Tascher – Octobre 1808

Le 1er octobre. – Aujourd’hui, première fumigation. C’est une mesure de rigueur qui précède toujours la sortie: on enferme tous les passagers dans une chambre où l’on brûle une drogue extrêmement puante. Son but est de faire déclarer la peste ou tout autre virus, s’il en existe.

Le 3. – L’ordre qui décide de notre sort est arrivé; nous sortons tous du lazaret demain matin, pour nous rendre chacun dans nos foyers et y attendre les ordres du ministre. Seconde et dernière fumigation.

Le 4. Enfin il a lui ce jour qui nous rend à notre patrie, car, au lazaret nous ne pouvions nous croire en France.

A 9 heures, des barques sont venues nous chercher. Je ne puis rendre l’impression que j’ai éprouvée en mettant le pied sur le rivage, et mon cœur conservera longtemps le souvenir ému de cet instant. A chaque pas, à chaque minute, c’est un nouveau plaisir que nous éprouvons ou un ancien plaisir, dont le souvenir se retrace. Oui voilà bien une ville française ! Voilà des traits, des figures, un langage qui n’expriment plus la fureur et la soif de la vengeance ! Mes pauvres parents savent-ils que je respire si près d’eux ? Demain, à cette heure, je serai en route, et chaque instant me rapprochera de Paris.

Le 5- J’ai voulu profiter de mon court séjour ici pour aller  visiter le fort La Malgue, fameux dans les écoles d’artillerie par la beauté et la force de ses batteries et fameux chez les buveurs par la qualité du vin, auquel il donne son nom, parce qu’on le recueille dans ses environs. Ce fort n’est séparé de Toulon par mer que par un trajet très court, tandis qu’il faut vingt minutes pour y aller par terre. Il est situé sur une hauteur d’où il domine la ville et la rade. Il défend parfaitement l’entrée du port. Les gens de l’art regardent le fort La Malgue comme une des productions qui font le plus d’honneur à l’école française et au génie de M. de Vauban. Toutes les fortifications sont casematées et contre-minées; les routes sont superbes, le magasin à coquilles, surtout, dont la voûte, supportée par un pilier unique et central en forme de champignon, offre un ouvrage très curieux. On a substitué au nom de fort La Malgue, celui de fort Joubert, les cendres de ce général y étant déposées. Son tombeau, d’ailleurs, n’offre rien de remarquable.

Ce matin, en sortant du fort, j’ai vu un spectacle qui m’a vivement ému… celui du général Dupont qu’on y amenait ! Je ne me permets pas de réflexions; elles doivent rester dans mon cœur, dans ce cœur si pénétré pour lui d’admiration et de reconnaissance. Je lui dois plus que la vie, puisque je lui dois le bonheur. En ce moment je lui dois celui d’être dans ma patrie; je lui devrai dans huit jours celui d’être dans les bras de mes parents ! Pourquoi faut-il qu’une pareille jouissance lui soit refusée, à lui qui est si bon époux et si bon père. J e ne puis éprouver un sentiment de bonheur, sans le lui reporter. Je ne puis ressentir une jouissance, sans penser que c’est à lui que je la dois et que je lui dois non seulement les miennes, mais, aussi celles de mes parents, de mes amis et de ceux qui s’intéressent à mon sort. A quels malheurs il m’a soustrait ! Quel sort affreux et quelle longue agonie que celle de mes camarades restés en Espagne sous le couteau de furieux qui voudront venger leurs défaites sur leurs prisonniers désarmés. Et sur deux régiments de chasseurs  de six cent hommes, nous sommes revenus six (Montgardet, Drouet, La Barrière, moi, et les deux chasseurs Ony et Castille).

Le général Dupont, au moment du départ de Lebrija, fit appeler notre général de division Fresia.

– Il y a, lui dit-il, trois officiers qui m’ont rendu service et de la conduite desquels j’ai beaucoup à me louer: c’est Montgardet, Drouet et Tascher, il faut les sauver, je vais les emmener.

