14 mai-20 novembre 1809 – L’occupation de Vienne

Wagram.

Durant les deux jours de la bataille de Wagram, les viennois oscillent entre l’espoir et la crainte. Beaucoup suivent les combats des toits des maisons.

Marbot:

“Les deux jours de la bataille furent remplis d’anxiété pour les habitants de Vienne qui, n’étant séparés des armées que par le Danube, non seulement entendaient le canon et la fusillade, mais voyaient parfaitement les manoeuvres des combattants. Les toits, les clochers de Vienne, et surtout les hauteurs qui dominent cette ville et la rive droite, étaient couverts par la population…. Le Prince de Ligne….avait réuni la haute société de Vienne dans sa maison de campagne, située au point le plus élevé des collines (Leopoldsberg ?), d’où l’oeil embrassait tout le champ de bataille…”

Czernin;

“De nos fenêtres on voyait se succéder rapidement les éclairs du ciel et ceux des bouches à feu. Je passai la plus grande partie de la journée sur les tours et les toitures, et particulièrement sur le toit du Cabinet impérial des Sciences naturelles, avec le directeur Schreiber. C’est avec la plus grande émotion qu’au cours de l’après-midi nous pûmes voir très distinctement et suivre les péripéties du combat à l’aide droite de l’armée autrichienne… A notre grande joie, il se termina à l’avantage des Autrichiens, car en fin de journée, une colonne d’infanterie en uniformes blancs sortit de la fumée. Nous apprîmes plus tard que nous avions vu l’héroïque défense de Baumersdorf par le général comte Ignace Hardegg ; lequel, appuyé par le général Bursch, repoussa les ennemis avec de lourdes pertes. Tard dans la soirée, on voyait encore les flammes qui consumaient Stadt-Enzersdorf.

Le 6 juillet, dès six heures du matin, j’étais à nouveau sur les tours. J’étais dans une fièvre constante, criant de joie à la vue des rapides progrès de l’aile droite des Autrichiens. L’aile gauche était trop loin pour que nous puissions l’observer… Jusqu’à une heure et demie, tout allait parfaitement. Mais soudain la scène changea et à notre grand effroi, toutes les troupes disparurent d’Aspern, puis de Breitenlee, et ainsi de suite. Nous rentrâmes bien tristement déjeuner à la maison.”

Bellot de Kergorre:

“Le matin (du 5 juillet)… tous les habitants de Vienne s’étaient placés sur des éminences. Je montais à l’observatoire situé dans ma rue, Oberbekerstrasse (?) d’ùo, avec une lorgnette, je distinguai parfaitement la bataille; quel horrible spectacle que de voir, dans une plaine immense, cinq cent mille hommes aux prises, quinze cents piéces d#artillerie vomissant la mort, sept ou huit villages en flammes !…. J’ai assisté à bien des batailles, je me suis trouvé au milieu du feu; mais je n’ai jamais si bien vu les chocs de deux armées.”

Après la bataille, de nombreux blessés sont ramenés dans Vienne. Le 27 juillet, un employé municipal est chargé d’aller, “avec un tonneau de vin, dans la Lobau, pour en ramener 18 blessés autrichiens, qui gisaient là-bas depuis la bataille”

Czernin:

“Nous allâmes dans le jardin Razoumovsky où nous rencontrâmes le général Roussel. Dans la belle salle, sur un lit de parade, gisait le corps du général Lasalle. Quelle lamentable vision que celle de tant de centaines de voitures occupées par des blessés souffrants, à demi inconscients, que l’on ramenait depuis plusieurs jours du champ de bataille. Des prisonniers autrichiens ensanglantés, pitoyables, éveillèrent notre compassion. Le nombre des blessés augmenta au point que ces malheureux mouraient a même le sol, sans même avoir été pansés. On avait ordonné aux habitants de la ville de ramener, avec leurs chevaux, les blessés et les mourants du champ de bataille. Cette mission fut accomplie avec le plus grand empressement, mais la bonne volonté ne pouvait pas suffire à tout. Six jours après la bataille, le 11 juillet, on comptait encore plus de trois mille guerriers estropiés, abandonnés sans soins sur le lieu de l’action.”