14 octobre 1806 – La bataille d’Iéna

La bataille d'IénaLa bataille d'Iéna

INTRODUCTION

La guerre entre la Prusse et la France, en 1806, était pour ainsi dire inévitable, d’autant que Napoléon semblait insensible aux sentiments de la Prusse, lorsqu’il essayait de persuader une Angleterre belligérante d’accepter ses offres de paix. Il avait même offert de rendre le Hanovre, bien que ce petit état ait été retourné à la Prusse en remerciement de sa neutralité. Ceci s’ajoutant à la violation, en 1805, du territoire prussien d’Ansbach, ne pouvait que conforter le parti de la guerre à la cour de Berlin.

Certes, il est vrai que la guerre aurait pu encore être évitée si Napoléon avait pu, par lui-même, se rendre compte de la mobilisation prussienne lorsqu’elle commença en août 1806. Mais il semble qu’il ne pouvait croire que la Prusse prendrait l’initiative. Bien sûr, la Prusse n’était pas isolée puisqu’elle avait signé un traité secret d’alliance avec la Russie. Mais il aurait fallu du temps aux guerriers du tsar pour arriver. Dans le passé, une simple mobilisation de l’armée prussienne aurait fait trembler ses opposants. Avec Napoléon, il n’en était pas allé de même, cela n’avait provoqué que son incrédulité.

Cette état d’esprit de la Prusse explique également l’absence de plan de campagne : puisque Napoléon devait, normalement, être effrayé par une simple mobilisation, pourquoi se fatiguer à en préparer un.

Non, Napoléon se calmerait et traiterait la Prusse avec le respect qui lui était du ! Alors, quand il fut clair que rien de ceci ne se passait, l’état-major se trouva confronté à un problème, et, conséquemment, la préparation de plusieurs plans par les différentes branches de l’armée, dont aucun ne fut adopté dans son intégralité.

Résultat : lorsque Napoléon se fut convaincu que décidément la situation, avec la Prusse, devenait sérieuse, il trouva les prussiens au même endroit qu’au début de septembre, et pris l’initiative. Mais les combats qui s’en suivirent furent sévères et difficiles pour les français, les soldats prussiens, et même leurs officiers, se montrant de solides adversaires.

La campagne de 1806 prend une place particulière parmi les guerres napoléoniennes. Dans aucune autre campagne Napoléon n’a battu un adversaire aussi rapidement et entièrement que la Prusse, presque complètement isolée diplomatiquement.

Ce n’est pas seulement l’empereur mais aussi la Grande Armée qui était au sum­mum de sa capacité. Formée à partir des cadres des armées de la Révolution, vic­torieuses dans toute l’Europe depuis plus d’une décade, entraînée dans des exerci­ces comme le célèbre camp de Boulogne, structurée en divisions et corps sous le commandement du plus performant des chefs, cette armée fut la meilleure que l’Empereur des Français conduisît jamais au combat.

La campagne de 1805, qui venait d’être gagnée, dont la bataille d’Austerlitz représentait l’apogée et l’éclatante conclusion, avait remis en évidence sa puissance.

Pour la Prusse la défaite de 1806 repré­sente le point le plus bas de son histoire, de même que l’année 1806, avec la fin du Saint Empire Romain­ Germanique, signifie une profonde césu­re pour les pays allemands.

 

LA BATAILLE

 

Ordre de bataille français

 

La victoire de 1805 contre l’Autriche a donné à Napoléon l’occasion de remodeler la carte de l’Allemagne. Dans les premiers mois de l’année 1806, Napoléon impose la fin du Saint-Empire Germanique. L’empereur Habsbourg perd ce titre. À la place, une Confédération du Rhin est formée, sous la tutelle française. Cette position en force de la France en Allemagne inquiète la Prusse.

Après la paix de Presbourg, des négociations sont ouvertes entre Paris et les deux derniers coalisés, la Russie et l’Angleterre. Mais les discussions n’aboutissent pas. Profitant de la crainte suscitée en Prusse par la Confédération du Rhin, Londres parvient à approcher la Prusse pour que cette dernière se joigne à la Coalition. À Berlin, le parti de la Guerre l’emporte. La Prusse, ainsi que la Suède, entrent dans la nouvelle coalition, la IVe, contre la France.

Averti des mouvements en Prusse, Napoléon se prépare à agir. Le 25 septembre 1806, alors que la guerre n’est pas déclarée, l’empereur des Français quitte Saint-Cloud pour se rendre en Allemagne. Le lendemain, 26 septembre, le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III, envoie un ultimatum à Napoléon. L’empereur des Français ne le recevra que lorsqu’il sera déjà aux portes de la Prusse.

La Grande armée rassemble 128.000 fantassins, 28.000 cavaliers et 10.000 artilleurs. Elle est formée en corps. De leurs côtés, les Prussiens et leurs alliés Saxons ont une armée de 152.000 hommes. Les généraux prussiens, notamment le commandant en chef, le duc de Brunswick, et Blücher, estiment que l’armée prussienne est supérieure à l’armée française, notamment du fait des réformes du Grand Frédéric II. Les Prussiens entendent attaquer immédiatement les Français, sans attendre l’arrivée des troupes russes qui se trouvent au-delà de la Vistule.

