Julien Marie Cosmao-Kerjulien (1761-1825)

Né à Châteaulin le 27 novembre 1761,

Julien Marie Cosmao-Kerjulien

fait ses études dans sa ville natale, puis entre comme volontaire, en 1776, dans la Marine, contre l’avis de ses parents. Il est affecté sur l’Aigrette, en campagne aux Antilles.

Rentré à Brest, il est affecté en 1778 sur l’Oiseau, en compagnie de Leissègues. C’est le début de la guerre d’Indépendance américaine, et, en septembre, il est affecté sur la Nymphe. A bord de ce navire, il livrera deux combats contres des corsaires britanniques, devant Bordeaux et Belle-Isle.

De janvier 1779 à avril 1781, il sert en Guyane, sur le brick Hirondelle, livrant deux autres combats contre des corsaires anglais et capturant deux bâtiments de la compagnie des Indes. Il est fait lieutenant de frégate auxiliaire en septembre 1781. Les embarquements alors se succèdent, sur le Pégase en février 1782, le Protecteur en mars, avant qu’il ne prenne le commandement d’une flûte, la Fidèle, à Terre Neuve, de mai 1783 à avril 1784. En janvier 1785, il sert sur la Lourde, puis sur la Vigilante en octobre, enfin sur la Dorade en avril 1786. Il a été promu sous-lieutenant de vaisseau, en mars 1786.

En septembre 1787, Cosmao reçoit un nouveau commandement, celui du brick Vaneau, puis de la gabarre Boulonnaise de novembre 1787 à mars 1790. Il est second capitaine sur la Précieuse, d’octobre 1790 à janvier 1791. En février 1791, il embarque sur l’Orion, dans l’escadre de Truguet, basée à Toulon. Promu lieutenant de vaisseau en janvier 1792, il prend le commandement de la corvette la Sincère en avril de la même année. Il participe ainsi au débarquement manqué de Cagliari en janvier 1793.

Profitant de l’avancement rapide du à la Révolution, Cosmao est fait capitaine de vaisseau en avril 1793, et sert successivement sur le Commerce de Marseille, le Centaure puis le Duguay-Trouin, toujours sous les ordres du contre-amiral de Trogoff de Kerlessy.

En décembre 1794, il passe dans l’escadre du contre-amiral Martin, où il prend le commandement du vaisseau de 80 canons le Tonnant, avec lequel il s’empare, le 10 juin 1795, de la frégate britannique Alceste, et prend part aux combats du cap Noli  en mars 1795 (deux vaisseaux perdus de part et d’autre) et du cap Fréjus le 13 juillet (17 vaisseaux français contre 23 anglais, perte de l’Alcide de 74 canons).

En juin 1797, nommé chef de division, Cosmao commande le vaisseau Jemmapes durant la campagne de Bruix en Méditerranée en 1799. De 1801 à 1803, il sert sous les ordres de Dordelin, à Saint-Domingue, commandant l’Océan, l’Alliance et le Mont-Blanc.

De retour en France, Cosmao prend en mars 1805 le commandement du Pluton de 80 canons, dans l’escadre de Villeneuve, à Toulon. Il part donc avec cette escadre vers les Antilles, où il est chargé de prendre le Rocher du Diamant, en face de la Martinique. Revenu en Europe, il participe au combat des Quinze-Vingt, le 22 juillet.

A Trafalgar, le Pluton de Cosmao fait partie de l’escadre d’observation créée par Villeneuve et dirigée par l’amiral espagnol Gravina. Suivant le vaisseau Fougueux, il se situe donc derrière l’arrière garde. Lors de l’attaque de Collingwood, le Pluton ouvre le feu sur le Royal Sovereign, puis manœuvre habilement pour venir bloquer le Mars, tentant de le prendre à l’abordage après l’avoir endommagé de ses bordées. L’arrivée du Tonnant sur son arrière le force à virer. Il engage alors le Belle-Isle (anglais), déjà endommagé par les tirs du Fougueux. Là encore, l’arrivée d’un autre navire britannique, le Polyphemus, le force à dégager. Il porte alors aide au Principe de Asturias de l’amiral espagnol Gravina, encerclé par les Anglais, parvenant même à le dégager.

La bataille perdue, à la nuit tombante, 11 vaisseaux, 5 Français (le Pluton, le Héros, le Neptune, l’Indomptable et l’Argonaute) et 6 Espagnols, se traînent vers Cadix sous les ordres de l’amiral Gravina, mortellement blessé. Le 23 octobre, Cosmao, le plus ancien commandant présent sur rade, prend le commandement et repart en mer avec 5 vaisseaux : le Pluton, le Héros, le Neptune, le San Franscisco d’Asis et le Rayo, afin de récupérer quelques unes des prises faites par les Anglais. Il parvient ainsi à reprendre le Neptuno et le Santa Anna (le Neptuno et le Rayo feront malheureusement naufrage au large de Rota durant le retour).

Cette brillante et courageuse action vaut à Cosmao, en plus du titre de Grand d’Espagne, sa nomination comme contre-amiral le 29 mai 1806. Il prend alors le commandement d’une division de l’escadre de Méditerranée, dont Ganteaume prendra la tête en 1807. Il participe ainsi au ravitaillement de Corfou et à la tentative de prise de la Sicile. Mais ses 4 navires, mal en point, doivent se replier à Tarente.

En 1809, il réussit à quitter Toulon sur le vaisseau Robuste, et, suivi de sa division, il escorte un convoi, réussissant à ravitailler Barcelone sans perdre un navire. Il est nommé baron de l’Empire en 1810, et passe en août 1811 sous les ordres de Missiessy, dans l’escadre de l’Escaut. Il y commande une division, et met sa marque sur le Tilsitt.

En 1813, il revient à l’escadre de Méditerranée. Il y commande une division de 5 vaisseaux, et a sa marque sur le Wagram. Le 5 novembre 1813, il réussit à sauver le trois-pont Agamemnon et les frégates Pénélope et Melpomène du vice-amiral Emeriau, tous trois enveloppés par des forces anglaises supérieures.

En février 1814, il appareille de Toulon avec trois navires pour aller chercher le Scipion, qui se trouve à Gênes, ville menacée par les Autrichiens. Par d’habiles manœuvres, il échappe aux forces deux fois supérieures de l’amiral Pellew, réussissant à ramener le Scipion, le 10 février, ainsi que le Romulus, qui a du essuyer quelques tirs à l’arrière garde.

Lors de la Première Restauration, en avril 1814, Cosmao-Kerjulien devient commandant de l’escadre de la Méditerranée et est fait chevalier de l’ordre de Saint-Louis. Lors des Cent-Jours, il se rallie à Napoléon, qui le nomme préfet maritime de Brest en mars et pair de France en juin, avant Waterloo.

Cosmao-Kerjulien est admis à la retraite le 1er janvier 1816, sans pension, injustice qui perdurera jusqu’en 1817. Il a alors 55 ans, dont 25 ans de campagnes et 11 combats sans aucune blessure ni captivité. Retiré près de Brest, dans sa maison de campagne, il s’y adonne à l’élevage et cultive son jardin.

Julien Marie Cosmao-Kerjukien décède à Brest, le 17 février 1825, à l’âge de 64 ans.