1807 – Stralsund : la Poméranie suédoise – Le Consulat et le Premier empire

Le roi Gustave-Adolphe IV de Suède – également duc de Poméranie – était devenu, après l’exécution du duc d’Enghien, un ennemi irréductible de Napoléon, mais il n’avait encore jamais trouvé l’occasion de se mesurer, les armes à la main, à son ennemi.

En janvier 1807, après avoir terminé sa tâche en Allemagne occidentale et occupé Hambourg, le maréchal Mortier, suivant en cela les ordres reçus, marche sur Stralsund, avec les divisions Grandjean (anciennement Dumonceau) et Dupas, pour d’abord y mettre le blocus 1)Ce blocus commence le 28 janvier 1807. Sa troisième division, composée exclusivement de Hollandais, occupe les embouchures du Weser, de l’Elbe ainsi que Travemünde.

Adolphe Édouard Casimir Joseph Mortier
Adolphe Édouard Casimir Joseph Mortier

A Stralsund se trouvent environ 15.000 hommes de troupes suédoises.

Knötel, dans les „Mittheilung“, donne quelques extraits de lettres d’un officier français

Le soldat suédois, surtout le natif, est grand et, dit-on, solide, puissant, résistant, imperturbable, docile, obéissant mais peu réfléchi, gauche, lourd et pas vêtu ; l’artillerie, surtout l’artillerie attelée, et les hussards allemands sont l’exception, qui, chacun à leur façon forment de belles troupes,  très rapidement exercées ; le reste de la cavalerie, surtout en ce qui concerne leur aspect extérieur, est exempt de toute critique. Les officiers sont très maniérés. Ils portent au bras gauche un brassard blanc, en partie en souvenir de la Révolution de 1772, en partie pour être reconnus de leurs soldats. Mais cela les désignait aussi d’autant plus à nos tireurs, qui tiraient sur les brassards, ce qui explique que beaucoup d’officiers suédois furent blessés au bras. „Über die schwedische Armee im Jahre 1807“ – in Mittheilungen zur Geschichte der militärischen Tracht, Als Beilage zu seiner Uniformkunde herausgegeben von Richard Knötel, N° 6, Rathenow Juni1895))

Artillerie suédoise (Knötel)
Artillerie suédoise (Knötel)

Le commandant est le gouverneur de la province, le baron von Essen. Mais c’est un aussi mauvais chef d’armée que son second, le général von Armfelt 2)„Essen était un homme bien intentionné et populaire, mais tranquille et sans expérience de la guerre; Armfeldt un homme vivant et plein d’esprit qui malheureusement manquait tout autant de pondération que de la moindre bravoure. “  O. Francke, Aus Stralsunds Franzosenzeit, Stralsund o.J., S.6 . La coopération entre les deux hommes fut d’autant plus difficile que Armfeldt, plus ancien, était mis sous les ordres de Essen. .

En mars 1807, Napoléon donne au maréchal Mortier le commandement sur toute la région côtière, y compris celle de Colberg, et au milieu du mois, il lui ordonne de prendre lui-même le siège  de Colberg en main. Mortier laisse donc Grangean 3)1er et 5e Ligne, 2e et 7e  Ligne; 1er bat. 8e Ligne, 3e Hussards hollandais, 2 Batteries Artillerie attelées devant Stralsund et marche avec les autres régiments en direction de l’est.

Cela convient parfaitement aux Suédois et, le 1er avril, les généraux Essen, Armfelt et Cardell font une sortie, rejetant les Français hors de Stettin. Dès le 3 avril, la Poméranie suédoise est libre d’ennemis, et 2.000 Français sont prisonniers des Suédois. Ceux-ci se sont avancés jusqu’à Pasewalk. Cette sortie aurait pu avoir de très désagréables conséquences pour les Français, si elle avait été menée avec plus de troupes, et si un chef plus entreprenant et plus circonspect l’avait dirigée.