Quel avenir que celui des Français restés prisonniers à Cadix ! Et voilà le destin auquel m’arracha le général Dupont. Jusqu’ici, sur vingt mille hommes que comptait le corps d’armée, 130 personnes seulement ont échappé à l’esclavage et peut-être à la mort.

Je pars pour revoir mes parents, et mon bonheur est empoisonné par l’idée de laisser ici privé de sa liberté celui auquel je suis redevable de la mienne.

A 3 heures après-midi, de retour à Toulon. Je n’ai pas été bien loin, car, au moment de monter en voiture, j’ai été arrêté, on m’a retiré ma feuille de route et j’ai la ville pour prison. Nous sommes consignés aux portes; tous mes camarades ont eu le même sort et les ordres sont donnés partout d’arrêter ceux qui sont déjà partis.

Le 6. – Le commissaire général de police, M. Caillemer, m’a accueilli avec beaucoup de bonté et m’a prêté de l’argent, dont j’avais grand besoin. J’ai beaucoup à me louer aussi de l’obligeance de son secrétaire, nommé Betin, ancien officier de chasseurs à cheval. Il a eu la complaisance de me recéder sa chambre et de me prêter tous ses effets, car je manquais de tout. Me voilà donc installé en chambre garnie, dans la rue Saint- Roch, près la porte de France, chez Mme Massé, épouse d’un capitaine d’artillerie, prisonnier en Angleterre depuis quatre ans. Je goûte une bien grande jouissance à saisir un instant de solitude et de repos.

Quel bonheur que celui d’être paisiblement assis à sa table et de voir devant soi une heure de loisir : quel bonheur surtout, en pensant aux fatigues et aux dangers essuyés depuis trois ans ! En un an, de Tilsit à Cadix ! Quelle agitation a rempli cette année que je termine, et que de travaux m’attendent encore dans celle qui va s’ouvrir ? Je savourerais délicieusement ce moment de repos, si mon inquiétude sur ma famille était calmée.

Le 7. – Dieu soit loué ! Voici enfin des lettres de Paris. D’aujourd’hui seulement je jouis sans mélange du bonheur d’un retour inespéré. Toute ma famille est en bonne santé. Mon fidèle Georges, après avoir pénétré jusqu’à dix lieues de moi (j’étais alors à Aranjuez) pour me rejoindre, a été recueilli par Sainvilliers et est de retour à Paris. Un moment de regret à ma fidèle chienne, Wachtel, restée en Espagne; je l’avais amenée des bords du Memel et elle me retraçait des souvenirs chers !

Le 10. – En passant devant l’Hôtel de Ville placé sur le quai, j’ai admiré un de nos chefs-d’œuvre de sculpture : les deux cariatides qui soutiennent le balcon. Elles sont l’ouvrage du fameux Pujet. On raconte à propos de ce morceau que des sculpteurs, mandés de Rome pour venir travailler au Louvre, débarquèrent à Toulon précisément devant l’Hôtel de Ville, en sorte que leurs premiers regards tombant sur cet ouvrage, ils demeurèrent stupéfaits. « Cela a-t-il été fait ici, demandèrent-ils? – Oui ! leur répondit-on. – Et par un Français? » Et sur l’affirmative, ils regagnèrent leur canot et se rembarquèrent, en disant qu’on n’avait pas besoin d’eux.

Une chose fort agréable ici, c’est le grand nombre de bains, leur beauté, leur recherche et la modicité de leur prix (24 sous). Le lendemain de notre sortie  du lazaret, c’est là que nous nous retrouvâmes, tant nous étions empressés de recourir à une jouissance si ardemment désirée. La propreté et l’élégance des bains de Paris se retrouvent dans ceux de Toulon, où la plupart des baignoires sont faites d’un bloc de marbre blanc.

Liaison avec le commandant Thouin; promenades journalières au fort La Malgue, d’où je reviens chaque jour avec un nouveau degré d’attachement et d’admiration pour notre infortuné général.

Toute ma journée est si bien remplie, qu’elle s’écoule rapidement, sans que je m’en aperçoive. Je me retrouve ici comme j’étais à Lille, il y a quatre ans.