Le 7 octobre, alors que ses armées sont déjà en marche, Napoléon reçoit l’ultimatum prussien. L’Empereur des Français disposent alors de six corps d’armée. Ses maréchaux sont de qualité, et les soldats français sont les mieux entraînés de l’Europe. Le plan de Napoléon consiste à avancer à travers le Frankenwald en trois colonnes de deux corps. Chaque corps d’armée français est à moins d’un jour de marche d’un autre corps. Une fois les montagnes franchies, les corps français doivent marcher vers l’Ouest afin d’envelopper l’armée prussienne. Cette stratégie prend le nom de “Bataillon carré”. Le 8 octobre, les Français franchissent les montagnes du Frankenwald. L’avant-garde prussienne, commandée par le prince Louis-Ferdinand de Prusse, se porte à la rencontre des Français. Le 10 octobre, près de Saalfeld, Louis-Ferdinand de Prusse, avec 8.300 hommes et 44 canons, rencontre l’avant-garde du maréchal Lannes. Pensant que l’avant-garde française est aussi puissante que lui, le prince prussien se lance à l’attaque. Mais Lannes achemine rapidement l’ensemble de son corps ainsi que le VIIe corps du maréchal Augereau, soit 41.000 hommes. En quelques heures, l’avant-garde prussienne est écrasée. Le prince Louis-Ferdinand est tué au combat.

Les Prussiens se rendent compte que les Français tentent de les tourner. Réunis à Weimar le 11 octobre, ils tentent de définir une stratégie. L’état-major décide de scinder l’armée en deux : une partie gardera la route de Weimar, tandis que la seconde, sous les ordres du duc de Brunswick et en présence du roi, tentera de déborder les Français par le Nord. De son côté, Napoléon, poursuit son avance vers le Nord. Il sait que les Prussiens sont débordés et se trouvent à l’Ouest, mais il ne connaît pas leurs positions exactes. Ses troupes progressent alors le long de la rivière Saale. Davout est alors le plus au Nord avec son IIIe corps. Bernadotte et le Ier corps le suivent. Les autres corps, Ney, Lannes, Augereau, Soult, la cavalerie de Murat et la Garde le suivent. Le 13 octobre 1806, l’ensemble des corps français basculent vers l’Ouest afin de prendre les Prussiens sur le flanc. Le 13 octobre dans la soirée, Napoléon arrive dans la ville de Iéna. Ses avant-gardes ont repéré une armée prussienne sur le plateau au-dessus de Iéna. Il décide alors de monter sur ce plateau. Dans le même temps, Davout avance vers la ville d’Auerstadt. Il doit être soutenu par le corps de Bernadotte.

Au matin du 14 octobre, les corps de Napoléon sont sur le plateau, en face du corps de Hohenlohe. Pensant avoir affaire à l’ensemble de l’armée prussienne, Napoléon fait monter ses corps. Le corps de Lannes est le premier en action. Il tient ses positions, tandis que Soult et Augereau interviennent à leur tour. Ney, s’engage à son tour. Au lieu de s’aligner sur Lannes au centre du dispositif, il se lance immédiatement à l’attaque. Lannes doit intervenir pour rétablir la situation. Les Prussiens tentent de repousser les unités françaises, mais leurs tactiques sont dépassées. Les Français prennent rapidement l’avantage tactique. Vers 11h00, les Français ont la supériorité numérique. Les Prussiens ne peuvent plus tenir leurs lignes. À 13h45, Napoléon ordonne à Murat de lancer sa cavalerie. Les lignes prussiennes s’écroulent. L’ensemble de l’armée prussienne reflue, à l’exception du corps de Rüchel qui arrive alors sur le champ de bataille. Le général Rüchel tente de contenir l’avance française afin de couvrir la retraite des autres unités. Mais il est submergé et doit à son tour abandonné le champ de bataille.

Dans le même temps, le IIIe corps de Davout approche du village d’Auerstadt. Il tombe sur le plus gros de l’armée prussienne. Le maréchal français engage immédiatement la bataille. Il pense que Bernadotte va intervenir à son profit. Déployant brillamment ses trois divisions, Davout contient les attaques de la cavalerie prussienne, puis des corps d’infanterie. Vers 10h15, le maréchal de Brunswick, qui dirige une attaque, est mortellement blessé. Vers 11h00, la troisième division française (général Morand) arrive sur le terrain, tandis que les Prussiens déploient la division du prince d’Orange. Les Prussiens tentent alors d’utiliser leur supériorité numérique. Mais leurs attaques sont brisés par le feu français. Puis les divisions françaises avancent. Vers 12h30, les Prussiens démoralisés se retirent.

Les colonnes battues à Iéna rencontrent celles qui ont été vaincues à Auerstadt. La retraite se transforme en une énorme déroute. Le roi et la reine de Prusse s’enfuient vers Berlin, tandis que le reste de l’armée se désagrège en petit groupe, que rattrapent bientôt les avant-gardes françaises. Le 22 octobre, les Français entrent dans Magdebourg. Le 27 octobre, Napoléon est à Berlin. Le lendemain, 27.000 Prussiens commandés par Hohenlohe se rendent à Przelau. Blücher, avec 22.000 hommes est poursuivi jusqu’à Lubeck et forcé à capituler. Seul, un petit corps sous le commandement de Lestocq parvient à atteindre les Russes, vers l’Est.

La campagne de 1806 a permis aux Français d’écraser la Prusse en un mois. Comme en 1805, la Russie reste la seule puissance continentale face à Napoléon.

 

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