malheurs inévitables aux vaincus. Mais l’humiliation et la flétrissure de leur capitale sans utilité militaire ont aliéné bien des cœurs et porté la fermentation à un haut degré.”

Les 22 et 23 octobre, de nombreux bals sont organisés, notamment en l’honneur du gouverneur Andreossy et du commandant de la place, le baron Dentzel.

Bertrand:

“Un jour j’étais allé à un bal avec une jeune et belle personne, fille d’un sergent-major autrichien, prisonnier de guerre autrichien”

Le 25 octobre, le Wiener Zeitung reparaît avec l’Aigle impérial et royal.

Le 20 novembre, Davout informe Berthier que

“d’un coté, M. de la Bouillerie a déjà reçu 26 millions, qui sont en route pour Linz, où la vérification des valeurs sera faite, et il m’assure que demain on lui remettra les 4 millions qui compètent les 30 que l’Autriche doit payer. Il a aussi reçu les lettres de change.”

Les conditions auxquelles l’évacuation de Vienne était subordonnée étant remplies, les derniers soldats quittent la capitale de l’Autriche, après 158 jours d’occupation. Les intransportables sont transférés dans des hôpitaux préparés spécialement à leur intention.

L’empereur François peut reprendre possession de sa capitale. Le 26, l’armée autrichienne rentre dans Vienne. L’empereur en fait de même le lendemain 27. Le soir, la municipalité offre un bal, dans la salle Apollo à Schönbrunn.

Dorothea Schleger:

“On a pu se rendre compte, avant-hier lors du retour de notre Empereur, combien. ici le peuple est bon. Il est arrivé dans une voiture ordinaire, sans suite, avec simplement ses bagages, très bourgeoisement, accompagné seulement d’un officier, assis à coté de lui.. Une demie-heure avant son arrivée le comte Wrabna avait fait savoir que l’on devait s’attendre à son arrivée, et il en était encore à supputer à quelle heure il pourrait arriver, lorsque la joie se manifesta dans les rues…Jamais on avait vu pareille chose; la voiture était plus portée que tirée. Hommes et femmes se penchaient à la portière, on dit que l’Empereur à serré de nombreuses mains et était très ému.”

Le 29, Stendhal, qui se trouve à Saint-Pölten, se rend à Vienne:

“Nous avions bien sûr enlevé nos uniformes, mais nous avions gardé, mon camarade son gilet, et moi mon chapeau, de sorte qu’il était impossible de ne pas reconnaître que nous étions français.(..) On nous fît quelques difficultés, mais on nous laissa finalement passer. Il (l’Empereur) est arrivé hier, dans une mauvaise chaise de poste tirée par six chevaux blancs. On l’a reconnu, et les vivats ont éclaté. Il répondait par des <Merci, mes enfants>. A peine arrivé à la Hofburg, il est monté à cheval et s’est montré au peuple. L’enthousiasme aurait été extraordinaire… Nous ne pouvions pas nous montrer en uniforme: hier, des français auraient été malmenés. Il neigeait fortement.”

Bertrand:

“Le 31 décembre 1809, ma division quitta Vienne. Je fus cantonné à six lieux de cette capitale au village d’Ebersdorf”