La campagne autrichienne de 1812

Les forces en présence

(Note importante 

Les articles présentés ici sont essentiellement basés sur des sources russes. Par conséquent, c’est l’ancien calendrier russe qui est utilisé, et il faut ajouter 12 jours pour avoir les dates en calendrier moderne. Par exemple, la bataille de Gorodeczna : elle s’est déroulée le 12 août 1812, mais est indiquée ici comme s’étant déroulée le 31 juillet.)

En 1812, l’Autriche se trouve dans une position inconfortable. 1812 l’a trouvée en position maladroite. Leader des monarchies conservatrices, c’est elle qui s’est le plus fortement opposée à la Révolution, responsable de la mort de Marie-Antoinette, archiduchesse d’Autriche et reine de France, faisant tout pour le rétablissement des monarchies européennes. Battue à plusieurs reprises par la France, la dernière fois en 1809, alors qu’elle combattait seule les armées françaises, l’Autriche a du chercher un accord avec son ennemi. Il en est résulté, en 1810, le mariage de Napoléon avec Marie-Louise d’Autriche, suivi, l’année d’après, de la naissance du Roi de Rome, héritier du trône français. En 1812, lorsque Napoléon envahi la Russie, allié traditionnel de l’Autriche, celle-ci se voit contrainte d’envoyer un corps d’armée, afin de soutenir le beau-fils de l’empereur François. Il va lui falloir exercer beaucoup de talent et montrer suffisamment de zèle, afin de satisfaire Napoléon, sans pour autant se mettre à dos ses futurs alliés !

Le corps autrichien opère sur le front méridional de la Grande Armée, en Pologne et en Russie blanche, protégeant les bases et les lignes occidentales de communication de l’armée principale. C’est une grande chance, car cela empêche qu’il participe à la marche sur Moscou. Le Général Reynier et son corps de Saxons ont été attachés au corps autrichien, sous le commandement général du FM Schwarzenberg. Reynier rempli a donc la double et difficile fonction de commandant de corps et de conseiller français, afin d’avoir un oeil sur les Autrichiens. Bien qu’ils combattront parfois ensemble, comme à Gorodetschna, ils opéreront le plus souvent indépendamment, se mesurant  aux troupes russes d’encerclement. Ce sera en grande partie une campagne de cavalerie et, en conséquence, il y aura de nombreuses petites actions, dont certaines cependant entraîneront des centaines de victimes (voir).

Il y aura peu de batailles, mais beaucoup d’escarmouches avec les forces russes de l’armée méridionale, qui observaient  et exerçaient leur pression sur le corps autrichien. Il est probable qu’il y eu un accord entre Vienne et Saint-Petersbourg, afin que les Autrichiens ne s’en prennent trop aux Russes, et que les Russes n’exercent pas une pression plus forte que ne l’exigeaient les apparences. Quoiqu’il en soit, lorsque ce fut nécessaire, les Autrichiens combattirent très vaillamment, le gouvernement russe étant même amené a présenter une forte protestation à la Cour de Vienne !

Le 27 juillet, le comte Tormasov surprend un corps isolé de 2.000 saxons, à Kabrin, et les contraint à la retraite. Cette action conduit à la bataille la plus remarquable de la campagne, Gorodetchna (aussi appelée Podobna), où les Russes de Tormasov sont battus, le 31 juillet et poursuivis jusqu’au fleuve Styr. Dans cette bataille d’infanterie, les régiments 19 (Alvinzy) et 33 (Colloredo-Mansfeld) se font remarquer par leur vaillance contre l’infanterie russe; et les Chevau-légers d’ O’Reilly et d’Hohenzollern  jouent un rôle déterminant dans la victoire, en tournant le flanc gauche russe.

Cette activité des Russes, et en particulier une charge effectuée par le général Lambert, mènera à la formation de la Division temporaire de Volhynie, par le duché grand de Varsovie, qui fait campagne le long de la Volhynie.

Environ quatre semaines plus tard, les Russes ont été renforcés par l’armée de Moldavie (amiral Tschitshagov), et Schwarzenberg doit reculer sur la Bug, en Pologne centrale. A ce moment, l’armée autrichienne commence à ressentir les effets des difficultés d’approvisionnement de la Grande Armée. La discipline commence à être un problème, et des cas pillage sont sévèrement réprimés. C’est à cette époque que se déroule la bataille de Voskrinitza . Tschitshagov couvrant les corps autrichiens, Tormasov réussi à se déplacer sur Krasnoie (voir l’image ci-contre) et bloque la route d’Orscha, sans opposition des forces françaises. C’est ce qui détermine la retraite de Moscou par le Grande Armée.

À fin octobre, afin de protéger la retraite de l’armée principale, les Autrichiens sont appelés à Minsk, qui est en fait, son objectif original. Une autre bataille a lieu contre les Russes, à Wolkowisk, les 15-16 novembre, où Reynier et Schwarzenberg battent le lieutenant-général  Sacken et l’aile gauche du corps de Tschitschkov. Cependant, Schwarzenberg étant occupé à aider Reynier à Wolkowisk, Tschitshagov réussi à s’emparer de Minsk et de ses importants dépôts, le 16 novembre. A ce moment, le comte Lambert est détaché, afin d’aider à s’opposer à la retraite française de Moscou. Il est blessé pendant l’attaque sur Borisov,  qui permet aux Russes d’occuper le passage sur la Berezina et de réduire la retraite française à un seul itinéraire. La capacité du corps de Tormasov de se détacher et de s’attaquer au gros de l’armée française, est un signe de l’échec du corps de Schwarzenberg de réaliser son véritable objectif : protéger la Grande Armé contre une attaque de flanc par le sud.

Fin novembre les Autrichiens et le Saxons prennent leurs quartiers d’hiver à Byalistok, aux termes d’un accord verbal avec les Russes. Ceci a marqué la fin effective de l’engagement du corps autrichien dans la campagne de 1812. Des quelques 30.000 autrichiens qui formaient ce corps, 7.000 ont été tués au combat, 4.000 morts de maladie. Bien qu’il n’existe pas de chiffres exacts exacts, les pertes des Saxons furent sérieuses, dont la mort du Major-Général Christoph Freiherr von Gutschmid.

Avec la défaite évidente de la Grande Armée, le “Hofkriegsrat” (Conseil de Guerre de la Cour) à Vienne donne l’ordre à Schwarzenberg de retirer son corps d’armée du front oriental. Le 30 janvier 1813, “considérant la saison rigoureuse et toutes les autres circonstances pressantes” Schwarzenberg signe une convention formelle de neutralité avec les Russes et retire, en février, ses troupes en Galicie. Là, il remet son commandement au Général Frimont et revient à Vienne.