Le 11. – Puisque Toulon est jusqu’à nouvel ordre ma prison, je ne veux rien perdre de ce qu’elle présente d’intéressant. Son port est un des plus beaux et des mieux fermés que possède la France; la nature en a fait presque tous les frais et les fortifications qu’on y a ajoutées depuis (le fort de La Malgue, le fort La Touche, le Petit Gibraltar, les batteries à fleur d’eau) la rendent imprenable. Il est fait en entonnoir, de manière qu’on y pénètre par une gorge assez étroite, dont l’entrée est bien défendue. La rade est assez spacieuse pour offrir un excellent mouillage à une flotte quelque nombreuse qu’elle soit. Une chaîne de montagnes bleuâtres forme autour de la ville un bel amphithéâtre; le sommet aride et pierreux de ces montagnes, tout hérissées de rochers et de fortifications, forme un contraste piquant avec la verdure qui s’étend à leurs pieds pendant toute l’année. Les coteaux couverts de maisons charmantes, d’oliviers, de figuiers, de vignes et de tous les trésors de la fertile Provence, semblent vouloir par leur aspect riant dédommager Toulon de l’âpreté de cette chaîne de montagnes qui semblent plutôt la renfermer que la défendre. A l’entrée de la rade, à droite en entrant, se présente le fort La Malgue, à gauche, elle est défendue par un promontoire qui rappelle aux marins des souvenirs chers : c’est là que reposent les cendres de l’amiral La Touche-Tréville. C’est de là que sa gloire et son souvenir semblent encore protéger nos flottes et menacer les Anglais. Heureux, si courbé sous les lauriers et les années, il n’eût pas conservé, avec toute la vivacité d’un jeune homme, toute l’impétuosité des passions de cet âge 1)Il était aussi fou des femmes à soixante ans qu’on peut l’être à dix-huit ans, et quand il se trouvait éloigné de ses maîtresses, il s’accommodait de la première venue. Il montait deux ou trois fois par jour sur le sommet de la montagne, où il est enterré; il découvrait de là la flotte anglaise et faisait des signaux à notre escadre. Les uns attribuent sa mort à une pleurésie qu’il attrapa à ce poste d’honneur, d’autres à ses excès avec les femmes. (Ferdin. DE TASCHER)..

Sur les hauteurs qui sont derrière la ville, on aperçoit les restes des fortifications faites par les Anglais, lors du siège qu’ils y soutinrent contre les républicains français. C’est aussi le théâtre des premiers essais de Bonaparte, alors capitaine d’artillerie et qui y fut nommé lieutenant-colonel.

On trouve aussi sur des hauteurs à peu de distance de Toulon les ruines d’une ville entière, absolument déserte.

Avant que de quitter la rade de Toulon, je noterai qu’elle contient encore dix-sept bâtiments de guerre, parmi lesquels se font remarquer : le Majestueux, superbe bâtiment à trois ponts, monté par le vice-amiral Ganteaume, le Commerce de Paris, également à trois ponts, l’Austerlitz, idem; qui vient d’être lancé et n’est point encore armé; parmi les bâtiments à deux ponts· se trouvent le Robuste, un des plus beaux et des meilleurs, le Suffren, l’Annibal, etc… L’escadre compte cinq à six frégates. Deux vaisseaux russes sont joints aux nôtres et manœuvrent conformément aux ordres de l’amiral français. Dans l’intérieur du port est la frégate le Muiron, aujourd’hui bien dorée, jouissant d’une honorable retraite et servant d’amiral; c’est elle qui a ramené Bonaparte d’Égypte.

Le 19. – Nous mangeons avec les officiers de marine. La Provence est fertile en bons cuisiniers. Ils y sont fort prisés et la nature par ses productions seconde leur génie. Cependant, quand je devrais passer pour un simple, j’avouerai que je trouve détestable pour la plupart des mets la coutume d’y remplacer le beurre par l’huile.

Les Provençaux aiment avec passion tout ce qu’ils aiment; ils vendraient jusqu’à leur chemise, pour manger un petit oiseau. La chasse est la passion dominante de toutes les classes, tout le monde s’en mêle, et dès la pointe du jour, on entend un bruit de mousqueterie aussi continuel que si l’ennemi était aux portes. Et sur quoi tire-t-on ? Sur des moineaux et des mésanges. On m’a fait l’autre jour grande fête d’une partie de chasse. Nous partîmes à 4 heures du matin, nous fûmes à deux lieues et revînmes couverts de gloire avec un roitelet et trois chardonnerets. Tous ces messieurs se félicitaient de leur bonheur.

