14 mai-20 novembre 1809 – L’occupation de Vienne

L’installation

 

Dès la reddition de la ville, les choses s’étaient organisées. Déjà, le 13 mai, Napoléon, dans un ordre du jour à l’armée, recommandait les habitants de Vienne à la bonté de ses soldats, et les prenait “sous sa protection“. 

Le 13, on l’a vu, les Français entraient dans Vienne.

Les officiers et civils sont logés dans la ville, les soldats dans les faubourgs. Le 15 mai, le général de brigade, Baron de l’Empire, Razout, qui a été nommé commandant de la place, lance un ordre:

“En conséquence des ordres de S.E. Mr le Comte Andreossy, Gouverneur-général, les magistrats de la ville de Vienne feront le recensement de tous les logements qui existent tant dans la ville que dans les faubourgs.

Les logements seront divisés par Classes correspondantes aux différents grades auxquels ils seront affectés.

On dressera un contrôle particulier pour chaque Classe de logement.

Nul militaire, de quel que grade qu’il soit, ne pourra prétendre à un logement pris dans une autre Classe que celle appropriée au grade dont il est pourvu.

Les employés dans l’administration de l’armée recevront des logements pris dans la classe du grade auquel leur emploi est assimilé.

Aucun militaire ou employé, quel que soit son grade ou son emploi, ne pourra faire loger avec lui, chez son hôte, plus d’hommes ou de chevaux qu’il n’en sera spécifié sur le billet.

Nul ne pourra rester dans son logement au-delà du terme fixé par son billet, à moins d’une prolongation accordée par le département des logements, sur l’autorisation du commandant de la place.

Le magistrat nommera des commissaires de quartier, s’il n’en existe pas. Ils seront chargés de la visite et du recensement journalier de tous leurs quartiers et arrondissements respectifs. Ils remettront tous les jours au Bureau des logements, dans le bâtiment de la Chancellerie de Bohème, l’état des logements occupés ou évacués dans les 24 heures….

Les habitants seront en conséquence tenus de faire au Commissaire du quartier la déclaration des militaires logés chez eux ou partis dans les 24 heures. Tout habitant dont la déclaration ne sera pas exacte sera condamné à une amende de 100 florins, qui seront versés dans la caisse des pauvres de la ville ou de ses faubourgs.

Les militaires seront nourris par leurs hôtes convenablement à leurs grades; ceux qui croiraient avoir quelques plaintes ou réclamations à faire à ce sujet, les adresseront au commandant de la Place qui y fera droit.

Les habitants qui auraient à se plaindre des prétentions exagérées ou des mauvais traitements des militaires logés chez eux, s’adresseront de même au commandant de la Place qui leur rendra justice.”

Les membres de la Régence de Basse-Autriche en prennent acte, le 19 mai:

“La Régence…..ayant reçu l’autorisation et l’ordre de sa Majesté l’Empereur Napoléon….de vaquer à ses occupations, comme avant l’entrée de l’armée française, ladite Régence se fait un devoir d’en informer le Public et d’en appeler dans les circonstances actuelles à cet esprit de sagesse et de modération que les bons citoyens n’ont jamais cessé de montrer.

Elle compte donc que le Public, fidèle à l’obéissance qu’il doit à l’autorité se prêtera avec confiance aux dispositions qu’elle jugera nécessaires pour le maintien du bon ordre, de l’approvisionnement des subsistances et pour leur retour dans leurs familles, à leurs travaux ou à leurs occupations paisibles de ces hommes qui en avaient été retirés pour prendre les armes spontanément.

Ce but s’atteindra d’autant plus sûrement que sa S.M. l’Empereur des Français, ne s’en prenant pas au peuple des malheurs de la guerre, leur donne au contraire, en vainqueur généreux, des marques signalées de sa clémence; et que les principes et le caractère connus de S.E. Monsieur le Gouverneur-général (Andréossy) garantissent que les ordres et les volontés de son auguste Souverain seront fidèlement remplis.”

Bellot:

“Nous fûmes logés, le soir (vraisemblablement le 13) chez le prince de Kaunitz, qui, avant la guerre, avait été ambassadeur en France…On nous y témoigna la plus mauvaise volonté…..Deux jours après, le commandant du faubourg vint nous déloger… nous fûmes chez la sœur du comte Haugwitz, ministre prussien, ou, la première nuit, on brisa nos vitres avec des pierres; mal dans cette maison, nous obtînmes de demeurer chez la comtesse de Kunsbourg, petite fille du prince de Colloredo”

Pouget:

“Je fus logé chez Monsieur Arnstein, banquier, sur une petite place connue sous le nom de Stock im Eisen, no 1148, au premier étage.”

Les maréchaux et personnages importants (qui pourrait en douter ?) sont les mieux lotis: Masséna au palais Schwarzenberg, Davout au palais Lobkovitz, Andreossy, Daru et Bernadotte (plus tard Champagny et Maret) à la Hofburg, Rapp au palais Kaunitz, Mériage au palais Fries (aujourd’hui le Pallavicini), Lefebvre au palais Collalto (Am Hof 13), Bessières et Berthier au palais Esterhazy.

Pour ce qui est de la nourriture, un ordre de Napoléon en fixe les grandes lignes:

Les Officiers seront nourris à la table de leurs hôtes (!), comme cela était le cas lors des précédentes campagnes. Les sous-officiers et les soldats recevront, indépendamment de leur ration de pain (7,5 hectogrammes soit 24 onces):
au petit déjeuner: soupe et 1/16 de pinte d’eau de vie,
pour le déjeuner: soupe, 10 onces de viande, légumes et un demi-pot de bière ou de vin
au souper: légumes et un demi-pot de bière ou de vin.

Les rapports de l’armée d’occupation avec les viennois, sont distants mais malgré tout amicaux. Ce sont d’ailleurs les alliés de Napoléon qui s’attirent le plus de reproches:

Comtesse Thürnheim:

“Les troupes des Alliés n’avaient rien à envier aux Français pour ce qui est de la barbarie. Les Bavarois sont durs et méchants, les Italiens des brigands, les Saxons brutaux et voleurs, mais les exactions des Wurtembergeois dépassent tout le reste. Ils se comportent en particulier de façon horrible envers les prêtres, qu’ils haïssent en raison de leur différent religieux. Il n’y a qu’avec les soldats du Nassau que l’on est satisfait”