Lorsque Napoléon apprend la sortie des Suédois, il prend aussitôt les mesures pour y remédier. Le 10 avril, Mortier reçoit les ordres de l’empereur, et, dès le lendemain, il se met en route de Colberg avec quelques régiments. En route, il fait sa jonction avec ceux de Grandjean, d’autres qui sont alors en marche, ainsi qu’avec quelques autres envoyés en renfort depuis Berlin 4)Contribution hollandaise à l’offensive sur Stralsund:

Divison Grandjean: 2e, 7e de ligne, 1er bat. 8e de ligne, 1e batterie attelée

Division Dupas : 2e batterie attelée

Cavalerie (Général Lorge) : 3 esc. 2e Hussards hollandais ; 2 esc. 2e Régiment Cavalerie van der Hoeven.  Van de Weser tot de Weichsel, S. 92.

Sans tarder, il attaque, le 16 avril, Armfeld, à Ferdinandshof, le rejetant sur Anklam et Greifswald. Mais il fait les choses à moitié et se laisse entraîner, le 18 à Schlatkow, dans un cessez-le-feu avec Armfeld, aux termes duquel les rivières Peene, Trebel et Recknitz doivent former la ligne de démarcation entre les deux armées. Les Français obtiennent la permission d’occuper les îles Usedom et Wollin ; les Suédois promettent en plus de ne pas envoyer d’aide à Colberg. Napoléon ne se montre pas satisfait de ce cessez-le-feu signé pas Mortier, mais fini par l’autoriser.

Le 29 avril, l’empereur forme un nouveau „Corps d’Observation“, fort d’environ 38.000 hommes, dont 14.000 Hollandais, les divisions françaises Molitor et Boudet, et le contingent espagnol du marquis de La Romana. Il en donne le commandement au maréchal Brune.

Le maréchal Brune - Eugène Bataille - Château de Versailles
Le maréchal Brune – Eugène Bataille – Château de Versailles

Ce corps d’armée a pour mission de défendre les embouchures de l’Ems, du Weser et de l’Elbe contre les entreprises anglaises et suédoises.  L’empereur forme également un corps de réserve de la Grande Armée, dont il donne le commandement au maréchal Lannes, remis de ses fatigues.

Jean Lannes. D'après Belliard Leipzig 1932
Jean Lannes. D’après Belliard Leipzig 1932

Mais Brune ne semble pas à la hauteur de la situation. Le 4 juin, il accepte de rencontrer le roi de Suède. Comme on peut l’imaginer, Gustave Adolphe IV cherche à le détourner de Napoléon. Il n’y réussi pas, mais la réunion n’apporte rien de quoique ce soit favorable à la France.

Pendant la guerre de presque 9 mois entre la Prusse et la France, aucune aide anglaise notable ne s’était manifestée, les deux pays, en raison du Hanovre, se trouvant de facto encore en guerre. Pourtant, le 17 juin, les Anglais se décident pour une intervention militaire directe et signent un traité avec la Suède.

20.000 Anglais doivent venir en aide aux 16.000 Suédois de Stralsund.

Artillerie anglaise (Knötel)
Artillerie anglaise (Knötel)
Armée suédoise en Poméranie  – 4 août 1807
1er régiment d’artillerie de campagne 246 hommes
1er régiment d’artillerie de campagne 235 hommes
Artillerie de Forteresse 687 hommes
Artillerie de Réserve 563 hommes
Hussards de la Garde 207 hommes
Dragons de Smaland 217 hommes
Carabiniers de  Scanie 407 hommes
Hussars de Mörner 600 hommes
3e Brigade
Grenadiers 204 hommes
Bataillon Uppland 600 hommes
Bataillon Jonköpping 600 hommes
Batallion Dahl 600 hommes
Bataillon Westgöta 600 hommes
Bataillon Bohuslans 600 hommes
Bataillon Westhommesland 600 hommes
4e Brigade
Bataillon Skaraborg 600 hommes
Bataillon   Söderhommesland 600 hommes
Bataillon Elfsborg 600 hommes
1er Bataillon Värmland 600 hommes
2e Bataillon Värmland 600 hommes
Chasseurs de Värmland 290 hommes
5e Brigade
Régiment de la Reine 1200 hommes
Regiment Engelbrechten 1200 hommes
Garde Bourgeoise de Stralsund 1402 hommes
Landwehr de Poméranie 1648 hommes