Le 20. – J’ai profité aujourd’hui de la beauté du temps pour aller avec M. Fleury, capitaine de frégate (fils du fameux acteur), voir la rade et les plus beaux vaisseaux. J’ai visité dans le plus grand détail le Majestueux et le Commerce de Paris. J’ai admiré l’ensemble et les détails infinis de ces citadelles flottantes qui peuvent contenir jusqu’à 3 000 individus avec tout ce qu’entraîne une aussi grande quantité d’hommes, leurs provisions, celles du vaisseau, et de plus 120 pièces de canon. J’ai vu exécuter avec intérêt la manœuvre du canon à l’exercice des deux bords; quel spectacle intéressant et terrible doit présenter un combat naval ! Oui, un vaisseau est une des productions de l’art où le génie de l’homme est le plus admirable. J’ai été de là visiter le Robuste et j’ai été frappé, dans ces trois bâtiments, de la fraîcheur, du luxe et de l’élégance qui décorent la chambre de l’amiral. On croirait être à Paris dans le boudoir d’une petite maîtresse. Galerie de fleurs sur le Majestueux. État déplorable, où se trouve notre marine. Dénuement affreux des matelots. Esclavage où on les retient. Leur ignorance et leur haine du métier. Il y en a qui, depuis deux ans, n’ont pas mis le pied à terre. Leur désir de déserter. Pour s’échapper, ils se jettent à la mer dans le gros temps. Moyen employé sur les côtes et principalement à Livourne pour recruter les matelots. Composition de l’artillerie de la marine.

L’escadre anglaise, composée de 12 vaisseaux et 4 frégates, bloque exactement le port de Toulon et s’approche souvent à portée de nos batteries; pas un seul bâtiment français ne peut se montrer en mer sans s’exposer à être pris sur-le-champ.

En parlant de Toulon, il faut faire mention de sa température qui, si l’on n’y est accoutumé, est dangereuse par les fréquentes variations de l’atmosphère.

Les vents, nommés Sirocco et Mistral, fatiguent singulièrement, même ceux qui sont acclimatés. Ils apportent sur leurs ailes une légion de fluxions de poitrine; dans l’automne, l’hiver et le printemps, ils glacent jusqu’aux os, et l’été, ils ont la propriété d’énerver et d’assommer les gens au physique et presque au moral.

Le 21. – J’ai été aujourd’hui avec un ingénieur en chef visiter dans le plus grand détail l’arsenal et tous ses travaux. J’ai admiré la corderie, où l’on file les câbles de nos plus gros vaisseaux. Le bâtiment où l’on travaille les voiles est également à remarquer.

J’ai pénétré dans la salle des modèles où sont exécutés en petit toutes les espèces de bâtiment et les machines qui s’y rapportent. II n’existe pas une pièce dans les vaisseaux qui ne se trouve également dans le modèle. J’ai remarqué l’invention ingénieuse d’un forçat pour faire descendre et travailler un homme dans le fond de la mer; mais le succès de cette invention paru presque impossible, l’eau nuisant aux mouvements de l’ouvrier.

En entrant dans l’arsenal, on entend de tous côtés les coups redoublés du marteau, le son aigu de la scie ; de tous côtés on agit, on s’empresse, on travaille et l’activité, ayant pour but des entreprises utiles, offre au premier coup d’œil un aspect intéressant. Mais si  l’on veut examiner les détails de ce tableau mouvant, on se sent tout à la fois pénétré d’horreur et de pitié, mais d’une pitié pénible pour celui qui l’éprouve.

