14 mai-20 novembre 1809 – L’occupation de Vienne

Essling

 

Le 16 mai, Napoléon passe en revue son armée, sur la Schmelz (hauteur dominant Schönbrunn, située de nos jours dans le XVe arrondissement de Vienne)

Les journaux reparaissent, mais sous le contrôle de la censure française.

Wiener Zeitung no 37 du 20 Mai 1809.

Vienne, le 19 Mai – Nouvelles de l’Intérieur

Les victoires de Napoléon le Grand ne sont pas seulement une merveille et la fierté du siècle, elles sont aussi le bonheur et la plénitude des Nations.

Dès l’instant de la victoire les peuples vaincus sont sous la protection du Vainqueur, du Héros et du Sage dont le destin semble être de rassurer les peuples apeurés par les préjugés et les factions, et les élève à leur niveau, au plus haut niveau d’indépendance et de pensée.

Le 13 Mai, exactement un mois après que l’ennemi ait franchi l’Inn, l’armée française victorieuse est entrée dans Vienne. La courte résistance, qui avait fait suite à la sommation de reddition, aurait pu, face à n’importe quelle autre armée assiégeante, avoir des conséquences négatives pour la ville, mais l’Empereur Napoléon est partout le Père, le Père des Peuples, dont il doit combattre l’armée et les Princes; “dans tous les pays où le conduit la guerre, Il a toujours montré Son soucis de protéger les masses sans défense”, et ce fut ici aussi son souhait “d’épargner à cette grande et intéressante population les misères de la guerre”; ici aussi Sa Majesté a su combiner fermeté et douceur, sévérité et égards.

L’histoire de la guerre et ses conséquences doivent être, en particulier pour les habitants de ce pays, de la plus grande importance. On en sait peu de choses pour l’instant, on doit avoir eu des raisons de cacher si soigneusement les vraies raisons de la guerre aux habitants de l’Autriche.

Nous ferons notre possible pour présenter dans un ordre chronologique l’histoire de cette guerre et ce qui a entraîné cet évènement, au travers de documents authentiques. Nos concitoyens, les nobles et avisés habitants de Vienne, ne manqueront pas d’applaudir notre entreprise.

 

Les 21 et 22 mai ont eu lieu les combats d’Aspern et Essling. Les toits des tours de la ville sont interdits d’accès et gardées par les français. Un poste d’observation est installé au sommet de la cathédrale Saint-Stéphane. Mais il reste suffisamment de toits et autres points d’observation qui vont permettre aux viennois curieux d’observer le déroulement de la bataille.

Lieutenant Putigny (il appartient au corps de Davout):

“Des fenêtres et des toits de Vienne nous suivions, impuissants, ces évènements tragiques. Autour de nous, les viennois relevaient la tête et se voyaient déjà vainqueurs et commençaient à nous traiter de façon haineuse. La famille chez qui je logeais ne cachait plus ses sentiments, les deux frères manifestaient une attitude volontairement inamicale.”

Bellot:

“Les 21 et 22 mai, pendant les fêtes de la Pentecôte, se livra la célèbre bataille d’Essling… J’allais avec mon frère et Monsieur Pichault au Prater qui n’était séparé du champ de bataille que par le Danube: la foule était immense et son agitation nous ayant fait rentrer en ville nous montâmes sur la tour de l’église Saint-Charles…. Les mouvements populaires nous contraignirent encore de rentrer chez nous. Malgré le canon qu’on entendait comme sur le champ de bataille, la promenade des bastions était couverte d’hommes et de femmes parées; une garde nationale, à laquelle l’Empereur avait laissé ses armes et ses canons, que, même, il avait passé en revue, maintenait l’ordre au milieu de la plus vive anxiété”

Czernin:

“Au début de la journée du 23, on pouvait conclure, d’après le comportement et la mine inquiète de nos hôtes forcés, que les choses n’allaient pas bien pour eux. Rien de certain ne pouvait se savoir. Je montai avant une heure avec mon précepteur, dans la tour des Écossais. Comment décrire notre joie, notre jubilation, quand notre excellent télescope de Ramsden nous montra les colonnes blanches des troupes de notre patrie disposées devant la rive du Danube, dans le plus beau soleil ! Les Français avaient tous disparu, la fusillade avait cessé ; on voyait parfois la fumée de quelques canons tirant de l’île de Lobau. On ne pouvait plus douter d’une victoire totale, l’invincible Napoléon était battu pour la première fois dans une bataille en pleine campagne !”

Le peintre Höchle se rend au Kahlenberg, armé de jumelles, pour faire des dessins de la bataille. Il est arrêté, pris pour un espion, et n’est libéré que sur l’intervention de son père, lui aussi peintre à la Cour (les aquarelles de Höchle sont conservées à l’Albertina).

Pourtant, ayant un instant cru à la victoire, les Viennois doivent bientôt déchanter et sont les spectateurs des malheurs de la guerre.

Czernin:

“Le 26 mai nous valut une vision bien triste. Nous rencontrâmes plusieurs centaines de voitures pleines de blessés gémissants, amputés et mendiants. Il faut louer la mansuétude vraiment chrétienne des habitants de Vienne qui accouraient pour porter secours à leurs ennemis et partager avec empressement ce qu’ils avaient avec eux. Nombreux furent les Français qui reconnurent ce comportement et en furent touchés.”

Ce même 26 mai meurt à Vienne Jean-Baptiste (Fidèle) Clery, dernier serviteur de Louis XVI au Temple, qui a suivi Madame Royale (la duchesse d’Angoulême) dans son exil à Vienne.

Le Xe Bulletin de la Grande-Armée présente la version officielle des événements.