Le traité est dénoncé

En dépit des discussions de Tilsit et de l’absence de perspective favorable d’une nouvelle guerre avec Napoléon, le roi de Suède dénonce, le 3 juillet, le traité signé avec Mortier. Deux jours plus tard, la 1e division anglo-allemande, forte de 3.000 hommes, sous les ordres du général von Drechsel, débarque à Mönchgut, sur l’île de Rügen, et, le 7 juillet, le commandant en chef des forces anglaises, Lord Cathcart, arrive à Stralsund, à la tête de 5.000 hommes supplémentaires, commandés par le général de division von Linsingen. Avec Blücher et ses troupes, qui se trouvent à Stralsund depuis le 29 mai, le roi de Suède dispose donc d’environ 30.000 hommes. Mais la joie des alliés est bientôt troublée, car, du fait du cessez-le-feu franco-prussien, ces derniers  quittent Usedom le 12 juillet.

Dès le lendemain survient l’attaque de Brune sur les positions suédoises. La division Molitor attaque à Damgarten, celle de Boudet à Tribsee, celle de Loison à Demmin et celle de Grandjean à Anklam. Après plusieurs combats, les Suédois sont repoussés sur Stralsund.

Notre témoin français raconte :

 « L’infanterie fit, le 14 juillet, ses mouvements très exactement, avec sang-froid et en ordre, les attaques avec fermeté, mais leur feu ne fut pas autant fourni et soutenu qu’il aurait dû l’être.  Je crois que, plus habitués à un feu réel et plus dense, il se serait battu de façon exemplaire. » 5)„Mittheilungen“,  op. cit

Brune dispose d’environ 30.000 hommes, Français, Italiens, Hollandais, Espagnols ainsi que de troupes de la Confédération.  Hollandais et Espagnols auraient dû, selon les ordres de Napoléon, retourner à Hambourg 6)Napoléon écrit le 22  juillet à brune : „Pressez le siège de Stralsund. Si vous n’avez pas besoin des Hollandais et des Espagnols, renvoyez-les du côté de Hambourg. “ Correspondance. 12 941 T. XV. Au lieu de cela, les Espagnols ont, le 5 août, leur baptême du feu 7)Sous le commandement du général de brigade Juan Kindelan: Dragons Villaviciosa,  1 bataillon léger de catalogne,  régiment de ligne Zamora et Guadalajara  .

Les Suédois, l’après-midi, font une sortie de reconnaissance, mais se retrouvent sous le tir croisé d’unités espagnoles et sont repoussés par les dragons de Villaciosa.

Le général Molitor
Le général Molitor

Le 6, Molitor donne l’ordre aux troupes espagnoles de se porter sur la ville, jusqu’à la position prévue pour la deuxième tranchée . Les dragons et l’infanterie légère mènent cette attaque, le 2e de ligne attaque plus tard, en soutien. Ils combattent ici, en particulier, contre les régiments de ligne 6, 7 et 8 de la King German Legion (KGL). La brigade sera félicitée pour cette action par Brune.

Les pertes espagnoles sont relativement faibles : 5 tués et 8 blessés pour l’infanterie légère catalane, dont deux officiers, le lieutenant Camilleri et le second-lieutenant Pineiro.

Les dragons perdent 2 tués et 2 blessés, ainsi que 8 chevaux.

Le 15 août, les premières tranchées peuvent donc être ouvertes devant la ville.

Les troupes anglaises s’étaient, le 8 août, réembarquées, pour participer à l’attaque de Copenhague.

Comme, désormais, la défense apparaît inutile aux Suédois, et que, de plus, la ville en souffrirait beaucoup, ils se retirent d’eux-mêmes, dans la nuit du 19 au 20 août, sur Rügen.