Là gémissent 3 ou 4 000 individus qui, à peine vêtus, à peine nourris, attachés les uns aux autres par des chaînes pesantes, sont courbés sous d’énormes fardeaux et appliqués sans relâche aux travaux les plus pénibles. Quoique le sceau de l’infamie soit empreint sur leur figure hideuse et combatte la pitié par le souvenir de leurs crimes, néanmoins le cœur, à l’aspect de ces hommes dont l’état dégrade l’humanité, se sent encore plus touché de leur malheur que de leur crime, et on se demande comment des hommes peuvent réduire à cet état d’autres hommes. Combien il est affreux que dans ce nombre de 3 à 4 000 galériens, il y ait sans doute quelques innocents et certainement plusieurs individus qui n’ont commis que des fautes très légères. Du reste, on trouve là un échantillon de toutes les classes de la société. J’y ai vu avec effroi des enfants de douze à quatorze ans. Ayant pénétré dans le bagne, j’y ai vu grand nombre de galériens qui ne sortent jamais du lit de bois auquel ils sont attachés; il en meurt chaque année un nombre considérable. En général, un homme ne résiste guère à huit ou dix années de galère, et je suis encore à concevoir comment ils peuvent y vivre un an.

Ils sont mieux traités dans leurs maladies que je ne l’aurais cru: l’ordre et la propreté règnent dans la salle qui leur sert d’hôpital; chaque malade est couché seul sur un lit de fer (ayant un matelas), auquel il est enchaîné, et la mort seule peut rompre cette horrible chaîne, avant que le temps ne soit expiré. Autrefois, il en échappait un grand nombre, mais cela arrive rarement aujourd’hui, parce qu’une tentative d’évasion est punie de vingt-quatre nouvelles années. Ceux dont le temps est près d’expirer, inspirant moins de défiance, on les découple et on les laisse aller dans la ville. Ils ont néanmoins toujours l’anneau de fer au pied. Il arrive tous les ans environ 600 galériens et on délivre à peine chaque année 200 certificats de sortie.

Le 22. – Dans peu d’heures, Toulon, ses rochers, son port, ses plaisirs, ses peines, tout sera évanoui et réuni dans ma mémoire à tous les temps qui ne sont plus : ces heures passées au lazaret, où elles se traînaient avec tant de lenteur, ces journées heureuses, où j’ai foulé avec tant de jouissance le sol de la patrie, disparaissent comme l’ombre fugitive; tout ce bonheur, toutes ces peines, toutes ces alternatives de bonne, de mauvaise fortune ne vont plus être que des souvenirs, que des traits dans ces images que le fleuve du temps emporte rapidement loin de nous. Il est tant d’heures dans la vie, où nous accusons encore sa lenteur ! Que ne peut-on transporter un peu de leur durée à quelques autres moments dans lesquels elle semble redoubler de vitesse.

Ce matin, sorti d’assez bonne heure, je rentrais paisiblement chez moi, lorsqu’un agent de police me dit : « Monsieur, vite, monsieur, à l’état-major de la place, l’ordre du ministre est arrivé, on vous cherche depuis deux heures. »

Allons ! Il faut partir sur-le-champ pour Maëstricht. Je cours au fort La Malgue, où je passe une partie de la journée. Enfin, après avoir embrassé le commandant Thouin et son illustre captif, je m’éloigne le cœur serré et oppressé. Je les quitte rempli de douleur, d’admiration et du désir ardent de prouver une reconnaissance si légitime.

Rentré à Toulon, à la nuit, par la porte d’Italie, je fais à la hâte mes modestes paquets et je me jette dans la voiture qui m’entraîne rapidement vers Paris.

(Nous laissons ici Maurice de Tascher, en route pour Paris et Maëstricht. Nous le retrouverons au mois d’avril prochain, à quelques jours de l’ouverture de la campagne de 1809)


 

References   [ + ]

1. Il était aussi fou des femmes à soixante ans qu’on peut l’être à dix-huit ans, et quand il se trouvait éloigné de ses maîtresses, il s’accommodait de la première venue. Il montait deux ou trois fois par jour sur le sommet de la montagne, où il est enterré; il découvrait de là la flotte anglaise et faisait des signaux à notre escadre. Les uns attribuent sa mort à une pleurésie qu’il attrapa à ce poste d’honneur, d’autres à ses excès avec les femmes. (Ferdin. DE TASCHER).