A Rügen du 21 juillet  au 31 juillet 1807
Carabiniers Skanska 447 hommes
Hussards Mönerska 335 hommes
Régiment Abolans 609 hommes
Régiment Björneborg 604 hommes
Régiment Nyland 606 hommes
Landwehr de Bergen 620 hommes
Régiment du Roi 8)Régiment  du Roi Louis XVIII, formé en 1806  par Louis- Marie Céleste d’Aumont, duc de Piennes, unité d’émigrés, qui ne dépassera jamais la force de 40 hommes. 35 hommes
Artillerie 80 hommes
Etat- major 25 hommes

 

Le soir du 25 août, les Français prennent possession de Stralsund. 9)Le 19 août, Napoléon avait fait écrire à Brune, par Berthier, lui réclamant une nouvelle fois le retour des Espagnols. Correspondance. 13 056, T. XV

C’en est fini désormais de la domination suédoise sur la Poméranie. Le 9 septembre, le roi Gustave Adolf IV s’embarque à Nordperd, et, le 27, les derniers Suédois quittent l’île de Rügen ; les derniers Anglais étaient partis plus tôt. C’est au tour des Français d’occuper l’île, sans résistance.

Brune commet l’erreur d’autoriser le général Toll d’emmener les troupes suédoises dans leur patrie.  Cela lui vaut la disgrâce de l’empereur et de ne plus recevoir de commandement. Il se retire alors sur ses terres à Saint-Just, et, même en 1813, malgré ses nombreuses demandes, il n’en recevra pas non plus.

Napoléon fit donc assiéger les fortifications prussiennes avec des batteries lourdes prussiennes. Si Magdebourg et d’autres places n’avaient pas d’elles-mêmes ouvert leurs portes, et si les officiers prussiens  n’avaient pas signé de capitulation en rase campagne, la marche en avant de l’armée française se serait arrêtée dès la Vistule, n’ayant avec elle, comme à l’habitude, aucune pièce de gros calibre pour faire tomber les fortifications.

References   [ + ]

1. Ce blocus commence le 28 janvier 1807
2. „Essen était un homme bien intentionné et populaire, mais tranquille et sans expérience de la guerre; Armfeldt un homme vivant et plein d’esprit qui malheureusement manquait tout autant de pondération que de la moindre bravoure. “  O. Francke, Aus Stralsunds Franzosenzeit, Stralsund o.J., S.6 . La coopération entre les deux hommes fut d’autant plus difficile que Armfeldt, plus ancien, était mis sous les ordres de Essen.
3. 1er et 5e Ligne, 2e et 7e  Ligne; 1er bat. 8e Ligne, 3e Hussards hollandais, 2 Batteries Artillerie attelées
4. Contribution hollandaise à l’offensive sur Stralsund:

Divison Grandjean: 2e, 7e de ligne, 1er bat. 8e de ligne, 1e batterie attelée

Division Dupas : 2e batterie attelée

Cavalerie (Général Lorge) : 3 esc. 2e Hussards hollandais ; 2 esc. 2e Régiment Cavalerie van der Hoeven.  Van de Weser tot de Weichsel, S. 92

5. „Mittheilungen“,  op. cit
6. Napoléon écrit le 22  juillet à brune : „Pressez le siège de Stralsund. Si vous n’avez pas besoin des Hollandais et des Espagnols, renvoyez-les du côté de Hambourg. “ Correspondance. 12 941 T. XV
7. Sous le commandement du général de brigade Juan Kindelan: Dragons Villaviciosa,  1 bataillon léger de catalogne,  régiment de ligne Zamora et Guadalajara 
8. Régiment  du Roi Louis XVIII, formé en 1806  par Louis- Marie Céleste d’Aumont, duc de Piennes, unité d’émigrés, qui ne dépassera jamais la force de 40 hommes.
9. Le 19 août, Napoléon avait fait écrire à Brune, par Berthier, lui réclamant une nouvelle fois le retour des Espagnols. Correspondance. 13 056, T. XV